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D'une manière générale, pendant longtemps, il n'es:iste aucun trouble fonctionnel; parfois, on rencontrera des convulsions ; mais, ce phénomène ne s'est présenté qu'exceptionnellement. D'autrefois, les malades accuseront de la paralysie des membres, ce qui a le plus souvent coïncidé avec la présence deuévromes intra-rachidiens. Chose remarquable, lorsque les plexus et les nerfs des membres étaient seuls envahis, les phénomènes de paralysie n'étaient pas en rapport avec le nombre des tumeurs. Dans la plupart des cas, il n'y avait pas de douleurs ; le malade de M. Houel fait peut-être seul exception et encore ce n'est qu'à la fin de sa vie. En même temps apparaissaient de la pâleur, de l'anorexie, de la diarrhée et une émaciation croissante, puis, survenait de la prostration des forces avec agitation et insomnie ; enlin, la respiration s'embarrassait, et le malade succombait épuisé.
Pour les névromes spontanés, on sera encore plus embarrassé attendu que, en l'absence de tout renseignement étiologique on n'aura pour s'orienter que les signes physiques ou fonctionnels : or, ces derniers peuvent complètement faire défaut ou bien ils apparaissent plus ou moins tard; sous ce rapport, on a remarqué que les phénomènes douloureux se montraient beaucoup plus tôt dans les névromes situés tout à fait à la périphérie comme dans les cas de tubercules sous-cutanés, par exemple; toutefois, il n'est pas encore démonti'é que toutes les tumeurs de ce genre doivent être rangées parmi les névromes proprement dits ; par conséquent, ce caractère n'a pas une valeur absolue. Dans les tumeurs siégeant sur les troncs nerveux ou sur leurs branches principales il est également loin d'être pathognomonique ; bien plus, en dehors des coups, des traumatismes de toutes sortes auxquels ces tumeurs sont plus ou moins exposées, il semble que l'absence de douleur, du moins pendant longtemps, soit la règle pour les vrais névromes. Que dire, après cela, des fe)rmes si différentes qu'elle peut revêtir : évidemment, il n'y a rien là de caractéristique, rien qui soit spécial au névrome et, en présence d'une tumeur siégeant sur le trajet d'un nerf, de ce que le malade accusera des douleurs intermittentes ou continues avec exacerbation diurnes ou nocturnes, on devra seulement conclure qu'il existe une cause locale ou générale d'irritation mais rien de plus. Le fait de suspendre les douleurs par la compression exercée sur le nerf au-dessus de la tumeur (Aronssohn) prouve seulement que les phénomènes d'irritation se font par les fibres directes du nerf; il n'a pas, il ne peut pas avoir d'autre signification.
Par conséquent, quel que soit le point de vue auquel on se place, on ne trouve dans les troubles fonctionnels que des caractères communs à toutes les tumeurs des nerfs. Toutefois si, comme il est bien permis de le supposer, la douleur est en rapport avec l'évolution plus ou moins rapide de la tumeur, de ce que les vrais névromes évoluent plus lentement que les autres formes de tumeurs des nerfs, nous serions disposé à admettre que, en dehors des causes traumatiques, l'absence de ce signe pour les tumeurs des troncs nerveux ou de leurs branches, plaide plutôt en faveur d'un névrome.
Restent les signes physiques ; quand on a dit que ce genre de productions se présente sous la forme d'une tumeur plus ou moins ovoïde, solide, résistante, en rapport avec un nerf, si bien qu'on ne peut la déplacer que dans un plan perpendiculaire à la direction de ce nerf, sans changement de coloration de la peau, . qui o-lisse facilement sur elle, etc.; on a sans doute énuméré des signes qui appartiennent au névrome, mais ils ne lui sont pas propres. Le volume de la tumeur serait peut-être plus important et, bien qu'on ait cité des cas de névromes volu-
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mineux, il nous semble que c'est l'exception. L'absence de fluctuation et la dureté , parfaitement égale , méritent aussi d'être prises en considération ; si l'on joint à cela le développement très-lent et peut-être, comme nous le disions précédemment, l'absence de douleurs (à part le cas de traumatisme), on aura quelques chances, sinon de toucher juste, du moins de ne pas faire fausse route au point de vue opératoire.
Traitement. Nous le diviserons en traitement médical et en traitement chirurgical. Cette manière de faire nous semble d'autant plus rationnelle que le névrome n'est pas forcément douloureux (témoin ce qui se passe après les amputations), et lorsque celui qui le porte accuse des souffrances plus ou moins vives, il y a lieu de se demander si l'extirpation ou tout autre procédé lui assure un bénéfice en rapport avec les chances qu'elle lui fait courir.
1° Traitement médical. Ce n'est pas dans l'espoir de voir diminuer ou disparaître les tumeurs que nous le proposons; à ce point de vue, il n'a pas de raison d'être appliqué ; nous ne comprenons même pas qu'on puisse discuter cotte question. Quoi qu'il en soit, dans les névromes d'amputation, il est trèscertain qu'on est parvenu, sinon à supprimer, du moins à apaiser les douleurs au moyen des sangsues, de la glace ; on nous dira qu'on avait affaire à un processus inflammatoire, ce dont nous ne disconvenons pas; mais, c'est précisément lace qui doit rendre très-réservé dans le cas de névrome spontané, par exemple, lorsqu'un malade vient nous demander de l'opérer. En dehors des causes traumatiqucs qui, du reste, prescrivent d'une façon encore plus nette l'emploi des antipldogistiques, il faut également prendre en considération certains états diatliésiques, tels que le rliumatisme et la syphilis, qui agissent tout au moins comme causes prédisposantes et, à ce titre, commandent l'usage d'un traitement spécial ; nous pouvons en dire autant de l'impadulisme qui a été signalé dans quelques cas. — Entin, il ne faut pas oublier que les personnes névropathiques présentent plus de prises que les autres aux agents morbides de toutes sortes, et, pour ce motif, il ne faut pas se hâter d'intervenir chez elles avant d'avoir épuisé la série des médicaments qui ont une action sédative sur le système nerveux.
2' Traitement chirurgical. C'est donc seulement après s'être assuré de rinsuffisance des moyens médicaux qu'on aura le droit de recourir à l'instrument tranchant ; en effet, aujourd'hui, il ne saurait plus être question de la cautérisation qui, outre qu'elle est très-longue, très-douloureuse, a de plus le double inconvénient d'exposer à la blessure d'organes importants situés dans le voisinage et d'être moins sûre, comme résultat, que la méthode sanglante.
Ceci posé, nous nous trouvons en présence de ïéniicléation, de l'extirpation et de y amputation.
Mais avant d'examiner les avantages ou les inconvénients de chacun de ces procédés, nous tenons à rappeler que l'ancienne division du névrome en périphérique, interfibrillaire et mixte, relativement aux rapports qu'affecte la tumeur avec les fibres nerveuses, ne saurait s'appliquer directement au névrome vrai, attendu que ce dernier est toujours continu ; cependant, comme toutes les fibres nerveuses dont se compose le nerf ne prennent pas toujours part au processus, il y a lieu d'admettre, avec M. Virchow, des névromes entiers et des névromes partiels ; d'autre part, ces derniers peuvent avoir un siège très-varié, relativement aux fibres nerveuses restées indemnes ; ils peuvent être centraux, de telle sorte que les fibres nerveuses intactes passent autour d'eux ; ils peuvent se trouver à la périphérie, de sorte que le nerf continue, en apparence intact, son trajet sur un des
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côtés ; ils peuvent enfin être latéraux ou plutôt excentriques, lorsqu'une partie seulement de leur surface est recouverte par des fibres nerveuses qui continuent leur marche, tandis que le reste de la tumeur est libre. — Ces conditions deviennent surtout évidentes quand on a disséqué et détaché le névrilèaie, et que le névrome est à découvert avec les fibres qui y pénètrent et celles qui en sortent. Il peut alors se trouver être tout à lait en dehors du faisceau mémo des fibres nerveuses » {loc. cit,, p. 492).
D'après cela, on devra toujours se comporter comme si l'on se proposait de faire l'énucléation ; autrement dit, dans le cas de névrome superficiel, il faudra, la tumeur une fois mise à nu, inciser avec précaution le névrilème et chercher à s'orienter : en admettant que le névrome soit entier, il n'y a pas à hésiter, l'extirpation sera faite de la même façon qu'on pratique la résection (voy. Névrotomie), en ayant soin de se tenir en dehors de la néoplasie, tout en sacrifiant le moins possible de tissu sain. — Si la perte de substance était trop considérable on pourrait, à l'exemple de Nélaton, disséquer partiellement les deux bouts, afin de les affronter plus facilement. — Alors même qu'il ne serait pas possible do les amener au contact, nous pensons qu'on doit procéder de la même façon, et si l'on se trouvait au voisinage d'une articulation, nous recommandons la position qui souvent permet de gagner deux, trois centimètres ou même davantage. — Il ne faut pas oublier, en effet, qu'on peut ainsi, après des pertes de substance de 5 à 6 centimètres, espérer et obtenir, surtout si le sujet est jeune, une restauration complète.
Par contre, si le névrome est partiel, on se contentera d'énucléer la masse morbide, en évitant autant que possible de contusionner et de distendre les fibres nerveuses saines. Ne resterait-il que quelques-vmes de ces dernières, nous sommes d'avis de les conserver parce que d'abord elles diminueront d'autant les phénomènes de paralysie et ensuite parce que la restauration se fait beaucoup plus vite dans ces cas, surtout si l'on a été obligé d'abraser le nerf sur une certaine longueur. — On objectera peut-être que c'est s'exposer à une récidive ou mieux à la continuation du processus; à ce compte-là, nous ne voyons pas que l'extirpation offre des garanties beaucoup plus sérieuses.
L'énucléation, de même que l'extirpation, ne sauraient être entreprises que dans les cas oîi il n'y a pas un grand nombre de tumeurs ; du reste, sous ce rapport, il est assez difficile de rien préciser. Entre les cas où il existe une seule tumeur et ceux où l'on en rencontre cent, voire même davantage, il y a de la marge.
Il faudra tenir compte du volume des tumeurs, de leur siège et surtout des désordres que l'on sera obligé de produire. — ■ Se plaçant à ce point de vue, certains chirurgiens ont cru devoir proposer l'amputation lorsqu'il existait plusieurs tumeurs à la fois, et, en fait, nous avons vu qu'elle avait été pratiquée en pareil cas ; cette manière de faire ne nous paraît pas devoir être érigée en règle générale, il iaut, au contraire, la regarder comme un pis-aller et n'y recourir qu'exceptionnellement.
Nous avons commencé par dire que la condition sine qua non pour intervenir était la douleur qui ne cède pas aux moyens médicaux. Dans le cas de névromes multiples, il se peut qu'elle n'ait qu'un seul foyer. Rappelons, pour mémoire, le fait de Robert Smith, qui trouva chez un homme, amputé du bras, trois névromes, dont l'un très-douloureux, sur le nerf cutané interne, était fortement vascularisé, tandis que les deux autres siégeant à Textrémité du nerf médican
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et du nerf radial étaient tout à fait indolents, avaient un aspect blanc et étaient dépourvus de vaisseaux.
Par suite, il s'agira de circonscrire ce foyer et, dans le cas où il en existerait plusieurs, où les désordres à produire seraient trop étendus, nous préférerions encore à l'amputation la méthode des sections nerveuses multiples et associées à la racine du membre, que nous avons proposée dans certains cas de tétanos traumatique {Recherches sur la pathog. et le trait, du tétanos, par Arloing et Léon Tripier. \nArch. de physiologie normale et pathologique, Vdjcis, 1875). De cette façon, on est peut-être plus certain de supprimer la douleur, puisque toutes les voies de transmission des impressions nerveuses sont interrompues aussi haut que possible et le traumatisme est insignifiant, comparativement à celui qui résulte d'une amputation dans la continuité d'un membre. Léon Tripier.
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Nous renvoyons sur ce sujet à l'article Nerveuses (maladies). D.
NÉYROPTÉRES (vEvpov nerf, nervure, et meobv aile). Ordre d'insectes créé par Linné, caractérisé d'après les quatre ailes en entier membraneuses, nues, c'est-à-dire non-revêtues d'écaillés imbriquées; nei'vulées; l'abdomen dépourvu d'aiguillon.
Ces insectes, de taille variable, n'ont pas les téguments durs et résistants des Coléoptères et des Hémiptères, aussi sont-ils moins laciles à conserver dans les collections, par conséquent moins étudiés et moins connus. Leur organisation est cependant fort remarquable et leurs mœurs très-intéressantes; l'ordre seul des Hyménoptères peut rivaliser avec celui des Névroptères sous ce rapport.
On doit aujourd'hui reconnaître que l'ordre linnéen des Névroptères est peu naturel : il n'est point homogène comme bien des Coléoptères et des Lépidoptères, il se compose d"animaux différant par leur appareil buccal ainsi que par leurs métamorphoses. Parmi ces insectes, les uns se rapprochent des Orthoptères, auxquels plusieurs de leurs familles ont été réunies par les ^auteurs à l'exemple d'Erichson ; d'autres, tels que les Termites, forment des sociétés et ont des mœurs analogues à celle des Hyménoptères, dont ils se séparent absolument par leurs femelles n'ayant ni oviducte, ni aiguillon. De plus, les Névroptères, autrefois regardés comme typiques tels que les Libellules, n'offrent pas des métamorphoses complètes et sont des Pseudo-Orthoptères {voy. Orthoptères).
Cependant, pour ne pas scinder la grande division établie par Linné, j'exposerai dans cet article l'ensemble des Névroptères ; après quelques considérations générales, je passerai en revue les insectes Névroptères d'après leurs divisions principales: Névroptères Pseudo-Orthoptères; Névx'optères vrais; Trichoptères ; Névroptères aberrants et privés d'ailes. On trouvera à la fin un exposé critique des classifications proposées par divers auteurs.
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Les Névroptères sont caractérisés d'une manière générale par les quatre ailes membraneuses disposées toutes à peu près de la même manière, étalées et non recouvertes d'écaillés disposées comme les tuiles ou les ardoises d'une toiture. Les deux ailes supérieures ne sont pas coriacées et diffèrent peu ordinairement des deux ailes inférieures. Toutes les ailes sont formées par une membrane mince et parcourues par des nervures longitudinales et transversales iormant ainsi un réseau à mailles fines, dont les grandes Libellules ou les Fourmilions donnent une idée nette. La bouche de la plupart est disposée pour broyer, mais d'autres ont les organes buccaux rudimentaux (Éphémères, Phryganes). Au point de vue de leurs transformations les Névroptères se partagent eu deux grandes catégories : i" ceux où les larves et les nymphes agiles ne diflèrent pas extrêmement de l'animal parfait ou imago; 2° ceux dont les larves sont vermiformes et les nymphes immobiles.
L Névkoptères rsEDDO-ORTHOPTÈRES. Une grande division de ces insectes comprend les Névroptères Pseudo-Orthoptères, à métamorplioses incomplètes, ayant des pièces buccales fortes qui, dans les dernières tribus, s'atrophient chez l'animal adulte.
1° Les Termitides, ou Termites, avoisinent les Orthoptères Blattiens, par la configuration de la bouche, la forme aplatie du corps et la voracité : « Termes utriusque Indice calamitas summa Liyyi:. » Le nom de Corrodants, ou rongeurs, leur a été donné à cause de leurs dévastations. Par leurs sociétés nombreuses, ces insectes se rapprochent des Hyménoptères de la tribu des Fourmis ; aussi les a-t-on souvent désignés sous le nom de Fourmis blanches, Poux de bois, etc. Ils sont extrêmement nuisibles {Voy. Tkrsiites).
Les Embides forment une petite tribu voisine des Termites. Leurs larves filent de petits fourreaux de soie blanche. Les Psoquessont de très-petits névroptères pseudo-orthoptères, appelés : Poux de livres. Poux de poussière, communs dans les livres, les papiers, les boîtes négligées d'entomologie. Les larves et les nymphes de ces insectes ressemblent beaucoup aux adultes ; de même que chez les Termites les passages des divers états sont peu tranchés, les différences sexuelles peu appréciables extérieurement. Beaucoup de Psoques vivent de matières végétales sèches, de lichens, etc., et ils peuvent jeter des fils en forme de toiles irrégulières.
Les premières sections des Névroptères Pseudo-Orthoptères qui précèdent ont des larves terrestres. Les familles qui vont suivre vivent dans l'eau à l'état de larve et de nymphe.
Les Perlides, confondues par Linné avec les Phryganes (voyez plus bas, p. 735) ont le corps dépx'imé, à côtés presque parallèles; les ailes au repos sontpliéeset parfois roulées autour du corps. Les larves sont carnassières, voraces, toujours aquatiques, nues pendant toute lem^ vie, et ressemblant aux insectes adultes. Le passage de la nymphose se fait par l'accroissement des fourreaux alaires.
Dans quelques genres, un appareil branchial persiste dans les adultes [Pteronarcys, Nemura). La Perla parisina est très-commune dans les premiers jours d'avril sur les quais de Paris et sa larve se trouve dans la Seine aux endroits oiî le courant est le plus fort.
2. Les Libellules composant la grande division des Odonates de Fabricius (par contraction du mot Odontognathes) oSoùi;, ô^ôvtoç dent et yvâ^o?, mâchoire.
750 NÉVROPTÈRES.
forment la seconde partie des névroptères pseudorthoptères. Latreille les désignait sous le nom de Subulicornes, à cause de leurs antennes très-courtes, en forme de soie ou d'alêne, et composées au plus de six ou sept articles.
Les Libellulides, vulgairement appelées : Demoiselles à l'état parfait, ont une tête grosse, excavée en arrière, avec des yeux arrondis et de couleur chatoyante dont les cornéules variables sont les unes presbytes, les autres myopes, ce qui permet à l'insecte des distances de vision très-variées. La bouche est pourvue d'un labre arrondi, de mandibules courtes, très-épaisses, à sommet trifide et munies à leur bord interne de dentelures triangulaires. La mâchoire (maxille) est garnie de dents longues, épineuses; au côté externe est un galéa, presque aussi long que la mâchoire. Le palpe maxillaire manque ou n'existe qu'à l'état vestigiaire. La lèvre est réduite, les palpes labiaux étant au contraire très-développés. Le thorax, ou corselet, est carré à prothorax petit, à méso- et à métathorax grands, portant de longues et fortes ailes. Les pattes ont des poils roides, des tarses courts, formés de trois articles et terminés par deux ongles recourbés, sans pelote intermédiaire. L'abdomen est tantôt aplati, tantôt cylindrique, fort allongé. Le second segment épais, porte en dessous chez les mâles, le pénis, la vésicule et les crochets copulateurs ; le huitième segment offre également en dessous la vulve des femelles ; enfin le neuvième renferme l'appareil spermatique masculin. L'anus est placé vers le dixième segment.
L'accouplement des Libellules et des Agrions est des plus singuliers ; le mâle ayant chargé de sperme, en recourbant son abdomen, la vésicule du deuxième segment, féconde la femelle dont l'orifice génital placé au huitième segment doit venir s'appliquer contre le deuxième anneau du mâle. La ponte a lieu à la surface de l'eau, parfois dans l'eau ou sur des plantes. Les métamoi^phoses sont incomplètes ; les larves agiles et carnivores sont remarquables par leurs pièces buccales et en particulier par la lèvre, appliquée à la manière d'un masque (Réauraur), qui saisit et retient la proie. L'appareil respiratoire est chez les larves de Libellules et d'iEschnes (non des Agrions), renfermé dans la cavité du gros intestin ; l'eau pénètre et sort par des mouvements alternatifs; suivant la force du jet les larves peuvent avancer dans l'eau. En outre, ces larves ont deux paires de stigmates au prothorax et au mésothorax.
Les Libellules et les ^Eschnes sont anisoptères, c'est-à-dire, avec les ailes de grandeur inégale, étalées au repos. Les Agrions sont zygoptères, à ailes d'égale grandeur et relevées pendant le repos.
3° Les Éphémères ont comme les insectes précédents, Libellules et Agrions, des antennes raccourcies, des métamorphoses incomplètes et elles proviennent de larves aquatiques, mais leur bouche est imparfaite, dépourvue d'organes masticateurs d'où le nom d'Agnathes (« privatif, 7vâeoç mâchoire), donné par Duméril. Leurs antennes courtes sont formées de trois articles, les ailes sont toutes d'une grande délicatesse, les postérieures parfois petites ou nulles ; l'abdomen est terminé par deux, quelquefois par trois filaments, longs et articulés.
Les Ephémères offrent un caractère unique parmi tous les autres insectes, celui de changer encore de peau, ou d'éprouver une mue, après être sortis une première fois de leur peau de nymphe.
Ces animaux sont depuis très-longtemps connus et célèbres par la brièveté de leur vie à l'état adulte ; ils paraissent le soir, voltigent pendant quelques heures, s'accouplent et meurent. Leur nombre est parfois innombrable et ils fournissent une véritable nourriture aux poissons, d'où le nom de manne que leur ont donné
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les pêcheurs. Dans la Carniole, Scopoli a vu des paysans se servir des Éphémères mortes comme d'un excellent engrais. « Larvce natant in aquis, volatiles factœ, brevissimo fruiintur gaiidio, wio scepe eodemque die nuplias, piierperia et exsequias célébrantes Linné ». Les téguments des Éphémères sont d'une mollesse excessive, l'adulte n'offre que la courte phase reproductrice. La larve agile et la nymphe vivent dans l'eau; elles sont carnivores, parfois fouisseuses, d'autres fois chassant sans aucun abri et leur existence est au moins d'une année.
Les jeunes larves des Éphémèi'es ont les téguments translucides et c'est sur elles et sur les petites larves de YAgrion piiella que Carus remarqua les courants circulatoires (1827) : un large courant, dirigé d'arrière en avant, le long du dos et d'autres courants entre les organes de la tête, enfin des traînées d'avant en arrière sur les parties latérales et inférieures du corps.
11. Névroptères vrais. Ces insectes ont des métamorphoses complètes, avec les trois phases de larve, de nymphe et d'insecte parfait. Leur bouche est armée de mandibules et de mâchoires, excepté chez les Phryganes. Leurs quatre ailes sont membraneuses, réticulées et plus ou moins velues.
Les Névroptères vrais diffèrent beaucoup entre eux. Leur organisation variable m'oblige, comme pour les Névroptères Pseudo-Orthoptères, à passer eu revue les principales tribus et familles, car il est impossible dans l'état actuel de la science de formuler des caractères généraux, suffisamment applicables à tous ces insectes.
1° Les Panorpides dont la Panorpa communis, ou Mouche-Scorpion de Geoffroy, constitue le type bien connu, ont des antennes en forme de soie, et grêles, des pièces buccales formant un rostre ou bec, quatre ailes égales et non plissées, les pattes longues, l'abdomen terminé en forme de pince, chez les mâles.
F. Brauer a fait connaître les larves de ces insectes et cet observateur distingué a montré qu'elles vivaient dans la terre humide ; elles s'enfoncent dans des galeries où elles marchent en avant et à reculons, puis au bout d'un mois elles passent à l'état de nymphe, enfin après deux ou trois semaines elles paraissent sous la forme d'insectes parfaits. Les Bittaques sont des Névroptères qui ressemblent extrêmement à des Diptères du genre Tipule. Les Borées sont des Panorpides propres aux contrées froides, qu'on trouve sur la mousse et même sur les plaques de neige {Boreus hijemalis. Puce des glaciers).
2° Les Hémérobides, renfermant les Fourmilions, les Ascalaphes, les Nèmoptères, les Hémérobes et les Mantispes, ont la bouche non prolongée en tube, quatre ailes placées en toit dans le repos, des tarses de cinq articles. Leurs larves sont presque toujours terrestres, carnassières, avec les mandibules formant une pince et soudées avec les mandibules, disposées ainsi comme organe de succion sous forme d'un crochet creux et pointu.
Les Fourmilions [Myrmeleo] sont remarquables par leurs larves qui creusent des entonnoirs dans le sable exposé au midi, à l'abri de la pluie et qui s'y tiennent en embuscade pour attendre leur proie {M. formicaleo et M. formicalynx). Ces larves, communes à Fontainebleau, ne veulent qu'une proie V\vante; elles supportent de longs jeijnes et filent une coque soyeuse où elles se métamorphosent en nvmphes. Les insectes parfaits sont délicats, ressemblent à certaines Libellules et répandent une odeur de rose [Voxj. Fourmilion).
Les Ascalaphes, carnassiers sous tous leurs états, ont des antennes en bouton,
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des ailes robustes. Ces insectes des contrées chaudes, varies de jaune et de noir, à vol rapide, ont des larves errantes ressemblant d'une manière générale à celles des Fourmilions.
Les Hémérobes, Chrysopes, etc., sont de jolis insectes bruns ou verdâtres, avec les yeux souvent d'un jaune dore ou cuivreux. Les œufs des Chrysopes sont placés au sommet d'un filament et ont été décrits comme des plantes cryptoo-amiques. Les larves sont mangeuses de Pucerons ou aphidiphages [Lions des Pucer07îs de Réaumia-). Quelques genres (Osmyles) présentent exceptionnellement des larves aquatiques. Les Némoptères ont les ailes postérieures prolongées et parfois dilatées. Le système nerveux du Nemoptera hisilanica est d'une extrême difficulté à apprécier.
S" Les Mantispes, à pattes antérieures ravisseuses comme celles des Orthoptères du genre Mante, sont des insectes rares, vivant à l'état de larve dans les cocons des araignées, ainsi que l'a découvert F. Brauer; elles ont des nymphes agiles. Leur parasitisme est des plus remarquables.
4° Les Raphidies sont des Névroptères à mandibules fortes, à prothorax trèsallongé, cylindrique, avec le mésothorax et le métathorax plus courts, les ailes hyalines, croisées au repos. Leiu's larves allongées ont la tête et le prothorax carrés ; les nymphes molles, ressemblent à celle des Coléoptères et ne sont agiles qu'un peu avant la métamorphose terminale.
5° Les Sialidcs ont les antennes longues, le corps court et épais. Les larves aquatiques, à corps allongé, avec l'abdomen muni de branchies latérales vivent dans les eaux dormantes, dans les mares, les fossés. La nymphe est immobile, comme celles des Phryganes, elle occupe une petite cavité, formée dans la terre par la larve sortie de l'eau.
III. Trichoptères. Les Phryganides ou Trichoptères ressemblent à des papillons ; leurs larves vivent dans l'eau et exceptionnellement dans la terre humide . Plusieurs auteurs ont fait des Phryganes un ordre spécial sous le nom de Trichoptères (ôotç cheveu et Trrspov aile) ; Latreille en avait formé sa division des Plicipennes ; Duméril les réunissait aux Éphémères sous le nom d'Agnathes.
Ces insectes sont, à l'état parfait, semblables à de petits Lépidoptères dont ils se distinguent par des palpes maxillaires très-développés ; les ailes offrent des poils; la bouche est dépourvue de mandibules. Les larves s'entourent de fourreaux à la manière de celles des Lépidoptères du genre Teigne ; les nymphes d'abord immobiles, deviennent libres, agiles à la fin de leur nymphose, et sont pourvues de mandibules au moyen desquelles elles coupent les abris qui les protégeaient.
Les larves des divei's genres de Phryganes étaient désignées par Réaumur sous le nom de teignes aquatiques ; leur corps mou est renfermé dans des étuis ou fourreaux de forme variée. L'extrémité de l'abdomen munie de crochets se fixe au fourreau, et il faut un eifort pour retirer la larve de cette demeure. Les pêcheurs appellent ces larves : casets, parce qu'elles se renferment dans une case ; les paysans les connaissent sous le nom de : porte-bois, portefeuilles, porte-pierres, parce que leur étui est un composé de substances diverses. Belon leur a donné le nom de Phrygane, adopté par Linné, et qui signifie : fagot ou paquet de branches. Ces curieuses larves ont fourni à Duméril, à Pictet, à Mac- Lachlan, etc., l'objet de très-intéressantes observations.
L"ceuf des Phryganes est pondu au milieu d'une substance gélatineuse qui
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gonfle par l'humidité et qui sert à conserver l'oeuf pendant les chaleurs, même après évaporation de l'eau des fossés. Les larves qui en sortent peuvent être partagées en deux catégories, 1° celles qui font des étuis mobiles, 2° celles qui ne construisent que des abris disposés en toit imparfait contre les pierres ou sur le sol. On élève facilement ces curieuses larves dans les aquariums, en ayant soin de ne pas laisser corrompre l'eau. Les étuis les plus communs et les plus singuliers sont ceux delaPhrygane rhombique [Limnophiliis rhombicus L.), formés de bûchettes entrecroisées sous divers angles, constituant une cavité carrée, et de la Phrygane flavicorne {Limnophitus flavicornis Fab.) qui est enveloppée de petites coquilles vivantes de Planorbes. Réaumur avait remarqué ce fait : « Un sauvage qui, au lieu d'être couvert de fourrures, le serait de rats musqués, de taupes ou autres animaux vivants, aurait un habillement bien extraordinaire, tel est, en quelque sorte, celui de nos larves (Réaumur, Mémoires pour servir à Vhis^ taire des insectes, t. lY, p. 17). » Les Hydropsyches et les Rhyacophyles ne construisent que des abris en forme de calotte ou de réseau de soie, recouverts de petites pierres. La larve des Hélicopsyches est entourée d'un fourreau très-singulier, formé de petits grains de sable, réunis par une substance collante et enroulés en hélice, soit plane, soit scalaire; ces fourreaux ont été souvent décrits à tort comme de petites coquilles de mollusques.
IV. Névroptères aberrants et aptères. Fabricius a compris dans ses Sijnistata, répondant en partie aux vrais Névroptères (Panorpes, Hémérobes, etc.), d'autres insectes aberrants : les Thysanoures de Latreille (âùo-avoç frange, ovpà queue). Gervais et van Beneden dans leur Zoologie médicale (t. I, p. 525, 1859), adoptent cette manière de voir et placent à la fin des Névroptères, les Lépismides, qu'ils envisagent comme des Névroptères restés imparfaits et chez lesquels la physionomie de nymphe est définitive, tandis qu'elle n'est que passagère chez la plupart des autres espèces du même ordre. Je ferai remarquer toutefois que les Lepisma qui offrent des rapports buccaux incontestables avec les Névroptères vrais, ont le corps couvert d'écaillés, ainsi que les Machilis, et qu'il serait impossible de regarder comme leur faisant suite les Anoploures, de Leach, les Smynthurides, les Podurides, et les autres insectes qu'on associe avec les Lépismides, dans la classification de Latreille. Les Anoploures sont, du reste, des Antliata suivant le système de Fabricius.
Les Lépismides renferment une espèce vulgaire, appelée communément : harde, petit poisson d'argent, etc. C'est la Lepisma saccharina L., insecte d'un centimètre de longueur, d'un blanc grisâtre, argenté, aplati, cà mœurs nocturnes,' vivant dans les armoires des cuisines et les endroits obscui"s des habitations.
Les oro-anes internes des Névroptères ont été étudiés par Ramdhohr, Marcel de Serres, Léon Dufour, Pictet, Low, Hagen, Brauer, etc. Voici un aperçu sommaire des divers appareils de la digestion, de la respiration, etc., et du système
nerveux.
Les oro^anes buccaux sont variables, mais masticateurs, parfois avortés chez les insectes parfaits. Le tube digestif est droit, rarement replié. Les glandes salivaires ont été constatées dans un grand nombre (Termites, Panorpes, Myrméléons, Chrysopes, Raphidies, Phryganes), elles manquent chez les Libellules. Les tubes ou vaisseaux de Malpigni sont au nombre de 8 chez les Termites, de 30 à 40 et disposés en verticille chez les Libellules et les Éphémères, de 6 à 8 dans les
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Névroptères vrais et les Phryganides. Le tissu graisseux ou adipeux est généralement abondant, il comble les interstices des viscères et des organes.
Le système respiratoire est composé surtout de trachées tubulaires avec de faibles dilatations, sans les ballons aériens des Hyménoptères et des Lépidoptères; aussi les Libellules, par exemple, développent-elles moins de chaleur que les Sphyngides pourvus de grands ballons aériens.
Le système circulatoire est visible chez les larves d'Éphémères et d'Agrions, ainsi que je l'ai dit (page 755).
Les organes génitaux consistent pour les Névroptères mâles en testicules tantôt disposés en caecum et compliqués (Libellules), plus souvent formant deux corps arrondis ou ovulaires, placés sous un pérididyme coloré. Les ovaires ont toujours un grand nombre de gaines ovigères : 8 à 10 (Panorpes, Myrméléons), 50 à 40 (Phryganes).
Le système nerveux comprend les deux ganglions cérébroïdes, les ganglions céphaliques sous-œsophagiens, et une chaîne thoraco-abdominale variable, réunie par des conncctifs.
Les sécrétions cireuses sur la face dorsale de l'abdomen sont remarquables cnez les mâles de plusieurs grandes Libellules. Les Myrméléons, les Chrysopes, répandent des odeurs variées ; celle de ces derniers est parfois des plus désagréables et rappelant la puanteur des matières fécales.
Parmi les insectes qui nous occupent, les Termites seuls composent des sociétés innombrables à la manière des Fourmis ; les Libellules sont farouches et tous les autres Névroptères vivent isolément. La plupart de ces insectes ont une existence assez courte, tantôt d'une saison, tantôt d'une année, à l'état parfait ; on a vu que les Éphémères vivent une journée au plus.
Névroptères utiles. Les Hindous mangent la grosse femelle fécondée des Termites et la regardent comme fort nutritive. Ils se nourrissent également des Termites ailés, mêlés ou non à de la fiirine, sous forme de pâtisserie. Les Hottentots mangent les Termites crus, bouillis ou rôtis, et les vendent sur les marchés. Les Éphémères servent d'appât pour pêcher, et parfois leur immense quantité a pu les faire employer comme engrais. Les Chrysopes nous rendent des services indirects en détruisant les Pucerons des plantes herbacées. Les larves des Phryganes servent d'appât aux pêcheurs. On voit que les Névroptères, par ces quelques services, ne comportent pas les ravages vraiment effroyables des Termites dont je ne dirai ici qu'un mot, et qui seront exposés dans un article spécial (Voy. Termites).
JSévroptères nuisibles. Les Termites peuvent figurer parmi les insectes les plus nuisibles pour l'homme; ils détruisent le bois, le cuir, le drap, la toile, les fruits, etc., avec une rapidité extrême; le verre, les métaux et les pierres leur résistent seuls.
Les Psoques, malgré leur petitesse, rongent les matières animales et dévastent les collections de zoologie, surtout d'entomologie. Les larves des Névroptères phytophages, si peu nombreuses, ne causent pas de dégâts appréciables.
Classification. La classification des Névroptères est des plus difficiles à établir, ainsi qu'on a pu le voir. Ces insectes seront sûrement dans l'avenir répartis en plusieurs ordres secondaires. Les anciens auteurs les ont tour à tour dispersés
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ou réunis dans des groupes disparates, suivant les idées régnantes et d'après des données systématiques. Swammerdam avait connu plusieurs Névroptères, ainsi que leurs larves, et il les plaçait dans les insectes à métamorphoses incomplètes. Ray faisait une classe à part des Libellules « metamorphosi simpUci e vermiciilo in animalculum » [Methodiis insectoruni, in-8°. Londres, 1705). Linné, dans la douzième édition de son Systema ISaturœ (Stockholm, 1767), la dernière parue de son vivant et corrigée de sa main, a établi l'ordre des Névroptères, tel que je l'ai exposé au commencement de cet article.
De Géer plaçait les Libellules en tète des JSeuroptera ; les Éphémères et les Phryganes composaient les Etmguia; les Termites réunis aux Lépismes et Podures, formaient les Aucenata, etc. P»emarquons ici que les Orthoptères étaient pour De Géer des Uemiptera. Geoffroy, dans son Histoire abrégée des insectes des environs de Paris (1762), comprit les Névroptèi'es dans les Tétraptères à ailes nues. Fabricius, répartissant les insectes en treize ordres d'après le système buccal, ])lace dans les Synistata les Névroptères de Linné, moins les Libellules et sans les Termites et les Thysanoures de Latreille ; ses Odonata renferment les Libellules seules; le système de Fabricius n'a pas résisté à l'épreuve du temps.
La méthode de Latreille a été plus heureuse, et dans la grande classe des articulés condylopcs et hexapodes, il a rangé parmi les insectes ailés gymnoptères et à quatie ailes réticulées, pourvus d'organes buccaux broyeurs, les Névroptères Linnéens {Cours d'entomologie, in-8°, avec atlas. Paris, 1852). Les Névroptères sont divisés en trois grandes familles : I. Subulicornes, renfermant les Libellules et les Éphémères ; IL Planipennes, renfermant les Panorpates, 3IyrméIéonides, Hémérobides, Termitines, Perlides; III. Plicipennes ou Phryganides.
Pictet, de Genève, a réparti les Névroptères de la manière suivante : I. Termitines, qui renferment les Termes et les Psocus ; IL les Subulicornes, comprenant les Ephemera et Libellula; III. les Planipennes, ayant deux divisions principales : Myrméléonides et Hémérobides ; IV. les Panorpates ; V. les Phryganides.
Burmeister a établi cinq divisions principales : I. Corrodentia, comprenant les Termitina, Embidœ, Coniopterygidae, Psocina; IL Subulicornia, pour les Ephemerina et Libellulina ; III. Plecoptera, renfermant les Semblodea et Perla; IV. Trichoptera ou Phryganodsea ; V. Planipennia, compi'enant les Sialidae, Panorpina, Raphidiodaea, Megaloptera (HemerobidcC et Myrmeleontidœ).
p. Rambur, dans son omTage classique des insectes Névroptères (suites à Buffon de Roret) admet: 1° les Corrodants (Termitides et Emhides); 2" les Psocides ; 3° les Subulicornes, divisés en Odonates ou Libellulides, et en Agnathes ou Éphémérides ; 4° les Planipennes, renfermant les Panorpides, les Némoptérides, les Myrméléontides, les Nymphides, les Hémérobides, les Mantispides ; 5° les Semblides; 6° les Perlides; 7° les Trichoptères ou Phryganes, renfermant les Limnéphiiides, les Trichostomides, les llydroptilides, les Chimarrides, les Hydropsychides, les Mystacidides.
Cet aperçu me semble suffisant pour justifier ce que j'ai déjà dit des tentatives de classification des Névroptères. L'exposé que j'ai suivi moi-même, indique la tendance actuelle des esprits k conserver provisoirement la série Linnéenne, tout en reconnaissant les besoins d'une révision méthodique nouvelle. Je reprendrai cette question à l'article bsEcxEs. A. Laboulbè.xe.
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iVÉ%'ROSES. Au mot ERVEUf ES (maladies et affections ; — névropathie) nous avons déjà esquissé à grands traits une définition des névroses, qui pourrait peut-être, à la rigueur, nous dispenser de la faire de nouveau ici. Cependant l'intérêt historique, aussi bien que l'importance nosologiquedu sujet, exigent que nous revenions sur cette définition et sur celles qui ont été données précédemment. Ce sera d'ailleurs, en même temps, une occasion de tracer rapidement l'histoire de la constitution, relativement récente, de cet ordre d'affections.
Ce n'est pas que la plupart des maladies de cet ordre aient été ignorées ou méconnues dans leur nature et dans leurs principaux cui'actères par les médecins de l'antiquité. Loin de là, l'histoire de quelques-unes d'entre elles remonte même aux origines de la médecine. Les spasmes, les convulsions, les contractures, les névralgies, l'hypochondrie, l'hystérie, l'épilepsie, le tétanos sont souvent mentionnés dans les œuvres hippocratiques. Les maladies nerveuses ont de tout temps occupé l'attention et exercé la sagacité des observateurs. StoU, Hofaîiann , Boerhaave, Thomas Willis, Lorry, Sauvages, Barthez, les ont étudiées A divers points de vue. Hofmann a écrit sur l'hystérie, Willis sur les maladies convulsives en général, Lorry sur la mélancolie. Cheyne le premier a groupé par leurs liens analogiques les maladies nerveuses et en a fait le sujet d'un traité méthodique. Dans un ouvrage célèbre, publié à Londres en 1734, « TJie Encjlish Maladij or a Treatise of Nervoiis Diseases of ail Kinds, as Spleen, Vajjours, Loiv Rest of Spiriis, Hypochondria and Hysterical Distempers », il a décrit une maladie déjà commune alors chez les Anglais, mais qui ne s'est répandue que plus tard dans toutes les contrées de l'Europe, où le luxe et la délicatesse qui en sont les suites, ont pris le plus d'empire sur les mœurs. Il y montre, sous l'influence du luxe, les hommes devenus mous et efféminés, les femmes réduites à l'état d'automates parlants, la plus grande partie du genre humain sans forces, tout le monde se plaignant de souffrir des nerfs, la vapeur également commune aux hommes et aux femmes.
Mais ce ne fut encore qu'un peu plus tard, qu'apparut pour la première fois, dans le Synopsis nosologiœ méthodicœ de Cullen, publié en 1769, le mot de névrose placé comme titre de chapitre. Cullen qui avait déjà engagé la lutte contre l'humorisme prédominant de son temps, venait en prenant Willis et Hofmann poxu' guides, de fonder une nouvelle doctrine ayant pour base l'influence spéciale des puissances « qui impriment le mouvement à l'organisme, « Presque toutes les maladies du corps humain considérées sous ce point de vue, auraient pn être qualifiées du nom de maladies nerveuses. Cullen sentit ce qu'une pareille géncralisaiiou aurait de faux. Mais, d'un autre côté, considérant com-
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bien ses prédécesseurs avaient restreint la valeur dé ce terme en ne l'appliquant presque exclusivement qu'à l'hystérie et à l'hypochondrie (encore n'était-ce que depuis Willis que cette dernière avait reçu cette qualification), il proposa de l'étendre à un plus grand nombre d'affections et de compiendre sous le titre de névroses tous les états contre nature du sentiment ou du mouvement, où la pyrexie ne constitue pas une partie de la maladie primitive et tous ceux qui ne dépendent pas d'une affection topique des organes, mais qui procèdent d'une affection plus générale du système nerveux. Conformément à ce plan il distingua les névroses en quatre ordres sous les noms de comata, achjnamice, spasmi et vesaniœ. Le premier ordre comprenait les maladies qui consistent dans une interruption ou la suppression du sentiment et du mouvement volontaire ou des fonctions animales : apoplexie, paralysie. Le deuxième ordre comprenait les maladies qui consistent dans la faiblesse ou dans la perte des fonctions vitales ou naturelles : syncope, dyspepsie, hypocbondrie ; le troisième les maladies spasmodiques : tétanos, épilepsie, danse de Saint-Weit, palpitation, dyspnée, astbme, coqueluche, colique, diarrhée, diabète, hystérie, hydrophobie ; le quatrième les vésanies, la manie, la mélancolie.
Pinel a adopté et propagé en France les idées de Gullen sur ce point de noso- .-logie. Regrettant de ne pouvoir dire ce que c'est qu'une névrose, il s'est attaché uniquement à en décrire les phénomènes et il a constaté que les névroses s'annoncent, soit par des désordres des fonctions de l'entendement, soit par des concentrations locales, des diminutions ou une abolition du sentiment ou du mouvement dans certaines parties, soit enfin par une sorte de stupeur générale avec des lésions plus ou moins marquées de la respiration et du mouvement du cœur et des artères. Leurs phénomènes peuvent avoir lieu dans les sens, l'entendement et les tbnctions cérébrales, la voix, la locomotion, la digestion, la respiration, la circulation, les sécrétions, la génération; dans le système nerveux cérébral et dans celui des ganglions. Quelques dissemblances qu'offrent les diverses fonctions dont les troubles constituent autant de névroses spéciales, quelques différences qu'on observe d'ailleurs dans les symptômes qui les traduisent, toutes les névroses semblent se rapprocher par des attributs communs qui sont : de porter plus directement sur le système nerveux, qui a pour origine l'organe encéphalique et qui se distribue dans toutes les parties du corps pour y transmettre le sentiment et le mouvement et y mettre en jeu les fonctions organiques.
Pinel décrit dans autant d'ordres distincts : les névroses des sens ; les névroses des fonctions cérébrales, distinguées elles-mêmes en affections comateuses et en vésanies, les affections comateuses comprenant l'apoplexie, la catalepsie, l'épilepsie, les vésanies comprenant l'hypochondrie, la mélancolie, la manie avec ou sans délire, la démence, l'idiotisme, le somnambulisme, l'hydrophobie ; les névroses de la locomotion, les névralgies, le tétanos, les convulsions, la danse de Saint-Guy, la paralysie, les névroses de la voix; les névroses des fonctions nutritives, spasme de l'œsophage, cardialgie, pyrosis, vomissement, dyspepsie, colique, etc. ; les névroses de la respiration, asthme, coqueluche, asphyxie ; les névroses de la circulation, palpitation, syncope; les névroses de la génération, anàphrodisie, satyriasis, priapisme, nymphomanie, l'hystérie, etc.
La doctrine de Pinel était admise par la généralité des médecins et des auteurs classiques, qui, à quelques variantes près, reproduisaient sa classification des névroses, lorsque l'École de Broussais, d'un côté, et celle des anatomo-
pathologistes de l'autre, vinrent la battre en brèche. Pour Broussais et ses adeptes il n'y avait plus de névroses, il n'y avait que des irritations ou des phlegmasies chroniques se traduisant plus ou moins par des phénomènes nerveux. Pour l'Ecole anatomo-pathologique, toute névrose devait être originairement ramenée à une lésion d'organe quelconque. La névralgie était une névrite, l'hypochondrie une maladie organique du foie ou de l'estomac, l'hvstérie une métrite ou une ovarite, l'épilepsic une inflammation chronique de la substance des lobes cérébraux, l'asthme un emphysème pulmonaire ou une lésion organique du cœur, etc. ; si bien qu'il n'y avait plus de névrose dans le sens que l'on avait attaché jusque-là à ce mot.
De ces tentatives de localisation il est resté quelque chose, comme on le verra plus loin. Quelques-unes des anciennes névroses ont pris place dans les phlegmasies ou les désorganisations; d'autres ont été réduites aux justes proportions de symptômes. Mais le groupe n'en a pas moins subsisté. Bien mieux, on peut dire qu'à mesure que des investigations anatomiques plus précises faisaient entrer dans l'ordre des lésions organiques, des affections jusque-là mal déterminées, comme les ramollissements cérébraux, les hémorrbagies méningées, la péri-encéphalite diffuse, les scléroses, on n'en voyait pas moins le cadre des névroses s'élargir. En pleine période anatomo-patl)ologique, Georget, dans plusieurs articles du Dictionnaire de médecine et notamment dans l'article Xévrose, a rclinbililé en quelque sorte cet ordre d'alfections en reconnaissant des maladies distinctes des phlegmasies et des désorganisations, ayant des caractères propres et auxquelles on peut conserver le nom de névroses ou de maladies nerveuses. Elles ont pour caractère, à ses yeux, d'être de longue durée, peu dangereuses, apyrétiques, le plus souvent intermittentes, diftîcilement curables, d'offrir un appareil de symptômes ordinairement effrayant en apparence, de causer des souffrances très-violentes et qui feraient croire à l'existence d'une affection trèsgrave, de laisser après la mort peu ou point d'altérations sensibles dans les organes qui en ont été le siège.
A la même époque Foville, dans le Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratique, définit la névrose une maladie dont le siège évident, à en juger par les svmptômes, réside dans quelques parties du système nerveux, sans altération visible primitive de ce système, mais déterminant à la longue dans les organes qui en sont le siège des altérations étrangères à leur manifestation.
Les critiques n'ont pas manqué aux définitions des névroses données par Cullen, par Pinel et par Georget. A la définition de Cullen on a objecté avec raison sa longueur, son obscurité, bien qu'en fait elle exprime assez bien ce qu'il était essentiel de faire ressortir, à ia condition de la résumer dans ses termes principaux : affections du sentiment et du mouvement, sans fièvi'e et sans lésions des organes. Celle de Pinel, plus réservée en ce qu'elle ne prétend pas aller au fond des choses et ne s'attache uniquement qu'à la description dos phénomènes, ne diffère pas beaucoup en réalité de celle de Cullen, comprenant, comme elle, le fait fondamental de l'altération de la sensibilité et de la motricité, auquel il ajoute, d'une manière plus explicite, les altérations des fonctions de l'entendement. Quant à celle de Georget, elle pèche surtout pour avoir voulu trop dire et pour avoir donné comme caractères des conditions banales et quelques-unes même inexactes. Qu'est-ce, en elTet, que la longue durée comme caractère spécial d'un groupe de maladie ? Est-il exact d'assigner comme caractère aux névroses d'être peu dangereuses, quaiul on comprend dans ce
NÉVROSES. 7 il
groupe le tétanos, l'épilepsie et riiydrophobie ? Dubois (d'Amiens) qui a particulièrement dirigé ses critiques contre la caractéristique donnée par Georget, a essaye aussi à son tour de donner la sienne. Elle est implicitement comprise dans sa critique même. « Us auraient dû se borner, dit-il en parlant dos défenseurs des névroses, ù établir que ce sont des maladies qui ne consistent que dans des actes organiques, actes souvent très-graves, très-dangereux, ordinairement apyrétiques, parce qu'ils ne sont effectués que par le système nerveux et que le système sanguin n'y prend pas toujours part ; que quelquefois, dans ces maladies, il y a des souffrances très-violentes (névralgies, tétanos, hydropliobie) ; que dans d'autres cas les malades n'en ressentent pas ou peu (chorée, catalepsie, folie) ; que d'autrefois il y a des contractions violentes, arracliées à la volonté, fixes ou intermittentes, instantanées ou durables (hystérie, tétanos, catalepsie), et, enfin, que tantôt il y a des altérations organiques sensibles, soit parle fait de complications, soit comme effet, et que tantôt on ne peut eu trouver après la mort. »
Cette définition par voie indirecte de Dubois (d'Amiens) est une des plus complètes comme expression symptomatique, mais elle est aussi passible de quelques-uns des reproches qu'il a adressés à celles de ses devanciers, ne fut-ce que pour sa longueur.
Dans la définition de Foville, nous voyons paraître pour la première fois l'idée d'une localisation, non pas anatomique, mais physiologique. Mous la retrouvons depuis dans la définition des auteurs du Compendiinn, dans celle de la thèse de concours pour l'agrégation de M. Tardieu et dans les dernières éditions du ISysten, dans le Traité de pathologie interne de M. Jaccoud et dans le Traité clinique des maladies du système JServeux de Rosenthal, ainsi que dans presque tous les ouvrages modernes qui traitent de ce sujet.
En fait de définition nous n'en citerons plus qu'une, parce qu'elle résume en quelque sorte toutes celles qui l'ont précédée et toutes celles qui ont été données depuis, c'est celle d'Axenfeld dans son remarquable chapitre névroses du Traité de pathologie médicale de Requin.
On est convenu, dit Axenfeld, de donner le nom de névroses à des états morbides, le plus souvent apyrétiques, dans lesquels on remarque une modification exclusive ou au moins prédominante, de l'intelligence, de la sensibilité, ou de la motilité, ou de toutes ces facultés à la fois ; états morbides qui présentent cette double particularité, de pouvoir se produire en l'absence de toute lésion appréciable, et de ne pas entraîner par eux-mêmes de changements profonds et persistants dans la structure des parties.
Cette définition pleine de réticences et qui s'abrite en quelque sorte derrière une convention, exprime à la fois toutes les difficultés réelles de la question et toutes les hésitations par lesquelles a dû passer l'esprit de son auteur av.mt de la formuler. En effet dans la discussion très-approfondie à laquelle Axenfeld s'est livré pour chercher à justifier, on pourrait presque dire à excuser les termes de sa définition, il montre à quelles contradictions perpétuelles on s'expose en admettant, par exemple, comme premier caractère des névroses, l'existence d'un trouble intéressant spécialement les fonctions nerveuses, lorsque la physiologie et la pathologie s'accordent pour nous faire voir la subordination à l'innervation de tous les actes de la vie, ceux de la vie de relation comme ceux de la vie végétative, à l'état normal, comme cà l'état pathologique, toute fonction n'étant que de l'innervation qui détermine secondairement d'autres actes orga-
niques, tout trouble pathologique ayant si non pour point de départ au moins-, comme concomitance obligée une modiflcation dans l'état de l'innervation. D'où il s'en suivrait que toutes les maladies pourraient être appelées nerveuses, remarque très-judicieusement faite déjà par Cullen. Mais s'il est vrai de dire qu'il n'est pas un trouble pathologique qui ne puisse avoir pour point de départ une modiflcation nerveuse, comme en physiologie tous les actes de la vie de relation et de la vie végétative sont plus ou moins immédiatement subordonnés à l'innervation, il n'est pas moins évident qu'il y a dans les deux ordres de manifestation des actes physiologiques et des actes pathologiques, une série d'autres actions organiques qui intervenant soit primitivement, soit secondairement, donnent à l'expression générale des phénomènes un caractère de complexité qui ne permet plus d'assigner au système nerveux un rôle unique ou prédominant. C'est aux faits pathologiques qui procèdent d'une manière directe et immédiate de la mise enjeu du système nerveux et dans lesquels cette influence de l'action primitivement et exclusivement nerveuse se traduit en quelque sorte d'une manière permanente pendant toute la durée de la maladie, qu'il nous paraît convenable de réserver la dénomination d'affection nerveuse ou de névrose. De sorte, qu'à tout prendre, si nous voulions, à notre tour, donner une définition générale des névroses, ne retenant de toutes les définitions et caractéristiques qui précèdent, que les deux termes principaux qui nous paraissent exprimer, non pas à l'exclusion des autres, mais mieux que tous leurs autres, les vrais caractères essentiels et communs, nous dirions que 7ioits considérons comme névroses toutes les maladies constituées par un trouble intéressant spécialement les fonctions nerveuses et ne dépendant nécessairement d'aucune lésion anatomiqne appréciable. Ces deux caractères, en effet, comme nous le verrons plus tard, sont les seuls constants. Les autres tels que l'apyrexie, l'intermittence ou la rémittence, le mode de début, la mobilité des symptômes, la durée et la terminaison ne constituent que des caractères accessoires, éventuels et par conséquent variables.
SvMPTOJiATOLOGiE ET CARACTÈRES GOMMONS DES NÉVROSES. Âvaut d'arriver à la classification et à la désignation des groupes et des espèces de névroses, il nous faut esquisser les symptômes qui les constituent, soit isolément, soit par leurs associations et combinaisons diverses.
Ces symptômes sont : des troubles de la sensibilité générale; des troubles des sensibilités spéciales et sensorielles ; des troubles de la motricité ; des troubles viscéraux et circulatoires dépendant de la perturbation fonctionnelle du système nerveux ganglionnaire ; enfin des troubles intellectuels et affectifs.
La sensibilité peut être altérée de trois manières, par excès (hypercsthésie),^ par absence ou diminution (anesthésie ou hypoesthésie) ou par perversion.
La douleur ou hyperesthésie, qu'elle réside dans les épanouissements nerveux de la surface cutanée ou des muqueuses, dans le trajet même des nerfs, dans les organes des sens spéciaux, dans les viscères, dans les muscles, qu'elle soit généralisée ou localisée et plus ou moins circonscrite, plus ou moins intense, contmue, intermittente, ou rémittente, constitue l'élément morbide le plus commun des névroses. Exagération de la sensibilité dans les tissus et les organes qui en sont naturellement doués, elle constitue une sensibilité anormale dans les viscères qui en sont privés physiologiquement. Dans les épanouissements nerveux de la peau, elle prend le nom de dermalgie. Dans les nerfs cérébro-rachidiens elle donne lieu à toute la série des névralgies essentielles. Dans les organes spéciaux des sens, elle donne lieu aux divers troubles fonctionnels sensoriels, à
la photophobie, à la photopsie, ou à l'achromatopsie dans l'organe de la vision ; à l'hypercousie dans l'organe auditif, etc. Dans les viscères l'hyperesthésie suivant la nature et la fonction de l'organe qui en est atteint, prend le nom général de viscéralgie ou les noms particuliers de gastralgie pour l'estomac, d'entéralgie pour les intestins, d'hépatalgie pour le foie, de splénalgie pour la rate, etc. Dans les muscles elle prend le nom de mvalgie ou de rhumatisme.
L'hyperesthésie constitue à elle seule un grand nombre de névroses, la plupart des névralgies, par exemple, et elle entre pour une très-grande part dans le plus grand nombre des grandes névroses complexes ou des névroses mixtes dont nous aurons à parler tout à l'heure.
L'anesthésie ou insensibilité plus ou moins complète d'une surface plus ou moins étendue du corps, est beaucoup plus rare que l'hyperesthésie, elle est surtout beaucoup plus difficile à apprécier. Les malades n'en ont souvent pas conscience, et ce n'est que par des explorations de la sensibilité extérieure que l'on parvient le plus souvent à la découvrir. L'anesthésie cutanée, avec ou sans analgésie, rarement générale, plus souvent partielle, quelquefois hémiplégique, est, comme l'hyperesthésie, un des éléments morljides essentiels des névroses générales. Survenant brusquement ou graduellement, le plus souvent mobile et alternant parfois avec l'hyperesthésie, d'autres fois plus ou moins persistante, elle est un des phénomènes communs de l'hystérie, de la catalepsie, de la folie. On observe aussi quelquefois dans les mêmes circonstances l'anesthésie des muqueuses, celle des organes des sens et des viscères. L'anesthésie viscérale s'observe plus particulièrement dans l'aliénation mentale, notamment chez les extatiques et les hallucinés.
Indépendamment de l'accroissement ou de la diminution de la sensibilité, sa perversion joue un rôle considérable dans les névroses. De cet ordre sont les sensations anormales de froid ou de chaleur, alors que la température de la partie qui en est le siège est la même que dans les autres régions du corps ; les troubles des sens donnant lieu à des sensations bizarres, n'ayant leur source dans aucune lésion appréciable des organes; la sensation d'aura des épileptiques, de boule des hystériques, les fausses impressions de soif et de faim; ces particularités de retard dans la transmission des sensations, ces dysesthésies, par suite desquelles les moindres excitations donnent lieu à un sentiment pénible de vibration montant et descendant alternativement le long des membres; enfin, ces sensations associées, signalées par M. Charcot, qui font percevoir symétriquement dans un point correspondant de deux membres similaires, l'impression produite sur un seul membre.
Les troubles de la motilité que l'on constate le plus communément dans les névroses, sont les convulsions, les spasmes, la contracture et la paralysie, constituant, suivant qu'ils ont leur siège dans les muscles qui reçoivent leurs nerfs de l'axe cérébro-spinal ou du grand symphatique, les névroses des muscles de la vie animale et de la vie organique, ou des muscles volontaires et des muscles involontaires, ou des névroses musculaires mixtes lorsqu'il s'agit des muscles viscéraux qui reçoivent à la fois des nerfs céphaliques, rachidiens et ganglionnaires.
Les convulsions cloniques ou toniques des muscles de la vie animale sont l'élément morbide primaire, et quelquefois unique, d'un grand nombre de névroses, convulsions idiopathiques partielles, contractures, crampes, tremblements. Elles s'associent aux troubles de la sensibilité et du sentiment dans l'hystérie et dans l'épilepsie, et en général dans les névroses complexes.
Les convulsions de l'appareil musculaire viscéral constituent toute la série des phénomènes spasmodiques : des spasmes des voies digestives (spasmes pharyngiens et œsophagiens, vomissements spasmodiques, etc.); spasmes des voies respiratoires (bâillement, hoquet, spasme glottique, toux nerveuse, asthme, etc.); spasmes des organes circulatoires (palpitations cardiaques et artérielles, et phénomènes vaso-moteurs).
Les paralysies, générales ou partielles, pouvant varier depuis la simple faiblesse jusqu'à l'impuissance musculaire complète, avec ou sans altération concomitante de la sensibilité, avec ou sans contracture, passagères ou plus ou moins persistantes, quelquefois alternantes, avec conservation de la contractilité et de l'intégrité de la libre musculaire, le plus habituellement, se rencontrent dans la névropathie ou état nerveux général, dans l'hystérie, dans la chorée, etc. Elles constituent dans quelques circonstances l'élément unique de la névrose. Tel est le cas des paralysies partielles, plus ou moins étendues, paraplégies, hémiplégies nerveuses essentielles, mais plus souvent secondaires ou consécutives à diverses maladies aiguës (paralysies des convalescents, paralysies toxiques, réflexes ou svmphaliques) et des paralysies locales, paralysie de la face, paralysies limitées à un seul membre, à une section de membre, à un seul muscle.
Les altérations de la motilité, qui ne sont ni la convulsion, ni la paralysie, mais qui tiennent de l'une ou de l'autre à la fois, le tremblement et l'ataxie ou incoordination musculaire, constituent chacune pour leur compte le caractère essentiel de névroses spéciales, l'une la paralysie agitante, l'autre l'ataxie locomotrice.
Les troubles nerveux intellectuels, moraux et affectifs, délire maniaque ou monomaniaque avec toutes ses variétés et ses espèces, les hallucinations sensoriales, les vésanies, avec ou sans troubles de la sensibilité et de la motilité, caractérisent tout un ordre de névroses qui, à raison de leur caractéristique spéciale sont l'objet d'une classe nosologique à part et qui a droit à sa description particulière. Nous ne devons que les mentionner ici.
Tels sont les principaux phénomènes morbides qui, à l'état prédominant, sinon exclusif, isolés ou diversement associés et combinés entre eux et tenant en quelque sorte sous leur subordination les autres symptômes concomitants, suffisent en général pour caractériser une névrose. Ce sont là les caractères positifs et communs des névroses. Nous les trouvons dans l'état nerveux ou névropathie, dans l'hystérie, dans l'épilepsie, dans la catalepsie, dans la chorée, dans les névralgies, dans les paralysies essentielles, dans les divers spasmes viscéraux, dans l'aliénation mentale; et nous les retrouverons également dans une foule d'états analogues qui conservent cette empreinte névrosique commune, bien qu'ils soient liés consécutivement à des affections primitives d'un autre ordre, comme on le verra plus loin, et auxquelles nous donnerons à cause de cela le nom de névroses symptomatiques ou sympathiques, pour les distinguer des névroses essentielles ou idiopathiques.
Le deuxième caractère commun, l'absence de lésion anatomique propre et constante, demande pour être bien établi, que nous prenions à part chacune des maladies que nous considérons comme faisant partie de la classe des névroses et que nous examinions et discutions ses titres.
L'hystérie est peut-être de toutes les névroses celle que l'on s'est le plus attaché de tout temps à rapporter à des lésions organiques primitives et causales. On sait le rôle que l'antiquité médicale a fait jouer aux organes génitaux de la
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femme dans l'étiologie de l'hyslérie, d'après des théories qui se sont perpétuées jusqu'à nos jours, malgré quelques protestations isolées d'abord et qui plus tard ont reçu l'appui de recherches cliniques et anatomo-pathologiques nombreuses et importantes qui sont venues finalement en démontrer l'inexactitude.
La clinique, d'une part, nifirme cette théorie ctiologique, en nous montrant l'existence de l'hystérie chez l'homme, en nous la montrant chez la petite fille à peine nubile ou même encore enfant, c'est-à-dire à celte période de la vie où les organes génitaux n'ont ni le développement ni l'activité physiologique qui lui donneront plus tard cette prépondérance soit directe, soit sympathique ou réflexe sur l'ensemble des fonctions nerveuses, ni les aptitudes pathologiques qu'ils devront plus tard à cette activité même, ou chez des femmes adultes, qui n'ont eu à aucune époque de leur existence la moindre lésion ni le moindre trouble fonctionnel des organes génitaux; tandis que loin d'exister chez toutes les femmes atteintes de l'une des nombreuses lésions dont ces organes peuvent être le siège, l'hystérie ne se manifeste au contraire que dans un nombre relativement restreint de cas d'affections utérines.
L'anatomie pathologique, de son côté, fournit son appoint à cette démonstration par la négative, en nous faisant voir dans le plus grand nombre des cas d'autopsie de lemmes mortes en état d'hystérie, l'absence de toute lésion quelconque de l'un des organes génitaux.
Y aurait-il lieu de faire des réserves par l'apport aux ovaires, qui jouent, comme tout le monde le sait, un rôle si important dans la phénoménologie de l'hystérie, notamment comme point de départ de l'aura hystérique dans certaines formes de l'hystérie et particulièrement dans l'hystéro-épilepsie? Mais si l'ovaralgie se montre constamment et a une part si prépondérante sur l'ensemble des phénomènes de cette forme particulière de l'hystérie, rien ne démontre, du moins jusqu'à présent, que cet état implique une lésion anatomique de cet organe. On a constaté dans quelques circonstances une tuméfaction de l'ovaire, mais c'est là une circonstance exceptionnelle et qui a pu être rapportée à une complication étrangère, en réalité, à l'hystérie. D'un autre côté l'inflammation de l'ovaire, l'ovarite commune, s'est montrée plus d'une fois sans qu'il en soit résulté rien qui ressemble aux irradiations ovariennes de l'hystérie. L'anatomie pathologie ne donne encore sur ce point rien de positif.
Les tentatives de localisation de l'hystérie dans les centres nerveux ont-elles donné des résultats plus satisfaisants à cet égard ? Un fait observé il y a quelques années par M. Charcot a pu faire croire un instant qu'on touchait à la solution de cette question. Chez une femme hystérique, atteinte depuis un grand nombre d'années de contractures des quatre membres, dont le début avait été subit, M. Charcot a constaté à l'autopsie une sclérose occupant symétriquement et à peu près dans toute la hauteur de la moelle, les cordons latéraux. A diverses reprises cette femme avait vu la contracture céder temporairement, mais après un dernier accès, celle-ci était devenue définitive. Mais ce fait est resté isolé. A cette exception près, dans tous les cas où l'on a eu l'occasion, depuis, d'examiner la moelle d'une hystérique, on n'a rien trouvé de semblable, les résultats ont été toujours négatifs. Toutefois si ce fait est resté isolé, comme fait anatomo-pathologique, il ne doit pas être perdu dans sa signification physiologique. En le rapprochant des faits de contracture permanente de la sclérose en plaques ou fasciculée, où la partie postérieure des cordons latéraux a été trouvée sclérosée, on serait fondé, en effet, à admettre que ces mêmes cordons sont le siège
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probable des modifications organiques qui donnent lieu aux contractures hystériques, modifications d'abord temporaires dans le plus grand nombre des cas et n'étant susceptibles d'être révélées par aucun caractère histologique, mais pouvant à la longue faire place à des altérations matérielles, comme cela aurait eu lieu dans le cas précité. Mais ce ne serait là, en tout cas, qu'une lésion tardive, consécutive, qui indiquerait simplement le point d'origine centrale du phénomène contracture hystérique.
Ce que nous venons de dire des modifications probables d'un département de la moelle par rapport aux contractures, nous le dirons aussi du rôle que l'on a cherché à assigner à l'un des déparlements importants du cerveau, la partie postérieure de la capsule interne, par rapport à un autre phénomène également caractéristique de l'hystérie, l'hémianesthésie. C'est encore par un rapprochement de même nature, que M. Charcot est arrivé à cette localisation fonctionnelle, en induisant par rapport à l'hémianesthésie hystérique des lésions constatées dans cette région du cerveau soit dans l'hémianesthésie alcoolique, soit dans l'hémianestbésie de cause cérébrale absolument semblable à celle de l'hystérie.
11 suit de là que si les études récentes sur les localisations cérébrales et médullaires jettent un jour nouveau sur la détermination du siège fonctionnel probable des principaux phénomènes hystériques et indiquent les points des centres nerveux vers lesquels doivent être dirigées les recherches anatomo-pathologiques, rien jusqu'à présent n'autorise à rapporter ces phénomènes à des lésions histologiques appréciables de ces parties comme à leurs causes nécessaires. La mobilité et la curabilité de la plupart des phénomènes hystériques ou leur cessation spontanée, alors même qu'ils ont eu une très-longue durée, ainsi qu'on en a vu récemment des exemples frappants, autorisent d'autant cette dernière conclusion.
Ce que nous venons de dire de l'hystérie, nous le dirons également de la catalepsie, qui a des liens si étroits avec elle. Son histoire n'a été jusque dans ces derniers temps qu'un tissu d'exphcations et d'hypothèses les plus étranges, qu'il serait superflu de rappeler ici. La connaissance des rapports des différentes parties des centres nerveux entre elles et les données récentes de l'expérimentation ont dissipé ce qu'il y avait en apparence de mystérieux et de surnaturel dans les phénomènes cataleptiques, en nous montrant expérimentalement que les animaux privés de leurs hémisphères cérébraux conservent les positions les plus anormales qu'on leur imprime, alors que toutes leurs articulations restent flexibles. Si, par exemple, dans ces conditions, on irrite mécaniquement un point du corps, :omme l'a fait Schiff sur des lapins, on voit l'animal se jetter en avant avec des mouvements précipités, puis s'il est arrêté par quelque obstacle, s'arrêter tout à coup et rester immobile dans l'attitude dernière. On voit dans ces expériences l'abolition des mouvements volontaires, avec conservation des impulsions réflexes. De même, ainsi que le fait remarquer Rosenthal, chez l'homme en état de catalepsie, comme dans l'hystérie, il y a une résistance anormale à la transmission dans les ganglions moteurs et dans la couronne rayonnante, qui part de l'écorce et donne l'impulsion aux racines antérieures ; l'incitation des muscles par la volonté se trouve alors réduite au minimum, ceux-ci, par suite, n'opposent aucune résistance aux excitations réflexes qui peuvent leur venir du côte du pédoncule. Mais si ces expériences donnent la clef du phénomène physiologique de la catalepsie, rien ne prouve jusqu'à présent l'existence d'une lésion analomique constante des organes qui sont le siège de ce phénomène. Si dans
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quelques circonstances les autopsies ont montré des altérations dans le corps strié ou dans la zone corticale des lobes antérieurs, dans d'autres, au contraire, on n'a rien trouvé de semblable et la guérison, qui survient d'ailleurs dans le plus grand nombre des cas, exclut l'idée d'une lésion anatomique persistante.
L'épilepsie peut-elle plus facilement que l'iiystérie et la catalepsie, être ramenée originairement à une lésion déterminée et précise des centres nerveux? Ce qu'écrivait Foville en 1851, que les résultats de l'anatomie pathologique des épileptiques sont négatifs, est également vrai aujourd'hui, du moins pour les attaques simples et pour l'épilepsie récente. Tout ce que l'anatomie pathologigue a pu ajouter depuis à cette notion générale, c'est la constatation de lésions organiques, coïncidentes, pouvant tout au plus jouer le rôle de causes excitatrices des accès, telles que des tumeurs intra-cérébrales de diverse nature, des ossifications, des fongus de la dure-mère, des concrétions méningées diverses, des tumeurs des pédondules cérébraux, des fractures du crâne avec enfoncement, des altérations sur les trajets des nerfs sensitifs, des nerfs mixtes et du grand sympathique, des névromes, des esquilles osseuses, des corps étrangers irritant les filets nerveux, des vers intestinaux, etc. ; ou bien l'existence de lésions secondaires survenant dans les régions de l'axe cérébro-spinal par le fait même des progrès de la maladie et de la fréquente répétition des accès, telles que des congestions des centres nerveux, cerveau, moelle ou méninges, etc.
Quant aux lésions que l'on a successivement considérées comme pouvant être la cause organique de l'épilepsie, l'asymétrie du crâne, l'hypertrophie de la glande pituitaire, le rétrécissement des anastomoses du cercle artériel de Willis, la dilatation des vaisseaux dans la moitié postérieure de la moelle allongée, un développement anormal avec asymétrie des olives et de la moelle allongée, le rétrécissement du canal rachidien, la sclérose de la corne d'Ammon, etc. ; elles sont purement coïncidentes, pour la plupart, ou consécutives.
Doit-on accorder plus de valeur, au point de vue du siège anatomique de l'épilepsie, aux résultats des expériences sur les animaux; telles que la compression de vaisseaux, l'anémie artérielle, l'hyperémie veineuse, l'irritation directe de la surface de la protubérance et de la moelle allongée, les lésions de la moelle ou de certains nerfs rachidiens, l'irritation traumatique ou électrique de l'encéphale ? Qu'on ait produit expérimentalement sur des animaux des accès d'épilcpsie ou des convulsions épileptiformes par ces divers procédés, cela n'est pas contestable; mais est-ce là l'épilepsie véritable? Et lorsque, d'un autre côté, on voit l'épilepsie se manifester chez l'homme, dans la pluralité des cas, soit sous l'inlluence prédisposante de l'hérédité, soit sous l'influence occasionnelle de causes morales, telles qu'une grande frayeur, ou un accès violent de colère, ne doit-on pas être réservé sur le rôle à attribuer aux lésions anatomiques? Sans méconnaître l'influence qu'un grand nombre de lésions peut avoir sur la production des convulsions épileptiques, influence incontestable et consacrée par l'admission d'une épilepsie syniptomatique et d'une épilepsie sympathique, nous nous croyons fondé, avec la généralité des médecins d'aujourd'hui, à conserver pour tous les cas qui ne se rattachent pas à l'une ou à l'autre de ces deux catégories de faits, une épilepsie essentielle ou idiopathique.
Le tétanos n'a pas plus que l'hystérie, la catalepsie et l'épilepsie, sa lésion caractéristique ou sa cause organique prochaine constante. Jusqu'à présent, malgré les efforts qui ont été faits pour rapporter les phénomènes tétaniques à
une altération reconnaissable des éléments de la moelle épinière et du bulbe rachidien, on ne connaît aucune lésion constante du système nerveux qui puisse rendre compte des phénomènes de cette affection. Ni la lésion signalée par Michaux, ni celle de Lockhart-Clark n'ont été vérifiées par les recherches faites ultérieurement. M. Yulpian déclare, pour sa part, ne les avoir jamais trouvées ni l'une ni l'autre et n'avoir jamais rencontré que la congestion signalée avant lui par MM. Broca et Liouville. Mais c'est là \me lésion secondaire et non une lésion causale.
De même pour l'hydrophobie, que nous aurions d'ailleurs d'autres motifs de ne point admettre dans les névroses essentielles, comme nous le dirons plus loin. On ne connaît point encore, eu effet, dans l'hydrophobie de lésion primitive d'où l'on puisse faire procéder les symptômes. 11 y a, comme dans le tétanos, comme dans l'épilepsie, des congestions des centres nerveux secondaires ou par action réflexe vaso-dilatatrice, mais qui ne jouent aucun rôle important et ne se révèlent cliniquemcnt par aucun signe.
La chorée a également été l'objet de recherches anatomo-pathologiques. C'est surtout en Angleterre qu'on a cherché à faire prévaloir l'origine cérébrale de la chorée. D'une série d'autopsies, Broadbcnt a conclu que le siège de la lésion dans la chorée est le corps strié de la couche optique, et il attribue surtout le développement de cette névrose aux embolies de cet organe. La plupart des médecins anglais et plusieurs médecins allemands ont admis cette opinion. Mais les faits qu'ils rapportent manquent de concordance, les uns montrant des lésions du cerveau, d'autres des lésions de la moelle, d'autres des lésions des nerfs ; d'autres faits, plus nombreux, ne révèlent aucune lésion. M. Charcot nous paraît beaucoup plus près de la vérité, s'il n'y est même tout à fait, lorsqu'il distingue des chorées essentielles et des chorées symptomatiques, restreignant les premières, élargissant au contraire le cadre des secondes et assignant à celles-ci seulement, quant à présent, un siège déterminé. Suivant M. Charcot, en effet, l'hémichorée post ou pré-paralytique correspondrait toujours à une lésion de la capsule interne, dans une région voisine de celle qui produit l'hémianesthésie. Voilà le seul fait scientifiquement acquis jusqu'à présent. Quant à toutes les tentatives de localisation de la chorée idiopathique, elles sont prématurées.
La paralysie agitante dégagée d'éléments étrangers et de complications accidentelles ne procède non plus d'aucune lésion anatomique connue. Les lésions que quelques auteurs ont dit avoir constatées se rapportaient ou à la sclérose en plaques avec laquelle on l'avait confondue, ou à d'autres affections. Quant à celles qui ont été réellement trouvées dans la paralysie agitante, leur multiplicité et leur variabilité ne font que mieux ressortir son indépendance de toute lésion matérielle déterminée.
L'ataxie locomotrice doit-elle ou non être rangée dans les névroses ? On sait que Duchenne ne s'était jamais prononcé sur la nature névrosique de cette affection, dont il a fait le premier une espèce morbide distincte; il s'est toujours borné dans ses divers mémoires sur ce sujet à émettre des doutes sur l'existence d'une lésion anatomique, mais sans la rejeter positivement. Trousseau, plus explicite a formulé nettement dans ses Leçons cliniques de rilôtel-Dieu, cette opinion « que l'ataxie locomotrice progressive appartient à la grande classe des névroses ». Il se fondait, entre autres raisons, sur l'apparition de l'ataxie locomotrice dans une famille dont les divers membres étaient affectés d'épilepsie, d'hypochondrie, de monomanie, de pertes séminales, etc. 11 y voyait même une
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preuve de la mutation des névroses les unes dans les autres. Ce fut Axenfeld qui, dans une étude critique sur les lésions anatomiques de la moelle épinière, tenta l'un des premiers de faire rentrer l'ataxie locomotrice dans les affections chroniques de la moelle et de la faire descendre, suivant ses propres expressions, du nuage des névroses sur la terre ferme des affections organiques. Déjà dans l'article névroses des éléments de pathologie médicale, Axenfeld tout en y faisant une place à l'ataxie locomotrice progressive, se fondait sur la concordance d'un grand nomhre d'autopsies qui avaient fait constater sur les sujets morts à la suite de celte affection une atrophie des cordons postérieurs de la moelle, pour lui assigner désormais son rang dans les maladies organiques. Cette détermination a été établie d'une manière définitive dans l'article ataxie locomotrice progressive de ce dictionnaire. Nous ne nous en occuperons donc pas plus longtemps ici.
Il en sera de même de la paralysie générale des aliénés qu'une lésion reconnue constante jusqu'ici, la méningo-cncéphalite diffuse, doit faire classer désormais dans les maladies organiques, au même titre qu'on y a classé depuis longtemps l'apoplexie que Pinel avait comprise indûment dans les névroses.
Telles sont, élimination faite de ces dernières espèces que réclame le cadre des affections organiques, les maladies qu'à raison de ces deux caractères communs, de consister principalement sinon exclusivement en des troubles fonctionnels nerveux et de ne dépendre d'aucune lésion anatomiquc primordiale constante, nous considérons comme des maladies essentiellement nerveuses, constituant autant de types du groupe des névroses.
Quant aux caractères accessoires ou d'ordre secondaire qui leur ont été assignés, tels que l'apyrexie, l'intermitlence ou le fait de se manifester en général par accès, la mobilité des phénomènes, la marche, la durée et la terminaison, bien que quelques-uns tels que l'apyrexie, par exemple, soient d'une incontestable valeur, aucun d'eux ne suffirait par lui seul à caractériser une névrose; ils ne valent (jue par leur concordance avec les deux grands caractères communs dont il vient d'être parlé.
Étiologie des névroses. Peut-on s'appuyer sur l'étiologie, pour y trouver des éléments de détermination de la nature névrosique d'une maladie? Sans doute. Nous retrouverons ici comme pour la névropathie, comme conditions prédisposantes, l'hérédité, la consanguinité, l'intluence du tempérament nerveux prédominant; comme causes déterminantes, l'influence de l'éducation, des milieux énervants, des habitudes sociales, des professions, des commotions morales et des passions; comme conditions patbogénétiques communes aux deux sexes, certaines altérations primitives du sang, certaines intoxications, les influences morbides actuelles ou antérieures, et comme conditions propres au sexe féminin la menstruation, la grossesse, l'allaitement, la ménopause. Nous ne pourrions que répéter ici tout ce que nous avons déjà dit à propos des névropathies dans l'article Nervecses {maladies et affections), auquel nous renvoyons le lecteur, les quelques circonstances étiologiques particulièrement propres à certaines névroses devant être indiquées dans l'histoire particulière de chacune d'elles.
11 est un point de vue très-intéressant de l'histoire étiologique générale des névroses qui devrait trouver ici sa place, mais sur lequel nous n'avons malheureusement que très-peu de renseignements, nous voulons parler dej'étude des modifications ou des altérations que les divers types morbides des névroses pourraient éprouver, sans rien perdre de leur autonomie et de leurs caractères
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essentiels, suivant les climats, les nationalités, les races, les mœurs et les principales conditions de milieux, enfin selon les constitutions médicales, passagères ou stationnaires. Ce point de l'histoire générale des névroses a été indiqué par M. Gliarcot dans la préface qu'il a placée eu tète de la traduction du Traité clinique des maladies nerveuses de Rosenthal et nous y avons fait nous-même allusion dans notre article Constitutions médicales, ainsi que dans l'article Nerveuses {mcdadies et affections) . Bien que le plus souvent, sans doute, comme le dit M. Charcot, on n'eût à relever, dans une étude de ce genre, que des nuances délicates, on pourrait constater quelquefois des modifications plus ou moins profondes, de véritables déviations. C'est ainsi, par exemple, qu'à propos de l'hystérie, qui existe sous toutes les latitudes, dans les climats extrêmes du nord comme dans ceux du sud, M. Charcot a signalé des différences assez notables dans sa symptomalogie entre deux pays presque limitrophes et placés sous des latitudes très-comparables, l'Angleterre et la France. Tandis que dans notre pays on observe vulgairement comme traits symptomatiques très-accusés de l'hystérie, l'hémianeslhésie et le grand mal hystéro-épileptique, ces phénomènes sont rarement observés de l'autre côté du détroit, où, par contre, on constate très-fréquemment les contractures permanentes des membres.
Le tétanos très-fréquent sous les tropiques où il constitue parfois de véritables foyers endémiques, ne se montre, au contraire, que très-rarement dans les climats tempérés.
On sait quelle est l'influence des vicissitudes atmosphériques et surtout du passage du chaud au froid sur les névroses à frigore. Presque toute la série des névroses rhumatismales se rattache à cette étiologie.
La névrose désignée sous le nom d'asthme des foins se manifeste sous l'influence de conditions atmosphériques déterminées, indépendamment des émanations spéciales auxquelles on l'a attribuée.
L'altération de l'air par les effluves maremmatiques et telluriques engendre toutes les formes et tous les types des fièvres intermittentes simples ou pernicieuses.
Enfin l'histoire nous montre quelle a été, à de certaines époques, l'influence de la surexcitation générale des esprits sous la domination d'idées mystiques, l'imitation aidant, sur la production de ces névroses épidémiques qui l'ont si longtemps défrayée.
Classification des névroses. Maintenant que nous sommes en possession de la caractéristique générale des névroses, des éléments principaux de leur symptomatologie et de leur étiologie, essayons d'en présenter une classification aussi conforme que possible à ces notions préliminaires.
On a vu dans notre historique quelles étaient les bases des premières classifications proposées par Cullen et par Pinel. Georget, dans son article Névroses du dictionnaire en 50 volumes, ne s'est pas cru obligé à présenter une classification, il s'est borné à une simple énumération dans laquelle il a groupé, sans ordre, la céphalalgie périodique, la folie, l'hypochondrie, la catalepsie, la chorée, l'hystérie, l'épilepsie, l'asthme convulsif, les palpitations nerveuses, la gastralgie avec ou sans vomissements, les névralgies.
La classification la plus complète et la plus méthodique, depuis celle de Pinel, est celle qu'Andral avait adoptée dans ses cours et qui a été reproduite avec de très-légères variantes par Axenfeld, dans son Traité des névroses annexé à la pathologie de Requin, par les auteurs du Compendiiim de médecine, par Valleix
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dans son Guide du médecin praticien, par Grisolle dans son Traité de pathologie interne. Elle comprend :
I. Les névroses de V intelligence., les vésanies proprement dites, embrassant tous les délires chroniques :
a. Avec exaltation (manies, délires partiels avec prédominance et idées orgueilleuses, ambitieuses, etc.).
b. Avec diminution ou abolition (mélancolies, délires partiels avec prédominances d'idées tristes, délires de persécution, hypochondrie, démence, idiotie, imbécillité, crétinisme) .
c. Avec perversion (impulsions irrésistibles, perte de sens moral, fous, voleurs, incendiaires, suicides, homicides, folie lucide).
II. Névroses de la sensibilité — a. avec exaltation et perversion.
i° Hyperesthésies des nerfs sensitifs de la vie de relation (névralgies). 2° Hyperesthésies des nerfs des sens.
5° Hyperesthésie des nerfs sensitifs de la vie organique (viscéralgies). b. Avec diminution ou abolition de la sensibilité générale ou spéciale (anestbésies).
III. Névroses de la motilité — a. avec exaltation, hypercinèses : augmentation morbide de l'activité musculaire. Convulsions, contractures, spasmes, etc.
b. Avec diminution ou abolition de la motilité. Acinèses, paralysies générales ou partielles.
IV. Névroses générales et complexes, comprenant les grands troubles de tout le système nerveux auxquels participent à la fois l'intelligence, la sensibilité, la motUité, tantôt compromises simultanément, tantôt troublées isolément, et dont le caractère dominant est leur mobilité et leur constitutionnalité.
Considérant que si les névroses manquent de l'une des deux caractéristiques assignées aux maladies organiques communes, l'une, symptomatique ou physiologique, l'autre anatomique, et que cela même qui les distingue est de n'avoir pas de caractéristique anatomique, et de ne posséder uniquement que la caractéristique symptomatique, M. Jaccoud s'est demandé si du moment que par l'iuterprétation physiologique de leurs symptômes, on pouvait les localiser respectivement dans les diverses parties de l'appareil nerveux et résoudre ainsi la question de siège, il n'y aurait pas de l'avantage, à défaut de classification anatomique, à substituer à l'ancieime classification fondée sur le caractère des phénomènes prédominants, une classification physiologique. C'est ce qu'il a tenté, et il a réparti, en conséquence, les névroses en trois groupes, savoir : les névroses cérébro-spinales, les névroses spino-bulbaires et les névroses des nerfs périphériques, auxquelles il y aurait à ajouter les névroses cérébrales. Dans les névroses cérébro-spinales, il comprend l'épilepsie, l'hystérie, la catalepsie. Les névroses spino-bulbaires comprennent la paralysie agitante, la chorée, le tétanos. Les névroses des nerfs périphériques comprennent les hyperesthésies (la mi- «Taine, les névralgies), les anesthésies, les hyperkinésies, les dyskinésies et les ak-ynésies. Les névroses cérébrales comprendraient les diverses formes de délire et d'hallucinations.
Cette classification est très-rationnelle, elle est tout à fait physiologique, elle est peut-être même trop physiologique, c'est-à-dire trop simple, et, par conséquent, trop éloignée de la vérité clinique qui nous représente presque toujours ces névroses à un état complexe et dans des conditions de complication, de substitution et de mobilité qui ne comportent pas une îiussi grande précision.
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La détermination du siège des névroses est d'ailleurs trop incertaine encore, pour beaucoup d'entre elles, pour servir de base à une classification définitive. Uosenthal a été frappé probablement de cette difficulté, lorsque après un essai de classification par localisation physiologique, dans laquelle il a compris : les névroses de la moelle épinière dont il reconnaît deux formes, la forme hyperesthésique (irritation spinale) et la forme dépressive (neurasthénie); les névroses cérébrales et spinales avec crampes (catalepsie, épilepsie, éclampsie, tétanos, hydrophobie), il passe ensuite à une série d'autres ordres dont la distinction est fondée sur les symptômes, sur l'étiologie ou sur les différences de fonctionnahté des éléments nerveux atteints. C'est ainsi qu'il divise les autres névroses, qui ne sont pas comprises dans la première division, en névroses avec tremblement et troubles de coordination (tremblement et paralysie agitante, chorée et ses différentes formes, crampes des écrivains, bégayement); névroses toxiques et troubles nerveux des maladies fébriles et infectieuses, paralysies anémiques ou ischémiques et réflexes ; névroses du système nerveux périphérique, des appareils de la sensibilité spéciale ; enfin, névroses vaso-motrices et trophiques.
Sans attacher plus d'importance qu'il ne convient à une classification, toujours plus ou moins artificielle et de pure convention, comme elle est nécessaire, toutefois, ne fût-ce que pour énumérer dans un ordre quelconque les maladies qui, par l'analogie de leur origine et de leurs symptômes, constituent des groupes naturels, nous nous arrêtons à la classification suivante :
Nous formerons un premier groupe des névroses vraies, idiopathiques, essentielles, qui non-seulement ne procèdent ni d'une lésion organique primitive, ni d'une autre maladie antécédente, mais qui reconnaissent en général pour origine l'une des causes prédisposantes ou efficientes que nous avons énumérées plus haut, et qui réunissent au plus haut degré les caractères communs assignés aux névroses. Dans ce premier groupe, nous placerons : en première Ugne, les névroses locales, simples, c'est-à-dire, ne consistant uniquement que dans la perturbation de la sensibilité d'un ou de plusieurs cordons nerveux, de l'un des appareils .nerveux spéciaux des sens ou des armatures nerveuses des viscères (hyperesthésies et anesthésies) ou dans l'altération isolée de la motilité (liyperkinésies et parésies locales); en deuxième ligne, les grandes névroses générales, complexes, présentant à la fois les troubles de la sensibilité générale et des sensibilités spéciales et ceux de la motilité. Dans un deuxième groupe nous comprendrons les névroses symptomatiques ou sympathiques d'états morbides organiques ou diathésiques actuels ou consécutives à des états morbides antécédents. Dans un troisième groupe nous placerons les névroses mixtes tenant, suivant leur étiologie, tantôt des névroses du premier groupe, tantôt de celles du second, et notamment les névroses par intoxication. Un quatrième groupe comprendra les névroses encore mal déterminées, dites vaso-motrices. Enfin, dans un dernier groupe devraient figurer les névroses cérébrales dont il est traité ailleurs.
Premier groupe. — 1° Névroses locales : a. Hyperesthe'siques. Dans les névroses locales hypéresthésiques, nous trouvons toute la série des névralgies essentielles périphériques, notamment la névralgie du trijumeau, névralgie faciale, prosopalgie, tic douloureux, la névralgie cervico-occipitale et cervico-brachiale, la névralgie intercostale, les névralgies du plexus lombaire et du plexus sacré, lombo-abdominale, iléo-scrotale, fémoro-poplitée, crurale, etc. ; les névralgies
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viscérales, migi-aine, sternalgie, angine de poitrine, gastralgie vésico-auale, utéralgic, etc.
b. Hypoeslhésiques ou anesthésiques . Anestiiésie du nerf trijumeau, du nerf facial, des nerfs spéciaux des organes des sens, des nerfs optiques, acoustiques, olfactifs et gustalifs ; anesthésies des nerfs de la peau, analgésie, thermo-anesihésie; aneslhésie des nerfs musculaires; anesthésie du sens génital, etc.
c. Hyper kinésiques, Ilyperkinésie du facial, tic convulsif, de l'accessoire de Uillis (torticolis spasraodique) ; contractures spasmodiques, contracture essentielle des extrémités (tétanie, crampe des écrivains, dyskyncsie professionnelle).
d. AIdnésies {parésies, paralysies). Paralysie du facial, paralysies périphériques, superficielles, interstitielles, etc.
2" Névroses générales complexes: grandes névroses. Hystérie, catalepsie, épilepsie, éclampsie, chorée, paralysie agitante, hypochondrie.
Deuxième ghoupe. — Névroses secondaires, symplomatiques ou sympathiques. Dans ce groupe, nous placerons tous les syndromes nerveux ayant plus ou moins d'analogie ou de ressemblance avec les névroses essentielles, consistant comme elles en des troubles fonctionnels de môme nature cl indépendants de toute lésion de texture appréciable du système nerveux, mais en différant en ce que ces troubles fonctionnels sont liés et subordonnés à des états morbides antécédents ou actuels, dont ils ne sont qu'une maniiestation symptomatique ou sympathique secondaire, comme l'indique le titre que nous leur donnons. Tels sont les syndromes épileptiformes, qui diffèrent peu par leur apparence de Tépilepsie vraie, mais qui sont sous la dépendance d'une lésion permanente, telle qu'un traumatisme, l'existence d'une tumeur, la présence d'un corps étranger ou d'animaux parasites dans quelque point de l'encépbale ou dans les viscères abdominaux : tels sont les syndromes hystériques ou hystéroépileptiques, symptomatiques de lésions des organes génitaux ou de leurs annexes.
Dans les névroses secondaires symptomatiques viennent se placer les phénomènes nerveux qui se rattachent, les uns à l'hyperémie, les autres à l'anémie cérébrale ou spinale.
Nous trouvons dans la symptomatologie de l'hyperémie cérébrale aiguë la céphalalgie, des éblouissements, des bourdonnements d'oreille, des vertiges, l'incertitude de la marche, l'hyperesthésie de la vue et de l'ouïe, des troubles dans les idées ou même des hallucinations, de l'exaltation, du vertige, de l'abattement, l'agitation et l'insomnie.
Dans l'hyperémie chronique on trouve le sentiment d'angoisse, d'anxiété, de terreur, auquel se joignent des tremblements et des bouffées de chaleur, l'affaiblissement de la mémoire, des troubles de la sensibilité, l'insomnie et le délire, enfin, un état de dépression succédant aux irritations répétées.
L'anémie cérébrale aiguë a aussi des symptômes qui appartiennent pour la plupart au groupe névrosique, comme ceux de l'hyperémie, maux de tète fréquents, migraine, bourdonnements, éblouissements, nausées, perte de connaissance, faiblesse musculaire, soubresauts et relâchements alternatifs des membres, faiblesse des mouvements respiratoires et des battements cardiaques, sensibilité exagérée aux impressions extérieures, enfin, affaiblissement des idées.
Des irritations du centre des nerfs vasculaires, résultant de certaines influences toxiques (opium, chloroforme, crgolinc, nicotine, etc.), ou d'une Dîcr. ENC. 2" s. XII. 48
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surexcitation psyciiique, peuvent provoquer une anémie bulbaire et cérébrale se traduisant par un ralentissement spasmodique de la circulation dans les vaisseaux cutanés, un abaissement de la température, perte de connaissance, etc.
Des anémies partielles de la moelle allongée peuvent être le résultat de la compression de larges zones capillaires par des épanchements, des abcès, des tumeurs. La thrombose et l'embolie peuvent donner lieu, par arrêt de la circulation artérielle, à des anémies limitées, à des paralysies circonscrites.
Le tableau symptomatique varie, suivant le point oià siège l'oblitération, les artères nourricières se distribuant sans anastomoses à des départements distincts de la moelle allongée.
L'hyperémie de la moelle allongée n'est connue que par quelques observations cadavériques. On la constate surtout dans l'épilepsie, dans l'éclampsie des enfants on l'éclampsie par intoxication, dans l'hydrophobie, le tétanos, etc.
Dans les névroses secondaires symptomatiques viennent se placer toutes celles qu'engendrent les altérations du sang et les divers états dyscrasiques et diathésiques, syphilis, rhumatisme, goutte, herpétisme, etc., ou que, du moins, ces diathèses tiennent sous leur dépendance, soit qu'elles résultent, comme le croient certains auteurs, de l'action directe ou indirecte de l'un de ces états fluxionnaires spéciaux sur le système nerveux, avant même que ces diathèses se soient manifestées par leurs caractères propres sur l'ensemble de l'économie, ou que ces mouvements fluxionnaires ne soient eux-mêmes que consécutifs à ces manifestations.
Sur un total de deux cent onze cas de névroses relevées comme appartenant à celte catégorie de laits, Berthier a constaté que le plus grand nombre se rattache à la syphilis. Celles qui procèdent de la diathèse goutteuse ou de la diathèse arthritique viennent en second lieu par ordre de fréquence. Celles qui dépendent de la diathèse rhumatismale ne viennent qu'assez loin après.
Quelle que soit l'espèce considérée, on constate que ce sont les délires apyrétiques qui dominent comme expression névrosique de ces états diathésiques : vingt-sept délires goutteux, vingt-sept dartreux, douze ihuniatismaux, un tuberculeux et un scrofuleux.
Les affections convulsives sont au second rang. Sur soixante-six exemples ressortissant aux diverses diathèses, on en compte vingt-neuf pour la syphilis, quatorze pour la goutle, neuf pour l'herpétisme.
Les névroses simples ou spasmodiques, au nombre de trente-trois, donnent à l'analyse six hypochondries engendrées par l'état rhumatismal, seize névroses sensorielles par la syphilis.
Les paralysies partielles, au nombre de huit, comprennent cinq paralysies faciales appartenant à la syphilis.
Quant à la nature du délire, les formes à mode expansif sont beaucoup plus communes que les formes à mode dépressif (dans la proportion de trente-sept à vingt-six).
On peut comprendre dans ce même ordre ces troubles fonctionnels tantôt hyperesthésiques, tantôt anesthésiques, que M. Béni-Barde a décrits sous le nom de névroses cutanées et qui sont presque toujours sous la dépendance d'une altération du sang ou d'une affection des centres nerveux liée à d'autres manifestations morbides, telles que l'une des diathèses dont nous venons de parler, la goutte, le rhumatisme, la chloro-anémie, etc.
Un grand nombre de désordres de l'innervation se relient aux maladies uté-
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rines, les relations foncticpmlles de l'utérus retentissant sur toutes les parties du système nerveux. L'hystéropathie se manifeste le plus fréquemment sous la forme de troubles de la sensibilité. L'hystéralgie ou névralgie utérine est surtout symptomatique de diverses lésions organiques.
Il nous faut classer aussi dans les névroses locales le vaginisme ou spasme du vagin, l'hyperesthésie vaginale, ainsi que l'anesthésie des organes génitaux, les névralgies et les spasmes du col vésical, celles du sphincter externe et interne de ces organes. On connaît l'influence réflexe qu'excixent les troubles fonctionnels des organes génito-urinaires sur tout l'ensemble du système nerveux, se traduisant, soit par des phénomènes douloureux, convulsifs ou paralytiques dans des points divers du corps plus ou moins éloignés, ou par une perturbation de l'intelligence ou des qualités affectives, capables de donner naissance à l'hypochondrie ou à la mélancolie.
On a fait une sorte de catégorie à part, mais qui confine à celle dont nous nous occupons en ce moment, des névroses dépendant de la menstruation. Berthier, que nous citions il n'y a qu'un instant, dans un mémoire écrit pour répondre à une question posée par l'Académie de médecine, a résumé les observations qu'il a faites sur ce sujet dans les propositions suivantes :
1'^ Il existe des névi'oses évidemment liées, soit aux troubles de la menstruation, uniquement et directement, soit à ces troubles causés ou entretenus par des états pathologiques variables, soit à un état de la menstruation, en apparence convenable. Ces névroses menstruelles, qui guérissent le plus souvent avec la régularisation du flux, sont infinies de forme et de nombre, depuis le simple mal de tète jusqu'à l'apoplexie et la folie.
Enfin, certaines névroses de l'estomac et des intestins, des organes respiratoires, aphonie, spasme de la glotte, toux nerveuse, dyspnée, doivent figurer parmi les né^Toses secondaires ou symptomatiques.
Troisième groupe. Névroses mixtes. Nous appellerons mixtes les névroses qui, sans perdre leur physionomie symptomatique et leurs cai^actères nerveux propres, pouvant procéder de causes et d'influences pathogéniques diverses, sembleraient, quand on les envisage à ce point de vue étiologique, devoir être rangées tantôt dans les névroses essentielles ou idiopathiques, tantôt dans les névroses secondaires, sympathiques ou symptomatiques, dont nous avons fait autant de catégories distinctes. Tel est notamment le cas de l'éclampsie, qui, lorsqu'elle est essentielle, a sa place naturelle dans les névroses convulsives, mais que Ton voit se produire plus souvent sous la dépendance d'une affection primitive dont €lle n'est plus que l'un des effets ou l'une des manifestations symptomatiques. Si, en effet, l'éclampsie est dans un grand nombre de circonstances, comme les névroses essentielles, une maladie sans matière, si chez les femmes ou chez les enfants éclamptiques qui succombent à la répétition des accès on ne trouve le plus souvent aucun désordre, aucune lésion appréciable de l'encéphale ou de ses enveloppes, si dans quelques cas où l'on a pu constater des altérations physiques de l'appareil cérébro-spinal ces altérations n'ont paru avoir aucun rapport direct avec les convulsions, il y a telles circonstances, au contraire, où elle est manifestement liée à une lésion organique, à une anémie ou à une hyperémie du cerveau, cà une cause d'excitation centripète d'origine périphérique (exanthèmes aio-us, scarlatine, rougeole, variole), à une affection gastro-intestinale, à une affection vermineuse (éclampsie des enfants), à une altération du sang ou à une véritable intoxication (urémie ou ammoniémie des femmes enceintes ou nouvel-
lement accouchées, urémie résultant des altérations profondes des reins, intoxi- «^lation saturnine, fièvre grave, etc.). On voit, d'après celte .seule énuméralion, que l'éclampsie, suivant les causes très-diverses qui la provoquent, pourrait alternativement être classée dans les névroses idiopathiques, dans les névroses symptomatiques ou sympathiques, dans les névroses par intoxication, c'est ce qui nous en a fait faire une névrose mixte.
On pourrait ranger aussi dans cet ordre de névroses mixtes un grand nombre d'états névropathiques variés, qui tantôt produits par la chloi'ose, par l'anémie cérébro-spinale ou même par des hyperémies passagères, se montrent dans d'autres circonstances, avec les mêmes caractères, en dehors de ces conditions organiques, sous l'influence de causes extérieures ou de conditions physiques ou morales suffisamment déterminantes par elles-mêmes , telles que les fatigues corporelles , les excès de travail intellectuel , les veilles prolongées, les émotions vives, les excès en tout genre, l'abus de certains agents excitants et généralement de tout ce qui peut b. la fois exciter et fatiguer le système nerveux.
Névroses par intoxication. Nous venons de voir dans l'éclampsie un exemple frappant de névrose par intoxication organique, comme lorsqu'elle procède de l'urémie ou de l'ammoniémie, d'un principe morbide typhiqueouictérique (fièvre jaune, ictère malin, etc.), mais encore par le fait de l'introduction dans l'éconoinie d'un agent toxique externe (intoxication saturnine). A côté de l'éclampsie, nous trouverons dans la plupart des grandes pyrexies, dans le typhus exanthématique, dans le typhus cérébro-spinal et la fièvre typhoïde, dans la fièvre jaune, dans les fièvres intermittentes graves, dans l'infection purulente, un groupe de phénomènes nerveux plus ou moins accusés, céphalalgie, vertiges, hallucinations, délire, qui sont en quelque sorte comme l'expression immédiate du poison morbide humain, de l'auto-intoxication.
La plupart des agents toxiques externes, qu'ils appartiennent au règne organique ou au règne inorganique, ont aussi leur expression névrosique spéciale. Telles sont les névralgies, l'encéphalopathie, l'insomnie, les convulsions, les paralysies, les arthralgiesdans l'intoxication saturnine ; le tremblement, les douleurs articulaires et les paralysies dans l'intoxication mercurielle ; la céphalée, les fourmillements, les névralgies et les parésies dans l'intoxication arsenicale, dans l'intoxication phosphorée ; les troubles nerveux multiples portant à la fin sur la sensibilité et la motilité, douleurs de tête, vertiges, fourmillements, hyperesthésies et anesthésies successives, troubles nombreux des appareils sensoriaux, tremblements, crampes, parfois accès épileptiformes, parésies plus ou moins étendues, enfin délire spécial dans l'intoxication alcoolique.
Ajoutons les effets spéciaux, dont le système nerveux est toujours le siège de prédilection, des abus du tabac, de l'opium, du café, du thé; de l'usage médicamenteux exagéré ou inopportun de la belladone, du datura, de l'aconit, des cyanures, de la strychnine, de l'ergot de seigle, etc., etc.; de l'usage alimentaire de certaines substances altérées, telles que le maïs, les moules, etc. ; <le la respiration de gaz méphitiques ou toxiques, tels que l'acide sulfhydrique, le gaz oxyde de carbone ; enfin, les effets du venin et de certains virus spéciaux, les venins des serpents, le virus rabique. C'est ici, en effet, dans les névroses par intoxication, que trouve sa place naturelle l'hydrophobie, affection névrosique essentiellement par sa symptomatologie, toxique virulente par sa cause.
QuATRiÈsiEGnourE. Névroses vaso-motrices. Sous la dénomination de névroses vaso-motrices (voir l'article nerveuses (maladies et affections), on a compris tous les phénomènes nerveux morbides qui sont sous la dépendance immédiate du grand sympathique et qui se traduisent par des alternatives de contraction et de relàcliement des muscles spéciaux à fibres lisses des parois des vaisseaux et des conduits sécréteurs et excréteurs des glandes. D'oii deux modes d'expression ou deux ordres de phénomènes, les uns vaso-constricteurs et les autres vaso-dilatateurs : les premiers de nature spasmodique et convulsive, interrompant ou ralentissant la circulation et donnant lieu à tous les phénomènes de l'anémie, s'il s'agit des vaisseaux sanguins, à des troubles corrélatifs de sécrétion et d'excrétion, s'il s'agit des conduits vecteurs, et à toute la série des spasmes locaux, s'il s'agit des conduits et tubes viscéraux (Irachéisme, laryngisme, œsophagisme, vaginisme, etc.); les seconds, de nature paralysante ou modératrice, de beaucoup les plus fréquents, donnant lieu soit par l'exagération des phénomènes auxquels ils président dans l'état physiologique, soit par suite de la déséquilibration qui en résulte entre les puissances nerveuses destinées à se pondérer, aux divers désordres des appareils viscéraux et de l'appareil circulatoire, lesquels se traduisent : dans le cœur et les gros vaisseaux, par des palpitations et par tous les phénomènes qui ont été décrits dans l'histoire des névroses cérébrocardiaques; dans les appareils sécrétoires, par toutes les exagérations des produits de sécrétion; dans les conduits viscéraux, par des dilatations, des distensions et des relâchements des parois de ces conduits, à'où l'emphysème pulmonaire, le météorisme abdominal, etc. ; enfin dans le réseau vasculaire sanguin, par toute la grande série des phénomènes de rougeur, de congestion, de tuméfaction, d'accroissement de température, et des troubles trophiques qui peuvent en être la conséquence.
Les observateurs n'avaient pas attendu la découverte des propriétés spéciales du système nerveux vaso-moteur pour reconnaître l'action des nerfs sur les vaisseaux sanguins et les rapports des fluxions et de l'hémorrhagie avec les maladies nerveuses. Mais cette découverte a eu pour résultat d'apporter plus de précision dans la connaissance et dans l'explication de ces faits. On en a même pris texte pour établir toute une série d'états morbides spéciaux, auxquels on a donné le nom de névroses vaso-motrices. C'est ainsi qu'en 1865, dans un mémoire inséré dans les Archives générales de médecine, Gabon a décrit des névroses vaso-motrices de la tète dans lesquelles se trouvent comprises des observations de névralgies tri-faciales accompagnées de phénomènes congestifs oculaires et de diverses parties de la face et de la tète; des névroses vaso-motrices des organes génitaux, auxquelles peuvent être rapportés certains épiphénomènes des névralgies lombo-sacrées pouvant simuler des affections idiopathiques de l'utérus et de ses annexes, ainsi que les faits à'irritahile testis d'Asll. Cooper; les faits d'angine de poitrine dans lesquels on trouve la névralgie d'un nerf rachidien, du plexus brachial ou d'un nerf intercostal; l'extension de cette névralgie à une portion correspondante du grand sympathique ; probablement la congestion des organes dont les vaisseaux reçoivent leurs nerfs de cette portion du grand sympathique, et déterminant soit une congestion du cœur, soit une congestion du poumon ; les névroses vaso-motrices de la peau, 'au tissu cellulaire sous-cutané et des articulations ; enim les névroses vaso-motrices intermittentes, qui embrassent tout le groupe des fièvres intermittentes.
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Avec Boerhaave, van Swieten, Borelli, Culieii, Ilufeland, J. Frank, etc.» Calien voit, en effet, dans les fièvres intermittentes une névrose, qu'il range dans les vaso-motrices, au même titre qu'il y avait déjà rangé certains symptômes des fièvres larvées se présentant le plus souvent sous la forme de névralgies congestives intermittentes.
M. Brown-Séquard a fait jouer également un rôle considérable aux troubles fonctionnels de l'appareil vaso-moteur dans les névralgies, dans l'hypocliondrie, dans la chorée, dans la catalepsie, dans la paralysie agitante, dans l'aliénatioa mentale et ses diverses formes, dans l'hydrophobie, dans l'hystérie et dans l'épilepsie. Il a attribué notamment, pour cette dernière névrose, au resserrement vasciilaire dû à une excitation des libres vaso-motrices qui innervent les vaisseaux de l'encéphale, l'arrêt de la circulation dans les vaisseaux et la perte de connaissance qui en est la suite.
M. Vulpian, dans ses savantes études sur l'appareil vaso-moteur, sans contester la part que prennent les vaso-moteurs dans certaines névroses, réduit toutefois l'importance du rôle qu'on leur a assigné. Pour lui l'expression même de névroses vaso-motrices ne serait pas juste, le siège véritable de la souffrance nerveuse primitive n'étant pas dans l'appareil vaso-moteur, au moins dans la majorité des cas. C'est l'affection produisant les douleurs sur le trajet des nerfs sensitifs qui détermine, par action réflexe, une dilatation des vaisseaux dans les régions en relation plus ou moins directe avec les nerfs. Au sens rigoureux des mots, il n'y aurait pas plus névrose vaso-motrice dans un cas de rougeur de la conjonctive déterminée par une névralgie de la branche ophthalmique de Willis qu'il n'y a névrose sécrétoire dans ce même cas lorsqu'il y a larmoiement, qu'il n'y a névrose musculo-motrice, lorsqu'une névralgie du trijumeau provoque des contractions plus ou moins irrégulières des muscles de la face, etc. Mais il y a trouble fonctionnel des nerfs vaso-moteurs dans le cas de congestion produite par une névralgie, et jusqu'à un certain point cela suffit à ses yeux pour légitimer l'expression de névrose vaso-motrice. Ainsi, dit-il, on peut admettre les névroses vaso-motrices de la face et des organes génitaux de la femme, sous la réserve de regarder les troubles de l'innervation vaso-motrice comme secondaires,, quelque gravité que puissent avoir d'ailleurs leurs effets. Il en est de même des troubles vaso-moteurs dans Virritahile testis, dans l'angine de poitrine, dans certains œdèmes sous-cutanés, dans certains cas de coloration anormale de la peau, d'arthralgies, de névralgies mammaires avec tuméfaction des glandes, de diarrhées, de polyurie et enfin de fièvres intermittentes, troubles vaso-moteurs dont M. Vulpian ne nie pas l'existence; il reconnaît que les congestions qui peuvent se montrer dans toutes ces affections, précédant ou accompagnant d'autres phénomènes pathologiques, sont presque toujours le résultat de paralysies vaso-motrices directes ou réflexes, mais qu'elles ne sont jamais que de& modifications secondaires subordonnées.
M. Vulpian fait les mêmes objections à l'opinion par laquelle on a voulu expliquer l'angine de poitrine par des troubles vaso-moteurs et à la théorie vaso-motrice de la migraine. 11 est indubitable, dit-il, que dans un bon nombre de cas il y a des troubles fonctionnels du grand sympathique cervical, resserrement ou dilatation de la pupille, congestion de la conjonctive, rougeur ou pâleur de la joue etc. ; mais ces troubles morbides ne se manifestent que dans les cas, nombreux, il est vrai, où la migraine occupe les régions frontale et orbitaire, et dans ces cas même ils ne sont pas constants : aussi tient-il pour inléressante la théorie de la
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migraine qui a pour base l'hypothèse d'une perturbation primitive et constante des fonctions du grand sympathique cervical.
Parmi les affections du système nerveux dont on a essayé d'expliquer les symptômes par l'hypothèse d'une perturbation fonctionnelle de l'appareil vaso-moteur, l'e'pilepsie est celle qui a donné lieu aux recherches les plus importantes. On connaît, en effet, les expériences de M. Brown-Scquard, desquelles il résulte que l'arrêt de la circulation dans les vaisseaux de l'encéphale peut déterminer une perte complète de connaissance et que cet arrêt peut être produit par le resserrement vasculaire du à une excitation des fibres vaso-motrices qui innervent ces vaisseaux. M. Vulpian ne conteste pas le fait et il reconnaît même que la théorie de M. Brown-Séquard pour l'explication de la perte de connaissance qui a lieu chez les épileptiques n'est pas en désaccord avec les enseignements de la physiologie. Mais le rôle de l'appareil nerveux vaso-moteur dans l'épilepsie provoquée chez les animaux, comme dans l'épilepsie observée chez l'homme, lui paraît avoir été exagéré. Ce rôle, dit-il, doit être considéré comme nul ou presque nul dans la pathogénie de l'épilepsie, les nerfs vaso-moteurs étant hors de cause dans la production de Vnura epUeptica. En outre, lorsqu'il s'agit des attaques d'épilepsie, on est en droit de chercher l'explication de la pâleur de la face dans une excitation de la région des centres nerveux qui donne naissance aux nerfs vaso-moteurs de cette partie du corps. D'autre part, n'est-il pas possible qu'une constriction vasculaire ait lieu aussi dans l'encéphale? 11 n'est donc pas absolument prouvé que la constriction des nerfs vaso-moteurs soit la cause unique et directe de la perte de connaissance qui a lieu dans les premiers moments de l'accès.
En résumé, de la discussion approfondie à laquelle M. Yulpian a soumis cette importante question de physiologie pathologique il conclut à l'inadmissibilité de la théorie de M. Brown-Séquard, d'après laquelle la plupart des affections nerveuses seraient le résultat d'une simple irritation de quelque nerf centripiète agissant par une action réflexe de l'axe cérébro-spinal sur lui-même au moyen des nerfs qui se rendent à ses propres vaisseaux sanguins. L'action vasculaire réflexe ne lui paraît intervenir nullement comme cause des accidents morbides de ces diverses affections ou de ces affections elles-mêmes. Il lui paraît impossible d'expliquer les états pathologiques des centres nerveux par un trouble, quel qu'il soit, de l'irrigation sanguine de ces centres. H y a pour^lui autre chose. C'est cette autre chose qu'il reste à chercher. Ce sujet a été traité d'ailleurs plus particulièrement et d'une manière plus approfondie à l'article relatif à l'appareil nerveux vaso-moteur. Nous y renvoyons.
Nous croyons devoir nous borner aux généralités qui précèdent sur les principales catégories de névroses que nous avons établies, chacune d'elles, en particulier, ayant été ou devant être l'objet d'une description spéciale.
Pour la bibliographie, nous renvoyons à celle de l'article Nerveuses [maladies et affections), à laquelle on n'aura qu'à ajouter les divers articles des dictionnaires sur ce sujet et les chapitres relatifs aux névroses de tous les traités anciens ou récents de pathologie. Brochin.
!\'ÉVROSiSME. Voy, Névropathie et Nerveuses (Maladies).
^'ÉTROSTnÉXiQUES (de vzûpo'j nerf, et (jdvAa, force, puissance). On désignait ainsi, autrefois, plus souvent qu'aujourd'hui, les substances ou Icb
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agents capables d'augmenter la force nerveuse. Mais il serait bon, tout d'abord, avant de parler des moyens d'augmenter la force nerveuse, de s'entendre sur la valeur et le sens de ce mot. Cette définition ne saurait donc se passer d'une explication préalable.
Trousseau et Pidoux définissent ainsi les névrosthéniques : les agents « qui impriment immédiatement aux forces vives de l'économie la résistance vitale et y rétablissent les synergies. » Nous ne sommes pas beaucoup plus avancés paicette seconde définition que par la première, et il faut, encore ici, nous entendre au préalable sur « les forces vives » et sur « la résistance vitale ». ' Sans donc nous perdre dès le début de cet article dans les considérations de pbilosophie vitalistc, auxquelles l'étude de la sthénie et des agents névrosthéniques a souvent servi de prétexte, il nous semble préférable d'aborder, dès le début, l'étude organique du système nerveux et de ses fonctions.
La clinique et la physiologie expérimentale doivent être ici les guides les plus sûrs, et qu'il convient de suivre pas à pas, sous peine de s'égarer dans une dangereuse phraséologie.
Bien que constituant un tout dont les parties sont étroitement unies, tant au ]X)int de vue anatomique qu'au point de vue fonctionnel, le système nerveux comprend trois départements principaux : le système cérébral, le système médullaire et le système sympathique.
Mais partout le système nerveux, quelles que soient ses fonctions, est constitué par des cellules nerveuses dont la forme et les dimensions varient suivant les régions, et par des fibres blanches dont la composition essentielle, caractérisée par le cylindre-axe, est invariable. Que la fibre nerveuse soit cérébrospinale ou sympathique, qu'elle transmette aux centres des sensations, à la périphérie des excitations contractiles ou sécrétoires, ou enfin dans tous les tissus l'évolution trophique ; que dans le cerveau même elle unisse les cellules où s'élabore la pensée et où se dicte le langage articulé, partout elle est identique à elle-même ; nulle part la spécialité de ses fonctions n'est basée sur une spécificité anatomique, et les expériences de Yulpian ont montré que par des unions fantaisistes entre nerfs moteurs et nerfs sensitifs sectionnés on pouvait faire d'une fibre motrice une fibre sensitive et réciproquement.
L'activité spécifique ne réside que dans les éléments cellulaires, que les fibres nerveuses relient entre eux dans le système nerveux ou en dehors de lui : cellules grises du système nerveux central ou périphérique, cérébro-spinal ou sympathique, cellules de la fibre musculaire, cellules du tissu cellulaire, des divers parenchymes, etc.
La fibre nerveuse n'a qu'une activité propre qu'on désigne sous le nom de neurililé, terme qui a l'avantage de ne rien préjuger et qui se borne à désigner d'un mot son rôle toujours le même, rôle qui semble être le transport d'une force unique utilisée, selon les points, d'une façon différente.
Les fibres nerveuses se distribuent, en effet, aux organes, comme feraient des canaux d'irrigation qui transporteraient dans divers points un liquide toujours i dentique à lui-même, mais utilisé de façons très-différentes sur divers points de ce transport. On appelle, faute de mieux, force nerveuse, courant nerveux, ce quelque chose que les fibres nerveuses semblent transporter, comme le fil électrique semble transporter la dépêche ; mais il est bien entendu que dans le premier cas, comme dans le second, il n'y a pas transport le moins du monde d'une matière quelconque, maismodification moléculaire de px'oche en proche.
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polarisation, comme ou l'a dit, suivant uue ligue dont le tracé simule celui d'un courant formé par le déplacement d'un corps.
Mais cette propriété qu'ont les fibres nerveuses de se polariser, de transmettre un courant nerveux plus ou moins intense (nous pouvons employer cette image, maintenant que nous nous sommes expliqué sur son caractère purement conventionnel), cette propriété, dis-je, tout en leur étant propre et spéciale, est soumise aux mêmes lois que toutes les propriétés des tissus organiques et que tous les phénomènes fonctionnels ; liée comme un effet l'est à sa cause à l'intensité de la circulation et des combustions, la neurilité devient à son tour cause, elle-même, de modifications dans la circulation et surtout dans les combustions locales.
Toute partie du système nerveux qui travaille effectue une combustion qui se traduit par une élimination d'urée. Byasson a montré que, si le travail musculaire peut se mesurer par une élimination proportionnelle d'urée, le travail cérébral produit une élimination d'urée relativement plus grande que le travail musculaire. Liebreich a fait voir que cette substance azotée et phosphorée, qu'on désigne dans la partie blanche du système nerveux sous le nom de proiagon, était consommée proportionnellement au travail effectué par les fibres nerveuses. Enfin, Schiff a constaté que, lorsque l'activité propre d'un cordon nerveux est mise en jeu, la température de ce cordon s'élève. Lombard a observé lui-même l'élévation de la température des centres nerveux pendant le travail cérébral; enfin, plus récemment, Schiff a vérifié que cette élévation de température se localisait dans les diverses localisations cérébrales en rapport avec le travail cérébral effectué. Les mouvements volontaires du membre antérieur du chien donnent lieu à une élévation de température de cette région voisine de la scissure de Rolando, où les travaux de Fritsch et Hitzig, de Ferrier, etc,. ont placé le centre psycho-moteur du membre antérieur. Enfin, s'il était nécessaire d'insister ici pour démontrer la nature commune du travail nerveux, comparé à tout autre travail organique, je rappellerais que, tandis qu'à l'état de repos la réaction chimique des nerfs est neutre, elle devient acide dans le nerf qu'on excite.
Mais ce n'est pas tout : les centres nerveux perdent toute leur excitabilité du moment qu'ils cessent de recevoir du sang artériel, fait admirablement démontré par les expérimentateurs modernes, notamment par Brown-Séquard, mais que Legallois avait parfaitement établi déjà en 1812, en disant : « La vie est due à une impression de sang artériel sur le cerveau et la moelle cpinière — ; la prolongation de la vie dépend du renouvellement continuel de cette impression, à peu près comme un corps, mù en vertu d'une première impulsion, ne peut continuer de se mouvoir indéfiniment, qu'autant que la même impulsion est répétée par intervalles.... C'est cette impression qui, sous le nom de puissance nerveuse et par l'intermédiaire des nerfs, anime tout le reste du corps et procède à toutes les fonctions » .
Nous avons vu que le fonctionnement de la puissance nerveuse, définie par Legallois, était producteur de chaleur ; inversement les phénomènes thermiques et les combustions réagissent sur le fonctionnement du système nerveux : chez la marmotte en hibernation le pouls tombe de quatre-vingt-dix à neuf ou dix pulsations par minute ; la consommation d'oxygène tombe de 986 milligrammes à 44 milligrammes (Gavarret). Dans ces conditions, son système nerveux reste insensible à toute excitation extérieure.
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Le degré d'activité du système nerveux varie donc avec le milieu, comme il varie avec l'espèce, la race, l'âge, les conditions physiologiques, pathologiques, etc.
Ce résumé très-succinct des fonctions du système nerveux n'était pas, ce me semble, inutile pour bien faire comprendre la valeur du mot force nervetise qu'il nous reste à analyser.
Nous ne jugeons, en réalité, de la matière que par la force qui l'anime; « nous ne connaissons que la matière active », ainsi que le dit judicieusement M. Gavarret ; réciproquement nous ne devons et ne pouvons pas logiquement séparer l'idée de force de l'idée de matière, ce que nous nommons force n'étant, en définitive, que de la matière en mouvement. Le mot force nerveuse doit donc être entendu comme synomme d'intensité des combustions et de la circulation dans le système nerveux, et par conséquent d'intensité d'action, de perfection organique des éléments anatomiques, car leur qualité propre et leur groupement suivant un certain mode sont évidemment une condition sine quâ non du fonctionnement complet du système nerveux.
L'intensité des combustions et des phénomènes physico-chimiques dont un système nerveux donné peut être le théâtre, dans certaines conditions, donne la mesure de la puissance et de Vénergie potentielle de ce système, comme l'intensité des mêmes phénomènes, au moment où on les considère, donne la mesure de Vénergie actuelle de ce système.
C'est ainsi qu'on nomme, dit Gavarret, énergie actuelle d'un corps, la force vive dont il est actuellement et réellement animé, quand il tombe d'une liauteur déterminée, et énergie potentielle, la force vive que ce corps, à l'état d'équilibre, ne possède qu'en puissance, c'est-à-dire qu'il peut acquérir, en tombant de la hauteur à laquelle il est maintenu.
Les pathologistes, même les plus vitalistes, s'étaient d'ailleurs depuis longtemps emparés de ces expressions empruntées à une science exacte, s'il en fut, la physique, mais dans leur bouche ces expressions avaient assez perdu de leur valeur pour qu'il ne me parût pas inutile de remonter ici à leur réelle origine. C'est ainsi qu'ils parlent sans cesse dans l'organisme de forces agissantes et de forces radicales, répondant à Vénergie actuelle et à Vénergie potentielle. C'est ainsi qu'en caractérisant des convulsions spasmodiques chez un individu expirant par hémorrhagie Barthez eût dit : diminution des forces en puissance ou radicales; augmentation des forces agissantes ou actuelles; idée que Hunier eût exprimée moins subtilement et d'une manière plus exacte en disant : « diminution de la force, accroissement de l'action. »
On exprime aujourd'hui la même idée en désignant les forces radicales sous le nom d'état statique ou force électro-tonique, et les forces agissantes par celui d'état dynamique, caractérisé par un changement dans l'état moléculaire.
Ces prémisses physiologiques posées, il n'est que temps d'aborder l'étude de thérapeutique générale que nous impose le mot névrosthénique ; nous devons cependant faire encore, auparavant, une excursion dans le domaine de la pathologie.
Quelles que soient les tendances, que nous n'avons pas cherché d'ailleurs a dissimuler dans les pages précédentes, c'est encore à Barthez que nous emprunterons la définition de l'état pathologique auquel conviennent les névrosthéniques ; cet état était pour lui la maliqnité : « La résolution des forces radicales me semble être, dit-il, ce qui constitue les fièvres malignes. » La diminution de la résistance vitale, comme on disait autrefois, constituait encore cette mali-
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gnité. Dans Vadynamie, ce langage se comprend à merveille ; mais dans Yataxie, qui appartient encore à la malignité, avec délire furieux, déployement apparent d'activité fonctionnelle, il semble qu'il soit moins clair. C'est ici qu'intervenait la distmction entre les forces radicales affaissées et les forces agissantes qui se dépenseraient avec prodigalité dans l'ataxie. Le lecteur se reportera ici à 1 article Malignité de ce Dictionnaire. Quelque partisan que je sois du matérialisme médical (j'emploie ce mot en dehors de toute acception philosophique, qui n'a pas à figurer dans cet article), il faut avouer que pour qui a, comme nous l'avons tous maintenant, la clef de cette langue vitaliste, pour qui ne voit plus dans ces expressions, contrairement à ce qu'on y voyait jadis, que des images, des sortes de métaphores, il y avait là quelque chose de parfaitement observé. Je ne suis donc pas de ceux qui pensent qu'il faille faire table rase de toute la vieille médecine. Je pense, au contraire, qu'il convient de la rajeunir en lui apportant la précision et l'exactitude, qui sont l'apanage des recherches contemporaines.
Une dépense eu apparence considérable de forces (forces agissantes) peut avoir lieu sans que les forces radicales cessent d'être notablement amoindries, au contraire. Et ici je ne puis mieux rendre ma pensée qu'en décrivant les deux variétés tout opposées de l'état fébrile, et sur la différence desquelles M. Gubler a depuis longtemps insisté. L'état fébrile, en effet, caractérisé par la la chaleur de la peau, la force et la fréquence du pouls, n'indique pas toujours un état identique dans les fonctions intimes de l'organisme.
Tantôt, derrière un appareil fébrile bruyant et en apparence tumultueux, se masque en réahté un ralentissement des combustions et du mouvement dénutritit. La chaleur produite par les combustions, source des forces organiques, est peu considérable. Mais, comme elle ne se transforme plus, ainsi que cela se passe à l'état physiologique, en d'autres forces destinées à servir les métamorphoses successives des tissus, cette chaleur suffit à maintenir le malade à un certain degré de chaleur sensible, pourvu toutefois qu'une cause quelconque de déperdition de chaleur, telle que l'ablation des couvertures, ne vienne pas faire baisser la température. Les urines ne contiennent alors ni urée, ni acide urique, produits d'une oxydation avancée; elles ne renferment que du carbone à peu près pur (bleu des urines, sous l'influence de l'acide nitrique ; indigose urinaire) et de l'albumine que l'économie rejette comme superflue et non en rapport avec les besoins de la combustion.
Tantôt, au contraire, l'appareil fébrile est le reflet d'une accélération plus ou moins rapide du mouvement de dénutrition. La somme de chaleur est alors considérable ; elle suffit à la fois à maintenir le malade à une température élevée et à servir les métamorphoses rapides et avancées des tissus. Les urines renferment de l'acide urique ou de l'urée, mais ni albumine, ni matière colorante bleue. Parfois, la couleur rouge foncé des urines révélera la présence de la matière colorante des globules, qui n'auront point eux-mêmes échappé à cette dénutrition rapide (hémaphéisnie). Le premier état qu'on rencontre dans certaines pyrexies, dans les fièvres graves, correspond à peu près à l'ancienne idée de malignité ; le système nerveux est manifestement hyposthénisé, et les névrosthéniques, les substances capables d'augmenter la tonicité de l'organisme et du système nerveux en particulier, sont indiqués ; les forces radicales sont épuisées, ou plutôt ont cessé de se produire. L'économie se décharge sous
forme de force agissante.
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Dans le second état, qui est propre aux plilegniasies vraies, franches, à frigore, par exemple, le système nerveux produit, au contraire, de la force en excès ; il est dans un état d'hypersthénie pathologique qui contre-indique absolument les névrosthéniques.
L'hyposthénie peut encore résulter d'une dépense exagérée : travail cérébral excessif, émotions violentes, douleurs vives, ayant, pour ainsi dire, dépensé toutes les forces accumulées dans l'organisme ; celui-ci ne pourra se recharger de nouveau qu'après une période de repos, de concentration, ou par des moyens artificiels.
Certaines substances, certains poisons, \e poison tellurique entre autres, mettent le système spinal dans l'impossibilité de garder la force produite par le travail moléculaire dont il est le siège ; on voit alors se produire des convulsions, des spasmes, que M. Gubler compare aux aigrettes qui s'échappent d'un appareil électrique. Les névrosthéniques agissent alors à la façon des isolants, en maintenant cette force à l'état latent dans le système qui le produit et qui doit le retenir en réserve pour ses services fonctionnels normaux.
Nous avons maintenant suffisamment expliqué comment nous comprenons la production de force dans le système nerveux, sa déperdition, et son tarissement pathologiques, pour aborder directement l'étude des névrosthéniques. On pourrait les désigner également sous le nom de nervins, si, comme C.Paul, on range sous ce nom les substances qui réfocillent directement le système nerveux, qui réveillent et maintiennent l'action nerveuse.
Les explications physiologiques dans lesquelles nous sommes entré nous permettent de classer ainsi les névrosthéniques : 1" ceux qui mettent le système nerveux dans des conditions favorables à la production de la force nerveuse, c'est-à-dire ceux qui agissent sur la circulation, sur l'intensité des combustions dont il est le siège, sur la nutrition de ses éléments. Un grand nombre de stimulants, de toniques analeptiques, trouvent ainsi leur place parmi les toniques névrosthéniques; 2° ceux qui, comme le dit M. Gubler, cèdent de la force au système nerveux et méritent à ses yeux le nom de dynamophores ; ce sont là les névrosthéniques par excellence.
Mais cette expression de dynamophores demande une explication.
Lorsque l'oxygène est soumis à l'action de l'étincelle électrique, il prend des qualités et un pouvoir tout différents, qui l'ont fait nommer oxygène dynamisé ou ozone. Y a-t-il eu transit d'une force de l'appareil électrique sur la molécule d'oxygène? Non, à coup sûr : une force, à litre de force, ne peut subir de pareilles pérégrinations, pour qui ne conçoit pas plus la force sans la matière que la matière sans la force. L'oxygène n'a pas moins reçu une modification moléculaire qui ne se fait connaître à nous que par ses effets, c'est-à-diie à litre de force un instant conçue par notre esprit d'une façon abstraite. Cette modification moléculaire est constituée par la réunion de trois molécules d'oxygène en une seule molécule d'ozone. 0 est devenu 0'% et cette modification, cet état allotropique donne à l'ozone des propriétés différentes de celles de l'oxygène et une puissance beaucoup plus grande.
Les substances que nous nommerons avec M. Gubler dynamophores agissent sur le système nerveux, sur les appareils organiques, comme rétiiicellc électrique sur l'oxygène. Elles modifient l'état moléculaire, et de ce nouvel arrangement moléculaire résulte une puissance plus grande : elles ont donc en réalité imprimé une force nouvelle, elles ont cédé de la force.
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El puisque j'ai pris l'électricité pour faire comprendre ma pensée, c'est d'elle que je parlerai tout d'abord, comme du type des ajjents dynamophores. Yoici en deux mots le récit d'une observation intéressante, recueillie il y a bien des années à l'hôpital Beaujon par M. Gubler, qu'il a racontée souvent dans son enseignement clinique, et qui vient d'être publiée dans le recueil des leçons de thérapeuthique de la Faculté, publié récemment par M. Blanc :
Un ouvrier entrait à l'hôpital Beaujon, après avoir reçu sur le bras gauche un courant d'air froid. Il avait éprouvé d'abord de l'engourdissement, puis une paralysie presque complète de ce membre que la volonté était absolument impuissante à mouvoir.
L'électrisation des divers muscles, au moyen d'un courant continu, ne donnait que de faibles contractions qui étaient impuissantes à soulever l'avant-bras et à le fléchir sur le bras. Tout effort volontaire du malade pour exécuter ce mouvement restait toujours impuissant.
Mais un jour il arriva ceci que, pendant qu'un courant électrique traversait le biceps et y produisait quelques contractions impuissantes à soulever l'avant-bras, le malade invité à vouloir fléchir l'avant-bras réussit complètement à porter sa main à la bouche. L'expérience répétée un grand nombre de fois eut toujours le même succès ; mais lorsque, pendant l'exécution de ce mouvement volontaire, on venait, sans prévenir le malade, à arrêter le courant, l'avant-bras retombait inerte. L'électricité et la volonté réunies faisaient donc ce que ni l'électricité ni la volonté isolée n'étaient capables de faire. Il est évident que chez ce malade l'électricité chargeait l'appareil que la maladie avait rendu incapable de se charger seul, et que la volonté jouait de ce mécanisme artificiellement chargé comme elle eût fait du même mécanisme chargé normalement et physiologiquement. On ne peut pas trouver une démonstration plus claire du rôle névrosthénique de l'électricité. Dans la classifîcaion des dynamophores se trouvent, avec Vélectricité, le quinquina, le thé, le café, la coca, le maté, le guarana.
La quinine provoque la contraction des fibres musculaires de la vie organique et par conséquent celles des vaisseaux, elle augmente l'énergie des contractions cardiaques et accroît ainsi la tension; même à dose toxique, on a noté une persistance extrême de l'action réflexe ; elle produit sur le système nerveux des effets galvanisants. En outre, par suite de l'ischémie des tissus, elle amène une diminution de la combustion interstitielle, qui se traduit dans l'urine par une décroissance du chiffre de l'urée et de l'acide urique. Si la quinine augmente donc les forces radicales, à titre de galvanisant du système nerveux, elle diminue en outre la dépense et économise ainsi les forces agissantes. C'est à ce titre seulement qu'on pourrait la nommer médication d'épargne.
Voici comment s'exprime à son égard M. Gubler : « La moelle, comme les centres nerveux, est douée du pouvoir de condenser la force, avec la faculté de s'en décharger, en déterminant des excitations sensitives ou motrices.... Or, la quinine augmente la réceptivité dynamique du système nerveux, comme un enduit mauvais conducteur isole un appareil électrique. Si l'affection pour laquelle on administre la quinine se caractérise par de la surexcitation sensitive et motrice, par de la douleur ou des spasmes, ces phénomènes comparables à l'aigrette lumineuse qui s'échappe d'un conducteur pointu, venant à cesser par le fait d'une plus grande capacité de tension acquise par le système nerveux, au contact de la quinine, il en résulte une sédation apparente. »
Mais, comme je l'ai dit plus haut, la quinine ne saurait amener ce résultat
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qu'en modifiant l'état allotropique moléculaire de la moelle, par une sorte d'action de présence, plutôt que par un mécanisme de nutrition cellulaire d'intussusception. Les recherches du docteur Guyochin ont en effet montré que la quinine s'élimine sous un état moléculaire différent de celui qu'elle avait à son entrée dans l'organisme. Celui-ci absorbe de la quinine, il élimine un corps inerte, la quinidine, et même un corps plus inerte encore, la quinicine (Gubler) et même la dihydroxyl-quinine produite artificiellement aux dépens de la quinine à l'aide de corps oxydants. Dans la même classe sont rangés, d'après la même théorie, le thé, le café, le coca, autrement dit ces substances identiques entre elles : théine, caféine, cocaine, qui, sous un petit volume, et sans que l'analyse chimique puisse rendre compte du phénomène, dispensent momentanément l'organisme d'alimentation, par la puissance qu'elles confèrent au système nerveux. Je n'ai pas à entrer ici dans l'histoire détaillée de chacune de ces substances.
Faut-il en rapprocher V alcool ? Non pour ceux qui ne voient dans l'alcool qu'une substance combustible produisant de la chaleur et aboutissant à la production de l'hydrogène et de l'acide carbonique. Oui pour ceux qui pensent avec Lallemand, Perrin, Duroy et Gubler, qu'il passe inaltéré. Il aurait, dans ce cas, une action de présence sur l'organisme; la quantité de matière qu'il céderait échappant à nos investigations, et la quantité de force qu'il confère étant au contraire considérable, on serait autorisé à dire théoriquement qu'il cède de la force, et sans doute exactement qu'il cède une matière très-dynamisée et dont la présence communique au système nerveux un état moléculaire favorable au maintien et peut-être à la production de ce que nous avons nommé plus haut la force nerveuse. L'alcool agit vraisemblablement d'une manière complexe, et d'abord à titre d'excitant du système nerveux, ce qui le met entre les névrosthéniques véritables et ceux de la première catégorie dont j'ai maintenant à parler.
J'ai dit plus haut que ces agents n'étaient que des névrosthéniques indirects, et je les ai définis : ceux qui mettent le système nerveux dans des conditions favorables à la production de la force nerveuse. C'est réunir ici V alcool, avec les restrictions que je viens d'énoncer, la chaleur, tous les stimulants cliffusibles, les excitants, un grand nombre de substances sécuJairement classées parmi les antispasmodiques, et plus indirectement encore tous les toniques analeptiques et les reconstituants : V hydrothérapie, le phosphore, le fer, etc.
Je n'ai pas à entrer ici dans plus de développements à cet égard ; je renvoie le lecteur aux articles Anémie, Fer, Chlorose, etc. Mais il est bien certain que tout ce qui accroît la puissance organique en général s'adresse en particulier au système nerveux. Je le repète, nous sommes arrivés ici à la liste interminable des névrosthéniques indirects. Je n'insisterai pas.
11 est cependant un névrosthénique indirect que je ne voudrais pas passer sous silence, c'est Vopium, que je rapprocherai d'un autre facteur naturel de la névrosthénie : le sommeil naturel.
Sydenham avait bien vu les propriétés corroborantes et remontantes de l'opium, à dose non hypnotique. — Les anémiques, bon nombre de névropathes savent quel ton, c'est leur expression, leur donne une petite dose d'opium, de laudanum, par exemple. — Un peu oubliée pendant longtemps, cette notion du réconfort par l'opium a été remise en lumière par M. Gubler ainsi que par MM. Vibert et Huchard. J'en ai moi-même cité quelques cas ; ce médicament agitici par la facilité d'ingestion sanguine qu'il confère au système nerveux, et c'est à ces
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anémiques, à ces cardiaques même, aux pupilles dilatées, à la respiration courte anhélanle, qu'on peut appliquer après une injection sous-cutanée de morphine ces paroles de Legallois : « La vie est due à une impression de sang artériel sur le cerveau. »
Il faudrait ajouter ici la liste des substances à fragrance extrême et répéter ce que j'ai dit ailleurs {voy. Musc.) ; il faudrait parler de la Mélisse et des médicaments qu'on a nommés céphaliques. J'en ai, je crois, dit assez pour faire comprendre ma pensée au sujet de l'action générale des né^Tosthéniques.
Je préfère compléter cette étude en recherchant s'il est possible à faire parmi les névrosthéniques quelque utile subdivision.
Fonssagrives a fait pour les stimulants une division qui pourrait s'appliquer aux névrosthéniques : il les divise en stimulants de la sensibilité générale ; stimulants du mouvement, ou hijpercinétiques : urtication, massage, froid, courants faradiques, rhustoxicodendron, noix vomique, brucine, fève de Calabar ; stimulants de V activité cérébrale, ou céphaliques ou noosthéniques (vôo;, intelligence) : opium, café, thé, alcool, mélisse, acide carbonique ; enfin, le même auteur, parlant des régulateurs de l'action nerveuse, distingue les nomothésiqiies (vOjtxd; règle, at(7Ô/;(7t?, sensibilité) : hydrothérapie, antispasmodiques; les nomocinétiques [vl-j-o^ii, mouvement) ; les nomodijnamiques, en tète desquels il place l'opium, les stimulants diffusibles et le quinquina.
Bien que sans illusion sur la valeur des classifications en général, je pense <ju'il y a dans cette double énumération méthodique des stimulants et des régulateurs, sinon les éléments d'une classification que je me garde bien de proposer, au moins matière à d'utiles réflexions sur le rôle des névrosthéniques. On diviserait utilement, au point de vue pratique, les névrosthériques en: généraux, cérébraux (opium, thé, alcool, café), médullaires et du grand sympathique (quinquina). Ûrl'hypersthénisationdu grand sympathique est évidemment la plus importante au point de vue de la nutrition générale.
11 n'y a peut-être pas d'ailleurs un grand intérêlàmultiplier outre mesure les divisions que pourrait comporter l'étude générale des névrosthéniques — le faisceau de l'antique médication névrosthéuique risquerait de se rompre; il me suffira d'avoir montré que nous ne devons plus donner au mot névrosthéuique le sens que lui donnait l'école vitaliste. — Où est le temps où Trousseau et Pidoux eux-mêmes pouvaient écrire dans leur beau Traité de thérapeutique que les névrosthéniques sont dépourvus d'action physiologique.... qu'il faut, pour agir, qu'ils s'attaquent à une maladie et à un organisme énervé? « Comment rendront-ils de la résistance vitale à ceux chez qui cette faculté n'aurait éprouvé aucune atteinte ? »
Maintenant que nous sommes mieux édifiés sur la structure et les fonctions du système nerveux, ainsi que sur l'action physiologique des médicaments, nous savons que la médication névrosthénique ne saurait être une ; que c'est par des moyens fort divers qu'on parvien ta remplir les indications multiples, et qu'enfin nous ne nous trouvons jamais qu'en présence de phénomènes de nutrition et de dénutrition individuelles des cellules ou de phénomènes de groupements moléculaires variables. — Nous n'avons plus à parler de la force vitale ou de la 7'ésistance vitale, du moment que nous pouvons dire avec Gavarret : l'activité développée par un tissu, un organe, un appareil, n'est que la résultante des activités propres de ses éléments histologiques. » A. Bordier.
768 NÉVROTOMIE.
I^ÉVROTOMIE. Ce nom doit être réservé pour désigner une méthode chirurgicale qui consiste à interrompre la continuité d'un ou de plusieurs nerfs, de manière à faire cesser toute espèce d'irritation du côté des centres dans certaines affections douloureuses et convulsives dont le point de départ, sinon le siège, se trouve à la périphérie.
En effet, l'avivement des houts nerveux dans les plaies récentes ou anciennes des nerfs tend à un but diamétralement opposé ; on peut en dire autant de toutes les tentatives faites ou à faire pour rétablir la continuité de l'action nerveuse. Il faut donc distraire ces opérations du cadre de la névrotomie proprement dite qui, envisagée au point de vue que nous voudrions faire prévaloir, présente des indications bien définies et des procédés capables de les remplir.
Historique. C'est contre les névralgies rebelles de la face que la névrotomie paraît avoir été proposée et pratiquée eu premier lieu : « La simple division du nerf douloureux, dit Boyer, a été imaginée et entreprise par 31aréchal, vers le milieu du dernier siècle. André a fait connaître les deux cas dans lesquels ce chirurgien célèbre fit cette opération qui ne fut suivie d'aucun succès. Il est vrai que, s'étant contenté de faire, dans le trajet connu du nerf, une simple ponction, il a pu arriver qu'il n'ait pas coupé ce nerf, comme il se l'était proposé; mais la même opération, pratiquée ensuite avec les précautions convenables, n'a procuré qu'un soulagement momentané, et quelquefois même a déterminé des accidents fâcheux. Quoi qu'il en soit, on a généralement reconnu l'insuffisance de la simple division du nerf; on a senti la nécessité de recourir à un procédé plus efficace. C'est dans ce but qu'André appliquait la pierre à cautère SU)' le trajet du nerf et le cautérisait dans une certaine étendue, et que d'autres se sont servis d'un fer rouge pour produire le même effet ; c'est dans ce but également qu'on a substitué l'ablation d'une portion du nerf à sa simple incision. La cautérisation, selon la méthode d'André, a l'inconvénient de produire une difformité beaucoup plus grande que celle qui succède à l'ablation d'une partie du nerf, mais aussi elle offre plus de chances de succès; elle détruit non-seulement toute l'épaisseur du nerf dans une certaine partie de sa longueur, mais encore elle attaque également tous les filets nerveux qui en partent dans une étendue assez considérable, et qui, pouvant participer à sa maladie, seraient comme le tronc principal susceptibles d'entretenir la douleur après la résection de celui-ci. Ce n'est pas le raisonnement seul qui me porterait à donner la préférence à la cautérisation; l'expérience justifie cette préférence, et, pour s'en convaincre, il suflit de comparer les résultats obtenus par André à ceux qu'on retire chaque jour de l'autre procédé » {Traité des mal. chir., t. YI, p. 534 et 555, Paris, 1822).
Malgré l'espèce de proscription formulée par Boyer contre la section des nerfs, les chirurgiens qui suivirent semblent l'avoir adoptée d'une manière générale, probablement à cause des désordres causés par la cautérisation; il y avait encore un autre motif, c'est que les expériences entreprises sur la cicatrisation des nerfs tendaient à faire admettre qu'on pouvait, avec moins de frais, arriver à un résultat identique, à condition d'exciser, dans une étendue convenable, le cordon nerveux siège présumé des douleurs. En fait, dans la plupart des observations, il est dit qu'on a réséqué une longueur plus ou moins considérable du nerf. Malgré cela, lorsqu'on échouait de cette façon, on avait encore recours à la cautérisation, mais sur le bout central, afin d'atteindre le mal plus haut, si c'était possible. Cependant, comme dans certains cas les dou-
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leurs semblaient se déplacer et porter sur d'autres branches, ou même sur d'antres nerfs, on se mit à faire des sections successives, Enûn, on vint à tout couper, même le facial.
Les résultats furent si déplorables qu'il s'éleva une protestation générale contre cette méthode de traitement; ce qui est certain, c'est qu'elle disparut tout à coup du cadre des opérations reçues et durant une période de doaze ans, de 1840 à 1852, on serait fort embarrassé, en France du moins, pour trouver des observations de névralgies traitées de cette façon.
Faut-il chercher dans la publication des travaux de Waller {Mémoire sur une nouvelle méthode pour l étude du système nerveux, in Arch. de méd., 1852) , la cause du changement qui s'opéra dans les esprits vers cette époque ? c'est peu probable ; nous sommes plutôt porté à croire que ce sont les faits de Roux qui vinrent, sinon absoudre de son passé, du moins tirer de l'oubli cette méthode. Toujours est-il que, l'élan une fois donné, on voit presque en même temps les opérations de ce genre se généraliser en Italie (Laurenzi et Borelli), en Autriche (Schuli et Patruban), en Prusse (Wagner), etc. Il est juste de reconnaître que, si l'on procédait tout aussi empiriquement que par le passé, on n'opérait pas indistinctement tous les cas; les questions de nature et de diagnostic étaient discutées : un des hommes qui ont le plus contribué à ce résultat, c'est Stromeyer, et cela en se posant en adversaire déclaré de la névrotomie, dans toutes les circonstances absolument. Certes, les arguments qu'il a rais en avant sont loin d'avoir une égale valeur : aiusi, lorsqu'il cherche à démontrer qu'après la détente due à la section nerveuse les phénomènes d'irritation nouvelle peuvent être mis sur le compte du tissu de cicatrice, de la dégénérescence cancéreuse, etc., il exagère; car alors on est en droit de se demander pourquoi les mêmes phénomènes ne surviendraient pas après l'opération d'Esmarch contre l'ankylose de la mâchoire intérieure ou les différents procédés de résection de l'un et l'autre maxillaire. Mais, à ce compte, il n'y aurait plus d'opération possible. Par contre, les arguments tirés de la nature réflexe d'un grand nombre de névralgies, pour le trijumeau particulièrement, et de leur curabilité, la cause première une fois connue, par les seuls moyens médicaux, ont un tout autre poids et mériteraient, par cela même, d'être pris en très-sérieuse considération : aussi l'école allemande se partagea-t-elle en deux camps : au nord, on resta très-réservé, pour ne pas dire davantage : « Il ne faut pas que l'empirisme revête ici le manteau de la science » , écrit Otto ^\eber dans son article Névrotomie {Handbuch der allgemeinen und speciellen Chirurgie). Au sud, sans se montrer enthousiaste, on tint compte des reproches formulés et l'on mit à profit les progrès accomplis, soit en Amérique, soit en Angleterre, au point de vue opératoire. Il n'est pas douteux, en effet, qu'en remontant plus haut du côté des centres on devait isoler un plus grand nombre de branches en tant que communications directes; mais c'est surtout en se plaçant au-dessus des canaux osseux de la face qu'il était possible de réussir à cejpoint de vue (nous faisons allusion aux opérations de Carnochan et de Synae), en admettant que la névralgie, ce qui est si fréquent, eut pour point de départ une affection du squelette ou des portions avoisinantes. Cependant, à côté des succès parfaitement justifiés et sur lesquels nous reviendrons plus loin, il fallut enregistrer des insuccès immédiats, des récidives et, chose autrement grave, des cas Je mort par suite de phlegmons, d'érysipèle, de méningite, etc. Ces revers ne hissèrent pas que de refroidir un peu les pai'tisans les plus décidés de la névro •