‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.65Chapitre 42 sur 90 · IÎ0 9-28, 74'J · texte numérisé non relu

IÎ0 9-28, 74'J

Comme on le voit, d'après le tableau de M. Ligier, la suppression des tours ne risque pas d'amener la dépopulation, puisque la proportion des enfants naturels a augmenté jusqu'en 1869, malgré le chiffre plus élevé des infanticides, des morl-nés et peut-être des avortements.

Les statistiques n'ont de valeur que par leur interprétation; or, ce tableau montre que la progression des enfants naturels s'est arrêtée en 1870, c'est-àdire à l'époque où la France est devenue moins llorissante.

La statistique de la Bavière à elle seule déuiontre la cause qui préside à l'augmentation de la population dans un pays: c'est le nombre d'enfants nouveau-nés et non leur mortalité. Voilà un pays qui a le maximum de mortalité et dont la population augmente beaucoup plus qu'en France.

Une autre objection grave à faire au tour, c'est que le nombre des pupilles de l'assistance publique augmentera considérablement et qu'on ne trouvera pas de nourrices en quantité suftisante. L'administration du Pdiône donne actuellement 16 francs, et elle a beaucoup de ditficultés à recruter le personnel de nourrices qiii lui est nécessaire : que serait-ce donc, si le chiffre de ces pupilles était double? et il le serait sans aucun doute.

M. Bérenger veut qu'on perfectionne le tour; qu'on en ouvre un dans chaque arrondissement, que les enfants y soient reçus sans difficultés et sans contrôle ; toutefois, dans l'article 3 de sa proposition il demande des peines sévères contre les personnes convaincues de porter habituellement des enfants au tour. 11 y a là, je crois, une contradiction et le germe du rétablissement de la surveillance, qui rend le système illusoire et inférieur à l'assistance à bureau ouvert; ses partisans sont les premiers à le reconnaître. Et cependant, si le tour reçoit tous les enfants, sans contrôle, on les verra affluer non-seulement des départements voisins, mais encore des contrées limitrophes, grâce à la multiplicité des chemins de fer. Aux misères qu'engendre l'illégitimité, le véritable remède, c'est l'assistance largement faite, c'est le secours, qui est plus moral et donne une mortalité moindre ; qu'on ouvre généreusement les portes aux enfants que les mères veulent abandonner; qu'on ne fasse jamais l'allaitement forcé ; que les femmes qui accouchent soient assistées à leur choix, à leur domicile, chez des sages-femmes ou dans les hôpitaux spéciaux; qu'elles soient entourées d'encouragements et de conseils pour se préparer à l'allaitement maternel ; qu'on prenne tous les moyens possibles, mais qu'on ne rétablisse pas les tours. Sans aucun doute, une fille pauvre qui est venue de loin cacher sa grossesse dans une grande ville ne peut avoir la charge de son enfant, qu'on tolère l'abandon, mais qu'on ne le facilite pas outre mesure.

Les abandons à Lyon sont un tiers des assistés, cette proportion me parait satisfaisante.

Enfin certaines mesures me paraissent d'heureux corollaires de l'assistance des enfants illégitimes; ainsi M. Bérenger désire qu'on l'ende la tutelle des enfants aux administrations hospitalières, qui proposeront des inspecteurs aux préfets ; mais l'État conservera la direction générale. Avec tous les honnêtes gens, M. Bérenger demande une loi sur la recherche de la paternité, c'est-à-dire une loi qui oblige le père à s'occuper aussi de l'enfant ; mais par une contradiction singulière il est partisan du tour qui débarrasse à tout jamais et la mère et le père du fardeau de leur inconduite.

J'appelle donc de tous mes vœux un perfectionnement de la loi qui régit l'assistance des enfants trouvés ; qu'on prenne tous les moyens possibles pour atteindre ce but; qu'on modifie également l'assistance des filles grosses; toutefois je suis d'avis que toutes les mesures soient prises avec prudence et réflexion, car la nouveauté n'est pas toujours le progrès.

En résumé le tour , primitivement institution charitable privée, n'aurait jamais du être inscrit dans la loi d'une nation bien organisée; il débarrasse, il est vrai, assez commodément la mère, mais il lui reste au cœur un remords durable et lui facilite le liberiinage; il place l'enfant, il est vrai, dans un milieu plus moral, mais il double ses chances de mortalité et l'abandonne dans l'isolement; il justifie la dissimulation delà grossesse considérée autrefois comme un crime; il affaiblit le sentiment maternel et ruine l'allaitement par la mère, qui commence à être en bonneur aujourd'hui. De plus, le système des tours présentera de graves difficultés d'application, telles que la pénurie des nourrices et la surveillance.

Si, par un revirement d'opinion comme on en voit souvent dans les institutions humaines, on rétablit les tours, je suis convaincu que leur durée sera éphémère, et qu'on reviendra au secours qui est le véritable progrès. Du reête, si quebjue fait nouveau se produisait, on y reviendrait au mot Tours.

g 3. Assistance DES ENFAi^TS. Autrefois les hospices d'enfants trouvés étaient sous la direction exclusive des administrations hospitalières, qui recevaient toutefois du département une indemnité en rapport avec le nombre d'enfants secourus. Ces hôpitaux, répandus surtout dans les pays catholiques, étaient nés sous l'impulsion de gens animés du désir de la bienfaisance, et leur direction était ordinairement plus empreinte de sentiments de charité que du sentiment administratif.

Ces hôpitaux se chargeaient des enfants trouvés sur la voie publique ou dans les tours ; mais ce qui les caractérisait, c'était la facilité avec laquelle une mère pouvait leur abandonner son enfant, en gardant le secret de sa faute. Ils réalisaient un progrès social; en effet, on n'avait rien de mieux. Ils étaient indispensables pour recevoir tout au moins les enfants exposés ou dépourvus de famille. La mortalité y était grande assurément, mais auparavant la licence et l'incurie jetaient sur la voie publique des millions d'enfants qui mouraient sans que personne s'inquiétât de leur sort. Actuellement encore, ils trouvent des défenseurs résolus dans quelques membres du corps médical opposés d'instinct à la centralisation administrative; nous reviendrons plus tard sur les arguments qu'on fait valoir en leur faveur. Voyons les objections :

Terme et Montfalcon, dans leur intéressant ouvrage sur les enfants trouvés, cherchent à établir que les nouveau-nés périssaient en plus grand nombre dans les hospices qui leur étaient destinés, ou chez les nourrices auxquelles l'admi-

uistration les confiait, que lorsqu'ils étaient abandonnés sur la voie publique. Voici leur statistique :

Enfanls trouvés ....... 4o2,"49

Morts dans les hospices .... 46,755 10 pour 100

Morts chez les nourrices . . . 131,750 33 —

Total 198,505 45 pour 100

Sur JOO enfants, l'hospice de Saint-Pétersbourg en perdit 40 en 1788; celui de Florence 60 en 1786; celui de Paris 80 en 1789; celui de Dublin 91 en 1791. D'après Benoiston de Châteauneuf, en 1834, 60 pour 100 des enfants exposés périssaient dans leur première année. Selon Yillermé, 67 pour 100 succombeut.

Page 1