HU NYMPHOMANIE
iaits une autre signification : leur rareté l'avait frappé, aussi n'a-t-il pas cru devoir insister. Les femmes, comme les hommes, accusent à la première période de la paralysie générale une propension à abuser parfois du rapprochement sexuel : ce phénomène est assez saillant pour inquiéter la famille et provoquer dans la conduite un changement longtemps inexpliqué: durant plusieurs mois, une année quelquefois, le mal véritable est méconnu. Que d'exemples la clinique fournit !
Une femme, appartenant à une famille occupant dans sa ville une situation distinguée, mère de deux jeunes fd les en âge de se marier, devient subitement provoquante avec les hommes ; elle perd tout sentiment de réserve, devient indifférente avec les siens, néglige ses affaires ; l'examen de sa santé ne fournit tout d'abord que des renseignements incertains aux médecins chargés de l'interroger : la vie commune devient impossible ; on la laisse s'éloigner, toute mesure judiciaire ou administrative ayant été écartée ; elle vient à Paris se perdre dans la foule, vivant d'une pension que son mari lui continue ; tout son argent est dissipé pour satisfaire sa fureur génitale ; de chute en chute, elle finit par être arrêtée en état de vagabondage ; au lieu d'une peine disciplinaire, on reconnaît la nécessité d'un isolement dans un asile, car cette malheureuse était parvenue à un degré avancé de paralysie générale qui, peu à peu, avait marché sans autres phénomènes délirants apparents que des tendances nymphomaniaques. Une couturière très-occupée , jouissant d'une grande aisance , se fait arrêter avec deux militaires dans une promenade publique , pour cause de scandale; on l'arrête; mais reconnue paralytique, on la séquestre; après plusieurs mois de traitement, elle sort très-améliorée, se remet au travail, gagne de l'argent; un jour, à la suite d'excès de table, nouvel accès, seconde sortie, et finalement elle arrive une troisième fois pour terminer son existence dans un asile. Nos aînés eussent rangé ces deux malades dans la catégorie des nymphomanes.
Parmi les malades femmes, dont la folie est la conséquence de l'hérédité, il n'est pas rare d'en rencontrer avec des tendances nymphomaniaques s'associant à des manifestations religieuses exagérées ; leur vie n'est jamais très-régulière : durant leur phase de rémission, elles peuvent consacrer quelques mois à des pratiques de dévotion empruntées à la règle ascétique la plus sévère ; puis, soudain, elles vont dans le monde, recherchent les hommes, perdent le sommeil, et tombent dans un accès maniaque violent, qui se traduit par un mélange de propos orduriers, suivis d'idées mystiques ; leur attitude est celle de la prière à un moment ; bientôt leurs gestes sont obscènes. 11 faut avoir été témoin des scènes auxquelles ces aliénées se livrent, pour en comprendre la contradiction. C'est tantôt le délire religieux, tantôt le délire erotique qui domine ; sans transition aucune ils se succèdent l'un à l'autre ; une période de mélancolie ou même de stupeur arrive, puis le calme renaît, la raison se recouvre, jusqu'à ce que la mort arrête brusquement cette existence qui s'est écoulée si tristement. Là oii un observateur eût pu indiquer une manie religieuse, un autre observateur, témoin d'un accès ultérieur, aurait été conduit à mentionner une manie erotique, ou bien encore une nymphomanie. A une époque oii l'imagination des foules était occupée des idées de possession, ces malheureuses femmes se croyaient victimes du diable qui la nuit envahissait leur couche, pénétrait dans leur corps, et se livrait sur leur personne à des relations infâmes. Nos malades actuelles subissent les mêmes outrages de la part d'inconnus, aidés par des
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appareils électriques et magnétiques : leurs sensations sont identiques, mais l'interprétation diffère : l'évolution de la maladie permet seule de saisir l'importance exclusive de chaque phénomène.
La vieillesse ne met pas les femmes à l'abri de la nymphomanie; quand toutes les fonctions intellectuelles ont disparu, les sentiments sont confus, et la liberté affaiblie permet aux instincts de s'assouvir sans rencontrer aucune résistance inspirée par la morale, on voit parfois une excitation génésique puissante s'emparer d'elles, en même temps que de l'agitation maniaque se développe : ces accidents peuvent précéder un ramollissement du cerveau, ou se prolonger un certain temps sans grande variation dans leur intensité. La manie la plus aiguë s'établit et la mort arrive.
Certaines maladies de l'utérus et de ses annexes provoquent parfois une excitation qui donne lieu à de la nymphomanie ; mais, dans ce cas, son intensité est rarement aussi marquée que dans les affections du système nerveux; sa durée est plus courte; elle donne lieu très-excepiionnellement aux mêmes conséquences. Il en est ainsi pour les maladies des reins, de la vessie, du rectum, de la vulve ; pour tous ces faits, les accidents constatés ont une signification moins grave, au point de vue particulier: l'affection secondaire peut masquer la maladie principale, mais elle ne tarde pas à s'affaiblir elle-même, pour laisser à celle-ci le premier rang.
Quant à la nymphomanie qui a été provoquée par un empoisonnement volontaire ou criminel, cliniquement, elle doit être traitée en faisant l'histoire de chaque empoisonnement ; la nymphomanie étant un symptôme comme le satyriasis, il nous a paru utile de passer en revue les conditions diverses qui en déterminent l'apparition, sans songer à donner la description d'un accès de manie auquel s'ajoute le penchant irrésistible à accomplir l'acte vénérien : agir autrement serait tomber dans des répétitions inutiles; à part l'impulsion qui enchaîne la volonté de l'aliéné, il n'y a rien de changé dans la manie; quant à prendre dans nos observations les paroles obscènes prononcées par nos malades, à décrire les actes dont nous avons été témoin, nous n'y pouvons songer : un semblable travail pourrait attirer l'attention de personnes étrangères à la médecine, mai s ne fournirait à la science aucun renseignement de quelque utilité.
La nymphomanie réclame le traitement usité dans les différentes maladies qui ont provoqué son apparition. Au mot AiXAPURODistAQUE, les divers médicaments qui peuvent être employés ont été énumérés avec tous les développements que l'expérience a indiqués. Bouchereau.
§ II. Médecine légale. {VoiJ. ÂPHRODISIE, p. 660.)
IXYSSAS. Voy. Araignées.
MïSTAGMCS. Les oplithalmologistes font tous dériver ce mot du verbe o-rec vsuo-ra'Cw, je in incline. Ils oublient que le verbe vy<7Tai;sw signifie besoin de dormir, ou, si l'on veut, le clignotement indiquant ce besoin, vu^ray^aoç, de vyffTa^Eiv, se laisser aller au sommeil. Autrefois on distinguait le mjstagmus palpebrarum et le nystagmus oculorum ; mais, peu cà peu, le nom générique de « nystagmus » est devenu synonyme de clignotement involontaire et d'oscillation du globe, sans égard à la cause qui les produit (Spring, Symptomatologie ou Traité des accidents morbides, t. II, p. 300).
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Mackenzie réservait celte dénomination à une convulsion clonique des muscles droits, symptomatique de diverses affections nerveuses, telles que l'hystérie, l'épilepsie, la chorée, certains états de compression du cerveau, etc., entraînant un mouvement involontaire du globe de l'œil d'un côté à l'autre, et désignait sous le nom à^oscillation du globe de l'œil le mouvement perpétuel dont le globe peut être affecté, sous l'influence d'autres facteurs.
Cette distinction n'a pas été conservée, le mot Nystagmds s'applique aujourd'hui aux mouvements oscillatoires du globe de l'oeil, soit de circumduction, produits par la contraction successive des muscles droits, soit de rotation sur l'axe antéro-postérieur, déterminés par les contractions alternatives des muscles obliques, mouvements sur lesquels le malade n'a pas d'empire dii'ect, et qui ne cessent d'ordinaire que pendant un sommeil profond, naturel ou provoqué, accompagné d'une résolution musculaire générale, ou, dans certaines espèces, par le regard soutenu, dans des directions déterminées.
Le nystagmus n'est pas, à proprement parler, une maladie, ce n'est pas même toujours un symptôme ; le plus souvent, c'est simplement un accident morbide accompagnant diverses perturbations du système général, ou seulement de l'organe visuel. Les mouvements dans lesquels ils se résument offrent de nombreuses particularités.
Ces mouvements sont : a. oscillatoires, b. rotatoires, ou c. mixtes. a. Mouvements oscillatoires. Ils sont horizontaux ou verticaux. Les mouvements oscillatoires horizontaux sont de beaucoup les plus fréquents; en général, ils sont si rapides qu'il est impossible de les compter ; leur fréquence est ordinairement en raison inverse de leur amplitude; celle-ci varie, depuis un degré à peine perceptible, jusqu'à près d'un quart de cercle. Les contractions, cloniques et rhythmiques , se produisant autour de l'axe d'évolution des muscles droits, interne et externe, offrent cette particularité que la déviation que l'un des yeux subit en dedans, l'emporte généralement un peu sur le mouvement associé de son congénère en dehors. Ces mouvements ne se font pas suivant un rhythme uniforme : l'œil revient de l'angle interne vers l'externe plus rapidement que de celui-ci vers le premier; aussi, dans l'examen ophthalmoscopique, est-ce de l'aller et non du retour que l'observateur profite pour saisir l'image. Les deux globes oculaires se meuvent simultanément dans les deux sens opposés ; l'un des yeux est en abduction pendant que l'autre est en adduction. D'ordinaire, le mouvement de balancement horizontal s'arrête, si le sujet dirige fixement son regard à l'extrême droite ou à l'extrême gauche, ou s'il l'abaisse sur un objet très-rapproché.
La volonté directe, toutefois, est sans aucun empire sur ces divers phénomènes. Dans un cas {voy. Mackenzie, Traité pratique des maladies de l'œil, traduction française par Warlomont et Testelin, t. II, p. 574), le mouvement oscillatoire était très-prononcé aussi longtemps que les yeux étaient dirigés vers quelque objet; soulevait-on alors la paupière supérieure de l'un d'eux, tandis que le malade fermait l'autre, l'oscillation cessait immédiatement et complètement, et la pupille se cachait sous la paupière. Chez un autre malade, le même auteur a vu l'oscillation cesser dès qu'il regardait en bas ; elle reparaissait, au contraire, à un degré élevé, aussitôt que son regard se dirigeait en haut. La convergence des yeux, comme celle qu'on détermine en lisant d'assez près, paraissait, dans ce cas, suspendre le balancement. Quand les deux yeux étaient ouverts, l'oscillation était tx'ès-apparente, mais, lorsque l'un d'eux était fermé, l'autre deve-
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nait tout à fait immobile. Il y avait, sous ce rapport, quelque chose d'analogue à ce qui se passe dans le strabisme.
Les mouvements oscillatoires verticaux, caractéristiques du nystagmus des mineurs, sont extrêmement rares dans toutes les autres conditions. Sauf chez ces derniers, on ne connaît guère que deux ou trois cas de nystagmus franc produit par les contractions alternatives des droits supérieur et inférieur ; l'un d'eux a été rapporté par Soelberg Wells ( T réalise of the Diseases of the Eye, p. 509), un autre par de Wecker {Traité pratique des maladies des yeux, 2^ édition, t. II, p. 962). Ici le malade était en même temps atteint d'un faible strabisme convergent, et les mouvemenls oscillatoires de haut en bas survécurent à la section du droit interne. L'œil gauche, emmétrope, montrait S = 20/20 ; le droit, atteint de cette singulière forme de nystagmus, présentait S=2/7, et la réfraction fut notée 0° — 8 — 24. Ce cas était donc en même temps perpendiculaire et uni-latéral, ce qui est doublement rare. Un autre cas, cependant, signalé par Zehender {Klinische Monatsblâtter fur Aiigenheilkunde, 1870, p. 112-115), présentait également cette particularité d'être à la fois unilatéral et vertical. La malade était une petite fille de neuf ans, qui, pendant sa première enfance, avait beaucoup souffert de contractures et de paralysie des membres inférieurs. L'œil gauche exécutait des mouvements oscillatoires perpendiculaires. Dans n'importe quelle direction du regard, ces mouvements étaient toujours les mêmes, quant à leur durée et à leur nombre. Ils commençaient d'ordinaire quand on engageait la malade à regarder fixement un objet, durant quelques secondes, puis cessaient pour recommencer dès qu'on déplaçait l'objet de fixation. La vision de l'œil affecté était presque entièrement détruite, tandis que celle de son congénère était intacte. Il n'y avait pas d'altération ophthalmoscopique du fond de l'œil. Ces sortes de cas sont tout à fait exceptionnels. Bader range le nystagmus vertical au nombre des symptômes les plus précoces de la rétinite pigmentaire {Guy s Hospital Reports, 3* série, vol. XXI, 1876).
b. Mouvements rotatoires. Ce sont ceux qui s'exécutent autour de l'axe d'évolution des muscles obliques. Moins fréquents que les mouvements de balancement latéral, dépendant des contractions alternatives des muscles droits internes et externes, ils sont cependant loin d'être rares, et le sont bien moins, à coup sûr, que ceux du nystagmus vertical.
c. Mouvements mixtes. Dans ce cas, le balancement se fait le long du diamètre horizontal ou aussi du diamètre vertical ; le plus souvent, les deux espèces d'oscillations ont lieu dans le même temps, de sorte que l'œil subit comme un véritable mouvement de circumduction. Le sens peut en être précisé par les déplacements que subit l'image d'une lumière placée devant les yeux. Chez quelques-uns, la lumière oscille suivant une ligne horizontale, chez d'autres suivant une ligne verticale ; chez certains, les deux genres d'oscillation se succèdent alternativement. Quelquefois la lumière, dans ses déplacements, trace une véritable circonférence ; d'autres fois c'est une ellipse à axe tantôt vertical , tantôt horizontal. Le plus souvent, les deux yeux donnent la même figure, ce dont on peut s'assurer en produisant de la diplopie par les prismes. Quelquefois cependant, le malade voit deux figures différentes, tracées par la lumière, dont les mouvements suivent ceux des globes oculaires. Ainsi, Alfred Graefe [Eandbuch der gesammten Augenheilkunde, herausgegeben von Graefe und Saemisch, VI, 1) signale un cas où l'ellipse était verticale à gauche et horizontale à dioite.
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Dans un autre, cité par M. Dransart, l'oeil gauche se mouvait circulairement, tandis que le droit traçait des oscillations simplement verticales ; dans le troisième, l'œil gauche donnait une ellipse et le droit un cercle, etc., etc. Dans les cas oià le malade voyait deux figures tracées par la lumière, les oscillations de l'un des yeux étaient toujours moins étendues que celles de son congénère. Dans tous, M. Dransart a constaté l'isochronisme dans les oscillations des deux globes. Dans l'un de ces deux cas, les oscillations de l'œil droit finirent par être si peu étendues qu'elles ne paraissaient qu'à peine, alors que celles de son congénère étaient encore très-foi'tes ; même dans ce cas, l'isochronisme des oscillations était très-net (Dransart, Du nystagmus chez les mineurs, in Annales d'Oculistique, 1877, t. LXXVIII, p. 109).
§ 1 . Les mouvements nystagmiques sont parfois si rapides et le déplacement qu'ils impriment au globe oculaire si restreints, que l'œil peut paraître fixe, pour peu que l'observateur ne recherche pas avec soin l'état de sa mobilité; il peut en résulter une certaine difficulté pour interpréter des phénomènes bizarres, constatés au début de certaines affections, alors que leur constatation en donne, au contraire, immédiatement la clef. M. Ravaud cite un cas (Ravaud. Essai clinique sur le nystagmus. Paris, Goccoz, 1877, p. 102), observé par M. H. Goursserant (page 57) où des observateurs très-expérimentés se heurtèrent à cette difficulté. Il s'agissait d'un homme vigoureux, hypermétrope des deux yeux ; à l'ophlhalmoscope, on fut frappé par une sorte de vacillement très-rapide et continuel de l'image ophthalmoscopique, qui mit sur la voie d'un nystagmus horizontal, oià les mouvements d'adduction étaient si rapides et si peu étendus, que le phénomène avait d'abord passé inaperçu. Le nystagmus peut donc, dans certaines conditions, être difficilement reconnu. Aussi devra-t-on toujours y songer, alors même que, dans une attitude et dans des conditions données, le phénomène n'éclaterait pas tout d'abord. Ceci s'applique surtout au nystagmus considéré comme symptôme.
Les oscillations du globe s'accompagnent parfois de mouvements spasmodiques peu étendus, mais cependant appréciables, des paupières et de la tête. Les déplacements de la tête sont exécutés dans un sens opposé à celui vers lequel s'effectue le déplacement des axes optiques dû à la contraction clonique des muscles ; ils se prononcent de plus en plus, à mesure que le malade cherche à voir des objets de plus petite dimension. Quelques sujets disposent leur livre de telle sorte que les lignes courent de bas en haut, position dans laquelle sont les muscles droits supérieur et inférieur qui entrent surtout en jeu. Certains auteurs ont voulu regarder ces oscillations ainsi rhythmées de la tête comme un mouvement instinctif de l'individu, qui lutterait de la sorte contre les contractions spasmodiques des muscles moteurs de l'œil, et compenserait ainsi les tremblements involontaires des yeux ; mais il n'en est rien, ces mouvements de la tête sont toujours beaucoup plus lents que ceux des yeux et ne sont pas isochrones avec eux. Suivant M. Gadaud [Étude sur le nystagmus. Thèse de Paris, 1869), il ne serait pas rare de voir, non-seulement dans les muscles de la tête et du cou, mais même dans ceux des membres, ces mouvements choréiformes, si fréquents pour l'orbiculaire des paupières dans les cas de nystagmus.
Les attitudes diverses que prend le sujet atteint de nystagmus dépendent du sens dans lequel se font les mouvements, et lui sont suggérées par le soulagement qu'elles lui procurent ; beaucoup d'entre eux en découvrent
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ainsi qui rendent les oscillations moins gênantes ou même presque inappréciables.
. Les mouvements nystagmiques, d'ailleurs, ne sont pas toujours une cause de gêne pour ceux qui y sont livrés ; dans bien des cas, ils sont commandés par des nécessités optiques, et le malade n'en a même pas conscience. C'est le cas le plus ordinaire dans le nystagmus continu. Quand, au contraire, il est intermittent ou accidentel (nystagmus symptomatique d'une lésion nerveuse, nystagmus des mineurs), ceux qui en sont atteints voient tous les objets danser devant eux et s'en trouvent fort incommodés. Bien des malades ne s'aperçoivent pas d'eux-même des mouvements oscillatoires qu'exécutent leurs yeux, sauf dans le cas où, l'acuité de leur vue étant assez satisfaisante, on leur fait compter des lignes verticales serrées (W'ecker).
Les mouvements nystagmiques augmentent, chez les personnes timides, quand elles voient que l'attention se fixe sur elles ; ils augmentent encore sous l'influence des excitations morales, ou lorsque l'intensité lumineuse du milieu qui les entoure vient abaisser; ou quand l'accommodation s'est exercée pendant quelque temps sur des objets très-rapprocliés ; ou, enfin, si les objets fixement regardés passent rapidement devant les yeux, et que le sujet est contraint de faire varier fréquemment son accommodation pour adapter son œil à des distances différentes.
En général, les deux globes oculaires exécutent des mouvements rhythmiques associés, et l'on ne connaît guère d'exemples où cette grande loi de l'association des mouvements se soit démentie. On cite cependant des cas de nystagmus musculaire vertical. Zehender en a rencontré un, rapporté par Albert Graefe [Handbuch etc.), où les mouvements d'un seul œil nystagmiquc se produisaient dans la direction verticale, l'autre étant au repos ; mais on ne connaît pas de nystagmus uni-latéral à direction horizontale. De leur côté, Alf. Graefe et Dransart, ainsi que nous l'avons dit plus haut, ont constaté de nombreuses infractions à cette règle, dans le nystagmus des mineurs, qui se spécialise d'ailleurs à tant d'autres égards.
8 2. Qu'on l'envisage comme symptôme, comme maladie propre (nystagmus des mineurs) , ou comme simple accident morbide lié à d'autres états pathologiques, le nystagmus demande à être étudié :
1" Chez les sujets non-amblyopes ;
2° Chez les sujets amblyopes.
1. Du nystagmus chez les non-amblyopes. Le uystagmus qui se montre chez ces sujets peut être : 1. sous la dépendance d'une autre affection, le plus souvent cérébrale (nystagmus symptomatique); 2. sous la dépendance d'une affection, primaire ou consécutive, des muscles moteurs de l'œil [nystagmus musculaire).
1. Nystagmus symptomatique. Le nystagmus a été observé, comme symptôme, par Friedreich {Greifsiuald. med. Beitrage, ij. Report 41, p. 45, 1864), dans plusieurs cas de dégénérescence de la substance blanche des colonnes postérieures de la moelle épinière. Le professeur Budge a constaté un nystagmus marqué, après l'ablation de toute la moitié droite de la corde spinale, dans une étendue de 6 millimètres, en descendant, à partir du calamus scriptorius. Dans un autre cas, quoique à un moindre degré, il le constata également après l'extirpation d'une des moitiés de la corde spinale, au niveau de la deuxième vertèbre cervicale. Nul doute que des altérations de ces mêmes parties ne
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puissent donner lieu, chez l'homme, aux mêmes effets. Dans un cas de blessure de la moelle allongée, rapporté par Waters [Medico-chirurgical TransactionSr vol XLVI, p. H5), les globes oculaires étaient agités d'un mouvement continuel. A l'autopsie, le corps restiforme droit fut trouvé déchiré de façon identique à ce qu'il eût pu être après une vivisection pratiquée sur un animal inférieur. Si les parties avaient été divisées avec le scalpel, à peine aurait-on pu réussir à séparer aussi exactement le corps restiforme que n'avait fait cet accident. Enfin, voici un cas, observé par M. Fano {Union 'médicale, lo sept. 1868, p. 398, reproduite dans : Annales d'ocidistique, 1808, t. LX, p. 257), où la cause du nystagmus se trouve également dans les suites d'un accident traumatique, un coup de tampon d'un wagon infligé à l'épaule droite d'un homme de vingt sept ans, ayant produit une luxation du bras, que le patient avait réduite luimême. A la suite de cette collision, il lui était devenu impossible de lire plus d'une ligne d'une page imprimée sans être obligé de s'arrêter, parce que « les caractères se troublaient et que les mots semblaient attachés les uns aux autres. » L'acuité de la vision, cependant, n'avait rien perdu, mais les deux yeux étaient continuellement le siège de mouvements d'oscillation; ces mouvements étaient de deux genres : les uns s'exécutaient dans le sens horizontal, les autres autour de l'axe antéro-postéricur du globe. Ces deux genres de mouvements se succédaient d'une manière rhylhmique en quelque sorte, et ne s'accomplissaient jamais ensemble ; c'est-à-dire qu'il existait un mouvement, tantôt de latéralité, tantôt de rotation, toujours commun aux deux globes. Trois mois après l'accident, à la suite de diverses sections musculaires , il ne restait plus qu'un léger mouvement d'oscillation autour de l'axe antéro-postérieur ; mais, pendant la lecture, qui se faisait sans difficulté, les yeux conservaient la fixité absolue. Quel rôle ont joué ces sections dans la correction d'une indiscipline musculaire, dont il est difficile de ne pas rapporter le point de départ à une cause centrale ? Nous ne nous chargeons pas de le dire.
M. Gadaud [loc. cit.) a spécialement étudié le nystagmus comme symptôme isolé ou associé à d'autres phénomènes oculaires, dans le cours des affections de l'encéphale et des parties supérieures de la moelle, et fourni des données importantes sur la valeur de ce symptôme dans les maladies de cet ordre. Selon cet auteur, le nystagmus existerait surtout dans certains cas d'hémorrhagie cérébrale et de ramollissement; la lésion y donnant naissance ne semblerait pas avoir de territoire bien déterminé ; pourtant, dans aucun des cas observés, ce ne sont les parties antérieures du cerveau qui avaient été lésées ; plusieurs* fois, la substance grise des circonvolutions était atteinte dans le lobe occipital; dans d'autres cas, c'était le corps strié, la couche optique, enfin, le cervelet et la protubérance ; v ce qui ne doit pas étonner, dit-il, puisque c'est pi'écisément dans ces régions, plancher du quatrième ventricule, et même corps restiformes, que se trouvent les noyaux d'origine du moteur oculaire commun et du moteur oculaire externe. »
« Dans presque tous les cas oii le nystagmus s'est montré, éci"it M. Gadaud. il y a eu ictus apoplexique avec hémiplégie du côté opposé à la lésion.
« Un point important à noter, c'est que, chaque fois que le nystagmus est survenu dans le cours d'une affection cérébrale, il y a eu en même temps déviation conjuguée des yeux et rotation de la tête du côté de la lésion ; mais le jihénomène réciproque n'a pas toujours eu lieu, et la déviation conjuguée a pu exister sans oscillation des yeux. Le nystagmus survenu dans ces conditions est
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passager; il persiste un jour ou deux au plus, taudis que la déviation conjuguée des yeux se maintient beaucoup plus longtemps. Dans aucun cas, le nystagmus ne subsiste après la disparition de la déviation conjuguée ; le premier de ces deux symptômes semble donc subordonné à l'autre. En même temps, il y a toujours inflexion très marquée de la tète dans le même sens que la déviation des yeux.
« En somme, rotation delà tête, déviation conjuguée des yeux, et nystagmus sont trois phénomènes coexistants, qui semblent réunis par un lien commun.
« Le nystagmus existe quelquefois dans les affections qui intéressent la partie supérieure de l'axe spinal, et plus spécialement le point de jonction du bulbe rachidien et de la protubérance annulaire.
« C'est surtout dans la sclérose en plaques, avec lésions occupant ce siège particulier, qu'on a observé le tremblement involontaire des yeux, concurremment avec celui des membres. Ce nystagmus peut être produit expérimentalement, quand on vient à léser le plancher du quatrième ventricule, et même les corps restiformes. »
Dans le nystagmus d'origine cérébrale, dit M. Abadie [Traité des maladies des yeux, t. 11, p. 455. Paris, 1877), c'est probablement le centre excito-moteur de l'écorce d'où part la volition, qui est atteint ; dans le nystagmus médullaire, c'est le noyau où se rend l'excilalion venue de la périphérie, et d'où part l'excitation nerveuse destinée au muscle. « Nous comparerions volontiers, ajoute-t-il, ce qui se passe ici à ce qu'on observe dans l'aphasie et la paralysie labio-glossolaryngée ; dans l'aphasie, c'est le centre d'où part l'excitation volontaiie qui doit produire le jeu des muscles de la langue, des lèvres, etc. qui est détruit. Dans la paralysie labio-glosso-laryngée, ce sont les noyaux d'origine des nerfs se rendant à ces muscles, qui sont pris. Dans les deux cas, le résultat final est le même : abolition de la parole. »
Ces faits isolés, et beaucoup d'autres, ont été récemment coordonnés et soumis à un contrôle sévère par M. Ilavaud, dans un «xcellent travail {loc. cit.), où il a mis à profit les recherches les plus récentes sur la physiologie de l'encéphale, pour tirer du nystagmus des données utiles au diagnostic des maladies cérébrales. Nous lui ferons de Larges emprunts dans les développements qui
vont suivre.
Le nystagmus peut se montrer à la suite d'altérations matérielles du système nerveux central ou périphérique , consécutives à un traumatisme ou spontanées.
1 . Dans les cas de traumatisme, c'est le plus souvent à la suite d'un choc violent, porté sur les diverses régions du crâne ou de la face, qu'apparaît, en même temps que certains autres symptômes plus ou moins importants, un nystat^mus, qui dure un temps variable. M. Kavaud signale deux circonstances dans lesquelles la valeur séméiologique du nystagmus est considérable :
1» Si le nystagmus se montre accompagné ou non d'une plaie plus ou moins profonde du crâne, produit en général dans la région fronto-pariétale, et plus particulièrement de la région fronto-pariétale droite, s'il se complique en même temps de parésie plus ou moins marquée des membres du côté opposé à la lésion on devra songer à l'existence d'une lésion cérébrale superficielle plus ou moins étendue, intéressant la région pariétale des circonvolutions. Peut-être même pourra-t-on bientôt, lorsque les travaux contemporains auront bien délimité, sur l'écorce cérébrale, le siège des centres psycho-moteurs, et princi-
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paiement, pour ce qui a liait à notre question , du centre moteur cortical des globes oculaires, affirmer que le nystagmus, apparaissant dans ces circonstances, est l'indice absolu d'une lésion traumatique des circonvolutions pariétales dans le voisinage du lobule du pli courbe {Localisations cérébrales. Charcot, Leçons, 1875). A l'appui, on peut citer un cas, rapporté par Nagel {Jahresbericht, 7) Jahrg.) de fracture de la moitié droite du frontal, dans lequel l'œil éprouva aussitôt un mouvement étendu de rotation dans l'orbite, et un autre par Cohn {Schussverletzungen des Auges, Erlangen), où un nystagmus très marqué se ju'oduisit immédiatement après un coup de fusil, reçu par un homme dont la région frontale droite avait été traversée par la balle.
2" D'autres Iraumatismes violents peuvent encore atteindre la tète dans toute autre région, et déterminer l'apparition du nystagmus. Si l'on voit, après un choc violent ayant porté surtout sur la face ou sur la région occipitale, le nystagmus apparaître en même temps que certains symptômes bulbaires (tels que paralysie faciale plus ou moins marquée, unilatérale ou double, etc.), si l'on voit en même temps une hémiplégie totale, alterne ou du même côté que la paralysie faciale, avec ou sans troubles de la déglutition, de la phonation et de la respiration, on devra penser 'à une lésion traumatique du bulbe ou de la protubérance. La valeur du nystagmus sera considérable, non-seulement poui le diagnostic, mais encore pour le pronostic, puisqu'elle indiquera la mort inévitable. Le blessé de Waters, dont nous avons parlé plus haut, en est un des meilleurs exemples et des plus probants : il avait reçu un choc jiolent au côté gauche de la tète ; il présenta aussitôt un nystagmus très marqué, en même temps qu'une difficulté considérable pour l'articulation des mots et une hémiplégie incomplète portant sur la face et les membres du côté droit. Température plus élevée du côté hémiplégique. Légère anesthésie. Dysphagie. Au bout de cinq heures, il voulut se lever et retomba mort sur son lit. A l'autopsie, on ti'ouva deux déchirures au niveau du bulbe, la première intéressant le corps restiforme droit, la seconde située au-dessous et à droite du calamus scriptorius. Ce fait est absolument analogue aux cas observés par M. Yulpian sur les chiens mis en expérience, où le nystagmus se montre souvent à la suite de plaies du bulbe (Vulpian, Recherches expérimentales, in Mémoires de la Société de Biol ogie, 1861)
2. Le nystagmus qui se présente dans les affections non traumatiques des centres nerveux, peut être considéré comme des plus importants; c'est le nystagmus d'origine nerveuse. Il accompagne des manifestations encéphaliques, ou se pi'oduit dans le cours d'affections inéduUaires.
A. Nystagmus d'origine encéphalique. Il peut se produire subitement, ou sous la forme chronique, ou encore coïncider avec des troubles intellectuels variables et avec des affections générales du système nerveux (névroses) .
a. Le nystagmus peut se déclarer subitement dans le cours de l'état apoplectique. Quand, dans le cours d'une semblable attaque, qu'il s'agisse d'une liémorrhagie ou d'un ramollissement du cerveau, le nystagmus se montre en même temps qu'une hémiplégie plus ou moins complète, siégeant principalement à gauche et s'accompagnant d'une diminution de la sensibilité ou même d' anesthésie de la moitié du corps paralysée, on pourra songer à l'existence d'une lésion de la substance cérébrale occupant probablement la région sphéno-temporale de la couche corticale. Ce diagnostic devient encore plus probable lorsque, en même temps que le nystagmus, on peut constater une déviation de la trie
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avec rotation conjuguée des yeux du côté de la lésion. Merckel [Zehenders klinische Monatsblàtter fur Augenheilkunde. 1872) en cite un exemple : le malade atteint d'endocardite rhumatismale, fut pris d'un nystagmus horizontal se montrant à chaque pause respiratoire et affectant les deux globes oculaires ; il mourut, et l'on trouva, à l'autopsie, une embolie de l'artère sylvienne. llftiut se rappeler que, d'après les recherches de Duret {Sur la circulation de Vencéphale, in Archivesde physiologie, 1871), c'est la quatrième branche delà sylvienne qui fournit au lobule du pli courbe et au pli courbe, régions le plus souvent atteintes dans les traumatismcs s'accompagnant de nystagmus.
M. Ravaud a soin d'ajouter (loc. cit., p. 49) qu'un groupe d'affections peu nombreuses, très-rares même, pourrait fausser le diagnostic; c'est celui des lésions hémorrhagiques ou nécrobiotiques atteignant le bulbe. Un malade se présentant, atteint subitement de nystagmus, qui offrirait, en même temps qu'un certain embarras de la parole, un peu de gène des mouvements de la langue et de la mastication, et de l'affaiblissement d'un ou des deux membres supérieurs, devrait faire penser à l'existence d'une lésion grave du bulbe ou de la protubérance. Et il cite plusieurs exemples à l'appui, empruntés à la Thèse de M. Ilallopeau [Paralysies bulbaires, 1876), à celle de M. Gadaud {loc. cit., p. 14) et à celle de M. Pi vent {Méningo-encéphalite , Obs. XI. Paris, 1852) où, dans un cas de méningite tuberculeuse, on a noté les convulsions des yeux et des membres.
b. Lorsque l'affection (Ravaud, loc, cit., p. 52.) pour laquelle se présente le malade ne s'accompagne que de troubles lents et progressifs, c'est-à-dire quand il s'agit d'une affection chronique de l'encéphale, le nystagmus revêt encore une grande valeur dans un certain nombre de lésions. Quand il se présente comme signe concomitant de symptômes hémiplégiques, on peut affirmer l'existence d'une lésion matérielle intra-crâniennc. C'est alors tantôt une véritable convulsion, tantôt une sorte de tremblement, mais toujours un phénomène convulsif, tantôt monolatéral, tantôt double. Gotard {Etude sur V atrophie partielle du cerveau. Paris, Thèse, 1868) cite le cas d'une jeune fille de vingt et un ans, qui présentait, depuis l'âge de dix ans, un nystagmus permanent horizontal. A cette époque, elle avait été prise de convulsions, qui laissèrent après elles une hémiplégie gauche persistante. A l'âge de vingt et un ans, M. Gharcot constata, chez elle, une hémiplégie avec atrophie du membre supérieur gauche, avec contractures et rétractions musculaires. Le membre inférieur, immobilisé dans l'extension absolue, permettait la marche. Les yeux, microphthalmiques, étaient agités d'un mouvement continuel, bien que la malade prétendît ne rien voir. La malade mourut d'une fièvre typhoïde, et l'on trouva l'hémisphère cérébral droit notablement plus petit que le gauche, et l'hémisphère gauche du cerveau atrophié.
Nous renvoyons, pour plus de détails sur ce sujet, au travail de M. Ravaud, où l'on trouvera de nombreuses observations de nystagmus symptomatique de méningite tuberculeuse, de tumeurs cérébrales, de sclérose en îlots, de sclérose en plaques, etc. Il est permis d'en conclure que le nystagmus, qu'il soit unilatéral ou double, permanent ou transitoire, accompagné de convulsions ou même d'une hémiplégie lente et progressive, est l'indice constant d'une lésion encé- , phalique matérielle.
Les nombreuses observations compulsées par cet auteur lui ont permis d'établir ce fait, déjà signalé par Carion {Contribution à l'étude symptomatique et diagnostique de l'hémorrhagie cérébelleuse, Thèse, Paris, 1875), que les
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lésions du cervelet ne s'accompagnent pas de nystagmus. Les lésions du bulbe et de la protubérance, qui déterminent si fréquemment la rotation de la tête et la déviation conjuguée des yeux, ainsi que le nystagmus, pourraient, dans certains cas, être facilement confondues avec des affections cérébelleuses. Lorsque le nystagmus apparaîtra dans ces cas difficiles, on pourra conclure, non que le cervelet est indemne, mais bien que le bulbe et la protubérance sont atteints. Voilà pour le nystagmus convulsif; voyons maintenant quelle est la valeur de ce symptôme dans le cas de tremblements. Voici ce qu'il est permis de dire à cet égard (Ravaud, loc. cit., p. 65): Si, chez un malade présentant depuis quelque temps des troubles nerveux vagues ou même bizarres, sans caractères bien précis, l'on voit apparaître le nystagmus, le phénomène acquiert alors une valeur diagnostique des plus considérables. Un malade, présentant du nystagmus, se plaint-il de douleurs vagues, de pesanteur, d'engourdissements dans les membres inférieurs; voit-on se montrer chez lui un affaiblissement des deux membres seulement, progressivement, ou bien, au contraire, en même temps qu'une attaque apoplecliforme, on devra se rattacher à l'idée d'une sclérose en plaq'nes au début, et l'on pourra, presque à coup sûr, éliminer l'hypothèse d'une ataxie locomotrice commençante. Bientôt du reste, les tremblements apparaissant aux membres inférieurs, puis, gagnant progressivement le reste du corps, viendront confirmer le diagnostic. M. Charcot note ce signe [Leçons sur les maladies du système nerveux, t. I, p. 207-208, 1873) : « Le nystagmus, dit-il, est un symptôme d'une grande importance diagnostique, puisqu'il s'observe environ dans la moitié des cas. On ne le rencontre, que je sache, que très exceptionnellement dans l'ataxie. » Puis il ajoute un peu plus loin : « Il est des cas oiî le nystagmus fait défaut tant que le regard reste vague, sans direction précise, mais se manifeste tout à coup, d'une manière plus ou moins prononcée, aussitôt que les malades sont invités à fixer attentivement les yeux sur un objet. »
L'ataxie locomotrice progressive s'accompagne bien plus volontiers de strabisme et d'accidents optiques que de nystagmus. Toutefois, on cite quelques observations de nystagmus dans l'ataxie locomotrice. Dans ces cas, tout à fait exceptionnels, on serait peut-être en droit de penser à une extension de la lésion médullaire jusqu'au bulbe.
B. Nystagmus d'origine médullaire. Le nystagmus peut apparaître dans les affections chroniques de la moelle et de ses enveloppes. 11 s'accompagne alors communément de phénomènes paralytiques et atrophiques, marqués surtout aux membres supérieurs. Chez un jeune homme de vingt-quatre ans, cité par Bouchut [Diagnostic des maladies de V encéphale par Vophthalmoscope, 1866, p. 356, obs. CL.), il y avait, sans aucun trouble de la vision, un nystagmus horizontal très-prononcé, en même temps qu'il existait une paralysie complète, une atrophie considérable des membres supérieurs et de l'embarras de la parole. A l'autopsie, on constata un ramollissement avec atrophie de la moelle. Dans un autre cas, observé par M. Collas et cité par M. Ravaud [loc. cit., p. 76), un nystagmus rotatoire se manifesta, chez un enfant de cinq ans, atteint de mal de Pott cervical.
C. Nystagmus dans les maladies générales du système nerveux (névroses, affections mentales). La plupart des auteurs modernes, les observations à la main, rejettent l'existence du nystagmus dans le cours de ces affections. Pour M. Lasègue, l'hystérique n'est jamais nystagmique. De son côté, M. G. Sée a décl are
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n'avoir jamais constaté ce symptôme chez les chorciques, très-nombreux, qui lui ont passé sous les yeux (Ravaud, loc. cit., p. 70). Pour M. Bouchut, qui soigne chaque année, aux Enfants malades, un grand nombre de choréiques et d'épileptiques, le nystagmus est un phénomène inconnu dans ces deux névroses ; mais il déclare l'avoir observé fréquemment dans les méningites, les méningoencéphalites et l'hydrocéphalie chronique.
Le nystagmus ne se montre pas d'ordinaire non plus dans la paralysie générale progressive ; quand il apparaît, on doit penser que les lésions ont envahi les nerfs moteurs oculaires. Il en est de même dans les affections mentales proprement dites. Pour M. Legrand du Saulle (De la folie héréditaire, p. 81 , 1873), ce n'est pas tant chez les sujets atteints d'affections mentales que se montrerait le nystagmus que chez leurs descendants. Il ne serait pas rare de voir, au dire de cet aliéniste, des sujets très-intelligents qui, atteints de nystagmus, présentent dans leurs antécédents quelque névrose ou vésanie, sans en être affectés eux-mêmes. Mais a-t-on bien recherché dans ces cas l'état de l'organe visuel? Voici d'ailleurs comment M. Legrand du Saulle s'exprime à cet égard : « Le nystagmus est l'un des stigmates de l'hérédité pathologique. C'est une tare qui existe rarement isolée et que l'on retrouve réunie à beaucoup d'autres signes physiques (tics, asymétrie faciale , malformations crâniennes, déformation des oreilles, etc., etc.). Evidemment l'on ne saurait prétendre que l'individu qui est atteint de nystagmus est destiné à perdre la raison! On dit simplement que le nystagmus est l'un des signes d'une hérédité cérébrale, et que cet état particulier se rencontre presque toujours chez ceux qui sont issus de familles incorrectes au point de vue mental. » Qui dira la part qui, dans ces circonstances, revient aux altérations des milieux et du fond de l'œil, à la rétinite pigmentaire, par exemple ?
Il est donc permis de conclure que, 'lorsque le ^nystagmus apparaît dans le cours des affections névropathiqucs ou mentales, il est l'indice d'une complication matérielle du côté de l'encéphale et aggrave notablement le pronostic.
D. Nystagmus symptomatique de maladies de ïoreille. Pflùger {Deutsche Zeitschr. f. prakt. Med., 1878) a observé une malade affectée d'un écoulement purulent de l'oreille, chez laquelle un examen du conduit auditif externe fit découvrir l'existence d'un polype implanté sur la paroi supérieure de ce conduit, tout près de la membrane du tympan. Quand le polype venait en contact avec la sonde exploratrice, la malade était en proie à une forte angoisse avec sensation de vertige ; en même temps, les globes oculaires exécutaient des mouvements oscillatoires, dans le sens horizontal, rappelant le nyataginus.
Schwabach a signalé tout récemment [Deutsche Zeitschrift fur praktische Medicin, 1878, n''^ H et 38) des phénomènes analogues chez un homme de quarante et un ans, qui était affecté d'une suppuration du conduit auditif gauche, datant de l'enfance. Le mal s'étant aggravé, le patient s'adressa à Schwabach, qui constata, entre autres, une tuméfaction empâtée des régions suprà et rétro-auriculaires. Une pression, exercée à ce niveau, donnait lieu à l'écoulement d'une grande quantité de pus ; en même temps, le malade tombait dans un état vertigineux, et ses globes oculaires étaient agités de mouvements oscillatoires dans le sens horizontal et à gauche ; ces phénomènes cessaient par la compression de la région œdématiée.
Ces faits viennent à l'appui des résultats expérimentaux obtenus par Cyon (Comptes rendus de l'Académie de médecine de Paris. 1876, 1, p. 856) qui
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croit avoir démontré que, chez les lapins, il existe des relations physiologiques étroites entre l'appareil moteur de l'œil et le canal auditif. En excitant les canaux semi-circulaires, M. Cyon a pu développer des mouvements oscillatoires des globes oculaires, au nombre de 20 à 150 par minute.
2. Nv>TAGMLS MUSCULAIRE. Le systèmc des muscles moteurs de l'œil peut être affecté primitivement, de façon à donner naissance au nystagmus ; c'est tantôt une hypertonie d'un des muscles, dont la prédominance fonctionnelle convulsé en quelque sorte le muscle antagoniste, tantôt au contraire l'impotence, la faiblesse ou Y hypotonie d'un ou de plusieurs des muscles moteurs oculaires, impuissants à triompher des antagonistes normalement conformés- De là deux espèces de nystagmus musculaire, le nystagmus musculaire hypertonique et le nystagmus musculaire hypotonique.
A. Nystagmus musculaire hypertonique. Il est le résultat, soit du raccourcissement d'un seul des muscles droits internes, compliqué ou non d'une anomalie analogue du droit interne de l'autre œil, soit de la contracture de ces mêmes muscles. Dans ces cas, lorsque l'œil est dirigé dans le sens opposé à celui des muscles prédominants, et qu'il tente ainsi un effort dépassant la puissance des muscles qu'il fait entrer en action, ces muscles doivent s'y reprendre à plusieurs fois pour exécuter le travail entrepris ; il en résulte de l'incertitude, qui se traduit d'abord par des secousses et des saccades, puis une oscillation qui, primitivement passagère, huit par devenir continue. Ce genre de nystagmus se reconnaît à la cessation du balancement, quand le sujet regarde fixement dans la direction des muscles dont la puissance est en excès. Il se corrige, et se guérit même, par la simple section des muscles raccourcis ou convulsés, si cet état est essentiel et indépendant de toute autre anomalie.
Mais il est loin d'en être toujours ainsi. Le plus souvent — sinon toujours — le nystagmus ainsi produit est sous la dépendance d'une anomalie de la réfraction. Les travaux 'modernes ont montré le rôle que jouent ces anomalies dans la production du strabisme ; ils en ont montré également la concomitance presque constante avec le nystagmus musculaire essentiel ; de là le nystagmus myopique et le nystagmus hypermétropique , passibles de la même explication, reposant, on le sait, sur les nécessités de la convergence, et le nystagmus astigmatique, signalé par M. Javal (de Weckei'. Traite' des maladies desyeir, 1" éd. t. II, p. 843). Les cas de cette nature réclament les moyens correctifs de l'amétropie, seuls ou appuyés, s'ils sont insuffisants, des sections musculaires appropriées. Ces sections musculaires, d'abord recommandées pai' Boehm [Der Nystagmus und dessen Heilung. Berlin, 1858) pour tous les cas de nystagmus, n'ont pas tardé à tomber dans le discrédit, pour avoir été appliquées à contre- temps (Nakonz. Sur le nystagmus. In Archiv fur Ophthalmologie, t. V, 1, p. 1-56). Il faut évidemment savoir choisir les cas, et ne pas se priver, faute de ce choix, d'un moyen efficace.
B, Nystagmus musculaire hypotonique. Nous appelons ainsi le nystagmus ayant pour cause l'impotence, la faiblesse, ou l'hypotonie acquise d'un ou de plusieurs des muscles de l'œil, agissant dans une même direction, devenus ainsi impuissants à triompher de l'antagoniste normalement constitué. Ici, comme dans le cas de prédominance fonctionnelle (hypertonie), le résultat est le même, indiscipline musculaire résultant de la lutte inégale entre deux muscles antagonistes. Seulement, la distinction est importante à faire au point de vue du traitement ; dans le nystagmus hypertonique, il s'agit de rétablir l'équi-
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libre, en restreignant la puissance des muscles en excès (ténotomie, etc); dans rhypotonique, il faut, au contraire, chercher à renforcer le muscle affaibli (électricité, strychnine, etc.).
Le type du nystagraus hypotonique est l'état décrit sous le nom de nystagmus des mineurs. Cet état, très-intéressant, demande que nous nous y arrêtions.
Nystagmds des mineurs. Décondé (de Liège) est le premier qui en ait fait mention : « Nous avons observé deux fois, dit-il [Ann. d'Oculist., 1861, t. XLVI, p. 90), lenystagmus chez des bouilleurs, et nous avons des motifs de croire que les excès alcooliques y entraient, pour une part, comme cause occasionnelle, et l'anémie pour une autre. Des dérivatifs, l'exercice au grand air, la privation des spiritueux, l'usage de l'huile de foie de morue, les nervins à l'intérieur et à l'extérieur, sont parvenus à guérir entièrement l'un deux. » Paul Schrœter en a rapporté, dix ans plus tard, deux autres observations {Nystagmus chez les mineurs. In Kl inische Monatsblàtler fiir Augenheilkunde, 1871, p. 135) : Ces deux sujets, offrant le teint pâle, étiolé, particulier aux ouvriers travaillant aux mines, étaient atteints, bien qu'à des degrés fort différents, d'un nystagmus des deux yeux, présentant cette particularité que la vitesse et l'étendue des oscillations augmentaient beaucoup dans la soirée. Dans aucun de ces deux cas, les yeux ne présentaient la moindre altération, soit histologique, soit fonctionnelle. La vision, l'accommodation et les mouvements associés du bulbe étaient normaux. Chez le premier de ces malades, l'auteur eut recours, mais sans succès, à un courant d'induction, à l'application d'un vésicatoire, etc.; il réussit par l'administration de la noix vomique à faible dose. L'auteur se demande si la profession de mineur constitue une cause prédisposante pour le nystagmus, et si les gaz délétères que se dégagent des mines de houille ne peuvent pas donner lieu à une névrose, dépendant peut-être d'une intoxication lente.
Voici un autre cas de nystagmus chez un bouilleur, le nommé Prévost, jeune liomme âgé de vingt-deux ans et demi, et jouissant d'une excellente santé. Il a été rapporté par Noël {Annales d'Oculistique, 1874. t. LXXIl, p. 221). Le sujet a une myopie d'un quart (m. 1/4) et une acuité de vingt dixièmes (S = 20/10). Son champ visuel est conservé. Tension normale, slaphylôme postérieur étendu. L'arc de mobilité des yeux est très- grand dans tous les sens. Quand le sujet incline fortement la tète, puis qu'il la relève brusquement, les globes oculaires présentent , pendant trois ou quatre secondes, des mouvements rotatoires identiques à ceux du nystagmus rotatoire. Si, restant debout, le sujet porte les yeux fortement en haut, il survient un nystagmus oscillatoire horizontal, persistant aussi longtemps que les yeux restent dirigés en haut. Les sensations du malade répondent à ces deux mouvements. Dans le premier cas, les objets lui paraissent animés d'un mouvement circulaire; dans le second, d'un simple déplacement latéral. Quand le sujet incline la tête quelques instants et se relève, les paupières fermées, la supérieure présente des mouvements cloniques pendant quelques secondes, sans cependant que les paupières se séparent. — Les mouvements cloniques paraissent dus au releveur de la paupière supérieure. — Obligé par sa profession de mineur de se courber fréquemment, Prévost se trouve considérablement gêné par ce nystagmus. Ce qui, outre le mode de production, indiquerait que l'affection a une origine cérébrale, c'est que le jeune homme présente, à ce qu'il assure, des mouvements cloniques semblables, dans les membres supérieurs, quand il est resté courbé pendant longtemps.
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Nieden a publié, la même année {Berliner klinische Wochenschrift, 1874, 23 novembre, n" 49), cinq cas de la même espèce, et Mooren deux (Ophthalm. Miltheil. Berlin, 1874). De son côté, Alfred Grael'e en a rapporté {Handbiich der gesanimten Aiigenheilkunde, t. VI, I« partie) trois observations, recueillies l'une en 1875, les deux autres en 1875, dont la symptomalologie concorde avec les faits de Schroeter et de Nieden. Enfin, Ravaud {loc. cit., p. 53), en fait l'objet d'un chapitre spécial sous ce titre : Nystagmiis professionnel, nystagmus des mineurs, et le résume comme suit :
1° Il est professionnel ;
2° Il n'apparaît qu'à un âge déjà avancé, chez des ouvriers travaillant dans les galeries depuis un temps plus ou moins long ;
5" L'obscurité, le passage d'un lieu sombre à la grande lumière sont des conditions favorables à l'apparition du nystagmus,
4° Il se montre par accès ; il est périodique ;
5° Les sensations vertigineuses existent d'ordinaire, et tiennent à ce que, pendant l'accès, les objets paraissent eux-mêmes animés de mouvements rhythmés.
Ajoutons que, dans son article Nystagmus, M. Abadie {Traité des maladies des yeux, t. II. p. 455, 1877), recherchant la véritable cause du nystagmus chez les mineurs, dans les conditions spéciales où ces ouvriers se trouvent placés, entrevoit déjà la genèse véritable que M. Dransart, un peu plus tard, établira définitivement. M. Abadie s'exprime ainsi : « Il faut surtout tenir compte de ce fait, que les mineurs sont obligés de travailler dans un lieu mal éclairé et dans des positions fort pénibles, à genoux ou à moitié couchés sur le dos, et le regard presque toujours dirigé en haut, vers la voûte de la galerie qu'ils attaquent. Pour Irapper sûrement le roc, ils sont obligés de fixer le regard attentivement, ce qui, avec l'éclairage insuffisant et la position défavorable des globes oculaires, les oblige à faire des efforts considérables d'accommodation. Ce sont probablement ces deux causes réunies qui troublent profondément à la longue le jeu régulier des muscles de l'oeil. » Alfred Graefe {loc. cit.) avait déjà cru également que la position spéciale que prennent les mineurs devait avoir une certaine importance sur le développement de la maladie, mais il a abandonné cette idée. M. Dransart (de Somain), que sa qualité de médecin-adjoint des mines d'Anzin a mis dans une situation favorable pour l'étude de cette affection, a récemment fixé ce point de doctrine {Du nystagmus des mineurs, in Annales d'Ocu lis tique, t. LXXYIII, p. 109, 1877), en établissant qu'Alfred Graefe était dans le vrai.
Dans ce travail, l'auteur se rattache à démontrer que le nystagmus, chez les mineurs, résulte d'une myopathie de la paire des élévateurs (droit supérieur, petit oblique et droit interne), état lié plus ou moins intimement à l'anémie et à la parésie de l'accommodation. Le balancement se fait le long du diamètre horizontal et aussi du diamètre vertical ; le plus souvent, les deux espèces d'oseillations ont lieu dans le même temps, de sorte que l'œil subit comme un véritable mouvement de circumduction. Le sens peut en être précisé par les déplacements que subit une lumière placée devant les yeux. Chez quelques-uns, la lumière oscille suivant une ligne horizontale, chez d'autres suivant une ligne verticale ; chez certains, les deux genres d'oscillations se succèdent alternativement. Quelquefois la lumière, dans ses déplacements, trace une véritable circonférence; d'autres fois c'est une ellipse à axe, tantôt vertical, tantôt horizontal.
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Le plus souvent, les deux yeux donnent la même figure, ce dont on peut s'assurer en produisant de la diplopie par les prismes. Quelquefois cependant, le malade voit deux figures différentes, tracées par la lumière, dont les mouvements suivent ceux des globes oculaires. Ainsi, Alf. Graefe {loc. cit.) signale un cas où l'ellipse était verticale à gauclie et horizontale à droite. Dans un cas {Obs. VI du mémoire de M. Dransart), l'œil gauche se mouvait circulairement, tandis que le droit traçait des oscillations simplement verticales ; dans un autre {Obs. VII), l'œil gauche donnait une ellipse et l'œil droit un cercle, etc., etc. Dans les cas où }e malade voyait deux figures tracées par la lumière, les oscillations de l'un des yeux étaient toujours moins étendues que celles de son congénère. Dans tous, M. Dransart a constaté l'isochronisme dans les oscillations des deux globes. Dans l'un de ses cas {Obs. VI), les oscillations de l'œil droit finirent par être si peu étendues qu'elles ne paraissaient qu'à peine, alors que celles de son congénère étaient encore très-fortes; même dans ce cas, l'isochronisme des oscillations était très-net.
Nous empruntons à l'excellent travail de M. Dransart toutes les données qui vont suivre sur le nystagmus des mineurs.
1. Symptomatologie. Dans le nystagmus des mineurs, quand le malade est au repos, les yeux fixés au-dessous du plan horizontal, rien ne paraît, les yeux semblent dans les conditions normales. Le nystagmus ne se produit que lorsque la ligne dn regard est dirigée au-dessus du plan horizontal. 11 consiste dans un mouvement de va-et-vient de la cornée, le long du diamètre vertical; il en résulte deux genres d'oscillations, qui se combinent et alternent parfois chez le même sujet. Pendant leur durée, la vue est troublée, tous les objets qui se trouvent devant les yeux tournent et se meuvent dans le sens des oscillations. Le nombre des oscillation? varie suivant les sujets ; quelques-uns en ont tout au plus cinquante par minute; chez d'autres, on en compte jusqu'à cent quarante. Elles varient également en nombre chez le même sujet. Au dire des malades, c'est durant le travail à la veine qu'elles sont le plus rapides et le plus nombreuses. On peut déterminer une augmentation dans leur nombre, en faisant faire aux malades le simulacre du travail à la veine. Quand l'affection diminue, ce nombre a paru suivre la même marche. Des observations plus multipliées permettront sans doute, plus tard, d'être plus affirmatif dans un sens ou dans l'autre.
La direction des globes oculaires au-dessus du plan horizontal, c'est-à-dire l'entrée en action du groupe élévateur des muscles de l'œil, est la cause efficiente des oscillations. Toutes les autres causes cessent d'agir, complètement ou à peu près, dès que cette condition du regard n'est pas réalisée. Au début, quand le malade dirige son regard au-dessus du plan horizontal des deux yeux, les oscillations nystagmiques se montrent immédiatement; plus tard, quand l'affection s'améliore, le regard au-dessus du plan horizontal n'est suivi qu'après un certain temps des oscillations nystagmiques ; plus ce laps de temps se prolonge, plus l'affection semble toucher à son terme, en vertu du relèvement de la puissance du groupe élévateur. Dans le nystagmus des mineurs, c'est ce groupe de muscles qui est particulièrement atteint; la direction des images, que l'on constate quand la diplopie croisée se manifeste, indique clairement, dans certains cas, que le droit supéi ieur éprouve une plus grande perte fonctionnelle que l'oblique inférieur. Le plus souvent, le déficit musculaire est égal dans les <livers muscles du groupe élévateur.
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Alf. Graefe, dans ses trois observations {loc. cit.), a constaté que les oscillations se remarquaient quand le patient regardait fixement un objet dirige' vers le haut. 11 signale surtout cette particularité dans sa seconde observation, et il ajoute à ce sujet : « Yoilà pourquoi le patient porte la tète rejetée un peu en arrière, autour de l'axe horizontal, de façon à avoir le plus d'objets possible dans la moitié inférieure du champ visuel. »
La marche, dans les galeries du fond, exagère à un haut degré les oscillations. Tous les objets dansent, la marche devient vacillante, difficile; le patient se bute contre tous les obstacles; il est étourdi, et avance tout à fait comme un homme ivre. On trouve facilement la raison de ce fait dans les conditions où la marche s'effectue dans les galeries des mines. Ces galeries étant peu élevées, l'ouvrier, en partie accroupi, avance, la tète baissée et penchée en avant, conditions excessivement fâcheuses pour le nystagmique ; en effet, plus les yeux doivent se diriger vers le haut, plus ils doivent mettre à contribution le groupe élévateur des globes. Or, dit M. Dransart, c'est l'entrée en action de ce groupe qui est la cause efficiente du nystagmus.
Le travail à la veine met immédiatement enjeu les oscillations oculaires : au bout de peu de temps, la vue est complètement brouillée ; le mineur frappe encore de son instrument, mais sans bien voir; ce ne sont plus les yeux qui le dirigent, c'est l'habitude; s'il persiste, il survient des maux de tête sous forme de barre frontale. Enfin, le mineur n'y voyant plus, s'arrête, et, pour se reposer, dirige le regard en bas ; la vue alors ne tarde pas à revenir, et il reprend son travail, mais pour voir se reproduire bientôt les mêmes symptômes. 11 s'arrête encore, et ainsi de suite jusqu'à la fin de sa journée ou de ce qu'on appelle son poste.
Il suffit d'avoir visité une seule fois les mineurs dans leur travail pour se rendre compte de la mise en jeu facile du nystagmus dans le travail à la veine. Les veines, quelquefois, n'ont pas plus de 60 centimètres de hauteur. Dans ces conditions, le mineur, presque couché, travaille continuellement avec la ligne du regard dirigée au-dessus du plan horizontal. Le groupe des élévateurs (petit oblique et droit supérieur) est ainsi constamment en action, et pour ainsi dire surmené, ce qui altère probablement les fibres de ces nmscles et rend ceux-ci relativement impotents. Le travail à la veine non-seulement contribue ainsi à mettre en jeu le nystagmus, mais est pour ainsi dire la cause qui l'engendre.
Les mouvements du corps augmentent le nystagmus et suffisent pour mettre en train les oscillations. Chez quelques sujets, la simple rotation de la tête suffit à le produire, mais il s'arrête immédiatement si les yeux ne sont pas dirigés au-dessus du plan horizontal. Chez quelques malades en voie de guérison, dont les oscillations ne se manifestent que difficilement, même quand ils dirigent le regard au-dessus du plan horizontal, on appelle l'accès nystagmique en leur faisant laire des mouvements de tout le corps, et surtout en leur faisant renouveler plusieurs fois de suite l'action de se baisser et de se relever.
L'action de la lumière, l'obscurité, de même qu'une lumière trop forte, met tenten train l'accès nystagmique. Certains malades ne peuvent reproduire l'accès qu'en se mettant dans un lieu obscur. Durand l'accès, quand on fait regarder fixement une lumière, les oscillations augmentent d'intensité. Quand les nystagmiques entrent le soir dans un lieu éclairé, l'accès se produit immédiatement : tout tourne, et ils ne peuvent reconnaître personne avant qu'il se soit
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passé une ou deux minutes, et que, par le repos et le regard en bas, les yeux aient ces.sé de danser. Beaucoup de malades ont un très-fort accès quand ils arrivent à la lumière après avoir terminé leur journée ; le malade faisant l'objet de YObs. VllI, dont le nystagmus pourrait s'appeler latent {Dransart), affirmait que c'est à ce moment que les oscillations, chez lui, étaient le plus manifestes. En aucune autre circonstance, il n'a été possible de constater, chez ce sujet, les oscillations nystagmiques, bien qu'il en ressentît tous les effets.
M. Dransart a remarqué une très-grande connexilé entra l'état général et l'accès nystagmique. Quand le malade a le moindre embarras gastriijue, la moindre affection, une angine par exemple, une bronchite légère, aussitôt survient une augmentation des troubles de la vue, par suite de la plus grande intensité des accès nystagmiques.
A la suite des excès de boissons, le nystagmus augmente d'intensité. Chose curieuse : les malades affirment tous que, le jour même de leurs excès de boissons (en général le mineur use assez largement de la bière), l'affection nystagmique est moins sensible : la vue est ferme, les yeux dansent moins, les muscles semblent avoir repris du ton. Quelque chose d'analogue s'obierve dans le tremblement alcoolique.
L'iiabitus extérieur n'a rien de caractéristique, quand les yeux sont au repos ; il ne le devient que lorsque ces derniers ont pris la position propre à produire les mouvements rapides des globes. La marclie des malades a quelque chose de particulier : le nystagmique, en marchant, porte la tête renversée en arrière. Il marche généralement en regardant le sol. On a vu, plus haut, que le regard au-dessus du plan horizontal produit le nystagmus, tandis qu'au-dessous de ce plan, il repose les yeux et arrête les mouvements, ce qui explique l'attitude du mineur nystagmique. Dans la généralité des cas observés, les malades étaient anémiques et avaient le cachet de l'affection générale dont ils étaient atteints.
M. Dransart a rencontré, chez tous sans exception, un bruit de souflle dans les vaisseaux du cou : ce bruit de souffle s'est montré généralement en rapport avec l'intensité du nystagmus : fort, au début de l'affection, il diminuait à mesure que le nystagmus devenait moins marqué, et disparaissait complètement quand l'affection touchait à son terme. Des points de côté, des troubles digestifs, de la perte de l'appétit, des renvois, des sueurs faciles, des maux de tête, de la diminution des forces, des palpitations — ensemble de symptômes dénotant une déchéance générale — ont été remarqués à des degrés divers. Il a constaté également de la façon la plus péremptoire, une relation intime entre l'état général et l'affection de muscles de l'œil, quand la santé générale s'affaiblissait : sous l'influence d'un embarras gastrique ou d'une bronchite, par exemple, les malades ont toujours ressenti une aggravation du nystagmus. Ce dernier diminuait quand l'état général s'améliorait.
Les nystagmiques se plaignent tous de maux de tête, surtout durant le travail ; ils consistent surtout dans une barre frontale accompagnée d'une sensation de gonflement et de brûlure aux deux yeux, et ressemblent à ceux de l'asthénopie musculaire due à l'hypermétropie ou à l'insuffisance du droit interne. Ils persistent également quelque temps après la cessation du travail.
Dans un certain nombre de cas, une fois sur trois, l'auteur a observé de la diplopie. Les images étaient croisées, et leurs extrémités supérieures s'éloignaient l'une de l'autre, tandis que leurs extrémités inférieures se rapprochaient. Les images n'étaient distantes que de 1 à 3 centimètres. Dans les cas où
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cette diplopie existait, l'un des yeux avait des oscillations moins e'tendues que son congénère. La diplopie, en outre, ne se présentait qu'autant qu'on dirigeait l'objet lumineux au-dessus du plan horizontal ; ce dernier signe, joint à l'entrecroisement des images et à la direction de ces dernières, prouve qu'il y avait, dans ces cas, un déficit de force musculaire dans le muscle droit supérieur, dont la paralysie développe tous les symptômes précités.
Dans un seul cas, l'on a trouvé de la diplopie croisée, même quand l'objet était situé au niveau du plan horizontal ; le malade était myope (0. D. M. 3 dioptries 0. G. M. 2 d.). 11 y avait strabisme divergent de l'œil droit par insuffisance du droit interne. Alf. Graefe, dans ses observations, a signalé l'insuffisance simple des droits internes dans deux cas,
M. Dransart a examiné tous ses malades à ce point de vue, et constaté, chez tous, au moyen des prismes, une insuffisance qui variait avec chaque cas ; quelques malades ne pouvaient surmonter la diplopie croisée produite par des prismes de 5", à base externe. Chez quelques-uns, la puissance des droits internes a augmenté dans le cours de la maladie. Il y avait donc relation évidente entre la marche de l'affection et le degré de déficit constaté dans les muscles droits internes.
L'accommodation est intéressée dans le nystagmus des mineurs; elle est toujours en déficit de quelques degrés et quelquefois de la moitié de sa puissance. Ce trouble contribue à augmenter les désordres musculaires. On sait le rapport qu'il y a entre la convergence et l'accommodation, ou, autrement dit, entre le muscle ciliaire et le droit interne. Or, le muscle ciliaire étant en déficit, le droit interne cherche à exciter l'action du muscle de l'accommodation par une convergence plus grande. Il y a une excitation nerveuse correspondante à cet effort; seulement, cette excitation ne rencontrant plus des organes à l'état normal, il y a un défaut d'équilibre qui se produit d'autant plus facilement. Aussi voit-on le nystagmus augmenter, quand le malade veut regarder fixement un objet situé à courte distance. Du reste, on a vu, précédemment, que le muscle de la convergence est lui-même en déficit : les droits internes ne peuvent plus surmonter que des prismes de 6 à 8, 10, 14 degrés.
En ce qui concerne le degré de l'accommodation, on peut dire que, plus sa puissance augmente, plus aussi l'affection s'améliore, et plus facilement les muscles arrivent à tenir l'œil en équilibre.
En général, les mineurs atteints de nystagmus, observés par M. Dransart, étaient emmétropes; quelques-uns présentaient une myopie légère. Un mineur nystagmique des mines de BuUy-Montigny s'est présenté avec une myopie assez prononcée et une insuffisance très-grande des droits internes, laquelle, dans l'œil le plus myope, se traduisait par une divergence très-marquée et par de la diplopie. Un traitement tonique et deux séances d'électricité à courants ont suffi pour faire disparaître la diplopie et la divergence, en même temps que le nystagmus s'améliorait très-sensiblement. Les troubles de la réfraction ne paraissaient donc jouer aucun rôle dans le nystagmus des mineurs.
Examen ophthahnoscoplque. Quand les yeux se balancent, la vision est excessivement troublée, le malade ne peut reconnaître personne. En dehors de l'accès nystagmique, l'acuité est légèrement endommagée; dans la plupart des cas, <;ette diminution est considérable. En général, le déficit égale 1/3, quelquefois 1/2; il diminue à mesure que l'affection s'améliore; à la fin, l'acuité visuelle récupère toute son intégrité. Dans quelques cas, l'acuité visuelle est
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•entière en dehors des accès; seulement les symptômes de l'asthénopie musculaire sont alors faciles à se produire; la lecture est pénible et ne peut se prolonger longtemps sans occasionner un trouble de la vision, si prononcé que le malade vient à ne plus pouvoir rien déchiffrer.
On conçoit facilement, quand l'affection dure de longues années, qu'à cette hehetudo visus, momentanée et fugace, succède une torpeur rétinienne assez persistante pour faire croire à des lésions graves du fond de l'œil ; la marche heureuse de l'affection et l'examen ophthalmoscopique viendront vite dissiper cette erreur. L'ophthalmoscope ne décèle aucune lésion ; les milieux et les membranes sont toujours à l'état normal. L'examen ophthalmoscopique produit presque toujours l'accès nystagmique; on voit alors la papille agitée de droite à gauche et de haut en bas. Les mouvements que l'on observe à la partie antérieure du globe oculaire sont reproduits ici en sens inverse.
II. Formes de Vaffection. Marche. Pronostic. Diagnostic. L'affeclion se présente en général sous le même type. 11 n'y a à signaler de variétés qu'au sujet de l'accès nystagmique. Dans la catégorie la plus fréquente, les oscillations sont égales des deux côtés ; dans certains cas, elles sont fortes dans un œil et faibles dans l'autre ; c'est alors surtout qu'il y a de la diplopie.
Dans un cas {Obs. Vlll, Dransart), le malade éprouvait tous les troubles du nystagmus, sans qu'on put saisir chez lui de visu les oscillations caractéristiques. On aurait pu, dès lors, être tenté de considérer ce cas comme un cas de nystagmus latent, mais le malade affirmait que ses chefs avaient vu danser ses yeux quand il arrivait au jour. Ce qu'il y a de curieux dans ce fait, c'est que le regard au-dessus du plan horizontal donnait au malade la sensation de l'accès nystagmique. 11 affirmait qu'alors ses yeux dansaient; il voyait tourner la lumière qu'on lui présentait, et cependant il était impossible de voir les oscillations nystagmiques. Le nystagmus, chez cet homme, n'était donc pas objectif, mais subjectif.
Le nystagmus des mineurs a une marche lente, progressive, à moins que le malade ne cesse de travailler à la veine. L'affection peut durer de cinq à six ans et même davantage.
A la longue, la vue est brouillée, mais la vision n'est pas en danger. Le malade arrive toujours à guérir complètement, mais lentement. 11 faut cependant faire des réserves pour les cas où l'affection se prolonge davantage. Dans un cas (Obs. I, Dransart), une torpeur rétinienne si intense se manifesta que le sujet devint incapable de se livrer à aucun travail. Ces troubles rétiniens du nystagmus peuvent se comparer à ceux de l'œil strabique. Quand le strabisme existe depuis longtemps, l'œil dévie et perd définitivement ses fonctions; et <;ependant il n'y a aucune lésion du fond de l'œil, aucune altération explicable. •Quand le strabisme est corrigé à temps, l'œil dévié, chez qui existe une certaine torpeur rétinienne, ne tarde pas à reprendre ses fonctions. Il en est de même du nystagmus, quand un traitement rationnel vient combattre cette affection. Il est probable que, si le mineur gardait indéfiniment le nystagmus, la torpeur rétinienne qui résulterait de ce trouble fonctionnel des yeux pourrait aboutir à des troubles définitifs de la vue.
Le diagnostic est toujours facile, quand on est sur ses gardes : il suffit de produire l'accès nystagmique en faisant diriger le regard en haut. Dans certains cas, il existe une torpeur rétinienne qui peut en imposer pour une affection de la rétine ou du nerf optique. Mais la condition du malade, l'examen ophthal-
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mologique, et la marche heureuse de Taffection mettent facilement sur la voie.
III. Étiologie. Le nystagmus, chez les mineurs qui ont été observés par M. Dransart, s'est montré chez des sujets âgés de vingt à cinquante-quatre ans. Les 5 cas relatés par Alf. Graefe rentrent dans ces limites d'âge.
Les ouvriers travaillant à la veine sont presque les seuls qui en aient été atteints. Un seul, parmi les treize dont notre auteur relate l'observation, faisait exception à cette règle, Bressy. Les hiercheurs, les galibots et les autres ouvriers du fond semblent jusqu'ici exempts de cette affection. La constatation de ce fait a son importance pour expliquer la production du nystagmus chez les mineurs.
Les ouvriers à la veine étant presque les seuls atteints, il faut donc rechercher, en dehors des conditions communes à tous les ouvriers du fond, la principale cause de l'affection. Or cest la position que les ouvriers à la veine sont obligés de prendre en travaillant qui donnera la clef de son étiologie. En effet, l'ouvrier à la veine, dans sa position de travail, est très-souvent obligé d'avoir la ligne de regard dirigée au-dessus du plan horizontal des deux yeux. Les raccommodeurs, se trouvant quelquefois dans le même cas, ont également fourni leur contingent proportionnel.
Ce fuit est un argument très-important à la décharge des milieux des mines, de l'air et de l'obscurité. Si ces deux dernières conditions influent, ce n'est que bien secondairement, car, si leur importance était capitale, la plupart des ouvriei's du fond seraient sujets au nystagmus. L'air et l'obscurité agissent dans une certaine mesure, mais comme adjuvants, comme éléments antihygiéniques.
Dans la division d'Abscon, qui appartient aux mines d'Anzin, M. Dransart a rencontré quatre cas de nystagmus sur 900 ouvriers travaillant à la veine. Dans cette division, les gisements de charbon sont généralement inclinés. Dans une division voisine, celle d'Hérin, où les gisements sont généralement droits, il n'a pas observé de mineurs nystagmiques.
IV. Pathogénie. Ce qui ressort des observations, c'est l'existence des trois facteurs suivants :
\° L'impotence fonctionnelle de certains muscles, qui va quelquefois jusqu'à la paralysie;
2° La parésie de l'accommodation ;
3° L'anémie.
C'est à ces trois facteurs qu'il faut demander compte du nystagmus chez les mineurs. En en abordant de plus près la genèse, il y aura à examiner l'influence que peuvent exercer les milieux (l'air et l'obscurité), ainsi que les conditions dans lesquelles se fait l'action du mineur.
Alf. Graefe, en recherchant les causes qui contribuent à engendrer le nystagmus chez les mineurs, rejette l'influence de l'air des mines. Cet air, dit-il, est pauvre en oxygènent; riche en acide carbonique. En outre, il est chargé d'une multitude de molécules de charbon. A son avis, ces conditions, qui rendent compte d'autres affections, ne suffisent pas pour expliquer la genèse du nystagmus. « Nous partageons d'autant plus cette manière de voir, dit M. Dransart, que, dans notre pays, aux mines d'Anzin et à celles d'Aniche, les conditions de ventilation font constamment communi(|uer l'air de toutes les galeries avec l'atmosphère extérieur ; aussi l'oxygène y est-il sans cesse renouvelé. En outre, dans les travaux neufs, à mesure qu'on creuse pour trouver une veine de charbon, on travaille en même temps de façon à poser une voie d'air propre à assurer l'aliment de la respiration au mineur qui fouille les entrailles de la terre.
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« Naguère encore, quand les conditions de bonne aération faisaient défaut, l'anémie par vicialion de l'air chez les mineurs était fréquente; mais aujourd'hui, l'on peut dire que l'anémie essentielle a presque disparu du cadre des affections qui leur sont propres ; l'air du fona est de meilleure qualité, et les ouvriers se nourrissent mieux .
« Nous avons examiné, au point de vue de l'anémie, une centaine démineurs pris indistinctement, et nous n'avons trouvé que chez trois sujets du souffle dans les vaisseaux du cou. Or, cette proportion se rencontrerait dans bien des classes d'ouvriers travaillant au jour.
« Les médecins des mines, mes collègues, ordonnent encore bien souvent du fer, mais ce fer, neuf fois sur dix, est destiné aux femmes et aux jeunes lilles. Mon collègue et ami, le docteur Copin, médecin divisionnaire de la Compagnie des mines d'Ânzin, n'a plus, dans ses rapports, à signaler l'anémie comme affection propre aux mineurs. Notre excellent confrère, le docteur Lequette, médecin des mines de Lens et Béthune, nous affirmait, il y a peu de jours, qu'il ne la rencontrait presque "^plus. Prié par le professeur Hayem de lui fournir du sang de mineurs atteints d'anémie essentielle, M. Lequette n'a pu s'en procurer ; il a bien rencontré quelques sujets anémiques, mais ils étaient âgés et malades d'ailleurs. Ainsi, si l'anémie chez les mineurs existe encore, les cas en sont si peu nombreux qu'on ne peut plus considérer cette affection comme une maladie professionnelle.
« Comme nous l'avons vu dans nos observations, tous nos sujets étaient anémiques. L'anémie doit donc jouer un certain rôle dans la production du nystagmus : si elle n'en est pas la cause efficiente, elle permet à cette dernière d'agir plus facilement ; les 'muscles en particulier sont plus ou moins à l'état de parésie. »
Selon Âlf. Graefe, l'obscurité joue un rôle important dans le développement du nystagmus, parce qu'elle rend plus pénibles l'action de voir et l'action de fixer le regard. L'obscurité en elle-même n'occasionne pas les troubles du mouvement; c'est plutôt, d'après cet auteur, l'effort permanent ou constant que l'on fait pour distinguer clairement les objets placés dans l'obscurité. Le même auteur reconnaît, plus loin, que les occupations dans l'obcurilé ne suffisent pas à entrendrer le nystagmus. L'obscurité, le défaut de lumière comme l'excès de lumière, joue néanmoins un certain rôle; ainsi M. Dransart a vu, et Alf. Graefe l'a sio^nalé aussi, que certains sujets ne pouvaient reproduire leurs accès nystagmiques qu'en se mettant dans un endroit obscur; il a vu également que l'accès nystagmique se manifeste quand [le malade quitte un endroit obscur pour entrer dans un endroit plus éclairé, par exemple quand le patient pénètre, le soir, de la rue dans un cabaret, ou quand il arrive du fond au jour, après avoir terminé son travail. Si la transition d'un endroit obscur dans un lieu plus éclairé influe sur le nystagmus, la transition inverse produit le même effet. La plupart des malades souffrent davantage quand ils vont prendre le travail en plein midi. Aussi demandent-ils tous à commencer leur journée le matin de bonne heure ou vers le soir; de cette façon, la transition est moins brusque. Quoi qu'il en soit, le rôle de l'obscurité dans le nystagmus n'est jamais que secondaire.
Alf. Graefe raconte qu'il a été porté à accorder une influence pathogénique à la position que pi'ennent les mineurs dans leurs occupations. « Ces derniers, dit-il, travaillent fréquemment dans une position du corps penchée, accroupie
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ou à genoux, avec une direction visuelle très-élevée, et par conséquent peu avantageuse ; le ferme maintien de cette direction visuelle peut produire une surexcitation ou un relâchement de l'appareil nerveux des mouvements oculaires. « Cependant, ajoute l'auteur, il faut renoncera une pareille explication pour plusieurs ouvriers mineurs atteints de nystagmus, parce que ces derniers n'ont jamais travaillé dans des conditions si pénibles.» Pour M. Dransart, toutes ses observations l'autorisent à attacher une grande importance pathogénique , dans le nystagmus, à la position des mineurs durant le travail à la veine. Il trouve que la paire des muscles élévateurs est surmenée par un travail excessif, et a volontiers recours ici à la myopathie qu'invoquait Boehm, pour expliquer le nystagmus en général.
Cette myopathie aurait son siège particulièrement dans les muscles droit supérieur et oblique inférieur ; seulement elle entraînerait une faiblesse de ces organes. La paire des élévateurs ayant une faiblesse acquise ne peut l'emporter sur son antagoniste par un seul effort ; il faut qu'elle s'y reprenne à plusieurs fois, au moyen d'une série de petites contractions successives et rapides. Elle produit alors le nystagmus, ou plutôt donne lieu à des oscillations verticales. Pour expliquer les oscillations horizontales qui se remarquent dans le nystagmus des mineurs, il faut recourir à la parésie du droit interne et de l'accommodation.
L'impotence du droit interne pourrait suffire, à la rigueur, pour expliquer les oscillations horizontales ; elles se feraient par le mécanisme précité pour les verticales. Seulement, l'accommodation contribue à augmenter les désordres musculaires, en vertu des rapports qui existent entre la convergence et l'accommodation, ou, autrement dit, entre le muscle ciliaire et le droit interne.
On comprend facilement le rôle que joue l'anémie dans une pareille affection : en amenant une diminution de ton dans tous les organes et en particulier dans le système musculaire, elle prépare le terrain qui rendra plus facile l'effet de la cause efficiente (position élevée du regard).
Aussi, après ces considérations, M. Dransart se croit-il en droit de définir le nystagmus des mineurs de la façon suivante :
Le nystagmus des mineurs est une myopathie de la paire des élévateurs et du droit interne, intimement liée à T anémie et à la parésie de l accommodation. V. Traitement. Le traitement doit être basé sur les données qui précèdent (Dransart) :
1" Il faut combattre l'état général, l'anémie, par les ferrugineux et le quinquina ;
2" Il faut tonifier les fibres des muscles dont l'action est en déficit. La strychnine et l'électricité remplissent cette indication. L'hydrothérapie, sous forme de douches générales et oculaires, peut également rendre des services. On donne la strychnine en pilules, et l'on fait faire, sur le front et les tempes, des badigeonnages avec la teinture d'iode strychninée :