‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.66Chapitre 20 sur 47 · ŒIL ( A K A I 0 M 1 E · texte numérisé non relu

ŒIL ( A K A I 0 M 1 E

en avant, où nous les reprendrons plus loin. Ils sont du reste très-visibles à l'inspection directe d'un œil ouvert; la tunique interne (nerveuse) est assez mince et transparente pour ne pas les voiler, et du reste elle se moule ellemême très-exactement sur la tunique vasculaire.

Au niveau de notre ligne festonnée, appelée ora serrata, la structure de la choroïde change notablement : les différentes couches choroïdiennes cessent d'être aussi bien distinctes, la couche des capillaires disparaît comme telle ; dans la membrane ainsi simplifiée, on ne trouve plus la disposition caractéristique des veines, et on n'y rencontre plus que quelques troncs artériels de calibre moyen, qui se dirigent en avant, vers le corps ciliaire, ou qui arrivent de cet endroit. Enfin, comme dernier changement important survenant ici, signalons les fibres musculaires lisses qui commencent à se montrer en une mince couche, située à la face externe de la choroïde, et qui s'épaissit davantage en avant, au niveau du corps ciliaire.

Disons dès à présent que la zone festonnée indiquée divise le globe oculaire en une partie postérieure, affectée aux processus nerveux qui se passent dans l'acte de la vision, et une antérieure, qui préside plus particulièrement aux phénomènes de la réfraction lumineuse. Les deux segments, comme nous le verrons plus loin, sont assez indépendants dans leur nutrition, et empruntent leurs vaisseaux sanguins à des sources différentes. Cette indépendance nutritive se reflète du reste dans les processus pathologiques, ces derniers pouvant rester plus ou moins localisés dans l'un des deux segments, sans empiéter sur l'autre. Le corps ciliaire, avons-nous dit, est un épaississement de Tuvée [voy. fig. 2). Nous venons de décrire les petites saillies méridionales qui prennent naissance à l'extrémité antérieure de la choroïde, et qui se prononcent davantage en avant. Plus en avant, certaines de ces saillies prennent un calibre prédominant, et constituent des lambeaux toujours très-réguliers, très-saillants, qui se développent encore davantage en avant, et deviennent proéminents vers l'intérieur du globe oculaire. A un certain niveau, tous retombent brusquement au niveau de la face postérieure de l'iris. La face interne du corps ciliaire est donc plissée très-i'égulièrement, les plis ayant une direction méridionale.

L'épaississement de l'uvée au niveau du corps ciliaire ne tient pas uniquement à la présence de ces lambeaux saillants. Xous avons vu plus haut au niveau de l'ora serrata apparaîtte à la face externe de la tunique vasculaire une couche de fibres musculaires lisses. Or, la couche musculeuse , dont les éléments ont une direction méridionale, devient très-puissante en avant, et près de la limite antérieure du corps ciliaire il vient s'y joindre à la face interne un anneau de fibres musculaires dirigées circulairement, dans le sens de l'équateur du bulbe oculaire. Le petit muscle a reçu dans son ensemble le nom de muscle ciliaire, et les proéminences situées plus en dedans sont les procès ciliaires, les deux ensemble constituant le corps ciliaire.

Le muscle ciliaire, à l'opposé des procès ciliaires, est très-peu ou point pigmenté : aussi se fait-il remarquer, sur une coupe transversale analogue à celle de la figure 2, par son aspect grisâtre. Quand on détache l'uvée de la sclérotique, sa face externe est très-peu pigmentée au niveau du muscle ; les anciens avaient remarqué cette particularité, longtemps avant la découverte des fibres musculaires lisses par le microscope, et avaient décrit le muscle sous le nom de « ligament ciliaire. » Cette désignation lui est venue de ce que, en avant, les fibres musculaires s'insèrent sur une lame fibreuse, une espèce de

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tendon qui à son tour s'insère sur la sclérotique, à sa réunion avec la cornée transparente. Cette insertion constitue l'adhérence plus forte, signalée plus haut, entre l'uvée et la tunique fibreuse. Le tendon du muscle ciliaire se présente sur une coupe transversale comme une lamelle de tissu homogène, fendillée longitudinalement , très-résistante, qui passe en dedans du canal de Schlemm, et se perd dans la péiùphérie des lamelles cornéennes postérieures. Il sépare donc le ligament pectine de l'iris et le canal de Schlemm, et contribue à former la paroi interne de ce dernier. Son adhérence avec les lamelles cornéennes postérieures est tellement forte, que, si on arrache la tunique vasculaire de la tunique fibreuse, des portions plus ou moins grandes des lamelles cornéennes postérieures suivent le ligament. Chez l'embryon, on a trouvé que les plans cornéens postérieurs sont la continuation directe du corps ciliaire, tandis que la plus grande masse de la substance propre de la cornée est la continuation directe de la sclérotique ; les vaisseaux du corps ciliaire se prolongent dans les plans cornéens postérieurs. Dans la vie embryonnaire donc, les plans cornéens postérieurs ont des rapports nutritifs très-intimes avec le corps ciliaire. Or, ces rapports persistent dans une assez forte mesure pendant la vie extra-utérine : témoin l'adhérence si intime du tendon du muscle ciliaire avec la cornée, témoin encore les troubles nutritifs si caractéristiques des plans cornéens postérieurs qui surviennent dans les inflammations du corps ciliaire.

Le tissu propre des procès ciliaires est pigmenté, d'où leur couleur noirâtre, même sur une mince coupe transversale. Du reste, les procès sont à proprement parler la continuation delà choroïde, le muscle étant un élément nouveau qui est venu s'ajouter à la face externe. Les procès sont formés dans leur plus grande masse, comme la choroïde, de nombreux vaisseaux sanguins ramifiés jusqu'à production de capillaires, et reliés par un peu de tissu conjonclif à cellules pigmentées. Quand ces vaisseaux sont remplis de sang, les procès sont fortement gonflés, et nullement comparables à ce qu'on trouve sur une préparation anatomique. On n'oubliera pas que les procès ciliaires sont des saillies, et qu'entre deux saillies est un sillon très-profond. Il en résulte que, sur une coupe méridionale qui tomberait au fond d'un sillon, le corps ciliaire n'offrirait pas l'épaisseur de la figure 2, par exemple ; cette épaisseur serait fournie pai" celle du muscle ciliaire, doublée d'une mince couche de tissu analogue à celui des procès.

Dans une préparation qui montre les procès ciliaires débarrassés de tout ce f[ui en masque la face interne, le plissement devient très -manifeste, parce qu'au sommet de la proéminence ciliaire la pigmentation est moins intense que dans le sillon. A l'aide de la loupe, on constatera de plus que les peUtes saillies méridionales qui commencent à l'ora serrata n'entrent pas toutes dans les procès ciliaires, et qu'au fond de chaque sillon on en découvre encore quelques-unes.

Le nombre des procès ciliaires, chose curieuse, est très-constant : chez riiomme, on en compte 70, très-rarement un de plus ou de moins.

Quelques mots encore sur l'espace suprachoroïdien, la fente située entre la choroïde et la sclérotique, et dont la signification réelle a été mise au jour par Schwalbe. Suivant Axel Key et Retzius, cet espace est subdivisé en un certain nombre de fentes par de minces lamelles parallèles à la choroïde, les subdivisions de l'espace communiquant ensemble, comme elles communiquent avec la fente de la capsule de Tenon par des canaux qui entourent les veines vortici-

neuses à leur passage à travers la sclérotique. Quand on détache la choroïde de la sclérotique, les lamelles en question se déchirent, et en se déformant elles constituent les trabécules qui donnent l'aspect déchiqueté aux parois de l'espace suprachoroïdien. Quant à l'étendue de l'espace suprachoroïdien, une injection passe en avant jusque contre le tendon du muscle ciliaire, inséré sur la sclérotique; en arrière, l'injection pénètre jusqu'à une petite distance du nerf optique, épargnant la petite zone dans laquelle les nerfs et les artères ciliaires postérieures pénètrent dans l'œil, et où. la choroïde adhère plus fortement à la sclérotique. Nous verrons plus loin que l'espace suprachoroïdien fait probablement partie du système lymphatipe de l'oeil, et que dans tous les cas son existence rend possible le glissement de la choroïde à la surface interne de la sclérotique, glissement qui est dû aux contractions du muscle ciliaire.

Nous n'avons pas décrit comme partie constituante de la choroïde la couche de cellules polygonales pigmentées à sa face interne, parce que ces cellules font partie de la tunique interne, nerveuse.

La présence du corps ciliaire a valu le nom de région ciliaire ' à la partie correspondante de l'œil dans son ensemble. La région ciliaire comprend donc, outre le corps ciliaire, la partie antérieure de la sclérotique, une petite partie périphérique de la cornée, et de plus certains organes importants plus centraux, qui font partie des milieux transparents. La région ciliaire, en raison de la richesse vasculaire et surtout de la richesse en nerfs du corps ciliaire, — les anciens, qui connaissaient cette dernière circonstance, parlaient d'un « ganglion ciliaire », — est une espèce de Noli me tangere dans l'œil : l'expérience a suffisamment prouvé que les plaies, soit intentionnées, soit accidentelles, du corps ciliaire, ne se bornent pas à provoquer l'atrophie de l'œil primitivement atteint, mais encore une affection « sympathique » très-délétère sur le second œil. Il est important pour la pratique de retenir que la limite antérieure du corps ciliaire est à 1 à 2 millimètres de la périphérie apparente de la cornée.

La dernière partie de la tunique oculaire moyenne est Viris (fig. 1,1, et fig. 2, 1), qui constitue un diaphragme étendu à travers la lumière de l'œil, et percé d'une ouverture centrale, la pupille. Jetons un regard sur notre figure 2 pour voir l'insertion périphérique de l'iris (insertion ciliaire, bord ciliaire de l'iris). Il s'insère sur le corps ciliaire, et de manière qu'il soit la continuation de la lame de substance situ ie entre le muscle et les procès ciliaires. Mais l'iris a une seconde insertion péripliérique, constituée par son ligament pectine; les trabécules de ce ligament, qui sont la continuation de la membrane de Descemet, se réfléchissent sur la face antérieure de l'iris ; ils fixent ce dernier en avant à la cornée. L'iris est donc soutenu à la périphérie par deux insertions, une antérieure et une postérieure, qui se contrebalancent. Pour les autres détails touchant l'iris, voir l'art. Iris. Rappelons seulement qu'il renferme des fibres musculaires lisses disposées de deux manières : les unes concentriques, autour de la pupille, constituant le muscle sphincter de la pupille, les autres radiaires, constituant le muscle dilatateur de la pupille.

La topographie du corps ciliaire et de l'iris est loin d'être bien saisie par

' Les synonymes de la partie ciliaire de la tunique vasculaire sont très-nombreux. Le muscle ciliair'e, qui a frappé de tous temps les anatomistes à cause de sa couleur grisâtre, due à l'absence de pigment, pris avec son insertion antérieure à la sclérotique, a été nommé anneau ciliaire, ganglion ciliair'e, cercle ciliaire, orbiculus cil., ligament sclérotico-ciliaire, ligament ciliaire. L'ensembLe du corps ciliaire (muscle et procès) a été nommé couronne ciliaire, orbiculus cil., tunique ciliaire.

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beaucoup d'auteurs. Daus nos figures i et 2, on distingue au corps ciliaire trois angles et trois côtés. L'angle pointu, situé plus près de l'équateur de l'œil, est l'angle externe ; le sommet des procès ciliaires constitue l'angle interne, et ie tendon du muscle ciliaire est à l'angle antérieur. La face antérieure du corps ciliaire est appliquée contre la sclérotique (il n'y a pas de face externe) ; la face postérieure est la grande face libre, étendue du sommet des procès ciliaires vers l'équateur de l'œil ; enfin, la face interne (elle est plus interne qu'antérieure) est comprise entre le sommet des procès et l'angle antérieur. L'iris s'insère à l'angle antérieur du corps ciliaire, et de là se dirige vers l'axe antéro-postérieur de l'œil, mais en même temps un peu en avant'.

V. La tunique interne, ou tunique nerveuse de l'oeil, a reçu dans sa plus grande élendue le nom de rétine {voy. Rétine) (r, fig. \). Elle peut être considérée comme l'expansion membraneuse du nerf optique à la face interne de la choroïde. Elle est tout à fait transparente sur le vivant, et à l'examen ophthalmoscopique les colonnes snnguines des vaisseaux rétiniens semblent flotter librement au devant du pigment du fond de l'œil. Quand nous parlons de la transparence rétinienne, il faut excepter la couche externe, composée d'une seule rangée d'épithélium pigmenté. Cette couche pigmentée s'étend du reste en avant au delà de la limite antérieure de la rétine proprement dite, sur le corps ciliaire, dans les fonds des sillons entre les procès, sur la face postérieure de l'iris, encadre le bord pupillaire de l'iris, et arrive même sur la face antérieure de cette membrane, où elle forme une petite zone circulaire et noire autour de la pupille. On sait que ce pigment dérive du feuillet externe,, direct, de la vésicule oculaire secondaire, tandis que les autres parties rétiniennes, situées en dedans du pigment , dérivent du feuillet interne, réfléchi, de la même vésicule.

Insistons un peu sur la limite antérieure des éléments nerveux de la rétine. Au niveau de la ligne festonnée circulaire que nous avons déjà rencontrée à la face interne des tuniques oculaires, là où des changements si importants s'opèrent dans la choroïde, les éléments nerveux de la rétine cessent, et le tissu de charpente, fortement transformé (représenté par une rangée unique de cellules c^lindroïdes), recouvre seul les piocès ciliaires, sous le nom de portion ciliaire de la rétine, désignation qui naturellement comprend également les cellules polygonales pigmentées de cet endroit, recouvertes par les cellules cylindroïdes non pigmentées. Le tissu de charpente de la rétine, de même que le pigment, se continue même sur la face postérieure de l'iris, où il tapisse, sous forme d'une lamelle homogène très-mince, la face postérieure des cellules polygonales pigmentées.

La partie de la rétine située au niveau de la ligne festonnée a reçu le nom à'ora serrata. L'aspect festonné de cette ligne tient à ce que, entre les petits plis de la choroïde , les éléments nerveux de la rétine s'avancent plus loin qu'au niveau des arêtes de ces saillies.

Signalons encore deux points importants de la tunique nerveuse, situés au pôle postérieur de l'œil : l'un est la papille du nerf optique, correspondant au punctum caecum du champ visuel;, l'autre est la macula lutea, correspondant à l'endroit de la vision la plus distincte. On a « changé tout cela » bien à tort dans le Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie (art. Œil, p. 263).

* Dans la figure 2, empruntée à Merkel, l'iris devrait se détacher davantage de la péripliérie cornéenne.

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La rétine non plus ne forme donc pas une enveloppe complète à l'œil. Mais, tandis que la tunique vasculaire offre une seconde solution de continuité en arrière, au niveau de l'entrée du nerf optique, la rétine est fermée en cet endroit par l'entrée du nerf, par la « papille » du nerf optique (w^. l'article Rétine).

La rétine, transparente sur le vivant, se trouble très-vite après la mort, et devient opaque grisâtre. Cela tient à ce que sa plus grande masse est formée d'éléments nerveux, éminemment altérables. C'est donc une membrane très-peu résistante, moins encore que la choroïde, et pas plus que cette dernière elle ne renforce la résistance de la sclérotique contre la tension intra-oculaire.

La rétine aune épaisseur de 4 millimètres environ à l'entrée du nerf optique; de là elle diminue, et devient très-mince à l'ora serrata.

Une question importante consiste à examiner le degré d'adhérence entre la rétine et la choroïde. Cette adhérence est assez forte pour ne pas céder lors d'une perte considérable des milieux intra-oculaires. Mais dans des cas pathologiques on voit la rétine se décoller en tout ou en ))arlie, et elle ne reste adhérente qu'au niveau du nerf optique et à l'ora serrata; dans le décollement complet, la membrane affecte donc la lorme d'une fleur de convoi vulacée, dont l'ouverture serait à l'ora serrata. Chose curieuse, la séparation se fait ordinairement entre le pigment rétinien et la rétine; le pigment reste en rapport avec la choroïde. Lorsque dans les préparations anatomiques on détache la rétine de la choroïde, le pigment reste en rapport avec la rétine ou la choroïde, selon que sur le vivant l'intérieur de l'œil a été oui ou non soumis à un éclairage prolongé.

Yl. Le squelette oculaire que nous venons de décrire, formé par les trois luniques, circonscrit un espace considérable, divisé par le diaphragme iridien en une partie antérieure plus petite, et une partie postérieure plus grande (fig. 1). L'ouverture circulaire au centre de l'iris, à travers laquelle les deux parties de l'espace intra-oculaire communiquent ensenible, est la pupille (ou prunelle), qu'on voit sur l'œil vivant sous forme d'un petit cercle noir, au centre de l'iris. Les espaces subdivisés de cette manière sont remplis par les milieux transparents de l'œil, les uns tout à fait liquides, les autres plus ou moins consistants, mais tous parfaitement transparents. L'ensemble de ces milieux transparents (plus la cornée transparente) a une influence particulière, importante, sur la marche des rayons lumineux dans l'œil; nous verrons qu'ils tendent à produire sur la rétine une image renversée des objets extérieurs. Les milieux de l'œil sont de plus les éléments principaux qui entretiennent la tension intra-oculaire à son niveau si élevé.

Dans la figure 1 , nous voyons en arrière de liris, et appliquée contre lui, la coupe transversale d'une espèce de lentille biconvexe, le cristallin, relié par un ligament au corj^s ciliaire. Le bord libre de l'iris est adossé à la face antérieure du cristallin ; il reste néanmoins ]j1us vers la périphérie un espace libre, triangulaire sur une coupe transversale, limité en avant par l'iris, en arrière par le cristallin, en dehors par le corps ciliaire. C'est la chambre postérieure, ch. p, en opposition avec la chambre antérieure, qui est l'espace retranché par l'iris du reste de l'espace intra-oculaire. Dans les dessins de l'œil fournis par les auteurs du commencement^de ce siècle, le cristalHn n'est pas représenté en contact avec la face postérieure de l'iris, et dans les écrits des dix-huitième et dix-septième siècles il est généralement placé à peu près au milieu du globe oculaire. Ces auteurs se représentaient donc la chambre postérieure beaucoup plus grande qu'elle ne l'est en réalité. Quand on eut démontré (Helmholtz) que réellement

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l'iris est appliqué contre la face antérieure du cristallin, on alla jusqu'à nier tout à fait l'existence d'une chambre postérieure, à tel point qu'on a dû se mettre à la démontrer. La chambre postérieure a des dimensions très-petites, cependant elle est une formation importante; sa signification devient manifeste surtout dans certains cas pathologiques. Les deux chambres, en effet, sont remplies d'un liquide analogue à l'eau, appelé humeur aqueiif^e, qui, selon toutes les apparences, est sécrété dans la chambre postérieure (par les procès ciliaires), s'infiltre dans la fente capillaire entre l'iris et le cristallin, et de là arrive dans la chambre antérieure ; les voies d'excrétion de cette humeur sont situées, d'après des recherches récentes, dans la chambre antérieure, dans l'angle périphérique formé par l'iris et la cornée, c'est-à-dire au niveau du ligament pectine de l'iris. Il arrive fréquemment que dans une inflammation de l'iris celui-ci se soude par son bord pupillaire avec la face antérieure du cristallin; l'humeur aqueuse alors, continuant à être sécrétée, s'accumule dans la chambre postérieure où elle est comme enkystée, et la distend fortement; l'iris est poussé en avant, bombe en avant, comme on dit, dans sa périphérie, et le bord pupillaire de l'iris est retiré en arrière, à l'instar d'un ombilic. On sait de plus que la rétention de l'humeur aqueuse dans la chambre postérieure a des conséquences très-graves pour l'œil.

Naturellement, quand l'iris est fortement contracté, retiré vers la périphérie (quand la pupille est largement dilatée), il ne touche plus le cristallin, et les deux chambres communiquent plus largement ensemble.

En arrière du cristallin, le grand espace intra-oculaire est rempli par un railieu transparent plus consistant que l'humeur aqueuse, et qui a reçu le nom d'humeur vitrée ou de corps vitre'.

Nous allons donner quelques généralités sur l'anatomie des divers milieux transparents de l'œil, renvoyant pour plus de détails aux articles spéciaux.

Le premier de ces milieux est la cornée transparente, déjà décrite. Vient ensuite la chambre antérieure remplie d'humeur aqueuse. Elle a la forme d'un segment de sphère, limité en avant par la cornée, en arrière par l'iris et le cristallin. Sa disposition ressort de la figure 1. La périphérie en est importante sous plus d'un titre. Nous y avons en effet le ligament pectine de l'iris, et, selon toutes les probabilités, les voies d'excrétion de l'humeur aqueuse. Il ne faut pas oublier, lors de certaines opérations, que la chambre antérieure s'étend plus vers la périphérie (2 millimètres au moins) que la limite périphérique apparente de la cornée (voy. fig. 2) ; une plaie située au delà d'un millimètre dans le limbe conjonctival peut tomber encore dans la chambi^e antérieure, et pour ouvrir celle-ci à sa limite périphérique il faut pénétrer avec l'instrument encore dans la sclérotique.

La profondeur de la chambre antérieure, suivant l'axe antéro-postérieur de l'œil, est environ de 5 millimètres. Il ne faut pas oublier que sur le vivant la chambre antérieure paraît moins profonde qu'elle n'est en réalité. Nous regardons en effet l'iris à travers une lentille positive, formée par la cornée et l'humeur aqueuse ; nous le voyons donc sous un certain grossissement, et en apparence rapproché de la cornée.

Pour s'en convaincre, on n'a qu'à plonger un œil énucléé dans l'eau, dont l'indice de réfraction est à peu près le même que celui de la cornée et de l'humeur aqueuse ; on élimine ainsi l'effet dioptrique de ces deux dernières, et la chambre antérieure paraît beaucoup plus profonde. On a même construit de

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petits baquets en verre qui permettent d'appliquer de l'eau sur l'œil du vivant, et de démontrer ainsi au regard les dimensions de la chambre antérieure.

L'indice de réfraction de l'humeur aqueuse est sensiblement le même que celui de la cornée, de 1,33. Au point de vue de la marche des rayons lumineux, les deux forment donc un seul tout, une espèce de lentille convexe en avant.

En arrière de l'humeur aqueuse nous avons le critallin, une lentille biconvexe, mais dont la face postérieure a une courbure beaucoup plus forte que la face antérieure. Tandis que l'humeur aqueuse est liquide comme de l'eau, le cristallin est un corps assez résistant, qui conserve sa forme contre des influences externes assez sérieuses. Il se compose d'une enveloppe, capsule du cristallin, et d'une substance composée de fibres du cristallin [voy. CniSTAi.UN).

Le cristallin, tel que nous l'avons représenté sur la coupe de la figure 1, n'a pas la forme qu'il tend à prendre en vertu de son élasticité, c'est-à-dire cette forme ne correspond pas à l'équilibre normal des molécules constituantes. Le cristallin frais, extrait du bulbe avec sa capsule, a une forme beaucoup plus rapprochée de la sphère : il tend donc naturellement sur le vivant à se rétrécir dans le sens équatorial et à augmenter suivant le diamètre antéro-postérieur. Or, on a démontré que, lors de l'effort accommodateur, le diamètre antéro-postérieur, et surtout la courbure de la face antérieure, augmentent dans une mesure qui, au point de vue dioptrique, explique parfaitement le phénomène de l'accommodation. 11 s'ensuit qu'à l'état de repos des agents accommodateurs le cristallin est sollicité, par une force extrinsèque, à prendre une forme contraire à son équilibre normal; c'est probablement dans les organes situés à l'équateur du cristallin que nous trouverons l'agent de cette force.

Les rapports de l'équateur du cristallin sont les suivants : L'équateur est environ au niveau du sommet des procès ciliaires (ce point toutefois n'est pas encore très élucidé), mais il ne touche jamais les procès eux-mêmes. Il est aujourd'hui démontré à satiété qu'il y a un certain espace entre les procès ciliaires et le cristallin, et que cet espace persiste lors de l'accommodation.

VII. Ligament suspenseur du cristallin, nommé aussi anneau, zone ou zonule de Zinn. Le cercle libre compris entre l'équateur du cristallin et les sommets des procès ciliaires est traversé de dehors en dedans «par le ligament suspenseur, qui adhère au sommet des procès, et de là s'élance vers l'équateur du cristallin sur lequel il s'insère. L'origine du ligament suspenseur doit cependant être recherchée plus en dehors et en arrière que les sommets des procès ciliaires. Au niveau de l'ora serrata — cette limite importante entre les segments oculaires antérieur et postérieur — on voit apparaître (fig. I) dans les couches périphériques du corps vitré, et surtout dans sa membrane enveloppante , un grand nombre de fibres hyalines d'une ténuité extrême, invisibles à l'œil nu, renfermant des noyaux ; elles prennent toutes une direction méridionale en avant et en dedans, les unes vers les sommets des procès ciliaires, les autres dans les sillons entre les procès. Elles finissent par se réunir à plusieurs pour former des bandes plus épaisses qui adhèrent au sommet des procès, et de là vont s'insérer à la capsule du cristallin. La plupart se rendent en avant de l'équateur, oii leur insertion forme une ligne festonnée visible à l'œil nu, surtout sur certains cristallins pathologiques ; quelques-unes de ces fibres s'insèrent plus en arrière, à l'équateur même; d'autres enfin dans la périphérie de la face postérieure du cristallin (fig. 2).

Si on détache le cristallin et le corps vitré des enveloppes de l'œil, surtout

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sur des yeux de cadavre plus ou moins macérés, non-seulement le ligament suspenseur du cristallin suit le corps vitré, jusque tout contre Fora serrata, là oii il naît sous formes de fibrilles très-minces, mais encore le pigment de la partie ciliaire de la rétine suit la zone de Zinn; et, comme dans les sillons ce pigment est plus développé qu'aux sommets des saillies du corps ciliaire, la surface du corps vitré porte alors à sa région ciliaire une série de bandes noires, séparées par des bandes claires, dirigées toutes dans le sens méridional. Cet aspect (godroné) du corps vitré macéré, décrit comme un fait d'anatomie normale, a contribué à introduire les désignations de « cercle ciliaire, zone ciliaire, canal godroné, etc. », pour les organes situés à ce niveau. Ces désignations, employées successivement pour désigner des formations très-diverses, tombent lieureusement dans un oubli de plus en plus complet.

On est loin d'être d'accord sur la disposition du ligament suspenseur du cristallin, malgré les nombreux travaux récents dont il a été l'objet. Dans tous les cas, il contribue à former la paroi postérieure de la chambre postérieure. Les uns prétendent que cette paroi est incomplète à ce niveau, qu'il y a des fentes entres les fibres constituantes du ligament suspenseur ; pour les autres, les fibres antérieures sont reliées latéralement et constituent une membrane complète. Un autre point en litige est l'insertion sur le cristallin : suivant les uns, toutes les fibres s'insèrent à la face antérieure du cristallin ; d'autres décrivent en outre une insertion en arrière de l'équateur : on aurait donc, en dehors de l'équateur du cristallin, un canal circulaire autour du cristallin, triangulaire sur une section, limité en avant et en arrière par un feuillet du ligament suspenseur; ce canal est décrit sous le nom de canal godroné on canal de Petit. Nous faisons grâce de plusieurs autres variantes relatives au ligament suspenseur; ce que nous venons de dire démontre suffisamment qu'il y a là pour des recherches anatomiques un champ d'investigation très inculte encore.

Le ligament suspenseur du cristallin ayant un point d'attache aux procès ciliaires, nous verrons plus loin que pendant l'accommodation ceux-ci doivent agir de l'une ou de l'autre manière sur le cristalHn par l'entremise de son igament. Faisons seulement remarquer ici, comme détail anatomique, la direction du ligament suspenseur. D'après notre figure 1, il se dirige, particulièi'ement à partir des procès ciliaires, de dehors en dedans, vers l'équateur du cristallin. Toutefois, nous avons déjà dit que la situation respective des parties à ce niveau (cristallin avec son ligament, sommets des procès ciliaires) est loin d'être connue parfaitement.

VIII. Un milieu transparent, le cor pu vitré, remplit tout à fait le grand compartiment de la cavité intra-oculaire situé en arrière du cristallin et de son ligament suspenseur (fig. 1). C'est une substance comme gélatineuse, moins consistante que le cristallin. Sa périphérie, condensée en une membrane homogène (membrane hyaloïde), est appliquée intimement contre la face interne de la rétine, contre les procès ciliaires, contre le ligament suspenseur et contre la face postérieure du cristallin. Nous avons même vu qu'au niveau de l'ora serrata les fibres d'origine du ligament suspenseur du cristallin prennent naissance dans la membrane hyaloïde et dans les couches superficielles du corps vitré. Rappelons aussi que normalement la membrane est soudée au feuillet postérieur du cristallin, au point de faire corps avec lui. Au point de vue optique, il est important de savoir que l'indice de réfraction de l'humeur vitrée est à peu près le même que celui de l'humeur aqueuse. Le cristallin est donc DICT. ENC. 2' s. XIY. 17

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environné de toutes parts d'un milieu tiansparent dont l'indice de réfraction est inférieur au sien {voij. pour la structure l'article Corps vitré).

IX. Situation topoyraphique de l'œil dans l'orbite. Nous avons à considérer ici les rapports du bulbe avec le rebord orbitaire et avec les parois osseuses de l'orbite. L'œil ne touche nulle part les os; il en est séparé dans toutes les directions par une masse de parties molles (muscles, graisse, vaisseaux, etc.), qui remplit tout à fait l'espace orbitaire non occupé par le globe, et qui se moule régulièrement sur ce dernier, de manière à lui former comme une coque, une cavité articulaire. Naturellement, il faut excepter le segment antérieur de l'œil, qui est à nu, et recouvert seulement par la conjonctive.

L'axe antéro-postérieur de l'œil ne coïncide pas avec l'axe antéro-postérieur de l'orbite. Le dernier se dirige en dehors, et forme avec celui du côté opposé un angle ouvert en avant, de 42 à 43 degrés, et dont le sommet se trouve un peu en arrière de la selle turcique. Les axes des deux yeux au contraire sont parallèles, et dirigés presque droit devant nous; plus exactement, ils comprennent entre eux un angle de 10 degrés.

Le sommet de la cornée se trouve à peu près sur la ligne qui joindrait les points les plus proéminents des bords orbitaires supérieur et inférieur (sur une coupe verticale). Sur une coupe horizontale, au contraire, les bords orbitaires interne et externe ne viennent pas au niveau du sommet cornéen; la ligne qui réunit ces deux bords coupe les tuniques oculaires, en dehors un peu en arrière de l'ora serrata, en dedans au bord antérieur du corps ciliaire.

Le bulbe est donc le plus à découvert en dehors ; en dedans, les os propres du nez prolongent en quelque sorte l'orbite. La pratique a depuis longtemps démontré que les violences extérieures agissent sur le bulbe surtout du côté externe. Pour couper le nerf optique dans l'opération de l'énucléation de l'œil, on pénétrerait de préférence du côté externe dans l'orbite, si le nerf optique était inséré au pôle postérieur de l'œil; mais cette insertion est plus en dedans; de plus, les os propres du nez sont inclinés assez pour ne pas gêner les instruments, de sorte que beaucoup d'opérateurs pénètrent de préférence du côte interne. Le centre de l'œil est situé à quelques millimètres en dehors de l'axe antéro-postérieur de l'orbite.

Les rapports de l'œil avec l'orbite ne sont pas absolument fixes. On peut le refouler légèrement en aiTière et le déplacer latéralement par une pression du doigt; naturellement il faut alors que le reste du contenu de l'orbite se déplace en sens opposé. On a consigné un certain nombre de cas (Arlt) de corps étrangers, pénétrés dans l'orbite du côté externe, ayant produit une luxation de l'œiï au devant de l'orbite ; la réduction a rétabli la fonction de l'organe. La situation de l'œil dans l'orbite dépend encore de plusieurs autres conditions. Ainsi, la graisse vient-elle à se développer excessivement autour de l'œil, elle pousse ce dernier un peu eu avant; vient-elle à s'atrophier, la pression atmosphérique repousse l'œil en arrière. Grâce cependant aux liens aponévrotiques de l'œil avec l'orbite, ces déplacements du bulbe ne peuvent pas facilement dépasser une certaine limite. Lors d'un amaigrissement considérable, le déplacement possible du bulbe ne sufQsant pas à combler le vide, la pression atmosphérique, agissant sur les parties molles qui entourent l'œil, les déprime et produit entre l'œil et l'orbite un enfoncement assez grand quelquefois pour admettre un doigt.

A. Muscles de l'œil [voy. p. 505, la, fig. 4). Nous commencerons la description des organes qui environnent l'œil dans l'orbite par celle des muscles.

ŒIL (anatomie). 253

Il y a sept muscles strie's dans l'orbite, dont six ont une insertion sur le globe oculaire : ce sont les six muscles extrinsèques de l'œil, en opposition avec les muscles « intrinsèques (muscle ciliaire, muscles de l'iris) ». Ces six muscles seuls meuvent l'œil; le septième est le releveur de la paupière supérieure; il n'a pas de rapport immédiat avec l'œil. Pour comprendre la disposition exceptionnelle des muscles qui s'attachent à l'œil, il faut savoir que ce dernier n'exécute jamais de déplacement de toute sa masse, mais seulement des rotations autour d'un centre qui reste toujours fixe, et qui est situé à 1-2 millimètres en arrière du milieu de l'axe antéro-postérieur de l'œil. In déplacement du segment oculaire antérieur suppose toujours un déplacement du segment postérieur en sens opposé.

Parmi les muscles insérés sur le globe oculaire, nous avons eu premier lieu les quatre muscles droits, un supérieur, un inférieur, un externe et un interne ; ils sont droits en ce sens que leur direction est plus ou moins parallèle à l'axe antéro-postérieur de l'œil. Ils produisent des rotations oculaires autour d'axes situés plus ou moins près du plan équatorial de l'œil. Nous avons de plus deux muscles obliques, un grand et un petit, qui produisent une rotation de l'œil autour de son axe antéro-postérieur.

Les quatre muscles droits et le grand oblique ont leurs insertions fixes au fond de l'orbite, autour du trou optique, avec le releveur de la paupière ; le muscle petit oblique a son insertion fixe en avant, au bord orbitaire interne.

L'insertion au fond de l'orbite se fait sur une membrane périostale trèsépiiisse, produite par la confluence de la dure-mère et du périoste orbitaire, au niveau de la fente sphénoïdale. Celte membrane ferme la fente sphénoïdale, et ne présente à ce niveau que deux ouvertures plus grandes : l'une au niveau du trou optique; l'autre, à l'extrémité interne de la fente sphénoïdale, un peu en dehors et en dessous du trou optique, destinée au passage du nerf oculo-moteur commun. Les muscles s'insèrent en cercle autour de ces deux ouvertures; les deux nerfs (optique et oculo-moteur commun) se placent au centre du cône formé par l'assemblage des corps musculaires. Du reste, tous ces muscles s'insèrent sur la base de la petite aile du sphénoïde, oii notre membrane fait office de périoste.

Eu égard à leurs insertions et à leurs parcours, on divise les six muscles insérés au fond de l'orbite en deux couches, une centrale, formée par les quatre muscles droits, et une superficielle comprenant le grand oblique et le releveur de la paupière supérieure.

Les corps des quatre muscles droits forment sensiblement une pyramide à sommet postérieur; ils se soudent ensemble -de manière à constituer un entonnoir oval, dont la lumière va aboutir au trou optique et au trou périostal ,pour le passage du nerf oculo-moteur commun. Les insertions du muscle grand oblique et du releveur de la paupière supérieure se joignent à celle des muscles droits, celle du releveur naturellement en haut, colle du grand oblique en dedans.

De ces six muscles, cinq ont à peu près le même parcours en avant ; le grand oblique fait exception. Les quatre droits se dirigent en avant, d'abord appliqués contre la paroi de l'orbite, à l'exception du droit supérieur, qui en est séparé par le releveur de la paupière supérieure. A peu près vers le milieu de leur course, ils s'éloignent de l'orbite, plongent dans le tissu cellulo-graisseux de l'orbite, et, dirigés obliquement en avant et en dedans, ils vont s'insérer sur le

260 (tlL (anatomie).

globe oculaire, un peu en avant de son équateur. A partir de l'équateur, ils sont appliqués sur la sclérotique et, lors de leurs contractions, ils se déroulent en quelque sorte sur l'œil.

Le releveur de la paupière supérieure longe la paroi orbitairc plus loin ; il finit cependant par se dévier en bas, traverse également le tissu graisseux de l'orbite, s'étend en éventail et s'insère au bord supérieur de la paupière supérieure dans toute son étendue {voy. Releveur).

Le muscle grand oblique [os, fig. 4, p. 305), né delà partie la plus reculée de l'angle interne de l'orbite, se dirige en dedans et en baut, longe dans toute sa longueur l'angle supéro-interne, et va gagner sa poulie de renvoi, anneau cartilagineux attacbé à une dépression de l'os frontal. Devenu tout à fait tendineux, il se réfléchit sur la poulie en dehors et en arrière, passe sous l'extrémité antérieure du droit supérieur, et s'insère, étalé en éventail; sur l'octant supérieur, postérieur et externe de la surface bulbaire. Un point capital dans l'anatomie de ce muscle, c'est sa réflexion sur sa poulie de renvoi. Le bord orbitaire antérieur offre à son angle supéro-interne une petite rigole, une échancrure, complétée en anneau par une lame fibreuse, constituant la poulie. De cette manière l'effet de la contraction musculaire agit sur l'œil de dehors en dedans et d'arrière en avant, c'est-à-dire dans une tout autre direction que celle du corps musculaire-

Le septième muscle à considérer est le petit oblique. A l'opposé des muscles précédents, il a son insertion fixe à la partie inférieure et interne du rebord orbitairc, immédiatement en arrière de la crête lacrymale de l'os unguis, c'està-dire en arrière de l'ouverture orbitaire du canal lacrymal. Le muscle se détache dès son origine de la paroi osseuse, se dirige en dehors et en arrière, décrivant une courbe à concavité supérieure, moulée sur le globe oculaire, passe sous le muscle droit inférieur, et s'insère en éventail sur l'octant inférieur, postérieur et externe de la surface du globe oculaire. Son insertion va à rencontre de celle du grand oblique, et les fibres extrêmes de ces deux insertions se rencontrent {oi, même fig.). Les deux obliques sont donc aussi appliqués contre l'œil, et se déroulent lors de leurs contractions.

Les quatre muscles droits ont tous à peu près la même longueur (les tendons y compris), de 40 millimètres; les obliques n'ont que o!2-d4 millimètres. Eu égard à l'épaisseur de leurs corps musculaires, il se rangent dans l'ordre suivant : droit interne (17,4 millimètres carrés), droit externe (16,7 millimètres carrés), droit inférieur (15,9 millimètres carrés) et droit supérieur (11,3 millimètres carrés). Le grand oblique n'a que 8,4 millimètres cai-rés, et le petit oblique seulement 7,9 millimètres carrés (d'après Yolkmann). La longueur n'est donc pas en raison de l'épaisseur ; le droit interne est le plus fort, le droit supérieur le plus faible des muscles droits.

L'insertion des six muscles extrinsèques sur l'œil, leur insertion mobile, a lieu d'une manière tout à fait particulière, et différente de ce qu'on trouve généralement dans l'organisation ; et comme cette particularité est très-importante en vue de certaines opérations, il convient de s'y arrêter spécialement.

Pour fixer les idées, envisageons les quatre muscles droits. Chacun de ces muscles a une double insertion, une sur la sclérotique, par son tendon, et une sur l'aponévrose de la capsule de Tenon, par l'intermédiaire des fascias musculaires. Aussi, après section, sur le vivant, de l'insertion sur la sclérotique, le muscle ne peut pas se retirer au fond de l'orbite, il est retenu en avant par son fascia inséré sur la capsule de Tenon.

ŒIL (anatomie). 261

Négligeons pour le moment l'insertion apone'vrotique, et disséquons les tendons. Les corps musculaires, appliqués en avant sur le globe oculaire, se sont déjà éfalés en largeur; les tendons s'étalent encore davantage, et s'insèrent sous cette forme, à une certaine distance de la cornée transparente, sur des lignes plus ou moins parallèles à la périphérie cornéenne. La largeur de ces différentes insertions varie d'un muscle à l'autre et suivant les individus.

Outre l'insertion tendineuse proprement dite, il y en a une seconde, également sur la sclérotique. Jusque tout près de leur insertion sur la sclérotique (à 1-2 millimètres de celle-ci) les tendons ont une surface parfaitement lisse, et n'affectent pas d'adhérences avec les parties voisines; contre la sclérotique, ils émettent à droite et à gauche de nombreuses fibres qui s'y insèrent, élargissant en quelque sorte l'insertion sclérotidienne.

Quant à l'insertion des fascias musculaires sur la capsule de Tenon, et aux rapports existants entre les tendons et la capsule de Tenon, ces points ne peuvent être traites qu'un peu plus loin, quand nous considérerons le tissu fibreux de l'orbite dans son ensemble.

Suivant Merkel, le droit externe a le tendon le plus court, de 5,7 millimètres; puis viennent les droits supérieur et inférieur avec 5,50 millimètres environ, et enfin le droit interne avec 8,8 millimètres. Les distances auxquelles les quatre droits s'insèrent de la périphérie cornéenne varient aussi un peu : pour le droit supérieur à 8 millimètres, le droit inférieur à 7,2 millimètres, le droit externe à 6,8 millimètres et le droit interne à 6,5 millimètres (Merkel). L'insertion du droit interne sei'ait donc la plus rapprochée de la cornée ; il y a cependant sous ce rapport des différences individuelles notables.

Des données précédentes il résulte que lors de l'opération de la ténotomie on doit aller avec la pince ou avec le crochet saisir le tendon du muscle droit interne à plus de 6,5 millimètres en arrière de la cornée; et comme ce tendon a une longueur de 8,8 millimètres, on ne risque guère d'aller trop en arrière, tandis qu'on reste facilement trop eu avant. Si l'on a présent à l'esprit ce que nous avons dit au sujet de la résistance de l'enveloppe externe de l'œil, on comprend le précepte pratique suivant lequel la pince, pour aller saisir le tendon, doit être dirigée perpendiculairement à la surface de l'œil, et qu'on doit y aller hardiment ; le bulbe en effet ne se laissera pas saisir, il fuit devant l'instrument.

Les insertions oculaires des deux muscles ob'iques se font dans le genre de celles des muscles droits. Elles sont doubles également, par un tendon sur la sclérotique, et par les fascias sur la capsule de Tenon. Celle du grand oblique esta 16 millimètres, et celle du petit oblique à 17 millimètres de la périphérie cornéenne. Le tendon du petit oblique n'a que 2,6 millimèti'es de longueur, tandis que celui du grand oblique en a 19,5 à partir de sa poulie jusqu'à la sclérotique.

XL Capsule de Tenon, aponévroses, fascias et tissu graisseux de l'orbite. En dehors du bulbe oculaire, la cavité orbitaire renferme une quantité d'autres tissus dont voici la disposition.

En avant, l'orbite est plus ou moins fermé par le voile composé des paupières et de Yaponévrose tarso-orhitaire. Cette aponévrose est une membrane assez résistante, insérée sur toute l'étendue du bord supérieur du tarse supérieur et au bord inférieur du tarse inférieur ; elle relie les tarses au bord orbitaire, de manière à fermer l'orbite en avant. A son insertion osseuse, cette aponévrose se

continue avec le périoste orbitaire. Celui-ci est une lame fibreuse très-résistante, continue en arrière avec la lame fibreuse sur laquelle nous avons vu les muscles s'insérer au fond de l'orbite. La lame périostale n'adhère fortement à l'os sousjacent qu'au bord orbitaire antérieur, et au niveau des souttures osseuses; dans le reste de son étendue elle n'y est réunie que par des liens très-làches. Il est bon d'avoir présente à l'esprit cette disposition quand on veut extirper tout le contenu de l'orbite. On recommande aujourd'hui, quand une tumeur maligne intra-oculaire a déjà envahi les organes circumoculaires, ou bien si elle y a pris naissance, d extirper le périoste avec le contenu de l'orbite. Cette opération n'offre pas de diiïicullés; après incision, avec un bistouri, du périoste à son insertion au bord orbitaire, le manche d'un scalpel introduit sous le périoste le décolle aisément et nettement de l'os; quelques coups de ciseaux, en incisant les adhérences au niveau des souttures osseuses, et celle plus forte au niveau du trou optique, achèveront l'opération ^

Le sac circonscrit par le périoste orbitaire, l'aponévrose tarso-orbitaire et les

paupières, est beaucoup plus spacieux que le volume du bulbe avec ses muscles,

nerfs et vaisseaux. D'une manière générale, le reste du sac est l'empli par du

tissu cellulo-giaisseux, moulé sur le globe, et formant autour de lui comme une

cavité articulaire. Nous avons déjà insisté sur ce point que le tissu graisseux se

laisse déplacer avec plus ou moins de facilité, et permet au globe oculaire de

fuir jusqu'à un certain point devant le doigt explorateur.

Contre le globe oculaire, le tissu conjoncdf de l'orbite se condense en une

membrane aponévrotique, dont la face interne est à proprement parler la cavité

articulaire dans laquelle se meut le globe oculaire. L'aponévrose en question,

vec la fente plus ou moins complète située entre elle et le globe oculaire, a

reçu le nom de capsule de Tenon, du nom de son inventeur.

Les idées de Tenon sur la capsule qu'il venait de découvrir se ressentaient de la doctrine, alors régnante, de Bichat sur la constitution des séreuses. Les recherches récentes ont montré que, malgré certaines modifications qu'il a fallu faire au schéma de Tenon (sac fermé invaginé sur lui-même et présentant deux feuillets, un pariétal et un viscéral), ce dernier correspond cependant à la vérité plus qu'on n'était disposé à l'admettre il y a une dizaine d'années.

Schwalbe, dans des l'echerches classiques, a démontré que les injections poussées soit dans l'espace suprachoroïdien, soit dans l'espace situé entre la duremère et l'arachnoïde du système nerveux central, remplissent un espace ou fente entourant le globe oculaire, et situé à l'endroit du sac synovial de Tenon. L'injection peut être poussée jusque tout près du nerf optique, et jusque tout près de la périphérie cornéenne. En avant donc, l'espace injecté arrive jusque dans le voisinage de la cornée. En arrière, l'injection ne dépasse pas l'entrée des nerfs et vaisseaux ciliaires postérieurs dans l'œil, et elle laisse libre un espace circulaire d'un diamètre de 1 centimètre, au milieu duquel se trouve l'insertion du nerf optique sur la sclérotique.

Schwalbe distingue deux feuillets à la capsule de Tenon, un viscéral et un pariétal. Ce dernier, qui est la capsule de Tenon proprement dite, est une aponévrose solide, dont la face interne est en réalité la paroi de la cavité

* Chez les grands mammifères, la lame périostale renferme de nombreuses fibres musculaires lisses, constituant le muscle orbitaire. Des traces de cette organisalion se trouvent chez l'homme, attendu qu'au niveau de la fente sphéno-maxillaire la lame périostale renferme des fibres musculaires lisses.

ŒIL (anatomie). 263

articulaire sur laquelle glisse le globe oculaire. En arrière, elle se soude intimement avec la sclérotique, là où l'injection s'arrête ; en avant, elle se perd dans la conjonctive, tout près de la périplicrie cornéenne, et avec la conjonctive elle adhère plus ou moins à la sclérotique. Ce feuillet est en définitive un épaississement membraneux du tissu conjonctif de l'orbite.

Le feuillet viscéral (épisclère) est une couche très-peu développée de tissu conjonctif plus lâche qui recouvre la sclérotique et dont les plans les plus externes, qui forment paroi à l'espace injecté, sont un peu plus condensés.

Ces deux feuillets ne sont toutefois pas isolés comme les feuillets d'une séreuse véritable ; ils sont réunis par de nombreux trabécules très-lâches de tissu conjonctif permettant néanmoins au feuillet viscéral, uni à la sclérotique, de glisser le long du feuillet pariétal. Ces trabécules délimitent des espèces de vacuoles, et ce sont ces vacuoles qu'on remplit quand on pousse l'injection signalée plus haut.

Ajoutons, pour caractériser l'espace de la capsule de Tenon, que les faces adossées des deux feuillets sont recouvertes par un endothclium continu trèsbeau, qui recouvre en même temps les trabécules intermédiaires. La fente delà capsule de Tenon est donc un ensemble de vacuoles communiquant laigement ensemble et tapissées d'une couche continue d'endothélium. C'est là, en définitive, la constitution des lacunes lympliatiques qu'on a découvertes en si grand nombre dans le corps humain, et au nombre desquelles on l'ange aujourd'hui la fente de la capsule de Tenon. A l'appui de ceci, on cite la possibilité de remplir ces espaces par une injection poussée dans les espaces lymphatiques du cerveau et du nerf optique, ainsi que dans l'espace suprachoroïdien qui, lui aussi, est considéré comme une fente lymphatique. L'injection poussée dans l'espace suprachoroïdien passe la sclérotique autour des veines vorticineuses.

Quelques auteurs ne parlent que d'un seul feuillet de la capsule de Tenon, et alors ils ont en vue le feuillet externe. Nous avons vu qu'une telle manière d'envisager les choses a sa raison' d'être.

Les rapports entre la capsule de Tenon et les tendons des muscles de l'œil sont très-importants à considérer, et cependant les idées de beaucoup d'auteurs sont loin d'être bien nettes à ce sujet.

Les tendons aplatis des quatre muscles droits perforent des fentes dans le feuillet externe de la capsule de Tenon, s'élargissent encore davantage, et s'insèrent sur la sclérotique dans la lumière de l'espace de Tenon. Aussi, quand on a poussé une injection dans cet espace, la masse entoure les extrémités tendi-^ neuses antérieures. La surface de ces tendons est parfaitement lisse, et à leur •passage à travers les fentes de la capsule ils ne sont réunis à cette dernière que par quelques filaments fibreux extrêmement lâches, sans résistance sérieuse et permettant un certain jeu aux tendons dans le sens de l'action musculaire. Près de leur insertion sur la sclérotique, dans l'espace de Tenon, ils émettent de nombreuses fibres qui à droite et à gauche de l'insertion tendineuse proprement dite fixent les tendons à la sclérotique, comme nous l'avons déjà dit. Quand sur une préparation anatomique on tire sur un muscle, on voit ces fibres se tendre tout autour du tendon. Ce sont ces fibres qu'il importe de couper dans la strabotomie quand on veut obtenir un effet considérable. La capsule de Tenon n'a rien à faire avec le tendon, et les liens si lâches au niveau de la fente pour le passage des tendons n'entrent pas en ligne de compte lors d'une opération de ce genre.

264 ŒIL (anatomie).

Dans les traités d'ophthalmologie on insiste cependant, et avec raison, sur le fait qu'une incision late'rale plus ou moins large de la capsule de Tenon permet de graduer l'effet de la ténotomie. Toutefois cela ne tient pas à une adhérence des tendons musculaires avec la capsule de Tenon, mais au rapport particulier que les fascias musculaires affectent avec elle. Chaque muscle, en effet, est recouvert d'une mince aponévrose, qui s'épaissit en avant, et là où elle s'applique sur la capsule de Tenon, elle adhère intimement à celle-ci, particulièrement aux endroits perforés par les tendons. Cette adhérence des fascias empêche le muscle de se retirer au fond de l'orbite quand son tendon est détaché de la sclérotique; elle est la raison principale pour laquelle une large incision de la capsule de Tenon augmente l'effet de la ténotomie. C'est elle aussi qu'on doit avoir en vue quand, à l'aide d'un point de suture, on lâche d'atténuer l'effet d'une ténotomie qu'on trouve après coup avoir dépassé le but.

Boucheron a récemment décrit avec soin les détails qui nous occupent ici. Cet auteur signale de plus une double adhérence entre le feuillet pariétal de la capsule de Tenon et les tendons des muscles après leur pénétration dans la cavité de Tenon. Les deux bords du tendon sont reliés dans toute leur longueur (dans la cavité de Tenon) au feuillet viscéral de la capsule de Tenon par des lamelles fibreuses, qui interceptent même ainsi une espèce de bourse muqueuse sous-conjonctivale située en avant du tendon.

La face externe de la capsule de Tenon (du feuillet externe) et des fascias musculaires émet de minces membranes fibreuses qui cloisonnent le tissu graisseux de l'orbite, et vont s'insérer sur le périoste de la paroi osseuse. Contre l'équateur oculaire environ, là où les tendons musculaires perforent la capsule de Tenon, ces expansions des fascias musculaires se renforcent considérablement et jouent un rôle important dans la fixation et les mouvements du bulbe. Comme elles adhèrent très-intimement en cet endroit à la capsule de Tenon, différents auteurs ont cru y trouver des prolongements de la capsule vers les parois osseuses. Elles tendent toutes à aller s'insérer contre le rebord orbitaire, tout près de l'insertion de l'aponévrose tarso-orbitaire, avec laquelle elles se soudent en plus d'un endroit. Elles se rencontrent du reste de diverses manières, se soudent, et particulièrement sous la portion supérieure de la glande lacrymale, elles forment, par leur réunion, une aponévrose plus forte, qui sépare les deux portions de la glande, et qui est souvent décrite comme une aponévrose à part. La même chose existe pour les deux obliques ; l'aponévrose du grand oblique s'insère par une forte expansion sur la poulie de renvoi.

Il est à remarquer que des fibres musculaires lisses (Sappey) et striées (Merkel) peuvent s'étendre au loin dans toutes ces expansions aponévrotiques, constituant de petits muscles dont l'action est opposée à celle des muscles proprement dits (Sappey), et dont deux ont même recules noms de muscle orbitaire interne (celui du droit interne) et de muscle orbitaire externe (celui du droit externe).

Les expansions aponévrotiques en question semblent remplir un double rôle. D'aboi'd elles empêchent le globe oculaire de se déplacer trop facilement en avant ou en arrière ; par l'entremise des tendons et de la capsule de Tenon, elles s'insèrent en effet sur le globe lui-même. En second lieu, elles jouent yïsà-vis des muscles le rôle de freins, empêchent des rotations exagérées de l'œil. Cette action est renforcée encore par la présence de fibres musculaires nombreuses, dont l'effet n'est pas à dédaigner à ce point de vue (Merkel). Lors de la léuo-

ŒIL (anatomie). 265

tomie, elles contribuent à retenir en avant les muscles et les empêchent de se retirer au fond de l'orbite.

XII. Nerfs qui se rendent à Vœil. La description des nerfs de l'œil a sa place dans des articles spéciaux, et nous ne présenterons ici que des considérations générales. Aucun organe du corps ne peut rivaliser avec le bulbe oculaire, non-seulement pour le nombre des nerfs distincts, mais encore pour la masse totale des fibres nerveuses. Nous avons six paires crâniennes, l'oculo-moteur commun, l'oculo-moteur externe, le pathétique, la branche ophthalmique du trijumeau, le facial et le nerf optique, pour l'innervation de l'œil et de ses annexes, sans parler du rameau orbitaire de la seconde branche du trijumeau ; il y a de plus des filets provenant du grand sympathique, non-seulement pour régler la circulation, comme dans les autres organes, mais pour présider à certains mouvements de muscles intrinsèques de l'œil.

Tout d'abord, les points d'émergence de la masse cérébrale sont pour tous ces nerfs situés à la base du crâne, sur le pourtour du pont de Varole. Le nerf oculomoteur apparaît en avant du pont, dans le sillon qui sépare ce dernier de la substance perforée postérieure, tout contre la ligne médiane. L'origine véritable, ganglionnaire, est cependant plus profonde, dans un ganglion allongé situé au niveau des corpuscules quadrijumeaux, en avant de l'aquoduc de Sylvius, et qui lui est commun avec le nerf pathétique. D'une part, le ganglion est trèsallongé (son exirémité antérieure est même dans le troisième ventricule), et d'autre part des faisceaux de fibres s'en détachent dans toute sa longueur, et cela de manière qu'au point d'émergence du nerf ce dernier est encore subdivisé en un certain nombre de racines, échelonnées d'avant en arrière. Ces divers faisceaux de fibres, qui se réunissent bientôt en un tronc unique, ont des fonctions tout à fait spéciales. Sur le côté du pont de Varole apparaissent ensemble le nerf pathétique et le trijumeau. Le trijumeau seul a son point d'émergence réel en cet endroit. Le pathétique vient de plus loin, et, si nous le poursuivons, nous le voyons s'engager sous l'arachnoïde, contourner le pédoncule cérébral par sa face externe, contourner encore le processus cerehelli ad corpora qiiadrigemina, et se perdre dans la valvule de Vieussens. On sait qu'en réaUté il se croise dans la valvule, et va se rendre dans l'extrémité postérieure du noyau qui émet en même temps l'oculo-moteur commun. Le trijumeau, un nerf sensible, au moins pour le rameau qu'il envoie dans l'orbite', sort de la masse cérébrale à l'endroit où le processus cerebelli ad pontem va se confondre avec le pont de Varole. Au bord postérieur du pont de Varole émerge l'oculomoteur externe, au fond du sillon qui sépare les pyramides du pont. Tout contre lui et un peu en dehors se trouvent le nerf facial et le nerf acoustique, rapport important à noter. Le noyau de l'oculo-moteur externe est dans le planés cher du quatrième ventricule, tout contre la ligne médiane; il affecte un rapport de voisinage très-important avec les fibres du nerf facial.

XIII. On voit donc que tous les nerfs destinés à l'œil et à ses annexes vont se rendre dans certains ganglions situés dans la moelle allongée. Ces ganglions se trouvent répandus dans toute la longueur de la moelle allongée, à commencer par le nerf oculo-moteur commun, qui fait irruption dans le troi-

* Le filet moteur du trijumeau, qui se rend tout entier dans les muscles masticateurs (le muscle buccinateur seul est innervé par le facial), temporal, masseter, les deux ptérygoïdiens, nous intéresse au point de vue pathologique, puisqu'il fait souvent partie de l'image clinique d'une paralysie du trijumeau.

266 ŒIL (anatomie).

sième venlricule, pour finir avec le trijumeau, qui descend jusque dans la moelle cervicale. Les ganglions des nerfs moteurs (oculo-moteur commun, pathétique et oeulo-moteur externe) se caractérisent à première vue comme des ganglions moteurs : ils sont la continuation des colonnes antérieures (motrices) de la moelle, et leurs cellules composantes ressemblent tout à fait aux cellules motrices de la moelle. Les origines sensitives du trijumeau, c'est-à-dire du nerf sensitif de l'œil, sont encore plus étendues et plus nombreuses que celles des nerfs moteurs. Outre la racine motrice (qui sort d'un ganglion offrant les caractères des ganglions moteurs) , nous avons une infinité de racines surgissant aux endroits les plus divers du mésocéphale, les unes arrivant d'en haut, les autres arrivant d'en bas, et cependant on peut être sûr que bon nombre de ces filets d'origine du trijumeau sont encore inconnues. On a poursuivi une racine ascendante jusque tout près du troisième ventricule, sous les tubercules quadrijumeaux antérieurs ; il en vient du cervelet, et la racine descendante pénètre dans la moelle épinière.

La multiplicité et la dissémination des origines du trijumeau tient à ce que ce nerf est la racine sensitive correspondant non-seulement à sa propre racine motrice, mais encore à l'oculo-moteur commun, à l'oculo-moteur externe, au pathétique, au facial, et même aux paires cervicales supérieures. On sait dans quelle forte mesure le trijumeau, ce gardien, cette sentinelle de l'œil, produit des mouvci.ents réflexes dans les nerfs moteurs que nous venons de citer. Nous pouvons même aller plus loin, et relever le fait qu'au niveau du mésocéphale toutes les voies motrices réflexes, qui des couches optiques se rendent vers la périphérie, affectent un rapport plus ou moins intime entre les nombreuses stations d'origine du nerf trijumeau.

Mais il est clair que là ne s'arrêtent pas les connexions centrales des fibres nerveuses motrices et sensitives de l'œil. Tout d'abord, il faut qu'elles ou leurs centres d'innervation mésocéphaliques soient reliés aux centres psychiques, aux hémisphères cérébraux. Ces voies plus centrales ont été décrites (par Meynert), au moins pour le noyau de l'oculo-moteur commun et pour le trijumeau.

Nous demandons plus encore à l'origine centrale des nerfs oculaires. La grande complication des mouvements réflexes produits par les nerfs oculaires sensitifs et moteurs suppose des liens entre les noyaux d'origine de ces nerfs et un grand nombre de centres réflexes. Nos connaissances à ce sujet sont encore rudimenlaires. Nous pouvons cependant signaler que les centres moteurs sont tous plus ou moins près des tubercules quadrijumeaux, qui sont certainement le siège d'un grand nombre de ces centres réflexes (AdamiJck), et dans lesquels se rend une bonne partie des fibres du nerf optique : or, les impressions lumineuses sont une source très-féconde de mouvements réflexes dans les muscles oculaires et dans d'autres muscles du corps.

Certains auteurs croient avoir vu des fibres allant du noyau de l'oculo-moteur commun aux tubercules quadrijumeaux; d'autres croient avoir découvert des fibres directes reliant le noyau de l'oculo-moteur externe aux tubercules quadrijumeaux et au noyau de l'oculo-moteur du même côté, cette dernière circonstance expliquant l'association du muscle droit interne d'un côté avec le droit externe de l'autre côté (Huguenin, Duval), etc., etc. Mais cela mérite confirmation. De tels mécanismes nerveux doivent être supposés pour expliquer les associations si diverses entre les muscles de l'œil.

XIV. De leurs différents points d'émergence de la substance cérébrale les

ŒIL (anatomie). 267

nerfs de l'oeil tendent tous sensiblement vers le même endroit, le sinus veineux caverneux. Cette convergence a pour effet de les rapprocher du plexus nerveux sympathique carotidien, auquel tous empruntent des filets vasomoteurs. Assez séparés à leur origine, ils se rapprochent, affectent avec les nerfs voisins des rapports autres que jusqu'ici, tous détails de la plus haute importance quand il s'agit de localiser certains processus centraux siégeant à la base du cerveau, et intéressant les nerfs qui nous occupent. A l'endroit où le sommet de la pyramide de l'os temporal et la selle turcique du sphénoïde se rencontrent, les nerfs se sont rapprochés; ils traversent la dure-mère et, après un trajet plus ou moins long dans le sinus veineux caverneux, ils se ramassent en quelque sorte en un paquet, tout contre la fente sphénoïdale, qui leur livre passage dans l'orbite.

L'espace étroit sur lequel se condensent tous les organes importants qui nous •occupent ici est la partie médiane de la fosse cérébrale moyenne, bordée en dedans par le corps de l'os sphénoïde, ce dernier présentant la selle turcique, les deux apophyses clinoïdes, l'une antérieure, l'autre postérieure.

Sur le côté de la selle turcique est la faible gouttière qui loge l'artère carotide interne dès son entrée dans le crâne par le trou déchiré postérieur. C'est l'endroit oià la pyramide de l'os temporal se rencontre avec le corps du sphénoïde. A ce niveau, la dure-mère n'est pas intimement appliquée à l'os, elle passe au- ■dessus des aspérités osseuses et délimite ainsi avec les os un espace destiné à loger l'artère carotide, le sinus caverneux et les nerfs qui se rendent dans l'orbite- La tente du cervelet, insérée sur l'arête de la pyramide de l'os temporal, s'insère par une racine sur l'apophyse clinoïde postérieure, et de là s'élance comme un pont sur l'apophyse clinoïde antérieure, formant un arc de cercle à concavité externe.

De cette manière est constitué un triangle membraneux, dont la base est la selle turcique, et sous lequel se trouve l'espace qui loge les organes que nous avons en vue. Au devant de ce triangle, c'est-à-dire au devant de l'apophyse clinoïde antérieure, on voit émerger l'artère carotide, immédiatement derrière l'endroit oîi le nerf optique traverse la dure-mère pour gagner le trou optique.

Voyons d'abord, et toujours dans une vue d'ensemble, les endroits où les nerfs traversent la dure-mère. Cello-ci présente des ouvertures très-nettes pour chacun d'eux. L'oculo-moteur commun, le plus interne, se rend au triangle membraneux signalé, et au niveau du milieu de la selle turcique plonge dans la dure-mère. Vient ensuite le pathétique, plus en dehors ; il sort du cerveau plus en arrière, et a donc un trajet plus long ; il pénètre dans la dure-mère contre l'arête supérieure de la pyramide de l'os temporal, sous l'insertioade la tente du cervelet; il passe par une fente allongée de la dure-mère, au niveau du sommet de la pyramide. Plus en dehors se trouvent très-rapprochées deux ouvertures, l'interne pour l'oculo-moteur externe et l'externe pour le trijumeau, celle pour le Irijumeau étant naturellement la plus grande. Ces deux ouvertures se trouvent encore dans la fosse cérébrale postérieure, contre l'insertion de la tente du cervelet sur l'arête de la pyramide.

Une fois la dure-mère traversée, les nerfs se rapprochent de plus en plus, et finissent tous par pénétrer dans les lacunes du sinus caverneux, où ils sont environnés de sang veineux. Pour les poursuivre, nous n'aurons qu'à éloigner le triangle membraneux formé par les insertions antérieures de la tente du cer-

velet; nous avons ainsi accès à l'espace signalé, compris entre la dure-mère et l'os. Au fond de ce creux et contre la selle turcique, nous voyons la carotide interne qui, au sortir du trou déchiré antérieur, fait un coude, se dirige en avant et se loge dans la gouttière osseuse peu profonde sur le côté de la selle turcique. En avant, on la voit se recourber en haut, former son second coude, en dedans de l'apophyse clinoïde ante'rieure, derrière le nerf optique. De la convexité du second coude part l'artère ophlhalmique. L'espace en dehors et audessus de l'artère carotide est occupé par le sinus caverneux ; ce dernier est traversé par le réseau si riche du plexus nerveux carotidien, qui enlace également l'artère et est traversé d'arrière en avant par nos différents nerfs.

Le nerf oculo-moteur commun est le plus interne ; il traverse le sinus caverneux et gagne son ouverture dans la fente sphénoïdale pour s'élancer dans l'orbite. Le pathétique se place à son côté externe et tout contre lui ; il conserve ce rapport dans la fente sphénoïdale. L'oculo-moteur externe plonge dans la profondeur du sinus caverneux, et se place entre l'artère carotide et le trijumeau. Ce dernier s'aplatit après son passage à travers la dure-mère et forme le ganglion de Casser, situé dans une légère excavation de la pyramide de l'os temporal. Des trois branches qui sortent du ganglion, la médiane seule, la branche ophthalmique de Willis, se rend dans l'orbite. Dans la partie antérieure du sinus caverneux, le nerf ophthalmique se rapproche sensiblement des nerfs précédents, et envoie à cliacun d'eux un mince filet qui explique la sensibilité, assez obtuse, il est vrai, des nerfs moteurs de l'œil.

L'œil et ses annexes reçoivent enfin de nombreux filets nerveux du grand sympathique, non-seulement des fibres vasomotrices qui ne font pas plus défaut à l'œil qu'à un autre organe, mais encore des fibres qui innervent un muscle intrinsèque de l'œil, le dilatateur de la pupille, et peut-être un muscle intrinsèque.

On connaît la richesse du plexus nerveux sympathique qui entoure l'artère carotide dans le sinus caverneux, c'est-à-dire tout contre le sommet de l'orbite, en un endroit vers lequel convergent tous les nerfs destinés à l'œil pour s'élancer dans l'orbite. Ce plexus carotidien est formé par des filets nerveux partis des ganglions cervicaux et qui pénètrent dans le crâne, appliqués sur l'artère carotide interne. Il envoie des rameaux bien sensibles à tous les nerfs oculaires, au nerf ophthalmique et aux divers nerfs moteurs; l'oculo-moteur externe surtout reçoit une branche volumineuse qui semble même avoir, jusqu'à un certain point, sous sa dépendance les contractions du muscle droit externe.

Outre les filets vaso-moteurs que nous venons de signaler, le plexus carotidien du grand sympathique donne naissance à un mince filet qui pénètre dans l'orbite à travers la fente sphénoïdale, et après un trajet considérable s'insère sur le ganglion optique [w?/. Sympathique (grand)].

XV. Distribution périphérique des nerfs oculaires. A l'extrémité antérieure du sinus caverneux, tous les nerfs qui se rendent dans l'orbite se sont rapprochés sensiblement, et s'élancent ainsi dans le tissu périostal de la fente sphénoïdale. Dans le voisinage du nerf optique, la lame périostale qui ferme la fente sphénoïdale a l'épaisseur considérable de plusieurs millimètres; elle est perforée de trous ou plutôt de canaux pour le passage des nerfs.

Le plus interne de ces canaux, le plus médian, est celui pour le passage du nerf oculo-moteur commun et de l'oculo-moteur externe; le nerf pathétique a un canal à part situé en dehors du précédent; enfin le nerf ophthal-

ŒIL (anatomie). 269

inique (branche ophthalmique du trijumeau) est le plus latéral de tous; il a lui aussi un canal à part situé en dehors et en bas de celui du pathétique.

Nerfs dans l'orbite. Une fois dans l'orbite, les nerfs changent de position les uns par rapport aux autres ; tandis que l'oculo-moteur commun poursuit sa route et pénètre à l'intérieur du cône musculaire, le pathétique passe au-dessus de lui et va se placer contre la paroi interne de l'orbite, où il se perd dans le corps du muscle grand oblique.

L'oculo-moteur externe conserve à peu près ses rapports avec l'oculo-moteur commun. 11 se résout bientôt en un pinceau de filets qui tous se perdent dans le muscle droit externe.

Voculo-moteur commun innerve plusieurs muscles, sa branche supérieure fournit un rameau au muscle releveur de la paupière supérieure et un autre au droit supérieur; la branche inférieure distribue des filets aux muscles droit interne, droit inférieur et petit oblique. Le filet du petit oblique se distingue des autres en ce qu'il émet, comme branche collatérale, un rameau qui va s'insérer, après un trajet de un millimètre seulement, dans l'angle inféiopostérieur du ganglion optique. C'est la racine motrice ou courte racine de ce ganglion.

Le nerf ophthalmique, première branche du trijumeau, un nerf essentiellement centripète, a une distribution assez compliquée. Déjà avant son entrée dans l'orbite, il a émis une branche récurrente pour la tente du cervelet ; elle ne nous intéresse guère. De plus il s'est subdivisé en trois branches terminales, les nerfs frontal, lacrymal et naso-ciliaire. Ce sont ces branches qui traversent la fente sphénoïdale, le tronc commun n'atteignant pas l'orbite. Le nerf frontal émet une branche interne, \e nerf sus-trochléateur (frontal interne). Il s'anastomose en une anse à convexité antérieure avec le nerf sous-trochléateur, branche du nasal, et cette anse anastomotique fournit, par des rameaux très-superficiels, à la partie interne de la paupière supérieure, à la peau de la racine du nez, aux sourcils et à la peau du front contre la ligne médiane (fig. 3, str. itr.). Le tronc du nerf frontal proprement dit, se dirigeant en avant, se divise en ses deux branches terminales, le sus-orhitaire (syn. frontal externe), et le frontal proprement dit (syn. frontal interne) [voy. Ophthalmique).

Le nerf lacrymal pénètre par un rameau supérieur dans la glande, à laquelle il fournit ainsi qu'à la conjonctive à ce niveau, et en sort à la face antérieure, subdivisé en un certain nombre de petits filets qui quittent l'orbite pour se jeter dans la peau de la tempe (fig. 3, la). Un filet inférieur fournit quelques branches à la glande lacrymale, et va former une anse remarquable avec le rameau orbitaire du nerf sous-orbitaire. Enfin, le mvi naso-ciliaire (syn. nerf nasal), la troisième branche terminale du nerf ophthalmique, aussitôt entré dans l'orbite, émet la racine sensitive ou longue racine du ganglion optique. Ce mince filet s'insère à l'angle supéro-postérieur du ganglion optique, et c'est par cette voie détournée qu'il gagne le globe oculaire. Le tronc du nerf naso-ciliaire émet un ou plusieurs rameaux qui se rendent directement à l'œil, assez près du nerf optique : ce sont les nerfs ciliaires longs (en opposition avec les nerfs ciliaires coui'ts qui sortent du ganglfon optique) qui arrivent donc à l'œil sans passer pai^ le ganglion optique. Après avoir fourni ces deux espèces de fibres pour le globe oculaire (rameaux directs et l'ameau indirect, celui-ci passant par le ganglion optique), le tronc du nerf naso-ciliaire se subdivise en nerf ethmoïdal ou nasal interne, et nerf sous-trochléateur ou nasal externe. Ce

270 ŒIL (anatomie).

dernier, après avoir fourni quelques filets à la muqueuse du sac lacrymal et à la conjonctive de l'angle interne de l'œil, s'anastomose avec le sus-trochléateur, branche du fiontal, formant ainsi une anse nerveuse. Le nerf ethmoïdal fournit à la cloison et à la muqueuse latérale des fosses nasales, jusqu'à la peau du bout du nez [î;oî/. Ophthalmique (nerfj].

Fie

Région oculaire vue du côté antérieur. Nerfs dans la peau des paupières.

str,itr, rameaux provenant de l'anastomobe du nerf sus-lrochléateur et du nerf sous-trochléateur. — fr, rameaux palpébraux du nerf frontal, tous dirigés latéralement. — so, nerf sus-orbitaire; il s'anïstomose avec le précédent. — la, branches terminales du nerf lacrymal. — s, rameaux du nerf sousorbitaire qui s'élèvent dans la paupière inférieure (Merkel).

Rappelons sommairement, et dans son ensemble, l'innervation motrice et sensible (celle-ci représentée dans la figure 5) des paupières. Le muscle orbiculaire est innervé par le facial, tandis que le muscle releveur de la paupière supérieure est innervé par l'oculo-moteur commun. Cette distinction est importante au point de vue de la symptomatologie des lésions des deux nerfs cités. La sensibilité des paupières et de la conjonctive est due pour la paupière supérieure à des rameaux terminaux du nerf ophthalmique. Les nerfs palpébraux supérieurs proviennent avant tout du nerf frontal fr et du nerf sus-orbitaire so, les deux branches terminales du frontal proprement dit. La partie interne, médiane, de la paupière supérieure, reçoit ses nerfs sensibles str, itr, de la part de l'anse anastomotique entre le nerf sous-trochléateur (provenant du frontal) et du sous-trochléateur (provenant du naso-ciliaire). Le nerf lacrymal, lui, ne paraît guère donner de filets à la paupière supérieure, il en fournit beaucoup à la conjonctive de cette paupière. La paupière inférieure reçoit ses nerfs sensibles de la part du nerf sous-orbitaire, dès sa sortie du canal sous-orbitaire. La conjonctive de la paupière inférieure est innervée par les mêmes filets.

XYI. Ganglion optique (syn. ganglion ophthalmique, ganglion ciliaire) et

ŒIL (anatomie). 271

nerfs ciliaires. Aux deux angles antérieurs du ganglion optique sortent les nerfs ciliaires courts qui, mêlés aux nerfs ciliaires longs, venus du nerf nasociliaire, perforent la sclérotique un peu obliquement et arrivent avec eux dans l'espace suprachoroïdien. Tous ensemble se creusent des sillons dans la sclérotique et n'envoient que quelques filets très-minces à la cboroïde. Arrivés à l'extrémité postérieure du corps ciliaire, vers lequel ils tendent tous, ces nerfs se subdivisent en forme de pinceaux, et se perdent la plupart dans le muscle, en suivant une direction équatoriale.

Ainsi beaucoup de fibres nerveuses ciliaires trouvent leur terminaison dans le muscle ciliaire ; mais un grand nombre de rameaux en sortent et vont se rendre dans l'iris surtout, quelques-uns dans la cornée transparente. Les derniers, destinés à la cornée, ont été l'objet de recherches récentes de Koenigstein (Wiener Sitzb., t. LXXVI, 5'"« fasc, p. 37, 1877).

Les nerfs qui se rendent au corps ciliaire et à l'iris ne pénètrent pas tous dans l'œil à son pôle postérieur. Du nerf lacrymal entre autres partent quelques filets qui perforent la sclérotique en avant de l'équateur bulbaire et pénètrent directement dans les muscles ciliaires.

Enfin, le ganglion optique envoie quelques filets vaso-moteurs dans le nerf optique, qui suivent les vaisseaux centraux de la rétine au moins jusque dans la papille du nerf (Krause).

XVil. Vaisseaux sanguins de l'œil et de ses annexes. Artères. Le bulbe oculaire et la plupart de ses annexes reçoivent le sang artériel de la carotide interne, par l'intermédiaire de l'artère ophthalmique, qui s'en détache dans le crâne, de la convexité de son second coude, tout près du trou optique, pénètre dans l'orbite par ce dernier et fournit par ses subdivisions les organes intraorbitaires.

Les paupières, au contraire, reçoivent la plus grande quantité de leur sang artériel par les artères temporale et faciale, branches de la carotide externe. Dans l'épaisseur des paupières, les ramuscules provenant de ces deux sources différentes s'anastomosent fréquemment, et ainsi se trouve établie une anastomose importante entre les subdivisions de l'artère carotide interne et de la carotide externe.

L'artère ophthalmique est pour nous de loin la plus importante, puisqu'elle fournit à elle seule au globe oculaire et à la plupart de ses annexes.

Les subdivisions de l'artère ophthalmique, logées dans le tissu cellulo-graisseux de l'orbite, se distinguent de la plupart des artères du corps par des particularités importantes : elles ont des parois minces, délicates, suivent un trajet flexueux, et ne sont reliées aux tissus ambiants que par des liens très-làches. Les deux dernières dispositions, on le conçoit, leur permettent de suivre plus ou moins, et sans tiraillement excessif, les mouvements rotaloires du bulbe [voy. Ophthalmiqoe [Artère)].

XYIII. Veines. Les veines de l'œil et de ses annexes ne correspondent pas tout à fait aux artères, en ce sens que chaque artère serait accompagnée d'une ou de plusieurs veines. De plus, le plus grand nombre des veines de l'appareil visuel vont se déverser dans un des sinus veineux de la dure-mère, le sinus caverneux. Cette particularité imprime à la circulation de l'œil un cachet tout particulier, très-important. Nous distinguons dans l'orbite deux grandes voies veineuses, représentées par la veine ophthalmique supérieure et la veine ophthalmique inférieure, celle-là recueillant le sang de la partie supérieure, celle-ci de

272 ŒIL (anatomie).

la partie inférieure de l'orbite. On les étudiera avec les développements nécessaires à l'article Ophthalmiques (Vaisseaux).

XIX. Circulation sanguine du globe oculaire. La circulation sanguine dans le globe oculaire se divise naturellement en deux grands systèmes, très-indépendants l'un de l'autre : le système des vaisseaux rétiniens, et celui des vaisseaux ciliaires (ou de la tunique vasculaiie de l'œil). — Un caractère anatomique commun à toute la vascularisation intérieure de l'œil est l'existence de gaines périvasculaires autour des petits vaisseaux. 11 en est ainsi des vaisseaux rétiniens, et même des capillaires eux-mêmes. Les vaisseaux choroïdiens, surtout les ar. tères, ont une série de gaines périvasculaires imbriquées. Les capillaires choroïdiens au contraire ont une paroi endothéliale unique. Il serait impossible de donner ici une idée de la distribution des vaisseaux sanj^uins sans envaser

u Ou

à fond la description de l'artère et de la veine ophtlialmiques. Nous renvoyons donc à cette description (î;oî/. Ophthalmique).

XX. Nous arrivons au caiial de Schlemm, dont la fonction est encore si obscure. Sur une coupe méridionale à travers le corps ciliaire, la sclérotique et la cornée, on voit toujours (fig. i c. Schl) la section d'un ou plusieurs canaux, située contre la face interne de la sclérotique, tout contre la périphérie cornéenne, en dehors du ligament pectine de l'iris et du tendon du muscle ciliaire. Les trabécules du ligament pectine passent en dedans de ce canal pour aller s'insérer dans la membrane de Descemet. — Le fait est que cette section appartient à un canal circulaire, entourant la périphérie cornéenne. On peut l'injecter et par les artères, et par les veines, et alors on trouve qu'il se compose de plusieurs canaux anastamosés en plexus. La disposition diffère du reste sur l'étendue du canal; par endroits il n'y a qu'un seul tube plus grand (0,50'"'"), dans lequel on peut introduire une petite canule et l'injecter. Le liquide injecté passe les veines ciliaires antérieures.

Le canal de Schlemm n'est donc pas un canal unique, mais un plexus de canaux anastomosés, comme Rouget l'a démontré le premier.

Les résultats des injections, signalés déjà, et le fait que dans certains cas, chez des pendus entre autres, on a trouvé le canal de Schlemm rempli de sang, l'ont fait considérer comme un canal veineux. Cette opinion, du reste, est renforcée encore par les recherches anatomiques de Leber, qui a trouvé que les veines perforantes, provenant du muscle ciliaire, communiquent avec le canal par une vingtaine de petits rameaux. Ces veines perforantes, du reste, constituent elles-mêmes un plexus de veines anastomosées, étendu à travers toute l'épaisseur delà sclérotique, et qui se déverse dans les veines ciliaires antérieures. Leber a trouvé aussi que des veinules venues du tissu sclérotidien débouchent dans le canal de Schlemm.

A la suite de ses injections dans la chambre antérieure, Schwalbe a conclu que le canal de Schlemm n'était pas un canal veineux, mais un canal lymphatique, communiquant par les veines perforantes avec les veines ciliaires antérieures. Cet auteur, en injectant dans la chambre antérieure une solution de carmin, a rempli le canal de Schlemm, les veines ciliaires antérieures et les veines conjonctivales antérieures. Il suppose donc une ouverture béante entre la chambre antérieure et le canal de Schlemm, qui serait le débouché de l'humeur aqueuse. Au sortir du canal de Schlemm, l'humeur aqueuse arriverait, par des rameaux communicants, dans les veines ciliaires antérieures. Comme en règle générale le canal de Schlemm ne renferme pas de sang sur le ca-

ŒIL (akatomie). 275

davre, il faut supposer que par un mécanisme valvulaire, situé probablement dans les rameaux communicants, le sang veineux ne peut pas y refluer, tandis que l'humeur aqueuse peut s'écouler dans les veines. L'auteur en question n'a pas cependant réussi à découvrir de telles valvules.

Les idées de Schwalbe ont été combattues par Leber, d'après lequel les substances dialysables seules, étant injectées dans la chambre antérieure, rempliraient le canal de Schlemm, les veines ciliaires et les veines conjonctivales. Tel est le cas pour une solution de carmin; un corps non dialysable, colloïde, par exemple, une solution de bleu de Prusse, ne remplirait ni le canal de Schlemni ni les veines conjonctivales.

Leber combat donc l'existence de communications ouvertes entre le canal de Schlemm et la chambre antérieure. D'après lui, si le liquide passe dans les veines, c'est à la suite d'une infdtration interstitielle dans le ligament pectine.

Tout récemment, Ileisrath, en répétant les injections dans la chambre antérieure, a confirmé la manière de voir de Schwalbe, savoir : l'existence d'une ouverture béante qui permettrait à l'humeur aqueuse de passer directement dans le système veineux. L'auteur en question a injecté sous une pression continue, sur le vivant et sur le cadavre, dans la chambre antérieure, non-seulement du bleu de Prusse, mais mêm.e du cinabre suspendu dans un liquide. Or, même sur le vivant (chiens, lapins, grenouilles), une pression ne dépassant pas la tension intra-ociilaire normale fiit passer ces substances dans les veines ciliaires antérieures.

Mentionnons ici que chez les animaux le canal de Schlemm a une tendance à disparaître. Chez les mammifères supérieurs, il affecte plus encore que chez l'homme le caractère de plexus; pins bas dans la série, il n'existe plus comme tel. — On ne conl'ondra pas le canal de Schlemm (nous avons déjà insisté sur ce point), comme cela a été fait si longtemps, avec le canal de Fontana. Ce dernier est une formation décrite chez le bœuf, et n'existe pas chez l'homme : c'est tout simplement une lacune plus forte, sous forme de canal circulaire, circonscrite par les trabécules du ligament pectine de l'iris. Ou le confondra encore moins avec le canal de Hovius, qui est une veine choroidienne du bœuf, circulaire autour de l'œil, et située au niveau de l'ora serrata.

XXI. Lymphalicjues de l'œil. On n'a découvert des vaisseaux lymphatiques véritables, tels qu'on est habitué à les voir dans d'autres endroits du corps, que dans la conjonctive. Le globe oculaire proprement dit, avec ses trois tuniques, semble en être dépourvu. Mais la question des lymphatiques oculaires a acquis un intérêt palpitant, depuis que des recherches l'écentes ont démontré dans l'œil et dans ses annexes plusieurs cavités, tapissées par des revêtements endothéliaux, et comparables par conséquent aux cavités séreuses du corps, dont on connaît la communication directe avec la lumière des canaux lymphatiques. Quelques-unes des cavités signalées dans l'œil, celles dans le tronc du nerf optique, communiquent même largement avec les espaces sus et sous-arachnoïdiens des centres nerveux, dont on connaît aussi les communications avec le système lymphatique.

Le système des lymphatiques de la conjonctive bulbaire, qui est nourri par la lymphe de la cornée transparente et d'une portion de la sclérotique, présente une disposition différente dans le limbe conjonctival et dans le reste de son étendue. Dans le limbe conjonctival, on trouve un réseau très-développé de

OICT. ENC. 2° s. XIV. 18

274 ŒIL (anatojme).

vaisseaux lymphatiques, renflé aux points anastomotitjties, ei qui en arrière se continue avec le réseau plus lâche du reste de la conjonctive et situé dans cette membrane. Les troncs lymphatiques de la conjonctive gagnent les deux angles de l'œil. Du côté de la cornée, le léseau lympliatique paraît communiquer avec les tubes cornéens interstitiels; au moins on peut injecter le réseau lymphatique de la conjonctive en poussant une injection entre les lamelles cornéennes. Waldeyer dessine ici la communication directe entre les corneal tubes et le réseau lymphatique du limbe. D'après tiaehlmann et Leber, les corneal tubes se prolongeraient jusque entre les cellules épitliéliales de la cornée.

Le réseau lymphatique de la conjonctive bulbaire est de plus en communication avec les canaux interstitiels de la sclérotique, qu'on rend visible à l'aide du nitrate d'argent d'après la méthode de Recklinghausen.

Quant aux sacs séreux et lymphatiques, qui jouent un si grand rôle dans les publications récentes, nous avons en premier lieu la chambre antérieure, tapissée sur ses parois par une couche continue d'endothélium, et à laquelle fait suite la chambre postérieure. L'humeur aqueuse est considérée commue un liquide lymphatique. Nous venons de parler des travaux de Schwalbe, de Leber et de Heisrath, qui s'occupent des débouchés de l'humeur aqueuse.

L'espace suprachoroïdicn de Schwalbe offre tout à fait la structure des espaces lymphatiq ues, de même que la fente de la capsule de Tenon. Une injection poussée dans l'espace supraclioroïdien passe autour des veines vorticineuses à travers la sclérotique et arrive dans la capsule de Tenon. Une injection poussée dans l'espace sus-arachnoïdien du cerveau passe dans les espaces correspondants entre les gaines du nerf optique, et, d'après Schwalbe, finirait par s'infiltrer jusque dans la capsule de Tenon. Knfin, les recherches si étendues de Axel Koy et Retzius avant tout ont démontré un système très-développé de canaux lymphatiques dans le tronc du nerf optique, entre les fibres nerveuses, système qui se continue à travers la lame criblée jusque dans la rétine. Du côté du cerveau ce système lymphatique entre les fibres nerveuses communique avec les espaces sous-arachnoïdiens, à partir desquels il peut être Injecté {voy. l'article Nerf optique).

Il ne faut pas cependant oublier qu'en caractérisant les espaces en question (suprachoroïdicn, capsule de Tenon et chambre antérieure) comme appartenant aux voies lymphatiques on s'est presque uniquement guidé sur leurs revêtements endothéliaux. On ne sait à peu près rien de la circulation lymphatique (si tant est qu'elle existe) dans ces espaces. Il nous semble qu'en présence des découvertes morphologiques récentes que nous venons de signaler on a une tendance à trop oublier le rôle principal, incontestable, des fentes en question, et qui est de favoriser certains glissements, certains déplacements de parties : de l'iriij dans la chambre antérieure, de la choroïde à la face interne de la sclérotique, du bulbe oculaire dans son ensemble dans la capsule de Tenon, et du nerf optique dans ses gaines, lors des déplacements du regaid.

L'interprétation constante des découvertes récentes en question étant admise, on ne saurait méconnaître que pour la circulation lymphatique l'œil se rapproche beaucoup du cerveau. Gomme dans ce dernier, le système des fentes interstitielles et des espaces lymphatiques tend à remplacer les vaisseaux lympha^ tiques proprement dits. L'analogie va plus loin encore : de même que les vaisseaux sanguins du système nerveux central, ceux de la rétine et de la choroïde

(EiL (physiologie). 275

sont entourés de gaîues périvasculaire>, qu'on croit avoir un rapport intime avec la circulation lymphatique.

g II. Physiologie. Entendue dans le sens le plus lar^e, la physiologie do l'œil comprend l'ensemble des fonctions de l'organe : a fonctions nutritives, comme pour tout organe du corps; b fonctions sp^'cifiques, consistant dans l'excitation de l'appareil terminal du nerf optique. A ces deux rubriques il faut ajouter c les conditions de réfraction de la lumière dans les milieux transparents de l'œil; la lumière, l'excitant presque exclusif du nerf optique, est influencée d'une manière très-im|Jortante par les milieux transparents, avant d'arriver sur la rétine; enfin r/ la motilité de l'œil est importante à considérer, car les notions variées que notre organe visuel nous doiniL; sur les rapports des objets extérieurs supposent certains mouvements qu'exécute le globe oculaire.

La marche des rayons lumineux dans l'œil jusqu'à la rétine est traitée dans les articles Réfraction, muscle Ciliaire, Accommodation, etc. ; les processus spécifiquHS qui se passent dans la rétine lors de l'excitation du nerf optique forment le sujet de l'article Rétine, et enfin les phénomènes centraux et une grande partie des mouvements oculaires reviennent à l'article Vision.

Il reste donc à traiter des conditions de nutrition de l'œil et de ses organes particuliers, et jusqu'à un certain point des mouvements du globe oculaire. Nous ajoutons à cette étude quelques considérations sur la marche des rayons lumineux dans les milieux transparents que nous avons fait connaître. On verr.i qu'elles ne font pas absolument double emploi avec les remarques déjà présentées aux articles spéciaux Cornée, Cristallin.

I. Conditions de nutrition de Vœil. La nutrition do l'œil et de ses différentes parties étant soumise aux lois générales de la nutrition de nos organes, elle dépend en grande partie de la disposition des vaisseaux sanguins. Or, la circulation oculaire dans son ensemble se distingue en ce qu'elle est bien isolée, ne communique que très-indireclemenl avec celle des organes voisins. Il doit en résulter, au point de vue de la nutrition, une indépendance relative de l'œil vis-à-vis du reste du corps. Cette vérité est reconnue depuis longtemps, et dans les temps où la médecine était dominée encore par certaines spéculations philosophiques, on aimait à comparer l'œil à un microcosme dans le macrocosme constitué par le corps entier.

Cependant l'indépendance relative de l'œil n'est que très-superficielle ; on n'a pas tardé à reconnaître qu'il ne se ressent que trop des altérations générales et même partielles survenant dans le reste du corps. Aujourd'hui, nous sommes même à nous demander si la nutrition de l'œil ne se ressent pas plus de l'état momentané des différentes parties du corps que n'importe quel autre organe. On n'a, pour s'en convaincre, qu'à ouvrir un traité de pathologie ophthalmologique, et dans la plupart des rubriques « étiologie » on trouvera consignés les étals pathologiques les plus divers, soit de l'organisme dans son ensemble, soit de certains organes spéciaux. V.i qu'on ne dise pas qu'il en est ici de l'étiologie comme dans beaucoup de parties de la pathologie, qu'elle est très-incertaine et établie trop à la légère. Il n'y a pas si longtemps encore, on avait en ophthalmologie, sous l'influence du cachet de science exacte que cette discipline avait prise, fait plus ou moins table rase de la vieille liste étiologique. Néanmoins, l'observation clinique tend aujourd hui à faire rentrer peu à peu dans la liste des facteurs étiologiques un grand nombre d'affections moibides du reste du corps.

'iTO ŒIL (phïsiologik).

L'explication de celte sensibilité de l'œil aux perturbations les plus diverses du reste du corps se trouve probablement dans sa constitution anatomique. Tous les tissus du corps sont en somme représentés dans l'une ou l'autre partie de l'oeil. Le système nerveux spécialement l'est à un degré peut-être plus prononcé que dans n'importe quel autre organe périphérique, et nous connaissons la sensibilité du système nerveux aux moindres causes nuisibles. Six paires nerveuses encéphalo-rachidiennes se rendent à l'œil, et, de plus, de nombreux et importants rameaux du grand sympathique; une tunique entière de l'œil n'est en quelque sorte formée que par du tissu nerveux.

Comme caractères généraux de la circulation sanguine ocuLiire, nous avons à signaler, outre son isolement prononcé, le fait que tout l'arbre vasculaire intra-oculaire se trouve constamment sous une pression considérable. Cette tension, contre-balançant plus ou moins la pression intra-vascuiaire, introduit certainement dans la circulation des modilicalions imparlaitement connues encore dans leur essence et dans leurs conséquences.

Enfin, la disposition particulière du système lymphatique influe sans doute d'une manière puissante, mais peu connue, sur la nutrition oculaire dans son ensemble. Nous renvoyons à la description des voies lymphatiques, et nous nous bornerons ici à la caractériser à grands traits. D'une manière générale, il y a dans le système lymphatique de l'œil, de même que dans celui du système nerveux central, une tendance à remplacer les vaisseaux lymphatiques ordinaires par des fentes interstitielles ou lacunes lymphatiques. Des vaisseaux lymphatiques n'existent que dans la conjonctive, ils semblent recueillir, outre la Ivmphe conjonclivale. celle de la cornée transparente et celle de la partie antérieure de la sclérotique. Des injections poussées dans les tubes interstitiels cornéens remplissent les vaisseaux lymphatiques de la conjonctive ; ces tubes, d'après k description de Waldeyer, seraient avant tout des prolongements des vaisseaux lymphatiques. — Une injection poussée dans la chambre antérieure (même du cinabre on suspension) passe dans les vaisseaux ciliaires antérieurs. Étant donc admis que la chambre antérieure est un espace lymphatique, il communique par des bouches béantes avec le système veineux. Une injection poussée dans l'espace suprachoroïdien passe dans la capsule de Ténoii à travers des canaux qui entourent les veines vorticineuses, à leur passage à travers la sclérotique. Inver.'ement, on peut remplir l'e-pace suprachoroïdien en injectant la capsule de Tenon. — On ne sait pas quelle voie ultérieure prend la lymphe, une fois qu'elle est parvenue dans la capsule de Tenon ; l'injection ne révèle pas dans celle-ci les débouchés lymphatiques. — Mais une injection poussée dans l'espace inlcrvaginal du nerf optique passe à travers les fentes de la gauie externe du nerf optique dans la capsule de Tenon, et de liî dans l'espace suprachoroïdien. — L'espace inlerva.yinal du nerf optique est une fente lymphatique communiquant largement avec l'espace subdui'al intra-crànien. — Sous la gaine interne du nerf optique existe une fente en communication avec les espaces sous-araclmoïdiens du cerveau ; et dans l'intérieur du nerf optique, entre les fibres nerveuses, nous avons un système de lacunes lymphatiques, surtout bien développé dans la lame criblée, également en communication avec les espaces sous-arachnoïdiens du cerveau.

Nous allons insister davantage sur la nutrition de certaines parties de l'œil ; sur ce terrain, nous sommes à même de formuler quelques résultats importants, tirés pour la plupart de la disposition anatomi(|ue des vaisseaux.

(EIL (physiologie). 277

|[. Nutrition de la tunique fibreuse de Vœil : sclérotique et cornée. Les échanges nutritifs paraissent se réduire à peu de chose dans la sclérotique proprement dite. Le rôle de cette membrane, rôle uniquement de charpente, ne demande du reste pas la dépense de force vive. Les vaisseaux sanguins y sont très-rares : à l'oeil nu, la membrane est blanche.

D'accovd avec cela, nous voyons que les solutions de continuité et les pertes de substance ne guérissent que difticilemciil, et jamais par régénération de tissu ; l'occlusiou a lieu par interposition d'une cicatrice, d'une substance intercalaire, comme on dit, et qui ne ressemble pas du tout au tissu sclérotidien normal. — Pour sa nutrition, la sclérotique se place donc sur un même niveau avec les membranes fibreuses, les fascias et les tendons.

En un endroit cependant de la surface sclérolidienne on trouve un réseau vasculaire des plus développés : nous voulons parler des vaisseaux épisclérotidiens, qui entourent la périphérie cornéenne. Mais ce luxe vasculaire n'a rien à faire avec la sclérotique proprement dite : les vaisseaux épisclérotidiens sont destinés avant tout à la nutrition de la cornée.

La cornée transparente, quoique dépourvue de vaisseaux sanguins, paraît être le siège de processus nutritifs très-intenses. Des troubles nutritifs y apparaissent et disparaissent avec une très-grande facilité ; des pertes de substance notables se comblent par l'apparition d'un tissu de nouvelle formation, analogue au tissu cornéen normal ; de grandes solutions de continuité se ferment très-rapidement. Aussi, quoique la membrane elle-même soit dépourvue de vaisseaux, elle a cependant dans le réseau péricoinéen si développé une riche source de sucs nutritifs. C'est que les tubes cornéens interstitiels prolongent en quelque sorte dans la cornée le réseau vasculaire en question.

Ce que nous venons de dire n'a pas été admis toujours, et ne l'est pas encore aujourd'hui jiar tout le monde. A un certain moment de date relativement récente, les idées régnantes en physiologie avaient fait admettre que des plaies d'un organe dépourvu de vaisseaux sanguins guérissaient moins facilement que celles d'un organe vascularisé. Dans certains procédés opératoires donc, on évitait soigneusement la cornée, et on cherchait à pratiquer les plaies dans la sclérotique. L'expérience, d'accord avec ce que nous avons dit plus haut au sujet des échanges nutritit's dans la sclérotique, a démontré suffisamment que les plaies sclérotidiennes guérissent toujours difticilement et d'une manière trcs-incomplète, à l'opposé de ce qu'on remarque pour la cornée. Aussi lâchet-on aujourd'hui de mettre autant que possible les plaies opératoires dans le tissu cornéen.

Le réseau péricornéen, quelque riche qu'il soit, n'est pas la seule source de nutrition pour la cornée. Des raisons puissantes nous obligent à admettre que l^s lamelles cornéennes antérieures, et surtout l'épithélium cornéen, tirent leurs sucs nutritifs en partie des vaisseaux conjonctivaux , et que les lamelles cornéennes postérieures ont avec l'iris et le corps ciliaire quelques rapports nutritifs plus directs encore que par la voie détournée des artères perforantes et du grand cercle artériel de l'iris.

Pour ce qui est des plans cornéens postérieurs, les faits que nous avons on vue sont les suivants : 1" Dans bon nombre de cas d'iritis, et surtout d'iridocyclite, on y voit survenir des troubles diffus, qui ne sont pas l'expression d'un dépôt iridien sur la membrane de Descemet, mais qui siègent réellement dans les plans cornéens postérieurs. 2" Chaque fois qu'un processus pathologique

278 ŒIL (l'Hïsioj.oGii:).

atteint les plans cornéens postérieurs, l'iris se prend également : on observe au moins une congestion de l'iris et du corps ciliaire. 3' Nous verrons à l'article Embryologie que primitivement les vaisseaux du corps ciliaire s'avancent jusque dans les plans cornéens postérieurs, qui sont alors une continuation de la choroïde, au même titre que le reste de la substance propre de la cornée est une continuation de la sclérotique. i° Enfin, nous avons vu que réellement des vaisseaux, capillaires, il est vrai, venus du coté du corps ciliaire, s'avancent dans les plans postérieurs de la sclérotique jusque contre la cornée ; dans des cas pathologiques ils envahissent même cette dernière.

La nutrition des quelques plans cornéens antérieurs et de i'épithélium cornéen est manifestement plus ou moins sous la dépendance des vaisseaux conjonctivaux antérieurs, et même des postérieurs. Nous n'avons qu'à rappeler ici les processus granuleux et phlycténulaires, qui passent si facilement de la conjonctive sur la cornée, et qui alors siègent uniquement dans les plans cornéens antérieurs. Dans beaucoup de ces cas l'œil nu suffit pour démontrer que les vaisseaux de nouvelle formation sont la continuation directe des vaisseaux conjonctivaux. Le pathologiste est autorisé à parler d'une conjonctive cornéenne, et cela d'autant plus qu'une affection tout à fait caractéristique siège exclusivement dans le domaine des vaisseaux conjonctivaux antérieurs : plans cornéens antérieurs et conjonctive autour de la cornée; nous voulons parler des conjonctivites et des kératites phlycténulaires. — D'ailleurs l'embryologie explique ce rapport nutritif entre la conjonctive et les plans cornéens antérieurs : dans un stade assez avancé de la vie intra-utérine, quand la cornée est encore vascularisée, la conjonctive cornéenne est assez bien différenciée de la substance propre de la cornée, et elle reçoit ses vaisseaux sanguins uniquement de la conjonctive, alors que les vaisseaux de la substance propre arrivent de la sclérotique. La disposition des vaisseaux conjonctivaux antérienrs dans la vie extra-utérine, leur provenance des vaisseaux ciliaires antéi'ieurs, ne soustraient donc pas la conjonctive cornéenne à Tinfluence de la conjonctive bulbaire.

Mentionnons encore les recherches de Raehlmaun {Arcli. f. Ophth., t. XXIII, 1, p. 182) et de Leber (ibidem, t. XXIY, 1, p. 252), qui ont rempli un système de canalicules inlercellulaires dans I'épithélium cornéen, en faisant des injections interstitielles dans la substance propre de la cornée : les sucs nutritifs arriveraient donc de la substance propre dans I'épithélium.

lU. La nutrition de la tunique vascidaire de l'œil. L'anatomie pure nous y a révélé deux territoii'es de circulation bien distincts [voy. Ophthalmique) : un postérieur, comprenant Ja choroïde proprement dite, et un antérieur, comprenant le corps ciliaire (processus et muscle) et l'iris. Il est suffisamment démontré par des faits cliniques que ces deux territoires (ciliaires antérieur et postérieur) sont jusqu'à un certain point indépendants dans leurs processus nutritifs. Une inflammation dans l'un peut poursuivre son évolution entièie ou en partie, sans que l'autre soit intéressé; on peut même dire que telle est la règle générale.

D'abord, le territoire postérieur prête à des considérations du plus haut intérêt. Nous avons vu que les vaisseaux les plus gros se distribuent dans une couche choroïdienne externe, pigmentée, et que les capillaires sont relégués dans une couche interne, non pigmentée. Nous avons de jdus insisté sur le grand développement du réseau capillaire en question, comparable au moins à celui des alvéoles pulmonaires; ses capillaires sont extrêmement larges; il est

ŒIL (physiologie). 279

le plus serre en arrière, au pôle postérieur de l'œil, et cesse complètement à loin serrata, avec les éléments nerveux de la rétine.

Certes, un réseau capillaire si développé, qui ne trouve son pareil que dans le poumon foù les échanges nutritifs sont si intenses), n'est guère nécessaire pour les besoins nutritifs de la choroïde proprement dite, dont les fonctions se réduisent en somme à absorber physiquement les rayons lumineux qui pourraient gêner la vision ; les libres musculaires sont en effet reléguées dans le corps ciliaire. Or, cette absorption de lumière, quelque utile qu'elle soit à l'acte de la vision, n'est pas essentielle, puisque les albinos peuvent voir très-bien ; dans tous les cas, elle n'est pas de l'ordre des faits demandant la dépense de forces vives, et partant des échanges nutritifs.

Le paradoxe disparaît avec l'hjpolhèse suivant laquelle la profusion des capillaires et vaisseaux choroïdiens n'a pas pour but la nutrition de la choroïde, mais celle d'un organe voisin. Cette hypothèse, que nous croyons pouvoir étajer de preuves suffisantes, est pour ainsi dire dans l'esprit de tout ce que nous savons sur le fonctionnement des différentes parties de l'œil, et néanmoins on cheicherait en vain, dans les diverses publications, une formule qui exprimât nettement la chose.

Naturellement, il ne suffit pas de signaler un organe voisin de la choroïde qui reçoive de celle-ci ses matériaux nutritifs en tout ou en partie. 11 faut la présence d'un foyer où les échanges nutritifs sont assez intenses pour expliquer la richesse extraordinaire des vaisseaux choroïdiens. Or, à la face interne de la choroïde, dans le voisinage immédiat de la chorio-capillaire, nous trouvons la rétine, ou plutôt les couches rétiniennes externes dépourvues de vaisseaux et qui, d'après tout ce que nous savons, sont le siège d'échanges nutritifs trèsintenses. L'hypothèse d'après laquelle la chorio-capillaire est avant tout, sinon exclusivement destinée à lu nutrition de la rétine, explique seule la disposition anatomique si singulière : réseau capillaire des plus développés à la face interne de la choroïde, étendu seulement jusqu'à l'ora serrata, limite antérieure des éléments nerveux de la rétine, et plus serré en arrière, au niveau de la zone rétinienne la plus sensible, c'est-à-dire qui, fonctionnani le plus, est aussi le siège des échanges nutritifs les plus intenses. Des faits pathologicjues viennent corroborer cette idée : les choroïdites disséminées affeclent dès leur début la fonction des cônes et des bâtonnets, surtout le sens de lumière, tout à fait comme les rétinites des couches externes, lu point de vue de la physiologie, il est certain que chez les animaux où la rétine est dépourvue de vaisseaux sanguins les vaisseaux choroïdiens doivent y suppléer. A part quelques mammifères supérieurs (le porc entre autres), l'absence de vaisseaux rétiniens est la règle dans toute la série vertébrée. Et comme il n'y a qu'une catégorie de poissons, certains reptiles et batraciens, qui ont un réseau vasculaire dans les couches périphériques du corps vitré, il faut bien admettre que la rétine doive soutirer ses matériaux nutritifs, chez la plupart des animaux, à la choroïde ; et cela est même infiniment probable pour les animaux dont le corps vitré est vascularisé. 11 est donc tout naturel d'admettre qu"il en est de même jusqu'à un certain point de la rétine humaine, dont les vaisseaux, toujours assez rudimentaires et relégués dans les couches internes, sont les analogues des vaisseaux du corps vitré de certains animaux. Enfin, et cet argument est très-puissant, les recherches récentes de BoU et de Kùhnne ont démontré que, sous l'influence de la lumière, il se produit un changement chimique dans une

280 ŒIL (physiologie).

substance particulière, localisée dans les cônes et les bâtonnets, et que la régénération de cette substance (érylliropsine) ne se fait que par le fait du contact entre la rétine et la cboroïde.

On revendique encore pour la circulation clioroïdienne une influence sur la nutrition du corps vilré et indirectement sur la pression intra-oculaire. Cependant les raisons invoquées à l'appui de cette hypothèse, vues d'un peu plus près, perdent beaucoup de leur poids. Les choroïdi'.es finissent bien à la longue par influencer la pression intra-oculaire, mais il est plus que probable que c'est par voie indirecte, en intéressant secondairement le corps ciliaire, dont l'influence sur la nutrition du corps vitré est bien connue. D'accord avec cola, nous trouvons que les choroidites simples, dites disséminées, quoique influençant les cônes et les bâtonnets (les choroidites abaissent dans une mesure trèsforte la sensibilité de l'œil à la lumière), ne retentissent guère sur le corps vitré : témoin la transparence si parfaite de ce dernier dans la plupart des choroidites simples.

Etant admis que la nutrition du corps vitré soit sous la dépendance des vaisseaux choroïdiens, songeons que dans ce cas les sucs nourriciers, pour arriver dans le corps vitré, devraient traverser la rétine, et il en serait de même pour les résidus de la nutrition, qui suivraient la voie inverse. Or, on se figure difficilement que la rétine, cette membrane nerveuse si délicate, soit exposée à des insultes pareilles, uniquement dans le but de nourrir un tissu d'une dignité histologique inférieure, tel que le coips vitré.

Nous pourrions même, dans cet ordre d'idées, faire un pas de plus, et conclure de la richesse exceptionnelle du système vasculaire de la choroïde que les échanges nutritifs dans les couches externes de la rétine doivent être beaucoup plus intenses qu'on ne le croit communément.

La circulation choroïdienne, comme nous l'avons vu, affecte un rapport de continuité avec la circulation de la papille du nerf optique. De là aussi que ks processus morbides choroïdiens retentissent sur cette dernière : et comme la circulation choroïdienne est cachée (à l'examen ophthalmoscopique) par le pigment rétinien, l'examen de la papille du nerf optique peut fournir un signe important de diagnostic. Ed. Jaeger a même démontré qu'où peut distinguer, à l'ophthalmoscope, l'injection choroïdienne de la papdle de rinjeclion provenant d'une autre source.

Tout en étant très-indépendante de celle du corps ciliaire, la circulation choroïdienne ne l'est pas cependant d'une manière absolue, comme du reste cola ressort des rapports anatomiques. Aussi voyons-nous quelquefois des processus pathologiques de la choroïde se propager au corps ciliaire et inversement .

Le territoii'e de la circulation ciliaire antérieure comprend le corps ciliaire el l'iris, et plus indirectement la cornée transparente. Elle acquiert toutefois son plus grand développement dans le procès ciliaire.

Il s'agit avant tout de connaître la signification physiologique de cette vascularisation extrême des procès ciliaires. Elle n'est certes pas nécessitée pour la nutrition des procès, dépourvus d'éléments contractiles, et ne demandant guère une nutrition active. Des faits nombreux démontrent que les procès sont les organes sécréteurs principaux, sinon uniques, de l'humeur aqueuse. Le plus démonstratif est bien fourni par les cas d'adhérences circulaires entre l'iris et le cristallin. Dans ces cas, la périphérie de l'iris est projetée en avant, contre

lEIL (PIIYSIOLOGIIC). 281

la cornée. Quoi de plus simple que d'admettre que riiumeur aqueuse, sécrétée par les procès ciliaires, et ne pouvant plus s'écouler par la pupille, distend la cliambre postérieure et projette la périphérie de l'iris en avant? La distension de la chambre postérieure dans les cas de ce genre est du reste mise hors de doute par des recherches anatomiques. A cela il faut ajouter que les inflammations du corps ciliaire produisent toujours une diminution de la tension intra-oculaire, ce qui sans doute tient à une obhtérution plus ou moins complète des voies de sécrétion de l'humeur aqueuse (nous verrons en effet que l'humeur aqueuse est le facteur principal dans la production de la tension intra-oculaire).

La circulation ciliaire antérieure a de plus sous sa dépendance, selon toutes les apparences, la nutrition du cristallin et du corps vitré : témoin les troubles du corps vitré et du cristallin à la suite de cyclite *.

11 n'est guère besoin d'insister sur les liens nutritifs existant entre l'iris et le corps ciliaire d'une part, la sclérotique et la cornée d'autre part. Ces liens, prouvés suffisamment par l'expérience clinique, ressorlent du reste de la descriplion anatomique qui précède.

IV. La nutrition de la rétine, en tant qu'elle dépend des vaisseaux rétiniens, a un intérêt puissant pour le physiologiste aussi bien que pour l'ophthalmologiste, parce que c'est le seul endroit du corps oii la circulation est parfaitement visible.

La circulation rétinienne offre les caractères suivants : 1 " Les vaisseaux de la rétine n'aflectent aucun rapport avec la circulation des organes environnants, excepté par l'intermédiaire de la papille. Nous avons vu (art. Odithalmiqck) <jue le réseau vascuLiiie rétinien se continue dans celui du nei'f optique, et que le dernier réseau, au niveau de la lame criblée, communique avec celui de la choroïde, et surtout par l'intermédiaire du cercle artériel de Zinn avec les artères ciliaires postérieures. Grâce à cette communication, la rétine n'est pas fatalement frappée de mortification à la suite d'une obstruction de l'artère centrale de la rétine, par une embolie, par exemple. La circulation collatérale en question, quoique suffisante pour prévenir une mortification de la rétine, ne l'est pas cependant assez pour fournir à la nutrition complète : aussi voyonsnous dans ces cas survenir des altérations nutritives qui détruisent les éléments rétiniens nerveux. L'artère centrale de la rétine n'est donc qu'une artère terminale incomplète, dans le sens de Cohnheim.

\]n second caraclèro de la circwlation rétinienne consiste en ce que les subdivisions de l'artère et de la veine ne s'anastomosent pas entre elles, que chaque subdivision de l'artère centrale constitue avec ses ramifications un territoire de circulation isolé, ne communiquant avec les branches voisines qu'à travers le réseau capillaire. En d'autres mots, de même que l'artère centrale, chacune de ses subdivisions est une artère terminale (Cohnheim) : quand elle est bouchée, une circulation collatérale ne peut plus s'établir dans ses ramifications, le sang n'y reflue que par les capillaires : ce sont là tous les éléments nécessaires pour la production d'un infarctus, d'une mortification dans la zone de distribution de cette artère. D'accord avec cela, on a observé réellement la production d'infarctus hémorrhagiques dans les cas où l'une ou l'autre subdi-

♦ Les animaux (des poissons et des reptiles) à procès ciliaires rudimentaires ont précisément un réseau vasculaire dans les couches périphériques de leur corps vitré.

282 ŒIL ( l'HvsiOLOGu;).

vision de l'artère centrale était seule bouchée. Si, lors d'une embolie du tronc commun, on n'observe pas le phénomène, c'est que la circulation collatérale qui s'établit dans la papille, bien qu'insuffisante pour suppléer complètement à l'artère centrale, suffit cependant pour préserver la rétine de la nécrose.

Nous avons déjà parlé de l'importance de la circulation choroïdienue pour la rétine, inutile d'y revenir.

Il semblerait donc que les éléments nerveux sensibles à la lumière sont nourris avant tout, sinon exclu!^ivement, par les vaisseaux choroidiens ; les parties rétiniennes plus internes, conductrices surtout, sont nourries par les vaisseaux rétiniens.

La rétine a un rapport nutritif avec le nerf optique. Pour le démontrer, nous n'avons qu'à rappeler les connexions vasculaires entre les deux. \oir d'ailleurs l'article Nerf optique. Bornons-nous à parler ici de l'influence exercée sur la rétine par la section du nerf optique chez certains animaux. Lors des premières expériences de ce genre, on observa une altération particulière de la rétine, consistant en une atrophie des fibres nerveuses et des cellules ganglionnaires, avec immigration du pigment dans la rétine, effets qu'on mettait sur le compte de la section des fibres du nerf optique. Et comme les cônes et les bâtonnets sont assez bien conserves dans cette expérience, plusieurs auteurs ont conclu que les oàne> et les bâtonnets n'ont pas de rapport de continuité avec les fibres nerveuses, sinon ils s'atrophieraient également. Le résultat delà section du nerf optique est parfaitement compréhensible, depuis que nous savons que les cônes et les bâtonnets ont une source de nutrition différente de celle des couches rétiniennes internes. D'ailleurs, Krenchel a tout à fait ébranlé les objections qu'on a faites à la dignité physiologique des cônes et des bâtonnets, en démontrant que les altérations des couches rétiniennes internes sont le résultat de la section des vaisseaux plutôt que de la section des fibres nerveuses: si l'on coupe chez la grenouille le nerf optique dans le crâne, sans toucher à ses vaisseaux, tous les éléments rétiniens nerveux, fibres et cellules, sont intactes encore après des mois.

Nous devons signaler l'extrême sensibilité des éléments rétiniens aux moindres troubles circulatoires : l'atrophie en est la conséquence ordinaire, contrairement à ce qui existe chez les autres nerfs de l'économie.

Signalons encore les pulsations artéi'ielles ou veineuses qu'on observe quelquefois dans les vaisseaux rétiniens : elles sont du domaine de la pathologie. Il en est de même d'un grand nombre de -phénomènes ophthalmoscopiques. décrits récemment par Ed. Jaeger, sur les vaisseaux rétiniens.

Y. Nutrition des milieux transparents : humeur aqueuse, cristallin et corps vitré. Dans la période fœtale, le cristallin est le siège d'une nutrition beaucoup plus intense que chez l'adulte. A ers la fin de la période embryonnaire, et un peu pendant les premières années de la vie extra-utérine, il augmente encore de volume, puis tout accroissement cesse. D'accord avec cela, nous trouvons chez le fœtus la capsule du cristallin parcourue par un réseau capillaire très-développé, nourri en partie par l'artère hyaloide (qui provient de l'artère centrale de la rétine), et en partie par les artères de l'iris. Une fois l'accroissement du cristallin achevé, tous ces vaisseaux s'oblitèrent et disparaissent. Mais si, après cette époque, les échanges nutritifs paraissent y être très-peu intenses, ils doivent néanmoins exister en principe. Memorsky trouva Lien que le ferrocyanure de potassium, injecté dans les veines du chien, appa-

ŒIL (physiologie). 285

rail dans l'humeur aqueuse après vingt minutes, dans le corps vitré très-tard, et pas du tout dans le cristallin. Mais Bence Jones a prouvé que différentes substances introduites dans le canal digestif apparaissent réellement dans le cristallin, seulement ils demandent à cet effet un temps beaucoup plus long que les autres parties de l'organisme. L'expérience répétée sur l'homme, au moment de l'opération de la cataiacte sénile, donna le même résultat positif: le carbonate de lithium apparaît dans le cristallin, mais seulement après deux heures à trois heures et demie.

Nous ne savons à peu près rien de positif sur la manière dont se font les échanges nutritifs dans le cristallin; il est toutefois certuin qu'ils sont sous la dépendance du corps ciliairc : on voit souvent une cyclite causer rapidement un trouble du cristallin. Mais les matériaux nutritifs arrivent-ils directement du corps ciliaire, et pénètrent-ils surtout à la périphérie du cristallin? Ou bien les matières nutritives provenant du corps ciliaire et contenues dans l'humeur aqueuse et le corps vitré pénètrent-elles uniformément de toutes parts dans le cristallin? On ne le sait pas.

A mesure que le cristallin avance en âge, les échanges nutritils semblent y tarir. Sa substance subit une transformation progressive, une espèce de racornissement, semblable à celui de l'épiderme, dont il est du l'este l'homologue. Ces altérations sont les conséquences de l'âge ; elles commencent dès l'enfance, par le noyau du cristallin : on pourrait donc les comparer à l'exfoliation superficielle de l'épiderme. Somme toute, elles ont pour résultat la formation d'un noyau dur, corné, plus ou moins sec, qui ne se laisse plus fucilcment écraser par les doigts ; ce noyau est déjà bien manifeste à l'âge de vingt-cinq ans; il augmente peu à peu, et finit, dans un âge avancé, par envahir tout le cristallin. Pendant ce temps, la transparence de la substance cristalline n'est pas cependant altérée bien sensiblement. Le noyau durci est comme une substance inerte, muis transparente. Aussi voyons-nous que le cristallin d'un individu mort à cinquante ans, par exemple, se trouble bien dans ses couches périphériques, alors que le noyau reste longtemps transparent. Dans ses expériences signalées plus haut, Bence Jones retrouva le carbonate de lithium même dans le noyau : il faut donc admettre que, même dans ce dernier, les échanges nutritifs ne sont pas complètement abolis.

Dans ce qui précède, nous avons déjà épuisé à peu près tout ce (juil y a à dire sur la nutrition du corps vitré. Elle est très-active également dans une certaine période fœtale, pendant laquelle des vaisseaux sanguins y pénètrent à travers la fente choroïdienne et s'y résolvent en un réseau capillaire. Ces vaisseaux disparaissent relativement tôt, et alors les échanges nutritifs du corps vitré paraissent se réduire à très-peu de chose.

On n'est pas fixé sur le point de savoir si le corps vitré })eut se régénérer ; toutefois, cela parait être le cas. Dans tous les cas, sa nutrition est sous la dépendance du corps ciliaire. Les cyclites y produisent rapidement un ramollissement et des opacités très-épaisses. 11 est plus que douteux que, dans les conditions normales, les vaisseaux rétiniens et les vaisseaux choroïdiens proprement dits aient une influence sur la nutrition du corps vitré. Les vaisseaux choroïdiens doivent être écartés pour les raisons déjà signalées, et qui nous paraissent sans réplique. Pour les vaisseaux rétiniens, la chose est plus douteuse ; en effet, chez beaucoup d'animaux, les vaisseaux rétiniens sont placés dans la membrane limitante interne, entre le corps vitré et la rétine proprement dite ; et, d'un

281 ŒIL (physiologie).

autre eût.', il n'est pas excessivement rare d'observer un ceitain degré de trouble au pôle postérieur du corps vitré dans certaines névrites et rétinites. Dans tous Je» cas, l'influence des vaisseaux rétiniens sur la nutrition du corps vitré se lédiiit à très-peu de chose, et est limitée peut-être à la partie postérieure, avoisinant la papille du nerf optique.

Pour démontrer une intervention des vaisseaux clioroidiens dans la nutrition du corps vitré, on cite encore certains faits pathologiques, comme l'immigration, dans le corps vitré, de leucocytes venus de ces deux membranes, dans le cas de corps étrangers, de choroïdité suppurative, les vaisseaux formés dans le corps vitré à partir des vaisseaux rétiniens, etc., etc.; mais il est clair que dans ces cas les conditions de nutrition sont trop altérées pour qu'elles permettent de conclure à ce qui se passe à l'état normal.

Ij'hwneur aqueuse est, selon toutes les apparences, au point de vue des écliangcs nutritifs, le plus important des milieux transparents de l'œil. De nombreux faits démontrent qu'à l'opposé de ce que nous avons trouvé pour le cristallin et le corps vitré, les échanges doivent y être très-intenses, à tel point que cette humeur se renouvellerait tout à fait dans un espace de temps relativement court. Ainsi , dans certaines opérations où l'humeur aqueuse s'écoule, elle se reproduit en moins de cinq minutes. Quand on injecte de l'eau dans la chambre antérieure, elle disparaît en très-peu de temps par voie de résorption. Le pus et le sang épanchés dans la chambre antérieure, la substance du cristallin blessé, peuvent disparaître très-vite, également par résorption, après dissolution préalable dans l'humeur acqueuse.

11 y a lieu de parler d'une espèce de circulation de l'humeur aqueuse, ce liquide que d'aucuns veulent assimiler à de la lymphe, ce à quoi le faible pour cent d'albumine y contenue s'oppose cependant.

Nous aurons donc à rechercher la source et les voies d'élimination de l'humeur aqueuse.

Nous n'avons pas à revenir sur les faits qui localisent la source de l'humeur aqueuse dans le corps ci li aire. Schwalbe se demande même si les cellules cylindroïdes de la portion ciliaire de la rétine, qui rappellent à plus d'un titre l'épithélium de certaines glandes, n'interviennent pas ici d'une manière active.

Kst-ce que l'iris, surtout à .^a face postérieure, ne contribue pas à sécréter riiumeur aqueuse? On est tenté de l'admettre, si l'on considère que le réseau \asculaire particulier aux procès ciliaires se prolonge un peu sur la périphérie de la face indienne postérieure.

Des recherches très-récentes de M. R. Ilentschmann font considérer sous nu jour tout nouveau la reproduction si rapide de l'humeur aqueuse après évacuation. Cet auteur a repris les anciennes indications de Saint- Yves et de Janin, d'après lesquelles l'humeur aqueuse filtrerait du corps vitré dans la chambre postérieure. Deutschmann démontre qu'au moins après l'évacuation par suite d'une plaie cornéenne le liquide reproduit dans la chambre antérieure est pour sa plus large part un exsudât du corps vitré.

Quant à la voie d'excrétion de l'humeur aqueuse, nous renvoyons d'abord à ce que nous avons dit, à propos de l'anatomie du canal de Schlemm, sur la communication existant entre ce canal et la chambre antérieure. Ce qui ressort de plus clair de ces recherches, c'est que l'humeur aqueuse s'écoule par la région du ligament suspenseur de l'iris, probablement par une communication béante entre le système veineux et la chambre antérieure : en effet, des sub-

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stances colloïdales, injectées sur le vivant dans la chambre antérieure, sous une pression continue qui ne dépasse pas la tension intra-oculaire, passent dans les veines conjonclivales et ciliaires antérieures. Il appert aussi de ces expériences, comme nous allons le voir, que la cornée transparente n'est pour rien dans la résorption de l'humeur aqueuse.

Des expériences d'un autre genre, qui ont également pour but de déterminer les voies d'écoulement de l'humeur aqueuse (Knies et Weiss), sembleraient démontrer qu'une grande voie d'écoulement commence dans le ligament pectine, et, située dans la sclérotique, court en arrière et débouche à la surface bulbaire, en arrière de l'équateur, c'est-à-dire dans la capsule de Tenon. Mais, comme on a employé des substances diffusiblcs pour les injecter dans la chamlire antérieure, les conclusions des auteurs ne s'imposent pas avec la même force que celles tirées des expériences avec des substances colloïdales.

A une époque où les études ophlhulmologiques ne s'appuyaient pas encore sur des recherches microscopiques, on croyait que l'humeur a(|ueiise passait à travers la cornée transparente, d'arrière en avant, par des canaux spéciaux, ouverts à la face cornéenne antérieure. On se basait sur l'expérience suivante, faite sur des yeux de cadavres : en comprimant un tel œil entre les doigts, dans le sens de l'équateur, on voit souvent suinter des gouttelettes li(iuides à la face cornéenne antérieure. Les recherches microscopiques montrèrent ce qui en est des tubes cornéens antéro-postérieurs. ]\Iais, ce qui plus est , les recherches récentes de plusieurs auteurs, et surtout de Leber, ont démontré à l'évidence que sur le vivant l'humeur aqueuse ne passe pas du tout par liltration dans la cornée transparente, et qu'elle en est em; êcliée par la présence de la membrane de Descemet, et surtout de l'endothélium qui la tapisse à sa suiface concave.

A la suite des expériences de Lebe., l'erreur séculaire, répétée fatalement d'un traité d'ophthalmologie à l'autre, et d'après laquelle la transparence de la cornée tiendrait à l'imprégnation par l'humeur aqueuse et les larmes, a été définitivement rectifiée. On a même trouvé que la transparence de la cornée n'était possible que grâce à l'épithélium à sa face antérieure et grâce à l'endothélium à sa face postérieure, qui s'opposent efficacement à l'infiltration de la cornée par les larmes et l'humeur aqueuse.

VI. La tension ou pression intra-oculaire se rattache tout naturellement à la nutrition des milieux transparents de l'œil. Elle doit son existence à deux facteurs que nous avons signalés à diverses reprises : elle est due à un certain équilibre entre la tension des liquides intra-oculaires et la résistance des membranes de l'œil, surtout la sclérotique. En raison de cette tension, l'œil résiste forlemeut à toute tentative de déprimer sa surface; il fuit devant le doigt à l'instar d'une boule mobile : on ne saurait donc saisir la sclérotique à l'aide d'une pince, et on ne l'entame que très-difficilement à l'aide de ciseaux. Mais, si un doigt indicateur empêche l'œil de fuir, on peut en déprimer la surl'ace à l'aide de l'autre, et la plus ou moindre grande facilité avec laquelle on y parvient sert à juger approximativement du degré de la tension intra-oculaire. On a inventé des instruments spéciaux, des « tonomètres », pour évaluer plus exactement, pour mesurer k tension. L'exposition des principes sur lesquels reposent ces tonomètres nous conduirait trop loin.

A l'aide des tonomètres, on a évalué la tension intra-oculaire à 20-30 millimètres de mercure. Dans les conditions physiologiques, elle est à peu près

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constante, sauf quelques variations insignifiantes, que nous allons énuméier.

Malgré les recherches les plus assidues dans ces dernières années, l'existence d'une tension intra-oculaire considérable, et surtout la giande constance de cette tension, constituent une profonde énigme pour le physiologiste. On a bien mis en évidence un certain nombre de facteurs qui influent pendant un temps plus ou moins long sur cette tension, mais sa grande constance échappe à toute explication.

Pour ce qui est de l'existence même de cette tension, on ne comprend pas trop bien pourquoi soit une diminution dans la sécrétion, soit une augmentation (^e l'excrétion des liquides intra-oculaires, ne finisse pas par la faire disparaître. Schwalbe, à la suite de ses injections dans la chambre antérieure, croit pouvoir invoquer ici la communication ouverte entre le système veineux et la chambre antérieure.

L'humeur aqueuse paraît, en vertu de sa facile reproduction, être la cause prochaine de l'existence et de la régularisation de la tension intra-oculaire.

Est-ce qu'au point de vue hydrostatique on peut considérer les milieux transparents de l'œil (humeur aqueuse, cristallin et corps vitré) comme formant un tout? Â première vue, on pourrait être tenté de l'admettre. Le corps vitré, tout en ayant une certaine consistance, peut cependant être assimilé à un liquide, en ce sens qu'une [iression exercée sur un point se communique uniformément à toute sa masse. — Mais le cristallin, quoique assez mobile, constitue, avec son ligament suspenseur, un diaphragme assez résistant, qui ne permet pas à la pression de s'équilibrer facilement entre le corps vitré et l'humeur aqueuse. Plusieurs faits cliniques tendent à revendiquer à ce diaphragme oculaire une résistance capable de supporter un surcroît notable de pression dans le corps vitré, par exemple. 11 est d'ailleurs renforcé dans une mesure plus ou moins iorte par la présence de l'iris. Il résulte des recherches d'Adophe Weber que sous l'influence de l'ésérine, l'iris s'appliquant fortement à la face antérieure du cristallin, la pression diminue d'une manière notable dans la chambre antérieure et augmente derrière l'iris. Le contraire a heu par l'action de l'atropine, qui dilate la pupille, et retire l'iris vers la périphérie, en le détachant de la face antérieui'e du cristallin ; la pression alors augmente dans la chambre antérieure et diminue dans le corps vitré. Cela tient à ce que l'ésérine, en contractant le sphincter de la pupille, renforce le diaphragme constitué par le cristallin et son ligament; l'action de l'atropine au contraire affaiblit ce diaphragme. — ?sous n'avons pas à insister ici sur le jour nouveau jeté par ces expériences sur l'équilibre hydrostatique dans l'œil, et les indications thérapeutiques qui en découlent dans une foule de maladies oculaires ; ces indications dérivent d'im principe mécani(jue très-simple : l'ésérine est indiquée chaque fois qu'il importe de diminuer la pression à la face postérieure de la cornée.

A l'état physiologique, avons-nous dit, la tension intra-oculaire reste à peu près constante. Dans certains états pathologiques, elle peut diminuer ou augmenter sensiblement, et ces changements de tension constituent un symptôme clinique très-important à constater, mais difficile à expliquer. La diminution de la tension semble se prêter un peu à une explication, quand on songe que les affections qu'elle accompagne le plus communément siègent précisément dans le corps ciliaire, l'organe sécréteur de l'humeur aqueuse.

On a, dans les dernières années, recherché soigneusement dans le système

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nerveux et dans le système circulatoire les facteurs capables d'influencer la tension inlra-oculaire. Quoique contradictoires à plus d'un titre, ces expériences ont cependant mis au jour un certain nombre de points dignes d'être

signales.

La tension intra-oculaire doit être liée d'une manière intime, mais imparl'aitement connue encore, à la pression sanguine. Rien d'étonnant dès lors qu'une diminution de cette dernière amoindrisse également la tension intraoculaire. Pur exemple, une ligature sur la carotide diminue de 6-8 millimètres la tension intra-oculaire du même côté (Adamiick). L'irritation du nerf pneumogastrique et du nerf depressor Sanguinis (de Gyon) agit dans le même sens, et il en est de même pour l'ingestion de substances (opium, digitaline, etc.) qui diminuent la pression sanguine. La section de la moelle épinière paralyse les nerfs vaso-moteurs des vaisseaux abdominaux ; ceux-ci se remplissent outre mesure, logent la plus grande partie de la masse sanguine, et la tension intra-oculaire diminue sensiblement.

Inversement, la tension intra-oculaire augmente quand on étrangle l'aorte descendante; le même effet s'obtient par l'irritation de la moelle cervicale (rétrécissement des petites artères de tout le corps). Une irritation de la moelle allongée produit une augmentation considérable de la tension intra-oculaire; peut-être que la racine ascendante du trijumeau est en cause ici.

Voilà pour le sang artériel. Un obstacle mis au cours du sang veineux de la tète n'augmente la tension oculaire que quand il se trouve tout près de l'œil. Ainsi une ligature de la veine jugulaire est sans effet ; celle des veines vorticineuses, au contraire, fait monter la tension au delà du double de ce qu'elle est normalement.

Pour ce qui est de l'action du muscle ciliaire sur la tension intra-oculaire, nous renvoyons à ce que nous avons dit plus baut sur l'action de l'ésérine et de l'atropine, celle-là provoquant les contractions du muscle, et celle-ci leur paralysie. Les auteurs ne sont pas d'accord touchant l'action de ces deux alcaloïdes sur la tension intra-oculaire dans son ensemble ; dans tous les cas, leur influence est beaucoup moindre qu'on ne l'admettait il y a quelques années.

L'irritation du grand sympathique chez le chat produit, d'après Adamùck, une élévation bruscjue, puis une lente diminution de la tension, pouvant aller au-dessous de l'état normal. Cette action paraît être la résultante d'influences très-diverses. Ainsi on s'accorde à attribuer, dans cette expérience, une influence considérable à la contraction des fibres musculaires lisses dans l'orbite (ces muscles lisses de l'orbite sont très -développés chez certains animaux); d'un autre côté, dans celte expérience, la pression sanguine générale augmente d'abord, puis diminue. Les expériences faites par d'autres auteurs, et sur d'autres animaux, ont donné des résultats différents.

Les opinions sont tout aussi partagées au sujet de l'influence exercée par le trijumeau sur la tension intra-oculaire. Von Hippel et Grùnbagen prétendent qu'une irritation du trijumeau augmente la tension. Pour le démontrer, ils citent l'augmentation de la tension oculaire à la suite d'irritations de la cornée ci de la conjonctive, et surtout l'effet marqué (une tension de 200 milligrammes de mercure) de l'irritation de la moelle allongée origine du trijumeau déjà signalée. Adamiick, en irritant le tronc du trijumeau dans le crâne, .a également obtenu une augmentation notable de la tension oculaire. Il paraîtrait que l'application de la nicotine sur la cornée aait dans le même sens, et aussi fortement

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que rinitation de la moelle allongée. On sait que depuis longtemps on a cherché à expliquer le glaucome, surtout secondaire, par la supposition d'une irritation du trijumeau, particulièrement des filets ciliaires de ce nerf.

La section du trijumeau entraîne une diminution lente, mais notable, de la tension oculaire (Donders). V. Hippel et Griinhagea affirment que tel n'est le cas que quand on voit apparaître les symptômes de la kératite neuroparalytique; les altérations de la cornée, et surtout de l'épithélium, faciliteraient une filtration de l'humeur aqueuse.

L'iridectomie, qui agit si puissamment sur la tension intra-oculaire augmentée dans des cas pathologiques, n'exerce plus cette influence à l'état normal. 11 est même probable que dans cette opération, c'est la section de la sclérotique, et non pas l'iridectomie, qui est le moment actif; elle agirait en produisant une cicatrice à filtration, les débouchés de l'humeur aqueuse étant obstrués palhologiquement.

On voit par cette courte énumération qu'on a cherché de tous côtés des influences capables d'augmenter la ten>'ion intra-oculaire ; il est même probable qu'on en découvrira encore d'autres plus importantes. Mais les résultats obtenus, tout en expliquant une augmentation passagère de la tension, ne sauraient en aucune façon expliquer une augmentation permanente. Là où en sont nos connaissances, nous ne comprenons pas pourquoi la compensation physiologique ne ramène pas bientôt la tension à son niveau normal.

VII. Coup d'œil général sur l'influence des milieux transparents sur la marche des rarjons lumineux. Une image renversée des objets extérieurs se forme sur notre rétine, et notre œil est construit d'après le principe de la caméra obscura, munie d'un système dioptri([ue collecteur. Celui qui aurait le moindre doute à ce sujet n'aurait qu'à énucléer un œil d'un lapin albinotique, et à le placer dans un endroit obscur devant trois lumières disposées en triangle, par exemple ; il verrait par transparence, à travers la sclérotique, l'image du triangle lumineux, mais renversée.

Un premier acheminement vers la forme de caméra obscura consiste dans la présence du diaphragme iridien, fortement pigmenté, de même que le reste du fond de l'œil. La pigmentation est assez intense pour empêcher l'arrivée dans l'œil de presque tous les rayons lumineux, à l'exception de ceux qui traversent la pupille. Mais la largeur de la pupille par rapport aux dimensions du globe oculaire est trop forte pour permettre la formation, sur le fond de l'œil, d'une image un tant soit peu nette. Ce défaut est corrigé par la présence des milieux réfringents, dont l'effet global est celui d'une lentille biconvexe, située au niveau de la pupille, et dont le foyer principal coïnciderait avec la rétine. Pour arrondir les chiffres, nous pouvons admettre que la distance focale principale de cette lentille devrait être de 20 millimètres, puisque la rétine est environ 20 millimètres en arrière de la pupille. Le système dioptrique de l'œil normal doit donc avoir la force de 50 dioptries environ. Voyons à grands traits de quelle manière ce but est atteint.

Poursuivons la marche de la lumière d'avant en arrière. Le degré plus ou moins grand de la réfraction lumineuse étant une fonction des rayons de courbure des surfaces réfringentes et de l'indice de réfraction des milieux réfringents, ces deux éléments entrent surtout en \v2ne de compte.

La première surface réfringente que nous rencontrons d'avant en arrière est la surface antérieure de la cornée. Sa courbure n'est pas tout à fait sphéroïdale, mais

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ellipsoïdale: par conséquent, pour tous les méridiens, la courbure est plus forte au centre qu'à la périphérie. De plus, l'ellipsoïde dont la cornée est un segment n'est pas une surface de révolution, mais un ellipsoïde ù trois axes inégaux; les différents meindiens cornéens ont donc une courbure différente, celle du méridien vertical étant ordinairement la plus forte, et celle du méridien horizontal la plus faible. Au point de vue dioptrique, cette courbure particulière produit un certain degré « d'astigmatisme » , nom qui veut dire que les rayons partis d'un point ne sont pas réunis en un seul foyer par la cornée, et cela se comprend, puisque chaque méridien, ayant une courbure à part, aura aussi son foyer à part. L'astigmatisme causé par la cornée est cependant plus ou moins compensé par les surfaces réfringentes plus profondes de l'œil. Le rayon de courbure au centre de la cornée, qui nous intéresse avant tout, puisque les rayons qui traversent les parties cornéennes périphériques sont interceptés par l'iris, est évalué à 7,70 millimètres dans le méridien vertical, et à 7,80 millimètres dans le méridien horizontal ; en moyenne donc de 8 millimètres.

Quant à l'indice de réfraction, il est le même que celui de l'humeur aqueuse et, disons-le dès à présent, le même que celui du corps vitré ; de sorte qu'au point de vue dioptrique la cornée, l'humeur aqueuse et jusqu'à un certain point le corps vitré, forment un tout. Au moins pouvons-nous considérer la cornée et l'humeur aqueuse comme un seul milieu réfringent, dont la face antérieure nous est donnée dans celle de la cornée transparente. Il s'ensuit qu'au point de vue de la réfraction et de la réflexion lumineuse la face postérieure de la cornée n'entre pas en ligne de compte. Nous connaissons l'image catoptrique (par réflexion) de la face antérieure de la cornée ; il n'en existe pas de la face postérieure, puisqu'il n'y a pas là de surface de séparation entre milieux d'indices de réfraction différents.

On a déterminé l'indice de réfraction de l'humeur aqueuse, et par conséquent celui de la cornée, à 1,53. Les constantes optiques (rayon de courbure et indice de réfraction) du premier milieu réfringent de l'œil sont donc telles que sa distance focale principale est de 34 millimètres environ. Or, comme l'œil n'a que 24 millimètres de longueur, il faut, pour qu'une source lumineuse trèséloignée forme foyer sur la rétine, condition requise pour l'œil normal, que les rayons soient rendus encore plus convergents par une ou plusieurs autres surfaces réfringentes. C'est là le fait du

Cristallin. Nous pourrions déjà dès à présent calculer à peu près la force réfringente du cristallin, en considérant qu'il ftmt un système dioptrique d'environ 20 millimètres de distance focale, c'est-à-dire d'une force réfringente de 50 dioptries, pour que son foyer principal soit situé sur la rétine (20 millimètres étant à peu près, et en chiffres ronds, la distance de la rétine au centre optique de l'œil). Or, une distance focale de 20 millimètres correspond à 50 dioptries: par conséquent l'action du cristallin est de 20 dioptries (50 — 30 = 20D).

Le cristallin étant en définitive une lentille biconvexe située dans un milieu (humeur aqueuse et corps vitré) moins réfringent que lui (et dont l'indice de réfraction est connu), nous n'avons à considérer que les courbures de ses deux faces, son indice de réfraction et son épaisseur.

Le rayon de courbure de la face antérieure du cristallin est de 8 millimètres ; celui de la face postérieure de 6 millimètres.

Mais ni l'une ni l'autre n'est une surface sphérique : la section transversale se DICT. ENC. 2° s. XIV. 19

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rapproche, pour la face antérieure, d'une ellipse, pour la face postérieure, d'une parabole. Notons encore que probablement les courbures sont différentes dans les différents méridiens ; on trouve en effet souvent que l'astigmatisme régulier total du système dioptrique de l'œil est moindre que l'astigmatisme régulier de la cornée ; ce dernier est donc compensé par un astigmatisme régulier du ci'istallin.

L'épaisseur du cristallin est un peu moindre que 4 millimètres.

Quant à l'indice de réfraction, il augmente d'une manière continue de la péripliéric vers le centre; à la périphérie, il est cependant plus grand que celui de l'humeur aqueuse et du cristallin : témoin les images catoptriques de ses deux surHices (ou plutôt de la face antérieure du cristallin et de la face antérieure du corps vitré). Le cristallin peut être considéré, au point de vue optique, comme composé d'un très-grand nombre de couches concentriques, à indice de réfraction d'autant plus grand qu'on se rapproche davantage du centre. Il en résulte qu'en réalité il y a en avant de son plan équatorial une série de couches sphériques emboîtées, la convexité en avant, l'indice de réfraction d'une couche étant plus forte que celui de la couche précédente. La même disposition se reproduit en sens inverse derrière le plan équatorial ; c'est-à-dire qu'il y a là une série de couches sphériques emboîtées, concaves en avant, et dont l'indice de réfraction diminue d'avant en arrière. Un moment de réflexion, et on comprend que l'effet de toutes ces couches est le même : de dévier les rayons lumineux vers l'axe antéro-postérieur du cristallin.

Helmholtz a démontré que cette disposition feuilletée du cristallin est d'une haute importance dioptrique : la réfraction totale est beaucoup plus forte que si le cristallin avait un indice de réfraction moyen entre les couches corticales et le noyau. L'indice de réfraction total, tel qu'il résulte de la disposition feuilletée, est de 1,4545 suivant Listing et Helmholtz, et seulement de 1,457 suivant Reich, dont les recherches sont plus récentes. La distance focale principale est de 50 millimètres (Reich), ce qui correspond à 20 dioptries, comme d'ailleurs nous l'avons déjà dit.

Hermann a démontré de plus que les feuillets emboîtés du cristallin ont une courbure plus forte vers le centre, et il démontre qu'à la suite de cette disposition :

1" La réfraction totale est plus forte (que si les faces étaient parallèles) ;

2° L'aberration de sphéricité est diminuée;

5» Les rayons périphériques (dans la vision indirecte) sont moins astigmatisés (obtention d'un effet périscopique).

La réfraclion du cristallin a une importance capitale au point de vue de Yaccommodation, cette faculté de l'œil en vertu de laquelle il change son système dioptrique de manière qu'une source lumineuse, quoique située à des distances très-variables, peut cependant avoir son foyer sur la rétine. Le système dioptrique de l'œil, tel que nous l'avons décrit, adapte l'œil pour des rayons parallèles, venus de très-loin.

Lors de l'accommodation pour des objets rapprochés, quand l'œil doit s'adapter pour des rayons divergents, la courbure de la face antérieure du cristallin augmente, et elle avance un peu; la courbure de la face postérieure augmente aussi, mais beaucoup moins que celle de l'antérieure : le cristallin augmente donc d'épaisseur. Les recherches les plus minutieuses ont démontré de plus que le degré des changements qui surviennent dans le cris-

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tallin suffit tout à fait pour expliquer le maximum de l'accommodation observé réellement.

Nous renvoyons à l'article Accommodation pour ce qui regarde les forces qui entrent enjeu lors de l'accommodation, et la manière dont elles agissent sur le cristallin.

Rappelons encore ici que, de même que la rétine, les différents milieux transparents, la cornée y comprise, sont fluorescents, et que cette propriété est surtout marquée pour le cristallin. Les milieux transparents jouissent en même temps de la propriété d'absorber les rayons calorifiques, sans que cependant ils soient tout à fait athermanes, sous l'épaisseur qu'ils ont dans l'œil.

YIII. Action des nerfs du globe oculaire. La détermination fonctionnelle des nerfs qui se rendent à l'œil et à ses annexes ressort déjà en grande partie de leur origine centrale et de leur distribution périphérique. L'expérimentation physiologique a cependant mis au jour un certain nombre de faits importants.

Le nerf oculo-moteur commun est caractérisé dès son origine comme un nerf moteur, et vers la périphérie il se rend uniquement dans les muscles. Néanmoins, une anastomose, dans le sinus caverneux, entre le trijumeau et l'oculo-moleur commun, nous explique pourquoi les lapins accusent une douleur lorsque, après section de l'oculo-iiioteur dans l'orbite, on en irrite le bout central (sensibilité récurrente).

Les fonctions motrices de l'oculo-moteur commun ressortent en grande partie de sa distribution périphérique, c'est-à-dire que par sa branche supérieure il préside aux contractions du releveur de la paupière supérieure et du droit supérieur; par sa branche inférieure, il innerve le droit interne, le droit inférieur et le petit oblique; le rameau du petit oblique envoie au ganglion ophthalmique sa courte racine. L'expérimentation a démontré d'une part que cette courte racine amène au ganglion ophthalmique des fibres motrices pour le muscle ciliaire et pour le sphincter de l'iris (Ilensen et Voelkers, E.rperimentaluntersuch. ûher den Mechanismus der Accommodation. 1886, Kiel), et d'autre part que les fibres motrices que l'oculo-moteur fournit à l'intérieur de l'œil n'y arrivent que par la voie détournée à travers le ganglion op'ithalmique. Chez l'homme, on observe souvent des paralysies de l'oculo-moteur commun ; ordinairement le sphincter de l'iris et le muscle ciliaire sont alors paralysés.

Il est donc bien prouvé que l'oculo-moteur commun innerve le sphincter de l'iris et le muscle ciliaire, outre le releveur de la paupière, trois muscles droits et le petit oblique.

Hensen et Voelkers {Archiv f. Ojj/t(/i., t. XXIV, I,p. 1) sont allés tout récem ment plus loin ; ils ont démontré que chez le chien les fibres présidant à ces différentes fonctions naissent à des endroits différents du noyau do l'oculomoteur commun. Ce noyau, comme nous l'avons vu, est situé au devant du canal central de l'épendyme, depuis la limite postérieure des corpuscules quadrijumeaux jusqu 'un peu au devant des corpuscules quadrijumeaux antérieurs. Les fibres s'en détachent dans toute sa longueur, et à leur sortie elles se ressentent encore de celte origine, puisqu'elles sont réunies en faisceaux échelonnés les uns derrière les autres. Hensen et Voelkers ont porté une irritation électrique successivement sur le plancher du troisième ventricule, puis plus en arrière, jusque dans le quatrième ventricule; dans le troisième ventricule, à l'extrémité antérieure du noyau, elle provoque la contraction du muscle ciliaire (constatée à l'aide d'aiguilles enfoncées à travers les

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membranes oculaires) ; un peu plus en arrière, elle produit un rétrécissement notable de la pupille ; {dus encore en arrière, la contraction du muscle droit interne, puis seulement du droit supérieur et du releveur de la paupière ; un peu plus loin, déjà sous les tubercules quadrijumeaux, le droit inférieur entre en action, et tout à fait sous les tubercules, c'est le tour du muscle petit oblique. Les faisceaux antérieurs ayant été coupés, à leur sortie des pédoncules cérébraux, l'irritation du noyau donnait bien une contraction des muscles extrinsèques de l'œil, mais l'iris et le muscle ciliaire ne bougeaient plus : preuve que les filets antérieurs de l'oculo-moteur président à l'accommodation et aux contractions du sphincter iridien.

Une étude approfondie de l'indépendance fonctionnelle relative de ces différentes espèces de fibres de l'oculo-moteur d'un côté, et de leur association si énergique d'un autre côté, trouve sa place ailleurs. Bornons-nous ici à rappeler le fait que la contraction du spbincter de la pupille est liée par une association intime à la contraction simultanée des deux muscles droits internes (convergence des yeux) et à la contraction du muscle ciliaire (accommodation).

Rien n'est plus propre à démontrer l'indépendance des fibres pupillo-constrictrices que le rétrécissement pupillaire survenant chaque fois qu'une lumière tombe sur la rétine. Les fibres qui serendent au sphincter de la pupille sont seules en cause ici. Dans ce phénomène, il s'agit du reste d'une action réflexe tj-pique et constante. Non-seulement on voit se contracter la pupille de l'œil éclairé (réaction primaire), mais encore celle du second œil, fùt-il même dans l'obscurité (l'éaction consensuelle). Cette réaction de la pupille existe encore pendant le sommeil (Raehlmann). Les tubercules quadrijumeaux paraissent être les centres dans lesquels l'irritation des fibres du nerf optique se réfléchit sur les fibres pupillo-constrictrices. L'irritation de différentes parties du système nerveux central paraît se réfléchir d'une manière analogue sur les fibres pupilloconstrictrices. Mais ce côté de la question est encore bien obscur : il est difficile de distinguer dans chaque cas particulier ce qui revient sur le compte d'une contraction du sphincter, et ce qui revient sur le compte d'un relâchement du dilatateur de la pupille.

Le nerf pathétique, qui a une origine centrale commune avec l'oculo-moteur commun et qui se rend uniquement à un muscle, est également un nerf essentiellement moteur ; il innerve le muscle grand oblique. Comme l'oculo-moteur commun, il emprunte un certain degré de sensibilité à une anastomose avec le trijumeau dans le sinus caverneux.

Le nerf oculo-moteur externe ou abducteur est moteur au même titre que les deux nerfs précédents, et pour son origine centrale, et pour sa distribution périphérique. Comme le pathétique, il innerve un seul muscle, le droit externe. Très-probablement il emprunte lui aussi quelques fibres au trijumeau dans le sinus caverneux. Nous avons signalé, là où il se croise avec l'artère carotide, la forte anastomose entre le nerf en question et le grand sympathique : c'est qu'au moins chez le lapin la contractilité du droit externe paraît être pour une partie sous la dépendance du grand sympathique {voy. pi. bas).

X. La branche ophthabnique du nerf trijumeau est, comme son nom l'indique, destinée au globe oculaire et aux autres organes contenus dans l'orbite- La racine motrice du trijumeau, celle qui passe à coté du ganglion de Casser, se rend en entier dans les muscles masticateurs et n'a rien à faire avec la branche

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ophthalraique. Celle-ci est donc uniquement sensitive, au moins pour autant que nous en pouvons exclure les fibres motrices.

L'origine centrale de la racine sensitive du trijumeau la distingue nettement des racines motrices. Nous avo*ns vu que les stations d'origine de la racine sensitive sont éparpillées sur une grande étendue, sortent de ganglions très-divers qui commencent en avant au niveau antérieur du tubercule quadrijumeau antérieur, sont comme infdtrés dans tout le mésocéphale, et s'étendent même jusque dans la moelle épinière. C'est que la racine sensitive du trijumeau ne correspond pas uniquement à la racine motrice du même nerf, mais elle complète la paire, au point de vue de l'iiomologie avec les paires rachidiennes, non-seulement avec tous les nerfs moteurs de l'œil, mais encore avec le facial et une partie du grand hypoglosse. Ici, nous n'avons à nous occuper que de la branche ophthalmique du trijumeau. Elle préside à la sensibilité de tous les organes où elle se rend et qui sont insensibles chaque fois qu'on coupe chez le lapin, par exemple, le trijumeau dans le crâne : conjonctive, cornée, caroncule lacrymale, paupière, etc., etc.

Ce qui frappe surtout après la section du nerf trijumeau, c'est que l'animal ne clignote plus, si l'on touche la conjonctive ou la cornée. Le clignotement est donc un mouvement réflexe, provoqué par une irritation de la branche ophthalmique du trijumeau. Ce nerf est en quelque sorte le gardien de l'œil, écartant par la fermeture instantanée des paupières toutes les influences nuisibles.

Un autre phénomène qui apparaît immédiatement après la section du trijumeau dans le crâne, c'est un rétrécissement notable de la pupille, qui disparaît bientôt. Ce rétrécissement est même le meilleur point de repère pour décider si on a réussi à couper le trijumeau ou non. Avant de signaler les points de vue sous lesquels on a cherché la raison du phénomène, signalons encore quelques faits qui ont avec lui un rapport plus ou moins éloigné : a. Après la section, les vaisseaux de l'iris (Schiff et d'autres) et les vaisseaux extérieurs de l'œil (Hippel et Grùnhagen, Leber et d'autres) se dilatent : le trijumeau semble donc fournir à l'œil des vaso-constricteurs ; au contraire, Cl. Bernard indique dans ces conditions, comme phénomène initial, un rétrécissement des vaisseaux de l'œil, de sorte que le trijumeau porterait des vasodilatateurs, h. Après l'extii-pation (chez le chat) du ganglion cervical supérieur et du thoracique supérieur, l'irritation d'un nerf sensible quelconque produit ■encore une dilatation de la pupille du côté opéré (Vulpian), naturellement par action réflexe : il semblerait donc que toutes les fibres pupillo-dilatatrices [voy. pi. bas, grand sympathique) ne sont pas contenues dans le grand sympathique au cou, mais que quelques-unes au moins sortent de l'encéphale avec un nerf de l'œil, probablement avec le trijumeau, c. D'après les expériences de Franck, au moins une partie des fibres nerveuses pupillo-dilatatrices du chat, bien que contenues dans le grand sympathique au cou, ne remonteraient pas à l'œil par le plexus carotidien, mais en longeant l'artère vertébrale. Dans le crâne, ces fibres se rendraient dans le ganglion de Casser et de là vers la périphérie. Le tronc du trijumeau renfermerait donc deux espèces de fibres pupillo-dilatatrices : les unes directes, signalées sous h, les autres indirectes, à travers le grand sympathique.

Ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans une discussion approfondie de ces faits, en partie contradictoires, comme nous venons de le dire. Ce qui ressort le plus clairement de ce qui précède, c'est que les fonctions du trijumeau au point de

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vue de l'œil sont encore imparfaitement connues, a. Le trijumeau donne la sensibilité à l'œil, cela est hors de doute, h. Le tronc du nerf semble aussi contenir des fibres vaso-motrices pour l'œil, constrictrices d'après Schiff, dilatatrices d'après Cl. Bernard. Laborde a trouvé qu'une lésion de la racine ascendante du ti'ijumcou, dans le plancher du quatrième ventricule, produit une insensibilité et une hyperémie de l'œil. Est-ce à dire, comme le prétend l'auteur, que le& fibres vaso-motrices sont déjà mêlées au trijumeau dans les centres? Evidemment non, car plusieurs autres explications sont possibles dans l'occurrence, c. Probablement que des fibres pupillo-dilalatriccs sont contenues dans le tronc du nerf trijumeau (Yulpian, Franck).

Il y a, à propos des expériences du genre de celles que nous venons de signaler, à faire un certain nombre de remarques importantes dont la portée paraît ne pas avoir été suffisamment saisie par plusieurs expérimentateurs. Il est souvent impossible de décider si une dilatation de la pupille est un effet de relâchement du muscle sphincter, d'une contraction du muscle dilatateur, ou même d'une contraction des vaisseaux iridiens ; inversement, une contraction de la pupille peut être la suite d'une action du sphincter, d'un relâchement du dilatateur ou même d'un relâchement des vaso-constricteurs. Peut-être même que la complication est plus grande encore et qu'une excitation ou un relâchement des vaso-constricteurs entre souvent en ligne de compte pour expliquer un changement survenu dans le diamètre de la pupille.

Tout d'abord, une réplélion des vaisseaux iridiens dilate l'iris et amoindrit le diamètre de la pupille ; le contraire arrive quand la quantité de sang dans les vaisseaux iridiens diminue, même sans l'intervcnlion des vaso-moteurs : ainsi, après section du grand sympathique au cou, si on laisse pendre la tête de l'animal en bas, la pupille sâ resserre, elle se dilate au contraire quand on relève la tête. En second lieu, il ne faut pas oublier ce fait incontestable que lesnerfs vaso-constricteurs de tous les organes paraissent être d'une manière permanente dans un certain degré d'irritation, et cela par une action réflexe produite par les nerfs sensibles de l'organe (tonus vasculaire). Le trijumeau naturellement ne fera pas exception sous ce rapport. Mais les choses se compliquent singuhèrement, si l'hypothèse de Cl. Bernard, d'après laquelle le trijumeau porterait des vaso-dilatateurs vers l'œil, venait à être confirmée. Inversement, une irritation portée sur l'œil (sur le trijumeau) produit une dilatation des vaisseaux (par relâchement des vaso-constricteurs ou excitation des vaso-dilatateurs), et partant un l'esserrement de la pupille ; mais il ne faut pas oublier que la même irritation produit par action réflexe sur le muscle sphincter une contraction de la pupille.

Nous voyons donc que les fonctions du trijumeau au point de vue du globe oculaire constituent un sujet qui demande impérieusement des éclaircissements ultérieurs.

Userait important de savoir lesquelles des origines centrales sensitives du trijumeau fournissent à la branche ophthalmique. Il est bien plausible d'admettre que ce senties origines supérieures, les plus voisines des ganglions moteurs de l'œil, puisque le trijumeau produit tant d'actions réflexes sur les muscles de l'œil. Cependant Schiff prétend avoir observé une kératite après la section unilatérale de la moelle allongée. Duval et Laborde l'ont observée, ainsi qu'une insensibilité de l'œil, en blessant la racine ascendante du trijumeau et même l'olive.

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Les fibres que le trijumeau envoie dans l'œil (surtout dans le corps ciliaire, l'iris et la cornée) lui donnent sa sensibilité qui, très-obtuse à l'état normal, s'éveille dans les cas pathologiques, et donne lieu à la douleur ciliaire si forte quelquefois, et qui s'irradie dans le front et dans le nez. La phothophohie elle aussi dépend d'une liyperestliésie des nerfs ciliaircs ; probablement l'irritation du nerf optique hyperestliésié également se propage par irradiation jusqu'aux centres d'origine des nerfs ciliaires. Le blépharospasme dans les cas de photophobie est un phénomène du même genre, réfléchi par le trijumeau sur le facial. Un autre mouvement réflexe produit par le trijumeau est Véternument. Dans certaines affections oculaires compli(iuées de photophobie et de douleurs ciliaires, la lumière qui arrive dans l'œil provoque l'éternument. Certaines personnes ne peuvent même pas regarder une flamme sans éprouver dans le nez un chatouillement et sans éternuer. Certainement qu'il s'agit là d'une irradiation centrale de l'irritation ciliaire sur le nerf nasal interne : le résultat est le même que si l'on chatouillait la muqueuse nasale, c'est-à-dire qu'il en résulte de l'éternument.

De loin la plupart des fibres du trijumeau pénètrent dans l'œil par les nerfs ciliaires postérieurs : la section de ces nerfs rend insensible même la cornée, qui cependant reçoit encore des filets provenant des nerfs conjonctivaux. Mais n'oublions pas qu'un petit nombre de filets provenant notamment du nerf frontal et du nerf lacrymal pénètrent dans l'œil à l'équateur ou au niveau du corps ciliaire.

Quel est le rôle du trijumeau dans la sécrétion lacrymale? Une irritation portant sur les filets terminaux du trijumeau, et spécialement du nerf ophthalmique, provoque une sécrétion lacrymale. Mais faut-il en conclure qu'il renferme les filets séci'éteurs, c'est-à-dire centrifuges? Probablement que non; les nerfs sécréteurs, centrifuges, ont une origine centrale analogue à celle des nerfs moteurs: or, la racine motrice du trijumeau n'est pour rien dans la constitution du nerf ophthalmique. Reich a démontré que l'action réflexe qui provoque la sécrétion lacrymale se fait bien en sens centripète par la voie du trijumeau, mais que la voie centrifuge doit être cherchée ailleurs, probablement dans le grand sympathique. Ces fibres centrifuges s'unissent au trijumeau dans un point inconnu de la périphérie, mais elles restent intactes quand on sectionne le trijumeau dans le crâne : dans ces conditions, une irritation portée sur l'œil opposé provoque encore la sécrétion lacrymale du côté opéré. Ceci est de plus la preuve qu'une irritation d'un trijumeau se réfléchit sur les glandes lacrymales des deux côtés.

Une question que nous avons déjà touchée est celle de la kératite neuroparalytique et de Vinfluence tropJnque du trijumeau sur la cornée transparente.

Chez les lapins auxquels on a coupé le trijumeau il survient après quelques jours une kératite ulcéreuse très-intense, pouvant conduire à la perforation et même à la perte complète de l'œil du côté opéré (Magendie). On observe du reste, lors de cette expérience, des phénomènes analogues du côté des muqueuses nasale et buccale. On en a conclu que le trijumeau devait exercer dans les organes auxquels il se rend une influence régulatrice sur la nutrition. Les fibres, centrifuges par conséquent, qui devaient exercer cette influence sur les éléments cellulaires eux-mêmes, ont reçu le nom de fibres tropliiques. L'absence de cette innervation trophique devrait causer toutes les altérations nutritives consécutives à la section du trijumeau. Ce sont même les expériences de ce genre

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sur le trijumeau qui ont servi à faire admettre l'existence de nerfs trophiques en général.

Mais Snellen a dépouillé le phénomène du mystère nutritif qu'on y cherchait; il a démontré, par des expériences aussi simples qu'ingénieuses, qu'après la section du trijumeau la kératite ne survient pas, si l'on écarte toutes les insultes auxquelles est exposé un œil insensible, qui ne clignote plus, et qui par conséquent ne se protège plus contre les nombreux traumatismes, comme la poussière, l'air, etc. Les conclusions de Snellen ont été vérifiées depuis pai" un grand nombre d'auteurs ; on a trouvé de plus que le dessèchement joue un grand rôle dans la production de celte kératite. Le clignement des paupières ne se faisant plus (à cause de l'insensibilité), la cornée, exposée continuellement à l'air, n'est plus humectée par les larmes; elle se dessèche; la partie desséchée se nécrotise, et finit par être emportée par la suppuration, tout comme une partie mortifiée dans n'importe quelle partie du corps.

Du reste, on observe la même kératite chaque fois que l'un ou l'autre obstacle (paralysie du facial, rétraction cicatricielle par des brûlures, ou bien dans la variole, etc.) empêche l'occlusion de l'œil ; naturellement elle se produit avec plus de facilité, si en même temps il y a anesthésie du trijumeau. Certains auteurs admettent cependant que la section des vaso-moteurs qui suivent la voie du trijumeau peut concourir, avec la perte de la sensibilité, à produire l'affection cornéenne. Mais le peu de précision des idées à ce sujet ressort du fait que les uns invoquent une paralysie des nerfs vaso-constricteurs, et les autres (Cl. Bernard) une paralysie des nerfs vaso-dilatateurs!

Pour ce qui regarde l'influence du trijumeau sur la tension intra-oculaire, voy. pi. h.

X. Le grand sympathique envoie à l'œil d'une part la racine sympathique du ganglion ophthalmique, et d'autre part des filets vaso-moteurs qui accompagnent toutes les artères de l'œil, sans exception.

Quand on coupe chez un animal le grand sympathique au cou, la pupille du même côté se rétrécit; l'œil est un peu dévié en dedans (strabisme pai^alytique), et un peu enfoncé dans l'orbite, et par suite la fente palpébrale est moins ouverte; tous les vaisseaux de l'œil se dilatent (ceux de la conjonctive, de l'iris, de la rétine, etc.). Si maintenant on tétanise le bout périphérique du grand sympathique, la pupille s'élargit au delà de sa grandeur normale ; l'œil se redresse, se dévie même un peu en dehors, il redevient plus proéminent et la lente palpébrale s'ouvre ; les vaisseaux deviennent plus minces partout où ils avaient été dilatés, et ce rétrécissement dépasse même le calibre primitif, de sorte qu'il se produit une anémie de l'œil, visible surtout à l'ophthalmoscope dans la rétine. En un mot, on obtient l'effet contraire de la section nerveuse. Lors de la section du grand sympathique, on coupe donc, et les nerfs vasomoteurs de l'œil, et les fibres qui innervent le dilatateur de la pupille ; ce dernier étant paralysé, le sphincter prédomine trop. Le rétrécissement de la pupille n'est pas uniquement un effet de la congestion de l'iris, mais bien avant tout celui de la paralysie d'un muscle dilatateur de la pupille. En effet, quand la pupille est rétrécie par l'ésérine, l'irritation du grand sympathique n'agit plus guère sur la largeur de la pupille, mais bien sur le calibre des vaisseaux iridiens; de plus, lors de l'irritation du grand sympathique, les deux effets ne marchent pas parallèlement (Arlt) : la dilatation pupillaire se montre beaucoup plus tôt que le rétrécissement des vaisseaux.

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Pourquoi, lors de la section du grand sympallùque, l'œil s'enfonce-t-il dans l'orbite? Le contraire devrait résulter de la dilatation des vaisseaux orbitaires ! Cela résulte de ce que, au fond de l'orbite, particulièrement au niveau de la fente sphéno-maxillaire, il y a un muscle à fibres lisses (H. Mûller) qui est paralysé par la section du grand sympathique ; ses fibres, qui normalement sont dans un certain degré de contraction, étant paralysées, s'affaissent et se laissent refouler contre la paroi osseuse par l'action des quatres muscles di'oits sur l'œil.

Ce qui est moins bien expliqué, c'est le léger strabisme paralytique interne après la section du grand sympathique. Il faut donc admettre que le grand sympathique innerve pour une partie le droit externe (au moins chez le lapin). Pour l'action du grand sympathique sur la tension oculaire, voy. pi. h. Nous avons vu plus haut que le grand sympathique innerve aussi la sécrétion de la glande lacrymale, en ce sens qu'il fournit des fibres centrifuges présidant à cette sécrétion.

Quelle est l'origine de toutes ces fibres que le grand sympathique envoie à l'œil, et par quelles voies y arrivent-elles ?

A l'article Moelle épinière, on verra que les fibres de deux espèces, destinées à l'œil, vaso-motrices et pupillo-dilatatiices, n'ont pas leur origine dans le grand sympathique lui-même, mais que ce dernier les emprunte à la moelle épinière. Chez le chien, les fibres vaso-motrices quittent la moelle plus en arrière que les fibres pupillo-dilatatrices (Bernard). Ces dernières quittent la moelle par les deux dernières paires cervicales et la première dorsale. Comme l'irritation de cette partie de la moelle produit sur le dilatateur de la pupille le même effet qu'une irritation du grand sympathique lui-même, on a conclu que les fibres en question y prenaient naissance : d'où le nom de centre ciliospinal qu'on a donné à cette région de la moelle épinière.

On a fait dernièrement beaucoup de bruit autour d'une observation (Salkowsky) qui semblerait démontrer que les fibres pupillo-dilatatrices remontent dans la moelle épinière plus haut que le centre cilio-spinal ; autrement dit que ce dernier, ou bien un second centre pour les fibres pupillo-dilatatrices, sei'ait situé à l'extrémité antérieure de la moelle allongée, près du quatrième ventricule. La pupille d'un animal curarisé, dont on entretient artificiellement la respiration, se dilate considérablement, si l'on vient à interrompre celle-ci; l'effet ne se produit pas, si l'on a coupé préalablement la moelle au cou. Mais il ne faut pas oublier que chaque nerf moteur a, outre son centre spinal, encore un centre cérébral, ce dernier agissant sur le muscle probablement par l'entremise du premier. Peut-être donc qu'on pourrait mettre l'expérience en question sur un même pied avec la faradisation de la masse corticale du cerveau.

Quoi qu'il en soit, la plus grande masse au moins des fibres nerveuses pupillodilatatrices arrive donc dans le grand sympathique au cou, traverse le ganglion cervical supérieur, en sort pour gagner l'intérieur du crâne avec le plexus carotidien. On admettait jusque dans ces dernières années que les fibres pupillo-dilatatrices gagnent l'œil en compagnie des nerfs vaso-moteurs, en suivant la voie de la racine sympathique du ganglion optique. Cependant, Hensen et Voelkers croient avoir remarqué que ni l'ablation du ganglion optique ni celle du ganglion cervical supérieur n'empêchent toujours l'effet pupillo-dilatateur de l'excitation du grand sympathique au cou. Plus récemment, Franck croit avoir démonti'é par l'expérimentation que chez

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le chi en les fibres pupillo-dilalatrices, au sortir du ganglion cervical supérieur, ne suivent pas l'artère carotide interne, mais l'artère vertébrale, pénètrent dans le crâne par le trou déchiré postérieur, et vont se rendre dans le ganglion de Casser; de là elles gagnent la périphérie par la voie du trijumeau.

Selon toutes les apparences, le nerf trijumeau renferme encore d'autres fibres pupillo-dilalatrices, celles-ci venues directement du centre pupillo-dilatateur (et non pas par la voie détournée du grand sympathique) , avec les autres racines du trijumeau (Vulpian). Nous renvoyons à ce sujet à ce que nous avons dit à propos du nerf trijumeau, en insistant de nouveau sur la nécessité de nouvelles recherches louchant l'innervation de l'œil par le trijumeau.

Le centre cilio-spinal peut être mis en activité par des irritations d'organes très-divers : la pupille se dilate sur des animaux quand on irrite n'importe quel nerf rachidien sensible (Chauveau) et même (Cl. Bernard) quand on irrite les viscères abdominaux (cette dernière circonstance explique-t-elle la large pupille des enfants qui ont des vers intestinaux?) ; il en est de même de la faradisation de la substance corticale du cerveau (Bochefontaine). Ceci est du reste en parfait accord avec les données récentes (surtout de Munck) sur les centres optiques dans l'écorce du lobe occipal du cerveau. Une excitation de ce centre doit provoquer un resserrement de la pupille, tout comme l'extirpation de ces parties corticales entraîne une dilatation de la pupille.

Bien des considérations tendent à nous faire admettre (Raehlmann et Witkowski) qu'à l'état de veille l'activité incessante du centre psychique, et par son intermédiaire celle de la surface externe sensible, agissent d'une manière permanente sur le centre cilio-spinal, et entretiennent une espèce de tonus dans le dilatateur de la pupille. Pendant le sommeil, soit naturel, soit narcotique (chloral, morphine, chloroforme), en l'absence des excitations sensorielles et psychiques, le dilatateur de la pupille se relâche, et la pupille se contracte. Mais chaque excitation d'un nerf sensible (pincement, chatouillement, action de crier contre les oreilles, etc.) sollicite le dilatateur; au moment du réveil, la pupille se dilate largement. La peur dilate fortement la pupille, tout comme si l'on excitait le grand sympathique : de là probablement que, d'après la description d'anciens auteurs, les yeux d'individus torturés sortaient de la tête.

L'influence psychique sur le centre cilio-spinal peut être assez forte pour vaincre un effort contraire considérable. Ainsi Fontaua avait remarqué que, quand on eiïiaie un chat au moment où l'on éclaire son œil, la pupille se dilate. On peut répéter la même expérience tous les jours : quand, pendant qu'on éclaire à l'aide de l'ophlbalinoscope l'œil d'un enfant, on effraie ce dernier (à l'aide d'un bruit), il y a dilatation de la pupille. L'effet ne se produit plus après plusieurs répétitions de l'expérience.

N'oublions pas d'ailleurs de signaler l'association entre l'innervation du muscle droit externe et celle du dilatateur de la pupille, même sans qu'il survienne de changement dans l'innervation accommodatrice. Ainsi un prisme convenablement disposé devant un anl fera diverger les yeux et dilatera également les pupilles.

Si à tout ce que nous venons de dire sur l'innervation du dilatateur de la pupille par le nerf grand sympathique nous ajoutons ce que nous avons dit touchant l'innervation du sphincter de la pupille par l'oculo-moteur commun, nous voyons que la largeur de la pupille, dans un moment donné, est une fonction des plus compliquées de facteurs variables très-nombreux, et souvent il est

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impossible de faire la part à chacun d'eux. Un changement dans la grandeur delà pupille étant survenu, nous ne savons pas même toujours s'il est dû à un relâchement d'un muscle iridien ou à la contraction de son antagoniste. Ajoutez à cela que, dans beaucoup de circonstances, ni le dilatateur, ni le sphincter de la pupille, ne sont en cause, et qu'il s'agit d'un changement dans l'injection sanguine des vaisseaux iridiens, et ce sera assez pour faire comprendre avec quelle circonspection on doit aborder des expériences sur ce sujet.

XI. Le ganglion ophthahnique ou ganglion optique, dont les connexions avec les nerfs qui s'y rendent et les nerfs qui en partent sont si bien connues au point de vue anatomique, est encore entouré d'une profonde obscurité pour ce qui regarde les faits physiologiques. On peut bien former des hypothèses plus ou moins plausibles sur ses fonctions, en se basant sur ses rapports anatouiiques, mais il est à peine besoin de rappeler combien en général sont stériles les efforts de ce genre. De ce que l'oculo-moteur commun, le grand sympathique et le trijumeau, lui envoient des rameaux, on a conclu que les rameaux émergents sont moteurs (pour les muscles et pour les vaisseaux de l'intérieur de l'œil) et sensibles. On suppose de plus que le ganglion est le centre pour une foule d'actions réflexes qui se passent dans l'œil. Mais quelles sont ces actions réflexes ? On n'a à ce sujet que des hypothèses. Voici du reste les quelques faits isolés mis au jour par l'expérimentation, et qui ont rapport les uns aux fonctions spécifiques du ganglion, les autres à la question de savoir lesquelles des innervations oculaires, que nous mettons sur le compte de trois nerfs qui fournissent au ganglion, passent réelltment par cette voie.

Hensen et Voelkers ont démontré que l'irritation électrique du ganglion provoque les contractions du muscle ciliaire et du sphincter de l'iris, et que le même effet est obtenu par l'excitation d'un ou de plusieurs nerfs ciliaires qui émergent du ganglion. Mais, tandis qu'il suffit de l'excitation d'un seul nerf ciliaire pour faire agir le muscle ciliaire dans son ensemble, l'action sur l'iris est telle que l'irritation d'un seul nerf ciliaire provoque une contraction partielle du sphincter: la pupille devient donc irréguhère.

La même localisation paraît exister pour les fibres sensibles, au moins la section d'un ou de plusieurs nerfs ciliaires anesthésie un secteur cornéen, correspondant aux filets nerveux coupés (Snellen).

Nous avons déjà dit que les fibres pupillo-dilatatrices paraissent ne pas traverser le ganglion ophthalmique (Hensen et Voelkers) ; dans ce cas, elles seraient probablement renfermées dans les nerfs ciliaires qui vont directement du nerf naso-ciliaii'e à l'œil. Gela cadrerait parfaitement avec les expériences nombreuses d'après lesquelles le nerf trijumeau conduirait à l'œil les fibres pupillo-dilatatrices en tout ou en partie.

D'après Franck, quelques filets ciliaires seulement conduiraient des fibres dilatatrices, tandis que tous renfermeraient des fibres pour le sphincter de la pupille.

Quant à la sensibilité cornéenne, elle disparaît par le fait de l'extirpation du ganglion [voy. l'art. Corkée) : les nerfs sensibles de la cornée traversent donc tous ce dernier.

Enfin, CI. Bernard a prétendu qu'après l'ablation du ganglion l'humeur aqueuse ne se reforme pas aussi vite que lorsque le ganglion est intact, mais ce point mérite confirmation.

XII. Action physiologique des muscles extrinsèques de V œil. Nous avons à considérer ici à peu près uniquement l'action des muscles sur le globe oculaire.

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Dans cette étude, nous connaissons le corps à mouvoir et la disposition des forces motrices.

Nous pouvons préciser tout de suite la question en faisant observer que les mouvements oculaires sont analogues à ceux d'une tète osseuse arliculaire dans une cavité articulaire enarthrodiale , c'est-à-dire qu'il n'y a pas de mouvements de translation du globe oculaire dans son ensemble, et que les mouvements exécutés sont des rotations autour d'un centre restant toujours fixe. Une fois l'existence d'un centre de rotation fixe étant démontrée, nous n'aurons plus qu'à considérer les muscles, c'est-à-dire leurs deux insertions et leurs forces contractiles, pour avoir la direction suivant laquelle ils agissent (direction qui ressort du plan musculaire et de l'axe de rotation) et la mesure de leur force. C'est en cela que consistera notre tàclie.

Les liens qui fixent l'œil dans l'orbite sont : a. Les quatre muscles droits, dont l'effet est plus ou moins contrebalancé par les muscles obliques ; ceux-ci en effet tendent à tirer l'œil en avant, h. L'aponévrose tarso-orbitaire et les paupières. Quand on ouvre démesurément les fentes palpébrales, l'œil avance de un millimètre (J.-J. Millier) ; il est bien entendu que cela n'a pas lieu lors de l'usage ordinaire de l'œil, c. Les liens aponévrotiques qui fixent au périoste les iascias musculaires, et par leur entremise la capsule de Tenon, d. Les nerfs et les vaisseaux qui se rendent à l'œil.

Mais lors de ses mouvements le globe oculaire doit glisser sur les parties environnantes, notamment le segment postérieur de la sclérotique sur le tissu graisseux de l'orbite, et en avant, la cornée et la sclérotique (la conjonctive bulbaire faisant corps avec la sclérotique) sur la face postérieure des paupières. Il faut donc que les liens qui fixent l'œil dans l'orbite soient assez lâches pour permettre ces mouvements. Les muscles, en s'allongeant, et en s'enroulant autour de l'œil, se plient facilement à une rotation oculaire. L'espace en fente de la capsule de Tenon, qui entoure presque tout le segment postérieur de l'œil, facilite le glissement contre le tissu graisseux de l'orbite. Les vaisseaux et les nerfs qui se rendent à l'œil passent comme à travers des boutonnières de la capsule de Tenon, peuvent s'étirer plus ou moins, et ne pas gêner les mouvements oculaires, d'autant plus que dans leur trajet orbitaire ils ont un trajet flexueux. Les liens aponévrotiques qui relient l'œil au périoste sont assez lâches pour lui permettre un certain jeu.

Il n'en est pas moins vrai que certaines dispositions anatomiques empêchent des rotations trop excursives du globe, et jouent le rôle de freins pour le mouvements oculaires, c'est-à-dire pour l'action de n'importe quel muscle.

Nous devons signaler à ce point de vue : a. Les nerfs et vaisseaux qui ne s'accommodent aux rotations oculaires que jusqu'à un certain point, h. L'élasticité des muscles : un muscle ne se laissera pas distendre outre mesure, c. Les liens aponévrotiques entre les fascias musculaires et la capsule de Tenon d'une part, et le périoste d'autre part ; les fibres musculaires contenues dans ces liens paraissent jouer un rôle tout à fait opposé à celui du muscle correspondant, d. Enfin la capsule de Tenon, qui en avant se réunit au globe oculaire, de même qu'en arrière, et la conjonctive du cul-de-sac, entrent également en ligne de compte,

XIII. Détermination du centre de rotation de Vœil. Après qu'on eut reconnu que le centre de rotation de l'œil ne se trouve pas dans la sclérotique, au pôle postérieur de l'œil (hypothèse admise encore par J. Mùller), et que la surface convexe du segment postérieur de l'œil se meut sur une surface concave

ŒIL (physiologie). ZOl

moulée sur celle-là, il était naturel d'admettre, comme on l'a fait réellement, que le centre de rotation coïncide avec le centre de courbure de la sclérotique, c'est-à-dire environ avec le milieu de l'axe antéro-postérieur de l'œil.

Il résulte de déterminations nombreuses et très-exactes, exécutées d'après des métbodes diverses, que le centre de rotation de l'œil est le même dans les divers mouvements oculaires, et se trouve en moyenne, cbezlcs emmétropes, à 13,60'"» (Donders et Doyer) en arrière du sommet cornéen, et environ lO"""' en avant de la siirlace postérieure de la sclérotique (l'axe antéro-postérieur de l'œil étant de 24"""), et 2"" environ en arrière du milieu de l'axe oculaire antéro-postérieur. La circonstance que le centre de rotation est plus près du pôle postérieur que du pôle antérieur a pour effet de diminuer l'excursion du segment postérieur, et par suite les tiraillements des nerfs et vaisseaux qui se rendent au pôle postérieur de l'œil.

D'après Donders et Doyer, la distance du centre de rotation au sommet cornéen est moindre chez les hypermétropes, plus grande chez les myopes, comparativement à ce qui existe chez les emmétropes. La même chose ressort de recherches plus récentes.

Signalons encore que J.-J. MûUer et Berlin ont trouvé que pour leurs yeux, quand le regard est très-élevé ou abaissé, le centre de rotation se déplace un peu dans l'œil. Il est vrai de dire qu'il s'agit là de deux myopes, et l'on sait que chez les myopes les mouvements oculaires, surtout vers les limites du champ de regard, s'exécutent moins facilement que chez l'emmétrope, en raison de la plus grande longueur de l'œil.

Quant aux diverses méthodes employées pour déterminer le centre de rotation, nous nous bornerons à signaler les principes de celle de Donders (Doyer) et de celle de Volkmann.

Dans la méthode de Donders (qui est classique en ce sens qu'elle fut imaginée la première), il s'agit de mesurer le déplacement latéral exécuté par l'image catoptrique formée sur la cornée par une lumière derrière (et à côté de) laquelle se trouve l'œil de l'observateur. Si le centre de rotation coïncidait avec le centre de courbure de la cornée (dont la situation est connue), l'image catoptrique, observée par un œ'û qui reste fixe, ne se déplacerait pas lors des mouvements oculaires. Si, au contraire, le centre de rotation est situé derrière le centre de courbure cornéen, l'iniage réfléchie se déplacera dans le sens de la rotation oculaire, et cela d'autant plus que le centre de rotation sera plus reculé par rapport au centre de courbure. Le déplacement du reflet cornéen étant connu (mesuré à l'aide del'ophthalmomètre), un calcul permettra de déterminer la distance du centre de rotation au sommet cornéen. 11 faut ensuite une correction pour la coui'bure ellipsoïdale de la cornée.

Volkmann part du raisonnement suivant : Si le centre de rotation reste fixe lors des mouvements oculaires, supposons qu'il se trouve juste au centre d'un cercle. Alors deux objets disposés sur les différents rayons du cercle se couvriront, quels que soient les mouvements exécutés par l'œil. 11 s'agit donc de trouver par des tâtonnements la position de l'œil dans le cercle dans laquelle les deux objets disposés sur les rayons se couvrent, quelle que soit la rotation exécutée par l'œil.

Ainsi elle est démontrée, la proposition portant que dans les mouvements oculaires ordinaires l'œil reste sur place, ne subit pas de translation de sa masse dans l'orbite. Il en résulte que tous les mouvements que les six muscles extrin-

302 ŒIL (physiologie).

sèques impriment au globe sont des rotations autour d'axes qui tous passent par le centre de rotation. Pour déterminer l'action de chaque muscle sur l'œil, il s'agira de trouver a. la direction dans laquelle il agit, et b. la force contractile et le degi'é de raccourcissement de chaque muscle.

Direction dans laquelle agissent les muscles. Le centre de rotation de l'œil restant fixe, un muscle quelconque doit agir suivant un plan qui passe par le centre de rotation, l'origine du muscle sur l'orbite, et son insertion sur le globe oculaire ; ces trois points déterminent ce qu'on appelle le plan de l'action du muscle. La perpendiculaire élevée sur ce plan, au centre de rotation, est l'are de rotation du muscle.

Le centre de rotation, déterminé parles méthodes indiquées précédemment, étant commun aux six plans d'action musculaire, il restait à déterminer empiriquement, sur un certain nombre d'yeux normaux, les deux autres points nécessaires à la fixation du plan d'action musculaire et de l'axe de rotation. C'est ce qu'exécutèrent, par des recherches très-laborieuses, Fick, Piûte et Volkraann. A cet effet, ils reportent tous les points à rechercher sur un système de trois axes de coordonnées rectangulaires situé dans l'orbite et dans le globe oculaire, dont l'origine coïncide avec le centre de rotation de l'œil.

Pour simplifier les expressions, on suppose que le centre de rotation coïncide avec le centre de l'œil. L'œil est supposé se trouver dans la situation où les deux lignes visuelles sont parallèles, la tète droite et le regard fixé à l'horizon; c'est la « position normale » de Volkmann ; elle paraît être la position de repos des yeux. Or, dans cette position de l'œil, les coordonnées de l'œil coïncident sensiblement avec les coordonnées de l'orbite. L'axe des .r joint les centres de rotation des deux yeux et coïncide avec le diamètre transversal de l'œil ; l'axe des y coïncide avec l'axe optique de l'œil, et l'axe des :; est la perpendiculaire élevée au centre de rotation sur le plan des deux axes précédents. Comme parties positives de ces axes on considère, pour l'axe de x, la portion située en dehors de l'origine ; pour l'axe de y, la portion située en arrière, et pour l'axe des z, la portion dirigée en haut.

Ces déterminations étant faites (les deux insertions par rapport aux axes), on calcule, d'après un procédé indiqué par Fick, et toujours par rapport aux axes des coordonnées, la situation des plans musculaires et des axes de rotation correspondants.

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