ALLOUÉES
150 — 200 livres
auï vaisseaux de 1" rang.
— de 2' —
— de 3* -
— de 4* et 5* rangs.
aux frégates et galiotes à bombes.
aux ilùtes de oOO à 600 tonneaux.
A Rochefort, il y avait un tarif invariable où étaient indiquées les espèces et quantités de chaque médicament entrant dans la composition d'un coffre, calculées pour 6 mois de campagne, depuis 100 jusqu'à 600 hommes d'équipage.
, Ce second système était généralement préféré, parce qu'il garantissait toujours que les chirurgiens les moins experts auraient un approvisionnement suffisant pour toutes les éventualités d'une campagne ordinaire. On lui reprochait toutefois d'être uniforme pour toutes les destinations, colonies tropicales ou mers du Nord.
: Ce fut sans doute pour prévenir ces inconvénients et bien d'autres qu'à la fin \de 1758 (dépèche du 15 septembre) on décida la création d'une place d'inspecteur des coffres à médicaments. Ses fonctions devaient spécialement consister à examiner les drogues et les remèdes à embarquer sur les vaisseaux, en régler les quantités nécessaires, rebuter ceux qui ne seraient pas de bonne qualité et faire, dans cette partie, tout ce qui pourrait contribuer à V économie et au bien du service.
[A la date du 12 avril 1759, il fut publié un nouveau tableau déterminant le nombre des chirurgiens subalternes à embarquer sur chaque espèce de navire suivant la force de l'équipage. Le rapport établi était un chirurgien pour 100 hommes. Pour comprendre cette proportion élevée, il faut se reporter au temps si voisin des graves épidémies * qui ravagèrent nos escadres, et au besoin que l'on avait d'un nombreux personnel pour soigner les malades toujours nombreux, et de rappeler que la prééminence humiliante que les médecins exerçaient encore sur les chirurgiens tendait, dans les ports comme partout à leur imposer des devoirs dont ils auraient dû être affranchis depuis loncrtemps.
[ Cependant, ces perfectionnements n'étaient acquis qu'avec une lenteur extrême, tandis que les autres services de la marine, sous l'influence des idées droites et libérales de son ministre, le duc de Choiseul (1761), se reconstituaient
* 1° Escadre du comte de Roquefeuille, 1745. 2° Escadre du chevalier de Piosins, 1745. 3* Escadre du duc d'Enville, 1746.
4» Escadre de Dubois de Lamothe, 1757,
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successivement. Les officiers de vaisseau, les officiers d'administration, les ingénieurs constructeurs, voyaient modifier avantageusement les règlements qui les avaient constitués en corps. Le corps médical n'était pourtant pas resté en arrière des autres, sous le rapport de la considération qu'il s'était acquise. On reconnut enfin la nécessité d'établir près du ministre une autorité supérieure, chargée de centraliser les différents détails du service, en raison de l'importance du service de santé, de la spécialité de ses attributions, et le ministre (duc de Ghoiseul) prit la résolution de confier cette mission à un médecin expérimenté.
Le 1" janvier 1763 fut créée la place d'inspecteur et directeur de la médecine dans les hôpitaux maritimes. Ce fut Pierre Poissonnier \ docteur régent de la Faculté de Paris, ancien professeur de médecine au Collège de France, médecin consultant du roi, ancien inspecteur des hôpitaux militaires, et très-connu à l'époque par ses recherches sur les moyens de dessaler l'eau de mer, qui l'obtint et lut le premier inspecteur général.
Ses attributions, définies dans une dépêche circulaire, furent notifiées dans les ports à la date du 17 novembre 1763. Elles consistaient : 1" à diriger uniformément l'enseignement de la médecine, de la chirurgie et de la pharmacie dans les principaux ports ; 2° à entretenir une correspondance suivie avec les médecins et chirurgiens attachés au service des hôpitaux, dans les ports et dans les colonies, avec ceux embarqués sur les escadres ou sur les navires isolés ; 5° à apprécier les mémoires ou rapports intéressant l'hygiène et la médecine nautique, qui lui seraient adressés, les propositions concernant les remèdes nouveaux, les machines et appareils proposés comme pouvant être utiles aux gens de mer ; 4° à donner son opinion sur toutes les questions intéressant le régime intérieur des hôpitaux et l'économie de ces établissements ; 5" à être prêt, au premier ordre, à remplir les missions plus ou moins éloignées qui pourraient lui être données par le ministre, dans l'intérêt du service sanitaire de la marine et des colonies.
Comme on le voit, le but général de cette création était de centraliser le service de santé de l'armée de mer et des colonies.
[A son entrée au ministère, M. de Choiseul s'était occupé d'une nouvelle réglementation du service des vaisseaux, basée sur l'ordonnance de 1689, et comprenant les modifications que des règlements postérieurs y avaient apportées. L'ordonnance qui rétablit parut au commencement de 1765. Elle tendait, dans ses principes les plus essentiels, à faire prévaloir l'autorité militaire sur celle de l'intendant ; les devoirs des officiers appartenant aux différents corps, tant à la mer que dans les ports, y sont indiqués, de même que les mesures d'hygiène dont l'expérience avait démontré les avantages, et dont la mise en pratique devait augmenter le bien-être des équipages et améliorer leur santé. La position des chirurgiens embarqués fut mieux définie. Le chirurgien-major, classé définitivement au nombre des membres composant l'état-major, eut droit à la table du capitaine, chargé alors de nourrir les officiers (art. 246, titre LVIII, livre IX); son logement et celui de l'aumônier furent établis en avant des chambres de la Sainte-Barbe, l'un à bâbord, l'autre à tribord. L'embarquement d'un médecin et d'un chirurgien-major, plus le nombre d'aides et d'apothicaires nécessaires, selon la force du navire-hôpital établi à la suite des escadres, devint obligaton'e (art. 1012) ; pour la première fois, il leur fut enjoint de constater la mort et les
* Voir notice de M. de Méricourt, in Archives de mécl. navale, t. IJI, p. 189.
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eauses de la mort des officiers, mariniers et matelots tués à la mer ou dans les combats, afin d'établir le droit de leurs familles aux faveurs du gouvernement (art. 1218, livre XV).
Une deuxième ordonnance attribua aux officiers de santé un uniforme [50 novembre 1767] (voir Lefèvre, page 179) et régla celui des médecins et des chirurgiens.
[ Nous avons vu que l'ordonnance de 1689 avait institué des cours de médecine, d'anatomie et d'opérations; depuis 45 ans, l'institution des écoles de chirurgie nautique avait fourni d'heureux résultats ; il s'agissait d'apporter dans ces écoles les améliorations introduites dans les centres d'enseignement qui, sur divers points de la France, brillaient alors d'un vif éclat. Cette tâche fut remplie par les deux frères Poissonnier, et le règlement du 1" mars 1768 donna une extension plus grande aux moyens d'instruction.
Sous 9 titres distincts, il comprenait : l'institution dans les hôpitaux des grands ports de cours élémentaires, la création de jardins botaniques ou le développement de ceux qui existaient, les attributions des médecins et des chirurgiens enseignants, les règles à suivre pour les destinations à la mer, etc., et, point capital, il inaugurait l'adoption du concours comme mode d'avancement aux différents grades.
L'enseignement de la pathologie générale et de la pathologie spéciale devint obligatoire.
L'institution du concours date donc de l'année 1768; attaquée dès le début, quoique constituant un progrès véritable, elle a survécu depuis à toutes les tentatives de destruction, malgré ses imperfections très-réelles qui furent senties à l'époque même de sa fondation et provoquèrent de vives observations. Le temps l'a consacrée depuis un siècle, et cette institution joue un tel rôle dans l'organisation et le fonctionnement de la médecine navale que nous croyons devoir nous arrêter un peu sur ses débuts.
[Le principe de l'avancement au concours était consacré pour les seconds chirurgiens et les aides ; il restait facultatif pour les élèves. Le premier médecin décidait de son application.
Chaque année, à l'époque oii il y avait le plus grand nombre de chirurcriens à terre, on devait procéder à un examen général en forme de concours.
Le concours pour chaque place était divisé en six examens ; il devait se terminer en quinze jours. Le droit d'argumentation entre les candidats à un même grade était admis ; les concurrents pouvaient réciproquement s'adresser des questions, les juges en surveillaient la convenance et la forme.
Il y avait deux épreuves pratiques d'anatomie et d'opération de chiruro^ie dont les sujets étaient tirés au sort ; c'était le maintien de l'ancienne épreuve du chef-d'œuvre à laquelle, dans le passé, on avait attaché une si grande valeur.
Les juges du concours, dans l'ordre de priorité, étaient le premier médecin, les médecins ordinaires, le chirurgien -major, l'aide-major et le démonstrateur. Ils votaient à la majorité des suffrages. En cas d'égalité, celui du premier médecin était prépondérant.
S'il se présentait des vacances dans l'intervalle de deux concours, les places devaient être données d'après le rang établi dans le concours précédent. (Cette disposition sauvegardait les droits de l'absence.)
Le titre IX établissait les règles à observer lors des embarquements; autant que
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possible, chacun devait partir à son tour ; les tours de départ étaient établis d'après une liste arrêtée par le premier médecin, etc.
[En consolidant l'institution des écoles, en leur imprimant une marche uniforme et régulière, le nouveau règlement dut être regardé comme un progrès réel et comme un bienfait. Cependant l'institution du concours souleva des objections; on faisait observer que « V éloignement habituel des écoles d'un grand nombre de sujets permettrait rarement de les réunir pour les examens annuels et que ce mode d'avancement, qui pouvait convenir à des écoles publiques oii les candidats libres de leurs actions sont toujours présents, ne pourrait être mis en pratique dans les ports, où quand l'un arrive l'autre est obligé départir. »
Les adversaires du concours faisaient aussi valoir les difficultés qui forçaient parfois à ajourner les examens, faute d'un nombre suffisant de candidats présents; on trouvait que les droits acquis par les concours antérieurs n'étaient pas suffisamment sauvegardés en cas d'absence, et que le système nouveau lésait de légitimes intérêts. Ces inconvénients, sur lesquels beaucoup se basaient pour demander la suppression du concours, étaient réels ; ils ont été invoqués depuis pour appuyer la même cause et non sans raison ; aussi, les organisations les plus récentes ont-elles cherché à résoudre ce problème par des dispositions que nous étudierons plus loin. Quoi qu'il en soit, ces avantages du mode d'avancement qu'on instituait étaient si évidents qu'ils prévalurent sur les objections qui lui étaient opposées, et le concours entra définitivement dans les écoles comme conditions absolues d'avancement.
[Un des vices capitaux de l'ancienne organisation était la distinction établie entre les médecins et les chirurgiens attachés au service des ports et des colonies. L'expérience avait appris que a de jeunes docteurs pris dans les facultés à leur sortie de dessus les bancs pouvaient avoir acquis des connaissances théoriques étendues, qu'ils pouvaient même être très-savants, mais qu'ils manquaient de la pratique si nécessaire pour être de bons médecins et qu'ils étaient exposés pendant longtemps à commettre les fautes les plus fatales à l'humanité. Lors même que les places de médecins des hôpitaux de la marine avaient été données à des praticiens des villes de l'intérieur, ces médecins n'ayant jamais eu d'occasion d'observer les maladies des gens de mers avaient pu errer pendant longtemps avant d'adopter une manière régulièse de les traiter » (Préambule du règlement du 1" février 178")).
[La nécessité de créer une école de médecine pratique pour l'instruction des élèves médecins destinés au service de la marine étant démontrée par les faits ; ce règlement du l^'' février 1783 posa les conditions dans lesquelles devait fonctionner cette nouvelle institution. Brest fut désigné comme lieu de son éta- 'ilissement.
Les élèves devaient être pourvus du diplôme de docteur en médecine ; les places vacantes dans les hôpitaux des ports ou des colonies ne pouvaient leur être données que dans la deuxième année de leur séjour à l'école ; après la troisième ils avaient un droit imprescriptible aux premières vacances.
[Le fonctionnement simultané de deux centres d'enseignement, médecine et chirurgie, dans le même port, contribua à augmenter la mésintelligence qui régnait depuis longtemps enti'e les médecins et les chirurgiens ; la singulière anomalie dans la position faite aux chirurgiens entretenus y prêtait surtout à la critique. Jugés aptes à diriger le service médical d'un vaisseau de 1000 à
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lûOO hommes, on leur contestait à terre la capacité nécessaire pour diriger le service d'une salle de fiévreux.
[A cette époque, la société française subissait l'influence des idées propagées par les publications des encyclopédistes et des économistes. Dans toutes les classes, on se préoccupait d'améliorer le sort des hommes et des institutions qui les régissaient. La philanthropie était à l'ordre du jour. Par une convention signée le 5 octobre 1779, les gouvernements de France et d'Angleterre avaient décidé que les médecins, chirurgiens, aumôniers et ministres, ne seraient plus retenus prisonniers de guerre ; des ordres furent donnés pour relâcher ceux qui pouvaient être détenus. On reconnaissait déjà que les hommes dont la mission est d'adoucir les maux qu'enfante la guerre doivent être exempts des rigueurs qu'elle entraîne.
Nous verrons cette grande idée poursuivie de nos jours par la convention de Genève,
Peu d'époques furent aussi fécondes en ordonnances et règlements intéressant le service de santé que la fin du règne de Louis XVL
Le 1^'' juillet 1772, on arrêta un tarif des frais de conduite ou de voyage et des vacations applicables aux médecins et chirurgiens.
[Le 4 décembre de la même année, un règlement du roi décida que les capitaines cesseraient de tenir la table des officiers et qu'il serait alloué à chaque membre de l'état-major un traitement de 46 sols par jour, plus deux rations, et que, dans les colonies, le traitement de table s'accroîtrait d'un supplément.
[Enfin, le roi, reconnaissant la nécessité de classer les officiers de santé selon leur mérite, de les distinguer par des titres en rapport avec les fonctions qu'ils étaient appelés à remplir, et de leur donner en même temps l'espoir d'un juste avancement, signa le 24 novembre 1786 un nouveau règlement établissant, sur le pied de pais, le nombre et la solde des chirurgiens entretenus attachés au service de la marine. On en forma deux sections, l'une comprenant le service à terre dans les grands arsenaux, l'autre, le service à la mer sur la flotte.
Yoici le tableau indiquant la composition des grades et la solde du personnel des officiers de santé, d'après le règlement du 24 novembre 1786 :
SOUE QDAllTÉS ET GllADES. ANNUELLE. NOMBRE.
Médecins 2,000 fr. . . 6
„ . ■ Élèves médecins (Ecole pratique) 800 ... 4
, ^""^® ) ci^irurgiens-majors des ports . . 2,000 ... 3 ^ 19
a terre. ] Chirurgiens-aides-majors 1,800 ... 5
Démonstrateurs 1,300 ... 5
!1 oOO 1