‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.64Chapitre 20 sur 45 · SERVEUSES (maladies · texte numérisé non relu

SERVEUSES (maladies

de citer, remplit tout le cadre des névroses innommées, depuis le plus simple spasme, le bâillement, jusqu'à cette forme vertigineuse grave qui n'est ni l'épilepsie ni l'apoplexie, mais qui semble tenir des deux, et qu'on a désignée sous le nom de congestion cérébrale apoplectit'orme; c'est cette variété infinie de souffrances nerveuses, de spasmes, de douleurs viscérales, de malaises indéfinissables, que l'instinct et le langage vulgaire rapportent aux nerfs, que dans un langage plus médical que physiologique les médecins désignent souvent sous le nom de mobilité nerveuse, enfin que les anciens qualifiaient par l'expi-ession pittoresque de passio, comme pour exprimer qu'ils ont une origine analogue à celle des passions ou des affections morales, qu'ils jaillissent des mêmes sources ou des mêmes foyers et s'accomplissent, comme elles, suivant les mêmes lois physiologiques. C'est au milieu de ce tourbillon symptomatologique vague, indécis, variable à l'infini, et qui n'est constant que dans cette variabilité même, que nous allons trouver les éléments constitutifs d'un état distinct de toutes les grandes névroses caractérisées, qui les confine néanmoins et entre même comme syndrome dans la constitution de quelques-unes d'entre elles, ainsi que nous le montrerons plus loin, mais qui dans un grand nombre de circonstances constitue une véritable affection idiopathique, de toutes les affections nerveuses la plus commune. C'est cette affection ou plutôt cet état qui a alternativement reçu les dénominations très-variées de vapeurs, névrosthénie, hystéricisme, surexcitation nerveuse, faiblesse irritable, névrose protéiforme, état nerveux, nervosité, hyper esthésie générale, nervosisme et enfin névropathie générale, protéiforme, viscérale ou simplement névropathie, dont nous allons essayer d'esquisser l'histoire. Il ne suffirait pas, en effet, d'avoir établi que la névropathie telle que nous venons de la définir n'est ni l'hystérie, ni l'hypocliondrie, ni l'épilepsie, ni l'aliénation mentale, et de l'avoir caractérisée par ce qu'elle n'est pas, il faut dire encore ce qu'elle est.

Exposons d'abord la série des phénomènes morbides qui constituent, soit isolément et chacun pour son compte, soit conjointement et par le fait même de leur groupement, l'état auquel on a donné et nous prétendons maintenir le nom de névropathie.

Névropathie chronique, constitutionnelle. Qui n"a connu de ces individus qui, possédant au plus haut degré les attributs caractéristiques du tempérament nerveux, la mobilité des sensations, la susceptibilité de tout le système nerveux, l'activité des sympathies poussée jusqu'à la turbulence, sont impressionnables au point qu'un rien les trouble et les agite, sensibles à un tel degré que la moindre impression les blesse ; gens « aux nerfs à fleur de peau » que leur constitution prédispose à la souffrance sans cause ou par suite des causes les plus légères et les plus insignifiantes, chez qui la sensibilité semblant « percer l'épiderme « vient, en quelque sorte, s'offrir d'elle-même aux atteintes du monde extérieur? Pour eux toute sensation, jusqu'à celle du plaisir, se transforme souvent en douleur; l'accomplissement des fonctions physiologiques habituellement silencieuses est l'occasion de troubles et de sensations pénibles, toute impression est une cause de malaise, tout mouvement une fatigue. Jamais complètement maîtres d'eux-mêmes, tout en possédant généralement la plénitude de leur raison, ils doivent à cet état presque incessant de souffrance un fond habituel de tristesse et une sensibilité morale qu'ils traduisent par des expressions et des manifestations qui nous paraissent presque toujours exagérées, alors qu'elles n'expriment souvent qu'imparfaitement leurs impressions réelles. Enfin, c'est

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à propos de ces individus que les chirurgiens disent quelquel'ois, pour résumer en peu de mots la situation de certains malades atteints de lésions en apparence insignifiantes et (j^ui cependant paraissent très-souffrants : petite lésion, grande douleur.

Si, chez un grand nombre de ces sujets, cet état ne dépasse pas beaucoup les proportions desimpies malaises, qui ne laissent pas, par leurs retours fréquemment répétés que de constituer à la longue un véritable, état morbide, il en est, au contraire, chez qui les troubles nerveux élevés à la plus haute puissance de la douleur deviennent ce suppliciiim neuricum qu'un de nos malheureux confrères a si bien peint d'après lui-même.

Nous verrons tout à l'heure quelles sont les conditions organiques individuelles ou les causes éloignées qui prédisposent au développement de cet état névropathique. Quant aux causes prochaines, occasionnelles ou déterminantes des manifestations douloureuses chez ces sortes de malades, elles sont dans tout ce qui les entoure, comme le siège de leurs souffrances est dans tous les points de leur économie.

Il y a, en effet, tels de ces malades qui seraient dans l'impossibilité d'assigner eux-mêmes un siège particulier à leurs souffrances, et qui semblent mettre leur médecin au défi d'arriver par l'analyse à localiser les phénomènes qu'ils accusent. Ces malades souffrent de partout, ils se plaignent d'un malaise général qu'ils ne peuvent rapporter à aucun point déterminé du corps, de douleurs non pas sur le trajet de tel ou tel nerf, mais de tous les nerfs. La sensibilité générale est pervertie par des hyperesthésies ou des anesthésies alternatives et partielles : les organes des sens subissent aussi les conséquences de cette surexcitation ou dépression, ou plutôt de cette perturbation générale du système nerveux. Quant au système musculaire de la vie de relation, ce qui y domine surtout, c'est la faiblesse contrastant parfois avec des développements momentanés de forces et de mouvements dont on ne croirait pas ces malades capables, mais qui ne tardent pas à les jeter dans une profonde prostration. Mais ce n'est pas seulement dans le système nerveux de la vie de relation qu'existe cet état de perversion, c'est encore et surtout dans le système nerveux de la vie organique. C'est, en effet, moins encore dans l'exagération de la sensibilité normale que consiste l'état névropathique, que dans le développement d'une sensibilité anormale dans des organes et des tissus qui sont dépourvus de toute sensibilité ou qui n'ont du moins qu'une sensibilité obtuse à l'état physiologique. C'est dans la fonctionnante habituellement muette des viscères, passée à l'état de fonctionnalité douloureuse, que se manifestent les perversions et les désordres les plus remarquables. Ce sera donc dans les troubles fonctionnels des viscères que nous devrons rechercher principalement les signes et les caractères de la névropathie, qui se cache le plus souvent sous la forme de viscéralgies.

Au point de vue de leurs localisations dans les grands appareils ou départements organiques, les troubles de la sensibilité viscérale peuvent être distingués en névropathies de l'appareil cérébro-spinal, des appareils respiratoire et circulatoire, de l'appareil digestif et de son annexe, le système hépato-splénique, enfin de l'appareil génito-urinaire.

ISévropathies viscérales. Dans le premier groupe nous trouverons toutes les formes et tous les degrés variés de la céphalalgie et de la migraine. La céphalalgie névropathique a des caractères souvent très-différents d'eux-mêmes. Certains malades accusent une sensation de pesanteur, de lourdeur et comme

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de plénitude de la tête. D'autres, au contraire, éprouvent une sorte de sensation de vide. Les douleurs sont tantôt vives et rapides comme un trait, et il semble qu'un éclair traverse la tête de part en part ; tantôt profondes et durables, et la tète semble comme comprimée dans un étau. D'autres fois ce sont des douleurs superiîcielles, locales, qui semblent ne siéger que sur un point limité et plus ou moins nettement circonscrit de la peau du crâne. Au lieu de douleurs proprement dites, ce ne sont, dans quelques circonstances, que des bouffées de chaleur qui montent à la face et à la lète, suivies bientôt d'étourdissements, de vertiges, de sensation de battements dans les artères, et finalement d'un état de prostration et d'anéantissement qui rend passagèrement indifférent ou étranger à tout ce qui se passe autour de soi.

Les organes des sens participent presque toujours à cet état douloureux de la tète. La vue s'affaiblit, est sujette à des obnubilations ; ou bien, au contraire, l'œil acquiert une sensibilité excessive à la lumière, il y a une véritable photophobie. Parfois ces malades sont en proie à des visions fantastiques, à de véritables hallucinations de la vue. Il en est de même pour l'ouïe qui devient le siège de bruissements incommodes, de bourdonnements, de sifflements, et parfois d'une véritable hypercousie. De même pour l'odorat, qui acquiert dans ces conditions, ou un degré extrême de sensibilité ou une véritable perversion sensitive. Il n'y a pas jusqu'au sens du goût et à celui du toucher, qui ne soient plus ou moins atteints dans leur degré de sensibilité normale. Le goût est souvent altéré ou perverti; les appétences sont changées; les aliments n'ont plus leur saveur ordinaire, et tels d'entre eux qui étaient le plus vivement désirés dans l'état normal deviennent l'objet d'une répugnance invincible. Les objets dont le toucher ne donne liabituellement qu'une sensation indifférente ou plutôt agréable deviennent désagréables et pénibles au tact.

Le sommeil est presque toujours influencé. Il est inégal, irrégulier, entrecoupé de rêves et de cauchemars ; quelques malades sont même tourmentés par une insomnie complète.

Quelques malades éprouvent, sous l'influence de la moindre cause émotive et souvent sans aucune cause, des troubles divers des fonctions respiratoires et circulatoires ; c'est la névropathie thoracique. Ce sont des sensations d'étouffement, des accès de dyspnée, plus souvent sans toux, quelquefois avec une petite toux sèche, saccadée, se répétant fréquemment et à la moindi'e occasion, avec une disposition particulière aux bâillements, une sensation d'anxiété précordiale et une sorte de resserrement de la poitrine, des points de côté, des douleurs erratiques dans les parois de la poitrine. Certains malades accusent un serrement de la gorge, une sensation de strangulation qui les empêche de l'espirer. Ces spasmes laryngiens peuvent aller quelquefois, mais rarement, jusqu'à produire l'aphonie.

Les troubles que l'on observe du côté de l'appareil circulatoire sont des palpitations, avec précipitation et irrégularité dans le rhythme du pouls, sans que cet état aille jamais jusqu'à constituer un véritable état fébrile, la température n'étant que rarement modifiée. Indépendamment de cette perturbation dans l'organe central de la circulation, on constate souvent des désordres locaux plus accusés, des pulsations artérielles exagérées sur certains points, particulièrement sur ceux qui sont actuellement le siège de douleurs. 11 se manifeste quel- •[uefois dans la névropathie des phénomènes analogues à ceux de l'angine de poitrine, mais qui s'élèvent rarement au même degré de gravité. Enfin les phé-

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nomènes névropalhiques cardiaques venant à s'associer aux phénomènes cére'braux que nous venons d'exposer ci-dessus, il re'sulte de cette association cette ibrrae spéciale de névropatliie dont notre coUaboiateur, M. Krishaber, a recueilli un assez grand nombre d'observations très-ititéressantes et qu'il a décrite sous le nom de névropatliie cérébro-cardiaque dans un ouvrage publié en 1875, et dans un article de ce Dictionnaire {voy. le mot Névropathie cérébro-cardiaque). Mais c'est plus souvent sur l'appareil digestif et ses annexes que se manifestent les désordres névropathiques. Ce sont des phénomènes de dysphagie, de spasmes œsophagiens, de constrictions cardiaques qui semblent opposer un obstacle au passage et à la pénétration des aliments dans l'estomac, tout comme s'il s'agissait de rétrécissements organiques ; ce sont les irrégularités et les caprices des fonctions digestives ; c'est toute la série des phénomènes dyspeptiques , de la dyspepsie stomacale comme de la dyspepsie intestinale , jusques et y compris la constipation opiniâtre, qui constitue un des tourments habituels des sujets en proie à cet état névropathique.

Ce n'est pas impunément pour l'accomplissement des fonctions nutritives et plastiques et partant pour l'entretien de l'équilibre physiologique de l'économie tout entière, que ces troubles digestifs se renouvellent fréquemment ou persistent longtemps. Nous verrons, quand nous aurons à revenir sur cette étroite et intime connexité qui unit la névropathie dont nous esquissons en ce moment l'histoire générale avec la dyspepsie, qu'il arrive un moment où il devient extrêmement difficile, dans cet enchaînement et cet agencement presque inextricable de phénomènes, de saisir le point de départ vrai et de dire si c'est ia névropathie qui a créé la dyspepsie ou la dyspepsie qui est l'origine de la névropathie, ou si, enfin, elles ne sont pas indissolublement liées entre elles dès leur origine même.

L'appareil génital est aussi le siège, comme il est souvent le point de départ de phénomènes nerveux insolites. On sait surtout l'influence considérable qu revient à l'appareil génital de la femme sur l'une des plus importantes névroses. Mais sans aller jusqu'à l'hystérie, dont nous n'avons pas à nous occuper ici, entre elle et l'état nerveux simple se place comme intermédiaire et en manière de transition ce que l'on a désigné sous le nom d'hystéricisme, c'est-à-dire cet état névropathique qui se distingue de l'hystérie en ce que les traits en sont, en vénérai, moins accentués, et l'élément convulsif absent ou borné aux proportions d'un simple spasme. Mais les névroses de l'appareil génital sont rarement primitives ou idiopathiques, elles sont presque toujours dépendantes d'une aflèction inflammatoire ou autre des organes génitaux ; ce qui nous oblige à ne faire que les mentionner ici et à renvoyer ce que nous pourrions avoir à en dire à la partie de cet article où il sera question des névropathies symptomaliques, secondaires ou deutéropathiques.

Le rôle important que joue le système nerveux dans l'accomplissement des fonctions sécrétoires ne nous permet pas, sous peine de rester incomplet, de négliger l'indication des modifications qui surviennent, sous l'influence de ces perturbations plus ou moins générales du système nerveux, dans Tétat des principales sécrétions, modifications qui font aussi partie à leur tour du tableau de la maladie qui nous occupe. On connaît l'extrême susceptibilité de la fonction sécrétoire urinaire sous l'influence de l'émotivilé nerveuse. Ou c'est la quantité d'urine sécrétée dans un moment donné qui est accrue ou diminuée, ou c'est sa composition qui est modifiée et altérée, ou c'est simplement le besoin d'émission

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qui se fait plus vivement et plus fréquemment sentir. Les sécrétions qui, après la sécrétion urinaii'e, sont le plus souvent modifiées dans l'état névropathique, sont celles de l'estomac et des glandes salivaires. La bouche est desséchée chez certains névropathiques ; chez d'autres, au contraire, la sécrétion salivaire est au«imenléc, il y a véritable ptyalisme. Les sucs gastriques sont diminués ou altérés. Sandras a particulièrement insisté, dans son Traité pratique des maladies nerveuses, sur les altérations qui surviennent dans la composition chimique des sucs de l'estomac dans l'état nerveux. Il a vu, nombre de fois, pendant des états nerveux bien caractérisés, soit primitifs, soit consécutifs, la séci'étion stomacale manquant absolument du degré d'acidité nécessaire pour dissoudre les matières azotées ; dans d'autres états nerveux c'est l'inverse qui a lieu, l'acidité (les liquides de l'estomac est augmentée et devient l'origine de divers symptômes iiéniblcs, tels que le pyrosis, l'état vertigineux stomacal. Enfin la spermatorrhée est quelquefois une des conséquences de l'état nerveux, quand elle n'en est pas elle-même une des causes, comme on le verra plus loin.

Les névropalliies viscérales ne se traduisent pas seulement par les troubles de sensibilité que nous venons de passer en revue, elles se traduisent aussi par des troubles de la motilité des fibres motrices qui sont sous la dépendance immédiate des filets du nerf sympathique : d'où les spasmes ou convulsions internes, ou paralysies partielles et passagères, se révélant : dans le cœur par des palpitalions ou des syncopes; dans les poumons par la dyspnée; dans l'estomac par certains phénomènes dyspeptiques ; dans les intestins par la constipation ; dans les réservoirs et les conduits excréteurs par la rétention ou par l'expulsion prématurée des produits sécrétés.

Tous ces désordres n'ont pas lieu sans une influence appréciable sur le système moral et affectif. Les personnes qui en sont atteintes ont, en général, une extrême susceptibilité morale, qui se traduit par des accès de sensibilité, des pleurs ou des rires sans motifs, par de brusques changements d'humeur ; elles sont facilement irritables, supportant difficilement la contradiction ou l'ironie, surtout en ce qui touche à leurs souffrances. Il faut dire cependant qu'il en est dans le nombre, et j'en ai connu plusieurs dans ce cas, pour ma part, qui conservent au milieu de leurs plus vives souffrances une inébranlable quiétude, une patience à toute épreuve et une inaltérable douceur. Au lieu de cette irritabilité ou de cette morosité, qui fait le fond du caractère du plus grand nombre des névropathiques, il semble que celles-ci puisent dans leur état une sensibilité morale extrême et une exquise délicatesse de sentiments. Les unes et les autres concentrent, en général, volontiers leur attention sur l'étude et l'analyse de leurs sensations.

Eufiu, nous devons signaler comme dernier trait de caractère l'extrême facilité et la promptitude avec lesquelles ces malaises, même les plus aigus, cessent quelquefois d'une manière complète, mais pour se reproduire sous le plus léger motif, après un intervalle plus ou moins long de bien-être et de calme. Varium et mutahile semper est, comme le dit Sandras, un des attributs les plus communs

de cet état.

C'en est même, on peut le dire, la caractéristique principale, et c'est à cette variabilité, à cette mutabilité des phénomènes, qu'on reconnaît que l'on a affaire à des perturbations fonctionnelles, dont aucune lésion somatique appréciable ou constante ne peut suftisamment expliquer la production. En effet, si nous reprenons un à un les symolômes principaux qui viennent d'être cnumérés, que

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vovoas-nous? des symptômes cérébraux plus ou moius gruves en apparence, de> troubles sensitifs plus ou moins profonds, sans que ni l'analyse de ces symptômes, ni l'examen attentif de l'état des grandes fonctions générales, ni l'exploration la plus minutieuse de l'état des organes des sens affectés, révèlent rien qui dénote une lésion, soit inflammatoire ou même simplement congestive, soit trophique des centres nerveux ou de ces organes ; des phénomènes d'oppression, de dyspnée, de la toux, des palpitations, des manifestations d'irrégularité dans l'impulsion cardiaque, sans que l'auscultation fasse découvrir la moindre trace de bronchite ou de lésion quelconque des organes respiratoires, ni la moindre anomalie dans le mécanisme du fonctionnement du cœur; des troubles des fonctions digestives, sans que rien, non plus, révèle des altérations pathologiques permanentes des divers organes de l'appareil digestif. Les autopsies sont, à cet égard, à peu près aussi muettes que l'exploration physique et physiologique des organes. Ce qui a fait dii'e à Sandras que l'anatomie pathologique était jusqu'à présent nulle en ce qui regarde l'état nerveux, et à M. Bouchut qu'il n'y a dans le nervosisme ni altérations cadavériques persistantes après la vie, ni altérations organiques en rapport avec les souffrances des malades pendant la vie. Nous aurons toutefois des réserves à faire par la suite sur cette proposition ainsi exprimée d'une manière générale, lorsque, passant de l'histoire de la névropathie idiopatliique à celle des phénomènes névropathiques symptomatiques, sympathiques ou réflexes, nous aurons à tnvisager les états organo-pathologiqucs généraux ou locaux d'oii ils procèdent. Nous venons d'esquisser rapidement et à grands traits la caractéristique générale de l'état névropathique. Mais il s'en faut que nous ayons la prétention d'avoir tout dit. Tout étant plus ou moins subjectif dans cet état, on comprend combien il est difficile d'en saisir d'une manière exacte tous les traits, pour en présenter lui tableau complet et fidèle. Tenter de ramener à un type commim tout cet ensemble multiple et varié d'expressions pathologiques qui changent non-seulement d'un malade à un autre, mais encore d'un moment à l'autre chez le même indi- NÏdu, serait s'exposer à ne faire qu'un portrait de fantaisie, qui, avec la prétention de ressembler à tout le monde, ne ressemblerait à personne. Chaque malade étant, à cet égard, non pas un type, mais une individualité, une espèce, ce n'est qu'en faisant un choix de quelques-unes de ces espèces que l'on peut arriver à se rapprocher le plus possible de la réalité. Mais, comme rien n'est plus sujet à caution que les relations que font la plupart des malades de leurs sensations, alors même qu'elles nous arrivent sous la garantie d'observateurs scrupuleux, nous chercherons autant que possible nos exemples parmi ceux de nos confrères qui eut eu le malheur d'être eux-mêmes en proie à ces douleurs, et qui, s'étant étudiés au milieu de leurs souffrances, ont eu le courage ou la constance d'en tenir mi journal régulier dans leurs moments de répit, et nous ont ainsi laissé la relation de leur triste odyssée pathologique.

On connaît l'histoire de Fabré-Palaprat, rapportée par Pinel et Bricheteau dans leur article Spasme du Dictionnaire des sciences médicales. Ce médecin distingué, après une jeunesse passée dans la solitude du travail et de la méditation, sujet à des accès de somnambulisme, fut pris, à la suite d'une fièvre intermittente, de vives douleurs dans la poitrine, accompagnées d'anxiété de mouvements spasmodiques, et de troubles fonctionnels digestifs, revenant périodiquement par accès à des intervalles éloignés, à la suite d'un travail forcé. Ces accès, ayant changé de caractère au bout de quelques années, firent place à des vertiges, des spasmes musculaires accompagnés d'une grande iiascibilité

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et plus tard à de véritables accès de catalepsie extatique, qui se terminaient par une prostration complète des forces et par des sueurs profuses. Ces accès, après une durée de plusieurs années, s'étant graduellement amendés à leur tour sous l'influence d'une médication antispasmodique et tonique, laissèrent à leur suite une disposition au retour de l'oppression, de l'anxiété et de quelques accidents légers qui ne constituèrent plus à la longue que ce qu'il appelait lui-même des soupçons d'attaque.

L'auteur d'un livre très-estimé sur les Gastralgies, dont il présentait lui-même un douloureux spécimen, le docteur Barras, a rapporté tous les troubles nerveux protéiformes, toutes les douleurs qu'il a endurées pendant une longue série d'années : névralgie temporale intermittente quotidienne, dont l'invasion a lieu à vingt-quatre ans, pendant son internat dans les hôpitaux de Paris ; puis au bout de cinq ans, névralgie du cordon spermatique ; puis, à l'àge de trente-six ans, à la suite de vifs chagrins, fièvre intermittente irrégulière avec névralgie frontale et toux nerveuse, convulsive ; huit ans plus tard, violente gastralgie accompa- '^rnée de toute sorte de troubles des organes digestifs, traitée comme gastro-entéx'ite par la diète et de nombreuses émissions sanguines ; d'où il tombe dans le marasme et dans l'hypochondrie. Il raconte lui-même comment devenu trèssensible au froid, quoique insensible au contact des coi'ps et même à la brûlure, les pieds gelés, le corps traversé par des sensations glaciales comme des coups de vent, ou par de vives douleurs mobiles, obligé d'uriner à chaque instant, souffrant de palpitations de cœur et de battements dans toutes les artères, incapable d'attention et de travail, miné par de fréquents accès de fièvre nerveuse, il eût péri peut-être, si les conseils du professeur Fouquier, en lui imposant un complet changement de régime, ne lui eussent sauvé la vie.

Il n'est pas de névropalhique capable de s'étudier, de s'analyser et de s'autopsier en quelque sorte soi-même, dans ses douleurs et ses impressions incessamment renouvelées et incessamment changeantes, qui ait décrit d'une manière plus émouvante son long martyre que ne l'a fait tout récemment M. le docteur D... (de M...) dans un livre et dans des lettres qui ont eu un grand retentissement. Nous demandons la permission, en raison de l'intérêt que présente cette autophotographie pathologique, de l'analyser avec quelques détails. On y trouvera, d'ailleurs, à côté de traits communs de l'une des formes les plus complexes de la névropatie véritablement protéique , des traits nouveaux ou inaperçus , et restés inédits jusque-là, qu'une fine analyse a mis en relief, et qui contribueraient à compléter, si elle pouvait l'être jamais, l'histoire de la maladie qui fait l'objet de cet article.

M. D..., étudiant en médecine en 1830, à Paris, éprouva dans le cours de cette année le contre-coup de deux événements, la maladie de sa jeune femme et la perte de la fortune de sa famille, par suite des événements politiques, qui commencèrent à surexciter son système nerveux. Obligé dès ce moment de se livrer à un travail excessif, à des veilles et des fatigues au-dessus de ses forces pour subvenir à ses besoins et à l'achèvement de ses études, sur ces entrefaites survient l'épidémie de choléra qui le surprend dans une petite localité des environs de Meaux où il avait été appelé à exercer la médecine. Surmené de fatigue, il tombe un jour sans connaissance dans la rue. A partir de cet accident, il éprouve tous les jours, après le coucher du soleil, la sensation d'un mouvenieni gyratoire de toute sa personne, et il s'aperçoit d'un affaiblissement de la faculté d'attention. Rentré à Paris, où il se met à travailler comme praticien, commo

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auteur et comme garde-malade, il est atteint, au milieu de ses occupations multiples, d'une congestion cérébrale. A dater de ce moment, de fréquents accès de vertiges se manifestent, des malaises de toutes sortes se succèdent, allant toujours croissant, et voici en quels termes notre confrère décrivait sa situation à la Clinique de la Faculté, le o mars 1838, en présence du professeur Piostan et de ses élèves (voy. Gazette des hôpitaux, du 10 avril 1838) : « Je demeurai environ une semaine sans quitter mon domicile, ensuite, me faisant accompagner, je tentai de reprendre le cours de mes visites. 11 est impossible de s'imaginer les efforts que j'étais obligé de faire pour me transporter d'un lieu dans un autre, pour monter les escaliers, pour entendre les récits des souffrants. Au bout d'un quart d'heure ou tout au plus d'une heure, je devenais titubant, j'avais des vertiges, mes extrémités se refroidissaient pou à peu, tandis que ma tète, resserrée comme dans un étau, constituait le foyer du calorique réfléchi. Celle-ci me semblait comme solidifiée dans sa partie antérieure ; d'autres fois cette sensation, se restreignant, prenait la direction du diamètre oblique en manière de spirale, le cerveau me faisait l'effet d'être traversé par une barre géométriquement contournée. Il se mêlait à ces divers phénomènes des bourdonnements et des tintements d'oreilles, des battements dans les tempes, surtout dans les carotides, une grande dilatation des pupilles, des bâillements, des nausées, des palpitations de cœur, enfin de la dyspnée. Parveim à ce complément de désordres, force m'était de revenir chez moi, de m'étendre sur mon lit et de prendre de la nourriture, conditions qui dissipaient graduellement et assez vite cet ensemble d'aberrations. »

Si nous suivons notre autobiographe dans la description de détail des phénomènes qu'il éprouve dans les divers appareils, nous trouvons, en commençant par le cerveau, cet état d'effervescence intellectuelle, d'exaltation mentale connue sous le nom de mentisme, dans lequel il n'y a ni cette aberration ni ce désordre qui constituent le délire, où le moi conserve son intégrité, mais est obsédé par des pensées intruses qui y pullulent, s'y succèdent et s'y meuvent avec la plus grande rapidité, comme s'il y avait dans la tête, suivant l'expression de Sainte-Beuve, qui paraît avoir aussi éprouvé cet état, une braise allumée qui tournoie sans cesse et ne laisse point de repos ; état pendant lequel la faculté d'attention se trouvait réduite dans d'étroites limites, sa pensée, dès qu'elle se portait sur un sujet quelconque, ne pouvant s'y appliquer, tout travail de lecture ou d'écriture devenant impossible ainsi que toute occupation manuelle, le regard même ne pouvant se fixer sur un point, sans qu'aussitôt les yeux fussent pris de mouvements convulsifs précurseurs du vertige. La conséquence de cet état que notre confrère qualifie pittoresquement à'aiguillette mentale, dans lequel il avait perdu la faculté de l'attention, était l'impossibilité de reproduire d'une façon matérielle ses idées, par quelque pi"océdé que ce fût, d'où le nom de dysgraphie cérébrale, qu'il a adopté pour exprimer cette impuissance.

Ces phénomènes de l'ordre purement intellectuel s'accompagnaient de quelques phénomènes de sensation impossibles à classer, et dont quelques-uns \v tourmentaient beaucoup, principalement lorsqu'il se trouvait isolé du monde extérieur. Tels étaient, entre autres, un bruit tout semblable à celui que détermine la torsion de l'étain et que les métallurgistes désignent sous le nom de cri. qu'il entendait dans la région cervicale, entre l'atlas et l'axis, lorsqu'il faisait subir à sa tête un mouvement de rotation ; les sensations bizarres et plus '^ê-

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nantes que douloureuses de solidifications, de soudures, d'entortillements, qui affectaient la partie antérieure du cerveau ; la sensation plus désagréable d'un soulèvement général de la masse sous-crànienne, coïncidant avec les mouvements respiratoires, et qui l'obligeaient à soutenir sa tête, soit en travaillant, soit en mangeant. Tout défaut d'harmonie soit dans l'ordre moral, soit dans l'ordre physique, dont l'effet sur tout homme de goût en état normal se borne à le choquer, produisait chez lui un résultat beaucoup plus sensible : il en était agacé jusqu'à la douleur. Comme Tycho Brahé, il était bouleversé par la vue d'une femme vieille et laide.

Mais c'était l'état vertigineux surtout qui dominait toute cetle situation. On a vu que c'était par le vertige que la névropathie avait commencé, à la suite des fatigues subies pendant l'épidémie de 1832, par la sensation d'un mouvement gyratoire, survenant après le coucher du soleil, et se reproduisant par l'action de la marche. Cet état n'a fait qu'augmenter par la suite. La tête lui tournait toutes les fois que son attention se fixait sur un point circonscrit, et cet état vertigineux allait quelquefois jusqu'à lui faire perdre l'équilibre et à être projetée violemment de côté. Ce vertige amenait souvent une altération de la sensation d'activité musculaire et une sorte de paralysie passagère dans les mouvements de progression, ce qu'il désigne sous le nom de dyscinésie. Peu après il sentait se former dans sa tête ce cercle compressif dont il a été déjà question, qui était successivement accompagné d'engourdissement et de fourmillements dans les membres, de battements carotidiens exagérés, de bruits plus marqués dans l'audition, de dilatation des pupilles, d'un refroidissement progressif des extrémités, enfin d'un embarras dans la langue, accompagné d'une grande sécheresse de cet organe, en un mot, de la manifestation complète des accès dont nous avons déjà parlé plus haut. 11 lui semblait qu'il dût tomber, poussé qu'il était en avant ou plus fréquemment de côté par une puissance invisible. Sur un sol inégal, il buttait à tout instant; un raccourcissement semblait s'opérer tantôt dans une jambe, tantôt dans l'autre. Lorsqu'il s'agissait de décrire un angle, au détour d'une rue, par exemple, c'était toujours avec un surcroît de difficulté. Il ne pouvait franchir un espace d'une certaine étendue, comme une place publique, qu'en courant et titubant à la manière des gens en état d'ivresse.

La station debout plus ou moins prolongée amenait aussi des phénomènes particuliers. Rester quelques minutes debout lui produisait dans la tête, ensuite dans tout le corps, comme un anéantissement du sol sous ses pieds ; il était forcé de rechercher un point d'appui avec les mains ou avec le dos contre l'angle d'un meuble ou d'une cheminée. Cependant la titubation, qui était très-marquée dans la progression, ne se manifestait que d'une manière presque imperceptible dans la station.

La position horizontale était celle qui lui convenait le mieux, la seule qui lui allât. Il lui semblait que cette posture rétablissait momentanément l'équilibre interrompu de la circulation et de la calorification.

Les organes des sens, comme on le pense, n'étaient point à l'abri de modifications également étranges. On a déjà vu le trouble qui survenait, pendant l'accès de mentisme, dans la vision en même temps que dans la faculté d'attention. Indépendamment de la convulsion du globe oculaire, dont il a été question, et des troubles visuels qui en étaient la conséquence, il y avait un état passager d'aniblyopie, qui tenait non à l'œil, mais au cerveau, et des hallucinations reprc-

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sentées par des cercles concentriques, s'ékrgissant comme ceux des cercles que forme à la surlace d'une eau tranquille la projection d'une pierre, et par des étincelles électriques. Des ligures bizarres l'assaillaient jusqu'au moment oîi survenait le sommeil. Enfin, après un laps de temps assez long, depuis l'invasion de la maladie, il survint une épouvantable pbotopbobie.

L'organe de l'ouïe était le siège de bourdonnements, de murmures et de syrigmc, tantôt simple, tantôt strident, et d'hallucinations diverses, presque incessantes. Lorsque, en se réveillant le matin, il percevait un bruissement très-marqué, il était siir de ne pouvoir se livrer à aucun travail intellectuel dans la journée.

L'olfaction était alternativement exaltée ou affaiblie. Le goût n'a jamais été perverti, mais considérablement diminiié.

Le toucher n'a pas présenté d'anomalies marquées, si ce n'est dans des moments où la susceptibilité générale tombait au-dessous de son degré ordinaire.

Au milieu de ces désordres qui se sont reproduits presque à tout instant pendant une période de près de trente années, l'intelligence n'a jamais laissé échapper aucun de ses attributs. Ai le jugement, ni l'imagination, ni la mémoire, n'ont été atteints ; ils sont toujours restés ce qu'ils étaient avant la maladie.

Si nous passons aux fonctions de la vie de nutrition , nous allons trouver encore dans le récit que M. D.... a fait de ses tortures celles que lui a imposées l'appareil digestif, petites tortures relativement aux autres, les fonctions digestives n'ayant été troublées que secondairement et d'une manière passagère. Elles consistaient en une sensation de profonde amertume de la bouche à l'estomac, des alternatives de constipation et de diarrhée, à la suite des accès seulement, anorexie et dégoût.

La circulation générale, quoique intimement liée aux désordres cérébraux, n'en était le plus souvent que faiblement impressionnée. Parfois le pouls, agité dans les moments de calme, présentait une placidité parfaite au milieu des plus violents orages. Du reste, son irrégularité et sa fréquence étaient toujours passagères. Il survenait des palpitations et des battements dans les carotides et leur ramifications, d'une telle violence qu'il semblait que le crâne ou le cœur fussent sur le point d'éclater, La respiration participait également aux agitations de la tête, et ses effets en cela, pas plus que ceux du cœur, n'avaient rien d'idiopathique. Elle était seulement ou fréquente ou oppressive, surtout dans la région précordiale.

La chaleur se portait avec une extrême facilité à la tète, aux dépens des extrémités. Pendant plusieurs années, la partie antérieure du cerveau a été le siège ou le foyer habituel de l'accumulation du calorique ; plus tard, il se porta à la face, puis, en dernier lieu, sous le vertex.

Dans une période avancée de la névrose, la salive a été sécrétée avec abondance. Les urines étaient abondantes, claires, inodores, surtout à la suite des accès. Elles avaient tous les caractères attribués aux urines de l'état nerveux.

Les absorptions se faisaient en général avec une extrême rapidité. L'état o-énéral de la nutrition n'avait pas été sensiblement modifié.

Nous passons sur une interminable série d'incidents de la vie pleine de tribulations de notre infortuné confrère, et qui ne contribuèrent pas peu à accroître sa névropathie et à susciter incessamment de nouvelles recrudescences, pour arriver, après un intervalle de dix-sept ans, à l'époque de la deuxième invasion de l'épidémie cholérique à Paris, en 1849, où une nouvelle phase se produisit

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dans ce long drame pathologique. « Pour Dieu, ne tombez pas dans rhypocliondrie, le pire des maux, » lui avait dit son maître et protecteur, le professeur Rostan, au début de sa maladie. A l'époque de son histoire où nous nous trouvons arrivé, sous l'influence d'une nouvelle épreuve de fatigues corporelles et de préoccupations, aux symptômes anciens s'en joignirent qu'il ne connaissait pas encore et qui commencèi^ent à constituer le nouveau martyre que seize ans auparavant Rostan le suppliait avec tant d'insistance d'éviter. Ce fut d'abord l'invasion de l'idée fixe, se substituant à son inverse le mentisme, qu'il ne pouvait chasser que par des efforts de superposition d'une autre idée. « Il m'arrivait quelquefois, dit-il, d'avoir affaire à deux idées qui se faisaient si bien équilibre que je ne pouvais en choisir une pour supplanter l'autre. » Ce fut ensuite ce qu"il a appelé d'un nom quelque peu baroque^ sa chique nerveuse, pour exprimer ce fait, passablement bizarre déjà par lui-même, de la transformation et du déplacement de l'idée fixe qui, siégeant d'abord sous le front, venait, par une sorte de métastase, se placer sur la langue, obligeant celle-ci à répéter continuellement, ou à peu près, le mot qui la représente, puis, ce mot, d'abstrait qu'il était, semblant se matérialiser et produisant la sensation que détermine le séjour d'un noyau de cerise ou de tout autre corps analogue dans la bouche. Puis vinrent des accès de spleen, des idées de suicide et, comme contraste à celles-ci, une sorte de terreur de la mort, une nécrophobie. Ce fut, enfin, une exagération, un redoublement de l'impressionnabilité, de cette émotivité dont les motifs s'imposent par « ce quelque chose qui est dans notre organisme et qui choisit pour nous. »

Une fois la porte ouverte aux manifestations morbides propres au système nerveux, a écrit quelque part le docteur Gauchet, la série s'en déroule et bientôt un grand nombre de fonctions se trouvent envahies à la fois. C'est ce qui n'a pas manqué d'arriver à notre confrère. En 1851, il commençait à sentir sa névrose s'étendre à l'appareil intestinal et de là aux organes de la poitrine. C'était une sensation de malaise dans Jes intestins plutôt qu'une entéralgie. C'étaient des battements de cœur, de l'oppression, de l'essouffiement et parfois un sentiment d'angoisse inexprimable. « L'agitation anxieuse du cœur était parfois si considérable, dit-il, qu'à l'exemple de Silvio Pellico j'attendais d'un moment à l'autre une rupture des parois de l'organe. »

Arrivé à ce point culminant des souffrances accumulées, de la douleur somatique, de la douleur intellectuelle et de la douleur morale, qu'il a si bien résumé dans l'expression de supplicium neuricum, l'état de notre malheureux névrosé, comme s'il ne lui était plus possible de monter plus haut, s'est mis à descendre et à décroître.

Il eût été difficile, en réunissant les traits épars des nombreux faits consig^é^ dans les auteurs et ceux qui flottent dans les souvenirs du médecin qui a beaucoup vécu et beaucoup vu, de tracer un tableau d'ensemble plus complet et ;► la lois plus pathétique que celui que présente tout fait l'histoire de la maladie de M. D.... Aussi me pardonnera-t-on de m'ètre laissé entraîner, dans mes citations, plus loin, peut-être, que je ne l'eusse voulu.

Névropalhie deutéropatinque ou symptomatique. La névropalhie est souvent si intimement liée à d'autres états diathésiques, soit que ces états soient antérieurs et qu'elle n'en soit elle-même qu'un effet, soit qu'étant contemporains ils se compliquent, s'influençant réciproquement de manière à constituer un tout indissoluble et inextricable, qu'il serait impossible d'en séparer l'his-

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toire. C'est à ces faits complexes que nous donnons le nom de névropalhie deutéropathiqne ou symptomatique, la névropathie n'étant, en effet, dans ce cas qu'un état secondaire ou symptomatique. Au premier rang de ces états organiques d'oii procède ou que complique la névropathie, il faut placer l'anémie avec ses divers degrés et ses diverses combinaisons, la chlorose, la chloro-anémie et sa compagne presque inséparable, alteinativement cause et effet, la dyspepsie.

Que l'anémie soit le résultat de pertes sanguines abondantes ou répétées, hémorrhagies ou émissions sanguines volontaires; qu'elle ait pour cause des déperditions sécrétoires exagérées, diarrhée, sueur, salivation, polyurie, etc. ; qu'elle soit d'origine hématosique, par insuffisance d'oxygène ou altérations diverses de l'air respirable ou par lésion des organes respiratoires ; d'origine alimentaire, par insuffisance ou mauvaise qualité de l'alimentation, par dyspepsie ; d'origine toxique ou diathésique, influence palustre, plomb, syphilis, etc., ou, enfin, d'origine nerveuse, par épuisement nerveux, insuffisance d'innervation des organes hémato-poïétiques, ou encore par suite d'exercices musculaires exagérés, — ce qui va reconstituer le cercle vicieux au milieu duquel nous tournons si souvent dans cette question, — l'influence de l'anémie ne tarde pas à se manifester par des troubles dans le fonctionnement du système nerveux et dans les systèmes organiques qui en dépendent immédiatement, troubles divers de la sensibilité générale et spéciale que nous avons déjà énumérés, analgésies, anesthésies de la peau et des membranes muqueuses, hyperesthésies, névralgies, faiblesse, altération ou exaltation des organes des sens, affaiblissement de la contractilité musculaire pouvant aller jusqu'à la parésie et même la paralysie, ou bien jusqu'aux convulsions, perturbations des fonctions cérébrales, enfin, consécutivement, altérations sécrétoires diverses.

Les effets de la chlorose et de la chloro-anémie sont les mêmes, l'anémie eu faisant en quelque sorte le fonds commun, avec celte différence, toutefois, qu'ils ont généralement plus de tendance vers le caractère hystérique que vers la névropathie proprement dite.

Nous n'aurions ici que l'embarras du choix, si nous voulions rapporter des exemples. Ils abondent dans tous les auteurs qui se sont occupés de ce sujet. Il nous suffira de rappeler, entre autres, les observations très-concluantes à cet égard que M. 0. Landry a rapportées, sous le titre d'Observations de névroses chlorotiques et de Névroses anémiques, dans ses Recherches sur les causes et les indications curatives des maladies nerveuses (1855).

On a vu plus haut dans quelle étroite union s'enchaînent la dyspepsie et la névropathie, dont Beau a fait, sous le nom de série névropathique, un véritable syndrome de sa dyspepsie. Nous n'y reviendrons pas.

Nous avons vu la névropathie que nous avons appelée idiopathique, laquelle n'est autre chose que l'expression du tempérament à prédominance nerveuse, natif, héréditaire ou acquis, poussée jusqu'à toutes les exagérations de l'état morbide; nous venons de la voir procéder de l'anémie, de la chlorose et de la dyspepsie ; nous allons la voir maintenant comme préliminaire ou élément des grandes névroses, l'hystérie, l'hystéro-épilepsie, l'épilepsie, l'hypochondrie, l'aliénation mentale, et nous la retrouverons à l'état symptomatique jusque dans un grand nombre d'affections chroniques, de diathèses et de cachexies spécifiques. Ce qui nous conduit à dire que c'est la nature même de la névropathie d'être l'aboutissant et le point de départ d'un grand nombre d'états morbides diffé-

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rents, mais avant toutefois cela de commun entre eux, d'avoir tous leur assise sur le système nerveux et pour manifestations des troubles fonctionnels de cet appareil.

On trouverait facilement, au besoin, la preuve de la communauté d'origine et de la solidarité patbologique qui lient la névropathie aux autres névroses et toutes les névroses entre elles, dans ce fait que les médecins aliénistes ont particulièrement mis en relief, lorsqu'ils nous ont montré comme l'expression d'une loi générale les transformations de ces diverses névroses les unes dans les autres par l'hérédité ; lorsqu'ils nous ont fait voir, par exemple, par une enquête dont les asiles d'aliénés leur ont fourni les éléments, que bon nombre de familles d'aliénés comptent parmi leurs membres ascendants, collatéraux ou descendants, des névropathes de toute sorte : épileptiques, hystériques, hystéroépileptiques, etc. M. Moreau (de Tours) en a tiré cette conséquence que la folie en général, quelques cas particuliers seulement exceptés, devait être considérée comme une forme spéciale de nervosisme, la manifestation d'un état nerveux susceptible de revêtir, suivant les circonstances, des caractères extrêmement varies, saiis que sa nature essentielle en soit modifiée.

Enfin, comme s'il n'y avait pas une seule des grandes névroses avec laquelle la névropathie n'ait ses points de contact ou dans laquelle elle n'entre à titre d'élément, nous retrouverons ses principaux caractères dans cette forme de vésanie distincte de toutes les autres, que M. Moreau (de Tours) a décrite sous le nom de folie névropathique, et qui, d'après ce savant aliéniste, peut se produire de trois manières :

Ou bien les troubles psychiques apparaissent simultanément avec les troubles nerveux auxquels ils demeurent inséparablement unis pendant toute la durée de la maladie, tantôt s'y mêlant assez intimement pour ne former qu'un tout pathologique ; tantôt n'apparaissant qu'à des intervalles plus ou moins longs, irréguliers, se substituant aux désordres de la mobilité, de lu sensibilité générale ou spéciale, ou étant remplacés par ces derniers accidents.

Ou bien il arrive que la forme psychique se substitue d'emblée et irrévocablement à la forme purement névropathique, dès le principe même de la maladie ou après un certain nombre d'accès.

Enfin le délire névropathique peut atteindre des individus qui n'ont jamais eu de crises nerveuses d'aucune sorte, en vertu, uniquement, de la prédisposition héréditaire qui pèse sur eux.

Nous avons dit que notre syndrome névropathique se retrouvait quelquefois comme état symptomatique dans divers états diathésiques. C'est ainsi qu'on voit quelquefois des névralgies, certaines paralysies localisées, circonscrites. mobiles, transitoires, n'être autre chose que des manifestations goutteuses, ce que témoigne la cessation de ces manifestations à l'occasion de l'apparition brusque d'un accès de goutte franche sur l'un des points de l'économie qui en sont le siège le plus habituel. On a indûment qualifié d'hvstérie, d'épilepsie ou d'hypochondrie goutteuse, des symptômes nerveux ayant plus ou moins de ressemblance avec ceux de ces diverses névroses, mais sans en avoir en réalité ni l'origine, ni les cai^actères spéciaux. Ces symptômes peuvent beaucoup plus légitimement être ramenés à ziotre névropathie symptomatique. Tel est, notamment, le cas de la malade dont parle Garrod, qui alla le consulter au sujet d'un mal de tète intense et à caractère périodique dont elle souffrait depuis plusieurs semaines. Garrod, disposé à considérer ce phénomène morbide comme hystérique,

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lirigeait son traitement en conséquence, lorsque un jour, la douleur de tête cessant subitement, il se manifesta pour la première fois chez cette malade mi violent accès de goutte qui se renouvela plusieurs fois par la suite.

On peui placer dans la même catégorie quelques autres faits rapportés dans le même auteur, tels que celui d'un vieillard qui avait éprouvé plusieurs fois des accidents cérébraux épileptiformes, lorsque survint un accès de goutte articulaire qui mit fin à ces accidents ; ou encore celui de ce gentleman exposé à de grandes fatigues physiques et intellectuelles, qui, à la suite d'une impression de froid, fut pris de violentes douleurs de tête avec délire el mouvement fébrile, symptômes qui ne cédèrent pas à l'emploi des moyens ordinaires, mais qui disparurent tout à coup au moment où l'un des gros orteils fut occupé par la goutte.

Il y a aussi entre l'histoire du rhumatisme et celle de la névropathie des points d'affinité et de contact qu'il ne nous est pas permis de passer sous silence. Notre savant collaborateur, M. Besnier, nous a déjà montré dans son important article Rhumatisme, sous la dénomination de rhumatisme vague, cet état morbide indéterminé, qui, affectant l'économie entière et ne produisant que des manifestations frustes et indécises, affecte particulièrement le système nerveux et constitue une véritable névrose, ou mieux une névropathie généralisée, se développant sous l'influence d'une série, très-vague elle-même, de maladies constitutionnelles. Les rapports de la chorée avec le rhumatisme, signalés par Stoll et plus fermement établis depuis par M. G. Sée, ne montrent-ils pas un exemple un peu grossi de la relation dont nous parlons ?

Lherpétisme, la sj'philis, ont aussi, arrivés à un certain degré, leurs manifestations névropathiques : témoin ces exemples qui fourmillent dans les traités des maladies de la peau et de la syphilis, de céphalées, de migraines, de névralgies, de douleurs viscérales, d'accidents paralytiques ou épileptiformes, ou même de manifestations maniaques, délirantes, succédant à la suppression d'un herpès, pour disparaître devant le retour de l'affection première ou sous l'influence d'un exutoire qui en a, en quelque sorte, pris la place. La névropathie syphilitique, indépendante des lésions spécifiques, dont diverses parties du système nerveux peuvent être le siège, et liée à l'état d'anémie cachectique, est entrée depuis longtemps dans le cadre nosologique des affections nerveuses et •elle fournit à la thérapeutique des indications précieuses. M. P. Berthier, dans «on traité des Névroses diathésiques, a pu réunir quarante-six cas de névroses dartreuses et soixante-seize cas de névroses se rattachant plus ou moins immédiatement à la syphilis. Si quelques-unes d'entre elles, comme l'épilepsie, l'hystérie, le tétanos, la chorée, la manie, appartenant aux grandes névroses, échappent jusqu'à un certain point à ce qui fait l'objet actuel de ces quelques considérations, il en est, telles que la céphalalgie, les névroses sensorielles, les vertiges et certaines vésanies, qui s'y rattachent directement.

Enfin on voit souvent survenir chez les femmes qui sont atteintes de métrite interne aiguë des phénomènes nerveux qui pourraient aisément en imposer, si l'on n'en connaissait l'origine, pour une névropathie idiopathique, dont ils ont tous les caractères, et qui ont d'ailleurs leur source et leur processus dans le même état morbide préalable, la chlorose et l'anémie ; ce sont des troubles gastralgiques et dyspeptiques, des palpitations cardiaques, etc.

La métrite chronique amène souvent aussi le même résultat, en créant non pas d'emblée, mais secondairement, par suite des troubles digestifs, des vomissements et de l'anorexie qu'elle entraîne, un véritable état névropathique.

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Névropathie aiguë. L'état que nous venons de décrire est pour la presque généralité des cas un état essentiellement chronique, une véritable diathèse, en cela assimilable jusqu'à un certain point aux autres diathèses, l'herpétisme, l'arthritisme, etc., aveclesquelles elle a cela de commun, d'imprimer son caractère aux divers actes pathologiques, quels que soient leur nature ou leur siège, aigus ou chroniques, de cause interne ou de cause traumatique, qui viennent à se produire intercurremment, sans autre lien d'ailleurs avec elle que la fortuite de leur rencontre. Cependant, quelque enclin que soit notre esprit à ne voir la névropathie que sous cet aspect constitutionnel, comme une émanation du tempérament, impliquant par conséquent une sorte d'inaliénabilité, il ne nous est pas possible de passer sous silence les faits qui tendent à établir et à démontrer l'existence d'une névropathie aiguë. En effet, dans des circonstances et des conditions beaucoup plus rares que celles où nous avons vu naître et se développer la névropathie chronique, constitutionnelle, sous des influences étiologiques passagères ou accidentelles, on peut voir se développer un ensemble de phénomènes et d'accidents nerveux semblables, à quelques nuances près que nous ferons connaître, à ceux qui viennent d'être décrits, mais qui en diffèrent surtout par leur durée comte et passagère, comme les causes qui les ont fait naître. C'est cet état que M. Bouchut a décrit dans son livre sur le nervosisme, sous le nom de nervosb;me aigu.

Voici en quels termes M. Bouchut décrit cet état :

« Les malades sont pris de malaise, accompagné de faiblesse et d'amyosthénie, d'inappétence et de dégoiit, quelquefois de ptyalisme, de nausées et de vomissements aqueux, de constipation résistante et d'irritabilité générale avec fièvre, sans forces, brisés par la courbature musculaire générale, obligés de garder le lit ; quelques-uns ne peuvent soulever la tête de l'oreiller sans craindre une défaillance ou la syncope ; ils supportent difficilement les odeurs, le bruit, la lumière; leurs sens devenus très-excitables, doués d'une sensibilité maladive, souffrent dans leur exercice ou donnent lieu à des illusions sensorielles nombreuses, surtout à une période avancée de la maladie. Alors la maigreur et l'altération des traits augmentent, la langue reste blanche, les vomissements continuent et la constipation persiste, ainsi que l'état fébrile, puis surviennent des accidents névralgiques et cérébraux très-graves ; des douleurs générales ou partielles dans la tête ou dans les membres, du délire d'abord passager, puis continu, l'affaiblissement des organes des sens, des hallucinations, de l'assoupissement, du coma, des contractions, des convulsions et enfin, dans quelques cas, la mort après un ou deux mois de souffrances, sans que l'examen le plus scrupuleux ait permis de découvrir une altération matérielle appréciable des principaux organes. »

Si nous suivons M. Bouchut dans l'analyse des principaux phénomènes du nervosisme aigu, nous allons y retrouver la plupart des caractères que nous avons assignés à notre névropathie générale. C'est l'amyosthénie, la faiblesse, l'allanguissement musculaire d'abord caractérisés par une certaine nonchalance de toute la personne, la flaccidité des membres inférieurs, qui supportent à peine le poids du corps, et un vague sentiment de gêne ou de pesanteur au sacrum obligeant les malades à suspendre la marche et à garder la station assise ou horizontale ; faiblesse accompagnée de malaises plus ou moins prononcées et d'une grande susceptibiUté morale. C'est l'insomnie ou un sommeil léger, fugace, souvent interrompu par le moindre bruit ou par des spasmes, des

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rêves, des cauchemars ou des illusions sensorielles. C'est la céphalalgie, sensation de douleur de tète, de fatigue, d'étonnement, de vide intérieur, d'incertitude, quelquefois de véritables douleurs, accompagnées ou suivies de bouffées de chaleur, avec coloration intermittente de la face, accélération du pouls et battements ou palpitations nerveuses des artères cérébrales, étourdissements, vertiges. Ce sont des troubles de la sensibilité générale, des douleurs diffuses ou partielles, tantôt vagues, obtuses, profondes, tantôt superficielles, vives, lancinantes, suivant le trajet des nerfs, ou bien des sensations de fourmillement, de déchirement, de picotement ou de cuisson. Ce sont des modifications de la calorification inégalement répartie, le plus souvent des abaissements partiels de la température, plus rarement de l'hyperthermie par places, des anesthésies et des hyperesthésies cutanées et parfois des perversions de la sensibilité tactile ; des troubles de la vision, de l'ouïe, de l'odorat, du goût ; des troubles des fonctions digestives : inappétence, dyspepsie, pneumatoses, aigreurs, vomissements, altérations des sucs gastriques; toux nerveuse, palpitations; enfin troubles des sécrétions : ptyalisme, sueurs, urines, tantôt rares*, tantôt abondantes, etc.

Sans empiéter ici sur les considérations étiologiques sur lesquelles nous aurons à nous étendre plus tard, nous ne pouvons nous empêcher de faire remarquer que cet état névropathique aigu nécessite pour se manifester des conditions spéciales, capables d'apporter momentanément une perturbation profonde, vive surexcitation ou brusque dépression du système nerveux. Telles sont, en effet, les conditions où ou l'a observé le plus habituellement. Ce sont : pour les personnes des deux sexes, une déperdition sanguine brusque et abondante, une impression morale vive, un grand excès de fatigue ou de travail, des excès dans les rapports sexuels, enfin la convalescence d'une maladie aiguë grave ; pour les femmes particulièrement, l'établissement de la menstruation, la grossesse, la lactation, l'aménorrhée ou la dysménorrhée, les pertes utérines, les crises de la ménopause, etc.

L'auteur de la théorie de la phlogose et chef de la doctrine du contro-stimulisme, Rasori, a rapporté plusieurs observations très-intéressantes de maladies considérées et traitées comme inflammations, amenées à la dernière extrémité par un traitement antiphlogistique et guéries par un traitement stimulant, lesquelles n'étaient autres, en réalité, comme on le pense, qu'un état nerveux provoqué par les excès mêmes de la médication antiphlogistique. Mais la plus curieuse, sans contredit, de ses observations, est celle dont cet auteur lui-même a été le sujet. Elle est doublement intéressante au point de vue qui nous occupe, à cause de la netteté même de la description des phénomènes, de l'évidence de leur étiologie, bien qu'elle ait été d'abord méconnue, enfin comme exemple des fatales méprises où conduit l'esprit de système. Voici eu quels termes Rasori rapporte sa propre histoire :

« Au conmiencement de l'automne de 1798, dit-il, j'eus un rhume léger contre lequel je n'employai aucun remède actif, je me bornai à diminuer mes aliments qui, selon mon habitude, n'étaient pas déjà très-copieux, et à boire beaucoup de boissons aqueuses. Au bout de quinze jours n'ayant éprouvé aïicun soulagement et me trouvant à peu près au même point qu'auparavant, si ce n'est qu'il m'était survenu un certain poids à la tête et comme des étourdissements rendant toute application à l'étude impossible, et voulant en finir plus vite, je me fis tirer seize onces de sang, sur lequel j'aperçus une couenne

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beaucoup plus mince que je n'aurais cru. Dans la journée je prenais de lemp.> à autre un peu de miel de Bornio, qui me relâcha beaucoup le ventre.

« Cependant la toux augmentait au lieu de diminuer, ainsi que les étourdissements qui ne laissaient pas que de me donner une très-grande inquiétude. De temps à autre aussi j'éprouvais à la nuque une sensation de serrement, et l'endroit où cette sensation avait été perçue restait ensuite engourdi. Craignant une céphalite, je me fis pratiquer une seconde saignée plus abondante encore que la première. Dès ce moment mon état empira. A l'étourdissement ordinaire se joignit une sensation de serrement beaucoup plus douloureuse et plus étendue qu'auparavant, qui s'étendait de l'occiput au sommet de la tète, et même était devenue continuelle. La frayeur et l'inquiétude augmentaient en moi en même temps que ces symptômes. Récapitulant alors tous les symptômes de la maladie depuis son début et l'effet des remèdes que j'avais pris, et ne pouvant trouver en moi-même des causes assez puissantes pour produire une dialhèse de stimulus capable non-seulement dé résister au traitement actif que j'avais employé, mais d'aller toujours en augmentant, je décidai de ne plus rien faire et de voir comment les choses iraient. Je commençai déjà à douter de m'être égai'é et de m'éloigner du but au lieu de l'atteindre. Jusqu'à ce moment, quoique mon état s'aggravât, je ne m'étais jamais trouvé assez faible pour ne pas me tenir levé ; mais dans la soirée, toutes les forces me manquèrent comme si j'allais mourir. Cependant je ne perdis point les sens, ni le jugement. Je me fis donner immédiatement par ceux qui m'assistaient de la teinture opiacée et de l'éther sulfurique ; j'avalai de suite, quoique assez difficilement, trente gouttes de cette teinture dans une cuillerée d'éther pur. La mixture me parut du feu dans la bouche, dans le pharynx et tout le long de l'oesophage ; mais je ne la sentis point dès qu'elle fut parvenue dans l'estomac. J'éprouvais une oppression excessive à la région cardiaque, il me semblait qu'une main de fer me saisît la poitrine. Je i-epris peu à peu la même mixture et je me sentis un peu soulagé ; le pouls, autant que j'en pus juger, était petit, très-fréquent et irrégulier. Pendant que l'on me portait au lit, je m'apei'çus que les muscles du dos et ceux des extrémités inférieures commençaient à se roidir; j'augmentai la dose du remède et j'en pris à des intervalles plus rapprochés, jusqu'à ce qu'enfin je me sentis la poitrine plus dégagée, ainsi que la tête.... Je compris alors la nature de l'affection morbide à laquelle je m'étais réduit, et je vis que je ne pouvais compter, pour la guérison, que sur les remèdes stimulants. Dans l'espace de 4 heures, j'avalai environ trois gros de teinture d'opium et six gros d'éther. Je goûtai quelques heures de repos. Je continuai ainsi pendant quatre jours, prenant à peu près une demi-once de teinture d'opium et plus du double, au moins, d'éther dans les vingt-quatre heures. Mon régime se composait spécialement de jaunes d'oeuf et de vins généreux. De jour en jour les paroxysmes diminuaient et perdaient de leur force et au bout de vingt jours ils me quittèrent complètement.... » {Théorie de la phlogose de J. Rasori, traduit par Sirus Pirondi. Paris, 1839).

Parmi les exemples de nervosisme aigu que rapporte M. Bouchut, il en est un emprunté à la thèse de Rullier (1808) qui est extrêmement remarquable par sa cause : une aménorrhée survenue à la suite d'une vive frayeur chez une jeune fille de quinze ans offrant tous les signes de la puberté confirmée; par l'excessive gravité et le caractère particulier des symptômes qui éclatèrent à celte occasion : engourdissement d'aboid, puis convulsions dans les membres infé-

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rieurs, sensation de gêne dans les parties génitales, gonflement de la région épigastrique, sentiment de strangulation tel que l'aurait déterminé un collier très-serré, constriction et spasme douloureux du pharynx rendant la déglutition impossible, gène de la respiration inexprimable avec menaces incessantes de suffocation, anxiété portée jusqu'au désespoir, et, au milieu de tout cet effrayant appareil de symptômes , raison conservée dans toute son intégrité , et enfin par l'issue fatale survenue en peu de jours et l'absence complète de toute lésion anatomique constatée à l'autopsie, malgré les recherches les plus minutieuses.

On trouve dans Tissot divers exemples de manifestations de phénomènes névropathiques aigus, dus à une impression morale vive, une grande frayeur, une émotion violente. On y trouve aussi, ainsi que dans tous les ouvrages des accoucheurs, des exemples fréquents d'accidents du même genre, qui se rattachent les uns aux irrégularités ou à l'absence de la menstruation, les autres à la grossesse, à l'accouchement ou à la lactation, et qui se sont dissipés avec les circonstances qui les avaient fait naître.

Nous avons dit que la convalescence était souvent l'occasion du développement de l'état nerveux. Pomme en rapporte plusieurs cas, notamment celui d'un chirurgien de Lyon qui, cà la suite d'une fièvre putride traitée par des saignées abondantes et répétées, fut pris pendant la convalescence d'insomnie et de phénomènes hémiplégiques, qui cédèrent en peu de jours à l'usage de quelques bains tièdes.

C'est encore Tissot qui a formulé avec le plus de précision l'influence des maladies aiguës sur l'état nerveux. « 11 est très-aisé, dit-il, de voir les hommes

forts, après une fièvre violente la mieux terminée, avoir des maux de nerfs

C'est surtout après les fièvres véritablement malignes que l'on observe les pertes de mémoire, l'affaiblissement des sens, l'imbécillité, la mobilité la plus marquée, les vapeurs, l'hypochondrie. » Nous n'avons qu'à renvoyer à notre article Co-walesce.nce où nous avons rapporté divers exemples qui se rapportent à ce mode d'influence.

Si, après ces exemples qui montrent, en quelque sorte en action, quelquesunes des scènes principales du drame névropathique, nous cherchons à pénétrer plus avant, à travers cette symptomatologie complexe, variable, multiforme, changeante et parfois désespérément persistante, comme dans l'un des cas que nous avons rapportés, et dans laquelle domine toujours et par-dessus tout la douleur, si nous cherchons, dis-je, à voir ce qu'il peut y avoir au fond de tous ces faits, nous trouverons que le plus souvent ces symptômes, qui semblent accuser un état de -souffrance si intense et une perturbation si grande des diverses parties du système nerveux et des principaux viscères qu'elles tiennent sous leur dépendance, constituent, en quelque sorte, à eux seuls, toute la maladie, que la névropathie est un état qui peut exister per se, indépendamment de tout autre état morbide antérieur ou concomitant; que d'autres fois, au contraire, elle constitue un syndrome sympathique, symptomatique ou deutéropalhique. Quant à sa nature et à ses causes immédiates, il faudra, pour s'en rendre compte, se retrancher dans l'étiologie et demander à tous les éléments de l'hygiène, à toutes les conditions des milieux, l'explication la plus rationnelle possible de ces perturbations des manifestations nerveuses, qui peuvent bien finir, par leur continuité ou par leurs répétitions fréquentes, par aboutir, dans quelques circonstances, comme nous le montrerons plus loin, à des lésions

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qui seront alors des effets et non des causes, mais qui, à coup sur, n'en procèdent pas, du moins à leur début. Mais avant d'aborder ce point important de notre sujet, il nous faut dire un mot du diagnostic, de la durée, de la marche et de la terminaison de la névropathie.

Diagnostic. Le diagnostic de la névropathie n'est certainement pas, en "énéral, difficile, surtout si l'on n'a pas à se prononcer à première vue, que l'on ait été renseigné sur le début de la maladie et qu'on ait pu suivre pendant quelque temps sa marche. Si l'on ne peut pas dire que la névropathie ait, à proprement parler, un symptôme pathognomonique, on doit reconnaître, du moins, qu'elle a sa séméiologie propre.

M. Gillcbert d'Hercourt, dans un mémoire lu à la Société médicale de Lyon, nous paraît avoir très-bien établi doux faits importants au point de vue séméiotique : d'une part, la mobilité et la variété des symiitômes de la surexcitabilité nerveuse en relation constante avec la mobilité et la variabilité des causes de l'impressionnabilité et de l'innervation ; de l'autre, l'origine même ou la provenance de ces symptômes dérivant directement de l'exagération pathologique de la propriété vitale que les physiologistes ont désignée sous les divers noms d'irritabilité, d'incitabilité, de sensibilité et d'excitabilité.

Ainsi les symptômes de la névropathie seraient groupés autour d'un fait primitif, l'exagération de l'excitabilité, qui en serait, en même temps, le signe pathognomonique. C'est dans cette mobilité, cette variété des symptômes, avec leur intermittence, leurs alternances et leurs substitutions, que l'on trouvera, en effet, des caractères distinctifs qui ne permettront pas longtemps de la confondre avec une lésion organique, ou une congestion des centres nerveux, ou une phlegmasie viscérale. Si, dans quelques circonstances rares, la névropathie aiguë, plus souvent et plus facilement fébrile que la névropathie chronique, peut en imposer quelques instants pour une pyrexie, une fièvre intermittente ou rémittente, ou même une fièvre typhoïde, au point que l'on a pu donner à quelques cas de nervosisme aigu la qualification de fausses fiè\Tes typhoïdes, l'erreur ne peut être de longue durée en présence de la marche des phénomènes.

Cependant il se présente parfois des cas où il faut une sérieuse attention pour éviter l'erreur. Le fait suivant rapporté par M. de Ranse dans un mémoire lu à la société d'hydrologie médicale, et inséré dans la Gazette médicale de Paris, est un exemple des difficultés que peut présenter quelquefois le diagnostic de la névropathie. Un homme d'une soixantaine d'années, avant été atteint, vingt ans auparavant, d'une pleurésie droite, avec bruits amphoriques qui avaient fait croire, alors qu'on connaissait mal encore la signification de ce bruit, à une caverne tuberculeuse, se rétablit de cette pleurésie, mais non sans qu'elle laissât des traces de son passage, notamment un bruit de frottement à la base de la poitrine en arrière, imitant à s'y méprendre des râles sous-crépitants, et une dyspnée, à l'occasion de la moindre bronchite, hors de proportions avec l'étendue et l'intensité de l'affection bronchitique. Il fut pris, après ce long intervalle de temps, de douleurs intenses à la région précordiale, s'irradiant vers le bras gauche, avec des élancements sur le trajet des nerfs intercostaux, un sentiment de compression à la base de la poitrine, accompagné d'une anxiété et d'une angoisse des plus vives, le tout revenant sous forme d'accès, que le moindre effort provoquait et qui duraient environ une demi-heure. Rien d'ailleurs d'anormal du côté du cœur; au plus fort des accès, le pouls restait calme. k ces différents signes l'idée qui venait naturellement à l'esprit était celle d'une

Brocui-x. [A suivre.)

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angine de poitrine. C'est en se basant sur les antécédents arthritiques du malade, sur les traces laissées par l'ancienne pleurésie et surtout sur l'absence de toute lésion cardiaque et la stabilité de l'état du pouls pendant les accès, que les médecins appelés à se prononcer sur l'état de ce malade et à diriger le traitement rejetèrent cette idée pour admettre une pure névrose portant plus spécialement sur le plexus cardiaque et les nerfs phréniques, diagnostic que confirma plus tard le résultat dune cure aux eaux de Néris.

Une confusion plus facile à faire, et nous dirons même souvent inévitable, est celle de la névropathie générale qui nous occupe avec les autres névroses. A coup sûr avec un peu d'attention on ne la confondra pas avec l'épilepsie, la chorée, la catalepsie ; mais il n'en sera pas ainsi pour les deux névroses qu'elle confine de plus près, l'hystérie et l'hypochondrie, qui ont avec elle tant de traits de ressemblance et tant de points communs d'origine et de nature, que de tout temps il s'est trouvé des pathologistes, et parmi les plus éminents, qui les ont sciemment et volontairement confondues. Il nous suffira, sans aller chercher bien loin, deciterSydenham et, de nos jours, Beau. On sait, en effet, que Beau, considérant toutes les maladies nerveuses générales comme une seule névrose qu'il appelait hypochondriaco-hystérique, n'établissait aucune différence fondamentale entre l'hystérie et l'état nerveux, ce dernier n'étant qu'une forme ou plutôt un degré mitigé de l'hystérie, la forme vaporeuse ou sensitive, laquelle, pouvant exister seule, ne constitue le plus souvent elle-même que l'état prodromiquedela forme convulsive de l'hystérie vraie ou complète. Les deux manifestations convulsive et vaporeuse procédaient à ses yeux du même fond morbide, produisant les vapeurs et le nervosisme quand la susceptibilité nerveuse est médiocre, les mouvements réflexes de l'attaque convulsive quand la susceptibilité nerveuse est intense ou les causes occasionnelles violentes. Sans doute, si Ton prend un à un la plupart des traits qui constituent notre syndrome névropathique, on les retrouvera presque tous dans l'hystérie, mais ce qu'on ne trouve que dans l'hystérie seule et ce qui la différencie à nos yeux de l'état nerveux simple, ce sont les phénomènes qui la caractérisent indépendamment des grandes convulsions, c'est la sensation de la boule hystérique, c'est l'aura hystérique ayant presque toujours pour point de départ un des ovaires, les points ovariques si bien étudiés par M. Charcot, ce sont enfin ces anesthésies partielles et en particulier l'insensibilité glottique signalée par M. Chairou, si rare en dehors de l'hystérie que nous ne sachons pas qu'on l'ait jamais constatée ailleurs.

La différenciation de l'état névropathique et de l'hypochondrie serait peutêtre plus difficile à établir, si l'on n'avait le soin de bien déterminer d'abord et circonscrire ce que l'on entend aujourd'hui par cette dernière dénomination. Sans doute, si l'on entendait l'hypochondrie comme la plupart des anciens médecins qui en faisaient une maladie à symptômes multiples, mobiles et variables, ayant pour foyer ou pour siège principal la zone des hvpochondres et de l'épigastre, il n'y a plus de distinction possible, l'hypochondrie n'étant plus qu'une des formes, une des localisations de la névropathie générale. Mais l'hypochondrie entendue, ainsi qu'on le fait généralement aujourd'hui, comme une vésanie, une hyperesthésie psychique, nosomanie, rentre dans un autre groupe de faits et ne peut plus être confondue avec notre névropathie. C'est la conclusion à laquelle était arrivé Beau lui-même après avoir longuement discuté cette question.

Nous ne nous arrêterons pas ici sur le diagnostic différentiel à faire entre la

DICT. ENC. 2° S, XII, 25

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ndvronathie et la manie, ou les autres formes diverses de l'aliénation mentale dont rien ne saurait autoriser la confusion. Nous n'essaierons pas davantage de rappi'ocher au même point de vue la névropathie, comme on l'a fait, de l'anémie, de la chlorose et de la chloro-anémie, qui en sont souvent, comme nous l'avons vu, le point de départ.

En résumé, dans les faits que nous avons décrits sous la dénomination de névropathie, comme dans l'esquisse générale que nous avons tracée de cet état morbide, on a dû être frappé de deux caractères généraux saillants dont le rapprochement nous paraît suffisant pour légitimer les distinctions que nous venons de chercher à établir. D'une part, on aura remarqué qu'il n'y a généralement, dans le groupe des phénomènes que nous avons décrits, ni grands mouvements musculaires désordonnés, ni troubles notables de l'intelligence, ni convulsions, ni délire. Tous "les phénomènes ont un caractère d'exagération de la sensibilité normale, ils n'ont pas à proprement parler celui de la perversion. C'est dans cette différence entre l'exagération de l'impressionnabilité et de l'innervation et leur perversion que nous trouvons surtout la caractéristique différentielle de la névropathie et de la plupart des autres névroses. Non pas que nous prétendions que l'une ne puisse pas conduii'e à l'autre, que la surexcitabilité nerveuse prolongée ne puisse conduire, à la longue, à la perversion fonctionnelle de l'innervation, comme elle pourra quelquefois aussi finir par amener des lésions anatomiques de la substance nerveuse et dégénérer ainsi en altérations organiques, après n'avoir été longtemps qu'une altération purement dynamique ou fonctionnelle. Mais le fait de se présenter d'emblée, dès leur origine, avec ce caractère de perversion, est le propre des névroses convulsives et des névroses délirantes.

Nous ajouterons, comme indication utile pour l'établissement du diagnostic différentiel, cette remarque judicieuse de M. Gillebert d'Hercourt, que la perversion des phénomènes de l'impressionnabilité et de l'innervation n'a jamais le caractère de généralité et de continuité qui paraît, au contraire (au moins d'une manière relative, la mobilité n'excluant pas la continuité), appartenir plus spécialement à leur simple exaltation.

Si nous avons, croyons-nous, suffisamment distingué et isolé notre névropathie des grandes névroses qualifiées, il nous sera peut-être plus difficile de dire si ce que les auteui's modernes ont décrit sous le nom d'irritation céz'ébrospinale s'en distingue par quelques points ou s'il n'y aurait pas lieu de n'y voir qu'un des aspects, qu'une des deux grandes localisations fonctionnelles d'une seule et même affection, tant les descriptions qu'on en a faites se rapprochent en réalité par leurs caractères fondamentaux de la maladie que nous venons de décrire, et tant l'analyse physiologique montre d'analogies dans les processus morbides et dans la modalité pathogénique de chacun de ces états. Ce que ces anteurs ont décrit sous le nom d'irritation spinale ou cérébro-spinale répond, en effet, de point en point aux phénomènes névropathiques que nous avons plus particulièrement imputés au système cérébro-spinal. S'ensuit-il que l'on doive désormais adopter la dénomination d'irritation spinale pour exprimer notre névropathie ? Nous y verrions un double inconvénient. D'abord les symptômes multiples que nous présente la névropathie ne sauraient tous être placés sous la dépendance unique de la moelle épinière ; nous y voyons souvent se mêler des symptômes cérébraux, des phénomènes psychopathiques indiquant que la sphère cérébrale est aussi en cause ; plus souvent encore, c'est au système ner-

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veux du grand sympathique que doivent être rapportés un grand nombre de symptômes. Ensuite, en admettant cette localisation dans la moelle, ce qui serait restreindre le champ des phénomènes, la qualification d'irritation ne serait-elle pas impropre, la dépression fonctionnelle ou l'astliénie avec tons ses degrés intermédiaires étant tout autant en jeu au moins, sinon plus souvent, que l'irritation.

Marche, durée et terminaison. Le fait seul d'avoir distingué une névi-opathie chronique et une névropathie aiguë indique assez les différences que nous aurons à constater entre elles au point de vue de la marche et de la durée. La névropathie aiguë, qui n'est pas foncièrement liée aux conditions organiques, à la constitution même du sujet, à un tempérament nerveux exagéré natif ou acquis par l'action lente, mais prolongée et mcessante, d'influences pathogéniques déterminées, comme la névropathie chronique, est naturellement de courte durée. Dans quelques-uns des cas que nous avons cités ou rappelés la durée n'a en général pas dépassé quelques mois, elle a été beaucoup plus courte, de quelques jours seulement, dans quelques cas. Dans le fait du médecin célèbre, dont nous avons parlé, Rasori, les phénomènes névropathiques produits par l'abus des saignées eurent une durée d'une vingtaine de jours, au bout desquels la guérison fut complète. Dans un cas rapporté par Beau, simulant une fièvre tvphoïde, cinq ou six jours de traitement sulfirent pour dissiper tous les symptômes d'une aussi grave apparence. Dans les quatre laits rapportés par M. Bouchut et observés par lui-même {Du nervosisme, etc.), la guérison fut obtenue, dans le premier cas, au bout de quatre mois d'un traitement actif, auquel il fallut ajouter le séjour à la campagne pour affermir la guérison ; dans le deuxième cas la guérison était complète au bout du deuxième mois; dans le ti'oisième cas, il fallut un temps beaucoup plus long, le traitement commencé après trois semaines de souffrances à peu près incessantes produisit une trèsgrande amélioration en peu de temps, mais ce ne fut qu'au bout de sept années seulement que la guérison put être considérée comme définitive et complète ; enfin dans le quatrième cas la guérison eut lieu en quelques jours. Dans le fait rapporté par Pomme, que nous avons déjà cité plus haut, relatif à un chirurgien de Lyon, et qui est un exemple manifeste de névropathie aiguë survenue pendant la convalescence et provoquée par des saignées trop copieuses, quelques jours de traitement suffirent pour remettre complètement les choses en état.

Le même auteur rapporte un autre cas analogue de névropathie, suite de convalescence, qui nécessita deux mois d'un traitement assez énergique dont nous reparlerons plus loin. Enfin dans trois cas de névropathie aiguë terminée par la mort, cette issue fatale a eu lieu, le troisième jour (fait précité extrait de la thèse de Kullier) ; au bout de cinq semaines (observation de Tissot relative à un homme très-robuste devenu névropathique sous l'influence de grands remords et qui présenta pour principaux phénomènes morbides de la fièvre, de l'insomnie, du délire, des spasmes et des vomissements) ; en moins de trois mois dans un cas rapporté dans VUnio7i médicale par M. A. Latour.

Cette terminaison fatale dans la névropathie aiguë serait loin d'être rare, elle serait même très-commune, si, comme l'a fait M. Bouchut, on considérait comme appartenant au nervosisme les faits de dyspepsie acide de forme grave décrits pai' Ciiomel dans son Traité de la dyspepsie et dont les neuf dixièmes^ au rapport de cet auteur, ont succombé par le fait de cet état morbide. Mais nous hésitons et, pour être plus explicite encore, nous nous refuserons même à ad mettre

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dans la calégoiic des névropathies des faits dans lesquels les phénomènes nerveux ne sont manifestement que consécutifs à la dyspepsie et présentent d'ailleurs tous les caractères de l'inanition, qui nous paraît avoir été dans tous ces cas la vraie cause de la mort.

Il n'est pas rare que la névropathie aiguë, ainsi désignée à cause de la brusquerie de son début, de son développement sous l'influence de l'une de ces causes inopinées que nous venons de voir la provoquer le plus souvent, une émotion morale vive, un mouvement de passion violent, une déperdition rapide et considérable de sang, la convalescence d'une maladie aiguë grave, ne soit en réalité que le début d'une névropathie chronique dont les conditions prédisposantes avaient pu être jusque-là parfaitement méconnues, insuffisantes qu'elles étaient, par elles-mêmes, pour se manifester sans l'intervention d'une cause déterminante puissante. C'est la névropathie chronique s'installant d'embh'e sous la forme aiguë, sans avoir été précédée par aucun phénomène prodromique de nature à en iaire prévoir ou pressentir l'explosion.

Le plus souvent, au contraire, la névropathie chronique, celle que nous considérons comme la vraie néviopathie, ayant pour assise premièi'e et pour base le tempérament nerveux excessif, ne se manifeste que d'une manière lente, graduelle, progressive, d'abord par ces petits agacements nerveux si fréquents chez les personnes qui sont affligées de ce genre de tempérament, par une susceptibililé générale extrême aux moindres impressions communes, se doublant d'une égale susceptibilité morale qui va graduellement en s'accroissant jusqu'à l'irritabilité que la cause la plus légère suscite et à laquelle succède presque toujours une période d'abattement. Ces inégalités, ces bizarreries d'humeurs, se traduisant souvent par des manifestations excessives qui font passer presque sans transition du rire aux larmes, par des agitations sans motifs apparents, ne sont en réalité autre chose que l'expression d'un état de souffrance presque continu, mais vague, indécis, n'allant pas encore jusqu'à la douleur, et dont ceux qui l'éprouvent ne se rendent eux-mêmes que très-impai'faitement compte. Mais l'état douloureux proprement dit s'accuse bientôt sous l'influence de la cause la plus légère et la plus insignifiante souvent. Ce sont d'abord de petites atteintes de névralgies fugaces, erratiques, changeant facilement de siège, des migraines, des céphalées revenant par accès irréguliers, des agitations pendant le sommeil, presque toujours plus ou moins troublé, de légers accès de dyspnée ou de dyspepsie accusant un commencement de perturbation des fonctions viscérales. Puis, enfin, s'installe en quelque sorte toute cette série de troubles fonctionnels et de désordres de la sensibilité qui ont été énumérés plus haut, hyperesthésie, viscéralgie, spasmes ou parésies, se succédant, alternant, se combinant de diverse manière, se manifestant par accès avec des intermittences plus ou moins longues, mais jamais absolues, la susceptibilité persistant toujours et ces malades étant rarement exempts de quelque malaise. Chez quelques individus on voit se produire sous l'influence d'une maladie fébrile intercurrente une rémission réelle, qui pourrait faire croire à une guérison, si, la maladie fébrile terminée, les symptômes nerveux momentanément disparus ne reprenaient ensuite leur cours seulement interrompu. M. Pidoux a recueilli dans son ancien service de Lariboisière une observation très-curieuse à cet égard. Il s'agit d'une jeune fille entrée à l'hôpital pour se faû^e traiter d'une bronchite aiguë datant de quelques jours. Cette jeune fille, ehlorotique, sujette depuis son enfance à des accidents nerveux divers, céphalalgie, palpitations, points névralgiques vagues, dys-

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pepsie, etc., voit survenir après sa bronchite des accidents nerveux nouveaux, notamment un spasme laryngien avec aphonie et œsophagisme, compliqués de désordres de la sensibilité, hyperesthésies et anesthésies partielles diversement réparties sur la surface du corps, enfin parésies et paralysies partielles successives des membres, etc. Les choses en étaient là depuis plusieurs mois, lorsqu'il survint de la courbature et quelques phénomènes fébriles précurseurs d'une fièvre typhoïde qui ne tarda pas à faire explosion. Dès ce moment la malade recouvra la sensibilité générale, la sensibilité spéciale et l'usage de ses membres depuis longtemps condamnés à l'immobilité. La maladie ayant suivi sa marche ordinaire et la convalescence ayant commencé à s'établir après un mois de durée, une sorte de lutte sembla s'établir alors entre les symptômes typhiques qui allaient en s'cffaçant et les phénomènes nerveux chroniques un moment éclipsés, en quelque sorte, par la maladie intercurrente. Après trois semaines de cette lutte, pendant laquelle des maux de tète et des points névralgiques semblaient alterner avec quelques mouvements fébriles et des retours de diarrhée, l'affection primitive avait repris décidément le dessus, et tous les phénomènes qu'avait présentés cettp malade avant sa fièvre typhoïde reparurent successivement et la névropathie continua son cours.

La névropathie chronique guérit ou cesse rarement d'une manière complète. Il y a cependant des exemples assez nombreux de guérison, sur lesquels nous aurons à revenir quand nous en serons au traitement. D'un autre côté, dans un certain nombre de cas où les traitements les mieux combinés et conduits avec le plus de persévérance ont échoué, il arrive que, par le fait seul des progrès de l'âge, certaines névropathies finissent par cesser d'elles-mêmes, comme si le système nerveux avait perdu de son excitabilité et était devenu moins accessible à l'action de ses stimulants ordinaires.

On a signalé un autre mode de terminaison tout aussi favorable, c'est celle qui s'opère à la manière de certaines crises propres aux maladies chroniques. C'est, en effet, comme par une sorte de crise, si l'on peut donner ce nom à cet ordre de phénomènes, que l'on voit, dans quelques circonstances, les symptôme? de la maladie se concentrer en quelque sorte et comme se fixer sur un point de l'économie, sous la forme d'une névralgie continue, par exemple, qui, après avoir persisté pendant quelque temps, se dissipe à son tour et laisse désormais le patient quitte de toute nouvelle atteinte. M. Beni-Barde, qui a été à même de traiter un grand nombre de névropalhiques, dit avoir eu souvent l'occasion de voir la maladie se terminer par une douleur sciaticp^ie, qui, en disparaissant, semblait emporter avec elle l'état morbide qui l'avait produite. Chez les malades qui ont des accès douloureux périodiques, ajoute M. Beni-Barde, il n'est pas rare que ce soit un accès semblable, mais plus violent que les autres, qui termine la maladie. Toutes ces circonstances rendent très-difûciles le pronostic et la présomption de la marche, de la durée et de la terminaison de l'affection, d'autant qu'elles diffèrent beaucoup encore suivant que la névropathie est primitive ou secondaire.

Mais chez les malades qui n'ont ni le bénéfice de la guérison par les moyens curatifs en usage, ni celui de la guérison par crise ou de la cessation spontanée par l'effet seul des progrès de l'âge, que devient la névropathie? Ou elle se perpétue, en continuant à épuiser les malades par la souffrance et par l'insuffisance des moyens de réparation qu'entraîne si souvent chez eux la complication dyspeptique, et, la résistance vitale dimmuant de plus en plus, ils finissent

558 NERVEUSES (maladies).

par tomber dans un véritable état de marasme qui les conduit lentement à la mort; ou elle se transforme en l'une des grandes névroses qualifiées, dont elle finit par revêtir définitivement les caractères et la marche; ou, enfin, elle dégénère en une lésion organique, hyperémie congestive, inflammation et ramollissement ou sclérose partielle de la moelle. Il faut le dire, ces dernières dégénérescences sont heureusement très-rares. Le plus souvent , la névropathie chronique, réduite à ses phénomènes nerveux nombreux et variables, mais tous compatibles avec la vie, se borne à tourmenter incessamment, à martyriser ses malheureuses victimes, ce qui est déjà beaucoup trop, mais sans compromettre ni abréger leur existence. Woù le pronostic généralement peu grave que l'on est disposé à porter sur cette affection, d'autant moins grave qu'elle n'est pas, comme nous l'avons déjà dit, absolument rebelle à tout moyen de traitement.

Etiologie et pathogénie de la névropathie. Au premier rang des conditions qui tendent à faire naître, à développer au delà des limites physiologiques et à entretenir la surexcitabilité nerveuse générale ou partielle, qui est le point de départ de tous les phénomènes névropathiques, il faut placer le mode plus ou moins vicieux d'éducation physique et morale de l'enfance, l'impulsion exagérée ou insuffisante donnée au développement et à l'exercice du système nerveux. Ce point de vue étiologique de la névropathie a été étudié surtout par Cerise. C'est à ce savant scrutateur de la nervosité morbide que nous allons emprunter quelques-unes des considérations qui suivent.

Cerise, en embrassant l'étude de la surexcitabilité nerveuse dans sa phénoménalité générale, dans ses expressions variées, est remonté plus haut que ne l'avaient fait avant lui la plupart des pathologistes ; il l'a envisagée dans ses causes multiples et diverses. C'est surtout à la considération des influences éducatrices et sociales prises dans leur sens complet et dans leurs directions diverses, bonnes ou mauvaises, exagérées ou insuffisantes, qu'il a demandé la solution du grand problème étiologique de la surexcitation nerveuse et de l'état morbide complexe par lequel se traduit la névropathie.

En effet, après avoir exposé dans son livre les faits les plus propres à mettre en saillie l'influence de l'éducation sociale et privée, morale et physique, sur les fonctions et les maladies nerveuses, il a recherché les lois physiologiques et pathogéniques en vertu desquelles cette influence s'exerce.

Nous n'avons pas besoin, pour l'objet que nous nous proposons, de suivre l'auteur dans les ingénieuses déductions physiologiques qu'il tire de l'étude des lois d'éducabilité du système nerveux. Nous arrivons droit aux inductions pathogéniques relatives à l'excitabilité nerveuse.

Les faits de surexcitabilité nerveuse, dit Cerise, se présentent sous deux aspects généraux qui correspondent aux deux conditions physiologiques de l'excitabilité du système nerveux, c'est-à-dire l'excitation et l'irradiation. Il considère, en conséquence, d'une part, les troubles de l'impressionnabilité et de l'innervation comme le résultat d'un renouvellement trop fréquent ou d'une privation trop prolongée des excitations nerveuses, et, d'autre part, comme le résultat de l'irradiation tumultueuse ou d'une association vicieuse de ces excitations.

11 y a surexcitabilité lorsque les éléments nerveux et artériel de la névrosité ne peuvent entrer en rapport dans l'excitation d'un appareil nerveux, sans donner lieu à un trouble fonctionnel.

Il y a également surexcitabilité lorsqu'un appareil nerveux n'ayant pas reçu,

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au moyen d'un exercice suffisant, le développement nécessaire à la production normale de la névrosité, l'excitabilité a lieu avec congestion et épuisement.

11 y a enfin surexcitation lorsque, par des excitations souvent renouvelées, les limites du développement qu'un appareil est destiné à acquérir ayant été atteintes, la circulation locale y devient trop active et donne lieu à une iiritation de l'organisme vasculo-médullaire.

Lorsqu'un appareil nerveux n'a pas atteint le degré de formation nécessaire à la production normale de névrosité qu'implique sa fonction régulière, ni les conditions de nutrition vasculo-médullaire que crée l'exercice, la somme des éléments nerveux et artériel destinés à concourir à l'accomplissement de la fonction étant toujours la même pour une opération déterminée, il en résulte une disproportion entre l'excitant et la capacité de l'appareil excité. C'est ce qui a lieu dans les appareils sensoriaux qui sont aux prises, avant que l'exercice les y ait graduellement préparés, à l'excitation qui leur est propre, la lumière pour l'œil, le bruit pour l'ouïe, les saveurs ou les odeurs pour le goût et l'odorat : d'où des liyperémies actives et de véritables inflammations de l'appareil visuel, les hémorrl)agies qui ont lieu quelquefois dans l'appareil auditif sous l'influence d'un bruit violent, d'une détonation, etc.

L'appareil nerveux ayant atteint les limites de son développement, un appel sans cesse renouvelé du sang y détermine-t-il une hyperémie en même temps qu'une déperdition de névrosité, l'observation clinique apprend que ces excitations excessives donnent tantôt lieu à une sorte de paralysie, tantôt à une hyperestliésie ou à une surexcitabilité qui en rend les opérations à la fois difficiles et douloureuses.

Ce qui distingue la surexcitabilité qui résulte d'un exercice immodéré de celle qui est produite par une cause opposée, c'est-à-dire par une insuffisance de développement et d'exercice, c'est l'impossibilité d'obtenir par le renouvellement des excitations une condition meilleure. C'est encore qu'elle n'est plus une simple prédisposition, mais qu'elle constitue déjà une véritable altération pathologique.

Ces données permettent de pénétrer plus avant dans l'appréciation pathogénique de la surexcitabilité nerveuse, en faisant connaître la part qui appartient au tissu nerveux et celle qui appartient au sang artériel dans la production des phénomènes qui la manifestent. Voici la formule pathogénique qui est comme l'induction générale de ces données : « La surexcitabilité générale ou partielle, héréditaire, congénitale ou acquise, de l'organisme nerveux, est l'expression, dans un grand nombre de cas, d'un rapport anormal entre les conditions de formation vasculo-médullaire et les conditions de circulation artérielle, rapport anormal qui trouble la production de névrosité nécessaire à l'excitation normale. » Partant de ces données pathogénétiques. Cerise admettait quatre formes générales de la surexcitabilité nerveuse, basées chacune sur la nature du rapport anormal qui existe, accidentellement ou originellement, entre l'élément artériel et l'élément médullaire de la force nerveuse.

La première forme, ou surexcitabilité nerveuse hyponévrique, a lieu quand le développement du système nerveux est insuffisant à la consommation de la force nerveuse. C'est le cas des personnes dont l'éducation trop molle a nui au développement du système nerveux, ou de celles dont le système a été appauvri par la privation trop prolongée des excitations normales, par un mauvais régime ou par l'effet d'une longue maladie.

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Dans la deuxième forme, ou surexcitabilité nerveuse hypernévnque, le système nerveux est exagérément développé, le sang artériel est relativement insuffisant à la consommation de l'élément artériel de la force nei'veuse. On l'observe chez les individus à tête volumineuse et dont la constitution n'est ni assez sanguine, ni assez robuste pour pondérer le développement du système nerveux. Ces personnes se font remarquer par un caractère de grande mobilité et d'hésitation ; ils recherchent les impressions et n'en peuvent pas soutenir le choc ; ils sont disposés à la mélancolie, à l'ennui.

Dans la troisième forme, surexcitabilité nerveuse hypohémique, le sang artériel ne possède pas une quantité suffisante de principes actifs , l'élément nerveux étant d'ailleurs convenablement disposé. Celle forme est particulière aux scrofuleux, aux chlorotiques, aux hommes qui se nourrissent mal ou qui vivent dans des lieux bas et obscui's, et à ceux qui sont épuisés par des pertes de sang abondantes ou trop répétées.

Enfin, dans la quatrième forme ou surexcitabilité nerveuse hyperémique, le sang artériel est trop abondant et trop riche en principes actifs, le système nerveux étant au reste dans des conditions parfaites.

Ce serait ainsi, en définitive, à l'excitabilité ou au défaut de rapport entre l'excitabilité et l'excitation, et aux diverses conditions de cette déséquilibration entre ces deux facteurs de la vie, l'un déterminé, l'autre déterminant, que pourraient être ramenées les diverses formes de la névropathie.

Cette pathogénie rend suffisamment compte d'un certain nombre de cas et de formes de névropathies véritablement idiopathiques ; on y peut trouver, tout au moins, en y ajoutant l'influence de l'hérédité dont nous aurons à parler tout à l'heure, les conditions de la prédisposition au développement ultérieur de cette affection. Mais il s'en faut que tous les cas de névropathie puissent être ramenés à ce point d'origine unique. Parmi les circonstances étiologiques nombreuses, capables de donner naissance à l'état névropathique, et qui comprennent tout ce qui peut amener ce double résultat : dépression des forces et de la tonalité organique générale, surexcitabilité cori-élative du système nerveux, il en est beaucoup qui ne produisent cet effet que d'une manière médiate ou secondaire et en taisant passer l'économie par un état organique préalable, la névropathie ne devenant dans ce cas qu'un état secondaire, une deutéropathie. Ce sont, comme on l'a déjà vu plus haut, l'anémie, la chlorose, la chloro-anémie, la dyspepsie.

Nous n'avons envisagé jusqu'à présent, dans l'étude des conditions du développement de la névropathie, que celles que l'on pourrait appeler organiques ou internes. Nous avons à rechercher quelles sont dans les conditions cosmiques ou externes celles qui peuvent par leur mode d'action sur l'organisme déterminer les manifestations névropathiques, soit en développant une prédisposition, soit en créant la névropathie d'emblée et de toutes pièces. Il serait peut-être plus court d'énumérer les circonstances incapables de donner naissance à la névropathie que celles qui concourent à sa production. Il est peu de causes morales, physiques ou cosmiques, pourvu qu'elles soient capables de produire une impression vive ou prolongée sur l'économie et d'agir dans le sens de la dépression des forces générales et de l'excitation du système nerveux, qui» lorsqu'elles rencontrent un organisme prédisposé par l'hérédité, par le tempérament, par des maladies antérieures ou par un état actuel valétudinaire, ne puissent, à un moment donné, faire surgir tout ou partie de la phénoménalité

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de la névropathie. Aussi a-t-on rangé au nombre des causes qui peuvent la développer : parmi les éléments du milieu, les agents externes, physiques ou mécaniques, l'air, les aliments, les boissons, les exercices du corps ou le repos trop absolu, la classe entière des irritants mécaniques, les remèdes trop violents, des lésions externes, etc. ; parmi les causes de l'ordre moral ou psychologique, toute la série des passions, la joie, l'espérance, l'amour, le désir, la haine, l'envie, la jalousie, la colère, la tristesse. Enfin, parmi les actions physiologiques, on a mis en jeu toutes les sympathies, tous les consensus, toutes les métastases. Cela revient à dire que tout peut devenir cause de la névropathie, mais à la condition que le sujet, soit par sou tempérament natif ou acquis, soit par des maladies antérieures ou par les conditions de l'hérédité, réunisse les conditions nécessaires à son développement. Si l'on considère, en effet, à quoi se réduit, en général, l'action de toutes ces causes si multipliées et si diverses en apparence, on voit qu'elles peuvent toutes être ramenées à deux modes principaux dans lesquels se résume leur action et qui dominent toute l'étiologie de l'état névropathique : l'excitation directe du système nerveux, ou son excitation indirecte par action médiate ou action réflexe. Le point essentiel pour l'étude de l'étiologie de la névropathie en général est donc beaucoup moins dans les causes déterminantes que dans les causes prédisposantes. Examinons à ce point de vue ce que nous présenteront à considérer les conditions d'âge, de sexe, de tempérament, d'hérédité, de manière de vivre, d'habitudes et d"iuiluences sociales.

Age. Ce n'est guère que dans la période moyenne de la vie que se manifestent en général les phénomènes névropathiques. L'enfant, bien que doué d'une impressionnabilité excessive, à certains égards, et sujet à de nombreuses et graves affections des appareils nerveux, est, par le fait même de son âge, hors de la portée de la plupart des causes physiques ou morales qui déterminent habituellement la névropathie, et par conséquent hors de son atteinte. L'iiérédité elle-même, lorsqu'elle est en jeu, ne produira ses effets que beaucoup plus tard. Cependant, il est bon de faire remarquer que parmi les phénomènes nerveux que présentent les enfants, il en est parfois qui ne sont pas sans quelque analogie avec ceux de la névropathie chez l'adulte. Telles sont, entre aiitres, certaines névralgies et hyperesthésies, exceptionnelles, il est vrai, mais que l'on a observées néanmoins quelquefois, qui paraissent et disparaissent sans cause apparente; tels sont encore ces accès de céphalalgie, souvent très-intenses, avec surexcitation générale, difficulté de tolérer la lumière et le bruit, et qui paraissent coïncider avec un léger trouble gastrique ou un excès de fatigue, accès ressemblant de très-près, suivant Ch. West, qui rapporte plusieurs faits de ce genre, à la migraine ou au mal de tête hystérique.

On pourrait encore en rapprocher aussi ces accès de terreur noctiu'ue auxquels quelques enfants sont sujets et qui se terminent quelquefois par une émission d'urines limpides et abondantes.

Il est probable, s'il était toujours possible de suivre plus tard ces enfants, qu'on reconnaîtrait qu'ils étaient voués d'avance à la névropathie, comme sont voués à l'épilepsie ou à l'aliénation mentale les enfants qui, à défaut des signes ordinaires du trouble des facultés intellectuelles, dont le sujet leur manque, présentent de bonne heure des troubles ou des exagérations des sentiments affectifs qui se résument, en général, en une sorte de résistance à l'éducabilité.

Sexe. Si de l'âge nous passons aux sexes, nous serons frappés par un pre-

362 NERVEUSES (maladies).

mier fait, c'est la proportion notablement plus grande que fournit le sexe féminin aux affections nerveuses en général. Même en défalquant l'hystérie, qui est pour une si grande part dans cette proportion plus élevée, il est probable que malgré cette réduction elle restera encore supérieure, sinon pour la névropathie proprement dite, élevée à l'état morbide, du moins pour ces mille expressions diverses de la susceptibilité nerveuse qui sont si fréquentes chez les femmes, qu'elles échappent à tout calcul et à toute appréciation. 11 y a d'ailleurs, chez la femme, indépendamment de la prédominance du tempérament et de la nervosité acquise par son genre de vie et ses conditions sociales habituelles, du moins dans les villes, une inépuisable source de peiturbations nerveuses dans les conditions inhérentes à sa sexualité, la menstruation, la grossesse, l'allaitement, la ménopause, et dans les nombreuses affections qui s'y rattachent. Aussi l'état névropathique, chez les femmes, confine-t-il presque toujours à l'hystérie, qui en est souvent l'aboutissant dans la jeunesse ou dans la période moyenne de la vie, tandis que chez l'homme l'état nerveux tend à. revêtir plutôt l'apparence ou la forme hypochondriaque.

Hérédité. On a déjà vu la part importante qui revient à l'hérédité dans la manifestation de l'état nerveux. La constatation du fait est facile, l'observation journalière en fournit de fréquents exemples. Exprimer cette fréquence par des chiffres serait impossible, vu la difficulté de circonscrire nettement la névropathie et de dire où elle commence. On a pu suivre, apprécier au moins approximativement le rôle de l'hérédité et de sa fréquence relative dans l'étiologie de la folie, de Fépilepsie, de l'hystérie et de diverses autres névroses qualifiées. Encore les résultats de ces calculs sont-ils rendus singulièrement aléatoires par la confusion inévitable qu'y introduit le fait de la métamorphose dans l'hérédité, fait qui, en montrant l'importance générale de l'hérédité et le lien qu'ont toutes ces névroses entre elles et avec l'état nerveux, ne permet pas d'apprécier exactement ce qui revient à chacune dans la transmission.

Le tempérament. Le tempérament nerveux, avons-nous dit, est la pre^ mière assise, la prédisposition essentielle de la névropathie, puisqu'il suffit quelquefois, par le fait seul de son exagération, pour la constituer. Mais il est difficile de dire exactement ce qu'est et en quoi consiste le tempérament nerveux. Il ne peut être convenablement défini que par ses effets, qui se résument en une impressionnabilité qui dépasse les limites physiologiques. Mais il faut surtout considérer, à côté du tempérament natif ou héréditaire, le tempérament acquis qui dépasse ordinairement en excès de susceptibilité tout ce à quoi peut atteindre le tempérament oi'iginel. C'est dans cette nervosité acquise et dans les causes et les circonstances .qui ont concouru à la développer qu'il faut chercher surtout la prédisposition à la névropathie.

Les conditions qui tendent le plus efficacement à développer la nervosité sont l'éducation, dans les premières périodes de la vie, plus tard l'abus de l'exercice des facultés intellectuelles, la vie sédentaire, les excès des jouissances sexuelles et des plaisirs mondains, enfin l'activité dévorante que suscite souvent l'ambition et l'action énervante de toutes les passions violentes.

Il faut, en effet, mettre au nombre des conditions du développement de l'état névropathique les premières impressions d'une éducation intellectuelle et morale viciée ou faussée, si surtout l'éducation physique n'est pas intervenue utilement pour en neutraliser les effets. Qui ignore, en effet, les conséquences funestes d'une éducation molle, efféminée, jointe à l'influence énervante des lectures erotiques.

NERVEUSES (maladies). 56ô

des spectacles et de certaines réunions mondaines, qui surexcitent prématurément les sens, faussent souvent les idées, passionnent Timagination, jettent en définitive les jeunes personnes dans toutes les aberrations des rêveries romanesques, quand elles ne les précipitent pas dans l'hystéricisme et dans la recherche des jouissances sans mesure et des voluptés à tout prix, sources de décadence morale et physique non-seulement pour l'individu, mais pour la race qu'il était destiné à perpétuer.

A peine avons-nous à indiquer ici les funestes effets des excès sexuels, de l'onanisme et des pertes séminales involontaires qui en sont si souvent les incurables résultats. J]e sont là des sources presque inépuisables du ncrvosisme et de ses manifestations multiformes.

Nous trouverons aussi des causes de névropathie dans des conditions d'existence et des dispositions morales tout opposées, mais qui, forçant aussi et outrepassant la somme de tension du système nerveux, en rompent les conditions d'équilibre : nous voulons parler de ces existences de cloître oîi l'exaltation religieuse et un mysticisme exagéré, joints aux pratiques de macération et à une alimentation souvent insuffisamment réparatrice, portent la surexcitabililé nerveuse jusqu'aux limites de la maladie, qu'elles franchissent même trop souvent.

Les sombres préoccupations de la politique, les calculs absorbants des intérêts de parti ou ceux d'une ambition personnelle démesurée, donnent aussi leur contingent de victimes à la névropathie.

L'abus de l'exercice des facultés intellectuelles, les travaux excessifs et les veilles qu'ils entraînent, la tension exagérée de l'esprit, seraient, à n'en pas douter, eux-mêmes des causes prédisposantes à la névropathie, si le plus souvent elles ne s'alliaient à d'autres circonstances de la vie habituelle des hommes de lettres, des savants ou des artistes qui y ajoutent encore leur propre action. Voici en quels termes Ré veillé-Parise, dans sa physiologie et hygiène dc^ hommes livrés aux travaux de l'esprit, a exprimé ce qui se passe chez les individus nerveux, et principalement chez les hommes qui exercent longtemps et fortement les facultés intellectuelles. « Chez certains hommes, dit-il après avoir énoncé les lois de l'équilibre organique, les forces sensitives l'emportent; elles acquièrent tôt ou tard une prédominance marquée : l'appareil nerveux est alors doué primitivement, originairement, d'une grande capacité d'action, capacité qui n'a lait que s'accroître par l'emploi même exagéré de cette force, en vertu de cette loi physiologique qu'un organe continuellement exercé augmente progressivement sa prépondérance. Mais d'un autre côté, et par une conséquence de la même loi, si la sensibilité est plus active, la contractilité diminue dans les mêmes proportions ; la force de réaction ne contre-balance plus la force d'impression. Le système nerveux attire tout, domine entièrement l'organisme, les forces vitales s'y concentrent, mais la vigueur contractile des organes cesse d'être en rapport avec ces dispositions. Dès lors la synergie des forces radicales de l'économie cesse d'exister, leur répartition n'est plus égale, leur action n'est plus consensuelle. Ainsi, d'une part : disposition nerveuse originelle, puis excès d'action, enfm prédominance extrême, contmue, du système nerveux; de l'autre : diminution graduelle et presque absolue de la contractilité. Telle est la loi, la condition organico-vitale, le caractère dominant et distinctif de ce tempérament. On peut dire, en effet, sauf des exceptions comme celles de ces hommes qu'on a pu appeler avec raison les élus de la nature, qui, joignant les formes athlétiques à une sensibilité à la fois vive et forte

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et à une action nerveuse puissante, qu'en général chez les hommes dont l'intelligence est constamment tendue et tenue en haleine, la sensibilité est en plus et la conlractilité en moins. Tel est le principe de la constitution la plus commune des hommes qui se sont rendus célèbres par les travaux de l'esprit. Si à cette diminution, à cette défaillance de la contractilité, qui ne porte pas seulement sur les muscles de la volonté, mais qui s'accuse aussi dans les muscles de la vie organique, par l'atonie et l'allanguissement des fonctions viscérales auxquelles ils coopèrent, on ajoute la perte habituelle de l'appétit qui est la conséquence presque constante de la vie sédentaire, l'insuffisance du sommeil et des réparations organiques par une nutrition incomplète, on comprendra aisément la fréquence des affections névropathiques chez les hommes qui vivent dans ces conditions. » Le livre de Réveillé-Pai'ise, ainsi que celui deTissot, fourmille d'exemples à cet égard.

Enfin, si aux vices de l'éducation physique et morale, si aux abus des travaux de l'esprit et aux conditions habituelles d'existence des personnes qui s'y livrent sans réserve, on ajoute toute la série des passions, dont Tissot a fait à ce point de vue une longue et savante analyse, on aura un ensemble d'influences pathogéniques telles, que si une chose doit surprendre, ce n'est pas la fréquence des névropathies, c'est que le nombre des névropathiques ne soit pas plus gi'and encore. On ne s'attendra pas à ce que nous reproduisions ici l'interminable énumération analytique des passions et les innombrables exemples de leurs effets sur l'ébranlement du système nerveux, effets qui peuvent se résumer en quelques mots par cette formule générale, savoir : que toutes les émotions vives, toutes les grandes manifestations de l'âme agissent en portant une perturbation profonde dans tout le système nerveux cérébro-spinal et ganglionnaire, en même temps qu'elles s'accompagnent d'un travail du système nerveux susceptible d'être mesuré par la production des combustions qui se passent dans la trame du tissu cérébro-spinal et de toute la série des troubles produits dans tous les organes par les phénomènes vaso-moteurs; double influence qui explique àla fois la production, soit lente et graduelle, soit brusque et instantanée , d'une foule de troubles pathologiques les plus variés, suivant que la cause morale est permanente ou passagère, et ces guérisons spontanées qui surprennent et étonnent les esprits les plus attentifs, au point que l'on comprend aisément qu'elles puissent passer pour des prodiges auprès d'esprits peu réfléchis ou naturellement enclins au mysticisme.

Nous avons parlé de la convalescence des maladies aiguës comme étant une des causes et peut-être l'une des plus fréquentes de la névropathie aiguë. La névropathie chronique y a également sa source, mais elle est plus souvent encore la conséquence de la maladie elle-même que de la convalescence. Tissot avait particulièrement porté son attention sur les maladies antérieures comme cause des affections nerveuses, et il a rapporté un assez bon nombre d'exemples propres à étayer ses propositions à cet égard.

Depuis, Landry a repris l'étude de ce point d'étiologie et, réunissant aux faits qu'il a observés lui-même ceux qu'il a rencontrés dans les auteurs, il a pu réunir en un certain nombre de groupes les maladies auxquelles il lui a paru qu'on pouvait légitimement attribuer le développement de l'affection en question.

Dans un premier groupe nous trouvons les fièvres intermittentes, dont l'influence étiologique sur la névropathie, comme sur la folie, — circonstance

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signalée par un grand nombre d'auteurs et sur laquelle nous avons insisté nous-même dans notre article Convalescence, — se comprend d'autant mieux qu'elle y conduit par la pente naturelle de l'anémie. Il ne faut pas confondre ces névropathies consécutives avec celles qui sont inhérentes au fait même de l'intoxication palustre et qui, sous une forme larvée, constituent un des traits de la symptomatologie comme plusieurs auteurs, M. Burdel (de Vierzon) entre autres, en ont rapporté des exemples.

Les fièvres continues graves, au même titre que la fièvre palustre, laissent souvent après elles ou une paralysie ou un délire maniaque transitoire, quelquefois un état névropathique, luais qui, au lieu d'être transitoire, reste souvent définitif. J'ai donné des soins à une personne qui, à la suite d'une fièvre typhoïde grave qu'elle a eue à l'âge de l'adolescence, est restée depuis en proie à un état névropathique se traduisant par des malaises presque incessants, de fréquents accès de névralgie, des migraines, de la gastralgie, et surtout par un état vésanique singuher, qui consiste en une sorte de sentiment de terreur toutes les fois qu'elle se trouve seule, soit chez elle, soit dehors. Quoiqu'elle soit aujourd'hui d'un âge fort respectable et qu'elle jouisse d'ailleurs de la plénitude de sa raison et même d'une intelligence développée et d'un esprit cultivé, elle ne peut sortir sans se faire accompagner, poursuivie qu'elle est, lorsqu'elle se trouve seule dehors, par l'idée qu'elle sera frappée d'une mort subite dans la rue. J'ai également été appelé à donner des conseils à un homme d'un certain âge qui présentait un phénomène à peu près semblable, mais ayant peut-être plus d'analogie avec cet état que les Allemands ont désigné sous le nom à' agoraphobie et que M. Legrand du SauUe a décrit dernièrement, dans la Gazette des hôpitaux, sous le nom de la peur des espaces. C'était un homme du monde très-instruit, attaché à une administration publique, d'un commerce trèsagréable, qui aimait à recevoir, mais que l'espèce d'horreur qu'il avait de se trouver dehors tenait constamment confiné chez lui.

Les grandes maladies épidémiques, parmi les nombi^eux reliquats moi^bides qu'elles laissent traîner après elles, ne sont pas, sans doute, sans donner plus d'une fois naissance à un état nerveux plus ou moins persistant. Nous signalerons particulièrement parmi celles qui ont été étudiées à ce point de vue le choléra et la suette. Les individus qui échappent aux graves atteintes des affections épidémiques, de la suette et du choléra, par exemple, dit Landry, lorsqu'ils ne sont pas soumis à une hygiène convenable, restent débilités souvent pendant de longues années et sujets à une foule d'accidents nerveux. « En 184:9, poursuit cet auteur, dans un village des environs de Compiègne où la suette avait sévi avec intensité, les convalescents étaient tenus à une diète sévère, que semblaient autoriser des symptômes gastriques fort pénibles. J'eus l'occasion d'observer les formes les plus variées de l'état nerveux chez ces natures de paysans dont le système nerveux est, en général, si peu susceptible. » On sait combien les paralysies et la folie ont été observées à la suite du choléra. On a sans doute été moins frappé des autres phénomènes névropathiques qui ont pu en être la suite, mais on ne peut douter qu'ils aient dû être assez fréquents.

L'albuminurie, qui a, comme on le sait, des connexions si intimes avec les phénomènes comateux et convulsifs, n'en a que de très-indirectes avec la névropathie.

Si de l'étude de ces causes également prédisposantes et déterminantes de la névropathie, que nous aurions pu pousser beaucoup plus loin, mais que l'on

366 NERVEUSES (maladies).

retrouvera à l'article Névboses, avec tous les développements qu'elle comporte et que nous ne pouvions lui donner ici, nous passons à l'étude des causes purement occasionnelles, nous allons nous trouver placé en face d'une multitude d'influences qui échappent, en quelque sorte, à toute analyse. C'est là que nous trouverons ces interminables énumérations de toutes ces causes extérieures cosmiques, physiques ou mécaniques, capables d'impressionner d'une manière quelconque l'économie, et ijui n'ont souvent d'autre lien réel avec la maladie que d'en avoir fortuitement précédé la manifestation. On y voit figurer le froid et le chaud, l'air sec ou l'air humide, l'obscurité et la lumière, l'électricité et le magnétisme, le sommeil et les veilles, le mouvement et le repos, les aliments et les boissons, les lois et les mœurs, les poisons et les contagions, le soleil et la lune.... On nous saura gré de ne pas nous y arrêter plus longtemps. Physiologie pathologique de la névropathie. Si, dans les formes les plus simples et les plus élémentaires de la névropathie, celle, par exemple, qui ne consiste que dans des troubles de la sensibilité générale et de la sensibilité sensorielle ou spéciale, la physiologie n'a à constater que l'exagération ou l'abaissement d'une fonction normale, la sensibilité s'élevant jusqu'à l'hyperesthésie ou s'aifaiblissant jusqu'à l'anesthésie, entx'aînant consécutivement des troubles corrélatifs dans la motilité, l'hyperkinésie et l'akinésie, avec toutes leurs nuances intermédiaires de parésie et d'ataxie, le problème se complique notablement lorsque du domaine des troubles de la sensibilité générale et des fonctions de la vie de relation nous passons dans celui des fonctions viscérales et de la sensibilité du système nerveux de la vie organique ; ce qui est le cas qui nous occupe plus particulièrement en ce moment. Ici nous avons besoin de recourir aux lumières de la physiologie pour nous expliquer cette foule de phénomènes que nous n'avons passés en revue ou exposés jusqu'à présent qu'au point de vue purement clinique.

11 est difficile de se soustraire à la nécessité d'examiner, au risque de ne pas la résoudre et de ne faire que la poser seulement, la double question de la cause prochaine de l'état nerveux et de sa nature intime.

On a vu dans l'exposé que nous avons fait plus haut de la doctrine palhogénique de la névropathie, d'après Cerise, qu'on pouvait la ramener à deux termes principaux : les conditions de formation et de développement de l'élément médullaire de la force nerveuse et celles de la circulation artérielle, les troubles dans la production de la névrosité nécessaire à l'excitation normale résultant d'un rapport anorm.ll entre ces deux éléments. La physiologie pathologique de la névropathie se déduit en grande partie de cette première donnée, développée et éclairée par les résultats des découvertes physiologiques sur l'action du système vaso-moteur. Prenons d'abord les choses de plus haut.

Il est évident qu'en donnant comme caractère des névroses en général et, en particulier, delà névrose qui nous occupe, Tabsence de toute lésion anatomique appréciable à nos moyens d'investigation, ce que confirment, du reste, toutes les autopsies de sujets morts des suites mêmes de cette névrose ou d'une maladie intercurrente, nous n'entendons pas dire par là que l'appareil nerveux soit en réalité dans un état d'intégrité parfciite. Soit que les troubles de l'innervation proviennent directement de l'excès ou de l'insuffisance d'action des excitants naturels du système nerveux, ou qu'ils aient pour cause l'insuffisance ou l'excès d'irrigation artérielle ou l'irrigat on par un sang altéré dans sa constitution physiologique, il est clair que l'appareil nerveux, bien que son aspect physique

NERVEUSES (maladies). 367

ne soit point changé en apparence, n'est point dans ses conditions physiologiques normales, qu'il est altéré dans son mode de fonctionnalité et de nutrition. Cela dit, voyons, d'après les données actuelles de la physiologie, comment on peut comprendre que les choses se passent. Ce point de physiologie pathologique a été très-bien résumé par M. Beni-Barde, dans les passages suivants du chapitre sur l'état nerveux de son Traité dlujdrothérapie.

L'excitation d'un centre nerveux, qu'elle soit directe ou qu'elle soit produite par l'intermédiaire des nerfs périphériques, modifie la nutrition de ce centre, en vertu de l'action réflexe provoquée dans les vaisseaux qui l'alimentent. Cette altération de nutrition exerce une influence sur les nerl's centrifuges qui émanent du centre malade, et la modification qu'elle fait naître se traduit par des symptômes qui siègent dans la sphère d'action de ces nerfs.

Cette altération de nutrition peut dépendre d'une excitation du tronc nerveux lui-même ou des nerfs centripètes ; mais elle peut être due aussi à une altération dans la qualité ou la quantité du liquide sanguin. 11 ne suffit pas, pour que la nutrition soit normale, que le sang arrive dans les tissus en quantité suffisante, il faut encore que le liquide nourricier n'ait rien perdu de sa qualité.

Sous cette double influence, les centres nerveux s'affaiblissent facilement dans toutes les fonctions auxquelles ils président; il se produit alors un état particulier, que l'on a désigné sous le nom de faiblesse irritable, et qui est essentiellement carastérisé par un accroissement morbide de l'excitabilité cérébrospinale immédiatement suivi d'un épuisement rapide et très-accusé des fonctions qui dépendent du centre nerveux intéressé.

Ce point de départ admis, l'on comprendra facilement que la durée, la gravité et la forme de cette névrose dépendent du degré et de l'étendue de l'altération nutritive des centres nerveux et de la partie de ces centres qui est affectée. C'est ainsi que cette maladie peut être exclusivement caractérisée par un affaiblissement intellectuel ou par une excitation cérébrale, par de l'ataxie musculaire ou par des phénomènes d'impuissance motrice, par une exaltation ou une diminution de la sensibilité.

Quant aux résultats physiologiques produits par l'altération de nutrition des nerfs, il était aisé de les pressentir.

L'altération qualitative et quantitative du sang produisant une augmentation d'excitabilité réflexe dans les nerfs excito-moteurs qui émanent du centre où se passe l'action morbide, si l'on constate cet accroissement dans l'excitabilité motrice, on peut diï-e que le centre d'où vient le nerf est atteint dans sa nutrition. Quand l'altération de nutrition est le résultat d'une excitation trop prolongée des éléments nerveux, les vaisseaux, d'abord contractés par une action réflexe, ne tardent pas, par suite de l'épuisement nerveux des vaso-moteurs, à être relâchés et même paralysés. Il en résulte alors une dilatation vasculaire qui, en favorisant un plus grand afflux de sang, active la nutrition ; par ce fait on se trouve, comme dans le cas précédent, en présence d'une augmentation d'excitabilité réflexe dans les nerfs centrifuges. Comme conséquence, les symptômes de l'état nerveux seront des phénomènes de surexcitabilité réflexes dont la cause est dans les centres et qui varieront suivant le degré et la puissance de cette cause. Au début il y aura augmentation d'excitabilité, mais la cause continuant d'a<Tir finira par amener de la perversion dans cette excitabilité et enfin son épuisement.

Le malade dont le système nerveux s'altère dans ses fonctions peut donc

568 NEUVEUSES (malaiiies).

présenter successivement des symptômes d'excitation, des symptômes de perversion et des symptômes d'épuisement ou plutôt de parésie nerveuse.

Si de la considération de la part qui revient au système cérébro-spinal et aux actions réflexes de la moelle dans la névropathie nous passons à celle du système du grand sympathique et des organes qui sont placés sous sa dépendance immédiate, nous allons voir jouer un rôle important, bien que souvent secondaire, aux nerfs vaso-moteurs, dont l'action se fera sentir à la fois sur la dilatation et la constriction des vaisseaux, d'où les congestions alternatives des organes qui en sont l'aboutissant, et sur la contraction ou le relâchement des muscles lisses, d'oià l'état spasmodique ou atonique des conduits musculo-membraneux qui constituent les divers appareils de la digestion, de la respiration, des sécrétions et des excrétions. En assimilant les canaux tapissés de membrane muqueuse aux vaisseaux et les cavités viscérales au cœur, on est arrivé, en effet, à considérer ces névroses comme des névroses presque exclusivement vaso-motrices. En se plaçant à ce point de vue, on a distingué deux sortes de névroses vaso-motrices, les unes vaso-constrictives, les autres vaso-dilatatrices : la vasoconstriction, le spasme artériel, en donnant lieu à toutes les conséquences du ralentissement de la circulation du sang et de l'anémie dans les organes ou dans les régions de la circonscription artérielle, à la syncope, s'il s'agit du cerveau, au ramollissement cérébral, si la constriction est permanente, aux stéatoses viscérales et musculaires, aux atrophies, aux eschares et à toutes les conséquences d'une nutritionin suffisante ou incomplète; la. vaso-dilatation, donnant lieu, suivant qu'on la considère dans le cœur et les gros vaisseaux, aux palpitations nerveuses, aux battements aortiques, et, dans les vaisseaux capillaires, à la congestion et à toutes ses conséquences, la rougeur, la chaleur, la fluxion, l'activité sécréloire exagérée : d'où toutes ces fluxions éphémères qui accompagnent les névralgies, les fluxions érectives propices aux névroses, les hyperémies portées jusqu'à l'hémorrhagie, certains troubles nutritifs cutanés, les herpès névralgiques. Dans les conduits viscéraux, la constriction se traduirait par l'œsophagisme, le spasme anal, l'iléus nerveux, pour les voies digcstives; le laryngisme, l'asthme nerveux, la toux nerveuse, pour les voies aériennes; le vaginisme, le spasme du col vésical, pour les voies génito-urinaires, etc. [Voy. pour le complément de ce chapitre l'article Cérébro-Cardiaque (névropathie) ; les articles Nerfs, Nerveux (système). Vaso-moteurs, Névroses, etc.].

Traitement. S'il est des maladies en présence desquelles le médecin se trouve placé entre l'embarras du choix et le doute sur l'efficacité des moyens à employer, ce sont assurément les maladies nerveuses en général, et en particulier la névropathie, dont nous venons d'esquisser l'histoire. L'empirisme nous a livré une multitude de moyens et d'agents. Mais leur nombre et leur variété même témoignent assez de leur insufhsance, et jamais on n'a dit plus vrai qu'une richesse apparente cache souvent une indigence réelle. On a alternativement préconisé les méthodes toniques et les méthodes relâchantes, les irritants et les calmants, la saignée et les évacuants, les acides et les alcalis ou les sels neutres, les agents volatils, les gommes, les huiles, le lait, les substances acres et les mucilages, les amers, les martiaux et le petit-lait, les bains chauds et les lotions ou affusions froides, les eaux minérales, les narcotiques, l'innombrable série des antispasmodiques, les agents physiques et les moyens moraux, l'électricité et la musique, le magnétisme, le perkinisme, le braidisme et la métallothérapie externe et interne. On a fait intervenir, enfin.

NERVEUSES (maladies). 56!)

l'alimentation, le régime général de vie, le changement d'air et de climat, l'éducation de l'esprit et des sens, la direction des mouvements de l'âme, la philosophie et la religion; pour tout dire en un mot, tout ce qui, agissant directement ou indirectement sur le système nerveux, sur la sensibilité générale ou les sensibilités spéciales, ou enfin sur le système passionnel et atïectii', a pu paraître susceptible de modifier en un sens quelconque le mode vicieux des perceptions et des expressions de la sensibilité organique ou animale.

Là, en effet, est le point convergent de tous les éléments du problème thérapeutique. Mais il ne suffit pas seulement, pour le résoudre, de savoir quels sont les moyens mis à notre disposition. Pour nous guider dans leur choix et leur application, il faut préalablement avoir apprécié avec autant d'exactitude que possible l'origine et la nature des phénomènes morbides que l'on a à combattre et jaugé, en quelque sorte, le degré d'impressionnabilité de l'économie. 11 faut, en un mot, avoir établi, pesé et balancé les indications et les contre-indications. 11 restera encore à prévoir toutes les difficultés qui lessortent à la fois de la variahilité et de la mohilité des symptômes, de l'inégalité avec laquelle trop souvent l'organisme répond, dans ces cas, à l'action ou à la sollicitation des agents thérapeutiques. Saiulras, dans son Traité des maladies nerveuses^ nous u donné à cet égard le précepte et l'exemple à la fois d'une sage détermination. 11 pose d'abord un premier principe, c'est qu'on ne saurait trop se presser de porter remède au mal dès qu'il est reconnu ou même dès qu'on le soupçonne seulement, afin d'aller au-devant de l'établissement de la maladie et de sa constitution à l'état d'habitude. Un deuxième précepte est, dans toutes les occasions où une cause connue de névropathie aura été mise en jeu, de ne jamais la perdre de vue et de la combattre autant qu'il est au pouvoir de la thérapeutique (le le faire, afin de tarir la source du mal, tout en luttant contre ses symptômes.

Ces deux principes établis, restera à étudier les indications spéciales des phénomènes névropathiques, qu'on peut ramener à deux ordres : calmer la susceptibilité nerveuse, fortifier l'économie et la prémunir contre les atteintes nouvelles des causes et des influences excitatrices de la sensibilité.

Dans l'histoire générale que nous avons faite de la névropathie, nous avons dit qu'elle pouvait être distinguée en essentielle ou idiopathique, en secondaire ou deutéropathique, symptomatique ou sympathique, suivant qu'elle résultait d"une modification directe dans la manière d'être et de fonctionner du svstème nerveux, ou que cette modification n'est elle-même que l'effet ou la conséquence d'un état morbide antérieur ou concomitant. C'est surtout à propos du traitement que cette distinction fondée en principe devient utile en pratique. 11 est clair, en effet, que l'on recourrait vainement aux moyens susceptibles d'agir soit directement, soit indirectement dans le sens de la sédation de la surexcitabilité nerveuse, lorsque cette surexcitabilité ou la subversion fonctionnelle du svstème nerveux reconnaît pour cause im état diathésique ou spécifique, une altération spéciale primitive du sang, une intoxication, un état cachectique ou un trouble gastrique. Nous devrons donc établir tout d'abord les indications d'une médication directe et celles d'une médication indirecte.

Dans la recherche des indications de la médication directe, nous trouverons en première ligne celles que pourra nous fournir l'étiologie. On a vu quelles étaient les idées de Cerise sur l'origine de la surexcitabilité nerveuse et les données pathogéniques qu'il en a déduites. Voici quelles sont ses déductions au point de vue du traitement. Le remède à apporter à cet état consiste, suivant cet ;iuteur : DICT. ENC. 2- s. XII. 24

570 ^'ERVEUSES (maladies).

l*» à modifier les conditions souvent appauvries du sang, ou celles du tissu nerveux, par des agents spéciaux, par un re'gime et des exercices appropriés, etc. ; 2" à prévenir ou à combattre l'accumulation de névrosité dans l'appareil ganfflionnaire, en proscrivant la diète, l'oisiveté, l'inaction musculaire, la solitude, les affections tristes, l'ennui, en faisant naître des passions, en déterminant de fortes commotions. Ce programme, très-largement esquissé, ne fait, comme ou le voit, qu'une part très-minime au médicament proprement dit; il la fait, au contraire, très-grande aux influences morales. De même qu'aux yeux de Cerise l'éducation morale et physique intervient dans les fonctions nerveuses pour leur développement régulier, soit d'une manière générale en se confondant avec toutes les influences naturelles et sociales et d'une manière spéciale en dirigeant les faits de circulation, de déperdition et de nutrition générales ou partielles placées sous l'empire du régime et des exercices, ainsi que les phénomènes d'impressionnabilité et d'innervation placés sous l'empire des idées et des sentiments, de même doit-elle intervenir, soit pour prévenir, soit pour guérir les maladies résultant de la perversion de ces mêmes fonctions. C'est là un des grands faits que Cerise a mis en lumière dans son remarquable travail. Mais l'affection qui nous occupe, à moins qu'elle ne soit héréditaire, a rarement eu le temps de se développer pendant la période de la vie à laquelle s'appliquent les méthodes d'éducation : ce n'est donc guère qu'à titre prophylactique que l'éducation peut utilement intervenir. C'est à ce point de vue surtout que nous devons l'envisager.

Moyens prophylactiques. Au premier rang des moyens prophylactiques, nous devons placer, en effet, l'éducation physique et morale, dont nous venons de parler et dont tous les moyens doivent converger vers ce double but : maintenir et développer parallèlement dans un équilibre physiologique l'activité de toutes les fonctions plastiques et des fonctions nerveuses ; combattre les dispositions diathésiques natives ou héréditaires; corriger les vices d'une éducation mal commencée, en dirigeant plus particulièrement les efforts modificateurs dans le sens de l'opposition aux mauvaises tendances naturelles ou de leur neutralisation. Mais, de même que dans l'ordre purement moral l'action de l'éducation a des limites lorsqu'elle vient se heurter contre des natures rebelles et réfractaires à toute direction, de même il est des organisations physiques foncièrement viciées dès leur origine qui résistent à l'action des modificateurs communs. Ce sont là, dira-t-on, des exceptions qui réclament le concours de moyens exceptionnels aussi ; c'est sur la généralité qu'il faut se fonder pour établir des principes; or la généralité des jeunes sujets est malléable, flexible, accessible aux impressions tant physiques que morales et partant facilement dirigeable dans le sens du développement normal et du perfectionnement de toutes les aptitudes. Sans doute, mais c'est justement aux cas exceptionnels, c'est-à-dire aux cas pathologiques en germe ou en voie de développement, que nous avons particulièrement affaire ici, à ces natures originairement viciées, déviées des conditions physiologiques normales, à tendances morbides plus ou moins prêtes à se réaliser et quelquefois même réalisées déjà. C'est pour ces jeunes êtres, voués d'avance à la souffrance par le défaut de pondération de leurs éléments constitutionnels, par la prédominance transmise d'un tempérament nerveux et irritable, que doivent être formulés les préceptes d'une éducation spéciale qui, tout en empruntant ses éléments principaux aux règles de l'éducation commune, devra s'en distinguer néanmoins par l'application plus constante et

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plus attentive de quelques-unes d'entre elles ou même par l'intervenlion de moyens exceptionnels. Pour ces natures déjà deséquilibrées l'éducation devra s'attacher surtout à deux points : éviter dans les exercices propres à développer l'intelligence tout ce c[ui peut impressionner trop vivement, surexciter la sensibilité ou provoquer des émotions trop vives ou trop souvent réitérées ; intercaler •entre ces exercices des intervalles suffisants de repos, et les faire alterner surtout avec les exercices corporels destinés à activer la circulation générale, à développer le système musculaire, à accroître les fonctions plastiques, en un mot, à fortifier l'économie tout entière.

Les déplacements, les changements de climat, lorsque les familles se trouvent dans des situations de fortune à suffire aisément aux frais qu'ils nécessitent, et en choisissant de préférence aux climats chauds et énervants du Midi et aux plaines les climats plus vifs du nord et l'air plus pur des montagnes ou des bords de l'Océan, seraient bien souvent des auxiliaires utiles de l'éducation, et quelquefois même les premières conditions d'une reconstitution complète.

Le régime alimentaire, les habitudes et la discipline générale de la vie, établis de manière à tenir les enfants à une égale distance de la mollesse qui ne fait qu'accroître et exalter la susceptibilité, et de la rudesse qui mettrait ces faibles organismes aux plus douloureuses épreuves, viendront utilement aussi à l'appui des procédés d'éducation dont nous venons d'esquisser largement les principes.

Tout le système revient, en un mot, à raidir les muscles en même temps que l'âme, qui aurait trop à faire de seule fournir à deux offices, comme le dit Montaigne, qui ne savait que trop combien ahannait la sienne, en compagnie d'un corps si tendre, si sensible, qui se laissait si fort aller sur elle. « Accoutumance à porter le travail, ajoute-il, est accoutumance à porter la douleur : labor callum obducit dolori. n

Savoir porter sa douleur est déjà quelque chose, c'est une première conquête faite sur elle et sur soi-même; mais la supprimer serait mieux encore. C'est là le but que doit se proposer la thérapeutique. Mais avant d'en indiquer les moyens, poursuivons la recherche des indications fournies par l'étude et la connaissance des causes.

Nous avons parlé des passions comme de l'une des sources de la névropathie ou comme constituant elles-mêmes, quand elles sont élevées à un certain degré, de véritables états pathologiques. Ce n'est pas ici le lieu de nous occuper des passions en elles-mêmes, ni des moyens que la médecine est en mesure de leur opposer. Nous n'en parlerons qu'au point de vue du parti qu'on peut en tirer dans la prophylaxie comme dans le traitement de la surexcitation nerveuse ou de certains états nerveux rebelles aux moyens pharmaceutiques ou diététiques. Ilest certain que si les passions, en général, engendrent la surexcitation nerveu>:e et ses conséquences ordinaires, quelques-unes peuvent lui être quelquefois utilement opposées, soit pour la calmer, soit pour y faire diversion. Si l'on parvenait à inspirer à un névropathe absorbé par la contemplation de sa douleur une de ces passions à la fois fortes et nobles qui tiennent incessamment l'âme tendue vers un but utile et honoraile, une bonne œuvre ou une action d'éclat à accomplir, un problème scientifique à résoudre, un perfectionnement à atteindre dans l'un des arts qui font l'ornement de la société ou l'une des sources de la richesse nationale, quel empire ne lui donnerait-on pas sur sa souffrance ! Mais il faut pour cela avoir affaire à des natures aisément accessibles à ces nobles impiilsions. Là où ces tentatives n'auraient ni objet ni raison d'être, un senti-

372 NERVEUSES (mai,.vdies).

ment plus doux, né spontanément ou inspiré par la séduction d'un être à la fois aimable et compatissant, peut quelquefois amener le résultat désiré. Tissot raconte qu'un homme arrivé par le fait d'un de ces états nerveux à un degré de consomption presque désespéré, ayant inspiré un sentiment de pitié à une femme charmante, qui se faisait un plaisir de lui donner des marques de l'intérêt qu'elle prenait à son sort, fut pris à son tour pour elle d'un sentiment plus tendre dont il était encore capable, et qui ne tarda pas à être parta<ïé. L'amour satisfait lui rendit toute sa santé, « et, dit Tissot, du bord du tombeau il passa au lit nuptial, sans aucun autre remède que l'influence d'une passion forte et heureuse. » Cet exemple est, sans aucun doute, loin d'être unique, et il est peu d'entre nous qui, en fouillant dans ses souvenirs, n'en trouvât de semblables. Tissot accordait, du reste, et non sans raison, une telle influence à l'action des causes morales sur la guérison des maladies nerveuses, qu'il en a fait l'objet d'un précepte formel et d'applications heureuses dont il a lui-même donné plus d'une fois l'exemple. Demandez au malheureux confrère névi'osé du mont Saint-Michel, le docteur D. (de M.), ce que lui ont valu de soulagement les témoignages de sympathie de ses nombreux amis et le dévouement à toute épreuve de sa digne compagne, lui qui a si bien dit : « Depuis que l'homme existe et qu'il souffre, le langage de la pitié a été l'une de ses meilleures assistances, et souvent il obtient plus d'adoucissement à ses maux par un coup d'oeil, par une pression de main, par une phrase, par une interjection charitable, que par tous les ingrédients que nous faisons bouillir, fdtrcr, concasser et moudre. »

Mais nous ne terminerions pas, si nous voulions épuiser ici tous les faits et toutes les réflexions que ce sujet rappelle ou suggère à notre esprit. Il n'est pas de médecin qui ne soit d'ailleurs pleinement convaincu à cet égard et qui ne trouve, à l'occasion, à appliquer cette médecine de l'esprit et du cœur qui ne se formule pas, mais qui s'inspire de la nécessité et du moment et se tire des entrailles mêmes du sujet.

Médication indirecte ou des états organiques cause de névropathie. Parmi les causes organiques prédisposantes ou déterminantes, dont on peut assez prévoir les effets probables ou possibles sur le système nerveux pour indiquer un traitement prophylactique ou curatif, nous avons signalé l'anémie et la chlorose, l'anémie vraie, par suite de déperditions sanguines brusques ou d'évacuations excessives quelconques, l'anémie par déglobulisation ou chloro-anémie, les troubles menstruels, la ménopause, la dyspepsie.

La chlorose, la chloro-anémie et l'anémie accidentelle ou acquise sont, en effet, après l'hérédité et les causes morales, les conditions les plus communes du développement de la névropathie. L'indication se déduira naturellement dans ce cas de la connaissance de l'état morbide ou diathésique protopathique. C'est à cet état que devra s'adresser particulièrement la médication. L'expérience a confirmé depuis longtemps cette donnée inductive. Aussi est-ce dans les névropathies de cause chlorotique, chloro-anémique ou anémique, qu'on obtient, en général, les succès les mieux assurés par les médications appropriées : une alimentation reconstituante et un régime fortifiant, aidé de quelques toniques, dans l'anémie simple ; les mêmes moyens secondés par la médication ferrugineuse dans la chlorose ou la chloro-anémie. Sandras, dans son Traité des maladies nerveuses, et 0. Landry, dans ses Recherches sur les causes et les indications curatives des maladies nerveuses, rapportent un assez grand nombre

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d'observations d'états nerveux liés à la chlorose ou à l'anémie, guéris par la médication tonique et ferrugineuse.

Tels sont, entre autres, le fait d'une jeune fille de seize ans et celui d'une jeune femme de vingt-deux ans, toutes deux chlorotiques, et chez qui les phénomènes de névropathie générale les plus accusés, faiblesse extrême du système musculaire, sans aucun phénomène de paralysie réelle, douleurs vagues, hyperesthésies et analgésies partielles, affaiblissement et aberrations de la vue et de l'ouïe, vertiges, étourdissements, palpitations, etc., cédèrent à l'usage des préparations ferrugineuses (pilules de Vallet), associées à la magnésie, des affusions froides le long du rachis, et des viandes rôties. Tel est encore le fait d'une femme de vingt-trois ans qui, à la suite d'hémorrhagies fréquentes et considérables et de nombreuses saignées, était devenue gastralgiquc et paraplégique du sentiment et du mouvement, et qui fut guérie par l'usage des pilules de Vallet, de la magnésie calcinée après les repas et d'une nourriture substantielle. Il n'est pas de médecin qui n'ait vu des faits de ce genre ou qui n'ait obtenu de semblables résultats.

Le manganèse a été quelquefois substitué avec avantage au fer, dans les cas où l'on avait épuisé sans résultat les nombreuses formules des préparations ferrugineuses. Des expériences récentes confirmatives de tentatives qui remontent à près de trente ans nous ont appris que des malades chlorotiques qui ne seraient nullement modifiées par le fer ou par le manganèse pourraient l'être par le cuivre, le zinc, l'or, l'argent ou tout autre métal indiqué par l'exploration préalable de l'état idiosyncrasique des malades par rapport aux divers métaux, d'après les procédés métallothérapiques de M. Burq définitivement introduits aujourd'hui dans la science, et dont la pratique ne peut tarder à tirer couramment un utile parti.

Les troubles de la menstruation, l'aménorrhée notamment, l'état de grossesse et de lactation, que nous avons vus également être des causes fréquentes de la surexcitation nerveuse et des prédispositions au développement de la névropathie, réclameront à ce point de vue une surveillance attentive. Les méuorrliagies et les métrorrhagies devront être modérées ou conjurées de bonne heure, les causes de l'aménorrhée devront être recherchées et combattues par les moyens appropriés, eu évitant toutefois l'usage des agents trop irritants ou qui seraient de nature à provoquer la surexcitation ou l'ébranlement du système nerveux que l'on se propose précisément de prévenir.

L'âge de la ménopause est fertile eu souffrances nerveuses susceptibles d'atteindre jusqu'au degré qui constitue la névropathie. Ici le médecin aura à se prémunir contre deux dangers. Il devra, d'abord, autant que possible, ne pas contrarier la transformation naturelle qui est en voie de s'opérer; puis éviter, en ayant eu vue de calmer les accidents nerveux, de trop pousser dans le sens de la pléthore sanguine, qui est aussi l'uue des conséquences fréquentes de cette période critique. Le praticien devra presque toujours louvoyer avec prudence entre ces deux écueils, l'état nerveux, d'une part, et l'état pléthorique, de l'autre, qui pourraient, suivant leur prédominance respective, donnei" lieu à des indications contraires, et, suivant que la médication serait poussée ù l'excès dans un sens ou dans l'autre, en compromettre le succès ou faire tomber dans l'un des états extrêmes qu'on doit s'attacher à éviter.

C'est dans ces états névropathiques méconnus, presque toujours dus à l'anémie, considérés et traités à tort comme maladies inflammatoires, dont Rasori, victime

574 NERVEUSES (maladies).

lui-même de cette erreur, comme on l'a vu plus haut, a rapporté plusieurs exemples, que la méthode tonique, stimulante même et reconstituante, produit les plus remarquables effets.

Toutes les causes connues d'épuisement susceptibles d'amener à la longue toute la série des accidents nerveux qui nous occupent deviennent autant d'indications spéciales. C'est ainsi que Tissot combattait par le quinquina et les bains froids, joints à une bonne alimentation, les troubles nerveux liés à l'épuisement produit par les excès vénériens, par la masturbation, ou par l'allaitement prolongé ; que Lallemand a opposé plus d'une fois avec succès la cautérisation de la région prostatique de l'urèthre aux effets énervants des pollutions et des pertes séminales diurnes. C'est également en s'attaquant à la maladie ou à la lésion causale de la névrose, qu'on a vu guérir chez plusieurs malades des accès épileptiformes, chez d'autres des accès cataleptiques ou choréiques, des paralysies sans lésions des centres et autres troubles nerveux plus ou moins graves en apparence, à la suite de l'expulsion spontanée ou provoquée de taenias, d'ascarides lombricoïdes ou d'oxyures. Il en est de même pour les désordres nerveux sympathiques de diverses affections utérines, cessant avec la cessation de celles-ci.

Les troubles nerveux liés à l'état dyspeptique et aux perturbations fonctionnelles de l'estomac, qu'ils soient eux-mêmes causes ou effet de la chlorose, trouvent leur remède dans ceux de ces diverses affections. On a vu, dans ce que nous avons dit de la dyspepsie, comme état protopathique et causal de la né\T0pathie, que les symptômes névropathiques qui naissent de l'estomac dyspeptique, par irradiation nerveuse, s'expriment sous des formes diverses, tantôt par un symptôme unique, tantôt par des symptômes multiples se manifestant dans les différentes régions du corps. C'est à travers ces phénomènes morbides masquant souvent par leur prédominance extérieure le fond d'où elles émanent qu'il faut chercher ce phénomène primordial, problème qui n'est pas toujours facile. 11 est une de ces formes surtout qui crée souvent des difficultés inextricables, c'est celle qui se manifeste uniquement par des accès dyspnéiques, ce qui lui a fait donner par Beau le nom de dyspnée gastrique, dyspnée essentiellement nerveuse, et qui n'est autre chose en réalité qu'une névralgie du nerf pneumogastrique. Or, cette dyspnée gastrique à accès intermittents est souvent liée à une dyspepsie véritable et permanente. C'était le cas de ce malade dont Beau a rapporté l'histoire, qui avait tous les jours un véritable accès d'asthme pendant la digestion toujours pénible et douloureuse de son dîner. L'emploi d'une série de vésicatoires volants sur la région épigastrique fit cesser du même coup la dyspepsie et la dyspnée. Il est très-commun de voir les phénomènes névropathiques les plus complexes se lier et s'enchevêtrer en quelque sorte avec les symptômes dyspeptiques. C'est même la fréquence de cette connexité intime entre ces deux ordres de phénomènes qui a fait dire à Beau qu'il n'y avait pas de névropathie véritablement idiopathique, celle qui paraît le moins symptomatique dépendant toujours, à ses yeux, d'une gastropathie. Il est évident que dans ces cas la restauration des fonctions digestives est l'indication capitale à remplir. Il n'est pas rare non plus de voir à l'état aigu les mêmes effets morbides sympathiques résulter d'un embarras gastrique bilieux et céder, lorsque cette liaison a été reconnue, à l'emploi d'un vomitif, ce qui faisait dire à Stoll que l'émétique est dans ces cas le meilleur antispasmodique.

NERVEUSES (maladies). 575

Nous ne nous arrêterons pas sur les états nerveux liés symptomatiquement ou sympathiquement aux principales diathèses scrofuleuse, syphilitique, rhumatismale, l'état diathésique étant dans ces cas-là trop manifeste pour qu'il soit possible d'en méconnaître l'influence prédominante et les indications antérieures et supérieures à celles de l'état nerveux qu'il tient sous sa dépendance. Nous en dirons autant des états nerveux dépendants d'une intoxication ou de la convalescence d'une affection aiguë grave.

Nous venons de voir quels sont les moyens divers de prévenir ou de combattre l'état névropathique secondaire, symptomatique ou sympathique d'un autre état morbide, en s'attaquant aux causes elles-mêmes, autant qu'elles nous soient connues et accessibles à nos moyens d'action. Le traitement de ces causes n'exclut pas d'ailleurs le concours du régime spécial et des moyens calmants qui s'adressent aux symptômes. Mais s'agit-il de ces névropathies essentielles, idiopathiques, indépendantes de tout autre état organique antécédent ou concomitant, et dont les causes, soit par leur éloignemeut, soit par leur action rapide et passagère, soit par leur nature même, échappent à toute indication, c'est alors au phénomène morbide lui-même, c'est au trouble nerveux, au symptôme spasme ou douleur que doit s'adresser la thérapeutique.

Médication directe on des phénomènes névropathiqiies. C'est ici que nous allons nous trouver en présence de cette quantité de médicaments, tous vantés avec plus ou moins d'emphase, quelques-uns incontestablement utiles, mais trop souvent inconstants dans leurs effets, d'autres d'une efficacité douteuse, beaucoup complètement décevants.

Narcotiques. Au premier rang se placent les calmants narcotiques, hj^pno tiques ou anesthésiants.

Nous commencerons pai- le calmant narcotique par excellence , celui du moins qui a longtemps tenu le premier rang parmi les médicaments de cet ordre, l'opium.

L'opium, auquel on a reconnu depuis un temps immémorial la propriété de calmer les douleurs, en amortissant passagèrement la sensibilité locale, en même temps qu'il intercepte la perception douloureuse au cerveau, a été surtout préconisé contre les spasmes, les vapeurs, l'irritabilité nerveuse, par Yiridet, par Pomme et par Tissot, mais non toutefois sans quelques restrictions. « Si l'opium a pour effet, a écrit Tissot, de diminuer l'irritabilité, comme cet effet n'est pas le seul qu'il produise, qu'il a même souvent ses daiigers, et qu'il y en a toujours à en réitérer fréquemment l'usage, on ne doit jamais se le permettre sans avoir comparé ses différents effets aux différentes circonstances du malade et de la maladie : la pléthore, l'engorgement du cerveau, une disposition à la phlogose, etc., ne permettent point d'en faire usage. Mais quand il n'y a ni engorgement, ni inflammation, ni putridité, on donne quelquefois l'opium avec un succès qui étonne ceux mêmes qui sont le plus accoutumés à en voir les bons effets. ))

Piob. Whytt a rapporté, dans son Traité des maladies nerveuses, plusieurs observations de névropathie guérie par l'usage de l'opium, sans qu'il ait été obligé de dépasser la dose de deux pilules de un grain (5 centigram.) par jour. Sandras, considérant l'opium comme particulièrement indiqué dans l'état nerveux, prescrivait soit des pilules contenant de 5 milligrammes à 1 centigramme de sel de morphine, soit une potion contenant, pour 125 grammes de véhicule, 10 centigrammes de sel de morphine, à prendre par cuillerées à café tous les quarts

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(l'heure, ou quelques cuillerées moyennes de sirop de pavot ou diacode. Quand il voyait l'opium exciter ses malades, ce qui avait lieu quelquefois par exception, il le remplaçait par un de ses succédanés.

Dans un cas de troubles nerveux des plus variés et des plus graves chez une jeune fille chlorotique, Kuhn a obtenu une cessation complète des accidents nerveux et une modification avantageuse de la constitution en associant les opiacés aux ferrugineux. L'opium associé aux bains sulfureux a donné aussi de bons résultats entre les mains de Valleix chez une jeune femme qui, à la suite d'une fièvre continue grave, était en proie à des douleurs lancinantes dans la tête, des congestions vers la face, des étourdissemenls et des accès hystériformes. Enfin M. Parrot s'est bien trouvé de la morphine unie aux anesthésiques en inhalation dans le fait si curieux de névropathie avec hématidrose, qu'il a publié en 1859 dans la Gazette hebdomadaire.

Des principes extraits de l'opium, cette thériaque naturelle, comme l'appelle M. Fonssagrives, quels sont ceux dont les propriétés mieux connues aujourd'hui s'adaptent le mieux à l'indication de calmer le spasme douloureux de la névropathie? La morphine et la codéine longtemps employées seules comme hypnotiques, la morphine, plus particulièrement sous diverses formes et par diverses méthodes d'insertion, par la voie stomacale, par la voie endermique ou hypodermique, ont rendu et rendent journellement d'incontestables services, surtout pour atténuer les violentes douleurs névralgiques. La narcéine, dont l'usage tend à s'introduire de plus en plus dans la pratique, depuis quelques années, doit prendre place auprès de ces deux alcaloïdes, et leur sera même substituée avec avantage, surtout à la codéine, si l'expérience clinique confirme l'heureuse association des propriétés que l'expérimentation physiologique a révélées dans cet agent, de produire un sommeil calme, sans agitation, sans réveil pénible, et de ne déterminer aucun trouble dans les fonctions digestives.

Toutefois, soit qu'on emploie l'opium eu nature, soit qu'où ait recours à ceux de ses nombreux alcaloïdes, plus particulièrement doués des propriétés sédatives et hypnotiques, il ne faut pas s'abuser sur l'étendue et surtout sur la constance des services qu'ils peuvent rendre dans le traitement de la névropathie. Sauf les cas de névropathie aiguë, relativement rares, et dans lesquels la médication narcotique peut effectivement rendre de très-grands services, dans une affection d'une aussi longue durée que la névropathie chronique, avec la tendance qu'ont les malades à abuser d'un remède qui leur donne un soulagement momentané et la facilité d'accoutumance qui oblige à en élever graduelleinent les doses pour obtenir ce résultat, on arrive assez promptement à la limite qui sépare son action bienfaisante de son action nuisible ; et les troubles gastriques, ainsi que l'état de demi-ivresse constante qui ne tardent pas à se manifester, et qui sont les préludes du marasme narcotique, obligent à y renoncer.

Les anesthésiques (étlier, chloroforme, chloral, amylène, méthylène, etc.), d'une efficacité si manifeste comme moyen d'éteindre extemporanément la douleur, n'ont pas répondu tout à fait à ce qu'on en pouvait analogiquement attendre, quand on a voulu les utiliser pour la sédation des troubles nerveux spasmodiques. Les résultats ont été variables, tantôt favorables, tantôt presque nuls ou même nuls, quelquefois même contraires. Ce n'en est pas moins un moyen à tenir en résen-e et utilisable à l'occasion. L'association du chloroforme en inhalations avec l'opium administré à l'intérieur a donné, dans quelques circonstances, de bons résultats, notamment dans un fait très-complexe

NERVEUSES (mal\dies). 517

(le nervosisme chronique, suite de mélrorrhagies , rapporté par M. Bonnefonl, dans la Gazette des hôpitaux de 1855. Dans les névralgies essentielles qui font si fréquemment partie du cortège de la névropathie, quand elles ne la constituent pas à elles seules, les propriétés hypnotiques et anesthésiques du chloroforme employé soit en inhalation, soit eu potion ou en application externe, sont souvent utiles. Mais la fugacité de son action en fait plutôt un moyen palliatif que curatif, à proprement parler. On peut voir dans les articles asthme, coqueluche, comme on le verra également aux articles hystérie, hystéro-épilepsie, édampsie, chorée, tétanos, etc., que l'élément spasmodique qui rapproche toutes ces maladies de la névropathie a pu être souvent avantageusement modifié, grâce aux propriétés amyosthéniques du chloroforme.

Presque tout ce que nous venons de dire du chloroforme s'appli([ue également au chloral, l'un des plus sûrs et des plus prompts hypnotiques, et que ses propriétés analgésiantes et hypocinétiques rendent également propre au traitement de toutes les affections dans lesquelles prédominent les éléments douleur et spasme. Mais il y a à se défier, à la fois, et de sou action excitante, irritante même sur la muqueuse gastro-intestinale, et de ses effets dépressifs sur le cœur et sur l'innervation en général, qui en contre-indiqucnt l'emploi dans toutes les circonstances où les centres nerveux, le cœur et les organes digestifs sont compromis, ainsi que dans toutes les circonstances très-communes dans la névropathie, où il faut surtout compter avec l'anémie, la cWorose et la faihlesse générale. Le chloral comme le chloroforme, d'ailleurs, ne pourrait, sans de graves inconvénients, être administré d'une manière continue.

Les bromures et en particulier le bromure de potassium sont mieux adaptés à l'affection qui nous occupe. C'est surtout contre l'éréthisme nerveux, avec tout son cortège de l'exagération, de la mobilité des impressions, de l'augmentation de l'excitabilité rétlexe, de l'insomnie, etc., qu'ont été dirigés les premiers essais thérapeutiques du bromure de potassium. C'est à la fois un excellent hypnotique, quoique moins prompt dans ses effets que le chloral, et un des meilleurs sédatifs et régulateurs en même temps du système nerveux. Si l'on ajoute à ces propriétés positives l'avantage qu'il a sur la plupart des autres hypnotiques, de ne point troubler les fonctions digestives et même, s'il faut en croire quelques expérimentateurs, d'exciter l'appétit, on ne sera pas éloigné d'y voir un des agents ies plus utiles et les plus précieux de la matière médicale dans le traitement des névropathies. En effet, sans parler des grandes névroses, et en particulier de i'épilepsie, dont nous n'avons point cà nous occuper ici, on en a obtenu de bons effets dans les toux spasmodiques et quinteuses, dans les accès d'asthme nerveux, où j'ai eu souvent l'occasion de l'employer avec les plus grands avantages, seul ou associé au chloral ; dans la dysphagie douloureuse, dans la coqueluche, dans le vaginisme, dans les névralgies, en un mot, dans tous les cas où dominent l'un ou l'autre de ces deux éléments ou ces deux éléments simultanément, douleur et spasme; dans l'insomnie, et enfin à tous les degrés du nervosisme et particulièrement dans le nervosisme des femmes à la période de la ménopause.

Sédatifs ou calmants du système nerveux. A côté des hypnotiques et des anesthésiants, nous devons placer la série des agents auxquels on a attribué des propriétés sédatives ou calmantes du système nerveux, tels que la belladone, le Ratura, la jusquiame, l'aconit, la cicutine, la vératrine, les cyanures, les eaux distillées et essences de laurier-cerise, d'amandes amères, etc.

37S KERYEUSES (maladies)

La belladone, qui répond si bien, par quelques-unes de ses propriétés connues, à la double indication de calmer la douleur et de combattre le spasme, trouve souvent son emploi dans le traitement de quelques-uns des phénomènes de la névropathie. Elle s'applique plus particulièrement, par son action hypocinétique, aux phénomènes qui appartiennent à la sphère motrice, notamment aux strictures spasmodiques des muscles orbiculaires ; mais soit indirectement comme tonique vaso-moteur, soit directement par son action spéciale sur le système nerveux, l'atropine rend journellement des services dans le traitement d'un grand nombre de névralgies et de symptômes douloureux des viscères, de viscéralgies. Mais le maniement toujours difficile de cet agent à propriétés complexes, encore insuffisamment dégagées de l'expérimentation, et qui présentent souvent entre elles, surtout suivant les doses où il est administré, quelque chose de paradoxal, obligent à apporter une grande circonspection dans son emploi.

On prescrit la belladone soit en pilules faites avec les feuilles récentes à la dose de 5 milligrammes à 5 ou 10 centigrammes ; soit à l'état d'extrait alcoolique à la dose de 2 à 5 centigrammes, ou d'extrait aqueux à des doses doubles. Si c'est à l'atropine que l'on a recours, on ne doit pas donner plus d'un quart de milligramme à la fois.

Le datura, qui se rapproche par tant de points de la belladone, a aussi, comme elle, des propriétés physiologiques qui indiquent son usage dans les névroses, les névralgies et les affections douloureuses en général. En effet, à petites doses il émousse la sensibilité et soulage la douleur. Il n'en fallait pas davantage pour le faire admettre dans la thérapeutique de la névropathie, au milieu de la série des antispasmodiques. C'est un des agents le plus fréquemment employés dans l'asthme, dans la coqueluche et dans les toux ou les dyspnées spasmodiques en général. Il est souvent. mis en usage aussi contre les névralgies; d'après M. Gubler, ce serait surtout dans la forme congestive des névralgies qu'il réussirait le mieux.

Le datura, qui s'administre, comme on le sait, pour l'asthme, sous la forme de fumée en cigarettes formées avec les feuilles, se donne, pour les autres affections spasmodiques et pour les névralgies, en poudre de feuilles à la dose de 5 centigrammes, ou de semences à 25 milligrammes seulement, ou en infusion de 5 à 50 centigrammes de feuilles dans 150 grammes d'eau, en extrait aqueux ou alcoolique à la dose de 2 à 10 centigrammes pour le premier, de 2 à 10 pour le second.

L'analogie d'action nous fait placer après la belladone et le datura la jusquiame, qui a, comme ces deux agents médicamenteux, pour effet immédiat, à doses faibles et fréquemment répétées, de procurer le calme et de prédisposer au sommeil, avec cet avantage de ne produire ni accélération du pouls, ni diminution des sécrétions. La propriété qu'il a à fortes doses de faire dormir tient moins à une action réellement et directement hypnotique qu'à la cessation qu'il produit des douleurs et des spasmes. On a surtout recours à la jusquiame comme à une sorte de succédané de l'opium, dans les circonstances oii il y aurait des inconvénients ou des dangers à administrer ce dernier. La jusquiame est également recommandée dans les affections spasmodiques des voies respiratoires et dans les grandes névroses, comme on le verra ailleurs. Depuis quelques années, M. Oulmont a fait quelques applications heureuses de l'un des principes actifs de la jusquiame, l'hyoscyamine, dans des affections qui tiennent de plus ou moins près à celle qui nous occupe.

NERVEUSES (maladies). 379

La jusquiame se donne en infusion ou en décoction que l'on pre'pare avec 2 ou 4 grammes de feuilles pour 500 grammes d'eau ; à l'état d'extrait aqueux à la dose de 20 centigrammes à 1 gramme ; en pilules, ou d'extrait alcoolique à la dose de 5 à 50 centigrammes, et enfin en teinture alcoolique à la dose de 1 à

4 grammes.

L'aconit et l'aconitine, dont les propriétés multiples semblent exercer leur action sur tous les grands systèmes de l'économie dont elle déprime l'activité, le système cérébro-spinal, le système circulatoire et le système respiratoire, devaient trouver naturellement leur place parmi les moyens à opposer à la surexcitation nerveuse. C'est effectivement ce qui a eu lieu. C'est surtout contre les névralgies idiopathiques, qui rentrent par leur sorte d'essentialité dans le cadre de la névropathie, et contre la céphalée nerveuse, qu'on a proposé l'aconit et son alcaloïde, dont l'usage, soit à l'intérieur sous forme d'extrait alcoolique ou de pilules, à la dose de 2 à 5 centigrammes pour l'aconit et de 1 à 5 milligrammes pour l'aconitine, soit en topique sous la forme de liniments ou de pommades, peut rendre et a rendu déjà d'incontestables services.

A côté de l'aconitine vient se placer naturellement la cicutine ou conicine, dont on a fait alternativement un excitant ou un stupéfiant soit de la sensibilité, soit du mouvement. Les expériences récentes de MM. Martin Damourette et Pelvet ont confirmé l'opinion des anciens thérapeutistes, qui attribuaient à cette substance une action sédative de la douleur, et qui l'avaient classée parmi les anodins. Mais son action dominante est hypocinétique. C'est à ce double titre que la cicutine pourrait remplir quelques-unes des indications de la névropathie, dans le traitement de laquelle elle n'a été que très-exceptionnellement utilisée, à notre connaissance. Dans tous les cas, si l'on avait à y recourir, il faudrait ne le faire qu'avec une grande prudence. La dose de cicutine, soit libre, soit combinée avec l'acide acétique, ou bien en solution alcoolique ou hydro-alcoolique, ne devrait jamais dépasser un demi-milligramme à la fois, quitte à en donner plusieurs fois dans les vingt-quatre heures, si cela devenait nécessaire, et lorsqu'il se serait déjà établi une certaine tolérance.

Lavératrine, à raison de ses propriétés anesthésiques ou stupéfiantes, associées a ses effets éméto-cathartiques, diurétiques et diaphorétiques, a paru à quelques médecins appropriée au traitement de quelques états nerveux. On l'a employée contre les douleurs rhumatismales ou goutteuses, dans certaines amauroses, pour combattre la surdité nerveuse, contre certaines névralgies, la prosopalgie en particulier, certains symptômes d'hystérie ou d'hypochondrie, contre l'élément douleur en général. On l'administre dans ces cas en pilules à la dose de

5 milligrammes ou à l'état de teinture à la dose de 10 à 30 gouttes dans de 1 eau sucrée ou dans une potion gommeuse. Mais c'est un médicament dangereux, difficile à manier et qui demande une grande circonspection dans son emploi.

L'acide cyanhydrique, dans lequel plusieurs médecins ont cherché un remède contre les affections les plus rebelles, n'a pas donné les espérances qu'on en avait conçues. 11 n'en est pas de même de quelques cyanures et, en particulier, du cyanure de potassium en application externe.

Appliqué topiquement sur une partie quelconque de la peau, à l'état de solution aqueuse, alcoolique ou éthérée, à l'aide de compresses ou de ouate de coton imbibées de la solution, le cyanure de potassium produit deux sortes d'effets : un eftet local, qui consiste en un léger érythème, si la solution n'est pas trop concentrée, et un effet général, qui consiste en un ralentissement du pouls et de

580 NERVEUSES (maladies).

la respiration, une sensation de froid dans divei^ses parties du corps et de la tendance au sommeil. Appliqué sur le front, le cyanure de potassium a une action sédative sur la céphalalgie, dont l'effet varie suivant qu'elle est pyrétique ou apyrétique, simple ou compliquée d'autres phénomènes morbides. Des expériences rapportées par Trousseau et Pidoux il ressort que les céphalalgies apyrétiques coïncidant avec des gastralgies sont soulagées momentanément, et qu'elles peuvent être guéries d'une manière durable, si la gastralgie l'est elle-même; que l'on peut également compter sur la guérison lorsque la douleur de tête, suite d'une suppression des règles, survit à sa propre cause. Ce sont là les seuls faits que nous ayons à retenir de ces expériences au point de vue qui nous occupe.

L'eau distillée de laurier-cerise, ainsi que l'eau distillée ou le lait d'amandes amères, qui tiennent en partie leurs propriétés de l'acide cyanhydrique qu'elles contiennent, ont aussi des applications analogues dans toutes les affections à caractère spasmodique.

La plupart des agents que nous venons de passer en revue forment comme une sorte de transition naturelle entre les agents de la première série, les narcotiques, hypnotiques ou anesthésiants, s'adressant principalement à l'élément douleur, dont ils se rapprochent par quelques-unes de leurs propriétés, en particulier par leur action sédative sur le système nerveux, et ceux du groupe dit antispasmodique, qui s'adressent plus particulièrement à l'élément spasme ou éréthisme, dans lequel quelques-uns d'entre eux ont même, en raison de leur action mixte, leur place naturelle, et dont il nous reste à parler.

Antispasmodiques. Gomme l'a déjà très-judicieusement fait remarquer notre collaborateur M. Fonssagrives dans l'article ÀNTisrASMODiQUEs {voy. ce mot), il serait abusif de comprendre sous cette dénomination tous les agents susceptibles d'agir sur l'état spasmodique général ou local, soit en s'adressant aux causes dialhésiques, organiques ou autres, soit en combattant les complications. C'est aux moyens ou agents capables de modifier directement l'état ou éréthisme nerveux qu'il convient de réserver exclusivement cette dénomination, et c'est de ceux-là seuls qu'il sera question dans ce paragraphe, et non de ceux qui ne conduisent à ce résultat que par voie indirecte.

M. Fonssagrives admet deux ordres d'agents directs de la médication antispasmodique, ceux qu'il désigne sous le nom de stupéfiants fixes, ayant une action lente et persistante, et qui comprennent les morphiques, les lactuciques et les vératriques dont nous venons de parler, et ceux qu'il considère comme les antispasmodiques proprement dits et qu'il désigne sous le nom de stupéfiants diffusibles ou volatils, ayant pour caractère commun l'odoréité et la volatilité, et pour effet semblable une action prompte, mais passagère. Ce dernier groupe comprend particulièrement tous les agents du type éther, toute la série des huiles volatiles, les essences des labiées, des aurientacées, les produits pyrogéniques de la distillation de certaines matières organiques et les stupéfiants gazeux.

Les éthers ont de tout temps joué un grand rôle dans le traitement des affections nerveuses. Stimulant dilfusible et antispasmodique, l'éther sulfurique est très-journellement usité par les personnes nerveuses, pour combattre une foule de malaises provenant de la perversion asthénique des actes sensoriaux et moteurs. Par ses propriétés anesthcsiantes, sous forme d'inhalation, il rentre dans la catégorie des anesthésiques dont nous avons parlé plus haut, et concourt aux mêmes résultats.

NERVEUSES (maladies). 581

La manière la plus usuelle de prendre l'éther est d'en verser de 5 à 6 gouttes sur un morceau de sucre, que les malades laissent fondre dans la bouche, ou que l'on mêle avec un peu d'eau sucrée ou une infusion aromatique. Les capsules contenant une égale quantité d'étlier, connues sous le nom (h perles d'éther, et le sirop d'éther, en rendent l'administration beaucoup plus commode pour les personnes que l'odeur et le goût extrêmement pénétrants de cet agent pourraient indisposer. Le sirop est surtout adopté comme l'antispasmodique le mieux approprié aux enfants.

L'éther acétique, qui jouit à peu près des mêmes propriétés, mais à un degré moindre, peut être employé dans les mêmes circonstances, mais il est beaucoup moins usité.

La valériane, dont l'action physiologique légèrement excitante se porte sur le système cérébro-spinal par la voie du système ganglionnaire, produit des ]ihénomènes nerveux artificiels analogues aux spasmes morbides. Aussi estelle plus spécialement indiquée dans les formes asthéniques de la névropathie, celles où les désordres nerveux semblent se produire par suite d'un défaut d'excitation , .et qui surviennent chez les sujets anémiques, énervés, et plus particulièrement chez les femmes débiles et essentiellement nerveuses. La plupart des praticiens ont fait même cette remarque, que la valériane semblait s'adresser presque exclusivement aux femmes, les hommes restant le plus souvent rebelles à son action. Son efficacité se révèle, en effet, principalement dans l'hystéricisme simple, les spasmes, et tout ce. que l'on désigne généralement sous le nom de vapeurs ou de maux de nerfs , et beaucoup plus dans cet état que dans l'hystérie confirmée proprement dite et surtout que dans l'épilepsie contre laquelle elle n'a qu'une très-faible influence. On peut dire d'une manière générale que la valériane est particulièrement appropriée aux troubles fonctionnels caractérisés par la débilité générale ot dépendante d'un état anémique, et par la plupart des symptômes nerveux liés à l'état hystérique, surtout aux vertiges anémiques.

La meilleure des préparations de valériane est la poudre prise à la dose de 4 à 50 et jusqu'à 60 grammes (en vingt-quatre heures). En infusion, on la prescrit à la dose de 5 à 10 grammes de racine pour 250 à. 400 grammes d'eau. La décoction ne se donne qu'en lavement, à la dose de 8 à 15 grammes. A l'état d'eau distillée, elle fait partie d'un grand nombre de potions. Enfin on l'administre également en extrait, à la dose de 2 à 4 grammes, en pilules de 25 centigrammes, eten teinture de valériane ammoniacale, à la dose de 2à 4 grammes. L'asa fœtida, comme la valériane, est également indiquée par les phénomènes nerveux variés de l'hystéricisme, la toux spasmodique, le spasme glottique, l'asthme aigu nerveux, etc. La répulsion qu'inspire en général cette substance par la fétidité de son odeur et l'intolérance qu'elle rencontre de la plupart des estomacs, en restreignent considérablement l'usage. Ce n'est guère qu'en lavement qu'on l'administre, à la dose de 4 à 8 grammes, délayé avec l'huile ou un jaune d'oeuf.

Le musc n'est guère utile que contre l'asthénie ou le défaut de stimulus du système nerveux ; on l'a recommandé contre les spasmes, le délire, les convulsions qui procèdent de cet état et de l'anémie. On le donne en substance sous forme de poudre mêlée à du sucre, en pilules, dans un julep ou en lavement, à la dose de 30 à 60 centigrammes ou 1 gramme par jour. Le castoréum se rapproche par son action de la valériane et de l'asa lœtida.

582 NERVEUSES (maladies).

et s'administre à peu près dans les mêmes circonstances, dans les affections nerveuses et spasmodiques. Il devient de moins en moins usité.

Le camphre assimilable à l'aconit comme contro-stimulant et au musc et au castoréum comme antispasmodique est, comme ces derniers, moins applicable aux phénomènes névropathiques essentiels qu'aux symptômes nerveux graves des grandes pyrexies. Cependant on en a retiré de bons effets dans certains symptômes névrosiques, tels que certaines toux nerveuses, des palpitations, divers spasmes des voies digestives. Des grandes névroses, l'hystérie est peut-être la seule dans laquelle il se soit montré de quelque utilité. Le camphre se donne en pilules, à la dose de 20 centigrammes à 1 gramme, maximum , moyenne de 50 à 60 centigrammes en vingt-quati'e heures, par doses fractionnées. Enfin le naphte, l'huile de naphte ou la naphtaline, comme l'essence de térébenthine, le goudron, la créosote, l'huile animale de Dippel, celles de corne de cerf, de succin, ainsi que d'autres produits pyrogénés et diverses substances gazeuses telles que le gaz oxyde d'azote, l'oxyde de carbone, l'acide hypoazotique, etc., fournissent autant d'agents utilisables et dont quelques-uns ont été utilisés avec plus ou moins d'efficacité pour combattre l'éréthisme ner\;.eux.

Nous ne ferons que signaler en passant le tilleul, les fleurs et feuilles d'oranger qui, doués par eux-mêmes de propriétés antispasmodiques très-généralement utilisées, entrent en outre soit comme véhicules, soit comme adjuvants, à l'état d'infusion ou d'eau distillée, dans une foule de préparations de la médication antispasmodique. Nous en dirons autant de quelques-unes des substances végétales que l'on comprend d'habitude dans la classe des médicaments excitants, sous le nom de nervins, et qui, à cause même de leurs propriétés stimulantes, sont souvent mises en usage, non sans utilité, dans les cas si fréquents (le nervosité asthénique : tels la menthe, la mélisse, l'hysope, la sauge, la camomille, l'arnica, le thé, le café, etc.

]Sévrosthéniques. Par une transition naturelle, des excitants antispasmodiques nous sommes conduits à parler de l'application aux états nerveux qui nous occupent, et particulièrement à la névropathie asthénique qui est certainement de toutes la plus fréquente, des agents de la méthode dite tonique névrosthénique. La plupart des agents que renferme la classe dite des névrosthéniques ont en effet pour résultat commun d'imprimer à l'économie un certain degré de force ou de résistance vitale, et d'en régulariser et équilibrer les fonctions et les mouvements synergicpies. Or dans quel état cette puissance d'équilibration et de régularisation est-elle plus utile et mieux adaptée que dans cet état de désordres nerveux qui constitue le fond de notre névropathie ?

Au premier rang des névrosthéniques figure le quinquina et son alcaloïde la quinine. Que ce soit directement ou indirectement, à titre d'hyposthénisant ou de tonique (on sait à quelles discussions et interprétations diverses a donné lieu le mode d'action physiologique de cet agent si important de la thérapeutique), sans nous engager dans cette discussion, et en nous en tenant au fait pratique, l'observation journalière nous montre que le quinquina à haute dose possède une action sédative sur l'ensemble du système nerveux. La médication quinine est effectivement d'une incontestable utilité dans la plupart des névroses, et en particulier dans celle qui nous occupe spécialement en ce moment, soit en combattant la débilité générale qui en constitue le fond habituel, soit en relevant les forces digestives presque toujours atteintes. Nous n'avons pas besoin d'ajouter que l'intermittence si fréquente dans la manifestation des phénomènes

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névropathiques indique souvent l'usage du sulfate de quinine, qui produit ordinairement dans ces circonstances les meilleurs effets.

A côté du quinquina et à titre de succédane's nous signalerons également comme ayant donné quelquefois de bons effets la saule, la salicine et les salicylates dont on étudie en ce moment avec un redoublement de zèle les applications thérapeutiques multiples, le quassia amara et le quassia simarouba, la gentiane, la centaurée, l'apiol, etc.

Enfin l'état nerveux est avantageusement modifié par l'arsenic. II a été employé dans la plupart des grandes névroses. 31. Isnard, qui l'a proposé l'un des premiers dans l'affection qui nous occupe, le considère comme le médicament de l'état nerveux. « Tandis que, dit-il, le médecin emploie tantôt les stupéfiants, les sédatifs, les antispasmodiques, etc., contre les troubles de la sensibilité et du mouvement, le fer et le quinquina contre l'atonie et l'anémie, et une foule d'autres remèdes suivant les symptômes, l'arsenic seul peut suffire à tout. »

Tels sont, sauf quelques omissions, volontaires pour la plupart, de substances dangereuses ou d'agents sans valeur réelle qui encombrent nos matières médicales, les moyens pharmaceutiques dont dispose la thérapeutique des maladies nerveuses. Assurément beaucoup d'entre eux ont une efficacité réelle. Comment se fait-il cependant que le nombre de guérisons des véritables névropathies soit relativement si restreint? IN'oublions pas que presque tous les agents si nombreux et si variés de la médication antispasmodique que nous venons de passer rapidement en revue sont essentiellement subordonnés dans leurs effets à deux conditions qui en limitent considérablement l'efficacité : d'une part, pour beaucoup d'entre eux, l'accoutumance qui use promptement leur action et rend en peu de temps le plus grand nombre des malades insensibles à leur influence ; d'autre part les idiosyncrasies individuelles, qui ne s'accusent dans aucune autre maladie autant que dans la névropathie et rendent un grand nombre de ces sujets absolument réfractaires à toute modification curative de la part de tel ou tel d'entre eux. Si l'on ajoute à ces deux conditions ce double fait inhérent à la nature même de la névropathie : la constance dans l'impressionnabilité douloureuse d'une part ; d'autre part, la mobilité et la variété infinie dans les manifestations des symptômes douloureux, on comprendra aisément comment il se fait que rien ne soit aussi peu fixe et aussi peu constant en réalité que les effets de la médication antispasmodique. Et sans pousser le scepticisme avec Sandras jusqu'à effacer d'un trait de plume la série entière des antispasmodiques, ou le découragement avec le docteur D.... (de M.), jusqu'à dire après lui que dans le traitement des névroses il faut mettre la matière médicale et le Codex en séquestre, on reconnaîtra la nécessité de ne pas se fier uniquement aux ressources pharmaceutiques et de faire concourir avec elles les deux grands ordres de moyens dont il nous reste à parler, le régime comprenant la diététique et les exercices appropriés à l'âge et à la situation des malades et la médication balnéaire.

Régime diététique, exercices, etc. Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on a exagéré l'influence du genre d'alimentation ainsi que celle des milieux, en général, sur le développement physique et moral de l'homme. Galien promettait à ceux qui voudraient suivre ses conseils et s'astreindre au régime alimentaire qu'il leur prescrirait d'en retirer les plus grands avantages pour la philosophie morale, de sentir augmenter les forces de leur âme, d'acquérir plus de mémoire plus de génie et de prudence, se faisant fort de démontrer que la différence des aliments rend les uns tempérants, les autres dissolus, les uns chastes, les autres

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incontinents, les uns courageux, les autres poltrons, ceux-ci doux, ceux-là querelleurs, d'autres modestes, d'autres présomptueux. C'est pousser un peu loin, sans doute, la puissance de l'alimentation. Mais quelque exagére'e que soit cette prétention de soumettre et de plier ainsi en quelque sorte l'esprit et les divers attributs moraux de l'homme à ce qu'il mange, on ne peut méconnaître la part importante qui revient au choix et à la réglementation du régime alimentaire sur la surexcitabilité ou la sédativité du système nerveux, et sur l'intégrité des fonctions qui en dépendent. On a déjà vu plus haut, à propos de la prophylaxie, quelle importance nous avons attachée au choix d'une bonne alimentation, reconstituante, analeptique, dans les chloro-anémies, cause imminente de l'état névropathique. On comprend l'insistance d'autant plus grande que nous mettons à recommander ce précieux adjuvant de tout traitement lorsque cet état est réalisé. Mais si le régime alimentaire d'un névropathe dans les conditions communes, c'est-à-dire simplement débilité, est aisé à diriger dans le sens de la reconstitution et de la plasticité, combien cette direction ne devient-elle pas difficile lorsque la névropathie a pour cause ou pour élément de complication un état dyspeptique ! C'est là un des points de la thérapie de l'état nerveux les plus délicats et qui mérite que nous nous y arrêtions un instant.

Dans des considérations relatives à l'alimentalion, Sandras a fait remarquer comme un fait constant la souffi-ance que causent les acides à tout le système nerveux. Les acides introduits dans l'estomac, ou ceux qui s'y trouvent en excès parle fait de la digestion, produisent cet effet au maximum : d'où la nécessité de rechercher des aliments qui n'augmentent pas ou ne produisent pas cette disposition. Toutes les fois, dit-il, qu'on laisse prendre à un malade, dans les conditions pathologiques dont il s'agit, soit des acides à titre de rafraîchissants, soit du sucre qui se transforme si vite en acide lactique ou des alcools, son malaise augmente notablement ; il en est de même lorsqu'on laisse ingérer des aliments de difficile digestion, capables de provoquer une hypersécrétion acide dans l'estomac. Les malades éprouvent alors un sentiment de poids, de chaleur et même de brûlure à l'estomac; ils ont des rapports gazeux, des aigreurs; et pendant le travail de digestion ils sont enclins à de la somnolence, à de la lassitude des membres, de la lourdeur de tête et à un sentiment général de faiblesse ; tous les symptômes habituels de l'état nerveux acquièrent plus d'intensité. Cet habile praticien prescrivait, dans ces circonstances, J 'usage d'un peu de magnésie calcinée, de quelques gorgées d'eau de Vichy ou de Fougues, ou une ou deux cuillerées d'eau de chaux dans du lait, pour saturer l'excès d'acidité. 11 conseillait en même temps l'usage de viandes faites, et d'un peu de fécule, excluant du régime alimentaire toutes les substances acides ou acescentes.

11 est un accident intestinal qui demande une certaine attention de la part du médecin, c'est la constipation extrêmement commune chez les névropathiques. Les purgatifs, outre l'inconvénient qu'ils ont, lorsqu'on en répète souvent l'usage, de fatiguer les malades, d'être souvent mal supportés et de troubler l'intégrité des fonctions digestives, ne suffisent pas toujours au but qu'on s'en propose, ou, s'ils y suffisent, ce n'est que passagèrement, et il faut incessamment recommencer. Des lavements simples ou légèrement purgatifs, l'usage du petit-lait ou de la graine de lin, des pruneaux, du tamarin, seront préférés aux purgatifs proprement dits, qui doivent être réservés pour les cas où ces moyens seraient insuffisants et distancés le plus possible. Parmi ces derniers

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on doit choisir les moins irritants, les plus faciles à supporter par l'estomac, tels que les purgatifs huileux, la magnésie décarbonatce ; on peut y ajouter, parmi quelques-uns des agents laxatifs ou purgatifs doux récemment introduits dans la thérapeutique, le podophyllin et le tamar indien. Quel que soit celui de ces agents qui sera mis en usage, son action pourra être utilement secondée par l'usage des bouillons de veau ou de poulet ou du bouillon aux herbes.

Sandras conseille, en même temps qu'on aura recours aux divers agents de la médication laxative, de se relâcher un peu du régime alimentaire fortifiant, de se borner à l'usage de quelques viandes blanches et jeunes, de poissons légers, de légumes aqueux. Du reste, il en est à de certains égards du régime alimentaire pour les névropathes comme des médicaments eux-mêmes. Les idiosyncrasies individuelles y ont aussi leurs exigences qu'il faut savoir consulter. Tandis que, d'après les données physiologiques générales, le régime animal, plus spécialement réclamé par l'état d'anémie et de faiblesse générale des malades, peut exciter outre mesure la vivacité des sensations, que tend à tempérer, au contraire, l'alimentation végétale plus naturellement sédative, on voit chez certains de ces malades l'influence de ces alimentations exclusives se manifester en sens inverse. D'où la nécessité de ne faire à cet égard de prescription que pour chaque cas particulier et non en vue d'un principe général.

Un des préceptes les mieux foudés en matière de régime alimentaire chez les malades de cette espèce, et qu'il importe toujours de suivre, est d'éviter l'uniformité, qui entraîne trop souvent la satiété et le dégoût, et de varier les aliments, sous la condition de suivre les goûts des malades et d'éviter tout ce qui peut entraîner des digestions pénibles.

Exercice. La névropathie constituant, comme nous l'avons dit, une déséquilibration fonctionnelle, dans laquelle la sensibilité est exaltée au préjudice souvent des fonctions plastiques et des puissances locomotrices, on comprend qu'avec l'alimentation le médecin ait à surveiller également les exercices du corps. C'est surtout à propos de cette classe de névrosés par l'abus de la vie sédentaire et des travaux intellectuels, dont Réveillé-Parise a si bien fait l'histoire, qu'il est utile de rappeler tous les avantages d'un exercice modéré pour maintenir et augmenter la contractilité musculaire, si affaiblie en général chez eux, et qui n'est pas moins nécessaire pour l'invigoration graduelle de l'économie que pour le repos et la diversion des sensations et des efforts du travail intellectuel.

Ce que nous disons pour l'exercice comme moyen de pondération et d'équilibration doit se dire aussi du sommeil et de la veille, dont il importe de régler et (le mesurer convenablement les rapports chez les névropathes de cette classe, trop enclins, en général, à abuser des veilles prolongées.

Vélectricité n'a que de rares applications dans le traitement de la névropathie, si ce n'est pour combattre les parésies qui peuvent en être quelquefois les résultats. On a recours dans ce cas à des courants continus modérés ou faibles. Il faut s'abstenir des courants faradiques à forte tension.

Médication balnéaire. Il nous reste à traiter un dernier point de l'hygiène et de la thérapeutique de la névropathie, l'un des plus importants, la médication balnéaire. Sous le titre de médication balnéraire, nous comprendrons naturellement les bains simples ou composés, froids, tièdes ou chauds, l'hydrothérapie proprement dite et enfin la médication thermo-minérale.

L'usage des bains tièdes, recommandé déjà contre les maux de nerfs par Hip-

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pocrate (« Aqiia calida autem mollit, atténuât, dolores eximit, etc. » Aph. 22, sect. V), et, à son exemple, par Arétée, Celse, Galien, Cœlius Aurelianus, etc., a été surtout préconisé plus près de nous par Hoffmann, qui s'en est montré grand partisan et ardent propagateur. Il figure au premier rang des moyens proposés par cet éminent praticien pour combattre l'irritation des nerfs Ibalneorum ex aquâ dulci prœstayitissimo in affectibus internis mu). L'usage du bain tiède dans cette affection a été de plus en plus vulgarisé depuis, par la pratique de Raulin, de Lorry, de Pomme, de Tissot. Pomme a poussé plus loin qu'aucun médecin de son temps l'usage des bains tièdes prolongés; il les faisait prendre pendant 6, 8, 10, 12, 18 et même 20 heures et plus quelquefois. La pratique de Pomme compte encore des partisans de nos jours ; elle a été particulièrement recommandée et mise en usage par M. Brierre de Boismont dans le traitement de la manie aiguë. Tissot a donné sur l'usage des bains en général et des bains tièdes en particulier dans le traitement des maux de nerfs, sur leur température, leur durée, le moment le plus opportun de les prendre, des préceptes dont l'expérience n'a fait que confirmer la justesse. Les bains tièdes, c'est-à-dire, de 26 à 28" centigrades, prolongés de une à deux heures, trois heures au plus, pris de préférence le matin à jeun, et le soir après la digestion du dernier repas, s'il est nécessaire de le répéter dans la même journée, lui paraissent réunir les principales conditions nécessaires pour produire autant d'effet qu'on puisse en attendre.

Les bains chauds, c'est-à-dire au-dessus de 37", et à plus foite raison les bains très-chauds, à 45° et au-dessus, trouvent très-rarement leur indication danslanévropalhie, à moins que l'on ne se propose de combattre une hypernervie viscérale par une action fortement révulsive sur la peau. Mais même dans ces conditions il y aurait plus à craindre des mauvais effets de l'excitation passagère et de la débilité consécutive que produirait le bain chaud qu'à attendre des bons effets de la révulsion.

C'est surtout dans l'application des divers procédés d'administration de l'eau froide, en bains généraux ou partiels, affusions, douches, ablutions, etc., c'est-àdire de l'hydrothérapie, que nous allons trouver les ressources les plus utiles et les plus efficaces pour le traitement de l'affection qui nous occupe.

V hydrothérapie répond par ses effets complexes à plusieurs indications. Elle répond à l'indication la plus générale de toutes et la plus commune, par l'action tonique et stimulante qu'exerce sur l'économie en général l'application topique rapide et réitérée de l'eau froide (de 6 à 15^ centigrades), et par l'impulsion favorable qu'elle donne à la circulation générale et à l'hématose. En activant spécialement les fonctions de la peau, la circulation capillaire et par suite les absorptions et les exhalations cutanées, si souvent troublées, l'eau froide ajoute a son action générale sur l'économie les excellents effets du rétablissement de l'une des fonctions les plus importantes, la fonction de la peau.

Pour obtenir ce double effet de la stimulation de la circulation générale et de la circulation capillaire et de l'activité fonctionnelle de la peau, l'eau froide ne doit pas être appliquée au delà de quelques minutes. Plus prolongée, l'action de l'eau froide peut être utile encore, mais par un effet tout différent et même opposé, qui répond par conséquent à un tout autre ordre d'indications. L'action du froid prolongée, au lieu de provoquer, par un mouvement de réaction, un surcroît d'activité circulatoire et d'accumulation de calorique à la surface du corps, a, au contraire, pour résultat de soustraire une certaine quantité de calorique et de ralentir l'ac-

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tivité circulatoire périphérique, enfin de diminuer la sensibilité et d'abaisser la vitalité. Cet effet, qui se traduit par une sédation générale, répondrait bien à l'une des indications de la surexcitation nerveuse, mais souvent au détriment de la tonicité et de la vitalité générale, ce qui doit naturellement en limiter l'application.

Voici eu quels termes l'un des médecins les plus expérimentés en matière d'hydrothérapie en a formulé les indications générales dans le traitement de l'état nevropalhique : « Contre l'excitation de la force nerveuse, dit M. Béni-Barde [Traité théorique et pratique crhydroihérapie), il faudra employer les applications sédatives, contre son épuisement les applications excitantes, et contre sa perversion il sera nécessaire de combiner, dans une juste mesure, les modificateurs sédatifs et les modificateurs excitants. »

C'est ainsi que, dans le premier cas, on pourra employer les piscines tempérées, les affusions souvent renouvelées, les emmaillottements humides, les ■douches à percussion légère, modérément froides et d'une certaine durée, les frictions générales faites avec un drap très-mouillé et non tordu, les lotions, etc. En appliquant ces divers procédés, qui varient suivant certaines circonstances, on a pour but d'empêcher toute réaction violente de l'organisme, et d'apaiser l'excitabilité morbide des fonctions de l'innervation.

La durée de l'application doit être relativement longue; il faut que l'eau qui est mise en contact avec le corps ne soit pas projetée avec force, et sa température ne doit jamais être très-basse.

Si l'emploi de l'eau froide était jugé nécessaire, il faudrait, pour en atténuer l'effet trop excitant, faire préalablement une application prolonoée d'eau chaude. A l'aide de ce procédé, l'eau froide produira une action salutaire sans provoquer dans le système nerveux une excitation qui pourrait être nuisible. Cette combinaison est utilisée dans les névroses cliloro-anémiques, qui réclament à la fois un traitement tonique et un traitement sédatif.

Lorsque l'état nerveux affectera la forme déprimante, et que la force nerveuse sera dans une sorte d'épuisement, il faudra recourir aux applications excitantes, telles que les douches en pluie et en jet, courtes, froides et vivement appliquées ; les immersions courtes et à basse température, les frictions avec un drap mouillé fortement tordu, etc. En un mot, il faudra cbercher à réveiller les . forces de l'organisme et à provoquer dans toute sou étendue des réactions prononcées.

Dans la seconde période de la maladie, alors que la force nerveuse est déjà pervertie sans pourtant être frappée d'épuisement, il sera bon d'instituer un traitement mixte qui tienne à la fois du premier et du second. Dans cet ordre d'idées, M. Béni-Barde donne la préférence à une douche dans laquelle on pourra combiner rapidement avec sûreté l'eau chaude et l'eau froide, et dans laquelle la force de projection devra être réglée avec une grande précision, de manière à pouvoir administrer au besoin une affusion à l'aide de cet appareil.

Ainsi, l'eau simple, suivant qu'elle est employée froide, tempérée ou même chaude, suivant que son application est plus ou moms prolongée et répétée produit sur les personnes eu proie à l'état névropathique des effets très-divers' les uns toniques, les autres sédatifs, qui peuvent être également utilisés au point de vue des indications diverses qui se présentent d'agir dans un sens ou dans l'autre.

Mais il n'a été question jusqu'à présent que de l'usage de l'eau, soit en bains,

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en lotions ou en irrigations, ou en applications topiques, sur toute lu surface de la peau. L'application partielle de l'eau froide, sur une partie plus ou moins limitée du corps, peut apporter son appoint utile d'action à la méthode générale ou s'y substituer même, suivant les circonstances, selon que l'on voudra obtenir un effet tonique ou sédatif local, une révulsion ou une répercussion par rapport aux autres parties du corps.

Il est enfin un autre mode d'action de l'eau, et de l'eau froide en particulier, qui, bien que plus spécialement mis en usage dans des névroses spéciales d'un autre ordre, telles que l'hypochondrie, certaines formes de l'aliénation mentale, la manie aiguë, entre autres, peut quelquefois être utilisé dans le traitement de la névropathie générale : nous voulons parler de cette action par surprise ou par perturbation de la sensibilité que produit un contact brusque d'eau froide sur les personnes affectées d'une sensibilité et d'une impressionnabilité morbide

exagérées.

Nous n'aurions que l'embarras du choix, si nous voulions citer des exemples de guérison ou d'améliorations notables de névropathies obtenues par l'usage des bains en général, et des divers procédés d'application de l'eau froide en particulier. Les traités d'hydrothérapie de Fleury et de Béni-Barde, les traités des maladies nerveuses de Sandras, de 0. Landry, le traité du nervosisme de M. Bouchut, les divers mémoires de M. Gilbert d'Herconrt, les recueils et journaux de médecine, et ceux particulièrement qui sont consacrés à l'enseignement et à la vulgarisation des procédés hydrothérapiques, en renferment des exemples nombreux et concluants. Nous ne pouvons qu'y renvoyer le lecteur.

Après les bains simples chauds, froids ou tempérés, et les pratiques diverses de l'hydrothérapie, il nous faut signaler les bains rendus médicamenteux par l'addition, soit de fleurs de tilleul, de laitue, de valériane, de fleurs de camomille, des diverses plantes aromatiques, soit de sulfure de potasse, de bicarbonate de soude, de sels de Pennés, etc., qui peuvent rendre des services, suivant les indications de sédation ou d'excitation légère que l'on désire remplir.

Eaux minérales. Enfin, la médication thermo-minérale donne aussi son concours utile à la thérapeutique .de la névropathie.

Les eaux minérales s'appliquent moins, en général, à l'état névropathique en lui-même, qu'à quelques-uns de ses symptômes particuliers ou aux états diathésiques et constitutionnels dont il dépend. Encore y a-t-il un choix à faire entre les diverses sources d'un groupe déterminé et dans les procédés d'administration, de manière à dégager en quelque sorte de la pratique thermale ce qu'elle pourrait avoir de trop excitant pour des organismes qui ne sont déjà que trop excitables par eux-mêmes et à mettre à profit les propriétés à la fois sédatives et reconstituantes qu'elles peuvent avoir.

A cette première indication générale répondent assez bien les eaux relativement tempérées et faibles en minéralisation, telles que les sources douces et ferro-manganésiennes d'Ax, de Ci'ansac, de Luxeuil ; les sulfureuses faibles de Ludion, de Vernet, des Eaux-Chaudes, de Cauterets: les sources bi-carbonafces et ferrugineuses de Vichy, Cusset, Vais; les eaux ferrugineuses, gazeuses de Neyrac, de Sylvanès, de La Malou, de Forges, de Barbotan, d'Orezza, de Bussang, de Sulzbach, de Spa, qui s'adressent surtout à l'état d'anémie ou de chloroanémie si commun chez les névropathes.

S'agit-il plus spécialement de combattre l'état dyspeptique douloureux, les gastralgies et les entéralgies, également si communes chez ces malades, c'est aux

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eaux calciques de Foncade, de Bagnoles, de Fougues, d'Évian, de Ne'ris, de Bagnières de Bigorre, et surtout de Plombières, que l'on aura recours, de préférence aux eaux sodiques, à cause de leurs qualités sédatives.

Pour combattre l'élément douleur et notamment ces rhumatismes si douloureux, dits nerveux, qui jouent un rôle si important dans le syndrome névropathique, on aura recours aux eaux de Saint-Sauveur, de Luxueil, Bourbon-Lancy, La Malou, Wildbad, Eaux-Chaudes, Bains, Néris et Plombières.

Les états névropathiques liés aux maladies de la matrice, et qui ont, en général, le caractère hystérique ou hystériforme, réclament également l'usage des eaux de Saint-Sauveur, Eaux-Chaudes, Luchon, Cauterets, ^Yris et Plombières.

M. Lhéritier attribue aux eaux de Plombières une action altérante élective sur le système nerveux, qu'il compare à celle que l'on attribue généralement à l'arsenic et qui en rendrait l'application si utile et si efficace dans un grand nombre des états névropathiques que nous avons passés en revue. C'est sans doute aussi aux petites proportions d'arséniate de soude que contiennent les eaux mixtes bi-carbonatées et arsenicales d'Auvergne, Royat, Mont-Dore et Saint- Nectaire, qu'il faut attribuer les bons résultats qu'on en obtient dans diverses affections qui tiennent plus ou moins immédiatement à l'état névrosique. Boyat, surtout, possède des propriétés à la fois sédatives et reconstituantes qui sont utilement appliquées à un grand nombre d'affections nerveuses et particulièrement à celles qui ont pour origine la chlorose et l'anémie.

Enfin Néris, dont nous avons déjà signalé les applications dans le rhumatisme et dans certaines dyspepsies gastralgiques, jouit, malgré et peut-être à cause de sa très-faible minéralisation, d'une efficacité également incontestée dans diverses névroses contre lesquelles les eaux fortes pourraient être d'un emploi dangereux, telles que les névralgies, les exagérations de la sensibilité, en général, les byperesthésies, l'bystéricisme et l'hypochondrie. Dans un travail récemment publié, M. de Ranse a établi, sur des faits cliniques bien choisis, que l'action immédiate des eaux de Néris, dans le traitement des maladies du système nerveux et notamment dans les névroses très-douloureuses, se manifestant surtout dans les cas où il y a plutôt une excitation anormale qu'une diminution de l'action fonctionnelle, est de calmer d'abord les souffrances et secondairement d'exercer une action tonique par rapport à l'état général de l'organisme.

Quelle que soit la source minérale à laquelle on ait recours, et dans quelque intention thérapeutique qu'on le fasse, il est une règle générale qu'il importe de ne pas perdre de vue, c'est, sous les réserves toutefois d'indications tout à fait spéciales qui dans la pratique peuvent y apporter une restriction, de ne recourir, en général, qu'aux procédés les plus simples et les plus doux d'application, de même que nous avons recommandé aussi dans lo choix des sources l'exclusion des eaux fortes. Brochin.

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]¥ERVEUX (Système). § I. Anatomie g^énérale. Si le plan de ce Dictionnaire comportait l'expose des questioirs par une série de monographies, nous devrions actuellement entreprendre celle du système nerveu.x tout entier, tant au point de vue de l'anatomie descriptive qu'à celui de l'anatomie générale. Mais l'étude des différentes parties du système nerveux, considérée au point de vue de chacun des appareils particuliers qui le composent, a été ou sera faite à part {voy. art. Ekcéphale, Cerveau, Circojnvolutions, Nerfs, Ganglions). Nous nous contenterons donc de rechercher ici quels sont les caractères très-généraux du système nerveux comparéaux autres systèmes ; d'un autre côté, nous décrirons, dans leurs détails, les divers éléments anatoniiques qui entrent dans sa composition, en renvoyant pour toutes les questions d'anatomie descriptive ou topographique aux articles précités.

Dans l'article consacré à l'étude du cordon nerveux (voy. Nerfs), nous avons déjà donné une idée sommaire du rôle joué par le système nerveux dans l'ensemble des autres systèmes. qui composent l'organisme entier, mais nous devons revenir actuellement avec quelques détails sur ces notions sommaires.

Les animaux jouissent tous de la triple propriété de senlir, de se mouvoir et de se nourrir; de là, trois propriétés fondamentales : la sendbilUé, la motricité, la niitrilité, qui leur appartiennent pour ainsi dire en propre. La sensibilité des

592 NERVEUX (akatomie).

êtres nous est révélée par une série de réactions qu'ils éprouvent lorsqu'ils sont soumis à certaines impressions venues du monde extérieur et contre lesquelles nous les voyons exécuter des mouvements défensifs analogues à ceux que nous opérons nous-mêmes dans des circonstances identiques ou analogues.

Les mouvements sont donc à proprement parler des réactions plus ou moins caractéristiques de la sensibilité de l'être qui les exécute, et l'on voit dès à présent que la sensibilité et la motricité sont deux fonctions absolument corrélatives l'une de l'autre. Mais il est également facile de reconnaître que les phénomènes de nutrition ou d'accroissement sont soumis à des règles fixes, et nous savons que le système nerveux joue un grand rôle dans la régularisation de ces actions nutritives. La sensibilité, la motricité, la nutrilité, sont donc sous la dépendance d'une action régulatrice commune. Cette action régulatrice appartient en propre au système nerveux, chez les animaux supérieurs.

Chez les êtres les plus inférieurs (protistes, protozoaires), les trois propriétés fondamentales de l'animalité sont diffuses dans toute la masse du corps. Le protoplasma d'une Amibe est à la fois excitable, doué de mouvement, et le siège de tous les phénomènes nutritifs et d'accroissement.

Chez un pareil animal toutes les propriétés physiologiques sont en effet répandues dans toute la masse; chaque partie de l'organisme peut les exécuter toutes indifféremment. Mais à mesure que l'on s'élève dans l'échelle, les parties de l'animal se spécialisent pour des fonctions diverses; les éléments anatomiques se distinguent les uns des autres par leurs formes, par leurs fonctions. Certains deviennent exclusivement destinés aux actions nutritives, certains autres à ia délimitation et au soutènement du corps de l'animal ; d'autres voient se spécialiser en eux les actions motrices ; enfin le système nerveux apparaît et sert de lien coordonnateur entre les différentes fonctions.

Je n'insisterai pas sur le mode d'apparition du système nerveux dans la série ni sur les différents types revêtus par ce système dans chaque classe du règne animal. Cette étude doit être faite à part et je ne veux m'occuper ici du système nerveux qu'au point de vue de l'anatomie générale.

J'ai montré dans l'article consacré à l'étude des cordons nerveux que les premiers animaux chez lesquels s'effectue la différenciation du système nerveux sont les polypes hydraires (Rleinenberg) . Ces animaux ne sont point formés comme les Amibes d'une masse molle susceptible de s'étirer en tous les sens en prenant toutes les formes.

Les hydres d'eau douce sont parfaitement limitées à l'extérieur par une paroi formée de cellules et qui leur constitue une sorte de peau nommée ectoderme; la cavité centrale du corps est limitée par une couche analogue, entoderme; entre ces deux couches en existe une troisième appelée mésoderme. Or, un fait digne de remarque et qui va nous servir plus tard pour comprendre mieux la signification morphologique du système nerveux, c'est que les premiers rudiments de ce système apparaissent dans la couche externe ou ectoderme de l'hydre. Certaines cellules de cette couche se prolongent en effet dans l'intérieur du mésoderme par une sorte de pédicule et se terminent enfin dans la couche moyenne de l'animal par une extrémité contractile. C'est ce que Rleinenberg a nommé cellules névro-musculaires. La portion ectodermique de la cellule représente l'organe récepteur d'une impression, la portion terminale contractile représente un muscle, et la portion réunissant entre elles les deux précitées prend la signification d'un cordon vecteur ou cordon nerveux.

NERVEUX (asatomib). 595

Voici donc déjà un appareil dont les éléments sont différenciés : organes récepteurs, cordons conducteurs, extrémités contractiles.

L'excitabilité et la motricité sont ici réunies dans un même élément anatomique.

Mais cette première différenciation est tout à fait rudimentaire ; à mesure que l"on s'élève dans la série, l'organe nerveux, primitivement monocellulaire, se complique et se subdivise. Dans la cellule névro-musculaire de l'hydre, la portion contenue dans Tectoderme est à la fois le siège de l'impression sensitive et de l'excitation motrice ; supposons maintenant que, le lieu de la réception sensitive restant à la périphérie, l'impression reçue soit, de là, conduite à une autre région destinée à la percevoir; que de cette dernière l'influx nerveux se propage à un dernier organe destiné à le transfoimer en action motrice, nous aurons le schéma du système nerveux dans son degré définitif de complication. Il suffit pour cela de supposer que la cellule névro-musculaire s'est subdivisée et diiférenciée en un certain nombre de parties qui sont les suivantes :

Organe de la réception, cordon conducteur (nerfs sensitifs), organe appréciateur de l'impression reçue (centres sensitifs), cordon conducteur de la sensation perçue, centre originel de l'exciLation motrice, cordon moteur, agent contractile ou muscle.

L'ensemble du système nerveux, considéré au point de vue de l'anatomie générale, comprend donc l'étude des différentes parties énumiTces ci-dessus. On voit que ces parties forment une chaîne dont les extrémités comprennent les organes de réception des impressions d'une part, les organes du mouvement de l'autre.

La partie moyenne de la chaîne comprend au contraire les organes destinés à percevoir l'impression reçue et à la transformer en action motrice. Enfin tous les cordons qui réunissent ces diverses parties ont un rôle purement conducteur. Ce sont les cordons nerveux que nous avons étudiés dans un précédent article.

Les parties intermédiaires de la chaîne nerveuse que nous venons de décrire d'une manière idéale constituent ce que l'on appelle les centres nerveuse. Les deux extrémités de cette même chaîne constituent ce que l'on nomme en anatomie les terminaisons nerveuses. Nous allons étudier successivement les éléments anatoniiques qui entrent dans la composition de ces centres et de ces extrémités, laissant de côté la description des nerfs qui }es relient, puisque cette description a déjà été faite à part {voy. Cordons nerveux).

Nous venons de voir que chez les animaux tout à fait inférieurs, lorsque le système nerveux commence à se différencier, il forme une dépendance de l'ectoderme. La couche tégumentaire est donc en relations étroites avec l'apparition de ce système. Chez les animaux supérieurs, le système nerveux, dans ses premiers rudiments, prend naissance d'une manière analogue, et, au point de vue de l'anatomie générale, le fait mérite de nous arrêter un instant.

De même que l'hydre d'eau douce est fondamentalement constituée par trois feuillets superposés, l'ectoderme, le mésoderrae et l'entoderme , de même les vertébrés supérieurs, et notamment les oiseaux, sont, au début de leur développement, constitués par trois feuillets superposés que l'on appelle feuillet externe, feuillet moijen, feuillet interne du blastoderme. Examinons ce qui se passe dans l'embryon du poulet vers la vingt-quatrième heure de l'incubation. A ce moment le feuillet externe ou corné du blastoderme, c'est-à-dire celui qui

5'J4 KERVEUX (anatomie).

plus tard fournira la peau et ses dépendances, devient le siège d'une dépression linéaire dont l'axe se confond avec celui de l'embryon. Cette gouttière ne tarde pas à se fermer et à donner naissance à un tube qui s'étend tout le long de l'embryon en le divisant en deux parties symétriques. Ce tube est le névraxe primitif; au-dessous de lui, dans l'épaisseur du feuillet moyen, paraît une tige longitudinale comme lui, parallèle à sa direction et destinée à le soutenir : c'est

Fig. 1. — Coupe en travers de l'embryon de Poulet pour montrer la formation du sillon dorsaJ.

e, feuillet externe; — sd, sillon dorsal; — ch, corde dorsale; — si, lames latérales; — cep, cavité

pleuro-péritonéale.

lu corde dorsale. Cette corde est le premier rudiment du squelette compliqué qui, déûnitivemcnt développé, servira de protection et de soutien au système nerveux centi^al. De chaque côté du tube médullaire se montrent aussi deux masses symétriques développées aux dépens du feuillet moyen . ce sont les vertèbres primitives. Ainsi le tube central de la moelle épinière, qui va devenir l'origine du centre nerveux le plus important, n'est autre chose qu'une différenciation du feuillet externe du blastoderme, c'est-à-dire du tégument futur de l'animal ; et de la même façon que certaines parties de l'enveloppe tégumentaire de l'hydre se spécialisent pour former la partie réceptive de la cellule névro-musculaire, de même une portion du revêtement cutané de l'embryon du vertébré se sépare du reste pour constituer la première origine des centres nerveux.

fe iVfi-

Fig. 2. — Co\ipe en travers de l'embryon de Poulet vers la trentième heure de l'incubation.

fe, feuillet externe ; — fm, feuillet moyen; — fi, feuillet interne ; — nj), névraxe primitif; — e, coupe du canal épendymaire; — ch, corde dorsale; — cep, cavité pleuro-péritonéale; — vp, vertèbres primitives ; — cw, corps de Wolff ; — ap, aortes primitives.

Outre l'intérêt qu'offre une pareille notion au point de vue de la morphologie générale, nous voyons plus clairement ainsi les rapports nombreux et divers qui relient entre elles les deux portions extrêmes du système nerveux considéré dans son ensemble. Nous concevons mieux les étroites connexions des centres nerveux et des téguments ; enfin l'analogie d'origine entre le revêtement épithélial de la peau et la portion centrale du système nerveux nous fait comprendre l'influence exercée par ce dernier sur nombre de lésions cutanées, et la raison

NERVEUX (a>atomie). 595

d'être de tumeurs très-analogues qui se produisent souvent dans le tégument et dans l'épaisseur des centres nerveux.

Mais, si l'origine de l'axe myélencéphalique est bien connue, il n'en est pas de même de celle des cordons nerveux. Dans l'article spécial consacré au dévelop-pementdes nerfs, on verra que la question est encore controversée. Remak, dont les observations ont toujours eu un tel caractère de rigueur que la plupart des anatomistes qui l'ont suivi n'ont souvent fait que corroborer ses assertions par des observations confirmatives, pensait que les nerfs périphériques prennent l'origine de leur développement dans les vertèbres primitives, c'est-à-dire dans une formation du feuillet moyen. Ce dernier, qui donne naissance au tissu conjonctif qui unit et sépare les organes, produirait aussi, dans cet ordre d'idées, les cordons qui unissent les terminaisons des nerfs aux centres nerveux. Tous ces faits que nous envisageons ici à un point de vue très-général seront repris et élucidés chacun dans leur lieu.

Ces considérations générales présentées d'une façon sommaire étaient nécessaires pour bien comprendre ce qui va suivre.

Je me propose d'exposer dans cet article les connaissances actuellement acquises au sujet des éléments anatomiques qui entrent dans la composition :

1° Des centres nerveux ;

1° Des terminaisons des nerfs moteurs et sensitifs ;

5° De donner dans le cours même de cette double description une idée générale de la disposition d'ensemble du système nerveux considéré comme appareil, et d'étudier quelle influence il exerce sur la sensibilité, la motricité et la faculté de se nourrir que possèdent les éléments anatomiques des autres tissus.

I. Anatomle générale des centres nerveux. Les Centres nerveuX SOnt de deUX

ordres : les uns contenus dans le canal rachidien et la boîte crânienne, qui n'est qu'une dépendance du rachis, sont les centres nerveux proprement dits. Mais sur le trajet des nerfs, entre leur point d'origine et leur terminaison, l'on trouve des amas particuliers de sidDstance nerveuse que l'on appelle des ganglions et que l'on doit considérer comme de petits centres nerveux périphériques. Ce sont même ces centres nerveux ganglionnaires qui paraissent les premiers chez les animaux inférieurs, et chez les vertébrés l'appareil contenu dans le canal rachidien et ses dépendances doit être considéré comme un appareil de perfectionnement organique.

A. Ce-mres .nerveux propremem dits. Les centres nerveux proprement dits contenus dans le squelette céphalo-rachidien constituent les masses complexes à la composition desquelles prennent part un certain nombre de tissus divers ; mais ce qui caractérise ces centres, c'est l'existence d'éléments anatomiques tout à fait spéciaux que l'on appelle des cellules nerveuses ou cellules ganglionnaires.

L'existence des cellules nerveuses caractérise tout centre nerveux.

On les trouve tout aussi bien dans les centres ganglionnaires périphériques que dans l'encéphale et la moelle. Mais dans les ganglions leur structure est plus simple : nous devons donc étudier les cellules nerveuses de l'axe myélencéphalique avant les cellules des ganglions périphériques, la structure de ces dernières étant une simplification de celle des premières.

Les cellules nerveuses sont en relation à la fois les unes avec les autres et avec des cordons conducteurs; enfin, cellules et cordons nerveux sont plongés

596 NERVEUX (anatomie).

dans un tissu qui les unit et les sépare. Ce tissu, ainsi que les enveloppes de l'encéphale et de la moelle, appartient au grand groupe des tissus connectifs. Tout cet ensemble est pénétré par le système vasculaire sanguin qui y distribue les substances nécessaires aux échanges organiques par son courant afférent. Les matériaux résultant de la désassimilation sont emportés par le système veineux. Nous devons donc décrire successivement : 1° les cellules nerveuses; 2° les tubes nerveux des centres; 5° le tissu conjonctif qui les unit et les sépare; 4° leurs rapports avec le système lymphatique qui constitue leur milieu intérieur; 5° les vaisseaux sanguins, artériels et veineux.

1° Cellules nerveuses. Les cellules nerveuses de la moelle épinière et de l'encéphale sont contenues dans ce que l'on appelle la substance grise des centres nerveux ; cette dernière forme dans la moelle un amas entourant le canal central, et dans l'encéphale, la masse des circonvolutions et des ganglions cérébraux (corps striés, couches optiques, etc., etc.). La substance blanche, qui offre un aspect lacté, entoure la substance grise dans la moelle et forme dans l'encéphale de grandes masses séparant et reliant entre elles les masses grises ganglionnaires. On trouvera dans chacun des articles consacrés aux différentes parties des centres nerveux, prises en particulier, la description des différences qui distinguent entre elles les cellules ganglionnaires des diverses régions. Nous piendrons ici pour type les cellules des cornes antéiieures de la moelle épinière qu'il est plus facile d'isoler et d'étudier à la fois dans leurs détails, dans leurs rapports réciproques, et dans leurs connexions avec la substance blanche, c'est-à-dire avec les tubes nerveux conducteurs.

Un fragment de la moelle épinière du veau ou du chien est enlevé sur l'animal récemment sacrifié, débarrassé d'une partie de la substance blanche périphérique, et soumis à uiie macération de vingt-quatre à quarante-huit heures dans le sérum fortement iodé ou dans l'alcool dilué au tiers. Un petit fragment d'une des cornes antérieures est placé dans une goutte de liquide additionnel sur la lame porte-objet, et soigneusement dissocié à l'aide des aiguilles jusqu'à ce que, à l'aide d'un faible grossissement, on arrive à distinguer une ou plusieurs cellules ganglionnaires. Ces dernières sont ensuite soigneusement séparées du reste de la masse de substance grise; elles sont débarrassées avec des précautions très-grandes des parties qui leur sont étrangères et qui les entourent. Cette opération d'isolement exige un soin très-grand et ne peut être menée à bien qu'à l'aide de précautions infinies. Lorsque la cellule nerveuse a été convenablement séparée des parties adjacentes, elle flotte dans le liquide additionnel, et se présente à un faible grossissement sous l'aspect d'un petit nodule polygonal, ou arrondi, présentant à sa périphérie une multitude de prolongements ramifiés à la façon des racines d'une plante. Ces prolongements extrêmement nombreux, grêles et délicats, flottent dans le liquide ambiant; et lorsque l'on essaye de placer sur la préparation la lamelle porte-objet, ils reviennent sur eux-mêmes avec la plus grande irrégularité, se roulent de raille manières autour de la cellule, et forment à sa périphérie un peloton dans lequel on ne peut plus observer aucun détail de structure. Pour éviter cet inconvénient, il est nécessaire de recourir à un artifice. La cellule étant isolée et nageant dans le liquide additionnel, de façon que ses prolongements divers soient étalés régulièrement dans un plan horizontal, la préparation est abandonnée, sous une cloche de verre, à une demi-dessiccation qui résulte de l'évaporation de la majeure partie du liquide entourant la cellule nerveuse. Quand cette évaporation s'est produite, les

NERVEUX (axatomie). 597

prolongements grêles du corps cellulaire ont contracté une adhe'rence suffisante avec la lame de verre pour que la lamelle qui sert à recouvrir la pre'paration ue les déplace pas; on place alors autour de l'objet microscopique une bordure découpée dans une feuille de papier à cigarettes; cette bordure joue le rôle d'un tasseau et empêche la cellule d'être écrasée par la lamelle à recouvrir. Au centre de cette dernière, on met une goutte depicrocarminate d'ammoniaque et on laisse tomber la lamelle sur l'objet qui se trouve ainsi recouvert. Quand la préparation a été bien faite, les prolongements ramifiés de la cellule n'ont subi aucun déplacement ; on laisse la coloration s'effectuer lentement dans la chambre humide ; au bout de vingt-quatre heures, on borde la préparation avec de la paraffine et l'on peut observer à l'aide d'un objectif à grand angle d'ouverture les détails suivants :

Les cellules nerveuses paraissent sous la forme de corps plus ou moins anguleux formés d'une masse de protoplasma granuleux ; au centre se trouve un noyau le plus ordinairement unique (quelques auteurs, parmi lesquels M. Schultze, prétendent cependant avoir observé quelquefois deux noyaux); ce noyau, qui paraît vésiculeux, renferme un ou deux nucléoles brillants; quelques histologistes ont même décrit au sein des nucléoles des formations qui ne se rencontrent pas constamment et auxquelles ils ont donné le nom de nucléolules. Quoi qu'il en soit, le noyau est toujours vivement coloré par le carmin et prend une teinte rose homogène. L'hématoxyline agit de la même façon que le carmin ; mais la purpurine, qui possède au plus haut degré la propriété de teindre vivement en rouge-pourpre tous les autres noyaux, n'exerce aucune action colorante sur celui des cellules nerveuses multipolaires ; ce premier fait nous permet de dire déjà que l'élément cellulaire dont nous nous occupons est profondément séparé des autres par l'une des réactions histochimiques les plus importantes ; c'est là l'iudice de la différenciation profonde éprouvée par l'élément anatomique spécialisé. Une autre réaction intéressante est celle fournie par l'action de l'éosine soluhle dans l'eau. J'ai montré dans un autre travail que Téosine colore activement les noyaux des endothéliums et des cellules plates ramifiées du tissu connectif. Lorsque ultérieurement nous aurons à discuter, à propos de l'histoire de la névroglie, la signification de certains éléments cellulaires que l'on rencontre abondamment répandus au sein des centres nerveux, nous verrons qu'il est souvent difficile d'affirmer que telle ou telle cellule est connective ou nerveuse. La réaction que je viens d'indiquer me paraît être de nature à faciliter la distinction dans certains cas.

Tout autour du noj^au, l'on voit le corps de la cellule, formé par une masse granuleuse de protoplasma ; cette masse envoie à la périphérie de l'élément anatomique des prolongements arborisés plus ou moins nombreux ; nous leur donnerons le nom de prolongements protoplasmiques principaux. Ces prolongements plus ou moins épais, parfois aplatis et rubanés, ne tardent pas à se diviser eux-mêmes, non pas dichotomiquement comme les rameaux d'une branche de gui, mais se diyisant en prolongements secondaires de plus en plus grêles par une série de bifurcations en Y, à la manière des tiges qui se ramifient en suivant les lois de la dichotomie fausse; il résulte de cette disposition qu'à une certaine distance les prolongements protoplasmiques sont devenus extrêmement grêles, se rompent avec la plus grande facilité, et que leur mode de terminaison ne peut être exactement décrit.

Il est également difficile de dire si les prolongements protoplasmiques s'unis-

Ô98 NERVEUX (anatomie ^

sent tous à leurs similaires, émanés de cellules situées plus ou moins loin, dans un plan supérieur, inférieur ou latéral. Gerlach pensait que les ramifications précitées formaient, à une certaine distance des éléments cellulaires, un réseau extrêmement délicat dont les mailles entouraient les tubes nerveux à la manière de celles d'un filet. Mais, ainsi que nous le verrons plus loin, cette assertion paraît reposer sur une erreur d'interprétation; nous nous contenterons de la signaler ici sans y insister davantage. D'autres auteurs, parmi lesquels Max- Schultze, prétendent avoir observé certains prolongements protoplasmiques qui, après un certain trajet, et ayant subi des divisions successives en Y, se seraient ensuite entourés d'une mince couche de myéline, de manière à constituer de petits tubes nerveux filiformes. De pareilles observations ont évidemment besoin

Fig. 3. — Cellule nerveuse des cornes antérieures du renflement lombaire de la moelle du chien. n, noyau nucléole;' — p.p, prolongements protoplasmiques; — j>.D, prolongements de Deiters.

d'être corroborées. Il est cependant vraisemblable que les prolongements protoplasmiques des cellules nerveuses, après s'être ramifiés, vont s'anastomoser avec leurs similaires provenant de cellules multipolaires voisines ou éloignées ; mais la disposition exacte de ces anastomoses n'a pas encore été convenablement décrite, et, d'autre part, les anatomistes qui, comme M. Luys et M. Meynert, ont indiqué topographiquement certaines de ces relations, l'ont fait plutôt d'après les données théoriques que d'après celles fournies par une analyse histologique rigoureuse. Nous venons de voir que la cellule nerveuse multipolaire est formée par une masse de protoplasma renfermant un noyau et émettant par sa périphérie de nombreux prolongements protoplasmiques ramifiés ; celte cellule n'est entourée d'aucune production qui la limite à son pourtour et qui puisse être considérée comme analogue à une membrane d'enveloppe : c'est donc là un élément cellulaire constitué, non pas, comme le pensait Schwann, par un noyau, un contenu et une enveloppe, mais bien répondant à la définition donnée par Max. Schultze.

Examinons maintenant certains détails de structure qui, pour être difficiles à

NERVKUX (iNATOMiE). 599

observer ou même contestables, ne méritent pas moins de nous arrêter i.n instant.

La masse protoplasmique qui entoure immédiatement le noyau paraît simplement granuleuse, et les grains protéiques qu'elle renferme ne semblent point disposés, les uns par rapport aux autres, dans un ordre évident ; mais à mesure que Ton s'éloigne du noyau, les granulations protoplasmiques se disposent avec plus de régularité, et dessinent une sorte de striation vague concentrique, très-irrégulièrement d'ailleurs, au noyau qui occupe la portion centrale de l'élément. Les rangées de granulations présentent sur leur parcours, et de distance en distance, de petites vacuoles qui se poursuivent en même temps que les granulations en série qui dessinent la striation grossière dont nous venons de parler sur les prolongements protoplasmiques ramifiés qui partent de la périphérie de la cellule multipolaire; ces derniers sont donc strie's comme le corps de la cellule. Cette disposition, qui est surtout bien évidente sur des cellules observées après macération dans le sérum fortement iodé ou dans les préparations faites par la méthode des injections interstitielles à 1 pour 200, a servi de point de départ à une foule de descriptions que l'on peut hardiment qualifier d'entièrement schématiques. Certains auteurs, parmi lesquels J. Ai'nold et L. Beale, décrivent les cellules nerveuses comme formées de leur périphérie par un enchevêtrement compliqué de fibrilles. Max. et Franz Schultze pensent que les prolongements protoplasmiques ont également une structure fibrilJaire, et donnent le nom de fibrilles élémentaires à ces fibrilles hypothétiques ; jusqu'à présent du moins, il a été impossible d'obtenir des préparations dans lesquelles les fibrilles élémentaires sus-indiquées aient été vues dans l'état de dissociation et d'isolement. Ce qui paraît certain, c'est que la substance granuleuse des cellules multipolaires présente des indices de striation ; mais essayer de poursuivre cette dernière et d'indiquer, comme l'a fait Lionnel Beale, le trajet compliqué des filaments nerveux minuscules au travers d'une cellule nerveuse, me paraît être une tentative prématurée, dans l'état actuel de la science.

Outre les granulations protoplasmiques proprement dites, le corps des cellules multipolaires en renferme d'autres, de nature pignientaire, jaunes, ambrées, brunes ou noires, et qui sont soit disséminées dans le protoplasma, soit accumulées en amas. Le plus ou moins grand nombre de ces granulations pigmentaires prend souvent, en anatomie pathologique, un certain intérêt, leur existence est du reste à peu près constante, c'est pourquoi il convenait d'en donner une brève description.

Revenons un instant sur la signification morphologique qu'il convient d'attribuer à la cellule nerveuse multipolaire. Et tout d'abord, voici de quelle façon Max. Schultze comprenait lui-même cette signification. Pour lui, la cellule multipolaire est initialement formée par une masse indifférente de protoplasma renfermant un noyau. Au fur et à mesure du développement, la cellule subit des modifications profondes en même temps que sa différenciation s'opère. Le protoplasma de sa périphérie s'organise ; ses granulations, se mettant en série, constituent par leur réunion la portion fibrillaire ou striée de l'élément. C'est-àdire que la portion véritablement nerveuse de la cellule se produit, non pas seulement sous Linfluence du protoplafema, mais en vertu d'une transformation directe, in situ, de ce dernier. Nous reviendrons plus tard sur ce point , mais nous devons nous occuper maintenant d'un détail de structure extrêmement important, et qui sert de trait d'union entre la cellule nerveuse proprement dite

400 NERVEUX (anatomie).

et le cordon conducteur des actions nerveuses qu'elle élabore. Je veux parler d'un prolongement qui diffère de tous les autres par son origine, sa constitution, son trajet; ce prolongement est connu sous le nom de prolongement cylindre-axe ou de Deiters.

Prolongement cylindre-axe ou de Deiters. Ce prolongement remarquable présente cette particularité importante que, jusqu'à une certaine distance de son point d'émergence, il ne subit aucun branchement. On le voit prendre naissance au voisinage du noyau par une sorte d'éminence conique formée par un soulèvement de la substance protoplasmique qui constitue le corps de la cellule nerveuse. A ce niveau le protoplasma paraît nettement strié, et cette striation granuleuse se poursuit jusqu'à une certaine distance sur le prolongement cylindre-axe.

Le prolongement de Deiters prend donc son origine dans la substance vaguement fibriliaire de la cellule nerveuse, dont il constitue à l'origine une portion différenciée. Son caractère principal est, comme nous l'avons dit, de ne point subir dans le voisinage de la cellule les divisions en Y qui se montrent sur le trajet des prolongements protoplasmiques. A une courte distance de son cône initial, il devient régulièrement cylindrique et se poursuit en conservant cette forme et sans augmenter ni diminuer de volume. Au moyen des imprégnations d'argent, Fromann et Grandry ont montré qu'il présentait la striation transversale caractéristique du cylindre d'axe {voy. Cordons nerveux, Cylindre d'axe). La plupart des histologistes, suivant en cela la description de Schultze, ont constate qu'il conserve pendant tout son parcours une apparence fibriliaire. Nous avons vu que c'est surtout sur des coupes transversales de nerfs, faites après durcissement dans l'acide osmique, que l'on parvient à démontrer la structure fibriliaire du cylindre-axe. Mais cette vérification n'a pas encore été faite pour le prolongement de Deiters considéré en particulier.

Cependant, l'identité de ce prolongement avec le cylindre-axe des cordons nerveux ne peut être mise un instant en doute. Comme eux, il est vivement coloré par le carmin, il présente l'éclat gras particulier aux cylindres d'axe, il s'infléchit comme eux à la façon d'un tube ou se fend de manière à présenter l'apparence d'un ruban. Ce dernier phénomène avait fait penser d'abord à certains auteurs qu'il n'était autre chose qu'un véritable tube, mais un examen plus attentif permet d'affirmer qu'il est plein comme le cylindre-axe des cordons nerveux.

Le prolongement de Deiters ne présente sur son parcours aucun renflement analogue au renflement biconique; ce dernier n'existe en effet que dans les tubes nerveux munis d'étranglements annulaires; parvenu à une certaine distance de son point d'origine, il se recouvre d'une gaine de myéline et entre ainsi dans la composition d'un tube nerveux ; ce point de jonction entre le prolongement cylindre-axe de la cellule multipolaire d'une part et le cordon conducteur ou tube nerveux de l'autre est encore incomplètement connu; il est difficile de savoir comment se termine la gaîne de myéline, comment se comportent les enveloppes de cette dernière par rapport au filament axile, et l'on ne sait pas davantage si, depuis le moment où il quitte la cellule nerveuse jusqu'à celui où il entre dans la composition d'un tube nerveux proprement dit, le prolongement de Deiters est ou non revêtu d'une gaîne propre analogue à celle que Mauthner a décrite à la surface du cylindre-axe des nerfs périphériques. Dans les préparations obtenues par dissociation et colorées à l'aide du picro-

ÎÎERVEUX (anatomie). 401

carminate d'ammoniaque, on voit le long du prolongement de Deiters une légère zone granuleuse, incolore, mais je ne saurais affirmer que cette image réponde, soit à la gaine de Mauthner, soit à toute autre production analogue; de nouvelles recherches sont nécessaires à ce sujet. Dans des questions d'analyse histologique aussi délicates que celles qui nous occupent actuellement, nous devons du reste signaler un grand nombre de lacunes que des observations ultérieures pourront seules combler. Nous venons de voir quelle est la constitution des cellules nerveuses et le mode d'origine des cordons conducteurs; nous n'insisterons pas sur les Tariétés d'insertion du fdament de Deiters à la cellule nerveuse, ni sur l'orientation de ce prolongement, qui varie dans les différentes l'égions des centres nerveux. Ces questions sont du ressort de l'anatomie descriptive, et on les trouvera résolues dans des articles spéciaux {voy. Cerveau, Cervelet, Moelle, Encéphale, CiRCONvoLurio.\s, etc.). Nous devons maintenant aborder un autre point de notre étude et décrire les tubes nerveux des centres myélencéphaliques.

2" ToBEs KERVEUx DES CENTRES. Daus Ics Centres nerveux les cordons conducteurs ou tubes nerveux occupent une large place. Ils constituent par leur agglomération la substance blanche. C'est surtout- dans la moelle épinière, au niveau des cordons antérieurs, postérieurs ou latéraux, qu'il convient de les étudier. Cette élude peut être faite soit sur des coupes obtenues après durcissement dans le bichromate d'ammoniaque à I p. 500 ou dans l'acide chromique à 1 p. 1000, soit à l'aide de la dissociation effectuée après que l'on a fixé dans leur forme, à l'aide d'un réactif coagulant, les tubes nerveux qu'on veut examiner.

Le meilleur de ces réactifs fixateurs est l'acide osmique en solution dans l'eau à 1/200. A l'aide d'une seringue de Pravaz que l'on remplit de la solution précitée, on pique l'un des cordons blancs de la moelle et l'on y pousse une injection interstitielle : le liquide tile dans la direction de l'axe de la moelle sans former de boule au niveau du point où a été pratiquée l'injection. Les tubes nerveux sont écartés les uns des autres, et, si l'on achève le durcissement par un séjour de vingt-quatre heures dans l'acide osmique à 1 p. 100, il devient assez facile d'isoler par la dissociation des filaments nerveux qui, examinés dans l'eau, présentent les particularités suivantes.

Les tubes nerveux isolés de la sorte sont ordinairement rompus à leurs deux extrémités et ne peuvent être observés sur une grande longueur. Bien qu'il soit vraisemblable, ainsi que nous le verrons plus tard, qu'ils possèdent des divisions en Y (Deiters), ces divisions sont difficiles à mettre en évidence, et Gerlach ne les a jamais observées nettement.

Le diamètre des tubes est extrêmement variable : dans certaines régions il atteint 0,12 et 0,2 de millimètre (cordons antérieurs), tandis que dans d'autres régions ils n'ont que 0,004 de millimètre. Ils paraissent régulièrement cylindriques et, premier fait important à noter, ils ne présentent dans leur continuité rien qui ressemble aux étranglements annulaires décrits par M. Ranvier sur les nerfs périphériques. Les tubes nerveux des centres sont donc, au point de vue morphologique, essentiellement différents de ceux des cordons nerveux proprement dits.

Dans sa portion centrale chaque tube nerveux possède un filament axile, présentant tous les caractères du cylindre d'axe des tubes nerveux périphéi'iques. Dans les préparations, ces cylindres d'axe se montrent souvent isolés, mcT. ENc. 2' s. Xll. 26

402 NERVEUX (anatomie).

et après coloration par le picro-carminate ou le carmin ils sont vivement teints; en rose et leur périphérie reste légèrement granuleuse et incolore, ce qui permet de penser qu'ils sont revêtus d'une gaine analogue à celle de Mauthner. Sur la continuité du filament axile on ne voit jamais de renflements biconiques, ce qui se conçoit d'ailleurs, puisque les tubes nerveux qui nous occupent ne possèdent point d'étranglements annulaires.

Mais la majorité des tubes présente une gaine de myéline que l'osmium teint en noir et qui est formée à la manière de la moelle des nerfs périphériques ; on peut se convaincre de ce dernier lait par l'examen des tubes nerveux fixés par l'osmium et dissociés à l'aide d'aiguilles; mais c'est surtout sur les coupes transversales faites après l'action de l'osmium, ou effectuées après durcissement dans les solutions chromiques, que la gaine de myéline offre des dispositions régulières. Sur de pareilles coupes transversales on voit la coupe optique de chaque tube se montrer sous la forme d'un cercle parfait. Au centre de chacun de ces cercles, on voit la coupe du cylindre d'axe qui se montre comme un point rouge dans les préparations colorées au carmin. Autour de ce point central sont des zones concentriques de myéline en nombre variable, et disposées de telle sorte que l'étui médullaire présente l'aspect de la tranche d'une main de papier dont on aurait affronté les bords.

Gerlach, qui signala le premier cette stratification de la myéline dans les tubes nerveux de la moelle épinièi'e, l'avait faussement rapportée à l'action des réactifs coagulants s'opérant en plusieurs temps. Je ne m'arrêterai pas davantage sur ce sujet, l'interprétation des stries concentriques de la myéline ayant été longuement discutée par moi dans l'article Nerfs {voy. Nerfs, Gaines de myéline).

Jusqu'ici nous venons de voir le tube nerveux à moelle constitué, sauf l'absence des étranglements annulaires, d'une façon très-analogue au tube nerveux ?i moelle des cordons périphériques. Mais actuellement des différences capitales surgissent entre les deux ordres de cordons conducteurs. La majorité des histologistes, et parmi eux Gerlach, auteur du dernier article d'ensemble sur la matière [Manuel de Stricker, traduction anglaise, 1872, p. 628), affirment que les tubes nerveux des centres ne possèdent point de gaîne de Schwann ; d'après Gerlach, cette gaîne serait remplacée par un réseau tubulaire et très-délicat de fibres élastiques. Cependant, ils ne considèrent pas la gaîne de Schwann comme manquant absolument, mais comme si intimement liée à la névroglie qu'elle n'en peut être séparée. Nous discuterons plus longuement cette question à propos du tissu connectif des centres nerveux. Il est néanmoins nécessaire de dire que M. Ranvier a montré l'existence d'une double gaîne tubulaire qui environne l'étui de myéline et dont les feuillets sont superposés. Cette gaîne ne peut être considérée comme l'analogue de celle de Schvvann, puisqu'elle n'otfre pas d'étranglements annulaires et que ses rapports avec les noyauv des nerfs d'une part, de l'autre avec le tissu connectif qui les unit et les sépare, ne sont jusqu'ici nullement connus.

Il est donc difficile d'indiquer, dans l'état actuel de la science, quels sont les rapports morphologiques des tubes nerveux qui composent la substance blanche et de ceux qui, par leur réunion, forment les nerfs périphériques. Nous avons i-econnu que ces derniers peuvent être considérés, au point de vue de l'anatomie générale, comme une série de cellules placées bout à bout et traversées par le cylindre-axe qu'elles isolent, qu'elles protègent, qu'elles soutiennent, en même temps qu'au niveau de leur point d'union elles sont disposées pour sa

NERVEUX (anatomie). 405

nutrition. Mais dans lu substance blanche d.-s cciiUos nervcuv il est actuellement impossible de résoudre b tube nerveux en une série d'équivalents cellulaires analogues aux segments interannulaires des nerfs, et ce point important de la morphologie peut être considéré comme absolument à déterminer. - Nous n'étudierons pas ici en détail les fibres de Remak. Si la connaissance des tubes nerveux à myéline des centres nerveux est restée jusqu'ici incomplète, celle des fibres sans moelle est tout entière à faire. La disposition du réseau des fibi'es de Remak a d'ailleurs été indiquée à propos des cordons nerveux, et nous avons dit alors tout ce que nous en pouvions dire {voy. Nerfs, Cordons nerveux. Fibres de Remak).

o" Résumé de la constitution morphologique des cellules multipolaires et

DE LEURS rapports CONNUS ENTRE ELLES ET LES TUBES NERVEUX DES CENTRES. NoUS

avons vu que la cellule multipolaire est un élément liistologique absolument différencié. A la périphérie de cette cellule on voit une édification protoplasmique très-complexe, formée de substance striée, et dont les stries se poursuivent sur une multitude de prolongements, mais prennent dans un seul (le prolongement de Deiters) le caractère des fibrilles du cylindre d'axe. On sait qu'au bout d'un certain trajet le prolongement de Deiters s'entoure de myéline et constitue un tube nerveux des centres. On ne sait pas quelle est l'origine exacte, au contraire, des cylindres d'axe nus ou fibres de Remak. Ces dernières fibres émanent-elles d'un prolongement cylindre-axe, ou de prolongements protoplasmiques? on l'ignore absolument, c'est une étude à faire.

Actuellement nous devons nous préoccuper d'une question qui jusqu'ici avait été très-conti'oversée sans être jamais résolue. Nous avons étudié dans les centres nerveux myélencéphaliques les cellules multipolaires simplement au point de vue de leur constitution morphologique. Mais l'observateur le moins attentif reconnaîtra sans peine que, parmi ces éléments, il en est de dimensions pour ainsi dire colossales, sur divers points des centres nerveux, tandis que dans d'autres îlots de substance grise les cellules nerveuses multipolaires sont de dimensions variables et souvent arrivent à une petitesse extrême.

Existe-t-il : 1° des différences intrinsèques entre les cellules multipolaires de volume différent ; 2° existe-t-il des relations entre la taille des cellules et celle des nerfs dont elles constituent les noyaux d'origine ?

Depuis les travaux de Charles Bell et de Magendie, les auteurs qui se sont succédé ont cherché à diviser les cellules multipolaires en motrices et sensitives. Nombre d'anatoraistes, prenant pour type de leur description les grandes cellules de la substance grise des cornes antérieures qui sont en rapport direct, comme ou le sait, avec les racines motrices, ont considéré comme appartenant en propre au système moteur les cellules gigantesques des cornes antérieures du renflement lombaire. On a même appelé exclusivement ces grandes cellules les cellules motrices. Néanmoins, la recherche comparative ayant pour but d'établir entre les diverses cellules multipolaires des rapports de grandeur déterminés a conduit rapidement les observateurs à conclure qu'il n'existait point de dimensions pour ainsi dire typiques dont on put se servir pour établir par la simple inspection la fonction motrice ou sensitive des diverses cellules multipolaires. Considéré de la sorte, le problème morphologique était considérablement obscurci, et l'expérimentation physiologique seule pouvait être considérée comme un moyen sûr de détermination des fonctions des cellules, abstraction faite de leurs dimensions respectives. Tel était l'état de la question, lorsque mon collèirne et ami M. le

404 iNERVEUX (anatomik).

professeur Pierret l'a reprise à un point de vue tout nouveau. Je vais exposer ici brièvement les résultats auxquels il est arrivé.

M. PieiTet [Comptes rendus de l'Académie des sciences, p. 1422-1425; 1878) a étudié séparément les dimensions des cellules dans les masses grises motrices et dans les sensitives. Il a montré que les plus grandes cellules nerveuses connues sont situées dans les ganglions moteurs, ou cornes antérieures du renllement lombaire de la moelle, et dans les circonvolutions fronto-pariétales du cerveau. Or, d'une part, les nerfs moteurs qui émanent du renflement lombaire, les sciatiques, par exemple, sont les plus longs et les plus volumineux du corps humain. Ils prennent donc naissance précisément dans le point où l'on trouve les plus grosses cellules multipolaires. D'autre part, les énormes cellules du lobe paracentral paraissent commander, comme on sait, les mouvements des membres inférieurs. De telle sorte que, dans ce cas particulier, les cellules qui semblent porter leur action à la plus grande distance sont aussi celles dont le volume et les dimensions sont plus considérables. Sans poursuivre l'analyse dans ses détails, je donnerai tout d'abord la formule de la loi proposée par M. Pierret ; c'est à savoir : les dimensions des cellules motrices ou sensitives des centres nerveux sont, chez riiomme, en raison directe de la distance qui les sépare, d'une part, de l'organô périphérique qu'elles innervent, et, d'autre part, du centre cérébral qui est le point de départ des actions excito-motriceset des impressions sensitives. En d'autres termes, les dimensions des cellules nerveuses sont sensiblement en raison directe du parcours des incitations motrices qui en partent ou des excitations sensitives qui y arrivent.

Si l'on étudie, en effet, comparativement la longueur des nerfs partis des centres ganglionnaires et la grosseur des cellules multipolaires de ces mêmes centres, on voit qu'à la région dorsale de la moelle les cellules antérieures sont de moitié plus petites que celles de la région lombaire. Les nerfs qui émanent de cette région sont relativement courts, si on les compare à ceux des membres inférieurs, et, d'un autre côté, la distance qui les sépare du cerveau tend à diminuer. A la région cervicale les cellules motrices sont plus volumineuses que celles de la région dorsale, ce qui tient à la longueur des nerfs brachiaux ; inversement elles sont plus petites que celles de la région lombaire, ce qui peut s'expliquer par la moindre distance qui les sépare des centres cérébraux qui commandent leur action. Des observations analogues peuvent être faites pour l'hypoglosse, les oculo-moteurs, etc. L'étude des cellules sensitives conduit à des résultats absolument identiques, les plus grosses d'entre elles se rencontrant dans les colonnes de Clarke au voisinage de la région lombaire, les plus petites existant dans le nerf sensitif le plus court, et aussi le plus rapproché des lobes occipitaux, l'acoustique.

11 suit de là que, d'après la formule de Pierret, la grosseur des éléments multipolaires est proportionnelle à leur portée physiologique, si l'on entend par ce dernier terme la distance à parcourir par l'influx nerveux de la cellule oii il est élaboré à l'organe périphérique moteur ou sensitif.

4° Tissu conjonctif des centres nerveux myélencéphai.iques ; névroglie. Les centres nerveux ne sont pas uniquement formés par des éléments servant à la génération ou à la conduction de l'influx nerveux. Gomme tous les autres tissus complexes celui des centres est soutenu, cloisonné et nourri, par l'intermédiaire du tissu connectif.

Le tissu connectif du myélencéphale doit être soigneusement distingué en

NERVEUX (a.vatomie). *f*5

deux variétés très-diverses : 1° un tissu formant la charpente du centre nerveux et sou squelette pour ainsi dire, c'est le tissu fasclculant; 2" une aulre variété du tissu connectif entourant les éléments nerveux et les séparant les uns des autres leur sert de milieu intéi-ieur, d'organe lymphatique, et concourt à leur nutrition, c'est la névroglie proprement dite.

a. Tissu de soutènement, tissu fasciculant. On sait que les méninges entourent d'un système compliqué les centres nerveux myélencéphaliqnes. Sans insister pour le moment sur leur description, qui a été faite ailleiu^s (Mé.m>ges), on n'ignore pas que le cerveau et la moelle sont immédiatement et étroitement embrassés par une membrane fibro-vasculaire particulière, la pie-mère. Le tissu conjonctif de cette membrane supporte les vaisseaux sur la disposition desquels nous insisterons un peu plus loin ; elle est d'ailleurs formée d'un tissu connectit modelé, c'est4-dire dans lequel les éléments cellulaires sont plus ou moins nettement ordonnés, relativement à la trame conjonctive. Mais autour de la moelle elle ne se comporte pas absolument de la même façon que le fait la gaine lamelleuse à l'égard du cordon nerveux périphérique, c'est-à-dire que, daus ses portions immédiatement adjacentes au centre nerveux, elle n'affecte pas la disposition finement feuilletée et pour ainsi dire hyaline de la gauie lamelleuse du nerf. La pie-mère entoure la moelle et l'encéphale de toutes parts sans acquérir une disposition nettement stratifiée, puis elle envoie dans l'intérieur du centre nerveux une séiie de cloisons qui se subdivisent indéfiniment et qui circonscrivent sous forme de fascicules des portions de la substance blanche qui forme l'écorce du centre nerveux. Ces portions diminuent graduellement de volume, de façon que, sur une coupe, leur aire de section est aussi graduellement décroissante. Ainsi se trouve constitué l'appareil de soutènement du centre nerveux. Cet appareil de soutènement, non-seulement cloisonne la masse, mais encore renferme dans l'épaisseur de ses parois résistantes les vaisseaux de distribution, c'est-à-dire les petites artères et les petites veines. N^ous répétons ici ce que nous avons dit à propos du tissu connectif fasciculant des cordons nerveux. La consistance des éléments nerveux proprement dits est très-peu considérable; ces éléments sont mous et semi-liquides. Tous les vaisseaux autres que les capillaires, c'est-à-dire ceux dans lesquels l'effet des mouvements circulatoires peut se transmettre brusquement, devaient être soutenus par un appareil résistant destiné à empêcher le brusque retentissement de leurs changements d'état sur les éléments délicats au milieu desquels ils sont situés. Aussi, là oîi cesse le système de lames connectives cloisonnantes, cessent aussi les artériolcs et les veinules, c'est-à-dire les vaisseaux de canalisation. Le réseau capillaire est tout entier plongé dans la névroglie,

b. Tissu connectif de la nutrition, névroglie. Cette substance intercalaire, signalée en 1811 par Keuffel, a reçu son nom de Yirchow. On discute encore sur sa nature. Les premiers auteurs l'avaient appelée ciment nerveux; d'autres, différant peu de cette opinion, lui ont donné le nom de matière amorphe des centres nerveux (Ch. Robin). Il est extrêmement facile de voir que bien au contraire la névroglie est absolument figurée et constitue un tissu particulier défini. Pour le dire de suite, ce tissu est à très-peu de chose près identique au tissu conjonctif intra-fasciculaire des nerfs périphériques {votj. Cordo.xs

KERVEDX).

Si l'on pratique après durcissement convenable, et perpendiculairement à sou axe, une coupe de la moelle épinière d'un vertébré, l'on reconnaît qu'entre

406 NEUVEUX (a.natomie).

les tubes nerveux coupés en travers, et sur les points où cessent d'être visibles les cloisons fibreuses du tissu fasciculant, il existe néanmoins un tissu intercalaire. Ce tissu semble formé, sur les coupes minces que l'on a traitées par le pinceau pour chasser les tubes nerveux, par un tissu réticulé semblable à celui d'un ganglion. Il paraît formé de mailles, arrondies pour loger les tubes, et présentant une aire variable qui correspond aux dimensions également variables de ces derniers. Je ferai i-emarquer qu'on obtiendrait exactement le même résultat en traitant par le pinceau une coupe du parenchyme rénal pratiquée perpendiculairement à la direction des tubes urinifères. C'est cependant sur de pareilles données que nombre d'auteurs ont conclu que le réseau de la névroglie est identique ou analogue au tissu lymphoïde ou adénoïde de His. Kôlliker, entre autres, considère ce tissu comme formé de cellules étoilées et anastomosées. Les histologistes précités ont simplement tous commis l'erreur faite par Virchow lorsque, se fondant sur la coupe transversale d'un tendon, il admettait au sein de ce dernier un réseau de cellules étoilées existant dans tous les plans. 11 suffit, en effet, de pratiquer une coupe de la moelle parallèlement à son axe, c'està-dire à la direction générale des faisceaux blancs, pour voir disparaître l'aspect réticulé en apparence caractéristique. Une autre eri'eur est celle de Gerlach, qui, sur des coupes transversales, voyant les travées de la névroglie prendre une apparence granuleuse et résister à certains réactifs, a pensé que le tissu connectif intercalaire aux éléments nerveux consistait en un réseau compliqué de nature élastique. L'aspect granuleux des coupes n'est nettement visible que sur les transversales; les sections longitudinales ne montrent pas cette apparence.

D'un autre côté, sur des préparations laites après congélation, la substance qui unit et sépare les éléments nerveux proprement dits paraît quelquefois simplement homogène. C'est ce qui a conduit Walther à penser que cette substance n'est autre chose qu'un ciment analogue à celui qui unit les épithéliums. L'opinion de Golgi est un peu différente; il croit que l'aspect homogène de la névroglie n'est que le résultat de la coalescence des éléments cellulaires, qui pour lui se termineraient en une multitude de pinceaux de fibrilles délicates que l'action des réactifs résoudrait en granulations.

Le plus simple examen montre que ces conceptions diverses sont pour la plupart erronées. L'encéphale tout entier d'un chien ou d'un mouton est enlevé sur l'animal qu'on vient de sacrifier. Sur cet encéphale, vivant encore pour ainsi dire, la valvule de\'ieussens est mise à nu, arrosée pendant quelques

instants d'une solution d'acide osmique à — — , retranchée avec des ciseaux, puis

colorée à l'aide d'une solution de picro-carminate d'ammoniaque à — — ou d éo-

sine primerose soluble dans l'eau. La membrane est fixée dans sa forme; examinée dans l'eau, elle se montre formée d'une infinité de tubes nerveux à myéline qui ne présentent point d'étranglements annulaires, point d'incisures bien nettes, et qui se branchent en Y un grand nombre de fois. Dans l'intervalle de ces tubes de diamètre excessivement différent, on voit des réseaux de fibres de Remak qui se poursuivent en s'anastomosant dans toutes les directions ; enfin, un réseau connectif d'une délicatesse extrême formé de minuscules faisceaux de fibres qui s'entre-croisent, s'intriquent et se mêlent dans des directions diverses sans jamais affecter la disposition caractéristique des travées du tissu adénoïde. Cette trame conjonctive renferme des éléments cellulaires spéciaux,

>'ERVEUX (anatomie).

son aspect général est sensiblement le même que celui du tissu intra-fasciculaii'e des cordons nerveux : c'est la névroglie proprement dite.

Pour étudier ce tissu connectif, il convient de pratiquer, à l'exemple de M. Ranvier (Ranvier, Comptes rendus deïAcad. des sciences, 1875), des injections

\ interstitielles d'acide osmique à ^r--. dans la substance blanche de la moelle

oOU

épinière. Les éléments sont fixés dans leur forme, les fibres à myéline sont teintes en noir, les fibres de Remak sont reconnaissables à leur disposition typique et, dans ces conditions, une dissociation minutieuse peut mettre en évidence les éléments de la névroglie. Cette dernière se montre, sur des préparations colorées au picro-carminate d'ammoniaque, sous forme d'un tissu connectif très-délicat, dont les faisceaux sont d'une petitesse extrême. Ces faisceaux n'ont pas plus de 1 à 2 a de diamètre. Ce sont cependant des faisceaux et non des fibrilles, car, à l'aide d'un bon objectif à grand angle d'ouverture, on reconnaît que leur structure est complexe et qu'ils sont formés de filaments minuscules. Ils sont coudés et entre-croisés, mais ils se poursuivent à de grandes distances, sans former de chiasmas analogues à ceux des faisceaux conjonctifs du grand épiploon ou des autres tissus réticulés. La direction générale des faisceaux conjonctifs de la névroglie est sensiblement celle des faisceaux de fibres blanches dans la substance corticale. Elle devient au contraire irrégulière au voisinage de la substance prise et dans l'intérieur de cette dernière. Certains auteurs ont décrit parmi ces fibres une grande proportion d'éléments élastiques trèsdélicats. Ces éléments sont certainement peu nombreux, car il m'a été impossible de les déceler en grand nombre par l'action du picro-carminate d'ammoniaque qui teint le tissu élastique en jaune vif, et par la primerose qui le colore avec une élection parfaite en rouge très-intense. On le voit, la trame conjonctive, la tela connectiva n'est point ici disposée pour la résistance. De même que dans le tissu intra-fasciculaire des nerfs, il s'agit ici d'un tissu connectif disposé spécialement pour la nutrition.

Le système des cellules fixes de la névroglie est difficile à apercevoir, rséanmoins, sur une coupe transversale de la moelle pratiquée perpendiculairement à la direction des fibres blanches, et colorée par la purpurine, M. Ranvier a pu voir que ces cellules névrogliques sont ordonnées par rapport aux tubes nerveux. Elles en occupent les intervalles et beaucoup d'entre elles s'apphquent à la surface des tubes à myéline comme le feraient des tuiles courbes de même rayon. Ceci revient à dire qu'à ce niveau les cellules de la névroglie se moulent dans les intervalles des éléments nerveux conducteurs et en prennent l'empreinte. Sur des dissociations ces cellules ont été vues depuis longtemps, et le pi'emier auteur qui les a décrites, Deiters, les a figurées comme des cellules à prolongements multiples, ramifiés dans toutes les directions, très-délicats, ce qui rend l'élément tout entier grossièrement comparable dans sa forme au corps d'une araignée munie de ses pattes grêles. Il est extrêmement facile de retrouver ces cellules araignées (Jastrowitz) dans les portions des centres nerveux qui sont le siège d'une inflammation légère aiguë (Pierret) ou chronique. Le réseau connectif prend alors l'aspect du tissu muqueux au premier stade de son développement, mais dans l'état adulte comme à l'état sain il n'est pas facile de voir la forme exacte de ces éléments. M. Ranvier les a isolés, les a décrits comme des cellules plates, d'une minceur extrême, analogues à celles du tissu connectif lâche, et reposant de place en place sur des nattes de tissu conjonctif

4US NERVEUX (anatomie).

extrêmement délicat. Ce seraient, d'après lui, des prolongements biaises de l'îlot de fibres connectives entre-croisées sur lesquelles repose chaque cellule, qui constitueraient les pointes latérales de la cellule araignée, pointes que l'on aurait prises pour des expansions protoplasmiques délicates. .Mais, autant que je l'ai pu constater sur des préparations de centres nerveux d'abord fixés dans leur forme, puis dissociés soigneusement et colorés à l'aide de faibles solutions de primerose, je pense que les cellules de la névroglie, de même que celles du tissu connectif lâche, sont munies de prolongements rayonnant dans tous les plans, et s'insinuant dans tous les interstices. Le réactif que j'ai employé, lorsqu'il n'est pas trop concentré, ne colore en eifet que le protoplasma qu'il poursuit dans ses expansions les plus délicates. Tous les faisceaux connectifs demeurent au contraire incolores. Il s'agit donc ici de cellules très-comparables aux cellules plates, étoilées, anastomosées et s'étendant dans tous les plans sous forme de nappes protoplasmiques, que j'ai décrites ailleurs, et sur lesquelles je ne reviendrai pas. Quoi qu'il en soit, le fait capital qui résulte de cette description, c'est que mon maître, M. Ranvier, a eu parfaitement raison de séparer la névroglie du tissu réticulé ; elle est au contraire identique dans sa constitution, ainsi qu'il l'a affirmé, avec le tissu conjonctif lâche au sein duquel vivent les éléments anatoraiques différenciés comme au milieu d'une atmosphère lymphatique.

La lymphe en effet circule dans les mailles de la névroglie, et il est possible de développer suffisamment cette dernière pour montrer clairement qu'elle est l'intermédiaire obligé entre les éléments nerveux d'une part et d'autre part les vaisseaux qui les nourrissent. Pour le démontrer, M. Ranvier a fait l'expérience suivante : il pique les cordons blancs de la moelle épinière avec la canule-trocart d'une seringue de Pravaz contenant du bleu de Prusse rendu soluble dans l'eau par des hydratations successives. L'injection bleue ne forme pas de boules, mais file dans les intervalles des tubes nerveux et, les séparant les uns des autres, elle gonfle la région injectée et lui donne une configuration légèrement olivaire. La pièce ultérieurement durcie dans le bichromate d'ammoniaque montre des détails intéressants. Sur les coupes transversales, les tubes nerveux paraissent sous forme de cercles clairs comme immergés dans la masse bleue de l'injection, et qui les sépare tous plus ou moins largement les uns des autres. Au milieu des îlots bleus on voit la coupe des vaisseaux qui sont de la sorte séparés nettement, et par un espace développé, de la paroi des éléments nerveux. Fréquemment, su r des préparations colorées au picro-carminate, on voit soi accolées aux tubes nerveux et les embrassant, soit tendues dans les intervallest bleus, des cellules plates, étoilées et ramifiées de névroglie. On reconnaît donc que dans Tétat normal les vaisseaux sont séparés des éléments nerveux par un espace connectif parcouru par des cellules migratrices, et au sein duquel, par l'intermédiaire duquel, s'effectue la série des échanges nécessaires à la vie et au fonctionnement des éléments anatomiques fixes.

Je n'insiste pas sur la structure de la névroglie au voisinage du canal épendymaire, elle est ici simplement plus serrée. Le voisinage de l'épendyrae est l'un des lieux d'élection où il convient de pratiquer soit des dissociations simples, soit des injections interstitielles pour étudier les éléments connectas. Sur ce point aussi les éléments cellulaires sont nombreux et faciles à isoler, enfin le canal épendymaire est revêtu d'un épitliélium à cils vibratiles décrits pour la première fois par Hannover et qui n'offre rien de très-particulier dans sa

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constitution. Morphologiquement cependant cet épitliélium présente de l'intérêt, car il est le représentant de l'ectoderme primitif inclus au niveau du sillon dorsal chez l'eruhryon.

Nous avons vu que la névroglie joue un rôle prépondérant dans la nutrition du tissu nerveux des centres. Dans certaines circonstances cette névroglie devient surabondante, étouffe par sa prolifération les tubes et les cellules nerveuses auxquels elle est interposée; une véritable cirrliose, une sclérose de la moelle se produit à ce niveau. Je n'ai pas à insister ici sur la manière systématique ou disséminée suivant laquelle se produisent de pareilles lésions {voij. Ataxie LOCOMOTRICE, ScLÉROsE, Tabes), mais je dois dire ici comment la névroglie est transformée dans ces lésions. Comme dans toutes les cirrhoses, c'est ici du tissu fibreux proprement dit, c'est-à-dire un tissu de charpente, qui se substitue au tissu connectif lâche, lymphatique ou de nutrition. C'est pourquoi M. Debove {Archives de physiologie, 1874), en pratiquant des injections interstitielles dans des plaques de sclérose de la moelle, a mis en évidence un stroma connectif résistant et de grandes cellules plates irrégulières. C'est un tissu analogue qui se produit toujours dans les inflammations interstitielles accompagnées de destruction des éléments anatomiques différenciés de l'organe atteint. Autrement dit la structure d'une plaque de sclérose n'apprend absolument rien sur la structure normale de la névroglie.

Je dois enfin signaler ainsi pour mémoire une production particulière découverte par M. Mathias Duval au pourtour du sinus rhomboïdal des oiseaux. Elle consiste, au dire de l'auteur, en un tissu de cellules vésiculeuses, rondes, claires, volumineuses, aplaties par pression réciproque, et très-semblables à celles de la corde dorsale ou du nodule scsamoïde du tendon d'Achille des batraciens anoures. D'après M. Mathias Duval, ces cellules ne pourraient être confondues avec des vésicules adipeuses par ce seul fait que l'osmium ne les teindrait pas en noir. Mais je ne pense pas qu'il faille rattacher de pareilles productions, quelles qu'elles soient, au tissu de la névroglie, et je reviendrai sur ce sujet au cours de cet article en traitant des terminaisons nerveuses sensitives. 5° Vaisseaux sanguins des centres nerveux. Ce n'est pas ici le lieu de décrire au point de vue anatomique proprement dit la disposition et la distribution des artères et des veines dans les centres myélencéphaliques. Pour chacun des points de ce système, cette description a été en effet faite en son lieu. De plus les territoires artériels et veineux, si bien étudiés dans ces derniers temps par M. Duret dans le cerveau de l'homme, n'ont pas une disposition constante dans la série et se moditient avec la morphologie du système nerveux de chaque animal. Je n'entends donc parler ici que de la disposition générale du réseau capillaire dans un centre nerveux myélencéphalique, quel qu'il soit. L'assertion des anciens anatomisles, qui soutenaient que chaque organe possède un réseau vasculaire sanguin typique, est ici d'ailleurs parfaitement applicable. Le réseau capillaire des centres nerveux est tout à fait caractéristique.

D'une manière générale, le réseau sanguin est disposé parallèlement à la direction des fibres blanches. Examinons, par exemple, sa disposition au niveau d'une circonvolution cérébrale ou cérébelleuse. Des fusées artérielles et veineuses s'enfoncent normalement à la surface, puis à leur extrémité et latérale ment donnent insertion à des arcs capillaires. Tant qne le vaisseau est à l'état d'artère ou de petite veine il est contenu dans le septa ou les septula du tissu connectif fasciculant ; les capillaires sont plongés dans la névroglie. Or un fait

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intéressant et qui n'a, je pense, jusqu'ici été signalé par personne, c'est que ces capillaires ont la même disposition fondamentale que celle que l'on observe dans le tissu intra-fasciculaire des cordons nerveux conducteurs. Ils sont constitués par des mailles arciformes, c'est-à-dire recourbés en U et s'agençant de telle façon que les branches des U superposés s'insèrent sur le plein des U placés au-dessus et au-dessous. Les mailles arciformes ne sont pas du reste disposées toutes régulièrement comme le seraient les arches de plusieurs ponts superposés. Certains arcs regardent en haut, d'autres à côté d'eux sont tournés en bas, mais tous sont reliés les uns aux autres de manière à former un système continu. Comme dans les vaisseaux des cordons nerveux, il existe souvent de longues branches anastomotiques entre les différents étages d'un système capillaire commandé par les mêmes vaisseaux de distribution. Mais ce qui est ici caractéristique et qui distingue le réseau vasculaire d'une circonvolution, ou de la couronne rayonnante, par exemple, de celui d'un nerf, c'est que les mailles arciformes interrompues du réseau sont à peu près aussi hautes que larges, tandis qu'elles sont très-allongées dans le réseau capillaire du uei-f.

6" Le s\STÈME LYMPHATIQUE se bomc dans les centres nerveux aux espaces interorganiques d'une part, et aux gaines périvasculaires décrites pour la première fois par M. Robin de l'autre. Il n'existe pas de lymphatiques canaliculés dans les centres nerveux myélencéphaliques. Dans ces dernières années, on a cependant prétendu que les voies lymphatiques pénéti^aient la névroglie et la parcouraient comme des trajets. Celte hypotiièse s'explique par l'idée préconçue que l'on avait de la structure réticulée de la névroglie, et qui réduisait cette dernière à un vaste ganglion lymphatique qui aurait rempli les interstices des éléments nerveux proprement dits. Obersteiner {Ueber einige Lymphmiime im Gehirn. In Wiener Sitzungsberichte, vol. LXI) et après lui Klebs décrivirent notamment dans les centres nerveux, et autour des gi'osses cellules multipolaires, des espaces vides, ovalaires ou circulaires, dans lesquels l'élément cellulaire serait contenu. M. Obersteiner a pensé qu'il s'agissait ici de séreuses en miniature. Il a vu, dit-il, dans ces espaces et leur voisinage, des éléments très-semblables aux cellules lymphatiques proprement dites. Cette observation ne prouve en ellemême rien autre chose que l'existence des cellules lymphatiques dans les mailles de la névroglie, et dans tous les espaces qui se peuvent former au sein de cette dernière. Il en est de même des injections que l'auteur a pratiquées, et qui, comme nous l'avons vu, ne font que développer les mailles du tissu connectif des centres. L'origine des espaces péricellulaires entourant les éléments multipolaires et se prolongeant plus ou moins loin, le long des expansions protoplasmiques de ces dernières, doit être interprétée d'une tout autre façon. Si l'on traite par l'acide osmique de minimes fragments des centres nerveux vivants, ou mieux, si l'on fait pénétrer le réactif autour des éléments anatomiques par le moyen d'une injection interstitielle, on n'observe point d'espace péricellulaire, pour cette raison bien simple que toutes les parties du tissu ont été saisies, coagulées et fixées instantanément dans leur forme exacte. Il en est tout autrement lorsque l'on a opéré le durcissement lentement, sous l'influence des solutions chromiques diluées. Dans ce dernier cas, les éléments anatomiques ne sont pas fixés brusquement dans leur forme, et cette dernière, au fur et à mesure de l'action du réactif, subit des modifications qu'il faut connaître. Toutes les parties molles, demi-liquides, se rétractent dans ce cas en revenant sur elles-mêmes. Le tissu conjonctif, les vaisseaux, toutes les pièces de charpente d'une consistance un peu

NERVEUX (anatomie). ^H

considérable, sont tannées, pour ainsi dire, expulsent leur eau de composition, et reviennent sur elles-mêmes beaucoup moins sensiblement que les masses molles protoplasmiques, mais cependant d'une façon très-notable. C'est ainsi <jue des vaisseaux sanguins ou lymphatiques gonflés par leur contenu liquide se montrent, après l'action de l'acide chromique, sous forme de grands espaces renfermant un caillot central, absolument rétracté ou simplement relié à la paroi vasculaire par une série de pointes. Il serait absurde de conclure de cette apparence que dans un vaisseau vivant la masse sanguine ou lymphatique a normalement une configuration festonnée.

On pourrait multiplier les exemples, mais ce dernier suffit pour expliquer l'origine des espaces péricellulaires. Les cellules multipolaires et leurs prolongements, composés d'un protoplasma délicat, se sont simplement plus rétractés que le cercle de névroglie qui les entoure. De là, la production d'ime cavité artificielle, due purement et simplement au retrait qui s'est opéré autour de la cellule multipolaire. Non-seulement, du reste, l'espace artificiel est produit par l'action des réactifs, mais encore exagéré par les méthodes de préparations ultérieures. Une coupe pratiquée après l'action de l'acide chromique, intéressant un centre ganglionnaire, et montée dans la glycérine, ne montre que de trèsminimes espaces péricellulaires; déshydratons la préparation en la traitant successivement par l'alcool absolu et l'essence de girofles : l'espace périlymphatique aura considérablement augmenté dans ses dimensions. En résumé, cette production n'a d'importance qu'au point de vue de la technique ; au point de vue morphologique, elle n'en a pas, et je partage à ce point de vue les opinions de Ileule et de Golgi. Jamais, d'ailleurs, l'espace périlymphatique n'a montré de revêtement endothélial net, soit continu, sôit discontinu : nous le considérerons pour ces raisons comme n'appartenant pas d'une façon évidente au système lymphatique, dont les trajets canaliculés sont toujours limités du côté de leur cavité par un revêtement endothélial. Les éléments nerveux proprement dits d'une part, et les vaisseaux capillaires de l'autre, n'en sont pas moins en connexion avec les éléments de la lymphe. Ces derniers circulent incessamment, sous forme de cellules indifférentes, douées de mouvements amiboïdes, dans les espaces interorganiques remplis par le tissu connectif des centres. Qu'une congestion active survienne, qu'un œdème se produise, ou qu'une inflammation interstitielle s'effectue, nous les verrons devenir extrêmement nombreux et s'accumuler dans l'intervalle des éléments anatomiques en formant notamment des traînées de cellules embryonnaires au pourtour des vaisseaux. Mais il n'existe ici nulle trace de lymphatiques afférents ; les seules voies canaliculées que l'on puisse l'apporter aux voies de la lymphe sont constituées par les gaines périvasculaires.

Gaines périvasculaires de Ch. Robin. Ces gahies, dont la continuité avec le système lymphatique ne peut être exactement mise en évidence, sont disposées le long des artères de petit calibre, sous forme de manchons qui les entourent. Elles les engaînent totalement, de façon qu'ils flottent en quelque sorte dans la cavité (Ch. Robin, in Thèse de Segond, Paris, I808, page 7, pi. I, fig. 4). Les gaines périvasculaires ne suivent que les vaisseaux de distribution, et au moment où ils se résolvent en capillaires, elles se terminent brusquement en culsde-sac, exactement à la façon de la gahie de Henle, au niveau des points où un tube nerveux cesse d'être entouré de myéline. Lorsque les vaisseaux se branchent en Y, la gaine périvasculaire se divise avec eux en formant au niveau de l'ouverture de l'angle des deux branches une sorte de confluent lâche dans lequel

-II'J KERVEL'X (anatomie).

la bifurcation semble nager librement. Le trajet des gaines se poursuit jusqu'à la face profonde de la pie-mère, mais on ne sait pas exactement quelle est leur terminaison ultérieure au delà de ce niveau [voy. Ch. Robin : Dict. encyclopédique, article Lymphatique, 2^ série, tome Ilf, page 420).

La membrane qui constitue les gaines périvasculaires est hyaline à sa surface interne. Eberth assure y avoir découvert un endothélium continu ; le contenu de la gaîne est formé d'un liquide plus ou moins analogue à la lymphe, renfermant des globules blancs en suspension. J'ai vu fréquemment ces globules blancs, dont le noyau était d'ailleurs actif et bourgeonnant, se montrer chargés de granulations graisseuses plus ou moins abondantes. Ce fait est intéressant, car je l'ai constaté non pas seulement chez l'homme avance en âge, mais encore sur le cerveau de moutons jeunes-adultes. 11 semblerait donc que les cellules migratrices de la lymphe puissent se charger de produits analogues à ceux qui forment l'étui médullaire des tubes nerveux conducteurs, et il est vraisemblable que ce phénomène est corrélatif à la nutrition même des éléments nerveux proprement dits.

Les gaines périvasculaires me paraissent avoir en outre une fonction toute mécanique. Elles isolent pour ainsi dire les troncs vasculaires soumis aux oscillations circulatoires. Ces derniers se trouvent de la sorte séparés des éléments nerveux par une gaîne liquide, c'est-à-dire absolument élastique, qui transforme leurs expansions et leurs déplétions brusques en des actions mécaniques progressives et continues. On sait, en effet, qu'un mouvement intermittent propagé par l'intermédiaire de milieux élastiques tend à se transformer en un mouvement uniforme. Dans cet ordre d'idées, la gaîne périvasculaire prend la signification d'un appareil de perfectionnement. Les vaisseaux de distribution soumis aux oscillations circulatoires sont de la sorte maintenus dans des septa fibreux et isolés des éléments nerveux adjacents par un milieu élastique qui transforme leurs oscillations instantanées en mouvements progressifs et soutenus. En un mot, le contenu liquide de la gaîne périvasculaire agit comme un tampon destiné à atténuer les chocs.

Ainsi s'explique le double cul-de-sac observé aux deux extrémités de la gaîne périvasculaire, l'un à sa terminaison du côté des capillaires, l'autre à l'insertion de la fusée vasculaire sur la pie-mère. L'abouchement en entonnoir de la gaîne dans les espaces lymphatiques périvasculaires hypothétiques de la piemère n'est en effet nullement démontré, et n'est admis que par His {Hls, Ueber ein perivasciilares Canalsystem in den nervôsen Centralorganen. In Zeitschrift fur wissenschafll. Zoologie, 1865, in-8°, p. 127).

Un fait qui montre bien que la gaîne périvasculaire est un organe de résistance est ce que l'on observe à son niveau dans les cas de rupture des vaisseaux qu'elle contient. Le sang du vaisseau rompu ne se répand pas dans ce cas dans le tissu cellulo-nerveux ambiant : il s'accumule dans la gaîne périvasculaire, et constitue une sorte de petit anévrysme disséquant, dont le parcours se prolonge dans toute l'étendue de la gaîne (Cornil et Ranvier, Manuel d'histologie pathologique). Fréquemment aussi, sous l'influence des fortes distensions vasculaires, une diapédèsc plus ou moins considérable se fait dans la gaîne qui entoure le vaisseau. Les globules rouges sont entraînés à la suite des blancs, ils sont détruits sur place, et la gaîne est alors semée soit de pigment, soit de cristaux divers d'origine hémoglobique. Ces résidus ne sont nullement entraînés, comme il arrive ailleurs, par un courant analogue au courant lympliatiquo. L'opinion de

iNERVEUX (anatomieK 415

M. Robin, ou plutôt l'hypothèse en vertu de laquelle il tendrait à penser que la gaine périvasculaire est un organe distinct des voies lymphatiques ordinaires, serait donc admissible jusqu'à un certain point.

Mais, si l'on considère la production précitée au point de vue élevé de l'anatomie générale, il convient de la considérer comme une véritable séreuse. Elle contient les éléments de la lymphe; elle entoure les vaisseaux sanguins à la façon des gaines lymphatiques que l'on observe dans le mésentère de la grenouille; ce que l'on peut dire de moins hasardé dans cette question controversée, c'est qu'il s'agit ici d'une séreuse minuscule qui s'est développée à l'état de poche distincte pour former un organe protecteur et atténuateur des actions mécaniques qui se passent entre les vaisseaux et les tissus nerveux ambiants. Ainsi se forment dans le tissu cellulaire, et même d'une façon totalement adventice, les bourses séreuses sous-cutanées; et, au point de vue purement mécanique, les grandes séreuses proprement dites, la plèvre et le péricarde, par exemple, ont une signification complètement analogue.

Je n'entreprendrai pas ici dans ses détails l'étude des méninges cérébro-spinales [voy. Dure-mère, Méninges, Moelle, Cerveau). Je dois cependant indiquer quelle est, au point de vue morphologique, la constitution des enveloppes des centres nerveux. Chacun sait que ces enveloppes sont de dehors en dedans : la dure-mère, l'arachnoïde et la pie-mère.

Ou sait d'autre part (voy. Nerfs, Cordons nerveux) que les nerfs périphériques sont enveloppés par un système très-complexe de gaines connectives. Existe-t-il au point de vue de l'anatomie générale quelque analogie entre les méninges et les enveloppes connectives du nerf?

La dure-mère est une enveloppe fibreuse constituée absolument sur le type des aponévroses. Elle est formée, comme ces dernières, par des faisceaux conjonctifs disposés en couches stratifiées. Les faisceaux conjonctifs de chaque zone sont ordinairement parallèles entre eux. Les éléments cellulaires sont, comme ceux des tendons, ordonnés par rapport aux faisceaux. Ils présentent également les crêtes d'empreintes dues à l'impression des faisceaux connectifs adjacents sur leur masse protoplasmique molle. Si l'on fait abstraction de l'appareil lymphatique compliqué que renferme le centre phrénique, ce tendon membraniforme peut donner une bonne idée de la constitution histologique de la dure-mère. L'analogie est même ici assez complète, car la face interne ou viscérale de la dure-mère est doublée, comme la face péritonéale du centre phrénique, d'une membrane fenêtrée tout à fait analogue à Tépiploon. C'est au-dessous de cette membrane, c'est-à-dire à sa surface libre, que repose l'endothélium arachnoïdien. C'est de cette membrane fenêtrée que partent une multitude de trabécules qui s'avancent à la rencontre de la pie-mère, au travers de la cavité araclmoidienne, et que MM. Key etRetzius {Aftr. f. ]Sord. nied. Arkiv., BandU, Nr. 21 och 25) ont décrits soigneusement dans leur premier travail. Chacun peut du reste vérifier l'exactitude de cette description. D'un autre côté la pie-mère et les vaisseaux qu'elle renferme sont appliqués exactement à la surface des centres nerveux. Elle comprend deux couches l'une externe, formée de faisceaux conjonctifs parallèles entre eux, l'autre interne de structure complexe. Cette couche interne est constituée par une double membrane de fibres élastiques comprenant dans sa partie moyenne une zone de faisceaux conjonctifs plus ou moins nattés, mais dont la direction f^énérale est annulaire relativement à la direction générale de l'axe nerveux (Key et Ret-

414 KERVEUX (anatomie).

zius, loc. cil.)- 11 n'existe point d'intervalle ni de cavité entre cette membrane et le centre nerveux. Ainsi que nous l'avons dit plus haut, à propos des gaines périvasculaires, l'espace épi-épinal de His n'existe pas, conséquemment il n'existe point de véritable espace conjonctif ou lymphatique interposé entre la pie-mère et les centres.

L'épithélium ou plutôt l'endothélium arachnoïdien tapisse d'une part la face viscérale de la dure-mère, et d'autre part la face pariétale de la piemère. La couche fenêtrée de la première, et la couche connective externe de la seconde, servent de support à ces cellules, qui sont analogues à celles des grandes séreuses pleurale, péritonéale, etc. La cavité de celte séreuse est cloisonnée à l'infmi, soit par des prolongements grêles qui naissent de la lame fenêtrée qui double la dure-mère, soit par des lames ou des replis diversement disposés. Les festons du ligament dentelé, les ponts séreux formés à la base du cerveau par l'arachnoïde, sont connus de tous. Ces expansions membraneuses cloisonnantes, qui traversent de part en part la cavité séreuse, sont, comme c'est la règle en pareil cas, réduites chez l'animal adulte a l'état de lames fenêlrées. Lorsque, en effet, de minces plans membraneux sont disposés dans l'intérieur des grandes cavités lymphatiques, ils sont pleins d'abord, puis, au fur et à mesure du cloisonnement, ils sont percés de mille manières par les cellules migratrices. Les ponts séreux arachnoïdiens se trouvent placés dans des conditions tout à fait identiques à celles qui déterminent la fenctration du grand épiploon et du méso-péricarde. 11 n'est donc pas étonnant que MM. Key et Retzius aient décrit les cloisonnements multiples delà cavité de l'arachnoïde d'une façon très-analogue à celle qu'on emploierait pour exposer la structure de l'épiploon, du méso-péricarde, ou des tractas délicats qui traversent les grandes séreuses de certains animaux, la grenouille, par exemple.

Tous les tractus vasculaires, toutes les brides connectives grêles ou membraniformes qui s'étendent de l'arachnoïde à la dure-mère, sont tapissés d'un cndothélium continu qui les recouvre comme le ferait un vernis. Bien que le liquide céphalo-rachidien, dont je n'ai pas à indiquer ici la distribution, soit trèsdifférent de la lymphe, les éléments de cette dernière sont répandus dans l'arachnoïde, en petit nombre, il est vrai, mais leur présence constante permet d'affirmer qu'il s'agit bien ici d'une séreuse vraie.

Si donc on voulait comparer, de très-loin, il est vrai, les enveloppes de la moelle et de l'encéphale à celles du nerf périphérique, on serait amené à voir dans la dure-mère l'analogue de la portion externe de la gaine lamelleuse du nerf. La gaine lamelleuse, en effet, dans sa portion périphérique, ne diffère pas sensiblement des membranes fibreuses. Dans le nerf périphérique, et disposée à la surface de chacun des fascicules nerveux primitifs, existe une enveloppe hyaline formée par des feuillets d'une minceur extrême et semée de noyaux à formes bizarres placés au centre de cellules irrégulières dont je n'ai pas à faire ici la description. Peut-on comparer cette portion tout à fait interne à la pie-mère des centres nerveux? Je ne le pense pas. Enfin cette couche se continue par intermédiaires insensibles avec la portion fibreuse de la gaîne lamelleuse ; entre les deux rien n'existe pour représenter l'arachnoïde.

11 n'y a donc pas lieu d'identifier, comme le font MM. Key et Retzius, les enveloppes des centres nerveux, avec celles des cordons périphériques. Ces dernières ne sont nullement le prolongement des méninges, et il est irapos-

NERVEUX (anatojiie). -ilT)

sible de considérer l'ensemble du tissu connectif de tout le système nerveux comme une cavité tubuliforme indéfiniment branchée en Y à la façon des ramifications du système vasculaire. J'ai indiqué ailleurs {voy. Nerfs) que les injections faites soit dans les cavités sous-arachnoïdiennes et subdurales,soit pratiquées dans le sens inverse par ponction des nerfs, ne passent de la cavité péri-médullaire dans les enveloppes des nerfs, et réciproquement, que sous des pressions énormes de mercure. A fortiori le faible vis à tergo qui détermine les courants lymphatiques serait absolument incapable de surmonter de pareils obstacles. Il est donc impossible de considérer, avec MM. Axel Key et Retzius, l'ensemble du système nerveux comme baignant dans une cavité lympliatique ramifiée à l'infini et continue partout avec elle-même dans ses diverses ramifications.

La signification des méninges et de la cavité séreuse arachuoïdienne est toute différente, je crois, de celle qu'ont voulu lui assigner MM. Axel Key et Retzius. Le très-petit nombre de cellules migratrices qu'on trouve dans les mailles réticulées qui cloisonnent l'arachnoïde, l'absence de trajets lymphatiques nettement en rapport avec cette grande cavité, concourent à faire penser que la séreuse arachnoïdienne est surtout disposée pour la protection du myélencéphale qu'elle entoure. De môme que la myéline joue un rôle important, comme liquide, pour le maintien de l'intégrité du filament axile, de même que nous avons vu les mêmes éléments nerveux protégés contre les changements brusques de tension vasculaire par un manchon liquide, de même l'axe nerveux tout entier flotte dans le liquide céphalo-rachidien. Ce dernier l'isole, lui enlève, comme à tout corps flottant, une partie de son poids, et permet, en vertu de ce dernier fait, à la résistance de ses matériaux d'être moindre que partout ailleurs. Nulle part davantage que dans la constitution du système nerveux central l'interposition des milieux liquides élastiques entx-e les éléments anatomiques délicats n'est plus évidente et plus saisissable,

La cavité qui règne autour de la moelle est subdivisée en deux. L'une sépare la dure-mère de l'arachnoïde : c'est la cavité subdurale d'Axel Key et de Retzius ; l'autre est interposée entre l'arachnoïde et la pie-mère : c'est la cavité sousarachnoïdienne des mêmes auteurs. Cette distinction n'a d'importance qu'au point de vue de l'anatomie descriptive, mais, comme elle a été introduite récemment dans la nomenclature par Axel Key et Retzius, je devais la signaler, bien que son importance au point de vue de l'anatomie générale soit absolument nulle.

Telles sont les considérations d'anatomie générale pure qu'il est permis de faire au sujet du système nerveux central ou myélencéphalique. Si on les résume, on voit que le myélencéphale a pour origine un repli longitudinal de l'ectoderme qui en forme l'axe central. Tout autour de ce tube d'origine ectodermique des productions secondaires se disposent dans l'ordre suivant.

A l'entour du sillon dorsal fermé qui constitue l'épendyme, on voit paraître rapidement chez l'embryon, entre la masse des proto-vertèbres et le canal épendymaiie, un anneau complet d'une substance qui deviendra plus tard la substance grise. Dans cet anneau primitivement formé de cellules embryonnaires, se différencient, au fur et à mesure du développement, des cellules tout à fait spéciales qui deviendront plus tard les cellules nerveuses. A ce stade du développement, l'axe nerveux primitif est entouré d'une gaine concentrique de substance grise. Ainsi se trouve constitué le centre nerveux proprement dit. Bientôt après se développent les organes de la conduction nerveuse; ceux-ci sont de

416 NERVEUX (a^atomie).

deux ordres. La substance blanclie se dépose d'abord sous forme de quatre zones radiculaires (Pierret), qui sont l'origine des cordons périphériques. Dans les intervalles laissés par l'insertion de ces quatre zones se développent six autres amas de substance blanche, à savoir : les deux cordons latéraux, les deux cordons de GoU, les deux cordons de Turck. Ces nouvelles pièces sont aussi conductrices, mais non plus du centre nerveux à la périphérie, ce sont des connectifs qui relient entre eux les différents étages de la masse ganglionnaire centrale. Ce qu'il convient de faire ressortir ici, c'est que, ce développement terminé, la substance grise est de toutes parts entourée par l'écorce blanche conductrice. Cette loi est générale ; la surface des circonvolutions cérébrales et cérébelleuses n'est pas elle-même située à la périphérie proprement dite du centre nerveux. Elle eu est séparée par une couche très-mince de tubes nerveux des centres, intriqués dans tous les sens et qu'il est facile de mettre en évidence en fixant la surface des circonvolutions dans sa forme par l'action de

l'acide osmique à •— — (Ramier). Mais ici une question se présente : nous avons

fait la comparaison du tissu connectif des centres nerveux avec celui des nerfs; cette comparaison peut-elle être poursuivie, c'est-à-dire pouvons-nous maintenant chercher les analogies et les différences existant entre un cordon nerveux tel que le sciatique, par exemple, et l'axe myélencéphalique tout entier? Pour faire cette comparaison avec fruit, il est nécessaire de pousser plus loin l'étude et de faire la description de ce que l'on appelle les centres ■périphériques.

B. Ceistres périphériques. L'existence de centres périphériques est admise par tous les physiologistes. Néanmoins, comme ce terme porte avec lui, et dans son expression même, une sorte d'apparence paradoxale, je vais d'abord le définir. Cette définition ressort elle-même clairement d'une expérience classique de Claude Bernard. On sait que le ganglion sous-maxillaire peut devenir, après la section de la corde du tympan, l'origine de la sécrétion glandulaire. Si au contraire l'on excite un cordon nerveux quelconque se rendant à une glande sans passer par un ganglion, l'excitation reste absolument stérile, et la glande ne sécrète rien. Il existe donc à la périphérie de véritables centres d'action nerveuse constitués par les ganglions.

En second lieu, sur le trajet de certains nerfs, interposés entre eux et l'organe sensitif ou moteur qu'ils commandent, existent des plexus aux points nodaux desquels on rencontre des éléments cellulaires analogues aux cellules nerveuses des centres. On a constaté que l'existence de ces sortes de rideaux de substance nerveuse exerce une action modificatrice sur l'incitation motrice d'une part (Ranvier, Comptes rendus de l Académie des sciences, 1878), de l'autre, dans certains cas, sur les impressions sensitives. Xous aurons donc à étudier ici tout d'abord deux ordres de centres nerveux périphériques : 1° les centres ganglionnaires; 2° les centres plexiformes.

1° Centres ganglionnaires. Les centres ganglionnaires sont régulièrement disposés sur le trajet des cordons nerveux périphériques. Ils sont toujours mêlés à des tubes nerveux munis de myéline et présentant des segments de Lantermann, ou en connexion avec des réseaux de fibres de Remiak. La morphologie générale devant être faite au point de vue descriptif à l'article Ganglions et à l'article Sympathique, je n'insisterai pas sur ce sujet. Mais au point de vue de l'anatomie générale, leurs éléments constitutifs doivent être décrits soigneuse-

NERVEUX (anmomie). 417

meut, car leur connaissance exacte jette une vive lumière sur la constitution générale des centres nerveux.

Les centres nerveux périphériques les plus simples, chez les Vertébrés, sont ceux que l'on observe le long de certains cordons nerveux des Cyclostomes. Chez la grande lamproie de rivière [Petromyzon fluv.), les nerfs intercostaux se réduisent à d'énormes cylindres d'axe, complètement dépourvus de gaîne médullaire, et qui se branchent en Y, à la façon des cordons nerveux ordinaires; tous présentent l'aspect ple.xiforme des fibres de Remak. Ces nerfs, entièrement cylindraxiles, sont entourés d'une épaisse gaîne lamelleuse qui se subdivise pour former une enveloppe distincte et stratiiiée à chaque filament pris en particulier. De distance en distance, sur le trajet du cylindre d'axe composé de fibrilles noyées dans une substance réfringente et homogène, on voit un corps cellulaire ovoïde ou arrondi, continuant la direction axiale du cylindre-axe, et se fondant avec lui par ses deux polos opposés. Ce renflement est une véritable cellule nerveuse, avec un gros noyau, un nucléole volumineux, un protoplasma pigmenté. La gaîne lamelleuse enveloppe directement, en s'écartant de façon à intei'cepter un espace ovoïde, la cellule ganglionnaire interposée au trajet du nerf. Ainsi se trouve formé un organe de renforcement, simple renflement du filament axile et constitué par une cellule nerveuse véritable. Mais cette disposition qui, à ma connaissance, n'avait pas été signalée jusqu'ici chez les Cyclostomes, subit chez les vertébrés supérieurs une complication en rapport avec la différenciation des organes en vue de fonctions spécialisées. Le centre périphérique représenté par la cellule nerveuse cesse de faire partie intégrante du cylindre d'axe dont il doit renforcer l'action, et les deux éléments, le générateur de l'action nerveuse et son conducteur, commencent à se séparer nettement l'un de l'autre.

Si en effet l'on pratique, comme l'a fait M. Ranvier, une injection interstitielle

d'acide osmique à -— - dans le ganglion de Casser d'un brochet, ou sur l'une des

masses ganglionnaires analogues des Plagiostomes, on peut répéter facilement et compléter dans ses détails tme observation intéressante de Bidder. L'injection étant pratiquée, le ganglion est enlevé, placé dans quelques centimètres cubes d'ime solution osmique au même titre que l'injection, et, au bout de quelques heures, il est lavé à l'eau distillée et soigneusement dissocié à l'aide de lapince et des ciseaux. On isole avec précaution les tubes nerveux, et l'on peut observer sur quelques-uns d'entre eux la disposition suivante. Le tube à myéline présente sur son trajet un renflement globuleux; ce renflement est produit par une cellule qui occupe l'axe même de l'élément. Cette cellule est ordinairement arrondie sous forme d'une sphère ou d'un ellipsoïde très-peu allongé. Elle est formée d'une masse de protoplasma granuleux, homogène, présentant un éclat vitreux caractéristique. La délicatesse de cette masse protoplasmique est extrême, elle se rétracte sous l'influence'^des réactifs comme le ferait un caillot gélatineux de lymphe : aussi fréquemment son bord est-il rendu irrégulier par des festons de retrait. Au centre de la cellule existe un noyau extrêmement volumineux, vésiculeux, renfermant des granulations irrégulières qui se teignent en rouo-e plus foncé que la substance qui les sépare. Au milieu du noyau est un nucléole que le carmin teint en rouge intense et qui possède un éclat gras caractéristique. L'élément que nous venons de décrire est une cellule nerveuse; sa constitution est toujours la même dans les ganglions périphériques disposés sur le trajet des nerfs. J'ajouterai que son protoplasma, semblablement à celui des cellules des PICT. ENC. 2' s. XII. 27

418 NERVEUX (anatomik).

centres myélencéphaliques, renferme fréquemment des masses de pigment jaune qui dessinent, aux deux pôles opposés du noyau et dans le sens axial, des croissants plus ou moins volumineux.

La disposition du tube nerveux au-dessus et au-dessous de la cellule esl absolument caractéristique. A quelque distance de l'élément cellulaire la myéline se termine par une réflexion en forme de bourse, comme au niveau d'un étranglement annulaire. Le cylindre d'axe poursuit son trajet, ses fibrille.^ deviennent de plus en plus distinctes; il atteint l'élément cellulaire et l'enveloppe de ses filaments dissociés, au-dessous de la cellule nerveuse, le fascicule cylindre-axile se reforme, et, après un certain trajet, il s'entoure de nouveau de myéline et poursuit sa route.

La gaine de Henle se poursuit également après que le tube nerveux qu'elle entoure a cessé d'être environné de myéline. Au niveau de la cellule nerveuse, cette gaine se renfle et forme une véritable capsule à l'élément. Cette capsule est tapissée d'un endothélium à noyaux très-nets, équidistants, de telle sorte que la cellule ganglionnaire est contenue dans une séreuse. Cette séreuse est lâche, et, entre sa face viscérale et l'élément qu'elle recouvre, il existe une autre couche d'endothélium disposée à la surface du pinceau de fibrilles nerveuses et l'enveloppant d'une couche continue. Il est difficile de dire si ce second feuillet endothélial est formé par une production particulière ou siège à la surface de la membrane de Schwann prolongée sur le cylindre-axe nu et sur le double cône que forment ses fibrilles en entourant la cellule nerveuse. Quoi qu'il en soit, nous voyons que, contrairement à l'assertion de Bidder, la cellule ganglionnaire n'est plus seulement ici un renflement de la substance du cylindreaxe, mais qu'elle est simplement entourée par ce dernier et enveloppée par ses fibres épanouies en pinceau.

Nous reconnaissons ainsi que la cellule ganglionnaire placée sur le trajet des fils conducteurs, entre deux étranglements annulaires, en quelque sorte séparés pour la recevoir, n'est point confondue avec le cylindre-axe. Elle constitue néanmoins à l'égard de ce dernier un centre de renforcement d^ action nerveuse.

Mais, à mesure que l'on s'élève dans les séi'ies, la plupart des cellules ganglionnaires, au lieu d'être disposées sur l'axe même des tubes nerveux à myéline, sont situées plus ou moins latéralement par rapport à ces derniers, Cette séparation constitue une véritable différenciation qu'il importe de poursuivre dans ses détails.

Lorsqu'on a disposé convenablement le poumon d'une grenouille vivante sous l'appareil de Holmgren, on peut constater que les nerfs pulmonaires se divisent en filaments d'une finesse extrême, et que certaines de leurs ramifications sont foj'mées par des tubes nerveux à myéline uniques. Tout autour de chacun de ces tubes existe une gaine de Henle parfaitement distincte. Je laisse de côté les fibres de Remak plus ou moins nombreuses qui suivent la direction du nerf unitubulaire pour ne considérer que ce dernier. Sur le trajet des tubes nerveux on peut voir de distance en distance des cellules ganglionnaires arrondies et appendues au tube nerveux comme le seraient des grains sessiles d'un épi sur le pédoncule commun. Un certain nombre de cellules nerveuses sont ainsi disposées solitairement le long du trajet de la fibre à myéline; ce sont de véritables petits ganglions monocellulaires. La capsule de ces petits ganglions unicellulaires latéraux est fréquemment composée de plusieurs enveloppes; il se forme sur ce point une véritable gaine lamelleuse. La surface de l'élénienl cel-

NERVEUX (anatomie). 419

lulaire est toujours recouverte d'une couche endotliéliale régulière découverte par Fràntzel et absolument analogue à celle que nous avons décrite dans les cellules placées au milieu du cylindre d'axe dissocié en fibrilles. La cellule présente parfois un double noyau (Remak); sur quelques-unes on peut constater que les deux parties du noyau double sont réunies entre elles par un pont minuscule observé d'abord par Bidder et dont l'existence a été confirmée par Sigmund Mayer et ensuite par nombres d'observateurs. La situation du noyau dans la cellule n'offre rien de plus particulier à noter lorsque ce dernier est simple. Lorsqu'il est double, ses parties sont ou rapprochées ou largement

t'ig. i. — A, Filament nerveux des nerf^ intercostaux de la grande lamproie. — n, noyau; — en, corps de la cellule nerveuse; — j.p., granulations pigmentaires ; — f.a., filament asile; — g,l,, gaine lamelleuse.

i>, tube nerveux du ganglion de Gasser du Brochet. — en., cellule nerveuse; — G.h, gaine de Henle; — g.s., gaîne secondaire; — t.n., tube nerveux à moelle; — f.a., filament asile; — n.s., noyau du segment interannulaire (/î^/(res schématiques).

séparées. Le protosplama cellulaire est tout à fait semblable à celui que nous avons décrit dans les cellules disposées sur le prolongement du cylindre d'axe. Mais ce qui est absolument controversé, c'est la relation du cylindre d'axe du tube nerveux avec la cellule ganglionnaire placée latéralement. Ces rapports sont extrêmement difficiles à déterminer ; ils ne sont nullement évidents dans les préparations des nerfs pulmonaires de la grenouille ou du lézard gris, examinés soit après l'action de l'acide osmique, soit après celle du chlorure d'or à i pour 100 appliqué d'après la méthode deLôwit. Ceci revient à dire que la

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détermination est ici très-dilTicile, car les objets d'étude auxquels je lais allu aion sont de tous les mieuï disposés jiour l'observation. Cependant Lionnel Beale et Julius Arnold ont décrit une disposition plus compliquée. D'après ces auteurs, deux sortes de prolongements naîtraient de la cellule ganglionnaire : l'un sous forme d'une fibre droite, l'autre sous forme d'un prolongement roulé en spirale. Les deux prolongements précités seraient contenus dans l'intérieur de la capsule qui entoure la cellule nerveuse; ils présenteraient sur leur parcours des noyaux analogues à ceux que l'on rencontre à la surface des faisceaux de fibrilles cylindre-axiles qui constituent, par leur réunion, les fibres de Remak. Au bout d'un certain trajet, les deux fibres, spirale et droite, se continueraient avec des tubes nerveux à myéline; Arnold et Beale n'indiquent nullement la façon exacte dont s'effectue ce dernier passage.

Les rapports de la fibre spirale et de la fibre droite entre elles seraient, d'après la même description, excessivement variables. Le filament spiral serait communément moins grêle que la fibre droite, mais la règle ne serait pas absolue. La spirale formée par l'enroulement du filament précité décrirait aussi un nombre de tours excessivement variable dont la fibre droite occuperait plus ou moins nettement l'axe ; et, d'après Beale, le nombre des tours de spire serait en raison directe de l'âge de l'élément cellulaire dont provient le filament. D'un autre côté, la fibre spirale peut manquer (Sigmund Mayer). ^ous commençons à voir que cette disposition compliquée ne présente ni type régulier ni le caractère de constance et de netteté que l'on observe dans les dispositions anatomiques véritablement typiques. Aussi, bon nombre d'anatomistes, et notamment Krause, ont récusé en doute la nature nerveuse du filament spiral et ont rapporté ce dernier soit à des fibres élastiques détachées de la gaine connective qui forme la capsule de la cellule, soit à un vice de préparation résultant de la torsion du pédicule de la cellule nerveuse sur lui-même consécutivement aux manipulations effectuées.

L'origine même des deux prolongements que nous venons de décrire n'est nullement élucidée. Certains auteurs, tels que Arnold, Arnstein, Friintzel, Kollmanu, et jusqu'à un certain point Bidder, pensent que les filaments nerveux naissent du noyau ou du nucléole de la cellule ganglionnaire. D'autres, parmi lesquels Kôlliker et Scliwalbe, nient l'existence de ces connexions. Courvoisier dit avoir suivi la fibre droite jusqu'au voisinage du noyau, mais il ne l'a point vue se termnier ni dans ce dernier, ni dans l'intérieur du nucléole. Sur un très-grand nombre de cellules provenant des ganglions sympathiques des mammifères, Sigmund Mayer a toujours vu, dit-il, la fibre droite naître de la substance cellulaire elle-même sans affecter de rapports avec le noyau ou le nucléole, et, conformément à l'observation de Scliwalbe, il a vu ce filament présenter au niveau de son union avec la cellule une apparence pénicillée. Quant à la fibre spirale qui, d'après Arnold, prendrait son origine dans le nucléole, son origine réelle est tout aussi discutable. Je n'insisterai donc pas davantage sur ce point, renvoyant le lecteur pour les détails aux mémoires originaux et à l'article de Mayer qui les résume dans le manuel de Stricker.

Ce que je viens de dire montre que les seules notions acquises relativement aux connexions des cylindres d'axe et des cellules ganglionnaires des centres périphériques se réduisent à ce que l'on sait sur la disposition des cellules placées dans l'axe des tubes nerveux. Il est parfaitement possible que cette disposition se répète avec quelques modifications dans les masses ganglionnaires

NERVEUX (axatojiie). 421

latérales ; mais ce sujet appelle de nouvelles reclierclies. Nous avons vu que les cellules gangUounaires sont suspendues comme les grains d'un fruit de distance en distance le long des tubes à myéline de certains nerfs viscéraux. Chez le lézard gi is, laceria muralis, celte disposition existe le long de tous les nerfs du poumon et de la trachée. On peut suivre alors nettement la formation des ganglions proprement dits, constitués par la réunion de plusieurs cellules. Au lieu de se présenter isolément, les cellules se rapprochent deux à deux, chacune contenue dans sa capsule distincte; puis trois, quatre cellules insérées le long du nerf par des pédoncules courts se disposent autour de la fibre nerveuse en lormant une sorte de verticille. Lorsque ces cellules sont devenues très-nombreuses sur un point donné, elles s'aplatissent par pression réciproque et forment un petit grain disposé sur le côté du tube nerveux. Le ganglion proprement dit est alors constitué ; il est entouré d'une coque de tissu conncclif analogue dans sa disposition à celui de la gaine lamelleuse des nerfs et qui sert de support à des vaisseaux disposés à la façon de ceux des centres en un réseau de mailles arcifornies irrégulièrement interrompues.

Les ganglions volumineux tels que les ganglions placés au point d'union des deux racines des nerfs spinaux peuvent être considérés comme des ganglions composés. Les cellules nerveuses généralement unipolaires, comme le sont celles que nous venons de décrire, sont intercalées en files disposées dans les intervalles des tubes à myéline. Dans l'intérieur des ganglions, les tubes nerveux se branchent fréquemment en Y ou en T (Ranvier), de telle façon qu'on conçoit qu'en vertu de ces branchements successifs un même tube nerveux puisse être mis en communication avec une infinité de cellules diverses. L'action nerveuse est, par cette disposition, en quelque sorte diffusée. On comprend qu'elle puisse être prolbndément modifiée par l'interposition d'une masse ganglionaire. Si on définit le centre nerveux comme un organe de production ou de renforcement des actions excito-motrices ou des impressions sensitives, on comprend que les productions ganglionnaires doivent être considérées comme de véritables centres nerveux.

Outre les relations existant entre les diverses cellules d'un ganglion par l'intermédiaire des tubes nerveux branchés en Y, découverts par M. Ranvier, il en existe d'autres. Ce second ordre de communications est constitué par des prolongements protoplasraiques analogues ta ceux des cellules multipolaires du myélencéphale, et qui se montrent dans certaines cellules ganglionnaires du grand sympathique. Ces prolongements sont ordinairement courts ; ils unissent les cellules juxtaposées d'un ganglion par des ponts granuleux. Dans le ganglion cœliaque du lapin, Siginund Mayer a vu même certains de ces prolongements s'entourer, à quelque distance de la cellule, d'une gaine de myéline. Ceci revient à dire qu'ils se comporteraient comme les prolongements cylindre-axes des cellules multipolaires. Auerbach a enfin montré que fréquemment deux cellules nerveuses sont enveloppées dans une même capsule, reliées par un pont protoplasmique court, et émettent par leur§,deux pôles opposés chacune un prolongement analogue à celui qui vient d'être décrit. Cette observation a été confirmée par Sigmund Mayer et Schweigger-Seidel. Tous ces faits montrent que les centres ganglionnaires périphériques, qui commencent par se montrer sous forme d'une cellule interposée sur le trajet d'une fibre nerveuse quelconque, se différencient progressivement jusqu'à atteindre la disposition des centres nerveux proprement dits du myélencéphale.

422 NERVEUX (anatomie).

2° Centres nerveux périphériques plexiformes. Au lieu d'être i-éunis en une masse, les centres périphériques peuvent être étalés en plexus. Ils sont alors interposés comme des rideaux entre la terminaison des nerfs et l'origine myélencéphalique de ces derniers. C'est ainsi que sont constitués les plexus d'Aucrbach et Meissner que l'on rencontre dans tous les plans de fibres musculaires lisses, et d'une manière plus générale dans tous les muscles qui ne sont point soumis à l'action directe de la volonté. Le cœur, l'oesophage, les tuniques musculaires intestinales de certains poissons, bien que soustraits à l'influence de la volonté, sont formés de fibres musculaires striées. Inversement, les muscles absolument volontaires du pied des gastéropodes, et tous les muscles des céphalopodes, bien que soumis à l'influence directe de la volonté, sont formés de fibres lisses. M. Ranvier a récemment constaté [Comptes rendus de V Académie des sciences, 1878) que les muscles lisses volontaires du pied de VhélLx pomatia ne présentent sur leur parcours aucun centre ganglionnaire interposé. Tout au contraire, les portions de l'œsophage des mammifères dont la contraction est involontaire sont innervées par des cordons sur le trajet desquels sont disposées de nombreuses cellules ganglionnaires. Avant d'aborder le muscle, ces cordons se lamifient en plexus semés de nombreux éléments cellulaires nerveux sur la description desquels nous insisterons tout à l'heure. Au niveau de ces intrications plexiformes, l'action nerveuse excito-motrice éprouve des modifications importantes, en vertu desquelles les muscles à contractions brusques cessent d'être soumis à l'action directe de l'incitation motrice volontaire. On remarque des plexus analogues sur le trajet de certains nerfs sensitifs, tels, par exemple, que ceux qui se ramifient dans la paroi des séreuses. Ces derniers plexus constituent, chez les Lacertiens, un excellent objet d'étude à cause de la minceur même des parties dans lesquelles ils sont disposés. Je les décrirai donc de préférence en prenant l'un d'eux pour type.

Si l'on enlève les poumons et le cœur d'un lézard gris, en ayant soin de ne pas détruire le péricarde et les feuillets pleuraux minces et transparents qui partent de ce dernier, on peut découvrir dans ces membranes séreuses un système nerveux plexiforme d'une extrême élégance. Pour le mettre en évidence, il convient d'imprégner les séreuses par le chlorure d'or. Voici comment il faut procéder : le cœur, le péricarde et les poumons sont plongés pendant dix minutes dans une solution d'acide formique au quart, légèrement lavés à l'eau distillée, puis placés dans une solution de chlorure d'or à 1 pour 100 pendant dix minutes. On les replace ensuite, après les avoir lavés de nouveau, dans une solution d'acide formique au tiers, et on les abandonne dans cet état pendant douze heures à l'abri de la lumière. Au bout de ce temps, la pièce a pris une coloration d'un beau pourpre violet; elle est lavée à l'eau distillée, et l'on peut en retrancher des lambeaux de plèvre ou de péricarde que l'on étale sur la lame de verre et que l'on monte dans la glycérine saturée de sel marin. L'emploi de cette dernière substance a pour but de rendre la préparation persistante; dans la solution saline neutre, l'or ne continue pas en effet à se réduire comme il le fait dans les solutions acides.

Le péricarde et la plèvre sont formés d'une membrane fibreuse à faisceaux connectifs parallèles supportant l'endothélium. Cette membrane fibreuse est doublée par une lame vasculaire formée de capillaires décrivant des mailles polygonales très-élégantes. Au-dessus des capillaires existe un plexus nerveux d'une grande richesse et constitué comme suit :

NERVEUX (anatojiie). 425

Les nerfs formés de tubes nerveux très-peu nombreux, c'est-à-dire réduits à l'état de iilets minuscules, s'étalent à la surface externe de la membrane iibreuse. Ils sont accompagnés de réseaux de fibres de Remak que le cblorure d'or teint en violet. Ces nerfs à myéline présentent de distance en distance des cellules ganglionnaires arrondies, soit isolées et formant des ganglions monocellulaires, soit disposées en petits groupes. Les tubes à myéline présentent de nombreux branchements en Y ou en T. Après un certain parcours, les branches de CCS divisions, sur le trajet desquelles on voit nettement les étranglements annulaires équidistants, se terminent par une extrémité au niveau de laquelle la myéline cesse d'exister. Cette terminaison répond à la fin d'un segment intcrannulaire, et le cylindre d'axe, nettement fibrillaire, poursuit seul son trajet ultérieur. Le cylindre d'axe rendu libre se divise alors à l'infini en une série de fibrilles élémentaires d'une délicatesse incomparable qui se fiburquent, se l'éunissent s'écartent de nouveau, se joignent à des filaments émanés d'autres cylindres d'axe, et forment de la sorte un plexus de filaments nerveux ponctués et minuscules d'une délicatesse admirable. Le plexus nerveux que nous venons d'indiquer se ramifie au-dessus des vaisseaux en formant un réticulum disposé comme celui d'une dentelle. Les points nodaux du réticulum présentent des particularités importantes à noter.

La majeure partie d'entre eux sont formés par la réunion de trois ou quatre fibrilles émanant de sources diverses; ils offreut l'apparence de chiasmas. Mais de distance en distance on voit au lieu d'un chiasma un élément cellulaire particulier, multipolaire, et dont chaque prolongement se continue avec l'une ou plusieurs des fibrilles du reseau. Ces éléments cellulaires offreut des particularités intéressantes qu'il faut maintenant décrire.

Eléments cellulaires des centres périphériques plexiformes. Nous avons vu que les points nodaux du réseau que nous venons de décrire sont, soit de simples chiasmas, soit des nœuds occupés par des éléments cellulaires. Ces éléments cellulaires sont de deux ordres. Sur les très-petits points nodaux on n'observe pas de cellules. Sur ceux formés par la réunion de plusieurs faisceaux composés chacun de fibrilles multiples on observe des cellules dont le protoplasma s'étend comme un manteau à la surface du faisceau de fibrilles. En un mot, ces cellules se comportent comme celles des réseaux plexiformes étalés de fibres de Remak, réseaux que nous décrirons plus loin dans leurs détails. Mais, outre ces cellules liées aux fibres de Remak, il en existe d'autres qui ne sont point disposées à la surface des faisceaux de fibi^es nerveuses, et qui constituent au contraire le point de concours de trois, quatre ou cinq fibrilles isolées, variqueuses, et d'une délicatesse extrême.

Ces cellules sont formées d'une masse protoplasmique relativement considérable et tout aussi volumineuse que celle des cellules ganglionnaires appendues aux nerfs à myéline ou placées sur l'axe même de ces derniers. Le corps cellulaire est granuleux, semé de vacuoles, il se teint énergiquement en pourpre violet sous l'action de l'or. Le noyau est volumineux, vésiculeux, et renferme un nucléole que l'or colore en violet et dont les contours sont irrégulièrement bosselés, comme on l'observe dans les cellules nerveuses. 11 ne s'agit nullement ici d'éléments connectifs, mais bien de cellules nerveuses spéciales et présentant une grande analogie avec les cellules nerveuses multipolaires des ganglions de la moelle et de l'encéphale. En effet, voici comment se comportent les fibrilles cylindrc-axilcs qui les entourent : elles ne pénètrent pas dans la sub-

424 WERVEUX (anatomie).

stance protoplasmique ; elles passent à sa surface en la contournant. Les filaments, très-grèles et vai"iqueux, passent en décrivant des arcs tout autour de rélément cellulaire et l'environnent d'un réseau très-fin. En résumé, la cellule est placée non plus à la superficie d'un faisceau nerveux, mais bien au centre d'un chiasma. Eu se réunissant, les filaments du chiasma laissent entre eux des espaces angulaires qui sont occupés et comblés par des prolongements protoplasmiques émanés du corps de la cellule. L'analogie entre les éléments que nous venons de déci^ire et l(;s cellules multipolaires du centre encéplialo-médullaire ne paraît pas discutable. Sur le trajet de fibrilles nerveuses cylindre-axiles anastomosées en réseau sont disposés des éléments anatomiques tout à fait analogues à ceux que l'on rencontre dans la substance grise. Dans le centre périphérique que nous venons de décrire, le réseau admis par Gerlacb d'une façon tout hypothétique dans les centres nerveux proprement dits est absolument manifeste; il est étalé sur un plan et reconnaissable au premier abord.

Je ne m'occuperai pas pour le moment de la façon exacte dont se termine dans les séreuses le réseau nerveux qui nous occupe. Mais la constatation d'une semblable disposition me paraît avoir une importance capitale. Nous voyons de la sorte qu'au voisinage de leur terminaison les nerfs qui se distribuent aux organes de la vie végétative présentent une disposition plexiforme analogue à celle qui existe sur le trajet des nerfs moteurs, qui commandent les muscles striés à contraction lente et involontaire. En second lieu, nous voyons qu'à ses deux extrémités le système nerveux, constitué par des filaments dépourvus de myéline, est mis en rapport, à l'aide de communications nombreuses, avec des cellules nerveuses multipolaires.

Telle est, tracée à grands traits, l'anatomie générale des centres nerveux considérés au point de vue des éléments anatomiques qui les composent. Nous pouvons actuellement tenter à un point de vue général la comparaison entre les cordons périphériques, ou nerfs proprement dits, et les centres nerveux. Si nous considérons un nerf mixte tel que le sciati^ue ou le radial, par exemple, nous voyons qu'il est constitué uniquement par des filaments conducteurs, des fibres de Leuvveuhoek et de Remak. De pareils nerfs, sur certains points de leur parcours, peuvent être mis en rapport avec des centres périphériques. Le centre te plus simple sera constitué par une cellule nerveuse enveloppée de toute part par les filaments d'un cylindre-axe dissocié à son niveau et qui l'entoure de ses fibrilles. Par rapport aux éléments conducteui^s, la cellule nerveuse occupe une situation centrale. Cette disposition se maintient dans les centres périphériques plexiformes ; elle est encore accusée dans la moelle et le cerveau. Nous avons constaté en effet, dans ces centres élevés et profondément différenciés, que les cellules ganglionnaires réunies en amas au sein de la substance grise sont enveloppées de tout côté par l'écorce blanche dont les fonctions sont purement vec- Irices.

11. Des terminaisons du système nerveux dans les organes périphériques. LCS

réactions du système nerveux peuvent être divisées en deux grands groupes. 1° les réactions motrices; 2" les réactions sensitives. Ces deux ordres de réactions répondent à deux propriétés maîtresses des éléments vivants : la motricité et la sensibilité. On pourrait joindre aux deux qualités qui précèdent une troisième propriété du système nerveux : c'est à savoir celle de diriger et de régulariser la nutrition des éléments organiques. Ces éléments ne végètent pas, en effet, dans les tissus nour leur nroure compte. Ils modèlent pour ainsi dire

NERVEUX (ANMOMii-.j. 425

leur évolution pour prendre un type défini et entrer utilement dans la constitution du tissu ou de l'organe auquel ils appartiennent. Cette action régulatrice a été, pour la première fois, formulée dans sa généralité par mon illustre maître Claude Bernard. Je me bornerai cependant, dans l'étude des terminaisons des nerfs à la périphérie, à la formule que je viens d'exposer, sans la développer davantage. En effet nous ignorons actuellement d'une manière complète si les fibres régulatrices des fonctions d'évolutiiité sont distinctes des motrices et des sensitives. Nous ne savons pas en second lieu quels sont les rapports de ces fibres régulatrices ou trophiques avec les éléments anatomiques dont elles commandent la nutrition. Je me contenterai donc d'étudier ici les terminaisons des nerfs : A dans les organes du mouvement ; B dans ceux de la sensibilité. A. Termiaaison r.Es kerfs dans les organes nu mouvement. Le mouvement est l'état d'un point matériel qui change de lieu dans l'espace. Considéré de cette façon purement géométrique, le phénomène du mouvement prend une extension considérable. Ses modes peuvent se multiplier à l'infini. Nous avons vu que tous les êtres vivants possèdent la faculté d'exécuter des mouvements, soit pour transporter leur masse entière d'un point de l'espace dans uu autre, soit pour faire changer de lieu, en vue de l'accomplissement de certaines fonctions des points quelconques de leur masse h. l'intérieur même de cette dernière. Pour prendre un exemple, un globule blanc de la lymphe et du sang jouit, dans un milieu oxygéné, de ces deux ordres de propriétés motrices. 11 se li'ansporte tout entier, et à des distances relativement considérables par rapport à ses dimensions, à l'aide de ses expansions temporaires ou pseudopodes. Voilà pour les mouvements extérieurs. Il capte à l'aide des mêmes pseudopodes des matériaux extérieurs alibiles; il se les incorpore, leur fait effectuer un certain trajet dans sa substance molle, les modifie en produisant des actions chimiques, et en expulse les résidus. Voilà pour les mouvements intérieurs. Chez les animaux très-diiférenciés et chez lesquels, conformément à la loi de division du travail, les organes se sont spécialisés et s'adaptent uniquement à leurs fonctions respectives, chacun de ces modes de mouvement a pour les exécuter un organe séparé et modifié dans sa constitution pour sa fonction propre.

Les muscles c.vécutent les mouvements d'ensemble, soit extérieurs, soit intérieurs. Ils sont disposés pour deux modes distincts de la contraction : 1° le mode brusque qui a pour agent la substance contractile striée ; 2" le mode lent dévolu aux éléments musculaires dépourvus de striation transversale. Nous devons étudier, d'abord, les rapports du système nerveux avec les deux ordres de muscles.

Chez certains animaux, les poissons électriques, par exemple, il se développe dans des organes spéciaux de véritables mouvements électriques. On sait actuellement que les phénomènes électriques en général, et en particulier les décharges, doivent être assimilés aux phénomènes d'écoulement des lluides, c'està-dire qu'ils rentrent pleinement dans le cadre de la cinématique. Nous étudierons en second lieu les rapports du système nerveux avec les organes électriques que l'on a comparés avec raison à des muscles modifiés.

Enfin le mouvement organique intérieur se traduit, dans certaines circonstances, comme mouvement mécanique proprement dit, avec une netteté toute particulière. Au premier abord il ne semblerait pas qu'on lut fondé à admettre que les glandes, lors de leur fonctionnement, agissent comme de véï-itables organes du mouvement. Si cependant l'on met en activité la glande sous-

■426 NERVEUX (akatomie).

maxillaire en excitant la corde du tympan, et si d'autre part on met le canal excréteur en rapport avec un manomètre à mercure, on voit le produit delà sécrétion soulever énergiquement au bout de peu de temps la colonne mercurielle. Ce qui soulève cette colonne, c'est évidemment la somme des actions motrices développées par le travail glandulaire. Ce travail fait équilibre à une haute colonne niercurielle. Ceci revient à dire que le travail des glandes peut être évalué, comme celui des muscles, comme celui de toutes les autres foi-ces, enkilugrammètres, si l'on emploie certains artifices. Nous sommes donc fondés à .idmettre avec M. Ranvier que les glandes peuvent être considérées comme des organes particuliers du mouvement. Nous étudierons dans un paragraphe particulier ce que l'on sait des rapports du système nerveux avec les organes moteurs glandulaires.

Les terminaisons des nerfs moteurs dans les organes du mouvement proprement dits, c'est-à-dire dans les muscles, doivent être distinguées soigneusement en deux catégories distinctes : 1° les terminaisons dans les muscles striés ; 2" les terminaisons dans les muscles lisses. Mais avant d'entrer dans cette description il me paraît très-important d'étudier la façon exacte dont se comportent en général les nerfs au voisinage de leurs terminaisons ultimes. Ceci revient à dire que, pour bien comprendre la valeur morphologique de chacune des dispositions anatomiques que l'on observe au niveaji d'une terminaison motrice, il est nécessaire d'étudier dans ses détails ce que j'appellerai une arborisation nerveuse terminale nue.

Sans entrer ici dans l'histoire du développement du cordon nerveux, je rappellerai que dans la lame natatoire des larves d'amphibies il existe, dans les premiers jours qui suivent la sortie du têtard de la masse gélatineuse de l'œuf, un réseau nerveux extrêmement intéressant qui se ramifie dans l'épaisseur de la lame caudale transparente. Ce réseau est en voie d'accroissement, et en choisissant convenablement les objets d'étude, on peut l'observer à un stade tel que les extrémités libres des filaments nerveux puissent être observées facilement. Comme l'étude d'un pareil réseau constitue à mes yeux la clef des dispositions compliquées que l'on observe dans les terminaisons motrices intra-musculaires, je vais la décrire brièvement dans ses principaux détails.

Un têtard de grenouille convenablement choisi est plongé dans une solution d'acide osmique à 1 pour 200 : instantanément tous ses tissus sont fixés dans leur forme. Au bout de quelques heures l'animal est lavé à l'eau distillée, et son expansion caudale retranchée d'un coup de ciseau. Rien n'est alors plus facile que de diviser cette expansion caudale en ses deux moitiés constitutives; il suffit pour cela de le saisir à sa base avec deux paires de pinces, et d'effectuer sous l'eau deux tractions en sens inverse ; la lame natatoire se sépare en deux lames, l'une située à droite de la corde dorsale, l'autre située à gauche. Ces deux lames parfaitement transparentes, colorées soit à l'aide d'une solution d'éosine primerose rendue soluble dans l'eau par l'ébuUition prolongée, soit soumises à l'action du picro-carminate d'ammoniaque, montrent des détails intéressants.

Le réseau nerveux part des côtés latéraux de l'axe notocordien; si l'animal est assez jeune, ce réseau est absolument dépourvu de myéline. Les fibres nerveuses se dirigent d'abord comme des fusées, et obliquement d'avant en arrière, vers les bords latéraux de la lame natatoire. Ces fibres sont formées exactement à la façon des fibres de Remak, c'est-à-dire par des fibrilles cylindre-axiles

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réunies en laisceaux, adjacentes et parallèles entre elles. La fusée principale n'est donc qu'un cylindre d'axe très- volumineux, et dont les fibres composantes sont nettement visibles. Après un certain trajet les fibrilles d'une même fusée se branchent en Y ; au niveau de ce branchement on peut voir qu'il existe un chiasma complet. A partir de cette première division, les bifurcations deviennent fréquentes et régulières, et, à très-peu de chose près, se succèdent comme les divisions d'une dichotomie vraie. Chaque chiasma m'a paru complet, c'està-dire que : 1" la bandelette qui occupe le sommet de l'Y se divise en deux bandelettes, l'une qui va dans la branche droite, l'autre qui va dans la branche gauche; 2° de la branche droite à la branche gauche passent des fibres anastomotiques qui contournent l'angle d'ouverture de l'Y : ce sont des fibrilles anastomotiques arciformes.

De même que les fibres de Remak, ces nerfs sont donc dépourvus de myéline; la disposition de leurs éléments cellulaires propres est ici d'un intérêt tout à fait capital. Si l'on considère les parties périphériques de l'arborisation. Von voit que de distance en distance, mais nullement à des intervalles égaux, des cellules tout à fait analogues à celles des fibres de Remak sont appliquées sur le fascicule cylindre-axile. Tout à fait à la périphérie, les ramifications se terminent par des pointes libres et jamais par un réseau terminal disposé en plexus. Entre les fusées principales il existe, il est vrai, des anastomoses, mais ces dernières deviennent de plus en plus rares à mesure qu'on s'approche de la périphérie. Ceci montre que le réseau embrj'onnaire des nerfs de la lame natatoire des têtards affecte la forme d'une arborisation terminale, et qu'à partir d'un certain moment les seuls éléments de cette arborisation sont des cylindres d'axe à la surface desquels reposent des cellules petites, minces, plates, à noyau allongé et à protoplasma desséché, tout à fait analogues à celles d'un réseau de fibres de Remak ordinaire. Il suffirait d'étaler par la pensée les faisceaux plexiformes de fibres de Remak contenues dans un nerf mixte, le sciatique, par exemple, pour reproduire la disposition qui vient d'être décrite. Le réseau nerveux de la lame natatoire affecte en effet d'abord une disposition plexiforme, puis les rameaux multiples de ces plexus finissent par des arborisations terminales branchées dicliotomiquement et finissant par des pointes isolées les unes des autres. Mais ce qui est important, c'est que les branches de cette arborisation présentent à leur surface des éléments cellulaires propres semés de distance en distance. Ce sont les éléments cellulaires propices de l'arborisation.

Même à une époque oîi l'action de l'osmium ne révèle aucune trace de myéline le long des fibres nerveuses que nous venons de décrire, ces dernières sont entourées d'une membrane d'enveloppe analogue à la gauie de Henle. Je ne fais cependant cette comparaison que sous toutes réserves, car je n'ai jamais pu déterminer par l'action de l'argent, et au pourtour des grosses travées nerveuses, l'apparition d'une couche endothéliale continue. Mais, comme la membrane interne des vaisseaux de l'expansion caudale des larves d'amphibies ne peut pas davantage être imprégnée d'argent, l'objection qui précède perd de sa valeur. Quoiqu'il en soit, jusqu'à une certaine distance les filaments nerveux dépourvus de myéline sont entourés d'une gaine semée de noyaux. Cette gaine est parfaitement visible au niveau des chiasmas ; elle se voit bien surtout dans l'angle d'ouverture de ces derniers où elle apparaît sous forme d'une mince ligue courbe qui réunit en les sous-tendant les deux branches de bifurcation de l'Y. Mais au tur et à mesure que l'on s'approche de la périphérie, et que les branchements

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se multiplient, celle mince gaine s'atténue, et finit par devenir invisible. Il m'a été impossible de constater si elle se poursuit indéfiniment, ou de voir comment elle se termine.

Dans tous les cas nous venons d'acquérir ici des notions très-importantes sur la manière dont se comporte une arborisation nerveuse dépourvue de myéline ; nous constatons que régulièrement sur le trajet de ses brandies se montrent des éléments celbilaires appartenant en propre aux rameaux nerveux. Ces considérations vont faciliter singulièrement l'étude des terminaisons motrices.

Terminaison des nerfs moteurs dans les muscles striés. On pensait coranmnément, avant 1840, que les nerfs moteurs n'avaient aucune connexion intime avec le tissu propre des muscles dont ils commandent la contraction. Les anatomistes admettaient avec Yalentin qu'il n'existait pas sur ce point d'extrémités nerveuses libres, mais bien une série d'anses plus ou moins intriquées les unes dans les autres ou anastomosées à la façon d'un réseau vasculaire sanguin. Un naturaliste français, Doyère, montra qu'il en était tout autrement. Il constata que, cliez les Tardigrades, les nerfs gris qui se rendent dans les muscles se terminent par des filaments uniques et n'offrant point de brandies récurrentes, au niveau d'une sorte de monticule adjacent aux faisceaux musculaires primitifs et faisant corps avec lui; ce monticule est depuis le travail de Doyère connu sous le nom à'eminence ou colline de Doyère. Je pourrais suivre l'bistorique de la question et l'exposer pas à pas, puis étudier les dispositions actuellement connues de la terminaison des nerfs moteurs des muscles striés; je crois, afin d'être clair et bien compris, devoir adopter un ordre absolument inverse. Je vais montrer comment successivement les principaux détails de la terminaison motrice ont été découverts ; je décrirai ensuite cette terminaison telle qu'elle est connue aujourd'hui ; enfin je discuterai en dei'nier lieu les opinions diverses des auteurs à ce sujet, ce qui me permettra de faire un historique à la fois facilement intelligible et résumant la marche progressive des idées.

En 1862, Rouget montra que sur le lézard, et dans toute la série des Mammifères, à partir des Lacertiens, la terminaison des nerfs dans les muscles se fait au niveau d'un amas de substance granuleuse placée sous le sarcolemrae, et dans laquelle le tube nerveux conducteur, réduit à son cylindre-axe, se jette et se termine. Rouget montra, par l'action des acides qui dissolvent la substance contractile des muscles striés, que la plaque motrice terminale est bien contenue à l'intérieur du sarcolemme ; eu effet, le muscle étant détruit, celte plaque nage librement dans l'enveloppe sarcolemniique des faisceaux primitifs.

Rouget considérait la plaque motrice comme un renfiement du cylindre-axe, comme une expansion granuleuse de ce dernier semé de noyaux. En 1865, Krause fit voir qu'il n'en était nullement ainsi ; que le cylindre d'axe dépourvu de myéline, dès qu'il aborde la plaque motrice, se divise dans l'intérieur de cette dernière de façon à former une arborisation terminale dont les branches affectent une disposition à peu près dichotomique.

La même année Riihne montra qu'au-dessous de l'arborisation terminale décrite par Krause se trouve une lame de substance granuleuse, interposée à la substance contractile et aux ramifications du cylindre-axe. Cette substance est semée de grands noyaux ovalaires qui lui appartiennent en propre, et constitue pour ainsi dire la base ou la semelle de l'érainence ou colline motrice au niveau de laquelle se terminent les nerfs des muscles atriés. Nous avons donc à

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considérer dans la terminaison motrice : 1° V arborisation du cylindre d'axe; 2° hy substance gramdeuse qui V entoure ; 5° la lame protoplasmique seme'e de noyaux qui constitue la semelle de tout le système, et qui le sépare de la substance contractile creusée en cupule à son niveau.

Ànahjae histologique des diverses parties constituant par leur ensemble la terminaison des nerfs moteurs dans les muscles striés. Nous étudierons successivement : (a) le bouquet de distribution formé par le nerf moteur au voisinage de sa terminaison ; (b) la disposition des parties au point de contact du faisceau mnscubiire primitif et du tube nerveux qui s'y termine; (c) Yarborisation du cylindre d'axe et le protoplasma qui l'entoure, formant : (d) la lame granuleuse connue sous le nom de semelle de Kûbne.

(a) Bouquet de distribution. Les nerfs à myéline pénètrent dans les intervalles des faisceaux musculaires primitifs sous forme de tubes de Lemvenhoek présentant des étranglements annulaires équidistants. Les branches principales, en abordant le muscle, le croisent plus ou moins obliquement par rapport à la direction axiale de ses fibres. Si l'on enlève l'un des espaces intercostaux du lézard gris après avoir pratiqué dans l'espace une injection interstitielle d'acide osmique à 1 pour cent, l'on prend une bonne idée de la disposition des nerfs par rapport aux muscles. Ces nerfs occupent les intervalles des plans superposés de fibres musculaires. Bientôt ils se divisent. La division s'effectue toujours au niveau d'un étranglement annulaire qui fournit soit deux, soit trois, soit un véritable pinceau de tubes nerveux à myéline qui s'insèrent sur l'étranglement annulaire à la façon des folioles d'une feuille digitée sur le pétiole commun qui les supporte. Les txibes nerveux émanés de ces bouquets ou pinceaux préterminaux marchent dans des directions diverses, se branchent eux-mêmes plus ou moins fréquemment en Y, présentent des segments interannulaires de plus en plus courts, et vont se terminer chacun dans une éminence particulière. Cette première disposition, sur laquelle a insisté mon maître M. Ranvier, me paraît extrêmement importante. On comprend en effet par ce qui précède qu'un tube nerveux unique divisé à son extrémité en un pinceau dont toutes les branches abordent une plaque motrice distribue à un grand nombre de fibres musculaires, et simultanément, l'action nerveuse qui met en jeu leur contractilité. En un mot, nous pouvons nous expliquer de la sorte jusqu'à un certain point la solidarité qui unit entre elles, au moment de la contraction, les diverses parties d'un même faisceau musculaire. La concaténation de ces parties se conçoit pour ainsi dire d'elle-même. Le faisceau musculaire primitif est abordé, par chacune des fibres à moelle du bouquet préterminal, au niveau d'une éminence de Doyère qui se traduit à son pourtour par une légère saillie en forme de monticule.

(b). Etude du point de contact du tube nerveux moteur et du faisceau musculaire contractile. Le tube nerveux à moelle, entouré de sa gaine de Henle, aborde l'éminence terminale soit normalement à sa surface, soit d'une façon un peu oblique. Si l'on examine un plan musculaire très-mince, sur un muscle très-court (les muscles intercostaux du lézard gris doivent être considérés comme le meilleur objet d'étude ; je. suis en ce sens absolument d'accord avec Rouget), et si le muscle est maintenu vivant dans son propre plasma, l'on voit l'éminence de Doyère tout entière sous forme d'une zone arrondie ou elliptique, et renfermant à l'intérieur de sa substance granuleuse une élégante arborisation brillante. 3Iais on n'y distingue aucun autre détail, e.', pour étudier

450 NERVEUX (anatomie)

les rapports du muscle et du nerf à leur point de contact, il faut prendre d'autre méthode. Si l'on injecte de l'acide osmique en solution dans l'eau à 1 pour 100, au bout de quelques instants ce muscle est fixé dans sa forme, et, si l'action de l'osmium n'a pas été trop prolongée, l'on peut ultérieurement colorer l'objet à l'aide du picro-carminate d'ammoniaque. Appliquant ce principe, M. Ranvier lave à l'eau distillée les muscles sur lesquels il ne laisse agir l'osmium que pendant une minute environ, puis il effectue la dissociation trèssoigneusement à l'aide de la pince et des ciseaux, évitant de se servir d'aiguilles qui brisent les nerfs et les déforment en les étirant. Sur des terminaisons qui se présentent de profil il a constaté, après coloration par le picro-carminate d'ammoniaque, que la gaine de Henle qui enveloppe la fibre nerveuse terminxile s'écarte de cette dernière au niveau de la plaque motrice, et, se comportant comme un entonnoir renversé appliqué sur la fibre musculaire, se fond avec le sarcolemme qui entoure cette dernière. Ses noyaux se poursuivent en restant équidislants et s'étalent pour ainsi dire à la surface de l'éminence nerveuse. Ces noyaux sont minces, colorés par le carmin exactement à la façon de ceux de la gaine de Henle situés au pourtour du tube nerveux. Ce dernier, contenu à l'intérieur de la gahie précitée évasée en entonnoir, peut se comporter de trois manières distinctes (Ranvier) : 1" Au niveau d'un étranglement annulaire le cylindre d'axe devient libre et poursuit son trajet, entouré encore à sa naissance par la membrane de Schwann qui se prolonge dans sa direction. 2' Avant de donner naissance à un cylindre d'axe, le tube à myéline peut se brancher eu Y. Dans ce cas le cône formé par la gaîiie de Henle se bifurque pour accompagner les deux branches de division, branches formées par des segments interannulaires très-courts. 5" Enfin ces branches de division peuvent être subdivisées à leur tour, de sorte que, avant d'aborder la plaque motrice, le tube nerveux s'épanouit en une sorte de bouquet de fibres à myéline adjacent à cette dernière. Quoi qu'il en soit, le point capital qui résulte de cette observation, c'est qu'à la périphérie de l'éminence motrice, occupant sa surface extérieure, existe une couche de noyaux plats répondant à des cellules endothéliales, et appartenant morphologiquement à la gaîne de Henle confondue sur ce point avec le sarcolemme. Nous appellerons ces noyaux, avec M. Ranvier, les noyaux vaginaux de Véminence terminale.

(c). Etude de V arborisation terminale des nerfs moteurs dans les muscles striés. Il est extrêmement facile de montrer que le mode exact de terminaison du nerf dans l'éminence de Doyère se fait par une arborisation et non par un plexus. Nous avons vu que cette arborisation a été découverte par Krause. La forme de cette dernière peut être mise en évidence par différents procédés, dont le plus élégant est sans contredit celui proposé par E. Fischer. Ce procédé a été répété depuis par M. Ranvier et par moi-même avec de minimes modifications. J'insiste à dessein ici sur la technique parce que l'anatomo-pathologiste doit trouver à sa disposition des méthodes siires et d'un emploi régulier. Jusqu'à présent peu de personnes ont véritablement vu l'arborisation terminale des nerfs moteurs dans sa forme exacte; et cependant combien d'affections nerveuses ou musculaires peuvent et doivent affecter l'union du nerf et du muscle! Les tremblements, les contractures, une foule d'autres syndromes similaires, s'accompagnent-ils d'une lésion quelconque des nerfs qui commandent le muscle, considérés au point de vue de leur jonction? c'est ce qu'on ignore absolument. La méthode que je vais décrire est parfaitement applicable, ainsi que

NERVEUX (anatomie). ^^i

je m'en suis assure', à la solution de la question dans bon nombre de cas.

Je choisirai pom* objet dV-tude les muscles intercostaux du lézard gris, parce que, suivant la remarque de Rouget, ils sont à la fois très-courts et très-riches en terminaisons motrices. Mais la méthode est applicable à tous les autres muscles. Un fragment de muscle est enlevé et placé, jusqu'à ce qu'il devienne transparent, soit dans une solution d'acide formique au quart (la solution au tiers indiquée par Fischer est infiniment trop acide), soit dans du jus de citron fraîchement exprimé (Ranvier). Ce fragment est ensuite retiré du milieu liquide, lavé rapidement dans de l'eau distillée, puis placé, à l'abri de la lumière, dans une solution de chlorure d'or à 1 p. 100 pendant vingt-quatre heures. Au bout de ce temps le fragment enlevé a pris à son centre une coloration d'un beau pourpre violet, tandis que la périphérie est tantôt d'un violet noir, tantôt d'un gris sale. Le muscle est alors placé dans une solution d'acide formique à 1 p. 1000, abandonné pendant quelques heures et dissocié ensuite soigneusement, non à l'aide d'aiguilles, mais avec la pince, les ciseaux, et en opérant constamment sous le liquide. Si, dans ces conditions, c'est-à-dire après une courte immersion dans un milieu faiblement acidulé, les terminaisons nerveuses sont nettement dessinées en violet, on monte la préparation dans la glycérine salée. Si la réduction est incomplète, on la monte dans la glycérine additionnée d'acide formique à 1 p. 100, et l'on expose la pièce à la lumière diffuse jusqu'à réduction convenable ; celle-ci opérée, on substitue de la glycérine salée à la glycérine acidifiée, et la préparation est dès lors persistante; la réduction de l'or est arrêtée en effet par l'action du sel neutre et il ne se produit plus de granulations noires à la surface de la préparation.

L'arborisation se présente alors sous forme de ramifications dichotomiques. Les branches de cette arborisation sont légèrement variqueuses, se divisent en Y un certain nombre de lois, et se terminent par de petites fourches dont les branches écartées finissent, après un court trajet, par un léger renflement. Sur les préparations bien faites, le système formé par les branches de l'arborisation est parfaitement continu, c'est-à-dire que les segments des rameaux arborisés ne se montrent pas interrompus sur leur trajet. Il n'existe pas davantage dans ces conditions de traits d'anastomoses entre les différentes branches. Ceci revient à dire que l'arborisation terminale du nerf se comporte comme celle d'une plante ramifiée suivant le mode bien connu de la dichotomie vraie ou fausse. J'insiste sur ces détails parce que, si l'on emploie exactement la méthode indiquée par Fischer et Lœwit, c'est-à-dire si, après l'action de l'or, on soumet la préparation pendant vingt-quatre heures au contact de l'acide formique au tiers, l'arborisation ne présente plus aucune régularité. D'autre part certains noyaux que nous allons décrire tout à l'iieure ne sont nullement indiqués par les réactifs.

L'arborisation que nous venons de décrire est entourée d'une zone de protoplasma grenu qui en suit les contours comme un nuage. Dans l'intervalle laissé par les branches de la ramification, l'on voit, au sein même du protoplasma, et sur le même plan que celui des rameaux nerveux, d'énormes noyaux elliptiques réservés en blanc pur par le réactif et offrant à leur centre chacun un nucléole coloré par l'or en violet foncé. Ces noyaux sont ceux de la semelle protoplasmique décrite par Kùhne ; quant aux branches nerveuses elles-mêmes, elles ne paraissent pas accompagnées par des noyaux.

Cependant il est une troisième sorte d'éléments nucléaires qui affectent avec

432 NERVEUX (anatomie).

les branches de rarborisation cylindre-axile des rapports tout à fait intimes. Si, comme l'a fait M. Ranvier, l'on examine une éminence de Doyère, sur un muscle vivant dans son propre plasma, l'on voit l'arborisation des cylindres d'axe se dessiner avec une netteté merveilleuse sous forme de prolongements trèsdélicats, obscurs quand on éloigne l'objectif, branchés en Y de distance en distance et à la surface desquels sont des noyaux placés soit à plat, soit sur le côté de la branche sur laquelle ils sont appliqués. Tous ces noyaux; deviennent brillants lorsqu'on éloigne l'objectif. A côté de ces derniers on voit, toujours placés dans les intervalles qui séparent les branches, de grands noyaux plats à o-ros nucléoles qui sont les noyaux de la semelle de Kiihne et qui se montrent tout à fuit distincts des noyaux granuleux appliqués sur les branches de l'arborisation elle-même.

Lorsque le muscle meurt, les ramifications nerveuses de l'éminence de Doyère s'élargissent; les extrémités de ces dernières se renflent en boutons. Ceci montre que l'image de la terminaison nerveuse fournie par les préparations au chlorure d'or est légèrement déformée par un phénomène cadavérique dont il faut tenir compte. Le même élargissement, la même disposition des extrémités en boutons renflés, s'observent lorsqu'on traite une éminence de Doyère vivante par l'alcool dilué au tiers. Cependant, ainsi que M. Ranvier l'a montré, ce dernier réactif doit être préféré à tous les autres. Lui seul permet de voir simultanément : 1° la disposition du nerf au moment où, mis en contact avec le faisceau musculaire primitif, il perd sa myéline et donne naissance à l'arborisation ; 2° la disposition de la gahie de Henle par rapport au sarcolerame et les noyaux de cette gauie ; 5° l'arborisation et ses noyaux ; 4" la lame protoplasmique granuleuse, et ses gros noyaux ovoïdes.

Nous allons résumer maintenant la constitution de l'éminence de Doyère telle qu'on l'observe chez tous les Vertébrés à partir des Lacertiens. Le nerf à myéline aborde le faisceau musculaire primitif en le croisant obliquement. La traîne de Henle qui l'entoure s'élargit en entonnoir à la surface de l'éminence nerveuse et se fond avec le sarcolemme. Cette gahie est doublée d'un revêtement endothélial dont les cellules ont des noyaux plats. Ces noyaux sont les plus superficiels de tous ceux qu'on observe dans la terminaison nerveuse : ce sont les noyaux de la gaine ou noyaux vaginaux (Ranvier).

La gahie de myéline cesse au niveau du point où le nerf perce le sarcolemme. Au-dessous du sarcolemme, le cylindre d'axe, peut-être accompagné jusqu'à sa terminaison ultime par la gauie de Schwann (?), se résoud en une arborisation terminale. Otte arborisation se comporte d'une façon tout à fait analogue à l'arborisation des nerfs embryonnaires et sans myéline de la lame natatoire des têtards. Elle se branche en Y un certain nombre de fois et se termine par des extrémités disposées en fourches. On conçoit actuellement quelle est la valeur morphologique des noyaux qui suivent les branches de l'arborisation. Ces noyaux de V arborisation (Ranvier), disposés à la surface du faisceau de fdaments cylindre-axiles, sont les analogues de ceux des réseaux de fibres de Remak et des arborisations embryonnaires des nerfs de la lame natatoire de larves d'amphibies.

Cette arborisation se ramifie au sein d'une masse protoplasmique semée de

no-yaux qui la sépare de la substance contractile. Les noyaux de cette lame

. granuleuse, décrite par Kùhne sous le nom de semelle, ont été nommés

noyaux fondamentaux par M. Ranvier. Ils ne sont pas disposés, comme le

NERVEUX (anatomie). 455

croyait Kùhne, en lignes continues au-dessous du plan de l'arborisalion du cylindre-axe, mais ils occupent les intervalles des branches de cette dernière où ils sont semés irrégulièrement.

Autrement dit, une cminence de Dojère se compose : i° d'une gaîne extérieure formée par l'élargissement en cône de la gaîne séreuse de Henle; 2'' de l'arborisation cylindre-axile de Krause; 3° de la semelle granuleuse de Kuhne au sein de laquelle la ramification s'étale et se poursuit et qui n'est qu'une niasse protoplasmique semée de noyaux.

Il résulte de ce que nous venons de dire que dans une éminence motrice il existe trois sortes de noyaux. Ces noyaux ont été classés par M. Ranvier comme nous venons de le montrer. Les noyaux vaginaux se colorent par le carmin avec une facilité relative après l'action de l'acide osmiqiie. Dans les mêmes conditions les noyaux de Varborisation se teignent également en rouge, mais ils sont granuleux et n'ont point de nucléoles apparents. Enfin les noyaux de la semelle de Kùhne, ou fondamentaux, ont des dimensions plus grandes que tous les autres et se teignent très-difficilement par le carmin. Je ferai remarquer que ce sont les seuls que l'on observe nettement dans les préparations au chlorure d'or. Dans les recherches d'anatomie pathologique on devra toujours avoir présentes à l'esprit les données qui précèdent, afin de ne pas décrire co:imie des lésions des dispositions normales.

Les terminaisons des nerfs moteurs sont sensiblement identiques, dans le fond, chez tous les mammifères et chez l'homme. L'arborisation est seulement plus serrée et plus compliquée chez les espèces supérieures que chez les Lacertiens. Mais les éminences de Doyère peuvent présenter dans un même muscle des dispositions très-diverses, si on les considère dans leurs détails. Ces différences n'ont point jusqu'ici attiré l'attention des anatomistes. Il est cependant intéressant de les rechercher, surtout si l'on veut ultérieurement appliquer les notions fournies par l'anatomie générale normale à l'anatomie pathologique. Chez un même animal, le lézard gris, et dans les muscles intercostaux, on peut trouver trois types très-différents d'éminences motrices; ce sont : l" la plaque principale simple; 2° la plaque principale composée; 5° la plaque rudimen taire ou accessoire.

Je ne reviendrai pas sur la configuration de la plaque simple, puisque nous venons de la décrire longuement. Quant à la plaque composée, elle est le plus souvent formée de la manière suivante : à une certaine distance, avant d'aborder le faisceau primitif, la fibre à myéline subit un branchement en Y. De ce branchement naissent deux fibres à myéline, à segments interannulaires courts, et enveloppées chacune d'une gaîne de Henle. Ces deux fibres à myéline abordent un même faisceau primitif sur deux points Irès-rapprochés, et d'un même côté de la surface. Elles donnent ensuite chacune lieu à une arborisation de grandes dimensions disposée dans une lame granuleuse distincte. Mais l'une des branches de l'arborisation qui est au-dessus, par exemple, au lieu de se terminer en fourche, vient, par un trajet récurrent et restant entourée d'une minime atmosphère protoplasmique, s'anastomoser avec l'une des branches de l'arborisation qui est au-dessous.

Dans un même fascicule musculaire composé de plusieurs faisceaux primitifs on voit fréquemment la disposition suivante : un même bouquet nerveux préterminal donne naissance à des fibres qui se terminent les unes par une arborisation principale, les autres dans une toute petite plaque motrice que je pro-

DIC.T. F.NC. £° S. XII, 2^

434 NERVEUX (anatomie).

pose d'appeler plaque accessoire. La plaque accessoire diffère de la principale à deux points de vue : 1° elle est toute petite, parfois presque punctiforme; 2" l'arborisation nerveuse qu'elle renferme présente seulement une ou deux branches très-grèles, très-courtes, divisées en Y un très-petit nombre de fois. A cela près d'ailleurs, l'identité est complète. Il ne faudrait pas prendre ces plaques accessoires pour des plaques principales atrophiées on en voie de développement. On rencontre les deux ordres de terminaisons constamment réunis dans un même faisceau secondaire des muscles intercostaux du lézard gris sain et adulte. Mais ici une question se présente : Un même faisceau musculaire primitif ne reçoit-il, dans tout son trajet, qu'une seule plaque motrice? possède-t-il au contraire à la fois une plaque motrice principale et une secondaire? 11 m'a paru que certaines faisceaux primitifs abordés au voisinage d'un de leurs chefs par une plaque motrice principale en présentait une secondaire au voisinage de leur chef opposé. Mais la certitude n'est pas pour moi absolue; il est en effet très-difficile d'isoler une fibre musculaire sur tout son parcours en évitant de rompre ou d'altérer les terminaisons nerveuses qu'elle renferme. Je me contenterai donc ici de poser la question et je chercherai d'ailleurs ultérieurement à l'élucider complètement.

Mais le fait important qui résulte de la disposition que nous venons de décrire, c'est qu'une même fibre nerveuse donnant naissance à deux plaques motrices de grandeurs différentes envoie l'incitation musculaire sous deux formes distinctes à deux points de la substance contractile. D'un autre côté, j'ai constaté positivement la disposition suivante : tout à fait au voisinage de sa terminaison, un tube à myéline à segments courts, émané lui-même d'une des branches du pinceau nerveux préterminal, se divise de nouveau en deux branches. L'une, courte, se rend à une plaque motrice principale, l'autre, longue et grêle, va se jeter loin de son point d'émergence dans un autre faisceau musculaire primitif, et s'y termine par une plaque motrice accessoire. Peut-être cette disposition constitue-t-elle l'un des éléments de la synergie des différents faisceaux musculaires primitifs. A ce point de vue, la disposition que je vais décrire maintenant mérite encore plus que la précédente d'attirer l'attention.

Fuseaux névro-musculaires de KicJme. Si l'on plonge une grenouille dans un bain d'eau chaude à 55 degrés, l'animal se raidit, meurt, et au bout d'un quart d'heure environ tous les faisceaux primitifs de ses muscles s'isolent avec une extrême facilité par la simple agitation dans l'eau. Les muscles d'un lézard traités de la même façon se comportent absolument de même. Ce procédé de dissociation a été indiqué par M. Ranvier (cours du Collège de France, 1876). Si, sur une grenouille ainsi traitée, nous enlevons le sternohyoïdien, ce muscle plat dégagé de ses deux tendons extrêmes se montre terminé, à sa partie supérieure et inférieure, par une ligne dentelée, dessinée par tous les faisceaux primitifs parallèles entre eux dans le muscle planiforme. Ces extrémités décrivent par leur ensemble une courbe à convexité dirigée du côté du tendon. Mais, régulièrement, cette ligne est dépassée, au niveau du chef inférieur et du chef supérieur, par un ou deux petits faisceaux musculaires, excessivement grêles, et présentant un volume qui n'est que le tiers ou le quart de celui des faisceaux primitifs adjacents. Chacun de ces petits faisceaux est strié en long et en travers comme un muscle ordinaire; mais il dépasse constamment en haut et en bas la ligne d'insertion du muscle sur la cupide

NERVEUX (a>'âtomie). 455

tendineuse, et se poursuit comme un trait dans l'épaisseur du tendon lui-même. J'insiste à dessein sur cette disposition. Ce n'est pas chez la grenouille qu'il faut étudier ce faisceau musculaire, car, comme on le verra plus loin, la terminaison des nerfs moteurs dans les muscles de cet animal est tout à fait spéciale. Mais le fuseau musculaire existe chez la couleuvre et le lézard avec des dispositions tout à fait analogues par rapport au corps musculaire entier. Nous l'étudierons donc chez le lézard gris.

M. Ranvier a donné le premier une bonne description des terminaisons des nerfs dans le fuseau musculaire de la couleuvre. J'ai fait la même étude chez le lézard gris où la disposition des nerfs est plus élégante et je crois plus instructive ; c'est pourquoi je choisis de préférence cet objet. Le fuseau musculaire est strié dans toute sa longueur. Dans toute sa longueur également, il est parcouru par une longue plaque motrice. Le nerf, réduit à un seul tube à myéline contenu dans une gaine de Henle, l'aborde par sa partie médiane ou son tiers moyen. Au moment où le tube à myéline devient voisin du fuseau, sa gaine de Henle se multiplie pour ainsi dire. Elle se complique et prend l'aspect d'une gaine lamelleuse analogue à celle des corps de Paccini. La gaîne stratifiée ainsi produite enveloppe le fuseau dans toute sa longueur; c'est elle qui lui donne son apparence. Au niveau de l'entrée du nerf, on voit ce dernier se brancher en^T; des deux branches de l'Y, l'une monte, l'autre descend le long du fuseau musculaire. Chacune de ces branches se divise chemin faisant, et à l'intérieur de la gaîne lamelleuse, de la façon qui suit :

Une première bifurcation donne une branche qui pénètre sous le sarcolemme et donne naissance à une arborisation terminale. La seconde branche continue à longer le muscle, se divise à son tour et donne lieu à deux nouveaux rameaux, dont l'un pénètre sous le sarcolemme et renforce l'arborisation du premier ; dont l'autre continue son trajet pour se brancher encore, etc. Il résulte de cette disposition une arborisation continue disposée le long du fuseau musculaire. Les ramifications cylindre-axiles mont paru, sur des préparations au chlorure d'or, reliées les unes aux autres par des traits d'anastomose. Enfin, M. Ranvier a montré que deux tubes nerveux distincts peuvent se terminer dans un même fuseau névro-musculaire. L'arborisation terminale se ramifie, d'ailleurs, dans une substance granuleuse semée de noyaux fondamentaux analogue à celle d'une émincnce de Doyère ordinaire.

Au dire de Kùhne, chez la couleuvre, la striation transversale serait interrompue sur un certain parcours répondant au plein de la singulière plaque motrice que nous décrivons ; mais M. Ranvier a constaté que, chez les lézards, cette striation n'est interrompue à aucun niveau ; et sur ce point, comme sur tant d'autres, je n'ai fait que constater purement et simplement l'exactitude des intéressantes recherches de mon maître.

Mais quelle est la signification de ces fuseaux névro-musculaires? Au point de vue morphologique, nous voyons dans ces éléments une énorme plaque motrice, incessamment renforcée dans son parcours, et à la constitution de laquelle souvent plusieurs tubes nerveux distincts viennent prendre part. Tout cet appareil nerveux est en rapport avec un faisceau musculaire minuscule, et dont, chez certains animaux, la substance contractile est même interrompue. Je suis donc absolument d'accord avec M. Ranvier pour repousser l'interprétation de Kûhne, qui voyait dans les faisceaux névro-musculaires des faisceaux primitifs en voie de développement ; ce n'est pas ainsi que se dévelop-

4")t> NERVEUX (anatomte).

pent les muscles. Ce ne sont pas davantage des faisceaux en voie d'atrophie; jamais on n'a constaté une pareille disposition dans les muscles en voie de destruction. Ce sont, certainement, comme le dit M. Ronvier, des éléments anatomiques particuliers, et j'ajouterai qu'il se pourrait que de pareils éléments, dont la contraction, si elle existe, est absolument négligeable, pourraient bien être en rapport avec la transmission de l'incitation motrice dans toute la longueur d'un même muscle. Pour parler plus clairement, les fuseaux névro-musculaires pourraient être considérés comme des sortes de signaux. Il est intéressant, en effet, de voir ces petits organes parcourir toute la longueur du muscle au sein desquels ils sont renfermés et dépasser de beaucoup les deux lignes d'inserlion supérieure et inférieure de ce dernier. Il semblei'ait, d'après ces données, que leur action doive s'exercer d'un chef à l'autre de la masse musculaire qu'ils prolongent dans le tendon. Je n'ai aucune peine à avouer que je fais ici une pure hypothèse, mais cette dernière a sur celle de Kûhne l'avantage de ne pas être en désaccord avec les faits observés.

Étude des terminaisons nerveuses viotrices dans les muscles striés de la grenouille : Théorie de Gerlach. Tous les Vertébrés placés dans la série au-dessus des Lacertiens possèdent une éminence terminale motrice analogue à celle que nous venons de décrire. Mais chez les Batraciens anoures la terminaison des nerfs est toute différente, et, bien qu'il ne s'agisse pas d'une article d'anatomie générale comparée, nous ne pouvons nous dispenser de décrire le mode de disposition des nerfs moteurs de la grenouille à leur terminaison. Cette disposition a en effet une valeur morphologique; elle sert de transition entre les terminaisons motrices compliquées observées chez les animaux supérieurs et les modes simples de terminaison que présentent les nerfs dans le muscle lisse. Kiihne fit voir le premier que les nerfs moteurs des muscles striés de la grenouille, arrivés au voisinage du faisceau primitif où ils doivent se terminer, se di\isent et se subdivisent pour former une sorte de buisson terminal, buisson dont les branches perforent ensuite le sarcolemme et se terminent à l'intérieur de ce dernier par des extrémités libres.

Contrairement à Kûhne, Krause et Rouget prétendirent que chez la grenouille les nerfs se terminent dans les muscles par des éminences de Doyère. De son côté Kolliker prétendit "que le buisson nerveux terminal décrit par Kûhne n'envoie aucune ramification à l'intérieur du sarcolemme. C'est dans cet état d'incertitude que mon maître M. Ranvier a trouvé la question; ce qui va suivre est une transcription pure et simple des opinions qu'il a émises sur ce sujet controversé.

Au voisinage des faisceaux musculaires primitifs dans lesquels ils doivent se terminer, les nerfs à myéline donnent naissance à des bouquets préterminaux, c'est-à-dire que d'un même étranglement annulaire, par exemple, partent deux ou trois tubes à myéline nouveaux, ou même davantage, et tous ces tubes poursuivent leur route en se branchant eux-mêmes en Y plus ou moins fréquemment. L'un quelconque des tubes à myéline émané du bouquet préterminal aborde le faisceau musculaire primitif. « Un tube nerveux, au voisinage immédiat de ce faisceau, se divise en deux branches; celles-ci se divisent à leur tour, et leur division se poursuit ainsi jusqu'à ce qu'il en résulte des fibres sans myéline qui se terminent par des extrémités mousses. Tel est le fait observé par Kûhne et qu'il est facile de vérifier » (Ranvier, Leç. sur le système nerv., tome II, page 532; 1877.) Mais ceci ne nous apprend pas : l^si le buisson

NERVEUX (anatomie). ^57

terminal tout entier, à partir de la branche unique qui lui donne naissance, et que M. Pianvier appelle labranche mère, est contenu dans le sarcolemme, ou si seulement les branches émanées dutroncule ^rimiiO^ (branches fiUes de M. Ranvicr) sont les seules qui perforent la membrane enveloppante du faisceau primitif. 2" Il est difficile de dire au premier abord où et comment se fait la pénétration des branches filles. 5'' Enfin, oiî cesse la myéline et où commence la terminaison cylindre-axile nue? Telles sont les principales questions que M. Ranvier s'est posées et qu'il a résolues successivement toutes avec une grande exactitude.

Rùhne considérait l'ensemble tout entier de son buisson terminal comme contenu sous le sarcolemme. Il aftirmait en effet qu'après une longue macération dans l'acide chlorhydrique à 1 pour 1000 la substance musculaire du faisceau primitif était liquide, et qu'on voyait flotter à l'intérieur de la gaine sarcolemmique tout l'ensemble du buisson. Cette expérience n'a pu être répétée par les autres observateurs. Et tout d'abord il est absolument certain que la branche mère du buisson et les premières branches filles qui en émanent sont situées à l'extérieur du sarcolemme. Il suffit pour le démontrer de faire une injection interstitielle d'acide osmique à 1 pour 100 dans les gastro-cnémiens de la grenouille, et d'avoir soin de faire l'observation sur une terminaison nerveuse motrice abordant la fibre musculaire latéralement, c'est-à-dire que l'on peut voir de profil. Sur de pareilles préparations on distingue les anneaux des nerfs, les segments interannulaires, les noyaux de ces segments; enfin l'on suit dans son parcours la membrane de Henle qui enveloppe le nerf et les éléments cellulaires qui en tapissent la face interne. Dans ces conditions M. Ranvier a constaté que toutes les branches du buisson terminal qui contiennent de la myéline sont situées en dehors du sarcolemme. Lorsque, en effet, l'on imprime des mouvements à la lamelle, on voit toute la partie du buisson terminal présentant les ramifications colorées en noir encre de Chine (c'est-à-dire contenant de la myéline) glisser en masse le long du faisceau musculaire primitif auquel elle est juxtaposée. Au niveau du point où les branches du buisson terminal abordent le faisceau musculaire, elles s'écartent à la manière des doigts d'une main, et pour ainsi dire comme pour le saisir ? elles se terminent à la surface du sarcolemme chacune par un étranglement annulaire qui adhère à la surface sarcolemnique et au delà duquel on ne voit absolument rien.

Ce seul fait montre que les branches ultimes et vraiment terminales'du buisson deKùhne sont contenues dans l'intérieur delà gaine même du sarcolemme. S'il en était autrement, les cylindres d'axe émanés des branches du buisson seraient visibles à la surface du faisceau primitif. Pour les suivre à l'intérieur du sarcolemme il convient de faire des préparations à l'acide du chlorure d'or, comme il a été dit précédemment. On voit alors que chacune des branches filles donne naissance à un rameau cylindre-axile; ces derniers, après un court trajet, se divisent quelquefois en Y, assez souvent ils se dirigent dans le sens de la striation longitudinale du muscle. Ceci revient à dire qiie les cylindres d'axe terminaux suivent dans leur trajet la direction des cylindres primitifs. Après un certain parcours ils se terminent librement, le plus souvent sans subir de bifurcations en Y au voisinage de leur portion finale.

Il n'existe pas, tout autour de ces cylindres d'axe intra-musculaires, de substance granuleuse semée de noyaux analogue à celle qui forme dans les éminences de Doyère du lézard la semelle de Kuhne. Il n'existe pas davantage

458 KERVEUX (axatomie).

de bifurcations dichotomiques analogues à celles des plaques motrices. Les nerfs moteurs des muscles de la grenouille ne se terminent donc point par une arborisation proprement dite, mais bien par une série de tiges terminales (Ranvier) qui ne présentent que des ramifications nulles ou rares sur leur parcours.

Ces tiges terminales sont formées de cylindres d'axe dépouillés de myéline. Comme la plupart des ramifications cylindre-axiles , elles présentent des noyaux disposés sur leur tmjet et à leur surface. Ces noyaux ne sont point visibles dans les préparations faites à l'aide de l'acide osmique ; ils ne le sont pas davantage dans celles vues après l'action du chlorure d'or. Pour les mettre en évidence il est nécessaire de colorer les préparations, traitées par l'or, à l'aide de carmin neutre, et de monter ensuite la pièce dans la glycérine formique. On constate alors le long des tiges terminales l'existence de noyaux qui les suivent dans leur parcours. Ces noyaux ne sont pas placés au milieu du faisceau cylindre-axile ; ils sont disposés sur les côtés de ce dernier et s'en montrent séparés par un trait clair dans les préparations soumises à l'action des acides. La dissociation du cylindre d'axe et de ses noyaux satellites est artificielle et tient à l'action du milieu acide au sein duquel la préparation est conservée. On peut montrer, en imprégnant d'argent (Cohnheim) une terminaison nerveuse du muscle de grenouille, que tout l'ensemble des tiges terminales est réservé en blanc, et que les noyaux disposés le long des tiges et sur leur parcours se montrent sous forme de nœuds placés de distance en distance sur le trajet de ces dernières. Les nœuds, vus de profil, ne sont pas séparés de sa tige par un trait noir. Ceci montre que, normalement, ils sont appliqués à la surface du faisceau de cylindres d'axe ; l'action des acides fait voir de son coté, par l'éloignement du noyau sous l'influence du gonflement, que ce dernier ne fait pas partie intégrante du faisceau de fibrilles cylindre-axiles, mais repose seulement à sa surface.

En résumé, la terminaison motrice se fait chez la grenouille de là manière suivante : Le muscle, au lieu d'être abordé par un seul point par le nerf, l'est par plusieurs. L'arborisation terminale est donc ici située partie en dedans du sarcolemme, partie en dehors de ce dernier. Si l'on considère la branche mère du buisson de Kùhne comme l'origine de l'arborisation terminale, l'on voit que les branches de cette dernière sont revêtues de myéline tant qu'elles sont extramusculaires, et en sont dépourvues dès qu'elles se sont mises en rapport, sous le sarcolemme, avec la substance contractile. A ce dernier niveau, du reste, elles se comportent absolument comme toute arborisation cylindre-axile nue. Pour préciser la comparaison entre l'éminence de Doyère et la terminaison qui nous occupe, je suppose que par la pensée l'on tire à moitié hors du sarcolemme l'arborisation terminale d'une plaque motrice du lézard, et que l'on enveloppe de myéline, jusqu'au contact du sarcolemme, toutes les portions des branches de l'arborisation tirées hors de l'enveloppe du faisceau musculaire primitif, on aura la terminaison des nerfs moteurs dans les muscles de la grenouille. Mais il existe ici une différence importante, c'est que, chez la grenouille, l'arborisation n'est point contenue au sein d'une lame ou semelle granuleuse.

On le voit, à part ces différences, le mode de terminaison des nerfs dans les muscles striés de la grenouille et dans ceux des lézards et des mammifères présente ce caractère commun d'être constitué par une arborisation cylindreaxile. Cette arborisation, dans tous les cas, se termine par des tiges qui finis-

NERVEUX (anatomie). 4ô9

sent brusquement à la manière d'une baguette de verre vulgairement appelée agitateur. Ceci veut dire surtout qu'il n'existe pas à l'extrémité des rameaux arborisés de renflements en forme de boutons. Nous avons vu que les apparences de boutons que montrent les arborisations imprégnées par le chlorure d'or sont produites par un gonflement post mortem du faisceau de cylindre d'axe. On ne retrouve pas ces boutons sur les arborisations examinées vivantes. Il en est de même dans les muscles de la grenouille ; les renflements placés sur le trajet des tiges terminales ne sont que les noyaux satellites de ces dernières.

Mais, dans ces derniers temps, la question s'est compliquée sous l'influence des travaux de Gerlach. Cet histologiste a formulé une théorie qui a fait grand bruit et que certains esprits ont surtout acceptée parce qu'elle donnait lieu à une conception très-simple, je pourrais même dire très-élégante, des relations des nerfs avec les muscles. En effet, outre les tiges terminales du buisson de Kiihne, Gerlach, traitant d'une certaine façon difficile à reproduire les muscles de la grenouille par le chlorure d'or, avait vu se montrer dans l'intérieur même de la substance musculaire un réseau gi'anuleux d'une incomparable richesse. Ce réseau s'insinuait dans tous les intervalles laissés entre les cylindres primitifs de la substance contractile ; de telle sorte que, si l'on admettait avec Gerlach sa nature nerveuse, il s'ensuivait que le muscle était parcouru dans tous les sens par un réseau cylindre-axile d'une richesse inouïe, et que la fibre musculaire pouvait être considérée comme une véritable terminaison contractile du nerf. Or, comme on sait que le cylindre d'axe se poursuit, sans rupture de continuité', depuis son origine dans la cellule nerveuse jusqu'à sa terminaison ultime, on voit que le muscle strié se réduisait, dans la conception de Gerlach, à îme véritable cellule nevro-muscidaire tout à fait analogue à celle d'une hydre d'eau douce. La concaténation des deux éléments nerveux et moteur était rendue de la sorte tout à fait claire. Le réseau granuleux décrit par Gerlach sous le nom de réseau nerveux intra-vaginal est d'ailleurs trèsfacile à mettre en évidence. Un muscle de grenouille, de lézard, et même de lapin traité par le chlorure d'or d'après la méthode que nous avons indiquée, ou simplement par celle de Lowit, fait apparaître un admirable réseau de grains, colorés en noir et occupant tous les intervalles des cylindres primitifs.

Ce réseau se poursuit tout aussi bien dans la profondeur du muscle qu'à sa sm^face. Pour le démontrer, il suffit de traiter une préparation de muscle imprégné d'or par l'acide acétique cristallisable. Au bout de quelques secondes le faisceau primitif se décompose, s'effeuille pour ainsi dire en disques de Bowman à la façon d'une pile de monnaie que l'on renverserait. Il se trouve décomposé en rondelles d'une minceur extrême qui nagent dans le liquide additionnel et que l'on peut observer de face ou de profil. De face, toutes les rondelles montrent la coupe optique des cylindres primitifs séparés les uns des autres par la substance qui les unit et qui dessine les champs de Cohnheim. Cette substance unissante est semée de grains violets. Les disques de Bowman vus de profil présentent leurs cylindres primitifs disposés comme des bâtonnets et séparés par des tramées granuleuses semées également de points violets minuscules. En un mot, tous les intervalles des éléments contractiles, tout ce que l'on sait être comblé par le protoplasma musculaire est parcouru par le réseau granuleux. De plus, les points nodaux principaux du réseau partent, chez le lézard, du pourtour des noyaux musculaires réservés en blanc par le chlorure d'or. Bref, le soi-disant réseau nerveux intra-vaginal n'est autre chose que le

440 NERVEUX (anatomie).

protoplasma répandu entre les cylindres primitifs des fibres musculaires ; il n'a aucune connexion avec les terminaisons nerveuses ; chez la grenouille d'hiver, il est presque entièrement formé par des granulations graisseuses ; l'osmium le dessine en brun foncé. C'est un point qui a été parfaitement mis en évidence par Evvald, par Ernest Fischer et par mon maître, M. Ranvier, La théorie de Gerlach est positivement ruinée par ce fait, et si bien, que son auteur ne la soutient plus actuellement que d'une manière très-incomplète et très-modifiée.

Fig. 5. — Schéma de Gerlach.

.'/, faiscecu musculaire primitif; — w, noyaux musculaires; - t.p, trainées photoplasmiques simulant le plexus intia-vagiual; — c.p, cylindres primiiifs.

Fig. 6. — Schéma de Krause.

f.n, filament nerveux; — G.S, G.S', gaine de Schwann ; — f, sarcolemme ; — A, arborisation nerveuse,

Maintenant que nous connaissons la disposition exacte des terminaisons nerveuses dans les muscles striés, nous allons récapituler brièvement les idées ({ui^se sont successivement produites dans la science, eu égard à la façon dont s'effectue la jonction du nerf et du muscle.

Le schéma de Rouget (1862) est le suivant : le nerf aborde le faisceau musculaire, le sarcolemme de ce dernier se fond avec la gaîne de Schwann ; le cylindre d'axe mis en liberté s'épanouit en une masse granuleuse semée de noyaux ; csUe masse est la plaque motrice que découvre l'auteur.

Le schéma de Krause (1865) consiste à considérer la terminaison nerveuse comme extérieure au sarcolemme ; la gaîne de Schwann s'élargit en une sorte de pied appliqué sur le sarcolemme comme un entonnoir renversé au sein duquel est une substance granuleuse renfermant une arborisation terminale que l'auteur découvre et décrit.

Le schéma de Kûhne (1863-1864) considère l'arborisation comme située audessous du sarcolemme à la surface d'une lame granuleuse semée de noyaux, la semelle, que Kûhne signale pour la première fois.

•"• t»^J' IS —

NERVEUX (anatomie). -441

Les schémas de Margô et de Gerlach substituent à ces notions celle d'un re'seau d'anastomoses intra-vaginales.

Enfui, en 1877, dans son cours du Collège de France, M. Ranvier montre quelle est la structure véritable de l'éminence motrice ; il décrit pour la première fois les trois sortes de noyaux qu'elle renferme et Ike l'état actuel de la science sur les rapports de ses parties enti-e elles et avec la substance propre du muscle.

Nous devons maintenant dire un mot de l'éminence de Doyère considérée dans les muscles striés des iuvertébrés ; sa constitution relativement simple est en effet intermédiaire entre les dispositions qui précèdent et celle qu'on observe dans les muscles lisses.

Nous ne dirons rien de la description initiale de Doyère. Plus récemment les recherches de Kupffer {Archiv fur 77iikrosk. Anatomie, tome IX, 2™' fascicule, 1873), et celles de M. Ranvier {Cours du Collège de Frfmce, 187 7), ont montré que chez les lai'ves de Muscidées (Kupffer) et chez l'hydrophile (Ranvier), les nerfs, réduits, comme on sait, chez les invertébrés, à des cylindres d'axe fascicules réunis dans une gaine munie d'un noyau, s'écartent à la manière des fils d'un pinceau ou, plus exactement, comme ;•"- filtre nerve , „ , . .

r . i^. . . -veuse; — n.a, noyaux de 1 arbonsaiioii; — n.i', noyaux

des brins d'osier longitudinaux d'une vaginaux; — n.f, noyaux fondamentaux.

nasse, pour envelopper l'éminence

ou colline granuleuse de Doyère qu'ils recouvrent à la façon d'un entonnoir renversé. Du reste, on ne peut suivre longtemps les fibrilles du cylindre d'axe. Il est donc tout à fuit difficile de dire si elles se terminent par des ramifications mtimes, comme l'ont soutenu Kiihne et Cohnheim. Le cône granuleux qui constitue le centre de l'éminence est parfois muni d'un noyau. A sa base cette même colline protoplasmique présente, en outre, communément d'autres noyaux assez nombi'eux signalés par Kûhne et par Margô. La gaine à noyaux qui entoure le nerf sans myéline se confond, au pourtour de l'éminence nerveuse, avec le sarcolemme du faisceau musculaire primitif. De même que toutes les autres éminences motrices, celle des invertébrés est donc située sous le sarcolemme; c'est là un fait intéressant bien mis en lumière par M. Ranvier. De plus, le même auteur a fait voir que, contrairement à ce que croyaient Kûline et Rouget, la masse granuleuse centrale est absolument distincte des cylindres d'axe proprement dits qui l'entourent et n'est nullement un renflement pur et simple de ce dernier.

Terminaison des nerfs dans les muscles lisses. La disposition des nerfs

Fis. 1. — Scliéina Je M. Raiivier.

AU NERVEUX (anatomie).

moteurs clans les muscles lisses a été l'objet de recherches et de controverses nombreuses. Nous avons vu que Auerbach et Meissener ont montré que les plans musculaires formés de fibres-cellules renfermaient communément des plexus nerveux disposés sous forme de véritables centres périphériques. Les ramifications nerveuses qui forment ces plexus sont disposées le plus souvent sous forme de plans superposés. Dans la constitution de ces plans nerveux plexiformes enti'ent des fibres à myéline et d'autres qui en sont privées, comme nous l'avons dit plus haut à propos des centres périphériques disposés en plexus. Nous n'insisterons pas davantage sur ce sujet. Hénocque, Julius Arnold, ont décrit avec grand soin les différents étages plexifoi^mes : l'un formé par des fibres nerveuses volumineuses, et enveloppant chaque fascicule musculaire un peu important; un second, intermédiaire, disposé dans les intervalles des fascicules musculaires secondaires; enfin, un dernier, le plexus intra-musculaire, qui constitue, au dire de quelques-uns, le mode même de terminaison. On a beaucoup discuté pour savoir de quelle façon précise s'effectue l'union du nerf et du muscle. Certains histologistes (Frankenhadser, Lindgren, J. Arnold) ont prétendu que le plexus nerveux intra-musculaire, composé de fibres sans myéline extrêmement minces, constitue une sorte de filet dont les points nodaux renferment un noyau nucléole. De ces mailles partiraient des branches courtes qui viendraient se jeter sur le nucléole de chaque fibre musculaire lisse et, api'ès l'avoir perforé, rejoindraient le plexus dont elles émanent. Ceci revient à dire que chaque élément contractile serait enfilé au niveau de son nucléole par une fibre nerveuse minuscule. Les rapports des muscles et du réseau nerveux seraient les mêmes que ceux du filet d'un épervier et des balles de plomb, percées d'un trou et enfilées par les mailles, qui servent de plongeur à cet appareil. D'autres auteurs prétendent simplement que les fibres nerveuses se terminent soit dans le noyau, soit dans le nucléole, soit dans le protaplasma musculaire, soit enfin dans les intervalles des éléments ; ce qui signifie clairement qu'on est peu renseigné sur la question. Mais tout récemment mon maître, M. Ranvier, vient de lui faire faire un grand pas. Il a remarqué que chez certains animaux, dont les fibres musculaires lisses sont volontaires, il n'existe point de plexus nerveux compliqué sur le trajet des nerfs. De nombreuses causes d'erreurs sont ainsi évitées, et l'on peut étudier la terminaison motrice à l'aide de l'imprégnation par l'or {Comptes rendus de TAcad. des sciences, 1878, page H42). Des fragments d'un muscle lisse volontaire de l'escargot [Hélix pomatia) sont plongés pendant 5 minutes dans du jus de citron soigneusement filtré. Ils sont placés ensuite dans une solution de chlorure d'or à 1 pour 100. Au bout de 15 ou 20 minutes on porte la pièce dans l'eau faiblement distillée par l'acide acétique: après deux ou trois jours d'exposition à la lumière diffuse l'imprégnation est produite et l'on voit alors les nerfs moteurs et leurs terminaisons colorés en beau violet. Les filaments nerveux se divisent et se subdivisent de manière à donner naissance à des fibrilles qui abordent la surface de chaque cellule musculaire lisse et s'épanouissent sur ce point en formant une arborisation terminale minuscule, mal dessinée, que l'auteur a appelée tache motrice. Quant aux fibres perforantes décrites par Arnold, on ne voit rien qui leur ressemble. M. Ranvier a constaté de plus que chez les Mammifères, les Batraciens, les Reptiles, les Annélides, les muscles lisses organiques renferment un réseau nerveux très-complexe, « mais des branches de ce réseau se dégagent des fibrilles le plus souvent très-courtes qui vont se perdre à la surface des cellules muscu-

NERYEUX (anatomie). ^^^

laires en s'y épanouissant et y formant une arborisation plus mal dessine'e et plus petite encore que dans les muscles des Gastéropodes » (Ranvier, loc. cit. y page H43).

Si nous jetons actuellement un coup d'œil d'ensemble sur les terminaisons des nerfs dans les muscles, nous arrivons à cette considération générale, qu'au niveau de son union avec l'organe contractile l'élément nerveux conducteur est réduit à son seul cylindre d'axe dépouillé de myéline. Ce cylindre d'axe se branche et se divise pour se terminer par des extrémités libres. Chez les vertébrés élevés en organisation, les extrémités cylindre-axiles prennent une disposition qui rappelle celle d'un réseau de fibres de Remak, ou plus précisément celle d'une arborisation nerveuse nue en voie de développement et d'accroissement. Dans ces derniers temps, sous l'influence de Max Schultze, les histologistes ont été amenés à admettre que les nerfs se terminent pour la plupart dans des appareils cellulaires particuliers. La terminaison nerveuse motrice échappe à cette loi prématurément formulée. Les tiges nerveuses terminales des nerfs moteurs de la grenouille sont contenues dans les intervalles que laissent entre eux les éléments contractiles (cylindres primitifs) du muscle strié. L'arborisation motrice des Lacertiens et des Mammifères s'étale au sein d'une masse protoplasmique semée de noyaux, mais qui ne forme pas un corps cellulaire individuel. En un mot, il n'existe pas ici de dispositions comparables à celle que l'on admet dans un certain nombre de terminaisons sensitives. Ces réserves faites, il convient néanmoins de faire remarquer que le faisceau musculaire primitif peut être théoriquement considéré comme une cellule à noyaux multiples. C'est au sein du protoplasraa diffus de cet élément cellulaire gigantesque que viennent se distribuer les branches nerveuses ; mais aucune d'elles ne se rend dans un corps cellulaire distinct pour constituer sa terminaison individuelle.

L'élément névro-musculaire est de la sorte constitué par le faisceau primitif contractile, la cellule multipolaire motrice, et le cylindre d'axe qui en émane. Ce dernier se distribue au sein du protoplasma musculaire sans affecter des rapports de continuité avec la substance contractile proprement dite. Ces faits sont évidents pour les muscles striés des Vertébrés. Et, d'après les dernières recherches de mon maître, M. Ranvier, ils doivent être également admis pour les taches motrices qu'il a découvertes dans les muscles lisses. Seule la terminaison cylindre-axile de l'éminence de Doyère des muscles des Insectes échappe à l'analyse exacte.

Un autre fait qui découle de l'étude que nous venons de faire, c'est que l'arborisation terminale motrice est très-analogue dans sa disposition aux ramifications nerveuses en voie d'accroissement. En second lieu, les bouquets nerveux préterminaux participent à cette tendance. Leurs segments interannulaires sont courts à la façon de ceux que renferment les nerfs à myéline au début de leur développement. Ceci revient à dire que l'arborisation terminale, que les bouquets préterminaux, et, d'une manière générale, le nerf moteur à sa terminaison, présentent des caractères embryonnaires..

Corrélativement à cette disposition morphologique, nous pouvons supposer que ces parties jouissent d'une activité très-grande au point de vue de leur nutrition d'une part et de leurs réactions formatives de l'autre. Ceci explique pleinement les résultats observés par M. Ranvier à la suite des sections nerveuses. Lorsque l'on coupe un nerf moteur ou mixte, comme le scia tique du lapin, au bout de vingt-quatre heures, les éminences terminales des muscles

444 • NERVEUX (anatojiie).

jumeaux et sole'aires, commandés par les nerfs sectionnés, sont en pleine voie de dégénération, La segmentation de la myéline a déjà commencé dans leurs ramifications préterminales. Après quarante-huit heures, ces mêmes ramifications ne contiennent plus que quelques gouttelettes graisseuses. Au hout de cinq jours, la myéline a complètement disparu. Cependant, le nerf sectionné, dans les points adjacents à la section, ne montre après vingt-quatre heures aucune modification de structure; au cinquième jour, la dégénération de ce niveau est encore loin d'être terminée. En un mot, la névrite parenchymaleiise qui détruit le nerf marche plus vite au voisinage de sa terminaison que dans sa continuité. Nous avons vu que le mécanisme de la dégénération {voij. Cordons ker- VEUx) réside tout entier dans l'autonomie que prennent les éléments cellulaires des segments lorsque la continuité des nerfs et du centre dont ils émanent a été interrompue. Chaque noyau des cellules du milieu des segments agit alors pour son propre compte, et détruit tout autour de lui l'édifice compliqué du segment auquel il appartient. Plus ce segment sera court, plus cette tâche de destruction deviendra facile. Sur une même longueur, au voisinage de la terminaison, il existe (les segments étant plus courts) un plus grand nombre de centres d'activité destructive. M.Ranvier a admis que les éléments cellulaires des segments interannulaires possèdent près des terminaisons motrices une activité spéciale. Il a considéré cette activité comme probablement liée aux conditions avantageuses dans lesquelles ils sont placés, relativement à l'apport du sang et aux échanges nutritifs. Je suis disposé à faire intervenir un second facteur qui est leur état pour ainsi dire embryonnaire, état qui suppose une activité excessive dans les échanges organiques. Ce qui le montre bien, c'est que, vingt-quatre heures après la section du nerf, tous les noyaux de l'éminence nerveuse proprement dite deviennent sphériques, volumineux; la substance protoplasmique de la semelle de Kiihne se gontle de façon à former une véritable colline comme l'appelait Doyère, de telle sorte que la portion la plus nettement embryonnaire, l'arborisation cylindre-axile nue, présente aussi après la section les phénomènes les plus évidents d'activité autonome (Ranvier, Cours du Collège de France, 1877, t. II, p. o/i9-350).

Etude des terminaisons des nerfs moteurs électriques. Je ne reviendrai pas sur ce que j'ai dit des analogies existant entre les nerfs moteurs proprement dits et ceux qui commandent les organes producteurs d'électricité particuliers à certains poissons. Je ne donnerai ici, d'ailleurs, qu'un sommaire extrêmement succinct de cette question longuement discutée par les histologistes. L'intérêt principal qui se rattache à la description des organes électriques consiste dans ce fait, qu'ils constituent un objet favorable d'étude pour la terminaison des nerfs en général. Les auteurs qui se sont succédé y ont, pour celte raison, cherché le type de la terminaison nerveuse motrice, pour l'appliquer ensuite indirectement à tous les autres cas particuliers.

Certains poissons, le gymnote, le malapterurus, les torpilles, et enfin jusqu'à un certain point les raies, possèdent la propriété de produire sous l'influence de la volonté, et comme l'on contracte un muscle, des secousses électriques parfois puissantes. La tojpille marbrée qui habite l'Océan {Torpédo Galvani) ou les espèces méditerranéennes (T. ocellata et T. nobiliana) constituent les meilleurs objets d'études et leurs organes producteurs d'électricité ont été surtout choisis par les différents anatomistes. L'organe électrique de la torpille a une forme semi-lunaire que Redi comparait à une faucille. Il occupe tout l'espace

NERVEUX fASATOMiEJ. 44J

compris entre laçage cartilagineuse des branchies et la nageoire latérale de 1 animal. Les deux faces, supérieure et inférieure, sont revêtues par le tissu conneclif sous-cutané. Tout l'organe est constitué par des prismes adjacents entre eux, dont la direction axiale se poursuit dans le sens dorso-venlral et dont l'ensemble peut être comparé à un gâteau d'abeilles. Les prismes sont à cinq ou six pans ; ils sont limités par des cloisons formées d'un tissu blanc et nacré comme celui des tendons. Le contenu des prismes est une matière de consistance gélatineuse, translucide, colorée en gris rosé et renfermée dans les cloisons qui la limitent sous une certaine pression, car cette substance fait hernie sur les coupes de l'organe électrique pratiquées parallèlement à la surface; chaque prisme est alors surmonté d'une espèce de ménisque de substance translucide qui a subi une sorte d'expansion au niveau de la surface sectionnée.

Dans cette masse se répandent de chaque côté des vaisseaux et des nerfs. Les nerfs, au nombre de cinq de chaque côté, sont très-volumineux, traversent les cloisons des branchies et atteignent l'organe électrique vers le milieu environ de son épaisseur. Ils émanent de deux centres spéciaux, de volume considérable, et adjacents au bulbe rachidicn. Ce sont les lobes électriques qui n'existent pas chez les poissons dépourvus d'organes producteurs d'électricité. Les nerfs électriques offrent des particularités remarquables. Ils s'étendent des lobes électriques à leurs terminaisons dans l'organe producteur de l'électricité sans subir aucuns branchements ni en T, ni en Y ; ce sont de gros nerfs à myéline formés de tubes constitués par des segments interannulaires très-courts. D'après M. Ranvier, la longueur des segments est chez la torpille en moyenne moitié moindre dans les nerfs électriques que dans les autres nerfs. Ce premier fait montre que l'activité de ces nerfs doit être considérable, relativement à celle des autres.

On pourrait même dire avec M. Ranvier que la torpille n'agit pour ainsi dire que par ses décharges ; elle est le reste du temps immobile et enfouie sous une couche de sable qui la dissimule à ses ennemis ou à sa proie.

Deux faits également importants doivent être relevés dans l'histoire des nerfs électriques. Premièrement, toutes leurs fibres à myéline sont à peu près de même diamètre, à l'inverse de ce qu'on observe dans les nerfs mixtes. En second lieu les cordons, considérés dans leur ensemble, sont absolument dépourvus de fibres de Remak (Ranvier, /oc. cit., page 171). Ainsi, l'influx nerveux marche en ligne droite du lobe électrique aux lames terminales des prismes. Tous les cordons vecteurs de cet influx sont morphologiquement identiques et diamétralement équivalents.

On peut aussi remarquer que le tissu connectif qui entoure ces nerfs singuliers n'est point constitué à la manière ordinaire. Le nerf tout entier est enveloppé d'une gaine lamelleuse, mais cette dernièi'e, au lieu de se résoudre en un tissu intra-fasciculaire disposé pour la nutrition et constitué par de fins faisceaux connectifs, se continue à l'intérieur du tronc nerveux sous forme de lames stratifiées, dont la constitution est identique à celle de la gaine lamelleuse commune.

Ceci revient à dire que les nerfs électriques ont une charpente connective formée de lames emboîtées les unes dans les autres. Le nombre des feuillets de ces lames décroît à mesure qu'elles se rapprochent du tube nerveux. Chaque tube nerveux présente concentriquement à sa gaine de Schwann une gaine secondaire semée de noyaux ; c'est ce que l'on pourrait appeler la yalne

446 >'ERVEUX (anatomie).

lamelleiise iinilamellaire. Trois, quatre, cinq tubes nerveux, enveloppés se'parément d'une pareille gaine, sont entourés par une gaine lamelleuse stratifiée; cet ensemble forme le faisceau nerveux secondaire. Plusieurs faisceaux secondaires adjacents entre eux sont enveloppés par une gaine stratifiée commune : ce sont les faisceaux tertiaires, et ainsi de suite. Cette disposition a été décrite pour la première fois par mon maître, M. Ranvier {loc. cit., page 175); elle représente un cas très-particulier de la disposition du tissu connectif des nerfs ; elle n'avait été nullement observée par MM. Axel Key et Retzius, et cependant, par un hasard singulier, elle répond à peu près à la conception schématique qu'ils ont donnée de l'ensemble du tissu connectif considéré dans les nerfs en général. Il est à peine besoin de dire que cette conception, généralisée de la sorte, est absolument erronée. On pourra s'en convaincre en se reportant à ce que nous avons dit du tissu connectif des nerfs à l'article Cordons kerveux {voy. ce mot).

Tous ces tubes nerveux à myéline, plongés dans un système de séreuses superposées, et entourés chacun d'une gaine lamelleuse unilamellaire qui leur est directement adjacente, deviennent de plus en plus volumineux à mesure que l'on s'approche de l'organe électrique dans lequel ils se terminent. Arrivé à son voisinage immédiat, le tube nerveux environné de sa gaine lamelleuse spéciale s'épanouit tout à coup pour former un bouquet préterminal dont les branches sont disposées à la façon du pédoncule d'une inflorescence en ombelle. Ceci revient à dire que le bouquet préterminal est formé d'une multitude de tubes secondaires disposés, par rapport au tube primitif, comme le sont les rayons d'une roue par rapport à son moyeu. Actuellement nous ne poursuivrons pas plus loin les ramifications nerveuses, et, avant d'en étudier la terminaison ultime, il nous faut exposer la structure de l'organe électrique proprement dit. Nous ferons seulement auparavant cette remarque générale que les tubes nerveux des nerfs électriques ne contenant, comme l'a montré M. Ranvier, aucune Qbre de Remak, et présentant tous à peu près le même diamètre, il en résulte que dans ces nerfs, destinés purement et simplement à produire des actions électriques, nous voyons l'unité de forme coexister avec l'unité de fonction. Dans les nerfs mixtes, au contraire, qui agissent à la fois sur des muscles striés, des fibres lisses, des glandes, et qui reçoivent des filets sensitifs de divers ordres, on trouve des tubes de tout calibre mélangés à des fibres de Remak, de telle sorte que la variété des formes répond à la multiplicité des fonctions.

Étude de V organe électrique proprement dit; tissu de charpente; cloisons des prismes. Nous avons vu déjà que l'organe électrique est formé par des prismes droits adjacents entre eux par leurs plans-côtés. Ces prismes renferment dans leur intérieur une série de lames électriques disposées en piles de monnaie. Nous décrirons ultérieurement ces dernières. Quant aux prismes eux-mêmes, leur forme est déterminée par des membranes fibreuses translucides et brillantes qui constituent leur charpente de soutènement. Si l'on pratique, à l'exemple de M. Ranvier, une injection interstitielle de gélatine et de bleu dans l'organe électrique de la torpille, on reconnaît que l'injection file entre les cloisons sans entrer dans l'intérieur des prismes ni en colorer le contenu. Ce fait nous montre que tout le svstème de cloisons planiformes que nous décrivons se comporte a la façon du tissu connectif lâche, du moins jusqu'à un certain point. La marche de l'injection montre quelle doit être celle des sucs nutritifs au sein de l'organe. Quant aux cloisons elles-mêmes, elles sont constituées de la façon suivante :

NERVEUX (anatomie). 447

Dans l'intervalle de deux prismes voisins l'un de l'autre, il existe une cloison formée de lamelles analogues à celle de la gaine des nerfs. Cette cloison occupe exactement le milieu de l'espace interprismatique ; c'est la véritable charpente de soutènement, M. Ranvier lui a donné le nom de cloison lamelleuse.

La cloison lamelleuse est formée en son milieu par des lames épaisses (lames centrales ou basales, Ranvier); à la périphérie, les lamelles connectives deviennent de plus en plus minces et renferment des réseaux élastiques beaucoup plus délicats que ceux que l'on observe dans la portion centrale ; enfin elles se résolvent tout à fait à la périphérie en des mailles fenestrées rayonnant dans tous les plans et présentant par conséquent l'aspect bien connu du méso-péricarde. La séreuse cloisonnée, formée par la portion marginale des cloisons interprismatiques, enveloppe chaque prisme électrique en se fusionnant avec sa gaine intime, qui elle-même est formée d'une mince membrane résultant de l'entrecroisement, sous forme de treillis complexe, d'une multitude de faisceaux connectifs très-fins. Nous pouvons résumer cette disposition en disant que chaque prisme est entouré d'une gaîne propre analogue par sa constitution au tissu des aponévroses ; tout le prisme limité par sa gaîne est plongé dans une membrane séreuse cloisonnée ; l'ensemble est soutenu par des cloisons puissantes qui s'élèvent verticalement dans les espaces interprismatiques et servent pour ainsi dire de squelette à l'organe entier (voy. Ranvier, loc. cit., t. 11, p. 160, 164).

Contenu des prismes : lames électriques. Chaque prisme renferme une série de lames électriques disposées les unes au-dessus des autres comme des pièces de monnaie dans un rouleau. Disposées de la sorte à plat, elles présentent à considérer une face ventrale et une dorsale. Nous étudierons successivement : 1" la constitution des lames en elles-mêmes, et de l'arborisation nerveuse terminale qu'elles renferment ; 2" les rapports de ces lames entre elles et avec la paroi des prismes ; 5° les rapports des nerfs qu'elles renferment avec les bouquets préterminaux de Wagner.

Pour bien observer les lames électriques, il convient de les fixer dans leur forme par l'action de l'acide osmique en pratiquant dans les prismes électriques luie injection intei^stitielle titrée à 1 p. 100. Par ce procédé l'on obtient des lames à la fois régulièrement tendues et fixées dans leur forme dans cet état. Toutes les ramifications nerveuses, y compris les cylindres d'axe, seront colorées par l'osmium, les unes en noir d'ébène, les autres en brun foncé. Le cylindre d'axe des poissons est en effet, comme l'a montré M. Ranvier, coloré en brun par l'osmium. Pour obtenir de bons résultats il est nécessaire de prolonger l'action du réactif, et, l'injection interstitielle étant faite, de soumettre le fragment de prisme que l'on veut examiner à l'action de l'osmium jusqu'à ce qu'il soit devenu noir comme du charbon (Ranvier). Dans cet état, le fragment est dissocié avec soin dans l'eau distillée, et les lames peuvent être isolées une à une comme les feuillets d'un livre. Elles se montrent sous forme de membranes d'une délicatesse extrême toutes concaves-convexes à la façon de la cornée transparente. La face convexe est la face dorsale, la face concave est la face ventrale répondant à la distribution des nerfs. La lame électrique est étalée de manière à présenter sa face ventrale en haut; examinée dans l'eau, elle offre à considérer trois plans superposés : l'un vasculo-nerveux, le second granuleux, le troisième semé de noyaux arrondis.

La description qui va suivre est tout entière empruntée à M. Ranvier. Je procéderai ici comme je l'ai fait à propos des terminaisons nerveuses motrices,

448 NERVEUX (axatomie).

je n'aborderai la critique qu'après avoir exposé le schéma des terminaisons des nerfs électriques tel qu'il peut être formulé dans l'état actuel de la science.

Nous allons procéder de la lame ventrale à la lame dorsale, c'est-à-dire de bas en haut : les nerfs, en effet, marchent dans cette direction, et il importe de suivre cette dernière, afin d'éviter toute confusion et de marcher pour ainsi dire du simple au composé.

Dans un premier plan l'on distingue des fibres nerveuses à myéline. Au-dessous de celles-ci, dans un second plan, se voient des vaisseaux capillaires ramifiés et anastomosés ; au-dessous de ces vaisseaux on voit passer, en les contournant, les fibres nerveuses à myéline qui les recouvraient d'abord et qui se sont infléchies pour passer au-dessous d'eux. Sur un quatrième plan se montre un granulé qui correspond aux terminaisons nerveuses. Plus profondément enfin existe une lame granuleuse semée de gros noyaux ronds. Dans tous les plans précités se poursuit un réseau de cellules connectives dont les prolongements, le plus souvent filiformes, sont délicatement anastomosés entre eux. Étudions maintenant la marche de la ramification nerveuse terminale dans les divers plans qui viennent d'être décrits.

Les fibres nerveuses à myéline se montrent constituées par des segments interannulaires volumineux et assez courts. Elles se ramifient comme les branches d'un arbre, d'une façon dichotomique. Leur disposition générale rappelle absolument celle de l'arborisation nerveuse de la lame natatoire des amphibies. Les branchements en Y se font toujours au niveau d'un élranglemeat annulaire. Chaque fibre nerveuse réduite à un seul tube est entourée d'une membrane secondaire transparente, semée de noyaux régulièrement disposés. Cette membrane n'est autre chose que la gaine lamelleuse unilamellaire qui, dans le faisceau nerveux initial, entoure chaque tube en particulier. La gaine se divise au niveau des branchements en Y. Sur ce point, elle apparaît d'autant plus nettement qu'au niveau des anneaux des nerfs il n'existe pas de disposition renflée de l'étui médullaire ; les deux segments interannulaires qui se joignent sur un étranglement n'offrent pas d'extrémités rentlées comme on le constate dans les troncs nerveux ordinaires. La gaine médullaire s'amincit, au contraire, progressivement, comme le ferait un tube étiré à la lampe. Cette disposition au niveau des arborisations nerveuses terminales n'est pas, du reste, exclusive aux nerfs des lames électriques ; j'ai constaté qu'elle existe chez les Mammifères, notamment dans les nerfs qui se distribuent à l'iris.

Les branchements en Y ou en T se multiplient de plus en plus au fur et à mesure que l'arborisation se poursuit. Après un certain trajet, ces branchements deviennent tellement multipliés qu'ils donnent à l'ensemble de l'arborisation l'apparence d'un bois de cerf. Bientôt les segments interannulaires deviennent de plus en plus courts, leur noyau unique, au lieu d'occuper la partie médiane du segment, se rapproche de l'une ou l'autre de ses extrémités, perdant de la sorte leur situation centrale typique. Enfin les cylindres d'axe deviennent libres à l'extrémité d'un des segments interannulaires; ils poursuivent leur trajet entourés nettement par la gaîne de Schwann et contenus dans la gahie unilamellaire (gaine secondaire de Ranvier) qui les enveloppe à la façon d'un manchon lâche.

M. Ranvier pense, sans l'affirmer catégoriquement, que la gaîne de Schwanii prolongée sur le cylindre d'axe continue à l'accompagner indéfiniment, de telle sorte que l'arborisation nerveuse terminale serait jusqu'à la fin séparée des

NERVEUX (\>'atomie). 441)

tissus adjacents par une mince limite analogue à la membrane des globales rouges du sang, ou à Tenveloppe d'une bulle de savon. Mais la gaine secondaire a un trajet nettement délimité, et après un certain parcours, quelquefois sur la première, d'autres fois sur la seconde ou la troisième ramification de la fibre nerveuse cylindre-axile, on la voit se terminer brusquement en embrassant le cylindre-axe d'un anneau analogue à celui d'une bourse que l'on ferme. Dans certains cas même, il semblerait qu'à sa terminaison la gaîne secondaire se recourbât en se repliant sur la fibre à la manière d'une séreuse vraie.

Les cylindres d'axe nus poursuivent leur route en se brancbant à la façon des arborisations cylindre-axiles nues, c'est-à-dire en formant au niveau de leur bifurcation des chiasmas complets. L'aspect fibrillaire de l'arborisation est surtout rendu évident par l'action du clilorure double d'or et de potassium à 1 pour IflOÛO appliqué suivant la recommaudatioii de Gerlach. Les brancbementsen T, en Y, ou présentant la forme de Ir, c'est-à-dire dont les rameaux bifurques présentent un aspect curviligne, sont de plus en plus fréquents. Enfin, ses extrémités se terminent par une arborisation spéciale contenue dans le troisième plan de la lame électrique. Nous ferons remarquer que jusqu'ici l'arborisation s'est comportée comme la tige ramifiée d'une plante sans présenter d'anatosmoses entre les brancbes émanées de rameaux voisins. Les espaces interceptés par les brandies de l'arborisation sont occupés par du tissu connectif analogue à celui de la lame natatoire des embryons d'Amphibies, et ces cellules ne paraissent avoir avec l'arborisation nerveuse que des rapports de

voisinage.

Arborisations terminales. La ramification nerveuse que nous venons de décrire est contenue tout entière en dehors et au-dessous de la zone électrique proprement dite. Cette lame est d'une délicatesse extrême et finement granuleuse. Le granule est d'une très-grande délicatesse et, lorsque l'objectif est bien mis au point, les grains qui le composent paraissent disposés d'une manière très-régulière. Il est formé d'un réseau ou plutôt d'une arborisation fine et délicate analogue à celle d'une branche d'arbre garnie de ses feuilles. Chaque feuille de la branche d'arbre est représentée ici par un des grains du granulé.

Ces arborisations granuleuses sont évidemment la terminaison nerveuse ellemême. Mais ici se présente une question très-importante : chaque grain est-il une terminaison libre à la façon des feuilles d'un rameau d'arbre, ou fait-il partie intégrante d'une arborisation finale disposée en filet ou en plexus? C'est là une question qui a divisé, passionné même les histologistes, et dont Remak avait pressenti la solution, que le premier mon maître M. Ranvier a pleinement donnée.

Un crayon de nitrate d'argent est passé sur le ménisque de substance Granuleuse qui fait saillie à la surface de chacun des prismes électriques après ablation de la peau qui les recouvre. La substance granuleuse blanchit et devient opaque. Elle est enlevée à l'aide du rasoir, lavée à l'eau distillée, puis placée dans l'alcool dilué au tiers. Au bout d'un temps indéterminé l'on pratique la dissociation de cette substance, on la résout en lames électriques ; on monte les lames isolées dans l'eau ou la" glycérine, et l'on voit alors l'arborisation terminale de la lame électrique se montrer réservée en blanc avec une netteté admirable. A partir des ramifications en forme de bois de cerf, les fibres nerveuses offrent des divisions dichotomiques de plus en plus délicates qui se poursuivent en donnant finalement naissance à des rameaux qui se terminent DICT. E\C. 2° s. XIJ. 29

450 NEKVEUX (anatomie).

par des extrémités libres renflées en bourgeons (Ranvier, compte rendu à l'Académie des sciences, 1875). Ultérieurement, en colorant les lames électriques fixées dans leur forme par l'osmium à l'aide de l'hématoxvline et en examinant les préparations dans la glycérine ou dans le baume, M. Ranvier a obtenu des images positives, colorées en violet et répondant nettement aux images négatives réservées en blanc par l'argent. L'arborisation terminale, formée de ramifications d'une incomparable richesse, s'est montrée terminée par des extrémités libres dans la majorité de ces points. 11 existe bien quelques traits d'anastomose entre les différents rameaux d'une même arborisation, mais ces traits ne sont pas assez nombreux pour ôter à cette dernière son caractère principal, qui est de finir par des extrémités nerveuses légèrement renflées, isolées les unes des autres comme le sont les feuilles des rameaux d'une plante.

Ainsi, comme dans l'éminence terminale motrice des animaux supérieurs, comme dans les tiges tei'minales du buisson de Kùhne des Amphibies, l'arborisation cylindre-axile de l'organe électrique se termine par dos fibrilles nerveuses libres et non point disposées en réseaux. Mais quel est maintenant le milieu au sein duquel s'effectue cette terminaison?

Il est infiniment plus compliqué que la semelle granuleuse décrite par Kûhne dans les éminences terminales motrices. La lame électrique, fixée dans sa forme par l'acide osmique, et étalée sur la lame de verre, peut être en effet dissociée en quatre couches bien distinctes. C'est en la traitant légèrement par le pinceau qne M. Ranvier est arrivé à en démêler la structure. Le pinceau agit comme une brosse, sur son point d'application il déchire les lamelles superposées et les montre brisées à différents niveaux et disposées à la façon de gradins d'amphithéâtre. A partir de la partie ventrale de la lame, celle par laquelle pénètrent les nerfs, on peut ainsi compter quatre couches distinctes : [" la première couche est la lamelle nerveuse de Ranvier subdivisée en deux portions : a) la zone ventrale qui contient l'arborisation terminale ; h) la zone dorsale superposée à la précédente et qui mérite de nous arrêter un instant.

Celte zone isolée et vue de face est régulièrement ponctuée. Quand l'actiou du pinceau l'a repliée sur elle-même comme un pan d'étoffe que l'on rabat, sa coupe opticpie se montre, au niveau de la plicature, comme se montrerait une coupe verticale ou normale à sa surface. Ceci revient à dire que l'on voit alors la lamelle qui nous occupe pour ainsi dire en élévation. On reconnaît dans ces conditions que cette zone est formée d'une infinité de petits bâtonnets, implantés normalement à la surface de la lame électrique et formant un véritable champ de piquets. Ces bâtonnets avaient été nettement indiqués par Remak ; c'est l'image de leur projection horizontale qui produit l'aspect granuleux et régulier offert par la lamelle qui nous occupe lorsqu'on l'observe de face. Ainsi l'arborisation terminale vient s'épanouir par des extrémités libres au-dessous d'une zone de bâtonnets à la façon des racines d'une vigne dans un champ garni de piquets. Les bâtonnets ont été nommés par M. Ranvier cils électriques, leur base est adjacente à l'arborisation, leur extrémité libre répond à une couche particulière disposée au-dessus d'eux.

2° Cette couche est la couche intermédiaire de 5L Ranvier. Elle doit être subdivisée elle aussi en deux portions : a) la portion ventrale, transparente, adjacente aux cils électriques qu'elle recouvre, présente un granulé fin correspondant à l'empreinte de l'extrémité libre de ces derniers ; b) la zone dorsale de la lamelle intermédiaii'e est formée d'une matière grossièrement granu-

NERVEUX (anatomie). 4o1

leuse renfermant dans son sein de gros noyaux. Ces noyaux sont ovoïdes, nucléoles, très-semblables aux noyaux fondamentaux de l'éminence motrice terminale; ils sont simplement semés dans la lame protoplasmique qui les renferme, sans montrer de corps cellulaires distincts autour d'eux. La signification morphologique de la zone dorsale de la couche intermédiaire est donc la même que celle de la semelle granuleuse de Kûhne. Cette zone ne peut être assimilée qu'à une cellule à noyaux multiples. Un autre point très-important, c'est qu'il résulte de l'observation d'une lame électrique vivante, examinée dans son propre plasma, que la partie profonde de la couche intermédiaire, c'est-à-dire celle qui est en rapport avec les cils électriques, est liquide ou demi-liquicle. M. Ranvier a vu en effet que les granulations de cette zone présentent nettement le mouvement brownien. Les cils électriques sont donc contenus dans un milieu de faible densité liquide ou à peu près liquide, disposition qui est en rapport avec la délicatesse extrême des matériaux dont ils sont formés.

3° La couche que nous venons de décrire est doublée d'une autre couche anhiste, d'une minceur extrême, et que M. Ranvier a appelé lamelle dorsale.

4"* Enfin, limitant du côté dorsal toutes les couches précitées, existe une couche de tissu connectif, tendue comme un treillis au-dessus de la lame électrique qu'elle soutient et qu'elle sépare des lames situées au-dessus. C'est là une pièce de charpente qui cloisonne le contenu du prisme à la manière d'un diaphragme, de façon à empêcher tout déplacement.

Nous connaissons actuellement la constitution des lames électriques. Nous devons maintenant en étudier les rapports : 1° avec le prisme qui les contient; 2" avec les bouquets préterminaux de Wagner. Nous ferons ainsi l'étude de la texture et pour ainsi dire la synthèse de l'organe électrique.

Les lames électriques sont placées en pile dans l'intérieur du prisme. Pour répéter une comparaison que j'ai déjà employée, elles sont empilées comme les pièces de monnaie dans un rouleau. Mais cette notion ne suffit pas. Les lames électriques ont la forme de verres de montre, la face ventrale répondant à l'excavation du verre courbé en calotte. Elles sont disposées les unes au-dessus des autres à la façon de verres de montre que l'on aurait disposés en pile.

Dans ces conditions, si l'on pratique une coupe d'un prisme électrique parallèlement à sa direction axiale, c'est-à-dire dans le sens dorso-ventral, on voit les lames électriques se montrer dans leur partie centrale comme des dômes superposés. Ceci revient à dire que le profil des coupes les montre dans leur partie moyenne comme des arcs placés les uns au-dessus des autres, et emboîtés par leur concavité. Mais latéralement la lame électrique se réfléchit le Ion"- des parois des prismes, et se prolonge en s'effilant le long de ces parois. Si, à l'aide d'une baguette, l'on enfonçait dans un tube de verre, en les y refoulant, successivement plusieurs morceaux d'étoffe, on reproduirait grossièrement la disposition que je décris. M. Ranvier a fait voir que la portion réfléchie de la lame électrique présente sur une coupe un aspect comparable à celui d'un pied. La semelle de ce pied est formée par un élai'gissement de la couche intermédiaire; la lamelle dorsale forme le talon et se réfléchit le lon'^ de la semelle en la doublant et en la séparant de la paroi propre du prisme. Cette lame dorsale, arrivée à l'extrémité du pied, se trouve en contact avec la lame dorsale appartenant à la lame électrique qui est au-dessous. Les portions réfléchies considérées suivant leur coupe optique et de haut en bas, se comportent comme une série de pieds placés les uns derrière les autres et se touchant tous par

452 NERVEUX (anatom(e).

leur extrémité et leur talon. L'extrémité du pied supérieur touche le talon du pied inférieur et ainsi de suite. La lamelle nerveuse de la lame électrique, occupant sur la coupe le bord concave de l'arc, se réfléchit latéralement pour former le cou-de-pied et s'effile en mourant pour gagner l'extrémité adjacente au talon de la lame qui est au-dessous.

Il résulte de ceci que les lamelles dorsales de toutes les lames électriques successives d'un même prisme sont en contact les unes avec les autres. Le contact s'effectue au niveau du point de concours de la pointe du pied supérieur et du talon du pied inférieur. Mais à ce niveau il n'y a pas fusion, ni même juxtaposition absolue entre les éléments des deux lames. Entre l'extrémité du pied supérieur et le talon du pied inférieur s'insinue une lame trèsgrêle de tissu connectif, qui se poursuit d'une part dans la lame électrique pour former la lamelle dorsale conjonctive, et d'autre part dans la membrane propre du prisme pour se confondre avec elle. La pièce de charpente tendue comme un diaphragme au-dessus de chaque lame électrique est donc purement et simplement une expansion de la charpente connective latérale ou gaine conjonctive du prisme.

Nous voyons donc que, contrairement à l'opinion de Kôlliker, la lame nerve)ise ne contient qu'une très-minime expansion de la gaîne du prisme. Ceci revient à dire que le tissu connectif ne constitue pas la lame électrique entière. « Il n'en est pas l'étoffe, il en forme simplement la doublure » (Ranvier, loc, cit., § 107). D'un autre côté nous reconnaissons que les lames électriques ne sont pas simplement soudées latéralement à la gaîne prismatique qui les contient. Max Schultze était dans l'erreur lorsqu'il soutenait une pareille

opinion.

Quelle est maintenant la relation exacte entre les bouquets préterminaux de Wagner et l'arborisation nerveuse proprement dite? Les bouquets de Wagner sont placés à la surface des prismes électriques ; ils sont logés dans l'épaisseur de la gaîne intime de ces derniers (Ranvier), et ils font saillie dans l'intérieur du prisme lui-même. Us arrivent accompagnés d'une gaîne lamelleuse stratifiée. Au niveau de l'insertion des branches du bouquet, et au moment où ce dernier se sépare en deux faisceaux divergents de branches filles, la gaîne lamelleuse se divise également eu deux pour accompagner ces faisceaux. Chemin faisant, et successivement, chaque branche fille du bouquet se replie brusquement, quitte le faisceau et s'écarte de sa direction. Elle entraîne avec elle une gaîne unilamellaire qui l'entoure, tandis que la gaîne lamelleuse continue à accompagner les autres branches du bouquet. Chaque tube nerveux se détache à son tour en se comportant de la même façon; il pénètre entre deux lames électriques, accompagné de sa gaîne unilamellaire ou secondaire; il atteint alors la lame électrique qui forme le plafond de l'interstice dans lequel il est entré, l'aborde par sa face inférieure, concave ou ventrale, et il se résoud en arborisations terminales, etc.

Telle est la constitution de l'organe électrique de la torpille. On voit que les nerfs se terminent dans chaque lame de cet organe par une arborisation cylindre-axile à extrémité libre. Cette arborisation s'étale sur un plan distinct. Elle n'est pas plongée au sein d'une substance granuleuse analogue à celle de la semelle de Kiihne. Il existe bien une lame analogue, mais elle est séparée de l'arborisation par une zone intermédiaire formée d'une rangée de cils contenus dans une masse demi-liquide. Il y a donc ici à la fois complication de

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l'appareil nerveux terminal, et introduction d'un élément particulier : les cils électriques.

L'organe électrique est vasculaire d'une manière spéciale. Ses vaisseaux sont du reste peu nombreux, et, comme nous l'avons vu du reste à peu près partout jusqu'à présent dans les centres nerveux à structure délicate, les vaisseaux soumis à des oscillations hydrauliques brusques, c'est-à-dire les artères et les veines, sont contenus dans les pièces de charpente solides, c'est-à-dire dans les cloisons des piùsmes. Les lames électriques ne contiennent que des capillaires vrais d'un très-gros diamètre présentant des biturcations rares ou qui même en sont parfois totalement dépourvus. Le réseau formé par ces capillaues n'est nullement comparable au réseau typique à mailles arciformes interrompues que l'on trouve dans les nerfs et les centres nerveux. 11 n'est pas davantage comparable, même de loin, à celui des muscles lisses et striés.

Nous pouvons maintenant esquisser l'historique de la question. Toutes les divergences ont rapport à deux points principaux : 1° le mode de terminaison des nerfs électriques ; 2° le mode de constitution des lames électriques ellesmêmes.

Paul Savi {Études anatomiques sur le système nerveux et sur l'organe électrique de la torpille, 1844) décrivit le premier les lames électriques, montra qu'elles sont superposées en pile dans le prisme, et considéra comme démontrée la terminaison des nerfs par un plexus. On peut se convaincre par la comparaison de ses figures avec les préparations qu'il n'avait aperçu que le réseau contenu dans la partie la plus inféi"ieure de la lame électrique, c'est-à-dire le réseau de fibres à myéline. KôUiker, en 1858, montra que la terminaison indiquée par Savi n'était pas la véritable; il poursuivit les nerfs beaucoup plus loin et décrivit leur terminaison sous forme d'un réseau complet à mailles polygonales, identique dans la forme à celui décrit par Savi, mais infiniment plus petit. En 1859, Max Schultze adopte la même conclusion et dessine le réseau terminal sous la forme la plus régulière ; pour lui, les mailles de ce réseau sont quadrangulaires, excessivement serrées, et interceptées par des filaments nerveux d'une délicatesse extrême.

Inversement, en 1847, Rodolphe Wagner décrit les bouquets prélerminaux et assure que les ramifications nerveuses finissent, non par un réseau, mais par des exti'émités libres. En 1856, Remak non-seulement adopte la même opinion, mais fait voir qu'immédiatement au-dessus de l'arborisation terminale existe une zone de bâtonnets disposés comme les piquets d'une palissade. Il a donc découvert les cils électriques ; il a montré de plus que les nerfs abordent toujours la lame électrique par sa face ventrale. Tout récemment (1875), Franz Boll montra que les cils de Remak correspondaient à l'aspect granuleux de la partie dorsale de la lamelle nerveuse. Il pensait que ces cils partaient de l'arborisation nerveuse terminale que, comme son maître Max Schultze, il croyait disposée en réseau fermé. Enfin, en août 1875, Giaccio assurait que tantôt l'arborisation terminale finit par des extrémités libres, tantôt qu'elle est disposée sous forme d'un réseau fermé. En décembre de la même année, M. Ranvier montrait, au contraire, que la terminaison par des extrémités libres est celle que l'on observe régulièrement. Il a depuis donné la description que nous avons reproduite et qui constitue maintenant l'état actuel de la science sur la question. Quant à la constitution même des lames, elle a été aussi très-discutée. Wagner admettait que chaque lamelle était une case limitée latéralement par la gaine du prisme,

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