MODÉRÉMENT CHAUFFÉE
Eau 97,75
Matière organique et principes minéraux, 2,23
iOO parties des conferves du dernier tableau ainsi déshydratées, chauffées dans une cornue de grès munie d'une allonge et d'un récipient, donnent à une température supérieure à 100" centigrade, outre des produits gazeux, une matière huileuse brune, extrêmement fétide, dans laquelle existe une grande quantité de carbonate d'ammoniaque et un peu de cyanhydrute de la même base. Elles donnent comme résidu une matière noire charbonneuse qui, brûlée au coutact de l'air dans un creuset de platine, fournit une cendre rougeâtre s'élevant à 44,89 pour cent.
Grakd établissement. 11 renferme un sous-sol, un rez-de-chaussée et deux étages. Les moyens balnéaires réunis dans ces diverses parties de la maison se composent de 69 cabinets de bains isolés, de 4 cabinets de douches écossaises, de 1 cabinet d'hydrothérapie, de 2 piscines chaudes, de 2 piscines tempérées, de 10 salles dépendant des étuves ou douches partielles de vapeur, de 70 réservoirs pour préparer les douches, et de 2 bassins, dits bassins de la cour, qui alimentent d'eau chaude les baignoires des salles basses ou du sous-sol. Ces salles basses sont au nombre de deux, la première est divisée en 8 cabinets de douches ascendantes, 4 pour chaque sexe, dont les appareils sont à canule brisée, permettant à volonté l'introduction ou l'éloigneraent du jet. La seconde salle est occupée par une piscine chaude.
Le rez-de-chaussée est disposé de façon que les moyens balnéothérapiques des hommes et des femmes soient aussi indépendants que possible. La galerie des hommes contient 51 cabinets, 15 à droite et 14 à gauche, qui sont affectés aux bains; les 2 autres servent aux douches écossaises et latérales. Toutes ces salles sont pareilles, leurs pai^ois intérieures sont recouvertes par de larges carreaux de faïence vernissée. Leurs baignoires de marbre sont encaissées dans le sol et on peut y prendre des bains à l'eau courante. Chaque baignoire est remplie d'eau thermale dont la température est soigneusement constatée par les employés, qui ont la clef des robinets à carré et qui en ont seuls le maniement. Un tuyau en caoutchouc vulcanisé, pour l'administration des douches, de forme et de force de jet variables, descend jusqu'au milieu des baignoires. Dans un des ano-les, les cabinets ont un indicateur formé d'une tringle de fer graduée et iBobile dont les divisions répondent à des degrés tracés sur une plaque de bois peint, fixe et longitudinale, et par une aiguille ou curseur pouvant s'arrêter à volonté sur un des numéros inscrits sur le tableau de bois; il sert à mettre en communi-
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cation le préposé aux cabinets de bain avec celui qui est chargé de la préparation des douches. A l'étage supérieur où sont installés les bassins pour le mélange de l'eau des douches, un cadran fixe, à tringle et à aiguille mobile, correspond à l'indicateur du rez-de-chaussée. Lorsqu'une douclie doit être demandée, il suffit à l'employé des cabinets d'élever ou d'abaisser la barre de fer, allant de bas en haut, pour qu'une sonnette s'agite et annonce qu'une douche doit être préparée pour la salle dont la tringle porte le numéro. Après ce signal, le garçon de bains arrête la tige et fait tourner l'aiguille sur le chiffre correspondant à la température à laquelle il veut la douche. La tringle imprime le même mouvement à l'aiguille de l'étage supérieur : le bruit, les cris et le* avertissements deviennent inutiles, et le service s'exécute en silence et avec ordre. Cette partie de l'établissement de ÎVéris serait avantageusement appliquée dans presque toutes les stations thermo-minérales.
Les doux salles de douches écossaises et de douches latérales ont chacune une petite piscine dont le fond est séparé seulement par une marche de pierre des dalles du cabinet; ces deux salles communiquent avec la piscine chaude des hommes, de sorte que le douché peut aller directement prendre son bain, sans s'exposer à un brusque changement de température. On descend à la piscine chaude par huit escaliers, elle est éclairée et ventilée par deux fenêtres établies au sommet de la voûte. Quinze personnes peuvent s'y baigner ensemble à l'aise; deux cordes servent dappui ù ceux qui doivent rester debout pendant la durée du bain. La température de l'eau de la piscine chaude des hommes est entretenue entre 42° et 43° centigrade. La piscine tempérée a cinq vestiaires; trois cabinets de douches ordinaires ont été installés au fond de la pièce qui contient une magnifique nappe d'eau. Une échelle de cordes, et une corde à nœuds, descendant de deux points de la voûte, arrivent près de la surface de l'eau, et permettent aux malades auxquels l'exercice est recommandé pendant la duréedu bain de se livrer à une gymnastique qui leur est souvent très-profitable. Les autres baigneurs peuvent nager et exécuter tous les mouvements qui leur sont conseillés. Toutes les pierres de cette piscine modèle se noircissent au contact prolongé de l'eau thermale et semblent couvertes, comme celles des piscines de Luxeuil {voyez ce mot), d'une couche d'oxyde de fer et de manganèse.
Une grande et belle galerie conduit aux cabinets de bains isolés des femmes. Quatre hollandaises servent à la ventiler et surtout à l'éclairer. Quatorze cabinets de chaque côté sont disposés de la même manière qu'à la section des hommes. Il en est de même des salles affectées aux douches écossaises et latérales, à la piscine chaude et à la piscine tempérée des dames. La section des femmes a en plus une salle pour le traitement hydrothérapique.
Cinq cabinets d'étuves pour chaque sexe, tous exactement pareils, sont encore situés au rez-de-chaussée. Les étuves des dames donnent à droite sur la grande galei'ie, à laquelle elles communiquent par la piscine chaude du même côté. Les étuves des hommes sont à gauche. De ces cinq cabinets, 2 constituent les étuves proprement dites, le troisième sert au massage, le quatrième à l'admininistration des bains partiels de vapeur et le cinquième aux douches de la vapeur produite par l'eau thermale artificiellemem chauffée.
Trois robinets, établis au-dessus de coquilles, dans l'angle de la salle d'étuve, donnent de l'eau froide au gré des baigneurs. Deux marches conduisent à deux rangs de gradins, dont le supérieur est percé d'ouvertures, par lesquelles arrive la vapeur, de façon que les baigneurs qui y sont assis reçoivent sur les pieds et
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sur les jambes la vapeur au moment où elle sort, ce qui peut leur éviter une congestion vers les organes internes. Le thermoniclre est à bS° centigrade au plus et à 58" centigrade au moins dans les salles des étuves de Néris. Le cabinet de massage contient un lit et une baignoire au-dessus de laquelle sont fixés deux tuyaux d'eau thermale et d'eau refroidie, se terminant par des ajutages variés pour que le masseur exerce sous la douche, si telle a été la prescription. Le cabinet de bain partiel de vapeur renferme une cage de bois percée de plusieurs trous pour que le malade puisse recevoir sur tout le corps ou sur un point limité le jet de la vapeur thermale. La vapeur qui se répand dans tous les cabinets d'étuve vient d'un réservoir alimenté par le puits de César.
Le premier étage renferme le levier de la pompe, dont le corps plonge dans le puits de gauche, les vingt-huit bassins qui servent à la préparation des douches et enfin l'appareil indicateur qui correspond à toutes les salles du rez-dechaussée du côté des hommes. Vingt-sept cuves où se préparent les douches des dames occupent l'autre côté du premier étage.
Au deuxième étage sont installés les sept bassins qui fournissent d'eau chaude et d'eau froide les tuyaux de douches des salles basses. Le premier bassin alimente un des cabinets de douches ascendantes : son eau a 25 ' cei\tigrade ; le deuxième reçoit l'eau de la même source que le premier. L'eau du troisième se rend aussi aux salles basses, mais il alimente d'eau froide les douze baignoires séparées par des cloisons mobiles ; son eau vient aussi de la source du Jardin. Le quatrième bassin envoie son eau aux tuyaux de douches des vingt-huit cabinets de bains isolés des hommes et aux salles de douches des piscines tempérées des hommes et des femmes. L'eau hyperthermale arrive dans le cinquième bassin d'où elle est conduite aux douches des cabinets de bains de la galerie des hommes, aux douches des piscines tempérées des hommes et des dames, aux piscines chaudes des deux sexes, aux douches écossaises, et elle sert partout comme eau chaude. On emplit le soir d'eau hyperthermale le sixième bassin, et le lendemain il donne l'eau froide, conjointement avec le quatrième, aux douches des cabinets isolés de la galerie. Le septième, enfin, correspond avec le tuyau de la salle de massage.
Le deuxième étage abrite encore trois réservoirs dont deux fournissent l'eau froide et l'eau chaude aux tuyaux de douches des salles des femmes dans le même ordre et de la même façon que le font les bassins des hommes. L'eau du troisième réservoir est spécialement destinée à la salle du traitement hydrothéra- ]iiquc.
Mode d'administration et doses. Les eaux de Néris s'administrent en boisson, en bains, en douches d'eau et de vapeur, et en applications topiques de conferves. La cure interne est une exception, et, aux heures matinales ordinairement consacrées à la buvette, les abords de la source de la Croix sont peu fréquentés. Dans certains états morbides cependant, ces eaux rendent de véritables services et secondent puissamment le traitement externe. C'est à la dose de deux à six verres, le matin à jeun, que l'eau de Néris est ingérée; sa saveur n'est nullement désagréable, elle n'est pas sensiblement différente de l'eau ordinaire cliauflee au même degré. L'expérience a appris que, loin d'être diurétique, cette eau modifie la sécrétion urinaire en diminuant notablement, et presque toujours dans la même proportion, la quantité de l'eau et des sels qui constituent l'urine normale.
Kichond des Brus avait annoncé que les urines devenaient alcalines. MM. Forichon et de Laurès ont constaté qu'au contraire elles restent toujours acides, ce que
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nous avons vérifié. Les eaux de Néiis augmentent beaucoup la transpiration qui reste aussi toujours acide. Les bains et les douches de Néris, quelque prolongés qu'ils soient, n'ont pas une action physiologique beaucoup plus marquée que s'ils étaient composés d'eau ordinaire chauffée au même degré qu'eux. La même remai-que est applicable aux bains et aux douches de vapeur. Nous devons noter cependant que les eaux inodores et insipides de Néris ne produisent pas sur les sens de l'odorat, du goût et surtout du toucher, les mêmes impressions que l'eau douce également chaude. 11 y a là certainement des nuances plus faciles à sentir qu'à expliquer. Presque tous les baigneurs éprouvent, en arrivant à Néris, une diarrhée ou au moins un effet laxatif prononcé. Chez ceux qui sont soumis à la boisson il était tout naturel d'attribuer aux eaux du puits de la Croix une action relâchante, que les auteurs ont longtemps regardée comme parfaitement établie. Mais en observant de plus près, M. de Laurèsa vu sur les malades, qui prenaient des bains et des douches seulement, et même sur les personnes bien portantes, venues pour les accompagner, le même phénomène se produire presque constamment, dans les premiers temps de leur séjour, quoique ces dernières ne fissent aucun usage des eaux thermales ; force a été de chercher une autre explication et on l'a trouvée dans la mauvaise qualité des eaux douces, emplovées en boisson, telles que les eaux de citerne ou de puits alimentés par les infiltrations de la montagne au bas de laquelle Néris est bâtie, et qui tarissent ou s'altèrent après de longues sécheresses. L'analyse chimique de M. Lefort démontre que les eaux douces s'éloignent considérablement, à Néris, quant à la nature et à la proportion de leurs principes, des eaux de source et surtout des eaux de rivière; seulement, en contact avec les roches de granit, les eaux douces de Néris, privées de l'action prolongée de l'air, ne renferment pas de gaz acide carbonique libre et contiennent à peine des bicarbonates alcalins ou terreux qui sont les principaux agents digestifs de toutes les eaux réellement potables. 11 est facile de voir, d'après ce qui précède, que les effets physiologiques des eaux de Néris ne peuvent renseigner que très-imparfaitement sur leur action curative. Avant de commencer l'étude de la puissance thérapeutique de ces eaux, il convient d'appeler un moment l'attention sur leur effet excitant, bien apprécié pai' M. le docteur de Laurès, et nullement sédatif ni émoUient, comme on l'avait cru d'abord en constatant leur efficacité incontestable contre certaines affections spasmodiques. Nous ferons remarquer aussi le mode d'action physiologique des conferves si souvent et si utilement employées. Les eaux de Néris, à l'intérieur, mais surtout à l'extérieur, les frictions avec les conferves, révèlent leur action excitante par plusieurs phénomènes. Ainsi des douleurs internes et externes ressenties antérieurement, et disparues depuis longtemps quelquefois, peuvent revenir, et leur acuité inquiéterait assurément les baigneurs, s'ils n'avaient été prévenus d'avance. Us doivent savoir encore que souvent leur traitement à Néris semble exaspérer au lieu de guérir l'affection dont ils veulent se débarrasser. Il peut arriver, en effet, que dans les deux ou trois premiers mois qui suivent la cure leur santé s'améliore sensiblement. Les eaux de Néris agissent alors comme les excitants diffusibles et peuvent, dans les manifestations nerveuses exagérées, mener plus sûrement à bonne fin que les antispasmodiques les moins incertains, et parvenir à calmer de très-vives douleurs. Ce que nous venons de dire de l'action excitante des eaux de Néris s'applique avec beaucoup plus de raison encore aux conferves des bassins chauds. M. le docteur Richond des Brus avait insisté sur les propriétés émollientes des conferves qui, selon lui,
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étaient pour les parties enflammées et douloureuses le plus précieux des cataplasmes. Elles augmentent, mêlées à l'eau des bains, leur onctuosité, elles adoucissent et blanchissent la peau, elles raniment l'énergie musculaire, etc. Une observation attentive n'a point conduit M. de Laurès aux mêmes conclusions, car il pense que les phénomènes d'excitation augmentent souvent lorsqu'on met les conferves en contact avec certaines parties enflammées, douloureuses (comme dans le phlegmon, par exemple), qui s'accommodent très-bien des émollients ordinaires, tandis que ces mêmes conferves appliquées sur des articulations rhumatisées oii' persistent encore de la rougeur et de la douleur produisent, par leur effet résolutif, des résultats bien autrement avantageux que des cataplasmes de farine de graine de lin. C'est que l'effet calmant ne dépend pas toujours d'une propriété identique, et des excitants légers peuvent, dans certaines circonstances, conduire, plus sûrement que des émoUients, à un résultat thérapeutique secondaire semblable, celui d'apaiser la douleur. Les conferves des bassins chauds sont-elles la cause principale des vertus curatives des eaux de Néris? Robiquet attribue plus volontiers l'efficacité de ces thermes « à cette substance inconnue qu'à aucune de celles qui y coexistent. Il est probable qu'elle est azotée et par cela même plus susceptible de s'assimiler avec nos organes. » Falvart de Monlluc était du même avis et écrivait : « C'est probablement aux éléments de cette substance que nos eaux doivent leurs principales vertus. Cette substance, par son volume et ses propriétés, donne un caractère tout particulier à ces eaux qui, n'étant ni sulfureuses, ni proprement gazeuses, ni salines, semblent n'appartenir à aucune des divisions établies pour les eaux minérales. » M. de Laurès ne partage point cette opinion et dit : « Tout en admettant que la petite quantité de matière organique, tenue en dissolution dans l'eau, soit de la même nature, je ne saurais expliquer par elle les propriétés salutaires des eaux de Néris. » M. de Laurès croit que c'est à l'eau elle-même qu'il faut rapporter en grande partie, pour ne pas dire exclusivement, les effets attribués aux conferves. « L'examen des faits observés, ajoute-t-il, ne m'a pas permis de constater une différence sensible entre les phénomènes qui se passent chez les malades atteints d'affections semblables, et dont les uns étaient soumis au traitement thermal sans l'emploi des conferves, tandis que les autres ajoutaient cette ressource comme auxiliaire aux bains, aux douches et aux étuves. Dans l'intertrigo, dans certaines maladies cutanées telles que le prurit de la vulve, les surfaces malades rougissent sous l'influence d'un bain, à peu de chose près, comme sous l'influence d'une friction avec la plante thermale, et si l'excitation est plus grande dans le second cas que dans le premier, c'est qu'il vient se joindre à l'action de l'eau une action mécanique tenant à la friction elle-même, et une action irritative toute de contact due à la présence de cristaux insolubles de cliaux carbonatée très-abondants, surtout quand on se sert de la plante qui a vieilli. » Les conferves des bassins chauds ne sont plus appliquées en cataplasmes, comme autrefois, à cause de la trop grande quantité de plantes qu'ils exigent, et surtout à cause de l'abaissement rapide de leur thermalité. C'est aux frictions, pendant la durée ou dans l'intervalle des bains, que l'on a recours en même temps qu'au massage de la partie frottée. On est obligé, la plupart du temps, de se servir de plantes trop jeunes, parce que les bassins n'ont pas la disposition la plus convenable pour leur prompt développement. Le temps que durent les frictions n'a rien d'absolu, et il est des cas oîi les malades doivent se frotter avec les conferves d£s eaux hyperthermales de Néris, pendant une demi-heure et même une
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heure, surlonl quand l'application des plantes thermales se fait conjointement avec le massage.
La durée des douches d'eau varie de dix à vingt minutes, celle des bains et des douches de vapeur est à peu près la même et ne dépasse pas trente minutes ; mais celle des bains d'eau qui, en général, est d'une heure, a été portée, dans les dernières années de l'inspectorat de M. de Laurès, à trois, cinq, huit et douze heures. L'ancien inspecteur de Néris, M. de Laurès, comme nous l'appreutl l'inspecteur actuel, M. Bonnet de Malherbe, a prolongé le bain jusqu'à 260 heures, sans discontinuité, chez une malade affectée d'une névrose extrêmement grave, qu'il est parvenu à améliorer par ce moyen. Dans un autre cas, il a porté le bain jusqu'à seize jours consécutifs chez un jeune homme atteint d'une brûlure très-étendue et à différents degrés, produite par un jet de vapeur et occupant toute la moitié inférieure du corps, depuis l'ombilic jusqu'à la plante des pieds. L'eau minérale, en soustrayant les plaies au contact de l'air, en modérant la douleur et l'inflammation, s'opposa au développement de plilegmasies secondaires, aune vaste suppuration, et retarda la mort qui, dans les cas analogues, arrive dans un temps beaucoup plus court. Dans une autre brûlure moins étendue et un peu moins profonde, (juoique très-grave, M. de Laurès a été plus heureux et a guéri un malade de l'Iiopital chez lequel les eschares s'éliminèrent graduellement ;q)rès le ramollissement des tissus désorganisés, et la cicatrice se forma par larges bandes. Les bains prolongés avaient déjà donné à Pommes d'excellents résultats dans les affections nerveuses, et les médecins qui soignent les aliénés employent journellement et depuis bien longtemps ce moyen, mais personne, jusqu'à ce jour, n'avait été aussi loin que M. de Laurès. Attendons, avant d émettre une opinion définitive, qu'une plus longue pratique nous ait suffisamment éclairé.
Emploi thérapeutique. Quels sont les effets d'eaux si peu minéralisées et leur action sur l'homme sain peut-elle conduire à quelques applications raisonnées? Non, il faut en convenir franchement en commençant l'énumération des états morbides contre lesquels les vertus curatives de ces eaux ne sont mises en doute par personne. Y a-l-il une exception en faveur des manifestations sous la dépendance du rhumatisme chronique, et doit-on expliquer leur action favorable par leur haute thermalité seule ? Quand on prétendrait que la chaleur native élevée des eaux minérales contribue à leur efficacité, cette propriété est insuffisante pour expliquer leur puissance thérapeutique, car les physiciens et les chimistes ne signalent aucune différence entre le calorique de l'eau chauffée et celui de l'eau thermale. Il faut donc avouer qu'il n'existe aucune explication suffisante des vertus physiologiques et surtout des vertus curatives des eaux et (les conferves de Néris , et qu'on ne se rend compte ni du principe, ni de la cause de leur mode d'action.
Le rhumatisme, les névralgies et les névroses sont les trois ordres d'accidents sur lesquels les eaux hyperthermales araétallites de Néris ont une efficacité que personne ne leur a jamais contestée. Lorsqu'un malade plétiiorique, sanguin, enclin ou sujet aux congestions, est tourmenté par un rhumatisme chronique articulaire, musculaire, cutané ou interne, il n'est pas besoin de recourir à une médication diathésique, c'est-à-dire qui modifie sa constitution. Il n'est pas nécessaire et il pourrait être dangereux d'administrer des eaux thermales chlorurées |>lus ou moins fortes, des chlorurées sulfureuses, ou des sulfurées ou sulfureuses pures qui toutes sont toniques, et augmentent la plasticité du sang. Les eaux du
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puits de César de Néris convieiment parfaitement alors et donnent des succès acquis sans danger par les malades à tempérament trop riclie et chez lesquels on peut craindre une hémorrhagie cérébrale ou pulmonaire. Dans les affection^ rhumatismales, se traduisant par la douleur ou la gène des mouvements, la médication externe suffit et les bains aux piscines chaudes, les douches chaudes et plus souvent écossaises, aidées surtout du massage sous l'eau ou de Irictions sur les parties malades dans un bain isolé et chaud, au moyen des conlerves fraîches, sont en général exclusivement prescrits et conduisent le plus souvent au résultat désiré. Lorsque le rhumatisme est interne, l'eau du puits de la Croix fait aussi partie de la cure, et les malades doivent se rendre chaque matin à la buvette, s'ils éprouvent de la dyspnée, de la toux, par exemple, depuis (jue leur rhumatisme habituel a disparu d'un ou de plusieurs muscles superficiels, d'une ou de plusieurs articulations. Ils doivent encore associer au traitement externe le traitement interne, lorsque l'estomac ou l'intestin sont douloureux ou affectés après la guérison d'un rhumatisme extérieur. Il doit en être de même quand c'est un des organes urinaires qui est malade, l'eau doit être ingérée alors aussi chaude que possible. Si le rhumatisme interne occupe l'utérus ou ses annexes, les injections vaginales, la femme étant couchée, prises aussi chaudes que possible, devront être associées aux bains et aux douches. L'introduction des conferves dans le vagin et leur application directe sur le col utérin devrait être essayée, car la stimulation qu'elles produiraient pourrait avoir des avantages. Il semblerait, si nous nous arrêtions ici, que l'application externe et interne, en bains et en douches locales et générales, de l'eau, de la vapeur naturelle ou forcée ou des conferves de Néris, peut guérir seulement le rhumatisme tel que nous venons de le décrire, et qu'elles n'ont qu'une action très-restrcinte sur des états pathologiques plus graves et qui pourtant reconnaissent encore pour cause l'élément rhumatismal. Ainsi, c'est sous cette influence morbide que se trouvent la plupart des malades plus ou moins privés de l'usage de leurs membres inférieurs, ne pouvant plus sortir de leur chambre sans être soutenus, portés ou tramés, qui sont affectés, en un mot, d'une paraplégie rhumatismale. Dans toutes ces circonstances cependant, un traitement externe par les bains généraux trèschauds, les douches d'eau minérale hyperthermale, les douches écossaises, les douches de vapeur native et même forcée, les frictions avec les conferves les plus âgées que l'on puisse se procurer, appliquées autant que possible sur les régions dorsale et lombaire de la colonne vertébrale, a une efficacité qu'on a plusieurs fois constatée.
L'administration externe des eaux et des conferves de Néris est très-utile aussi dans les névralgies et dans les névroses. Nous avons indiqué en traitant de l'action physiologique des eaux et des plantes thermales {voy. Conferves) que leur effet antispasmodique ne venait point d'une action émolliente proprement dite, mais d'une stimulation au contraire se manifestant à la façon de celle des médicaments excitants diffusibles qui, en fin de compte, sont calmants et apaisent la douleur. Les névralgies essentielles de la face, du tronc ou des membres, lorsqu'elles datent surtout de longues années, sont loin de céder toujours aux eaux de Néris, qui n'ont point la prétention d'être une panacée. Les affections dont nous venons de parler sont trop souvent rebelles, en effet, à toutes les médications, même les plus variées et les plus rationnelles. Quelquefois cependant, on est assez heui-eux pour assister à la disparition ou au moins à la diminution sensible de douleurs névralgiques devenues intolérables. C'est alors que le mé-
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decin peut et doit tenter l'administration de bains indéfiniment prolongés quand ils sont supportables. Les eaux de Néris ne calment pas seulement la douleur qui est le symptôme dominant des névralgies, elles agissent utilement encore sur ces exagérations de la sensibilité, sur ces hyperestbésies qui ne sont point le résultat d'un ramollissement cérébral ou médullaire, et sur un symptôme assez fréquent des névralgies, et particulièrement des névralgies faciales, nous voulons parler des paralysies du visage dont l'existence est consécutive à des douleurs incontestablement névralgiques. C'est dans ces cas que l'action curative des eaux est difficile à déterminer, et qu'il est embarrassant de dire si les lliermes guérissent un accident essentiellement nerveux ou sous la dépendance exclusive de l'élément rhumatismal sur lequel les eaux de Néris agissent d'une îaçon si efficace. L'important pour le médecin, et surtout pour le malade, est que, quelle que soit la nature de l'affection, le traitement thermal triomphe de ces névralgies et de ces paralysies localisées de la sensibilité ou du mouvement de la cinquième ou de la septième paire des nerfs cérébraux.
Les eaux de Néris à l'intérieur, et surtout à l'extérieur, sont administrées avec avantage dans certaines névroses, particulièrement dans l'hystérie et dans l'hypocondrie, où la sensibilité générale, et plus habituellement la sensibilité locale , et quelquefois les mouvements, sont troublés ou même totalement abohs. C'est aux bains frais et surtout au traitement hydrothérapique minéral qu'il faut lo plus souvent alors donner la préférence.
En dehors du rhumatisme et des névralgies, ou plutôt à l'occasion de ces deux manifestations morbides dont elle dérive également, la sciatique rentre aussi dans la sphère d'activité des eaux de Néris, qui ont une efficacité indubitable contre cette affection, à la condition expresse, bien entendu, qu'elle ne soit pas la conséquence d'une maladie organique, d'une tumeur développée sur le plexus lombaire ou sur le nerf sciatique, dans le voisinage de ces troncs nerveux qu'elles compriment ou désorganisent. Les bains généraux dans les piscines chaudes, les douches d'eau à 45" et 46" centigrade, les douches de vapeur naturelle ou de vapeur forcée d'eau minérale, doivent presque toujours être la médication qu'il faut opposer aux douleurs siégeant dans le tronc ou dans les rameaux du nerf. La sciatique, dite essentielle, apparaît le plus ordinairement à la suite du séjour au froid et à l'humidité, et alors elle doit être traitée comme un accident rhumatismal, et les moyens que nous venons de passer en revue sont mis en usage de la même façon et avec un égal succès. Mais lorsque la sciatique n'est plus liée directement à une cause rhumatique évidente ou supposée, qu'elle s'observe sur un sujet éminemment nerveux, ayant souffert déjà antérieurement de douleurs névralgiques complètement étrangères à un refroidissement, à l'humidité, etc., les eaux de Néris ont encore maintes fois prouvé leur vertu ; mais leur application doit être modifiée, et ce n'est point aux bains et aux douches hyperlhermales que l'on doit recourir ; elles augmentent la plupart du temps les douleurs qu'elles guérissent chez les rhumatisants, tandis que les bains et les douches tempérés ont un effet antispasmodique et calmant qu'il taut avant tout rechercher. On doit, dans cette occurrence, employer les bains et les douches écossaises, ou conseiller même le traitement hydrothérapique, qui donne de bons résultats dans les accidents où le système nerveux est anormalement excité.
Les eaux thermales et les conferves de Néris s'emploient efficacement aussi dans les désordres du mouvemient, les contractures, les déformations articulaires,
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consécutifs à un grand traumatisme, les plaies par armes de guerre, les blessures graves, les fractures et les luxations. Leur haute température stimule énergiquement les fonctions de la peau, les membres s'assouplissent, et les articulations déformées ou malades repreiment de jour en jour leur jeu plus facile et finissent même quelquefois par perdre leur raideur. Lorsque la gène du mouvement reconnaît pour cause la présence de concrétions sous-cutanées, périarticulaires produites par l'existence antérieure d'un rhumatisme et même d'un rhumatisme goutteux, ou lorsque cette gène provient d'une atrophie musculaire localisée, les malades voient se résorber peu à peu ces épanchements fibrineux en nappe, le muscle ou les muscles atrophiés reprennent leur vigueur, et les mouvements deviennent moins difficiles, plus étendus ou moins douloureux. On comprend que la cure externe doit être appliquée exclusivement alors, les douches chaudes et les frictions avec les conferves font la base du traitement.
Presque tous les auteurs enfin ont vanté l'efficacité des eaux et des conferves de Néris contre certaines maladies herpétiques, et ils placent en première ligne les affections vésiculeuses, l'herpès, l'eczéma surtout; les affections papuleuses, le lichen, le prurigo, viennent ensuite; les dermatoses caractérisées par des squames, le psoriasis, ou par des papules, l'acné et les exanthèmes, l'urticaire, par exemple, complètent cette énumération. Nous sommes loin de refuser dans ces circonstances toute vertu aux bains, aux douches avec l'eau et la vapeur des sources de A'éris, aux frictions avec les cryptogames thermaux sur les parties malades ; mais nous ne pouvons dissi/nuler notre préférence pour un groupe d'eaux thermo-minérales, les sulfurées sodiques, les sulfureuses simples ou chlorurées sulfureuses, dont nous trouvons l'indication plus certaine dans les affections de l'enveloppe extérieure, quelle que soit leur nature.
La durée de la cure est, en général, de vingt-cinq à trente jours.
On n exporte pas les eaux de Néris.
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]>iERiU.^. L. Genre de plantes dicotylédones, appartenant à la famille des
328 NERPRUN (botanique).
Apocynées, et caractérisé par des fleurs à calice quinquépartite, à corolle en forme de coupe, à gorge munie de 5 écailles muUifides opposées aux lobes, ù 5 étamines incluses, soudées aux stigmates par leurs anthères sagittées. Les fruits sont deux follicules presque cylindriques, appliques l'un contre l'autre, contenant des semences oblongues, qui portent une aigrette près de l'ombilic.
Tel que Linné l'avait délimité, ce genre comprenait au moins 5 espèces importantes : mais les auteurs modernes ont subdivisé le groupe linnéen, et il n'y reste plus qu'une de ces espèces, le Laurier-rose, Nerium Oleander L. Les autres Nerium antidysenlericum L., N. iinctoriumh., sont toutes deux des Wrigbtia {voij. ce mot).
Le Laurier-rose est un bel arbrisseau, qui croit sur les rochers et aux bords des torrents de l'Afrique septentrionale, de l 'Asie-Mineure, de la Grèce, de l'Italie, et qu'on rencontre aussi à l'état sauvage dans quelques points de la Provence. On le cultive fréquemment dans les jardins, soit en pleine terre dans certaines régions méridionales, soit en vase dans des climats moins favorisés par la température. 11 atteint deux ou trois mètres de hauteur. Les feuilles sont glabres, coriaces, entières, lancéolées oblongues, marquées d'une forte nervure médiane et de fines nervures secondaires, parallèles entre elles, et très-serrées les unes cuntrc les autres. Elles sont opposées à la partie inférieure des rameaux, généialement ternées à leur extrémité. Les fleurs groupées en corymbes terminaux sont généralement d'un beau rose, plus rarement blanches; leur corolle, assez longuement tubuleuse, a des lobes obliques, cunéiformes, arrondis.
C'est le Nijçiov de Dioscoride.
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NERiUin «ES ALPES. On donne ce nom au Rhododendron hirsutum L. {voy. Rosage). Pl-
IKI'^ROLI. On donne ce nom en pharmacie à l'huile volatile de fleui d'oranger. D.
!VERPRU.^. Rhamnus L. § I. Rotanique. Genre de plantes Dicotylédones, appartenant à la famille des Rhamnées. Le nom de 'P«po; s'appliquait chez les auteurs grecs à certaines espèces du genre Rhamnus actuel, en même temps qu'à des Jujubiers ou Zhyphus. Linné avait semblé suivre cette indication des anciens en fondant ensemble les deux groupes, que Tournefort avait précédemment séparés ; les botanistes actuels sont revenus à l'idée des Institutlones Rei herbariœ, et mettent à part les Zizyphus, ne faisant entrer dans les Nerpruns que les espèces qui répondent aux caractères suivants : Fleurs ayant un calice 4 ou 5 fide, à tube urcéolé, une corolle à pétales nuls, ou au nombre de 4 à 5 ; 4 à 5 étamines, opposées aux pétales, insérées au bord d'un disque hipogyne; un ovaire libre de toute adhérence au disque. Le fruit est un drupe renfermant 2 ou 4 nucules distincts indéhiscents.
Un certain nombre d'espèces, appartenant au genre Rhamnus, ont été utilisées soit dans l'industrie, soit pour l'usage médicinal. Nous allons les passer en revue ;
1° Le Nerprun cathartique ou Nerprun purgatif, vulgairement nommé
NERPRUN (botanique}. 329
Noirprun ou Bourguépine {Rhamnus cathartica L.). C'est un arbuste de 2 ou 5 mètres de haut, dont les tiges dressées et divisées en rameaux spinescents portent des feuilles opposées sur les jeunes rameaux, fasciculées sur les anciens, ovales, arrondies, pétiolées, finement découpées sur leurs bords, munies, sur chaque côté de la nervure dorsale, de 2 à 5 nervures convergentes; portant à leur base des stipules subulées. Ces feuilles sont caduques. Les fleurs sont jaunâtres, petites, rapprochées à la base des jeunes rameaux, portés sur de fins pédoncules; elles sont généralement dioïques, à 4 étamines. Les fruits sont sphériques, noirs à maturité, et contiennent, dans 4 nucules, 4 graines marquées d'un sillon sur le dos.
Toutes les parties du Nerprun sont purgatives, mais ce sont principalement les fruits que l'on emploie. L'écorce peut servir à la teinture en jaune. Le suc des baies combiné avec la chaux donne le vert de vessie. L'espèce croît dans les bois, les haies et les buissons, dans une grande partie de l'Europe. Elle fleurit en mai et mûrit ses fruits en automne.
2° he. Nerprun des teinturiers {Rhamnus infectoria L.), vulgairement appelé graine d'Avignon. Cette espèce croît dans le midi de la France et de l'Europe. Elle s'élève rarement au-dessus d'un mètre et se divise dès la base en rameaux diffus, un peu tortueux, spinescents ; les feuilles pétiolées, opposées sur les jeunes rameaux, sont ovales, légèrement dentées, glabres en dessus, un peu pubescentes en dessous sur les nervures. Les fleurs, à 4 pétales et à 4 étamines, sont réunies par faisceaux assez fournis à l'aisselle des rameaux. Le fruit est arrondi et noirâtre à la maturité. On le recueille d'ordinaire à l'état vert pour l'usage de la teinture. Il est alors obscurément trigone, ou plus souvent formé simplement de deux nucules accolés l'un à l'autre par leur face ventrale. Ces graines donnent une teinture jaune, d'une assez belle nuance, mais qui est peu solide. Par la décoction de ces fruits avec du blanc de céruse on obtient ce qu'on appelle dans le commerce le stil de grain, d'une couleur jaune verdàtre, dont les peintres font assez souvent usage.
On emploie en Orient des fruits d'autres espèces de Rhamnus, que l'on connaît sous les noms de graines de Perse, d'Andrinople, de Morée. Les plus estimés nanties graines de Perse, provenant du Rhamnus amygdalinus ; ils sont gros comme un petit pois, obscurément trigones, ou tétragones, ce qui s'explique par la présence de 3 ou 4 nucules ; ils sont d'un vert jaunâtre à la surface. Leur saveur est amère, très-désagréable; leur odeur forte et nauséuse.
Le Pihamnus saxatilis L., espèce très-voisine du Rhamnus infectoria L, qu'on signale en France aux environs de Gap et près de Lyon, et qui se trouve dans les montagnes de Suisse et d'Italie, donne des fruits analogues, qui sont aussi utilisés dans la teinture. 11 en est de même du Rhamnus oleoides L, plante méridionale, qu'on a indiquée en France aux environs de Narbonne, et qui se distingue des espèces précédentes parce que ses feuilles sont persistantes, entières sur les bords, et alternes sur les jeunes rameaux. Le fruit est obové, d'un vert jaunâtre à la maturité.
M. Lefort a extrait de ces diverses espèces tinctoriales les deux substances qu'il a nommées Rhnmnine et Rhamnégine.
5° L'Alaterne [Rhamnus Alaternus L.) appartient à la même division que le Rhamnus oleoides L. C'est un arbrisseau toujours vert, à feuilles alternes, pétiolées, coriaces, ovales, elliptiques ou lancéolées, portant un bord cartilagineux denté en scie. Les fleurs dioïques, ordinairement à 5 pétales et à 5 étamines,
530 NERPRUN (emploi médical).
sont en petites grappes axillaires et terminales ; les fruits rouges d'abord, puis noirs à maturité, sont globuleux, obovés.
Cette espèce croit dans la région méditerranéenne ; en France elle se rencontre vers le nord jusque dans le Daupbiné et jusqu'à Poitiers et Angers du côté de l'Ouest. On la cultive fréquemment dans les jardins. Ses graines sont, dit-on, purgatives, et on peut en faire du vert de vessie; ses feuilles sont astringentes. Gustu amarlcant folia et tantillum astringunt, disait Lobel dans ses Adversaria.
4° Le Bourgène, Bourdaine ou Aune noir {Rhaninus Frangula L.j, a été pour quelques botanistes le type d'un genre particulier; c'est le Frangula vulgaris Rchb. C'est un arbuste de deux à trois mètres de haut, à tige dressée, rameuse, non spinescente, à feuilles alternes, caduques, ovales acuminées, entières, marquées de nombreuses nervures saillantes, presque droites. Les fleurs sont hermaphrodites, à 5 pétales et 5 étamines. Le fruit est sphérique, rouge d'abord, noir à la maturité ; les graines sont lenticulaires, sans sillon sur le dos, marquées seulement sur le bord d'une échancrui'e profonde.
La plante croît dans les bois et les haies de toute la France et d'une grandipartie de l'Europe.
Il a des propriétés purgatives qui rappellent celles du Rhaninus catharlica L. Son écorce peut servir dans la teinture en jaune ; on en a retiré une substance colorante cristallisable, d'un jaune citron, qu'on nomme Rhamnotaxine ou Franguline. Le bois est très-poreux et donne un charbon très-léger, qui est utilisé dans la fabrication de la poudre à canon.
5° Signalons encore parmi les espèces intéressantes une plante de la Chine, qu'on a nommée Rhamnus theezans L. C'est un arbrisseau sarmenteux, dont la tige se divise en rameaux divariqués, terminés dans leur vieillesse par une pointe dure et épineuse. Les feuilles ovales obtuses, souvent opposées à la base des rameaux, sont alternes dans le reste de leur étendue. Les fleurs ont 5 pièces au calice, 5 pétales et 5 étamines.
Ce Nerprun est très-répandu en Chine, et les pauvres prépai'ent avec ses feuilles une infusion qui remplace le thé.
On trouve aussi dans le nord de l'Asie le Rhamnus erythroxyhnn Pall., dont le bois très-dur et rouge est recherché par les habitants du Mogol pour faire de petites idoles.
Théophraste. Histoire des plantes, III, 17. — Dioscoride. Matière médicale, I, 119.
Pl.
§ II. Emploi médical. PHARMACOLOGIE. On n'emploie en médecine que les fruits ou baies du nerprun, ou noirprun, Rhamnus catharticus, nerprun officinal. L'écorce moyenne du bois de cet arbrisseau est éméto-cathai'tique. mais on n'en fait pas usage.
On récolte les baies de nerprun d.ms les mois de septembre et d'octobre ; on les choisit grosses, luisantes et abondantes en suc. Ce suc, d'une odeur désagréable, d'une saveur amère, acre et nauséeuse, est rouge violet trèsfoncé; il devient rouge par les acides, vert par les alcalis, et offre un bon réactif pour reconnaître la plus petite quantité de ces corps à l'état de liberté (Guibourt).
C'est en combinant le suc de nerprun avec la chaux que l'on obtient la matière colorante employée en peinture sous le nom de vert de vessie.
NERPRUN (emploi médical). 551
Le suc de nerprun contient, d'après Vogel, de la rhamnine, de l'acide acétique, du mucilage, du sucre et une matière azotée. Le mucilage, qui est abondant dans le suc récent et le rend gluant, est d'une nature particulière; Vogel et Hubert, de Caen, ont vu qu'il disparaît presque entièrement par la fermentation. La rhamnine a été reconnue par Fleury, de Pontoise, n'être qu'une matière colorante jaune, à peine purgative; pour lui, il y aurait dans le nerprun un autre principe, colorant et purgatif à la fois, qui serait l'acide rhamnique ; pour Piclion, d'Aix, la matière purgative différerait de la matière colorante. En tout cas, le principe purgatif du nerprun paraît résider dans la pellicule du fruit (épicarpe) ; aussi est-il indispensable, lorsqu'on prépare le suc, de le faire fermenter au contact de cette pellicule (Cazin).
Formes pharmaceutiques et doses. Extrait de baies de nerprun. Rob de nerprun. Baies de nerprun, Q. V. Écrasez les baies entre les mains; laissez-les pendant vingt-quatre heures en macération dans leur propre suc ; soumettez-les à la presse. Quand le suc aura déposé, passez à travers un blanchct, et laites évaporer au baiu-marie en consistance de miel épais [Codex). Doses : de 1 à 10 grammes dans une potion.
Suc de nerprun. Baies de nerprun en maturité, Q. V. Ecrasez les baies de nerprun avec les mains, et abandonnez-les à la fermentation pendant trois ou quatre jours; passez avec expression et fdtrez le suc à travers une étoffe de laine [Codex). Doses : 8 à 50 grammes dans une potion; 50 à 100 grammes dans Q. S. d'eau pour un lavement.
Sirop de nerprun. Suc de nerprun, 1000 grammes; sucre, 1000 grammes. Faites cuire jusqu'à ce que le liquide bouillant marque 1,27 au densimètre (51° B.) ; passez au travers d'un blanchet [Codex). Doses : 50 à 60 grammes dans une potion.
Il est présumable que, dans ces préparations, une grande partie du principe actif reste dans le marc. Car dix à vingt baies, fraîches ou sèches, prises en nature, ce qui représente un bien moindre volume que les doses ci-dessus, suffisent pour déterminer des effets purgatifs.
On emploie aussi ces baies en décoction, au nombre de vingt à trente, et même jusqu'à soixante (Cazin), dans 500 à 500 grammes d'eau, édulcorée avec du miel.
Lorsque l'on prend les baies de nerprun sans aucune préparation, il faut, pour émousser leur action irritante sur l'estomac, boire en même temps un ou deux verres d'une boisson émoUiente. C'est un purgatif vulgaire, assez usité dans la médecine rurale.
Action physiologique. Les baies de nei'prun exercent une action irritante sur l'estomac et sur les intestins lorsqu'elles sont prises entières ; mais cette action est très-adoucie dans les préparations qui ne contiennent que leur suc, et elle devient à peu près nulle lorsque ces préparations ont été suffisamment étendues dans un véhicule aqueux. Selon la manière dont elles sont employées, ces baies déterminent donc plus ou moins de coliques, et ces coliques peuvent être complètement évitées en n'usant qu'à doses modérées du rob, du suc ou du sirop. Le nerprun n'agit comme drastique qu'à des doses très-élevées, et surtout faute de précautions contre les propriétés irritantes que possède l'épicarpe de ses fruits ; convenablement administré, il se comporte comme un cathartiquc ordinaire, en produisant des évacuations alvines plus ou moins nombreuses et rapprochées, qui offrent généralement le caractère séreux. Cette action l'avait fait
552 IS'ERYEUSES (maladies).
classer parmi les purgatifs hydragogues. On la accusé de causer de la se'cheressc dans la bouche et beaucoup de soif; ces inconvénients ont été exagérés, et il ne les a pas d'ailleurs à un plus haut degré que d'autres purgatifs.
Action thérapeutique. Le nerprun est un purgatif indigène qui pourrait, à peu de frais et sans désavantage, remplacer bien souvent les purgatifs exotiques. 11 y a donc lieu de s'étonner qu'il soit si négligé dans la médecine humaine et abandonné à la médecine vétérinaire, où il sert particulièrement à purger les chiens. Son inconvénient le moins contestable est d'avoir une saveur désagréable, acre et quelque peu nauséeuse, mais il n'est pas impossible de la dissimuler en édulcorant et en aromatisant convenablement les véhicules.
Sauf les cas d'hydropisies, en vertu de la diairhée sézeuse qu'il provoque, il n'y a pas d'indications spéciales pour ce purgatif. Il ne convient pas plus que d'autres pour les paralysies et les rhumatismes, par exemple, comme l'ont voulu quelques auteurs. Si l'on redoute son activité en le prescrivant seul à dose suffisante pour obtenir des évacuations copieuses, on peut du moins l'employer avec avantage, à dose modérée, pour concourir à l'action d'autres cathartiques et surtout pour l'aider lorsqu'elle est un peu faible. C'est, au reste, dans ces combinaisons que le sirop de nerprun est le plus ordinairement utilisé. Ainsi, Bodard {Cours de botanique médicale comparée) employait habituellement ce sirop, à l'instar de la manne, pour base des médecines composées. Tournefort prescrivait quinze à vingt baies de nerprun en décoction dans un bouillon avec un peu de crème de tartre, purgatif doux et qui ne causait aucune tranchée. J'additionne très-souvent de 15 à 20 grammes de sirop de nerprun les potions au citrate de magnésie, et j'obtiens ainsi, sans forcer les doses de ce sel un peu infidèle, une action purgative plus prompte et plus considérable.
Quant aux propriétés fondantes, altérantes, antigoutteuses (Gilibert) attribuée? au nerprun, elles sont trop hypothétiques pour que nous y insistions.
Le Rhamnus frangida, bourdaine, bourgène, aune noir, a des baies purgatives comme celles du Rhamnus catharticus, mais un peu moins ; aussi les mèle-t-on parfois avec celles-ci dans le commerce, et l'on s'en sert également comme évacuant, dans les campagnes (Mérat et de Lens).
Le Rhamnus alaternus, nerprun alaterne, passe également pour avoir des baies purgatives, mais il est signalé surtout pour ses feuilles astringentes, utilisées comme telles en décoction contre les maux de gorge. L'infusion aqueuse de ces feuilles, en boisson, a été préconisée comme remède antilaiteux par un médecin italien qui, ne pouvant l'expliquer autrement, prête à Talalerne une action élective spéciale sur la glande mammaire. Si ce moyen avait réellement quelque efficacité, tout porte à croire qu'il la devrait tout simplement au tamiin, «lui peut à la rigueur enrayer la sécrétion du lait, comme il le fait pour d'autres sécrétions (Bull. gén. de thérap., 1856, t. LI, extrait du Racoglit. med. di Fana). Deliocx de Savig^xac.
IVERVAL (Baume). Voij. Baume.
^'ERVEL'SES (Maladies et affectio>'S ; Névropâthie). Quand on songe à rimportance générale et prépondérante du système nerveux dans Téconomie, instrument des facultés intellectuelles et affectives, foyer des sensations, conduc-
NERVEUSES (maladies). 533
teur des volitions et de la motilité, agent vivificateur de tous les organes et régulateur de toutes les fonctions, on est effrayé d'avance de l'immense perspective tjui s'ouvre devant soi lorsqu'il s'agit d'assigner à ce système son rôle dans la pathologie. De même qu'il n'est pas un acte physiologique à l'accomplissement duquel il ne concoure, on peut dire également quil n'est pas un acte pathologique dans lequel il n'ait sa part d'influence. De sorte que pour faire l'histoire pathologique du système nerveux, il faudrait parcourir le cercle presque entier de la nosologie et reprendre une à une la plupart des maladies pour en isoler l'élément ou Vétat nerveux qui entre dans leur pathogénie ou dans leur symptomatologie. Mais l'exécution d'un pareil plan serait d'autant plus difficile que ce n'est que par un travail d'abstraction, par une sorte de dissociation forcée, que l'on parviendrait à détacher de l'ensemble symptomatique d'une maladie aiguë ou chronique un phénomène ou un syndrome qui fait en quelque sorte partie intégrante d'un tout. Elle serait d'autant plus inutile qu'il n'est pas un article de ce Dictionnaire consacré à une maladie de quelque gravité, dans lequel on n'ait tenu ou on ne doive tenir compte de cet élément important. D'un autre côté, la pathologie du système nerveux considéré en lui-même, dans son tissu et dans ses divers appareils, est trop complexe et embrasse des lésions et des phénomènes morbides trop divers, pour pouvoir être comprise tout entière sous un chef unique. Au même titre que tous les autres systèmes organiques, l'appareil nerveux, dans chacune de ses parties comme dans son ensemble, est susceptible de subir l'action des diverses influences pathogéniques extérieures ou internes et de passer par les processus morbides communs, l'irritation, l'hyperémie, la congestion, l'inflammation avec ses différents degrés, les altérations de nutrition, les dégénérescences organiques, tumeurs, etc. Ces diverses lésions ont été décrites, pour les centres nerveux aux mots Cerveau, Moelle, elles l'ont été ou le seront pour les nerfs au mot Nerfs (pathologie médicale), ÎViîvrite, Névralgie, Névrome, etc. Mais à côté de ces lésions et de ces maladies variées qui ont leur double caractéristique de nature et de siège dans les divers éléments anatomiques de la substance cérébro-spinale et nerveuse, il existe tout un groupe d'afl'ections exclusivement propres au système nerveux, inhérentes au fait même de l'innervation, consistant dans une perturbation des divers ordres de manifestations de l'action nerveuse, et n'impliquant nécessairement ni l'existence de lésions primordiales appréciables, ni même l'idée d'une localisation précise. On comprend que nous voulons parler de cet ordre d'affections nerveuses sine materia, comme on dit dans le langage de l'École, qui depuis Cullen et Pinel ont leur place assignée dans la nosologie sous le nom de névroses.
Mais sous ce nom vaguement défini, imparfaitement limité dans son acception, et bien que des recherches anatomo-pathologiques récentes en aient un peu rétréci le cercle, on comprend encore des affections trop différentes entre elles symptomatiquement et trop spéciales dans leur physionomie, malgré leur étroite ' connexité de nature et la communauté de quelques-uns de leurs caractères, pour qu'il soit possible de les embrasser dans une description et dans des considérations générales communes. Aussi n'aurons-nous à nous occuper ici d'aucune des grandes névroses qualifiées, dont l'histoire a été traitée ou le sera à chacun des mots qui les concernent {voy. Alié>'atio> me>tale pour celles de ses formes qui lestent encore dans la classe des névroses; Catalepsie, Chorée, Épilepsie, Hystérie, etc.). Ce que nous nous proposons d'étudier ici, c'est cet état nerveux va^ue indéterminé, qui, en dehors, mais à côté des grandes névroses que nous venons