L. Hk
Il ne faut pas confondre l'auteur précédent avec
A'eedham (Gaspard), docteur en médecine de l'Université d'Oxford, membre de la Société royale de Londres et du Collège de médecine de cette ville, comme lui. C'était un médecin d'une grande réputation. Il mourut le 31 octobre 1679, à l'âge de 57 ans.
Needham (Jean-Tuberville). Célèbre micrographe anglais, est né à Londres en 1713. Il reçut les ordres sacrés à Cambrai, enseigna la rhétorique au collège anglais de Douai, puis dirigea l'école de Twyford, en Angleterre (1740), et, quatre ans après, fut nommé cà la chaire de philosophie au collège anglais de Lisbonne. Mais le climat du Portugal ne lui convenant pas, il revint à Londres
56 NEERGAARD
où il publia en llAb ses premières découvertes microscopiques. Peu après, il se rendit à Paris où l'attirait la réputation alors grandissante de Buffon ; ce dernier, qui s'occupait précisément de sa Théorie de la génération, accueillit avec faveur Needham et fit répéter par lui ses expériences. En 1747, il fut admis à la Société royale de Londres. Il fit ensuite plusieurs voyages en France, en Allemagne et en Italie, dans la compagnie de plusieurs gentilshommes de l'éducation desquels il s'était chargé. « Ce fut pendant ces voyages qu'étant à Genève, et voulant répondre aux objections que Voltaire avait présentées contre les miracles, il s'attira la colère du malin philosophe, qui réussit à le couvrir de ridicule, tout en transportant la scène sur un autre théâtre, et montrant ce défaut de savoir et de critique dont il a fait preuve dans toutes les questions relatives à la physique. » (Jourdan). En 1767, Needham se retira au séminaire anglais de Paris, mais ap])elé deux ans après à Bruxelles par Marie-Thérèse pour concourir à la formation de l'Académie de celte ville, il y mourut bientôt, le 50 décembre 1 781 . Outre son ouvrage sur les Découvertes microscopiques, où il prétend prouver que les animaux naissent de la pourriture, et où il décrit le calmar, le pollen, divers animalcules, etc., Needham a laissé un certain nombre d'opuscules philologiques, des lettres dirigées contre Voltaire, publiées dans la Collection sur les Miracles (Neufchâtel, 1767, in-8"), et divers mémoires publiés dans les Philosophical Transactions et dans le recueil de l'Académie de Bruxelles, qu'il serait trop long d'énumérer. Nous citerons seulement de lui :
I. Microsco]'ical Discoverics. London, 1745, in-8°. Trad. fr. Leyde, 1747, iii-12. Paris, 1750, in-12 ; Paris (Londres), 1769, in-8°, 1 vol. sous le titre : Nouvelles recherches sur les découvertes microscopiques et la génération des corps organisés, avec des notes, des recherches physiques et métajihysiques sur la nature et la religion, et une nouvelle théorie de la terre. (Dans cette édition se trouve comprise la traduction d'un ouvrage de Spai.lanzam). — II. Observations sur les hauteurs faites avec le baromètre sur une partie des Alpes. Berne, 1760, in-4°. — III. Mémoire sur la maladie contagieuse des bêtes à cornes. Bruxelles 1770, in-S". — IV. A la suite de la Vraie philosophie pai' l abbé Mo.nestier l'exposé de son Système sur la génération des corps organisés. Bruxelles, 1780. in-S». L. H.\.
î^lEERADiinooTTOO. On trouve sous ce nom, dans la Materia indica d'Ainslie (II, .235), l'indication d'un fruit aplati, gros comme nos noisettes. Il a une odeur nauséeuse, et donne une huile que les médecins indiens administrent contre la teigne, à la dose d'une cuillerée à café par jour. On le pile quelquefois pour en faire une pâte, qu'on applique à l'extérieur pour guérir la gale. Peut-être est-ce un Jatroptia.
Mérat et DE Lens. Dictionnaire de matière médicale, VI, 587. Pi,
KEERGAARD (Jeks-Weibel). Médecin et vétérinaire danois très-distingué, est connu par ses importants travaux d'anatomie comparée. Né à Jùllinge, dans l'île de Seeland, le 5 juin 1776, il commença ses études à Copenhague en 1794, puis voyagea aux frais du gouvernement en Allemagne et se fit recevoir docteur en médecine à Gottingue, en 1 804 ; ses aptitudes remarquables l'avaient fait vite distinguer par l'illustre Blumenbach qui fut son'maître et son ami. Après avoir enseigné l'anatomie et la physiologie à Gottingue et à Berlin en qualité de prival-docent, il rentra dans sa patrie ; nommé le 26 janvier 1 808 coraette au régiment de cavalerie de Seeland, il obtint son congé définitif en 1809 et devint premier membre de la commission royale de remonte avec le titre de commissaire supérieur de la guerre; en 1811, il se relira à sa campagne de Friedrichsholm, près de Copenhague, accepta cependant le 10 juin 1822 les fonctions de
>iEES \0N ESE.NBECK (les dklx). 57
commissaire général de la guerre, et enfin alla habiter, en 1835, sa nouvelle campagne de Friedrichsberg.
11 consacra tous ses loisirs à l'étude et à la rédaction de mémoires et d'ouvrages importants sur l'anatomie et la physiologie comparées, la phrénologie, la médecine vétérinaire, etc. La Société des sciences de Gottingue l'avait honoré du titre de membre correspondant. 11 est mort vers la moitié de ce siècle laissant :
I. Disquisilio, an verum organorum dtgestioni inservientium discrimen inter aniinalia lierhivora, carnivora et omnivora reperiatur? Disscrlatio inauguralis. Gotting'iie, 1804, in-S", avec o planches; autre édit. sous le titre ; Commentarius anat.-physiolog. sistens disquisitionem, an verum, etc. Gollinçue, 1805, in-4°, avec ô planclies. — II. Vcrgleichende Anatomie und Physiologie der Verdauungawerkzeuge der Sàugethiere and Vôgel. Durcliaus nach eigener Zerqliederung und Deobacldung dargeslellt. Mehst einer Vorrede von Joli. Friedr. Blumenbach. Berlin, 1806 (1805), in-S" ; neue Aufl. Ibid., 1815, in-S". — III. Beitràge zur vergleichenden Anatomie, Thieiayineikunde und yaturgescJtichte ; gesammeit in Berlin. Gottingen, 1807, in-8°. Nebst '2 Kupfr. — IV. Vergleicliende Anatomie und Physiologie der Zâhne der Sdugthiere ùberhaupt, und besonders der Menschen und der Pferde. Copenhagen, 1815 (1814), in-4°.îNebst Kpir. — V. Naturbeschreibung der Zâhnedes l'/erdes, mit Rilcksicht auf andere Thiere ; nebst einer Anleitung den Aller des Pfcrdcs mit Hiil/e âusserer Merkmale lahrtveise zu bestimmen. Copenliagen, 1814, in-4°; nelst 18 Kpfr. in-lbl. Neue .\ufl. Ibid., 182/i, in-4°. — VI. Udsigt over Mcnneskelivels forskjeUige Epocher, fornemmelik i psychisk Henseende. Kjôbeiihavn, 1826, in-8°. — VII. Ojn Phrenologieti eller dcn saakaldle Gallskc Hjcrne-og lljcrncorganlaere ; lagttagclscr og Ucmârhninger . Ibid., 1827, gr. in-S". — VIII. Bidrag til Phrenologicns mjeste Historié i Danmark; tilliyenied Traek til Borncmordcrens Peler Nielsens Characleristik, lildeels BesuUater af Samtaler med ham i Faengslet. Ibid., 1827, in-8''. — IX. Belragninger over Pclri Claudius F. E. Wornis aandelige Tilstand, med Uenryn til den Tônder'ske Drabssag. Ibid., 1837, gr. in-8°. — X. Iderligere Bclraglninger over Arreslanlen Pétri Claudius F. E. Worms aandelize, etc.. Ibid., 1837, gr. in-S". — XI. Mordcme Ole P. Kollerod, Ole Ilansen og Peder Christian Knudsen og flere andrc Forbryderes Criminalsag ; historisk psychol. bearb. Ibid., 1838, in-8°, avec 5 lilliopr. — XII. Et Par Ord om en dôvstum Arrestantindes Aandsudvikling, som Bidrag til at bestemme saadanne Ulykkeliges Slrafskyldighed. Ibid., 1839, in-8°. — XIII. Jagllagelser over en Sygdom lig Kokopper, som i Sommeren 1801 (/rasserede mellem Hollaenderiguaeget og Malkepigerne paa Christiansdal i Fyen.ln Bibl. for Physik, Medic. og Oecon, t. XVII, p. 408, 1801 et.\o;(/. Archiv fïir Natur-und Arzneiwiss. M. II, St. 5, p. 715, 1801. L. Hn.
IVEES von ESEXBECK (Les DEUX).
Xees Ton Esenbeck (Christian-Godfried). Médecin et botaniste allemand; est né au château de Reichenberg, près d'Erbach, dans l'OdeirsNald, le 14 février 1776. Il fit ses premières études à Darmstadt, puis étudia la médecine à léna et à Giessen, et prit le bonnet de docteur à l'Université de cette dernière ville en 1799. Il alla aussitôt pratiquer la médecine à Erbach, mais ses ^oùls le portant plutôt vers l'étude de l'histoire naturelle, il se relira à la campagne de Sickerehauseu, près de Kilzingen, en 1802, et se livra à ses occupations favorites. Il se fit nommer, en 1817, professeur ordinaire de botanique à l'Université d'Erlangen et directeur du jardin botanique de cette ville. En 1818, il accepta la chaire d'histoire naturelle et la place de directeur du jardin des plantes à Boim et fonda dans cette ville le séminaire d'histoire naturelle dont il garda la direction. Chevalier de l'ordre de l'Aigle rouge de Prusse de o" classe depuis 1826, chevalier de l'ordre grand-ducal du Faucon de Saxe-Weiraar et du Lion de Zâhringen du grand-duché de Bade, il fut nommé professeur ordinaire de botanique et directeur du jardin des planles à Breslau, en 1850, et conserva ces fonctions jusqu'en 1848, époque à laquelle il se rendit à Berlin ; il s'y mêla de politique et perdit à la suite sa place de professeur ; finalement il se retira à Breslau, où il mourut le [6 mars 1858 dans tm état voisin de la misère.
58 NEES VON ESENBECK.
Président de l'Académie des Curieux de la nature depuis 1817. il publia à partir de 1820 les Nova Acta physico-medica naturœ Curiosorum ; il fut aussi l'un des directeurs de VArchiv. fur den thierischen Magnetismus à partir de 1817. Nées von Esenbeck était membre d'un grand nombre de sociétés savantes.
Nous citerons de lui :
I. Beobachtung ûber eine merkwwdige Yerurixtaltung der Gliedmassen ans gichtischen Ursachen, sammt einigen Bemerkungen ûber das Wesentliche der Gicht und verwandter Krankheiten. In Hufeland's Journ. der Heilk. Bd. XVI, St. 2, p. 175, 1803. — II. Bemerkungen und Erfahrungen iiber das Enjsipelas Neonatorum. Ibid., Bd. XXV, St. 5, p. lio. 1807. — III. Die Algen des sussen Wassers nacli ihren Entwickelungsstufen dargestellt. Bamberg, 1814, in-S». — IV. Traumdeutung ; eiti Fragment. In Archiv fur thier. Magnetismus. Bd. I, St. 3, p. 25, 1817. — V. Das System der Piheund Schwàmme. Wûrzburg, 1817, in-i", avec 46 planches coloriées. — Vf. Synopsis specierinn gencris A^terum herbacearum. Erlangae, 1818, in-4°. — VII. Ein blindes Mâdcken sieht mit den Fingerspitzen : nebst Zusatz von Kieser. Ibid., Bd. III, St. 1, p. ^8, 1818. — VIIl. Etwas iiber Miss M'Avoy , mit Bemerkungen ûber die Kntik physiologischer Beobachtungen. Ibid., Bd. III, St. 5, p. 98, 1818. — IX. En collaboration avec G. G. Bischoff et H. k. Rothe : Die Eniwickelung der Pflanzensubstanz, physiologisch, chemisch und mathematisch dargestellt, mit combinatorischen Tafeln aller môglichen Pflanzenstoffe und den Gesctzen ikrcr stôchioinetrisc/ien Zusammensetzung. Erlangen, 1819, gr. in-4°. — X. Auch einige verwirrte Gedanken ûber die thier isch-magnetisclien Erscheinungen. In Archiv filr thier. Magnetismus. Bd. IV, St. 2, p. 120, 1819. — XI. Enlivickelungsgeschichte des Magnelischcn Schlnfs und Traums: in Vorlesuitgen. Ibid., Bd. VII, 1820; tirage à part; Bonn, 1820, gr. in-8°. — XII. Geschichte eines aulomagnetischen Kranken zu Halmstadt. Ibid., Bd. X, St. 2, p. 121, 1822. — XUI. Die academische Bildung des Pliarmaceuten; ein Sendschreiben an den pharmaceutischen Vcrcin in Baicrn. In Buchner's Repertor der Pharm. Bd. V, p. 221, 1819. — XIV. En collaboration avec G. Bischof et Rothe : Handbiich der Botanik. >'uremherg, 1820, in-S°, — XV. En collaboration avec les mêmes : Ilorœ pliysicœ Berolinenses , colleclœ ex symbolis viroru7n doctorum. Bonn, 1820, in-fol. — XVI. En collaboration avec son frère Fr. Nées vos Esenbeck : De cinnamomo dis/mtatio, etc., pu Amœnitates botanicœ Bonnenses, fasc. I, Boniiœ, 1823, gr. in-4'' avec 7 pi. — XVII. En collaboration avec J. >'oGGEnATH, Fr. Xees tox EsESBEcs et G. BiscHOF. Die unterirdischen Rhizomorphen, ein leuchtender Lebcnsprocess- In Nova Acta Acad. Nat. Cur., t. XI, p. 603, 1823; tirage à part: Bonn, 1823, in-4<'. — XVIII. Ueber das organische Princip in der Erdatmosphâre und dessen meteorische Erscheinungen. Schmalkalden, 1825, gr. in-8°. Nebst 1 Steindr. — XIX. yachtrag zu D' Sette's Abhandlung Uber das Rolhwerdeii der Speisen durch eine eigene Gattung der tiiedrigsten vegetabilischen Organismen, und iiber die Stellung dieser Organismen im Système. In Schweigger's Journ. f. Cliemie u. Physik. Bd. L, p. 418, 1827. — XX. Beschreibung der deutschen Brombeerarten. Bonn, 1822-27, in-fol. (en collabor. avec Weise). — XXI. En collabor. avec Hornschlh et Sturm : Bryologia germanica. Wûrzberg, 1823-51, 2 vol. — XXII. Enumeratio plantarum crgptogamarum Javœ. Breslau, 1832. — XXIII. Gênera et species asterearum. Nurnberg, 1835. — XXIV. Hymenopterarum ichntumonibus affinium monographia. Tubingen, 1834, 2 vol. — XXV. Syslema laurinarum. Berlin, 1836. — XXVI. Florce Africœ australioris illustrationes monographicœ . Glogau, 1841 (en collabor. avec GoTTscuE et Lisdexberg). — XXVII. Vergangenheit und Zukunft der Jxopoldinischen Akademie der yaturforscher. Breslau, 1831. — XXVIII. Allgcmeine Formenlehre der yattir. Breslau, 1852, in-8'>. — XXIX. Nombreuses analyses et revues dans un grand nombre de journaux. " L. Hx.
Wees Ton Esenbeck (Theodor-Friedrich-Ludwig). Frère du précédent, est né également à Reichenberg, le 26 juillet 1787. Successivement pharmacien, inspecteur du jardin botanique de Leyde en 1817, docteur on philosophie de l'Université d'Erlangen (1818), puis inspecteur du jardin botanique de Bonn, en 1819, et répétiteur de botanique dans la même ville, puis professeur extraordinaire de botanique en 1822, il devint docteur en médecine ad honorem de l'Université de Louvain, en 1827, professeur ordinaire de pharmacie à l'Université de Breslau, le 15 mai de la même année et deuxième directeur du jardin botanique de la ville, et obtint en 1852, en récompense des nombreux services qu'il avait rendus, la grande médaille d'or du Mérite, décernée par le aouverne-
NEFLIER. 59
ment prussien. Nées von Esenbeck était membre de vingt-cinq sociétés savantes, Epuisé de travail et atteint de phthisie pulmonaire, il mourut aux îles d'Hyères, le 12 décembre 1857.
Il a laissé un nombre énorme de mémoires dans divers journaux de pharmacie et dans les Acta Acad. nat. Cur.; on en trouvera rénumération dans Callisen. Nous citerons seulement :
I. De muscorum propagatione. Bonnse, 1820, in-4°, avec 1 pi. col. — IL Radix plantarum mycctoidiai-um. Bonnse, 1820, in^". — III. Veber die kûnstUche Fârbung der rothen Weine, etc. Dûsseldorf, 1826, gr. in-8°, avec 1 pi. col. — IV. Handbuch der med.pharm. Botanik (avec G.-H. Ebermaier). Diisseldorf, 1829-52, gr. in-8°. — V. Plantae médicinales oder Sammlung officineller Pflanzen nack dei- Natur gez. u. abgemahlt. Text von Nées v. Esenbeck, Wolters u. Fdnke, 1821-51, gr. in-fol. (planches magnifiques). — VI. System der PiUe. Bonn, 1857, in-S". — VII. Gênera plantarum, florce germanicœ. Bonn, 1855-û8 (continué par Spenner, Endlicher, etc.). L. H.v.
IXEFFIACH (Eau MINÉRALE de). Hypothermale, chlorurée sodique moyenne , carbonique faible. Dans le département des Pyrénées-Orientales, dans l'arrondissement et à 20 kilomètres de Perpignan, au nord du village de Neffiach, au pied du Mas de la Juliane, émerge une source abondante connue sous le nom de source de la Juliane. Son eau est d'une grande limpidité, inodore, d'un goût salé et acidulé, des bulles gazeuses s'élèvent à sa surface du fond de son bassin, sa température est de 20" centigrade. Ânglada a fait de cette eau une analyse sommaire qui lui a prouvé que l'eau de Neffiach tient en dissolution une assez gi'ande proportion de chlorures et de sulfates à base de soude et de chaux. Elle est très-fréquentée par les habitants de la contrée qui la prennent en boisson seulement dans toutes les affections où leurs digestions sont longues et dilïiciles. C'est l'eau des dyspeptiques des environs. A. Fi.
IKÉFLIER. {Mespilus T., Inst., 641, t. 410). Genre de plantes, de la famille des Rosacées, tribu des Pyrées (Fomacées), que plusieurs auteurs contemporains, notamment MM. Bentham et Hooker [Gen. plant., 1, 626, n. 65), ont fait rentrer, non sans raison, dans le genre Poirier. D'autres le maintiennent , bien entendu, comme genre distinct. Nous l'avons joint, dans notre Histoire des plantes, comme sous-genre aux Alisiers [Cratœgus) dont il ne se distingue que par les grandes dimensions de l'oeil qui surmonte son fruit et qui répond au sommet des carpelles, encadrés par le bord supérieur du réceptacle. Sur ce bord s'insèrent les cinq sépales persistants. Le fruit est en même temps remarquable par ses noyaux, au nombre de cinq, épais, osseux, indéhiscents. Dans le Néflier commun, nous avons décrit le fruit comme une drupe turbinée, dont le sommet est largement déprimé en un vaste œil cupuliforme, sur les bords duquel persistent les cinq pétales foliacés, séparés les uns des autres par de lai-ges surfaces triangulaires, qui répondent à la place qu'occupaient autrefois les pétales. Les étamines sont encore représentées, en dedans du périanthe, par une couronne de petits filaments noirâtres et desséchés. En face des sépales se voient cinq sillons se réunissant au centre de la cupule et laissant passer chacun un reste, noirâtre et apiculaire, filiforme, d'un style desséché. L'épicarpe de la drupe est membraneux, glabi'e, parsemé à sa surface de points rugueux. Le mésocarpe, d'abord assez dur et acre, devient pulpeux et douceâtre lorqu'il blessit, et forme des cloisons assez épaisses dans l'intervalle des cinq noyaux qui sont placés en face des sépales. La paroi du noyau est osseuse, très-épaisse ; elle renferme une
graine ascendante, anatrope, dont les téguments recouvrent un embryon épais, charnu, huileux, à radicule infère, sans albumen.
Le Néflier commun est un arbre de moyenne grandeur. Linné (Spec, 684) lui a doné le nom de Mespilus germanica, auquel nous préférons celui de Cratœgus germanica. D'après ce que nous avons dit, ce serait pour MM. Ben- Iham et Hooker le Pyrus germanica. Son tronc et ses branches sont souvent tordus, irréguliers. Ses feuilles sont alternes, elliptiques-lancéolées, (longues de 10 à 20 centimètres, larges de 3 à 6), à pétiole court, portant deux stipules latérales de grandeur très-variable. Le limbe est finement denticulé sur les bords , penninerve , réticulé , blanchâtre en dessous. Les fleurs rappellent beaucoup celles d'un Églantier ; elles sont blanches et solitaires. A l'état sauvage, le Néflier est souvent spinescent. On a dit qu'il était originaire de l'Orient. Théophraste \e nomme Anthedon et Pline Fontaneios. Outre leurs usages alimentaires, les fruits blets sont considérés comme légèrement astringents et on en a recommandé l'usage dans les diarrhées (Mér. et Del., Dict. Mat. méd., IV, 411). Ghidella a conseillé l'emploi des graines pulvérisées contre les hémorrhagies passives. Les feuilles, également un peu astringentes, ont servi au traitement local des aphthes, angines légères, elc. Elles sont fort peu usitées. On a cru, dit Cazin {Tr. des pi. méd., éd. 3, 678) les semences efficaces contre la gravelle, réduites en poudre, à la dose de 4 grammes, infusées du soir au matin dans un verre de vin blanc.
Le Mespilus japonica ou Néflier du Japon est un Bibacier. Les M. Pyracantha, O.ryacanlha, A<arohis, etc., sont des Cratœgus (Alisiers). Le M. Cotoneaster L. est un Cotoneaster . H. Bn.
Glibolrt, Traité des clroy. simpL. éd. 6, III, 293. — Rosesth., Synops. plant, diaphoric; 949. — H. Baillox, Histoire des plantes, I, 408, 456, 457.
XÈGRES. Distribution géograpJiique. Les nègres constituent une des trois grandes divisions du genre humain et habitent dans quati'e des parties du monde ; mais l'Afrique, est le principal foyer et peut-être le berceau de la race ou de l'espèce^. L'Océanie est un autre foyer pour des races ou sous-races qui diffèrent de celles de l'Afrique, mais qui se relient géographiquement et physiologiquement avec certaines peuplades des deux péninsules asiatiques. Quant à l'Amérique, les nègres y ont été importés dans l'âge moderne par la traite africaine, sauf pourtant les anciennes tribus californiennes, qui se rapprochaient singulièrement des nègres, et quelques petites peuplades que les conquérants rencontrèrent dans le Centre-Amérique, particulièrement à l'isthme de Darien.
Nègres américains. Les nègres se sont beaucoup multipliés en Amérique qui en compte aujourd'hui plusieurs millions, tous de race africaine, ce qui nous dispensera d'en parler séparément. Les noirs indigènes n'ont plus qu'un intérêt rétrospectif, puisqu'ils ont à peu près disparu. La Pérouse, qui les visita et en parla l'un des premiers, s'exprime ainsi sur leur compte : « Les Californiens ont le teint semblable à celui de nègres dont les cheveux ne seraient
> Ce n'est pas ici le lieu de discuter si les nègres forment une race ou une espèce. Dans l'hypothèse pt»lygéniste, c'est une espèce partagée en plusieurs races; dans l'hypothèse monogénisle, c'est une race partagée en sous-races. Mais, dans la pratique, monogénistes et polygénistes se servent du terme de race pour désigner soit les nègres en général, soit lenrs principales familles. Yoy. l'art. Races hoiaises dans ce dictionnaire, par M. de Quatret'ages. Yoy. aussi l'art. .\>throiologie, par M. Broca.
pas laineux ; à ne voir que leur couleur, on se croirait parmi eux dans une plantation de Saint-Domingue. »
« Leurs cheveux, ajoute Rollin, sont longs et très-solides ; ils ont le front bas, des sourcils épais et noirs, les yeux enfoncés et noirs, le nez court et déprimé à la racine, les os malaires saillants, une grande bouche, des lèvres épaisses et de belles dents. » Ces caractères les rapprochent beaucoup plus des nègres d'Australie que de ceux d'Afrique.
Quant aux noirs indigènes de Centre- Amérique, nous avons les témoignage? de Pierre Martyr et de Gomara, qui, tous deux, attestent que Vasco Nunès de Balboa, en traversant, le premier, listhme de Darien, trouva sur son chemin de véritables nègres. Ainsi s'explique, suivant M. de Quatrefages, la présence dans l'île Saint-Vincent des Caraïbes noirs, qu'on a supposés être descendus d'esclaves africains jetés sur la côte par le naufrage d'un navire négrier, mais que les premiers colons avaient déjà trouvés aux prises avec les Caraïbes rouges. Les Caraïbes noirs n'existent plus aujourd'hui qu'aux îles Roatan, sur la côte de Honduras.
Après ce court aperçu sur les peuplades noires d'Amérique, dont l'origine est inconnue, mais qu'on ne peut pas rattacher aux nègres importés d'Afrique par la traite, nous entrons dans le cœur de notre sujet en entamant la description des nègres africains.
Nègres africains. Ce sont les plus nombreux et les plus anciennement connus. Les peintures pharaoniques d'Egypte, vieilles de quatre à cinq mille ans, nous les représentent avec la couleur et les traits qui les distinguent encore. Le prophète Jérémie et le père de l'histoire, Hérodote, en font mention. Mais les nègres africains ne sont pas tous de la même famille : bien loin d'offrir une unité de type, ils présentent entre eux des dissemblances telles qu'on est contraint de les partager en groupes, dont quelques-uns sont plus que des variétés et mériteraient plutôt le nom de races : tels sont les nègres Guinéens, les Hottentots, les Cafres. — Les Foulahs, Niams-Niams, Abyssins, etc., forment la Ijranche négroïde ou nègre-rougeàtre, sorte de trait d'union entre la race sémitique et la l'ace nègre, du croisement desquelles ils sont peut-être descendus. Dans les temps les plus reculés, il y a eu des infiltrations de race blanche du nord au centre de l'Afrique et de véritables invasions de l'est à l'ouest. De ces invasions sont nées des races mixtes ou croisées qui se sont elles-mêmes mises en mouvement, comme les Foulahs, et ont refoulé de plus en plus à l'ouest la population primitive. Aujourd'hui le type nègre le plus accentué se trouve dans le Soudan occidental, dans la Sénégarabie, surtout en Guinée et au Congo ; c'est-à-dire sur toute la côte occidentale d'Afrique, depuis les rives du Sénégal jusqu'au Benguela, vers le 20*^ degré de latitude sud. Comme les invasions sémitiques se sont opérées par l'isthme de Suez, conséquemment de l'est à l'ouest, il est naturel de supposer que les indigènes d'Afrique ont été repoussés de plus en plus vers son extrémité occidentale, ce qui nous conduit à regarder les nègres de la Guinée et du Congo comme les vrais représentants de sa population primitive et les descendants directs de la souche-mère. Ce sont eux qui serviront de type à notre description générale et nous signalerons ensuite brièvement les différences qui distinguent les autres branches du tronc nègre.
Type nègre proprement dit. La peau du nègre africain est d'un noir velouté, luisant, variant du marron foncé au noir de jais, excepté à la paume des mains
62 AÈGRES.
et à la plante des pieds où elle est de couleur bistre ; elle est plus épaisse, plus turgescente, plus fournie de glandules sudoripares et de cryptes sébacés que dans les autres races. Le réseau muqueux, qui est le siège de la coloration, n'offre rien de particulier dans sa structure, mais contient en ses cellules superposées une matière, soit amorphe, soit granuleuse, d'autant plus brune que la cellule qui la contient est plus profondément placée. C'est le pigment qui diminue dans les maladies chroniques, ou quand le sujet est transporté dans les pays froids.
L'intensité de la coloration ne s'accorde pas avec la latitude ; les extrêmes de l'échelle chromatique se trouvant mêlés et juxtaposés au cœur de l'Afrique, jusque sous l'équateur.
La chevelure du nègre est courte et crépue, M. Pruner-Bey a montré que les cheveux ne sont pas cylindriques, comme chez le blanc, mais un peu aplatis et dépourvus de canal médullaire. La section transversale montre la figure d'une ellipse dont le grand diamètre l'emporte de | sur le petit diamètre. Ce qu'il y a de plus remarquable est que ce grand diamètre, considéré sur des coupes différentes, ne reste pas parallèle à lui-même, mais tourne pour ainsi dire autour de l'axe du cheveu. C'est à cette disposition qu'est dû l'état crépu du cheveu du nègre.
Les nègres ont le poil rare sur le corps, la barbe courte et frisée, les sourcils très-peu fournis. Ils ont la figure projetée en avant, c'est-à-dire oblique de haut en bas et d'arrière en avant jusqu'à la mâchoire inférieure qui fuit en sens inverse. Le prognathisme qui est de règle à la mâchoire supérieure, manque souvent à l'inférieure. Celle-ci, toujours plus ou moins massive, se distingue par la fuite du menton. Les dents qui suivent la direction des alvéoles sont grandes, blanches, inaltérables. Les pommettes sont plus ou moins saillantes, mais toujours moins que dans la race mongole. Le front est tantôt haut et bombé, tantôt fuyant, mais il pèche toujours par un rétrécissement latéral évident. La disposition variable du front non moins que la plus ou moins grande inclinaison de la mâchoire supérieure fait varier l'angle facial dans des limites assez considérables, de 66° à 80°.
Le cx'âne est allongé, dolichocéphale, sauf quelques exceptions à la côte occidentale d'Afrique, du côté de l'embouchure du Gabon, et au cœur du continent ou le docteur Schweinfurth signale les Bongos comme des brachycéphales purs et les Niams-lSiams comme des sous-brachycéphales.
Mais, en règle générale, le crâne du nègre est dolichocéphale. Pruner-Bey a déduit de l'examen d'un très-grand nombre de crânes une moyenne de 0'",19 pour le diamètre antéro-postérieur et 0'",13,6 pour le diamètre transverse. Il a trouvé pour la face 0'",18 de hauteur, du menton à l'insertion des cheveux, et O^jlo d'un arc zygomatique à l'autre. Broca a trouvé sur 85 nègres occidentaux un indice céphalique moyen de 75, et une capacité de 1572 centimètres cubes (151 centimètres de moins que chez les Auvergnats) . D'après les recherches trèsétendues de Meigs, le nègre viendrait pour la capacité de son crâne, à la suite des Aryens d'Europe, des Finnois, des Sémites, des Mongols, des Esquimaux, ainsi que des Malais et des tribus barbares de l'Amérique ; mais il aurait la préséance sur les anciennes races civilisées de l'Amérique, sur les Égj^ptieus de toutes les époques, sur les Hindous, les Hottentots, les Australiens et les Mélanésiens. La conclusion légitime d'une telle comparaison est que la capacité du crâne ne se trouve pas en parfait accord avec le degré de civilisation d'un peuple, pas plus qu'avec le développement intellectuel de l'individu.
Le crâne nègre est de forme elliptique ; il a l'occiput saillant, le front bombé au milieu, sans traces de bosses coronales, et étroit au niveau des tempes qui sont profondément excavées. Les arcades sourcilières ne font qu'une saillie médiocre, caractère qui le distingue de l'Australien chez qui elles sont trèsaccusées, l'espace inter-orbitaire est plus large que chez le blanc, et moins que chez le jaune ; il en est de même pour les arcades zygomatiques qui ne donnent qu'une ampleur relative à la face du nègre. La bouche est prognathe, c'est-àdire projetée en avant, au moins en ce qui concerne la mâchoire supérieure. L'inférieure n'y participe pas, le plus souvent, mais malgré cela le menton est plus ou moins fuyant. Toutes les ouvertures de la face sont lai'ges sur le squelette, mais sur le vivant les yeux sont au contraire moins ouverts que chez le blanc. Les globes oculaires sont à fleur de tète : d'une couleur uniformément noire à l'iris et à la pupille et jaunâtres à la sclérotique. Le nez est écrasé à la racine, épaté et très-large aux ailes, de telle sorte que le plus grand diamètre des narines est transversal au lieu d'être antéro-postérieur. Les lèvres sont grosses. Les dents sont grandes, bien espacées, blanches et inaltérables. Les oreilles sont petites, arrondies, à lobule peu détaché.
Le nègre a le cou gros et court et les épaules moins puissantes que le blanc. Comme il a les os du crâne et la peau de la tète épais, il porte toujours ses fardeaux sur la tête. Les trois courbures de la colonne vertébrale sont moins prononcées chez lui que chez le blanc ; son thorax est relativement aplati d'un côté à l'autre, se rapprochant ainsi de la forme cylindrique : son bassin est massif, à cavité cunéiforme inclinée d'avant en arrière et, comme les os iliaques se re- (.h'essent verticalement, il est en même temps haut et étroit. Les os des membres sont allongés dans leurs parties inférieures et le col du fémur est si peu incliné qu'il forme, dans la plupart des squelettes, un angle droit avec le corps de l'os.
Le nègre a le mollet placé haut, le talon lai'ge et saillant, le pied long et plat, la jambe, l'avant-bras et la main plus longs que chez l'Européen et au contraire la cuisse et le bras plus courts.
Un caractère non moins important est la brièveté du gros orteil combiné quelquefois avec un léger écartement. Cette disposition dont on a prétendu faire un argument pour rapprocher les nègres des quadrumanes se réduit à ceci : que le gros orteil dépasse très-rarement le deuxième, mais reste ordinairement à son niveau. 11 ne suit pas de là que le gros orteil puisse faire opposition aux autres doigts, comme le pouce. Il faudrait pour cela un muscle qui n'a jamais été découvert, pas miême le moindre tendon aponévrotique propre à cet usage.
La stature moyenne du nègre égale, si elle ne la dépasse, celle du blanc, mais sa taille est efflanquée. Les parois abdominales sont plus lâches que chez le blanc et l'ombilic légèrement saillant. 11 a le pénis très-dé veloppé, en rapport avec le vagin plus large de la négresse. Celle-ci a les mamelles coniques, volumineuses, flasques et pendantes, dès après le premier allaitement. Son bassin a naturellement plus de largeiu" que celui de l'homme, et des os iliaques plus inclinés et plus amincis dans leur partie centrale. La stéatopygie ou loupes graisseuses des fesses ne se rencontre qu'exceptionnellement. 11 y a moius d'écart entre les deux sexes, pour la taille conmie pour la chevelure, chez les nègres que chez nous. La femme a la chevelure presque aussi courte que l'homme.
Si nous passons à l'examen des viscères, nous dirons avec Pruner-Bey que, comme sur la peau, le système glandulaire intestinal est très-développé. Le foie et les capsules surrénales sont d'un volume démesuré ; un état d'hyperémie
veineuse paraît être habituel à ces organes. L'appareil vasculaire est fort ; mais le système veineux prédomine visiblement sur l'artériel. Le sang du nègre est épais, noir, poisseux et sort très-rarement en jet par la saignée. Les poumons, relativement beaucoup moins volumineux que les viscères du bas-ventre, sont communément très mélanosés.
Les nerfs périphériques sont plus gros, relativement au volume du cerveau, chez le nègre que chez l'Européen. Le cerveau étroit et allongé a des circonvolutions moins compliquées. « Par sa pointe arrondie, par son lobe postérieur moins développé, il ressemble au cerveau de nos enfants; par la saillie du lobe pariétal, au cerveau de nos femmes. Seulement celui-ci est plus élargi chez l'Em-opéenne. La forme du cervelet, le volume du cerveau et de la glande pinéale placent de même le nègre à côlé de l'enfant aryen. Le poids moyen du cerveau nègre obtenu par Sœmmering est de l'',554, et par Camper de 1*^,458, La moyenne pour le poids du cervelet comparé à celui du cerveau proprement dit serait : 13,83 : 85,93 » (Pruner-Bey).
Variétés du type africain. 1" Les Cafres avec leurs alliés les Béchuanas et les Bassoutos occupent l'extrémité sud-est de l'Afrique, depuis le Zambèse jusqu'à la colonie du Cap. Ils ressemblent pour les caractères généraux au tj'pe précédent ; mais ils ont le teint moins noir, le nez moins épaté, la taille plus haute. Sous le rapport inlellecluel, ils occupent un rang bien supérieur aux nègres de Guinée et du Congo. Ils construisent des villes d'une notable étendue, se livrent à l'élève du bétail et à l'agriculture, travaillent bien les métaux, etc. Ce qui témoigne surtout de la supériorité intellectuelle des Cafres, c'est que leurs progrès n'ont pas été dus au maliométisme, comme ceux des populations du Soudan dont nous allons parler. Us ont accompli ces progrès d'eux-mêmes, sans initiateurs que nous connaissions du moins.
2" Les Peuls, Foulahs ou Fellatus, Foulbes et Haoussas, sont les principaux représentants de la branche négroïde ou nègre-rouge. Ils s'écartent encore plus que les Cafres du type nègre. En effet, ils ont le nez aquilin, les lèvres presque minces, les cheveux soyeux et nattés, le teint rouge-noir ou brun-jaunâtre, le visage ovale, la taille haute et svelte, les membres bien proportionnés. Peuple pastoral, ils ont embrassé l'islamisme, dont ils sont en Afrique les grands propagateurs, et conquis le Soudan en se superposant et se mêlant à la race noire indigène qu'on trouve encore au milieu d'eux, mais dans la plus basse condition, à l'état de peuple conquis. Quant à eux, venus, suppose-t-on, de la région du Nil et de race couschite, comme les anciens Égyptiens, ils ont pénétré par le nord du Soudan dès les temps les plus reculés. Au quatrième siècle de notre ère, ils fondaient le royaume de Sanata, au onzième celui de Tombouctou et, depuis lors, plusieurs autres Etats importants. Au Sénégal, mêlés avec les Yolofs, ils ont donné naissance à une nouvelle famille métisse, celle des Tou- CGuleurs. (Les Yolofs sont bien des nègres, mais les plus beaux de la côte d'Afrique. Quoique très-noirs, ils ont des traits assez délicats ; leurs formes sont harmoniques et leur taille est haute.)
5" Les Gallas et Abyssins se rapprochent des précédents, au moins pour les caractères physiques. Les Gallas constituent une population de 6 à 8 millions d'individus divisés en 60 tribus répandues à l'est du Kil blanc, entre le 8^ degré de lat. nord et le 3* de lat. sud. Ils ont les cheveux crépus et laineux, mais les lèvres moins épaisses et la peau moins foncée que les nègres proprement dits. Ils se distinguent par leur haute taille, leurs yeux vifs et enfoncés. Ils sont no-
mades et guerriers et fort supérieurs intellectuellement aux nègres purs. Le^ Gallas ont pénétré en Abyssinie depuis le seizième siècle.
Les Abyssins ont à peu près les mêmes caractères que les Gallas et sont de la même race. Us dérivent d'un mélange très-ancien d'Arabes envahisseurs et de nègres indigènes.
4° Les Niams-ISiams et leurs voisins les Monbouttous, qui vivent à l'ouest du pays des Gallas, au cœur de l'Afrique, constituent encore une population négroïde. Ils sont au nombre de 3 millions environ. Entourés de tribus nègres à l'ouest et au sud, et n'ayant jamais eu de rapport ni avec les chrétiens ni avec les musulmans , ils sont arrivés d'eux-mêmes à un état social et politique relativement perfectionné, encore qu'ils aient conservé des habitudes de cannibalisme.
Le docteur Schweinfurth en trace le portrait suivant : « Les Niams-Niams ont la tête ronde et large et doivent être mis au nombre des sous-brachycéphales. Leurs cheveux abondants et crépus sont bien réellement ceux des nègres, mais la grandeur en est extraordinaire ; divisés par mèches tordues ou nattées, ils flottent sur les épaules et tombent parfois plus bas que la taille. Les yeux coupés en aniande, légèrement relevés à l'angle extérieur, surmontés de sourcils épais et nettement dessinés, sont d'une grandeur remarquable. La distance qui les sépare témoigne de la largeur exceptionnelle du crâne. Un nez droit et large, égal dans toute sa longueur, une bouche dont les commissures ne dépassent pas les coins des narines, de grosses lèvres, des joues pleines, un menton arrondi, complètent le visage dont la coupe est ordinairement ronde.
« En général le corps a une tendance à l'embonpoint et annonce rarement une grande force musculaire. La taille n'excède pas la moyenne de celle des Européens ; l'°,80 est son maximum. Le buste est long comparativement à la hauteur des jambes. La couleur de la peau rappelle la teinte du chocolat en tablette, dont elle a le doux éclat. »
Comme trait caractéristique de leur nationalité, les Niams-Niams se font différents tatouages. Ils se liment en pointe les dents incisives, afin de les rendre plus redoutables dans le combat. Les Niams-Niams sont les anciens hommes à queue des légendes des bords du Nil, importées jusque parmi nous. Il est certain qu'ils portent au bas des reins un appendice caudal qui descend entre les jambes, mais c'est une partie de leur costume. Le mot de l'énigme fut donné, en 1860, par Guillaume Lejean, qui exhiba l'objet lui-même devant la Société de géographie de Paris. Cette queue avait été détachée du corps d'un Niam- Niam pris sur le champ de bataille ; elle consistait en une bande de cuir épanouie en éventail.
« Les Mombouttous, dit Schweinfurth, sont une noble race. Ils sont doués d'une intelligence et d'un jugement que possèdent peu d'Africains. Leur industrie est avancée. Les Nubiens qui résident chez eux n'ont pas assez d'éloo-es pour vanter la constance de leur affection, l'ordre et la sécurité de leur vie sociale, leur adresse et leur courage. Sous le rapport physique ils présentent une teinte moins foncée que la plupart des nations connues du centre africain. Ils sont, en général, de la nuance du café en poudre. Leur chevelure est la même que celle des Niams-Niams; ils ont la barbe plus longue et plus fournie, les membres plus minces sans apparence de faiblesse. Mais ce qu'on ne rencontre pas chez leurs voisins, ce sont les cheveux d'un blond pâle et cendré qui rappelle le ton de la filasse de chanvre. Ces cheveux qui, d'ailleurs, sont crépus et de la même nature que ceux du nègre, accompagnent toujours un teint de la nuance la plus
DICT. ENC. 2° s. XII. 5
pâle qu'il y ait en Afrique au-dessous de la Bassc-Égypte. » (Quoiqu'un vingtième au moins de la population soit dans ce cas, l'auteur rattache cette disposition à l'albinisme.)
« Par la forme du visage, surtout par la longueur et la courbure du nez. le& Mombouttous diffèrent des nègres et se rapprochent des races sémitiques. »
5" Les Akkas, établis au sud des Mombouttous, forment une peuplade de trèspetite taille qui répond assez bien aux nains éthiopiens dont a parlé Hérodote et sur lesquels les anciens imaginèrent de nombreuses fictions poétiques : Nous laisserons d'abord parler Schweinfurth qui les a découverts en 1870 : « Les Akkas, dit-il, semblent appartenir à une longue série de peuples nains qui offrent tous les caractères d'une race aborigène, et qui, sous l'Equateur, se rencontrent d'un rivage à l'autre. Du Chaillu, le seul qui, suivant moi, autant que je sache, ait été en rapport avec des individus de cette petite race équatoriale, dit, en parlant des Obongos du Gabon dont la taille ordinaire serait environ de 1™,50, qu'ils ont les cheveux courts, mais le corps très-velu. Je n'ai rien trouvé de pareil chez ceux qu'il m'a été donné de voir, mais à part cela, tout ce que l'on raconte des peuples nains do l'Afrique centrale coïncide avec ce que nous savons des Akkas. . . Nous signalerons la ressemblance que nos pygmées ont avec les Bushmen. L. Fritsch, l'auteur de l'excellent ouvrage sur les peuplades du midi de l'Afrique, est le premier qui me l'a fait observer. Pour moi, il n'est pas douteux que parmi les tribus africaines celles qui présentent ce caractère anormal de petitesse sont les débris épars d'une race autochthone qui va disparaissant. D'après Fritsch, la taille moyenne des vrais Bushmen est de 1™,44. Or, la taille la plus élevée que m'aient donnée les Akkas que j'ai mesurés est l'»,500 et les plus inférieures l-nSSô et l'n340.
La couleur des Akkas est d'un brun mat assez clair, celui du café peu brûlé. Tous ceux que j'ai vus avaient peu de barbe et la chevelure courte et laineuse. Ils ont la tête grosse et hors de proportion avec le cou mince et faible qui la supporte. La forme de l'épaule diffère étrangement de ce qu'elle est chez la plupart des nègres, ce qui tient au développement anormal de l'omoplate. Les bras sont longs et grêles. Le corps est d'une longueur disproportionnée. La poitrine, plate et resserrée dans le haut, s'élargit pour donner un point d'attache à l'énorme panse qui fait ressembler les Akkas, même les gens d'un certain âge, aux enfants égyptiens et arabes. Le dos est fortement arrondi ; l'épine dorsale est tellement souple qu'après un repas copieux le centre de gravité se déplace, la partie lombaire de l'échiné se creuse, et alors, de profil, le dos figure à peu près la courbure d'un C. Les genoux sont gros et noueux, les autres articulations de la jambe saillantes et anguleuses, les pieds tournés en dedans, ce qui n'est pas ordinaire chez les nègres.
L'allure des Akkas est un balancement accompagné de soubresauts qui se propagent dans toutes les parties du corps. Les mains sont délicates et mignonnes. Mais ce qui surtout caractérise la race, c'est la tête, forme et pliysionomie. Tout d'abord on est frappé de son prognathisme. Chez deux Akkas (dont l'auteur donne le portrait) l'angle facial était de 60 et de 66 degrés. La mâchoire se projette en un museau d'autant plus accusé que le menton dont la saillie est toujours faible est parfois très-fuyant. Le crâne est large, presque sphérique, et présente un creux profond à la racine du nez. Ces détails s'appliqueraient aussi bien aux Bushmen. Toutefois, ces derniers ont de petits yeux, et tellement bridés qu'ils sont à peine visibles, tandis que les Akkas ont l'œil bien fendu et large-
ment ouvert. Si les Akkas diffèi'cnt des Bushinen relativement à l'œil, ils ont comme eux d'énormes oreilles, contrairement aux autres peuplades de cette région qui se font remarquer par la petitesse et l'élégance des leurs.
Les lèvres suivent naturellement la saillie des mâchoires ; elles sont allongées, moins épaisses que celles de la plupart des nègres, et rarement elles se rejoignent. Le bord extérieur en est à vive arête, ce qui rappelle la bouche simienne; la grosse moue à lèvres rondes des autres Africains n'a pas ce caractère d'infériorité animale. L'extrême mobilité du visage et des yeux, les gestes rapides des mains et des pieds dont s'accompagnent toutes leurs paroles et les hochements perpétuels de tête dans tous les sens, contribuent à rendre l'aspect de ce petit peuple excessivement drôle... Sous le rapport de l'acuité des sens, de la dextérité et de la ruse, les Akkas sont bien au-dessus de leurs voisins les Mombouttous. Ils sont essentiellement chasseurs, excellent dans l'art d'inventer et de poser les pièges, de surprendre le gibier et de le poursuivre. » (Au cœur de l'Afrique, Trois ans de voyage et d'aventures dans les régions inexplorées de V Afrique centrale, 1868 à 1871, par le docteur George Schweinfurlli, trad. Loreau, 1875, t. IL)
La relation du voyageur russe a suggéré à M. de Quatrefages les réflexions suivantes : « Au point de vue de la taille les Akkas ne présentent rien de nouveau; ils ont la même taille que les Obongos, découverts au Gabon par du Chaillu, qui ont au maximum l'",504 et au minimum l"',o06, mais ce ne sont pas les plus petites races connues. Au-dessous d'eux il y a les Mincopies (maximum 1^,480 et minimum l'",o70), et les Bushmcn (l'",445 maximum, l^jSl moyenne, et 1™,14 minimum). Schweinfurth regarde, comme à peu près certain, que toutes les races naines signalées en Afrique appartiennent à une même population aborigène dispersée et en voie d'extinction. » M. de Quatrefages conteste cette généralisation par la raison que les « Akkas ont la tête presque sphérique, autrement dit sont brachycéphales ou tout au moins sous-l)rachycép]iales, tandis que les Boschimans ou Bushmen sont au contraire une des races les plus dolichocéphales que l'on connaisse. La brachycéphalie des Akkas les rapprocherait peut-être des nègi'es brachycéphales de l'estuaire du Gabon et du pavs d'Oroungou, comme aussi des négritos remarquables par la petitesse de leur taille unie à la brachycéphalie. » [Observations sur les races naines africaines; Note de M. de Quatrefages, ïn Comptes rendus deV Académie des sciences, l-' juin 1874.) Deux jeunes Akkas, envoyés du Caire au professeur Panceri à Naples, ont permis aux savants d'Europe de juger de visu la petite race de l'Afrique équatoriale. Le plus âgé, qui avait, en 1874, douze à quatorze ans, mesurait alors 1™,11, et le plus jeune, d'environ neuf ans, 1 mètre, lis justifiaient, en somme le portrait tracé par Schweinfurth, sauf pour la courbure du rachis qui est en S et non pas en C ; différence importante au point de vue des caractères distinclifs de l'homme et du singe. Mais le voyageur russe avait eu soin d'exphquer en quel cas l'échiné se courbait en G, et d'apporter ainsi un correctif à sa comparaison.
Disons, pour en finir, que nos deux jeunes Akkas se sont montrés assez intelligents pour retenir quelques mots d'italien et chanter d'une façon assez juste un air populaire d'opéra.
6° Les Hottentots habitent l'extrémité S. 0. de l'Afrique, depuis le tropique du Capricorne jusqu'à la colonie du Cap. Ils s'étendaient jadis plus au nord jusqu'au 19"^ de latitude, et au sud jusqu'au cap de Bonne-Espérance. Leurs principales tribus sont les Koranas, les ISamaquas, les Boschimans ou Bushmen et les Gri-
quas, nés, depuis la formation de la colonie, du commerce des Hollandais avec les femmes indigènes.
Les HoUentots sont nègres par leurs traits, mais non par leur couleur, qui est d'un jaune sale. Ils ont le front étroit, haut et bombé, la tête très-allongée, le menton rétréci et pointu, les oreilles grandes et sans lobule. Mais ce qui donne un aspect hideux à leur physionomie, c'est le prognathisme très-accusé des mâchoires et l'aplatissement extrême du nez, dont le bout est sur un plan postérieur aux lèvres épaisses et saillantes. Ils se distinguent des nègres proprement dits, non-seulement par la couleur de leur peau, mais par leur petite taille attei"nant à peine cinq pieds, même moins chez les Boschimans. Ils se rapprochent plutôt de la race mongole par l'obliquité des yeux et la saillie considérable des pommettes. Mais ils ont la barbe et les cheveux crépus, laineux, avec cette particularité que ceux-ci sont assez longs et s'implantent par petites touffes séparées. Un autre caractère de race est la stéatopygie ou loupes graisseuses énormes sur les fesses et le développement anormal des nymphes, connu sous le nom de tablier. Ces anomalies de conformation ne se présentent guère que chez les Bushmen, dont la taille est un peu au-dessous de celle des Akkas. Dépossédés de leurs troupeaux par leurs voisins, ces malheureux en sont réduits à vivre de rapines et de quelques maigres produits du sol dans un pays aride, le Kari-Kari, entre les Koranas, les Namaquas et les Cafres, par qui ils sont également pourchassés. C'est sans doute à leur existence vagabonde dans les halliers qu'ils doivent leur nom de Bushmen et de Boschimans. Ils se blottissent dans les creux de rocher et sous les arbres, errant par familles, sans liens sociaux et politiques avec les autres Hottentots. Ceux-ci ne sont pas, en civilisation, bien inférieurs aux Cafi'es dont ils ont soumis jadis plusieurs tribus. Ils élèvent des troupeaux et cultivent un peu la terre, mais les tribus guerrières des Cafres et l'extension de la colonie anglaise ont rendu leur situation très-précaire. Les Griquas eux-mêmes, qui sont civilisés, sachant presque tous lire, ayant un gouvernement et des villes, ont fort à f;\ire pour se soutenir contre la politique égoïste et ombrageuse du gouvernement colonial anglais et contre les empiétements des colons. Ils sont au nombre de 10 à 12 mille. Par des croisements de retour répétés avec les Namaquas et les Karanas, leur type est aujourd'hui plus voisin du Hottentot que du Hollandais.
JSègres océaniens. Les nègres océaniens forment un des deux grands embranchements du tronc nègre. Nous les diviserons en trois rameaux ou sous-races: les Mélanésiens ou Papous, les Australiens ou Endamènes, et les Négritos.
1° Mélanésiens. Nous en avons déjà traité aux articles Mélanésie, Nouvelk- Calédonie, auxquels nous renvoyons le lecteur.
2" Australiens. Ce sont les aborigènes du continent austral (Australie ou Nouvelle-Hollande), desquels se rapprochent quelques peuplades éparses dans laMalaisie, sur le continent de l'Inde et jusque sur la côte de Mozambique au S. E. du continent africain. — Ces nègres sont de couleur chocolat plus ou moins foncée et luisante, c'est-à-dire noire plus ou moins teintée de jaune ; ils ont les cheveux longs et droits, ou du moins partagés en longues mèches frisées et trèsnoires, tombant jusque sur les épaules; le nez pas trop épaté; les mâchoires prognathes et les pommettes à peine saillantes. Les caractères qui les distinguent de leurs voisins les Mélanésiens sont, outre la nature des cheveux, la forme du front qui est fuyant (au lieu d'être haut et bombé), et surtout la saillie considérable des arcades sourcilières. Leur taille est assez belle, égale, sinon supérieure,
à celle des Européens, mais ils ont les membres longs et maigres. Leur pliysionomie n'a rien de bien laid (par rapport à l'idéal nègre qui dilfère nécessairement de l'idéal blanc) ; les femmes elles-mêmes, quand elles sont jeunes, ne sont pas trop mal, mais elles ont les seins extrêmement longs et coniques*. Les crânes que nous avons examinés au Musée de Sydney, capitale de l'Australie, par conséquent d'une authenticité incontestable, mis en regard de crânes d'Européens, s'en distinguent par leur étroitesse et leur élongation, la saillie des arcades sourcilières, la fuite du front, qui n'a cependant rien d'exagéré, et par le prognathisme des mâchoires. La saillie des pommettes est si peu considérable, qu'en examinant le crâne de haut en bas, suivant la norma verticalis de Blumenbach, on n'aperçoit que peu ou point de vide entre l'arcade zygoraatiqueetla fosse temporale, à peu près comme chez l'Européen. Ils ressemblent aux crânes mélanésiens par leur dolichocéphalie très-accusée et leur prognathisme, mais ils s'en distinguent par la forme et l'inclinaison de l'os frontal, ainsi que j'ai dit.
Nous devons ajouter que le type australien n'est pas unique : quelques tribus aux cheveux crépus et à la peau noire, avec une grosse tète et une taille trèsmédiocre, ressemblent aux plus laids Papous. Du moins en est-il ainsi sur la côte de la péninsule d'York, à la hauteur du cap Grenville, dans le N. E. du continent austral. Ces sauvages doivent avoir quelque degré de parenté avec les indigènes qui habitent de l'autre côté du détroit de Terres, à la Nouvelle- Guinée.
Quelques autres se rapprochent beaucoup des Jlalayo-Polynésiens, au rapport de Pickering et de Guninghara. Il semble évident que l'Australie a reçu sa population de diverses sources : si cette population était autochthone, elle serait plus uniforme. M. de Quatrefages la considère comme « une race métisse formée du croisement des véritables nègres orientaux avec un élément jaune ou malayou » (Cours d'anthropologie professé au Muséum en 1857).
Pickering a trouvé, parmi les peuplades dravidiennes de l'Inde, des individus qui reproduisaient tous les traits caractéristiques des Australiens. Les linguistes ont été conduits au même rapprochement : Logan, Alfred Maury, Pruner-Bey, considèrent les idiomes australiens comme apparentés avec les langues dravidiennes de l'Inde.
L'état social des Australiens est à peu près le même que celui des Mélanésiens. Ils sont partagés en tribus ennemies les unes des autres, ayant chacune son territoire déterminé qu'elles s'efforcent deliiire respecter. Certaines tribus font un peu d'agriculture, et alors la propriété individuelle, terrienne, est établie et respectée. D'autres vivant uniquement de chasse, de pêche et de fruits sauvages, ne connaissent pas la propriété individuelle immobilière, mais n'en sont pas moins attachés à celle de leurs outils, armes, fdets de pêche, cabane. La tribu du cap Grenville, dont il a été question plus haut, composée, en 1859, d'en^iron 80 pei'sonnes, vivait exclusivement de pêche, de racines et de fruits agrestes. Leur village se composait de huttes faites de branchages disposés en berceau, avec assez d'art pour les mettre convenablement à l'abri dans un climat trèschaud. Ils s'écartent très-peu du rivage où il y a une grande quantité de tortues, qu'ils poursuivent à gué ou sur de petites pirogues. Ils en échangent ensuite
• Je trace ce portrait d'après des notes prises de visu, au mois de janvier 1859, à Sydney, Paramatta et Bathurst, dans la Nouvelle-Galles du Sud.
l'écaillé, quand ils peuvent, avec des caboteurs anglais qui visitent de temps en temps cette côte. — Chose singulière ! c'est une vieille matronne qui paraissait être le chef de cette tribu.
Il y a longtemps qu'on a remarqué que les Noirs étaient plus jaloux de leurs femmes que les Jaunes en Océanie. Les Australiens, non démoralisés par le voisinage des grands établissements coloniaux, ne démentent pas cette observation.
Comme tous les sauvages océaniens, ils croient aux Esprits, aux bons et aux mauvais Génies, et pratiquent même certains rites religieux. Une chose remarquable chez eux, comme chez tous les Mélanésiens qu'il m'a été donné de connaître, c'est le culte des morts.
Les Australiens ne manquent ni d'intelligence, ni d'adresse. La construction de leurs filets de pèche et de chasse au gros gibier, l'invention de leur terrible boomrang suffirait à le prouver.
Cuningham les a peints comme vifs, enjoués, curieux et intelligents, susceptibles d'apprendre à lire et à écrire presque aussi vite que les Européens. C'est beaucoup dire, peut-être, mais je puis du moins certifier que les indigènes qui visitaient les établissements européens de la Nouvelle-Galles, en 1859, parlaient très-couramment l'anglais et n'avaient pas l'air abrutis du tout. De Blosseville, en son Histoire de la colonisation pénale et des établissements de V Angleterre en Australie, dit à propos des colonies du Sud, Adélaïde et Victoria : « La cherté de la main-d'œuvre a donné une valeur au travail peu essayé jusqu'alors de ces malheureuses peuplades. On s'est aperçu, quand l'intérêt l'a demandé, qu'elles n'étaient pas témoins inintelligents des arts utiles, que leurs huttes et leurs ménages étaient convenablement tenus. Dès 1853, deux cent mille moutons avaient pour bergers des aborigènes. Un des principaux concessionnaires n'employait pas d'autres ouvriers. On faisait d'eux, avec avantage, des briquetiers, des défricheurs, des conducteurs de bœufs et jusqu'à des constables pour leur propre race. »
Ceci nous donne à espérer que, quand les Anglais se conduiront un peu moins brutalement (pour ne pas dire plus) qu'ils ne l'ont fait jusqu'ici, les Australiens, s'il en reste encore, pourront acquérir le même degré de civilisation que les nègres en Amérique.
3° Négritos. Ils habitent les Philippines, où les Espagnols leur ont donné ce nom qui signifie /jef //s nègres, et celui à' Aëtas qui paraît emprunté à la langue indigène; ils habitent aussi Jilolo, Timor, et probablement quelques cantons de Bornéo et de la Nouvelle-Guinée.
Ils remontent actuellement jusqu'à Formose et paraissent s'être étendus jadis au Japon où l'on en trouve encore des traces.
Sur le continent asiatique, on eu a découvert dans le bassin du Mékong, en Cochinchine, et dans la péninsule de Malacca, où ils portent le nom de Sainangs.
La limite de leur établissement occidental est aux îles Andaman, dans le golfe du Bengale, où ils portent le nom de Mincopies.
C'est à M. de Quatrefages qu'on doit la détermination exacte de cette race de nègres dont les caractères originaux sont : la petite taille et la sous-brachycéphalie (indice 82, 51) unies à une couleur noire-roussàtre de la peau et à des cheveux crépus, implantés par touffes et roulés en spirales serrées. Ils ont peu de barbe et la peau glabre. Ils ont le front haut, presque vertical et bombé, la face courte, arrondie. Les pommettes et les mâchoires ne font qu'une saillie
médiocre, c'est-à-diie qu'ils sont modérément prognathes. Ils ont le nez camus et légèrement retroussé ; les lèvres lippues, les yeux grands, ronds et bien horizontaux. Ils sont petits et minces, mais leur système musculaire est assez bien développé, La taille de 15 sujets rassemblés par M. Hamy, dans les auteurs, est en moyenne de l^j-iTl. M. de Quatrefages donne aux Mincopies un maximum de l'",37.
Les Négritos, en général, ont les épaules carrées, la poitrine bien développée, le tronc tout d'une venue sans trace de taille, les doigts longs, les orteils mi peu écartés lorsque le pied porte à plat sur le sol, comme chez tous les nègres et probablement chez tous ceux dont les pieds n'ont jamais été emprisonnés dans des chaussures. C'est un caractère que j'ai noté chez les Néo-Calédoniens dès 1860 {Bulletins de la société cV Anthropologie).
Les Négritos sont plongés dans le dernier degré de barbarie ; c'est probablement la plus arriérée des races humaines.
Nègres asiatiques. Plusieurs auteurs supposent, non sans raison, qu'ils repi'ésentent la population primitive de l'Inde et de l'Indo-Chine. Aujourd'hui ils sont une minorité. Beaucoup d'Indiens sont noirs, mais tous les noirs ne sont pas des nègres. Ceux qui malgré leur teint ont tous les traits des blancs ne peuvent pas être rangés dans cette deuxième catégorie. Mais les Moundas épars dans le Deccan et confondus dans les populations dites dravidiennes sont pour nous des nègres plus ou moins purs.
En effet, Roubaud, qui les a particulièrement étudiés, analysés, et dont le travail a été couronné, en 1869, par la Société d'anthropologie, leur attribue les caractères suivants î Peau noire ou couleur chocolat; cheveux tantôt lisses, tantôt frisés et même crépus ; barbe rare ; bouche grande, prognathe à lèvres épaisses et renversées, nez gros et épaté. La tête, très -rétrécie à la région frontale, est ovalaire (indice 0,756). Sa région postérieure présente un diamètre transversal considérable et un diamètre antéro-postérieur (projection crânienne postérieure) extrêmement petit. Le front est bas et fuyant. Lœil petit et horizontal est très-noir. La face est large et plate; les pommettes saillantes. L'angle facial est de 79°. La taille est de 1™,61 ; la poitrine étroite et bombée; les membres sont grêles.
Les Poulleyer, que Roubaud a pris comme type du Mounda, réduits dans l'Inde à la plus complète servitude, sont très-aptes aux rudes travaux de l'agriculture, sous un ciel embrasé. Exempts de tous préjugé de caste, ils se façonnent rapidement aux mœurs de leurs maîtres européens, mais, dépomrvus de tout sens moral, ils s'adonnent à toute espèce de vices.
Roubaud, adoptant l'hypothèse émise par Alfred Maury, croit que l'Inde entière a été occupée primitivement par des peuples à la peau noire, aux lèvres épaisses, aux cheveux crépus, en un mot, très-voisins des nègres africains. A une époque très-reculée, et même préhistorique, un peuple de race scythique, jaune, les Dravidas, descendus des hauts plateaux de l'Asie centrale, envahirent l'Inde en suivant le cours du Brahmapoutra, et subjuguèrent la race aborigène, tout en contractant avec elle des alliances de sang. Sur les contrées montagneuses et inaccessibles du centre de la presqu'île, les Vindhias et les Gattes furent sauvés de l'invasion et offrirent dans leurs jungles et leurs forêts un asile inviolable aux noirs Moundas. Enfin, la conquête aryane, attestée par tout ce que nous savons de l'histoire des peuples brahmaniques, vint ajouter un nouvel élément à ce premier mélange de populations.
Le temps et les révolutions n'ont rien changé à l'état de misère et d'abaissement de la race autochthone, peuple d'esclaves qu'on retrouve partout sur le sol de l'Inde : Dôms ou Radjù, dans les contrées hymalayennes, Mlichas, Datjsons, Nichâdas, dans les plaines du Gange, Poulleyer, dans le sud de la presqu'île, Weddas, à Ceylan ; ce sont eux qui forment la grande majorité des parias.
Mais il est des indigènes qui n'ont jamais accepté aucun joug et qui vivent non plus en parias, mais en sauvages. Sont-ils pour cela des représentants plus purs de la race primitive? On pourrait le croire, mais nous ne savons encore presque rien de ces nègres hideux, à face de singe, dit-on, à peine entrevus par quelques voyageurs, entre autres par M. Louis Rousselet.
Au reste, il y a bien des variétés de nègres dans l'Inde.
Des voyageurs anglais ont parlé, mais sans détails précis, de peuplades habitant l'ancienne province d'Orissa et les monts Nilghiris, dont la taille atteindrait jusqu'à six pieds anglais (l'",92) avec des proportions athlétiques.
Mais voici que dans cette même région on nous parle d'autres tribus de petite taille. Ce sont les Todas, les Kuriimbas et les Irulas, des Nilghiris, montagnes situées à la jonction des Gattes occidentales et orientales, vers l'extrémité méridionale du Deccan. Les Kurumbas ont le teint noir, les cheveux longs, ondulés, touffus et noirs ; la conjonctive rougeâtre et l'iris très-foncé ; l'échancrure de la racine du nez très-accusée, le dos du même organe déprimé, les ailes larges, les narines découvertes; la mâchoire prognathe et les dents proclives. C'est un type qui se rappi'oche beaucoup de l'australien, mais il est plus petit de taille et a le corps presque glabre.
En résumé, nous devons admettre qu'il y a actuellement dans l'Inde au moins deux types nègres : l'un de taille ordinaire et à cheveux simplement frisés, l'autre qui combine à des cheveux crépus une exiguïté de taille tout à fait caractéristique. Ceux-ci sont de la race des Négritos, dont les Samangs de Malacca sont les très-légitimes représentants. Il y a dans cette même péninsule de Malacca d'autres tribus plus ou moins croisées de Négritos et de Malais (Orang- Mintira, Biduanda-Kallang , Sabimba) dont la taille est très-petite : 1"',557 pour les hommes, et l'",498 pour les femmes ; moyenne 1™, 545.
Nous avons déjà dit que les Négritos composent toute la population des île? Ândaman, dans le golfe du Bengale, où on les nomme Mincopies, et qu'il en reste des peuplades dans le Cambodje, la Cochinchine et Formose, île chinoise. H paraîtrait même qu'on en aurait découvert quelques tribus dans la péninsule de l'Inde, de sorte qu'ils s'étendraient d'Orient en Occident, sur une aire immense, mais parsemés par petits groupes et comme noyés dans la population ambiante qu'ils ont précédée. Il est tout au moins certain qu'ils ont formé la population primitive des Philippines et qu'ils y ont été écrasés par les Tagals.
Caractères physiologiques et psychologiques des nègres en général. Le corps: du nègre exhale une odeur pénétrante et spéciale qu'on ne peut comparer qu'imparfaitement à l'odeur du bouc. On n'est pas bien fixé sur son foyer d'émanation, les uns la croyant produite par la sueur qui rancit ou s'oxyde au contact de l'air ; d'autres, par une huile volatile dégagée par les follicules sébacés. Cette opinion a été émise par Pruner-Bey.
Les sens du nègre n'ont pas tous un égal degré de développement. D'après sou goût et son talent pour la musique, on peut croire que le sens de l'ouïe est bien développé chez lui. Sa vue est également très-bonne, et il est probable que le sens du goût ne laisse non plus rien à désirer, puisque les nègres de nos colonies
ont un talent bien connu et vraiment supérieur pour la cuisine. Mais le sens du tact est tout à fait émoussé chez lui, et non-seulement le sens du tact, mais la sensibilité générale ; ce qui explique son apathie générale vis-à-vis de la douleur. C'est une des causes qui font que les opérations chirurgicales réussissent beaucoup mieux sur lui que sur le blanc.
Les phases du développement offrent, dans la race nègre, des particularités dignes d'intérêt.
L'enfant du nègre naît, avec la même coloration ou à peu près, que celui du blanc ; mais bientôt cette teinte rouge se mêle de bistre, puis passe au gris d'ardoise, et finit par correspondre à la couleur des parents, plus ou moins tôt, suivant le milieu où. vit l'enfant, mais pas avant un ah. En Egypte, suivant Pruner- Bey, le développement du pigment n'est complet qu'au bout de trois ans. Le même habile observateur a remarqué que l'enfant nègre naît sans prognathisme, avec un ensemble de traits qui est déjà plus ou moins caractéristique pour les parties molles, mais qui se dessine encore à peine sur le crâne. « La première dentition achevée, on reconnaît déjà sur le crâne des caractères distinctifs, savoir : la ligne médiane du front relevée, le menton rétracté, la mâchoire supérieure légèrement inclinée, l'élargissement du nez, la blancheur éclatante des dents et la saillie de l'occiput. Cependant le jeune nègre présente encore un extérieur avenant jusqu'à l'époque de la puberté. Elle survient, chez les filles, entre 10 et 13 ans; chez les garçons, entre 15 et 15. C'est alors que la grande révolution dans les formes et les proportions du squelette commence à marcher rapidement.
« Ce travail avec ses conséquences suit une marche inverse pour ce qui regarde le crâne cérébral et celui de la face. Tandis que, dans l'homme aryen, l'accroissement modéré des mâchoires et des os de la face est abondamment compensé et surpassé même par un développement ou plutôt par un agrandissement du cei'veau, particulièrement dans son lobe antérieur, le contraire a lieu chez le nègre.
« En outre, les sutures du crâne s'oblitèrent plus tôt. La suture médio-frontale se trouve infailliblement soudée chez le nègre ainsi que la partie latérale de la suture coronale déjà même dans la jeunesse... L'oblitération des sutures crâniennes paraît s'effectuer plus tôt encore chez la femme que chez l'homme
« La parturition et l'allaitement ne causent ordinairement presque aucun trouble à la négresse. Sa fécondité paraît être grande, car elle produit jusqu'à dix enfants; mais les mœurs, et même les institutions (comme l'esclavage), réduisent de beaucoup le nombre de la progéniture... L'âge de retour est quelquefois précoce chez la négresse esclave; il survient entre 35 et 40 ans...
« Les manifestations des facultés affectives et intellectuelles du nègre peuvent être mises en parallèle avec son type physique. La sensualité est le grand levier dans ses penchants ; de son talent d'imitation découlent des qualités qui méritent notre estime.
« La solitude lui est insupportable, et le chant et la danse sont pour lui des besoins indispensables. L'initiative n'est guère de son ressort. Il est, sous le rapport intellectuel, plutôt reproducteur que productif. Ce n'est qu'après avoir pris connaissance de l'existence des lettres chez d'autres nations qu'un individu du peuple Véi a inventé son syllabaire alphabétique, le plus grand effort que le nègre ait jamais fait dans la culture des sciences. )) (Pruner-Bey, Mémoire siir les nègres.)
L'adoration des fétiches, du soleil, des mânes des ancêtres, la démonologie enfin, forment ensemble, ou séparément, la religion des nègres. Cependant des peuples entiers ont embrassé l'islamisme, et les nègres transportés en Amérique sont tous chrétiens. La famille est parfaitement constituée parmi eux : le nègre aime ses enfants et se monti'e très-jaloux delà fidélité de sa femme. « Le nègre, dit Golberry, est, en général, sobre, industrieux, excellent et patient ouvrier, ne manquant pas d'adresse ; il gouverne sa famille avec sagesse et dignité. »
« Sous le rapport social, dit Pruner-Bey, le nègre a généralement atteint l'état de pasteur et d'agriculteur. Mais, en outre, bien des peuplades nègres ont fondé, indépendamment de toute influence étrangère, une sorte de civilisation et des États considérables. Ils ont l'art de la métallurgie et le talent du trafic à un haut degré. »
({ Agriculteurs ou pasteurs, dit Speke, les nègres sont orgueilleux et têtus à un degré qu'on ne retrouve chez aucun autre peuple. Mais quant à l'éducation, il est absurde de prétendre que les nègres en soient incapables. Non-seulement ils déploient une subtilité de ruses, une vivacité de repartie et une fertilité d'invention qui trop souvent se révèlent par les mensonges les mieux coordonnés et trouvés, mais même dans nos écoles les enfants noirs y font preuve, au moins passagèrement, d'une intelligence et d'une aptitude presque égales à celles des élèves européens. » (Voyage aux sources du Nil.)
Pour notre part, nous croyons pouvoir conclure sans injustice, mais aussi sans faiblesse, que la race nègre vit, depuis un temps immémorial, dans une enfance prolongée ; que nulle part elle ne s'est élevée à un état de civilisation approchant de celui des races blanche et même mongole. Nous dirons aussi qu'à Haïti sou talent d'imitation ne lui a jusqu'ici servi qu'à lui faire faire des choses odieuses ou burlesques. Mais nous n'en accepterons pas moins avec Pruner-Bey, et comme la mesure exacte de la vérité, que, en tous cas, une honorable médiocrité lui est échue en partage.
Pathologie. Nous avons en vue, dans ce chapitre, de traiter des prédispositions morbides et des immunités de la race nègre, et non pas de toutes les maladies dont les nègres peuvent être atteints.
Les nègres, en général, sont moins sujets que les blancs aux phlegmasies aiguës, mais ils le sont davantage à tous les accidents du hjmphathisme : angioleucite, adénite, ulcères atoniques, carreau. S'il est rare de trouver, parmi les nègres, des rachitiques, des nains, des bossus, c'est peut-être surtout parce que, dans leur état social, les faibles et les invalides succombent en bas âge, et qu'il ne peut se former des familles rachitiques comme on en rencontre trop souvent dans les nations civilisées.
Les nègres supportent difficilement les changements, nous ne dirons pas de pays, mais de climat. Transportés dans les régions même méridionales de l'Europe, à Malte et à Gibraltar, ils succombent généralement à la phthisie.
Le nègre a une tendance plus grande que le blanc à certaines affections nerveuses convulsives. Le tétanos essentiel et le tétanos traumatique, le trismus, le mal de sept jours ou de mâchoires, qui n'est autre que le tétanos des nouveau-nés, sont beaucoup plus fréquents, en nos colonies, chez les nègres, que chez les blancs, proportion gardée avec la population respective des deux races.
Le nègre est exempt de quelques-unes des maladies du blanc, mais il en a, par compensation, quelques autres qui lui sont propres.
Ainsi, il est exempt de la Hèvre iaune, à la condition toutefois que la maladie
soit endémiiiue dans le pays où le nègre est né et réside. Mais là où le mal n'arrive que par longs intervalles <à l'état épidémique, les nègres eux-mêmes en subissent l'influence, quoique à un moindre degré. C'est ce que l'on a vu au Sénégal, comme à la Louisiane et à la Guyane. Il y a cependant une exception bien remarquable : c'est l'immunité absolue dont ont joui les troupes nègres du viceroi d'Egypte au service des Français à la Vera-Cruz, durant l'expédition du Mexique. Plus de quatre cents nègres du Soudan et de la Nubie ont assisté aux épidémies de fièvre jaune sans faire aucune perte du fait de cette alfcction si funeste pour les soldats français, bien qu'ils aient été gardés tout le temps. dans les terres chaudes.
Il est moins sujet aux maladies du foie : du moins l'hépatite et surtout l'abcès du foie viennent-ils très-rarement compliquer chez lui la dysenterie dont il est plus passible encore que l'Européen. Les fièvres paludéennes ont moins de prise sur lui que sur le blanc. Cependant les études faites par Winterbottom à Sierra- Leone, et par nos médecins de la marine au Sénégal, montrent que les indigènes souffrent de fièvres intermittentes bien caractérisées, quoique moins graves que chez les Européens non acclimatés {voy. Séinégambie).
Dans le Zambèse et le Mozambique, les fièvres paludéennes seraient trèsgraves, surtout au mois d'avril, suivant Livingstone. J'ai constaté moi-même aux Antilles les fièvres paludéennes et même l'hypertrophie chronique de la rate chez les nègres des sucreries.
La statistique du docteur Boudin démontre aussi que, bien qu'étant de tous les hommes ceux qui résistent le mieux aux fièvres de marais, les nègres n'en subissent pas moins l'atteinte et meurent comme les blancs. Ainsi, à Ceylan, la statistique accuse la proportion suivante entre les soldats de différentes races qu'y entretient le gouvernement anglais :