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préférence, puisque son existence est chez eux non plus transitoire mais définitive. 11 eût été préférable de l'étudier chez les mpines plutôt que chez les lamproies. Mais je n'ai pu me procurer encore ces derniers animaux. Quant à l'amphioxus, je n'en parlerai pas, car ce n'est pas un Vertébré, et sa prétendue corde dorsale est plus analogue à {& plume des Calmars qu'à toute autre production organique (Renaût et Duchamp, Comptes rendus de l'Académie des sciences, i" série, 1878).
Si l'on prend un segment de la corde dorsale du Petromyzon Planerii, et si on le fixe dans sa forme, tandis qu'il est encore vivant, par l'action de l'acide osmique à 1 pour 1 00, l'on voit que cet organe présente dans ses éléments constitutifs la disposition suivante. La corde est limitée par une gaine circulaire formée par du tissu fibreux affectant une disposition lamelleuse. La paroi interne de cet étui est revêtue de plusieurs files d'éléments cellulaires constitués par une masse de protoplasnia renfermant un noyau. Chaque cellule est entourée d'une loge qui n'est elle-même qu'une émanation de la gahie fibreuse et qui l'entoure entièrement. L'élément cellulaire est de la sorte entouré d'une coque tout à fait analogue à celle qui enveloppe les cellules du nodule sésamoïde du tendon d'Achille des grenouilles. Au furet à mesure que l'on s'avance vers le centre de la corde, les loges fibreuses, devenues poléydriques par pression réciproque, se montrent de plus en plus grandes. L'élément cellulaire qu'elles renferment s'atrophie au contraire de plus en plus. Enfin de compte, il se transforme en une cellule plate extrêmement mince dont le noyau reste entouré d'une minime zone granuleuse. La cellule amincie de cette façon s'applique sur les parois de la loge fibreuse qui la contient, et au centre de la corde dorsale elle est si mince et si réduite que pour en montrer l'existence il faut employer des solutions concentrées d'éosine-primerose ou d'hématoxyline. Néanmoins l'emploi de ces deux derniers réactifs montre que, même dans les loges les plus centrales et les plus agrandies, il existe un élément cellulaire appliqué contre la paroi et la doublant. J'ai fait voir, en effet, ailleurs que l'éosine poursuit le protoplasma dans ses expansions les plus délicates ; or, sur les coupes minces la loge fibreuse est colorée en jaune-brun par l'osmium, et sa face interne parait toujours revêtue d'une lame rose légèrement granuleuse. Je ne saurais dire si les cellules de la corde dorsale se transforment en vésicules ou en globes, à la façon des éléments du nodule sésamoïde du tendon d'Achille, car, excepté à la périphérie, je n'ai pu isoler par la dissociation ces éléments cellulaires sans le> déchirer. Mais le fait me paraît probable, car sous l'influence des réactifs qui, comme l'alcool, ne fixent pas instantanément les tissus dans leur forme, les loges de la notocorde reviennent sur elles-mêmes et se plissent de façon à prendre une apparence fibrillaire. L'on peut, du reste s'assurer que les parois des loges sont formées par des membranes très-délicates qui renferment des faisceaux fins de fibres connectives noyés dans une substance homogène translucide.
Le tissu de la corde dorsale est donc fondamentalement constitué par des éléments cellulaires très-délicats étalés sous forme de lames minces à la face interne d'une série de loges formées par le tissu fibreux. Ces cloisons fibreuses jouissent chez la grande lamproie fïuviatile de la propriété de se teindre en noir d'encre de chine sous l'action de l'osmium. La substance fibrillaire noyée dans une lame homogène qui les forme présente donc une constitution, chimique particulière. La trame connective diffère, en outre, par sa constitution de celle du tissu fibreux ordinaire ; bien qu'elle résiste activement aux réactifs analogues à
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la potasse, elle ne paraît pas renfermai' de fibres élastiques ni de réseaux élastiques proprement dits.
Ces connaissances générales étant acquises, nous allons pouvoir étudier avec plus de fruit les appareils sensitifs terminaux renfermés au sein du derme, et comparer la constitution plus ou moins compliquée de leurs pièces de charpente au tissu de la notocorde qui est elle-même le soutien de tout le système nerveux central primitif.
Corpuscules terminaux du tact. La forme la plus simple et la plus typique des corpuscules terminaux du tact est celle que l'on observe dans la langue et le bec de certains oiseaux. Ces corpuscules ont élé étudiés par un grand nombre d'anatomistes. Leydig, Grandry, Goujon, en ont indiqué successivement la structure chez le pigeon, la bécasse, le canard, le perroquet et certains passereaux. Tout récemment Merkel a repris cette étude dans le bec du canard domestique. La connaissance de la disposition exacte affectée par la terminaison nerveuse est néanmoins due à M. Ranvierqui, dans une note insérée dans les Comptes rendus de V Académie des sciences (décembre 1877), a fait faire un pas important à la question qui nous occupe.
Le derme de la muqueuse linguale du canard, et celui qui revêt latéralement en dedans le bec de cet animal, est rempli de terminaisons nerveuses. Ces dernières sont de deux ordres : Les unes se font dans des appareils analogues aux corpuscules de Pacini, nous les décrirons ultérieurement; les autres se font dans des corpuscules tactiles particuliers que nous allons maintenant décrire. Les nerfs composés de fibres à myéline rampent dans le derme sous forme de troncs de petit volume. Arrivés dans les parties superficielles, au voisinage des papilles, ils prennent une direction perpendiculaire à la surface comme s'ils tendaient à gagner celle-ci par le plus court chemin. Parvenus. à la base des papilles, ils subissent un certain nombre de bifurcations qui dissocient leurs fibres ; mais cette dissociation n'affecte pas ordinairement la disposition d'un bouquet pré-terminal. Autrement dit on ne voit pas, d'un ou de deux tubes nerveux à moelle, partir du niveau d'un étranglement annulaire un bouquet à branches divergentes. Souvent, au voisinage d'un corpuscule, un groupe de deux ou trois fibres à myéline, et parfois même un seul, subit successivement des branchements en Y qui donnent à la terminaison nerveuse un aspect arborisé. Mais cette division ne se fait pas régulièrement pour toutes les papilles. Une éminence papillaire volumineuse peut renfermer plusieurs terminaisons sensitives fournies soit par une seule branche ramifiée, soit par plusieurs tubes à myéline. Dans une même papille l'on voit se terminer des nerfs et monter des vaisseaux, fait qui ruine absolument la distinction qu'on a tenté de faire entre les papilles vasculaires et les papilles nerveuses.
Les organes terminaux du tact, sont situés, chez le canard domestique, en général au voisinage des couches stratifiées de l'ectodcrme. Souvent ces corps sont immédiatement adjacents à ces dernières, et n'en sont séparés que par la mince limite festonnée du derme. Parfois cependant, surtout sur les bords latéraux des papilles, les corpuscules terminaux sont plus profondément situés. Ils sont alors séparés de l'ectoderme par des bandes de tissu connectif fascicule.
Dans leur trajet ascendant, les tubes nerveux qui se rendent aux corpuscules du tact sont accompagnés : 1° par une mince gauie lamelleuse ; 2« par des faisceaux épais de fibres connectives parallèles à leur direction. Avant d'atteindre le corpuscule terminal, le tube nerveux à myéline montre des segments interannu-
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laires de plus en plus courts, et il aborde le corpuscule du tact soit directement,
soit en le contournant légèrement.
Les corpuscules du tact sont simples ou composés. Le plus simple de tous est forme par la réunion de deux corps cellulaires. C'est ce corpuscule rjue nous allons décrire et prendre pour type. Les cellules qui forment la charpente du petit organe sont ovoïde^^ Leur masse protoplasmique est formée d'une substance transparente comme le verre, semée de quelques granulations que l'osmium colore en brun clair. Ces granulations sont un peu plus abondantes au voisinage du noyau qui est placé à la périphérie de l'élément. Ce noyau est volumineux, muni d'un nucléole qui occupe sa partie centrale. En résumé, l'élément tout entier, constitué par une substance transparente et très-rétractile, offre une grande analogie avec les cellules du nodule sésamoïde du teiidon d'Achille des Batraciens anoures. Il eu diffère, cependant en ce qu'il ne contient pas, autant que je l'ai pu voir du moins, l'amas granuleux que, d'après l'obsorvation de M. Ramier, l'on trouve régulièrement en dehors du noyau dans les cellules du nodule du tendon d'Achille. Quoi qu'il en soit, il s'agit ici d'une pièce de charpente de nature cellulaire, et qui n'est pas sans analogie avec les productions semblables qui prennent naissance au sein du tissu fibreux.
Pour former le corpuscule du tact, j'ai dit qu'il faut nécessairement le concours de deux cellules. La forme générale du corpuscule entier est celle d'un ellipsoïde. Les deux cellules, qui concourent à la formation de ce dernier, sont disposées l'une par rapport à l'autre comme le seraient les deux moitiés d'un
Fig. 12. — Corpuscules tactiles du bec ùa canard domesiique. n, tube nerveux à moelle ; — CT, cellules du tact ; — N, leur noyau ; — dt, disque tactile ; — ET, cavilé du di=que tactile ; — nf, noyaux de celte cavité ; — gl, gaine lainelleuse ; — cl, couche laraelleuse du corpuscule; — E, épiderme; — Ip, limitante; — D, derme.
fruit ovoïde, d'une pêche par exemple, que l'on aurait sépai'ées, puis juxtaposées de nouveau après en avoir extrait le noyau. 11 suit de là que la cellule supérieure présente une face périphérique bombée et une face profonde plane, légèrement excavée en son milieu. Inversement la cellule inférieure offre une face périphérique plane, légèrement creusée à son centre, et une face profonde curviligne. De la sorte, les deux moitiés cellulaires du corpuscule simple du tact interceptent, en se réunissant par les faces planes occupant l'interligne qui les sépare, une petite cavité affectant la forme lenticulaire d'un ménisque biconvexe. C'est cette cavité inter-cellulaire qui est destinée à recevoir le disque iaclile décrit par M. Ranvier, et qui constitue la terminaison du nerf.
La cavitédu disque tactile n'est point limitée seulement par le protoplasma des cellules globuleuses qui forment la charpente du corpuscule du tact. Lors-
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qu'une coupe a élé effectuée de telle taçoii que la cellule supérieure ou inférieure ait été détachée de sa similaire, comme le couvercle d'une boîte que l'on aurait enlevé, la cavité du disque tactile apparaît à découvert, au centre de la cellule restée en place, comme une légère fossette allongée à la façon d'une amande. Après l'action de l'acide osmique, et coloration par l'éoslne-primerose, on reconnaît facilement que la fossette du disque tactile est limitée en dedans par un revêtement cellulaire extrêmement délicat et mince; vue de face, la dépression montre en effet sur son fond deux ou trois noyaux arrondis, minces et plats, sans nucléole évident et tout à fait analogues à ceux des endothéliums. Malgré mes efforts, je n'ai pas réussi à imprégner d'argent la cavité du disque tactile : je ne puis donc dire exactement si elle est limitée par un revêtement endothélial continu, ou par une couche irrégulière de cellules plates. La disposition des noyaux, qui apparaissent équidistants, semblerait corroborer la première hypothèse. Dans cet ordre d'idées le nerf à sa terminaison serait contenu dans une séreuse minuscule. Je dois dire que les éléments cellulaires précités ne me paraissent pas devoir être rattachés au bourgeon cylindre-axile terminal, car ils ne le suivent point comme le font les noyaux attachés au cylindre d'axe lorsque l'on sépare ces derniers des parties adjacentes par la dissociation avec les aiguilles ou la traction effectuée avec les pinces. Ils n'appartiennent pas davantage aux deux cellules de charpente du corpuscule, car ils diffèrent absolument des gros noyaux nucléoles de ces dernières. Ce qui est donc le plus probable, c'est qu'il s'agit ici d'un revêtement celluhdre spécial; et j'insiste ici sur sa description parce qu'elle n'a été jusqu'à présent faite par personne, et qu'elle m'a paru avoir quelque intérêt au point de vue de la morphologie générale. Le tube nerveux à myéline aborde le corpuscule du tact exactement au niveau du pkm qui sépare ses deux éléments cellulaires constitutifs. En atteignant la ligne d'insterslice, la fibre à myéline finit par un étranglement annulaire. La myéline cesse d'exister, et le cylindre d'axe devenu libre s'insinue entre les deux cellules de charpente, gagne la cavité en forme de fossette interceptée entre les plans de contact de ces dernières, et, se moulant sur cette fossette olivaire il s'épanouit pour former le disque tactile. Ce disque, formé par la substance du cylindre d'axe, est de forme lenticulaire ; il se termine pai- une pointe Irès-fmc, de façon qu'il semble parfois traverser la cavité du corpuscule bord pour bord. A son entrée dans la cavité centrale, ce cylindre d'axe est strié longitudinalement. En s'épanouissant, il prend une apparence granuleuse ; mais je n'ai pu savoir si chacune des granulations répond à la terminaison d'une des fibrilles composant par leur union le filament axile tout entier.
Le tube nerveux était accompagné d'une minime gaîne lamelleuse au moment où il a abordé le corpuscule du tact. A partir du point où le cylindre d'axe pénètre dans le corpuscule, la gaîne lamelleuse s'écarte de chaque côté et va former l'enveloppe également lamelleuse qui entoure, circonscrit et protège les cellules qui forment la charpente de l'appareil terminal.
On voit que, contrairement à l'assertion de Merkcl, ce n'est point à l'intérieur d'un corps cellulaire, mais dans l'intervalle de deux cellules relativement solides et disposées sous forme de pièces de charpente que s'effectue la terminaison sensitive. Au sein de cette dernière, l'expansion discoïde du cvlindre d'axe, décrite pour la })remière fois par mon maître M. Rahvier, est renfermée dans une séreuse en miniature. La lymphe pénétre-t-elle en abondance sur ce point? Le disque tactile y est-il soutenu par un liquide à la lois conservateur
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de sa structure délicate et jouant le rôle de milieu élastique incompressible destiné à la propagation régulière des impressions tactiles? Ce sont Ki des questions que je ne puis que poser ici sans les résoudre.
D'un autre côté la charpente du corpuscule du tact est formée d'après un type non pas identique, mais analogue à celui de la notocorde. Le tissu connectif fibreux d'une part, des cellules globuleuses et délicates de l'autre, concourent à sa formation. Le disque tactile est pris de la sorte, pour ainsi dire, entre les deux mors d'une pince, et chaque action extérieure agissant sur le système entier se transmettra sans forme d'ébranlement à l'extrémité cylindreaxile, de façon que cette dernière soit véritablement soumise à une excitation mécanique résultant de la simple action des pressions et des contacts.
M. Ranvier a donné la formule de la corn] osition des corpuscules du tact du bec et de la langue des oiseaux. Cette formule est fucile à comprendre. Considérons un corpuscule du tact simple : il est composé de deux cellules de charpente renfermant le disque tactile dans leur interligne de contact. 11 y a donc un disque tactile pour chaque interh'gne formé par l'union de deux cellules. Supposons trois cellules de charpente superposées, elles intercepteront entre elles deux interhgnes de contact qui recevront deux disques tactiles. Dans un corpuscule composé, le nombre di^s termiuaisons sensilives sous forme de lames ou disques tactiles sera donc égal au nombre des cellules diminué d'une unité. II reste peu de chose à dire relativement à la constitution du corpuscule composé. Généralement, chez le canard domestique, le nombre des cellules de charpente superposées est rarement supérieur à quatre ou cinq. Dans un organe ainsi formé, on voit donc trois ou quatre disques tactiles le plus ordinairement émanés d'une seule fibre à myéline qui fournit sur l'un des côtés du corpuscule une série de branches pour ainsi dire décurrentes qui gagnent chacune leur interstice do contact pour s'y terminer au sein de la fossette médiane. Tout le système est enveloppé d'une gahie lamelleuse qui l'entoure et qui, à quelques différences près, se comporte fondamentalement comme la gaine lamelleuse qui environne le corpuscule simple, c'est-à-dire formé de deux cellules de charpente. Nous donnerons à chaque ensemble de cellules enveloppées par une même gaïne lamelleuse et commandées par une même fibre à myéline le nom de segment tactile. Si nous appliquons celte définition au corpuscule du tact de la langue et du bec du canard, nous voyons que ces corpuscules sont dans la grande majorité des cas composés d'un seul segment. Ce sont des corpuscules du tact unisegmentaires.
La description que nous venons de faire est absolument en désaccord avec celle donnée par Merkel dans son dernier travail. Cet auteur, en effet, admet que c'est dans l'intérieur même du protoplasma de chacune des cellules que nous avons décrites sous le nom de cellules de charpente que se lait la terminaison cylindie-axile. Pour Merkel, en un mot, cette terminaison est intracellulaire. Pour M. Ranvier, au contraire, et pour tous les histologisles qui suivront exactement ses méthoiles, la terminaison nerveuse est toujours intercellulaire. Rien plus, je rappellerai qu'il est focile de montrer que la cavité tactile entourant le disque terminal est séparée des éléments de la charpente par une couche de cellules plates qui constituent une ligne parfaitement nette de démarcation. Nous allons rechercher maintenant dans les autres organes du tact si cette terminaison inter-cellulaire se poursuit et devient la règle.
Corpuscules du tact de la peau de Vhomme et des mammifères : Corps de
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Meissner. Les corpuscules de Meissner sont des organes très-différenciés du tact. Ils existent chez riiomme et chez les animaux supérieurs dans les points de la peau qui se sont spécialisés pour devenir le siège du toucher proprement dit, C'est pouri[uoi, chez l'homme, on les rencontre en grand nombre au niveau de la pulpe des doigts et des orteils et dans les papilles très-analogues existant dans la queue prenante des Âtèles (Jobert.) Cette queue prenante est, du reste, pour l'animal précité, comme une main supplémentaire; il s'en sert avec une grande adresse dans l'exploration et la pal|iation des corps extérieurs et pour la préhension des aliments. Tous ces corps affectés au toucher n'existent d'ailleurs que dans les portions glabres de la peau. Lorsque le tégument se recouvre de poils, il peut renfermer des organes spéciaux du toucher, mais ces derniers sont construits sur un type tout diflérent de celui que nous allons décrire.
Kous allons prendre pour objet d'étude la peau de la pulpe de l'index ou du médius de l'homme. Elle est enlevée (sur un doigt amputé, par exemple), divisée à l'oide du rasoir en petits carrés de 5 millimètres de côté; chacun de ces carrés de peau encore vivante est immergé séparément dans quelques centimètres cubes d'une solution d'acide osmique à 1 p. 100. Au bout de vingtquatre heurts, chaque fragment de peau est devenu noir comme du charbon. Il est en même temps devenu assez dur pour qu'on y puisse pratiquer des coupes. Si le durcissement n'est pas suflisant, l'on peut sans inconvénient l'achever par l'action successive de la gomme et de l'alcool, effectuée, bien entendu, après un Livage convenable de la pièce par l'eau distillée. Je me suis assuré par des examens comparatifs que les éléments fixés vivants dans leur forme par l'osmium ne sont nullement modifiés par la manipulation dont la description précède. Il convient de pratiquer perpendiculairement à la surlace de la |ieau une série de coupes d'une minceur extrême que l'on peut colorer ensuite soit par l'hématoxyline, soit par la purpurine, soit enfin par l'action combinée d'une de ces deux substances et de l'éosinc-primerose. Les coupes sont ensuite montées dans la glycérine salée et montrent les détails suivants. On peut constater de prime abord que la division, indiquée par quelques auteurs, des papilles-dermiques, en vasculaires et nerveuses n'a nullement sa raison d'être. C'est d'ailleurs là un point sur lequel Tliin a déjà antérieurement insiste. Les anses vasculaires, disposées en bouquets dont le grand axe est perpendiculaire à la surfiice de la peau, montent dans l'intérieur de la papille, accompagnées de bandes de tissu connectif qui suivent leur direction axiale. Il existe un grand nombre de p;ipilles qui ne renferment rien autre chose qu'un bouquet vasculaire plus ou moins volumineux. Mais il en est d'autres qui sont véritablement névro-vasculaires. Dans ces dernières, le corpuscule du tact occupe une région, le bouquet vasculaire une autre; vaisseaux et nerfs sont places dans l'aire de section d'un même arc papillaire. Considérons maintenant un corpuscule du tact en particulier.
Il a la forme générale d'une olive, et peut-être, ainsi que l'a indiqué le premier Thin, constitué par l'union de plusieurs segments le plus souvent superposés. Chaque segment répond à la distribution d'une fibre nerveuse à myéline. Il est entouré de bandes de tissu fibreux disposé d'une manière générale comme l'enveloppe fibreuse des corpuscules du tact uni-segmentaires du bec des oiseaux. Le plus ordinairement chaque corpuscule est immédiatement adjacent, par son extrémité la plus élevée, à la limite hyaline qui constitue le bord lestoimé du derme. L'organe du tact est donc à la fois toujours contenu dans l'épaisseur du
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mésodernie, tout en étant rapproche jusqu'au contact de la couche ectodermii^ue qui recouvre ce dernier. Contrairement à l'assertion de Jobert, les corpuscules ne sont jamais plongés dans le corps de Malpighi lui-même. Leur grand axe est toujours dirigé perpendiculairement à la surlace du derme; nous allons étudier tout d'abord un corpuscule formé d'un seul segment ou uni-segmentaire ; nous décrirons ensuite les corpuscules composés de segments superposés, ou corpuscules multi-segmentaires.
Sur des prép;irations traitées par l'osmium et soumises ensuite à la double coloration par Thématoxyline et l'éosine-primerose, le tissu fibreux est coloré en jaune bistre, les nerfs à myéline en noir d'encre de Chine, les cylindres d'axe et les disques terminaux en brun foncé, les noyaux en violet et les fibres élastiques en rose vif. On peut donc reconnaître et suivre ces divers éléments mêlés au sein d'un organe complexe.
La charpente du corpuscule du tact est constituée par une série de loges empilées les unes sur les autres et disposées à la façon des lames concaténées
Fig. 13. — Corpuscule du lact de l'index deriiommp (la coupe passe par son axe vertical).
c.p.m, cellules prismatiques du corps de Malpighi; — t.ti, tube nerveux à moelle; — i'.n', t".n", t"'.n"', ses tours de srpire diversement coupés ; — f.a, lilaments axiles nus. — d.t, disques tactiles; ce, cellules de charpente ; — g.l, gaine lamelleuse.
d'un gâteau feuilleté. Ces lames émanent du tissu fibreux qui forme l'enveloppe générale du segment tactile. Nous avons vu que les faisceaux fibreux dont nous venons de parler montent en suivant latéralement le corpuscule du tact pour se lélléchir à sa partie supérieure. A la base du corpuscule, les bandes de tissu fibreux, venues de la profondeur de la masse dermique de la papille, s'écarttut au contraire en une soi te de cupule concave en dehors, et analogue à la cupule tendineuse au niveau de l'extrémité d'un faisceau musculaire primitif. Au far et à mesure qu'elle monte le long du corpuscule, l'enveloppe fibreuse envoie latéralement une série de lames délicates formées de faisceaux connectifs trèsgrèles et très-denses, et qui traversent le corps du segment en se coupant, dans l'aire de ce dernier, fréquemment à angles aigus. 11 en résulte une série de loges aplaties disposées les unes au-dessus des autres à la façon des feuillets d'un
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livre. Ainsi s'explique l'apparence irrégulièrement striée qu'offre, dans le sens transversal, l'image d'un corpuscule du tact observé dans son entier. Dans l'intérieur des loges ainsi produites, on voit des corps cellulaires formés d'un noyau quel'liématoxyline colore en violet intense et dont le protophisma, réduit à une mince lamelle, paraît s'a[)pliquer sur les parois de la loge llbreuse, mais ne remplit point celte dernière d'une masse grenue. Les cellules des corpuscules du tact de l'homme me paraissent pour cette raison un peu différentes de celle du corpuscule du tact de la langue et du bec du canard. Lorsque Ton a obtenu, par l'effet du hasard, une coupe très-mince passant exactement p.ir l'axe d'un segment tactile, on voit en effet que la charpente de ce segment est formée par un véritable slroma fenêtre. L'aspect fenêtre est dû à ce que l'on ne voit, dans une pareille préparation, que le prolil de toutes les loges fibreuses superposées. Or si, dans l'une de ces sections de loge, on considère un noyau, on le voit sépart; des fibres connectives par un espace vide et adbérent seulement au bord sur un point par une masse minime de protoplasma qui s'étale ensuite en mourant sur la paroi. H serait difficile de dire par quoi est occupé, pendant la \ie, l'espace vide qui contient à son centre chacune des loges précitées. Pas plus ici que dans la corde dorsale de la lamproie, l'osmium ne détermine, dans l'aire des loges interceptées par les lamelles fibreuses aucune coagulation que l'on puisse rapporter à des substances albuminoïdes ou à du protoplasma. Je ne voudrais pas cependant dire ici catégori([uement que le slroma d'un segment tactile est formé j»nr une sorte de notocorde en miniature, mais je ferai remarquer que, d'après mes recherclies, il existe néanmoins une certaine analogie entre les deux productions.
Ainsi le slroma connectif est disposé à la façon d'une pièce de charpente ; sur les préparations, la strialion transversale entrecoupée que présente la surface du segment tactile est donnée par la coupe optique des lames fibreuses super j>osées qui forment les loges. Les noyaux transversaux sont ceux des cellules disposées au sein des loges elles-mêmes, mais qui ne les remplissent pas complètement. C'est Langerhans qui le premier appela rattention sur cette question {Arch. fur mikrosk.. Anat., p. T'iô, 1875). Contrairement à l'asserlion de Rouget, de Krause et de quelques autres histologisles, il fit voir que le centre du corpuscule du tact est plein, et non pas occupé par une substance granuleuse molle. D'après Langerhans, la masse du segment tactile serait formée par des cellules plates analogues à celles du tissu connectif, et disposées en piles h. la façon d'une série de coins superposés. Mais Langerhans, de même que Meissner et beaucoup d'autres, considéra les éléments fibrillaires, (jui constituent la paroi même des loges, comme n'étant autre chose que des filaments nerveux très-fins, pelotonés, ramifiés, intercalés de diverses manières entre les éléments cellulaires composant le slroma du corpuscule du tact. Je ne saurais trop ni'élever contre une pareille conception. Elle repose d'abord sur une observation incomplète ; il est facile de démontrer que les faisceaux connectifs délicats disposés dans le sens transversal sont des émanations des faisceaux fibreux qui forment au segment tactile une enveloppe discontinue. Le mode de terminaison des nerfs est tout autre et, comme l'indiquait très-sommairement mon maître M. Ranvier dans sa note à l'Académie des sciences; il est très-analogue à celui qu'il a décrit dans les corpuscules du tact de la langue et du bec du canard.
Le corpuscule du tact unisegnientaire est abordé par la fibre nerveuse à moelle de la façon suivante : Le tube nerveux présente des segments inter-
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annulaires courts. Il est entouré et suivi dans son trajet par des faisceaux fibreux ascendants comme lui, et qui rejoignent l'enveloppe fibreuse du corpuscule. Après avoir cheminé pendant un certain temps le long de cette dernière, la fibre nerveuse, appliquée sur la masse du corpuscule et à sa surface, décrit plusieurs tours de spire, puis la myéline cesse d'exister au niveau de la fui d'un étranglement annulaire, et le cylindre d'axe, devenu libre, forme une véritable arborisation terminale. Chaque branche de cette dernière finit par un renflement en figure de bec de cautère-olivaire; ou s'aplatit pour former une sorte de disque tactile.
Si l'on observe un corpuscule du tact dans son entier après l'action de l'acide osmique, on voit monter autour de lui la fibre à myéline, et se terminer cette dernière substance d'une manière nette et précise. On voit ensuite partir de la fibre nerveuse les ramifications cyliiidre-axiies, puis obscurément se montrer des disques tactiles terminaux, tous ou presque tous dirigés en travers. Mais ici j)lusicurs questions se présentent. Les terminaisons se font-elles simplement à la surface du segment tactile? ou dans les cellules qui forment la charpente de ces dernières? ou enfin dans les intervalles des éléments cellulaires?
Sur les coupes très-minces, la continuité générale des branches de la terminaison nerveuse ne peut plus être suivie, mais on voit, sectionnées longitudinalement, obliquement, ou normalement à leur direction axiale, les fibres nerveuses minuscules colorées en brun sombre et se terminant par des renflements. Ceux-ci sont le plus souvent aplatis en forme de feuilles, et présentent une ponctuation granuleuse. Les disques tactiles terminaux sont contenus dans rintervalle des loges superposées. Je ne les ai pas, en effet, vus se terminer dans des cavités munies d'une cellule et d'un noyau. Le filament, très-grêle et coloié en brun par l'osmium, s'insinue dans des trajets limités par l'écartement des lames fibreuses qui forment le stroma du segment tactile. Ces trajets s'élargissent en foi'me de petites cavités biconvexes au sein desquelles le disque terminal est contenu. Ce disque ne m'a pas paru remplir l'espace tout entier; mais je n'ai rien vu sur les parois de la fossette, qui m'ait rappelé la mince couche cellulaire qui double la cavité intercellulaire des corpuscules tactiles du bec du canard. Tous les disques terminaux sont en rapport avec un filament cylindre-a\ile. Tous ont une direction transversale. Je n'en ai pas vu s'orienter dans le sens axial du segment. Il résulte de là que, sur une même coupe, chacun d'eux, s'il est coupé parallèlement à son trajet, se montre comme un mince ménisque biconvexe dont la tête et la queue sont dirigées horizontalement par rapport à l'axe du segment. Quand les mêmes disques sont coupés perpendiculairement à leur axe, leur section se montre sous forme d'une ellipse légèrement allongée transversalement. La fossette qui les contient est limitée par des fibres très-fines et résistantes. La voûte de la fossette est formée par des fibres appartenant à la lamelle de charpente située au-dessus du disque ; le plancher concave de cette même fossette est constitué par les fibres de la lamelle cloisonnante qui est au-dessous. La voiite et le plancher se rejoignent de chaque côté du disque tactile pour s'écarter ensuite de nouveau et concourir de la sorte, dans leur trajet ultérieur, à la constitution de la charpente fibreuse du segment tactile.
Les observations que nous venons de faire montrent que la terminaison des nerfs sensitifs dans les corpuscules du tact s'effectue par des prolongements olivaires ou discoïdes qui s'insinuent entre les loges de la charpente connective du segment tactile sans affecter de rapports immédiats avec le protoplasma des
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cellules contenues dans chacune des loges précitées. Dans sa note à l'Institut, M. Ranvier, sans entrer dans plus de détails, avait affirmé que les corpuscules du tact de riiomme et des mammifères étaient constitués sur le même type fondamental que ceux du bec et de la langue du canard. Je suis entièrement du même avis, et, à cela près que la charpente connective d'un segment tactile de la pulpe des doigts de l'homme est beaucoup plus compliquée que celle d'un corpuscule du bec des oiseaux, la terminaison se fait par un mode analogue, c'est-à-dire qu'elle est inter-ceUulaire, on pourrait même dire inter-loculaire. L'opinion de Merkel {Archiv. filr mikrosk. Anat., XI, 1875, page 644), qui prétend que le cylindre d'axe se perd dans la masse protoplasmique des cellules de charpente, ne saurait donc être soutenue plus longtemps. Je ferai remarquer ici que le même auteur assimile les éléments cellulaires qui nous occupent à ceux du cartilage. Cette assertion m'a paru aussi peu justifiée que la précédente. Quant à l'opinion de Krausc, de Rouget, de Meissner, qui font terminer le cylindre d'axe dans une masse centrale semi-liquide, elle n'est nullement justifiée par les faits. Ce n'est pas à dire qu'il ne reste pas un certain nombre de points obscurs dans la question. Je n'ai pu notamment savoir si la gaine de Schwann se poursuit sur les ramifications, cyliudre-axiles et sur les expansions discoïdes qui les terminent. Mais un fait certain, c'est que l'expansion sensitive terminale est prise ici, comme dans les corpuscules de la muqueuse buccale du canard, entre des pièces solides qui, sous l'action des contacts extérieurs, sont disposées pour l'impressionner mécaniquement.
La description des corpuscules du tact unisegmentaires se comprend maintenant pour ainsi dire d'elle-même. Les segments sont superposés les uns au-dessus des autres. Le corpuscule composé prend alors l'aspect d'un fuseau formé de tronçons successifs. L'enveloppe générale de tissu fibreux s'insinue entre les segments et d'autre part environne l'ensemble du corpuscule. 11 ne s'agit pas ici d'une véritable membrane capsulaire, mais bien d'une sorte de cage formée par des faisceaux fibreux adjacents entre eux. Chaque segment reçoit une fibre à mj'élihe distincte qui se distribue dans sa masse. Souvent, dans un corpuscule composé de trois segments, un seul tube à myéline arrive à la partie inférieure et se termine par un étranglement annulaire d où partent trois fibres à myélinetilles qui prennent à ce niveau l'aspect d'un bouquet nerveux préterminal. Les fibres destinées aux segments successifs cheminent dans l'enveloppe fibreuse et souvent même passent dans les plans fibreux qui séparent les segments superposés. Elles ne donnent communément point lieu sur leur trajet à de nouvelles branches de bii'urcatiun. Chaque segment semble donc jouir par rapport aux autres d'une certaine autonomie.
Telle est la constitution morphologique des corpuscules de Meissner. Je n'étudierai pas ici leur distribution dans les divers points de la peau, ni leur répartition dans les papilles. Cette étude sera faite dans un autre article de ce Dictionnaire {Voy. Peau). Une pareille recherche rentre d'ailleurs dans le cadre de l'anatomie descriptive. Mais je dois actuellement décrire sommairement des appareils terminaux un peu plus simples, signalés pour la première fois par Krause sur certaines muqueuses appartenant embryologiquement à la peau ; je veux parier de la muqueuse des lèvres et surtout de la conjonctive. C'est en 1859 que Krause fit paraître ses premières recherches sur ce sujet. Ses conclusions, combattues par Julius Arnold et plus récemment par Wakleyer, furent acceptées au contraire par IvôUiker, Rouget, Frey, Ciaccio et enfin par mon excellent ami
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M. Poncet (de Cluny) qui fit paraître en 1875 {Recueil des travaux du laboratoire d'histologie du Collège de France pour l'année 1875, pages 165, 179), un mémoire intéressant auquel j'emprunterai les détails qui vont suivre, car je n'ai pas moi-même repris la question.
Immédiatement après la mort, on pratique près du bord cornéen, à la partie supérieure et externe de ce dernier, une injection interstitielle d'acide osmique à 1 pour 1000 dans la conjonctive. 11 en résulte un chémosis artificiel qui démontre la pénétration du liquide en avant de la sclérotique ; quelques gouttes de la solution sont versées entre les paupières qui sont soigneusement refermées; puis le tout est laissé en place pendant douze heures environ. Au bout de ce temps le bulbe oculaire est enlevé, la conjonctive est détachée à l'aide de ciseaux fins, puis tendue sur une lame de liège, colorée pendant vingt-quatre heures par la purpurine, et enfin montée dans le baume du Canada à la manière ordinaire. Quand ce mode de préparation est bien exécuté, aucune fibre nerveuses à myéline, si mince qu'elle soit, n'est déchirée ni rompue. Les corpuscules terminaux {Endkolben, de Krause) ne se rencontrent pas dans toute la conjonctive ; ils sont surtout accumulés sur le côté supérieur et externe de cette membrane (Ciaccio). Cette localisation correspond au territoire de la branche lacrymale. Ils sont disposés à rextrémité d'une ou deux fibres nerveuses à myéline qui se branchent plus ou moins fréquemment en Y avant de les atteindre. Ils se montrent alors disposés comme des grains de raisins sur la grappe qui les supporte.
« Dans sa plus simple structure, le corpuscule est ainsi constitué : une fibre nerveuse unique, à double contour, noircie p'r l'acide osmique, se détache d'un gros tronc; elle peut alors compter jusqu'à vingt étranglements annulaires avant de former son corpuscule ; parcours assurément considérable pour une fibre réduite à ce diamètre. Elle s'enroule alors en un peloton inextricable; la fibre reste no re et reconnaissable sur de petites longueurs. Mais alors elle se présente soit de ciiamp soit en racourci, offrant l'aspect d'une section circulaire. Elle traverse ensuite le corpuscule eu décrivant des anses obliques mais non concentriques, ni contenues dans un même plan. L'absence de toute disposition régulière ou parallèle fait perdre aisément son chemin, et il nous a toujours paru impossible chez l'homme de saisir le point exact où la myéline cesse. » (F. Poncet, loc. cit., page 172.)
La masse du corpuscule tactile est, d'après M. Poncet, formée d'une substance granuleuse renfermant des gros no\aux que l'osmium colore en brun et la purpurine faiblement en rose. Quelques-uns d'entre eux paraissent reliés les uns aux autres par un « mince tissu membraneux ». Celte description montre qu'il est actuellement nécessaire de reprendre la question à deux points de vue : 1" au poini de vue de la constitution de la nuiise du corpuscule il serait intéressant de savou' s'il s'agit ici d'un tissu de charpente analogue à celui des corpuscules du tact du bec du canard ; 2" la terminaison des fibres nerveuses n'a pas été suivie; l'on n'a vu que l'empelotonnement plus ou moins compliqué des fibres à myéline autour du bulbe terminal. Mais ce qui est intéressant ici, c'est que M. Poncet a pu déterminer par l'expérience que les petits organes que nous venons de mentionner, sont bien véritablement destinés aux fonctions tactiles. « Avec la pointe d'un crayon peu aigu, si vous appuyez légèrement, l'œil étant fermé, sur la peau des paupières, vous aurez suivant la région des sensations très-différentes. Nous ne parlons pas des phosphènes ; mais au côté interne et supérieur, par exemple, vous rapprocherez aisément et sans douleur la pointe
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du crayon de la conjonctive, tandis qu'en arrivant, au contraire, on haut et en dehors, la pointe produit une sensation très-pénible comme si un gravier pénétrait sous Li paupière. L'œil se relire involontairement pour fuir le contact, bien toléré au contraire en dedans. Si l'expérience est répétée au côté externe, les larmes ne tardent pas à se montrer. » (Poucet, loc. cit., page 178).
Ainsi la conjonctive n'est douée d'une exquise sensibilité que là même où existent accumulés les corpuscules de Krause. Ce point d'accumulation est situé sur le côté externe et supérieur de l'orbite le plus exposé aux chocs extérieurs. La conjonctive est à ce niveau pourvue d'appareils qui perfectionnent sa sensibilité et qui permettent par là même, en rendant perceptibles les moindres atteintes, de prévoir et de fuir les traumatismes. Le moindre contact sur ce point fait en effet naître un réflexe qui rejette la tète en arrière. Si l'action extérieure persiste, si un corps étranger pénètre entre les paupières, les petits organes du tact, semés sur les branches terminales du nerf lacrymal, déterminent par voie réflexe un abondant départ de larmes destinées à tavoriser l'expulsion du corps irritant. Cette disposition nous instruit sur les conditions de développement de la sensibilité tactile, et sur son adaptation aux fonctions spéciales de certaines régions du tégument. L'expérience de M. Poncet est aussi l'une de celles qui démontrent de la façon la plus élégante l'influence des corpuscules placés à la périphérie des nerfs scnsitifs sur le perfectionnement, l'adaptation et la différenciation de la sensibilité tactile générale à des fonctions spécialisées.
Nous allons maintenant étudier des organes tout différents qui n'existent point à l'état de développement complet chez l'homme, il est vrai, mais qui chez la plupart des animaux sont les principaux organes du toucher proprement dit. Ces organes sont les poils tactiles. Leur disposition montre pleinement le rôle important que jouent les phanères dans la production des impressions sensitives. Chacun sait que lorsque l'on touche légèrement les poils des cheveux ou de la barbe, une impression tactile, obscure, il est vrai, mais cependant très-appréciable, est régulièrement perçue. Le sens même dans lequel on agit sur les cheveux, en les relevant ou en les abaissant, peut être assez facilement apprécié chez Thomme. Cependant les papilles de la base de pareils poils ne présentent aucune disposition sjiéciale. Il n'en est pas ainsi chez les animaux dont toute la surface du tégument est à peu de chose près recouverte de poils. De la masse de la bourre et des soies s'élèvent, sur certains points, des poils colossaux implantés dans le tégument d'une manière particulière dans l'épaisseur du derme, et qui sont des agents très-délicats du toucher proprement dit. Tels sont les poils des moustaches du rat, de tous les félins, et d'une manière générale d'une série d'animaux divers. Parfois au contraire les poils tactiles sont courts, mais toujours roides et solides. Tels sont ceux du boutoir du porc, par exemple (Jobert). Nous allons prendre pour type de notre description les poils tactiles des lèvres du l'at albinos et du cochon d'Inde, parce qu'on peut se procurer facilement ces animaux dans les laboratoires.
Étude des poils tactiles ou vibrisses du rat et du cochon d'Inde. Avant d'étudier la disposition et la terminaison dos nerfs sensitifs dans les vibrisses, il convient de donner d'abord une description sommaire de celles-ci. Ce sont de longues soies roides implantées dans la peau de la lèvre supérieure sous une incidence légèrement oblique ; elles forment de chaque côté du museau un double éventail et frottent par leur extrémité libre contre les objets voisins de la •èle de façon à constituer des organes du tact pour ainsi dire à distance.
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Le poil qui forme la vibrisse possède une structure tout à fait particulière qui a, depuis longtemps, attiré l'attention des anatomisles ; pour bien comprendre cette structure, il faut la comparer à celle d'un poil ordinaire, c'est-à-dire non différencié pour devenir un agent du tact. Les principales modifications portent sur les gaines fournies au poil par le derme et le corps muqueux de Malpighi.
Les poils ordinaires doivent être considérés comme des édifications papillaires, et voici, d'une façon très-sommaire, comment l'on peut, je crois, le mieux comprendre et surtout retenir leur disposition compliquée. Vers le troisième mois de la vie intra utérine, chez l'embryon humain, toute la surface libre du tégument est encore lisse et phiniforme. Les papilles et les poils sont au début de leur formation. Au niveau des points où vont se former les papilles, un bouquet vasculaire, venu de la profondeur du derme, végète vers la sui'face. Ce bouquet est entouré d'une petite masse de tissu connectif embryonnaire. Au niveau de chacun des petits bourgeons dont je viens de parler, les couches épidermiques sont soulevées légèrement et se recourbent pour coiffer l'éminence papilJaire ainsi produite. Si la papille est colossale, comme il arrive, notamment, au niveau de la muqueuse linguale, les couches épidermiques qui la recouvrent, tout en se continuant latéralement avec le reste du revêtement ectoderraique, forment au sommet de chaque éminence un système distinct. Chez certains animaux, notamment les carnassiers et les herbivores, l'évolution cornée de chaque petit chapeau papillaire et très-régulière et, au-dessus de l'éminence on voit s'élever une série de couches d'épiderme solide disposées les unes au-dessus des autres à la façon de cornets d'oubliés. La papille devient ici le centre de formation d'un organe résistant, de forme conique, et souvent d'une hauteur assez considérable. Ce petit organe sert à la préliention des aliments ou à la mastication, c'est ce que l'on appelle un Odonloïde, il a été véritablement construit par la papille dont le boucjuet vasculaire et la saillie conoïde ont commandé pour ainsi dire sa forme générale.
Il en est de même, au fond, de toute production pileuse; la différence principale consiste dans ceci ; c'est que la papille vasculaire d'un poil, au lieu de foire saillie à la surface du tégument, est profondément enfoncée dans l'épaisseur du derme. Quand les poils se forment chez l'embryon, le corps muqueux de Malpighi, à ce moment encore étalé en nappe, devient le siège d'un bourgeonement particulier. Les bourgeons cylindroïdes, partent de sa face profonde et s'avancent dans l'épaisseur du chorion à la façon des racines des |ilantes. A ce moment les bourgeons sont pleins, formés par des cellules malpighiennes embryonnaires. Mais au bout d'un certain trajet l'extrémité du bourgeon s'arrête, parce qu'au dessous d'elle se forme une papille vasculaire dont la direction axiale est précisément celle du bourgeon pileux, mais dont le développement se fait en sens contraire. La perforation du derme par le bourgeon pileux embryonnaire est de la sorte définitivement arrêtée. L'apparition plus ou moins rapide de la papille commande, pour ainsi dii^e, la longueur du poil qui va se former; l'on conçoit par exemple que, sur un point de la peau où une série de bourgeons papillaires se seront produits immédiatement au-dessous des couches épidermiques, il ne se formera pas de poils, nuais bien des lignes de p;ipilles qui dessineront des sillons plus ou moins nombreux et réguliers. C'est par exemple ce qui se produit au niveau de la pulpe des doigts oii l'on ne rencontre pas de poils, mais des papilles disposées en zones concentriques et élégantes. C'est aussi pouiquoi, chez les animaux fournis d'une abondante toison, les régions glabres de la peau
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sont à peu près les seules qui paraissent munies de papilles (Hice palmaire des doigts, des orteils, du pied et de la main des Mammifères plantigrades par exemple.)
Voyons maintenant ce qui va se passer au point de contact du bourgeon pileux primitif et de la papille pileuse embryonnaire. Cette dernière se coiffe de l'extrémité borgne du bourgeon pileux qui, sous cette action, revêt une apparence analogue à celle d'une bouteille commune à fond saillant en dedans. Le bourgeon pileux est actuellement départi en deux zones. Tune suspapillaire, différenciée, l'autre qui est la continuation du corps muqueux de .Malpighi et qui va constituer la portion vaginale ou gaine externe du poil. C'est au-dessus de la papille que le poil va maintenant former sa partie essentielle, la tige, qui continuera la direction axiale de la papille coiffée par son bulbe ou poiliou réflécliie. Cette tige nous montrera une structure très-analogue à celle de l'odoniolde que nous avons décrit au-dessus de certaines papilles linguales, et l'iiomologie des deux productions papillaires deviendra de la sorte évidente.
Une coupe transversale de la muqueuse de la langue du chat dirigée perpenpiculairement à la surface de la muqueuse, et suivant l'axe d'un odontoïde, montre simplement, de la profondeur à la surface, les couches suivantes que l'on retrouve dans une coupe quelconque de la peau, savoir : 1" La j)3pille dermique très-allongée en cône; 2" la couche de cellules prismatiques du corps de Malpighi ; 5" la couche de cellules stratifiées et dentelées; 4" la couche granuleuse qui se teint en rouge vif par le carmin et répond au stratum lucidum de Œhl ; 5 ' la couche cornée qui ici prend des proportions colossales et constitue un véritable cône solide.
Examinons maintenant les parties homologues de la lige du poil : 1° au-dessus de la papille et la recouvrant est une couche de cellules polyédriques disposées de champ ; elle représente la couche de cellules prismatiques du corps de Malpighi ; 2" au-dessus de cette eouche se voient des cellules molles stratifiées, qui sont trcs-aualogues au stratum malpighien ; elles se disposent en cône à la façon de la portion similaire des couches de revêtement d'un odontuïde; 5" ce cône est collé d'une cône plus petit formé de cellules granuleuses, se teignant en rouge vif par le carmin et que l'on peut considérer comme les analogues des éléments cellulaires de la couche granuleuse de l'ectoderme. Elles constituent, en se prolongeant dans l'axe du poil, ce que l'on appelle la moelle de ce dernier. De même que celles de la couche granuleuse, ces cellules sont faiblement soudées entre elles, et, à une certaine hauteur elles laissent s'insinuer des bulbes d'air mimiscules dans leurs intervalles; 4" enfin la substance corticale du poil, formée d'épiderme corné, dense, serré, et stratifié de diverses façons, recouvre toutes ces couches comme le ferait un très-long étui ; elle est limitée à sa périphérie par une zone plus dense que le reste, mince, et que l'on nomme Yépidermicule. Mais au lieu de faire saillie à la surface de la peau dans la totalité de son parcours, la production pileuse est, on le sait, profondément implantée dans le tégument. Ceci ne veut point dire qu'elle soit plantée dans le derme comme un poteau dans le sol. Elle est au contraire entourée par une longue gaine formée pai- un enfoncement du corps mufiueux et de l'épiderme. Si l'on étendait une étoffe sur un tas de sable et si ensuite on plantait un piquet dans la masse en déprimant le voile qui la recouvre, ce piquet serait entouré d'une gaine détofle tout à fait analogue, dans sa disposition grossière, à la gaine vaginale de la production pileuse qui nous occupe.
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La disposilion compliquée des gaines de la racine du poil se comprendra maintenant d'elle-même. Sur une coupe longitudinale passant exactement par l'axe l'on voit :
1° Une enveloppe fibreuse stratifiée plus ou moins épaisse, qui sur les poils volumineux prend une apparence nettement lamclleuse. Nous l'appellerons pour cette raison la gaine lamelleuse du poil, elle n'est auti'e chose qu'un repli du tissu fibreux du derme, c'est sur elle que viennent s'insérer les muscles arrecteurs lisses ou striés destinés à mouvoir le poil ;
2" Cette enveloppe est limitée du côté du poil par une zone hyaline, c'est la couche limitante externe ou vitrée, qui marque effectivement la limite des couches fournies par le derme ;
5" En dedans de la limitante, on voit la gaîne fournie par l'ectoderme déprimé. L'on y peut distinguer, (a) une zone de cellules prismatiques, (b) une zone de cellules stratifiées, (c) une zone épidermique proprement dite qui se clive en deux plans savoir : la couche de Henle formée de cellules cornées soudées intimement et à noyaux atrophiés, la couche de Huxley formée de cellules dont le noyau reste distinct et qui est immédiatement adjacente à la tige du poil, c'est-à-dire qu'elle touche l'épidermicule.
Quelle que soit la longueur de cette digression, l'on en sentira tout à l'heure l'importance, car la description qui va suivre aurait chance de rester inintelligible pour ceux qui n'auraient pas présents à l'esprit les faits que je viens d'exposer. Je n'entrerai pas ici dans les détails de la structure de la tige des poils tactiles. 11 me suffira de dire qu'elle est très-complexe et de signaler l'existence fréquente, mais non pas constante d'une tige pileuse de remplacement accolée au poil principal dont elle constitue l'accessoire. Mais la forme de la papille pileuse et la disposilion des gaînes vaginales est tout à fait remarquable et mérite d'attirer l'attention.
Le derme environnant fournit au poil tactile une énorme gaîne lamelleuse qui l'entoure de toutes parts comme le ferait un sac résistant. Si l'on fait une coupe de la peau de la lèvre du rat après en avoir fixé dans sa forme un minime fragment par l'action de l'acide osmique à un pour cent, l'on voit facilement que cette gaîne est constituée d'une façon très-analogue à la gaîne lamelleuse des nerfs décrite par mon maître M. Ranvier. Je ferai remarquer, sans insister ici davantage sur ce point, que les cellules disposées dans les intervalles des lamelles superposées de tissu fibreux, ne remplissent pas entièrement ces derniers. Elles se comportent d'une manière très-semblable aux cellules de la cornée, contenues dans les espaces lacuneux interlamellaires décrits par Henle. Ce sont d'ailleurs des cellules plates analogues à celles du tissu conneclif fibreux ainsi que je iVLQa suis assuré directement par la dissociation. La gaîne lamelleuse est perforée, au milieu de la courbe qu'elle décrit pour passer au-dessous du poil, par un ramuscule artériel important et par une veine à paroi mince qui marche parallèlement à l'artère. Ces vaisseaux sont ceux de la papille du poil tactile..
Cette papille, située dans l'intérieur du sac formé par la gaîne lamelleuse, est colossale dans les vibrisses du cochon d'Inde et du rat. Les auteurs ont peu insisté sur sa configuration que j'ai trouvée typique dans les deux espèces précitées. Elle a la forme d'une sphère surmontée d'un cône allongé et ressemble assez bien dans son ensemble à un cautère à boule terminé par une pointe conique, les capillaires formés par l'artère afférente montent le long de la por-
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tion sphérique de la papille à peu près de façon à dessiner des côtes irrégulièrement sinueuses, puis ils rampent le long de la portion terminale conoide en s'entrelaçant de diverses façons; généralement le sommet du cône, très-eflilé et pénétrant dans la tige du poil à une grande hauteur, présente une ou deux anses terminales courbées en boucle ou en huit de chiffre. La disposition que je viens de décrire est , chez un même animal (le cochon d'Inde), tout à fait différente de celle offerte par la papille en bouton des poils ordinaires, ainsi que je m'en suis assuré par des injections très - pénétrantes et trèscomplètes. Mais l'artère afférente ne donne pas seulement naissance aux vaisseaux papillaires ; immédiatement après avoir pénétré dans le sac fibreux, elle donne des branches latérales qui passent de chaque côté de la papille et vont former un système caverneux au pourtour de la base du poil. C'est ce système caverneux que je vais actuellement décrire.
J'ai fait voir que la gahie lamelleuse du poil forme à ce dernier un sac fibreux qui l'entoure.
Ce sac est énorme relativement an volume de la tige du poil qu'il contient. A l'œil nu, lorsque l'on dissèque une vibrisse du rat, elle montre, à son point d'implantation dans le derme, un renflement volumineux et nacré caractéristique du poil tactile, et à la surface duquel s'insèrent des muscles striés nombreux et de couleur foncée. Lorsque l'on fend le renflement, on le trouve rempli de sang : il contient en effet un système érectile complet, organisé de la manière suivante.
Examinons une coupe de la peau passant par l'axe d'un poil tactile. La tige du poil devient libre au sommet d'une petite dépression infundibuliforme du tégument. Cet infundibulum est formé par le derme et les couches épidermiques rélléchies le long du poil tactile, c'est le commencement de la gaîne vaginale ; à son sommet, la gaîne lamelleuse d'une part, la limitante externe et la gaîne malpighienne de l'autre, divergent en interceptant une cavité dans leur écartement. Cette cavité est limitée en dehors par la gaîne lamelleuse écartée, en dedans par la limitante externe et la gaîne malpighienne, qui restent accolées à DICT. ENC. 2° s. XII. 31