‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.64Chapitre 16 sur 45 · NERFS (PATHOLOGIE MÉDICALE · texte numérisé non relu

NERFS (PATHOLOGIE MÉDICALE

s'observe pai'fois dans ces circonstances (Sclnoeder van der Kolk, Wundl) ; que les névrites du plexus cardiaque sont la conséquence des lésions du péricarde ou de l'aorte (Peter) ; enfin que les névrites des nerfs des membres surviennent assez fréquemment quand il existe dans leur voisinage soit un foyer inflammatoire, soit une lésion organique. C'est ainsi qu'on a pu voir assez souvent des névrites secondaires survenir après la dégénérescence cancéreuse d'un organe, ou même <lans le voisinage d'articulations enflammées, d'os cariés ou nécrosés, etc.

Les maladies infectieuses aiguës (fièvre typhoïde, fièvres éruptives, diphthérie, elc.) peuvent s'accompagner de névrites circonscrites. Bernhardt en a cité un exemple dans un cas de typhus exanthématique, Charcot et Vulpian ont signalé, dès l'année 1865, les altérations des nerfs dans la diphthérie, et, plus récemment, Buhl a soutenu que, dans ces cas, la névrite pouvait gagner les racines spinales et même la moelle. Certaines intoxications peuvent aussi donner naissance à des névrites : ainsi l'empoisonnement par l'oxyde de carbone (Leudet), l'alcoolisme (Magnan), peut-être aussi l'intoxication saturnine (Westphal). Quant aux maladies chroniques, il en est un certain nombre qui paraissent de même s'accompagner de névrite. Telles sont la syphilis, de même la lèpre anesthésique (Virchow), qui consisterait en une périnévrite caractérisée par une prolifération <ellulaire siégeant dans l'intervalle des tubes nerveux, dont elle déterminerait la destruction, enfin le rliumatisme et la goutte.

Les névrites succèdent assez fréquemment aux maladies du système nerveux central. C'est ainsi que MM. Charcot, Vulpian, L. Tûrck, Bouchard, etc., ont «'iudié les névrites descendantes qui s'observent dans les cas de lésions graves des centres nerveux {voir plus loin, p. 237). Les recherches ophthalmoscopiques, faites pendant le cours des maladies du système nerveux central, ont montré de plus que les lésions intra-oculaires étaient le plus souvent dues à un-^ névrite optique (Bouchut, Galezowski). La pathogénie de ces accidents et leur interprétation seront étudiées ailleurs [voy. Optique (Nerf)]. Enfin les observation^ de névrite ascendante ont fait voir que les lésions des nerfs périphériques, ou même certaines phlegmasies des organes auxcpiels viennent aboutir ces nerfs, pouvaient déterminer une névrite consécutive du tronc nerveux lui-même ot parfois de la moelle et des nerfs qui en partent {voy. Paralysies réflexe^

ET ATROPHIE DES NERFS, p. 227).

La névrite primitive s'observe bien plus rarement, ou, du moins, il est difficile, en dehors de l'action exercée par le froid, de reconnaître aux névrites dites spontanées une cause quelconque. 11 faut admettre cependant qu'il existe chez certains individus une prédisposition spéciale au développement des névrites et que, bien fréquemment, le zona n'est que la manifestation extérieure d'une névrite survenue sous une influence qu'il est difficile de préciser. Nous avons vu nous-même un zona très-rebelle, occupant la région inguino-crurale, survenir brusquement à la suite d'une névrite de quelques branches du plexus lombaire. Souvent, dans ces circonstances, il est très-difficile de reconnaître quelle est la cause déterminante de la névrite, et c'est pourquoi celle-ci passe souvent inaperçue.

Anatomie pathologique. La névrite aiguë se caractérise par la rougeur, le gonflement du nerf et l'exsudation séreuse du tissu conjonctif périfasciculaire. Comme dans les cas de congestion un peu intense, le cordon nerveux a un aspect trouble, terne, sa gaîne semble distendue par une substance jaunc-rougeâtre, au milieu de laquelle il n'est pas rare d'apercevoir même à l'œil nu l'hyperémic des vaisseaux périfasciculaircs, ou même, après avoir fendu la gaîne lamel-

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leuse, celle des vaisseaux intrafasciciilaires et parfois des héniorrhagies puoctiformes. Au microscope, on reconnaît aisément la dilatation des vaisseaux, et l'on peut voir au milieu de l'exsudat séro-albumineux qui distend le nerf un assez grand nombre de globules sanguins extravasés. Plus tard, si l'inflammation est tiès-intenso, le nerf se ramollit ; les tubes nerveux, plongés au milieu dune bouillie brunâtre, sont dissociés et peuvent disparaître par résorption de la pulpe nerveuse fragmentée elle-même et dégénérée en graisse. Le nerf ne comprend plus dès lors qu'un cordon composé en majeure partie de tissu conjonctif. Il est rare cependant que l'on observe, dans les névrites secondaires, une inflammation suppurative. La gaîne lamelleuse forme au pus une barrière à peu près infranchissable, et l'on peut retrouver des tubes nerveux à peu près normaux au milieu d'un foyer purulent déjà ancien. Cette résistance de la gaîne lamelleuse à la suppuration se démontre (Cornil et Ranvicr) lorsqu'après avoir dénudé le nerf sciatique on répand dans la plaie du vermillon délayé dans de l'eau. Les globules de pus chargés des granulations colorées les transportent dès lors dans toutes les directions, mais sans traverser la gaîne lamelleuse et sans jamais aller échouer entre les tubes nerveux. Il est donc fréquent de voir, après une névrite aiguë, les éléments nerveux se régénérer et reprendre leurs fonctions. L'hyperémie cesse, l'exsudat séreux et les globules sanguins extravasés se résorbent et le nerf se régénère. S'il n'en est pas ainsi, la terminaison a lieu le plus souvent par néoformation conjonctive comme dans la névrite chronique. La névrite aiguë ne s'observe, le plus souvent, que limitée au tissu conjonctif c{ui entoure le nerf (pennévrite), ou qui pénètre entre les tubes nerveux {n. interstitielle). Cependant M. Charcot et après lui M. Pierret ont décrit une névrite parenchymateuse caractérisée par l'aspect moniliforme des tubes nerveux, la prolifération des cellules propres à chaque segment inlerannulaire et la disparition du cvlindre-axe. Les observations de ce genre sont toutefois assez rares et ne peuvent encore être citées sans réserves.

La névrite chronique se caractérise par un épaississement considérable du tissu nerveux. Le nerf semble épaissi dans toute son étendue, ou bien il offre de distance en distance des renflements noueux. Sa couleur est terne, grisâtre ou gris bleuâtre, quelquelois presque violacée. La lésion, d'ailleurs, occupe surtout le né\rilème, qui contracte parfois des adhérences intimes avec les organes voisins ; les tubes nerveux peuvent demeurer intacts au milieu de cette masse de tissu conjonctif qui les enveloppe et les comprime [périnévrite) . Le plus souvent cependant la néoplasie conjonctive atteint non-seulement le névrilènie, mais encore le tissu conjonctif périfasciculaire et toutes les lames de la gaîne lamelleuse des faisceaux nerveux. Dès lors, le nerf peut subir toutes les dégénérescences qui conduisent à son atrophie et que nous avons décrites dans le chapitre précédent. Dans ces cas, la lésion est très-irrégulièrement répartie. A côté des nerfs hypertrophiés par la prolifération conjonctive, remplis de gouttelettes graisseuses et de globules sanguins extravasés ou même déjà presque complètement atrophie's, ou eu voit d'autres ayant conservé sinon leur aspect, du moins une structure à peu près normale {névrite interstitielle, proliférante ; périnévrite lépreuse).

Si la maladie fait des progrès, le nerf se transforme en un cordon fibreux, dur, grisâtre, fortement pigmenté, où l'on ne retrouve plus rien qui caractérise le tissu nerveux normal, mais où Ton ne rencontre plus que des éléments conjouctifs arrivés à leur état de développement complet. D'après certains auteurs (Ivleinm, Rokitansky, Feinberg), la névrite peut tantôt se limiter aux nerfs primitivement

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atteints (Klemm a vu le processus inflammatoire localisé dans le voisinage des articulations), tantôt s'étendre en suivant une voie centripète de manière à gagner la moelle. Telles sont les névrites dites ascendantes que Landry, Duménil, etc., ont surtout bien fait connaître ; telle est aussi la nevnïis migrans de Klemm.

Outre les altérations observées sur le trajet des nerfs, on constate, dans les cas de névrite aiguë ou chronique, des lésions trophiques diverses que nous aurons à décrire en nous occupant de la symptoniatologie.

Symptômes. La névrite, lorsqu'elle reste circonscrite, ne se caractérise que par un petit nombre de symptômes variables suivant qu'elle occupe un nerf moteur ou un nerf sensitif. Lorsqu'elle est aiguë ou lorsqu'elle provoque des phénomènes d'irradiation, on voit à ces symptômes locaux s'ajouter quelques symptômes généraux. Mais le mouvement fébrile qui accompagne parfois la névrite aiguë est assez rare et ne s'observe d'ordinaire qu'au début de la maladie. Il n'offre jamais, d'ailleurs, au point de vue du diagnostic, l'importance que présentent les autres symptômes. Nous distinguerons ceux-ci suivant que la névrite atteint un nerf sensitif ou un nerf mixte.

Le symptôme pathognomonique de la névrite d'un nerf sensitif est la douleur. Très-vive dans la névrite aiguë, occupant toute la sphère du nerf, s'irradiant dans tous les sens de manière à gagner les branches nerveuses voisines, la douleur est presque toujours continue. Lorsqu'elle présente quelques rémissions, celles-ci ont lieu surtout verslematm; même dans le cas de névrite chronique, la douleur est souvent assez vive pendant la nuit pour empêcher tout sommeil. Ce caractère est assez important à signaler, car il distingue la névrite aiguë de la névralgie; la névralgie, en effet, présente bien plus souvent des intermittences durant lesquelles aucune perception douloureuse n'a plus lieu. Dans la névrite, au contraire, la douleur parfois un peu engourdie s'exaspère par les mouvements, la toux, les efforts, mais ne cesse presque jamais complètement, On a pu citer cependant (Bernhardt) un cas de névrite observée sur un malade qui succomba à une attaque de typhus exanthématique et chez lequel on n'avait jamais constaté de douleurs paroxystiques. Mais, au moment où il fut atteint d'une paralysie subite du nerf radial, ce malade était dans un état semi-comateux, et quand il succomba l'autopsie fit constater une dégénérescence presque complète des fibres nerveuses. Il y avait donc eu, consécutivement à la névrite, atrophie du nerf radial, et c'étaient les symptômes de cette atrophie nerveuse que l'on avait seuls constatés. Dans le cours d'une névrite qui a duré longtemps, les douleurs spontanées et les douleurs provoquées par la pression peuvent donc cesser, mais c'est alors seulement que le processus inflammatoire a détruit les filets nerveux dans une plus ou moins grande étendue (iNothnagel).

La douleur spontanée, surtout dans la névrite aiguë, peut s'irradier, s'étendre aux diverses branches d'un même plexus ou même aux nerfs voisins, et parfois, en gagnant le mésencéphale, pi^ovoquer des convulsions générales hystériformes (W. Mitchell) et des pertes de connaissance (Hasbach).

Cette douleur s'exaspère toujours par une pression exercée sur le trajet du nerf malade. Mais les nerfs peuvent être douloureux à la pression sans être enflammés. Il fliut donc rechercher un autre signe qui puisse caractériser la névrite. Ce signe, Baerwinkel croit l'avoir trouvé en étudiant le sens de la transmission douloureuse. La transmission centripète de la douleur devrait être considérée comme un caractère pathognomonique de la névrite, car elle prouverait l'excitation des nervi-nervorum et, par conséquent, l'inflammation du névrilème. Il

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faut toutefois faire observer que très-fréquemment dans les névrites les ilouleuis spontanées ou provoquées par la pression se propagent exclusivement dans une voie périphérique. Lors donc que dans une maladie du système nerveux périphérique la douleur à la pression pourra être constatée sur tout le trajet du nerf et non-seulement en des points déterminés, on devra, sans qu'il faille cependant rien aftirmer, croire qu'il existe une névrite.

Les modifications de la sensibilité cutanée sont, dans la névrite, très-précoces, et consistent surtout dans l'anesthésie. La conductibilité du nerf se trouvant rapidement interrompue, les excitations périphériques cessent d'avoir de l'effet sur la douleur. Trousseau avait déjà insisté sur ce phénomène en faisant remarquer que dans le cas où l'anesthésie succède rapidement à l'hyperesthésie il y a très-probablement névrite consécutive à la névralgie. En même temps, la sensibilité tactile s'émousse graduellement, mais la douleur spontanée persiste, et dès lors il se produit une anesthésie douloia'euse qui s'explique par la transmission à l'encéphale des irritations provoquées par le travail pathologique audessus du point malade. Cette anesthésie douloureuse, bien étudiée par Rendu, Hubert Valleroux, etc., s'observe dans le zona ophthalmique (Hybord), dans la lèpre anesthésique (Rendu), etc. Il ne faudrait pas cependant considérer l'absence d'anesthésie comme devant prouver qu'il n'existe pas de névrite. Les expériences d'Arloing et Tripier ont montré en effet combien il était facile d'expliquer l'absence d'anesthésie quand l'atrophie nerveuse, suite de névrite, est très-limitée.

A côté des troubles de la sensibilité nous devons ranger les lésions trophiques de la peau des muscles, etc., qui s'observent très-fréquemment lorsqu'il s'agit de la lésion d'un nerf mixte, qu'elles soient traumatiques ou spontanées. « Rien de mieux établi en pathologie, dit M. Gharcot {Leç. sur les maladies du syst. nerveux, 1872, p. 5), que l'existence de ces troubles trophiques consécutifs aux lésions des centres nerveux ou des nerfs. » Et, en effet, de nombreuses observations existent aujourd'hui pour en prouver la fréquence. Les troubles trophiques consécutifs aux lésions traumatiques des nerfs ont été étudiées par MM. Charoot, Weir Mitchell, Mougeot, etc. Ce sont des éruptions cutanées de forme variable, mais surtout vésiculeuses et huileuses, parmi lesquelles il faut en première ligne signaler le zona. Après MM. Charcot et Mougeot, qui eu eut fait connaître les exemples les plus remarquables. Rouget, Earl, Paget, M. Raynaud, Couyba et surtout W. Mittchell, ont étudié ces lésions cutanées. On observe aussi des éruptions pemphigoïdes (Charcot) ou eczémateuses (NY. Mitchell^, ou enfin des ulcères rebelles liés manilèstement à l'irritation des nerfs. Paget (cité par Charcot, /. c, p. 24) rapporte l'observation d'un malade atteint d'une fracture de l'extrémité inférieure du radius avec cal volumineux comprimant le nerf médian. Ce malade portait sur la peau du pouce et des deux premiers doigts de la main des ulcères qui résistaient à tous les traitements. La flexion du poignet faite de manière à relâcher les parties molles de la face palmaire et à faire cesser, par suite, la compression des nerfs, avait pour effet, au bout de quelques jours, d'amener la guérison des ulcères. Aussitôt que le malade voulait se servir de sa main le nerf était de nouveau comprimé et les ulcérations reparaissaient. Dans la névrite chronique on n'observe que très-rarement les mêmes éruptions, mais on constate surtout une série de lésions cutanées à caractère atrophique. Les chirurgiens américains ont désigné sous le nom de glossy skin (peau lisse) une affection de ce genre. La peau est lisse, pàîc, anémique; les

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j^landes sudoripares sont atrophiées, leur sécrétion diminuée ; l'épiderme est fendillé ; les ongles sont fendillés eux aussi et recourbés d'une manière remarquable. (( Il s'agit là. dit M. Charcot, d'une inflammation particulière de la peau qui aboutit à l'atrophie du derme et qui rappelle ce que Ion voit dans l'aflection décrite sous le nom de sclérodermie. » D'autres fois la peau est luisante, marbrée de taches rouges et blanches ; cette rougeur rappelle Vérythème pernio. Des ulcérations peuvent se développer à l'union des ongles avec la peau ou sur leurs côtés; les poils disparaissent, les cheveux blanchissent et tombent. 11 arrive parfois cependant que la chevelure est plus forte, plus abondante dans le voisinage de ces neris enflammés (Pouteau, Larrey, Mougeot).

Des lésions cutanées analogues s'observent dans le cas où les nerfs sont atteints consécutivement à une compression exercée par une tumeur développée à leur voisinage ou même lorsque la névrite est spontanée. Mougeot a cité des cas de troubles trophiques consécutifs à des tumeurs intracràniennes comprimant le trijumeau. Le cancer de la colonne vertébrale et la compression exercée par le rétrécissement des canaux de conjugaison donna naissance à des phénomènes analogues (Charcot). On a vu les épaississements de la dure-mère consécutifs à des méningites spinales chroniques comprimer les nerfs rachidiens et provoquer dans les parties périphériques, outre une atrophie plus ou moins prononcée des masses musculaires, des éruptions cutanées diverses. M. Yerneuil [Arch. de méd., 18C1) a vu un névrôme plexiforme provoquer une éruption vésiculeuse. Enfin Wyss, dans un cas où l'autopsie montra des lésions inflammatoires du ganglion de Gasser et de la première branche du trijumeau, avait constaté l'existence d'un zona et de troubles trophiques de la conjonctive et de la cornée [voij. Nothnagel, Samm/. klin. Vortràge, n° 103, 1 876), Bock observa un fait analogue, et Weidner, dans un cas de névrite, signala l'existence de névralgies diverses, de phénomènes inflammatoires du côté de l'œil et d'un zona. Mais les faits les plus intéressants sont ceux qui montrent les lésions trophiques de la peau ou des muscles succédant à une névrite déterminée par l'asphyxie par la vapeur de charbon. M. Leudet, de Rouen, a publié en 1866 {Arch. gén. de méd.) l'histoire d'un certain nombre de malades qui, soumis à l'intoxication par l'oxyde de carbone, avaient présenté des éruptions cutanées multiples coïncidant avec des troubles nerveux périphériques. Ces éruptions vésiculeuses s'observaient sur le trajet des nerfs, et ceux-ci avaient paru à diverses reprises gonflés, durs, noueux. Une seule autopsie permit de vérifier le diagnostic de névrite périphérique, qui fut posé par M. Leudet. Citons enfin la maladie désignée sous le nom de lèpre anesthésique et qui se caractérise par une périnévrite chronique avec pemphigus, état lisse de la peau, atrophie des muscles, périostite et nécrose, c'est-à-dire avec la plupart des lésions trophiques qui caractérisent les lésions irritatives des nerfs.

Tous ces faits ont une assez grande importance au point de vue du diagnostic. Ils servent à distinguer les lésions irritatives des nerfs des atrophies consécutives à leur section ou à leur excision. Si l'on joint aux symptômes que nous venons d'énumérer l'empâtement du tissu cellulaire, les faux phlegmons (Hamilton), les arthropathies diverses, les ostéites, enfin même quelques troubles viscéraux, on aura un ensemble de phénomènes qui permettront assez souvent de poser le diagnostic de névrite aiguë, et qui permettront toujours, même en tenant compte des faits signalés par M. Notla [Arch. de méd., 1854), de distinguer ces névrites des névralgies.

Ce sont là des troubles de nutrition de la peau et de ses annexes. Un symptôme

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aussi fréquent à observer, surtout dans les cas de névrite superficielle, et non moins caractéristique, est la rougeur sur le trajet du nerf qui apparaît comme un cordon dur et tuméfié, souvent noueux, irrégulièrement gonflé, toujours trèsdouloureux à la pression. Quelquefois aussi il existe au niveau du point malade une tuméfaction rouge analogue à celle du phlegmon et remarquable par ses altei'natives d'augmentation et de diminution (Remak).

Presque toujours le nerf, quand on parvient à l'explorer, apparaît gonflé, dur, noueux, et cette apparence a déjà été signalée et interprétée quand nous nous sommes occupé plus haut {voy. p. 232) de l'analomie pathologique de la névrite. A côté des phénomènes que l'on peut rapporter directement à l'inflammation du nerf sensitif ou mixte, il convient de ranger ceux qui sont dus à l'excitation réflexe que cette inflammation peut déterminer. C'est ainsi que des convulsions et des contractures peuvent survenir à la suite d'une névrite qui n'atteint qu'un nerf sensitif, que l'on a pu voir une maladie analogue à la crampe des écrivains être la conséquence d'une névrite du nerf radial (M. Meyer) et que des convulsions hystériformes, épileptiformes (Billrolh, Virchow, Dieffenbach) , choréiformes (Hitzig) ou même tétaniformes, ont été attribuées à un processus analogue. Parmi les faits de ce genre, il en est un certain nombre qui rentrent dans l'article Tétanos [voy. ce mol); il en est d'autres que nous rapporterons dans un instant en parlant des paralysies consécutives aux lésions inflammatoires des nerfs. Uhypéresthésie musculaire a été citée par Weir Mitchell comme caractérisant la névrite, alors même qu'il n'existe pas d'hyperestésie cutanée. Ce symptôme peut difficilement servir à éclairer le diagnostic.

Les symptômes déterminés par la névrite d'un nerf moteur sont assez peu connus. On ne doit, tout au moins, rattacher directement à la névrite que les symptômes paralytiques. Les convulsions et les contractures peuvent, en effet, s'observer sans qu'il existe du côté des nerfs aucun symptôme inflammatoire. D'autre part, on a pu voir, dans les cas de compression directe et d'inflammation des nerfs, la paralysie survenir sans convulsion primitive (Erb). Il ne faut donc tenir compte, au point de vue du diagnostic, que des paralysies et des atrophies musculaires. Toutefois, on peut faire remarquer que, dans la plupart des cas de névrites, lorsqu'elles atteignent un nerf moteur ou un nerf mixte, il y a tremblements, secousses musculaires, convulsions passagères ou contractures précédant la paralysie. Ces phénomènes sont-ils d'ordre réflexe ou dépendent-ils directement de l'excitation des muscles due à un processus névritique, ou enfin sontils dus à la période de congestion et d'exsudation qui se fait dans la gaine du nerf toutes les fois que celui-ci vient à s'enflammer? Il est difficile de rien préciser à cet égard, mais ou constate que ces symptômes s'accompagnent bientôt, au moment où survient la dégénération du nerf, d'une paralysie plus ou moins complète. Cette paralysie se développe assez rapidement ; elle se caractérise par l'abolition des mouvements volontaires, des mouvements réflexes et des contractions musculaires provoquées par les courants électriques. Mais la paralysie n'est pas toujours la conséquence nécessaire d'une névrite. Souvent les nerfs peuvent s'enflammer sans qu'il en résulte une paralysie musculaire. Il suffit, pour qu'il en soit ainsi, que les tubes nerveux n'aient pas été profondément atteints et ne se trouvent point dégénérés eux-mêmes consécutivement à la névrite. L'atrophie musculaire et surtout l'atrophie précoce des muscles est un symptôme d'une importance et d'une signification beaucoup plus grandes. Friedreicli et Klemm ont, en effet, démontré que la névrite déterminait assez rapidement

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l'atrophie des muscles ; Notlmagel en a cité un exemple, et plusieurs physiologistes, à la tète desquels il faut placer Vulpian et Erb, ont étudié la pathogénie de ces atrophies musculaires. Elles ne paraissent dépendre ni de la paralysie ou de l'inertie musculaire, ni d'une paralysie des vaso-moteurs. Elles ne peuvent être attribuées à une action réflexe, mais tout tend à démontrer qu'elles sont dues à une diminution ou à une abolition de l'activité physiologique des éléments nerveux en rapport aAec les muscles (Vulpian). Ce sont très-probablejnent, en effet, les fibres musculo-motrices qui transmettent aux muscles l'influence trophique des centres nerveux, et cette influence trophique disparaît soit lorsque le nerf est profondément altéré, plus souvent encore lorsqu'il existe une lésion médullaire consécutive à l'inflammation du nerf [voy. Musci- LÂïRE (tissu), 2« série, t. X, p. 751].

S'il est vrai qu'une atrophie musculaire rapide peut faire penser à l'existence d'une névrite, surtout s'il existe en même temps des lésions trophiques du côté de la peau, l'absence de ces symptômes ne saurait cependant prouver que l'on n'a affaire qu'à une simple névralgie. L'atrophie musculaire ne s'observe parfois, en effet, qu'à une période assez avancée de la maladie. Cependant les travaux de Lasègue et de Landouzy établissent assez nettement, au moins en ce qui concerne la sciatique, les différences qui existent entre les atrophies consécutives à la névralgie et les dystrophies névritiques.

L'exploration électrique ne peut donner que des indications assez vagues sur les caractères de la lésion nerveuse. Il est bien évident que, lorsqu'à la suite d'une névrite les tubes nerveux se trouvent dégénérés et qu'une paralysie avec atrophie musculaire est la conséquence de cette lésion, les réactions électriques sont nulles ; mais dans les cas où la dégénération du nerf n'est pas complète, les muscles peuvent encore réagir normaiement sous l'influence des irritations électriques. Leur réaction paraît même exagérée dans les premiers stades de la névrite aiguë (Erb). Il est vrai que dans les atrophies musculaires consécutives aux névrites la disparition de la conlraetilité faradique se fait le plus souvent avec une extrême rapidité. Toutefois l'on ne pourra qu'assez rarement, par l'exploration de la contractilité électro-musculaire, distinguer la paralysie traumatique des nerfs de la paralysie centrale ou de la paralysie rhumatismale. Mais il est permis d'affirmer que la gravité de la paralysie consécutive à la lésion d'un nerf moteur est en raison directe de l'affaiblissement de la contractilité électrique des muscles auxquels ce nerf conduit l'excitant nerveux, et que le pronostic de ces paralysies est, en général, beaucoup moins grave lorsque, la contractilité musculaire étant éteinte, la sensibilité des muscles est conservée ou seulement faiblement diminuée (Duchenne, de Boulogne). Si donc l'exploration électrique des muscles n'éclaire pas toujours le diagnostic, elle peut toujours servir à mieux établir le pronostic de l'ailection.

Les symptômes de la névrite d'un nerf mixte se déduisent aisément de ce que nous venons de dire. La douleur, les troubles de la sensibilité cutanée, les lésions trophiques s'associent, dans le cas où un nerf mixte vient à s'enflammer, aux secousses et aux contractures musculaires, ainsi qu'aux paralysies et aux atrophies qui s'observent alors que les nerfs sont dégénérés.

Il nous faut cependant faire remarquer que les symptômes observés dans un cas de névrite restent rarement limités à la sphère d'innervation du nerf malade. Le plus fréquemment la névrite, ainsi que nous l'avons déjà dit plus haut, s'étend vers la moelle de telle façon qu'une névrite d'un nerf sensitif peut donner nais-

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sance à des contractures et à des convulsions réflexes. La névrite ascendante peut, en gagnant la moelle, y déterminer des lésions parfaitement caractérisées, et celles-ci rendent assez bien compte d'un certain nombre d'amyotrophies que Weir Mitchell avait expliquées en admettant que l'inllammation pouvait passer directement d'un tronc nerveux primitivement atteint aux autres branches d'un même plexus. Ce sont aussi ces lésions médullaires consécutives qui peuvent expliquer les faits analogues à ceux que Duménil (de Rouen) a signalés {Gaz. hebd. 1866, p. 51). Les recherches de MM. Vulpian, Brown-Séquard, Hayera, etc., ont prouvé qu'on pouvait provoquer des myélites ou des mcningo-myélites dans les cas où l'on déterminait artificiellement des névrites. Leyden attribue à une névrite lombo-sacrée ascendante les lésions médullaires que l'on observe parfois à la suite des maladies des reins. On a vu, à la suite des lésions traumatiques des membres (fractures et luxations de l'humérus), après les sections nerveuses, enfin même (Duménil) à la suite de certaines névrites primitives, des altérations médullaires plus ou moins marquées. Nous avons vu, de plus, que dans certaines névrites des nerfs sensitifs on avait pu observer des convulsions hystéi iformes ou épileptiformes. De là à conclure que le tétanos, l'épilepsie, la chorée, etc., étaient dus à une lésion médullaire déterminée par une inflammation des nerfs périphériques, il n'y avait pas loin. Nothnagel, bien qu'il ail dû n'émettre cette hvpothèse qu'avec une grande réserve, a essayé, après Brown-Séquard, de la défendre. Elle ne saurait être aujourd'hui démontrée par un nombie suffisant d'observations précises. 11 est même assez difficile de soutenir que dans certaines formes de paralysie ascendante aiguë il y ait toujours une lésion médullaire. Les observations de Vitlpian, Pellegrino Levi, Kiemm, Hayem, Déjérine et Goetz [Arch. de phys., 1876, p. 512), etc., semblent, au contraire, prouver que, dans certaines paralysies, c'est'en vain que l'on a cherché une altération quelconque de la moelle épinière. Tout récemment encore, Eichhorst {Arch. de Virchow, 1877, p. 265) a cité un cas de névrite aiguë progressive qu'il distingue de la paralysie ascendante aiguë et qui se caractérisait par une inflammation des plus manifestes de la plupart des nerfs avec intégrité absolue de la moelle et de ses annexes. Cette observation diffère de celles de Duménil en ce sens que les spiptômes paralytiques se sont manifestés avec la plus extrême rapidité. On ne saurait non plus l'assimiler aux observations de paralysie ascendante aiguë, puisque la sensibilité cutanée et les réactions électriques des muscles paralysés avaient été très-rapidement abolies.

La névrite chronique, au lieu d'être ascendante, peut être descendante. C'est ce qui arrive lorsqu'à la suite de lésions de l'encéphale survient une sclérose descendante de la moelle. On observe alors surtout dans les nerfs des membres une véritable névrite interstitielle, caractérisée anatomiquement par une augmentation assez notable du volume du nerf et cliniquement par l'existence de douleurs spontanées ou provoquées par la plus légère pression. M. Yulpian, qui signale ces névrites descendantes bien étudiées par L. Tiirck, Charcot, Bouchard, etc., fait remarquer que les excitations mécaniques déterminent dans ces cas non-seulement des douleurs assez vives, mais encore des contractions plus intenses des muscles animés par les nerfs malades.

Diagnostic. La névrite aiguë ou chronique est aisée à reconnaître quand tous les symptômes que nous venons d'énumérer ou les plus caractéiistiques de ces symptômes peuvent être constatés. Ainsi la douleur vive et continue, spontanée ou provoquée par une pression exercée sur tout le trajet du nerf, l'induration et le

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gonllcmoul de cchii-ci quand il est superficiel, la rougeur de la peau ou les troubles trophiques que nous avons signalés, les paralysies et surtout les atrophies musculaires précoces, permettent toujours d'affirmer l'existence d'une névrite. Mais, dans les cas de névrite subaiguë ou chronique, lorsqu'il s'agit d'un nerf situé assez profondément, lorsque la douleur est peu vive, alors surtout qu'elle est intermittente (et on peut constater parfois des intermittences dans la névrite chronique), la confusion de la névrite avec la névralgie est souvent facile. Nous verrons plus loin [art. Névralgie) comment on peut, dans ces cas, arriver à un diagnostic un peu précis. Bornons-nous aussi à signaler comme ayant pu être confondus avec une névrite : le rhumatisme musculaire, qui s'en distinguera aisément par l'exploration des muscles, toujours douloureux à la pression dans toute leur étendue, la thrombose et ïembolie des vaisseaux des membreSj la phlegmatia alba dolens, les douleurs qui accompagnent certaines fièvres graves, etc. On ne confondra point non plus avec les paralysies ou les atrophies musculaires consécutives à une névrite celles qui sont le résultat d'une lésion centrale. Le diagnostic différentiel des diverses paralysies centrales ou périphériques sera d'ailleurs établi plus loin {voy. Paralysies périphériques).

Le pronostic de la névrite ai:4uë ou chronique doit être toujours réservé. Nonseulement la durée de la maladie peut être assez longue, mais les paralysies et les atrophies musculaires qui sont la conséquence de la névrite chronique sont toujours très-persistantes et très-difficiles à guérir. Souvent, d'ailleurs, on peut redouter l'extension de la maladie vers les centres nerveux et la production d'une pachyméningite ou d'une myélite aiguë ou chronique consécutive à la névrite. Les névrites traumatiqucs paraissent être, à cet égard, moins graves et moins durables que les névrites dites spontanées ou rhumatismales.

Traitement. Le traitement chirurgical de la névrite traumatique dépend avant tout de la nature de la lésion qui lui a donné naissance. Dans les cas oii l'on constate les premiers symptômes de la maladie, c"est-à-dire toutes les fois qu'à la suite d'une blessure il se produit une sensation de douleur vive sur le trajet du nerf atteint, lorsque surtout cette douleur s'accompagne de frissons et de fièvre, il faut examiner' avec soin la plaie, la régulariser, la désinfecter, extraire, s'il en existe, les corps étrangers, etc. Si la névrite est due aune luxation ou à une fracture, il sera indispensable de les réduire et d'enlever toutes les esquilles osseuses qui pourraient atteindre un cordon nerveux. La névrite aiguë, si elle se déclare, nécessitera, en outre, le repos le plus absolu du membre, l'application de compresses glacées établies en permanence, les antiphlogistiques, et principalement les sangsues appliquées sur le trajet du nerf ou dans son voisinage (quelquefois les piqûres de sangsues sont excessivement douloureuses), les dérivatifs sur le tube digestif, les injections sous-cutanées de morphine et d'atropine.

La névrite subaiguë ou chronique est souvent très-rebelle. En vain a-t-on recours à la médication antiphlogistique ; les saignées et les sangsues épuisent inutilement le malade; les vésicatoires, les applications d'iode, le froid appliqué sous forme de compresses glacées ou de bains froids, réussissent rarement. Les purgatifs, les diaphorétiques, qui sont parfois utiles, échouent plus souvent encore. Les antispasmodiques et les narcotiques, qui jouent un si grand rôle dans le traitement des névralgies, pourront momentanément apaiser la douleur, mais ne guériront point la maladie. Lors donc qu'après avoir condamné à un repos à peu près absolu le membre malade, après avoir essayé les applications froides, l'onguent mercuriel, les vésicatoires ou les pointes de feu, qui sont sou-

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vent de tous ces moyens le plus efficace, les sangsues, etc., on ne sera arrivé à aucun résultat, il faudra avoir recours à l'emploi des courants continus appli- (|ués à des intervalles très-rapprochés et pendant une durée généralement assez courte sur le trajet du nerf malade. Le pôle positif sera placé vers le centre, et le pôle négatif promené sur les régions où les nerfs sont superficiels et les muscles altérés (Onimus).

Ce moyen a donné de bons résultats entre les mains de plusieurs médecins. Il pourra être associé avec avantage à l'emploi de la médication hydrothérapique destinée surtout aux formes chroniques et torpides de la maladie.

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