NUEL
Phlegmon de l'œil. Voij. Oi'htii.vlmie de totalité iOijhthaJmitis).
Tumeurs de l'œil. Ce chapitre, un des plus importants de la pathologie oculaire, est traité dans les articles spéciaux. Les tumeurs, les unes malignes, cancéreuses, comme on dit, les autres plus ou moins bénignes, prennent leurs points de dé[)art dans les organes les plus divers, et sont traitées à propos de ces derniers. Nous avons ainsi dans la conjonctive en fait de tumeurs malignes des sarcomes souvent pigmentés, dont le point de départ est quelquefois une tache pigmentaire congénitale en apparence insignifiante; l'épitliélioma, qui naît du limbe conjonctival, du bord libre des paupières, plus rarement du culde-sac. En fait de tumeurs conjonctivales moins infectieuses ou tout à fait bénignes, il y a les angiomes, les polypes, les papillomes, les verrues, les ostéomes sous-conjonctivaux, les kystes sous-conjonctivaux, les cysticerques sous-conjonctivaux, les tumeurs lymphatiques, les lipomes, et, à un certain point de vue, le pinguecula. Sur la cornée, on a observé des sarcomes ordinairement pigmentés, l'épithélioma, également souvent pigment;', ces deux espèces de tumeurs partant en règle générale du limbe conjonctival ; les dermoïdes sont, eux aussi, à cheval sur la cornée et la sclérotique. La sclérotique n'est guère le siège primitif de tumeurs. L'iris au contraire développe des sarcomes, la plupart du temps mélaniques ; des tubercules vrais ; des nodosités lépreuses; une tumeur particulière, non infectieuse, mais compromettant la vision, et désignée sous le nom de granulome; des kystes, et enfin des tumeurs
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gommeuses syphilitiques. Dans la choroïde et le corps ciliaire, nous avons à signaler des saiconics, ordinairement pigmentés ; à ce qu'il parait des myorncs \ruis, et des tubercules, très- fréquents dans la tuberculose miliaire générale. Dans la rétine, nous avons le gliome rétinien, quelquefois des tubercules, et, d'après une observation qui m'est personnelle, peut-être de véritables nenromes. Le nerf optique a ses tumeurs à part; ordinairement ce sont des sarcomes mixomateux, des mixomes vrais, et même des névromes, quelquefois des fibromes partis de la gaîne externe.
Enfin, des tumeurs sarcomateuses ou des épithéliomas, partis d'organes circumoculaires, peuvent envahir secondairement le bulbe.
Les diagnostics différentiels si nombreux qu'il s'agit d'établir dans les cas où une tumeur s'est développée dans l'orbite sont donnés à l'article Orbite, Pathologie. Des tumeurs oculaires signalées plus haut, ce ne sont guère que les gliomes, les sarcomes et les épithéliomas, qui ont une tendance à envahir tout le globe oculaire, et qui par conséquent méritent à une certaine période de leur développement le titre de « tumeurs de l'œil ». Ndel.
Parasites de l'œil. Différentes espèces de filaires ont été observées à l'intérieur (chambre antérieure, corps vilré) d'yeux d'animaux divers. Chez l'homme, le filairc de Médine sous-conjonclival a été observé dans les pays chauds. D'autres espèces de filaire plus petites paraissent avoir été rencontrées réellement dans l'œil de l'homme; cepemlant, la plupart des observations de ce genre paraissent devoir être interprétées en ce sens qu'il 3'es.t agi de troubles fdamenteux du corps vitré, ou bien d'une artère capsulaire persistante. Dans le cas de trichinose, ces cntozoaires envahissent les muscles extrinsèques de l'œil et produisent une ophthalmoplégic externe et interne. Signalons pour mémoire les lepthofhrix dans les canalicules lacrymaux, le favus et même des morpions du bord palpébral. Le parasite le plus fréquemment observé à l'intérieur de l'œil est le cysticerque de taenia solium (cysticercus cellulosae). Pour ce qui regarde l'histoire naturelle de cet entozoaire et la manière dont il pénètre dans Torganisme, voy. les articles Taenia et Cysticerque.
Le siège le plus fréquent des cysticerques dans l'œil est dans le corps vitré et sous la rétine; si le parasite siège dans le corps vitré, il n'y est arrivé que secondairement. L'embryon de t;enia pénètre probablement toujours dans l'arbre vasculaire à partir de l'estomac, et de là est charrié vers la périphérie. L'existence de la pression oculaire coniribue probablement à fixer si souvent ce parasite dans l'intérieur de l'œil, peut-être en aplatissant les vaisseaux sanguins. Le cysticerque se développe donc dans un vaisseau choroidien ou rétinien, et commence à faire une saillie dans le corps vitré, ou bien à se développer sous la rétine et à décoller cette membrane. Il peut pénétrer tout à fait dans le corps vitré à travers la rétine (dans la moitié des cas environ) ; cette pénétration a même été poursuivie à l'ophtlialmoscope. Le développement et la pénétration dans le corps vitré se passent ordinairement avec un cortège de symptômes d'irritation. En môme temps le malade accuse un scotome, surtout si le parasite siège près de la macula lutea ; le reste de la rétine souffre cependant également, de sorte qu'il survient une amblyopie assez prononcée déjà après quelques mois. Quelquefois les malades se plaignent aussi de douleurs de tête périodiques -et de photopsies très-intenses.
Dans des cas rares, des cysticerques sont restés des mois entiers dans l'œil sans
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occasionner des symptômes réactionnels bien accusés. Règle générale, il survient une iridochoroïdite accompagnée de douleurs très-intenses, qui mène à l'atrophie de l'œil, et qui même a donné lieu à une ophthalmie sympathique. D'autres fois on a signalé des accidents glaucomateux. Les douleurs ont persisté quelquefois pendant plusieurs années ; rien n'indique cependant que le parasite soit resté vivant durant toute cette période. Dans les stades plus avancés, la vésicule s'entoure toujours de nombreuses fausses membranes étendues à travers tout le corps vitré ou bien reliant la rétine à la choroïde, suivant le siège du parasite. Dans des cas particuliers on l'a vu s'entourer d'une membrane kystique dans le corps vitré, tout à fait comme un autre corps étranger; cet événement paraît arrêter pour quelque temps les progrès du mal.
A l'ophthalmoscope, on reconnaîtra la présence d'un cysticerque, même au milieu de membranes du corps vitré et sous la rétine décollée. On verra une vésicule ayant jusqu'à quatre fois le diamètre de la papille, à couleur assez caractéristique, bleu verdâtre ou bleu grisâtre, qu'il suffit d'avoir vue une fois pour la reconnaître. Si la vésicule est assez libre dans le corps vitré encore transparent, on peut distinguer, grâce au grossissement ophthalmoscopique, la tète et le cou de l'embryon, voire même la couronne de crochets. Le diagnostic sera assuré, si l'on parvient à voir les mouvements du parasite, ce à quoi on arrive par une observation prolongée. Ces mouvements consistent en contractions vermiculaires dé toute la vésicule, ou bien dans la propulsion et le retrait alternatifs de la tête et du cou ; eux seuls permettent quelquefois de faire le diagnostic entre un décollement rétinien et un cysticerque sous- rétinien; dans ce dernier cas, le parasite est recouvert par les vaisseaux rétiniens.
On n'a pas encore de données suffisantes pour décider la question de savoir combien de temps un cysticerque peut vivre dans l'œil.
Des cysticerques intra-oculaires ont été observés un peu dans tous les pays de l'Europe, mais avec une fréquence beaucoup plus grande dans l'Allemagne du nord. Tandis qu'en France et en Belgique c'est un cas excessivement rare, nos collègues de Berlin en observent chacun plusieurs par an. Ce fait tient-il à la circonstance que l'usage de la charcuterie plus ou moins crue est très-répandu en Allemagne?
Le traitement de l'affection consiste à extraire ou au moins à tuer le parasite le plus tôt possible. Les exemples se multiplient où l'on a réussi à faire l'extraction, non-seulement avec conservation d'un œil plus ou moins atrophié, mais encore d'un degré assez prononcé de vision. Les chances seront naturellement d'autant plus grandes qu'on aura opéré plus tôt, et que la désorganisation de l'œil est moins avancée. L'extraction est indiquée même dans les cas où la vision a disparu, pour prévenir l'ophthalmie sympathique. Cependant, si la cyclile était en plein et les douleurs vives, il vaudrait mieux recourir d'emblée à l'énucléation. Tout récemment on a fait avec succès l'énervation de l'œil dans les cas de ce genre ; cette opération nous paraît indiquée surtout dans les cas où l'irritation de l'œil persiste malgré la mort de l'animal.
L'extraction, que ce soit dans le corps vitré ou sous la rétine que le parasite se trouve, se fera le mieux par une incision longitudinale de la sclérotique, au niveau du parasite, après détachement d'un muscle droit. Si l'animal ne se présente pas d'emhlée dans la plaie, on ira le saisir et l'extraire à l'aide d'une pince, ou au moins on tâchera de le tuer. On fera ensuite la suture conjonctivale par-dessus la plaie. Naturellement on n'opérera que sur un sujet chloroformé.
L'extraction par une plaie cornéenne (après l'extraction du cristallin) a été DICT. ENC. -2' s. XiV. 25
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mise en usage par A. de Gi-aefe. Ou ne tentera plus guère aujourd'hui celte opération, tout au plus si le parasite siégeait tout près du cristallin.
Divers essais tentés dans le but de tuer le parasite, soit par une médication interne, soit par des injections dans le corps vitré, ont échoué complètement.
Des cysticerques ont été si souvent observés dans la chambre antérieure et dans l'iris qu'on n'en est plus à compter les cas publiés. Il paraît que l'orisîine de l'entozoaire est la suivante. Un embryon de taenia arrive par le courant sanguin dans l'iris dans un petit vaisseau ; il s'y développe, et constitue une petite bosselure qui proémine dans la chambre antérieure. La vésicule peut se détacher tout à fait et tomber dans la chambre oij elle reste quelque temps tout à fait isolée. Ce développement a lieu ordinairement avec un cortège de symptômes inflammatoires. Le cysticerque se présente donc sous forme d'une vésicule grisâtre, transparente, ordinairement située au plancher de la chamhre antérieure. La loupe surtout y fera remarquer, soit des mouvements vermiculnires de la vésicule, soit la propulsion et le retrait de la tète. Si l'animal est en repos, la tète et le cou apparaissent sous forme d'un point plus opaque sur la vésicule translucide.
La présence de ce corps étranger, qui croît souvent rapidement, provoque bientôt des douleurs ciliaires, de la kératite, de l'iritis, de la cyclite, des accidents glaucomaleux, et finalement l'atrophie de l'œil.
Le seul traitement à essayer est l'extraction de la vésicule à travers une plaie cornéenne, avec ou sans iridectomie.
Des cvsticerques ont été observés assez souvent sous la conjonctive. En 1854, Siebel compta déjà douze cas, dont six observés par lui ; depuis lors, le cas s'est présenté encore plusieurs fois.
On sait que le luêrae parasite est localisé souvent dans l'orbite, et quelquefois dans la paupière. Noël.
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ŒIL (pathologie). 387
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Blessures de l'œil. Les traumatisraes du globe oculaire offrent des différences tellement grandes selon leur siège, qu'au point de vue pratique il faudrait descendre dans des détails presque casuistiques. La plupart des lésions de l'œil ont d'ailleurs été décrites dans les articles spéciaux (Cornée, Cristallin, Sclérotique, etc., etc.). 11 s'agit ici avant tout de faire une rapide énumération des lésions qui peuvent être la suite d'un traumatisme de l'œil, d'insister surtout sur la gravité relative des différentes lésions, et de tracer ainsi en gros les investigations cliniques qu'il y a à faire dans un cas de ce genre.
Citons en guise d'introduction ces paroles d'Arlt, qui nous paraissent pleinement justifiées : « Je suppose que le lecteur soit familiarisé avec les méthodes d'investigation usitées, non-seulement avec la détermination de la réfraction et de ses anomalies, ainsi que de l'acuité visuelle dans la vision directe et indirecte (lacune du champ visuel), mais encore avec l'examen ophthalmoscopique... Le médecin légiste qui n'aurait pas ces j connaissances et ces aptitudes ferait mieux de confier un cas de ce genre à un collègue entendu en cette matière. Sans détermination objective exacte de l'état des choses, on se trouve dans l'impossibilité de faire en conscience un rapport. Trop souvent s'est présenté le cas qu'un rapport médico-légal délivré sur des blessures oculaires ne renfermait pas même d'indication sur le degré de diminution de l'acuïté visuelle, celle-ci devant naturellement être déterminée à l'aide d'échelles visuelles. »
Nous diviserons avec Arlt les traumatismes de l'œil en :
1" Contusions avec ou sans déchirures et commotions de l'œil ;
2° Plaies pénétrantes : a) avec ou h) sans corps étranger restant dans l'œil. Les blessures des paupières et des voies lacrymales pourront sans inconvénient être passées sous silence, et être renvoyées tout à fait aux articles de chirurgie ;
3" Brûlures et cautérisations de l'œil.
A la description de chaque catégorie nous ajouterons quelques indications sur l'action thérapeutique <à instituer.
A. Conlusions, plaies contuses et commotion de ïœil. Quand un corps plus ou moins émoussé a agi sur le globe oculaire, on peut observer, en dehors des altérations des paupières : des ecchymoses conjonclivales, un trouble cornéen, suivi ou non de kératite purulente, des ruptures de la sclérotique, épanchement de sang dans la chambre antérieure et dans le corps vitré, des déchirures et la paralysie de l'iris, la paralysie de l'accommodation, la rupture de la capsule du cristallin, la luxation complète ou incomplète du cristallin par suite de la rupture de son ligament suspenseur, la rupture de la choroïde avec épan- •chement sanguin dans le corps vitré, la rupture du corps ciliaire, des troubles de la fonction rétinienne dus à une commotion ou contusion de cette membrane. L'œil peut aussi être luxé au devant de l'orbite par la pénétration d'un corps étranger dans l'orbite. Après ces divers traumatismes, le globe oculaire peut
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périr après coup par une panophtlialmle, et enfin le second œil peut être atteint secondairement d'ophlhalmie sympathique, surtout si le corps ciliaire a e'télésé primitivement ou bien s'il est devenu malade secondairement.
Les ecchymoses conjonctivales sans autre complication constituent une lésion de peu d'importance. On les traite communément par des lotions excitantes, dans l'espoir de favoriser ainsi la résorption du sang. Il faut naturellement s'être convaincu par les épreuves visuelles et un relevé sommaire du champ visuel qu'il n'y a pas d'altération profonde.
La contusion de l'œil donne lieu fréquemment à un trouble cornéen dont la gravité consiste en ce qu'il est souvent suivi d'un abcès ou d'un ulcère purulent. Le traitement est celui des kératites profondes : d'abord l'atropine et peut-être les compresses froides ; quand la suppuration est survenue, le froid est imisible, et des compresses chaudes sont plutôt indiquées ; voir d'ailleurs le traitement des kératites purulentes.
La rupture de la sclérotique est assez fréquente, et, chose curieuse, elle consiste ordinairement en une déchirure concentrique autour de la cornée et située à un demi-cenlimètre environ de celle-ci, en haut et un peu en dedans ; la blessure se trouve donc au niveau du corps ciliaire, qui lui aussi est déchiré dans ces conditions. Pour comprendre les divers effets d'une forte et brusque compression de l'œil, il faut avoir présent à l'esprit qu'à ce point de vue le bulbe peut être assimilé à une vésicule remplie d'eau ; une pression exercée sur un point circonscrit se propagera à peu près également dans toutes les directions, et pèsera sur toute la paroi oculaire. Mais l'œil est matelassé et soutenu en arrière, surtout à son pôle postérieur, par le contenu de l'orbite, et d'un autre côté les influences extérieures agissent sur lui d'avant en arrière, et souvent un peu du côté externe, où l'œil est le moins protégé. Il cédera donc moins facilement en arrière. Nous supposons actuellement le cas d'un corps qui comprime l'œil d'avant en arrière, sans y pénétrer. Le globe oculaire aplati d'avant en arrière tendra à s'agrandir dans le sens équatorial, et se distend réellement le plus un peu en avant de l'équateur, puisque ce dernier est encore soutenu par le contenu de l'orbite. Si la paroi oculaire cède, ce sera naturellement au peu en avant de l'équateur. C'est d'ailleurs là l'endroit le plus mince de toute la sclérotique. Le fait que les corps étrangers arrivent à l'œil en venant surtout d'avant et un peu de dehors semble expliquer pourquoi les ruptures de la sclérotique siègent surtout eu haut et en dedans ; la direction frontale de la plupart des fibres sclérotidiennes à ce niveau explique leur direction concentrique autour de la cornée.
Selon la violence exercée, on observeia une simple rupture de la sclérotique, à travers laquelle fait plus ou moins hernie le corps ciliaire ; le corps vitré peut avoir été éjaculé en tout ou en partie ; le cristallin et l'iris peuvent également être sortis à travers la plaie. Naturellement à ces différentes altérations correspondent des états de gravité très-différents. Un cas très-curieux est celui d'une rupture en quelque sorte sous-conjonclivale de la sclérotique ; alors le cristallin, le segment voisin de l'iris et une partie plus ou moins grande du corps vitré peuvent être sortis à travers la plaie sclérotidienne, et soulever en ampoule la conjonctive non rompue. Souvent du sang épanché en grande quantité à l'intérieur de l'œil en empêche l'exploration. 11 paraîtrait que dans les conditions qui nous occupent il se produit rarement d'autres déchirures dons la profondeur de l'œil, de la choroïde ou de la rétine, par exemple.
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Un œil qui a subi une rupture sclérotidienne, qui a même ainsi perdu son cristallin, n'est pas fatalement voué à la perte. L'organe peut souvent être sauvé avec sa fonction. Le danger immédiat réside d'abord dans la perte ti"op considérable du corps vitré ; le coUapsus qui en résulte expose à des hémorrhagies choroïdiennes qui peuvent détruire tout le contenu de l'œil et le chasser à travers la plaie. Rarement la réaction immédiate est excessive et conduit à la panophthalmie.
Souvent l'œil se perd un peu plus tard par iritis et cyclite aiguës, suite du déchirement de l'iris et du corps ciliaire, peut-êlre de leur enclavement dans la plaie sclérotidienne, ou bien en partie de la compression exercée sur eux par le cristallin luxé, gonflé ou non. — Quand ces dangers immédiats ne se réalisent pas, l'œil peut périr par une inflammation chronique de l'iris et du corps ciliaire ; les exsudats inflammatoires dans le corps vitré peuvent aussi subir après coup une rétraction cicatricielle qui conduit au décollement rétinien. Enfin, et ce danger est imminent dans les blessures de ce genre, intéressant toujours le corps ciliaire, le second œil peut être atteint d'une ophtlialmie sympathique, soit après quelques semaines, soit après un temps plus ou moins long, si le corps ciliaire resle dans un état d'irritation continuel, que sa cicatrice ou bien le cristallin luxé en soit la cause.
Les plaies sclérotidiennes ne se ferment pas aussi facilement que celles de la cornée transparente ; c'est que les processus nutritifs dans le tissu fibreux de la sclérotique sont beaucoup moins intenses que dans le tissu propre de la cornée. De plus, l'occlusion ne se fait jamais par agglutination intime des deux lèvres de la plaie (comme dans la cornée), mais par l'interposition d'un tissu fibreux intercalaire qui n'atteint jamais ni l'épaisseur ni la résistance de la sclérotique: aussi cette cicatrice cède-t-elle souvent après coup à la tension intra-oculaire, même à la formation d'un staphylome ou d'une dégénérescence cysto'ide, deux états qui ne sont pas sans gravité pour l'avenir de l'œil.
Le traitement d'une rupture sclérotidienne demande le repos au lit, avec un bandage occlusif des deux yeux, pour empêcher le clignotement et les mouvements oculaires. Dès qu'il survient de la réaction, on la modérera par des compresses froides. L'occlusion de la plaie sclérotidienne sera puissamment aidée par une suture qui réunit la conjonctive par-dessus ; préalablement, on coupera à l'aide de ciseaux l'iris et le corps vitré, s'ils pendent au dehors ; il arrive que, les lèvres de la plaie sclérotidienne se réunissant, elles étranglent les parties herniécs qui alors meurent et sont éliminées. On fera cependant bien de ne pas se reposer sur cette possibilité. — Si le cristallin luxé comprime le corps ciliaire et pousse l'iris en avant, on tâchera de l'extraire pour enlever cette cause d'irritation permanente. — Si le cristallin et peut-être une partie du corps vitré sont situés sous la conjonctive non déchirée, on recommande d'attendre avec un bandage légèrement compressif que la plaie sclérotidienne soit fermée pour ouvrir la poche conjonctive et évacuer son contenu. Dans le cas de panophthalmie imminente, ou essayera de l'enrayer par des compresses froides ou glacées ; si elle est confirmée, on hâtera le processus par des compresses d'eau chaude. L'emploi des narcotiques sera en même temps nécessaire pour calmer les douliurs souvent excessives; on les abrégera le mieux après quelque temps en ouvrant cet abcès véritable de l'œil {voy. l'aïticle Panoputhalmie).
Enfin, la plus grave responsabilité du médecin est celle qui ressort du danger
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d'une ophlhalmie sympathique sur le second œil [voy. l'article Ophthalmie sympathique) .
Les hémorrhagies dans la chambre antérieure masquent souvent l'intérieur de l'œil. Il s'en faut du reste qu'elles soient toujours le signe d'une déchirure de l'ensemble des parois oculaires. Une forte commotion de l'œil peut produire une déchirure de l'iris ou du corps ciliaire, et parlant de leurs vaisseaux. Rarement le sang provient d'une déchirure dans le fond de l'œil. La quantité de sang peut être très-minime, et alors il faut peut-être l'éclairage focal à l'aide d'une lentille et dans la chambre obscure pour découvrir la petite demi-lune de sang en bas contre le ligament pectine de l'iris. A moins de déchirure considérable, ce sang se résorbera sans laisser de traces; il faudra appliquer le bandage compressif et instiller de l'atropine pour le cas assez probable où il y aurait danger d'iiitis.
h'épanchenient sanguin dans le corps vitré est presque sans exception la suite d'une rupture choroïdienne ; la gravité des cas ne dépend pas tant de la quantité de sang épanché, à moins qu'elle ne soit excessive, que de la grandeur de la déchirure choro'idienne et des décollements rétinien et choroïdien qui peuvent exister. Un décollement réiinien peut aussi en être la suite plus tard, quand le sang se résorbe et quand peut-être le corps vitré subit une rétraction cicatricielle.
Les cas ne sont pas rares où la quantité de sang épanché est telle qu'il soit impossible d'examiner le fond de l'œil à l'ophlbalmoscope ; une blessure du cristallin peut avoir produit rapidement une cataracte traumatique qui masquera également le fond de l'œil; l'impossibilité d'examiner le fond de l'œil peut aussi tenir à une hémorrhagie dans la chambre antérieure, ou bien à un trouble cornéen traumatique. Et cependant, pour pouvoir porter un pronostic sérieux sur l'état d'un œil qui peut-être porte une lésion profonde, il fout connaître l'état de la rétine et de la choroïde. Cette nécessité ne s'impose pas seulement dans les cas de contusion de l'œil, mais encore dans une foule de circonstances que nous énumérerons plus loin. Or, dans ces cas, il y a cependant moyen de se former une idée assez juste de l'état fonctionnel de la rétine, et partant de la choroïde. On peut, en effet, évaluer l'acuïté visuelle centrale et périphérique (constater la présence de lacunes du champ visuel), malgré la présence de troubles très-intenses dans les milieux transparents. Le procédé usité à cet effet est le même que celui dont on se sert pour examiner l'état fonctionnel de l'œil dans les cas de cataractes non traumatiques.
Suivant la longue expérience de Arlt, un œil distingue encore à 5 mètres la lumière d'une bougie dans une chambre obscure, quelque intense que soit le trouble dans les milieux transparents. Voilà pour l'acuïté visuelle centrale, avec la fovea centralis. Pour ce qui est de la vision périphérique, les troubles les plus intenses dans les milieux n'empêchent pas qu'une lumière assez faible, projetée successivement (àl'aidedel'ophthalmoscope, p. ex.) de tous les côtés dans l'œil, soit localisée dans les bonnes directions. C'est qu'en réalité ces troubles n'empêchent pas la formation d'une espèce de point focal clair sur la rétine plus ou moins diffusément éclairée dans cette expérience. S'il y a de larges déchirures choroidiennes ou bien un décollement rétinien, la projection sera défectueuse, car les endroits décollés, par exemple, ne sont plus sensibles ; l'individu distinguera cependant toujours le clair de l'obscur, car une lumière venant dans n'importe quelle direction sera diffusée sur toute la rétine par le trouble des milieux.
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De très-faibles épanchements sanguins dans le corps vitré se reconnaissent à l'ophtlialinoscope.
La résorption du sang dans le corps vitré est beaucoup plus lente que dans l'humeur aqueuse.
La gravité deceshémorrhagies se règle sur la déchirure plus ou moins grande de la choroïde {voy. plus loin) et de la présence d'un décollement rétinien. Ne pas oublier que le décollement peut encore arriver plus tard, par le fait d'une rétraction cicatricielle dans le corps vitré et dans la choroïde, et qu'il peut ainsi compromettre encore très-tardivement la vision. — Le traitement sera celui de la déchirure choroïdienne.
La paralysie, soit du sphincter, soit du dilatateur de l'iris, et celle de Vaccommodation, ont été quelquefois observées après des contusions de l'œil, sans qîje des déchirures intra-oculaires eussent expliqué la chose. On a supposé dans ces cas une espèce de commotion des nerfs ciliaires.
La déchirure de l'iris est un accident assez fréquent à la suite d'une brusqnc compression de l'œil d'avant en arrière. Rarement celte déchirure se fait en sens radiaire; règle générale, la membrane se détuche de son insertion ciliaire dans une étendue plus ou moins grande, jusqu'aux degrés où l'iris, tout à fait détache, se ralaliae et tombe sur le fond de la chambre antérieure. Si la déchirure est très-pelile, il se peut qu'elle soit difficile à voir ; mais la pupille sera comme effacée de ce côté, et irrégulière, attendu que la partie détachée ne se retire plus normalement vers la périphérie; le sphincter, au lieu d'être circulaire à ce niveau, prend la disposition d'une corde de cercle.
Ordinairement la déchirure est accompagnée d'un épancliemeiit sanguin plus ou moins grand dans la chambre antérieure.
Le mécanisme par lequel les décliiruies iiidiennes se produisent doit être compris de la manière suivante : Nous avons déjà dit comment le corps contondant tend à aplatir l'œil d'avant en arrière ; les diamètres équatoriaux de ce dernier augmentant, l'iris devrait se distendre suivant son étendue ; le fait est, qu'au lieu de se distendre, il se détache de son insertion ciliaire.
Des déchirures partielles guérissent ordinairement assez bien, sans yu'il survienne une forte iritis.
De grandes déchirures produisent des phénomènes d'éblouissements trèsintenses ; ordinairement elles sont compliquées d'altérations si profondes de l'œil (luxation du cristallin, déchirure du corps ciliaire, etc.), qu'il en est fortement compromis.
Le traitement doit être antiphlogistique : compresses froides, des sangsues à la tempe, si la réaction devient intense, de l'ati'opine dans les cas peu prononcés. Il serait au moins inutile de ponctionner la chambre antérieure pour évacuer le sang.
Un accident important à reconnaître est la luxation du cristallin et la déchirure de la capsule du cristallin.
La déchirure de la capsule est assez rare dans les simples contusions de l'œil. 11 en résulte à peu près toujours une cataracte traumatique, dont les conséquences sont celles d'une plaie pénétrante avec blessure du cristallin, sans qu'un corps étranger soit resté dans l'œil {voy. plus loin).
11 est très-rare aussi que le cristallin se trouble dans sa masse par le fait d'un simple ébranlement ou d'une contusion, sans déchirure de la capsule. On n'admet même cet accident que par les résultats d'expériences sur des lapins
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(Berlin). — Mais une calaracte peut se développer après quelque temps par le lait de déchirures de la choroïde, du corps ciliaire ou d'un décollement rétinien. Celte possibilité doit même être prise en considération dans le pronostic à poser dans certains cas. Ces cataractes sont ordinairement compliquées de synéchies postérieures, l'inflammation réactionnelle s'étant propagée après coup à l'iris.
Un accident plus fréquent est la déchirure partielle de la zone de Zinn, avec siibluxation du cristallin.
Cette déchirure se produit par le même mécanisme que la déchirure de l'iris; elle est le fait de la distension de l'œil dans le sens équatorial.
Quand le ligament suspenseur du cristallin est déchiré en un endroit, le cristallin n'est plus retenu à ce niveau, il se déplace un peu vers le point opposé, et en même temps la tension du corps vitré le pousse en avant ; la partie du cristallin qui avoisine la déchirure pousse donc l'iris en avant ; on peut voir de l'extérieur la bosselure iridienne qui en résulte. Si la déchiiure de la zone de Zinn est très-large, le cristallin n'est plus guère fixé, il ballotte lors des mouvements oculaires, et il en résulte du tremblotement de Viris, cette membrane suivant tous les mouvements imprimés au cristallin.
Le cristallin est à l'état normal attiré péri hériquement par son ligament suspenseur; en vertu de celle tension, il est moins bombé suivant son axe antéro-poslérieur que s'il était abandonné à son élasticité seule. Quand donc le ligament suspenseur est déchiré, le cristallin se rapproche de la forme spliérique; le pouvoir réfringent des milieux transparents en est augmenté : Y œil devient myope, s'il était emmétrope, el sa myopie augmente, s'il a été myope avant la blessure.
Le ligament suspenseur élant déchiré, les contractions du muscle ciliaire ne retentiront plus sur le cristallin : l'accommodation est perdue.
Si la lentille est fortement déplacée laléralement, il peut arriver, et ce cas n'est pas très-rare, que l'équateur du cristallin vienne au niveau de la pupille. Il réfultede cette circonstance des phénomènes caractéristiques pour la luxation du cristallin. Dans ce cas, la lentille se trouve derrière un segment seulement de lu pupille ; des rayons lumineux qui pénètrent dans l'œil, un faisceau seulement traversera le cristallin, et leur réfraction sera celle d'un œil myopique; le restant des rayons lumineux passera à côlé de la lentille, et leur réfraction sera celle qui existe dans un œil dépourvu de cristallin, c'est-à-dire plus ou moins hypermétropique. De plus, les i ayons qui traversent la périphérie de la lentille biconvexe subiront une déviation prismatique : de là formation de deux images rétiniennes par chaque objet extérieur: il y a diplopie monoculaire. Pour des objets situés trèspi'ès de l'œil, les rayons traversant le cristallin formeront une image rétinienne plus ou moiiis nette ; et pour des objets éloignés, les rayons lumineux qui passent à côté du cristallin peuvent former une image assez nette. On a effeclivement observé des ces où l'individu a offert ce phénomène curieux de pouvoir sans accommodation voir assez bien de très-loin et de très-près. — La présence de l'équateur du cristallin derrière la pupille est visible à l'ophthalmoscope et à l'éclairage focal. A l'ophthalmoscope, le bord du cristallin se présente sous forme d'un ménisque obscur sur le fond rouge : c'est que les rayons revenant du fond de l'œil ont une incidence très-oblique sur l'équateur cristallin, y subissent la réflexion totale, et ne traversent pas cette partie de la lentille, qui y paraîtra donc obscure, noire. — A l'éclairage focal on voit également
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l'équateur du cristallin, mais sous forme d'un ménisque blanchâtre, parce que cette partie du cristallin n'est pas parfaitement transparente et réfléchit donc assez de lumière.
Si l'équateur du cristallin ne vient pas jusqu'au niveau de la pupille normale, c'est-à-dire si la luxation est moins prononcée, ou arrive ordinaiienient à le voir avec l'ophtlialmoscope et à l'aide de l'éclairagiv focal, si préalablement on dilate fortement la pupille à l'aide de l'atropine.
La zone de Zinn déchirée ne se refermera plus jamais, et un tel œil sera pour toujours plus ou moins estropié. Dans le cas le plus favorable, le cristallin reste sur place et conserve sa transparence ; il persiste une myopie extrême ; la vision est plus ou moins entravée pour cette raison, sans parler de l'astigmatisme qui résulte de la position oblique de la lentille. Ordinairement l'œil reste irrité d'une manière permanente, à cause de la compiession et des chocs essuyés de la part du cristallin par l'iris el le corps ciliaire à l'endroit opposé à la déchirure; nous avons, en effet, rappelé que le cristallin luxé ballotte lors des mouvements oculaires. 11 en résulte une iritis et une cyclitc chronique qui, à la longue, peuvent conduire l'œil à sa ruine. Le cristallin peut aussi se troubler ou bien se luxer tout à fait {voy. plus loin luxation complète du cristallin). On peut donc être amené à faire l'extraction du cristallin, ce qui sera toujours plus ou moins dangereux à cause du ramollissement du corps vitré qui résulte de la cyclite chronique.
La luxation complète du. cristallin est la conséquence d'une déchirure plus large de la zone de Zinn, la lentille tombe au fond de l'œil et n'occupe plus du tout le champ pupillaire. Souvent elle est la conséquence d'une luxation d'abord incomplète. A l'ophlhalmoscope, on verra le cristallin plus ou moins en arrière dans la partie déclive du corps vitré. La lentille peut aussi se trouver dans la chambre antérieure, ou bien être enclavée dans la pupille.
Le diagnostic d'une luxation complète, avec déplacement du cristallin dans le corps vitré, est orJinairement facile. Un tel œil ressemble à celui qui serait opéré de la cataracte : hypermétropie, absence de l'accommodation ; chambre antérieure profonde, l'iris retiré en arrière et tremblotant ordinairement au moindre mouvement de l'œil ou de la tête. On voit souvent à l'aide de l'ophthalmoscope, dans la partie inférieure du corps vitré, le cristallin qui peut alors exécuter des mouvements à chaque déplacement du regard. Les images catoptriques de Purkinje, produites par les deux faces du cristallin, font défaut; on ne verra plus que la seule image cornéennc de la lumière employée. — Mais des hémorrhagies concomitantes dans les milieux transparents peuvent rendre le diagnostic impossible pour les premiers temps.
Un œil avec une telle luxation peut rester en cet état et fonctionner comme un œil aphakique. Règle générale cependant, les chocs incessaiils exercés par le cristallin sur l'iris et le corps ciliaire produisent une iritis et une cyclite chronique, avec toutes leurs conséquences, voire même uneophthalmie sympathique. — Du reste, le cristallin lui-même peut rester longtemps transparent et mobile; ordinairement il finit par s'enkyster ; quelquefois il se trouble à la longue et se résorbe même.
Le traitement de la luxation sans complication consiste dans l'expectation. Une irritation de l'iris ou du corps ciliaire doit être traitée par les moyens usités en pareil cas.
La luxation du cristallin dans la chambre antérieure n'est pas rare. On la
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reconnaît en ce que la pupille est extrêmement large, ou plutôt l'iris est refoulé en arrière et en dehors ; on n'en voit quelque chose qu'en regardant obliquement dans l'œil. La présence du cristallin dans la chambre antérienre se reconnaît aussi au ménisque luisant constitué par l'équaleur du cristallin, visible eu haut parce que la lentille ne remplit pas tout à fait la cliambre antérieure.
La luxation dans la chambre antérieure serait presque toujours un accident très-néfaste, si nous n'avions pas ici la ressource de l'extraction. Règle générale, la compression exercée par le cristallin sur l'iris et le corps ciliaire conduit à une irritation de ces parties et à un staphylome ciliaire ; au moins aussi souvent nous voyons survenir les symptômes d'un glaucome aigu, ce qui est la suite de l'occhision, par le cristallin, des voies d'excrétion de l'humeur aqueuse. Si le cristalUn est plus ou moins bien toléré dans sa position anormale, la cornée se trouble là où elle est en contact avec la lentille ; celle-ci finit par se troubler, et souvent se résorbe plus ou moins.
Le traitement du cristallin luxé dans la chambre antérieure consiste à en faire le plus tôt possible l'extraction, et à ne pas attendre que des symptômes de cyclite ou de glaucome soient survenus.
Si le cristallin était enclavé dans la pupille, les signes d'irritation iridieinio seraient très-intenses. 11 faudrait dilater la pupille, faire pencher la tète en avant, et tâcher de faire pénétrer la lentille tout à fait dans la chambre antérieure, où on la retiendrait par l'ésérine. On ferait ensuite l'extraction comme dans le cas précédent.
Déchirures de la choroïde avec épanchement sanguin dans le corpsvitré. La déchirure peut n'intéresser que l'un ou l'autre vaisseau, et alors elle est de peu d'importance. Elle peut être plus forte, et alors elle entraîne souvent des conséquences très-graves. Il ne faut pas oublier qu'une contusion de l'œil peut avoir produit uniquement une rupture de la choroïde.
De simples hémorrhagies restreintes de la choroïde se reconnaissent à l'ophthalmoscope ; elles disparaissent ordinairement sans traces bien sensibles au point de vue de la vision. — Des hémorrhagies choroïdiennes abondantes sont plus graves ; elles peuvent percer la rétine et s'épancher dans le corps vitré {voy. plus haut) ; elles peuvent produire un décollement plus ou moins large de la rétine et de la choroïde, tous événements très-séiieux pouvant abaisser notablement la vue, si le sang se répand dans le corps vitré; produisant des lacunes du champ visuel, s'il y a déchirure ou décollement, et enfin pouvant donner lieu à une irritation très-grave de la rétine et de la choroïde. Rien que la rétraction cicatricielle de la rétine et de la choroïde suffit souvent pour provoquer après quelque temps un décollement très-large de la rétine ou de la choroïde.
Les déchirures plus larges de la choroïde ne sont pas chose très-rare. On les reconnaît à l'ophthalmoscope sous forme de bandes claires, à bords irréguliers, au niveau desquels le pigment fait défaut. Naturellement l'image ophthalmoscopique peut être masquée par une hémorrhagie. Chose curieuse, les déchirures siègent ordinairement au pôle postérieur de l'œil. Sous forme de bandes assez allongées, situées en dehors de la pupille, elles courent dans une direction con. centrique autour de la papille ; il n'est pas rare d'en trouver deux ou trois, ayant toutes la même direction, et par conséquent étant comme emboîtées l'une dans l'autre {voij. l'article Choroïde).
Si le corps contondant a touché l'équateur de l'œil, la déchirure peut siéger très-périphériquement.
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Les conséquences de Kirges de'cliiiuies de la cliroroïdo sont ordinairement très-graves. La vision peut être complètement ou presque complètement abolie sur-le-champ ; d'autres fois la réaction survenant dans la rétine et dans la choroïde conduit à la cécité. Rarement la vue se rétablit passablement, et alors il restera une large tache aveugle correspondant à la déclrirure. L'inflammation peut devenir intense : alors le corps vitré sera infiltré, et la rétraction cicatricielle décollera la rétine.
Des recherches anatomiques ont montré que le corps ciliaire peut offrir des déchirures. Le danger de l'ophthalmie sympathique sera alors assez imminent. Probablement que ces déchirures ne sont pas très-rares, et que la difficulté de leur diagnostic les a empêchées d'être reconnues. On soupçonnera leur existence, si des symptômes de cyclite se développent sans autre raison apj)arentc.
La commotion, ou plutôt la contusion de la rétine paraît devoir être acceptée dans certains cas, à en juger d'après certaines observations sur l'homme et d'après les expériences de Berlin sur des animaux. Cet auteur a trouvé qu'une forte contusion de l'œil d'un lapin, par exemple, ]irovoque souvent un trouble rétinien à l'endroit directement touché, et à l'endroit opposé (par contre-coup). Les deux espèces de troubles sont situés au niveau d'une petite hémorrhagie choroïdienne.
Des troubles rétiniens analogues ont été observés chez l'homme, avec abaissement notable de la vision. Berlin est d'avis qu'abstraction faite des cas de lésions intra-crâniennes les cas d'amblyopie (après contusion de l'œil) sans signes ophthalmoscopiques sont excessivement rares. Il admet cependant un certain ébranlement des éléments rétiniens dans les cas d'amblyopie considérable, sans rétrécissement du champ visuel, si elle est de longue durée ou bien permanente. Les cas d'amblyopie plus fugace, il les met sur le compte d'altérations dans le segment oculaire antérieur, notamment d'un trouble dans la réfraction et dans l'accommodation. Une analyse minutieuse du cas ferait donc voir que ce n'est pas une amblyopie véritable. Souvent on -trouvera dans la rétine un trouble analogue à celui observé sur des lapins, qui disparaît après deux ou trois jours. La fonction rétinienne se rétablit également plus ou moins dans une huitaine de jours.
Même si nous écartons soigneusement de notre sujet les lésions du nerf optique et inlra-ciàniennes, qui occasionnent souvent une amblyopie considérable, quelquefois permanente, il reste cependant un certain nombre d'observations où l'on a eu recours à l'hypothèse d'une amblyopie par action réflexe. Il s'agissait ordinairement d'une contusion du rebord orbitaire, et on suppose que l'amblyopie peut être l'effet d'une contusion du nerf sus-orbitaire. Cette hypothèse acquiert quelque vraisemblance si on prend en considération que des arablyopies de ce genre, dites réflexes, existent réellement ; des cicatrices autour du nerf sus-oibitaire paraissent pouvoir jouer ce rôle; au moins l'amblyopie a disparu dans certains cas après l'extirpation de la cicatrice.
Un corps contondant peut avoir pénétré dans l'orbite, en jivoir blessé le contenu circum-oculaire, notamment le nerf optique. Ces cas ne rentrent pas dans notre sujet, pas plus que l'histoire des corps étrangers qui ont séjourné des mois dans l'orbite sans révéler leur présence {{voy. les articles Orbite et Corps étrangers). Signalons toutefois la luxation de l'œil au devant de l'orbite, qui a été observée plusieurs fois. La plupart du temps, la réduction de l'œil luxé a permis à ce dernier de se consolider dans sa position normale et de reprendre
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sa fonction. Dans quelques cas la vision a été amoindrie ou abolie définitivement, probablement par le fait du tiraillement du nerf optique.
B. Plaies pénétrantes sans présence cl un corps étranger dans Vœil. Les simples solutions de continuité de la conjonctive ne sont pas très-importantes; elles ne deviennent sérieuses que par les lésions concomit;intes d'autres pariies de l'œil, notamment de la sclérotique et de la cornée. Si elles sont trèsétendues, elles pourraient donner lieu à des brides conjonctivales cicatricielles et même à un symblepharon ; on tâchera de prévenir ces accidents par des souttures conjonctivales.
Une plaie conjonctivale pourrait intéresser en même temps le tendon d'un muscle droit. La section complète d'un tendon occasionnerait naturellement une déviation de l'œil dans le sens du muscle antagoniste. Dans un tel cas, il serait important d'affermir le muscle en avant par une soutture conjonctivale profonde qui comprendrait le tendon blessé.
Les plaies pénétrantes de la sclérotique méritent une attention toute particulière, d'abord à cause de la gravité de leurs conséquences, et ensuite parce que souvent elles ne sont pas reconnaissables à l'inspection. On devra toujours examiner la tension de l'œil qui a essuyé un traumatisme : si la sclérotique est perforée, Vœil sera mou. Ce sera là souvent le seul signe de diagnostic, si la plaie conjonctivale correspondante est petite, et surtout si par suite des mouvements oculaires la conjonctive s'est placée au devant de la plaie sclérotidienne et la masque. Le diagnostic est possible à l'inspection dans les cas assez fréquents oij une partie intra-oculaire noire, telle que le corps ciliaire, la cbroroïde ou même l'iris, fait légèrement hernie. Il en est encore ainsi, si une partie plus ou moins grande du conteim bulbaire, le cristallin et le corps vitré, par exemple, est sortie par la plaie, ou bien si d'autres (iris, corps ciliaire, cbroroïde) pendent au dehors en larges lambeaux.
Les plains de ce genre com[iromeltont la fonction visuelle par plusieurs mécanismes. Si la plaie est située en arrière, la cicatrice sclérotidienne et choroidienne peut attirer à la longue la rétine, qui alors se décolle. L'œil peut périr par l'inflammation de l'iris, du corps ciliaire ou de la sclérotique, si ces organes ont été blessés en même temps, et surtout s'ils font hernie et s'ils sont étranglés dans la sclérotique.
La panophthalmie peut dans certains cas graves être considérée comme mi événement heureux, puisqu'elle détruit l'organe et réduit à très-peu de chose le danger immédiat d'une ophihalmie sympathique. Cette dernière en effet est fort à cra ndre, si la plaie intéresse le corps ciliaire {voy. l'article Ophihalmie sympathique).
On doit donc être Irès-réservé dans le pronostic d'une plaie pénétrante de la sclérotique. Le traitement consistera à faire un bandage compiessif et à fermer également l'œil sain, pour immobiliser autant que possible l'organe blessé. Auparavant cependant on fera une soutture conjonctivale au-dessus d'une plaie un peu large, soutture qui aidera puissamment à l'affermissement des lèvres et à la cicatrisation de la sclérotique. Si des organes intra-oculaires font hernie, on les coupera avec précaution tout contre la sclérotique.
Les plaies cornéennes sont très-importantes à considérer sous leurs différentes faces. Nous renvoyons à ce sujet à l'article Corkée, Patliologie. La gravité de ces plaies est grande, si l'iris fait hernie, et si en même temps l'iris, le cristallin et surtout le corps ciliaire ont été blessés ; celles qui siègent dans
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la région cornéo-scléroticale sont donc généralement plus graves que les plaies plus centrales, précisément à cause du voisinage du corps ciliaire.
Plaies de Viris {voy. l'article Iris).
Les plaies du cristallin sont traitées avec détail à l'article Cristai.lia , Pathologie.
Les plaies du corps ciliaire sont peut-être les plus importantes de toutes, à cause du danger d'une affection sympathique du second œil {voy. l'article
OniTHALMIE sympathique).
Les solutions de continuité de la rétine et de la choroïde ont été plus ou moins considérées dans ce qui précède. Voy. d'ailleurs les articles spéciaux.
C. Plaies pénétrantes avec présence de corps étrangers dans l'œil. La présence d'un corps étranger dans un œil dont les membranes ont été perforées aggrave le pronostic dans des proportions effrayantes pour deux raisons : a) l'œil blessé est à peu près sûrement perdu, et b) une ophthalmie sympathique sur le second œil est imminente.
Disons pour commencer que nous écartons de notre sujet les corps étrangers dans le sac conjonctival et ceux implantés dans la cornée. La signification clinique de ces cas est tout autre que celle des corps étrangers ayant pénétré dans l'œil ; ils sont du reste traités aux articles Conjo^iCtive et Cornée.
En raison de l'extrême gravité de l'nccident, le médecin doit avant tout s'évertuer, en face d'une blessure de l'œil, à décider si oui ou non il y a un corps étranger à l'intérieur. La certitude est quelquefois d'autant plus difficile à acquérir, qu'un corps étranger peu volumineux, et surtout composé d'une substance peu altérable chimiquement, peut rester des semaines dans l'œil sans révéler sa présence par des symptômes particuliers.
La première chose à faire dans un cas de traumatisme de l'œil, c'est d'explorer la tension oculaire (à l'aide des deux index employés simultanément, et non pas à l'aide d'un seul index et de deux ou plusieurs doigts de la même main), pour savoir si oui ou non les membranes sont perforées. On conçoit que cette constatation soit essentielle. La perforation étant manifeste, on s'enquerra de la manière dont le traumatisme a eu lieu. La nature du corps vulnérant constitue souvent une forte présomption pour ou contre la présence d'un corps étranger. S'il s'agit d'un éclat de capsule de fusil ou d'un éclat de fer (chez les ouvriers travaillant le fer), d'un autre métal, ou de verre, de plombs de chasse, etc., en général de petits corps animés d'une grande vitesse, on admettra plus facilement la présence d'un tel corps que s'il s'agit de corps plus gros, plutôt contondants, ou bien d'instruments coupants, tels qu'une lame de couteau, un éclat de bois, tous corps que souvent on retire et dont on a pu constater à l'inspection l'intégralité. Mais il ne faudra pas oublier que le corps vulnérant proprement dit peut être sorti de l'œil, tandis que du sable, des cils coupés, etc., peuvent avoir pénétré dans l'œil et y séjourner encore.
On inspectera ensuite soigneusement la plaie extérieure, qui siégera dans la cornée ou dans la sclérotique, rarement au delà du cul-de-sac conjonctival. Dans certains cas, on verra le corps étranger encore enclavé dans la plaie sclérotidienne ou bien on le sentira à sa résistance, à l'aide d'une sonde métallique maniée avec précaution. Il faudra bien se garder d'enfoncer la sonde profondément dans l'œil; cette manœuvre n'a guère de chances de donner un résultat, si le corps étranger a quitté l'ouverture d'entrée, et elle peut blesser des organes intra-oculaires encore intacts.
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L'exploration du segment oculaire antérieur à l'aide de l'éclairage focal permettra souvent de résoudre la question, si le corps étranger fait irruption dans la chambre antérieure (surtout s'il siège dans la cornée), s'il est tombé dans la chambre antérieure, s'il est implanté dans l'iris ou dans le cristallin (la pupille étant dilatée autant que possible par l'atropine). Ne pas oublier toutefois que des plaies iridiennes ou des troubles du crislallin (suite de déchirure de la capsule) ne sont pas une preuve de la présence d'un corps étranger, ce dernier pouvant être ressorti après avoir blessé ces parties.
Les moyens précédents serviront au diagnostic, si le corps étranger n'est pas allé se loger profondément dans l'œil. Or, on sait qu'il en est souvent autrement. 11 peut avoir pénétré dans le corps vitré, il peut même avoir donné contre la paroi oculaire à l'endroit opposé à la perforation, et avoir rebondi à l'intérieur de l'œil. Il en résulte souvent que le corps étranger se trouve à un endroit où on ne le soupçonnerait pas. Ici l'exploration ophthalmoscopique de l'intérieur de l'œil dans toutes les directions fera souvent reconnaître, nonseulement le siège, mais encore la nature et les dimensions de l'hôte étranger (éclat métallique, etc.). Une lésion du fond de l'œil à l'endroit opposé à la plaie d'entrée ne décide })as cependant définitivement la question, car le corps peut avoir pcrloré une seconde fois les parois du bulbe et être logé quelque part dans l'orbite. L'expérience a toutefois prouvé que ce cas est excessivement rare.
Les moyens précédents seront plus ou moins impuissants, s'il y a du sang épanché à l'intérieur de l'œil, et notamment dans la chambre antérieure, ou bien si le cristallin est trouble ; le corps étranger situé très-profondément peut aussi être entouré d'un exsudât sanguin, ou bien, si le cas se présente à l'observation quelque temps après l'accident, il peut être entouré d'un exsudât inflamm.itoire opaque, ou bien de substance cristalline trouble, s'il siège dans le cristallin.
Dans ces conditions, il peut se faire qu'un diagnostic sur soit impossible pour le moment, et que la marche ultérieure du traumatisme soit seule capable de donner les renseignements voulus. Arlt conseille de tàter avec précaution, à l'aide d'une sonde en caoutchouc ou en ivoire, toute l'étendue de la sclérotique; un point circonscrit particulièrement sensible dénoterait souvent et la présence d'un corps étranger, et son siège précis.
Berlin indique encore, comme signe de la présence d'un corps étranger, une certaine disproportionnai entreité les symptômes réactionnels et le traumatisme visible à l'extérieur. Le bien-fondé de cette remarque ressortira de ce que nous dirons plus loin sur le sort des corps étrangers et sur les symptômes réactionnels occasionnés par leur présence.
Quant à la grandeur du corps étranger, elle ne peut guère être déterminée, si on ne réussit pas à voir ce dernier. La grandeur de l'ouverture d'entrée ne peut guère être utilisée à cet effet, attendu que pour une même grandeur du corps vulnérant elle sera plus ou moins grande selon la vitesse ou l'énergie dont ce dernier est animé.
On a tout récemment employé (Me. Keown), dans un but de diagnostic, de forts aimants tenus contre l'œil. Nous reviendrons plus loin sur ce sujet, et nous nous bornerons ici à constater le fait que dans certaines circonstances {voy. plus bas) l'aimant peut déplacer le corps étranger et le rendre ainsi visible.
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Quand un corps étranger se trouve dans l'œil, il n'est pas permis de se reposer dans l'espoir qu'il puisse s'enkyster et rester en place sans provoquer des symptômes plus graves. Bien que des cas d'enkystement délinilif de corps étrangers situés dans les endroits les plus divers de l'œil aient été positivement observés, il s'agissait toujours de corps de petit volume, et encore sont-ce là de très-rares exceptions, tellement rares qu'aujourd'hui les observateurs étonnés ne manquent presque jamais de publier un tel prodige. Règle générale, la réaction consécutive conduit l'œil à sa ruine, et l'œil blessé devient même dans un pour 100 assez nombreux de cas une cause d'oplitbalmie sympathique du second œil.
Un corps étranger peut siéger dans la chambre anlérieure, soit qu'il y soit tombé primitivement après avoir perforé la cornée, soit que primitivement arrêté dans les plans cornéens postérieurs, ou même à la l'ace anlérieure de l'iris, il y soit tombé après coup. Un tel corps très-peu volumineux peut être masqué par la lame sclérotidienne qui empiète sur les plans cornéens antérieurs, et il faut un examen attentif à l'éclairage focal pour le découvrir. Sauf les quelques cas où le corps s'enkyste et reste plus ou moins longtemps en place sans causer de symptômes réactionnels, l'œil présenter.! une irritation ciliaire assez vive et qui ne désempare pas; il survient de l'iritis avec toutes ses conséquences ; le corps ciliaire peut s'enflammer et provoquer l'atrophie de l'œil, et enlin il y a possibilité d'ophthalmie sympalhi(jue. Dans d'autres cas, la réaction a été plus vive, le pus a ])aru de la chambre antérieure, il s'est produit un abcès véritable de la chambre antérieure qui s'est ouvert en dehors en perforant la cornée ; cette dernière membrane périt quelquefois dans une assez grande étendue, et même on a observé la panophthalnn'e.
Les corps étranger dans Viris provoquent en somme les mêmes accidents que ceux dans la chambre antérieure ; le danger n'est pas moins grand. De petits corps étrangers y sont restés très-longtemps sans acciilent. Enfui, on met sur le compte de la pénétration de cils ou de parcelles épidermiques dans l'iris la production des kystes de cette membrane.
Le sort d'un cristallin qui héberge un corps étranger est ordinairement le suivant. La lentille devient d'abord le siège d'une cataracte trauniatique générale, par suite de l'infiltration de l'humeur aqueuse dans la substance cristaUine à travers la plaie de la capsule. La substance cristalline se gonfle, et si le gonflement est trop rapide, il survient de l'iritis, l'œil devient très-dur (glaucomateux) par le fait de l'augmentation de volume de son contenu, avec toutes les graves conséquences qui en découlent. Si le sujet est jeune, le cristallin peut se résorber tout à fait, et dans l'hypothèse la plus favorable sans causer une iritis ou des accidents glaucomateux. Mais l'œil n'est pas sauvé pour cela, car le corps étranger n'étant plus soutenu, tombe au fond du sac capsulaire, ou même dans le corps vilré, pèse sur le corps ciliaire, etc., bref, il présente tous les inconvénients d'un corps étranger, dans le corps vitré. Si le blessé a dépassé vingt-cinq ans (en moyenne), il y a déjà un noyau dur du cristallin qui ne se résorbera pas, et qui lui aussi jouera le rôle d'un corps étranger dans le corps vitré.
Naturellement, dans le cas de cataracte traumatique, la vision sera abolie en raison du trouble, et cela très-vite après l'accident.
Quand le corps étranger est un éclat de fer, il se peut que son voisinage s'infiltre d'oxyde rougeàtre de fer, et occasionne une coloration visible de
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l'extérieur. Cette circonstance peut servir à révéler la présence d'un corps étranger dans un cristallin di'jà trouble. Il ne faut pas oublier cependant que la même coloration de la substance cristalline a été observée alors que le morceau de fer siégeait dans les parties antérieures du corps vitré.
On a publié des cas de corps étrangers très-petits ayant séjourné dans la périphérie du cristallin sans provoquer autre chose qu'un petit trouble local et stationnaire ; un éclaircissement partiel de celui-ci a même été observé. C'est qu'alors la capsule s'est refermée immédiatement sur le corps étranger. En effet, ce n'est pas la présence de ce dernier, mais bien l'infiltration d'humeur aqueuse, qui trouble la substance cristalline.
Un corps étranger siiué derrière l'iris et le cristallin peut y être arrivé après avoir perforé ces deux organes, ou bien après avoir perforé la sclérotique plus en arrière, au niveau du corps ciliaire et surtout de la choroïde. Il peut être enfoncé dans le corps ciliaire, dans la rétine et dans la choroïde, ou bien il peut être tombé dans le corps vitré, peut-être après avoir rebondi sur la paroi oculaire interne.
Dans le corps ciliaire, le corps étranger provoquera certainement une cyclite, et presque immanquablement une ophthalmie sympathique.
Dans la rétine et dans la choroïde, il occasionnera souvent au moment du traumatisme une hémorrhagie, le décollement (par iiémorrhagie) de la rétine ou de la choroïde, et pour plus tard une cliorio-rétinite quelquefois puridente, souvent \me infiltration du corps vitré avec rétraction cicatricielle consécutive entraînant un décollement rétinien. Une irritation ciliaire ne fait guère défaut, même dans les cas où la réaction n'est pas intense. Une sonde promenée à la surface de lœil fera souvent découvrir le siège exact du corps.
Un corps étranger restera rarement suspendu dans la masse du corps vitré où il a pénétré. Ce ne pourra être le cas que pour des corps petits et peut-être peu pesants. Règle générale, ces corps étant spécifiquement plus lourds que le corps vitré, leur inertie entrant en jeu lors des mouvements oculaires, ils seront projetés vers la paroi oculaire : choroïde et corps ciliaire ; il paraît même que les corps situés en avant du centre de rotation de l'œil tendent à se déplacer un peu en avant, ce qui expli({uc pourquoi la plupart en sont adossés contre le corps ciliaire. En fait de réaction du côté du corps vitré, nous avons à signaler une infiltration grisâtre autour du corps étranger, et souvent une infiltration analogue le long du chemin qu'il a parcouru dans le corps vitré. A l'ophthalmoscope, ou verra donc dans les cas récents le corps étranger comme à nu, ou bien cette atmosphère grisâtre qui l'entoure sans cependant le masquer tout à fait, et peut-être même un sillon grisâtre indiquant le chemin parcouru.
Très-rarement l'infiltration autour du corps étranger se transforme en une capsule kystique dans laquelle ce dernier reste inolfensif. Dans quelques cas, quand la nature chimique du corps le rend irritant et probablement aussi quand de la poussière, etc., a pénétré avec lui, il provoque une panophtlialmie.
Dans la plupart des cas, le corps est incomplètement fixé par l'exsudat dans le corps vitré, et il se déplace plus ou moins lors de chaque mouvement oculaire. 11 en résulte contre la paroi oculaire des chocs incessants, et de là une rétino-choroïdile, secondairement de la cyclite, si le corps siège un peu en arrière, ou bien, ce qui est très-souvent le cas, si le siège en est au devant de l'ora «errata, de la cyclite, et une ophthalmie sympathique du second œil {voyl'artitle Ophthalmie sympathique).
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Il est à remarquer que le danger d'une ophthalmie sympathique n'est pas aussi imminent, si le corps étranger est situé contre la paroi du fond de l'œil.
Nous avons déjà dit que l'exploration à l'aide d'une sonde ou à l'aide du doigt révélera souvent un point très-sensible au niveau du corps étranger.
Quand pour l'une ou l'autre raison on n'est pas parvenu à reconnaître la présence d'un corps étranger derrière l'iris et le cristallin à l'aide des moyens indiqués précédemment (y compris l'emploi d'un fort aimant), on n'aura pour se renseigner que l'image clinique de l'œil blessé, sur laquelle nous n'avons encore guère insisté, et qui est cependant assez caractéristique.
Un œil qui recèle dans son fond, et surtout dans la région du corps ciliaire, un corps étranger, est toujours irrité, quelquefois sans cause en apparence appréciable, si la plaie extérieure s'est peut-être déjà fermée. H y a des douleurs ciliaires, de l'injection péricornéenne, et tout cela hors de proportion avec la plaie extérieure. Ces signes d'irritation ne cèdent pas aux moyens thérapeutiques qui en ont ordinairement raison. L'irritation diminue peut-être pendant quelques jours, puis reprend de plus belle, et enfin surviennent les signes de cyclite confirmée : la région ciliaire devient douloureuse à la pression, l'œil devient mou, quelques synéchies postérieures se montrent, et cela finit par la phthisie oculaire, heureux encore si une oplilhalmie sympathique ne vient pas anéantir le second œil; ce dernier danger sera d'autant plus grand que l'œil blessé, peut-être atrophié déjà, restera plus douloureux. On a même signalé (Sammelsohn) un cas de tétanos qui a cédé rapidement à l'extraction du corps étranger.
Traitement des plaies pénétrantes avec présence d'un corps étranger dans l'œil. Le coi'tége si sombre des conséquences de corps étrangers dans l'œil nous force à un traitement prompt et énergique. Le traitement peut se résumer de la manière suivante : tâcher d'extraire le corps étranger, et, si cela ne réussit pas, énucléer l'œil, si l'irritation per.-iste, si l'œil ne vient pas en repos. L'énucléation est même à conseiller d'emblée, si le corps ciliaire est blessé, et surtout si le corps étranger s'y est logé. Naturellement, cette règle ne saurait recevoir une application absolue, et chaque cas particulier doit être examiné sous toutes ses faces avant qu'on prenne une résolution définitive, qui en tout cas entraîne des conséquences graves pour le blessé {voy. d'ailleurs à ce propos l'article Ophthalmie sympathiqi'e).
Le traitement des corps étrangers de la conjonctive et de la cornée est exposé dans les articles spéciaux.
Les conséquences si graves d'un hôte étranger dans la chambre antérieure et dans l'iris ne permettent pas de temporiser et d'attendre l'enkystement définitif. D'une part cet événement heureux est des plus problématiques, et d'autre part, une fois une inflammation suppurative survenue, on ne réussit plus guère qu'à sauver un moignon atrophié, c'est-à-dire rien du tout au point de vue de la vision. Quand déjà l'iritis ou la cyclite s'est développée, il sera prudent d'attendre un moment plus favorable et d'appliquer entre temps les antiphlogistiques, tels que le froid, des sangsues, de l'atropine, etc. S'il y a déjà une véritable panophthalmie, on ne pourra plus guère faire beaucoup ; le corps étranger sera d'ailleurs probablement éliminé avec la suppuration.
On essayera donc ordinairement d'extraire le corps étranger en faisant une incision dans la cornée, ordinairement périphérique, quelquefois plus centrale, selon que le siège du corps étranger semblera plus facile à extraire de telle ou PICT. E.Nr. 2» s.XlV. ' 26
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telle manière. La chambre antérieure étant ordinairement effacée, rétablissement d'une plaie cornceane assez large, sans blesser l'iris ou le cristallin, peut être chose assez difficile. L'emploi d'un couteau linéaire, tel qu'il est usité pour l'extraction de la cataracte, facilitera souvent la besogne. On pénétrera ensuite avec une pince pour aller saisir le corps étranger; dans certains cas, une curette permettra l'extraction, alors qu'on n'a pas réussi à le saisir à l'aide de la pince. Ordinairement on sera forcé d'exciser une partie de l'iris prolabé, même si le corps étranger gît dans la chambre antérieure. L'excision de l'iris sera indiquée dans tous les cas où un petit corps étranger est implanté dans cette membrane; on excise alors la portion iridienne avec le corps étranger. Si en même temps il y a blessure du cristallin, on pourra du même coup essayer d'extraire la lentille en tout ou en partie, surtout si en raison de l'àoe de l'individu elle a un noyau racorni. L'extraction du cristallin peut aussi être très-difficile pour le moment ; alors on le laissera s'infiltrer d'humeur aqueuse et se résorber, si le blessé est jeune, sinon on essayera plus tard d'extraire le noyau quand il sera plus libre par le fait du ramollissement de la substance corticale.
Comme il s'agit ordinairement d'yeux irrités et sensibles, on sera forcé de chloroformer le sujet. Dans tous les cas, c'est une opération assez difficile et ([ui demande une assistance sérieuse.
Si un corps étranger métallique n'est que très-peu enfoncé dans l'iris ou le cristallin, on fera bien d'essayer avant l'opération de l'attirer h l'aide d'un fort aimant à la face postérieure de la cornée. Cette manœuvre a réussi dans quelques cas.
Enfin, on verra plus loin qu'on a réussi quelquefois cà l'aide d'un électroaimant d'une forme particulière à extraire facilement des corps étrangers de la chambre antérieure.
La grande difficulté de l'extraction consiste en ce que le corps étranger est facilement repoussé dans la chambre postérieure et dans le corps vitré, où il devient presque impossible de le saisir, et où ces tentatives seraient très dangereuses. Cette difficulté paraît pouvoir être éludée au moins dans certains cas par l'emploi d'un électro-aimant, dont l'usage deviendra peut-être très général dans l'extraction de corps étrangers de la chambre antérieure [voy. plus loin).
L'extraction d'un corps étranger implanté dans le cristallin exige ordinairement qu'on enlève le cristallin. L'enlèvement du cristallin est d'ailleurs nécessaire, puisque après sa résorption le corps étranger tomberait sur le corps ciliaire et l'irriterait. Règle générale, on excisera une portion de l'iris, pour faciliter la sortie de la masse cristalline et du corps étranger, de peur que ce dernier ne tombe derrière l'iris, dans la chambre postérieure, où son extraction serait beaucoup plus difficile. 11 sera souvent prudent d'attendre que tout le cristallin soit trouble avant de tenter l'extraction ; on sait en effet que la substance cristalline non troublée, et par conséquent non ramollie, ne sort que très-difficilement.
Les corps étrangers situés derrière l'iris et le cristallin, avons-nous dit, peuvent siéger dans le corps ciliaire, dans la choroïde et dans la rétine, ou bien dans le corps vitré; dans ce dernier cas, ils finiront ordinairement par être projetés quelque part contre la paroi oculaire interne.
On ne s'attardera pas à essayer d'extraire un corps étranger implanté dans le
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corps ciliaire ; l'œil blessé est certainement perdu, et le danger pour le second œil serait trop imminent. Il en est encore de même, si le corps étranger siège dans le corps vitré ou dans la choroïde, après avoir sectionné le corps ciliaire. L'énucléation seule de l'organe blessé pourra conjurer le danger. Pour ce qui est de l'énervation qu'on recommande aujourd'liui dans ces circonstances [voij. les articles Œil, Enervation, et Ophthalmie sympathique).
Le modus faciendi, quand le corps étranger siège dans le corps vitré ou dans la choroïde, est moins radical que dans le cas précédent. Le danger d'une ophthalmie sympathique n'est bien sérieux que si le corps étranger ap|)uie contre le corps cihaire ; alors naturellement on opérera comme s'il était réellement implanté dans le corps ciliaire.
Si le siège du corps étranger est dans les parties antérieures du corps vitré, tout contre le cristallin, on procédera à peu près comme s'il siégeait dans le cristallin lui-même : on extraira la lentille par une plaie cornèenne, puis on essayera de saisira l'aide de pinces ou d'une curette et d'extraire le corps étranger. On ne doit pas se laisser déconcerter par la sortie du corps vitré; on sait, en effet, que la perte d'un tiers de ce milieu transparent est généralement tolérée sans inconvénient. Peut être qu'ici l'extraction à l'aide d'un électro-aimant sera tentée avec succès {voy. plus loin).
Le traitement des corps étrangers au fond de l'œil, dans le corps vitré (à l'exception des parties antérieures) et dans la chordide est à peu de chose près le même. Il n'y a que quelques années de cela, les cas de ce genre étaient mis sur un même pied avec les corps étrangers du corps ciliaire, pour la conduite que doit tenir le médecin. D'une part, en effet, des ophthalmies sympathiques ont été observées positivement dans ces circonstances, et d'autre part on était arrivé à admettre que les plaies sclérotidiennes du fond de l'œil seraient presque aussi dangereuses que celles au niveau du corps ciliaire. On ne s'arrêtait pas à l'expérience qu'on avait faite de l'innocuité relative des plaies sclérotidiennes au niveau de la choroïde proprement dite pendant les longues années où l'on opérait les cataractes par réclination ou dépression. Il paraît même que les accidents très-graves (iridochoroïdite, ophthalmie sympathique) survenus si fréquemment après Lr réclination, et qui étaient le fait du cristallin luxé au fond de l'œil, on les mettait d'une manière plus ou moins explicite sur le compte de la plaie sclél'oticale et choroïdienne. Aussi évitait-on de blesser les membranes de l'œil au fond de l'œil presque au même titre que le corps ciliaire. On conçoit que dans ces circonstances on ait reculé souvent devant des tentatives d'extraire par une plaie sclérotidienne un corps étranger intra-oculaire. Mais les expériences assez nombreuses des dix dernières années nous forcent de modifier sous ce rapport notre opinion. Non-seulement des plaies sclérotidiennes peuvent guérir sans occasionner d'ophthalmies sympathiques, mais encore elles guérissent assez fréquemment avec conservation d'un certain degré de vision au niveau des parties rétiniennes non blessées. On peut dire même que telle est la règle, si le traumatisme ne se complique pas d'une suppuration intra-oculaire. Ce revirement d'opinion s'est fait à la suite des nombreuses extractions de cysticerques de l'intérieur de l'œil, à la suite des ponctions de la sclérotique dans le décollement rétinien, enfin, des résultats heureux obtenus à la suite de l'extraction de corps étrangers, et des cas assez fréquents de la conservation de la forme et de la fonction de l'œil après de simples déchirures ou plaies de la sclérotique dans le segment oculaire postérieur, sans la présence de corps étrangers. Si donc la suppuration
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intra-oculaire n'est pas confirmée, si le délabrement de l'œil n'est pas trop excessif, et si on parvient à préciser le siège di] corps étranger, on en tentera l'extraction. Le siège exact du corps étranger étant déterminé à l'aide de l'ophthalmoscope ou conjointement avec l'exploration de la surface oculaire externe, à j'aide d'une sonde en caoutchouc, on fait à ce niveau une incision méridionale de la conjonctive, et, si on tombe sur un muscle droit, on en fait la ténotomie ; une anse de fil passée à travers le muscle l'empêchera de se retirer dans l'orbite nu point qu'on ne pourrait plus le réunir à son tendon coupé. Ou arrive ainsi sur la sclérotique après avoir incisé et écarté la conjonctive et la capsule de Tenon, peut-être en imprimant une forte rotation au globe oculaire. On incise avec un couteau linéaire la sclérotique, la choroïde et la rétine, dans le sens méridional, et dans une étendue calculée sur la grandeur du corps étranger, mais toujours au moins d'un demi-centimètre, et, autant que faire se peut, au niveau du corps étranger. Le corps vitré s'interpose tout de suite dans la plaie, et quel|uefois le coi-ps étianger est chassé aveclui. Ordinairement on sei'a forcé de pénétrer à travers la plaie avec une pince courbée sans dents, ou avec une curette, et d'aller à la recherche du corps étranger ; si c'est un fragment métallique, on le sentira souvent à sa résistance. Il s'agit alors de le saisir et de l'extraire.
Mentionnons ici un expédient ingénieux employé par Stevens. A l'ophlbalmoscope il constata la présence d'un corps étranger implanté dans la rétine un peu en arrière de l'équateur. Au siège présumé (de l'extérieur), il enfonça une épingle à travers les membranes oculaires jusque dans le corps vitré. L'opbthalmoscope lui permit de se fixer sur la situation très-exacte du corps étranger par rapport à l'épingle, et de faire par conséquent l'incision scléroticale juste à l'endroit voulu.
On donne très-rationnellement une direction méridionale à la plaie, parce qu'ainsi on évite de couper trop de vaisseaux choroïdiens et de nerfs ciliaires qui suivent tous cette direction. Il est évident qu'on n'entreprendra guère une opération aussi délicate sans le secours de l'immobilité par le chloroforme.
Naturellement, il peut se faire qu'après l'extraction l'œil reste tellement irrité, qu'il faille en venir à l'énucléation.
Depuis quelques années on a fait usage d'aimants pour extraire des corps étrangers métalliques du corps vitré à travers une plaie scléroticale, et ordinairement avec succès. A eti juger d'après les cas publiés (Me. Keown, Hirschberg, Fraenkel, etc.), l'emploi de ce moyen paraît devoir entrer sérieusement dans la pratique ophthalmologique.
Avant d'expliquer le mode opératoire, écartons une prévention sérieuse contre l'emploi de l'aimant dans le but en question. 11 faut considérer comme des contes absurdes les assertions réitérées d'après lesquelles on aurait réussi à extraire par ce moyen des corps métalliques implantés profondément dans la cornée transparente : c'est là méconnaître totalement l'intensité des forces mises en jeu et la nature des résistances à vaincre.
J. Hirschberg a fait fabriquer par P. Doerffel, à Berlin, l'instrument suivant, qui lui a donné de bons résultats. La force d'un aimant ordinaire ne suffirait pas; il faut un électro-aimant. Les fils de fer partis d'une pile de Bunsen s'enroulent autour d'un cylindre creux de fer, allongé en deux pôles semblables aux branches d'une pince. Cet électro-aimant attire des éclats de fer de 1 à 5 millimètres de longueur, c'est-à-dire du volume qui est ordinairement en question ;
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les éclats de fer dans une solution de gomme, d'albumine, et dans du corps vitré, sont attirés par cet instrument, naturellement à des distances d'autant moins grandes que la solution est plus épaisse.
On pénètre donc dans le corps vitré avec l'aimant, on va à la recherche du corps étranger, et on l'attire au dehors ou bien dans la plaie où on va le saisir à l'aide d'une pince. Dans une demi-douzaine de cas publiés, ce procédé a trèsbien réussi, souvent là où l'extraction à l'aide d'nne pince avait échoué.
Hirschberg a aussi extrait de la chambre antérieure, à travers une plaie cornéenne, un grand éclat de fer à l'aide de sou instrument, après avoir vainement essayé de le saisir à l'aide d'une pince ; cette dernière manœuvre avait même repoussé le corps étranger (de 20 milligrammes) dans la profondeur de l'œil. — On sera donc fondé à essayer ce procédé quand un corps étranger se trouve dans la chambre antérieure.
Après l'extraction par la sclérotique, on fera une soutture conjonctivale et on traitera l'œil comme dans le cas d'une simple perforation de la sclérotique.
Me. Keown emploie encore l'électro-aimant, mais d'une plus grande force, dans un but de diagnostic et pour attirer le corps étranger dans une position favorable à une opération. Dans un cas, un très-fort électro-aimant rapproché de l'œil blessé a déplacé un corps étranger, l'a rendu visible à ro[)hthalmoscope et assuré ainsi le diagnostic. On pourra aussi essayer d'attirer ainsi (Me. Keown) le corps étranger, reconnu par un autre procédé, dans une position qui facilitera son extraction. On a également attiré derrière la cornée des éclats de fer situés superliciellement dans le cristallin et dans l'iris (Hardy).
Un procédé anciennement employé dans le cas d'un corps étranger dans la profondeur du corps vitré a été indiqué par Barton. On passe un couteau de Béer à travers la base de la cornée et à travers le cristallin qu'on extrait, et on coupe à l'aide de ciseaux le lambeau cornéen. A la suite de cette opération, il survient une suppuration de l'œil qui chasse le corps vitré et le corps étranger; l'œil s'atrophie. On a en vue ici de prévenir l'ophthalmie sympathique du second œil. 11 est clair qu'on renonce alors à conserver la forme et la fonction de l'œil blessé.
G. Les brûlures et les cautérisations de l'œil sont traitées aux articles Conjonctive et Cornée. Nuel.
Bibliographie. — Nous mettons en tête la bibliographie relative à l'emploi des aimants dans le diagnostic et dans l'extraction des corps étrangers dans le corps vitré [et dans la chambre antérieure). La bibliographie des corps étrangers dans la cornée, dans la conjonctive et dans l'iris, est donnée dans les articles spéciaux. — Di.von. In Ophlh. Ilosp. Rcp.,i. I, p. 280, 1854 (attira contre la paroi bulbaire un fragment métallique situé dans le corps vitré). — Me. Keown. On the Use of the Magnet. In Dublin Journ. of Med. Se, sept. 1876 (c'est l'auteur qui a plaidé le plus pour l'emploi des aimants, notamment in British Med. Journal, 27 juin 1874). — Hardy. In Laucct, t. II, 13, 1878 (attira contre la cornée, à l'aide d'un fort aimant, un fragment de fer implanté dans la face antérieure du cristallin). — J. IIirschbero. Ein seltener Operalionsfall. In Berliner klin. Wochenschr., n° 46, 1879, et in Centralbl. f. prakl. Augenlieilk., déc. 1879. — G. Fraeskel. Entfernuncj eines Eisensplilters aus dem Glaskorperraume mittelst Scleralschnilles u. Anwendung des Magneten. In Centralbl. f prakt. Augenlieilk., février 1880.
Corps étrangers dans le segment postérieur de l'œil. Voir du reste la bibliographie de l'ophthalmie sympathique. — Magne. Bes ophlhahnies traumaliques, des corps e'trangers pe'nétrés de l'œil. In Un. med., 1852, n" 147-149. — Prichabd. Des corps étrangers de l'œil. In Prov. med. Journ., nov. 1852. — Du même. Des blessures de l'œil et de son extirpation. In Ann. d'ocul., t. XXXII, p. 172, 1854. — Critchett. Extraction d'un morceau de fer de l'intérieur de l'œil. In Ann. d'ocul. Ibid., p. 97. — Ed. v. Jaeger. Des corps e'tr. enkystés dans l'humeur vitrr'e de l'homme. Analysé. Ibid., p. 151, 1857. — A. v. Graefe. Notiz iiber
406 ŒIL (opérations).
fremde Kôrpcr im Innern d. Auges. In Arch. f. Ophlh., v. III, p. 357, 1857. — Dixox. Extraction of Foreign Body frovi the Vitreus Cliamber. In Ophth. Hosp. Rep., t. VI, p. 9, 1860. — Zander u. Geissler. Die Augenveiletzungen, 1863. — A. v. Graefe. Extirpation fremder Kôrper, etc., aus dcm Glaskôrperraume. In Arch. f. Ophth.., v. IX, 2, p. 79, 1863.
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§ YI. Opérations. PONCTION' DE l'œil. Sous ce nom on désigne quelquefois la ponction de la cornée [voy. l'art. Cornée) et la ponction de la sclérotique et de la choroïde (voij. les articles Sclérotique, Décollemem rétiimen, Parasites de j.'œil et Blessures de l'œil). Nuel.
Énucléation de l'œil. Il ne faut pas confondre lenucléation de l'œil, c'està-dire l'extraction de cet organe de la capsule de Tenon, avec l'extirpation de l'œil (exentération de l'orbite), qui consiste à exciser l'œil avec une partie plus ou moins grande du contenu de l'orbite [voy. l'article Extirpatio.n de l'œil). La dernière opération met un traumatisme assez grave, et a ses indications bien définies ; l'cnucléation est une opération assez bénigne. La chirurgie oculaire a
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fait certes un grand progrès lorsqu'à la suite d'un travail de Bonnet {Traité des sections tendineuses et musculaires, {SM,eiAnn. d'ocuL, 1842, t. VII, p. 30) on a été mis à même de faire la simple énucléatioii de l'œil ; avant celte époque, lorsque pour l'une ou l'autre raison on voulait enlever l'œil, on était forcé de fiiire une véritable e.vtirpalion. C'est grâce au procédé indiqué par Bonnet que l'enlèvement du bulbe oculaire a pu recevoir de si nombreuses et de si utiles indications.
Le modus faciendi n'a guère varié depuis Bonnet ; la plupart des chirurgiens opèrent toujours par son procédé. Cependant, en 1872, Tillaux {Bull. yen. de thérap., t. LXXXIII, p. 24) a décrit une modification du procédé opératoire assez appréciée par plusieurs opérateurs.
L'idée fondamentale de l'énucléation, c'est d'extraire le globe oculaire de sa coque constituée par la capsule de Tenon, en conservant toute la conjonctive. Si on se l'appelle les attaches du globe oculaire dans l'orbite, on conçoit qu'après l'incision de la conjonctive autour de la cornée, ainsi que de la capsule de Tenon, et^iprès incision des muscles droits et du nerf optique tout contre l'œil, ce dernier n'est plus retenu que par des liens très-làches (vaisseaux et nerfs ciliaires, trabécules de la capsule de Ténoii); qu'on peut donc ïénucléer facilement, à l'instar d'une noix de sa coque. La plaie qui en résulte n'est pas considérable, puisqu'on ne coupe que les tendons musculaires et les petits vaisseaux qui se rendent à l'œil; la surface mise à nu, la capsule de Tenon (son feuillet pariétal) est recouverte d'un endothélium. Après l'opération la capsule se recoquille sur elle-même, et il en résulte un petit bourrelet recouvert en avant de conjonctive, et sur lequel s'insèrent même les muscles extrinsèques de l'œil. Les immenses avantages qu'a l'énucléation sur l'extirpation sont : 1" guérison rapide de la plaie; 2° conservation du sac conjonctival, ce qui empêche une permet forte déformation cicatricielle de cette partie de la face et permet l'application d'un œil artificiel ; 3° la conservation des attaches musculaires sur le petit nodule cicatriciel, et par son intermédiaire sur la conjonctive ; les muscles oculaires impriment même de cette manière une certaine mobilité à la pièce artificielle.
Nous décrirons d'abord le procédé opératoire communément suivi, et ensuite la modification de Tillaux.
Quoique l'opération se termine assez rapidement, elle ne dure pas plus de deux minutes, elle est cependant assez douloureuse : il convient donc de chloroformer préalablement le malade.
Les paupières sont écartées par un écarteur de Snowden ou à l'aide de deux écarteurs de Desmarres. Si le globe oculaire était trop volumineux pour pouvoir passer à travers la fente palpébrale, il faudrait d'abord fendre la commissure externe.
A l'aide de ciseaux on incise la conjonctive circulaii'ement autour de la cornée, et surtout si elle est anormalement adhérente aux parties sous-jacentes, il faudrait l'en détacher. On fait ensuite en définitive une quadruple ténotomie ; avec la pince qui a servi à fixer la conjonctive, ou bien avec un crochet mousse à strabotoniie, on va saisir l'un après l'autre chaque muscle droit, et on sectionne son tendon contre la sclérotique ; on ouvre du même coup la capsule de Tenon, qu'on fait bien de couper circulairement à mesure qu'on marche d'un muscle à l'autre.
Cela fait, le globe oculaire, qui n'est plus retenu par les quatre muscles, se luxe un peu en avant. On le saisit par un brin de conjonctive, de capsule de
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Ténou ou de tendon musculaire, à l'aide de pinces, et on lui imprime une rotation en dehors ou en dedans (à volonté, selon qu'on pénètre en dedans ou en dehors pour aller sectionner le nerf optique), en ayant soin de ne pas lui faire subir une rotation autour de son axeantéro-postérieur. Cette manœuvre a pour but de rendre plus accessible le nerf optique, qu'il s'agit de sectionner maintenant. Pour y arriver, il est à peu près indifférent de pénétrer avec les ciseaux en dedans ou en dehors du globe oculaire : en dedans, le nerf optique est plus près du bord cornéen, mais en revanche le nez prolonge en quelque sorte l'orbite résistante, ce qui compense à peu près cet avantage. On pénètre donc dans l'orbite avec des ciseaux courbes fermés, suivant le méridien horizontal de l'œil, et en se tenant contre la paroi de ce dernier. Arrivé avec la pointe de l'instrument à peu près contre le nerf optique, c'est-à-dire contre le pôle postérieur de l'œil, on ouvre les ciseaux, on les pousse un peu et on ferme. Règle générale, on sentira à la résistance assez forte opposée par le nerf optique à la fermeture des ciseaux qu'on a réellement saisi le nerf. Si on avait passé à côté, on devrait retirer les ciseaux, les fermer et pénétrer de nouveau. Ici apparaît l'importance qu'il y a à ne pas imprimer au globe oculaire une rotation autour de son axe antéro-postérieur, ce qui arrive assez facilement. En effet, si le nerf optique était inséré au pôle postérieur de l'œil, cette rotation importerait peu; mais celte insertion étant sensiblement en dedans du pôle postérieur, la rotation la déplacerait en haut ou en bas, et dès lors les ciseaux peuvent passer à côté d'elle. On sectionne ordinairement le nerf de cette manière, et tout contre la sclérotique. Miiis, si l'opération se fait pour extirper une tumeur intraoculaire (surtout un gliome rétinien) qui peut avoir envahi le nerf optique, on préfère pénétrer dans l'orbite avec un ténotome droit et pointu, qu'on pousse au fond de l'orbite, et on tâche de sectionner le nerf aussi loin que possible de l'œil.
Le nerf optique étant sectionné, l'œil avance de beaucoup, et à l'aide d'un doigt et d'un instrument passé derrière lui on le luxe facilement hors de l'orbite, et même hors de la fente palpébrale. On le ùxe de nouveau, et on finit par sectionner les liens assez lâches qui ne le retiennent plus que faiblement, surtout les deux muscles obliques.
On pourrait aussi, pour aller plus rapidement, ne pas couper dans le premier temps la conjonctive et le muscle opposé à l'endroit où l'on pénétrera dans la profondeur pour couper le nerf optique. Dans ce cas, on finirait l'opération par l'incision de ces parties.
La luxation de l'œil au devant de l'orbite favorise beaucoup l'achèvement de l'opération. Si la paroi bulbaire était percée en un endroit, il faudrait se garder de cette manœuvre, car on risquerait de vider l'œil, qui alors se ratatinerait, et l'opération serait rendue beaucoup plus difficile.
Modification de Tillaux. La fente palpébrale étant ouverte par un blépharostat, on saisit avec des pinces la conjonctive en dehors et tout près de la cornée et on l'incise avec des ciseaux courbes (en dehors du point d'application des pinces). Ces deux seuls instruments sont nécessaires. On longe la sclérotique avec les ciseaux (la pince restant au même endroit), et on va couper le muscle droit externe. A l'aide de la pince qui est toujours restée en place, on imprime à l'œil une forte rotation en dedans, et les ciseaux vont couper le nerf optique. Alors on saisit le bulbe à l'aide des pinces près de son pôle postérieur, et on le retourne en avant de manière qu'il sorte par la plaie coiijonctivale, le pôle postérieur en avant. On tend ainsi les autres muscles, on les coupe.
ŒIL (OPIÎRATIONS). 409
ainsi que la conjonctive, par quelques coups de ciseaux, et l'opération est finie.
On le voit, c'est la rapidité de l'opération qui est l'avantage de cette méthode; cela entre certes en considération, si pour l'une ou l'autre cause, on se décide à opérer sur un individu non narcotisé. L'opération dure tout au plus une minute, et plusieurs opérateurs s'en trouvent bien.
L'œil étant énucléé, l'hémorrhagie est insignifiante ; elle cesse ordinairement sous une compresse froide. Ce n'est que dans des cas très-exceptionnels qu'on a dû recourir à l'emploi du perchlorure de fer. On nettoie le cul-de-sac conjonctival et le sac de la capsule de Tenon, et on applique sur les paupières un bandage légèrement conipressif. Quelques auteurs mettent une soutlure conjonctivale, dans l'espoir qu'elle hâtera la cicatrisation de la plaie. Un simple bandage compressif suffit pour que tout soit fermé en quelques jours : nous l'avons déjà dit, la capsule de Tenon se recoquille, s'adosse et se réunit à ellemême. Si par mégarde, ou bien pour une raison inhérente au cas, on avait enlevé un lambeau plus ou moins grand de la conjonctive, le cul-de-sac de cette membrane serait effacé, les paupières seraient attirées en dedans et l'application d'une pièce artificielle serait difficile ou même impossible.
Contre-indications de l'opération. On connaît cinq cas de mort après l'énucléation. On conviendra que ce pour cent est minime, si on considère les hécatombes d'yeux énuclées et, disons-le bien bas, plus d'une fois dans le but de satisfaire un intérêt « anatomo-pathologique ». Dans deux de ces cas (de Graefe) l'œil énucléé était le siège de panophtlialmie. Cette dernière circonstance peut donc passer pour une contre-indication assez sérieuse. En second lieu, et ici plus d'un chirurgien aurait à dire son meà culpâ, en dehors de tumeurs malignes de l'œil, on serait inexcusable d'énucléer un œil dont la vision pourrait encore rendre quelque service à l'individu. L'ophthalmie sympathique confirmée ne constitue pas même une exception à cette règle : la raison en est que trop souvent l'cnucléation, même préventive, ne parvient pas à sauver le second œil.
L'énucléation est permise, et quelquefois nécessaire dans les maladies suivantes, auxquelles nous renvoyons pour ce qui regarde les indications plus précises : tumeurs intra-oculaires malignes, surtout les gliomes rétiniens et les sarcomes de la tunique vasculaire (choroïde, corps ciliaire, iris) ; tumeurs malignes de la conjonctive et de la cornée, avec des restrictions ; blessures et cicatrices du corps ciliaire; corps étrangers dans le fond de l'œil et dans le corps ciliaire surtout (ophthalmie sympathique); cyclite chronique et glaucome absolu douloureux ; staphylome cornéen et ciliaire douloureux d'une manière permanente; ophthalmie sympathique du second œil; peut-être dans un but cosmétique, si le porteur d'un œil aveugle et disgracieux voulait en être débarrassé et le remplacer par une pièce artificielle. Voy. du reste l'article Enervation de i.'œil, l'énervation tendant aujourd'hui à remplacer dans certains cas l'énucléation. NUEL.
Extirpation de l'œil (ne pas la confondre avec !'« énucléation » de l'œil), exentération de l'orbite. L'extirpation du contenu de l'orbite avec ou sans la glande lacrymale n'est indiquée que dans les cas de néoplasies malignes de l'œil ayant envahi les parties circumoculaires, ou bien dans les cas de néoplasies malignes de l'une ou l'autre partie de l'orbite ayant envahi l'œil, ou bien ces
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dernières néoplasies ne pouvant pas être extirpées totalement sans enlever l'œil. Les indications de cette opération reviennent donc en partie à l'article Orbite, Pathologie.
L'opération se fait différemment selon qu'on a des raisons d'admettre que la néoplasie a envahi une grande partie ou la totalité des organes intra-orbitaires, surtout le périoste, ou bien qu'on puisse extirper toute la tumeur en enlevant seulement une partie des organes circumoculaires. Ce diagnostic à poser préalablement est l'objet des articles Tumeurs de l'oeil et Tumeurs de l'orbite. L'enlèvement d'une partie seulement de l'orbite occasionnant un traumatisme moins intense, nous commencerons par V extirpation partielle du contenu de l'orbite avec l'œil. — L'extirpation d'une partie de l'orbite avec conservation de l'œil revient aux articles Orbite et Nerf optique (tumeurs du). Le malade étant narcotisé, on commence par fendre la commissure palpébrale externe. Si en raison de la grandeur de la tumeur cela ne suffit pas, on fera ensuite en haut une incision perpendiculaire à l'extrémité de la première, et on retrousse la paupière supérieure en haut. Ou incise ensuite la conjonctive en haut et en bas, et on détache de la tumeur les deux paupières souvent trèstendues et œdématiées. Un aide écartant les paupières, on saisit le néoplasme et on le tire en avant à l'aide d'une pince de Museux, et avec un instrument de préférence mousse (manciie de scalpel) on pénètre dans la profondeur entre l'orbite et la tumeur ; on détache ainsi cette dernière aussi loin que possible de tous les côtés ; ceci se fait assez facilement, à moins qu'il y ait des adhérences avec le périoste ou même avec l'os. Finalement la tumeur n'adhère plus que par un ou deux pédicules, qu'on sectionne à l'aide de ciseaux courbes. 11 arrive souvent que l'instrument mousse n'avance pas; alors l'opération est plus difficile; on détachera le tout à l'aide des ciseaux guidés par un doigt.
L'hémorrhagie est ordinairement assez intense. On tâchera de l'arrêter en injectant de l'eau glacée ; on lave la lacune béante, et on examine soigneusement s'il ne reste plus rien de pathologique à enlever. Puis on tamponne l'orbite à l'aide de ouate, on réunit par des points de souttures les lèvres des plaies de la peau, et on met un bandage légèrement compressif.
La réaction fébrile consécutive est assez intense, et dépasse de beaucoup celle qui suit l'énucléation de l'œil ; il s'agit en effet d'une plaie plus ou moins contuseet des parties doivent s'éliminer par suppuration. Dans les hôpitaux surtout, on a vu survenir la diphthérite, l'érysipèle, et même la mort. Après deux jours, on enlève les tampons qui alors sont infiltrés de sanie et de pus ; à partir de ce moment, il faut laver deux fois par jour l'orbite en y injectant de l'eau et mieux un liquide antiseptique, et on arrive ainsi à la cicatrisation. Il peut être utile de ne pas attendre la cicatrisation complète, et de ménager un peu de sac conjonctival en transplantant un lambeau de peau. Il ne faut pas oublier en «ffet qu'on enlève ordinairement presque toute la conjonctive, et que l'application d'un œil artificiel pourrait devenir plus tard impossible.
Cette extirpation plus ou moins partielle tend aujourd'hui à être de plus en plus remplacée par Y extirpation totale radicale de tout le contenu de l'orbite, le périoste y compris. Il ne faut pas oublier en effet que ces deux opérations ne s'exécutent que dans des cas de tumeurs malignes, par conséquent compromettant gravement la vie de l'individu, et qu'un plus ou moins très-restreint de conservé importe peu dans ces conditions, surtout puisijue la conjonctive est tout de même enlevée. D'un autre côté, l'extirpation radicale ne parait pas être plus
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grave pour la vie de l'individu que l'extirpation partielle; peut-être est-ce le contraire qui est vrai, la plaie étant dans ce cas moins contuse et par conséquent exposant moins à la suppuration profuse.
Dans l'extirpation totale, avons-nous dit, on enlève tout le contenu de l'orbite, le périoste y compris. Le malade étant narcotisé, on écarte les paupières et on les détache de la même manière que dans l'opération précédente, notamment par l'incision de la commissure externe et une incision perpendiculaire à celle-là. Ces incisions sont en quelque sorte de rigueur ici, pour se ménager un large accès dans l'orbite. On l'ait ensuite à l'aide d'un bistouri une incision circulaire allant jusqu'à l'os, et située à quelques millimètres derrière le rebord osseux, c'est-à-dire un peu derrière la forte adhérence que le périoste affecte sur ce bord avec les os. Ayant ainsi incisé le périoste circulairement, on pénètre dans la profondeur avec une spatule, mieux peut-être avec le manclie d'un scalpel, et on décolle le périoste de l'os sous-jacent. Ceci n'offre aucune difliculté, et l'hémorrhagie est insignifiante du fait de ce décollement. Le périoste adhère plus intimement à l'os au niveau des souttures osseuses ; on incisera ces brides à l'aide de ciseaux guidés par un doigt. Entre-temps, on tire le contenu de l'orbite en avant et de côté, selon les besoins. Finalement, le contenu de l'orbite adhère encore au fond de l'œil par un pédicule assez épais, constitué par le nerf optique et les muscles. Des ciseaux courbes introduits aussi près que possible du trou optique inciseront cette dernière adhérence, et l'extirpation est terminée.
L'hémorrhagie consécutive à la section du pédicule inséré au fond de l'orbite peut être assez intense, puisque c'est le tronc de l'artère ophtlialmique, ou au moins ses subdivisions les plus grosses qui donnent. Néanmoins elle cédera au tamponnement, peut-être à l'aide de boulettes de ouate trempées dans le perchlorure de fer. La ligature de l'artère ophthalmique a dû être faite dans des cas isolés.
On le conçoit, cette opération donne beaucoup plus de chances d'enlever toute la tumeur que l'extirpation partielle ; l'opération est beaucoup plus nette, plus propre, et même plus facile dans son exécution. On ne laisse pas une plaie plus ou moins mâchonnée qui demande pour se fermer une suppuration assez profuse. Le fait est que la suppuration est moins copieuse que dans l'extirpation partielle; il se formera aussi moins facilement des clapiers de pus, et les dangers qiioad vitam en seront amoindris. On voit bientôt surgir de tous côtés sur la paroi osseuse des granulations qui envahissent toute l'orbite, la comblent; la cicatrice plus tard retire fortement les paupières en arrière, et rendra ordinairement impossible l'application d'un œil artificiel.
On pourrait croire que la dénudation de l'os expose à des nécroses et même à la méningite. L'expérience acquise par une série assez grande de ces opérations prouve qu'il n'en est rien. Contrairement à ce qui s'est produit dans l'extirpation partielle, on n'a encore à enregistrer aucun cas de mort par le fait de l'opération elle-même, 11 y a même plus, on est allé jusqu'à cautériser fortement le nerf optique à son passage à travers les os, à l'aide de perchlorure de fer liquide (le néoplasme ayant envahi le nerf), et à appliquer de la pâte de Vienne sur les os aux endroits où la tumeur adhérait à ce dernier ; les os se sont même exfoliés, et toujours sans accident. Moi-même j'ai plusieurs fois appliqué du perchlorui'e de fer liquide sur le trou optique.
Il peut se taire que pendant l'opération on s'aperçoive que la tumeur a déjà
412 ŒIL (opérations).
perforé les os et envahi des cavités voisines telles que la boîte crânienne, les sinus maxillaire, ethmoïdaux ou sphénoïdaux. Une telle surprise peut entraîner l'opérateur à étendre la portée de son faire séance tenante, ou bien à renoncer à enlever toute la tumeur {voy. à ce sujet l'article Orbite {pathologie).
Ndel.
Énervation de l'oeil, Neurotomie 0PTIC0-CILIA.1RE. Sous CCS deux désignations on exécute depuis quelques années l'opération suivante, destinée à remplacer dans certains cas l'énucléation de l'œil, et qui dans tous les cas répugne moins aux malades que l'énucléation.
Le malade étant narcotisé, on incise la conjonctive en dehors (on en dedans; de même que dans l'énucléation, on peut pénétrer dans l'orbite à peu près indifféremment des deux côtés) de la cornée, et on va saisir le muscle droit externe qu'on coupe comme dans la strabotomie, en ayant soin de le fixer en avant soit à l'aide d'un crochet, soit, ce qui vaut mieux, à l'aide d'un fil passé à travers. On pénètre ensuite avec les ciseaux courbés sur le plat dans la profondeur, en se tenant contre la sclérotique, et on va sectionner le nerf optique; on coupe du même coup un certain nombre de nerfs ciliaires et d'artères ciliaires postérieures. Ordinairement il se produit alors une hémorrhagie rétrobulbaire, qui propulse l'œil fortement en avant ; on tâche de s'en rendre maître par la compression, et, s'il le faut, à l'aide de compresses glacées. ^Yarlomont a récemment fait constiuire des ciseaux à écrasement hémostatique, dont une branche, après avoir coupé le nerf, l'étrangle sur la seconde et ferme les vaisseaux centraux.
L'hémorrhagie étant arrêtée, on saisit le bulbe à l'aide de pinces par la conjonctive ou le bout du tendon coupé, et on roule le globe en dedans de manière que son pôle postérieur, avec le nerf optique coupé, se présente au regard. On achève alors de couper tout ce qui se rend au pôle postérieur de l'œil, soit à l'aide de ciseaux, mieux peut-être avec un petit ténotome boutonné. Une soutture est ensuite mise sur le muscle et son tendon, ainsi qu'un ou deux fils sur la conjonctive, et on recouvre le tout d'un bandage compressif. Au réveil du malade, on peut s'assurer, à l'aide d'un pinceau promené sur la cornée, si cette membrane est insensible, et si l'opération a réussi.
A la suite de l'opération, l'œil est insensible, une circonstance très -favorable pour la réaUsation de laquelle on faisait souvent l'énucléation. La sensibilité reparaît bien après un mois environ, mais entre-temps l'irritation morbide peut avoir disparu, et c'est là le but poursuivi. A en juger d'après l'expérience acquise, un œil à dimensions normales ne s'atrophie guère à la suite de l'énervation; les yeux agrandis, staphylomateux, se rapetissent quelquefois, mais pas toujours.
Les premiers promoteurs de l'énervation avaient étendu les indications de cette opération à tous les cas où l'énucléation est indiquée, naturellement à l'exception des tumeurs intra-oculaires malignes. Des objections très-sérieuses ont été faites à ces prétentions ; et certes il n'y aura guère de praticiens qui se feront « énervistes » même dans les cas d'ophlhalmie sympathique ou de corps étrangers dans l'œil. Il ne faut pas oublier que l'éimcléation a fait ses preuves dans ces circonstances si graves, et nous les attendons encore de la part de son émule d'aujourd'hui (le retour de la sensibilité cornéenne démontre que les nerfs ciliaires coupés se réunissent). Un des parents de la névrotomie (Schœler) avoue même avoir vu naître après une névrotomie une irritation sympathique
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sur le second œil, qui a cédé à l'énucléation. II paraît bien que dans ce cas rénervation n'avait pas réussi complètement ; mais c'est déjà dans certaines circonstances une objection très-grave à une opération que cette absence de certitude sur son exécution intégrale.
Quoi qu'il en soit, l'expérience acquise nous autorise fortement à tenter l'énervation, qui après tout conserve tout ce qu'il y a à conserver, sur les yeux qui sont le siège de douleurs ciliaires continuelles par le fait d'une cyclitede nature traumatique ou autre, du moment qu'on est sûr que l'œil ne recèle pas de corps étranger, et avant qu'il n'y ait d'irritation sympathique sur le second œil; on pourra aussi l'exécuter sur un moignon atrophique sensible sur lequel on veut appliquer un œil artificiel. L'irritation sympathique et surtout l'ojihthalmie sympathique une fois confirmée, un praticien prudent recourra toujours à l'énucléation, au moins provisoirement, jusqu'à ce qu'une expérience plus étendue nous ait renseignés plus exactement sur la valeur de l'énervation dans ces cas.
L'énervation en effet est née d'hier. Il ne faut pas ranger ici ces divers essais tentés dans le but de couper (préventivement contre l'ophthalmie sympathique) le nerf optique (de Graefe) à une époque où l'on croyait encore à la transmission de l'ophthalmie sympathique par les nerfs optiques, pas plus que la section des nerfs ciliaires dans le globe oculaire (Meyer), ni la section partielle des nerfs ciliaires pour faire cesser des douleurs (Snellen). Ce qui certes a empêché les auteurs d'en venir à l'opération radicale que nous décrivons, c'est la peur que l'œil, n'étant plus assez nourri après la section des artères ciliaires postérieures, ne se gangrenât, ou au moins qu'il ne survînt une kératite soidisant (( neuro-paralytique ».
En 1866, Rondeau avait décrit un procédé opératoire, mais sans avoir exécuté l'opération sur le vivant. Sa note ne souleva guère l'attention; on le conçoit, le premier pas à faire, c'était d'écarter la prévention contre les suites fâcheuses de l'opération quant à la nutrition de l'œil. C'est ce mérite sérieux qui revient à Boucheron, qui en 1876 publia uu cas de névrotomie exécutée dans le but de provoquer l'atrophie, effet qui ne fut pas obtenu. En même temps que Boucheron, Schœler tenta hardiment l'énervation sur les cas les plus divers ; aujourd'hui, il compte déjà 51 de ces opérations exécutées presque toujours sans accident immédiat, et la plupart du temps avec un plein succès quant à l'effet à obtenir : il l'a exécutée dans les cas de douleurs ciliaires d'origines trèsdiverses, notamment contre l'ophthalmie sympathique confii'mée, et dans des cas de cysticerque inti'a-oculaire ayant déjà aboli la vision. Nous avons cité plus haut un cas d'insuccès sérieux avoué par l'auteur. Nuel.
Bibliographie. — Rondeau . Des affections oculaires réflexes et de l'ophthalmie sympathique. Thèse de Paris, 1866, p. 124. — Boucheron. iYo<e sur la re'scction des nerfs ciliaires et du nerf optique en arrière de l'œil, substituée à l'énucléation du globe oculaire dans le traitement de l'ophthalmie sympathique. In Gaz. méd. de Parii, 1876, et Ann. d'ocul , t. LXXII, p. 258. — Schœler, Jahresberiche ilber die Augenklinik, pour les années 1877 1878 et 1879. — Abadie. In Bulletin de la Soc. de chirurgie de Paris, séance du 19 novembre 1879. — P. PiEDARD. De la section des nerfs ciliaires et du nerf optique. Paris, 1879. — Chisolm (de Baltimore). Neurotomy. A Substute for Enucleation, 1879. — Dianom. De l'énervation du globe de Vœil. Nantes, 1879. — Giraud-Teulon. Névrotomie optociliaire et énucléation de l'œil. In Gaz. des hôp., 1879, p. 11,72. — Warlomont. De l'énervation du globe de l'œil. In Ann. d'ocul., t. LXXXII, p. 223, 1879. — Du jiè.ue. Matériaux pour servir à l'histoire de l'énervation. Ibid., t. LXXXIII, p. 62, 18S0. — Du même. Ciseaux-pinces à écrasement. Ibid., p. 169. N.
§ VU. Prothèse oculaire (rpoSio-i;, action de placer au devant). 11 s'en
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faut de beaucoup que la prothèse oculaire, c'est-à-dire l'application, dans l'orbite, d'un corps qui masque l'absence ou la petitesse d'un globe oculaire, soit une question de coquetterie. Elle a sa raison d'être au moins au môme titre que la confection d'une jambe élastique au lieu d'une tige en bois dure et disgracieuse.
Tout d'abord, quelle que soit la condition d'un individu, qu'il soit un simple ouvrier ou un homme du monde, certainement que ses relations sociales sont rendues plus difficiles par la difformité due à l'absence, l'atrophie ou l'agrandissement d'vui œil, et qu'il se soustraira à bien des désagréments par l'application d'une pièce artificielle. On prétend même (de Wecker) que beaucoup de patrons de grandes manufactures se refusent à employer des ouvriers reconnus pour borgnes, au même titre que les myopes très-prononcés.
En second lieu, et cet avantage est considérable, l'œil artificiel rend seul possible le jeu naturel des autres organes contenus dans l'orbite. Ainsi il refoule la paupière et les cils en avant, dans leur position normale, les empêche de se recoquiller en arrière et de produire par leur frottement incessant une irritation continuelle et souvent très-pénible du bulbe oculaire atrophié ou du contenu de l'orbite. Ensuite il comble la lacune dans l'orbite et permet le jeu régulier des voies lacrymales : les larmes ne stagnent donc plus dans le sac conjonctival ; auparavant elles s'y décomposaient, produisaient souvent une espèce de blennorrhée conjonctivale avec épiphora très-désagréable.
Les yeux artificiels sont mentionnés déjà dans les écrits d'Ambroise Paré [Œuvre (VAmhroise Paré, liv. XXllI, chap. i, 1582) et de Hieronymus Fabricius (1615). On en fabriquait d'abord en or, puis en verre ou en faïence. Vers le commencement du dix-huitième siècle, on les prépara en France en émail, qui en raison de sa dureté, de sa résistance aux actions chimiques des larmes, et de la facilité avec laquelle on le colore diversement, s'y prête beaucoup mieux.
11 n'y a guère de contre-indication à l'application d'une pièce artificielle iju'une sensibilité trop grande du contenu de l'orbite; et encore parviendra-t-on souvent à la faire disparaître en traitant le catarrhe conjonctival, ou bien en faisant l'énervation d'un moignon trop sensible. Naturellement, il faut que les conditions anatomiques dans l'orbite rendent possibles l'introduction et la fixation de la pièce. Du reste, ces conditions diffèrent tellement d'un cas à l'autre qu'elles ont nécessité la construction d'yeux de grandeurs et de formes trèsdiverses.
Le cas le plus favorable est celui d'un œil moyennement atrophié et indolore, avec conservation intégrale du sac conjonctival. La pièce s'applique alors de tous côtés contre le moignon; ce dernier a conservé ses rapports avec les muscles, et par conséquent samotilité; ilimprime àl'œil artificiel, soit directement, soit par l'entremise de la conjonctive, tous les mouvements voulus, à tel point que si la grandeur, la forme et la couleur, sont convenablement choisies, le plus expérimenté ne s'apercevra de la chose qu'à un examen attentif. La pièce doit être creuse pour qu'elle se moule exactement sur le globe atrophié; là cornée de ce dernier est moins sensible qu'à l'état normal, et tolère le contact prolongé du corps étranger.
L'état des choses tel qu'il résulte d'une émicléation de l'œil s'y prête encore assez bien. Le sac conjonctival est conservé, les muscles s'insèrent tous sur un petit bourrelet cicatriciel, dont les mouvements, ainsi que ceux de la conjonctive, sont transmis dans une certaine mesure à la pièce artificielle. Seulement
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celle-ci ne peiil plus être aussi excavéc en arrière, mais plutôt convexe pour toucher le bourrelet cicatriciel aussi bien que le cul-de-sac conjonctival.
Dans l'un et l'autre cas (globe atrophié ou e'nucléé) le sac conjonctival peut titre rétréci dans son ensemble, des brides cicatricielles peuvent faire saillie : la pièce naturellement devra être faite en conséquence, et même porter sur le bord des échancrures adaptées à ces brides.
L'extirpation, surtout complète, du contenu de l'orbite, enlève les muscles, ordinairement la conjonctive : elle laisse donc un état de choses peu propice à la prothèse. En supposant même qu'il reste assez de conjonctive pour admettre une pièce, celle-ci restera toujours immobile, et ne remédiera pas complètement à la difformité du visage; dans ce cas aussi, elle doit être ordinairement saillante en arrière ; ce sont ces cas surtout qui demandent des formes particulières qui puissent s'adapter au contenu de l'orbite. On a tenté dans ces circonstances, et avec quelque succès, la transplantation d'un lambeau de peau dans l'orbite pour y ménager une cavité capable de recevoir un œil postiche.
Quand l'œil qu'il s'agit de cacher a conservé des dimensions à peu près normales, il ne tolérera pas la pièce, qui devrait venir en contact avec une cornée peut-être assez sensible. Dansée cas, et surtout dans celui où l'œil est augmenté de volume (staphylomateux), il faudra réduire son volume, le mieux par une opération du staphylome, peut-être en en provoquant l'atrophie par un fil passé dans le corps ciliaire. Ajoutons cependant que dans l'état actuel de nos opinions la crainte d'une ophtlialmie sympathique qui naîtrait par le fait du moignon atrophié fera préférer quelquefois dans ces cas l'énucléation, quoiqu'elle enlèvera beaucoup de la motilité de la pièce, comparativement aux opérations qui réduisent seulement le volume de l'œil.
Combien de temps faut-il attendre après l'énucléation ou une autre opération avant d'appliquer l'œil artificiel ? Il n'y a guère de règles précises à donner à ce sujet; il faut se guider d'après le principe que toute trace d'irritation doit avoir disparu préalablement. Or, ce moment arrive plus ou moins promptement ; l'extirpation demande à cet effet un temps assez long ; l'énucléation le permet beaucoup plus tôt (un mois environ), car elle met une plaie relativement petite, nous dirions presque naturelle, et qui guérit vite par le ratatinement de la capsule de Ténon. On doit attendre un temps plus considérable, si l'énucléation a été faite pour une ophtlialmie sympathique, de peur de ramener l'excitation inconnue qui retentit sur l'œil opposé. Il faut ici attendre au moins deux mois, et toute trace d'irritation sur le second œil doit avoir disparu définitivement.
11 est bon d'être prévenu que dans certains cas (Lawson, Mooren, Keyser, Salomon etWarlomont [voy. l'article Ophthalmie sympathique) on a vu survenir une ophtlialmie sympathique du second œil, par suite de l'application d'un œil artificiel, soit sur un moignon atrophié, soit dans une orbite où l'on avait fait l'énucléation. Dans tous ces cas, la pièce artificielle était mal tolérée. Cet accident bien redoutable est à craindre surtout avec un moignon ossifié et douloureux.
Le choix d'une pièce artificielle ordinaire n'est pas difficile ; les opticiens des petits centres mêmes en ont facilement une petite collection, dans laquelle on trouve l'une ou l'autre à forme voulue; si cette dernière n'a pas la couleur ou la grandeur de l'iris de l'autre côté, on peut faire venir la bonne pièce d'un dépôt central. Pour les cas où l'irrégularité du cul-de-sac conjonctival demande une pièce à part, on fera bien de suivre le conseil de Burow {Arch. f. Opiith.,
416 ŒIL (prothèse).
t. VI, i, p. 212), de se procurer chez un joaillier ou un mécanicien des demisphères de plomb battu très-mince, qu'on taille avec un canif sur le moule du sac conjonctival. Cet échantillon sera envoyé à la fabrique pour servir de modèle.
Ordinairement on commence avec une pièce trop petite, qu'on fait porter plusieurs heures par jour, puis définitivement ; on dilate ainsi le cul-de-sac, et alors seulement on prendra celle qui a les dimensions voulues.
Le même œil ne peut guère servir au delà d'une année : les larmes, en la corrodant, enlèvent le brillant de la face antérieure, et rendent la face postérieure rugueuse, de sorte qu'à la longue elle irrite le contenu de l'orbite. Et encore i'aut-il l'ôter tous les soirs, le laver soigneusement avec une éponge et le conserver à sec jusqu'au matin dans de la ouate. Le conserver dans de l'eau, comme on le ftiit souvent, l'use plus vite.
Il importe de donner ces renseignements au malade, ainsi que les suivants qui sont relatifs à la manière de placer et d'enlever la pièce.
Ces opérations, surtout celle d'enlever l'œil, doivent être faites en se tenant au-dessus d'une étoffe étalée sur une table ou bien au-dessus d'un ht ; la pièce se casserait en tombant sur le plancher.
Pour placer la pièce, les doigts de la main gauche appliquée sur le front relèvent la paupière supérieure ; de la main droite on introduit sous la paupière l'œil artificiel humecté d'eau, avec l'angle externe en avant; l'œil étant à moitié sous la paupière et dans sa position naturelle, on le fixe de la main droite pendant que la main gauche abaisse la paupière inférieure et permet ainsi l'introduction complète.
Pour ôter la pièce, on abaisse la paupière inférieure, et la tête d'une grosse épingle introduite sous elle l'attire en avant et en bas, par- dessus la paupière inférieure ; au besoin une légère pression sur la paupière supérieure la fait glisser au dehors. A ce moment surtout il est important de tenir la face au dessus d'un objet mou.
Il est bon, quand il s'agit d'un enfant, de lui appliquer l'œil dès le bas âge. De cette manière ou n'empêchera pas, il est vrai, le rapetissement de la paroi osseuse de l'orbite, mais bien celui du cul-de-sac conjonctival, qui serait préjudiciable plus tard.
La pièce peut être mal supportée pour deux motifs : le moignon peut être trop sensible, ou bien la conjonctive s'irrite et devient le siège de conjonctivites et même d'une espèce de blennorrhagie. Dans ce dernier cas, des cicatrices de plus en plus nombreuses peuvent à la longue effacer tout à fait le sac conjonctival et rendre le port de l'œil impossible. Pour ce qui est de la sensibilité du moignon, on essaye d'abord de donner à la face postérieure de la pièce une concavité assez forte pour éviter son contact avec le moignon. Si la sensibilité persiste, on pourra tenter de l'abattre par l'énervation {voy. l'article Œil [Énervation de /')]. Dans le cas d'un bulbe ossifié, on pourra être contraint à l'énucléer, dans l'appréhension d'une ophthalmie sympathique. Si la conjonctive s'irrite et s'enflamme, il faut renoncer pendant quelque temps au port de la pièce, traiter selon les règles la conjonctivite, puis essayer de nouveau de l'œil artificiel. Toujours il importe de laver tous les soirs le sac conjonctival avec du lait ou une solution légèrement astringente.
Il est cependant étonnant de voir souvent ce que peut tolérer une conjonctive dans ces conditions. Les gens peu soigneux portent quelquefois pendant des
ŒIL-D'OLIVIER. ^tH
années et des années une pièce rongée, rugueuse comme une pierre; chaque praticien rencontre de ces cas, et cependant c'est à peine si cette négligence donne lieu à une légère conjonctivite. Boissonneau (de la Restauration de laphysionomiechez les personnes privées d'un œil. Paris, 1858, p. 12) prétend qu'il est des cas où les larmes sont retenues derrière l'œil artificiel comme dans un sac fermé, qu'elles s'y décomposent, irritent la conjonctive; pour remédier à cette cause d'intolérance, il recommande d'échancrer le bord inférieur de la pièce, ou d'y percer une petite ouverture. Nuel.
Bibliographie. — Indépendamment des divers traités d'ophthalmologio, parmi lesquels celui dellackenzie [On thc Diseases ofthe Eye, traduction française par ^Varlomont et Testelin) est surtout à consulter à ce point de vue, nous signalerons : llAZAnD-MiRAULT. Traité pratique de l'œil artificiel. Paris, 1818. — Rittericii. Das kïmslliclie Ange. Leipzig, 185'2. — Boissonneau. De la Restauration de la physionomie cliez les personnes privées d'un œil. Paris, 1858. — Debout. In Bulletin de tlicrapeut. Paris, 15 nov , 15 déc. 1802, et 28 lévrier 1863. — Desjardins. Prothèse, Œil artificiel. lu Ballet, de lliérap., 1834. — Bubow. Noiiz: Ueber kUnstl. Augen. In Arch. f. Ophth., t. VI, 1, 1860. — Boissonneau. Renseignements généraux sur les yeux artificiels. Paris, 1870, t. II. N.
ŒIL, (Bandage). On appelle œil simple et œil double des espèces de bandages décrits à ce dernier mot.
«EIL-DE-BŒUF. Nom donné à ï Anthémis tinctoria L. Pl.
(EIL-DE-BOLX. Un des noms du Pyrèthre officinal, Anacyclus Pijrethrum.
Pl.
ŒIL-DE-BOURBIQUE. Ce nom est appliqué aux graines du Dolichos urensL., ou Pois pouilleux. Pu.
ŒIL-DE-CIIA.T. Nom donné aux graines du Bonduc, Guilandina Bonduc L. Pl.
ŒIL-DE-CHEVAL. Ce nom se rapporte à l'aunée officinale, Jnula Helenium L. Pl
ŒIL-DE-CHIEX. On désigne sous ce nom deux plantes de familles différentes, le Pied-de-Cliat ou .{ntenniaria dioica, et le Plantain herbe aux puces, Plantago Psyllium L. Pl.
ŒIL-DE-CORXEILLE. Sous 06 nom, Pâulet décrit un champignon vénéneux, dont il est question également dans la Toxicologie d'Orfila (t. VI, p. 48). On s'en sert pour empoisonner les rats. Pl.
ŒIL-DU-DIABLE. C'est l'un des noms de V Adonis œstivalis L. Pl.
ŒIL-DE-DRAGOX. Nom donné aux fruits de VEuphorbia Longava Lam. Pl.
œil-d'olivieb. Nom indiqué par Paulet comme appartenant à un agarie dangereux. Pl
DICT. E.NC. 1' s. XIY. 27
418 ŒILLET (botanique).
(EIL-DE-PERDRIX (Botanique). Encore uii (les iioms (le VAdo7iisœsjivalisL. el aussi du Scabiosa Columharia L. Pl.
ŒlL-DE-PERDRix (Pathologie). DuriUou silué entre les orteils {voy. Cor).
ŒIL-DE-SOLEIL. Nom donné à la Matricaria Varthenium L. Pl.
ŒiL-DE-VAcnE. Un des noms de la Marroute, Anthémis Cotula L. Pl.
ŒILLÈRE. On donne, en anatomie, le nom d'œillère aux dents canines de la mâchoire supérieure. C'est sous le même nom qu'on désigne de petits vases, ordinairement en porcelaine, un peu allongés et à bords renversés (ce qui leur a valu le nom de gondoles), qui sont destinés à baigner les yeux. D.
ŒILLET. § I. Botanique. Diauthus L. Genre de plantes Dicotylédones appartenant à la famille des Caryopliyllées et à la tribu des Siléaées. Les espèces qui rentrent dans ce groupe sont des plantes herbacées, à tiges assez grêles, à feuilles opposées, linéaires, étroites, cornées. Les fleurs, qui sont terminales, ont un calice cylindrique, à 5 dents, entouré à la base par un certain nombre de bractées imbriquées. La corolle est formée de 5 pétales longuement onguiculés; les étamines sont au nombre de 10; l'ovaire est surmonté de 2 styles distincts. Le fruit est une capsule uniloculaire, à placentation centrale, renfermant de nombreuses graines comprimées, scutiformes, concaves d'un côté, convexes de l'autre. L'embryon est légèrement courbé dans un albumen farineux.
L'espèce la plus intéressante est VŒillet Giroflée ou Œillet à bouquet, Dianihus caryophyllus L., qui croit spontanément dans la région méditerranéenne, midi de la France, Espagne et Italie. Ses tiges étalées à la base, puis redressées, noueuses d'espace en espace, portent des feuilles lancéolées, canaliculées, aiguës au sommet : toute la plante est d'un vert glauque. Les fleurs pédonculées, solitaires, ont des pétales cunéiformes, dentés sur le bord supérieur; d'un beau rouge dans la plante sauvage. Ces fleurs doublent par la culture et prennent des nuances variées.
h" œillet mignardise ou œillet frangé, Diauthus primarius L.,est une plante indigène, dont les pétales blancs ou incarnats sont finement découpés sur les bords ; on double cette fleur par la culture. Lemery le dit « céphalique, propre pour résister au venin, pour la pierre, pour l'épilepsie. » Ce serait d'après Au^aiillaria, suivi en cela par Lemery, le Diosanthos de Théophraste. Mais la plupart des botanistes ont rapporté ce nom des auteurs grecs au Lijchnis Flos- Jûvis Desr.
Le nom d'oeillet a été donné à un certain nombre d'espèces appartenant à des genres ou même à des familles différentes. Telles sont :
L'Œillet d'amour, GypsophijllasaxifragaL., de la famille des Caryophyllées ; L'Œillet de la Caroline, Spigelia marylandica L., de la famille des Loganiacées ; Œillet de Dieu, Lychnis coronaria Ders., des Caryophyllées ; Œillet d'Espag>e, Poiticiniana pulcherrima L., de. la famille des Légumineuses ;
Œillet d'Lnde, Tajetes patula L., des Synanthérées ;
ŒNANTHE (botanique). 419
Œillet marin, Sialice armeria L., des Plumbaginées ;
Œillet des prés, Lychnis Flos Cuculli L., des Caryophyllées. Pl.
Bibliographie. — TnÉopiinASTE. Historia planlaium, YI, 6. — Linnl. Gênera, 565 ; Species, 587, — De Candolle. Flore de France, ,i'5lG, et Prodromiis, I, 359. — Lemeiiy. Dictionnaire des drogues, 497 et 320. — Grenier et Godbon. Flo7-e de France, I. — Guibouut. Drogues simples, III, 660. j>l.
§ II. Emploi médical. L'œillet roiige, par son odeur suave, analogue à celle du girofle, ne pouvait manquer d'entrer dans le groupe des plantes médicinales aromatiques. Les pétales de la variété médicinale {Diantlins caryophyllus) ont été en effet employés en infusion comme stimulants, béchiques, sudorifiques, et entraient dans la confection de la conserve d'œillet, de Veau prophylactique, de Vopiat de Salomon. Aujourd'hui, l'œillet rouge n'est plus guère qu'une fleur d'agrément. Néanmoins, il sert encore à confectionner un sirop (conservé dans le nouveau Codex), avec lequel on édulcore les potions cordiales. Le vinaigre d'œillet a disparu à peu près de la pratique. D.
ŒILLETTE. On donne ce nom à une variété de pavot officinal, le Papaver somniferum nigrum, dont les graines sont exploitées pour loin- huile, qu'on connaît dans le commerce sous le nom à'huile d'œillelte {voy. Pavot). Pl.
CEXAi^TOE. § I. Uotaniriiie. OEnanlhe L. Genre de plantes Dicotylédones appartenant à la famille des Ombellifères. Les espèces qui composent ce groupe naturel ont leurs fleurs disposées en ombelles, stériles et souvent irrégulières et rayonnantes sur la circonférence des ombellules, fertiles et régulières au centre. L'involucre est tantôt nul, tantôt à folioles linéaires; les involucelles sont formées de plusieurs bractées étroites. Le calice est denté, et le fruit oblong, sillonné, marqué de côtes égales séparées par de larges val-lécules, au fond desquelles on voit une seule bandelette.
Les Œnanthes sont des plantes des marais ou des lieux humides. Un certain nombre d'espèces sont vénéneuses et ont causé de graves accidents. Ce sont :
Tout d'ahord Y œnanthe sa franée, OEnanthe crocataL., qu'on trouve abondamment dans les lieux marécageux et sur les bords des canaux et des étangs dans l'Europe occidentale, en Espagne, dans tout l'ouest de la France, en Angleterre.
C'est une plante d'un mètre de hauteur environ, à racine très-développée, formée de tubercules oblongs, fascicules, serrés les uns contre les autres. La tige est cannelée, fistuleuse, d'un vert roussâtre ; elle porte de grandes feuilles deux fois ailées, à segments ovales cunéiformes. Les ombellules sont grandes, pourvues d'un involucre polyphylle et composées de 20 à 30 rayons, portant des ombellulles très-denses, à fleurs d'un blanc légèrement rosé, un peu rayonnantes. Les fruits, courtement pédicellés, forment comme des capitules globuleux.
Toutes les parties de la plante sont pourvues d'un suc lactescent qui devient, jaune à l'air et a des propriétés vénéneuses très-marquées.
Vœnanthe fistuleuse ou persil des marais, OEiianthe fistulosa L., qui est très-commune sur le bord des marais, est aussi très-vénéneuse. La souche stolonifère, rampante, est fibreuse et pourvue de tubercules fusiformes ; sa tige fistuleuse, haute de 50 à 60 centimètres, porte des feuilles bipinnatiséquées, a segments ovales incisés lobés, dans les feuilles inférieures ; linéaires, dans les, supérieures. Les ombelles n'ont qu'un petit nombre de rayons, et pas d'involucre ; les ombellules très-denses ont des fleurs d'un blanc l'osé, rayonnantes.
420 ŒiNANTllE (action thérapeutique).
VŒnanlhe apiifoUa Brolcro se rapproche de VŒnanthe crocata, dont clic diffère par son suc incolore, ses feuilles plus divisées, ses folioles plus aiguës. Elle est aussi vénéneuse.
A côté de ces Œnanthes vénéneuses il faut citer quelques espèces qui sont complètement inoffensives. Telles sont :
VOEnauthe à feuilles de ï'imprenelle ; Œnanthe pimpinellifolia L., espèce fréquente dans les prairies humides, surtout dans la région occidentale de la France, dans la Touraine, sur le cours inférieur de la Loire. Elle est connue dans l'ouest sous les noms de Navette, Jannette, Aquotte, Anicot, Méchon. Sa racine porte des tuhcrcules, de la grosseur d'une noisette, qu'on vend quelquefois sur les marchés. Ils n'ont aucune propriété toxique ; mais il faut se garder de confondre la plante avec les précédentes : elle est plus petite dans toutes ses parties que l'œnanthe safranéc ; les feuilles ont des segments linéaires dans h haut ; il n'y a pas de suc laiteux dans la tige et la racine ; les tuhercules ne s'enfoncent pas profondément en terre; ils restent au-dessous de la surface ; ils sont ovoïdes, allongés, blancs, farineux, inodores. C'est peut-être l'otvavSïj de Théophraste et de Dioscoride.
VŒnanthe peuceda7îifolia Poil., à feuilles pennatiséquées ou bipinnatiscquées, à segments linéaires dans les feuilles de la tige, à ombelles pluri-radiées portant des feuilles presque régulières. Cette espèce a aussi des tubercules qui peuvent servir d'aliment. On la trouve sur les bords des marais.
On fait quelquefois entrer dans le genre (Enayithe la Phellandrie, Œnanthe Phellandrinm Lam. C'est le Phellandriuvi aquaticum L. Il en sera question au
mot PHELLAKDniE, Pl.
Bibliographie. — Théophraste. Historia plant., \I, 7. — Dioscoride. Materia medica, lit, 155. — Linné. Gênera, 552; Species. 565. — De Candolle. Flore française, 544"2. — Endli- CHER. Gênera. — Grenier et Godron. Flore de France, I. — Gcibourt. Drogues simples, 1^ éd., III, 253. . l'L.
g 11. Action thérapeutique. L'œnanthe est mentionnée dans les ouvrages les plus anciens ; mais ce nom s'appliquait-il réellement à notre genre d'ombellifères? D'après Pline, les anciens s'en servaient pour désigner une plante dont l'odeur était celle de la fleur de la vigne ; parfois même on a appliqué ce nom à la vigne sauvage ; on a encore su})posé que l'œnanthe des anciens auteurs était la terre-noix, la filipendule, la pédiculaire fasciculée, le thalictrum tubéreux, etc. ; Sprengel rapporte I'oîvkvÔtj de Théophraste (Hist., VI, 7) à notre Œnanthe pimpinelloUles ; peut-être l'œnanthe des anciens n'est-il rien de tout cela, comme le font remarquer Loiseleur-Deslongchamps et Marquis {Dict. se. méd., t. XXXVII, p. 185, 1819).
II faut arriver à Pline pour trouver une description à peu près exacte de cette plante et des vertus qu'il lui attribue : « Œnanthe herba nascitur in pétris^ foliis pastinacae, radiée magna, numerosa caulis ejus etfolia: cum melle ac vinopota facilitatem pariendi praestant secundasque purgant. Tussim e melle toUunt., urinam cient. Badix et vesicae vitiis meditttr. » En d'autres termes, la tige et les feuilles prises en breuvage avec du miel et du vin facilitent l'accouchement et hâtent la délivrance; mêlées au miel elles guérissent la toux et provoquent les urines. La racine convient aux maladies de la vessie. D'après Hemlock on faisait, du temps de Pline, avec l'œnanthe, un collyre qui arrêtait les douleurs des yeux.
ŒNANTHE (action thérapeutique). 4-21
Dioscoride décrit l'œnanthe d'après Pline et lui accorde les mêmes propriétés thérapeutiques ; Lobel reprend cette description dans ses Animadversiones (1635), mais il semble avoir en vue particulièrement VOEnanthe crocata, quand il dit : (( Cailles bicubitales spargit e radice, multiparta in pares bnlbos et quasi qrachiata nullius fibrae vincuto interventu, continuas, teneros, gustu acres et ingratos, succo lacteo primum, deinde flavescenle, viroso et exulcerante prœgnantes.)) Malgré les propriéte's toxiques qu'il reconnaît à celte plante, il n'hésite pas cependant à en recommander l'emploi dans l'épilepsie, les affections vésicales, etc. « Tantominiis epilepticis, analepticis atque vertiginosis propinabis, quos eximia quadam prcerogativa magnopere j avant radiées... quacalculum e renibus, muciim e vesica dissipare atque exdudere millier cidas... »
Watson, en 1747, rapporte que les habitants de Pembroke se servent des racines et des feuilles de l'œnanthe bouillie, en cataplasme sur les panaris et les ulcères. Mason, Bell, etc., ont recommandé l'œnanthe contre la gale, la lèpre et l'ichthyose, et même contre le cancer (Bell). Pultncy prétend avoir employé avec succès le suc de la plante pris cà l'intérieur dans une espèce de gale lépreuse où tous les autres traitements avaient échoué; il conseille d'extraire le suc au printemps et de l'administrer ensuite, tout en prenant des précautions à cause des propriétés toxiques de l'œnanthe. De plus on lit dans les Observations sur la physique (Introduct. , II, 502) qu'un individu atteint de lèpre, à qui on avait conseillé le suc de berle [Sium latifolium L.), prit celui de l'œnanthe safranée et en éprouva des accidents sérieux; mais, ayant persisté à en faire usage, il guérit, quoique sa maladie eût résisté à tout autre moyen.
VOEnanthe fistulosa ou Persil des marais a été particulièrement préconisé contre l'épilepsie par Tabernaemontanus, contre les scrofules par Senncrt, contre l'asthme par divers auteurs. Paulli en a fait un remède excellent contre la leucorrhée, Mercatus contrôla dysenterie; une foule de compilateurs, la prenant pour l'œnanthe des anciens auteurs, ont exalté ses vertus lithontriptiques, ocytociques, etc. ^
De nos jours, les œnanthes ne sont plus d'aucun usage médical. Il n'y a guère que les paysans et les empiriques de certaines contrées, Bretagne, Anjou, Corse, Angleterre, Irlande, etc., qui les emploient habituellement contre les hémorrhoïdes, les panaris, la gale, etc. D'après Will. Pickels, les classes pauvres de l'Ecosse et de l'Irlande font bouillir les feuilles et les racines et les appliquent sous forme de cataplasmes sur toutes sortes de tumeurs, sur les hémorihoïdes. même sur les abcès chauds ; on leur attribue dans ces pays une action calmante et résolutive.
Un seul point mérite de nous arrêter, c'est l'emploi de l'œnanthe safranée contre les hémorrhoïdes externes; Cormcrais et Pihan-Dufeillay ont surtout observé cette pratique aux environs de Nantes. Les racines écrasées sont appliquées sur la tumeur hémorrhoïdale ; il en résulte fréquemment une éruption très-vive à la marge de l'anus et sur les fesses, avec une sensation violente de cuisson et des démangeaisons parfois insupportables ; la tumeur disparaît quelquefois à la suite de cette inflammation substitutive, de cette révulsion énergique; dans d'autres cas l'inflammation devient tellement violente qu'elle constitue un véritable danger, sans compter les souffrances atroces qui l'accompagnent.
L'emploi de l'eau qu'on a fait simplement bouillir avec la racine, en fomenta-
* D'api'ès Popliam, VŒnanthe inebrians du Cap sert, chez les Holtentots, à préparer des boissons enivrantes.
422 ŒNANTllE (action thérapeutique).
lions sur la tumeur hémorrhoïdale, n'offre peut-être pas les mêmes inconvénients.
Le suc de l'œnanthe ne doit du reste être manié qu'avec précaution; l'homme chargé de râper la racine pour les expériences de Cormerais et Pihan-Dufeillay eut en effet une éruption ortiée couvrant les mains et les bras et accompagnée de douleurs lancinantes, du gonflement delà face, delà fièvre, etc.; cette éruption dura quinze jours et exigea l'application de sangsues, l'usage desémoUients, etc.
En résumé, l'œnanthe possède des propriétés Irès-énergiques, bien connues par leur action malfaisante sur l'organisme, mais à peine étudiées au point de vue thérapeutique. La médecine ne pourrait-elle utiliser au moins l'action révulsive intense delà racine ou plutôt du suc résinerix qu'elle renferme?
En effet, la résine constituant l'élément actif de l'œnanthe, c'est à elle surtout qu'il faudrait s'adresser dans l'emploi médical qu'on voudrait faire de cette plante. « Ne serait-on pas fondé, dit M. Bloc, à en proposer une dissolution alcoolique pour produire sur la peau une rubéfaction énergique et durable, dans les cas oiî l'on ne voudrait pas déterniiner de phlyctènes, ou dans ceux où il serait nécessaire de rappeler à la peau une affection dartreuse ou psorique, dont la disparition et la métastase des organes internes causent si souvent des accidents mortels? Quelques frictions faites sous la surveillance d'un médecin suftiraient pour produire un résultat que peu de topiques irritants ont le pouvoir d'amener, surtout dans les substances [végétales ; en un mot, ce serait un véritable succédané, à effets moins énergiques, de l'huile de croton tiglium. »
Pour l'emploi à l'intérieur de la solution alcoolique de la résine d'œnanthe ou du suc frais de la plante, si jamais cette substance dangereuse devait entrer dans la thérapeutique, les plus grandes précautions seraient nécessaires; l'alcoolalure résineuse n'a point encore été essayée au point de vue des doses, mais il ne faudrait pas dépasser 40 à 50 gouttes par jour; quant au suc frais, on ferait bien de suivre le conseil de Mérat et De Lens et ne pas dépasser 20 à 50 gouttes par jour, en plusieurs doses, dans un véhicule approprié.
Quant à la fécule, comme il est très-difficile de la débarrasser de toute la résine qu'elle contient, on ne pourrait essayer de s'en servir qu'après l'avoir fait longtemps macérer dans l'alcool froid et concentré, et l'avoir derechef soumise à de nombreux lavages.
Avant de passer à l'étude des effets toxiques de l'œnanthe , nous ferons connaître quelques-uns des résultats obtenus par l'analyse chimique.
Composition chimique. Plusieurs analyses de ces plantes, en particulier de l'œnanthe safranée, ont été tentées par divers auteurs, par Vacher, Cormerais et Pihan-Dufeillay, Vincent, Gayet, Bloc, etc. D'après Cormerais et Pihan-Dufeillay, la racine à'Œnanthe crocata contient :
1° Une huile concrète;
2° Une huile volatile, d'odeur vireuse;
3° De la fécule, en grande quantité;
4" De Valhumine végétale;
5° De la matière cireuse;
6° Du malate neutre de magnésie, très-abondant;
7° Du malate acide de chaux, également abondant ;
8° Des sulfates de chaux et de "potasse ;
9" Des chlorures de calcium et de potassium ;
10° De la gomme;
H" De la mannite;
ŒNANTHE (toxicologie). -425
12" Du sucre incristallisahle, en assez grande quantité;
15" De la résine, d'odeur très-vireuse en même temps qu'aromatique, e^ semblable à celle de la carotte ; de saveur acre ; c'est probablement à celte résine que l'œnanthe doit ses propriétés vénéneuses ;
14° De la matière colorante jaune, neutre aux réactifs;
15° De V acide pectique abondant,;
16° Du ligneux.
M. Vincent a fait l'analyse qtiantitative de la même racine et est arrivé aux résultats suivants :
Eau 71,300
Fécule 9,620
Parenchyme, maiière libreuse 16,400
Matière résinoïde 0,144
Huile volatile 0,006
Matière extratlive 2,100
Perte 0,430
Les produits de l'incinération se composent de phosphates, de carbonates, de sulfates à base de chaux et de potasse, etc. M. Vincent n'a pas réussi à isoler Valcaloïde de l'œnanthe, pas plus que Christison avant lui et M. Gayet et M. Bloc après lui.
M. Bloc a, eu outre, analysé la tige, les feuilles et les fleurs; il affirme n'avoir trouvé que dans la racine le suc gommo-résineux jaune, qui renferme le principe toxique; d'après les expériences tentées par lui sur les animaux, c'est en effet la racine seule qui occasionne des accidents mortels.
§ III. Toxicoiog;ie. L'action toxique de l'oenanthe était connue déjà des anciens; Pline la signale : « Usos nanique in acetariis, dit-il, nihil factuni fuisse propius quam ut interirent; alios qui évitassent veriicjine tenebricosa palantes, mitantes, attonitos, inque gyrum versantes se vidisse aiunt; » en d'auti'es termes, les uns meurent, les autres éprouvent des vertiges, après avoir fait usage de cette plante.
Linné, dans sa Flore de Laponie, parle de bestiaux qui succombèrent après avoir mangé de l'œnanthe à Tornéa, près du cercle polaire; Wepfer a vu survenir des phénomènes spasmodiques chez des personnes qui en avaient ingéré ; Grantz et Boerhaave vont jusqu'à dire : « Solo gustu mors hominibus. » Roubieu rapporte, d'après Bonamy, que 5 hommes, en fauchant un pré, prirent des racines d'œnanthe et en mangèrent : 2 d'entre eux périrent; le troisième, traité par l'émétique, vomit les fragments qu'il avait avalés, mais il lui resta longtemps un tremblement nerveux. Les auteurs mentionnent un grand nombre d'autres exemples d'empoisonnement par cette plante, arrivés en France, en Corse, en Hollande, en Angleterre ^ etc., se rapportant presque toujours à l'œnanthe safranée. Galtier signale un cas de suicide au moyen de cette plante.
Cependant l'œnanthe fistuleuse n'est guère moins vénéneuse ; Wilmet dit que sur 17 soldats qui, au rapport de Vacher, en mangèrent, 3 périrent, et les autres ne durent leur salut qu'à l'emploi de l'émétique; on cite de même l'exemple de o6 militaires, tous empoisonnés par la même plante, et qui furent sauvés par l'émétique, à l'exception d'un seul [Ane. Journ. de méd.y t. X, 1758).
* D'après Christison l'œnanthe safranée serait absolument inoffensive en Ecosse.
424 ŒNaINTUE (toxicologie).
On a fait en ou Irediverses expériences sur les animaux, principalement avec l'œnanthe safranée. Cormerais et Pihan-Dufeillay ont remarque que 50 centigrammes de résine d'œnanthe, donnés à un lapin, l'ont rendu malade pendant vingt heures sans le faire périr; 60 centigrammes de la même résine ont fait vomir un chien et lui ont produit des déjections, des anxiétés inexprimables, sans déterminer la mort toutefois. A des doses plus élevées, on voit survenir des accidents mortels.
Dans ses expériences, Gayet a en effet vu mourir un chien adulte de moyenne taille, après l'ingeslion de 60 centigrammes de résine, obtenue en traitant la r-ésine d'œnanthe par Téther. Bloc n'a pas donné plus de 40 gouttes d'alcoolature de résine d'œnanthe, dose non mortelle; mais la mort eut lieu après l'ingestion de 20 gouttes de suc frais chez un chien âgé de dix mois environ; la même dose fit périr un chien adulte d'un an.
Nous n'insisterons pas davantage sur ces expériences du reste peu nombreuses; on les trouvera relatées en détail dans l'intéressant mémoire de M. Bloc, ainsi que la plupart des observations connues dans la science sur l'empoisonnement \)nr l'œnanthe.
Les effets toxiques de cette plante sur l'organisme, parfuitement connus de nos jours, ont été bien décrits pour la première fois par Lemery {Dict. des drogues simples, p. 058) : « C'est, dit-il, un poison mortel, si l'on a eu le malheur d'en avaler; il cause dans le ventricule une ardeur très-douloureuse, il fait tomber dans de fortes convulsions qui renversent les yeux, qui ôtent le sentiment, qui resserrent les mâchoires. Il excite des hoquets fréquents, des envies et des efforts inutiles pour vomir, des hémorrhagies par les oreilles, des contractions, une tension considérable vers la région de l'estomac... » On voit que Lemery a nettement reconnu déjà les deux éléments principaux du mode d'action de l'œnanthe, qui en font à la fois un poison convulsivant et un irritant gastroinlestinal.
La plupart des auteurs qui se sont occupés de cet agent toxique, Stalpart van der Wiel, Crantz, Boerhaavc, Watson, Roubieu, Charles, Vincent, Orlila, etc., l'ont rangé parmi les poisons narcotico-âcres. Voici comment s'exprime Orfila, à son sujet : « Les accidents produits chez l'homme par la racine de VOEnanthe crocata nous permettent d'établir : 1" qu'elle doit être rangée parmi les substances vénéneuses narcotico-âcres ; 2" qu'elle détermine le plus souvent les symptômes suivants, introduite dans l'estomac : chaleur vive au gosier et à la région épigastrique, cardialgie, diarrhée, somnolence, vertige, aliénation d'esprit, convulsions violentes, état spasmodique très-marqué des muscles de la mâchoire; la peau se couvre quelquefois de taches rosées, de figures irrégulières et qui s'élargissent successivement ; 3" qu'elle développe une inflammation plus ou moins vive dans les organes avec lesquels elle a été mise en contact ; A" que ses effets délétères paraissent dépendre de son action sur le système nerveux ».
De celte description, de même que de celle donnée par Lemery, il résulte que l'œnanthe détermine des symptômes et des lésions appartenant à la fois aux narcotico-âcres et aux stupéfiants ou tétaniques. C'est ce caractère spécial qui a fait ranger l'œnanthe par M. Bloc parmi les poisons narcotico-âcres avec prédominance d'un agent tétanique ou stupéfiant. Nous devons en outre remarquer que l'action de l'œnanthe se rapproche beaucoup de celle de la ciguë vireuse {voy. Ciguë, p. 259), à tel point que la confusion est quelquefois possible.
Nous allons exposer en détail, d'après M. Bloc, auquel nous avons déjà fait
ŒNANTHE (toxicologie). 455
de larges emprunts, les principaux symptômes et lésions qui caractérisent l'empoisonnement par l'œnantlie.
Symptômes. Les elfets du poison se montrent plus ou moins vite après son introduction dans l'organisme ; l'invasion varie entre quelques minutes et une heure sans jamais dépasser cette unité. Les symptômes peuvent se diviser en généraux et en locaux.
a. Symptômes locaux. Quelque temps après l'ingestion du poison, on voit apparaître aux mains, à la face, aux membres, des taches rosées d'abord, puis devenant rouge foncé, offrant l'aspect des piqûres produites par l'ortie commune. Au bout d'un à deux jours, l'éruption décroît et est remplacée par une desquamation furfuracée. Cette éruption peut gagner tout le corps; elle est précédée et s'accompagne d'un prurit fort désagréable. Parfois s'y ajoute une inflammation du derme avec engorgement des ganglions, cl bientôt se produit un phlegmon qui se termine soit par résolution, soit par suppuration.
b. Symptômes généraux^ l'' Système nerveux. Au début, frissons, borripilation, perte de connaissance, amnésie, secousses brusques, intermittentes. Cris aigus, délire plus ou moins prolongé, stupeur, vertiges, mouvements convulsifs des muscles de la face, des mâchoires, des membres; parfois oplslhotonos; trismus intense, impossibilité de desserrer les mâciioires, dilatation de la pupille, défaillance, parfois convulsions horribles suivies d'un état d'insensibilité général et de la mort. Hallucinations rares.
2° Tube digestif. Sensation acre, mordicante, de brûlure à la langue, à la bouche, à l'arrière-gorge ; sensation de constriction du pharynx. Ecume sanguinolente au nez, à la bouche. Langue projetée et presque toujours mordue. Cuisson aiguë s'étendant de l'œsophage à l'estomac et aux intestins; la moindre pression est douloureuse à l'épigastre et à l'abdomen. Nausées, vomituritions suivies ou non d'eifet; la matière des vomissements renferme des fragments de racine, présentant une odeur vireuse sui generis, qui rappelle l'odeur du céleri grillé. Appétit nul. Constipation rebelle ou évacuations alvines souvent répétées.
3° Organes circulatoires et respiratoires. Battements du cœur irréguliers, pouls petit, serré, filiforme. Respiration courte saccadée, à intervalles éloignés, de temps en temps expiration brusque pour chasser des mucosités sanguinolentes.
4° Sécrétion. Sueur froide et visqueuse au début , puis sécheresse de la peau. Souvent rétention d'urine; le malade n'urine que fort peu à la fois.
M. Bloc a dressé un tableau des principaux symptômes observés chez les individus empoisonnés. Sur une moyenne de 124 cas, on a observé :
Délire 45 fois
Convulsions ... 42
Stupeur 7t —
Trismus 65 - -
Coma 17 —
Vertiges 27 —
Vomissements spontanés 52 —
Vomituritions sans effet, nausées,
hoquet, elc 57 fois.
Morsure de la langue 57 —
Perte de la mémoire 17 —
Hémorrhagies passives 7 —
Cardialgie 11 —
Inflammation de la bouche, du gosier, etc iô —
Éruption 19 —
En résumé, les symptômes les plus saillants sont la stupeur, le délire, le trismus et la morsure de la langue.
Diagnostic. La seule affection qui par ses symptômes présente une analogie
426 ŒNANTHE (toxicologie).
sérieuse avec l'empoisonnement pai' l'œnanthe, c'est l'épilepsie ; mais lescommémoratifs d'une part, les nausées et les vomissements des substances ingérées et l'odeur vireuse de ces dernières de l'autre, dissiperont le doute, sans compter que les accidents dus à l'empoisonnement ont une durée fort longue, dépassant plus de huit heures et pouvant même persister durant des jours et des semaines; dans un cas le malade resta plus de quinze heures dans l'assoupissement le plus profond. La persistance du trismus même après les accès est également un signe de grande valeur.
Proxostic. Le pronostic est fort grave, car, sur J24 individus empoisonnés dont M. Bloc a rapporté l'histoire, 55 succombèrent.
Akatomie pathologique. Nous copions ce chapitre textuellement dans le mémoire de M. Bloc :
a. Hahitus extérieur. Rigidité cadavérique très-prononcée; mains fléchies fortement; pouce appliqué avec force contre la paume de la main; face livide, parfois injectée, mais plus rarement; pupilles largement dilatées; coloration rougeàtre du corps, prononcée surtout aux parties déclives. Ce dernier signe est un phénomène cadavérique ; nous ne le rapportons qu'à cause de sa présence continuelle chez les individus qui ont succombé à l'empoisonnement. Scrotum, pénis, livides. Abdomen tendu et ballonné.
I. Appareil digestif. Trismus très-difficile à surmonter (signe constant).
b. Cavité buccale. Muqueuse labiale rouge, avec des taches ecchymotiques variant du rose vif au noir gangreneux ; écume sanguinolente au nez et à la bouche; voile du palais, piliers, arrière-gorge, rouges, injectés et portant aussi des taches brunes, présence presque toutes les fois d'un mucus glaireux et fdant. Langue : mordue à sa pointe. Cette lésion existe toujours. Papilles de la base de la langue turgescen tes, vascularisées. Gencives rouges, teintées de couleur pourpre.
c. Œsophage. Rien à l'extérieur. Coloration rouge vineux à l'intérieur; mucus filant ; taches rouges et brunes.
d. Estomac. Ici les lésions varient ; lorsque la mort est survenue très-rapidement, on ne trouve absolument rien à l'estomac ; il a son aspect ordinaire, mais c'est l'exception. Le plus souvent il offre une teinte rouge plus ou moins foncée; la muqueuse est mamelonnée, ses follicules sont saillants et tuméfiés. Les ouvertures pylorique et cardiaque sont le siège d'une coloration rouge trèsvif; la muqueuse en est soulevée, œdématiée, et peut être enlevée avec le dos d'un scalpel. On observe, lorsque l'individu a été longtemps malade, du ramollissement des parois de l'estomac et la présence de larges taches ecchymotiques pouvant aller jusqu'à la perforation. L'estomac est le plus souvent vide, parfois il renferme des débris de racine ou un suc jaune, laiteux, ou de couleur gris sale, dans lequel, au microscope, on peut retrouver les gouttelettes du suc gommo-résineux ou les grains de fécule du poison. Il est parfois ballonné, et le gaz qu'il contient a l'odeur caractéristique de céleri grillé qui fait connaître l'œnanthe.
e. Intestins. Gros intestin. Vaisseaux injectés, larges taches ecchymotiques, ballonnés, le plus souvent vides. Intestins grêles injectés, renfermant presque toujours les débris digérés du poison sous l'apparence d'une matière jaunâtre dans le jéjunum, et plus brune vei^s l'iléon.
f. Foie. Normal.
g. Vésicule. Flasque, le plus souvent vide, h. Rate. Rien de particulier à signaler.
ŒNANTHE (toxicologie). ■427.
i. Pancréas. Rien de particulier à signaler.
j. Reins. Injection prononcée de la couche corticale du rein ; fort peu d'urine dans les bassinets.
IL Appareil d'innervation. Epanchement de sérosité sanguinolente, parfois de sang, à l'ouverture de la boîte crânienne et à l'incision des méninges. Les veines de la pie-mère sont distendues, fortement arborisées au niveau des circonvolutions; foyers apoplectiques dans la masse cérébrale. Elle est fortement injectée, piquetée. La protubérance annulaire, la moelle allongée, les pédoncules cérébraux et cérébelleux, sont enflammés et présentent, surtout les derniers, un certain degré de ramollissement, Epanchement séreux dans le tissu cellulaire sous-arachnoïdien, aux cavités ventriculaires et à la base du cerveau. Les sinus de la dure-mère sont distendus par du sang. Moelle épiiiière. Les enveloppes sont fortement injectées; les sinus vertébraux sont remplis de sang mou et fluide. Substance médullaire rouge et congestionnée.
III. Appareil circulatoire. 1. Cœur. Volume normal, parfois epanchement séreux dû à de la péricardite. Le cœur droit est toujours gorgé de sang noir et renferme des caillots fibrineux. Le cœur gauche est le plus souvent exsangue. Il existe aussi des taches brunes aux parois intérieures des deux cœurs.
m. Gros vaisseaux renfermant du sang noir très-fluide.