‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.63Chapitre 62 sur 104 · NAUTILE · texte numérisé non relu

NAUTILE

paiement connus par les belles coquilles enroulées clans un plan symétrique, nacrées, qu'ils fournissent au commerce. Ces coquilles sont polytlialames et siphonées ; c'est dans l'intérieur de leur dernière loge qu'est placé l'animal adhérent avec elles au moyen d'une paire de muscles.

Les naturalistes ont ignoré pendant longtemps les caractères anatomiques des Nautiles, animaux au sujet desquels on n'avait d'autres renseignements que ceux publiés par Rumpliius dans son ouvrage sur les raretés d'Amboine, paru en 1800 ; mais des renseignements plus circonstanciés ont été recueillis à leur égard par les naturalistes modernes, et en même temps il a été reconnu qu'on avait à tort supposé le mollusque placé dans sa coquille de manière à avoir le ventre du côté de la petite courbure de cet appareil ; c'est en effet le contraire qui a lieu. La bouche, le siphon, les branchies et toute la partie ventrale du corps, sont disposés de telle manière qu'ils sont en rapport avec la grande courbure ou courbure extérieure, tandis que c'est le dos qui longe l'autre courbure ; ce qui conduit à admettre qu'il en était également ainsi pour les nombreux genres éteints à coquille plus ou moins enroulée ou arquée qui rentrent dans la famille des Nautilidés et chez tous ceux de la famille des Ammonites, et permet en même temps de distinguer la ligne dorsale de la ligne ventrale chez les espèces de ces deux groupes dont la coquille est droite, comme cela a lieu soit chez les Orthocères, espèces de nautilidés propres aux terrains paléozoïques, soit chez les Baculites qui sont des Ammonitidées de l'époque crétacée supérieure.

On comprend à la lecture de ces remarques combien une connaissance approfondie de la structure anatomique du Nautile devait avoir d'utilité pour les progrès de la science, puisqu'elle permettait de se faire une idée de l'un des animaux à coquille les plus singuliers parmi ceux qui existent encore et de mieux comprendre les nombreux genres éteints qui rentrent dans la même famille ou constituent celles des Ammonitidées. C'est M. Owen qui a eu l'heureuse fortune de disséquer le premier un Nautile et il en a fait le sujet d'une de ses meilleures monographies, laquelle a paru en 1832. Plus récemment Valenciennes, de Blainville, Vrolich, Yan der Hœven, Deslongchamps, Huxley, et d'autres auteurs encore, se sont occupés de ce curieux sujet.

Quoique les Nautilidés aient été autrefois très-nombreux et qu'il en ait vécu à toutes les époques géologiques, il n'existe plus aujourd'hui que quatre espèces de ces animaux ; elles sont susceptibles d'être facilement distinguées les unes des autres par l'absence d'ombilic bilatéral, par la petitesse, par la grandeur moyenne ou par le grand développement de cette double excavation ; on leur a donné les noms de Nautiius pompiliiis, N. stenomphalus, N. scrobiculatus et JV. umbilicatus.

Quant aux caractères tirés des parties molles de ces animaux, ils résident dans leur tête moins distincte du reste du corps que ne l'est celle des dibranches, dans leurs yeux pédicules, dans la disposition particulière de leurs bras qui manquent de ventouses et sont comme doués d'érectilité, dans leur bec ordinairement encroûté de matière calcaire et dans la présence à leur tête d'un disque mu^culo-cutané dont ils peuvent, à l'occasion, se servir pour marcher comme les gastéropodes le font de leur pied.

Les Nautiles ont en outre le siphon fendu ; à la disposition branchiale qui leur est propre correspond un système vasculaire moins parfait que celui des céphalopodes ordinaires et leur système nerveux est aussi moins compliqué que ne l'est celui de ces derniers. Tout dans leur structure concourt à démontrer que

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ce sont des animaux de la classe que nous venons de nommer, mais qu'ils sont inférieurs aux Poulpes ainsi qu'aux Seiches et aux autres mollusques se rapprochant de ces dernières. P. Gerv.

l\IAVAL (Service de sainte). Comme le ministère de la guerre, le département de la marine et des colonies possède une institution médicale spéciale à laquelle il confie le soin de la santé de son nombreux personnel, tant à bord de ses vaisseaux que dans les possessions lointaines du pays. C'est le Service de santé delà marine. Un personnel spécial, formant le Corps de santé de la marine, est affecté à la partie technique de ce service, et l'étendue de son rôle a été délimitée ainsi qu'il suit : « Le service médical et pharmaceutique dans les hôpitaux et arsenaux maritimes, sur la flotte, dans les colonies, dans les régiments d'artillerie et d'infanterie de marine, et dans les établissements de la marine hors des ports, est attribué aux officiers du Corps de santé de la marine » (Note sur l'admission et les conditions du service dans le Corps de santé de la marine, nov. 1866, art. l^^ Ministère de la marine et des colonies).

Dans cet article, nous nous proposons de passer en revue les phases qu'a traversées le service de santé à bord des vaisseaux et dans les ports jusqu'à nos jours ; d'établir ainsi le parallèle entre les institutions qui l'ont successivement régi et celles qui le dirigent aujourd'hui ; enfin, d'exposer son rôle et son mode de fonctionnement à l'époque actuelle. Notre but n'est pas de faire l'histoire de la médecine navale ; nous laisserons de côté les hommes pour n'envisager que les institutions, leurs origines, leur développement et leurs perfectionnements successifs ; il nous faudra aussi chercher à apprécier, avec une égale impartialité, leur valeur, leurs défauts, les services qu'elles rendent et les améliorations dont elles sont susceptibles. Nous terminerons par une revue comparative de ce même service dans quelques marines étrangères.

Coup d'oeil historique sur le Service de santé de la marine. En 1832, Forget, esquissant l'histoire de la médecine navale, disait : « La science ne possède rien, absolument rien sur l'histoire de la médecine navale, et il n'est peutêtre pas un officier de santé de la marine qui sache depuis quelle époque il y a des chirurgiens à bord des navires » [Médecine navale, préface, p. iv, Paris, 1852). — Le premier, il a tenté de défricher ce terrain resté vierge jusqu'à lui, mais les moyens lui ont manqué ; c'est depuis une douzaine d'années seulement (jue des recherches considérables opérées dans les archives des ports et du ministère de la marine par M. Lefèvre, ancien directeur du service de santé, ont porté la lumière sur le passé obscur et ignoré de la médecine navale [Histoire du Service de santé de la marine militaire). Toutefois ce long travail ne s'ouvre qu!à la période de l'histoire moderne qui vit naître les institutions de Colbert. « Ce n'est qu'au dix-septième siècle, dit M. Lefèvre, que l'on rencontre des traces positives de l'art de guérir appliqué à la navigation ; encore est-il impossible de préciser l'époque où l'on a commencé à embarquer des chirurgiens à la solde de l'État. »

Pour ce qui est des soins médicaux sur les navires de l'antiquité, aucun renseignement n'est parvenu jusqu'à nous, et cette recherche, d'ailleurs, n'offrirait pas grand intérêt; on sait que chez les anciens les guerriers possédaient quelques notions empiriques à leur usage, et sans doute les premiers navigateurs furent aussi leurs propres médecins.

Chez les Romains, cependant, il est aujourd'hui avéré qu'à partir du règne

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d'Auguste la floUe possédait un service médical organisé. Ce fait a été mis en lumière par M. le docteur René Briau, dans son Mémoire sur le Service de santé militaire chez les Romains, ouvrage d'érudition auquel nous emprunterons les documents qui vont suivre (p. 85 et suiv.) : « Dès le moment qu'il existait un service de santé bien organisé dans les armées de terre, nous aurions pu en conclure immédiatement, par analogie et sans aucune témérité, qu'un pareil service , devait avoir été établi dans les flottes. Mais nous sommes en mesure de mieux faire, car il existe des monuments épigraphiques qui mettent hors de doute le fait de l'organisation d'un service médical dans la marine.

« On sait que l'empereur Auguste, qui créa ou renouvela toutes les parties de l'administration romaine pour les mettre en harmonie avec le nouvel ordre de choses, avait établi, pour la défense des côtes de l'Italie, une flotte à Misène

et une autre à Ravenne Il nous est impossible de savoir, quant à présent,

si les vaisseaux plus petits que les trirèmes possédaient un médecin , car, dans les inscriptions connues jusqu'à ce jour, il n'est question que de ce dernier ordre de navires. Ce qui est certain, c'est que toutes les trirèmes en avaient un, et comme elles contenaient une centurie ou cent hommes, on peut conjecturer avec une très-grande vraisemblance que les vaisseaux plus grands eu contenaient plusieurs, proportionnellement à leur nombre d'hommes. Malheureusement, nous sommes absolument dénués de renseignements sur la manière dont les médecins des vaisseaux pouvaient exercer leur ministère, et, en général, dont tous les services s'y pratiquaient. Toutefois, nous sommes fondés à croire que les médecins de la marine étaient rangés parmi les principales, comme ceux des légions et des cohortes de l'armée de terre. De plus, les inscriptions donnent à quelques-uns de ces médecins le titre de dnplicarius, c'est-à-dire que ceux qui étaient ainsi qualifiés jouissaient de la double solde qui était accordée à titre de récompense pour la durée ou l'excellence de leurs services. Ces deux circonstances réunies pourraient donner lieu de croire qu'ils étaient mieux traités que les médecins de l'armée de terre, tant au point de vue de la considération qu'à celui des émoluments. Peut-être le service de santé de la marine était-il considéré comme un avancement dans la marche générale de la médecine militaire, et y faisait-on passer à ce titre ceux qui avaient déjà servi avec plus ou moius de distinction dans les divers corps de l'armée de terre. »

Sur les inscriptions déchiffrées par M. René Briau, on trouve parfois, avec le nom du vaisseau, celui du médecin qui y était embarqué; c'est ainsi que Marcus Satirius Longinus servait à bord de la trirème le Cupidon en qualité de médecin duplicarius , dans la flotte de Misène; C. Octavius Fronto, à bord de la trirème le Tigre, dans la même flotte.

Ainsi, il existait bien réellement un personnel médical sur les flottes romaines : mais quelle était son organisation, comment fonctionnait-il, quel rôle était dévolu à ces médecins, quelle position occupaient-ils vis-à-vis du commandement, quels services rendaient-ils? Toutes ces questions restent sans réponse et sont jusqu'à présent insolubles ; on en est réduit à des hypothèses, mais on ne peut attribuer à l'organisation médicale des flottes romaines qu'un rôle assez effacé quand on se rappelle que, même à l'époque d'Auguste, les médecins, presque tous étrangers et grecs, ne possédaient encore qu'un droit de cité contesté, malgré la concession que leur en avait faite Jules César.

Dans toute la longue période du moyen âge, on ne rencontre aucun indice d'une intervention médicale régulière à bord des navii-es qui portèrent Guil-

laume de Normandie en Angleterre (onzième siècle, 1066), pas plus que sur les vaisseaux qui transportèrent les croisés en Terre-Sainte. On sait seulement que saint Louis se fit accompagner en Palestine par Jean Pitard, son premier chirurgien, et la plupart des seigneurs de sa suite en firent autant pour leur myre ou moine guérisseur. Mais qui soignait les équipages, c'est ce qu'on ignore absolument.

« Néanmoins, les croisades donnèrent lieu aux premières lois maritimes. Le plus ancien monument de législation navale qui soit sorti de la nuit du moyen âge est celui connu sous le nom de Droit maritime de Wisby. La plupart de ses dispositions furent l'eproduites dans les Jugements d'Oléron, autre code maritime promulgué dans le douzième siècle, et rédigé par ordre d'Éléonore de Guyenne, femme de Louis Vil, au retour de la croisade où elle avait accompagné son époux ; c'est là que nous rencontrons le premier linéament de juridiction médicale; il y est dit que : « Lorsqu'un homme de l'équipage tombe « malade en faisant le service, 1^ patron (capitaine) doit le mettre à terre, le « placer dans une maison, lui procurer de la chandelle, lui donner un des ser- « viteurs du navire et lui fournir les vivres du bord. » La même disposition se retrouve dans les lois de Westcapelle.

« Le Consulat de la mer, premier recueil de bonnes lois, publié à la fin du treizième siècle, va nous fournir les premiers indices de règles hygiéniques appliquées aux équipages : « Le patron doit donner à manger aux matelots, « trois jours par semaine, de la viande : le dimanche, le mardi et le jeudi; les (( autres jours, il doit leur donner le potage, et tous les soirs de quoi accom- « pagner le pain, et aussi trois fois le matin, il doit leur donner du vin, de « même il doit leur en faire donner tous les soirs. Ce qui doit accompagner le « pain consistera en fromage, oignons, sardines ou autres poissons. » Dans ce règlement, où il est fait mention de l'écrivain, il n'est pas question du chirurgien, pas plus que dans le Guidon de la mer, code postérieur à celui-ci » {Collection de lois maritimes, de Pardessus) (Forget).

En 1270, fut créée la première charge d'amiral, par Louis IX, en faveur d'Enguerrand de Yarennes. C'est à cette époque qu'il faut rapporter l'origine des lois sanitaires, lazarets, quarantaines, etc..

On n'est pas mieux renseigné sur les ressources médicales que possédèrent les navires dans le cours du quatorzième siècle, marqué cependant par le perfectionnement de la boussole et par des progrès rapides dans l'architecture navale, qui permirent désormais des expéditions maritimes lointaines (1345, découverte des Canaries par les Génois ; 1383, établissement des Français sur la côte de Guinée, etc.).

Le quinzième siècle est celui des grandes découvertes maritimes, et pourtant nulle part ou ne rencontre de documents sur l'assistance médicale à bord des navires conduits parles illustres navigateurs de ce siècle ^

« C'est en vain qu'on interroge les relations de ces voyages ; à peine est-il fait

* 1420, les Portugais découvrent Madère ; les Açores en 1432; de 1440 à 1484, ils parcourent la côte occidentale d'Afrique, le cap Vert, le Sénégal, le Congo, l'ile des Princes. En 1486, Barthélémy Diaz découvre le cap des Tempêtes ; enfin, 1492, découverte de l'Amérique, etc.

Vers la même époque, le Portugais Pedro de Covilham découvre les côtes de Zanguebar en traversant l'Egypte, et conçoit la possibilité d'un passage autour de l'Afrique, que Yasco de Garaa, suivant ses indications, effectua en 1497 en doublant le cap de Bonne-Espérance. Cette époque est précieuse pour la médecine navale, en ce qu'elle produit le premier exemple historique du scorbut à bord des vaisseaux. — Forget.

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mention, çà et là, de ces épidémies désastreuses qui durent moissonner les équiuat^es, dans des temps d'ignorance et de cupidité, où la soif de l'or et l'appât des conquêtes guidaient d'audacieux aventuriers vers des plages inconnues; alors même qu'ils abordent le récit de leurs malheurs, ils nous laissent ignorer quelle main s'appliquait à les secourir. Leurs descriptions informes accusent, ou leur déplorable imprévoyance, en se privant des secours que pouvait leur procurer un homme de l'art, ou l'impéritie des ministres sanitaires qu'ils s'étaient choisis, et qui souvent, peut-être, ne justifiaient que trop l'oubli dédaigneux dont ils ont été l'objet » (Forget).

Le seizième siècle est marqué par les dernières découvertes de Colomb et par les premières expéditions de circumnavigation : Magellan, 1521; François d'Albuquerque, 1510; Balboa, 1515; Diaz de Solis, 1515; Fernand Cortez, 1519; Pizarre et Magellan, 1525; découverte du Paraguay, 1526; des Bermudes, 1527; du Japon, 1542; d'Aichangel, 1555; Drake, côte N.-O. d'Amérique, 1579; Davis, 1587, etc..

Ce siècle est remarquable par les progrès accomplis dans l'art architectural des vaisseaux; déjà commence à se dérouler le tableau des perfectionnements nombreux et rapides, que la marine va subir pendant le cours du dix-septième siècle. Dès le commencement du siècle, Anne de Bretagne faisait construire à Morlaix un énorme vaisseau portant 1200 hommes, et qui fournit le premier exemple d'un navire à batterie couverte avec des sabords. II fut brûlé en 1515 dans un combat contre les Anglais devant le Conquet ; on le nommait ia Cordelière.

En 1545, François 1" faisait construire dans les chantiers du Havre un vaisseau de 100 canons, à deux batteries; c'est à la même époque que l'on commence à façonner le tableau et le couronnement des vaisseaux, et à pratiquer des ouvertures ou sabords d'arrière (Forget).

En 1547 tut créée la première charge de ministre de la marine par François l", en faveur de Clausse. En 1588, Philippe II armait l'invincible Armada.

Au règne de Henri IV finit l'histoire de ce que l'on appelait encore naguère la marine ancienne ; avec Louis XIII et Piichelieu naît l'aurore d'une nouvelle marine qui, grâce au génie de Colbert, va atteindre son apogée sous Louis XIV et briller du plus vif éclat sous les ordres des Tourville, des Duquesne, etc. Jusque-là, obscurité complète sur tout ce qui a trait au soin de la sauté des équipages; on en est réduit, comme l'a exposé Forget, à quelques conjectures sur l'état de la médecine navale dans tout ce long passé qui précède le siècle de Louis XIY et les institutions de Colbert. « Il semblerait, dit-il, que la médecine navale eût dû prendre naissance en même temps que la marine elle-même; mais si l'on réfléchit que la prévision des maux futurs est la dernière qui se présente à l'esprit de l'homme, on sentira pourquoi l'institution du service de santé à bord des vaisseaux fut un des derniers perfectionnements apportés à l'art de la navigation. Indépendamment de cette raison morale, il en est d'autres plus réelles : c'est que cette nécessité ne dut se faire sentir qu'à l'époque où, se destinant à de longues traversées, les navigateurs furent obligés de se confiner, pour longtemps, à bord d'un navire. Lorsque, naviguant d'une pointe à l'autre, en côtoyant le rivage, les anciens mouillaient l'ancre chaque soir pour prendre un gîte sur la côte, ils pouvaient en même temps y trouver des secours, y déposer leurs malades, etc.... Nous avons vu que les navigateurs

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du treizième siècle ne possédaient, en effet, aucun secours sanitaire. Lorsqu'ils prirent un plus grand essor, lorsque Colomb, Vasco de Gama, Magellan, s'élancèrent vers des régions inconnues, ils durent se pourvoir des moyens nécessaires pour prévenir ou pallier d'inévitables fléaux ; mais la voix de la philanthropie est bien moins prompte à se faire entendre que celle de la cupidité; il est probable que le coffre à médicaments précéda de longtemps l'apparition du médecin à bord des navires, car il fallut qu'une cruelle expérience eût maintes /fois stimulé l'égoïsme, et que de funestes épidémies ou de sanglants combats eussent souvent ravagé les équipages, avant qu'on se décidât à recevoir à bord un homme inutile au commerce, à la manœuvre et à l'art de détruire les hommes. Une autre considération tout historique nous porte à conclure que ees célèbres navigateurs n'avaient pas de médecins : c'est qu'alors l'art de guérir était exclusivement exploité par les moines qui tx'ouvaient l'existence des couvents trop voluptueuse, sans doute, pour aller se hasarder sur des mers souvent inconnues et subir les privations et les dangers d'une carrière si .pénible.

« On sait que depuis longtemps on combattait en bataille rangée, que les chirurgiens militaires n'étaient pas encore institués; les comtes et les barons se faisaient suivre à la guerre par leurs chapelains qui les soignaient dans l'oc- ' currence. Le reste de l'armée était livré à l'empirisme de vendeurs de baumes et d'onguents que l'appât du gain entraînait à sa suite : or, ces charlatans n'eussent pu se faire admettre abord d'un navire. Le père de la chirurgie française, A. Paré, lorsqu'il pansait les jaaziDres blessés des arquebiizades, était tout simplement à la solde d'un seigneur particulier. La médecine militaire ne prit naissance que sous Henri IV* : or, la médecine navale est de beaucoup la cadette de la chirurgie militaire. Concluons que, si quelque navigateur de cette époque eut un médecin avec lui, c'est que ce médecin était attaché à sa personne : or, nous avons vu pour combien de raisons cela ne dut pas avoir lieu ; nous sommes donc amenés à cette conclusion que, jusqu'au dix-septième siècle, la médecine navale n'exista pas, ou du moins ne fut pas professée par des hommes spéciaux. Ajoutons que nous devons peu le regretter, car les médecins d'alors, ceux surtout qui auraient pu se décider à se faire navigateurs, et même ces clercs, moines ou chapelains, ne possédaient que quelques recettes ^ empiriques et grossières qu'ils mêlaient aux pratiques superstitieuses de ces siècles d'ignorance. »

Nous entrons dans le dix-septième siècle; les grands voyages maritimes et les •découvertes continuent : en 1605, les Hollandais fondent leur Compagnie des Indes orientales ; Hudson, en 1608, aborde au Spitzberg, et en cherchant le passage du N.-E., aperçoit la côte orientale du Groenland vers le 72* degré de latitude; en 1610, il découvre la baie qui porte son nom ; en 1615, Lemaire double la Terre de Feu et franchit le détroit qui a gardé son nom, etc.... Dès 1626, Richelieu avait imprimé aux constructions navales un élan considérable ; au siège de La Rochelle figurent des vaisseaux à deux batteries portant 40 canons ; en même temps, les ports de mer étaient nettoyés et fortiliés, des magasins y étaient créés. Peut-être faut-il rapporter à cette époque l'établissement des hôpitaux de la ma-

' « Sur les vues et d'après les désirs exprès de Henri IV, Sully fit organiser, en 1597, les firemiers hôpitaux militaires pour le service de l'armée qui assiégeait Amiens » (Morache, Service de santé militaire, in Dict. Encycl., p. 78).

rine qui, daus le principe, durent être confondus avec les hôpitaux militaires, lesquels, nous l'avons tu, ne datent que du règne de Henri IV.

Après Richelieu et jusqu'à Colbert, les services de la marine deviennent moins nécessaires, et l'institution semble délaissée pendant cette période.

« L'établissement de la marine militaire en France ne date réellement que du siècle de Louis XIV; avant cette époque, si le roi possédait des navires de guerre, si quelques expéditions glorieuses s'étaient accomplies, aucune loi écrite ne régissait celte partie importante des forces nationales. C'est donc à la volonté de Louis XIV et au génie de Colbert qu'il faut faire remonter la création des diverses institutions qui constituent notre puissance navale » (Lefèvre).

Les documents ayant trait à l'organisation du service médical de la flotte abondent à partir de cette époque. Ils ont été colligés, classés et commentés avec talent dans le travail de M. Lefèvre, le seul ouvrage qui ait abordé l'histoire de la médecine navale depuis les ordonnances de Colbert jusqu'à nos jours. C'est le seul guide que nous possédions pour nous conduire dans ce dédale de décrets, d'ordonnances, d'arrêtés, qui, depuis, se sont succédé sans relâche ; nous lui avons donc fait les plus larges emprunts, mais nous avons marqué du signe ] tous les passages extraits textuellement de cette importante étude.

Dès le commencement du règne de Louis XIV et jusqu'en 1647, parurenl une foule de règlements sur les vivres, sur les hôpitaux dont il est fait mention pour la première fois, règlements qui préparèrent les belles ordonnances de 1681 et de 1689.

[Dans un état général de la marine, avec les ordonnances et règlements qui s'y observent, rédigé en 1642 par le commandeur de la Porte, intendant de la navigation, on voit qu'il était enjoint aux capitaines de faire choix d'un trèsbon chirurgien, bien entendu et fort fidèle ; on leur recommandait en outre d'être charitables envers les blessés et les malades, de les assister et visiter, et de tenir la main à ce que les chirurgiens les traitassent bien et les pansassent avec soin. Ces injonctions prouvent que le chirurgien du navire était alors l'homme du capitaine qui l'engageait pour un temps déterminé, le payait, le nourrissait, et pouvait le remercier s'il était mécontent de ses services.

Louis XIV, dans les premières années de son règne, avait nommé Jean Portier chirurgien-major des armées de terre et de mer, et semble avoir voulu régulariser le service sanitaire de ses vaisseaux en réunissant sur la même tête la direction supérieure des deux branches du service de santé militaire ; mais Jean Portier ne changea rien à ce qui existait avant lui, et les capitaines continuèrent à user du droit de choisir leur chirurgien. Ainsi, en 1657, un armateur de Dieppe, Charles Morieu, mit en mer le vaisseau la Coiiromie, de 120 pieds de quille, à deux batteries, portant 76 pièces de canon ; il était monté par un capitaine, un lieutenant et un enseigne nommés par le roi; mais le capitaine recevait une somme de.... pour former son équipage qu'il soldait et nourrissait luimême. La Couronne avait 646 hommes d'équipage, dont 6 chirurgiens ; c'est la première fois qu'il en est fait mention. Ces chirurgiens avaient une chambre dans la dunette parallèle à celle des passagers et avaient été engagés par le capitaine.

Ceci prouve qu'en 1657 il n'y avait par conséquent ni administration des classes, ni comptabilité, ni magasins des vivres, ni chirurgiens de la marine proprement dits. [Cet usage continua jusque vers la lin du dix-septième sièccle

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comme le prouve une dépêche signée Seignelay adressée à l'intendant du port de Brest, le 25 juin 1685 : « Le Roy veut qu'il soit embarqué sur ses vaisseaux deux des chirurgiens entretenus dans le port, et que vous empeschiez ceux que les sieurs chevaliers de llosmadec et de Coëtlogon ont choisis ne servent sur ces vaisseaux. »

[Ce ne fut, cependant, qu'à dater de l'ordonnance du 15 avril 1689 que l'administration dut se préoccuper du soin de faire examiner par le médecin et le chirurgien-major de chaque port les chirurgiens qui se présentaient pour servir sur les vaisseaux et autres bâtiments du roi, et leur donner des destinations selon leur mérite et selon les besoins du service.

En 1667, époque à laquelle Colbert faisait perfectionner les arsenaux de Brest et de Toulon, créait le port de Rochefort, et faisait construire avec tant d'activité que la marine, augmentée de 60 000 matelots, posséda bientôt 100 vaisseaux de ligne au lieu de 10, il existait à Toulon deux charges de médecin-major et de chirurgien-major de la marine ; outre le service à terre, ils devaient s'assurer si les chirurgiens que les capitaines prenaient sur leurs bords étaient capables de bien traiter les malades.

[Des charges semblables furent créées au port de Rochefort, pour le médecinmajor en 1675, pour le chirurgien major en 1679. Le brevet de ce dernier lui conférait le droit d'examiner les chirurgiens qui se présentaient pour servir dans la marine, droit dont n'avait pas encore été investi le médecin. Brest possédait les siens en 1676.

[Des règles uniformes, avantageuses au service, s'établissaient peu à peu dans les arsenaux. On avait la certitude que désormais les serviteurs du roi trouveraient à terre, dans les ports, l'assistance de médecins éclairés et de chirurgiens.

[Les états statistiques de la marine, vers la même époque, montrent quelle était la solde des médecins, chirurgiens et apothicaires attachés à la personne du grand maître de la navigation, de 1631 à 1659 : « Au sieur Cythis, médecin ordonné pour servir auprès du seigneur et grand maître, la somme de 400 livi'es pour ses appointements de ladite année; à Jean Perdreau, apothicaire ordinaire, pour servir auprès dudit seigneur et grand maître, la somme de 200 livres ; à Pierre Leroy, chirurgien, 200 livres pour ses appointements. »

[Pour le service à la mer, la création de chirurgiens entretenus, dont le nombre ne fut d'abord que de six dans chaque grand port, donnait l'assurance qu'on n'emploierait plus comme chirurgiens-majors que des hommes en état d'en remplir convenablement les devoirs.

[L'ordonnance du 16 mars 1675, portant que les officiers généraux et capitaines de marine qui commanderaient des navires de guerre seraient chargés de la nourriture des lieutenants et enseignes, ainsi que de l'aumônier et du chirurgien qui servaient sur leur bord, les appelait à vivre avec les officiers des vaisseaux. La solde de ceux employés à terre était de 50 livres par mois ; dans le principe, ils furent exempts de taille, d'octroi, de logement des gens de guerre, de garde et autres charges publiques. Quant aux aides-chirui^giens, on les prenait de levée comme les autres hommes de professions diverses que la marine emploie à son service. On les retenait et on les remerciait selon les nécessités. Leur solde était fort modique et leur position à bord des plus humbles.

[Le gouvernement s'était préoccupé, en même temps, du soin d'ouvrir au

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moins un hôpital dans chaque port ; l'ordonnance du 25 septembre 1673 prescrivait la création de deux hôpitaux généraux, l'un à Rochefort pour le Pmiant, l'autre à Toulon pour le Levant, création qui ne fut pas exécutée. Ce ne fut qu'en 1684 qu'à Brest on éleva le premier hôpital de l'Arsenal.

[Un règlement du 10 juin 1683 plaçait un maître apothicaire dans l'hôpital de Rochefort ; ce même règlement prescrivait au chirurgien de chaque bâtiment de donner un reçu du coffre de médicaments, après s'être assuré des objets qu'il contenait. Outre la serrure qui fermait ce coffre, on devait y ajouter un cadenas dont l'aumônier ou l'écrivain devait avoir la clef. Une autre obligation était imposée aux chirurgiens, c'était de tenir un journal de la nature des maladies qui pouvaient se présenter à leur observation pendant la campagne, et des médicaments qu'ils auraient consommés. Ce journal devait être visé par Taumônier et par l'écrivain.

[C'est l'année suivante (18 juillet 1684) que les religieuses hospitalièrt^

furent appelées à desservir les hôpitaux de la marine. Les clauses du contrat

d'engagement portaient qu'elles devaient seules avoir la charge des infirmeries

et les soins des malades, « pour lesquels, dit l'acte, elles feront seulement la

cuisine, auront le gouvernement tout entier de l'apothicaireric ; composeront

les médicaments, drogues, sirops et confitiu'es nécessaires, et quant aux

onguents, si elles ne les savent ou ne les peuvent faire, elles les feront faire par

l'apothicaire ou le chirurgien, auxquels elles fourniront ce qui conviendra pour

la préparation d'iceux, sans qu'elles soient obligées cà donner les lavements, ni à

faire les saignées, cela étant réservé pour l'apothicaire et le chirurgien dudit

hôpital (Rochefort), lesquels n'auront aucunes vues sur elles ni sur leurs

«mplois. »

[La sœur servante devait veiller à ce que les malades fussent visités au moins luie fois par jour par les médecins, chirurgiens et apothicaires, et s'ils ne faisaient leur devoir, elle devait en avertir le seigneur administrateur général. A chacune des Soeurs était allouée une solde amuielle de 36 livres. [Les Sœurs hospitalières à leur entrée dans les hôpitaux de la marine avaient donc obtenu de nombreux privilèges ({u'elles ont perdus depuis. Elles étaient à peu près les directrices de chaque établissement, et quoique un commissaire de la marine lût spécialement chargé de l'administration, elles conservaient la haute main dans une foule de circonstances. Tous les chirurgiens subalternes étaient sous leur dépendance absolue ; elles avaient le droit de les engager, celui de les remercier lorsqu'elles le jugeaient nécessaire, et elles exerçaient un contrôle sur les actes des premiers officiers de santé de l'hôpital.

11 est inutile de faire ressortir les étranges abus que devait entraîner un semblable système d'administration des hôpitaux.

[Le choix et la délivrance des médicaments destinés aux équipages furent aussi l'objet d'une réglementation spéciale. Dans le principe, le chirurgien de chaque navire avait été chargé de la foiuniiture des médicaments. Des plaintes ayant été portées contre la qualité des remèdes qu'on embarquait, qui souvent avaient déjà fait campagne, M. de Seignelay recommanda de faire cesser de pareils abus qui pouvaient avoir de fâcheuses conséquences pour la santé des équipages. Une ordonnance du 24 février 1 686 arrêta qu'à l'avenir les chirurgiens seraient tenus d'avoir un registre sur lequel ils inscriraient journellement les noms des malades qu'ils auraient traités, la nature de leur maladie, la dose de chaque remède qu'ils prescriraient. Au désarmement, les coffres de médica-

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ments devaient être portés au magasin général pour être visités par le médecin et le chirurgien du port. Les remèdes altérés devaient être jetés à la mer, et les autres portés à l'hôpital pour le service des malades.

Tous ces règlements épars, ces ordonnances multipliées, les dispositions importantes prises à Paris ou dans les ports, furent réunis par Colbert dans les ordonnances de 1681 et de 1689, dans le but d'assurer la bonne exécution du service dans tous les détails qu'il comporte, tant à terre qu'à la mer.

L'ordonnance de 1681 ne vise que la marine du commerce ; celle de 1689, que l'on a nommée, avec raison, le premier code de la marine militaire, s'occupait spécialement de la marine de guerre. Ce sont les premiers documents positifs et réguliers sur l'organisation du service de santé des navires et des hôpitaux.

Pour ce qui concerne spécialement notre objet, l'ordonnance de 1681 (litre VI) porte que ...tout navire ou même vaisseau-pêcheur, faisant voyage au long cours, prendra un ou deux cliirurgiens, suivant la force de son équipage et la nature du voyage.

Art 2. Nul ne sera reçu pour servir en qualité de chirurgien, dans les navires, qu'il n'ait été examiné et trouvé capable par deux maîtres chirm'giens qui en donneront leur attestation... De simples garçons dits fratres peuvent remplir ces postes, poumi que leur capacité soit attestée. On conçoit, remarque Forget, combien cet article laissait de facilités à l'arbitraire et à la médiocrité ; il prouve le peu d'importance que, même alors, on attachait à la santé des équipages. Doit-on être étonné de ce que la médecine navale soit si longtemps restée stérile en de pareilles mains ?

Les articles 5 et 4 enjoignent que le propriétaire du navire fournira le coffre à médicaments, et le chirurgien, les instruments de sa profession; le tout devait être visité par des experts. ,

[Quant aux obligations imposées aux chirurgiens, mentionnées aux articles 5, 6, 7 et 9, de l'ordonnance précitée, il leur était défendu de rien recevoir de l'équipage en argent ou en présents, industrie que favorisait la modicité des émoluments ; de quitter le vaisseau sous les peines prévues, avant que le voyage fût terminé ; il leur était enjoint de prévenir de bonne heure du développement des maladies contagieuses, et enfin de faire visiter le coffre des remèdes trois jours avant de mettre à la voile.

Nous arrivons à l'ordonnance du 15 avril 1689, la première qui ait envisagé et embrassé dans leur ensemble les détails du service médico-chirurgical dans les hôpitaux et à la mer, tracé les devoirs et les droits des officiers de santé, et défini le plus nettement leur rôle et leurs attributions. Cette ordonnance doit nous arrêter quelque temps, car elle représente le point de départ de la carrière qu'a parcourue, depuis, la chirurgie navale.

[Le livre XX est consacré à l'administration des hôpitaux des armées navales et des ports. Au titre P"", sont exposées les dispositions relatives aux hôpitaux établis à la suite des armées navales ou escadres. 11 devait y avoir un vaisseauhôpital par division de dix vaisseaux ; les ponts de ce vaisseau devaient être élevés, les sabords bien ouverts et la batterie complètement libre, afin de pouvoir y placer convenablement les lits destinés aux malades. Outre le personnel nécessaire à la manœmTe, on devait embarquer sur chaque vaisseau-hôpital : un aumônier, un écrivain, un maître-chirurgien capable et expérimenté, deux aides-chirurgiens, un maître et deux aides-apothicaires, deux infirmiers, un

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blanchisseur, un boulanger et un cuisinier. On devait le pourvoir des instruments et autres objets nécessaires à la pratique de la chirurgie et de la pharmacie, comme aussi d'un approvisionnement en médicaments, vieux linge, draps, couvertures pour cent lits, et généralement tout ce qui pouvait être utile à la préparation des viandes et des aliments des malades et blessés.

[Les titres II, III, IV, traitaient des règles administratives à observer à terre dans les hôpitaux établis dans chacun des trois grands ports. La direction supérieure était confiée à l'intendant de la marine ; un commissaire délégué par lui était plus spécialement chargé des détails de ce service. Ce commissaire prenait le titre A' écrivain du roi; il était obligé d'habiter dans l'intérieur de l'hôpital et de s'y tenir assidûment. Parmi les attributions dévolues au commissaire, se trouve à l'article 10 du titre III celle d'assister aux examens qui se feront par les médecins et chirurgiens-majors du port, des maîtres et aides-chirurgiens et apothicaires qui se présentaient pour servir dans les hôpitaux et sur les vaisseaux. Il devait veiller à ce qu'il ne fût reçu que des sujets capables de remplir les fonctions auxquelles ils étaient destinés.

[Aux titres V, VI, VII et VIII, sont exposés les devoirs imposés au médecin entretenu dans le port ; au médecin de l'hôpital à la suite de l'armée navale ; au chirurgien-major du port et à l'apothicaire entretenu. Au médecin incombait le devoir de visiter tous les individus appartenant aux divers corps de la marine, aussitôt qu'il serait prévenu de leurs maladies; de faire au moins deux visites par jour aux malades et blessés de l'hôpital, et d'assister au pansement de ces derniers ; de se faire suivre dans ces visites par l'apothicaire du port et de surveiller, avec soin, les opérations pharmaceutiques et administratives de ce dernier. L'article 8 lui conférait le droit d'examiner avec le chirurgien-major du port, en présence du commissaire de l'hôpital, dans la salle destinée aux dissections, les chirurgiens, apothicaires et aides-chirurgiens qui se préseataient pour servir sur les vaisseaux du roi et hôpitaux à la suite des armées navales. L'article 11 lui enjoignait de faire des dissections anatomiques auxquelles devaient assister les maîtres-chirurgiens entretenus qu'il devait initier, en outre, aux connaissances nécessaires pour bien juger des causes des maladies et des remèdes ■ dont il est à propos de se servir pour les guérir.

[Les fonctions qu'avait à remplir le chirurgien-major du port sont clairement établies au titre VII ; il devait panser, avec soin, tous les officiers-mariniers entretenus, gens des équipages et ouvriers servant dans les ateliers, soit qu'ils fussent dans des maisons particulières, dans l'intérieur de l'hôpital ou à la i boutique que le roi prescrivait d'entretenir dans le port ; il devait se trouver deux fois par jour avec le médecin pour le pansement des blessés ; il réglait les fonctions des chirurgiens entretenus servant dans l'hôpital, et après avoir pris les ordres de l'intendant, il les destinait sur les vaisseaux en armement ; il était adjoint au médecin du port pour l'examen des chirurgiens et aides-chirurgiens qui voulaient embarquer, et il devait donner aux entretenus les connaissances anatomiques et chirurgicales nécessaires pour qu'ils pussent se bien acquitter de leurs devoirs.

[Le chirurgien-major exerçait les mêmes fonctions de surveillance et de contrôle que le premier médecin sur le service de l'apothicaire du port.

[Quant à ce dernier, il devait suivre le médecin et le chirurgien dans les visites qu'ils devaient faire aux malades et aux blessés, recevoir leurs ordres sur les remèdes à administrer, et exécuter ponctuellement leurs ordonnances et

568 NAVAL (service de santé).

prescriptions. L'apothicaire était chargé, en entre, de la fourniture des remèdes pour le service des hôpitaux et de la salle, qui lui étaient payés d'après les prix réglés par l'intendant.

[Au titre IV de ladite ordonnance, on trouve le tarif de la solde affectée alors aux chirurgiens embarqués ; elle était réglée, non suivant les grades, mais suivant la force des équipages :

Sur les vaisseaux de 1" rang, au cliirurgien-major 75 livres par mois.

(800 liommes et au delà). au 2° chirurgien 30 —

— à l'apothicaire 24 —

— à chaque aide 18 —

Sur les vaisseaux de 2' rang, au cliirurgien-major 60 —

(au-dessous de 800 hommes), au 2° chirurgien 24 —

— à l'apothicaire 18 —

— à chaque aide 15 —

Sur les frégates au chirurgien 40 —

Sur les (lûtes au chirurgien 40 à 24 —

L'ordonnance reproduisait un article du l'èglement du 10 juin 1683 qui imposait au chirurgien l'obligation de tenir un registre « où sera inscrite, jour par jour, l'histoire des maladies... lequel registre sera arrêté chaque semaine par Vaumônier et V écrivain du roi. « Il semble, observe Forget à ce sujet, que les aumôniers d'alors avaient hérité des connaissances médicales de leurs prédécesseurs, moines, clercs, chapelains, etc.. »

[L'ordonnance de 1689 constitua le service médical des hôpitaux et de la flotte sur des bases qui ne furent modifiées que longtemps après ; elle le soumit à des règles uniformes pour tous les ports ; elle pourvut en même temps au service des malades et aux besoins de l'instruction des chirurgiens que la marine appelait ou retenait à son service. Pour la première fois, on sut utiliser les ressources qu'offrent les hôpitaux des grands ports à l'étude des maladies qui frappent l'homme de mer ; cette ordonnance contenait le germe des institutions qui, plus tard, sous les dénominations d'école d'anatomie, de chirurgie, de santé, de médecine navale, devinrent des foyers d'instruction pour les chirurgiens et les médecins de la flotte ; elles perpétuèrent leur recrutement au sein des populations maritimes, au moyen d'hommes plus ou moins initiés, dès leur jeunesse, aux événements si exceptionnels de la vie de marin.

[L'ordonnance de 1689 consacrait également le principe du traitement à domicile et des distributions gratuites de remèdes et de médicaments aux ouvrier nécessiteux des arsenaux; ce principe a reçu son application pendai^t une longue^ suite d'années, malgré les réclamations dictées par des intérêts privés et mercantiles, ou par les idées d'une économie mesquine et mal entendue des deniers de l'Etat, qu'il suscita à diverses époques.

[On avait aussi jugé utile de créer dans les arsenaux quelques emplois permanents qui furent aussitôt confiés à des chirurgiens entretenus; le titre VII, livre XX, art. 1^'' de l'ordonnance de 1689, porte : Le chirurgien-major du port pansera soigneusement, etc., toutes les -personnes appartenant à la marine qui se présenteront à l'hôpital ou à la boutique que Sa Majesté fera entretenir sur le port. Ces établissements, véritables ambulances munies de tous les moyens de secours que peuvent réclamer les accidents variés qui surviennent sur les travaux, ont toujours été maintenus depuis sous la dénomination de bureaux de santé, postes des blessés, chirurgie du port, dernières dénominations qu'ils portent encore.

[A cette époque, la marine retenait à son service deux ordres de médecins,

NAVAL (service de saïîté). 569

les docteurs ou médecins proprement dits, ayant obtenu leur grade dans les facultés où ils avaient souvent puisé, en même temps que leur instruction médicale, des habitudes de pédantisme et des préjugés sur la suprématie de la médecine sur la chirurgie, qui les portaient à dédaigner leurs collaborateurs, les chirurgiens. Ceux-ci, pour la plupart illettrés, arrivaient au terme de leur ambition lorsqu'ils avaient obtenu, après examen passé devant le lieutenant du premier chirurgien du roi, le brevet de maître en chirurgie. Il importe de se rappeler les conditions différentes des deux ordres de médecins, lorsqu'on veut apprécier la conduite, envers eux, des hauts fonctionnaires et des officiers de vaisseaux, soumis eux-mêmes aux préjugés des classes aristocratiques auxquelles ils appartenaient.

Pendant un siècle, à partir de l'ordonnance de 1689, plusieurs règlements se succèdent et changent l'organisation du corps de la marine, sans beaucoup modifier le fonctionnement du service de santé.

[Les médecins des ports avaient rapidement conquis la confiance et l'estime publique ; il nous reste à faire connaître le rang qu'ils occupaient dans la hiérarchie des fonctionnaires des arsenaux maritimes, et par suite le degré de considération qui leur était habituellement attribué.

[Un arrêté du 14 juin 1700, pris en exécution de l'édit du 50 avril 1695, établit un tarif des droits de capitation auquel furent assujettis les divers employés de la marine. Un classement par catégories selon l'élévation des grades, et selon l'importance des fonctions qui leur étaient attribuées, servit de base à la fixation de la taxe. On forma 22 classes. La l'^ fut imposée à 2,000 livres, et la 22* à 1 livre. Je ne rappellerai que celles comprenant les officiers de santé et les agents des hôpitaux; on verra par le rapprochement qu'on avait fait, dans chaque classe des fonctionnaires appartenant aux autres services, quelle était l'assimilation des médecins, chirurgiens, apothicaires et autres.

[La 10* classe comprend les chirurgiens-majors et médecins entretenus des ports. Ils étaient soumis à une taxe de 50 livres avec les lieutenants de vaisseaux, les aides-majors, les commissaires généraux de la marine en titre d'office, les premiers maîtres constructeurs, les directeurs des vivres des ports secondaires, les gardes-magasins des vivres, le lieutenant de la compagnie des gardes de l'étendard.

[La 11* classe, imposée à 40 livres, comprenait les chirurgiens aides-majors des ports avec les commis des intendants-ordonnateurs, les écrivains principaux, les maîtres sculpteurs, l'enseigne des gardes de l'étendard.

[La 12* classe, imposée à 50 li^Tcs, comprenait, outre le médecin de M. l'amiral, les enseignes de vaisseau des ports et des galères, les lieutenants des frégates légères, les maîtres d'hydrographie et de mathématiques , le maréchal des logis des gardes de l'étendard.

La 15* classe soumettait à la taxe uniforme de 20 livres le chirurgien et l'apothicaire de l'amiral avec les dessinateurs.

[La 14* classe, imposée à 15 livres, comprenait les chirurgiens et apothicaires ordinaires entretenus des ports, les chirurgiens des galères avec les officiers mariniers, les pilotes ponantais, les maîtres d'ouvrage et d'exercice des gardes de la marine.

[Enfin la 19* classe, taxée à 5 livres, comprenait les infirmiers et gens de service des hôpitaux et des galères, avec les bas-officiers des bombardiers, les gardiens de vaisseaux, les archers de la prévôté et les geôliers.

570 NAVAL (service de santé).

[Dans les actes civils, les chirurgiens-majors et les médecins des ports étaient qualifiés de très-honorables personnes, tandis que leurs subalternes ne voyaient leur nom précédé que du titre de sieur. A bord, le chirurgien-major logeait à la Sainte-Barbe, et il continuait d'être nourri à la table des officiers que tenait le capitaine.

[Quoique le siècle de Louis XIV ait été réputé le siècle de fer de la chirurgie, quoique l'instruction professionnelle des chirurgiens fût alors très-négligée, quoique leur éducation se ressentît de l'humilité des conditions sociales d'où ils sortaient, le dédain qu'on affectait pour eux et qu'on leur prodiguait dans toutes les circonstances dépendait plutôt de l'esprit aristocratique qui dominait alors les hauts fonctionnaires de la marine et les officiers du grand corps que d'un mépris réel pour leur profession.

De la fin du dix-septième siècle (1696) date le premier ouvrage spécial sur la médecine navale, celui de l'Anglais Cokburne. Il appartenait, dit Forget, au peuple navigateur par excellence de produire le premier traité sur la santé des marins.

[Dans les premières années du dix-huitième siècle, la composition du personnel médico-chirurgical et pharmaceutique était à peu près la même dans chaque grand port :

1" médecin, solde allouée 2000 à 2400 francs.

1" chirurgien, — 1800 —

Apothicaire. — 510 à 360 —

Le nombre des chirurgiens entretenus, affectés à chaque grand port, restait le même : il était toujours de six, et constamment au-dessous des besoins du service. Leur avenir était borné, quoiqu'il eût été décidé que l'avancement aux grades de chirurgien-major et d'aide-major leur serait réservé. On n'était pas à cette époque dans l'usage de donner des retraites. On laissait les fonctionnaires en place jusqu'au moment où la mort ou des infirmités graves venaient mettre un terme à leur carrière active. A un âge avancé ils continuaient encore de suivre, à tour de rôle, les destinations pour embarquer. Les occasions d'avancer étaient donc rares, et l'on s'en plaignait généralement.

En 1 720, le nombre des entretenus à Brest fut élevé à 15 ; on avait reconnu l'insuffisance du cadre et l'on pensa que cette augmentation allait exciter l'émulution des chirurgiens embarqués en leur offrant des chances favorables d'arriver à l'entretien.

[Il était d'habitude, depuis longtemps, d'accorder aux chirurgiens de marine un sol par homme d'équipage sur les navires où ils étaient embarqués. Cette rétribution était destinée à couvrir les frais d'achat et d'entretien des instruments à leur usage dont la dépense restait à leur charge pendant la durée de leur service. Un décret du conseil de marine, du 16 juillet 1722, autorisa la délivrance des caisses en magasin, à la charge d'en retenir la valeur sur le prix d'estimation à ceux auxquels elles seraient délivrées. Voici quelle était alors la composition réglementaire de ces caisses : un arbre de trépan, un trépan perforatif, un trépan exfoliatif, un tire-fond, deux rugines, un méningophilax, un couteau lenticulaire, deux élévatoires, un bec de grue, deux couteaux courbes, une scie avec sa feuille de rechange ; deux bistouris, un droit et un courbe ; une paire de ciseaux courbes, un spéculum oris, un davier, un pélican.

[Les préjugés de l'époque, préjugés qui se sont perpétués jusqu'à la fin du

NAVAL (service de samé). ' 571

dix-huitième siècle, entretenaient d'un autre coté entre les médecins et les chirurgiens une scission qui fut aussi nuisible à leurs intérêts communs qu au bien du service. Les médecins des facultés seuls étaient appelés à diriger le service de santé des ports ; lettrés, ayant toujours une éducation soignée, honorés, ils étaient regardés comme les chefs intelligents et tenaient les chirurgiens comme leurs manœuvres.

[Quant au service pharmaceutique, il ne venait qu'en troisième ligne. Les apothicaires étaient humblement soumis aux docteurs, ainsi que les écoliers doivent l'être à leurs maîtres, comme portait le serment qu'ils devaient prêter aux médecins. La marine leur accordait peu de considération et les rétribuait avec parcimonie. L'ordonnance de 1689 avait précisé les fonctions qu'ils devaient remplir. Dans la suite, de graves dissentiments s'élevèrent entre eux et les religieux qui desservaient alors les hôpitaux ; ils eurent pour résultat de soumettre plus tard les apothicaires à l'autorité de ces derniers.

C'est à partir de 1715 que l'on rencontre les premiers efforts pour arriver à créer dans les grands ports un enseignement médical, des écoles d'anatomie et de chirurgie destinées à former des chirurgiens pour les hôpitaux et pour la flotte, et c'est au port de Rochcfort que revient l'honneur de cette première création.

Des plaintes multipliées sur la médiocrité des chirurgiens embarquants, plaintes trop souvent fondées, les représentations du l*" médecin en chef de Rochefort , Cochon-Dupuy, sur l'insuffisance des moyens d'instruction qu'ils rencontraient dans les ports, décidèrent le conseil de marine (1716) à accorder la ration dans l'hôpital à 4 élèves chirurgiens qui devaient être instruits pour servir en qualité d'aides sut les vaisseaux du roi à la solde de 15 livres par mois.

Un chirurgien anatomiste était attaché à l'hôpital.

C'est là l'humble début d'un enseignement et d'institutions que nous allons voir se développer rapidement et produire bientôt de beaux résultats. Dès lors, on commença à enseigner au port de Rochefort l'anatomie et la pratique des opérations ; le matériel nécessaire à l'enseignement fut fourni peu à peu, malgré l'épuisement du trésor ; vers la fin de 1719, l'école possédait les instruments nécessaires à la manoeuvre des opérations et un laboratoire muni des fourneaux, des vases, des appareils nécessaires aux opérations chimiques.

L'inauguration de l'Ecole de chirurgie de Rochefort eût lieu dans le mois de février 1722 ; elle précédait de 4 années l'érection des 5 chaires de démonstrateurs fondées à Paris en 1725, par Maréchal et Lapeyronic.

Les principales dispositions qui furent appelées à régir cette école et l'enseignement qu'on y donnait méritent d'être reproduites, car elles rompaient ouvertement en visière avec les idées reçues à cette époque dans l'enseignement des universités : elles sont dues tout entières à l'initiative du 1" médecin Dupuy.

[Il décida que les élèves seraient appelés, à tour de rôle, au service des salles de fiévreux et de blessés, et les soumit à l'obligation de se trouver exactement aux heures des pansements. Appelés à remplir un jour à bord des vaisseaux le triple office de médecin, de chirurgien et d'apothicaire, il exigea qu'ils suivissent chaque jour les visites des médecins, qu'ils écrivissent leurs prescriptions afin de pouvoir se rendre compte du traitement, enfin, qu'ils passassent successivement à l'apothicairerie pour y apprendre à connaître les médicaments et leurs modes divei's de préparation, etc....

572 NAVAL (service de santé).

L'usage de confier à des chirurgiens entretenus le service des hôpitaux des colonies était déjà établi. En 1687, le port de Brest en avait désigné un pour prendre soin des troupes qu'on envoyait à Siam et de l'hôpital qu'on devait y établir. En 1721, un chirurgien entretenu fut dirigé sur l'Hôtel-Dieu de Québec. Quelle que fût l'imperfeclion des institutions qui régissaient alors le service médico-chirurgical des arsenaux, les chirurgiens entretenus des ports offraient par l'expérience qu'ils avaient acquise, par leur habitude d'un service régulier, des garanties que ne présentaient pas toujours ceux ayant gagné maîtrise dans les villes du royaume.

Vers la même époque (1717), un règlement relatif à la marine du commerce fixa « à 20 le nombre d'hommes qui nécessite un chirurgien à bord des navires destinés au grand cabotage; au dessus de 50 hommes, il faut deux chirur-

giens. »

L'insuffisance du nombre des chirurgiens entretenus devint bientôt dô plus en plus sensible ; en 1 725, leur nombre fut porté à 8 au port de Rochefort. La même année le comte de Morville, appelé à la direction de la marine sous le ministère du cardinal Dubois, accorda des instruments de chirurgie destinés à l'instruction des élèves ; de cet envoi date la création de l'arsenal de chirurgie. A Toulon en 1725, à Brest en 1731, on formait des écoles d'anatomie à l'mstar de celle de Rochefort.

L'année 1725 était signalée pour une nouvelle augmentation de cadre nécessitée par l'impossibilité de satisfaire aux armements ; elle fut l'épartie entre les chirurgiens naviguants et ceux employés à l'enseignement ; à la dépèche du ministre donnant information de cet élargissement du cadre était joint un brevet de chirurgien entretenu signé du roi et contre-signe du ministre.

[La faveur d'être nommé par ordonnance royale, qui fut accueillie en 1855 comme une innovation heureuse, témoignant de la considération qu'on avait pour le corps médical de la marine , était donc pratiquée sous l'ancienne monarchie, même pour les chirurgiens du grade d'entretenu. Pourtant on était encore éloigné du temps où le bénéfice d'une instruction libérale placerait les médecins de la flotte au même rang que les autres corps de la marine.

[Dans le courant de l'année 1756, des besoins successifs {expéditions à Mobile, dans riUinois, à la Nouvelle-Orléans, à la Louisiane) firent ressortir de nouveau l'insuffisance du personnel. On demanda une augmentation; le nombre des entretenus fut porté à 1 2 dans les 5 grands ports ; celui des seconds chirurgiens à 10 ; celui des élèves à la ration, à 15. En même temps le ministre déterminait les conditions d'admission des élèves et ordonnait des mesures pour les retenir au service. « En me décidant à cette augmentation, je désire prendre toutes les précautions pour en retirer quelque fruit et rendre l'établissement de l'école de chirurgie plus utile. Pour cet effet , vous observerez de ne recevoir aucun élève avant l'âge de 15 ans qui ne sache lire et écrire, de les attacher à la marine par un engagement qui les y retienne, afin qu'après être instruits et formés ils ne portent pas ailleurs le fruit qu'elle doit en retirer ; de ne les avancer que sur l'avis du premier médecin qui vous rendra compte de leur conduite, et suivant leur ancienneté, etc »

[11 est inutile de faire ressortir combien les conditions établies par cette dépêche pour l'admission des élèves se ressentaient des idées rétrogrades qui dominaient alors dans l'esprit de bien des gens sur la prééminence de la médecine sur la chirurgie; cependant, quelque imparfaites qu'elles fussent, elles com.

NAVAL (service de sa..^té). o75

blaient une lacune dans la réglementation des écoles de cliirurgie de la marine ; on dut les accueillir avec satisfaction.

[En 1740, on ajouta quelques articles au règlement concernant l'instruction et la discipline dans les écoles ; la nécessité de lortitier les épreuves auxquelles étaient soumis les candidats à l'entretien était démontrée, ainsi que le besoin de prendre des mesures pour maintenir au service les sujets capables dont la marine avait supporté les frais d'instruction et qui se croyaient libres de le laisser quand bon leur semblait. Un arrêté du l^''juin 1740, de l'intendant, ainsi conçu, rendit exécutoires les dispositions suivantes :

1° Les élèves cliirurgiens ou autres aspirants aux places de chirurgiens entretenus de la marine seront examinés à l'ordinaire par le 1^'' médecin et le chirurgien-major, en notre présence, et après avoir satisfait à cet examen, ils seront obligés de faire un chef-d'œuvre d'anatomie et un d'opération de chirurgie. L'un et l'autre seront tiros au sort, savoir : une partie du corps humain que l'aspirant disséquera lui-même , et qu'il démontrera le lendemain dans tout ce dont elle est composée, et une opération de chirurgie faite sur le même cadavre ; le candidat expliquant la structure de la partie, exposant les raisons qui l'obligent à faire l'opération, démontrant les instruments et l'appareil, et indiquant les différentes circonstances du manuel opératoire à mesure qu'il opérera.

2° Les élèves mutins ou dissipés, ou qui auront fait quelque faute grave, seront punis par la prison plus ou moins longue, selon que le cas le méritera.

0 ' Il ne sera pas permis aux élèves parvenus aux appointements ou devenus capables de servir en second, de laisser le service sans congé, et ceux qui se retireront par congé seront obligés de se rendre dans le port lorsqu'ils seront mandés pour le service, et seront, les -contrevenants et désobéissants, punis par trois mois de prison.

[L'épreuve nouvelle à laquelle on devait soumettre les chirurgiens de marine pour parvenir à l'entretien était empruntée aux règlements en usage dans les communautés des chirurgiens de la province. On ne pouvait, en effet, gagner la maîtrise pour les villes que par le grand chef-d'œuvre. Ceux qui ne devaient exercer que dans les bourgs et villages se faisaient recevoir par la légère expérience.

[A la même époque eut lieu l'essai d'une mesure devenue depuis réglementaire, dont l'objet était de limiter la durée du séjour des chirurgiens aux colonies en les maintenant au cadre de la flotte.

[Au mois de janvier 1756, au moment où la guerre avec l'Angleterre venait d'éclater de nouveau, on pouvait espérer que les écoles suffiraient à assurer le recrutement du personnel chirurgical nécessaire à la flotte. Le nombre des chirurgiens employés était le même dans les 5 grands ports et se composait dans chacun : l'^d'un chirurgien-major recevant 1800 livres par an, d'un aide-major à lî200 livres, de 12 chirurgiens entretenus, brevetés, dont 6 à 800 livres, et 6 à 600 livres ; enfin de 12 chirurgiens extraordinaires (auxiliaires) entretenus par ordre du roi, ces seconds recevant 480 livres.

Quant aux élèves, leur nombre ne pouvait être fixé à l'avance, puisqu'il était toujours subordonné à celui des sujets qui se présentaient pour suivre l'enseignement, et aux besoins de la flotte. Dans tous les cas, leur solde ne devait jamais excéder 20 livres par mois avec la ration.

La hiérarchie fut ainsi établie :

1° Chirurgiens entretenus brevetés ;

574 NAVAL (service de sasié).

2"^ Seconds cliirurgiens brevetés ;

3« Élèves.

Chaque grade devait se recruter dans le grade immédiatement inférieur par le concours ; l'institution du concours, dont on a fait l'honneur à Poissonnier, lui est donc antérieure. Cependant cette clause du concours disparut peu de temps après sur les réclamations des écoles et le concours ne fut réellement institué qu'en 1768 par Poissonnier.

Du reste, pour être admis dans les écoles , il fallait être exempt d'infirmité, n'avoir pas plus de 15 ans. Un des médecins attachés à l'enseignement procédait à l'examen du postulant; après s'être assuré de son instruction, de son aptitude, il lui délivrait un certificat constatant qu'il possédait les qualités convenables pour être inscrit sur la matricule.

[Après avoir été initiés dans la pratique de la médecine et de la chirurgie, en suivant le service des salles dans lesquelles on était admis dès l'entrée à l'école ; après plusieurs campagnes accomplies sur les vaisseaux du roi, dans les emplois inférieurs, ceux qui voulaient parvenir à l'entretien étaient soumis à la double épreuve des chefs-d'œuvre d'anatomie et de chirurgie. C'était un moment solennel dans la vie des chirurgiens. Au jour fixé pour la séance que présidait l'intendant de la marine, en présence des médecins du port, du chirurgien major et de l'aide-major et de tous les chirurgiens entretenus présents à terre, il était procédé au tirage au sort de la question. Le temps jugé nécessaire à la préparation des pièces anatomiques étant écoulé, il était procédé à leur démonstration publique devant le même auditoire ; on agissait de la même manière pour les opérations ; des certificats signés du premier médecin et du chirurgien constataient le résultat de cette double épreuve. Sur leur production, le ministre, au nom du roi , expédiait le brevet de chirurgien entretenu, signé de S. M. et contresigné par le ministre.

[Le tableau suivant, indiquant la composition d'un nouveau cadre au port de Rochefort (28 décembre 1758), la solde, les divers suppléments attribués à chaque grade, prouve, en se rapportant à la valeur de l'argent à cette époque, et en comparant le nouveau tarif de solde à ceux qui avaient précédé, le progrès qu'on avait fait dans la rémunération des serviteurs de l'État.

( appointements 1,800 livres. 1 -,„„„,

1 chirurgien-major. . . . j logement 300 - ) 2,<>00 francs

j appointements 1,200 — I , ^,n

1 aide-major \ logement 410 — j ^'^^^ —

1 démonstrateur pris dans [ appointements 1,000 — i

les chirurgiens ordi- I gratification 200 — ', 1,610 —

naires ' ration d'hôpital -410 — )

1 chirurgien ordinaire des troupes, appointements 1,473 —

1 chirurgien ordinaire à j appointements 1,000 —

l'arsenal I gratification 200 - | '''^^ ~

i chirurgien ordinaire des gardes de la marine . 800 —

12 chirurgiens ordinaires embarquants 600 —

6 chirurgiens entretenus extraordinaires embarquants 630 —

AUacliés au service de l'hôpital, à celui des vaisseaux, et à l'Ecole d'anatomie : 16 seconds chirurgiens; le 1" à 20 fr. par mois, les autres à 13 fr., nourris et logés. 24 aides à 6 fr. par mois, nourris et logés. 90 élèves à la ration et logés.

[Jusqu'alors (1757), aucun changement n'avait été apporté aux dispositions de l'ordonnance de 1689, concernant la délivrance des remèdes et médicaments aux bâtiments du roi et les devoirs de responsabilité imposés aux chirurgiens. Deux modes différents de composer le coffre destiné à l'approvisionnement de chaque navire étaient en faveur et offraient l'un et l'autre des avantages et des incon-

NAVAL (service de santé). 575

vénients. A Brest ou laissait aux chirurgiens-majors le choix des espèces et des <juantités. L'apothicaire leur présentait un état des drogues qu'il pouvait délivrer, avec les prix en regard. Chaque chirugicn choisissait celles qu'il préférait, en ayant soin de ne pas excéder la somme allouée pour chaque coffre, d'après la force du navire et le tarif annexé à l'ordonnance de 1769 ; une tolérance de 30 livres en sus était admise pour les coffres les plus grands. Voici ce tarif ; les sommes qui y sont comprises furent calculées d'après une contribution de 5 sols par homme, qu'on estimait nécessaire pour représenter la valeur du coffre embarqué sur chaque navire :

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