‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.65Chapitre 70 sur 90 · L. Hn · texte numérisé non relu

L. Hn

IXOïAU. Ce mot est employé en médecine dans des sens divers, mais surtout dans les deux suivants. Ou bien il signifie un amas d'éléments nouveaux ou pathologiques, ou bien il s'applique à une partie coustitutive de l'élément cellule.

On appelle, par exemple, no?/flMm?zce>(?u,r]'agglomération'des éléments pathologiques qui forment essentiellement la tumeur cancéreuse ; noyau du cristallin la réunion des fibres propres, située au centre de cet organe ; noyaux des nerfs les petites masses de cellules nerveuses répandues dans la moelle (Stilling), etc.

Pour ce qui regarde le noyau et le nucléole des cellules, voir l'article Cellcle.

KOYER, XOIX. § I. Botanique. Les Noyers constituent un genre de plantes dicotylédones apétales, qui a reçu le nom dejuglans, et dont on a fait le type d'une familledes Juglandées ou Juglandacées, famille souvent rangée parmi les Amentacées par les anciens auteurs, parce que les fleurs mâles et parfois les femelles sont disposées en chatons, mais dont la place est fort discutée dans la plupart des classifications, et qui représente probablement quelque type dégénéré ou amoindri de familles polypétales à fleur beaucoup plus compliquée. Les Téi'ébinthacées ont été citées parmi ces types plus élevés auxquels se rattacherait peut-être le groupe des Juglandées. On peut, dans notre pays, se faire une idée générale de l'organisation de ces dernières par l'étude du Noyer commun [Jiiglans regia L.). Ses fleurs sont monoïques. Les mâles sont disposées en longs chatons, grêles et pendants, dont l'axe porte des bractées alternes. A l'aisselle de celles-ci se trouvent les fleurs, généralement solitaires, soulevées avec leur pétiole. Le périanthe est à six divisions imbriquées, souvent plus ou moins; elles sont disposées, non pas suivant un cercle, mais suivant une ellipse plus ou moins allongée. Les étamines sont en nombre très- variable, pourvues chacune d'un filet court et d'une anthère biloculaire, extrorse, déhiscente par deux fentes longitudinales. Payer a remarqué que « ces étamines sont ordinairement superposées par groupes de trois aux divisions du périanthe ». Les fleurs femelles sont ou solitaires, ou disposées en sortes de chatons très-courts où elles sont peu nombreuses. On leur a décrit deux périanthes, dont l'extérieur ne fait pas réellement partie des fleurs, mais dépend de leurs bractées axillantes. L'autre est réellement un périanthe ; formé de quatre folioles, il surmonte un ovaire infère, c'est-à-dire entouré du sac réceptaculaire, dont l'orifice supporte ces folioles sur ses bords. En dedans du périanthe, se voient deux branches stylaires épaisses, récurvées, toutes chargées de papilles stigmatiques fort développées. Quant

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à l'ovaire, il est uniloculaire et présente, au fond de sa cavité, un placenta basilaire qui supporte un seul ovule ortliotrope, dressé, à micropyle supérieur. Le fruit drupacé est la Noix, quoiqu'on réserve souvent ce nom à sa paitie profonde et dure. Extérieurement, il présente un brou plus ou moins charnu et fibreux, riche eu tauuin et tachant la peau en noir ou eu brun ; il finit par se rompre irrégulièrement, laissant à nu l'endocarpe ou coquille de la Noix, formée, comme l'on sait, de deux moitiés dures. La graine dressée qui remplit cette coque est formée do minces téguments se moulant exactement sur l'embryon tout mamelonné, sinueux et cérébriiorme, qui est la partie comestible des Noix. Celui-ci a sa radicule supère et ses cotylédons charnus et huileux infères. Le Jnglans regia L. est un bel arbre, à feuilles alternes, sans stipules, <;omposées-peunées, odorantes et très-riches en substances astringentes qui leur donnent une saveur particulière. II a été introduit de Perse en Grèce, au dire de Pline (lib. XV, cap. xxii). On croit que c'est lui que Théopliraste désignait sous les noms de Kdpuov 6a<Ti),iz6v et Trepo-txà, comme un arbre dont la graine servait à faire de l'huile. Ledebour dit que le Noyer est spontané dans la région ^ui s'étend au sud du Caucase ; on admet qu'il l'est aussi en Perse, au Cachemire et, d'après Roxburgh, dans les montagnes du nord et du nord-est de l'Hindouslan. Ses feuilles ont le plus souvent de cinq à six paires de folioles ovales, ou ovales-lancéolées, entières, membraneuses, subcoriaces, pennivéniées, avec des poils au niveau des aisselles des nervures des folioles, sur la face inférieure. Les bractées de l'inflorescence mâles sont sublancéolées. Le périanthe des fleurs femelles est, comme l'ovaire, velu. Cet arbre, de haute taille, d'un bois excellent, fort employé dans l'économie domestique, atteint, chez nous, de grandes dimensions, surtout dans les terrains calcaires où son accroissement est rapide; il présente de nombreuses variétés et formes. Les principales sont : le Noyer de la Saint-Jean {Juglans regia serotina), dont les folioles ne sont le plus souvent qu'au nombre de quatre paires, et dont on recommande surtout la culture dans nos climats, parce que, quoique donnant d'excellents fruits, qui miàrissent un peu plus tard que ceux du type, il fleurit très-tard ; ce qui n'expose pas ses fleurs et ses jeunes pousses à être détruites par les gelées tardives du printemps; le J. regia monophylla, dont les feuilles sont souvent, en effet, réduites à une foliole; le J. regia macrocarpa, dont la noix, plus grosse que celle du type, sert à faire des boîtes, des petits objets de luxe ; d'où son nom de Noix-bijou; c'est aussi la Noix de jauge ; le J. r. venosa, dont les folioles sont dentées en scie, et le J. r. laciniata, qui les a profondément disséquées, €t qui est aussi le J. dissecta, le J. filicifolia et le J. heterophylla des jardins; le Noyer-Mésange, dont la coque est molle et tendre [J. r. tenera) ; le N. à grappes (J. r. racemosa), dont l'inflorescence femelle est allongée et pluriflore; le J. r. bifera, qui porterait deux récoltes successives de fruits; le J. r. Bartheriana, dont les feuilles sont serrées et dont la noix est atténuée aux deux extrémités; le J. regia sinensis, dont la noix, globuleuse ou subobovoïde, a la coque très-dure, striée-réticulée, creusée de lacunes communiquant entre elles; le J. regia rugosa, dont la coque très-épaisse, a des fausses-cloisons incomplètes , épaisses et très-dures ; le J. regia beloudchistana , dont les feuilles ont deux paires de folioles acuminées, et une foliole impaire trèsdéveloppée (longue d'un quart de mètre environ), etc.

Le Noyer noir [juglans nigra, L., Spec, 1415), est une espèce de l'Amérique du Nord, introduite et cultivée chez nous, dont les graines seraient à la rigueur

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comestibles et renferment aussi de l'huile dans leur embryon, mais qui n'est pas recherchée pour son fruit, parce que l'embryon est peu développé, que la noix, très-épaisse et très-dure, est difficile à ouvrir, et parce que, entoui'ée de son endocarpe sphérique, elle forme une masse pesante dont la chute n'est pas sans danger. C'est un très-bel arbre, dont le bois est excellent, dont les feuilles sont très-ornementales; elles ont de sept à neuf paires de folioles pubescentes, ovaleslancéolées, acuminées, serrées. Les fleurs mâles comprennent de vingt à quarante étamines, et le périanthe des femelles est pubescent. La bractée axillante est irrégulièrement multidentée à son sommet ; la noix très-rugueuse est indéhiscente. Cet arbre a été encore appelé Wallia nigra. Il y en a une variété dans l'Amérique du Sud, que l'on a nommée J. boliviana.

Le Noyer cendré (J. cinerea L.) est une autre espèce de l'Amérique du Nord, que l'on a appelée encore J. cathartica Mieux et J. ohlonga Mill. Le premier de ces noms indiquerait des propriétés purgatives. Cet arbre a des folioles au nombre de huit à dix paires pour chaque feuille, serrées et ciliées, pubescentes. Son fruit est cylindroïde, indéhiscent, couvert d'un brou chargé de duvet roussàtre. C'est son écorce interne qui sert de purgatif; ses feuilles irritantes remplacent les cantharides.

Les Noyers blanc {J. alha L.), amer [J. amara Michx), de porc {porcina MiCHx), tous de l'Amérique du Nord, sont des Carya. Il en est de même du Pacanier (J. oUvœformis Michx), dont le fruit allongé, fusiforme, renferme un embryon comeslible.

Le Noyer Camiri [J. Camivium Lour.), est un Aleurites (Euphorbiacées).

Le Jiiglans Catappa Lour. est un Badamier, le Terminalia Catappa L.

Le J. pterocarpa Michx et le /. fraxinifolia Lamk ont des Pterocarya.

Le J. pterococa Colebe., de l'Inde, est un Engelhardda.

Le Noyer vénéneux des Antilles est le Manceiiilier {Hippomane Mancineîla L.).

Le Noyer d'Amérique ou de la Jamaïque est le Sablier élastique {Eura crepitans L.), comme le précédent de la famille des Euphorbiacées.

Le Noyer des Indes ou de Ceylan est VAdhatoda pubescens Mœnch, dont les feuilles, racines et fleurs sont employées dans l'Inde comme vulnéraires et antispasmodiques.

Le Noyer du Japon est l'arbre aux quarante-écus {Ginkgo biloba).

La Noix d'Acajou est le fruit de ÏAnacardium occidentale L.

La Noix d'Ahouai est le fruit du Gerbera Ahouai ou Thevetia Ahouai, de l'Amérique tropicale.

La Noix aquatique est la Màcre {Trapa natans L.)

La Noix d'Ahi est le fruit d'une légumineuse océanienne, le Bocoa edulis {înocarpus).

La Noix d'Arec est le fruit de VAreca Catechu L.

La Noix de Bancoul est la graine de Y Aleurites moluccana W.

La Noix de Banda est la graine du Muscadier ordinaire {Myristica fragrans).

La Noix des Barbades est le Jatropha Curcas L.

La Noix de Becuiba est le Myristica Bicidba Schott.

Les Noix de Ben sont les graines des Moringa. L'une est la N. de Ben aptère {M. aplera); l'autre, la Noix de Ben ailée [M. pterygosperma).

La Noix de Bengale est le Myrobalan citrin.

La Noix de Castor est le fruit d'un arbre indéterminé du Sénégal, employé au traitement des contusions.

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La Noix de Gédron est l'embryon du Qiiassia Cedron H. Bn.

La Noix de Coco est le fruit du Cocos nucifera L.

La Noix de Coula est le fruit du Coula edulin H. Bn.

La Noix de Coulcoul est un fruit comestible de Constantinople, dont parle Belonel dont on mange les semences.

La Noix de Cyprès est le fruit composé du Cupressus glauca Lamk.

La Noix d'eau est la Màcre flottante.

La Noix d'enfer est le fruit de VE.rcœcaria aumparia (Sapium).

La Noix de Galle est une production végéto-animale [Voy. riA.LLE).

La Noix de Girofle est la Noix de Ravensara.

La Noix de Gourou est la Noix de Kola.

La Noix indienne est le fruit du Cocotier.

La Noix de Kola est la graine du Cola acuminata R. Br. (Sterculia Cola).

La Noix de Madagascar est le Ravensara.

La Noix du Malabar est la graine du Sterculia Balanglias L.

La Noix de Médicinier ou, par altération, de médecine, est le fruit des Jatropha Curcas et multifida (Arbre de corail).

La Noix de marais est le fruit du Semecarpus Anacardbnn L.

La Noix de Métel (ou Métbel) est le fruit du Datura Metel h.

La Noix des Moluques est la graine de VAleurites moluccana W.

La Noix Muscade est une portion de la graine du Muscadier.

La Noix narcotique est un fruit de l'Inde qui produit le délire (peut-être celui d'un Solanée ?)

La Noix de Para est la graine du Berlholletia excelsa, et aussi la Fève Pitchurim.

La Noix de Pistache est le fruit du Plstacia vera L.

La Noix de Ravensara est le fruit induvié du Ravensara aromatica Sonner.

Les Noix sardes, citées par Xénophon, seraient, dit-on, les Châtaignes.

La Noix de Saint-Gilles ou de Saint-Cyrille est le fruit d'une variété de Noyer presque conique.

La Noix de Sassafras est la Fève Pitchurim.

Les Noix de serpent sont les fruits de l'Aliouai et du Fevillea (Nhandiroba) hederacea Pom.

La Noix de Soudan est le Cola acuminata.

Les Noix de terre sont les tubercules du Bunium Bulbocastanum.

La Noix-jésuite est le nom de la Màcre, à Venise.

La Noix de Thasos était pour Hippocrate, l'Amande douce.

La Noix de Toumance est le fruit du Calophyllum Inophyllum L.

La Noix vomique est le fruit du Strychnos Nux voniica L. {Voy. Strychnos, Vomiquier).

BiBUOGBAPHiE. — Tour.NEFORT, Itistif. Bel herbar., 581, t. 346 {Nux). — L., Gen. (1737), 997. — K., in Ann. se. nat., sér. 1 (1824\ 344. — Juss., Gen., 375. — Mér. et Del., Dict. Mat. méd., III, 686; IV, 631. — Gum., Drog. simpL, éd. 7, II, 301. — Wats., DendroL, 1. 158, 192. — NuTT., Gen. amer., II, 220. — Endl., Gen., n. 5890. — A. Grat, Man. Bot., 401. —Payer, Fam. nal., 45. — G. DC., Prodr., XVI, s. II, 135. — Berg et Schm., Off. Gew., t. 8, b. — RosENTH., Syn. pi. dtaphor., 841.

§ II. Pharmacologie. Toutes les parties du noyer ont été employées en médecine ou sont susceptibles de l'être. On emploie particulièrement les feuilles et les fruits.

DICT. ENc. 2' s. Xm. 46

l'i.-l NOYER (PIIARJIACOLOGIE).

Les feuilles, à l'état frais, ont une odeur forte, aromatique, perceptible surtout lorsqu'on les froisse entre les doigts; elles ont une saveur amère, résineuse et piquante. Desséchées, elles perdent un peu de ces propriétés organoleptiques, deviennent jaune-brun et très-fragiles. Les feuilles très-jeunes sont beaucoup plus odorantes, et paraissent être plus actives que celles qui sont plus développées.

Les fruits s'emploient partiellement dans leurs divers éléments.

1" Le sarcocarpe vert et succulent qui répond à l'involucre de la fleur est connu sous le nom de brou. Le brou de noix a, dans l'état frais, une saveur acerbe et piquante ; il tache la peau en jaune-brun d'une manière trèspersistante ; en se desséchant, il devient mince, recoquillé, et prend une saveur douceâtre et sucrée. Il contient, d'après une analyse de Braconnot : tannin, matière' acre et amère, amidon, chlorophylle, acide malique, acide citrique, potasse, oxalate et phosphate de chaux (Annales de chimie, t. LXXIV).

Les feuilles paraissent avoir une composition analogue; elles doivent contenir en outre de l'huile volatile.

Le tannin du brou et des feuilles, précipitant en vert les sels de fer, est probablement identique, selon Guibourt, avec l'acide cachutique.

La matière acre est extrêmement remarquable ; elle absorbe assez rapidement l'oxygène de l'air en formant de l'acide carbonique et probablement de l'eau. Le suc de brou de noix hltré, qui est à peine coloré, se fonce de plus en plus à l'air, et perd sa saveur amère ; il se fait en même temps à sa surface une pellicule noire qui se renouvelle à mesure qu'elle se précipite. Cette matière noire, qui résulte de l'altération du principe amer, est insipide, inodore; quand elle a été séchée, elle ressemble pour l'aspect au bitume de Judée; elle brûle sans flamme, elle se dissout dans la potasse, et elle en est précipitée par les alcalis (Soubeiran, Traité de pharmacie, 4«édit.).

C'est à cette matière acre, principe amer ou juglandine, et à ses transformations que le brou de noix doit ses propriétés tinctoriales.

2° L'épiderme jaunâtre et mince qui recouvre l'amande (episperme) a une saveur astringente et amère à l'état frais, s'effaçant dans la dessiccation; elle contient du tannin et une matière résineuse ; le zeste qui sépare les lobes de l'amande contient aussi beaucoup de tannin.

3° L'amande, formée par les deux cotylédons, a une saveur douce et agréable et fait émulsion avec l'eau ; elle est composée de fécule et d'huile grasse ;. Vhuile de noix, jaunâtre, douce et agréable au goût lorsqu'elle est exprimée à froid, est utilisée comme aliment ; mais elle est très-disposée à rancir, et elle l'est encore plus lorsqu'elle est préparée à chaud ; aussi dans ce dernier cas, acre et irritante, elle ne sert que pour l'éclairage ou la fabrication des savons inférieurs, et on la destine, surtout à cause de ses propriétés siccatives, à la composition du vernis et de la peinture en bâtiment.

Les noix constituent un aliment, souvent d'une digestion un peu difficile pour les estomacs délicats, soit encore enveloppées de leur brou et à peine formées, sous le nom de cerneaux, soit sèches dans leur endocarpe osseux ; au bout de quelques mois, à la lin de l'hiver environ, celles-ci cessent d'être comestibles par suite de leur rancissement.

Ve'corce extérieure du Jugions regia est astringente, mais elle n'est généra- .ement pas employée. Uécorce interne passe pour être purgative, acre et même vésicante; ces propriétés sont encore plus marquées dans l'écorce interne du

NOYEIl (pharmacologie). 7-23

Jugions cinerea de l'Amérique septentrionale. Par un singulier contraste, ces deux arbres sont remplis d'une sève abondante et sucrée qu'on peut en extraire en perçant le tronc avec une tarière jusqu'au centre, ainsi qu'on le pratique pour l'érable à sucre; le liquide évaporé fournit du sucre cristallisable, analogue à celui de la betterave. Cette production intéressante de notre noyer indigène a été particulièrement étudiée par Banon, pliarmacien de la marine à Toulon, en 1811 {Journal de médecine de Leroux, t. XXIII).

Les fleia^s du noyer, qui paraissent douées de propriétés astringentes comme les autres parties de cet arbre, mais qui pourraient aussi en devoir de particulières à leur principe aromatique, ne sont plus usitées. Elles servaient autrefois à la préparation d'une eau distillée aromatique, nommé eau des trois noix, qui était faite en trois fois et à trois époques ditférentes, avec les chatons en fleurs, avec les noix nouvellement nouées et avec les noix presque miires. On regardait cet hydrolat comme diaphorétique et emménagogue, et on le conseillait dans les affections hystériques et dans l'ascite (Jourdan, Pharmacopée universelle) .

Formes pharmaceutiques et doses. Infusion de feuilles, pour tisane 10 à 20 grammes pour un litre d'eau.

Poudre. Elle se prépare avec les feuilles sèches ou avec le brou desséché, et s'emploie, tant à l'intérieur, 1 ou 2 grammes, qu'à l'extérieur, pour saupoudrer les plaies.

Infusion et décoction de feuilles ou de brou, pour l'extérieur : lotions, fomentations, injections, bains; 15,30, 60 grammes pour un litre d'eau.

Suc de feuilles de noyer . Feuilles fraîches, 0, V. Pilez-les dans un mortier de marbre, et, quand les feuilles seront réduites en une sorte de pulpe, ajoutez le cinquième de leur poids d'eau pour pouvoir eu extraire le suc; exprimez et filtrez (Codex).

Sirop avec le suc de feuilles de noyer. Suc, 1000 grammes; sucre blanc, 1900. — Faites un sirop par solution au bain-marie couvert ; passez au travers d'une étamine (Codex). Doses : 10 à 20 grammes pour les enfants, 30 à 45 pour les adultes.

Extraits de feuilles de noyer. Négrier, d'Angers, employait l'extrait aquem: de feuilles sèches. Cet extrait se conserve mieux, d'après Gazin, que celui préparé avec les feuilles fraîches. C'est Vextrait alcoolique qui est employé dans les hôpitaux de Paris (Soubeiran). Doses de l'un ou l'autre : 50 centigrammes à

1 gramme, en pilules.

Sirop d'extrait de feuilles de noyer. Extrait alcoolique de feuilles de noyer, 13; sirop simple, 987, Faites dissoudre l'extrait dans un peu d'eau; filtrez; ajoutez la solution au sirop, faites jeter un bouillon et passez (Soubeiran).

On prépare avec le brou de noix un extrait aqueux, un sirop (avec l'extrait), une teinture. Doses un peu moindres que pour les préparations de feuilles.

Le brou de noix est la base de la tisane antivénérienne de Pollini, célèbre contre les syphilis rebelles et les dartres. La formule, variable selon les formulaires, est ainsi donnée par la pharmacopée batave : Brou de noix sec, 500 ; racine de Salsepareille, 64 ; racine de squine, 64- ; sulfure d'antimoine concassé, ()i; pierre ponce, 6-4; eau 10 000. — Faites réduire à moitié. La dose est de

2 à 5 cuillerées à bouche toutes les heures.

Soubeiran fait remarquer que cette formule diffère beaucoup de celle qu'employait autrefois Biett à l'hôpital Saint-Louis, et qui était la suivante : Écorce

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ligneuse des noix, située sous la partie verte, 564; racine de salsepareille, 16; racine de squine, 16; sulfure d'antimoine natif, 16; pierre ponce. 16; eau, 4000. — Faites macérer pendant une nuit; le lendemain faites réduire à moitié. Passez, décantez, mais ne filtrez pas. Le malade prenait un demi-litre de cette boisson le matin et autant le soir, et par dessus une infusion de guimauve.

Les feuilles de noyer faisaient partie du remède antivénérien de Mitté, lequel était un extrait pilulaire fait avec le suc de p. é. de feuilles de noyer, d'ache et de trèfle d'eau.

Le rob de noix ou diacaryon, léger astringent, était un mélange par coction de p. é. de suc de noix vertes et de miel despumé.

Le ratafia de brou de noix est encore vanté aujourd'hui comme stomachique. Jourdan en donne la formule suivante : Petites noix nouvellement nouées, 30 ; eau-de-vie, 1 litre; faites macérer pendant un mois; ajoutez : cannelle, macis, girofle, de chaque, 1 2 grains =1,64 grammes ; sucre, 6 onces = 1 84 grammes. Exprimez et filtrez au bout d'un mois.

L'huile de noix ne s'emploie guère qu'à Vextérieur, en fomentations, frictions, et en lavements à la dose de 20, 30 grammes et plus, dans une décoction de racine de guimauve ou de semence de lin.

On emploie aussi, pour l'usage externe, des pommades faites par incorporation des sucs ou des extraits avec un corps gras.

Pommade de Négrier. Extrait de feuilles de noyer, grammes, 30; axonge. 40; essence de bergamotte, 15 centigrammes. — Pour panser les ulcères ou frictionner les engorgements chez les scrofuleux.

Historique. Le noyer a été, d'après Pline (liv. XV, ch. xxiv), importé de Perse en Grèce par les rois, d'où les qualifications de persique et de royale données aux meilleures espèces ; de la Grèce, il fut transplanté en Italie, et s'est répandu ensuite dans le reste de l'Eure pe. Les noms grecs z«pu«, noix, -/.dovov, noyer, viennent de ■/Apoi;, somnolence, parce que l'on accusait dès lors les émanations du feuillage de l'arbre d'engourdir le cerveau ; les noix même, en aliment, étaient jugées susceptibles de produire, quoique à un moindre degré, cet accident (Pline, liv. XXIII, ch. lxxvii). Le xâpyov (Bao-t^txov des Grecs est devenu le Juglans Regia des Latins, et cette double dénomination, successivement adoptée par Beaulieu, Tournefort, Linné et Jussieu, est restée dans notre nomenclature botanique. Les feuilles du noyer ne paraissent pas avoir été usitées en médecine par les anciens ; ils n'ont employé que les fruits , se servant du brou, de l'amande et de l'huile. Ils ont reconnu et utilisé en diverses circonstances les propriétés toniques et astringentes du brou; ils ont moins bien apprécié celles de l'amande, et Pline débite à cet égard des erreurs et des fadaises qu'il est inutile de reproduire. L'huile de noix, appelée par les Latins carginum, n'est point citée par Pline comme aliment, mais seulement comme médicament, d'ailleurs assez mal appliqué; cet auteur, ainsi que Dioscoride, lui attribuent des propriétés anthelmintiques. Enfin l'un des préjugés des anciens était de regarder les noix comme alexipharmaques. A ce sujet, il ne sera pas sans intérêt de rapporter, pour donner une idée de la science toxicologique tant vantée de Mithridate, la recette d'un de ses antidotes, écrite de sa propre main, que Pompée, après l'avoir vaincu, trouva dans les archives secrètes de ce puissant roi du Pont, et que Pline reproduit ainsi : Prenez deux noix sèches, deux figues, vingt feuilles de rue; broyez le tout ensemble, anrès

NOYER (action physiologique). 725

avoir ajouté un grain de sel : celui qui prendra ce mélange à jeun sera pour un jour à l'abri de tout poison (1. XUI, ch. lxxvii, 5, trad. de Littré). Ab uno disce omnes.

Après avoir été pendant longtemps, sinon abandonné, du moins fort négligé pour les usages thérapeutiques, le noyer attira, dans le dernier siècle, l'attention de plusieurs praticiens qui en préconisèient les diverses parties dans des cas assez nombreux, dont nous aurons à citer les principaux. Il y a une quarantaine d'années, Jurine de (Genève), Psorson (de Chamliéry), Négrier (d'Angers), le recommandèrent spécialement contre les affections scrofuleuses ; et c'est particulièrement sous l'impulsion des travaux de ce dernier auteur, que le noyer a été replacé parmi les végétaux indigènes le plus dignes de figurer dans notre matière médicale. C'est surtout à l'emploi des feuilles que l'on a eu recours dans ces derniers temps ; on a même un peu surfait leur importance comme médicament ; et le brou, dans lequel résident les principes les plus actifs du noyer, plus énergique par conséquent, nous paraît susceptible d'applications médicales plus concluantes dans leurs résultais.

§ 111. Action physiologique. Le noyer, si l'on tient compte à la fois de sa composition chimique et de ses effets bien observés, se classe dans les astringents amers. Mais comme astringent, il est loin d'avoir la puissance d'autres agents tannifères : parce que son tannin, qui ne précipite qu'en vert les sels de fer, n'a pas l'énergie du tannin type contenu dans le chêne, et parce qu'il n'emprunte aucune propriété astrictive à ses aulres éléments. C'est à tort que l'on a fait concourir à l'action astringente du brou de noix les acides citrique et malique, lesquels ne sont point coagulants. Le noyer n'est pas non plus un amer franc, pur, comme la gentiane par exemple, mais un amer résineux; en conséquence , s'il a les propriétés toniques et stimulantes des substances amères, il participe, plus ou moins selon ses diverses parties, aux propriétés irritantes des substances résineuses. Aussi l'élément résineux contrariant, pour ainsi dire, dans le brou, l'élément tannique , ce brou est-il autant et peut-être plutôt excitant et laxatif que styptique. Les feuilles, les chatons, le zeste et l'épisperme des fruits, où le tannin l'emporte, sont plus nettement astringents. En outre, soit par son principe acre et amer, soit par un autre principe que des analyses ultérieures pourraient déterminer, le noyer, du moins dans ses feuilles et dans son brou, semble avoir des propriétés altérantes qui contribueraient à expliquer son iniluence, exagérée à notre avis mais admissible en certaines limites, sur les cachexies scrofuleuse et syphilitique.

On sait combien est répandue l'opinion que les effluves des noyers causent des vertiges, de la céphalalgie , voiie des affections soporeuses ; on va jusqu'à dire qu'il est dangereux de s'endormir à leur ombre. Nous avons toujours constaté la nullité de ces prétendus accidents. Quant au préjugé que leur ombrage donne la fièvre, il est tout simplement absurde. Quelques sujets impressionnables peuvent éprouver des malaises à proximité des végétaux odorants ; d'autres peuvent prendre un refroidissement sous un feuillage épais qui intercepte la chaleur solaire ; mais il n'y a rien dans tout cela de spécial pour le noyer.

On ne peut donc inférer de l'action fortuite des émanations du noyer sur le cerveau que les préparations de ce végétal soient appelées à exercer, en thérapeutique, quelque influence sur le système nerveux. Les observateurs du reste ne s'y sont pas arrèUis. Cependant si l'on employait davantage ses chatons eu

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fleurs, et surtout si l'on isolait et si l'on essayait l'huile essentielle contenue dans les chatons et dans les feuilles, il serait possible que l'on trouvât une propriété sédative et antispasmodique, analogue à celle de beaucoup d'huiles essentielles ; l'eau distillée des trois noix, conseillée jadis contre les spasmes hystériques, en autoriserait peut-être le soupçon.

On a aussi prêté aux préparations de noyer une action diurétique et une action sudorifique. En faisant toutes réserves sur la réalité de ces deux modes d'action, bien faibles en tous cas, on pourrait expliquer le premier par la présence des acides tannique, citrique et malique; le second par celle des principes résineux et volatils.

§ lY. Action thérapeutique. i'^FeuiUes. Elles ont été employées en infusiou contre l'ictère; le frère Gôme les donnait dans ce cas, à la dose de 2 à 4 grammes, macérées dans 150 de vin blanc; Souberbielle, parent et disciple fervent du frère Cônie, disait avoir vu ce remède produire d'excellents effets [Lettre à V Académie de médecine, 7 avril 1835). On les employait aussi comme anthelmintiques, notamment contre le taenia (Dumoulin). On leur attribuait la propriété de tarir la sécrétion du lait chez les nourrices, tant par l'usage interne que par des applications extérieures (Brown, de Thoun en Suisse, Emm. Kcenig). Belloste pansait les ulcères. Baumes les chancres avec de la charpie imbibée de leur décoction. Cuites et formant cataplasme, décodées pour lotions ou bien encore exprimées pour fournir un suc qu'on mêlait ensuite à du miel, elles servaient de remède, plus souvent externe qu'interne, contre des exanthèmes, des dartres, et même contre la teigne (Gœlis, Dubois de Tournai, Vitet). Mérat pensait que Ton pourrait guérir la gale en frottant les boutons avec ces feuilles fraîches écrasées (Mérat et de Lens, Dict. univ. de mat. méd. et Cazin, Traité des plantes médic. indig.).

Ces vagues indications n'avaient guère contribué à accréditer les feuilles de noyer. Elles prirent tout à coup une véritable vogue à la suite d'éloges qui leur étaient décernés, comme remède anliscrofuleux d'abord, et ensuite comme remède antileucorrhéique.

Après les avoir expérimentées sur une large échelle, Négrier, professeur à l'école de médecine d'Angers, crut pouvoir leur assigner un rôle prépondérant dans le traitement des affections scrofuleuses. Il les employait sous toutes les formes : à l'intérieur, en infusion pour tisane, pilules et sirop avec l'extrait ; à l'extérieur, en poudre sur les ulcères; en décoction pour lotions sur ceux-ci, pour injections dans les trajets fistuleux, pour collyres, bains locaux et généraux; en pommades, pour frictions sur les engorgements strumeux. Nous ne pouvons •entrer ni dans les détails de cette médication ni dans l'examen des cas, divisés en quatre séries, où elle a été appliquée ; et renvoyant aux mémoires successifs publiés à ce sujet par Négrier [Archives générales de médecine, avril et mai 1 841 , février 1844, février et avril 1850), nous nous bornerons à reproduire les conclusions par lesquelles il terminait Je dernier :

1° Les affections scrofuleuses sont, en général, radicalement guéries par l'usage des préparations de feuilles de noyer.

2° L'action de celte médication sur l'économie est assez constante pour qu'on puisse compter sur la guérison du plus grand nombre de sujets liaités par cet agent thérapeutique.

o** L'influence des préparations de feuilles de noyer^ est lente, inoffensive, durable.

JNOYER (action thérapeutique). '"27

4° Les premiers effets du traitement sur l'économie sont généraux; son influence locale vient après.

5° Les affections scrofuleuses de la peau, des muqueuses, sont guéries aussi facilement, aussi promptement, et plus sûrement par les préparations de feuilles de noyer que par toute autre méthode connue actuellement.

6" Les affections des systèmes osseux, cartilagineux et ligamenteux, ayant le vice scrofuleux pour principe, sont quelquefois guéries radicalement par les préparations de feuilles de noyer. Les sujets lymphatiques en éprouvent toujours de bons effets ; les modifications qu'ils en ressentent entrament souvent la guérison des os et de leurs annexes. Ces mêmes affections osseuses, chez les sujets secs et nerveux, ne sont pas sensiblement modifiées par le traitement; l'huile de foie de morue est préférable alors, associée aux infusions de feuilles ou de fruit de noyer (le brou de noix).

Les ophthalmies scrofuleuses sont sûrement et promptement guéries par un traitement ayant pour base les préparations de feuilles de noyer.

Plusieurs médecins ont confirmé les bons effets des préparations de noyer dans le traitement des scrofules, entre autres Mauthner, de Vienne ; Hanse, d'Olmûtz ; Dubois, de Tournai ; Nasse et Kreutzwald, de Bonn ; Borgiali, de Turin ; Sandras, Cazin. Mais la plupart contestent'l'espèce de spécificité que Négrier tendait à leur reconnaître. Nous partageons complètement l'avis de ceux qui continuent à regarder l'huile de foie de morue, l'iode, le quinquina, le fer, les moyens hygiéniques, comme primant, et de très-haut, le noyer dans le traitement des différentes formes de la scrofule; nous croyons que le noyer y agit moins par des propriétés particulières qu'à l'instar des autres toniques amers, et, sans contester son utilité, qu'il n'est appelé à y remplir que le rôle de simple adjuvant. C'est à cette opinion, du reste, qu'on est généralement revenu aujourd'hui, en acceptant comme auxiliaires les préparations de noyer, tout en insistant sur les modificateurs qui joignent à plus d'efficacité thérapeutique plus d'aptitude à réformer la constitution des scrofuleux.

11 vint aussi à l'idée d'un grand nombre de médecins d'utiliser la décoction de feuilles de noyer en injections vaginales contre la leucorrhée; et Vidal de Cassis alla même jusqu'à conseiller de l'injecter dans l'utérus pour combattre le catarrhe de cet organe. Les femmes scrofuleuses ou seulement entachées de lymphatisme sont par cela même prédisposées à la leucorrhée; il semblait donc naturel que le médicament en faveur dans le traitement de l'affection constitutionnelle modifiât également l'état local des organes génitaux. Mais l'usage interne des préparations de noyer influence peu ou point les catarrhes vaginoutérins. Quant aux irrigations et aux injections avec la décoction des feuilles, leur efficacité a été considérablement exagérée ; et il y a lieu de s'étonner que leur emploi soit resté aussi banal, lorsqu'il est si facile de s'assurer de la supériorité de beaucoup d'autres moyens contre la leucorrhée. L'application de la poudre de feuilles de noyer sur les ulcérations du col, favorise mieux leur guérison que la décoction de ces feuilles en [douches comme le voulait Vidal de Cassis, ou en simples irrigations. Enfin cette même décoction, ou l'infusion, en injection dans le conduit auditif externe contre l'otorrhée, produisent parfois quelques bons effets, mais, comme dans la leucorrhée, moins ordinairement que d'autres liquides plus astringents.

Quoique les feuilles de noyer aient beaucoup moins d'astringence qu'on le croit généralement, on a remarqué néanmoins que leur infusion, prise comme

728 NOYER (action thérapeutique).

tisane habituelle, cause souvent de la constipation; en conséquence et à l'imitation de Négrier, on édulcore cette tisane avec du miel. Scotti espéra, d'après cette observation, trouver dans le noyer un remède contre la diarrhée; il faisait préparer un double extrait avec le brou et les feuilles vertes, il en mettait 8 à 12 grammes en dissolution dans un litre de limonade minérale, et prescrivait un tiers ou la moitié d'un verre de cette boisson quatre fois par jour. Ce médecin affirme que ce remède convient dans la plupart des espèces de diarrhées, excepté dans celles qui sont accompagnées de symptômes inflammatoires {Gazetta medica di Miiano, et Gazette médicale de Paris, 1846).

Pomayrol dit avoir traité avec succès plus de quarante cas de pustule maligne et de charbon par des applications topiques de feuilles vertes de noyer ou d'écorce fraîche des jeunes branches, après avoir percé les phlyctènes et enlevé l'épiderme (Annales cli7iiques de Montpellier, juin 1855). Ijruguier, de CoUargues, avait antérieurement rapporté un cas de pustule maligne, dans lequel l'application de léuilles fraîches de noyer, renouvelée de demi en demi-heure, avait eu un plein succès [Revue de thérapeutique médico-chirurgicale, 1845). Ces résultats, proclamés par Pomayrol avec une conviction telle dans l'efficacité du noyer contre le charbon qu'il la comparait à celle du quinquina dans les fièvres intermittentes, parurent surprenants et suscitèrent des doutes sur la valeur réelle de la médication. Debout, en rendant compte de ces faits et en les appréciant, émit l'opinion qu'ils pouvaient différer de la véritable pustule maligne, du véritable charbon ; il se demanda si, dans ces circonstances, on n'aurait pas eu affaire à cette variété curieuse de pustule maligne, sans malignité réelle, sans contagion, signalée par van Swygenhoven, et qui naît sans cause appréciable, ainsi qu'étaient nées d'ailleurs, de l'aveu même de Pomayrol, celles qu'il avait si heureusement soignées ; or, pour guérir les pustules de ce genre, il suffit d'une incision cruciale et de topiques émollients et narcotiques (Bulletin général de thérapeutique, 1855, t. XLV). Toutefois, quelques années après, Raphaël de Provins présentait à l'Académie de médecine, sous les auspices de Nélaton, une observation détaillée de pustule maligne grave, vraisemblablement développée par contagion, et guérie par l'application de feuilles de noyer (Gazette des hôpitaux, juillet 1857, et Bull. gén. de thérap., 1857, t. LUI). Il y a donc à prendre note de ce mode de traitement, sans se faire trop d'illusions sur sa véritable efficacité jusqu'à ce que l'on ait bien spécifié les cas où il pourrait être employé sans mécompte.

Ce qui semble encore plus extraordinaire que la guérison radicale de la scrofule par les feuilles de noyer, c'est l'influence presque aussi puissante que Luton,. de Reims, leur attribue sur la tuberculose, envisagée sous l'aspect qui lui a fait donner le nom de granulie. Ce nouveau mode de traitement aurait particulièrement son opportunité dans la forme la plus précoce et la plusdiffuse de la granulie, et conserverait encore de l'efficacité après la localisation de l'élément morbide, c'est-à-dire de^la granulation grise. L'auteur a presque exclusivement fait usage, afin que la virtualité du médicament ne pût être mise en doute, de l'extrait Grandval, préparé dans le vide; il l'a donné aux doses de 1 , 3 et 5 grammes dans une potion gommeuse, à prendre par cuillerée d'heure en heure dans la journée ; il s'est aussi servi quelquefois d'une alcoolature de feuilles, aux doses de 5 à 25 grammes, correspondant à celles de l'extrait. Le remède déterminerait une prompte amélioration, tant générale que locale; du côté de la poitrine surtout, dit Luton, tout semble se modifier d'instant en ins-

NOYER (action thiîrapf.utiqu e). T^D

tant : la dyspnée cesse, les engouements pneumoniques se dissipent, les râles deviennent franchement humides et l'expectoration se fait sans peine pour tarir bientôt. 11 avoue qye la forme encéphalique donne bien moins de succès, tant parce que l'on intervient trop tard que parce que l'on est débordé par la rapidité des accidents; dans ce cas, à cause de la tendance aux vomissements, il y aurait lieu de donner l'extrait de noyer en lavement. En dépit de ces difficultés, l'auteur a la ferme conviction d'avoir, par l'emploi de ce médicament, prévenu ou enrayé de véritables cas de méningite tuberculeuse. L'auteur confesse son ignorance du mode d'action de l'extrait de feuilles de noyer; cependant il incline à penser que, comme tonique et ainsi que dans la scrofule, il relève les forces inlimes et invite la nature médicatrice à accomplir son œuvre de réparation; il se montre surtout disposé à y voir un spécifique qui irait détruire la vitalité de la granulation grise, supposée aaimée et vivant pour son propre compte. Ce serait alors une sorte de parasiticide tout à fait sjiécial pour le cas indiqué [La granulie et l'extrait de feuilles de noTjer, par A. Luton, de Reims, in Bulletin général de thérapeutique, 15 mars 1876).

Cette dernière hypothèse soulève les plus graves objections; mais, à la rigueur, on en ferait bon marché, si des faits ultérieurs corroboraient l'influence attribuée aux feuilles du noyer sur la genèse et l'évolution de la granulation grise. Quant à nous, qui ne croyons ni à la spécificité en thérapeutique, ni à une grande puissance du noyer comme médicament, nous faisons les plus fortes réserves sur l'efficacité d'une médication qui ne nous apparaît pas comme susceptible de produire des effets aussi merveilleux.

2° Brou de noix. Il a été regardé comme anthelmintique par Ilippocrate et nioscoride. Fisher et Peyrilhe ont rappelé cette propriété et tenté de l'utiliser; elle n'est rien moins que prouvée et n'est plus invoquée.

J. S, Frank l'a considéré comme un sudorifique égal au sassafras. C'est encore là une vertu fort hypothétique ; mais de cette supposition à l'idée qu'il pouvait servir contre la syphilis, il n'y avait qu'un pas. Aussi le même Frank, Jîwediaur, Girtanner, Peyrilhe, Pearson, etc., l'ont proclamé antisyphilitique; par extension, il est devenu antidartreux. 11 ne mérite pas plus l'un de ces titres que l'autre. On ne sait s'il prend la moindre part aux etïets de la tisane de Pollini, macédoine surannée dont l'antimoine et l'arsenic paraissent être les éléments les plus actifs. C'est un altérant faible, sinon douteux.

Le brou de noix est un astringent amer comme les feuilles, mais plus énergique et avec ces différences : il est plus astringent comme topique, mais moins dans l'usage interne, et au lieu de constiper il tend même à produire des effets laxatifs, à cause de la prédominance de son principe amer. De la force intrinsèque de ce principe et de sa proportion dans le brou, il résulte que celui-ci doit être administré à l'intérieur avec plus de réserve que les feuilles; sous celte condition, il peut l'être d'ailleurs dans les mêmes cas que celles-ci.

A l'extérieur, il pourrait, en beaucoup de circonstances, agir comme un excellent résolutif astringent. Mais il a le grand inconvénient de colorer d'une manière persistante les surfaces qu'il touche. Il est donc inconséquent de le conseiller pour collutoire ou gargarisme sans souci de la blancheur des dents ; en lotions, fomentations, pommades, etc. Ses avantages ne compenseraient pas le désagrément de faire tache indélébile sur la peau. Reconnu de temps immémorial comme substance tinctoriale, il a été par les Romains employé pour teindre les cheveux; il peut en effet servir dans ce but, et en outre il

730 NOYER ^action thérapeutique).

favorise leur pousse par ses propriétés excitantes; mais ici encore se représente l'inconvénient de compromettre la blancheur du cuir chevelu. La décoction en injection contre les pertes blanches réussit mieux que celle des feuilles ; mais les soins minutieux que la femme est obligée de prendre alors pour éviter de tacher son linge, la détourne de continuer l'emploi de ce moyen.

Les préparations de petites noix vertes au début de leur formation, plus douces dans leur action, peuvent en diverses circonstances remplacer celles faites avec le brou des noix mîjres. Elles étaient plus employées autrefois qu'aujourd'hui.

3° Le zeste qui sépare les lobes de l'amande du noyer, pris en petite quantité dans du vin, a guéri, au rapport de Ray, une dysenterie très-grave et rebelle aux traitements antérieurs, qui sévissait sur l'armée anglaise. D'après Burtin, cette substance est considérée en Belgique comme un puissant antiseptique, et lui-même l'a trouvée très-efficace contre la gangrène en l'administrant en poudre à la dose de 4 grammes dans un verre de vin blanc (Cazin, op. cit.). Ce sont des effets bien merveilleux pour une substance qui, au total, ne doit son activité qu'à du tannin.

4° lia pellicule qui enveloppe la noix a été gratifiée par Hoffmann et Ettmûller de la vertu d'apaiser la colique néphrétique. Il est moins bizarre d'avoir cherché en elle, comme dans d'autres substances amères et astringentes, un remède contre les fièvres intermittentes. C'est ce que l'on fait encore, paraît-il, dans quelques départements de la France, et entre autres dans le Loiret. Pour faire provision de ces pellicules, on saisit le moment où le fruit est passé à l'état de cerneau et cependant assez mûr pour que le parenchyme soit bien formé, mais pas assez pour que l'huile y domine. On les fait sécher, on les réduit en poudre, et on les administre à la dose de 5 grammes par jour, pendant trois jours. Stanislas Martin, ayant analysé ces pellicules, y a trouvé du tannin, sans aucun autre principe pouvant expliquer la propriété fébrifuge que leur prête le atiIgaire [Bulletin général de thérapeutique, 1866, t. LXXl).

5" Il serait fastidieux de reproduire tout ce que l'on trouve dans les auteurs sur les prétendues propriétés spéciales de Vhuile de noix, vantée surtout contre le tœnia et contre les ophthalmies. Le fait est que cette huile n'a aucune propriété particulière; lorsqu'elle est vierge et en bon état de conservation, elle est, comme toutes les huiles douces, émolliente, adoucissante et un peu laxative. Dans le cas contraire et plus elle a ranci, elle devient plus laxative et même un peu purgative. C'est dans cet état qu'on la recherchait pour la composition des lavements contre la colique des peintres, selon le traitement des Pères de la Charité. Aujourd'hui, l'huile de noix n'est plus employée comme médicament; on comprend toutefois que l'on en fasse au besoin quelques applications médicales dans les pays où on la prépare pour servir d'aliment.

6° Uécorce extérieure du juglans regia est simplement astringente et peut s'employer comme telle. La seconde écorce ou Yintérieure possède des propriétés d'un tout autre genre. Celle-ci, recueillie sur les jeunes branches au printemps pendant que la sève est en activité, est émétique, à la dose de 2 à 4 grammes, d'après Schrœder, Ray, Buchner; en outre, elle est irritante et rubéfiante, et le devient davantage et plus promptemenl, d'après Hoffmann, lorsqu'on la fait tremper dans le vinaigre ; elle pourrait alors agir comme un vésicatoire. Ces propriétés peu connues ne sont pas utilisées en France. Elles sont, comme nous l'avons déjà dit, beaucoup plus marquées dans la seconde écorce du juglans

cinerea, laquelle, séchée et pulvérisée, a été proposée par Macartan pour remplacer les cantharides.

7° Les fleurs du noyer seraient, selon Bœcler, un puissant auxiliaire dans le traitement des maladies vénériennes. Mais leur emploi comme astringent paraît plus rationnel. C'est à ce titre qu'elles ont été conseillées par Solenander contre les hémorrhagies utérines, par le bénédictin Alexandre contre la dysenterie. On les a administrées dans ces cas à la dose de 4 grammes, en poudre délayée dans du vin rouge. Delioux de Savignac.

KOYER (Victor). Docteur en médecine de la Faculté de Strasbourg (19 mars 1832), fils et petit-fds de praticiens exerçant avec honneur à Vichy, chirurgien de l'hospice de Vichy, membre correspondant de plusieurs sociétés savantes. Ce médecin distingué s'est surtout fait connaître par des publications ayant trait à l'établissement thermal auquel il était attaché. On distinguera «urtout ses Lettres, topographiques et médicales sur Vichy, volume de 208 pages, comprenant la description de la ville de Vichy, ce qu'elle présentait autrefois de remarquable, son ancienne position, ses antiquités mises au jour par des fouilles, la composition chimique des diverses sources, leur emploi thérapeutique, les règles qu'il convient de suivre lorsqu'on en fait usage, et tout cela est écrit sobrement, honnêtement, et a mérité à son auteur de grands applaudissements €t son entrée dans plusieurs sociétés savantes. Voici les titres des ouvrages laissés par Victor Noyer :

Bibliographie. — I. Dissertation sur le mode d'action des eaux minérales de Vichy. Strasbourg, 1832, in-4°, 14 pp. (thèse doctorale). — II. Réflexions sur le mode d'action des eaux minérales de Vichy. Vichy-Paris, 1832, in-8°. — III. Lettres topographiques et médicales sur Vichy, ses eaux minérales et leur action thérapeutique sur nos organes. Paris, Glermont et Riom, 1833, in-8°. — IV. Eaux minérales de Vichy. Extrait de lettres inédites sur Vichy. Vichy et Paris, 18.., in-8°. — V. Lettres à M. le D' Civiale sur l'efficacité des eaux de Vichy dans les maladies calculeuses et Remarques critiques sur leur action dissolvante. Paris, 1838, in-8°. — VI. Discours prononcé sur la tombe de Prunelle... le 22 aoi'it 1853- Cusset (s. d.), in-S". A. G,

I^UAGES. Les nuages ne sont que de l'air humide qui a perdu sa transparence par suite de la condensation de l'eau qu'il contient. Cette condensation a lieu, soit par suite d'un refroidissement, soit parle mélange de masses d'air saturées à différentes températures. La perte de la transparence est due à l'eau qui, d'abord dissoute et invisible, redevient visible en passant à l'étal de globules flottant dans l'air.

On a cru pendant longtemps que ces globules, qui ont quelques centièmes de millimètre de diamètre, étaient creux et qu'il fallait chercher dans cette constitution des globules des nuages la cause de leur suspension dans l'atmosphère. Cette hypothèse, mise en avant par Saussure, il y a un siècle, est aujourd'hui abandonnée. On sait en effet qu'il y a dans l'atmosphère des nuages formés d'aiguilles de glace et qui sont transportés à des distances au moins aussi grandes que celles parcourues par les nuages formés de globules d'eau. Ces derniers, les nuages ordinaires, ne sont point, comme on l'a cru, et comme cela paraît au premier abord, des corps limités, déterminés, espèces de ballons flottant dans l'atmosphère ; leur formation et leur conservation apparente ne dépendent que de l'état hygrométrique de l'air et de sa variation suivant la verticale. La température de l'air décroît dans la hauteur de 1 degré par 1 80 mètres, en

moyenne, à cause de la dilatation qu'il éprouve quand il s'élève ; il en résulte que si le courant ascendant qui l'entraîne est suffisant, il arrive bientôt à un point de la verticale où il sera saturé de vapeur. Ainsi de l'air à une température de 20 degrés et à moitié saturé de vapeur, c'est-à-dire contenant de la vapeur d'eau à une tension de 8°"", 70 de mercure du baromètre, finira par rencontrer dans la hauteur une température de 9°, 2 où la saturation a lieu. A raison de 1 degré par 180 mètres, cela donne une hauteur de 1944 mètres. L'air qui, partant des plaines basses atteindra cette hauteur, s'y troublera en donnant lieu à la condensation de sa vapeur. Là sera la base du nuage ; plus haut la condensation continuera à plus forte raison, et la limite d'ascension du courant seia rendue visible par la surface mamelonnée du nuage produit. Si, par suite de mouvements contraires, l'air redescend du nuage vers le sol, la vapeur se redissoudra par suite de l'élévation de la température, et la base du jmage paraîtra immobile tant que l'état hygrométrique de l'air sera le même.

Puisque des nuages ne sont que de l'air devenu trouble par la vapeur d'eau condensée, on peut demander quelle différence il y a entre les nuages et le brouillard ; il n'y en a aucune quant à leur constitution intime, mais les conditions de la formation des nuages dans les montagnes et des brouillards dans les plaines sont très-différentes et pour ainsi dire opposées.

Le brouillard, dans les plaines, se forme surtout la nuit, par un temps clair et calme, alors qu'il fait plus froid près du sol qu'à une certaine hauteur dans l'air ; le soleil le fait le plus souvent dispiu-aîtrc. Dans les montagnes au contraire les nuages se montrent surtout dans le milieu du jour, alors que le courant ascendant élève les vapeurs jusqu'à leur niveau. Ces nuages, ainsi nommés à 'uste titre par les habitants des plaines, sont nommés brouillards par les habitants des montagnes qui se trouvent au milieu d'eux. L'air, dans nos contrées, doit son humidité aux vents du sud à l'ouest, venant de contrées plus chaudes que la nôtre, surtout en hiver ; aussi est-ce surtout en hiver que cet air, d'abord chaud, puis refroidi, est le plus près de la saturation. En été l'air contient plus d'eau, mais il est généralement plus loin de la saturation ou relativement plus sec. Aussi ne se forme-t-il de brouillard en été que le matin ; encore ces brouillards sont-ils peu intenses et de peu de durée. Dans l'hiver, au contrau'e, ils persistent souvent plusieurs jours de suite, lorsque les vents du sud-ouest amènent de l'air chaud et humide dans une contrée froide; c'est ce qui a lieu presque constamment à l'approche du dégel ; ces brouillai'ds persistants annoncent un adoucissement de la température.

Les nuages peuvent avoir des hauteurs très-différentes depuis le niveau de la mer jusqu'à 7000 ou 8000 mètres et même au delà et contenir de l'eau sous ses trois états ; ils prennent alors des aspects très-différents qu'on a distingués aussi par des déterminations particulières.

On appelle cumulus les nuages formés de globules d'eau liquide ; les cumulus proprement dits sont terminés en dessous par un plan horizontal, au-dessus par des surfaces hémisphériques ou mamelonnées. Ce sont ces nuages qui se forment habituellement dans le jour pendant les six mois les plus chauds. La hauteur de leur base est en général 1200 à 1500 mètres. Dans les grandes hauteurs vers 6000 à 8000 mètres régnent les cirrus formés de petits cristaux de glace, de figures variées, mais le plus souvent en aiguilles déliées à six pans. On les reconnaît à leur texture striée, filamenteuse, en barbes de plume ou en arêtes de poisson, quelquefois en touffes tordues. C'est dans ces nuages que se

forment les différentes apparitions connues sous le nom de halos et de parhelies. La théorie bien connue de ces météores permet même de déduire de leur forme celle des cristaux de glace qui leur donnent naissance et leur position p;u' rapport à la verticale.

Entre ces deux formes extrêmes des nuages, cirrus et cumulus, on en distingue d'autres intermédiaires : les cirro-cumulus, ou nuages pommelés, situés généralement entre 4000 et 6000 mètres de hauteur; les alto-cumulus un peu plus bas, qui proviennent ordinairement des cumulus qui se sont étalés le soir. Enfin, dans les temps d'orage exclusivement, les courants ascendants énergiques, qui préparent l'orage, confondent ensemble toutes les couches (ju'il est impossible bien souvent de distinguer les unes des autres ; ces masses orageuses sont désignées par le nom de nimbus.

On n'a jamais fait d'expériences suivies capables de nous renseigner d'une manière précise sur la quantité d'eau que peuvent contenir les différentes espèces de nuages par telle ou telle température. Ils ne paraissent contenir que passagèrement une quantité d'eau notablement plus grande que celle qui peut saturer l'air à la même température.

Le petit tableau ci-dessous indique le poids maximum en grammes que peut contenir un mètre cube d'air aux différentes températures à :

— 20 degrés 1",0 1 10 degrés 9b',3

0 — U',8 I ÔO — 308',0

11 est à présumer que, pendant nos étés, l'air dans toute sa hauteur ne peut contenir plus d'eau qu'une colonne de même hauteur à 10 ou 12 degrés de température, c'est-à-dire 10 grammes par mètre cube ou pour une huuteur de 7000 mètres, 70 kilogrammes, ce qui représenterait sur le sol une nappe d'eau de 70 millimètres. Si l'on voit tomber dans quelques contrées chaudes, ou même dans le sud-est de la France, une hauteur d'eau dépassant ce chiffre dans une seule journée de pluie, c'est que les masses pluvieuses se renouvellent pendant ces averses ; il n'y a que les flancs des montagnes qui arrêtent ainsi les nuages pluvieux et les empêchent d'aller déverser leurj eau sur une plus grande

étendue.

Les nuages jouent le rôle principal dans la production de la pluie. Ils exercent en outre une influence considérable sur les températures de chaque lieu du globe. Dans les pays voisins de la mer, non-seulement le voisinage de cette masse d'eau, à température peu variable, communique au continent une partie de cette propriété, si le vent dominant est celui de la mer, mais l'état hygrométrique élevé de l'air est cause de la fréquence des nuages. Il en résulte un moindre refroidissement la nuit et une moindre chaleur dans le jour. On remarque ces effets d'une manière très-tranchée en parcourant le parallèle de Paris depuis l'Océan jusqu'au centre de l'Asie ; à Brest, la différence des saisons extrêmes est de 11 degrés, à Paris de 15, au lac d'Aral, 35 degrés. Enfin plus au nord-est, ces différences atteignent à Iakoutsk jusqu'à 54 degrés.

La plus ou moins grande abondance des nuages exerce une influence considérable sur les climats et sur les saisons dans un même lieu ; aussi est-il important de les noter d'une manière précise et d'évaluer la fraction du ciel qu'ils occupent à chaque heure d'observation ; le mieux est de noter en dixièmes la fraction du ciel occupée par des nuages capables d'intercepter le soleil.

Dans tous les pays, la distribution horaire des nuages dans la journée est à peu près la même; la quantité de nuages est la plus grande vers 2 heures du soir et la moindre vers 10 ou 11 heures du soir. La distribution de la nébulosité, suivant les saisons, est au contraire fort différente suivant les diverses contrées. A Paris, le ciel est très-nuageux en hiver et nuageux en été, mais c'est vers le printemps et les mois d'août et de septembre que le ciel y est le plus clair. En Chine et au Japon, au contraire, le ciel est Irès-nuageux en été et peu en hiver, ce qui explique bien des mécomptes qu'on a éprouvés en cherchant à acclimater en France des plantes de ces pays ; un grand nombre de ces végétaux qui supporteraient bien les températures de la France sont tués par l'humidité et le manque de soleil de nos hivers et par l'insolation quelquefois si forte de nos étés.

Sans aller jusqu'en Chine, nous rencontrons tout près de nous, dans les Alpes, par exemple, des stations élevées oii la distribution de la nébulosité suivant les saisons est l'inverse de celle qu'on observe dans les plaines voisines; ainsi à Genève, la distribution de la nébulosité suivant les mois est à peu près la même qu'à Paris, mais au Saint-Bernard, situé dans un col à une altitude de 2477 mètres, c'est en hiver que le ciel est le plus clair.

La distribution des nuages à la surface du globe est intimement liée à la position relative des mers et des continents, et c'est au milieu de ces derniers qu'il y a le moins de nuages. Dans le Sahara le ciel est presque toujours clair. A l'Equateur, le ciel est partout assez nuageux ; c'est la région des orages pendant la moitié de l'année; au sud et au nord des tropiques le ciel est beaucoup plus découvert, aussi la Terre vue de Jupiter doit présenter un aspect analogue à celui que nous offre cette planète; les éclaircies de l'Afrique, de l'Amérique et de l'Asie y figurent des taches dues aux mêmes causes que celles de Jupiter.

En s'éloignant des tropiques vers les pôles, la nébulosité n'augmente pas indéliuiment avec la latitude; en Europe la plus grande nébulosité a lieu au nordouest de la France, en Belgique, en Hollande et en Angleterre; elle diminue, quoique lentement vers le nord ; elle diminue au contraire rapidement quand ou s'approche de la Méditerranée, et c'est en France, à Perpignan, qu'elle paraît la plus faible, c'est-à-dire que le ciel est le plus clair.

La nébulosité du ciel joue vraisemblablement un rôle important dans les maladies endémiques de chaque contrée, surtout dans celles des voies respiratoires, les scrofules, etc. On sait que, depuis quelques années, on a envoyé des phtbisiques passer l'hiver dans quelques hautes vallées de la Suisse où la saison est aussi rigoureuse qu'à Pétersbourg, mais où le soleil brille de tout son éclat dans cette saison. Une trop grande insolation, dépassant celle que l'œil de l'homme est destiné à éprouver dans des pays fertiles et ombragés, fatigue et use cet organe avant l'âge ; c'est ce qu'on remarque parmi les populations du Sahara surchargées d'aveugles. Les pri^ulations sédentaires se renfermant dans des maisons, fuyant le soleil, en souffrent encore davantage, de même que la phlliisie n'est nulle part si commune que chez ceux qui cherchent à éviter le plus les rigueurs de l'hiver. 11 est probable qu'on trouverait une relation intime entre bpaucoup de maladies et la nébulosité du ciel. E. Renou.

!VIIBIE (Géographie Médicale). La Nubie est la partie de la vallée du Nil limitée par l'Egypte au N. ; l'Abyssinie, le Dar Berlàt et le Djebel Nouba au

S.; le golfe Arabique à l'E. ; le désert lybique el le Darfour à l'O. C'est I'Ethiopia supra JEgyptiim des sancien à laquelle les Arabes ont donné le nom des tribus Berbères que Dioclélien y établit au troisième siècle (Vôubai, Nobates).

Comprise entre le 10'- et le 25'- degré de latitude N., le 25 et le 37'' degré longitude E., la Nubie, dont la liauteur moyenne est de 450 mètres, s'abaisse par des terrasses successives. Les plus accusées constituent la haute et la basse Nubie. La haute Nubie étale en largeur des terres tour à tour marécageuses et desséchées, traversées par le Nil Blanc (Babr el Abiad) et par le Nil Bleu jusqu'à leur réunion au-dessous de Kliartoum, par 15" 50'. La Nubie Inférieure, réduite à la vallée du Nil, se détache des sables sans fin qui à l'O. vont rejoindre le Sahara, et à l'E., par delà la mer Bouge, les steppes arides de l'Asie.

Divisions. Des conditions naturelles différentes, de nombreux États jadis indépendants, aujourd'hui soimiis à l'Egypte, ont nécessité des divisions secondaires de ces deux régions principales. La Nubie supérieure comprend : 1" Le Soudan Égyptien; 2° ce qu'on peut appeler la région de Méroé ; la Nubie inférieure, la vallée du Nil et le pays compris entre le Nil et la mer Bouge.

l'* Le Soudan Égyptien est borné naturellement au S. par une chaîne de hauteurs qui, entre le 9", 50' et le 11" degré de latitude N. courent du N.-E. au S.-O. A l'O. du Nil Bleu s'élève le plateau granitique du Dar Bertât ; à l'O. du Nil Blanc le Djebel Nouba. Au-dessous de ces hauteurs se développent, entre les deux Nils, le Sennaar formé de hauteurs boisées, de déserts caillouteux, de prairies fertiles ; les hautes terres du Fazokl à l'O. de l'Abyssinie ; enfin à l'O. du Nil Blanc, le Kordofan, contrée onduleuse, dominée par des massifs isolés et constituée par des oasis, des plaines de sable, des steppes que la saison des pluies transforme en prairies luxuriantes.

2° Les différents États qui occupent la vallée du Nil dans la Nubie supérieure sont ou naturellement remarquables comme le Dar Kalfay par la réunion des deux Nils, ou historiquement intéressantes par des monuments, des souvenirs. Tels sont le Dar Chendy situé entre le Nil Bleu et l'Atbara (l'ancienne presqu'île de Méroé) ; le Dar Chay Kieh qui a vu fleurir l'antique Napata; le Dar Damer, état sacerdotal, centre de la propagation de l'Islamisme ; le Dar Berber et le Dar Dongolah, en allant du S. au N., jusqu'au 19" degré de latitude.

3° Du 19" au 25" degré, le Nil franchit le bras sablonneux du désert, court entre les berges élevées qui resserrent^son lit et se brise en cataractes contre les blocs gigantesques de granit qui se dressent au milieu du fleuve, comme des barrières qui séparent le Nil Nubien du Nil Égyptien. A part quelques palmiers en groupes ou en lignes qui signalent au loin la présence de l'homme, les montagnes à l'horizon, les plaines de sable, tout, dans la Nubie inférieure, donne l'idée de la solitude et de l'abandon.

4" La région comprise entre le Nil et la mer Bouge est constituée principalement par des déserts pierreux couronnés de hauteurs boisées et de vallées fertiles. La chaîne Arabique parallèle à la côte la domine d'une hauteur qui varie de 1200 à 1700 mètres. Ses pentes, très-rapides vers la plage appelée Bedja, descendent par gradins successifs vers les plaines de l'O. qui prennent le nom de Barka. Les vallées les plus importantes appartiennent au même versant et se diiùgent vers le N.-O. Vers le 22" degré de latitude à 350 kilomètresau S.-E. d'Assouan, s'élève au bord de la mer Bouge VEtba ou Etbaiëh, massif montagneux dont

WUBIE.

les contreforts principaux limitent ïOuadi-AUaki, vallée sèche qui débouche sur la droite du Nil dans la Basse-Nubie,

Orographie. La chaîne des hauteurs qui limite la Nubie au S. sépare le bassin du lac Tchad du bassin du Nil. Berc^haus et Ritter leur donnent une altitude moyenne de 1300 mètres réduite à 1000 mètres par Russegger {ouv. cité) qui a déterminé les hauteurs des différents bassins qui constituent la Nubie.

STATIOXS.

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