NOMBIIE DE GLOBULES DENSITÉ BEURRE PAR LITRE
1,102,500 0,022 24 grammes.
Ce procédé d'analyse microscopique peut évidemment donner d'utiles enseignements pratiques.
Age du lait. Autant que possible une mère vigilante approprie l'âge du lait à l'âge de l'enfant. Ce n'est point un vain préjugé qui fait préférer un lait jeune à celui qui a plus d'un an. Sous ce rapport il y a analogie entre le lait de la vache et celui de la femme. Mauriceau veut un lait de six semaines ; M. Depaul de quatre mois. La loi Itoussel n'autorise pas les femmes à se placer comme nourrices avant d'avoir allaité leur enfant pendant six mois ; ce terme même n'est pas suffisant à mon avis ; en effet à cet âge leur propre enfant ne piMit être sevré et elles lui portent préjudice soit en l'élevant au biberon, soit en
lui donnant une nourrice inférieure. Si la nourrice est robuste, je considère qu'un lait de huit mois est encore dans d'excellentes conditions pour un nouveau-né.
Du reste la loi Roussel n'est pas encore passée dans nos mœurs et je vois fréquemment les nourrices, venir dans les bureaux deux mois après leur accouchement. Une considération importante doit entrer en ligne de compte au sujet de l'âge du lait, c'est celle de la syphilis transmise du fœtus à sa mère et dont l'évolution se fait chez celle-ci pendant le mois qui suit l'accouchement. C'est une nouvelle raison pour ne pas prendre un lait trop jeune.
Combien de temps une femme peut-elle conserver les qualités d'une bonne nourrice ? Ordinairement le lait diminue vers le quinzième mois ; mais on voit exceptionnellement des femmes nourrir pendant deux et trois ans. M. Donné cite une nourrice qui a allaité quarante-huit mois. J'ai observé une femme qui a nourri successivement et avec succès pendant trente-six mois deux enfants dans la même famille.
5" Bouche. De belles dents blanches avec des gencives fermes et vermeilles sont l'indice de la santé et de bonnes digestions. Mauriceau ne voulait pas une seule dent gâtée. Mais si l'on pousse aussi loin la sévérité on risque fort dans certains pays de ne pas trouver une seule nourrice. Dans le midi de la France dans certaines vallées de l'Isère, il est rare de trouver une lèmrae ayant plus de vingt-cinq ans dont plusieurs dents ne soient cariées. Il est certain que les dents peuvent s'altérer dans le cours d'une bonne santé. Toutefois c'est pour le médecin une grande satisfaction lorsque la nourrice qu'il a conseillée à ses clients a toutes ses dents en parfait état. Mieux que le coloris de la peau une belle denture est une certitude de constitution saine. Les mères éprouvent toujours de l'appréhension en constatant chez les nourrices qui leur sont présentées l'absence d'un certain nombre des dents antérieures ; le médecin tiendra compte de ce sentiment qui est bien naturel, mais son attention portera surtout sur les molaires qui sont bien plus importantes pour la mastication ; il tâchera aussi de se rendre compte, si les défectuosités de la denture ne sont pas sous l'influence d'une débilitation de l'économie toute entière ou bien si elles ont été occasionnées par des influences morbides passagères depuis longtemps dissipées.
En examinant la cavité buccale, il faut chercher s'il y a des ulcérations de la gorge ou une angine granuleuse. Une haleine fétide provenant d'un ozène ou de l'air expiré par les poumons est signe de constitution délabrée.
A" Peau. Une belle carnation, une peau fraîche, bien saine, des tissus fermes sans embonpoint exagéré sont des indices précieux de santé et de bonnes conditions pour le choix d'une nourrice.
On doit visiter avec soin tout l'extérieur du corps pour s'assurer s'il existe quelque affection chronique de la peau; comme l'eczéma, le prurigo, l'acné rosacée, ou quelque empreinte de cicatrice de rupia ou de syphilis.
On reclierchei'a également avec soin s'il y a des traces de cicatrices d'abcès scrofuleux au cou ou ailleurs, qui sont un légitime motif d'exclusion. Suivant moi il en est de même du goitre. L'hypertrophie thyroïdienne, quoique atteignant beaucoup de femmes dans une région, n'en est pas moins un mauvais signe. J'élimine autant que possible les femmes qui en sont affectées. A Lyon, elles proviennent de la Savoie, de quelques vallées de l'Isère et de l'Ardèche.
5" Organes génitaux. « Leur examen est indispensable, dit M. Donné, et on ne doit pas s'y soustraire. « Il est désagréable sans doute pour la nourrice et le
médecin; mais des iiile'rets trop graves sont enjeu pour l'omettre. Au moindre soupçon il faut même employer Je spéculum. Combien serait coupable le médecin qui aurait acceiité une nourrice atteinte de syphilis ou simplement de blennorrhagie ! Une leucorrhée trop abondante et habituelle peut être un motif suffisant d'exclusion. Quand une nourrice se présente à l'examen du médecin il doit la considérer comme une malade et procéder à son examen de la même manière. Du reste l'inspection des organes génitaux ne rencontre pas habituellement d'opposition sérieuse, et je considère comme inspirée par des idées purement théoriiiues la proposition de Donné et Cazeaux, qui voudraient qu'un médecin fut désigné pour examiner exclusivement au spéculum les nourrices.
Les femmes du peuple, principalement celles de la campagne, se lèvent peu de jours après leurs couches ; de telle sorte que les plaies utérines provenant de l'inbcrtion placentaire et de la déchirure du col ne se cicatrisent qu'avec difficulté. Il eu résulte une métrorrhagie peu abondante mais continue, qui persiste quelquefois deux mois, sans altération notable de la santé. Cette hémorrhagie n'a pas sur la lactation la même influence que le retour des règles, toutefois à la longue elle peut débiliter l'organisme et il est bon de prendre des précautions pour l'arrêter.
Rèq'es chez les nourrices. Quand elles donnent abondamment à teler les boimcs nourrices n'ont pas leurs règles. Si l'enfant prend une autre nourriture les règles apparaissent fréquemment pour disparaître par l'allaitement d'un nouveau-né qui prend exclusivement le sein. En général les nourrices qui n'ont pas leurs règles ne font pas aptes à concevoir. Une mère de quatorze enfants, qui les ». tous nourris elle-même n'avait jamais ses règles pendant l'allaitement et ne devenait jamais enceinte pendant que l'enfouit tétait exclusivement ; dès qu'on ajoutait quelques potages les règles apparaissaient et bientôt après une nouvelle grossesse se produisait.
Au moment de l'apparition des règles on voit le lait changer de qualité, devenir séreux et prendre une teinte bleuâtre manifeste. L'enfant qui précédemment e'tait gai et dispos, devient triste ; ses traits s'altèrent, son teint perd sa fraîcheur, sa peau est brûlante ; il crie à chaque instant ; il a des coliques et des selles verdàtres.
Cette scène de souffrance se renouvelle pendant deux ou trois jours chaque mois, puis tout rentre habituellement dans l'ordre.
Il vaut mieux ne pas prendre une nourrice qui a ses règles, si ou a le choix. J'en ai vu cependant beaucoup avoir des nourrissons bien portants.
En pareille circonstance faut-il changer la nourrice ? C'est la santé de l'enfant qui servira de guide ; elle est le meilleur indice de la conduite à tenir ; car dans bien des cas le retour des règles est un phénomène tout à fait insignifiant.
En résumé une nourrice réglée est inférieure; le seul avantage qu'elle présente c'est qu'elle a beaucoup moins de chance d'être enceinte au moment où on la choisit.
Grossesse chez les nourrices. Une nourrice qui a des rapports sexuels peut devenir enceinte sans avoir repris ses règles. Le diagnostic est alors difficile et ne peut se faire au début que par l'examen attentif des signes rationnels. On arrivera à une probabilité parle toucher, par les troubles fonctionnels des organes digestifs et surtout par une diminution notable de la sécrétion lactée. Les difficultés de reconnaître la grossesse seront bien plus grandes chez une nourrice mercenaire dont l'intérêt mal entendu est de cacher son état, qui fuit tout examen et se
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garde bien de donner le moindre renseignement sur les malaises qu'elle '•) 'ouve. Dans certains cas le volume d'un ventre de six mois a seul donné l'éveil, et encore on peut se trouver en présence de dénégations effrontées auxquelles on ne doit pas se rapporter.
Dès que la grossesse est constatée, il faut nettement interdire l'allaitement» malgré l'assertion contraire de Lamotte, Puzos, Van, Swielen et Joubert.
Du côté de la séciétion mammaire on observe une diminution légère pendant les premiers mois ; au bout de ce temps, la quantité s'amoindrit rapidement et le sein se tarit même complètement. Malgré l'opinion de Louis Sinibaldi qui pensait que le lait des femmes enceintes produisait leracbitisme, il n'est pas prouvé qu'il s'y développe des propriétés nuisibles. Toutefois Becquerel et Vernois ont démontré que la gestation augmentait la proportion des principes solides et faisait apparaître les corps granuleux du colostrum.
Du côté de l'enfant on observe fréquemment la diarrliée verte, l'absence de développement et un dépérissement qui exige un proiiipt cbaugement de nourrice ; on a même cité des cas de convulsions. Certains enfants ont manifesté une répulsion évidente pour le sein, dès le début de la grossesse ; mais ce fait se produit rarement.
6. Organes internes. Le médecin ne négligera pas d'examiner les organes internes. 11 ne doit pas accepter les nourrices qui sont atteintes d'affections chroniques des poumons, catarrhe, emphysème et surtout tuberculose; il en ser.i de même pour les maladies du cœur, et pour la diathèse cancéreuse. La science n'est pas encore faite sur la transmission des maladies par le lait ; mais la prudence exige de prendre toutes les précautions possibles et de pousser même les investigations jusqu'à la santé de la famille de la nourrice ; si cette famille a notoirement des maladies héréditaires, si elle n'est pas saine comme on le dit vulgairement, cela suffit pour légitimer une exclusion. Sous ce rapport, Mauriceau était très-scrupuleux et il rejetait les nourrices dont les parents avaient été atteints de la pierre, de la goutte, de la scrofule, de l'épilepsie, de la gale, de la teigne et d'une maladie vénérienne quelconque.
7". Caractère de la nourrice. On choisira de préférence une femme d'un caractère paisible et gai. Suivant Mauriceau, le lait de la nourrice a une trèsgrande influence sur le caractère de l'enfant; il s'appuie sur les considérations suivantes, qui sont peu scientifiques et entachées d'erreurs; on apprivoise les lions en leur faisant teter une vache ou une ânessc; le chien devient farouche s'il est nourri par une louve.
Le lait n'a pas la propriété de transmettre au nourrisson les qualités physiques ou intellectuelles delanourrice. Cette puissance est exclusivement dévolue au spermatozoaire et à l'ovule qui seuls représentent l'atavisme. Il y a donc beaucoup d'exagération dans les assertions émises à ce sujet; toutefois on peut y trouver quelque chose de vrai, et si le lait n'a qu'une médiocre influence, il n'en est pas de même du caractère et du tempérament de la nourrice.
Dès que son intelligence s'éveille, l'enfant subit l'influence de ce qui l'entoure ; il est tranquille avec les gens calmes ; impétueux avec les gens vifs ; souriant avec les personnes gaies; irritable avec les gens emportés; et c'est ainsi par habitude d'imitation qu'il reproduit le caractère de sa nourrice; personne n'a en effet de contacts aussi intimes avec lui, et personne ne peut avoir sur lui un aussi grand ascendant. Sans doute, les enfants ont des qualités natives qui
viennent de leurs parents, mais ces facultés peuvent se modifier considérablement par l'entourage et surtout par la nourrice.
De là découle la nécessité de veiller soigneusement à ce qu'elle n'ait pas des défauts de caractère trop graves qui puissent porter préjudice à l'avenir de l'enfant, soit sous le rapport de sa santé, soit sous le rapport de ses facultés morales.
Beaucoup de nourrices mercenaires embrassent cette profession avec un désir accentué de ne rien faire. Les fatigues de l'allaitement aidant, elles deviennent paresseuses et incapables de tout effort. Cette mollesse, qui a son point de départ dans le caractère, retentit bientôt dans la constitution tout entière; au bout de quelques mois, elles deviennent de fort mauvaises nourrices et perdent leur lait. Un caractère alerte est bien mieux fait pour entretenir la vigueur physique et amener une sécrétion lactée de bonne qualité. Cependant, je dirais avec M. Devilliers, que mieux vaut une brute qu'une femme trop vive. II. Examen du nourrkson. La première condition que doit présenter une lomme qui veut allaiter un enfant, c'est d'être nourrice ; c'est-à-dire d'avoir donné le sein avec succès depuis quelques jours au moins. Aussi, quand une femme grosse vient me demander une place de nourrice, je lui réponds invariablement : Quand vous aurez nourri depuis quelques jours, vous reviendrez me trouver et je m'occuperai de vous. 11 faut faire exception pour certaines femmes dont l'aptitude nourricière est éprouvée et sur lesquelles on peut compter d'une manière absolue.
Cette vérité, toute banale qu'elle soit, est méconnue par la plupart des mères et par beaucoup de médecins qui retiennent comme nourrices des femmes grosses ou accouchées depuis deux ou trois jours, et qui se préparent ainsi de nombreux mécomptes. II faut donc choisir de préférence une nourrice faite et non. à faire, on évite ainsi de se trouver en présence des crevasses, des abcès, de l'agalactie, etc.
Ce n'est pas encore tout d'avoir du lait abondant et de bonne qualité, et de remplir toutes les conditions que je viens d'énumérer, il en est une bien supérieure, et qui est la pierie de touche d'une bonne nourrice, c'est un beau nourrisson ; un nourrisson frais, ferme, bien développé pour son âge et d'un caractère enjoué ; un nourrisson qui ne veuille accepter autre chose que le sein de sa nourrice, et auquel le lait de vache et les soupes ne viennent pas en aide.
Tous les autres signes peuvent tromper, celui-ci n'induira jamais en erreur un observateur sagace et expérimenté; l'examen du nourrisson permet de juger la nourrice à l'œuvre. Tout à l'heure, le médecin se guidait sur des présomptions sur l'analyse chimique, l'analogie, la théorie; maintenant, il a sous les yeux le résumé pratique des facultés nourricières de la femme qui est présentée à son choix et il ne lui manque plus aucun élément pour asseoir son jugement raisonné.
Si l'enfant est pâle, flasque, ridé, s'il a gros ventre et extrémités amaigries; il faut rejeter la nourrice.
En résumé, le type d'une nourrice est une femme de la campagne de vingtcinq ans, multipare, fraîche, robuste, n'ayant pas d'éruption cutanée, pas de ganglions engorgés, pas de cicatrices douteuses ; présentant des seins développés avec des mamelons llexibles; un lait de six mois, abondant; et dont le nourrisson est bien portant.
§ IL Fraudes des nourrices. Les pauvres femmes qui se présentent pour
•exercer le triste métier de nourrices, commettent parfois un certain nombre de fraudes qu'il est en général facile de dévoiler.
Souvent elles trompent sur l'âge de leur lait, en le rajeunissant au moyen de faux certificats délivrés sciemment par le maire de leur commune, ou prêtés par des compagnes trop obligeantes. Ces complaisances frauduleuses méritent de tomber sous le coup de la loi.
Les nourrices à domicile trompent sur la quantité de leur lait en débitant des histoires qui sont toujours les mêmes; en évitant de donner le sein plusieurs heures avant le moment de l'allaitement. Quand elles tirent leur lait en présence des médecins, plusieurs sont très-habiles à le faire jaillir au loin, malgré sa pénurie.
Quand elles ont perdu leur enfant, ou qu'il est trop malingre pour leur servir de recommandation, elles empruntent un nourrisson étranger qu'elles présentent comme s'il était leur propre enfant.
Elles trompent sur leurs allaitements antérieurs, sur les causes de leur renvoi de certaines places.
Elles reçoivent des cadeaux dans une maison, puis elles la quittent pour aller dans un autre bureau de placement ou dans une autre place.
Elles cachent soigneusement le retour du flux menstruel et quelquefois une grossesse même avancée.
Au nourrisson que leur sein ne peut exclusivement alimenter, elles donnent en cachette des soupes et des aliments de toute sorte.
Les nourrices à la campagne ne sont pas non plus dépourvues de ruses coupables. Elles emportent chez elle un nourrisson de la ville qu'elles élèvent au biberon et continuent à donner le sein à leur enfant. Ou bien, quand elles n'ont plus de lait, elles sèvrent prématurément sans prévenir les pai'ents.
Les unes et les autres emploient tous les moyens possibles pour faire augmenter leurs gages ; elles dissimulent obstinément une grossesse dans un intérêt mercantile. De la sorte, elles peuvent porter un grave préjudice à la santé de l'enfant que leur a livré la confiance trop grande des parents ; et elles commettent ainsi un acte coupable qui les rend passibles des tribunaux. Je propose de joindre aux règlements qui régissent les nourrices, un article additionnel indiquant la pénalité qu'elles encourent en trompant ainsi volontairement sur leurs aptitudes à exercer le métier de nourrice.
L'examen de ces fraudes suffit pour faire comprendre les moyens de les prévenir. 11 est du devoir du médecin de s'unir aux mères pour entourer d'une surveillance attentive le petit enfant confié aux mains d'une nourrice dont la probité et l'intelligence sont bornées, et il ne faut pas croire qu'on est libre de tout devoir envers lui, quand on a payé à prix d'argent le lait d'une femme étrangère.
Les exigences des nourrices ne doivent pas être tolérées ; quand on a des nourrices sous la main, il est facile d'en faire justice ; en cas contraire, une excellente précaution à prendre, c'est de faire signer à la nourrice, au moment de son entrée, un billet par lequel elle renonce à la moitié de ses appointements dans le cas où elle quitterait son nourrisson avant l'époque du sevrage, par l'effet de sa volonté.
CHAPITRE 11. Hygiène de l\ nourrice. Quand une femme nourrit, elle doit observer un certain nombre de précautions, afin de conserver sa mnié d'abord et son lait ensuite.
11 n'est pos rare de rencontrer des femmes qui se portent bien seulement quand elles allaitent. Elles digèrent alors activement, dorment bien et n'ont plus leurs malaises habituels, tels que migraines, dyspepsies, névroses, etc. ; un certain nombre prend même de l'embonpoint et de la fraîcheur. L'allaitement crée chez la femme une activité organique plus grande et même des conditions d'immunité morbide tout à fait spéciales. Néanmoins, la femme la mieux douée sous le rapport des qualités de la nourrice peut tomber malade si elle commet des écarts de régime. Elle doit veiller sm- sa santé en même temps que sur celle de son nourrisson et éviter surtout les causes morbides dépendant de sa fonction de nourrice.
Yoici les préceptes hygiéniques qui me semblent utiles :
A. Hygiène du sein. L'organe de l'allaitement exige des soins spéciaux.
Quand une femme se destine à être nouri'ice, elle formera quelques mois d'avance son mamelon, en exerçant fréquemment des pressions ou des succions pour le fortifier et l'habituer au contact des corps étrangers. Elle l'exposera de temps en temps à l'air pour activer la sécrétion épidermique. Tout au moins, doit-elle dans un but prophylactique ne pas le serrer pour l'atrophier ou déprimer le mamelon ; ne pas trop le couvrir pour le rendre trop sensible et trop délicat.
La propreté esi indispensable pour entretenir l'épiderme souple et adhérent. Sans cette précaution élémentaire, des excoriations se produisent avec facilité. Elles sont engendrées par un mélange de débris d'épithéliums, de matière sébacée, de lait et de salive desséchés auquel se mêlent les poussières venues du dehors. Dans ces substances en décomposition, il se forme de l'acide butyrique qui altère la sécrétion épidermique et engendre des excoriations. Il faut donc débarrasser exactement le sein de tous les corps étrangers qui souillent sa surface. Le mamelon et l'aréole doivent être surtout l'objet de soins très-minutieux. C'est sur eux en effet que porte l'effort de la succion exercée par la bouche de l'enfant, et pour que cette fonction s'exerce bien, il importe que ces organes soient parfaitement sains, qu'ils soient doués d'élasticité et capables de supporter la traction et la pression exécutées par la bouche de l'enfant. On évitera donc le séiour du lait dans les sillons du mamelon, où il pourrait s'aigrir. Pour atteindre ce but, le moyen le plus simple est de lotionner le sein avec de l'eau tiède, de la glycérine ou de l'huile après chaque tétée.
Une chaleur uniforme est une condition importante pour le sein pendant la lactation; un refroidissement est la cause habituelle des abcès mammaires r toutefois il ne faut pas une chaleur exagérée ; un sein maintenu dans un état de transpiration continuelle subirait une macération épidermique contiaire au boft état de l'organe. On évitera des vêtements trop serrés ; les corsets qui compriment le sein sont contraires à la lactation. Les corsetières fabriquent desbrassières ou ceintures de grossesse qui ont l'avantage de soutenir le sein, et Je pei'mettre aux femmes de se vêtir à leur gré sans empêcher l'allaitement.
Malgré que le sein soit fortifié par des frictions, des lotions de vin aromatique, il ne faut pas l'exposer à des succions trop puissantes et trop longtemps prolongées. C'est ce qui survient chez une femme primipare récemment accouchée qui a peu de lait, dont le mamelon n'est pas farmé et qui se fait téter par un enfant plus âgé et plus fort que le sien, ou par un petit chien; l'épiderme mal préparé à des efforts pareils se désagrège, de là des érosions, des ulcérations
ou de crevasses qui compromelteat l'allaitement. La remarque que je viens de faire au sujet de l'énergie de la succion d'un enfant trop vigoureux trouve son application dans des succions artificielles exécutées soit avec une ventouse quelconque, soit avec la bouche d'un adulte. Quand on se livre à une semblable pratique, il faut bien avoir présent à l'esprit que le sein de la jeune femme est délicat et qu'on ne peut sans inconvénient exercer sur lui des violences inconsidéi'ées.
La succion prolongée a aussi des inconvénients ; le contact de la salive amène la macération de l'épiderme qui se desquamme alors plus facilement sous l'influence de l'application de la bouche de l'enfant; c'est ce qui survient quand il a un gros appétit et que la nourrice a peu de lait, il reste alors longtemps au sein et s'épuise en efforts stériles. Si le lait vient faciloneut et en abondance l'inconvénient ne se produit pas. Quoi qu'il en soit, il est important que les tétées de l'enfant soient réi^lées. Cette régularité est utile à l'enfant et à la nourrice. Utile à l'enfant qui ne se surcharge pas l'estomac par un repas trop copieux. Utile à la nourrice dont le sein n'est pas épuisé complètement et n'est pas tiraillé inutilement en état de vacuité.
Certaines nourrices peu intelligentes présentent le sein à toutes les heures du jour et de la nuit, dès que l'enfant s'éveille ou pousse le moindre cri ; elles pensent qu'il profilera mieux et que nourri plus abondamment, son corps prendra un accroissement plus rapide. Cette pratique irréfléchie est également pernicieuse à la nourrice qui s'épuise peu à peu par une dépense excessive de forces et du liquide que sécrète le sein et à l'enlant qui contracte une entérite à la suite d'une série de mauvaises digestions.
La nourrice calculera donc ses forces et les facultés de son nourrisson.
En moyenne c'est toutes les deux heures, qu'un enfant bien portant doit téter une bonne nourrice. Voilà la théorie; mais il faut compter avec la pratique. La nuit l'enfant dort et ne s'éveille qu'au bout de cinq ou six heures ; s'est donc en moyenne à quatre heures qu'il faut fixer la distance des tétées.
B. Hygiène générale. J'ai parlé de la propreté du sein, mais il faut aussi exiger une grande propreté de tout le corps, et le moyen de l'obtenir c'est de faire prendre un bain et de faire changer les vêtements.
Alimentation. Quand une nourrice do la campagne entre dans une maison bourgeoise, on s'empresse sous prétexte de lui donner plus de lait et de vigueur de lui faire suivre un régime fortement azoté ; de lui faire manger à discrétion de la viande à tous ses repas. Ajoutez à cela que cette femme, jeune, douée d'une bonne santé et d'un excellent appétit apprécie les aUments qu'on lui donne et qu'elle se gorge des mets succulents qu'on met souvent à sa disposition avec imprudence et étourderie. Ce changement de nourriture influe rapidement sur la constitution; la nourrice prend un embonpoint exagéré qui tourne au détriment de la lactation ; le lait diminue de quantité et souvent de qualité et à mesure que la nourrice engraisse, le nourrisson dépérit. Il y a dans le monde une foule de préjugés au sujet de l'influence de certains aliments sur le lait ; beaucoup de mères proscrivent du régime de la nourrice qui allaite leur enfant, la salade, tous les aliments vinaigrés, les choux, les légumes farineux, tels que les haricots, les lentilles et la plupart des fruits, de telle sorte que ces pauvres femmes à peine sorties de leurs champs sont immédiatement et sans transition soumises à un régime qui est exactement le contraire de celui auquel elles sont habituées dès leur naissance ; de ce régime auquel elles doivent lem* belle santé
€t l'abondance de leur lait; de cette façon elles ont à subir non-seuiemeut l'acclimatation à l'air de la ville ou tout au moins d'un espace plus rcïtreint mais encore à une alimentation beaucoup plus substantielle et plus abondante qui surcharge leur estomac et leur donne des digestions laborieuses. 11 n'y a parmi les médecins expérimentés qu'une voix unanime à cet égard, il faut à la nourrice une alimentation qui ne s'éloigne pas trop de celle qu'elle avait chez elle ; il faut l'acclimater peu à peu à un nouveau régime. Toutefois, on tiendra compte de l'air moins pur qu'elle respire, si elle séjourne dans une grande ville ; de la quantité de lait qu'elle donne et de la somme de travail qu'elle fournit ; toutes ces conditions peuvent exiger une alimentation réparatrice sous peine d'amener bien vite l'épuisement. On donnera donc à l'alimentation de la nourrice une attention soutenue ; elle est en effet le principe essentiel de la conservation de ses forces et d'une lactation abondante , elle amènera censécutivement chez l'enfant un bien-être permanent, un développement rapide, un teint frais et brillant.
La boisson de la nourrice sera l'objet d'une surveillance spéciale. Une nourrice doit boire modérément n'importe quelle boisson, mais surtout le vin dont beaucoup font abus. L'ivrognerie est même un défaut assez fréquent sur lequel on ne passera jamais. L'alcoolisme produit des effets délétères non-seulement sur la nourrice mais encore sur le nourrisson. L'enfant dépérit, dit le docteur Bessières, à cause des altérations du lait; il y a en effet chez la nourrice alcoolisée augmentation de la sécrétion urinaire, diminution de la sécrétion d'acide carbonique, de l'alimentation, de l'assimilation, et consécutivement diminution de la sécrétion lactée.
Les habitudes alcooliques des ascendants donnent à leur progéniture des empreintes redoutables, telles que : l'épilepsie, la paralysie congénitale, l'aliénation mentale, l'idiotie, l'arrêt de développement de l'encéphale, etc.
Le degré alcoolique du vin, variant énormément, il est très-difficile de déterminer d'après une base sérieure la quantité de vin qu'une nourrice absorbera. Je crois être dans le vrai en la tarifant à trois quarts de litre de ^^n ordinaire par jour.
Le café devra être pris en quantité modérée à cause do ses propriétés excitantes.
En résumé, viande, alcool, café, voilà les trois aliments dont il faut surveiller l'ingestion chez les nourrices.
Le sommeil chez les nourrices est habituellement troublé ; mais la plupart d'entre elles se rendorment facilement et trouvent un repos réparateur pour jieu qu'on leur en laisse le temps ; il faut considérer qu'une femme qui a un sommeil fréquemment interrompu a besoin de rester plus longtemps au lit ; ajoutez à cela la déperdition de substance causée par l'allaitement et vous comprendrez aisément combien il importe de veiller sur le sommeil des nourrices, car son absence est inie cause latente et fréquente de l'anémie qui succède aux fatigues de l'allaitement.
La nourrice a besoin du grand air. Elle est ordinairement habituée au bon air des champs et son organisme souffre rapidement d'en être privé ; c'est pour elle une condition essentielle de santé ; il faut donc lui ménager des sorties aussi fréquentes que possible, tout en prenant des précautions pour que la santé de l'enfant n'en souffre pas. Il faut une surveillance incessante, car l'enfant se refroidit plus facilement que la nourrice qui le porte, surtout si elle se promène
dans les rues où la température varie à chaque instant, ou si elle fait des stations devant les magasins ou sous les portes cochères où la pluie la force de chercher un abri. Elle fabrique de la chaleur en marchant avec son nourrisson qui lui, se refroidit avec une grande facilité.
Du reste l'amour du grand air ne doit pas pousser la nourrice à s'exposer à un refroidissement qui peut amener une affection pulmonaire ou un phlegmon du sein.
Quelle conduite tenir au sujet du travail de la nourrice ? Sans doute, il faut qu'une femme vigoureuse habituée aux durs travaux de la campagne, ne reste pas dans l'inaction. Une certaine activité physique est importante pour entretenir le juste équilibre de ses organes, mais il y a une limite qu'il ne faut pas dépasser; si on impose à la nourrice des fatigues musculaires trop fortes elle ne pourra accomplir l'allaitement d'une manière aussi parfaite et l'enfant en souffrira. Le paysan n'exige point de travail de ses vaches laitières de première qualité, et celles qui sont employées aux labeurs des champs donnent du lait moins abondant et médiocre. Si donc on désire avoir une nourrice aussi bonne que possible, il faut bien se garder de lui imposer un travail pénible car ce serait au détriment de l'alimentation du nourrisson. La question de la santé de l'enfant doit primer toutes les autres ; il est très-important de lui donner une nourriture aussi parfaite que possible, car c'est souvent des premiers mois de sa vie que dépend la vigueur de son existence toute entière. Le travail naturel d'une nourrice c'est de soigner son enfant; celui-là, elle doit s'y consacrer complètement et en remplir toutes les obligations. Dans certaines maisons, ces soins sont dévolus à des gardes ; mais je ne suis pas d'avis qu'il en soit ainsi, à moins que l'inintelligence de la nourrice la rende innpte à ces fonctions qui doivent être les siennes. C'est au médecin et à la mère à juger simultanément 51 ce travail indispensable suffit à absorber les forces de la nourrice ; dans la plupart des cas on peut sans inconvénient l'occuper à quelques travaux de ménage; mais il faut éviter qu'elle ne se refroidisse comme cela arrive quand elle lave du linge par un temps pluvieux dans des endroits humides où les courants d'air froids sont en permanence. D'après M. Devilliers, les 'savonnages rendent le lait séreux.
On veillera attentivement à ce que la nourrice ne soit pas exposée, soit par la marche ou le travail, soit par l'effet d'une température trop élevée à des transpirations trop copieuses ; car elle verrait rapidement diminuer la quantité de son lait.
Le caractère de la nourrice a une influence sur l'entant comme je l'ai déjà dit. Tous les médecins sont d'accord pour conseiller le ciioix d'une nourrice d'un caractère gai et ouvert. 11 faut aussi faire quelque chose pour entretenir la gaieté du caractère de la nourrice. 11 faut considérer qu'une femme qui est séparée de sa famille, qui souvent a laissé son enfant entre des mains étrangères, a bien quelques raisons de tristesse; il faut donc lui témoigner de la bienveillance ; car si elle a des chagrins, ils auront de l'influence sur la santé du nourrisson ; il ne faut pas la tenir sous le coup d'une surveillance systématiquement hostile.
Il faut aussi qu'elle évite soigneusement les accès de colère. Tous les pratiticiens ont vu des cas où la colère a été funeste à l'enfant; à la suite d'un violent accès de colère, j'ai vu un enfant prendre des accidents cérébraux qui ont compromis gravement sa vie et qui probablement ont retenti sur ses facultés intellectuelles.
Il en est de même de la peur, de la joie, de la jalousie et des sensations ve'nériennes trop vives.
Les nourrices doivent-elles se priver de relations sexuelles? Pour mon compte je me prononce sans hésitation pour l'affirmative. Les grossesses survenues pendant l'ailaitement ne sont pas rares, et les parents sont dans une inquiétude perpétuelle s'ils soupçonnent la nourrice de pratiquer le coït. On est donc en droit d'imposer la continence à li nourrice à domicile. Mais quel conseil donner à la mère qui allaite son enfont et qui vit avec son mari? Ici la question est plus difficile. Généralement l'activité de l'allaitement empêche l'ovulation ovarienne et dans ces conditions le coït n'a pas d'inconvénient, surtout s'il est pratiqué d'une manière habituelle. 11 faut éviter surtout une excitation génésique trop forte; chez les femmes passionnées, elle porte le trouble dans la sécrétion lactée et peut devenir nuisible à l'enf.mt.
En résumé, prescrire la continence en général, et dans les cas seulement où elle aurait de graves inconvénients, tolérer le coït, telle est la règle des médecins vis-à-vis des nourrices.
Chapitrc III. Pathologie des nourrices. La femme qui nourrit est susceptible de contracter des affections qui dépendent de l'allaitement, ou des maladies qui en sont complètement indépendantes. Les états morbides influencent l'allaitement qui à son toui réagit sur eux. De là une série de considérations dans lesquelles nous allons entrer.
Quand une fonction s'exécute normalement dans un organisme sain, elle est une source de bien-être et de vigueur, j'ai eu occ.isiou de citer des faits d'allaitement produisant sur des femmes maladives un bien-être inaccoutumé. Jlais aussi comme toutes les grandes fonctions l'allaitement a sa pathologie; il constitue un danger permanent pour un organisme doué de peu de résistance; les fatigues souvent esagérées qu'il entraîne sont susceptibles d'altérer gravement la constitution de certaines femmes, qui se livrent à cette nouvelle fonction avec toute l'ardeur inconsidérée de la jeunesse doublée de l'amour maternel.
J'examinerai d'abord les. affections qui proviennent de l'allaitement, puis celles qui en sont indépendantes au double point de la manière dont elles influencent les fonctions de la nourrice ou sont influencées par elles.
§ 1. Maladies provenant de l'allaitement. Elles ont une action locale sur le sein ou une inÛuence générale sur l'organisme tout entier.
A. affections du sein. Cette question ayant déjà été traitée (voir Mamelles), je me dispenserai d'entrer dans de longs détails, toutefois, je dois signaler les principales affections du sein qui sont propres aux nourrices.
1° Crevasses. Sous ce nom générique, je comprends divers formes :
Vérosion est une desquamation épidermique qui peut siéger sur toute la partie du sein que l'enfant introduit dans sa bouche pendant la succion.
L'ulcération réside dans les mêmes points et produit une légère déperdition de substance dans le derme du mamelon ou de l'aréole.
La crevasse proprement dite est située dans un ou plusieurs des sillons de la région.
C'est un accident du début de l'allaitement surtout chez les primipares; on le voit rarement survenir chez les femmes qui sont nourrices depuis longtemps ou qui l'ont été plusieurs fois. 11 est causé par le contact répété de la salive de l'enfant sur l'épiderme du sein. Quand les enfants sont soulirants, leur salive devient acide et revêt des propriétés acres et corrosives.
La bouche de l'enfant qui fait ventouse contribue aussi puissamment à produire les crevasses.
Ces solutions de continuité si légères en apparence, prennent, dans certaines circonstances des proportions graves, à cause des douleurs atroces qu'elles engendrent.
Elles sont souvent liées à une mauvaise condition de la sécrétion lactée, dit M. Donné; les femmes qui en sont affectées ont un lait plus pauvre; l'enfant mal nourri hit des efforts de succion et l'âcreté de sa salive contribue à corroder la peau ; de telle sorte que la mère souffre et l'enfant dépérit.
Le sang qui s'échappe de la plaie pendant la succion peut donner à l'enfant de véritables indigestions, provoquer des vomissements quelquefois et toujours de la diarrhée, dans laquelle on remarque des matières sanguinolentes.
Les crevasses gênent considérablement l'allaitement par la douleur qu'elles causent. Le tiraillement exercé par la succion sur cette plaie de petite étendue suffit pour la rendre très-douloureuse et intolérable pour les femmes d'un tempérament nerveux. Quelques-unes prennent des syncopes, perdent l'appétit et le sommeil. Elles redoutent tellement la sensation douloureuse, qu'elles reculent de plus en plus le moment de donner le sein à leur enfant. Alors l'organe s'engorge et toute une nouvelle série d'accidents survient.
J'ai toujours été fr.ippé de l'analogie qui existait entre la crevasse du sein et la fissure à l'anus. Dans ces deux affections, la lésion consiste dans une solution de continuité linéaire, peu étendue; les souffrances deviennent intenses et ont un retentissement sur les digestions, le sommeil et l'économie tout entière. Il est probable que dans la crevasse comme dans la fissure l'intensilé et le caractère des souffrances tiennent à une contracture douloureuse des fibres musculaires Seulement la démonstration clinique en est facile pour le spliincter, tandis qu'elle est impossible pour les muscles de l'aréole, des mamelons et des conduits galactophores.
Une foule de moyens ont été préconisés pour guérir les crevasses ; plusieurs réussissent ; aucun n'est infaillible ; je signalerai la glycérine, le vin aromatique, le sous-nitrate de bismuth, la poudre d'ami Jon; le nitrate d'argent; la baudruche et surtout les mamelons artificiels.
Deux obstacles s'opposent à la guérison. D'une part la succion de l'enfant qui produit le mal est aussi cause de sa durée en irritant la plaie. D'autre part, les troubles de la santé générale de la femme contribuent également à retarder la cicatrisation. Quand une femme a de mauvaises digestions, qu'elle souffre cruellement, qu'elle n'a pas de sommeil, sa sécrétion épidermique se fait mal et ses crevasses ont une durée indéfinie.
Certaines mères courageuses continuent l'allaitement malgré leurs souffrances et la guérison se produit; mais le moyen par excellence d'obtenir ce résultat, c'est de cesser l'allaitement.
La crevasse peut être le point de départ de tous les accidents propres aux plaies : je signalerai la diphthérie et l'érysipèle. Mais comme ces deux affections n'ont rien de spécial, je ne fais que les mentionner.
Le phlegmon est fréquemment la conséquence de la crevasse; soit que la femme allaite incomplètement à cause des douleurs qu'elle éprouve, soit qu'un refroidissement influence la plaie et se propage aux parties voisines. Dans le premier cas, il survient un simple engorgement de la glande mammaire; dans le second, l'inflammation dont la plaie est le point de départ s'insinue dans
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les conduits galaclophores et peut atteindre le tissu glandulaire lui-même. Si le sein éprouve une simple réplétion congestive, on doit tenter de le désemplir par la succion de l'enfani ou d'une ventouse, avec espoir de succès.
Si l'inflammation devient suppurative, elle peut se comporter de trois façons différentes. Tantôt elle reste localisée dans les conduits galactophores qui perdent dès lors toute élasticité. La pression et la traction exercées par la bouclie du nourrisson deviennent par ce fait fort douloureuses et même inefticaces en môme temps que du lait, l'enfant avale du pus qui exerce sur sa nutrition une influence fâcheuse. Le microscope permet de constater le mélange des leucocytes avec les globules laiteux. Ou bien l'inflammation s'insinue jusqu'aux acinis et détermine la suppuration dans le tissu conjonclif péri-glandulaire. L'abcès qui s'ouvre en dehors ne contient pas de lait. En troisième lieu, prenant son point de départ dans le tissu conjonctif, le pus perfore d'une part, les conduits galactophores, et de l'autre, la peau en produisant une fistule lacto purulente. Ce mécanisme nous offre une frappante analogie avec les abcès péri-urélhraux . Ici se présente un problème pratique ! Quel conseil donner à une nourrice atteinte d'un phlegmon mammaire?
Beaucoup de femmes continuent sans notable inconvénient l'allaitement du côté sain. Cette pratique prédispose cependant à la suppuration le phlegmon qui n'en est pas encore atteint et relarde la guérison si le pus est formé. On voit cependant des femmes persévérer énergiquement et la cicatrisation s'opérer néanmoins, quoique plus difficilement. Quand un soin est abcédé, la sécrétion lactée y diminue beaucoup et même après la guérison elle ne revient jamais aussi abondante que du côté opposé, à moins que l'abcès n'ait été très-superficiel.
Le médecin doit donc mûrement étudier les motifs de sa conduite et envisager les inconvénients pour la mère et l'enfant de continuer l'allaitement. Pour la mère inconvénients de la souffrance et de la prolongation du mal. Pour l'enfant danger d'absorber du pus ou d'avoir une nourriture insuffisante. Après avoir considéré toutes ces difficultés il faut peser les avantages et les inconvénients et se conduire en conséquence. Continuer l'allaitement si la mère et l'enfant se portent bien; cesser l'allaitement si la mère ou l'enfant dépérissent et si la guérison de l'abcès ne peut s'obtenir autrement.
3" Agalactte. Cet état dépend d'un vice de conformation des mamelles ou d'une altération organique de cette glande. Il peut aussi venir d'une maladie générale qui est assez intense pour troubler toutes les fonctions. Cette influence peut être passagère ou durable. Enfin il n'est pas rare de voir des femmes bien portantes, dont la grossesse et l'accouchement ont été normaux, avoir des seins qui ne se gonflent nullement à l'époque habituelle et qui n'ont pas une goutte de lait. Cette agalactie provient souvent de la désuétude de nourrir dans les familles. La fille dont la mère n'a jamais allaité manque de la faculté de nourrir. L'atrophie du sein qu'on rencontre dans certaines familles et qui est trèspréjudiciale à la beauté n'a quelquefois pas d'autre cause.
L'agalactie qui vient d'une disposition héréditaire ou d'une maladie organique est incurable. Si l'agalactie est complète on échouera quels que soient les moyens employés pour ramener la sécrétion. Si la sécrétion existe mais en petite quantité, on peut espérer réussir en prescrivant l'exercice et surtout une bonne alimentation. Ces moyens hygiéniques me paraissent bien supérieurs aux prétendus galactopoiétiques, tels que la cascarille, l'anis, le fenouil, les len-
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lilles, les cataplasmes de feuilles de ricin applique's sur les seins, dont l'efûcacité est douteuse.
Y a-t-il des aliments qui donnent aux nourrices une plus grande quantité de lait?
Pour les vaches laitières la question n'est pas douteuse et les industriels qui s'occupent de vendre du lait savent parfaitement qu'en donnant des raves, des betteraves, certains fourrages et en général tous les herbages renfermant une grande quantité d'eau ils augmentent la production du lait dans de notables proportions. Cette augmentation est souvent aux dépens de la qualité. Dans l'espèce humaine l'alimentation doit avoir la même influence sur la galactose, toutefois des observations sont à faire pour mettre le fait hors de doute.
En résumé la sécrétion lactée est heureusement influencée par une bonne santé générale. Une nourrice qui se porte bien, dont toutes les fonctions sont bien équilibrées, est dans les meilleures conditions pour avoir un lait bon et abondant.
Parmi les causes qui font perdre le lait je signalerai : un âge trop jeune, et une constitution peu robuste ; les fatigues de quelque nature qu'elles soient; les excès de tout genre. Une nourriture tenue ou trop substantielle et trop abondante; la grossesse; la plupart des maladies générales et surtout l'anémie.
4" La (jalactorrhée ou liyJrogalactie de L'Héritier est caractérisée par une sécrétion exagérée du lait qui devient aqueux et coule constamment. Il y a donc deux faits, signalés du reste par deux dénominations : sécrétion vicieuse, hijdrogalactie; et écoulement continu galactorrhée. C'est la même affection examinée à deux points de vue différents ; Thydrogalactie vient de la faiblesse générale, la galactorrhée de l'absence de tonicité des conduits galactopbores.
L'Héritier ne considérait le lait qu'au point de vue des altérations de sa composition chimique ; mais le médecin doit aussi tenir compte des troubles de la sécrétion ; le mol galactorrhée doit donc être conservé.
Cet état survient chez les femmes lymphatiques qui sont molles et ont peu de vigueur. Le retour des règles peut le produire. Chez ces nourrices, le lait coule continuellement ; elles sont obligées de se garnir les seins pour absorber le liquide. Peu à peu elles sont épuisées par l'abondance de la sécrétion lactée et elles tombent dans le marasme {Voy. Lactatioxu
Le lait est bleuâtre, fluide, dépourvu de consistance ; il renferme d'après les analyses une moindre proportion de globules et de caséine.
Le nourrisson dans la galactorrhée est bouffi, pâle, dépourvu de vigueur; il a des selles vertes; pousse des cris continuels et se développe mal.
L'indication est de tonifier la constitution par un régime approprié et le mamelon par des applications astringentes. Mais si les souffrances de la femme ou de l'enfant ne permettent pas d'atteindre le résultat d'une hygiène meilleure ou des médicaments toniques, il faut recourir au sevrage.
L'Héritier a encore décrit Vhypergalactie ou sécrétion normale comme qualité, mais exagérée comme quantité. Elle surviendrait chez les femmes lymphatiques qui font peu d'exercice, sont bien portantes et mangent beaucoup. Cet état n'aurait pas trop d'inconvénient pour l'enfant, dont il est toujours possible de régler les repas. Quant à la nourrice il faut lui prescrire un régime moins copieux et plus d'exercice sous peine de voir sa constitution s'altérer.
La makigalactie de L'Héritier désigne un lait trop consistant, renfermant trop
de beurre et de caséine. C'est le contraire de Vhydrogalactie. Le lait ainsi constitué est une nourriture trop substantielle pour les organes délicats des nouveau-nés ou des enfants très-débiles. Dans la pratique on rencontre assez souvent des enfants qui ne peuvent s'accommoder d'un lait trop épais et trop gras et dont il faut changer la nourrice : la makigalactie s'observe chez les femmes vigoureuses qui ont une alimentation trop azotée. Pour l'atténuer il faut un régime moins riche.
5" La syphilis transmise par le nouveau-né à sa nourrice est un fait mis actuellement en dehors de toute contestation, grâce aux travaux de MM. Bassereau et Rollet. Un nourrisson qui a des éruptions syphilitiques à la bouche a toutes les chances possibles d'infecter le sein de la nourrice, car il est bien difficile que pendant le cours de l'allaitement, il ne se produise une gerçure ou une desquamation cpidermique qui suffise à l'inoculation du virus contagieux. La syphilis infantile est éminemment apte à se transmettre et tous les praticiens ont vu des cas où elle se propageait aux enfants de la nourrice. J'ai même donné des soins à une vieille femme qui avait contracté la syphilis d'un enfant syphilitique que lui avait confié l'hospice de la charité de Lyon et qu'elle faisait coucher la nuit entre ses cuisses.
La condui-te que doit suivre le médecin en présence d'un nourrisson syphilitique est d'autant plus nette qu'il est passible d'une indemnité et même de la police correctionnelle, s'il le confie sciemment à une nourrice saine qui soit coiitagionnée par ce fait. Il n'y a donc aucun biais à prendre et les données scientifiques modernes ne permettent pas le plus léger compromis avec la conscience. Dans ces cas malheureux c'est la mère qui doit nourrir son enfant et si le médecin est fortement persuadé que c'est là la seule solution du problème, il saura lui inspirer ainsi qu'à son entourage le courage nécessaire pour accomplir une tache qu'elle seule est capable de mener à bien. Si la mère ne peut nourrir il faut élever l'enfant au biberon et lui faire suivre un traitement qui consistera surtout en bains de sublimé et en frictions mercurielles. 11 est inutile d'insister sur la prudence avec laquelle se dirigera cette médication spécifique.
Ce n'est point ici le lieu de décrire la syphilis de la nourrice {Voy. Mamelle, Pathologie), elle suit la règle générale qui veut que toutes les fois que la syphilis est transmise par innoculation il se produise un chancre induré au point d'implantation. Après ce point de départ qui lui est spécial la maladie suit la marche générale et n'offre plus rien de particulier.
Cette maladie présente plusieurs problèmes qui intéressent le praticien. Le lait de la nourrice syphilitique peut-il transmettre la maladie à un nourrisson indemne? La science doit répondre jusqu'ici par la négative; aucun fait de transmission semblable n'a été observé et si une nourrice syphilitique transmet la syphilis en allaitant, c'est par contact d'une plaie virulente et non par du lait syphilitique. 11 peut se produire une situation spéciale. La syphilis éclate sur un nourrisson sain en apparence jusqu'ici et qui est nourri depuis deux mois par une femme saine. Comment doit-on se comporter? Dans le doute il faut se prononcer en faveur de la nourrice et lui faire cesser immédiatement l'allaitement. 11 est possible qu'elle soit déjà contagionnée ; mais si elle ne l'est pas encore il faut lui enlever les chances de l'être. Si la syphilis est manifeste chez elle, il faut qu'elle continue de nourrir et la traiter.
B. Influence générale. L'allaitement retentit sur l'organisme tout entier et
au point de vue morbide il peut avoir une puissance étiologique des plus variées. Nous allons successivement étudier son influence sur l'anémie, l'absence d'involution des organes utérins, le développement des maladies constitutionnelles et des affections nerveuses, telles que la cliorée, l'hystérie, la folie, et enfin sur la persistance de quelques affections accidentelles dont la durée est habituellement courte.
1". Anémie. Si l'allaitement est fait dans de mauvaises conditions, il est une source d'épuisement et de troubles fonctionnels. Cependant je suis loin de partager l'opinion du D"' Gallard, qui a écrit les lignes suivantes :
« On prétend que l'allaitement est favorable à la santé de la mère. Erreur dangereuse ; chaque verre de lait que donne une femme, c'est un verre de san"qu'elle perd; la grossesse épuise les forces; l'allaitement davantage. »
Cette comparaison du sang et du lait n'est pas exacte. L'excrétion du lait est physiologique. L'hémorrhagie est pathologique ; le lait est destiné à être absorbé par l'enfant, tandis que les globules de sang doivent, d'après les lois organiques qui nous régissent, se modifier sans sortir des vaisseaux.
Voici les symptômes de l'anémie : la nourrice pâlit et maigrit progressivement, le sommeil est léger, interrompu par de fréquents réveils. L'appétit est peu prononcé; le système nerveux devient très-impressionnable, le pouls est plus rapide, les yeux sont brillants ; il existe une surexcitation fébrile continue ; en même temps le système nerveux prédomine, la femme devient impatiente, inquiète de tout, irritable, prend des syncopes et perd progressivement ses forces.
Il y a de malheureuses nourrices qui ne sont bonnes qu'à leur détriment. L'enfant profite et elles dépérissent. Ce résultat se voit surtout au bout d'un an ; c'est un indice de la nécessité du sevrage.
Le médecin doit observer attentivement la nourrice, de peur de voir sa santé s'altérer complètement. Les causes de ces accidents sont multiples. En premier lieu je dois placer la déperdition de lait qui est susceptible à elle seule de produire l'anémie chez les femmes mal douées au point de vue de Tallaitement. En seconde ligne je mettrai Linsomnie, les fatigues de toutes sortes, et surtout les préoccupations morales qui assaillent la nourrice qui n'est pas douée largement des grâces d'état indispensables, telles qu'un bon estomac, un bon sommeil et un esprit calme.
J'attribue à l'anémie une grande importance dans la production des phénomènes morbides chez la nourrice ; suivant moi, c'est elle qui a la principale part dans les troubles fonctionnels ou les affections dont je vais parler.
2° Absence d'involution. Il n'est pas rare d'observer des métrorrhagies persistantes chez les nourrices; quoique peu abondantes, elles sont tenaces et ne cèdent pas facilement. Llles troublent moins l'allaitement que le retour des règles ; en général, elles coexistent avec une santé parfaite et sont un accident local ; quelquefois elles débilitent un peu et amènent des maux d'estomac. Les meilleurs moyens de les arrêter sont le quina et le séjour à la campagne.
J'attribue cette métrorrhagie particulière à l'absence d'involution utérine provoquée par l'allaitement. La plaie placentaire ne se cicatrise pas et le sang fine d'une manière continue. Mais est-ce là un effet habituel de l'allaitement? C'est une opinion très-anciennement répandue au contraire que l'allaitement est trèsfavorable à la guérisondes métrites; elle est fondée peut-être sur une observation superficielle des faits. Pendant que la femme nourrit, les ovaires sommeil- DICT. ENC 2* s. XllI. 27
lent et l'utérus n'est plus soumis à des congestions pe'riodiques : de là une sédation dans les phénomènes de la métrite qui a pu en imposer et faire croire à une guérison.
Si on examine au spéculum les nourrices, on trouve souvent des ulcérations du col utérin ; j'en ai traité un certain nombre par les méthodes ordinaires sans nul inconvénient et même avec succès.
Dans certains cas, la métrite sommeille pour ainsi dire pendant l'allaitement après lequel elle reparaît aussi intense qu'avant la grossesse. M. Gallard n'admet pas que la grossesse et l'allaitement soient favorables à la guérison de la métrite. M. Bouchacourt pense que l'involution utérine est retardée chez la femme qui nourrit, et que c'est là la cause des métrorrhagies secondaires; il possède plusieurs observations qui confirment positivement cette manière de voir.
Examinée dans son ensemble cette opinion me paraît trop absolue. L'allaitement fait dans de bonnes conditions au point de vue de la neurrice me semble au contraire très-favorable à l'involution. La succion du sein détermine, on le sait, des contractions de l'utérus qui activent sa rétraction ; l'absence de congestion menstruelle favorise encore le retrait de l'organe, double cause qui facilite la cicatrisation des solutions de continuité de sa surface interne. Mais, si le nourrissage débilite la constitution, si l'anémie existe, l'utérus reste volumineux; les orilices des sinus ne sont pas complètement cicatrisés et des métrorrhagies en sont la conséquence.
La question ne me paraît donc pas jugée en dernier ressort et elle appelle encore de nouvelles observations.
5" Développement des maladies constitutionnelles. A l'occasion des fatigues de r allaitement on voit souvent des dispositions morMIes latentes se réveiller et des maladies constitutionnelles faire leur apparition : ainsi pour mon compte j'ai vu plusieurs fois la phthisie pulmonaire débuter, sans que jusque-là aucun trouble respiratoire eût lait soupçonner que la jeune femme eût le germe héréditaire de cette redoutable affection.
On a fait la même observation à propos des scrofules; j'ai donné des soins à une jeune femme d'une santé jusque-là irréprochable et qui pendant trois allaitements successifs fut atteinte de glandes strumeuses sous-maxillaires qui chaque fois se terminèrent par suppuration.
La folie a reçu dans quelques cas une impulsion funeste. xMais sur cette question la science n'a pas encore dit son deniier mot, et on trouve deux opinions nettement contradictoires. D'après Jacquemier les femmes qui nourrissent sont exposées à la manie puerpérale, d'allaiter leurs enfants, et l'on ne doit pas conseiller l'allaitement à celles qui ont des antécédents héréditaires. Reech, de Montpellier {A7inales médko-psychologiques, 1856;, cite l'observation d'une aliénée qui avait encore du lait longtemps après un accouchement, on la fit téter par un chien ; les mamelles furent taries et la guérison survint.
Au contraire Darwin conseille l'allaitement chez les femmes mariées qui ont me prédisposition héréditaire à la folie. Guislain émet une opinion semblable .
« Une vérité, dit-il, qu'on ne saurait révoquer en doute, c'est que lallaiteraent opère toujours sur le moral des aliénées un changement heureux » Landais. (Thèses, Strasbourg, \ 846) relate le fait d'une manie fatale amenée par le sevrage.
En présence do la divergence des opinions et des faits il est bien difficile de
prendre un parti d'avance, et le mieux me paraît de se comporter prudemment dans la pratique et de s'inspirer des circonstances.
En appauvrissant le sang l'allaitement amène la prédominance du système nerveux : on ne s'étonnera donc pas de voir le nervosisme se développer chez la femme.
L'hystérie a été signalée comme une conséquence.
Rombert cite un cas de chorée des plus aiguës survenue chez une femme de quarante-sept ans pendant qu'elle nourrissait après son septième accouchement.
4° Influence sur les maladies accidentelles. La dyspepsie est fréquente chez la nourrice. Sa cause habituelle est l'insomnie et la déperdition de substance. Elle peut être produite aussi par un changement de régime intempestif. Les nourrices dyspeptiques ont des besoins de prendre à chaque instant et la puissance digestive leur fait défaut ; de plus, elles ont une soif impérieuse qu'elles satisfont immodérément. La quantité de liquide qu'elles ingurgitent contribue encore à troubler lem's digestions. Pour combattre cet état fâcheux, il faut appliquer les préceptes hygiéniques dont nous avons parlé et employer les médicaments appropriés.
Les femmes qui allaitent sont exposées aux effets du froid ; j'ai vu plusieurs pleurésies et pneumonies se développer chez elles. J'ai observe également des bronchites catarrhales incoercibles qui m'ont paru sous la dépendance de l'allaitement. Dans ces cas, il faut l'avouer, de peur de troubler l'allaitement qui fonctionnait convenablement sous d'autres rapports, je n'ai pas employé les moyens curatifs par excellence, tels que : séjour au lit ; vésicatoire, préparations antimoniées, etc.
La fièvre intermittente m'a semblé également être susceptible de se développer par l'allaitement. Chez une malade qu'un allaitement de deux mois avait profondément anémiée, j'ai vu se produire pour la première fois une fièvre intermittente avec névralgie abdominale, qui n'a pas cédé au sulfate de quinine et qui n'a disparu que par la cessation de l'allaitement. Chez d'autres nourrices ayant eu la fièvre intermittente, la récidive est survenue sous l'influence des fatigues du nourrissage.
Je ne fenù que citer pour mémoire une affection spéciale aux nourrices observée aux États-Unis dans le Tennessee et les Florides et décrite par Backers, Schanks et Wcler Taylor. Elle paraît d'origine paludéenne; elle se caractérise par des ulcérations de la bouche, de la diarrhée et de la dépression des forces. Elle cesse en même temps que l'allaitement.
§ II. Influence des maladies sur l'allaitement. A. Traumastisme. J'ai plusieurs fois observé des blessures, des entorses et même des fractures, sans que l'allaitement fût troublé. Une suppuration abondante ne m'a pas paru diminuer notablement la sécrétion lactée. Ainsi, dans l'état lactéal, il y a tolérance pour quelques lésions et certainement à un degré plus accentué que dans l'état puerpéral. Néanmoins, les grands traumatismes, les amputations des membres, me semblent être une indication de cesser l'allaitement.
B, Affections médicales. Toute maladie grave est incompatible avec l'allaitement; j'ai peu de chose à dire sur cette question que j'ai déjà eu l'occasiou de traiter. Quand une femme qui nourrit est ainsi atteinte, quelques médecins cependant font continuer l'allaitement. Cette manière d'agir est basée uniquement sur l'intérêt de la mère. Piepose-t-elle sur des fondements sérieux? Je ne
le crois pas et je ne connais pas de faits qui puissent autoriser cette pratique qui me paraît toute de sentiment. J'ai vu plusieurs fois insister sur l'allaitement, pour atténuer les funestes progrès de la fièvre puerpérale, et j'ai conservé la plus triste impression du spectacle d'un enfant s'efforçant de tirer du lait du sein vide et flasque de sa mère, en proie à la fièvre et au délire.
L'allaitement comme moyen préventif des affections puerpérales est aussi employé d'une manière générale par quelques médecins pendant le premier mois qui succède à l'accouchement. Cette méthode me paraît irrationnelle et inutile. Elle a certainement son point de départ dans un reste de croyance aux métastases laiteuses qui occupaient une grande place dans la médecine d'autrefois, et qu'on serait bien embarrassé de retrouver aujourd'hui.
On a recherché quelles altérations les diathèses et les maladies aiguës ou chroniques produisaient sur le lait.
L'efiet de toutes les maladies aiguës ou chroniques est d'appauvrir le lait, dans la plupart des cas. Dans certaines circonstances cependant elles lui apportent un élément étranger dont l'action ne laisse pas que d'être nuisible. Ainsi toutes les inflammations du sein mélangent au lait une proportion variable de leucocytes. Les éléments de la bile passent dans le lait dans les cas d'ictère.
Les maladies chroniques qui débilitent l'organisme diminuent la sécrétion laiteuse et la proportion de beurre. Du lait de vache phlhisique analysé à Alforl a été trouvé contenant une plus grande proportion de phosphate de chaux. Le sucre, les sels et l'eau augmentent dans le lait des syphilitiques.
Voici un tableau emprunté à Becquerel et Vernois qui indique les modifications imprimées au lait par les maladies chroniques.