NÉLATON
attendre ; c'est moins encore à son expérience qu'à une constante et consciencieuse application de la véritable méthode scientifique, qu'était due cette sûreté
de diagnostic qui tant de fois émerveilla son auditoire N'ayant jamais cherché
à dominer son époque, ni à se poser en chef d'école, il aima passionnément la chirurgie, l'enseignement, ne dédaignant ni les honneurs, ni les succès; mais il n'eut pas cette vivacité d'âme qui lance dans la controverse et fait rechercher la lutte ; il ne posséda pas la force de caractère qui permet d'imposer son autorité ; s'il pécha, ce ne fut pas, comme Dupuytren, par excès d'orgueil, mais par excès de condescendance. N'ayant pas assez d'ambition pour ne pas se contenter du présent, il ne songea pas assez à se faire place dans l'avenir. Etre écouté de ses élèves lui suffisait ; il trouvait dans ses leçons ses plus grandes satisfactions ; c'était le meilleur moment de ses longues et pénibles journées... Le seul aspect de sa physionomie aurait suffi pour qu'un favorable présage répondît à l'anxieuse et muette interrogation qu'adresse toujours le malade à celui qui va devenir l'arbitre de sa destinée. Le calme parfait, l'assurance modeste et ferme de l'homme qui a plus d'une fois prouvé qu'il est à la hauteur de sa mission, s'y lisaient de prime abord. Bientôt des questions pleines de précision, une attentive sollicitude qui savait s'étendre à tout, et ne s'inquéter cependant que de ce qu'il convient de savoir, un examen approfondi, conduit de telle sorte que rien n'était négligé, tandis que tout était prévu pour que la souffrance et les plus intimes susceptibilités fussent ménagées, attiraient de plus en plus la confiance. Le malade sentait qu'il pouvait s'abandonner, et se livrait sans réserve, heureux de cette première victoire, si complètement gagnée par celui qui, après avoir conquis le patient, allait s'attaquer à la souffrance. Le prestige du talent et delà notoriété conduisait près du chirurgien renommé; son affabilité exquise, sa manière attentive et simple, retenaient tous ceux qui, dans un jour d'inquiétude
ou d'angoisse, avaient pu l'approcher Nélaton ne s'est jamais plaint de ses
ennemis ; il dut en avoir cependant, mais il ne s'accordait pas l'orgueilleuse satisfaction d'en parler. De même qu'il savait ne pas triompher, il savait ne pas se plaindre... ».
Élève du lycée Bourbon {alias Fontanes), où il eut pour répétiteur Achille- Pierre Requin {voy. ce nom), qui devait être plus tard son collègue à la Faculté de médecine, Nélaton passa successivement par ces grades et ces emplois : Élève à l'École de médecine de Paris (IS'SS), élève externe à l'Hôtel-Dieu dans le service de Dupuytren (1850), interne des hôpitaux (1831), docteur eu médecine (1836), agrégea la Faculté (1838), professeur de clinique chirurgicale (1851), membre de l'Académie de médecine (1865), membre de l'Institut (1867), sénateur de l'Empire (1868).
Peu disposé à écrire, et n'ayant guère le temps de le faire, Nélaton est tout entier dans son enseignement; c'est là qu'on le trouve avec toutes les qualités qui font le grand praticien, ne dégageant jamais l'art chirurgical de la thérapeutique. 11 serait difficile de passer en revue tous les sujets de chirurgie qui ont été l'objet de cet enseignement à l'hôpital des Cliniques. Rappelons seulement : la ligature des deux bouts dans la plaie, pour les hémorrhagies primitives ou secondaires; l'étude des polypes naso-pharyngiens; la précision du siège de ces tumeurs appelées par Nélaton hémalocèles péri-utérines, leur mode de production, leurs signes distinctifs; les belles autoplasties pour la réparation du nez, dans répis[)adias, etc.; la pratique de la compression directe sur les anévrysmes variqueux; le traitement des anévrysmes rétro-pelviens par