NOSE
\ORTn (JoHJi), né à Oxford en 1790, commença ses études médicales comme assistant chirurgien de la milice du comté d'Oxford et il fut chargé, à Ihùstol, après la guerre de la Péninsule, du traitement des prisonniers français. 11 quitta ensuite l'armée, se fixa à Londres, où il devint chirurgien, accoucheur, membre du collège des chirurgiens en 1809, et fello^Y en 1845. Il avait été professeur d'accouchements à l'hôpital de Wetminster, puis à celui de Middlesex. 11 est mort le 6 mars 1875.
Nous citerons parmi ses nombreux mémoires :
I. A Case of Pœternatural Siructure in an Infant; in whom also iipon Exaniination post mortem, Digestion of the Stomach ivas found to hâve taken Place. In Lond. Med. fteposilonj, t. IV, 1815. — II. A Case of Tetanus, from Compound Dislocation and Fracture of the Thumb, which terminated successfidhj . Ibid., t. VII, 1817. — III. Remarks on on Mr. Chapman's Observations on Serons Affiision. Ibid., t. IX, 1818. — IV. Observations on a PccuUar Spccies of Convulsions in Childrcn. In London Med. and Phys. Journal, t. LUI, ISio. — V. Observations on Vaccination, wit h référence to Dr. Gregory's Paper. Ibid., t. LVII, 1827. — VI. Praclical Observation., on the Convulsions of Infants. Londres, 1826, in-S". — VII. Remarks on the Treatment to the adopted during Labour in Cases ofthe Anterior Obliquitij of the Utérus. Ibid., t. LVIII, 1827. — VIU. Case of Hysterical Catalepsy, wilh Remarks. Ibid. — IX. Divers articles sur l'emiiloi des bougies dans le traitement du sarcocèle, l'emploi du cubèbe dans diverses afiections cutanées, etc. Ibid. A. Dleeau.
IXORTHC'OTE (William), chirurgien de la marine anglaise, vivait pendant la seconde moitié du dernier siècle. Entre autres ouvrages de peu de valeur, il a publié une brève histoire de l'anatomie qui renferme un grand nombre d'erreurs.
I. The Marine Practicc of Physic and Surgery ; particularhj use fui to ail those who visit ■the East and West Indies on the Coast of Africa. To which is added a Pharmacopœia Marina and some hrief Directions to be observed by the Sea Surgeon in any Engagement London, 1770, in-8°. 2 vol. — II. Anatomy of the Hwnan Body [oti a entire New Plan) in a Melhod very différent from ail Anatomical Writers, etc.; to which are subjoined some Physiological Tracts... London, 1772, in-is". — III. A Concise History of Anatomy, from the earliest Ages of Antiquity. To which are annexed a few Thoughts ont/ie Uses of Anatomy, etc. 1772, in-S". — IV. Melhodus praescribendi cxempUficata pharmacopceis nosocomiorum Lond., Edinb., Paris., Pctrop., etc. Londini, 1772, in-8\ L. Hrf.
XOR^VÉGE. Voy. Scandinavie.
XOSE (Karl-Wilhelm), célèbre médecin et minéralogiste allemand, naquit à Brunswick en 1755, étudia, en 1774 à Helmstâdt, en 1775 à Strasbourg, puis, à partir de 1779, à Tienne, où il eut pour maître le fameux Maximilien Stoll. Après d'excellentes études médicales, il s'établit à Augsbourg, où il remplit, pendant quelque temps, les fonctions de médecin de l'hôpital Saint-Martin, puis à Elberfeld ; mais il ne tarda pas à renoncer à la médecine pour se consacrer exclusivement à la minéralogie et à la géologie. Il passa la dernière période de sa vie à Bonn, dans le village d'Endenich, dont la situation romantique sur le Rhin l'avait séduit, et enfin à Cologne, où il mourut le 22 juin 1855 (d'après Poggendorff, il serait mort à Endenich) ; il était âgé alors de 82 ans.
Nose était conseiller secret de la légation de Nassau, chevalier de 5*= classe de l'ordre de l'Aigle rouge de Prusse, membre d'un grand nombre de sociétés savantes, etc. Ses publications se rapportent surtout à la médecine et à la géologie ; nous citerons dans le nombre :
I. Yersuch einiger Beitràge zur Chemie. Wien, 1778, in-8°. — II. Abhandlung von M&inigbrennen. Niiniberg, 1779, in-S". — III. Ueber die Behandlung des venerischen Uebels.
556 NOSSIROPUÉLINE.
Augsburg, 1780, in-8°. — \S . Âbhandlung iiber die Gonorrhoe. Augburg, 1781, in-8°. — V. JJeber die Zulàssigkelt der Ausfuhrungen, besonders durch Brechmillel, in hitzigen Rrankheiten. Augsburg, 1781, in-4°. — VI. Ùcber die Zulâssigkeit eiiier Auswahl uiiler klinischen Geschâften fiir fieie Aerzle. Augsburg, 1790, gr. in-12. — VII. Orograplnsche Briefe iiber die Siebengebirge, etc. Frankfnrt a. M., 1789-91, in-4°, 3 vol. — VIII. Uebe7- einige besonders gebildete Quarzdriisen. In Sc/ir. der Gesellsch. naturf. Freunde in Berlin. Bd. VIII, 1778. — IX. Reissblei in liupfergrùn. In CrelVs Annalen, 1788. — X. Ueber die Wiirdigung ziveier Ijûlfsmitlel der Minéralogie, der chemischen Analyse und der âussern Cliarakteristik. Ibid., 1790. — XI. Ueber einige vesuvische Fossilien. Ibid. 1792. — XII. Orographische Briefe iiber die Sauerlândischen Gebirge in Westphalen, etc. Frankfurt a. M., 1791, in-4''. — XllI. Verzeichniss einer Sammlung nicderrheini$c/ier und Westjj/iàlischerGebirgsarten. Fraiikf. a. M., 1791, in-4°, — XIV. Von der Geduld, besonders des Antes am Krankenbette. Frankf., A. M., 1791, in-8°. — XV. Beilrage zuden Yorstellungsarlcn iiber vulcanische Gegenslânde. Frankf. a. M., 1792-94, in-8°. — XVI. Ueher ein Ereigniss in der mineralogischcn Literatur unserer Tage. Frankf. a. M., 1793, in-8°. — XVlI. Tafeln iiber die Bildung und Uinbildung des BasaUs und der Laven. Frankf. a. M., 1794, in-S°. — XVIII. Griinde eines Arztes, der medicinischcn Praxis zu entsagen, und sich iiber die am Kraiikenbctte begangenen Fehler zu beruhigen. Augsburg, 1794, in-8°. — XIX. Der Wertk der Anstalten gegen das Blatlern-Uebel. Frankf. a. M., 1800, in-8°. — XX. Observatio de usu alcali volalilis externo. In Nova Acta Acad. Nal. Cur., t. VIII, p. 59, 1791. — XXI. Ueber die Wiirdigung einer Théorie, ijt J.-U.-G- Schàffer, Entwiirf iiber die Unpâsslichkeit. Frrnkf. a. M-, 1799, petit in-8°. — XXII. Beschrcibiing einer Sammlung von meist vulcanisiiten Fossilien, die Dolomien 1791 von Malta nach Augsburg und Berlin versandte. Frankf., a. M., 1797, in-folio. — XXIV. Miner alogische Sludien iiber die Gebirge ani Niederrhein (herausgegeben von J. Nôggeralh). Frankf. a. M., 18Û8, in-S». — X\V. Ucber die Bimsleine und deren Porphyre. Frankf. a. M., 1819, in-8°. — XXVI. Historische Syinbola die Basall-Genese belreffend. Bonn, 1820, in-S». — XXVII. Krilik der geologischen Théorie, besonders der von Breislak und jeder uhnliclien. Bonn, 1821, in-8°. — XXVI II. Beschtuss der Krilik der bisherigen geologischen Théorie. Coin, 1834, in-8°. — XXIX. Aulros travaux publiés dans : Nova Acta Acad. Nat. Cur.; CreU's chem. Annalen; Annalen der Wetlerau. Gesellsch ; CrelTs Beitr. zu den chem. Annalen; Eyerl's med. Chronik; CreU's chem. Journal; Schi-iften der naturforsch. Gesellsch. zu Berlin, etc. L. Hn.
IXOSEXCÉPOALES. (De vôao;, maladie, et £y/.£'^«).oç. encéphale.) Genre de monstre pseudencéphalien, dans lequel la tumeur vasculaire crânienne n'envahit pas la région occipitale. Le crâne est ouvert dans les régions frontale et pariétale. Pas de fissure spinale. Trou occipital distinct. D.
NOISOLOGIE, i\'OSOGR.iPHiE. La nosologie (de véo-oç, maladie, et ),67oç, discours) est la science qui traite des maladies. Le mot n'a qu'un sens général comme celui de philologie, ou de théologie et ne porte en lui aucune idée de classement ni de nomenclature. La nosograpliie (de ypâyav, écrire) est plus particulièrement la description des maladies, de leurs causes, de leurs symptômes, etc. Elle suppose une distinction entre les diverses maladies, et un nom doinié à chacune d'elles : en d'autres ternies, une classification et une nomenclature. [Voy- Méthode et Nomenclature.) D.
i\Oi!)OnA]\iE. (De vôc-o;, maladie, et pavîa, folie). Genre de folie qui consiste en des préoccupations excessives au sujet de la santé, poussées jusqu'à l'aberratiou des idées et le délire des actes. Les fausses conceptions peuvent ne ])orter que sur un certain genre de maladies, et l'on sait que la syphilomanie est loin d'être rare. Il y a quelque différence entre cette forme vésanique et l'hypocondrie simple. Nous croyons cependant qu'il convient de rapprocher les deux états morbides dans un seul article {voy. Hypocondrie). D.
KO§opuoRE. Voy. Lit, p. 682.
KOSSiROPnÉLiA'E. Voy. Lit, p. 682.
XOST.ILGIE. Ce mot vient du grec votto;, retour, et a^yo;, douleur. La nostalgie ou mal du pays a reçu le nom de Heimweh en Allemagne, de malatia del paes en Espagne, de homes sickness en Angleterre, etc. Ces dénominations comme celle de pathopatridalgia, indiquent toutes le regret du pays natal, regret qui forme, il est vrai, le caractère dominant de la maladie, mais qui n'en est pas la cause exclusive. Les mots nostomania, philopatridomania, qu'on trouve également dans certains auteurs, ont le tort de préjuger de la nature de la maladie et d'en faire d'emblée une monomanie, ce qui est loin d'être prouvé. Si la nostalgie est un désir irrésistible de retourner au pays natal, ce désir n'embrasse pas seulement les lieux qui nous ont vu naître, il s'applique également aux amis, aux parents que nous y avons laissés, aux objets dont la vue a charmé noire enfance, et jusqu'au genre d'aliments dont nous avons été nourris. D'un autre côté, ce n'est pas toujours le lieu même de sa naissance que regrette le nostalgique : le pays, quel qu'il soit, où nous avons goiàté le bonheur, a pu concentrer sur lui toutes nos sympathies et devenir une seconde patrie, non pas toujours cà cause des charmes inhérents au sol, mais en raison des jouissances matérielles et morales que nous y avons trouvées. « L'homme ayant tout pondéré dans son intelligence, a dit Broussais, finit souvent par adopter la devise : Ubi benè, ibi palria. »
Donc, avec M. Haspel. nous appellerons la nostalgie le regret exage'ré que cause V éloignement des miliedx. dans lesquels nous avons vécu un certain temps, avec le désir irrésistible d'y retourner.
Etiologie. Les causes de la nostalgie, aussi nombreuses que variées, sont les unes prédisposantes et liées à l'âge, à la profession, à l'éducation, etc.; les autres occasionnelles et relatives à tous les incidents propres à réveiller et à exalter les souvenirs du sol natal.
i'^ Causes prédisposantes, a. Age. Tous les âges ne sont pas également enclins à la nostalgie. Bien que cette affection soit incompatible avec la première enfance, il n'en est pas moins vrai qu'instinctivement le nourrisson s'attache à tout ce qui l'entoure, et les pleurs qu'il répand, lorsqu'on vient à le changer de nourrice, sont déjà comme un vague sentiment de nostalgie. Plus avancé en <Hge, alors que sa vie intellectuelle a commencé à se développer, l'enfant, interné dans les maisons d'éducation, se prend, il est vrai, à regretter les douceurs du foyer paternel, mais la nostalgie n'a encore que peu de prises sur lui. Ses impressions sont encore fugaces, et le travail journalier, les jeux et les distractions qu'il trouve au milieu d'autres enfants de son âge ne tardent pas à accomplir son acclimatation morale au nouveau milieu qu'il habite.
L'adolescence est véritablement l'âge de prédilection de la nostalgie. C'est en effet entre dix-huit et trente ans que le jeune homme quitte sa famille pour courir à la recherche d'une carrière ou pour servir sous les drapeaux. C'est l'âge des illusions et de l'amour. Le jeune homme, encore sous l'impression de ses souvenirs d'enfance, est par cela même plus exposé à se rappeler les lieux où il a été heureux et à en grossir les charmes dans son imagination, dès qu'il vient à se heurter contre les premières déceptions de la vie.
Après trente ans, le mal du pays devient de plus en plus rare. Dans l'âge adulte, l'homme a modifié ses habitudes et oublié en grande partie ses souvenirs d'enfance. Plus préoccupé de l'avenir que du passé, il est devenu ambitieux pour assurer le bonheur de la famille qu'il s'est créée; sa tête est maintenant plus active que son cœur; sa patrie est là où il a trouvé le bonheur, la
richesse, la renommée. L'amour de la famille a remplacé celui du sol natal. La nostalgie n'a plus guère de prise sur le vieillard mûri par une longue expérience, désillusionné de toutes choses et amoindri dans ses facultés physiques et morales. Le vieillard est généralement indifférent au sol "qu'il habite, pourvu que rien n'y vienne troubler les habitudes douces et souvent maniaques qu'il s'est créées et qui constituent toute son existence. Pourtant cette règle n'est passans exception : Laurent et Percy parlent d'un médecin en chef d'armée qui, après avoir fait toutes les guerres de la République et de l'Empire, ne devint nostalgique que pendant la campagne de Russie. Alibert cite le nom d'un médecin qui fut pris d'une nostalgie invincible après un très-long séjour à la Guyane.
b. Sexe. La femme est moins sujette à la nostalgie que l'homme. Malgré son tempérament généralement nerveux ou à cause de cela, elle se prête mieux que l'homme aux changements d'habitude et aux impressions nouvelles. Son esprit versatile se plie à toutes les nécessités, et, comme le dit Michel Lévy dans son langage brillant : « Quelles que soient les migrations de la femme, sa manièi'e de vivre est moins changée, et, comme les anciens fugitifs du sol natal, elle emporte avec elle ses dieux lares, c'est-à-dire les ressources de sa nature, les magiques ressorts de son activité, tout ce monde intérieur qu'elle se bâtit, et dans lequel elle existe plus réellement que dans le monde extérieur. » En général, la jeune fdie ne quitte sa famille que pour en londer une nouvelle et pour concentrer toute ses affections sur 'son mari et sur ses enfants, préoccupation continue et salutaire, qui efface petit à petit en elle les souvenirs du sol natal. « L'amour, a dit Mme de Staël, devient pour la femme toute l'histoire de sa vie et supprime en elle toute aspiration vers le passé. »
Néanmoins, on a vu les jeunes tilles élevées dans des conditions moins heureuses et forcées de quitter leur village pour aller servir dans les grandes villes, sous des maîtres souvent durs et exigeants, tomber parfois dans un état de nostalgie profonde que le retour au pays pouvait seul guérir. Sauvages, Zwinger et Pinel ont rapporté de nombreux exemples de ce genre ; mais de nos jours, il faut le dire, le mal du pays atteint bien moins souvent qu'autrefois les servantes placées dans nos grandes villes, grâce sans doute à l'amélioration de leur existence matérielle, et à la facilité croissante des moyens de communication.
La nostalgie est extrêmement rare chez les religieuses qui, dans la fermeté de leur vocation, dans la régularité de leur existence, dans la ferveur des pratiques religieuses, trouvent mille compensations aux douceurs de la vie de famille.
c. Tempéraments, instruction, éducation, etc. Les tempéraments les plus divers payent un égal tribut à la nostalgie. Cependant les gens nerveux, sensibles, au caractère doux, timide ou morose, sont les plus sujets à cette affection. Une éducation molle et tendre reçue exclusivement au sein de la famille rend l'àme plus sensible sans la fortifier contre les difficultés de la vie, et laisse plus tard l'homme sans défense contre les atteintes de la nostalgie.
La culture de i esprit, sans être un préservatif assuré contre le mal du pays, en diminue cependant les chances d'explosion, en alimentant l'esprit et le cœur, en fournissant à l'homme instruit toutes sortes de distractions et de consolations inconnues aux gens illettrés.
d. Professions. Service militaire. L'état militaire et la carrière du marin sont, de toutes les professions, celles qui prédisposent le plus à la nostalgie. Si l'on songe que la conscription enlève le jeune homme en pleine croissance du
milieu où il a été élevé pour le jeter brusquement de la vie de famille dans la vie militaire, pour lui foire subir sans transition un changement de climat, de nourriture, d'habitudes, et même de vêtements, on ne peut être surpris de la fréquence de la nostalgie chez les jeunes soldats. Le conscrit quitte le foyer domestique en automne, cette saison attristante des brumes et de la chute des feuilles, et arrive haletant a l'étape journalière. Aussitôt installé au régiment, ou le conduit à l'exercice, on le plaisante, on le brusque. Toutes les habitudes paisibles de la famille font place subitement à mi apprentissage dur et pénible, qui ne tarde pas à réveiller les regrets du foyer, La vie libre d'autrefois est mise sans cesse en parallèle avec les rudes exigences du présent. Parmi les jeunes soldats, les uns luttent contre la nostalgie et en triomphent; d'autres, moins bien trempés, en subissent toutes les atteintes, au moins pendant quelque temps. C'est surtout au début du service militaire que le mal du pays se développe; plus tard, le soldat a « pris des habitudes d'ordre et d'activité, le régiment est devenu pour lui une famille, le désir de l'avancement, l'amour de la gloire ont effacé dans son esprit le souvenir du passé » (Haspcl).
Le dégoût des jeunes soldats pour la profession des armes provient en grande partie de l'excès de travail qui leur est imposé brusquement et sans graduation, et de la sévérité excessive de certains chefs, qui prétendent « faire passer le niveau d'une discipline inexorable jusque sur les affections du cœur. «(Michel Lévy.) Nombre de médecins militaires ont remarque que la nostalgie est d'autant moins fréquente dans les régiments que les jeunes soldats y ont rencontré des chefs plus doux, plus bienveillants, et sachant concilier les exigences du service militaire avec les égards dus à des jeunes gens arrachés récemment à leur famille.
Le fantassin, oisif pendant une partie de la journée, est plus enclin à la nostalgie que le cavalier, distrait par des occupations plus multiples et plus variées. Les jeunes soldats recrutés dans la capitale et dans les grandes villes, par cela même plus habitués aux tourments et aux déceptions de la vie, résistent mieux au mal du pays que les campagnards naïfs, à l'àme neuve, au cœur vierge d'impressions pénibles. Seulement si les citadins se plient rapidement aux exercices et aux habitudes du régiment, ils supportent moins bien les fatigues de la vie en campagne, ainsi que l'a fait remarquer Mauriceau Beauchamp, et s'ils résistent à la nostalgie en temps de paix, ils la contractent aisément en temps de guerre. Le contraire a lieu pour les campagnards, plus rompus aux grandes fatigues et plus vite familiarisés, pendant la guerre, avec des travaux qui leur rappellent ceux du pays natal.
L'engagé volontaire lui-même, malgré les illusions dont il se berce, malgré sa vocation décidée pour la carrière des armes, n'est pas toujours à l'abri de la nostalgie, grâce aux déceptions que lui ménagent la discipline intlexible du régiment et les impatiences de l'avancement.
Jusqu'ici, nous n'avons vu la nostalgie ne sévir en quelque sorte qu'à l'état sporadique, et principalement sur les jeunes soldats. Quelquefois, elle est devenue épidémique parmi les jeunes gens d'un même département incorporés dans le même régiment. 11 en a été ainsi surtout pendant les guerres de la Révolution, alors que les levées en masse enrôlaient dans la même demi-brigade tous les jeunes gens d'une province. La loi de 1852 sur le recrutement de l'armée, en confondant dans un même régiment des conscrits pris dans tous les départements, a rendu plus rares, on pourrait dire a supprimé ces épidémies de
3G0 NOSTALGIt;.
nostalgie, véritable contagion moi-alo, fruit d'un échange mutuel de regrets et de souvenirs portant sur les mêmes objets.
C'est surtout en temps de guerre, lorsque aux revers et aux désastres viennent se joindre sous des climats nouveaux et lointains, les privations et les maladies, que la nostalgie éclate épidémiquement parmi les soldats, et alors les nouveaux venus ne sont pas seuls à en souffrir. On a vu des soldats, anciens de service et pleins de bravoure, tomber dans une nostalgie profonde pendant la peste qui a sévi sur nos vieilles bandes d'Egypte après la prise de Saint-Jean d'Acre (Larrey). En l'an II, le mal du pays s'est déclaré chez les Bretons de l'armée de la Moselle, décimés par la dysenterie; en l'an VllI, elle a ravagé l'armée des Alpes, en 1812, l'armée de Pologne éprouvée par le froid et les privations, en 1815, les assiégés de Maycnce décimés par le typhus, etc. Michel Lévy a vu éclater la nostalgie dans un régiment d'infanterie composé déjeunes Corses qui lui payèrent exclusivement tribut.
Le mal du pays a été observé encore à l'état épidémique après la malheureuse expédition de la Dobrutscha et à la suite des maladies qui sévirent sur nos troupes dans cette contrée inclémente. Si la nostalgie ne s'est pas présentée pendant les expéditions lointaines, mais heureuses du Mexique et de la Chine, elle a reparu quelque peu après les désastres de 1870 parmi les militaires et les mobiles enfermés dans Paris, notamment parmi les Bretons (Benoist de la Grandière).
Service dans la marine. La nostalgie, autrefois très-commune sur les navires de guerre, y est devenue très-rare de nos jours. Jadis, outre que l'hygiène des navires était très-imparfaite, le travail y était réparti d'un façon injuste et arbitraire, le choix des matelots s'opérait sans discernement. Le marin, mal payé, mal nourri, maltraité par ses chefs, se dégoûtait bien vite du service et devenait dès lors enclin à la nostalgie. De nos jours les matelots sont recrutés, les uns par l'inscription maritime, les autres par le sort. Les premiers pris parmi les populations du littoral, et familiarisés dès leur plus jeune âge avec les durs travaux de la navigation, ne deviennent nostalgiques que s'ils ne savent se plier à la discipline inflexible des navires de guerre ou si mariés, comme c'est très-souvent le cas, ils se sentent éloignés pour de longues années, d'une famille dont ne les séparait autrefois que la durée limitée d'une pêche. Quant aux jeunes conscrits pris par le sort dans les campagnes ou dans les villes de l'intérieur, une fois embarqués, tous les prédestinés à la nostalgie : le mal de mer, la nouveauté d'un métier pénible et plein de dangers, les exigences d'une discipline de fer, les plaisanteries qu'inspirent leur gaucherie et leur tristesse à des camarades plus rompus qu'eux à la vie maritime, leur inhabilité à parler la langue commune, lorsqu'ils sont d'origine bretonne, etc. « Tout cela, dit Fonssagrives (Fonssagrives, Hygiène navale), crée autour d'eux un isolement plus complet auquel ils se résignent tout d'abord, mais qu'ils recherchent bientôt pour repaître leur pensée des lieux et des personnes qu'ils ont connus. »
Telles sont les causes d'ordre différent qui, d'après B. de la Grandière, font éclater ia nostalgie parmi les marins, suivant qu'ils proviennent de l'inscription mrritime ou de la conscription.
e. Nostalgie chez les différents peuples. « Chacun ici bas, a dit Alibert s'imagine que son fays natal est distingué des autres par des faveurs singulières, par des attributs rares et particuliers. La nature a eu besoin de cette illusion
pour retenir chaque homme dans ses foyers » et aussi, ajouterons-nous, pour éviter l'entassement de tous les hahitants du glohe dans les climats tempérés et dans un espace trop restreint pour les commodités de l'existence. Voilà pourquoi la nostalgie est de tous les pays, quel que soit le degré de civilisation de leurs hahitants, quehjue aride que soit la contrée où ils ont été bien élevés. Bien plus, la nostalgie est en raison inverse de la civilisation et en raison directe de l'àpreté du pays regretté. Les peujilades simples, primitives, sauvages même, sont les plus sujettes au mal -du pays. Qui ne sait que les Lapons éloignés de leurs contrées sombres et glacées, songent avec regret à leurs huttes enfumées et à leurs plaines neigeuses, et qu'on a vu les Groënlandais transportés en Danemark, braver tous les dangers pour traverser sur de frêles canots les mers qui les séparent de leur pays? Dans l'histoire si touchante de Couramé, Alibert a personnifié la nostalgie dans une jeune sauvage qui, au milieu de toutes les splendeurs de la civilisation , ne peut résister au désir de regagner furtivement la hutte misérable de ses parents. On a vu des nègres et des créoles qui avaient suivi leurs maîtres en Europe, les quitter brusquement pour revoir les colonies oij ils étaient nés, et Cook a constaté la nostalgie la plus réelle chez des sauvages •de la Nouvelle-Zélande qu'il avait embarqués sur son vaisseau.
Parmi les peuples civilisés, les Français sont de tous les plus enclins au mal du pays. D'humeur peu voyageuse, profondément attaché à sa famille et au sol si fécond et si attrayant de son pays, le Français ne s'expatrie qu'à regret et prend rarement racine dans les colonies, qu'il est, en partie, pour celte raison, si peu apte à fonder. En France, chaque province fournit d'autant plus de nostalgiques que l'instruction et les voies dé communication y sont moins répandues. Parmi toutes, la Bretagne tient le premier rang. L'esprit religieux, de ses habitants, leurs mœurs simples et originales, leur attachement à la famille, leur caractère sombre et triste, leur langue distincte en font des étrangers partout et partout les exposent au regret de leurs champs, de leurs chaumières et de leur famille. Après les Bretons ce sont les Corses et en général les habitants des montagnes et des petites îles de l'Océan qui payent le plus fort tribut à la nostalgie. La disposition au mal du pays diminue à mesure qu'on s'avance vers le midi. Les habitants des Pyrénées, placés sur le trajet de tous les envahisseurs, se sont civilisés forcément et sont devenus de moins en moins attachés à leur sol (D. de la Grandière). En général, le méridional au caractère gai, à l'imagination vive et mobile oublie vite le passé et s'accomode facilement du présent. Le nord et le centre de la France où l'instruction et l'industrie sont le plus répandues et où les voies de communication sont les plus nombreuses, sont aussi les régions qui fournissent le moins de nostalgiques. L'Auvei'gne, la Creuse, les Alpes françaises, dont les habitants émigrent de leur pays et y retournent périodiquement sont, pour cette raison même, moins enclins à le regretter.
La patriotique Alsace, si française par le coeur, si imbue d'esprit militaire, ne fournissait naguère qu'un faible contingent de nostalgiques à l'armée française, malgré le charme attachant de ses belles montagnes et de ses plaines fertiles. Plus d'un de ses enfants exilé d'nn sol qui n'est plus nôtre ou transplanté dans les garnisons lointaines d'une armée étrangère, a connu, depuis, les tourments de la nostalgie, le regret amer d'un pays d'autant plus aimé qu'il est plus malheureux.
Les Allemands sont assez enclins à la nostalgie qui pendant la dernière
guerre a foil de nombreuses victimes parmi les soldats de la Landweluv (R. Chenu).
La Suisse est la terre classique de la nostalgie. La vie libre et indépendante de ses habitants, leur esprit de famille, l'air pur des montagnes, le charme des sites dont les contours accentués s'incrustent dans la mémoire, voilà ce qui explique suffisamment les regrets irrésistibles qu'éveille chez les Suisses l'éloignement de la patrie.
La nostalgie est rare aujourd'hui chez les Italiens. Les habitants des Alpes et des Apennins y sont plus sujets que ceux du reste de l'Italie. Dans l'armée, ce sont les Sardes et les Siciliens qui en présentent «les cas les plus nombreux (B. de la Grandière) .
L'Anglais est rarement nostalgique. Son amour des voyages, son esprit aventureux cl cosmopolite, ses préoccupations commerciales le mettent à l'abri de ce mal sans lui ôter rien de son attachement pour son pays, dont il désire la grandeur, sans en regretter le sol. N'est-ce pas là le secret de son génie colonisateur ?
f. Uesclavage, avant l'abolition de la traite, déterminait fréquemment la nostalgie chez les nègres emmenés loin de leurs pays par des maîtres barbares, àtel point que ces malheureux cherchaient parfois dans le poison la fin de leurs misères et de leurs regrets. Maintenant que les nègres sont libres aux États- Unis et qu'ils y sont traités avec plus d'humanité, ils se plient sans regret à leur nouveau sort.
g. La transportation, la captivité, Vexil, sont, on le conçoit de reste, des conditions éminemment favorables au "développement du mal du pays. La Révolution française a été une source féconde de nostalgie parmi les émigrés. Larrey a observé celle affection chez les prisonniers de guerre, d'autres l'ont conslalée de nos jours chez nos soldats emmenés captifs en Allemagne. Le travail en commun dans les prisons l'a rendue beaucoup moins fréquente que par le passé, chez les jeunes détenus, qui d'ailleurs regrettent plus leur liberté que leur famille.
2" Causes occasionnelles. Tout ce qui rappelle à un moment donné les lieux où s'est écoulé l'enfance, et le bonheur qu'on y a goûté, est capable de faire éclater subitement le mal du pays chez les sujets qui y sont prédisposés.
La nostalgie peut l'ester cachée comme un feu qui couve sous la cendre, jusqu'à ce qu'elle soit réveillée par une circonstance fortuite, telle que l'arrivée d'une lettre, la perte d'un ami, la rencontre d'un compatriote, etc. Tous les auteurs qui ont écrit sur la nostalgie n'ont pas manqué de citer l'effet da Ranz des vaches sur les soldats suisses au service de la France, si bien qu'on dut interdire cet air dans les régiments, tant il leur inspirait le désir de retourner dans leurs montagnes. Les chants des Bretons, ceux des montagnards de la Garniole, les ballades écossaises, exercent une influence analogue sur les enlanls de ces différents pays en leur rappelant leur jeunesse et leurs plaisirs d'autre fois (B. de la Grandière).
De toutes les causes susceptibles de réveiller la nostalgie, la plus évidente et la plus commune, c'est la maladie, si elle vient à atteindre l'homme éloigné de son pays natal. Comme les revers et les désastres, la maladie plonge dans la nostalgie le soldat et le marin. Si elle porte déjà par elle-même à la tristesse, cette tristesse ne peut qu'augmenter par le séjour à l'hôpital. Les soins mercenaires et en général plus intelligents qu'affectueux que le malade reçoit dans
les hôpitaux, le spectacle journaliei- des misères humaines et de la mort, reportent sa pensée vers les lieux qui lui sont chers et lui fout regretter les tendres soins d'une mère ou d'une sœur. Dans nos hôpitaux militaires on peut observer journellement cette influence de la maladie sur le développement de la nostalgie, et le bien qui résulte pour le malade d'une promesse de congé.
En résumé, la nostalgie est une affection qu'on trouve chez tous les peuples du globe. Tous les âges, tous les tempéraments y sont plus ou moins sujets. Les caractères les mieux trempés, aussi bien que les esprits pusillanimes en sont tributaires. Les professions de militaire et de marin, la maladie et le séjour dans les hôpitaux y disposent tout particulièrement. Les causes qui la provoquent, agissent avec d'autant plus d'efhcacité que les personnes qui s'y trouvent exposées sont placées dans un milieu plus différent de celui où ils ont vécu précédemment.
Mais hâtons-nous d'ajouter que l'étude étiologique qui précède n'offre plus en quelque sorte qu'un intérêt rétrospectif et historique plutôt ([u'un intérêt d'actualité. En d'autres termes, les causes génératrices de la nostalgie ont disparu en grande partie de nos jours, et par suite, l'affection znorale qui nous occupe est devenue de plus en plus rare. On ne l'observe plus surtout avec les caractères de gravité qu'elle revêtait jadis, et si on en mourait autrefois, il f;mt avouer qu'on n'en meurt plus guère aujourd'hui . Pour nous, qui pratiquons depuis dix-sept ans dans les hôpitaux militaires, cette terre classique de la nostalgie, nous n'y avons observé jamais ou presque jamais cette maladie avec les symptômes alarmants que certains auteurs lui ont assignés. Sans doute, il est peu de militaires malades qui, sur leur lit de douleur, ne reportent leur pensée vers le foyer domestique et vers leurs parents, mais ce sentiment si naturel est rarement durable, et s'il revêt une forme assez aiguë pour inilueiicer la marche de la maladie sur laquelle il s'est greffé, une promesse de congé en fait bien vite justice. Le plus souvent même le regret du pays disparaît spontanément après et quelquefois avant le retour de la santé. Dans les hô})itaux de l'Algérie, nous n'avons jamais vu non plus un seul cas de nostalgie grave ou qui ait résisté à la certitude d'un retour en France. Bien des confrères de l'armée nous ont parlé dans le même sens. Jamais non plus dans les régiments, même en temps de guerre, nous n'avons noté un cas de nostalgie assez rebelle pour nécessiter le renvoi du malade dans ses foyers. C'est presque toujours à l'état de complication et entée sur une maladie antérieure qu'elle s'est présentée à notre observation. Loin de nous la pensée de nier l'existence dans l'armée de la nostalgie fruste, c'est-à-dire indépendante de toute autre affection, mais si elle y a été fréquente et parfois grave pendant les grandes guerres de la Révolution et de l'Empire, il faut dire qu'aujourd'hui elle y est devenue rare et bénigne, grâce à la facilité et à la rapidité des communications, grâce aussi à la diffusion des lumières, auxbienfaits delà civilisation et à l'effacement progressif des mœurs et des langues locales. Les améliorations successives introduites dans les conditions de la vie du soldat et notamment dans son régime alimentaire, qui cependant est encore loin d'être parfait, la réglementation plus sage des travaux régimentaires, l'humanité et la douceur plus marquées des chefs, voilà autant de bienfaits qui ont eu leur part d' influence sur la diminution progressive du mal du pays. Ajoutons avec Haspel, que le médecin militaire mêlé à la vie intime des soldats, initié à leurs mœurs, à leurs habitudes, à leurs faiblesses et à leurs caprices, a su se frayer un chemin jusqu'à leur cœur pour provo-
quer leurs confidences et pour étouffer bien souvent le mal dans son germe, par ses soins et ses bienveillantes consolations. Ajoutons encore que la loi de 1852, en mettant fin au recrutement des régiments dans une même province, a contribué puissamment à diminuer les cas de nostalgie, au moins en temps de paix. L'opposition de caractères et d'aptitudes qui résulte du mélange dans un seul corps des conscrits de tous les départements, est devenue pour les militaires un sujet de distraction et a mis fin aux confidences dangereuses entre compatriotes souffrants de regrets identiques. Enfin le service obligatoire, introduit aujourd'hui dans presque toutes les armées de l'Europe, ne pourra manquer de produire des effets non moins salutaires. La confusion des jeunes gens de toutes les classes dans un même régiment, effacera du cœur du paysan le sentiment de l'inégalité des conditions, et lui fera supporter avec patience et résignation des dangers et des privations dont il ne sera plus seul à souffrir.
Déjà pendant la guerre de Crimée, la nostalgie se montra rarement et sans plus revêtir cette forme épidémique grave constatée pendant les guerres de la Révolution et de l'Empire. En Chine et au Mexique, malgré la longueur des traversées, malgré la nouveauté et la variété des climats, nos troupes n'ont pas souffert de la nostalgie, du moins à l'état d'épidémie, et si le mal du pays a reparu pendant la guerre de 1870, on ne l'a observée, somme toute, qu'à l'état sporadique et généralement bénin parmi les mobiles d'origine bretonne.
Dans le service de la marine, la nostalgie tend également à disparaître, gr^ce à l'abolition des châtiments corporels, à l'emploi plus rationnel du temps à bord des bâtiments de guerre, aux exercices variés imposés aux matelots, grâce aussi à l'instruction que leur donnent des maîtres recrutés dans les équipages et à la sollicitude intelligente des officiers pour leurs subordonnés. Au surplus, la suppression des distances parla télégraphie électrique, celle des longues traversées par la vapeur, la réduction de la durée des campagnes maritimes, la régularité des courriers, toutes ces innovations ont rendu le mal du pays encore plus rare dans la marine que dans l'armée de terre. « Cela est si vrai, dit B. de la Grandière, que les archives de médecine navale qui datent déjà de dix ans et où les médecins les plus distingués de la marine apportent le tribut de leur expérience et de leurs observations n'en font aucune mention. 11 en est de même du Statical report of the heallh of the navy qui est publié en Angleterre depuis quinze ans et qui n'en signale pas un seul cas. »
Enfin la nostalgie tend à diminuer aussi dans les populations civiles, sous l'influence de la diffusion des lumières, de la facilité et de la multiplicité des moyens de communication. Depuis dix ans, elle a disparu presque des prisons de la Seine et du bagne de Toulon et Besnoit de la Grandière a constaté d'après les tableaux statistiques de la marine, que sur vingt mille condamnés politiques ou forçats, diriges sur les établissements pénitentiaires, la nostalgie n'a pas été observée une seule fois comme maladie primitive.
Symptômes. Le premier effet de la nostalgie est un état d'ennui plus ou moins marqué, qui ne tarde pas à faii'e place à une véritable mélancolie. Tout d'abord, le nostalgique affecte une attitude réservée et taciturne qui ne lui était pas habituelle. Il perd sa gaieté et son expansion, et paraît indifférent à tout ce qui l'entoure. Son esprit, sans cesse préoccupé d'une seule pensée, le regret du pays et le désir d'y retourner, perd son activité et ne sait plus se fixer sur ce qui n'a pas trait à l'objet de ses préoccupations. Il souffre d'une inquiétude vague qui se transforme bientôt en un sentiment douloureux, poignant, se rêvé-
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laut par des larmes et que les larmes n'arrivent plus à calmer. « 11 semble dit Sagar, que l'àme du nostalgique ne réside plus dans le corps et qu'elle a rompu tout commerce avec lui. » Les souvenirs d'enfance les plus éloignés et depuis longtemps éteints, viennent assaillir comme un essaim d"ubeilles l'esprit du nostomane pour le cribler d'aiguillons douloureux. Cliose bizarre ! tel individu qui depuis de longues années a quitté le pays natal, — et nous nous sommes trouvés nous-mêmes dans ce cas, — qui a vécu d'une vie toute opposée à celle de son enfance, qui a contracté d'autres mœurs et d'autres habitudes, qui a visité les contrées les plus riantes et les plus jùttoresques, se prend à regietter soudain, surtout s'il vient à être malade, la vie et les habitudes de son enfance, les montagnes, les champs qui l'ont vu naître, et qui, si arides qu'ils soient, sont maintenant pour lui supérieurs en grâce et en beauté à tous les sites de la terre. On a vu des nostalgiques au milieu des splendeurs de la nature et du luxe des villes, regretter le fumier placé devant la chaumière paternelle, l'aliment grossier dont ils se nourrissaient au village. Ces regrets qui ne sont pas sans analogie avec ceux de l'amour malheureux prennent petit à petit les proportions d'une véritable passion. Bientôt le nostalgique devient timide et recherche la solitude pour attacher sa pensée avec plus de fixité et d'opiniâtreté aux souvenirs de son pays, de sa famille et de ses amis. Il fuit tout ce qui pourrait le distraire de ces chers souvenirs, il évite les personnes jusqu'alors les plus aimées et refuse leurs consolations qui ne font qu'exciter ses regrets. Rencontre-t-il un compatriote avec lequel il puisse s'entretenir dans la langue maternelle, il ne puise souvent dans cet entretien qu'une consolation passagère qui fait place à des regrets plus profonds encore. L'isolement dans lequel il se réfugie lui procure un repos funeste qui alimente sa pensée dominante et imprime une nouvelle violence à son délire. En vain il combat contre la toute puissance de son idée fixe, il y retombe sans cesse, dette lutte du nostalgique contre lui-même, dégénère bientôt en une fausse honte qui l'empêche de s'avouer sa maladie et de l'avouer aux autres. Il se défend, surtout s'il est soldat, d'une faiblesse qu'on pourrait taxer de lâcheté. Il résiste aux questions bienveillantes du médecin et accuse des malaises sans rapport avec la passion qui le subjugue. « Mais qu'on vienne à lui parler avec éloges de son pays et de ses compatriotes, qu'on lui laisse entrevoir, sans trop dévoiler sa nostalgie à l'assistance, une prochaine espérance de renvoi en ses foyers, vous verrez sa face pâlir et rougir alternativement, un éclair de joie mal comprimé passer dans ses yeux ; l'émoi de l'encéphale se communique comme par une secousse électrique à toutes les parties du corps et votre doigt posé sur son pouls pendant cet entretien, l'a senti s'animer et bondir soudainement » (Michel Lévy).
Benoist de la Grandière a vu chez une jeune fille la contemplation nostalgique portée à un véritable état extatique, avec extinction momentanée de la sensibilité et des fonctions des sens.
Une fois complètement dominé par sa passion, le nostalgique perd le sommeil et si, brisé par la fatigue, il s'endort pendant ([uelque heures, son idée fixe le poursuit jusque dans ses rêves qui lui montrent son toit paternel et ses parents, dont il prononce tout haut les noms. Le réveil en lui enlevant ses illusions, le plonge dans une tristesse d'autant plus sombre et parfois dans un état d'exaltation si violente qu'il ne sait plus cacher sa passion et qu'il la trahit par ses plaintes et par son désespoir. C'est ainsi qu'un malade du Val-de-Gràce ne cessait de s'écrier : « Renvoyez-moi dans mon pays ou je mourrai » (Micli. Lévy).
Tels sont les troubles psychiques propres à la nostalgie. Les troubles peuvent durer longtemps ou même disparaître, sans avoir retenti sympalhiquement sur aucune fonction, surtout si le malade est soumis à temps au remède héroïque de la nostalgie, le retour au pays natal. Dans le cas contraire, le nostalgique, accablé sous le poids de ses souffrances morales, finit par perdre aussi ses forces physiques. Son système nerveux troublé profondément, ne tarde pas à réagir sur les fonctions des différents organes qu'il tient sous sa dépendance. Les traits du malade s'affaissent et prennent l'expression de la tristesse et de la honte, son visage perd sa fraîcheur et pâlit, sa tête, chaude, est souvent douloureuse, ses mouvements deviennnnt lents, incertains, nonchalants. Ses yeux fixes, ternes, languissants, s'enfoncent dans les orbites. Son regard est vague et distrait. Bientôt l'anémie se déclare, le pouls se déprime, s'irrégularise et parfois se ralentit considérablement. Le cœur palpite, la respiration perd de sa régularité et s'entre-coupe de soupirs; des douleurs vagues, erratiques, variables en intensité, s'ajoutent à tous ces symptômes.
L'appétit diminue, puis s'éteint; la bouche s'empâte, l'épigastre s'endolorit, les fonctions assimilatrices languissent, l'amaigrissement se prononce et progresse rapidement, grâce à une dyspepsie nerveuse, souvent flatulente, s'accompagnant tantôt de diarrhée, tantôt de constipation et aboutissant parfois au refus absolu de nourriture.
Les fonctions génitales s'émoussent et s'éteignent à leur tour ; la femme voit ses époques menstruelles se troubler ou se supprimer ; sa coquetterie naturelle, son désir de plaire disparaissent sous l'influence de l'idée fixe qui la domine.
A mesure qu'augmentent ces troubles fonctionnels, le dépérissement fait des progrès rapides, la pâleur s'accentue de plus en plus, des frissons, des sueujs nocturnes surviennent, le malade immobile se cache sous ses couvertures, refuse toute réponse et repousse tout aliment. Une diarrhée colliquative vient augmenter sa faiblesse et il s'éteint dans le marasme, sans agonie, sans avoir perdu son intelligence et en consacrant sa dernière parole et sa dernière pensée au pays qu'il ne doit plus revoir. D'autres fois la mort survient d'une façon plus tumultueuse, au milieu d'accidents ataxiques et de convulsions (Haspel).
Ainsi finissent les malades qui succombent à la forme hectique ou grave de la nostalgie, forme lente, indépendante de toute lésion organique, que Broussais a décrite dans sa thèse inaugurale sous le nom de Fièvre hectique morale, résultat d'une surexcitation cérébrale continue, ayant amené à sa suite un trouble profond des fonctions nutritives. C'est la phihisie nerveuse décrite par Sauvages et Morton, ou encore la phthisie sèche des mélancoliques, comme l'a appelée Lorry.
Formes de la nostalgie. Complications. Anatomie pathologique. La plupart des pathologistes qui ont étudié la nostalgie, se sont contentés de décrire la maladie dans sa forme la mieux connue, celle que nous venons d'appeler nostalgie hectique. Tous ont analysé avec soin les phénomènes psychiques propres au mal du pays et indiqué en passant les troubles fonctionnels qu'il peut déterminer à la longue dans les différents appareils. Mais trop souvent, il faut le dire, ils ont sacrifié les recherches scientifiques au plaisir de cribler leurs écrits de citations poétiques et de considérations plus sentimentales que classiques. Ilaspel, dans son mémoire couronné en 1875 par l'Académie de médecine, a eu du moins le mérite de mettre en relief le côté clinique de la nostalgie
laissé dans l'ombre par ses devanciers, ainsi que les rapports de l'affection morale avec les maladies concomitantes. Il a fait ressortir encore toute l'importance qu'il y a à reconnaître l'élément nostomaniaque caché sous le masque des affections organiques et à saisir ainsi l'indication thérapeutique capitale reposant sur ce même élément,
Mais Ilaspel nous paraît avoir été moins bien inspiré, lorsque reprenant, pour les étendre, les idées de Broussais, de Larrey et de Bégin, il a cherché à créer l'anatomie pathologique de la nostalgie et à établir le mécanisme d'après lequel l'affcctiou morale déterminerait des localisations morbides et des altérations de texture dans les différents organes. « Ce n'est pas la peine d'être médecin, dit-il, pour ne voir dans l'action des passions humaines sur l'économie que ce qui saute aux yeux et de ne pas la reconnaître dans les mille nuances sous lesquelles elle se cache au vulgaire, » Cela est vrai, mais à force de nuancer la nostalgie, à force de la voir un peu partout, Ilaspcl est arrivé à lui attribuer la genèse d'un grand nombre d'altérations organiques qui, loin d'en être l'effet, en sont le plus souvent la cause, quand elles ne constituent pas uniquement des coïncidences. C'est ainsi qu'il en est venu à admettre presque autant de formes de nostalgie qu'il y a de maladies susceptibles de la compliquer. Pour lui, la nostalgie simple peut devenir cérébrale, gastro-entérique, tubeiculeuse, pneumonique, pleurale, etc., dès que dans son cours se développe une affection de ce genre.
La nostalgie simple de Ilaspel, la plus commune de toutes, est celle qui ne se complique d'aucune lésion organique. C'est une dépression physique et morale, qui guérit le plus souvent avec ou sans le retour au pays natal, mais qui peut déterminer la mort soit lentement et par épuisement, soit rapidement et par excitation cérébrale, si elle vient à atteindre un sujet nerveux (nostalgie simple suraiguë).
La nostalgie cérébrale suraiguë de Haspel, déjà décrite par Larrey, est une excitation morale portée au suprême degré, comme la nostalgie suraigiië de Bégin, mais s'accompagnant parfois de convulsions, de coma, de délire; convulsions et délire qui, tout d'abord de nature dynamique, auraient pour effet de déterminer, à un moment donné, des congestions et jusqu'à des hémorrhagies cérébrales. Il est difficile cependant d'admettre avec Haspel que l'iiémorrhagie cérébrale, observée par Masson de Neuf-Maison, chez un conscrit atteint de nostalgie récente, ait été l'effet immédiat d'une distension des vaisseaux provoquée par l'affection morale. Qui oserait soutenir que l'attaque apoplectique ne serait pas survenue fatalement et sans le secours de la nostalgie ?
Dans cette variété de la nostalgie qu'il a appelée forme cérébrale chronique, Haspel va plus loin encore. Il n'hésite pas à attribuer au mal du pays non-seulement les traces de méningite chronique trouvée chez un malade dont l'histoire est empruntée à une thèse de Montpellier, mais encore le ramollissement cérébral constaté chez un autre malade par Leroy-Dupré, l'encéphalite chronique découverte chez un nostalgique par Devaux, et qui était liée évidemment à la pz'ésence d'un kyste hydatique, etc.
« La préoccupation mélancolique, lorsqu'elle se prolonge, dit Haspel, ne tarde guère, pour peu que les conditions d'organisation s'y prêtent, à exciter outre mesure la vie de l'appareil cérébral, et cette simple surexcitation, par sa persistance et son énergie, finit par aboutir à une altération de texture. Si vous renvoyez à temps le malade dans ses foyers, vous arrêtez du même coup la
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nostalgie et la maladie qu'elle fait naître. » L'étude attentive des observations rapportées par Haspel et dont pas une seule ne lui est personnelle, est loin de confirmer cette théorie. Comment concevoir d'ailleurs que la nostalgie puisse engendrer des altérations aussi profondes qu'un ramollissement cérébral, lorsque les attaques les plus répétées d'hystérie et d'épilepsie ne déterminent pas ces lésions graves et ne s'accompagnent qu'à la longue, et non pas constamment, d'hyperémie du cerveau et des méninges, au pis aller d'un épaississement de l'arachnoïde? Partout, dans les faits signalés par Haspel, les symptômes dominants sont ceux de la lésion matérielle de l'encéphale compliquée, il est vrai, d'un état nostalgique qui n'a pu être et n'était bien des fois qu'un des symptômes mélancoliques des affections cérébrales chroniques, quand il ne constituait pas un de ces changements de caractère qui préludent à l'éclosion de la méningite et de l'encéphalite. Quoiqu'il nous en coiite de contredire ici l'autorité si grande et si respectable d'un vétéran de la médecine militaire, nous estimons que les lésions de texture des méninges et du cerveau, regardées par lui comme un effet de la nostalgie, constituaient au conti'aire l'affection primitive sur laquelle la nostalgie, favorisée d'ailleurs par l'état m.ilitaire, était venue se greffer secondairement. Aussi bien, tous les malades dont il s'agit ont succombé sans qu'aucune promesse de congé n'ait pu dissiper leur nostalgie ni enrayer les altérations cérébrales qu'elle était censée tenir sous sa dépendance.
Larrey, dans sa relation sur la nostalgie suraiguë, avait admis lui aussi que sous l'influence de la tension d'esprit du nostomane, le cerveau s'altère tout d'abord dans sa périphérie, et petit à petit dans ses parties profondes; de là engorgement des vaisseaux avec expansion de la substance cérébrale, affaiblissement consécutif des facultés intellectuelles, hallucinations l'elatives au sol natal, et plus tard perversion des fonctions des sens et des mouvements, gastro-entérite par stupeur du pneumogastrique, enfin prostration croissante des forces, etc. Telle est la théorie de Larrey et, en somme, elle ne diffère pas beaucoup de celle d'IIaspel. Mais celte théorie est loin de ressortir nettement des faits relatés par l'illustre chirurgien de la grande armée. Les lésions anatomiques qu'il a trouvées sur ses malades, telles que ramollissement inflammatoire de la superficie du cerveau avec points de suppuration, inflammation des méninges, toutes ces lésions sont évidemment celles de l'encéphalite et de la méningite, ainsi que l'indiquent les symptômes observés pendant la vie, à savoir : la lenteur et l'irrégularité du pouls, les mouvements convulsifs du début, le délire, la raideur tétanique suivie de paralysie et de coma. Le délire ici ne relevait que de l'encéphalite ou de la méningite cérébro-spinale, et chez un soldat éloigné de son pays et de sa famille, il a dû porter naturellement sur l'objet de ses regrets. Les malades observés par Larrey au Val-de-Grâce parlaient bien de leur pays, dit Bcnoist de la Grandière, mais ne témoignaient pas le regret d'en être éloignés ni le désir d'y retourner. C'était un délire incohérent. Le sentiment de l'éloignement du pays avait pu se développer pendant les premiers jours et imprimer au délire un caractère particulier, dans lequel Larrey n'a vu que la nostalgie. Du reste, Tourdes, dans son mémoire sur la méningite cérébro-spinale, cite plusieurs malades dont le délire avait revêtu la forme nostomaniaque.
Pour toutes ces raisons, nous ne saurions admettre que les lésions cérébrales, décrites par Larrey et admises par Bégin, soient les altérations propres de la nostalgie, et la nostalgie suraigiië de ces auteurs, comme la nostalgie cérébrale
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de Haspel, ne nous paraissent être autre chose qu'un délire triste à forme nostomaniaque lié à des affections cérébrales préexistantes.
Dans ce qu'il a appelé la forme intestinale de la nostalgie, Haspel admet que les troubles de l'appareil digestif, dynamiques tout d'abord, peuvent aboutir à une lésion organique de l'estomac et du gros intestin.
Les deux seules observations sur lesquelles il fonde sa thèse et qui ont été recueillies en Algérie ne nous paraissent pas suffisamment probantes pour établir l'action ulcérative de la nostalgie sur la muqueuse intestinale. L'un des malades était atteint de gastralgie suivie d'une diarrhée ulcéreuse avec symptômes de tristesse, et le- mot nostalgie ne figure même pas dans l'observation; l'autre, dont le gros intestin (chose difficile à comprendre) aurait eu le temps de s'ulcérer en moins d'un mois, sans rinHueuce du mal du pays, a succombé, ainsi que paraît indiquer l'autopsie, à des granulations tuberculeuses du poumon, compliquées d'ulcérations intestinales, sans doute de même nature. Que la diarrhée soit un épiphénomène assez commun de la nostalgie prolongée, personne ne le nie; mais combien plus souvent, en Algérie, la diarrhée ulcéreuse n'estelle pas la maladie tout entière, et la nostalgie, le résultat de cette diarrhée, une nuance de cette dépression morale qui accompagne les affections gastro-intestinales en général !
Il se peut qu'un malade atteint de diarrhée d'Algérie éprouve une amélioration passagère, même un arrêt momentané de sa maladie, à la nouvelle joyeuse d'un prochain retour en France. Nous avons vu plus d'un exemple de ce genre pendant notre séjour en Afrique; mais rarement l'amélioration se maintenait, et le plus souvent, la diarrhée avait reparu avant l'embarquement du malade. D'ailleurs, qui ne sait que les diarrhées d'Algérie les plus tenaces présentent des périodes d'accalmie trompeuses et indépendantes de tout traitement moral? Nous croyons avec Haspel qu'il est des diarrhées nostalgiques de nature atonique; mais ces diarrhées peuvent se prolonger indéfiniment sans déterminer de lésion analomique grave. Quant aux diarrhées ulcéreuses d'Afrique, proches parentes de la dysenterie, loin d'être la conséquence de la nostalgie, elles en sont presque toujours la cause chez nos militaires exilés sur le sol de l'Algérie, et par cela même disposés à la tristesse et au désir du retour. Si ces diarrhées ne guérissent souvent qu'en France, ce n'est pas sous l'influence morale du rapatriement, mais par l'action réconfortante d'un climat plus propice et d'une alimentation meilleure.
Pour ce qui est de l'influence de la nostalgie sur le développement de la pneumonie, de la pleurésie et de la tuberculose pulmonaire, nous admettrons volontiers avec Haspel que cette affection, comme toutes les maladies morales tristes, provoque des modifications du système nerveux capables de débiliter l'organisme et d'empêcher sa résistance aux influences morbides génératrices des affections de poitrine, comme de toutes les maladies en général. Toute constitution affaiblie par une cause morale ou matérielle en est là, et c'est à cela que se borne le rôle de la nostalgie; mais vouloir placer la pathogénie de la pneumonie dans le ralentissement des mouvements respiratoires provoqué par la nostalgie et dans un engorgement pulmonaire consécutif, c'est btàtir une théorie qui aurait besoin d'être étayée par des faits, c'est tomber dans le iatromécanisme. La nostalgie peut, quand elle éclate chez un pneumonique, imprimer à la maladie un caractère adynamique, une marche insidieuse qui la fait ressem- Mer à la pneumonie des vieillards; mais c'est à cela que se réduit toute son BICT. ENC. 2° s. XIIL 24
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influence. Surajouté à une affection de poitrine, le mal du pays en obscurcit parfois le diagnostic, et alors la thérapeutique, ainsi que le remarque avec raison Haspel, doit tenir compte de l'élément moral grefle sur l'affection organique. Ce n'est pas cependant qu'une promesse de congé nous paraisse susceptible de provoquer en peu de jours la résorption d'un épanchement pleurétique, comme dans un cas cité par Haspel, etoij, d'ailleurs, les vésicatoires et les diurétiques, joints à une crise sudorale, paraissent avoir joué un rôle au moins aussi efficace que la perspective subite d'un retour au pays natal.
Quant à la phthisie pulmonaire, il est certain, et Laënnec l'avait déjà fait remarquer, que les passions tristes et prolongées ne sont pas sans influence sur le développement de cette affection chez les sujets prédisposés, et à ce titre, la nostalgie peut revendiquer sa part d'action. Tout ce qui épuise les forces favorise l'éclosion de la phthisie. La coïncidence de la nostalgie et de la phthisie est, cela est certain, assez commune dans l'armée. Qu'elle soit la cause éloignée et prédisposante ou l'effet immédiat de la tuberculose pulmonaire, la nostalgie, si elle se présente, imprime à la phthisie une marche insidieuse, capable de masquer l'affection principale aux yeux de qui ne porte pas son attention sur tous les organes.
Haspel ne s'est pas contenté d'enregistrer les troubles nerveux et d'origine anémique que la nostalgie peut déterminer dans le cœur, telles que les palpitations, la dyspnée, l'irrégularité du pouls, etc. S'appuyant sur ce que Pinel, Corvisart et Masson de Neufmaison ont dit de l'influence des passions tristes sur le développement des affections organiques du cœur, il veut que les troubles fonctionnels du cœur et de la respiration déterminés par la nostalgie soient susceptibles, eux aussi, de provoquer des lésions organiques du centre circulatoire. La nostalgie, en diminuant la force contractile du cœur, amènerait une stase sanguine capable de dilater et d'amincir le ventricule droit. Mutel et Malaper du Peux avaient avancé déjà que les maladies du cœur, l'anévrysme, l'hypertrophie, voire même les insuffisances valvulaires, pouvaient être provoquées par la nostalgie. Enfin, il n'y aurait pas jusqu'à l'albuminurie et l'œdème des membres inférieurs qui ne pussent être le résultat du mal du pays! Les observations invoquées par Flaspel, et dont aucune ne lui est personnelle, prouvent plutôt contre sa thèse qu'en sa faveur. Dans toutes, il n'est question que de troubles fonctionnels du cœur, rattachés, soit hypothétiquement, soit même par erreur, à des lésions organiques non constatées par l'auscultation et encore moins par l'autopsie, puisque toutes ces prétendues lésions ont guéri rapidement par le seul fait du retour au pays natal.
Une des maladies qu'on voit se compliquer le plus souvent de nostalgie, c'est la fièvre tijphoide, et il est certain que la coexistence de ces deux affections tend à surexciter les symptômes nerveux propres à la dothinentérie.
Tous les médecins militaires savent combien une promesse de congé a d'efficacité pour mitiger ou dissiper ces symptômes nerveux et pour imprimer, en général, à la fièvre typhoïde une marche moins tumultueuse, plus régulière, et partant, plus favorable à la guérison. Une promesse de congé constitue d'ailleurs une véritable pierre de touche propre à dévoiler l'élément nostalgique qui s'est glissé à l'état latent sous l'ensemble symptomatique de la fièvre typhoïde ou de toute autre affection. Mais si la fièvre typhoïde sévit surtout sur les nouveauvenus dans les villes et sur les jeunes soldats, faut-il en conclure, avec Haspel, que cela tient à la nostalgie dont souffrent presque toujours ces nouveau-ve-
nus? Nous ne le pensons pas. La maladie morale, le plus souvent, n"a pas préexisté à l'affection typhoïde, mais est venue s'implanter sur elle consécutivement. Tant que le soldat vit de la vie commune des militaires, il peut bien reporter avec regret sa pensée vers le toit paternel, mais ce regret ne dure généralement pas, et de là à la nostalgie véritable il y a loin. Une fois en proie à la maladie, une fois couché dans un lit d'hôpital, mis en contact avec toutes les tristesses et envahi par la crainte de la mort, il se sent isolé, dépaysé, et c'est alors qu'il songe à ses parents, à ses amis du village et aux soins plus tendres qu'il aurait trouvés au milieu de sa famille. Interrogez les typhoïques de nos hôpitaux militaires, et presque tous vous diront qu'avant leur maladie ils ne pensaient que peu ou point à leur pays, et vous vous convaincrez que souvent les plus nostalgiques avaient été précédemment les meilleurs soldats et les plus
Il va de soi que la nostalgie, comme tout autre agent dépressif et débilitant, peut devenir, à ce titre, une des causes prédisposantes de la fièvre typhoïde. Mais si le soldat récemment incorporé, comme le lycéen nouvellement interné, est enclin à la nostalgie, on ne saurait attribuer à cette disposition seule la fréquence de la fièvre typhoïde dans l'armée, fréquence <jui tient avant tout au jeune âge du soldat et aux conditions hygiéniques ou plutôt antihygiéniques toutes spéciales inhérentes à l'état militaire ; aussi ne saurions-nous souscrire, dans toute son étendue, à cette proposition, quelque peu absolue, de M. L. Colin. « Quand dans l'armée un jeune soldat devient nostalgique, l'imminence morbide se borne pour lui à deux affections : la fièvre typhoïde et la phthisie pulmonaire, d'où l'énorme fréquence de ces deux maladies chez les militaires récemment arrivés à leur corps » (L. Colin, de la Mélancolie).
On n'en finirait pas, s'il fallait citer toutes les maladies dont l'origine ou l'aggravation ont été imputées à la nostalgie. Selon Mutel et Haspel, le mal du pays serait susceptible de prolonger ou d'aggraver la fièvre intermittente simple et pernicieuse, et d'annihiler l'action du sulfate de quinine. Pringle va jusqu'à l'accuser d'avoir engendré le scorbut qui décima les matelots embarqués sur les vaisseaux anglais et hollandais. B. de la Grandière rapporte, d'après Duplessis, un cas d'ulcère du col utérin entretenu par la nostalgie et qui n'aurait guéri que par le retour de la malade dans son pays. L'influence de la nostalgie sur les maladies chirurgicales se conçoit en général moins facilement que son action délétère sur les affections internes. Mauriceau-Bcauchamp et Gramazzini racontent que les blessés qu'elle atteignait succombaient même aux blessures les plus légères; Buisson, Jacquier, Ducrest de Lorgeril citent des faits analogues. 11 est difficile d'admettre cependant que la nostalgie exerce dans ces cas une action pernicieuse locale sur la blessure au point d'y déterminer le sphacèle, comme le veut Mauriceau-Beauchamp ; c'est plutôt par les convulsions, et par les phénomènes nerveux dont il complique le traumatisme que se révèle ici Tinflucnce nocive du mal du pays.
Il est certain que les hommes en proie à la nostalgie deviennent un terrain tout préparé pour les grandes épidémies, et que celles-ci choisissent de préférence leurs victimes parmi les soldais démoralisés et débilités par le mal du pays. Il en a été ainsi pendant les épidémies des grandes guerres de l'empire et de la Révolution, et de nos jours, les médecins militaires ont pu constater le même fait pendant la guerre de Crimée.
En résumé, la nostalgie est tantôt antérieure, tantôt et le plus souvent cou-
sécutive à la maladie et née dès lors sous son influence. Elle peut favoriser l'éclosion de certaines affections à titre de cause prédisposante, elle peut les aggraver à titre de complication, mais elle ne saurait produire de toutes pièces les altérations organiques qu'on a mises sur son compte ; ces altérations sont le résultat des maladies que la nostalgie a compliquées, et avec lesquelles on l'a confondue. La diversité même de ces lésions en est la preuve.
En un mot, la nostalgie n'a pas encore d'anatomie pathologique, et si l'encéphale est altéré dans cette maladie, il est impossible jusqu'ici de préciser le siège et la nature de cette altération.
Diagnostic. S'il est difficile de confondre la nostalgie confirmée avec aucune autre affection, il n'est pas aussi aisé de la démêler à ses débuts, surtout dans l'armée, où bien des timides et des honteux s'ingénient, de peur d'être qualifiés de lâches ou de poltrons, à cacher la cause réelle de leur tristesse et de leur dépérissement. C'est au tact du médecin, et aussi à son cœur, qu'il appartient de discerner les premiers symptômes du mal. S'il soupçonne l'existence de la nostalgie, il devra visiter fréquemment son malade, interroger sa physionomie, se renseigner dans son entourage sur son caractère et ses habitudes, le faire surveiller à son insu, s'attirer sa confiance et prendre des voies détournées, mais toujours bienveillantes, pour lui arracher son seci'et.
S'il est facile de reconnaître la nostalgie franche et primitive — dont le type tend d'ailleurs à disparaître — il n'est pas toujours aussi aisé de discerner l'élément nostalgique, qui, dans les hôpitaux militaires surtout, se dissimule assez souvent sous le masque d'autres affections. 11 appartient à la sagacité du clinicien de saisir cet élément si important au point de vue thérapeutique, et dont la disparition peut exercer une si salutaire influence sur la marche de la maladie primitive.
Parfois la nostalgie est simulée, principalement par les soldats désireux d'obtenir un congé de convalescence ou de réforme. Un médecin expérimenté ne restera pas longtemps la dupe de cette supercherie. Lorsqu'on vient à parler de son pays à un simulateur, son pouls demeure calme, ses yeux ne s'illuminent point, sa figure ne se couvre pas alternativement de rougeur et de pâleur, indices d'une émotion profonde. D'ailleurs, le simulateur n'a rien perdu de ses forces et de son embonpoint, ses fonctions ne sont pas troublées, il devance les interrogations du médecin, exprime prématurément le désir de revoir son pays, étale ses chagrins, refuse les médicaments. Le nostalgique vrai, au contraire, cache son mal tant qu'il peut, s'isole, parle peu, sanglote au milieu de la nuit et rêve tout haut de son pays et de ses parents. Laurent et Percy, à l'exemple de Sauvages, ont réussi constamment à démasquer les fraudeurs en leur faisant prendre des boissons amères et en les soumettant à la diète ; leur supercherie ne s'accommodait pas longtemps de ce régime. Il peut arriver cependant que le vrai nostalgique ne s'émeut pas visiblement à l'idée de revoir son pays, qu'il refuse les remèdes et que même il avoue son mal. C'est alors qu'il convient de s'enquérir avec le plus grand soin du caractère, du genre de vie du sujet et de sa manière de servir, s'il s'agit d'un soldat.
Le médecin militaire, mystifié trop souvent par les fraudeurs de l'armée, a une tendance naturelle à croire à la simulation, et la nostalgie, pour cette raison même, est une des affections qu'on range parfois avec trop de facilité parmi les maladies simulées ou même imaginaires. Haspel s'élève, non sans raison,
contre cette tendance née, selon lui, de l'esprit imprimé à une certaine époque à l'enseignement de la médecine militaire par des maîtres portés, sous l'inspiration des théories régnantes, à classer la nostalgie parmi les illusions et les chimères.
Il y a deux écueils à éviter : ne pas voir toujours la nostalgie dans la tristesse qui atteint si souvent le soldat, et ne pas nier non plus l'existence de cette maladie dans l'armée comme est tenté de le faire l'auteur d'un article critique sur l'ouvrage de Haspel, inséré dans les Archives générales de médecine, en 1875. D'après lui, la nostalgie serait une élégie plutôt qu'une maladie, une simulation inspirée par le dégoût de l'état militaire, enfin une perversion nerveuse innée, sans laquelle la maladie n'aurait pas pris naissance. Sans doute, l'explosion de la nostalgie implique une prédisposition spéciale, mais les dénégations du contradicteur de Haspel nous paraissent aussi éloignées de la vérité que les affirmations souvent trop absolues de ce dernier auteur. Si le rédacteur des Archives de. médecine ne voit la nostalgie nulle part, c'est peut-être parce qu'il pratique dans un milieu où elle est certainement moins commune que dans l'armée, et les médecins militaires, pour n avoir pas une grande pratique des troubles intellectuels, n'en sont pas moins parfaitement placés pour ohscrver la nostalgie, et assez expérimentés pour savoir la discerner là où elle existe réellement. Que le mal du pays soit devenu très-rare de nos jours, rien n'est plus vrai, et nous nous sommes évertués à le démontrer, mais qu'elle soit une maladie chimérique, c'est là une exagération contre laquelle nous avons d'autant plus le droit de nous élever, que nous avons ressenti personnellement tout ce qu'il y a de réel et de poignant dans cette affection.
Mais, d'un autre côté, si la nostalgie n'est pas un mal imaginaire, il faut se garder cependant de la voir partout et trop souvent. Si on l'observe encore assez fréquemment dans l'armée, elle y est néanmoins bien plus rare que ne le pensent certains médecins trop prompts à céder à l'impulsion d'un cœur tendre et compatissant. Bien des soldats de nos hôpitaux sont tristes, ennuyés, languissants, les uns par pusillanimité et par crainte de la mort, les autres par calcul et dans l'espoir d'extorquer un congé de convalescence à leur médecin. De même, dans les régiments, il se rencqntre des hommes tristes et découragés plutôt par dégoût du service militaire que par aspiration vers le foyer domestique. « L'homme qui prend en haine son métier, a tout intérêt à excuser son dégoût ou sa paresse par d'honnêtes explosions de sensiblerie. Ce n'est pas la famille qu'il regrette, c'est la subordination qu'il veut fuir » (Lasègue, Archiv. gén.de médecine). Il importe de ne pas prendre pour de la nostalgie ce défaut d'énergie morale qui peut sans doute, lui aussi, exercer une intluence fâcheuse sur les maladies, mais outre qu'il est moins digne d'intérêt que le mal du pays, il comporte un traitement qui, pour être moral, n'en repose pas moins sur des indications autres que le renvoi au pays natal.
Il ne faut pas confondre avec la nostalgie un état morbide spécial qu'on a appelé nostalgie organique et physique, et qui a sa source, non dans le regret du foyer domestique, mais dans l'impuissance où se trouve l'organisme de se plier aux influences de tel ou tel climat. Ces deux sortes de nostalgie, dit Haspel, ont un point de départ identique, l'éloiguement du sol où l'on est habitué à vivre; mais dans la nostalgie morale, le patient a la conscience de son mal, tandis que dans la nostalgie physique l'organisme est influencé à l'insu du malade et souvent du médecin. La première peut se guérir sur place, la seconde,
inhérente aux influences délétères du climat, tue infailliblement le malade, s'il n'est rapatrié.
Ptonostic. La nostalgie intense et qui résiste à la certitude du retour au pays natal, est une afl'ection grave qui peut entraîner la mort, soit par le dépérissement progressif qu'elle détermine, soit par l'aggravation des maladies et des blessures qu'elle complique.
La nostalgie grave implique une prédisposition nerveuse spéciale, fort heureusement exceptionnelle. Bien des nostalgiques finissent par guérir sur place et sans qu'il soit nécessaire de les renvoyer dans leurs foyers. On compte de nos jours les cas de mort par nostalgie, tant ils sont devenus rares.
Marche, durée, terminaison. Généralement, la nostalgie affecte une marche lente, chronique et progressive qui aboutit à un affaiblissement général et au marasme. Ou cite cependant des cas où au lieu de s'établir avec lenteur la .maladie a affecté une marche brusque et foudroyante, terminée soit par la mort naturelle, soit par le suicide. Le suicide du nostalgique n'est pas, d'après Haspel, le résultat d'une impulsion maniaque irrésistible, c'est un acte conscient, réfléchi, accompli de propos délibéré avec l'intégrité des fonctions intellectuelles. Le suicide nostalgique, rare chez les peuples civilisés, est plus commun chez les esclaves et chez les Indiens qui se tuent parce qu'ils se croient certains de renaître dans leur pays. Selon M. L. Colin, les nostomanes seraient de tous les mélancoliques ceux qui ont le plus de tendance à se détruire dès que leur état mental prend le caractère morbide, et M. Brierre de Boismont rapporte que sur 52 cas de suicide par monomanie, 13 ont été entraînés par la nostalgie, Il faut avouer que le suicide par nostalgie est devenu bien rare de nos jours, surtout chez les nations civilisées, et si l'on juge du passé par le pi'ésent, on est porté à se demander si les cas de suicide attribués par les auteurs au mal du pays étaient bien dus exclusivement à cette maladie.
Le plus souvent et fort heureusement, la nostalgie n'est qu'un sentiment passager qui se dissipe plus ou moins vite, soit spontanément, soit sous l'intluence du rapatriement. La nostalgie peut disparaître brusquement dès que les malades ont acquis la certitude du retour dans leur pays. Il en est qui guérissent dès qu'ils sont en route, d'autres, aussitôt qu'ils ont revu leur pays qu'ils quittent ensuite sans regret et sans éprouver de rechute. Enlin, la nostalgie peut guérir à la suite d'une émotion violente, d'un événement imprévu qui modifie le cours des idées du malade. Therrin en cite un exemple remarquable chez un artilleur qui dut se battre en duel, et qui blessé aux doigts oublia son pays, à la suite d'un événement qui lui causa la joie d'une victoire.
Rechutes. 11 n'est pas d'affection moins sujette à la récidive que la nostalgie. Cependant, Bégina observé que les malades déçus dans leur espoir d'obtenir un congé peuvent éprouver une rechute, et Laurent et Percy ont vu des nostalgiques mourir le jour même où ils apprirent qu'on les avait trompés.
Nature de la maladie. Quelle est la place de la nostalgie dans le cadre nosologique? Cette question a fait l'objet de nombreuses controverses et a suivi dans ses vicissitudes les doctrines médicales qui ont régné successivement. Bien que la nostalgie soit aussi ancienne que l'humanité, les médecins de l'antiquité ne la mentionnent pas. Les poètes seuls en ont décrit les tourments sans s'appesantir, cela va sans dire, sur son origine physiologique. Il faut arriver jusqu'au dix-septième siècle pour trouver la première description de la nostalgie, due à JeanJHoffer, dont l'ouvrage fut imprimé à Bâle en 1685. Bowbaave regardait la
nostalgie commc! uae des causes de la mélancolie et comme le résultat de l'altéraliou de la bile noire. CuUen la rangea parmi les vésanies ou névroses de l'iatelligence et en fit une des formes de la mélancolie. Selon Sauvages, elle est bien une vésanie, mais d'un genre à part et qui n'a rien de commun avec la mélancolie. Pour Sagar, la nostalgie, tout en étant une vésanie, provient d'une ■erreur de l'imagination, d'un désir dépravé. Pinel en lait comme les trois auteurs précédents une forme de l'aliénation mentale, une variété de la mélancolie. Broussais, qui prétendait faire plier tout à l'empire de l'irritation inflammatoire, plaça l'origine du mal du pays dans une irritation sympathique transmise au cerveau par un organe enflammé et confondit le mal du pays avec la méningite et l'encéphalite. Larrey, Bégin et Georget, contemporains de Broussais, tombèrent dans la même erreur.
L'école éclectique, dont Andral fut le chef, réagissant contre les doctrines exclusives du physiologisme, ramena la nostalgie vers l'idée de CuUen, c'est-àdire vers une névrose cérébrale, sans localisation anatonio-palhologique. Telle est aussi l'opinion de Grisolle, de Requin, des auteurs du Compendium, etc.
Contrairement à Boerhaave qui considérait la nostalgie comme une des causes de la mélancolie, L. Colin la regarde comme le résultat, comme un cpiphénomène de cette dernière maladie. L'éloignement du sol natal engendrerait tout ■d'abord la mélancolie, qui se convertirait ensuite en nostalgie sous l'influence ■d'un incident fortuit, rappelant le pays natal.
En somme, pour tous les auteurs que nous venons de citer, la nostalgie est une forme de l'aliénation mentale, procédant suivant les uns d'une simple névrose cérébrale, suivant les autres d'une inflammation de l'encéphale. Ilaspel, tout en admettant que la nostalgie peut déterminer à la longue la méningite et l'entérite, s'est évertué à prouver qu'elle n'est ni l'une ni l'autre de ces affections et a consacré de longues pages à la réfutation des doctrines surannées du physiologisme. 11 était plus difficile de démontrer que la nostalgie n'est ni une folie ni une monomanie, et nous ne saurions mieux faire que de résumer ici les arguments si plausibles sur lesquels Ilaspel a basé cette démonstration.
Au premier abord, il y a plus d'un trait d'affinité entre le mal du pays et la monomanie, mais en y regardant de près, on voit affluer les caractères qui distinguent nettement ces deux affections. Ainsi la nostalgie reconnaît une cause réelle et toujours la même, tandis que la folie réside, surtout après un certain temps, dans des perceptions multiples et abstraites. Le nostalgique, qui a pleine conscience de son trouble moral, conserve son libre arbitre ; le fou qui ignore son mal perd par cela même sa liberté et sa responsabilité morales. Le nostomane éprouve à la longue des troubles fonctionnels, des perversions digestives qui le conduisent au marasme; le monomauiaque conserve longtemps et jusqu'à la démence son appétit et son embonpoint. La nostalgie, maladie de la jeunesse, a une marche progressive, à évolution toujours identique; la folie, maladie de l'âge mùr, affecte une marche irrégulière, saccadée. La première, toujours de cause accidentelle, est susceptible de guérir rapidement, tandis que la lypémanie, affection héréditaire, est toujours grave et ne guérit qu'exceptionnellement. Enfin, s'il n'y a jamais de trouble des facultés intellectuelles à aucune époque du cours de la nostalgie, dans la monomanie, au contraire, l'intelligence ne tarde pas à se vicier complètement.
Haspel, tout en rayant la nostalgie du cadre de la folie, n'en admet pas oiif finalement qu'elle est une des formes de la mélancolie, reposant spécialemesi
sur une idée fixe, limite'c, circonscrite. Besnoit de la Grandière s'appuie à peu près sur les mêmes arguments que llaspel pour démontrer que la nostalgie n'est ni une monomanic ni uue mélancolie. Pour lui, c'est une passion lente et continue, une excitation de l'imagination, et c'est par l'union de l'imagination et du souvenir qu'elle se produit. C'est aussi à cette dernière opinion que nous nous rallions. La nostalgie tient, il est vrai, de la monomanie en ce sens qu'elle repose sur une idée fixe qui absorbe exclusivement la pensée du malade, elle tient aussi de la mélancolie par la tristesse dont s'accompagne cette idée fixe, mais elle diffère de la mélancolie et de la monomanie par tous les caractères qui ont été signalés plus haut. Alibert a distingué avec raison la folie du mélancolique de la passion qui fait le fond de la nostalgie, passion qui relève d'une disposition spéciale de l'âme, de l'amour inné de la patrie rendant presque indispensable à l'existence de l'individu le retour au pays natal. Toute passion peut donner naissance à une idée fixe. L'amour, ce besoin instinctif d'aimer, cet attrait mutuel des sexes que la nature a mis dans le cœur de tout être humain comme elle, y a placé l'attachement au pays natal, Vamour prend, lui aussi, dans certaines circonstances, les proportions d'une passion olfraut plus d'un trait d'affinité avec la passion du nostalgique. L'amoureux contrarié dans ses aspirations devient la proie d'une idée fixe qui le rend indifférent, comme le nostalgique, à tout ce qui n'a pas trait à l'objet préféré; comme le nostomane, il ne rêve qu'à la réalisation de son idée fixe, comme lui, il devient triste, timide, enclin à la solitude et perd à la longue l'appétit, le sommeil et l'embonpoint; comme lui enfin, il guérit par le seul accomplissement de son désir, tandis que la satisfaction des idées de grandeur et d'émulation d'un fou ne sauraient rétablir sa raison troublée dans tous ses éléments.
En un mot, la nostalgie n'est qu'une passion due, en vertu d'une prédisposition spéciale, à l'exagération d'un sentiment commun à tous les hommes, l'amour du pays natal. Elle est une névrose en ce sens qu'elle n'a pas d'anatomie pathologique, mais une névrose de l'imagination et non pas de l'intelligence.
Traitement. Le temps n'est plus où, à l'exemple de Broussais et de ses adeptes, on se contentait, pour guérir la nostalgie, de traiter l'irritation cérébrale ou la gastro-entérite dont elle était censée être la conséquence. Dans une affection où le moral est uniquement et primitivement atteint, c'est à modifier l'état moral qu'il faut viser avant tout, sans s'inquiéter plus que de raison des désordres fonctionnels qu'il peut amener à sa suite et qui sont destinés à disparaître avec le trouble de l'innervation encéphalique.
a. Traitement prophylactique. La prophylaxie de la nostalgie a été tracée de main de maître par B. de la Grandière, et c'est à cet auteur que nous emprunterons en partie ce qui se rapporte à l'hygiène du mal du pays.
La nostalgie, nous l'avons dit, est devenue rare à l'époque où nous vivons et c'est presque exclusivement dans l'armée et en temps de guerre qu'on l'observe encore. Les progrès de la civilisation, l'extension de l'instruction et des voies de communication, l'esprit cosmopolite des nations européennes, telles sont les causes qui ont amené cet heureux résultat. Il en découle que le traitement prophylactique de la nostalgie est basé tout entier sur la direction apportée à l'éducation des enfants et au développement des relations sociales.
Ce n'est pas tout que de donner à l'enfant une instruction littéraire et scientifique. On doit lui enseigner aussi les devoirs et les sacrifices que la patrie est
en droit de lui imposer, et lui inculquer de bonne heure le courage propre à supporter patiemment toutes les souffrances, dès que l'intérêt du pays le commande. Plus l'éducation aura été virile dès le jeune âge, plus tôt l'enfant aura été plié à une discipline douce et ferme à la fois, plus facile aussi lui paraîtra plus tard la pratique des devoirs les plus rigoureux.
On ne saurait trop encourager dans les écoles l'étude de la géographie. Cette science, en nous enseignant l'industrie, les mœurs des diverses nations, la configuration du sol de tous les pays, supprime l'étonnement et la crainte chez les jeunes gens jetés dans un pays nouveau et lointain, et par suite les rend moins enclins à la nostalgie. L'étude des langues vivantes, si négligée en France et en si grand honneur chez la plupart des nations européennes, est, elle aussi, on le conçoit sans peine, un puissant préservatif contre le mal du pays. C'est à partir de l'enfance, cet âge si bien doué pour apprendre plusieurs langues à la fois, que cette élude doit être entreprise. L'éducation en public, qui met l'enfant en contact avec les caractères les plus divers, contribue à l'assouplissement de sa volonté, au redressement de ses défauts, et lui donne une expérience anticipée de la vie. Au contraire, l'éducation douce et molle de la famille, en lui inculquant un amour exagéré du foyer paternel, le dispose par cela même au regret de ce qu'il devra quitter un jour.
Il serait bien d'habituer les jeunes gens à faire des voyages dans les pays étrangers, au sortir de nos lycées, à l'exemple de oe qui se pratique en Allemagne et en Angleterre, ft On doit favoriser aussi, dit B. de la Grandière, les concours agricoles, les réunions d'orphéons, les expositions de toutes sortes. Les déplacements qu'ils occasionnent, les relations qu'ils créent entre les habitants des villages éloignés et les différentes provinces, sont une sorte d'apprentissage aux grands déplacements que le service militaire et les diftérentes conditions de la vie peuvent occasionner plus tard. » Il va sans dire que tout ce qui se rapporte à l'hygiène physique doit marcher de front avec l'hygiène morale. La gymnastique, l'escrime, les exercices militaires, enseignés dans les collèges, en instruisant précocement les enfants au métier des armes, en feront plus tard des soldats bien trempés et moins sujets à se dégoûter d'un état où tout ne sera plus nouveau pour eux.
\}ne fois enrôlés dans l'armée pour concourir à la défense de la patrie, les jeunes gens devront trouver dans leurs chefs et dans leurs médecins des guides capables de les préserver des atteintes de la nostalgie. Nous avons dit déjà le bien qui est résulté, à ce point de vue, de la loi qui a supprimé le recrutement des régiments dans une même région et tous les avantages qu'on est en droit d'attendre de l'institution du service obligatoire. Le rôle de l'officier n'a pas moins d'importance que celui du législateur. C'est à l'officier de veiller à ce que le soldat, après des exercices fatigants et monotones, ne se livre pas à l'oisiveté, mère des sombres réflexions et des regrets amers du passé. Il faudrait que le soldat, à l'exemple du matelot, trouvât dans les casernes des moyens d'instruction propres à le distraire et à permettre à l'homme le plus illettré de savoir lire et écrire au sortir du régiment. La création de bibliothèques dans les corps de troupe, l'enseignement de la gymnastique, de l'escrime et de la musique, voilà des moyens précieux pour relever l'énergie morale et physique du soldat, pour réaliser avec le mélange des hommes le mélange des caractères, pour noyer dans un flot d'idées nouvelles l'aspiration vers le passé.
Il est aussi du devoir des chefs militaires de concilier les exigences de la dis-
ciplinc avec une autorité douce, bienveillante et juste, facilitant l'obéissance et inspirant l'amour du service; de veillera ce que les jeunes militaires ne soient pas la risée de leurs camarades et soient surveillés par de vieux soldats de leur pays, se conduisant envers eux à la façon des vieux soldats du temps de Brantôme : c les vieux les prenaient en main, les mondanisaient si bien qu'en peu de temps on ne les eût pas recognus. » Il importe encore de laisser aux militaires le temps nécessaire à l'accomplissement de leui's devoirs religieux, source de consolations et de relèvement moral pour les âmes soufirantes et découragées.
Le médecin militaire, que les soldats n'ont pas le droit de choisir et qui leur est imposé par l'État, doit, pour cela même, redoubler envers eux de bienveillance et de sollicitude, et leur faire comprendre, dès leur arrivée au régiment, qu'il est là pour veiller sur leur santé en temps de paix comme en temps de guerre. Il ne négligera rien pour devenir le confident de leurs peines, pour deviner au besoin leurs souffrances et leurs regrets. Certain de trouver des secours dévoués au milieu des dangers qui l'attendent^ le soldat songera moins à sa fomille et envisagera avec plus de courage les mauvaises chances des combats.
En temps de guerre, où les chances de nostalgie sont bien plus fréquentes, il est d'autant plus urgent de satisfaire tous les besoins moraux et matériels du soldat. La patrie lui doit une protection en rapport avec les sacrifices qu'il s'impose pour elle. En campagne, l'officier devra partager ses privations, l'encourager par son exemple, le médecin le convaincre de son dévouement. Dans l'intervalle des combats, et au milieu de la vie stationnaire des camps, on créera aux militaires des distractions capables de relever leur moral. Les jeux, la musique, la danse, les spectacles gais et comiques resserrent les liens de la camaraderie, créent des diversions et des idées nouvelles qui effacent le souvenir du sol natal. Larrey et Desgenettes ont constaté l'heureuse influence de la musique militaire sur l'esprit du soldat, et Haspel en a noté l'utilité pendant les campagnes d'Algérie et de Crimée. Tous les navigateurs, depuis Cook, Bougainville, Francklin, ont observé, dans leurs campagnes lointaines, les salutaires effets des moyens pi'écités sur la gaieté, l'entrain et la santé des marins. Enfin, en temps de guerre, la régularité des courriers qui mettent le soldat en rapport constant avec sa famille, constitue encore un préservatif puissant contre les tourments de l'isolement et les regrets du pays natal.
La maladie et le séjour dans les hôpitaux, où l'ennui naît des longues heures d'oisiveté, sont, nous l'avons vu, une source féconde de nostalgie. Pour y remédier, il est bon d'occuper les convalescents aux menus travaux des salles, d installer dans les hôpitaux des jeux et des bibliothèques, de faire manger à une table commune tous les malades en état de se lever, ainsi que l'usage en a été introduit récemment dans les hôpitaux militaires de Paris. L'habitude, prise également à Paris, de faire jouer de temps en temps les musiques militaires dans les cours des hôpitaux est un excellent moyen de rappeler aux malades leur régiment, et d'adoucir ainsi les ennuis de leur séquestration. Enfin, l'admission des sœurs de charité dans les hôpitaux militaires est appelée à exercer la plus salutaire influence sur le moral du soldat malade, et il est à désirer que cette mesure, limitée jusqu'ici à un certain nombre d'hôpitaux, soit étendue bientôt a tous les autres. La religieuse, par ses soins touchants, sa parole persuasive et consolante, a su remplacer bien des fois au chevet du malade la mère et la
sœur absentes, et adoucir, en le provoquant adroitement, l'aveu d'un mal resté caché jusque-là comme une faiblesse.
Tels sont les moyens propres à prévenir l'invasion du mal du pays. La maladie une fois déclarée, c'est au médecin seul qu'incombe le soin de lui appliquer le traitement purement moral qu'elle réclame.
b. Traitement moral. 11 doit varier selon le tempérament et le caractère des malades, et c'est au médecin d'apprécier les moyens moraux en rapport avec le goût, l'intelligence et les sentiments d'un chacun.
Si les jeux, la danse, les spectacles peuvent modifier les idées du citadin habitué dès son enfance à ces sortes de divertissements, un appel pressant aux sentiments du devoir sied aux natures pusillanimes et molles ; l'accomplissement des devoirs religieux, au villageois élevé dans la simplicité et dans la foi ; la gymnastiqvie, aux gens irritables et nerveux, qui trouveront dans l'exercice du système musculaire une utile diversion à leur excitation cérébrale. 11 faut que le médecin sache trouver le chemin du cœur du nostalgique, pour lui arracher le secret de sa tristesse. A cet effet, il se gardera de le heurter ou do le blâmer; il l'écoutera avec intérêt, compatira à ses peines pour gagner sa conlîance, et s'attendrira avec lui sur ses sensations. « Si la médecine est l'art de guérir les malades, a dit Max Simon {Hjjgiène du corps et de l'âme), elle est aussi un peu celui de les plaindre. » Par ces moyens, on amènera le nostalgique à des confidences spontanées qui soulageront son âme attristée et adouciront l'amertume de ses regrets par les larmes mêmes qu'ils lui feront répandre. « Toute cause, dit Michel Lévy, s'épuise par ses manifestations et à force de parler du sol natal, de ses parents, de ses amis, les nostalgiques s'aperçoivent moins de la distance qui les en sépare. »
Si, par ces moyens bienveillants, le médecin est parvenu à apaiser quelque peu les souffrances du nostalgique, il en profitera pour donner aux sentiments du malade une direction nouvelle, un aliment différent. 11 lui montrera le côté brillant de la vie militaire, s'il s'agit d'un soldat, et fera miroiter à ses yeux les honneurs, la gloire qui ont couronné si souvent la carrière du plus obscur combattant. Ce n'est pas par des raisonnements, par de stériles exhortations, c'est par la bonté, par l'affection, par les mots partis du cœur, qu'on console le nostalgique. Le mal du pays, ■( cette idée fixe du cœur », comme l'appelle Fonssagrivcs, veut être guéri par le cœur plutôt que par la science.
Le nostalgique persiste-t-il, malgré tout, dans son idée dominante, il suffit quelquefois pour le guérir, s'il ne parle pas la langue commune, de le mettre -en contact avec les personnes qui connaissent l'idiome de son pays. Ce moyen, qui a réussi à Gilbert chez les Bretons du camp de Montreuil, à Esquiral chez les Bretons placés dans les salles de la Salpétrière, à certains médecins sur les mobiles d'origine bretonne pendant le siège de Paris, nous a donné à nous-mème un succès inattendu chez un blessé de Sedan que nous avons soigné à l'iiôpital de Maubeuge. Ce militaire, Breton d'origine, était en proie à un affaissement moral des plus profonds, à une tristesse nostalgique si marquée, qu'il refusait tout aliment et passait son temps à pleurer sous ses couvertures. Cet état alarmant se dissipa à partir du jour où nous eûmes l'idée de mettre le malade en rapport avec une dame de la ville, originaire de son pays et qui journellement vint l'entretenir dans la langue maternelle de sa famille et de sa chère Bretagne.
Que si, en dépit de tout, le nostalgique demeure inconsolable et que les circonstances mettent un obstacle insurmontable à son retour au pays natal, ce
médecin est en droit de recourir à d'innocents mensonges pour lui faire croire qu'il dispose de moyens sûrs pour lever les difficultés de son rapatriement. Ainsi firent Laurent etPercy pendant le siège de Maycnce en 1814, en certifiant aux nostalgiques des hôpitaux militaires que le général en chef consentait à leur accorder des congés et qu'il avait obtenu de l'ennemi un libre passage pour tous les convalescents. Ce stratagème ranima ces malheureux et en guérit un grand nombre.
Est-il besoin de dire que le remède héroïque, le spécifique de la nostalgie, c'est le renvoi du malade dans ses foyers? Dès que le mal du pays est déclaré et que rien ne s'oppose au départ du malade, il est du devoir du médecin de provoquer son renvoi prompt et immédiat, quels que soient d'ailleurs les désordres fonctionnels déjà pi'oduits dans l'économie, quels que soient l'amaigrissement et la faiblesse du sujet. On a vu des miracles de résurrection opérés par le seul espoir du retour, car si la nostalgie peut entraîner la mort, nulle maladie ne guérit aussi aisément par raccomplissement du désir qui en est l'origine.
c. Traitement pharmaceutique. La nostalgie n'a que faire des moyens pharmaceutiques. Alfection essentiellement déprimante des forces morales et physiques, elle lire plus de préjudice que d'avantage des révulsifs et des antiphlogistiques et comporte tout au plus l'emploi des toniques et des excitants légers, quebpiefois de l'hydrothérapie, si par exception la débilité organique vient à survivre à la souffrance morale.
Ilaspel a consacré un long chapitre au traitement applicable à chacune des nombreuses formes nostalgiques qu'il a détruites, mais il a eu soin d'ajouter que tant que durera la nostalgie, tous les moyens accessoires échoueront. Alors à quoi bon les employer? Nous souscrivons plus volontiers au traitement tonique qu'il conseille contre les pneumonies et les affections du cœur que la nostalgie complique parfois et qui, sans être, comme nous l'avons dit, le résultat de la maladie morale, ne lui empruntent pas moins un élément adynamique dont il est bon de tenir compte.
En résumé, si le retour au pays natal forme la base du traitement curatif de la nostalgie, le développement de l'éducation morale et intellectuelle et l'extension des relations sociales en constituent la véritable prophylaxie. Le mal du pays, déjà rare de nos jours, est appelé à disparaître devant les progrès de l'hygiène et de la civilisation. V. Widal.
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NOSTOC. 381
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XOSTOC. Après une pluie d'orage ou pendant les matinées humides, on voit souvent en abondance, sur le sol ou dans les prairies, des corps verdàlres non adhérents au sol, à formes plissées irre'gulières, de con--istance gélatineuse. Ce sont des plantes qui à l'état sec ont un petit volume et passent inaperçues, mais qui se gonflent beaucoup en absorbant de l'eau; leur apparition pour ainsi dire subite par suite de ce fait très-simple dû à une propriété commune des cellules végétales, a de tout temps beaucoup surpris. Tournefort donna le nom de Nostoc à ces plantes, dont Linné fît des Champignons, qu'il rangea parmi les Tremelles; Adanson les en sépara, en fit un genre à part, adopté plus tard par Vaucher, et les Nostocs prirent place dans la classe des Algues. Pour les auteurs qui considéraient les Lichens comme des Algues terrestres, sous la dénomination d'Aérophycées, les Nostocs se pla(,îaient parmi les Lichens à côté des Collème (voyez ce mot). L'espèce la plus répandue, le Nostoc commun, N. commune Vauch, présente une expansion membraneuse que certains auteurs désignent par analogie sous le nom de fronde, globuleuse puis étalée, irrégulièrement plissée, ondulée, d'un vert olivâtre ; cette sorte de thallus est constituée par des utricules sphériques remplies de matière verte, accolées bout à bout et formant ainsi des chapelets qui sont plongés dans une gangue gélatineuse. La reproduction des Nostocs est longtemps restée problématique. Thonet a reconnu que le N. verrucosum Vauch. se désagi'ège par un séjour prolongé dans l'eau; les colonies de cellules en chapelet devenues libres se divisent en fragments inégaux mobiles, dans lesquels chaque cellule devient le siège d'une segmentation qui répétée toujours dans le sens latéral forme de nouveaux chapelets; en même temps, ces chapelets s'enveloppent de la substance commune gélatineuse formée aux dépens de la paroi externe de la membrane des cellules. Ce mode de multiplication et d'accroissement a été reconnu dans d'autres espèces; mais depuis lors, M. Janczewski a fait coimaître la reproduction par spores ; ces spores résultent d'une transformation de chacune des cellules en chapelet ; les spores germent en déchirant leur enveloppe externe,
382 KOSTRADAMUS.
la jeune cellule issue de cette enveloppe se divise en deux et apparaît recouverte du mucilage caractéristique; c'est par une succession de divisions transversales que se forment ensuite les chapelets. Ces chapelets se rencontrent quelquefois isolés, quand ils sont en contact avec des végétaux qui vivent aussi à l'iiumidité; ils s'insinuent par les Stomates chez diverses Hépatiques et pénètrent dans les espaces intercellulaires ; les cellules environnées par le Nostoc perdent au bout d'un certain temps leur chlorophylle et leur protoplasma sans que la plante paraisse en souffrir; d'autres fois, ils entrent à l'intérieur des cellules des sphaignes par les pores que présentent ces cellules, mais ces divers hôtes leurs fournissent un abri plutôt que des matériaux nutritifs ; c'est un mode de parasitisme sans doute comparable à celui qui est fréquent dans le règne animal, et que M. Van Beneden a si bien nommé commensalisme. C'est le Nostoc lichenoïdes Vauch, que l'on a rencontré ainsi dans d'autres plantes. Ou compte une cinquantaine d'espèces de Nostocs répandues dans tous les pays et vivant sur la terre humide, entre les mousses, dans les fossés, les étangs, les ruisseaux.
Des propriétés merveilleuses ont été attribuées au Nostoc commun, dont l'apparition faisait supposer qu'il tombait du ciel, d'où les noms d'Archée céleste, de crachat de la lune, etc. On en faisait des infusions pour calmer les douleurs des ulcères, des cancers; il n'est plus employé aujourd'hui. Son mucilage abondant pourrait cependant, semble-t-il, rendre dans les campagnes des services comparables à ceux que l'on retire des toiles imbibées de mucilage connues sous le nom de toiles cataplasmes.
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XOSTOCUIXÉES OU NosTOCHAcÉEs, famille d'Algues qui fait partie de la division des Chlorospermées de Harvey et qui a pour type le genre Nostoc (voyez ce mot). Elle se place près des Oscillatoriées. Les genres dont elle se compose sont caractérisés parla disposition des cellules en chapelets souvent mobiles entourés de mucilage. Ces chapelets sont tantôt simples, tantôt ramihés; les principaux genres sont ISostoc, Anabcena, Lynybia, Scytonema, Calothrix, Rivularia (voyez Essai de classification des Nostochinées, par Thuret, Ann. des se. nat., sér. 6, t. 1, 1875). J. de S.
XOSTRADAMUS (Michel). Arrière-petit-fils de médecin (son bisaïeul paternel avait été médecin du duc de Calabre et son bisaïeul maternel médecin du père du duc, le roi René le Bon), médecin lui-même et auteur d'ouvrages médicaia, Nostradamus ne peut être absent de ce Dictionnaire, bien qu'il ne doive rien de sa renommée à sa profession; mais nous en parlerons brièvement.
Né à Saint-Rémy en Provence le 14 décembre 1505, il étudia les lettres et la philosophie à Avignon, se rendit à Montpellier pour y étudier la médecine, en sortit pour fuir la peste, exerça sans titre régulier dans différentes villes du Midi et revint à Montpellier pour y prendre ses grades et le bonnet de docteur. Bientôt, il s'établit à Agen où l'attirait son amitié pour Scaliger; puis, avant perdu sa femme et ses enfants, il quitta cette ville pour parcourir la France et l'Italie. Vers l'âge de quarante ans, un second mariage le fixa à Salon (aujourd'hui dans les Bouches-du-Rhône). En 1546, il est appelé par la communauté d'Aix d'abord, puis par celle de Lyon, pour y combattre des épidémies pestilen-
tielles dont ces villes étaient infestées, et revient à Salon, où il compose plusieurs ouvrages de médecine. Mais, comme dans ses voyages en Lorraine il s'était occupé d'astrologie, la pensée lui vint de tirer bon parti de ses nouvelles connaissances. Il affecta de deviner l'avenir et publia des propbélies en quatrains rimes, divisés en dix centuries. Onconnaît son A/ma(irtc/f,quiaétépubliéde 1550 à 1566. Toute cette fausse science profita plus à l'auteur que la médecine. Henri II et Catherine de Médicis l'appelèrent à Paris ; Emmanuel de Savoie, sa femme (la princesse Marguerite), Charles IX allèrent le visiter à Salon. Eu dépit de ces faveurs, il fut considéré de son temps comme un charlatan, surtout dans son pays natal.
Un des fils de Nostradamus {JSostradamiis le jeune), qui portait également le prénom de Michel, voulut être prophète comme son père et publia un Traité d'astrologie. 11 eut raison une fois dans ses prédictions. 11 avait annoncé l'incendie de Pouzin. Le feu fut mis en effet au bourg, mais par lui-même. 11 fut pris et tué sur l'heure.
Les ouvrages de Nostredame relatifs à la médecine sont les suivants :
1. Le remède très-utile contre la peste et toutes fièvres pestilentielles...; aussi la singu - Hère recepte de l'œuf dont usait l'empereur Maximilian, premier du nom. Paris. 15G1, pet. in-8°. — II. Paraphrase de C. Galen [Galien) sur l'e.rortalion de Menodote aux esludcs des bonnes arlz, mêmement médecine. Traduict de latin en franç.iis. Lyon, 1557, pet. in-8°. — III. On a de lui encore un livre sur les fardemcnts et les senteurs (1552); un Traite des singulières recettes pour entretenir la santé du corps (1556); un livre sur les Confitures (1557).
Les Prophéties de M. JSostradamiis ont été d'abord publiées à Lyon en 1555, sous la foime d'un petit in-S" contenant 4 centuries eu nombreuses strophes, dont chacune renferme i vers de 10 syllabes. Lue édition plus complète, également de Lyon (1568), renferme 10 centuries n avec 141 présages tirez de ceux faicts par Nostradamus es années 1555 et suivantes jusqu'en 1567, avec les prédictions admirables pour les ans courans en ce siècle. » 11 a été publié encore d'autres éditions, notamment celle d'Amsterdam (1668). D.
XOTATIOXS. Les notations sont un ensemble de signes conventionnels au moyen desquels on représente les caractères, les manières d'être de certains faits, ou les qualités, les propriétés de certains corps. Ainsi, la notation musicale est la représentation, par signes, des sons musioiiux. Diverses sciences ont leurs notations particulières, entre lesquelles deux intéressent plus directement la médecine : la notation chimique et celle qui est en usage en statistique et plus spécialement en démographie. Pour cette dernière, nous renvoyons aux mots Démographie et Statistique ; et l'on ne traitera ici que de la notation chimique, qui n'a pu que figurer en termes généraux dans l'article consacré à l'histoire de la chimie iVoy. Chimie). D.
Notations chimiques. Les principes de la nomenclature chimique française ayant été établis en] 1787 par Guijton de Morveau, secondé par Lavoisier, BerthoUet et Fourcroy, les chimistes ont adopté une notation écrite qui exprime, dans une forme concise, la composition chimique des corps. Nous devons à Lavoisier la première idée d'une écriture indiquant le nom des corps et leurs propriétés essentielles, mais la science chimique n'était pas encore assez avancée pour que cette tentative fût autre chose qu'une indication donnée aux chimistes. C'est Berzelius qui a fécondé l'inspiration de Lavoisier, il nous
584 NOTATIOiNS CUIMIQUES.
a légué l'écriture chimique dont nous nous servons encore aujourd'hui. Rien n'est phis utile que de saisir le mécanisme de cette écriture ; avec son aide, on peut, par quelques signes, dans un espace restreint, résumer ce qui est expliqué dans des pages nombreuses; au moven des formules, on fait des rapprochements, on saisit des relations qui auraient échappé à la lecture la plus attentive. Nous allons entrer dans quelques détails sur cette écriture en notation chimique, et commencerons par la notation des corps simples.
INOMS
DES COnPS SIMPLES.
Aluminium Aiilimoine Argent. . , Arsenic . , Aznle. . . , Baryum . .
lîisraulh . . Bore. . . , Brome . .
Cadmium. .
Calcium . .
Carbone . , Cérium. . .
Céïium. . .
Chlore. . .
Clirome . .
Cobalt . . .
Cuivre. .
Diilyme. . .
Erbium . .
Étain. . .
Fer . . . , Fluor . . , Gluoinium , Hyilroj;éno Iode. . .
Inilium. .
Iriilium .
Lanthane. .
Lithium .
Magnésium Manganèse Mercure .
Al
Sb*
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Az
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