NYMPHOMANIE. .S'2J
L'appétit vénérien fait définit à certaines natures débiles : leurs organes sexuels acquièrent assez tard leur développement complet, et ils s'atrophient avant le temps ; pour eux, la période consacrée à la reproduction a une trèscourte durée. D'autres, au contraire, possèdent une force génésique puissante : chez eux, les signes de la virilité se montrent d'une manière hâtive, et ils les conservent jusque dans la vieillesse la plus avancée; l'histoire a conservé quelques exemples, qui ont mérité d'être signalés ; ces types forment des exceptions, mais ne constituent pas des faits pathologiques, jusqu'au moment où le besoin du rapprochement sexuel devient assez irrésistible pour inquiéter la famille, troubler la société et attirer l'attention des pouvoirs publics.
Comme la nymphomanie se développe dans le cours de maladies occupant l'utérus, les organes voisins et certaines régions de l'appareil cérébro-spinal, il y a lieu de passer en revue les causes qui président à son apparition. En première ligne, nous devons citer une prédisposition particulière à certains individus : le moindre excitant exerce sur ces êtres prédisposés une action prépondérante; l'hérédité donc joue un grand rôle, et les femmes d'une même famille se transmettent avec une énergie exceptionnelle ces tendances morbides, jusqu'à ce que toute faculté reproductive s'éteigne sous l'influence des excès : la race finit après avoir possédé une force prolifique exubérante. L'oisiveté conduit à la recherche des plaisirs, et des moyens artificiels sont mis en œuvre pour réveiller les sens émoussés jusqu'à ce que les infirmités surviennent, et le délire termine la scène.
L'idiot, l'imbécile, le faible d'esprit n'a que des besoins peu nombreux : cet être, arrêté dans son développement, passe sa journée à dormir, manger, et poursuit parfois, à la façon de la brute, un individu de l'autre sexe ; quand le besoin d'un rapprochement se fait sentir pour lui, toutes ses forces concourent à ce but, nulle barrière ne l'arrête ; qu'il survienne par hasard un accès maniaque à ce moment, c'est bien vite de la fureur. Alors, on se croira fondé à reconnaître une vésanie, qui devrait recevoir le nom de nymphomanie, quand, bien évidemment, on se trouve en présence d'un dégénéré chez lequel la manie s'accompagne d'une excitation génésique plus ou moins marquée : avec la disparition de l'agitation maniaque, la nymphomanie cesse, mais la débilité mentale subsiste naturellement jusqu'au jour oià une crise nouvelle provoquera les mêmes accidents.
Les idiots mis à part, les aliénés proprement dits offrent rarement une excitation génésique aussi intense, aussi prolongée. Dans la période prodromique delà manie, les organes de la génération sont surexcités comme tous les autres : en portant son attention seulement de ce côté, on pourrait se laisser aller à reconnaître une variété de manie distincte, en se basant plus particulièrement sur quelques exemples choisis plus spécialement parmi les femmes ; cette manière de voir ne nous semble pas justifiée : l'appétit génésique est parfois très-exalté chez des femmes maniaques : cela est évident ; mais combien d'autres éléments juxtaposés donnent à la manie son cachet : donc, si l'on veut faire un tableau complet de la maladie, il est nécessaire de mettre chaque phénomène à sa place, de le relater, sous peine de créer une espèce morbide fantastique. Morel n'a pas hésité à proposer une classification personnelle, fondée sur les causes de l'aliénation mentale ; or, dans sa carrière assez longue, il dit avoir seulement rencontré trois femmes qu'il fut fondé à considérer comme atteintes de nymphomanie ; si son examen eût été prolongé, il eût sans doute donné à ces