L'6 NOISETIER
dans l'arrondissement du Havre, émerge la source de Nointol, dont l'eau laisse déposer immédiatement un sédiment jaune rougeâtre ; elle n'a aucune odeur, son goiit est légèrement ferrugineux, sa température est de 15" 2 centigrade. Henry (Ossian) en a fait une analyse chimique sommaire qui lui a appris que 1000 grammes d'eau contiennent 12k%71 de matières fixes, parmi lesquelles il a signalé des carbonates teiTeux, des chlorures de sodium et de magnésium, des traces de sulfate, et enfin de la matière organique associée à de la cliaux et du fer. Quelques personnes des environs viennent la boire à la source, et Henry (Ossian) prétend que c'est à son bicarbonate de fer, ou mieux à son crénate, qu'elle doit ses propriétés tonifiantes et analeptiques. A. H.
l\>OiR Ai\'mAL, ou CDitRBOX' AXIMAL. Il cn est traité, sous le rapport chimique, au mot Carbone. La question d'hygiène industrielle relative à la fabrication du noir animal est renvoyée au mot Os. D.
NOISETIER ou COUDRIER. Coryhis L. Genre de plantes Dicotyléilones, ap|)artenant à la famille des Ciipulifères, et dont le type principal est le Noisetier ordinaire ou Corylus Avellana L.
Cet arbrisseau est répandu dans les bois taillis ou les haies de l'Europe entière et du nord de l'Asie. Ses tiges droites, rauieuses, à rameaux flexibles, portent d'assez grandes feuilles péliolées, alternes, ovales arrondies, plus ou moins acuminées au sommet, dentées sur les bords, munies de stipules ovales bmcéolées, obtuses. Les fleurs sont unisexuées, monoïques. Les fleurs mâles, en longs chatons pendants, sont formées d'une écaille trilobée, et de 8 ét;uinnes à anthères uiiiloculaires; les femelles sont en épi court, semb'able à un bonrgeou : elles sont géminées à l'intérieur d'une bractée et munies chacune de bractéoles, qui s'accroissent après la floraison ; le périanthe est adhérent à l'ovaire el dcnliciilé au sommet. Le fruit est une nucule largement ombiliquée à la base, renfermée dans une capsule foliacée, lobée et laciniée. Il renferme une graine unique par avortement, à embryon droit et albuminé, à gros cotylédons charnus et huileux.
Le noisetier est intéressant par son fruit, qui renferme une amande comestible, d'une saveur agréable, susceptible de donner de l'huile par expression. Les autres parties de l'arbre ont élé quelquefois employées, mais ne le sont plus guère actiiillement. Ainsi l'écorce est astringente, et a été réputée fébrifuge. On utilise aussi ses rameaux souples et flexibles pour les ouvrages de vannerie. Enfin on a longtemps prêté au coudrier des pro|)riétcs magiques, en supposant à sjs rameaux la propriété de s'incliner vers les parties du sol qui renferment des sources ou des métaux. Bien des gens ne sont pas même aujourd'hui guéris de ces superstitions, et croient encore à l'utilité de la baguette divinatoire pour la recherche des eaux souterraines.
Le noisetier a été remarqué depuis longtemps; il a servi à la nourriture de l'homme dans les temps préhistoriques : Ilippocrate l'indique sous le nom de noix de Thésos ; Théophraste en parle dans sou Histoire des Plantes. C'est le Corylus souvent cité par les poêles latins.
Deux espèces voisines, le Corylus rostrata Willd et le Corylus Americana Poir., fournissent, dans l'Amérique du Nord, un fruit comestible analogue à celui de la noisette.
Un certain nombre de fruits, autres que ceux du Corylus, poitcnt le nom de Noisette, ce sont :
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Le fruit de VOmphalea triandra L., noisct;e d'Amérique ou de Saint-Domingue ;
Le fruit de VAreca Catechu. noisette d'Inde ;
Le fruit de l'Aracliide, Noisette de terre ;
Enfin celui du Jatropha multifida L., Noisette purgative. Pl.
HippocRATE. Mflrb.,11, 490. — Théopijraste. Uisloria Planta., III, 15. — Virgile. Eglogues. V, V. 5. et YII, 65. — Lisxé. Species Plant., p. 1417. — [..uiauck. lllusliat. des Genres : Encyclopédie, tab. 780. — G EBTSER. De Frnclibus et Scminibus, II, page 52, tab. 89. — DuBi- JiEi.. Traité des arbres, édit. 1825, p. 19. Pl.
KOISILLIER, Nom donné quelquefois au noisetier. IXOIX. Fruit du noyer. Voij. Noyer.
KOi\. d'acajou. Voy. Anacardier.
NOIX, d'arec. Voij. Arec.
IV'OIX DE BE\. Voy. BEiN et Moriisca.
IVOIX DE Cl'PRIS. Voy. CvPRIS.
KOIX DE GALEE^i. Voy. Galles ct Chê^e.
XOIX MESCADE. Voy. MusCADE.
KOIX A'OMIQEE. § 1. Botanique. On donne ce nom à des graines, en forme de boulons de guêtre, veloutées à la surface, qui proviennent du Strychnos Nux vomicaL. ou Yomiql'ier {voy. ce mot). Elles contiennent de la strychnine ct de la brucine. Pl.
g n. Chimie. La noix vomique est la semence du vondquier ; elle pre'senfe la forme et le volume d'une grosse orange; son épicarpe est lisse et dur, coloré en rouge brunâtre plus ou moins foncé. Dans l'intérieur de ce fruit se trouve un tissu cellulaire lâche offrant l'aspect d'une pulpe translucide ; c'est dans ce tissu que des semences nombreuses sont disposées régulièrement autour de l'axe du fruit. Ces semences sont oibiculaires, aplaties en forme de bouton, ombiliquées sur les deux faces ; leurs bords sont souvent infléchis. L'enveloppe externe de la graine est grise, son apparence veloutée est due à la présence de poils droits dirigés du centre vers la circonférence. L'albumen présente la forme générale des graines ; il est de consistance cornée, et constitue à lui seul la plus grande partie des noixvomiques. L'embryon est très-peu volumineux. L'odeur des noix vomiques est nulle ; leur saveur est excessivement amère.
La noix vomique a été analysée en 1811 par Braconnot, qui a reconnu qu'elle renfermait les substances suivantes rangées dans l'ordre de leurs quantités : une matière cornée végétale particulière; une matière animalisce peu sapide; une huile verte butyriforme ; de l'amidon ; du phosphate de chaux; un acide végétal uni à la potasse; de la silice ; du sulfate et du chlorure de potassium.
MM. Pelletier et Caventou découvrirent en 1822, dans la noix vomique, la strychnine et la brucine, et M. Desnoir, en 1852, y signala l'igasurine. Ces bases existent à l'état salin, en combinaison avec un acide qui n'a pas encore été étudié et que l'on a nommé acide igasurique. L'eau et l'alcool enlèvent aux semences
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divisées la totalité des alcaloïdes qu'elles contiennent. La noix. vomi(jue a encore fourni à l'analyse de la cire, une huile concrète, une matière colorante jaune, de la gomme, de l'amidon, de la bassorine.
La strychnine (G^MI^^Vzl^O*) est le plus important des alcaloïdes que renferme la noix vomique. Son étude sera faite à part {voy. Strychnine).
Brucme. C'WW.z-O^. La brucine, découverte en 1819 dans l'écorce de fausse angusture, accompagne presque toujours la strychnine. On la rencontre dans la fève de Saint-Ignace et le bois de couleuvre qui sont fournis par des végétaux appartenant également au genre Strychnos de la famille des Loganiacées. Lorsqu'elle est cristallisée, elle constitue un hydrate dont la composition est exprimée par la formule : C^^H'^Az-O* ■+- 8 HO. Elle se présente sous la forme de prismes obliques à base rhombe. Obtenue au moyen d'une dissolution alcoolique saturée, la brucine offre l'apparence d'écaillés nacrées ressemblant à l'acide borique. La brucine possède une saveur amère, accompagnée d'une certaine âcreté persistante. Cette sapidité est encore sensible quand la brucine est diluée dans 1 500 000 parties d'eau ; dans ce cas, on perçoit une saveur acre et non amère. Elle se dissout dans 850 parties d'eau froide, et dans 500 parties d'eau bouillante; elle se combine à l'eau, et forme, comme nous l'avons dit, un véritable hydrate. L'affinité de la brucine pour l'eau est même fort remarquable.
A une température un peu supérieure à + 100", la brucine fond; par le refroidissement, elle se solidifie en une masse non cristalline sembl?ble à de la cire. Réduite en poudre et additionnée d'eau, elle reprend, après quelques jours, de l'eau d'hydratation. La brucine se dissout facilement dans l'alcool. Elle est insoluble dans l'éther et les huiles grasses, et très-peu soluble dans la plupart des huiles volatiles. L'alcool amylique dissout la brucine; la benzine et le chloroforme n'en dissolvent que de fiiibles proportions ; le pétrole rectifié ne la dissout pas. La solution de brucine dans les véhicules neutres sont lévogyres ; le pouvoir rotatoire moléculaire diminue dans les solutions acides.
Sous l'iniluence de l'acide nitrique concentré, la brucine prend, en se dissolvant, une teinte incarnat qui passe peu à peu au jaune. La liqueur chauffée dégage de l'acide carbonique et des vapeurs d'azotite méthylique. L'analyse du liquide fixe démontre qu'il renferme de l'acide oxalique et une matière azotée cristallisable [cacothéline). Si à la dissolution rouge obtenue par ce traitement on ajoute du chlorure stanneux, il se développe une belle coloration violette et il se produit un précipité offrant la même couleur.
Cette réaction caractéristique de se colorer en rouge de sang sous rinlluence de l'acide azotique concentré permet de distinguer la brucine de la strychnine. La réaction est d'une sensibilité telle qu'on peut l'utiliser pour indiquer la présence de très-petites quantités de cet acide.
La brucine se combine avec les acides et forme avec eux des sels cristallisables pour 'la plupart. Ils possèdent une saveur amère, et, comme la brucine, ils prennent une couleur rouge de sang lorsqu'on les met en contact avec l'acide azotique concentré. Ils ne sont pas précipités par les bicarbonates alcalins, après l'addition d'un excès d'acide tartrique. A ce caractère qui les distingue des sels de strychnine il convient d'ajouter l'absence de précipitation par le sulfocyanure de potassium et enfin la coloration rose que prennent leurs dissolutions lorsqu on y verse de l'eau chlorée, phénomène bien différent du dépôt blanc qui se développe dans les sels de strychnine en présence du même réactif. Le chlorure
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d'or détermine dans les sels de brucine la formation d'un précipité coloré en jaune, lequel passe rapidement au brun chocolat.
Azotate de brucine. Il cristallise en prismes quadrilatères terminés par un biseau. 11 renferme 7 p. 0/0 d'eau. La brucine traitée par une solution étendue d'acide azotique ne se colore pas, et par l'évaporation lente de la liqueur on obtient des cristaux incolores.
Sulfate de brucine. Il est sous la forme de longues aiguilles Irès-solubles dans l'eau et peu solubles dans l'alcool. Il renferme 12 p. 0/0 d'eau.
Chlorhydrate de brucine. Il se présente sous la forme de petites houppes cristallines très-solubles dans l'eau et inaltérables à l'air.
Oxalate de brucine. Il cristallise en aiguilles allongées insolubles dans l'alcool; c'est sur cette propriété qu'est fondé le procédé d'extraction de la brucine.
L'action de la brucine sur l'économie animale est analogue à celle qu'exerce la strychnine, mais elle est moins énergique. Son intensité est, d'après Magendie, à celle de la strychnine comme 1 est à 12, et, selon M. Andral, comme 1 est à 24.
Pilules de brucine. Brucine pure, 0 gr. 50 ; conserve de rose, 2 grammes, pour 24 pilules. Une le matin et une le soir, pour combattre la paralysie, les paraplégies et les hémiplégies.
La brucine est généralement retirée des eaux de lavage qui ont servi à la préparation de la strychnine. Cependant MM. Pelletier et Caventou ont conseillé de l'extraire de l'écorce de la fousse angusture, qui paraît ne pas contenir de strychnine.
Le Codex de 1866 donne le procédé suivant pour préparer la brucine. On la retire des eaux mères alcooliques qui ont laissé déposer la strychnine. On sature ces eaux mères par l'acide oxalique, on évapore; on sépare les cristaux d'oxalate de brucine, et, après les avoir lavés à l'alcool absolu froid, on les dissout dans l'eau, et l'on ajoute à la solution un excès de chaux caustique. On recueille le précipité, on le fait sécher; on le reprend par l'alcool bouillant, on filtre. La hrucine| cristallise au sein de la solution alcoolique. On la purifie par de nouvelles cristallisations.
Igasurine. C^*Il-^\z-0^-h6H0. Cet alcaloïde cristallise en prismes soyeux incolores et [qui contiennent de l'eau de cristallisation ; sa saveur est trèsamère et persistante. Elle se dissout dans 100 parties d'eau; elle est par conséquent beaucoup plus soluble dans l'eau que la strychine et la brucine. Elle est très-soluble dans l'alcool et le chloroforme, mais fort peu soluble dans l'éther. Elle rougit par l'acide nitrique plus fortement que la brucine. Le bichlorure de platine la précipite en jaune, et le tannin en blanc.
Les sels d'igasurine, même l'azotate, cristallisent avec facilité. Quand on précipite l'igasurine de ses sels par l'ammoniaque, elle se sépare sous la forme d'une poudre amorphe qui s'hydrate peu et se change en cristaux.
M. Schûtzenberger, qui a analysé l'igasurine, est arrivé à des résultats fort •curieux. Suivant ce chimiste, il n'existerait pas moins de neuf alcaloïdes confondus sous le nom d'igasurine. Ces bases possèdent une saveur amère persistante et sont toutes cristallisables. Elles agissent sur l'économie de la même façon que la strychnine. L'acide nitrique les colore en rouge comme la brucine. Elles sont [toutes plus ou moins solubles dans l'eau bouillante, très-solubles dans l'alcool, peu solubles dans l'éther. Sous l'influence de la chaleur, elles
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perdent leur eau de cristallisation à 100°, et fondent vers 500" en se décomposant.
D'après M. Schùtzenberger, ces bases représentent de la brucine, moins du carbone et plus de l'oxygène et de l'eau. On peut, suivant lui, les considérer comme les produits des transformations successives résultant de l'influence oxydante des forces végétatives de la plante.
Il serait intéressant de vérifier par des expériences nouvelles l'existence de ces nombreuses espèces, si voisines par leur composition et par leurs propriétés physiques et physiologiques.
L'igasurine se trouve dans les eaux mères dont on a séparé par la chaleur la strychnine et la brucine au moyen de la chaux (wi/es Strychnine). Si les liqueurs sont suffisamment concentrées, l'igasurine cristallise au bout de quelques jours ; si elles sont étendues, il faut les concentrer. Les cristaux d'igasurine sont purifiés par voie de dissolution dans l'acide clilorhydrique et par l'emploi du charbon animal. On précipite l'alcaloïde par l'ammoniaque; mais, comme il est mêlé de phosphate de chaux, on le traite par l'alcool, et l'on prépare de nouveau un chlorhydrate dont on précipite l'igasurine.
L'igasurine n'a pas encore été employée en médecine.
g m. iMiarniacologîc. La noix vomiquc constitue un médicament trcsaclif. Ses propriétés sont dues aux alcaloïdes qu'elle renferme, et surtout à la strychnine, la brucine et l'igasurine possédant, comme nous l'avons déjà dit, la propriété affaiblie de la strychnine.
Les différentes formes pharmaceutiques sous lesquelles la noix vomique est employée sont la poudre, la teinture et l'extrait alcoolique.
Pondre de noix vomique. Pour l'obtenir, on lave les semences de noix vomique à l'eau froide ; on les expose ensuite sur un tamis de cria à la vapeur de l'eau bouillante ; quand elles sont bien ramollies, on les pile dans un mortier de fer et on les broie dans un moulin à poivre. On fait sécher la poudre à l'étuvc, et on la fait passer à travers un tamis de crin serré {Codex). On peut encore préparer la poudre de noix vomique en soumettant cette semence à l'action de la râpe. La consistance éburnée de l'albumen qui constitue la masse principale delà noix vomique force d'avoir recours à ce moyen. Cependant il est préférable d'exposer, comme nous venons de le dire, les graines sur un tamis à l'action de la vapeur de l'eau bouillante jusqu'il ce que tous les tissus soient hydratés et ramollis. On enlève l'enveloppe des semences, on les divise ensuite en les faisant passer au moulin ; on les pile en cet état, et enfin on les sèche à l'étuve.
La poudre de noix vomique est quelquefois employée torréfiée. Dans ce cas, on met la noix vomique râpée sur une plaque de tôle que l'on dispose au-dessus d'un feu de charbon très-léger ; on agite continacllement avec une tige en fer. Lorsque la noix vomique a pris une couleur brune assez prononcée, on la retire du feu, on la pile dans un mortier en fonte, et on la passe au tamis de soie.
La dose de poudre de noix vomique est de 0 gr. 10 à 0,50 par jour en plusieurs fois et sous la forme de pilules. Elle est recommandée comme fébrifuge et dans le traitement de la dysenterie, de la dyspepsie, etc.
Poudre de Hufeland. Poudre de noix vomique, 0 gr. 10 ; poudre de gomme arabique, 0 gr. 40; poudre de sucre, 0 gr. 40 ; on mêle.
Celte poudre a été employée dans le traitement de la dysenterie.
Poudre amère [Schlesier). Poudre de noix vomique, 0 gr. 05; sucre de lait,
NOIX YOMiQUE (tiiérapeotique). 501
5 grammes. Pour 16 paquets. Un toutes les trois heures dans la lièvre typhoïde, et au principal repas dans la gastralgie.
Poudre antkhjspeptiqne ( Trastour) . Poudre de noix vomique, 1 à 5 grammes ; poudre de quassia, 2 grammes ; carbonate de chaux, 2 grammes ; pour 20 paquets. Un à deux, chaque jour, contre la dyspepsie.
La noix vomique en poudre ou râpée, méhmgée à dix fois son poids de suif fondu, est employée pour détruire les rongeurs (rats, soui'is, mulots, etc.).
Teinture alcoolique ou alcoolé de noix vomique. ÎVoix vomique râpée, 1 00 grammes ; alcool à 80°, 500 grammes. On fait macérer pendant 10 jours; on passe avec expression, et on (litre {Codex).
L'alcool dissout les alcaloïdes, les principes colorants et les matières grasses.
La dose est de 0 gr. 50 à 2 grammes en potion dans la paralysie et quelques affections nerveuses.
On s'en sert aussi à l'extérieur en frictions, sur les parties atrophiées ou paralysées.
Teinlure de noix vomique ammoniacale {Magendie). Teinture de noix vomique, 50 grammes; ammoniaque concentrée, 10 grammes. Employée en frictions contre le choléra.
Extrait alcoolique de noix vomique. Noix vomique râpée, 100 grammes; alcool à 80°, 800 grammes. On fait macérer la noix ^omique pendant deux ou trois jours dans les trois quarts de l'alcool. On passe avec expression ; on filtre. On verse sur le marc le reste de l'alcool prescrit, on laisse macérer de nouveau; on passe, on exprime et on filtre. On réunit les deux liqueurs obtenues, et on les soumet à la distillation pour en retirer toute la partie spiritueuse. On concentre le résidu jusqu'à consistance d'extrait [Coder).
La noix vomique traitée par l'alcool fournit le dixième de sonpoids d'extrait.
La dose est de 0 gr. 02 à 0 gr. 10 en pilules.
Pilules d'extrait de noiv vomique [Fouquier). Extrait alcoolique de noix vomique, 5 grammes ; poudre de réglisse, Q. S., pour 100 pilules. Une à deux par jour ; on élève successivement la dose jusqu'à neuf par jour, contre la paralysie.
Pilules contre l'incontinence d'urine {Mondière). Extrait alcoolique de noix vomique, 0 gr. 50 ; éthiops martial, 5 grammes. Pour 30 pilules. Une pilule par jour. On élève successivement la dose. . T. Gobley.
§ IV. Emploi thérapeutique. HISTORIQUE. La noix vomique fut inconnue des médecins, grecs ou romains, de l'antiquité, et c'est en vain qu'on chercherait même la simple mention de ce redoutable poison dans les écrits qu'ils nous ont laissés. Originaire de l'Inde, on pourrait croire qu'elle fut plus appréciée ou étudiée dans le pays qui la produit; il n'en est rien, et c'est la médecine arabe qui, vraisemblablement, la fit connaître en Europe.
On attribue généralement les premières descriptions de ceite graine à Sérapion et Avicenne, qui rapportent l'usage populaire qu'elle avait de leur temps (neuvième et dixième siècles) comme alexipharmaque, pour guérir les morsures de serpents ou les prévenir. Mais on peut se demander si, bien réellement, la description de Sérapion se rapporte à notre noix vomique. On en douterait volontiers en consultant, dans le très-intéressant recueil de Haj. deBruin, son spicilége concernant la noix vomique, où il lait dire à Sérapion : a On en prend une drachme en poudre, avec de Vaneth ou de la semence de fenouil, en bols, avec quantité suffisante de miel; on boit 'imniéd'iatement tin verre d'eau chaude, ce qui excite
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le vomissement et fait rejeter des humeurs bilieuses et phlegmatiques superflues. » C'est probablement pour avoir puisé à la même source, que Plalearius (douzième siècle) lui attribue des propriétés éméto-catharliques, qui n'existent guère, comme nous le verrons : « Interiorihus et non corticibiis iiiimur.... provocandi vomitum et purçjandi. »
Jusqu'au seizième siècle, il faut bien le dire, les renseignements fournis par les auteurs sur la noix vomique sont rares ou n'ont qu'une valeur insuffisante. A cette époque, on la décrit bien, on expérimente ses effets toxiques ou médicamenteux, et c'est un poison banal qu'on utilise contre les animaux malfaisants. Matthiole me paraît donc émettre une opinion exacte et juste quand, parlant de la noix vomique dans ses Commentaires de Dioscoride, il fait remarquer combien peu les descriptions de Sérapion et d'Avicenne se rapportent à cette substance, mais seraient plus applicables à la noix Mételle. L'babile commentateur, pour mieux désigner la noix vomique, propose donc de l'appeler Canine, en raison même de ses propriétés toxiques pour les chiens. Il n'ignorait pas, cependant, que l'homme en subissait, lui aussi, l'influence vénéneuse funeste, car il avait rapporté au chapitre Lxxin de son livre l'histoire d'une malheureuse femme qui mourut après avoir mangé du fromage brisé avec une râpe dont son fils s'était servi pour broyer de la noix vomique.
Matthiole, du reste, ne s'est occupé de ce poison que d'une manière incidente, et il n'est que juste de rapporter à Conrad Gesner et à Jean Bauhin, ce dernier l'un de ceux qui contribuèrent le plus à illustrer ce nom porté par une généralion de savants, l'honneur des premières expériences scientifiques (Hist. Plant., \, lib. 111, c. 147). Ils constatèrent ses effets convulsivants et en tirent un agent narcotique, opinion soutenue parfois à notre époque.
L'oubli se fit sur ces travaux, et il nous faut arriver aux années 1676 et 1677 pour voir se continuer dignement l'histoire du poison indien. Wepfer, Conrad Brunner, l'expéiimentant sur des chiens, constatèrent aussi ses propriétés convulsivanles, qu'ils comparèrent à des crises d'épilepsie et au tétanos, et indiquèrent entre autres symptômes spéciaux les vomissements, les évacuations alvines, et la suspension de la vision, de l'ouïe et du tact, faits discutables, comme nous le verrons.
A la même époque, exactement, Bonet, l'illustre auteur du Sepulchretumy essayait également la noix vomique sur les animaux et rendait compte, en anatomiste consommé qu'il était, des autopsies de ses victimes.
On lit encore aujourd'hui avec intérêt ses descriptions scrupuleuses d'examens nécroscopiques oîi pas un organe n'est négligé, pas un détail anatomique n'est omis.
Alors les travaux vont se multiplier à l'intini, et les noms d'auteurs qui se sont occupés de la noix vomique à la fin du dix-septième siècle et pendant le dixhuitième se presseraient nombreux sous notre plume , s'il ne nous fallait nécessairement faire un choix. Je citerai seulement ceux de Heyde, Sautter, Courten, Lossius, Ilillefeld, Junghans, Murray, 1776. Ce dernier a, en quelque sorte, résumé les travaux de plusieurs de ses devanciers dans son Apparatus medicaminum et prêté son historique incomplet à divers auteurs modernes.
, Avec le dix-neuvième siècle s'ouvre une ère véritablement féconde pour la noix vomique, pendant laquelle les médecins français surtout étudient à l'envi ses propriétés médicales, sa composition et ses applications thérapeutiques. A partir de 1808, en effet, nous voyons successivement apparaître les importants travaus
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de Desportes, Mnsendie, Delile, Fouquier; la découverte de la strychnine et de labi'Licine par Pellelieu- et Caventou, etc., faits conside'rables, bien propres à fixer sur elle l'attention des médecins attentifs aux progrès de la science. Tant d'efforts ne pouvaient rester stériles, et si l'histoire médicale de la noix vomique n'est pas encore complète, elle est au moins des plus avancées aujourd'hui, comme le démontreront, je l'espère, les pages qui vont suivre.
Composition chimique. C'est à notre compatriote Desportes que l'on doit la première analyse chimique bien faite de la noix vomique. Elle date de 1809 et fixe comme il suit cette composition :
Malate acide de chaux. Gomme. Matière végéto-animale. Sucre. Matière amère. Matière colorante jaune. Sels terreux et alcalins. Poils. Ligneux. Cire.
Desportes rapportait surtout à la Matière amère l'activité de cette semence.
Deux ans après (1811), Braconnol, ignorant les travaux de Desportes, arriva à des résultats on peut dire identiques, comme on va voir :
Matière cornée végétale particulière. Matière animalisée peu sapide. Matière animalisée extraordinairement amère. Huile verte butyriforme. Fécule amylacée. Phosphate de chaux. Acide végétal uni à la potasse. Silice. Sulfate et muriate de potasse.
Il était réservé à Pelletier et Caventou (1818 et 1819) de fixer à peu près définitivement cette analyse en montrant dans les matières amères de Desportes et Braconnot la présence des deux alcaloïdes auxquels la noix vomique doit sa puissance : la strychnine et la brucine. Pour ces chimistes éniinents, la composition est la suivante :
Deux alcaloïdes : strychnine, brucine; cire ; huile concrète ; matière colorante jaune; gomrne; amidon; bassorine.
Voici maintenant, d'après les analyses récentes, dans quelles proportions on trouve ces différentes substances dans la semence du vomiquier. Suivant Rebling, il y aurait :
Matières albuminoïdes 11,03 p. 100
Graisse 4,14
Sucre 6,00
Mucilage , variable.
Suivant Merck, on trouverait en proportion centésimale :
Strychnine 0,12 et 0,5 (Wittstein).
Suivant Mayer :
Brucine 1,01
Ces deux alcaloïdes seraient combinés à l'acide strychnique ou igasurique dans la noix vomique; Corriol prétend, au contraire, que c'est à l'acide lactique et non à l'acide igasurique, sous forme de lactates.
En 1855, Desnoix a trouvé un troisième alcaloïde dans cette graine, ïigasurine. Toutefois, Schùtzenberger voit dans l'igasurine, non pas un alcaloïde isolé, mais un mélange de neuf bases distinctes.
Signalons en terminant la présence du cuivre dans les cendres, indiquée par Meissner, ce qui n'a qu'une importance médiocre.
On dit habituellement que la noix vomique doit ses propriétés à ses deux alcaloïdes, la strychnine et la brucine. C'est évident, d'une façon générale. Mais il me paraît nécessaire de lui attribuer des vertus propres, indépendantes, qui ne sont pas absolument celles de ces deux principes actifs, pas plus que les
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effets du quinquina ne sont ceux de la quinine, etc. Je me crois donc obligé, malgré l'article strychnine auquel je renverrai plus d'une fois dans le cours de ce travail, de donner avec quelques détails les effets propres, signalés, de la noix vomique, et tels qu'ils résultent pour moi d.i la lecture des nombreux mémoires que j'ai consultés.
Effets physiologiques. 1° Topiques. La poudre a des propriétés positivement iiTitantes pour les muqueuses. Nombre d'autopsies ont manifestement démontré qu'après l'ingestion stomacale de cette substance les voies digestives présentaient des traces évidentes de congestion, d'inflammation, voire de sphacèle ou d'ulcération (Kiernanders, Wepfer, Cozc, etc.). L'extrait aqueux paraît mieux supporté, à ce point que Magendie et Uelile ont pu l'injecler dans le plèvre, le tissu cellulaire sous-cutané, les masses musculaires, sans produire la moindre irritation au lieu d'injection.
Prise par la bouclie, la poudre laisse dans cette cavité une sensation d'amertume désagréable, un peu nauséeuse, ou de brûlure très-légère au gosier et à l'estomac, qui peuvent prêter à des effets émétiques.
2° Diffusés, a) Végétaux. La noix vomique paraît empoisonner les plantes, comme les animaux. Marcet, en effet, plongeant la racine d'un plant de haricot dans une solution d'extrait, au 100", l'a vu périr au bout de douze heures. Certains végétaux inférieurs, algues, mucédinées, vivent au contraire fort bien dans cette solution, comme dans celle de strychnine.
b) Animaux. Bien peu d'animaux sont réfractaires aux effets de la noix vomique. Les plus infinies comme ceux qui tiennent le rang le plus élevé dans l'échelle animale subissent son influence toxique : c'est une question de doses. On croyait autrefois, bien à tort, que les ruminants étaient insensibles à son action. Mais les expériences de Pelletier et Caventou, de Dufresne, celles du botaniste Dunal, de Montpellier, ont démontié qu'on empoisonnait facilement les moulons, les chèvres, etc., avec cet agent. Sans doute certains animaux résistent plus que d'autres, l'ours (Réaumur, 1747), la chèvre (Desportes), qui peuvent avaler une ou plusieurs noix sans être impressionnés le moins du monde, mais, à des doses plus élevées, ils finissent par succomber. Quelques oiseaux digéreraient admirablement ce poison : tel le Buceros rhinocéros (Pereira), qu'on dit même tout à fait réfractaire à son action ; telle la poule noire, qui, dans une expérience de Desportes, avala en vingt jours 55 gr. 70 de poudre sans autre inconvénient que la perte de l'appétit. Or, cet animal succomba au bout d'une minute après avoir pris 0,20 du principe amer. Les cobayes enfin ont une certaine tolérance relative, ainsi que le porc (Lossius).
Je relate ici très-sommairement les principaux effets physiologiques observés chez le chien empoisonné par la noix vomique. Voici, par exemple, le résumé d'une expérience bien faite de Desportes. On fait avaler à l'animal 1 gr. 95 de poudre. Au bout de trois quarts d'heure les accidents commencent : les pattes postérieures s'écartent l'une de l'autre brusquement et se raidissent, puis le chien, qui était couché, se relève brusquement, les pattes étendues convulsivement, fait quelques bonds tout d'une pièce et tombe sur le côté. Un tremblement général agite tout son corps, sauf la queue en arc rigide entre les pattes. Pendant un instant les accidents paraissent se calmer, ce n'est qu'un très-court répit ; bientôt les muscles de la face se contractent énergiquement, les yeux sortent de l'orbite et demeurent immobiles, la rigidité envahit tout le corps de l'animal, la respi-
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ration se suspend, la cyanose apparaît, il semble que l'animal va mourir. Nouvelle détente cependant, puis crise convulsive nouvelle, et ainsi de suite jusqu'au moment de la mort, qui est précédée généralement d'une dyspnée bruyante. La scène n'a pas duré plus d'une heure.
Loss ou Lossius (latinisé), auquel on doit une des meilleures dissertations anciennes sur la noix vomique, avait fait cette remarque importante à signaler que, si on tourmente un peu les animaux empoisonnés, si on les oblige à se mouvoir, le poison opère plus vite. En revanche, il me semble avoir mal observé quand il dit que les sujets empoisonnés perdent la faculté de voir, d'entendre ou de sentir pendant leurs crises convulsives. Le plus souvent les sens restent intacts.
Rarement aussi les animaux vomissent ou sont purgés ; ils n'ont d'ordinaire que des déjections involontaires, de sorte que la qualification de vomique, donnée à la semence du vomiquier, n'est guère juslillée : Vomica dicta quod vo)nitiim ciere credetur et soleat (.1. Bauhin). Pendant les crises, les battements du cœur et les mouvements respiratoires sont accélérés ou suspendus en partie ; en dehors des crises ils sont à peu près normaux.
Les accidents sont du même ordre chez les animaux, chats, cobayes, lapins, chevaux, qui ont principalement servi aux expériences sur la noix vomique; aussi bien puis-je me borner à cette simple constatation.
Effets sur riiomme bien portant. Ils varient naturellement avec les doses: aussi, pour mieux les décrire, j'adopterai trois divisions, relatives aux effets des doses faibles, fortes, massives ou mortelles.
a) Doses faibles. Quand on avale une petite quantité de poudre de noix vomique, on n'éprouve pas d'autre désagrément qu'une sensation d'amertume persistante à l'isthme du gosier ; si on renouvelle l'expérience plusieurs jours de suite, l'action se traduira par de la stimulation de l'appétit et des digestions, une facilité plus grande des garde-robes, ou parfois de lu constipation, de la diurèse abondante, avec excrétion plus fréquente de l'urine. Le pouls, la respiration, la calorification, ne sont pas modifiés à l'examen ordinaire. Rarement apparaissent des troubles tels que nausées, vomissements, chaleur et douleur à l'estomac. Eu somme, la noix vomique agit à la manière des toniques et, comme disent Trousseau et Pidoux, elle stimule les forces radicales de l'organisme.
b) A dose forte continuée, les premiers symptômes sont des phénomènes de dépression. Les membres paraissent pesants, lourds; ils sont faibles à ce point que la marche est difficile. Les sujets sont plus excitables, très-impressionnables, légèrement anxieux^ et ont l'intelligence moins vive.
Les membres tremblent un peu et ont parfois une légère rigidité. Malgré cela, la station debout est difficile longtemps, comme la marche, et, si l'on interpelle vivement le patient, si on lui frappe sur l'épaule assez brusquement^ il ressent une petite secousse convulsive générale, et manque de tomber. Un peu plus tard, il éprouve de la constriction aux tempes, à la nuque, au cou ; ses mâchoires ont de la tendance à se rapprocher, les muscles de la paroi abdominale, ceux du thorax, ont moins de souplesse ou bien sont rigides, aussi nolet-on une légère dyspnée. A un degré plus avancé, des contractions musculaires brusques et puissantes roidissent les membres, surtout à la suite d'une impression tactile; il y a des fourmillements profonds, puis tout à fait superficiels à la peau, principalement à la tète ; souvent des érections et de l'excitation génésique. Les sens ne sont pas touchés, le pouls reste normal et le sommeil n'est pas
DICT. EKC. 'I" S. Xm, 20
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troublé. Mais les accidents peuvent s'accentuer et se manifester sous forme de véritables crises tétaniques intermittentes revenant spontanément à court intervalle avec trismus, opislhotonos et rigidité générale. On note aussi des spasmes du pharynx, de l'œsophage, du larynx et de la vessie, avec leurs conséquences, la dysphagie, la difficulté de respirer et d'uriner; des troubles circulatoires, des sueurs profuses. L'intelligence est parfois troublée comme par une sorte d'ivresse et les sujets se plaignent d'éblouissements, de tintouins, de vertiges. Pereira et quelques autres observateurs ont enfin signalé l'apparition d'éruptions sur la peau.
Ce tableau représente la plupart des symptômes observés après l'administration de doses thérapeutiques trop élevées de noix vomique dans plusieurs cas d'intoxication assez forte, plutôt que la série des effets éprouvés par un seul sujet.
En résumé, la noix vomique à dose forte et soutenue détermine surtout des spasmes plus ou moins violents des muscles de la vie de relation, ou volontaires, comme aussi de ceux sur lesquels la volonté n'exerce aucune action, et par contre-coup la suite des accidents que je viens d'énumérer. Elle n'affecte guère les grandes fonctions ou les organes des sens, mais trouble un peu l'intelligence, et ne cause pas de douleur bien marquée. Dès qu'on cesse son administration, les symptômes s'amendent et disparaissent assez rapidement.
c) Doses massives. Les cas d'empoisonnement par la noix vomique, substance vendue fréquemment comme mort-aux-rats, et par suite à la portée de tout le monde, ne sont pas rares. J'en résumerai deux ici, qui m'ont paru pouvoir être présentés comme des types ; il s'agit de suicides.
1"^ Une jeune femme avale de 6 à 8 grammes de noix vomique en poudre. Tout d'abord elle n'éprouve aucun trouble, mais au bout de cinquante minutes ses membres inférieurs deviennent rigides ; le pouls est vif, fréquent, la transpiration abondante et la soif assez marquée. De temps à autre apparaissent de petites secousses convulsives, passagères, puis un peu de tremblement. En moins de cinq minutes, ces symptômes sans gravité apparente font place à des crises tétaniques violentes, pendant lesquelles la plupart des muscles volontaires sont convulsés à ce point que la malade est dans un état de rigidité comme cadavérique. Le pouls est insensible, le visage cyanose, la respiration bruyante ; des plaintes se font entendre continuellement et les lèvres sont agitées convulsivement. Une sueur abondante couvie le corps de cette malheureuse qui accuse une soif inextinguible. L'intelligence est parfaitement conservée et la sensibilité intacte. Les crises convulsives, assez semblables à celles de l'épilepsie, avec miction involontaire, durent une minute et demie et ne sont séparées que par un court intervalle de détente. A la quatrième, la rigidité est telle que la patiente ne peut être assise, la cyanose est considérable, les mains sont livides. Puis les bras se relâchent, les mains tombent sur les genoux, la face livide prend un aspect effrayant par suite de la contraction des traits ; entre les mâchoires comr plétement rapprochées coule assez abondamment la salive, enfin la vie s'éteint brusquement. La malheureuse était morte un peu plus d'une heure après avoir pris le poison. (Obs. d'OUier, citée par Pereira.)
2" Jules Cloquet a donné autrefois la relation d'un autre suicide dont voici les particularités les plus importantes.
Un homme de quarante-cinq ans, vigoureux, prend une dose très-forte, indéterminée, de poudre de noix vomique, peut-être 50 grammes. Aussitôt il est
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pris (h raideur générale et d'accès convulsifs. On le fait vomir peu de temps Après l'ingestion du poison, mais, malgré cela, le tétanos persiste, le tronc et les membres dans l'extension, les mâchoires rapprochées.
L'agitation est excessive, le patient pousse des cris entrecoupés et appelle à son secours. Pouls calme. La vue et l'ouïe ont une acuité excessive, et la sensibilité est telle qu'au moindre attouchement il y a des secousses convulsives. Pendant les excès convulsifs intermittents, le pouls est fréquent, la sueur abondante. On parvient à faire prendre 0,50 centigr. d'opium à cet homme, ce qui lui procure du calme. Au bout de douze lieures, les convulsions avaient complètement disparu. Toutefois l'ébranlement avait été tel que le sujet resta affaissé et brisé. Son pouls s'accéléra, il eut de la fièvre et tomba dans un état de prostration considérable, mais avec conservation de l'intelligence. La mort survint soixantetreize heures après le début des accidents.
En définitive, la noix vomique à dose massive agit violemment sur tous les muscles, qu'elle convulsé, et c'est bien à ces convulsions qu'il faut rapporter les troubles observés. La sudation abondante, la dyspnée, la cyanose, les mictions et les évacuations involontaires, l'accélération du pouls ou son arrêt, sont les conséquences obligées du tétanos généralisé qu'elle produit.
Il est plus difficile de se rendre compte des poussées éruptives signalées quelquefois vers la peau. Consbruch, de Brefeld, a vu une éruption scarlatiueuse générale dans un cas d'empoisonnement par quatre grammes de poudre, avec refroidissement des extrémités, pouls insensible.
Une dernière remarque me reste à faire, c'est l'excessive rareté des vomissements ou même des nausées dans ce genre d'empoisonnement. Fr. Hoffmann a cependant signalé le fait d'une jeune fille qui mourut après avoir pris quinze grains de noix vomique, « post summas anxietates et vomendi conahis » (Fr. Hoff., Med. Syst., H, p. 285). Ce poison fait rarement vomir, et je dirai même qu'il s'oppose à l'action des émétiques administrés pour en débarrasser les premières voies.
Anatomie pathologique. Les lésions produites par la noix vomique ont un intérêt non moins réel pour le thérapeutiste que pour le médecin légiste, c'est pourquoi j'ai pensé qu'il était bon de les faire figurer dans cet article où se confondent nécessairement les faits de toxicologie et de thérapeutique. Voici donc un résumé succinct de l'état de nos connaissances sur ce sujet.
On trouve chez les sujets tués par la noix vomique des lésions importantes, surtout du côté des centres nerveux et des Aoies digestives.
Centres nerveux. Les sinus veineux du crâne sont gorgés de sang noir, et fréquemment on constate des épanchements de sérosité dans les ventricules cérébraux, dans le tissu cellulaire sous-arachnoïdien et dans la cavité de l'arachnoïde, crânienne ou rachidienne : de véritables apoplexies séreuses, comme l'ont noté Orfila, Ollivier et Drogartz, dans un cas; Cloquet , Tanquerel-Desplanches, dans d'autres, chez l'homme, et la plupart des vivisecteurs chez les animaux. Je n'ai pas vu signalés ces épanchements de sang, véritables apoplexies méningées, que l'on observe si communément chez les sujets empoisonnés par la strychnine [voy. art. Strychnine).
Très-rarement on a constaté des altérations des centres eux-mêmes. Grimaud parle d'une inflammation du mésocéphale ; Orfila, Ollivier et Drogartz ont vu xm ramollissement du renflement brachial de la moelle épinière. Jamais du reste on n'a fait d'examen microscopique approfondi de la moelle ou du cerveau.
508 NOIX VOMIQUE (thérapeutique).
Organes digestifs. On a souvent trouvé dans les autopsies des traces d'irritation plus ou Tuoins violente de la muqueuse gastro-intestinale. Anciennement Wepler, Jlilleleld, Kiernanders, Strandberg, etc., l'ont vue congestionnée, enflammée, ulcérée, gangrenée même.
Consbruch a constaté aussi une plaque de sphacèle au niveau du pylore et une phlogose manifeste delà muqueuse intestinale, depuis le duodénum jusqu'au milieu du jéjunum. J. Cloquet, chez son malade, a observe des ecchymoses de la muqueuse stomacale , l'inflammation du duodénum , quelques ulcérations légères de la muqueuse du petit intestin et l'hyperéniie de cette muqueuse dans une grande étendue. Des faits analogues ont été rapportés par Drogartz, Ollivier et Orlila, d'après une autopsie faite par eux, et par Coze, qui s'est plus particulièrement attaché à faire ressortir des données anatomo-pathologiques les propriétés très-irritantes de la noix vomique.
Le cœur a été vu souvent flasque, mou, ecchymose et renfermant du sang plus ou moins coagulé. Plus rarement il était vide et contracté comme dans l'empoisonnement par la strychnine.
Les poumons ont présenté des traces manifestes d'hyperémie, ce qui n'a pas lieu de surprendre, puisque beaucoup de sujets meurent dans un état asphyxique prononcé.
Le sang, d'après Lossius, aurait en général plus de fluidité.
La vessie a présenté aussi quelquefois des traces évidentes d'inflammation dans plusieurs relations modernes, fait observé déjà par Bonet.
On n'a rien signalé du côté des m»sc/es, c'est Va évidemment une lacune à combler ; il est présumable qu'ils doivent offrir des altérations notables.
Mode d'action. Dire que la noix vomique est un poison narcotico-âcre, un stimulant, un convulsivant, n'est pas expliquer le moins du monde son mode d'action ou le caractériser suffisamment. Laissons donc de côté ces mots vides de sens pour chercher à pénétrer l'action intime de celte substance aux effets si remarquables.
Examinons d'abord par quel mécanisme se produit ce tétanos que nous connaissons, qui lui appartient en propre, car nulle autre substance de notre matière médicale n'agit de cette façon. Constatons, en premier lieu, que ce n'est pas en influençant le cerveau qu'elle produit les convulsions, puisque nous voyons celles-ci survenir chez l'animal décapité ou chez celui dont la moelle épinière a été sectionnée au-dessous de l'occipital. En second lieu, il faut bien admettre qu'elle atteint la moelle, car, si l'on détruit cet organe chez l'animal empoisonné, les convulsions cessent à l'instant (Migendie). La noix vomique exalte les fonctions de la moelle épinière et, par-dessus tout, son activité réflexe {voy. Sthychnike), suivant l'opinion généralement admise aujourd'hui par les physiologistes.
En outre de celte action capitale sur la moelle, il faut encore attribuer au médicament que nous étudions d'autres effets sur le système nerveux. Il est possible qu'il agisse sur le cerveau, comme semblent l'indiquer l'ivresse, la somnolence, les tintements d'oreille, signalés parmi ses effets, ou encore l'excitation, l'obtusion de la vue et de l'ouïe. Mais n'est-il pas plus probable que ces effets rares résultent, soit des troubles circulatoires, soit de la compression par le liquide céphalo-rachidien épanché dans les ventricules ou la cavité arachnoïdienne?
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Les nerfs moteurs, comme le cœur, perdent très-vite leur excitabilité ( Matteuci) après la mort, ce qui implique un certain effet sur eux du poison. En revanche, celui-ci surexciterait les nerfs de sentiment (Cl. Bernard) et les épuiserait, ce qui a fait dire à notre illustre physiologiste que la noix vomique était le poison des nerfs de sentiment {Voij. Sthychxine).
Le système du grand sympathique n'échappe certainement pas à Faction de cette substauce, comme le prouvent ses effets excitants sur le tube digestif.
Les auteurs ont aussi souvent discuté sur le mécanisme de la mort dans l'empoisonnement par la noix vomique. Magendie et Delile admettaient que, les convulsions toniques immobilisant le thorax, l'animal mourait asphyxié. Ségalas combattit celte théorie séduisante en prouvant que chez l'animal décapité la mort complète survient plus vite sous l'influence de la strychnine, c'est-à-dire que les actions vitales s'épuisent plus tôt. La noix vomlq\ie ébranle le système nerveux à la manière d'un choc électrique, d'une impression physique ou morale violente. Magendie admettait du reste ce mode d'action (1827) et convenait qu'à très-haute dose elle sidère le système nerveux.
Applications thérai'eutiqces. Un agent aussi puissant que l'est la noix vomique ne pouvait manquer d'être essayé dans une foule de maladies, aussi bien les applications proposées sont-elles considérables. Le jugement suivant de Fr. Hoffmann n'a donc pas été sans appel :« Inter medlcamenta suspecta etquce virus quoddam reconditum alunt, ut adeo plus damni qiiam utilitatis ah ils expectandiim sit, merilo nux vomica referri débet. »
Un grand nombre de ces applications dérivent des propriétés physiologiques et pourraient être appelées rationnelles, si cette caractéristique n'était pas parfois discutable, d'autres enfin sont absolument empiriques.
Paralysies motrices. Dans le groupe considérable des applications rationnelles je signalerai en première ligne l'usage de la noix vomique dans les paralysies. Il est fondé sur l'action stimulante pour l'appareil musculaire, hyperciné tique, de cette substance.
C'est au professeur Fouquier qu'il faut rapporter le mérite de cette idée et sa mise en pratique, de 1811, époque de ses premiers essais, à 1818, date de la publication de son important mémoire, cité partout. Fouquier donnait son remède à tous les sujets affectés de paralysie motrice, quelles que fussent les causes ou la nature de cette paralysie. Seize malades furent ainsi traités par lui avec les résultats les plus encourageants : huit paraplégiques, sept hémiplégiques et un sujet atteint d'affaiblissement du bras. A l'époque où Fouquier faisait ses expériences, on considérait généralement les paralysies de cette sorte comme au-dessus des ressources de l'art, c'est pourquoi le travail de l'honorable professeur eut un grand retentissement, en France et à l'étranger.
De 1818 à 1850, les essais se poursuivirent avec des résultats divers, on le comprend sans peine quand il s'agit d'affections aussi graves et diverses de nature que le sont les paralysies motrices, mais très-heureux souvent et favorables au nouveau remède. Bayle a fait le recensement des principaux cas publiés, dans sa Bibliothèque de thérapeutique, et en a rapporté soixante-sept, dus à Fouquier, Husson, Asselin, Cabart, Mercier, Lescure, Gaitskell, Chauffard, Gendron, Mauricet, C. B. Rose, Coze, Lafarge, Finot, Augouard, Deslandes, Snabilé, Andral, etc.
Je donne ici seulement la statistique intéressante de ces faits. On trouvera à
310 NOIX VOMIQUE (thérapeutique).
la Bibliographie les indications complètes relatives aux sources où ils ont été puisés.
IlÉsiirLÉGiES : 30 cas.
lô gucrisons
3 saturnines.
5 rhumatismales.
5 apoplectiques.
i de nature inconnue.
,,. .. 1 4 apoplectiques.
/ amclioralions { , .
( 3 saluinines.
[ i saturnines.
10 insuccès. 5-4 non caractérisées.
( 2 apoplectiques.
Paraplégies : 26 cas.
iiO non raiactérisées.
2 Iraumaliques.
3 rhumatismales.
5 par maslurlialion, cpilepsie, hystérie.
4 améliorations, ô insuccès.
Papaltsies généralisées : C cas.
5 guérisons, 1 amélioration, 1 insuccès.
.\mAIR05E. — InCOÎSTINENCE d'IiRIXE. — P,MÎALY^1E VÉSXALE : 3 C3S.
5 guérisous.
En somme, sur soixante-sept cas, quarante et une guérisons compltîtes ; douze améliorations, quatorze insuccès.
Fouquier et les médecins qui ont imité sa pratique ont manié la noix wmique avec une assurance que nous n'aurions sans doute plus aujourd'hui, et ils n'ont pas craint de pousser les doses (1 gr. de poudre ou d'extrait, et plus) jusqu'à produire des effets convulsivants très-appréciables. Suivant Fouquier, l'action curative du médicament s'annonce par une rigidité permanente, à peine perceptible, dans les parties paralysées, une sensation de chaleur, des fourmillements douloureux, une exaltation de la sensibilité, des crampes ou un état convulsif mtermittent. En môme temps, on peut observer le resserrement de la poitrine et par suite de l'oppression, et uième un tétanos général, sans gravité, puisque les patients s'endorment malgré les spasmes musculaires.
Ces limites ont même été franchies et certains malades ont eu de véritables accidents toxiques tels que : anxiété, difficulté de parler, de respirer, d'uriner; agitations, inquiétudes, sueurs profuses, généralement fugaces. Je conçois qu'on ait pu dire que pour manier de telles armes il ne faut être ni téméraire ni pusillanime.
Ici doit se placer une remarque curieuse, faite par la plupart des médecins qui ont traité les paralysies par la noix vomique : c'est que très-souvent les parties malades sont plus énergiquement affectées par le médicament que les parties saines. Écoutons à ce sujet ce que dit Magendie : « Tandis que le côté sain est paisible, le côté malade éprouve une agitation extrême ; les secousses tétaniques s'y succèdent rapidement, une sueur abondante s'y manifeste.» L'éminent physiologiste a même xu une éruption sur le côté paralysé, et certains sujets lui ont signalé une saveur amère d'un seul côté de la langue. Quand on sait avec quelle surprenante facilité se développent les actes réilexes dans les parties paralysées par suite de lésions cérébrales ou médullaires, on n'est pas surpris de voir la noix vomique, agent stimulant par excellence de l'activité réflexe
NOIX VOMIQUE (thérapeutique). ô\\
musculaire, développer de pareils phénomènes. C'est dire que, malgré les assertions contraires de Tanquerel-Desplanches, qui met en doute la disparité d'action du médicament dans les parties saines ou paralyse'es, j'admets la réalité de cette disparité, à la fois concevable, ce me semble, et explicable de la façon que je viens d'indiquer.
De 1850 à 1840, les recueils périodiques abondent en observations de traitement des paralysies par la noix vomique. Je citerai surtout celles de Pétrequin, de Lyon {Gaz. méd.,\8oS), partisan convaincu delà méthode inaugurée par Fouquier ; et d'autres de Gellie, qui confirment les faits produits antérieurement. Voyons maintenant à préciser les indications et contre-indications de ce médicament dans les diverses variétés de pandysies motrices.
HémiiÀéijies. La noix vomique a été donnée dans toutes les hémiplégies, sans distinction de cause. On comprend qu'elle réussisse mal ou qu'elle ne produise aucun effet utile dans celles qui résultent d'une lésion cérébrale, apoplexie ou ramollissement, et qu'elle puisse agir au contraire dans les paralysies sans matière, par trouble fonctionnel simple.
Après une attaque apoplectique suivie d'hémiplégie, il y aurait témérité à prescrire la noix vomique ; ce serait sûrement exposer le malade à des accidents promptement mortels. Également on ne la donnera jamais aux paralytiques qui ont un peu d'excitation cérébrale. On pourrait voir, ainsi que Lallemand, de Montpellier, l'a constaté, le patient succomber promptement par suite d'une inflammation du foyer apoplectique.
Le plus souvent donc il faut s'abstenir de presci'ire ce médicament dans les hémiplégies de cause cérébrale : apoplectiques ou autres ; ses effets utiles sont en pareil cas tort douteux et il peut exposer les malades aux accidents les plus graves. Telle est la règle de conduite à suivre. Je lui signalerai avec Audral une exception. « Il est des cas, dit-il, où, comme par une sorte d'habitude, la paralysie semble encore persister après la résorption de l'épanchement ; alors elle peut céder aux alcalis de la noix vomique et de la fausse angusture. »
Fouquier et Pétrequin ont conseillé de prescrire les préparations de noix vomique avec discrétion, à dose capable de produire de simples soubresauts dans les parties paralysées et d'y activer la circulation. On peut donner des pilules d'extrait de 0,01 à 0,05, en nombre suffisant pour obtenir ces effets. Ce nombre varie nécessairement avec les malades et leur susceptibilité.
Paraplégies. Bon nombre de paraplégies, même symptomaliques d'une ancienne altération médullaire, ont été guéries ou très-notablement améliorées par la noix vomique.
C'est ainsi qu'on l'a vue réussir dans la paraplégie qui suit le mal de Pott, l'arthrite vertébrale, les traumatismes, alors que la réparation médullaire s'était effectuée. Ce médicament est surtout indiqué dans les paralysies d'origine rhumatismale, toxique (saturnine ou arsenicale); dans celles qui suivent la dysenterie (Delioux de Savignac), et dans la classe importante des paralysies asthéniques (Gubler). Alors elle rend de réels services.
Paralysies saturnines. Ici la noix vomique triomphe souvent, et, si elle n'est pas le spécifique de cette paralysie motrice, comme le voulait Fouquier, elle constitue un remède sur, ainsi qu'en témoignent nombre d'observations dues à Andral, Bretonneau, Tanquerel-Desplanches, etc., remède aujourd'hui trop négligé, peut-être parce que l'électricité rend des services analogues.
Fouquier, le premier, indiqua cette application, et il fut suivi dans cette voie
312 KOIX VOAIIQUE (thérapeutique).
par Bailly, Rayer (1855), Lambert, Andral, Tanquerel- Desplanches; ces derniers recouraient plus volontiers à la strychnine. Tanquerel-Desplanches indique parmi les meilleurs moyens de guérir la paralysie saturnine la strychnine à l'intérieur et par la méthode endermique.
Paralysie vésicale. Incontinence d'urine. Magendie, l'un des premiers, conseilla la noix vomique dans la paralysie vésicale simple. Il était facile de prévoir que cette application serait heureuse, soit en songeant aux effets puissants de stimulation qu'elle exerce sur la vessie, soit en se reportant aux observations de paraplégie avec incontinence d'urine, traitée avec un succès complet sous son influence.
Les faits rapportés par Lafaye, de Bordeaux {Journal de méd. de Bordeaux, t. II, p. 52), Deslandes, {Bibliuth. méd., t. LXXll, p. 555), Cerchiai'i, Mauricet {Arch. ge'n. de méd.. t. XIII, p. 405), ceux de Magendie, ne laissent aucun doute sur la valeur de la noix vomique dans la paralysie vésicale simple des vieillards, et dans l'incontinence nocturne d'urine des enfants ou même des adultes.
Lafaye donnait l'extrait à la dose de 0,20 à 0,40 ; Mauricet, une ou plusieurs pilules de 0,25 de ce même extrait.
Paralysies diverses. Je ne puis m'étendre longuement sur tous les cas susceptibles d'être traités par la semence du vomiquier. J'indique seulement qu'on a reconnu son efficacité manifeste dans les paralysies par lésion des conducteurs nerveux [fétrequin) ; dans les débilités musculaires ge'ne'ra/es (Magendie) (1835); dans un cas de tremblement (Luigi Marchezani) général survenu après une fracture du pariétal; dans Vaphonie nerveuse (Gibb, 1865), en appHcation sous forme de teinture sur les cordes vocales.
Impuissance. Spermatorrhée. Dès 1827, Magendie indiquait l'utilité de la noix vomique dans ces débilités génitales qui donnent lieu à l'impuissance ou à la spermatorrhée.
Plus tard, Trousseau, Duclos, de Tours, reconnaissaient aussi les bons effets de cet agent hypercinétique dans ces affections. Duclos conseille l'extrait alcoolique en pilules de Oë^Oô : une le soir pendant cinq jours, puis une le matin et une le soir pendant les cinq jours suivants, deux le matin et deux le soir pendant cinq autres jours et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'on ait atteint le chiffre de huit par jour.
Paralysies de la sensibilité. On a traité par la noix vomique des paralysies de la sensibilité générale ou spéciale.
C'est une pratique habituelle dans l'Inde, au dire de Backer, d'administrer cette substance dans une maladie appelée sembherie, qui consiste en une anesthésie cutanée générale, avec coloration brune du tégument externe.
Pétrequin, de son côté, a vu des anesthésies partielles de la région externe de la cuisse céder à l'application de poudre de noix vomique sur le derme dénudé par un vésicatoire, et une arieslhésie traumatique des troisième et quatrième doigts aux frictions avec la teinture alcoolique.
Mais ce sont là des applications de peu d'importance, que néglige volontiers la thérapeutique actuelle. Les suivantes auraient une valeur tout autre. Elles s'adressent aux paralysies de sensibilité spéciale, celles de la vue et de l'ouïe.
Amaurose. La noix vomique produit du côté des yeux certains troubles que nous connaissons : éblouissements, bluettes, phosphènes, et semble stimuler en quelque sorte la rétine. De là son emploi rationnel contre l'amaurosc, proposé
KOIX VdMlQUE (TIlÉliAPEUTlQUE). 515
par Fouqnier, essayé avec succès par Ethvartls (1827) et préconisé assez chaudement plus lard par Miquel et Short, qui prescrivaient plus volontiers la pommade à la strychnine en onctions autour de l'œil, ou cet alcaloïtle par la méthode endermique.
Pélrequin insista également sur la valeur de la noix vomique contre l'amaurose. Il ordonnait en pareil cas des frictions autour de l'œil avec la teinture, ou bien appliquait sur la tempe un vésicatoire ammoniacal et plaçait sur le derme mis à nu un mélange de poudre de noix vomique et de strychnine.
Le terme amaurose n'a plus aujourd'hui de signification scientifique depuis la découverte de rophthalmoscope ; il ne nous indique rien de précis quant à la maladie à combattre. Aussi bien de nouvelles études sont-elles à faire pour mieux fixer l'état de nos connaissances sur cette application du médicament. Peut-être agit-il plus spécialement dans le cas de paralysie simple du nerf optique ou dans les congestions rétiniennes, puisqu'il est doué comme l'atropine de propriétés mydrialiques. C'est une question à élucider.
Contre la surdité, il n'a rien donné de satislaisant, que je sache.
Aflections des voies digestives. La noix voniique est un amer qui stimule énergi(juenient, comme nous le savons, le plan musculaire du tube digestif, de son origine à sa terminaison, elle était donc indiquée nécessairement dans une foule d'affections atoniques de l'appareil ga>tro-intestinal.
Cardialcjie. L'illustre Linné, le premier, conseilla, dit-on, la noix vomique contre cet état complexe qu'on désigne parfois sous le nom de cardialgie. Plus tard, lIorn(18IO), Nevermann, Yoigtel, Niemann, l'essayèrent avec succès dans la dyspepsie alonique ; mais c'est surtout à Schmidtniann (1826) qu'il faut rapporter le znérite de cette importante application. 11 dit à ce propos : « Si la noix vomique ne détruit pas le mal radicalement, elle l'adoucit pour un temps plus ou moins long et le supprime souvent tout à fait. » Jagot-Lacoussière, dans sa dissertation inaugurale, arrive à cette conclusion satisfaisante, que « le médicament par excellence dans le traitement de la cardialgie, c'est la noix vomique. »
En effet, c'est un de nos agents les plus précieux pour les sujets affectés de dyspepsie atonique, flatulente, avec douleurs paroxystiques, manque d'appétit, constipation, etc. En tonifiant l'intestin et l'estomac ce médicament puissant rend les digestions meilleures et produit secondairement de véritables effets reconstituants (Gubler), chez les sujets débilités par cette maladie, souvent aussi -décourageante pour le patient que pour le médecin, la dyspepsie atonique, source fréquente d'anémie, d'affaiblissement extrême et d'hypocbondrie. Legrand vante beaucoup en pareil cas l'extrait aqueux, aux doses croissantes de 0,20 à 0,50 cent., avant le repas.
Coliques. Constipation. Obstruction intestinale. Quand les Lapons, au dire de Montin, souffrent d'entéralgie, ils prennent une demi-noix vomique l'âpée et s'en trouvent bien. Cette application ne me paraît avoir qu'une curiosité historique.
Mais j'estime que ce médicament peut rendre des services aux personnes qui ont l'intestin paresseux et vont difficilement à la garde-robe. HomoUe a même cité plusieurs cas à' obstruction intestinale par rétention ou étranglement herniaire, dans lesquels la guérison fut obtenue grâce à ce stimulant des fibres musculaires de l'intestin. Ossieur, antérieurement, avait guéri par le même remède deux malades chez lesquels une rétention des matières simulait un étranglement interne.
su NOIX VOMIQUE (thérapeutique).
Contre la constipation, on associe souvent la noix vomique à diverses substances purgatives, l'aloès, la rhubarbe, la scammonée, et c'est une manière, dit Gougton, d'assurer la tonicité de l'intestin et d'augmenter sa force d'expulsion. Yoici une formule de pilule laxative, recommandée par Boult, de Bath, en 1857 :
Aloès O.Oio milligrammes.
Extrait de rhuliaibe 0,o4o —
Extrait de noix vomique 0,050 —
M. Pour une pilule.
Les vomissements nerveux, les vomissements de la grossesse (Itrugnoli, de Bologne, 1862), ont été aussi parfois combattus avantageusement par la noix vomique. Un pareil résultat se conçoit sans peine, quand on sait combien ce poison s'oppose avec énergie aux effets des émétiques les plus puissants.
Coliques de plomb. Les propriétés prétendues stupéfiantes de la noix vomique ont conduit plusieurs médecins à l'essayer contre cet accident.
Le succès a été complet dans plusieurs cas rapportés par Serres et Bally. Trousseau et Pidoux me paraissent interpréter son mode d'action d'une façon plus satisfaisante en disant que le médicament agit vraisemblablement en réveillant la sensibilité intestinale et facilitant les évacuations, c'est-à-dire à la manière des purgatifs, en somme.
Dysenterie. La noix vomique est réellement un agent foil utile dans cette maladie, comme le démontre une expérience de plus d'un siècle. C'est, en effet, en 1775 que Hagslrom fit ses premiers essais, et depuis lors les résultats ont généralement été satisfaisants. Il la prescrivait associée à la rhubarbe, à la crème détartre et au diascordium. Après lui nous citerons comme recommandant l'emploi de ce médicament dans la dysenterie Odhelius, Hartmann, Dalberg (1775), Zetterberg, dont les observations démontrent qu'il calme les épreintes, diminue la fréquence des selles et guérit enfin la maladie.
Hufeland, plus tard, a beaucoup contribué à mettre en relief les vertus antidysentériques de la semence du vomiquier. Lors d'une épidémie observée à léna, il n'eut qu'à s'en louer dans cent quarante cas oii il la prescrivit. Administrant d'abord un ipéca, il faisait prendre l'extrait à l'intérieur (0,60 cent.) et en lavement, associé à l'opium ; il guérissait généralement ses malades en deux et trois jours.
Bademacher n'a pas été aussi heureux, bien qu'il ait eu des résultats satistaisants.
Bergius, au contraire, conteste à la noix vomique les propriétés antidysentériques qui lui sont attribuées. S'il admet qu'elle calme la diarrhée, le flux intestinal, il affirme que malgré cela elle nuit aux malades. Ce médecin sera sans doute tombé sur une série malheureuse, car Geddings, de Baltimore, en 1835, Delioux de Savignac, en 1867, reconnurent l'exactitude des observations de Hagstrôm, Hufeland, Mùller, etc. Toutefois Delioux, d'après quelques faits qui lui sont propres, admet que la noix vomique est plutôt un adjuvant utile qu'un remède curatif dans la dysenterie. 11 la prescrivait surtout pour combattre la paresse intestinale et la parésie des membres inférieurs, si Iréquentes dans la convalescence de celte maladie.
Geddings ordonnait la poudre à la dose de i^^bO ; Delioux n'a jamais dépassé 0,60 de cette préparation, qu'il associait à 1-4 grammes de cannelle.
La diarrhée chronique a été parfois avantageusement modifiée par les prépara-
NOIX VOMIOUE (thérapeutique). 515
lions de noix vomique. L'idée première de cette application est de Récamier. Nevins {London Med. Gaz., 1849), en pareil cas, faisait entrer cet agent dans la composition d'nn électuaire, avec l'extrait de rhubarbe, les pilules bleues, le sous-carbonate de fer et l'opium. Quelques médecins s'en servent enfm pour atténuer la diarrhée typhoïde.
Chute du rectum. Contre cet accident la noix vomique s'est montrée trèspuissante. En 1856, le docteur Schwartz publiait dans le J. de Hufeland des faits très-favorables à ce remède, non moins utile, suivant lui , chez l'adulte que chez l'enfant. 11 prescrivait une solution de 0,05, 0,10 cent, d'extrait dans 4 grammes d'eau, à prendre à la dose de six à dix gouttes toutes les 4 heures, pour les enfants, de deux à trois pour les bébés. Barez préfère la formule suivante :
Salep pulvérisé S grammes.
Eau commune 100 —
faites bouillir et ajoutez à lacolature extrait de noix vomique 0,05 cent. A prendre en vingt-quatre heures.
AfFections du cœur et du poumon. On a mis a profit les propriétés cinétiques de la noix vomique, ses eftets sédatifs sur la circulation (Fodéré), dans certaines maladies caractérisées par une atonie des plans musculaires du cœur et des vaisseaux ou des bronches. C'est ainsi que Homolle, Brugnoli (1862), lui ont reconnu une action thérapeutique utile dans les palpitations nerveuses sous la dépendance d'une profonde débilité; que Teissier, de Lyon, la recommande dans les hydropisies asthéniques, pour rétablir la circulation languissante et favoriser la résorption des liquides épanchés. Elle triomphe de cette façon des œdèmes, des hydropisies qu'on observe dans les états cachectiques, chez les anémiques et les sujets en proie à l'impaludisme, chez ceux enfin qu'ont éprouvés la misère et les privations. Wiel, autrefois, donnait la noix vomique aux hydropiques, associée à l'extrait de trèfle d'eau.
Onavuréussir encore ses préparations dans le catarrhe suffocant des vieillards, à titre sans doute d'expectorant; dans la bronchite chronique (Clarke) ; dans Vasthme (Samuel Hahnemann) ; dans V emphysème pulmonaire (Saiz, Corlès) et même dans la pneumonie franche (Rasori,Giacomini) ; dans là paralysie bronchique (Duncan, 1860).
Affections nerveuses. L'action si remarquable et profonde que la noix vomique exerce sur le système nerveux commandait pour ainsi dire son administration dans certaines maladies de ce système.
Chorée. C'est ainsi que pour rendre aux muscles troublés par l'excitation choréique leur équilibre, pour les fixer et empêcher leurs conti\ictions désoi'données, on songea à cet agent tétanisant. Cazenave, de Pau, l'administra dès 1827 avec succès à un de ses malades, puis, en 1841, Fouilhoux et Rougier essayèrent la strychnine à peu près au moment oîi Trousseau instituait ses expériences avec la noix vomique. Cet éminent clinicien doit être toutefois considéré comme le plus actif promoteur de la méthode. Il a montré néanmoins que, si les préparations stnchnées ont souvent une iniîuence très- salutaire dans la chorée, elles sont loin de constituer un spécifique contre cette névrose. Trousseau donnait des doses fortes d'extrait alcoolique, en pilules de 0,01 à 0,05. II a parfois atteint la do§e de 0,80 chez l'adulte et celle de 0,30 chez l'enfant de cinq à dix ans.
316 NOIX VOMIQLE (thérapeutique).
Épilepsie. L'emploi de la noix voniique conire celte névrose est de date ancienne, puisqu'il a été indiqué par Sidren et Hartmann. Après eux il me faut citer surtout Liclitenstein (1819). Ce médecin eut occasion de voir parmi les Lettes, peuplade de la Courlande, beaucoup d'épileptiques, et d'étudier sur eux les propriétés tliérapeutiques de la noix voniique. Il guérit complètement cinq malades sur vingt-huit, améliora considérablement l'état de seize autres, mais écboua complètement chez les sept derniers. 11 donnait la poudre bien sèche, de préférence à l'extrait.
En 1826, Chrestien, de Montpellier, en 1858, Legrand, de Paris, essayèrent ce remède et en obtinrent les résultats les plus satisfaisants. Le premier guérit tout à fait huit malades sur trente, et améliora notablement l'état des vingtdeux autres; le second eut une seule cure complète sur huit sujets traités, mais une amélioration sensible chez les sept autres.
Ces deux médecins ont surtout préconisé la poudre de noie voniique torréfiée, à dose croissante. On commence par un quart de grain (0,0125) le soir ; on augmente d'un quart de grain tous les quinze jours jusqu'à ce qu'on ait atteint douze, seize et même vingt-quatre grains (ls'"20) par jour. En 1855, Legrand a confirmé les bons effets de cette méthode devant l'Académie des sciences.
Hystérie. Ihjpochondrie. Anciennement la noix vomique jouissait d'une grande réputation dans le traitement de ces névioses, comme l'indiquent les travaux de Buchner, Junghans , Thebesius , etc. Aujourd'hui elle n'est plus guère usitée conire elles qu'autant qu'elles sont compliquées de troubles fonctionnels gastriques ou intestinaux.
Tétanos. On l'a aussi préconisée dans cette redoutable maladie, non pas, comme on pourrait le croire, en vertu d'idées homœopalhiques, mais dans le but de substituer les spasmes intermittents de l'intoxication vomique aux spasmes permanents du tétanos (Coze). Je me borne à signaler cette étrange conception.
Manie. Albinus calmait les maniaques agités à l'aide de la noix vomique.
Névralgie faciale. Si ce médicament a réellement une action stupétiante, comme l'admettent certains auteurs, s'il atteint surtout les nerfs de sentiment, suivant la théorie de Cl. Bernard, on comprend qu'il puisse agir favorablement contre la névralgie faciale. Bœlants, sur vingt-neuf cas qu'il a réunis, dont vingt et un personnels, d'administration de la noix vomique dans la névralgie faciale, compte vingt-cinq succès. Cette statistique est encourageante.
Maladies infectieuses et virulentes. Choléra. TouS leS médicaments
actifs ont été proposés pour combattre ce mal terrible, de sorte qu'il n'y a pas lieu d'être supris de trouver la noix vomique sur la liste de ses spécitiques. Foy l'a vu laire merveille en Pologne ; Plinio Schivardi, en Italie (1868); Grimaud, d'Angers, Pottou, Dreyfus, en France, pendant l'épidémie de 1851-52. Jules Lecœur, de Caen, s'en loua beaucoup aussi en 1849, comme stimulant propre à faciliter la réaction. Il administra la teinture à la dose de 4 à 8 grammes, dans vingt-deux cas, avec des résultats fort encourageants. L'honorable praticien ne résiste pas au besoin de produire une explication à propos de ses succès. Il constate que la noix vomique, comme le choléra, vient de l'Inde, et ajoute naïvement : « Dieu na-t-ilpas toujours et partout placé le remède à côté du mal ? »
Trousseau et Pidoux, qui émettent un jugement assez favorable sur l'emploi
NOIX VOMIOUE (thérapeutique). 517
de ce médicament dans le choléra, sont d'avis tout simplement qu'il favorise la réaction « en vertu de ses propriétés puissamment excitantes. «
Rodrigue recommande de le prescrire à la dose de quelques centigrammes dans le choléra infantile, pour combattre l'adynamie.
Fièvres intermittentes. Vers la fin du dix-huitième siècle on prescrivait souvent la noix vomique contre les fièvres rebelles. Wedel, Ducbner, Hartmann, Junghans (1770), l'appliquaient à la cure des tierces ou des quartes graves. Ludovicus alla jusqu'à dire qu'il la préférait au quinquina.
A notre époque, Angelo Pogliani s'est bien trouvé de prescrire 0,60 et même 1 gramme de poudre de noix vomique aux malades atteints de fièvre intermittente. De pareils résultats pourraient trouver leur explication dans ce fait observé par Defermond, à savoir cpie le strychnisme produit la contraction de la rate.
Peste. Gesncr et Fallope ont attribué à la noix vomique des effets diaphorétiques utiles dans cette maladie, et Paul de Sorbait rapporte qu'elle fut administrée fréquemment avec utihté durant la peste de Vienne. Ceux qui en prirent, ajoute-t-il, furent enivrés et attaqués de vomissements. Le fameux éh-ctuaire, De ovo, de Maximilien I", vanté contre ce fléau, était à base de noix vomique et de thériaque.
Rar/e. Les Indiens considèrent la semence du caniram (nom du vomiquier) comme un moyen héroïque de prévenir la rage. Ils appliquent sur la morsure une noix rôtie trempée dans de l'huile de lin, et font prendre à l'intérieur le huitième d'une semence, matin et soir, pendant soixante et onze jours. Ils donnent même ce spécifique dans la rage confirmée. Est-il besoin de dire que le remède indien n'a jamais prévenu ou guéri la rage que dans l'imagination des Hindous, et quoi qu'en ait dit Thebesius d'après ses expériences.
Morsures de serpents. Les Arabes, on le sait, attribuaient à la noix vomique, à l'époque de Sérapion et d'Avicenne, des vertus alexipharmaques puissantes, et ils n'hésitaient pas à en faire un usage quotidien pendant deux années pour se préserver de la morsure des serpents ou empêcher ses effets funestes.
Applications diverses. Sous ce titre je comprends un certain nombre d'usages de la noix vomique qui n'ont pu trouver leur rang dans les catégories précédentes.
Propriétés vermifuges. Son action toxique si puissante pour tous les animaux, à quel jues rares exceptions près, pouvait faire présager cette application. En effet, de tout temps on a reconnu qu'elle expulsait aisément les helminthes de l'organisme humain (Junghans) , même les tsenias. C'est uu ténicide encore usité aujourd'hui dans le pays d'Over-Yssel.
Notre matière médicale nous fournit des vermicides aussi puissants et moins dangereux.
Propriétés antidiabétiques. La strychnine a été recommandée dans la diabète, en 18.53, par Fricke, de Baltimore, Semraola, de Naplcs, en 1861, Smart d'Edimbourg, plus récemment par Jaccoud, etc., empiriquement comme agent stimulant des voies digestives. Le professeur Gubler émet l'idée que les préparations de noix vomique, en excitant l'activité musculaire, déterminent une consommation plus grande de glycogène, ce qui diminue d'autant la glycosurie. Quoi qu'il en soit de l'explication à donner, il est certain que la noix vomique agit utilemetitchez les diabétiques. Bouchardat la fait entrer dans la formule de
û'18 NOIX VOMIQUE (thérapeutique).
pilules reconstituantes propres à relever les forces des glycosuriques et à rendre meilleures leurs digestions :
Alocs des Barbadcs )
Exilait alcoolique de noix vomique [ âa 1 gramme.
Laclate de l'er )
Sulfate dp quinine 2
40 pilules.
De une à trois par jour.
Alcoolisme. Luton, de Reims, considère la noix vomique comme « le médicament de l'alcoolisme. « Il combat, dit-il, le tremblement, les troubles cérébraux, les accidents hyperémiques en général, et peut être utile contre les manifestations thoraciques et gastro-intestinales si fréquentes dans cette intoxication. On donne 0,10 cait. d'extrait par jour, ou 2 grammes de teinture. Les assertions du médecin de Reims ont trouvé jusqu'ici beaucoup d'incrédules; cette sorte de spéciticitc qu'il attribue à la noix vomique sera difficilement admise.
Dysménorrhée. Rademacber (1855) se loue en pareil cas de l'association suivante :
Teinture de castoiôum IS grammes.
Teinture de noix vomique 15 —
Trente gouttes, cinq à six fois par jour.
On a prescrit encore les Gouttes utérines de la Reine d'Espagne, dont la formule est :
Alcool à 50° 30 grammes.
Extrait tec de noix vomique 0,15 centigr.
Pour en finir avec d'autres applications plus ou moins sérieuses de la noix vomique, je me borne à signaler son emploi AdinsY albumimirie (Gamberini-Brugnoli, 1862); dans Vinsotation, pratique populaire aux Iles Philippines; dans le rhumatisme chronique, méthode hindoue rapportée par Ainslie {Mat.ind., l, 518); puis ses usages comme éméto-cathartique dans les maladies graves, suivant l'habitude des Ostiaks, peuple de la Sibérie, au rapport de Pallas [Voyages, t. IV, 69); comme vulnéraire, unie au vitriol blanc, dans les ulcères scorbutiques invétérés (Hartmann, Wielj ; contre les flneurs blanches, dit Loureiro dans sa Flore de Cochinchine, grillée (la noix) jusqu'à la noirceur.
Préparations; doses; mode d'emploi. Les préparations les plus usitées sont la poudre, la teinture alcoolique, Vextrait alcoolique. Plus rarement on prescrit Vextrait aqueux, qui, suivant Legrand, renferme très-peu des alcaloïdes de la noix vomique et agit surtout comme amer.
Les doses sont nécessairement variables suivant une foule de conditions, relatives à l'âge, aux effets qu'on recherche, aux maladies qu'on traite, etc. J'ai déjà indiqué les doses usitées à propos de chacune des grandes applications thérapeutiques du médicament, c'est pourquoi je me borne à inscrire ici les chiffres moyens :
Poudre 5 à 20 centigrammes.
Extrait alcoolique 5 à 15 —
Teinture alcoolique 50 centigr. à 2 grammes.
Extrait aqueux 5 à 20 centigrammes.
On prescrit généralement la poudre, en nature, mélangée avec de la poudre de réglisse ou de cannelle, ou en pilule; l'extrait en solution aqueuse, ou mieux en pilule; Assclin le donnait en lavement, mais à dose plus forte, pour éviter
NOIX VOMIUUE (inÉRAPEUTiQCE). ZVJ
l'action topique irritante sur les premières voies, lorsqu'il était nécessaii'e d'en continuer l'usage longtemps, comme dans le traitement des paralysies.
L'extrait, qui est une bonne préparation en général, a l'inconvénient grave de différer beaucoup de puissance suivant les pbarmacies et aussi dans la même pharmacie aux différentes époques de l'année, c'est-à-dire qu'il renferme des proportions d'alcaloïdes éminemment variables. On acceptera donc la l'ecommendation de Trousseau à ses malades, de prendre cette préparation non-seulement chez le même pharmacien toujours, mais encore dans le même pot, quand on suit un traitement à doses progressives longtemps continué.
On n'oubliera pas non plus q\ie l'économie ne tolère pas, par habitude, les préparations de noix vomique, comme elle fait pour d'autres médicaments. Ces préparations s'emmagasinent dans l'organisme, pour ainsi dire, de telle façon qu'on peut voir les effets physiologiques s'accentuer, même alors que les doses n'ont pas été augmentées. C'est assez dire qu'il faut toujours surveiller avec soin l'action du remède, surtout quand on le manie à dose élevée.
Antidotes. Contre-poisons. Quand l'administration des préparations de noix vomique à doses fortes est suivie d'accidents de strychnisme, de tétanos, en suspendant immédiatement l'emploi du remède, en administrant des préparations opiacées, du cliloral ou du chloroforme, on a bien vite enrayé l'intoxication et dissipé ses effets. Mais dans un cas d'empoisonnement plus grave la conduite à tenir serait différente.
La première condition à remplir, c'est de vider l'estomac quand le poison a été ingéré par la bouche, soit en administrant un émétique quelconque, celui qu'on a le plus tôt sous la main, l'ipéca, le tartre stibié, le sulfate de zinc (Baynham), soit en faisant une injection sous-cutanée d'apomorphine (O^' 02).
Si on le peut, on videra l'estomac à l'aide de la pompe stomacale et on lavera soigneusement sa cavité. On devrait encore administrer un purgatif et un lavement laxatif, pour chasser le poison de l'intestin.
11 me semble inutile de recourir aux contre-poisons chimiques : le tannin (Ossian-Henry), le charbon, l'iode (Donné), le chlore en solution, sous prétexte de précipiter les alcaloïdes, de les rendre insolubles ou de les absorber; on perdrait sans profit un temps précieux à répéter des expériences de laboratoire. J'en dirai autant de l'huile et du vinaigre proposés par Lésant, pharmacien de Nantes.
Pour combattre maintenant les accidents convulsifs, il faudra de préférence s'adresser aux anesthésiques, le chloroforme, l'éther sulfurique en inhalations, l'hydrate de chloral en lavement, qui s'absoz'bent rapidement à dose suffisante pour exercer leur action antagoniste dans de bonnes conditions.
Les injections hypodermiques de morphine, bonnes sans doute,, excellentes en pareil cas, vont un peu moins vite, de sorte que cet antidotisme entre la strychnine et la morphine, signalé par Pelletier et Caventou, n'a pas toujours le temps de s'exercer avec profit.
Une saignée copieuse aurait probablement ses avantages, et je m'étonne qu'on n'ait jamais mis à l'essai ce moyen puissant, pour atténuer les convulsions et conjurer l'état hyperémique menaçant de tous les grands appareils. Je sais qu'un sujet observé par Pellarin, qui s'était ouvert une veine après avoir pris de la noix vomique, mourut, mais il s'était ménagé et avait pris une dose formidable de poison. C'était la saignée que proposait Jean Bauhin pour combattre l'empoisonnement chez les chiens : « Ne aiitem pereant niicis vomicœ veneno canes, auricula eorum vulneranda ita ut sangids exeat aut etiam ejus amputanda. »
520 NOIX VOMIQUE (thérai'Eutiquk).
On aurait soin encore de hâter l'élimination des alcaloïdes de la noix vomique à travers ses émonctoires principaux, les reins, les glandes sudoripares, à l'aide des diurétiques et des sudorifiques. Puis on mettrait le patient dans le calme le plus complet, loin du bruit ; on le préserverait des moindres secousses physiques, etc., qui augmentent toujours ses convulsions et son malaise. C'est pourquoi je ne conseille pas, à l'exemple de Delile, de tenter la respiration artificielle qu'il proposait théoriquement. ER^EST Labcée.
g V. TOXECOLOGIE {Voyez Strychnine).
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