I. INSESSORES
1«' Ordre : Psittaci {Psittacidœ ou Perroquets propremeut dits, et Strigopidœ ou Perroquets nocturnes de la faune australe).
2= Ordre ; Accipitres (Vulturidœ ou Vautours, Gijpogeranidœ ou Secrétaires, Falconidœ ou Rapaces proprement dits, Strigidœ ou Chouettes).
3* Ordre : Passeres. Première tribu : Yolucres {Caprimulgidœ ou Engoulevents, Cypselidœ ou Martinets, Trochilidœ ou Oiseaux-Mouches, Phytotomidœ ou Phytotomes, Coliidœ ou Colious, Musophagidœ ou Touracos, Upupidœ ou Huppes, Bucerotidœ ou Calaos, Rhamphastidœ ou Toucans, Leptommidœ ou Leptosomes, Cucididœ ou Coucous proprement dits, Picidœ ou Pics, Bucconidce ou Barbus asiatiques et africains, Capitonidœ ou Barbus ume'ricains, Trogonidœ ou Couroucous, Galhulidœ ou Jacamars, Alcedinidœ ou Martins- Pècheurs, Meropidce ou Guêpiers, Prionitidce ou Momots , Coracûdœ ou Rolliers, Eurylaimidœ ou Eurylaimes, Cotingidœ ou Cotingas, Todidœ ou Todiers, Myiotheridce ou Fourmiliers, Dendrocolaptidœ ou Picucules, Anabatidœ ou Fourniers). — 2* Tribu : Oscines (TI/eHî/nrfce ou Lyres, Maluridœ ou Timalies, Certhiidœ ou Grimpereaux, Paridœ ou Me'sanges, ra/ifl^nV/oe ou Tangaras, i/rntf/iJœ ou Alouettes, Motacillidœ ou Lavandières, Cinclidœ ou Cincles, Pittidœ ou Brèves, Turdidœ ou Merles et Becs-fins, Muscicapidœ ou Gobe-Mouches, Ampelidœ ou Jaseurs, Hirundinidce ou Hirondelles, Artamidce ou Langrayens, Oriolidœ ou Loriots, Edoliidœ ou Drongos, Laniidœ ou Pies-Grièches, Garrulidœ ou Geais, Corvidœ ou Corbeaux, Meliphagidœ ou Méliphages, Cœrebidce ou Guitguits, Promeropidœ ou Sucriers, Irrisoridœ ou Moqueurs, Jîyn'machidœ ouEpimaques, Pa/Y«/Jsg«V/fe ou Paradisiers, Slurnidœ ou Étourneaux, Icteridœ ou Troupiales, Ploceidœ ou Tisserins, Fringillidœ ou Moineaux).
4^ Ordre : Inepti [Dididœ ou Drontes).
5^ Ordre : Columb^. l"^^ Tribu : Pleiodi {DiduncuUdœ ou Diduncules). — 2° Tribu : Gyrantes [Treronidœ ou Turverts et Carpophages, Columhidœ ou Pigeons proprement dits, Calœnadidœ ou Pigeons de Nicobar, Gowrirffe ou Gouras.
6" Ordre : Herodiones. l'" Tribu : Grues (Gruidœ ou Grues, Psophiidœ ou Agamis, Sariamidœ ou Cariamas, Aramidœ ou Aramides). — 2^ Tribu : Cico- NiiE {Ciconiidœ ou Cigognes, Ardeidœ ou Hérons, Cancromidœ ou Savacous, Scopidœ ou Ombrettes, Eiirypygidœ ou Petits Paons des roses. — 5* Tribu : Hygrobat^ {Phœnicopteridœ ou Flammants, Plataleidce ou Spatules, Tantalidœ ou Tantales).
7'' Ordre : Gavi^e. !''« Tribu : Totipalmes {Pelecanidœ ou Pélicans, Tachypetidœ ou Frégates, Phalacrocoracidœ ou Cormorans, P/o</f/ce ou Anhingas, ffeliornithidœ ou Grebifoulques, Phaetonidœ ou Paille en queue). — 2'' Tribu : Longipennes {Procellaridœ ou Pétrels, Laridœ ou Mouettes)...
Ici s'arrête la série d'oiseaux qui se trouve exposée dans le Conspectus aviiim, la mort ayant empêché le prince Ch. Bonaparte de terminer ce grand travail ; mais en recourant aux publications antérieures de ce savant ornithologiste il est facile d'indiquer l'ordre qu'il aurait suivi dans la dernière partie de son œuvre. Après le 7^ Ordre de Gaviœ seraient venus successivement :
8" Ordre : Ptilopteri ou Impejnnes [Spheniscidce ou Gorfous).
n. PRJICOCES.
le» Ordre {Z" de la série) : Gallin^. \'^ Tribu : Passereacx {Mesitidœ ou
Mésitcs, Megapodlidce ou Mégapodes, lîolhtlidae ou Roulrouls, Numididœ ou Pintades). — 2^ Tribu : Gallinacejî ou Gallinacés proprement dits {Meleaqridœ ou Dindons, Cracidœ ou IIoccos, Penelopidœ ou Pénclopes, Pavonidœ ou Paons, Phasianidœ ou Faisans, Thinocoridœ ou Thinocores, Pleroclidœ ou GangAs,Tetraonuhe ou Tctras, Perdicidœ ou Perdrix, Crypturidœ ou Tiiiamous).
2" Ordre (10" de la série) : Gram^. l"' Tribu : Cursores {Otidœ ou Outardes, Cliaradriidœ ou Pluviers, Glareolidœ ou Glaréoles, Hœmatapodidœ ou Iluîlriers, Recurvirostridœ ou Avocettes, Phalaropodidœ ou Plialaropes, Scolopacidœ on Bécasses). — 2'° Tribu : Alectohides {Parridœ ou Jacanas, Rallidœ ou Râles).
5* Ordre (11'' de la série) : Anseres ou Natatores {Anatidœ ou Canards, Mergldœ oullarles).
4" Ordre (12" de la série) : Struthiones ou Rudipennes (Struthionidœ ou Autruches, DinornUhldœ ou Moas, Apterygidœ ou Aptéryx).
Dans le système proposé par le prince Ch. Bonaparte les alfinités naturelles de certaines familles ornitliologiques se trouvaient beaucoup mieux respectées que dans k clussiticatiou de G. Cuvier ; la distinction entre les Altrices et les Prœcoces et la création particulière d'un ordre des Struthiones constituaient déjà à elles seules de grands progrès ; mais, lorsqu'il groupait ainsi les oiseaux, le prince Bonaparte, comme la plupart de ses devanciers et comme quelques-uns de ses successeurs, obéissait à une sorte d'intuition; il ne s'occupait pour ainsi dire que de l'extérieur de l'oiseau qu'il connaissait admirablement et laissait en grande partie hors de considération les détails de la charpente osseuse. Cependant dès 1815 de Blainville, pénétré du principe que les classifications zoologiijues doivent s'appuyer sur des caractères tirés de l'anatomie, avait recherché s'il n'existerait pas, dans l'appareil sternal des oiseaux et dans ses annexes, des modifications de structure dont on pourrait tirer parti pour établir un certain nombre de familles naturelles ; mais il n'avait pas tardé à renoncer à cette tentative. Toutefois il avait engagé un autre naturaliste, M. Lherminier, à marcher dans cette voie, et en 1827 ce dernier savant publiait dans les Mémoires de la Société Unnéenne de Par'is ses recherches sur l'appareil sternal des oiseaux. Dans ce travail l'auteur arrivait à cette conclusion que d'après la conformation de leur sternum les oiseaux se divisent naturellement en deux grandes catégories : les Autruches et les Casoars d'une part, et tous les représentants de la classe des oiseaux d'autre part : ainsi se trouvait vérifiée l'opinion exprimée précédemment par Merrem, qui avait partagé les oiseaux en Aves carinatœ et Aves ratilœ. Ces résultats si intéressants, dont G. Cuvier ne tint cependant aucun compte dans la deuxième édition du Règne animal, furent reproduits plus tard et appuyés sur de nouvelles observations par M. Lherminier qui publia, en 1856, un deuxième mémoire sur les caractères que l'on peut tirer du sternum des oiseaux ; enfin ils furent contrôlés par M. le professeur E. Blanchard qui fit, en 1858, une étude comparative non-seulement (lu sternum, mais encore d'autres parties du squelette chez un grand nombre d'oiseaux.
M. Blanchard répartit les oiseaux en deux groupes d'ordre supérieur : les Tropidosterniens correspondant aux Aves carinatœ de Merrem, c'est-à-dire aux oiseaux ordinaires, et les Homalosterniens correspondant aux Aves ralitce, c'est-à-dire aux Autruches, aux Casoars, aux Aptéryx, que l'on désigne parfois
aussi sous le nom d'Oiseaux coureurs. Il reconnut que les Balbuzards ou Pandionea s'écartaient à plusieurs égards des Falconiens ou Rapaces typiques, tandis que les Caracaras {Polyborus) s'en rapprochaient beaucoup plus que des Vautours, avec lesquels on les rangeait d'ordinaire. Il signala les particularités si remarquables de l'organisation du Serpentaire, ce Rapace à pattes d'Echassier; il distingua les Gypaètes des Aigles et des Vautours européens, et il montra que les Vautours américains différaient considérablement de ceux de nos contrées. Après avoir défini les groupes des Strigidés ou Chouettes et des Psittacidés ou Perroquets, il crut devoir restreindre sensiblement le groupe des Passereaux eu retirant les Martinets, les Engoulevents, les Colious, les Rolliers, les Colibris, les Huppes, les Guêpiers, les Momots, les Martins-Pêcheurs et les Calaos. Il fit voir que, comme le prince Ch. Bonaparte l'avait pressenti avec sa justesse de coup d'œil habituelle, les Martinets n'ont aucun rapport avec les Hirondelles, auxquelles ils ressemblent extérieurement, mais qu'ils comptent parmi leurs proches parents les Engoulevents et les Oiseaux-Mouches. M. Blanchard assigna aux Huppes une place tout à fait à part, et considéra également les Martins-Pêcheurs comme conslituant un groupe distinct. Il reconnut certains points de contact, sous le rapport de la structure du sternum, entre ces Martins-Pêcheurs et les Todiers, qui à leur tour se relient aux Jacamars et aux Barbus. Les Pics, tout en formant un groupe naturel, lui parurent d'une part offrir quelque analogie avec les Barbus et les Toucans, de l'autre pouvoir être subdivisés en trois types secondaires : Pics, Torcols et Picumnes. Enfin les Touracos ou Musophages, les Couroucous, les Rolliers, les Coucous, les Calaos, furent rangés par M. Blanchard dans cinq groupes dont les trois premiers sont bien circonscrits, tandis que les deux derniers se touchent par certains côtés.
En 1867, M. Thomas Huxley, le célèbre professeur etanatomiste anglais, proposa à son tour une classification toute nouvelle fondée principalement sur l'étude des os de la tête, et fit ressortir les affinités que les Oiseaux présentent avec les Reptiles. On ne peut, dit-il, considérer cependant les Oiseaux comme des Reptiles modifiés, et on doit plutôt admettre que ces deux types de Vertébrés sont issus d'un même type anceslral. Ils ont conservé un certain nombre de caractères communs qui les distinguent des Mammifères : ainsi leur corps n'est jamais recouvert de poils, les centres de leurs vertèbres sont dépourvus d'épiphyses, leur crâne n'a qu'un seul condyle occipital, leur mandibule inférieure est suspendue au crâne sur un os carré et peut être décomposée en quatre ou même six pièces primitives, leur cerveau manque de corps calleux, leur cœur est souvent surmonté de deux arcs aortiqucs, et, quand il ne subsiste qu'un seul arc, c'est toujours celui de droite, leur sang renferme des corpuscules ovales et nucléoles, les cavités de leur thorax et de leur abdomen ne sont jamais séparées par un diaphragme complet; chez eux, l'allantoïde, qui est très-vasculaire et très-développée, enveloppe l'embryon, mais ne porte pas de villosités qui établissent avec la mère des connexions placentaires; enfin il n'y a jamais de tissus de glandes mammaires.
M. Huxley propose donc de réunir dans un groupe primaire les Oiseaux et les Reptiles sous le nom de SAUROPSioiE. Puis il assigne aux Oiseaux, pour les différencier des Reptiles, les caractères suivants : les Oiseaux, dit-il, ont le corps revêtu de plumes, c'est-à-dire d'appendices épidermiques développés dans des capsules du derme; quelques-unes de leurs premières vertèbres ont leui's centres
DICT. EMC. 2« s. XIV. 4:5
pourvus de surfaces articulaires cylindroïdes; les vertèbres dont les trous intervertébraux sont traversés par les racines du plexus sacré ne sont jamais munies comme chez les Reptiles actuels d'appendices co>tiforraes ; toutes les côtes sternales s'attachent à la portion élargie du steriuim située immédiatement audessous des articulations coi acoïdiennes ; les ischions ne se soudent jamais en une symphyse médiane, et sont, de même que les pubis, dirigés en arrière, parallèlement à la colonne vertébrale; une partie du tarse s'unit au deuxième, troisième et quatrième métatarsien pour constituer un canon ou tarso-métatarsien ; le métatarsien du pouce est toujours plus court que celui des autres doigts; les Oiseaux ont d'ailleurs le sang chaud, une valvule musculnire dans le ventricule droit, une seule crosse aortique et des organes respiratoires modifiés d'une façon remarquable.
Dans la classe des Oiseaux, ainsi caractérisée, M. Huxley reconnaît trois sous-classes : les Saurcr^, les Ratitj; et les Carinat^.
I. Les Saurur^ ont des métacarpiens bien développés et distincts les uns des autres ; ils possèdent des vertèbres caudales si grandes et si nombreuses que la portion de la colonne vertébrale afférente à la queue est plus longue que la portion afférente au corps, tandis que, chez tous les autres oiseaux, la queue est toujours i)lus courte que le corps. Ce groupe remarquable a pour type une espèce lossiie, V Archéoptéryx, et ne compte plus un seul représentant dans la nature actuelle.
II. Les Ratitj;, groupe établi antérieurement par Merrem en faveur des Struthioniens des anciens auteurs, présentent les particularités suivantes : leur sternum n'a point de bréchet, leur omoplate point d'acromion, leur coracoïdien point de processus claviculaire ; les extrémités postérieures des palatins et les extrémités antérieures des ptérygoïdiens sont très-incomplètes, la tète supérieure de l'os carré n'est pas divisée en deux facettes distinctes; les plumes ont des barbes lâches, séparées et décomposées, le larynx inférieur manque, mais il existe des rudiments de diaphragme.
Parmi ces Ratitœ, on peut distinguer cinq types principaux : 1" Strtithio ou Autruche d'Afrique ; 2" Wiea ou Nandous d'Amérique ; 3° Casuarius et Dromaius ouCasoars et Emeu de la Papouasie et de l'Australie; 4° Dinornis ou Struthioniens gigantesques et actuellement éteints, qui vivaient autrefois à la Nouvelle-Zélande; 5° Aptéryx ou Struthioniens de petite taille qui se trouvent encore dans la même contrée.
III. Les Carinat^e de Merrem comprennent tous les oiseaux de la faune contemporaine qui ne sont pas des Struthioniens. Ils ont le sternum caréné, l'omoplate munie d'un acromion et dessinant un angle plus ou moins obtus avec le coracoïdien du même côté, et la clavicule plus ou moins forte, mais toujoms distincte.
D'après la disposition des os qui entrent dans la constitution du palais, M. Huxley subdivise cet ordre des Carinalce en quatre ordres : Droméognathes, Schizognathes, Desmognathes et ^githognathes.
Le premier ordre ne comprend que les Tinamous, oiseaux américains que l'on a souvent mis parmi les Gallinacés, mais qui, tout en ayant le sternum caréné, ressemblent aux Struthioniens et particulièrement aux Emeus par la structure de leur vomer et de leurs maxillo-palatins.
Le deuxième ordre, celui des Schizognathes , correspond à une partie
des Gallinacés, des Échassiers et des Palmipèdes de G. Cuvier. M. Huxley leur assigne comme caractères communs : un vomer toujours terminé en pointe en avant et embrassant en arrière le rostre basisphéiioïdal, entre les palatins; des maxillo-palalins allongés et lamelleux, passant au-dessus des processus antérieurs des palatins, auxquels ils se rattachent, et se recouri)ant ensuite en arrière, le long du bord interne des palatins, de manière à laisser une fente plus ou moins large entre eux et le vomer, auquel ils ne sont jamais réunis.
Parmi ces Schizognathes (de cr)(iKu, je fends, et -/vâQoç, mâchoire), M. Huxley distingue six groupes ;
1° Les Charadriomorphœ (Pluviers, Bécasses, Bécasseaux, Chevaliers, Échasses, Avocettes, etc.);
2° Les Geranomorphœ (Grues, etc.);
3" Les Cecomorphœ (Mouettes, Sternes, Puffms, Plongeons, etc.); 4" Les Sheniscomorphœ (Pingouins, Sphénisques, etc.); 5° Les Atectoromorpliœ (Cailles, Faisans, Gangas, Mégapodes et Hoccos) ; 6» Les Peristeromorphœ ou Pigeons.
Les Desmognathes (de h(7u.6;, lien, et 7vâ9oç) renferment une partie des Échassiers et des Pcdmipèdes de G. Cuvier, plus les Rapaces, les Grimpeurs, tous les Passereaux syndactyles et la plupart des Passereaux fissirostres du même auteur. Ils ont le vomer rudimenlaire ou complètement atrophié, les maxillo-palatins soudés directement sur la ligne médiane ou réunis indirectement par l'ossification du septum nasal. Hs se partagent en sept groupes, savoir :
1° Les Chenomorphœ (Oies et Canards) ; 2" Les Amphimorphœ (Flammants) ;
5° Les Pelargomorphce (Cigognes, Hérons, Ibis et Spatules) ; 4° Les Dysporomorphœ , répondant aux Stéganopodes d'Illiger (Pélicans, Fous, Frégates, etc.);
5" Les Aetomorphœ ou Rapaces (Aigles, Vautours, Faucons, Sarcorhamphes, Chouettes, etc.) ;
6° Les Psiltacomorphœ ou Perroquets ;
7° Les Coccygomorphœ, que M. Huxley subdivise de nouveau en quatre groupes secondaires, de la manière suivante :
a. Premier doigt dirigé en avant, comme les autres : Coliidae (Colious).
b. Premier doigt dirigé accidentellement ou constamment en arrière, de même que le premier doigt [Coccygomorphœ proprement dits) : Musophagidœ (Musophages) ; Cuculidœ (Coucous) ; Rucconidœ (Barbus) ; Rhamphastidce (Toucans) ; Capitonidœ (Barbus américains); Galbulidœ (Jacamars).
c. Deuxième, troisième et quatrième doigts dirigés en avant, premier doigt dirigé en arrière : Alcedinidce (Martins-Pècheurs) ; Rucerotidœ (Calaos) ; Upupidœ (Huppes) ; Meropidœ (Guêpiers) ; Momotidœ (Momots) ; Coraciadœ (Bol-
liers).
d. Premier et deuxième doigts dirigés constamment en arrière, troisième et quatrième doigts dirigés en avant : Troyonidœ (Couroucous).
Sous le nom de Celeormorphce, M. Huxley mentionne ensuite la famille des Picidés (Pics et Torcols), à laquelle il ne sait trop, dit-il, quelle place assigner dans sa classification. Ces oiseaux en effet s'éloignent des Desmognathes, mais ils offrent une structure plus siniple, plus dégradée que les iEgithognathes. En
résumé, M. Huxley paitût disposé à les rattacher plutôt à ce dernier ordre, en constatant chez eux certaines tendances vers les Coccygomorphœ.
Les autres .Egithognathes (de aî^iSo; et yvâeo;) ont le vomer large, tronqué en avant et fendu profondément en arrière, de manière à embrasser le reste du sphénoïde, les palatins prolongés aux angles postéro-externes, les niaxillo-palatins grêles à l'origine et s'étendant obliquement en dedans et en arrière, pardessus les palatins, pour se terminer par deux extrémités élargies qui restent indépendantes l'une de l'autre et ne s'unissent pas davantage au vomer. En outre, chez IcSiEgifhognalhes, la portion antérieure duseptum nasal est fréquemment ossifiée. Cet ordre est subdivisé par M. Huxley en :
1° Cypselomorphœ ( Trochilidés ou Oiseaux-Mouches, Cypselidés ou Martinets et Caprimulgidés ou Engoulevents).
2" Coracomorphœ, correspondant à la majeure partie des Passereaux de Linné et de Guvier et à la totalité des Yolucres de Sundwall.
Telle est en résumé la classilication qui a été proposée par M. Huxley et qui a été adoptée par un grand nombre d'ornithologistes et spécialement par les ornithologistes anglais. Cette méthode est en effet beaucoup plus rationnelle que celles qui étaient employées précédemment, puisqu'elle s'appuie non plus sur des caractères extérieurs, mais sur des particularités de la structure intime de l'oiseau. Mais j)ar cela même elle est souvent d'une application moins facile que les classifications anciennes. En effet, supposons qu'il s'agisse d'assigner une place à une espèce d'oiseau récemment découverte, et dont on ne possède que la dépouille : le naturaliste chargé de ce soin pourra se trouver singulièrement embarrassé, car il n'aura pas la possibilité de reconnaître positivement par l'examen des os du palais à quel groupe secondaire appartient l'espèce qu'il a sous les yeux. En d'autres termes, pour classer une espèce d'après la méthode de M. Huxley, il est nécessaire d'avoir entre les mains des spécimens frais et en chair, et de pouvoir en faire la dissection. Peut-être aussi dans certains cas M. Huxley, en se servant un peu trop exclusivement des caractèi'es tirés de la structure du palais, a-t-il été conduit à faire des rapprochements forcés, qui sont démentis par d'ai\tres parties du squelette.
Pour remédier à ces divers inconvénients, quelques ornithologistes ont essayé de modifier légèrement la classification précitée en combinant certains traits tirés de l'aspect extérieur ou des mœurs de l'oiseau avec des caractères tirés de la conformation de la charpente osseuse ; d'autres naturalistes au contraire ont cru devoir conserver la plupart des groupes principaux délimités par G. Cuvier, en en modifiant la distribution intérieure, en éloignant l'une et l'autre des familles qui avaient été indûment rapprochées, en réunissant d'autres familles dont les affinités avaient été méconnues. C'est, par exemple, ce qu'a fait M. G. R. Gray dans son Catalogue général des Oiseaux {Uandlist of Birds), publié il y a une dizaine d'années. Mais il faut bien avouer que jusqu'ici, en dépit de tous les efforts qui ont été faits dans ce sens, on ne possède pas encore une classification des oiseaux qui soit d'un usage pratique, tout en reposant sur des caractères d'une valeur incontestable. E. Ocstalet.
BiBLioonAPHiE. — G. GoviER. leçons cVanatomie comparée, 1800-1803. — Tiedemann. ^na/omie luid Naturgeschichte der Vôgel. Heidelberg, 1810-14. — Pander. Bellrâge ziir Entwickelungsgescltic/ite des IJuhnchcns im Eie. Wurzburg, 1817. — Barkow. Anatomisch-physiologische Vnlersuchungcn. In MeckeVs Arcliiv, 1829-1830. — Owen. Art. Aves in Cijclopœdia of Aiwlomij, t. I, Londres, 1835. — C.-E. von Baer. Enlwickelungsgeschichte der Thiere, 182'.l-lb'3!) — EniiL, EnluickcIvngxgc^cUichte des Mcnscheti und des IJiikiichcns im Eie.
Leipzig, '1845-46. — H. STnAcss-DoncKEiM. Traite d'unalomie comparative, 1845. — Sappev. Recherckes sur l'appareil respiratoire des oiseaux, 1847. — Remak. Untersuchungen ûber die Entwickelung der Wirbelthiere. Berlin, 1850-55. — Jobert. Études d'analomie comparée sur les organes du toucher chez divers Mammifères, Oiseaux, Poissons et Insectes, 1872. — KôLLiKER. Entwickelungsgeschichte des Menschen und des hôhern Thiere. Leipzig, 1876.— FoRSTERet Balfoir. Eléments d'embryologie. Paris, 1877, t. I. — H. Milne Edwakds. Leçons sur l'anatomie et la physiologie, 1880.
P. Belox. Histoire naturelle des oiseaux, 1553. — Drisson. Ornithologie, 1770. — Buffos. Histoire naturelle, Oiseaux, 1749-1789. — Linné. Sijstema naturœ, 1766, et éd. Gmeliii, 1788. — G. CuviER. Bègne animal, {'■= éd., 1817 ; 2« éd., 1829. — Merhem. Tentamen stjslematis naturalis avium. In Abhandlungen der kôniglichen Akademie der Wissenschaften zu Berlin, 1816, t. IV. — Lesson. Manuel d'omilliologie, 1828, et Traité d'ornithologie, 1831. BoxNATERRE el Vieillot. Ornithologie. In Encyclopédie méthodique. — J. Sundwall. Ornithologiskt System. In Kongl. Velensk. Akad. Handlingar, 1835. — Lhermimer. Rec/ierckes sur la marche de l'ossification dans le sternum des oiseaux. In Annales des sciences naturelles, 1830, t. VI. — Cil. Bonaparte. Conspectus avium, 1850-1857; Conspectus systematis ornithologiœ, 1854, — E. Blanchard. Caractères ostéologiques des oiseaux. In Ann. des se. nat., 1859, 4° série, t. XI. — Huxley. On the Classification of Birds. In Proceedings of the Zoological Society, 1867. — A. Milne Edwards. Recherches anatomiques et paléontologiques pour servir à l'histoire des oiseaux fossiles de la France, 1867. — 0. des Murs. Traite général d'oologie. Paris, 1800. — Thienemann. Fortplanzungsgeschichte der gesammten Yôgel.
— ScHLEGEL. Musée des Pays-Bas, 1860-1873. — G. R. Gray. Handlist of Birds, 1869-1871.
— Sclater et Salvin. Nomenclalor avium neofropicalium. — J. Cabams. Journal fiir Ornithologie, 1853-1880. — Sclater et Newtov. The Ibis, a Magazine of General Ornithology, 1859- 1880. — GiEBEL. Thésaurus ornithologiœ, 1872-1875, etc., etc. E. 0.
A. Oiseaux de proie. Comme nous avons eu l'occasion de le rappeler dans l'article précédent {voy. le mot Oiseaux), la classification ornitliologique établie par G. Guvier dans son Règne animal a subi, dans le cours de ces dernières années, de nombreux remaniements ; mais au milieu de tous ces changements les limites du groupe des Qiseaux de proie n'ont pas été sensiblement altérées. Un grand nombre d'espèces nouvelles sont venues, il est vrai, prendre place dans cette subdivision qui, à l'heure actuelle, ne comprend pas moins de 580 espèces, mais ces formes, pour la plupart, ont pu être rapportées à des familles ou à des genres précédemment établis, et les seules modifications réellement importantes que l'on ait à citer, c'est d'une part la distinction des Balbuzards et des Aigles pêcheurs , de l'autre la séparation nette entre les Vautours américains et les Vautours européens.
Les Oiseaux de proie, qu'on appelle aussi les Rapaces ou les Accipitres, diffèrent souvent beaucoup les uns des autres par l'aspect extérieur, mais présentent au fond une remarquable uniformité de type.
Chez tous les représentants de cet ordre, le crâne est faiblement développé d'avant en arrière, mais fortement dilaté dans le sens transversal, et le sinciput est très-élevé au-dessus de la région occipitale. La boîte osseuse s'arrondit postérieurement, et sa largeur en arrière des yeux est encore accrue par le prolongement du bord de l'orbite. Celle-ci est fort grande et séparée de sa congénère par une cloison en majeure partie ossifiée. L'espace inlerorbitaii'e est large et aplati et les os lacrymaux sont très-développés. Le bec est très-robuste, mais la mandibule supérieure est tantôt soudée assez intimement au crâne, tantôt articulée à la région frontale par une sorte de charnière transversale. Les fosses nasales sont ovalaires ou arrondies, dirigées dans le sens de l'axe du bec, ou bien inclinées ou même verticales; parfois aussi elles communiquent larc'ement entre elles. Le sternum est large, surtout dans sa partie inférieure, qui est limitée d'ordinaire par un bord entier, droit ou arrondi, mais qui présente quelquefois, au-dessus de ce bord, une paire de fenêtres latérales. L'os
furculaire est souvent très-élargi et affecte la forme d'un U à branches trèsécai tées. Les coracoïdiens sont trapus et i emarquables par leur force ; l'humérus, le'gèrement tordu sur lui-même, est pourvu d'une crête saillante pour l'insertion du muscle grand pectoral, et se montre d'autant plus développé dans le sens de l'axe que l'oiseau est meilleur voilier. Il en est de même du radius et du cubitus. Quant aux métacarpiens, ils sont séparés l'un de l'autre par un espace considérable.
Le bassiu ressemble un peu à celui des Échassiers, mais il est long, étroit, fortement déclive en arrière et très-élevé au niveau du bord supérieur des cavités cotyloïdes. La portion postcotyloïdiennc est toujours moins longue que la portion antérieure et les gouttières vertébrales sont complètement ou presque complètement couvertes par une expansion osseuse qui naît des os iliaques. Le fémur est épais, mais percé vers le haut d'un grand trou pneumatique ; il est fortement arqué en avant et recourbé en arrière à son extrémité inlerieure. Le tibia se dislingue assez facilement de celui des autres oiseaux, mais il est néanmoins sujet à d'assez grandes variations d'un groupe de Rapaces à un autre groupe : il est robuste et légèrement arqué chez les Aigles, court et large chez les Milans, etc. Chez les Rapaces diurnes, il présente toujours, au-dessus des condyles inférieurs, un pont osseux situé en travers de la gouttière dans laquelle glisse le tendon de l'extenseur des doigts ; parfois même, comme chez les Faucons, ce pont se rattache à un autre pont situé du côté interne, tandis que chez les Rapaces nocturnes, chez les Chouettes, par exemple, la gouttière tendineuse est à découvert. Eufin le tarso-métatarsien ou os canon est presque toujours notablement plus court que le tibia; mais chez les Spizaètes il s'allonge considérablement. Chez les Rapaces diurnes typiques, tels que les Faucons, le corps de l'os est en outie légèrement rétréci et la crête interne du talon occupe presque toute la ligne médiane et se continue, sur la face postérieure, par une crête qui se dirige obliquement du côté du pouce. La face antérieure du canon est creusée d'une large gouttière pour l'extenseur commun des doigts, et parfois, comme chez les Balbuzards et les Chouettes, cette gouttière est recouverte d'un pont osseux. Notons encore que les extrémités inférieures des poulies digitales arrivent tantôt à peu près au même niveau, tantôt à des hauteurs inégales, et que parfois la poulie externe est rejetée fortement sur le côté et un peu en arrière.
Par leur aspect extérieur, les Rapaces ne sont pas moins faciles à reconnaître. Ils ont le bec court, robuste, épais à la base, fortement recourbé en dessus, la portion terminale de l'aiête supérieure, de ce qu'on appelle le ciilmen, tombant verticalement. Les pattes sont robustes et se terminent par des doigts souples et nerveux, par des serres armées d'ongles prismatiques, recourbés, pointus et susceptibles d'être ramenés contre la face inférieure des doigts. L'ongle du pouce est presque toujours plus fort et plus recourbé que les autres.
Parmi les Rapaces, les uns ont la face épanouie, aplatie en une sorte de disque, les yeux dirigés presque antérieurement par suite de la disposition des fosses orbitaires, le plumage toulfu, duveteux et doux au toucher, les narines légèrement cachées sous des soies roides, et le doigt externe un peu réversible. Ce sont les Striges ou Rapaces noctdrkes.
D'autres n'ont point de disque facial, leur plumage est compacte; leurs yeux sont latéraux et leurs narines généralement à découvert. Ce sont les Accipitres proprement dits ou Rapaces diurnes.
Les Rapaces diurnes peuvent être immédiatement subdivisés en trois groupes tertiaires comprenant, le premier le Secrétaire, le second les Condors et les Cathartes, le troisième enfin tout le reste des Rapaces diurnes.
Chez le Secrétaire, ce grand oiseau qui a les allures d'un Écliassier et qui a été mis longtemps à côté des Hérons et des Cigognes, l'os du pied, tout en acquérant une longueur beaucoup plus considérable que chez les autres Rapaces, conserve néanmoins les caiactères propres aux Oiseaux de ce dernier groupe, tandis que le sternum rappelle celui des Échassiers et en particulier celui des Cigognes. Ce bouclier osseux est en effet fortement bombé transversalement et pourvu d'un bréchet tressaillant qui se prolonge, comme chez les Sarcorhamphes, jusqu'au bord postérieur, au lieu de se terminer, comme chez les autres Rapaces, à une faible distance de ce bord. Les côtés du sternum, après être restés parallèles sur une grande longueur, dessinent une sinuosité, puis se rapprochent brusquement, de sorte que le bouclier se termine en arrière par une pointe assez aiguë ; enfin la surface est marquée de lignes saillantes qui vont du point d'attache de l'os coracoïdien au tiers supérieur du bréchet et qui limitent l'espace peu considérable réservé au muscle pectoral profond. Nous ne nous étendrons pas davantage sur le Secrétaire, auquel une petite notice particulière est d'ailleurs consacrée {voy. le mot Secrétaire), mais nous dematiderons la permission de faire ici une correction à cet article spécial. Il résulte en effet de ce que nous venons de dire que le Secrétaire ne peut pas rentrer dans la famille des Vulturidés, comme l'avaient cru MM. Chenu, Verreaux et des Murs, et comme nous l'avions nous-même indiqué, et qu'il ne peut pas davantage être rangé parmi les Falconidés, comme M. Sharpe l'avait pensé. Cet oiseau si étrange doit certainement devenir le type d'un groupe primaire des Accipitres. Quant aux affinités qu'il semblait avoir avec les Caracaras, elles sont décidément tout extérieures. D'après des observations récentes, les Caracaras paraissent se rapprocher beaucoup plus des vrais Faucons que des Vautours, et les Cariaraas qui, par leur extérieur, ressemt>lent beaucoup au Secrétaire, doivent trèsprobalilcment être maintenus parmi les Echassiers, d'où M. Sharpe avait cru devoir les retirer.
Presque toujours dans les classifications ornithologiques les Sarcorhamphes (Condors et Cathartes) ont été considérés comme une simple subdivision, une sous-famille des Vulturidés, chez laquelle les narines communiquent largement entre elles et ne sont jamais séparées par une cloison osseuse comme chez les Vautours de l'Ancien Monde. Mais ce caractère n'est pas le seul qui distingue les Sarcorhamphes. Le tarso-métatarsien est construit sur un plan spécial ; il est comprimé d'avant en arrière et creusé vers le haut d'une large gouttière bordée par deux lèvres également saillantes; en outre le talon, qui, chez les autres Rapaces, chez les Balbuzards, les Aigles, les Gypaètes, etc., présente des crêtes très-accusées, n'offre ici qu'une saillie peu considérable. Le tibia n'est pas moins remarquable; il est comprimé à son extrémité inférieure, et le condyle externe est plus large que le condyle interne, dont il est séparé par une gorge assez étroite. Mais c'e^;t surtout le sternum qui offre des particularités dignes d'attention. Ce bouclier osseux qui, chez les Aigles, est fortement bombé, est aplati chez les Sarcorhamphes, et à sa surface deux lignes saillantes, partant des angles latéraux et supérieurs, descendent en convergeant vers l'extrémité du bréchet. Ces ligues limitent l'insertion du muscle pectoral profond auquel est ainsi réservé, à la surface du sternum, plus d'espace qu'au
V7 luiiirv ij A.,
muscle grand pectoral. Le bréchet qui, chez les Aigles, chez les Gypaètes et même chez les Vautours de l'Ancien Continent, ne s'étend pas sur toute la longueur du sternum, arrive ici jusqu'au bord postérieur qui est entouré de chaque côté par une ou deux échancrures. Enfin il y a aussi dans la tète osseuse certains traits qui méritent d'être signalés : ainsi les branches de la mâchoire inférieure sont Irès-rapprochées postérieurement et les trous nasaux sont dirigés longitudinalement comme chez les Gallinacés.
Chez les Vautours de l'Ancien Continent, comme chez les Sarcorhamphes, la tête est généralement dénudée ou couverte seulement d'ime sorte de duvet, mais les narines sont séparées, comme chez les Aigles et les Faucons, par une cloison verticale. Le bec et les serres sont faibles et ne peuvent guère, malgré leurs dimensions, être considérés comme des armes offensives. L'os du pied est court et très-élargi, mais n'offre pas de saillies aussi proéminentes que chez les Aquilidés et les Falconidés ; le tibia est à peu près conformé comme chez ces derniers oiseaux, mais présente toutefois une gorge intercondylienne plus large ; le sternum au contraire est de forme toute particulière ; il est fortement bombé et très-allongé ; sa crêle médiane, peu saillante, n'atteint pas le bord postérieur qui n'est pas échancré, mais simplement surmonté de deux fenêtres ovalaires.
On voit par là que, si les Sarcorhamphes méritent à tous égards d'être placés dans un groupe tertiaire égal par la valeur à celui qui a été créé pour le Secrétaire ou à celui qui renferme tous les autres Rapaces, les Vautours de l'Ancien Monde ont seulement le droit de constituer une famille ou une tribu placée à côté des Aigles et des Faucons, et dans le même groupe tertiaire. En d'autres termes, les Sarcorhamphes sont des Accipilres aberrants, les Vautours de l'Ancien Monde des Accipitres vrais. Ces réserves faites et la confusion nous paraissant désormais impossible, nous ne voyons aucun inconvénient à donner sous la rubrique Vautour (voy. ce mot) des détails complémentaires sur les Sarcorhamplies et les Vautours proprement dits.
Par leur doigt externe un peu réversible, les Balbuzards ou Pandiones manifestent déjà certaines tendances vers les Rapaces nocturnes. Ils ont d'ailleurs le tarso-métalarsien court et trapu comme celui des Chouettes et chez eux la gouttière où passe l'extenseur commun des doigts vient s'engager sous un pont osseux très-l;irge et très-arqué, caractère qu'on ne retrouve chez aucun autre Rapace diurne, mais qui existe chez les Rapaces nocturnes, tels que le Grand- Duc, le Harfang, etc. Les crêtes du talon se réunissent en outre, sur la face postérieure, de manière à clore complètement la gouttière tendineuse. Toutefois M. A. Milne Edwards a fait remarquer que les Buses Bondrées manifestent déjà une tendance vers cette forme. Les trochées digitales, très-rapprochées et recourbées au bord postérieur, ressemblent beaucoup à celles des Oiseaux de proie nocturnes. Le tibia, qui fournit en général de très-bons caractères sur la classification des oiseaux, montre aussi diverses particularités de structure : les deux condyles qui le terminent inférieurement sont en effet séparés par une gorge beaucoup plus profonde que chez tous les autres Rapaces diurnes ; mais on trouve d'ailleurs, comme chez ceux-ci, un pont jeté en travers de la gouttière tendineuse, pont qui fait constamment défaut chez les Rapaces nocturnes.
Dans la conformation de leur sternum, les Balbuzards ne présentent pas à beaucoup près des caractères aussi tranchés : ils se rapprochent même à cet égard des Buses Bondrées, mais les particularités qu'ils offrent dans la structure
de leur membre postérieur suffisent largement pour leur assigner une place à part dans le groupe des Accipitres vrais. Dans la nature actuelle, ces Balbuzards ne comptent qu'un seul genre, le genre Pandion, et même probablement qu'une seule espèce, le Balbuzard fluviatile (Pandion haliœtus), car le Balbuzard à tète blanche {Pandion leucocephalus Gould) mérite tout au plus d'être considéré comme une race. Si l'on réunit ces deux formes, on peut dire que le Balbuzard est un oiseau cosmopolite. 11 se tient dans le voisinage des étangs et des rivières et se nourrit de poissons qu'il pêche avec beaucoup d'adresse.
Après avoir retranché encore des Accipitres proprement dits les Balbuzards pour les mettre dans un groupe à part, il reste une série d'oiseaux qui se ressemblent beaucoup par la structure intime, mais qui peuvent être reportés, pour la commodité de l'étude, en un certain nombre de groupes moins importants établis sur des caractères extérieurs et sur des différences de mœurs. Ces familles peuvent être désignées sous les noms de : 1" Falconidés; 2" Polijhoridés ; o" Milvidés ; 4» Circidés; 5° Polyboroïdidés ; Q" Asturidés ; 1° Bnteonidés ; 8° Thrasaétidés ; 9° Circaétidés; 10" Aquilidés ; 11° Gypaétidés ei 12" ViiUuridés.
Deux petits articles étant déjà consacrés aux Falconidés [voy. les mots Faucon et Falconidés), nous passerons rapidement sur cette première famille dont tous les représentants se reconnaissent facilement à leurs ailes pointues, à leur bec court, brusquement cou'bé et muni d'une ou même de deux dents de chaque côté de la mandibule supérieure, et à leurs pattes robustes terminées par des serres puissantes. A côté du genre Falco proprement dit ayant pour type le Faucon pèlerin se placent dans ce groupe les genres Hierofalco (Gerfauts), Cerchneis (Cresserelles), Hieracidea (Faucons australiens), Harpagus (Faucons diodons), Poliohierax et Microhierax (Faucons nains).
Les Polyboridés (Caracaras et Ibycter) ont été pendant longtemps réunis aux Vulturidés, non-seulement parce qu'ils ont quelque chose de la physionomie des Vautours avec leurs joues dénudées, leur bec assez allongé, quoique trèsépais, mais encore et surtout parce que, comme les Vautours, ils se repaissent de cadavres. Cependant par l'examen du squelette on n'a pas tardé à se convaincre que ces oiseaux se rapprochent plus du type falconin que du type Yulturin. Ils ont d'ailleurs presque toujours, comme les Faucons, les narines arrondies et même pourvues d'un tubercule central, mais leurs ailes sont assez coui'tes, leur mandibule supéiùeure est simplement festonnée, sans dents latérales, leurs pattes sont élevées et médiocrement robustes, et leurs doigts antérieurs sont réunis deux à deux à la base par une petite membrane, tandis que chez les Faucons le doigt externe seul est rattaché au doigt médian. Dans cette famille se rangent les deux genres Polyborus (Caracaras) et Ibycter (Chimachimas et Chimangos), qui ont pour patrie toute l'Amérique du Sud, l'Amérique Centrale et la portion méridionale de l'Amérique du Nord.
Les Milvidés (Milans et Buses Bondrées) ont les ailes allongées, la queue grande et généralement fourchue, le bec dépourvu de dents latérales, les tarses courts, garnis de scutelles en dessus et terminés par des doigts plus faibles et moins lon<Ts que ceux des Faucons. La conformation de certaines pièces de leur squelette est en rapport avec le développement que présentent leurs organes de vol : ainsi le sternum est, chez les Milans, plus largement étalé dans sa portion inférieure que chez les Faucons, le bréchet constitue une carène très-saillante, les coracoidiens sont trapus, la fourchette largement ouverte en forme d'U, à
branches aplaties, l'humérus est très-allongé, moins cependant que le radius et le cubitus, qui atteignent des dimensions considérables, la main elle-même est très-effilée et les deux métacarpiens soudés par leurs extrémités égalent près de la moitié de la longueur de l'avant-bras. Le bassin en revanche et les membres inférieurs sont plus faibles que chez les Falconidés ; la tète osseuse est plus allongée, non-seulement dans sa portion faciale, mais encore dans sa portion cràHienne, l'espace interorbitaire est plus étroit, les fentes nasales sont plus allongées, etc.
Le genre Milvus (Milan), qui est répandu sur tout l'Ancien Continent et en Australie, est représenté dans notre pays par deux espèces, le Milan noir et le Milan royal [Milvvs citer Gm. et M. regalis Roux). Moins bien armés que les Faucons, les Milans sont aussi moins courageux; ils ne s'attaquent qu'à des animaux de petite taille, ou vivent en parasites aux dépens d'autres Rapaces. Souvent même ils se contentent de détritus animaux qu'ils vont chercher jusque dans les rues des villes avec une rare impudence. Les Élanoïdes du Brésil, de la Colombie et des États-Unis (genre Élanoïdes), les Nauclers {Nauclerus) du nord-est de l'Afiique, les Élanions [Elanus),(\u.i sont à peu près cosmopolites, les Gampsonyx qui vivent aux Antilles, à la Guyane et au Brésil, et qui présentent relativement aux Milans la même infériorité de taille que les Mlcrohierax par rapport aux Faucons, les Haliautours (Haliastur)\de la région indoaustralienne, les Iclinies {Ictinia) américaines, appartiennent à la même famille que les Milans. Il faut sans doute aussi classer parmi les Milvidés les Bazas {Baza ou Lophota^) qui habitent l'Inde, la Malaisie, la Papouasie, l'Australie et une partie du continent africain, les Leptodons ou Becs-en-croc {Leptodon ou Cymindls) et les Rosthrames {Bosthramus) de l'Amérique centrale et méridionale, les Lophoictinies [Lophoictinia) et les Gypoictinies {Gypoictinia) d'Australie, les Buses Hondrées {Pernis), qui ont cependant les ailes plus courtes que les Milans, la queue moins développée et coupée carrément à l'extrémité, les narines ouvertes en fente linéaire, enfin les Machoerhamphes, dont le bec est largement fendu comme celui d'un Engoulevent, mais dont la charpente osseuse présente des caractères empruntés soit aux Milans, soit aux Bondrées. Le genre Machœrhamphus se trouve à Madagascar, sur certains points du continent africain et dans la presqu'île de Malacca, tandis que le genre Pernis est répandu sur tout l'Ancien Continent et représenté dans notre pays par une espèce, la Bondrée apivore (Pernis apivorus L.), qui se nourrit principalement d'insectes hyménoptères, de reptiles et de petits rongeurs.
Les Circidés (Busards) ont le bec faible et court, avec la mandibule supérieure simplement festonnée mais recourbée dès la base, la cire très-ample, les narines en partie cachées sous des poils roides, les tarses longs et grêles, les doigts bien moins développés que ceux des Falconidés, mais armés d'ongles aigus, les ailes et la queue relativement assez longues, et la face souvent entourée par un cercle de petites plumes frisées dessinant une sorte de disque analogue à celui des Rapaces nocturnes. La tête osseuse des Circidés est aussi beaucoup plus allongée que celle des Falconidés, dans sa portion crânienne aussi bien que dans sa portion faciale, l'espace inteiorbitaire est plus étroit, les os lacrymaux sont notablement pins grêles, les vertèbres dorsales moins solidement unies, le sternum est un peu échancré au milieu du bord postérieur, les coracoïdiens sont courts, la fourchette est très-évasée, le radius et le cubitus sont beaucoup moins longs que chez les Milans et à peu près égaux à l'humérus ; le bassin,
étroit en avant, s'élargit beaucoup en arrière des fosses iliaques, qui sont trèsreculées, le fémur est long et mince, le tibia encore plus grêle, le tarso-métatarsien comprimé, creusé sur la face postérieure d'une gouttière à lèvres trèssaillantes, mais muni seulement de crêtes calcanéennes faibles, les doigts longs et eftilés.
Les Busards sont répandus sur presque toute la surface du globe ; ils manquent toutefois dans l'extrême nord de l'Europe, de l'Asie et de l'Amérique, et dans plusieurs îles de l'Océanie. Ils recherclient les endroits plats et marécageux et font la chasse aux petits mammifères, aux oiseaux, aux reptiles et aux insectes. Le genre Busard proprement dit {Cirais) est représenté chez nous par plusieurs espèces : le Busard Saint-Martin (Circus cyaneus L.)» le Busard Montagu {Circus Montagui V.),le Busard liarpaye {Circus œrugiiwsus L.).
Dans la famille des Circiclés doivent rentrer encore les Melierax ou Autourschanteurs, et les Vrotriorchis du continent africain, les Erythrocnema et les Geranospizias des contrées chaudes du Nouveau Monde, et probablement aussi les Micrastur ou Autours nains de la même région, qui manifestent cependant déjà certaines tendances vers la famille des Asturidés.
En revanche le genre Polyboroides, dont tous les représentants se rencontrent en Afrique et à Madagascar, et présentent, dans leur aspect extérieur, certaines analogies avec les Melierax, doit probablement être classé dans une famille à part, celle des Polyboroïdidés. MM. Milne Edwards et Grandidier ont reconnu en effet que ces oiseaux, tout en se plaçant dans le voisinage des Busards, possèdent un assez grand nombre de caractères distinctifs, et n'ont pas d'affinités réelles soit avec le Secrétaire, dont ils ont été rapprochés par ua certain nombre d'auteurs, soit avec les Caracaras ou Polyborus, comme leur nom tendrait à le faire supposer. La tête osseuse des Polyboroïdes est trèsallongée, avec une portion postorbitaire très-développée, des os lacrymaux singulièrement petits, beaucoup p'us petits que chez les Circiens, où ils sont déjà bien moins gros que chez les Aigles, les Faucons, les Buses. Chez le Secrétaire les mêmes os lacrymaux acquièrent au contraire des dimensions considérables. L'espace interorbitaire est, chez les Polyboroïdes, plus étroit que chez les Busards ; le cou est un peu plus allongé et composé de quatorze vertèbres au lieu de treize comme chez les Circidés, les Asturidés et la plupart des Oiseaux de proie ; mais les six vertèbres dorsales sont libres comme chez les Busards, au lieu d'être soudées comme chez les Faucons; les apophyses récurrentes des côtes sont grêles; le sternum offre des dimensions médiocres, mais il est fortement bombé, arrondi au bord supérieur, e\c;ivé au bord postérieur, au-dessus duquel on ne dislingue pas de fenêtres, et le bréchet est faiblement proéminent. Le bras étant de même longueur (relative) que chez les Circidés, l'avant-bras et la main sont plus courts, les métacarpiens plus épais. Le bassin ressemble à celui d'un Aigle, le fémur est très-pneumatique et est plus allongé que dans la majorité des Oiseaux à longues pattes, le tibia beaucoup moins robuste que celui du Secrétaire, le tarso-métatarsien différent de celui de tous les Rapaces, et de largeur uniforme, avec les deux crêtes calcanéennes très-rapprochées et formant une gouttière profonde oij glisse le tendon des lléchisseurs des doigts. Ceux-ci sont de longueur inégale, et l'exlerne est bii^i plus court que l'interne.
Les Polyboroïdes, aussi bien ceux de l'espèce typique {Polyboroides typicus) que ceux de la variété malgache {P. var. madagascariensis) , se nourrissent de petits mammifères, de reptiles et d'oiseaux.
Les Autours et les Éperviers, qui constituent la famille des Âsturidés, ont le bec presque aussi court, mais plus robuste que celui des Busards, les narines ovales, les doigts souples et déliés, mais toujours puissants, les ailes médiocrement développées et recouvrant seulement, quand elles sont ployées, la moitié environ des pennes caudales, qui sont très-allongées.
Les Autours (genre Astur) ont des formes plus lourdes, des tarses plus épais, des doigts plus courts que les Éperviers (genre Âccipiter) : aussi peuvent-ils s'attaquer à des animaux de taille presque aussi forte que la leur. Dans les beaux temps de la fauconnerie des Autours, convenablement dressés, étaient employés pour cbasser les Pigeons ou les Perdrix, tandis que les Éperviers servaient à voler les Cailles et d'autres petits oiseaux. L'Autour des Pigeons [Aslur palumbarius L.) et l'Epervier vulgaire [Accipiter nisus L.) sont très-communs et se reproduisent cliaque année dans notre pays.
Les Buses ou Bntéonidés se recoiniaissent à leur tête volumineuse, à leur bec court, comprimé, largement fendu jusque sous les yeux, à leurs ailes n'atteignant pas ordinairement, quand elles sont ployées, l'extrémité de la queue, dont les pennes sont égales, arrondies et médiocrement allongées, à leur corps trapu, re[iosant sur des pattes courtes et robustes qui se terminent par des doigts assez épais et munis d'ongles crochus et acérés. Chez les Buses la mandibule supérieure est fortement recourbée et simplement festonnée sur les bords, les narines sont arrondies ou ovales et à découvert, et les tarses un peu emplumés au-dessous de leur articulation avec le tarse sont ordinairement couverts de larges scutelles dans leur portion inférieure.
La tête osseuse des Buléonidés est aussi large, mais un peu plus allongée que celle des Falconidés ; leur sternum, élargi vers le bas, n'est pas échancré au bord postérieur et présente généralement deux petites fenêtres ; le radius et le cubitus sont plus longs que le fémur, les métacarpiens assez grêles, le bassin étroit, le fémur relativement court, le tibia arrondi ; le canon offre, sur sa face postérieure, un sillon largement ouvert, mal délimité du côté interne, mais bordé du côté externe par \mn lèvre tranchante, et se termine par des poulies digitales disposées suivant un plan légèrement convexe, la poulie externe étant toujours plus courte que la médiane et surtout que l'interne. La phalange du pouce se fait remarquer par sa force extraordinaire ; ensuite vient, sous le rapport des dimensions, la phalange du doigt interne, la phalange médiane étant la plus grêle de toutes. Chez les Faucons, où les serres acquièrent cependant une grande force, il n'existe pas une semblable inégalité entre les doigts, et le pouce n'est guère plus robuste que le doigt médian.
La famille des Butéonidés comprend les genres Urospizias (Sharpe), Tachytriorchis (Kaup), Uelerospizias (Sharpe), Buleo (Guv.), Archihuteo (Brehm), Buteola (Bp.); Astiirina (V.); Busarellus (Lafr.); ButeogaUus (Less.), et même, suivant M. Sharpe, les genres Urubitiaga (Less.); Harpyhaliaetus (Lafr.); Morphnus (Cuv.) et Thrasaetus (V.).
Les genres Buteo et Archibuteo sont représentés dans notre pays par la Buse vulgaire {Buteo vulgaris Leach) et par la Buse paltue [Archibuteo lagopus Gm.), les autres sont exotiques, australiens ou américains. Parmi ces derniers le plus remarquable assurément est le genre Harpie, qui renferme une espèce de très-forte taille, aux serres formidables, la Harpie féroce [Thrasaetus harpyiah.), et qui se trouve dans une grande partie de l'Amérique méridionale. A ce groupe se rattachent d'assez près, non-seulement parla nature de leur plu-
mage, par l'existence d'une huppe en arrière de la tête et par la force de leurs pattes, mais encore par leur genre de vie, les Aigles huppés ou Spizaètes {Spizaetus), les Limnaètes {Limnaeius), les Loplioaètes {Lophoaetus) , les Aigles malais ou ISeopus et même les Aigles bottés {ISisaetus), en un mot, toute une série d'oiseaux qui, à l'exception des derniers, sont étrangers à la faune européenne. Aussi quelques auteurs ont-ils jugé préférable de réunir tous ces genres, ainsi que les genres Thrasaëtus, Morphnus et Ilarpyhaliaetus, dans une famille distincte de celle des Buses, famille qui portera le nom de Thrasaetidés.
L'Aigle Jean-le-Blanc {Circaetus gallicus Gm.) a été considéré à son tour, par M. Gurney, comme le type d'une petite famille, celle des Circaétidés, comprenant, outre les Circaètes {Circaetus Y.), les genres Eutriorchis (Sharpe), Dryotriorchis (Shelley), Spilornls (Cray), Butastur (Uodgs), Herpetotheres (V.) et Helotarsus (Smith). Le Jean-le-Blanc habite le pourtour du bassin méditerranéen et certaines parties de l'Europe occidentale et centrale. Il rappelle la Buse dans ses allures et se nourrit de petits mammifères, d'oiseaux et surtout de reptiles. L'Aigle Bateleur, type du genre Helolarsns, est un Rapace aux formes étranges, que l'on voit assez souvent dans nos ménageries, et qui est revêtu d'une livrée très-riche, noire, gris isabelle et rose vif; son corps trapu présente à peine en arrière un rudiment de queue : de là son nom scientifique d'i/e/otarsus ecaiidatus. Quant au nom vulgaire de Bateleur, il fait allusion à une habitude singulière de cet oiseau qui, en volant, se met parfois à exécuter des sortes de culbutes. Les Hélolarses habitent la plus grande partie du continent africain ; les Spilornis au contraire et les Butastur se trouvent dans la région indo-malaise, les Eutriochis à Madagascar et les Dryotriorchis dans l'Afrique équatoriale.
La famille des Aquilidés ou des Aigles renferme des Rapaces de grande taille, aux formes robustes, qui rappellent plutôt les Buses que les Faucons par l'ensemble de leurs caractères. Comme les Buses en effet, les Aigles ont le corps trapu, la tête grosse, bien emplumée, l'œil grand, mais enfoncé sous l'arcade sourcilière, la mandibule supérieure fortement recourbée, arrondie en dessus, festonnée sur les côtés et terminée en pointe aiguë, les narines ovales et transversales, les tarses épais, les doigts antérieurs assez courts. Le bec est toutefois un peu plus droit à la base que chez les Buses, et moins largement fendu, la commissure, l'angle de la bouche ne dépassant pas en arrière le bord postérieur de l'œil; les tarses sont emplumcs, à peu près comme dans le sous-genre ^/r/itbuteo (Buses patues), les ongles du pouce et du doigt interne sont plus longs que celui du doigt médian, qui est creusé en gouttière sur la face inférieure; enfin les ailes, quoique obtuses, atteignent, ou peu s'en faut, l'extrémité de la queue, lorsqu'elles sont ployées.
Les Aigles sont répandus sur toute la surface du globe, mais ils n'ont pas tous le même genre de vie : les uns se tiennent sur les crêtes les plus inaccessibles, d'autres fréquentent les rivages de la mer ou les bords des fleuves, d'autres aiment à planer au-dessus des steppes arides. Ils se répartissent naturellement en trois genres : Aquila ou Aigles ordinaires, Vroaetus ou Aigles à queue étagée et Haliaetus ou Aigles pêcheurs.
L'Aigle fauve ou Aigle royal (Aquila fulvaL.), dont l'Aigle doré {A. chrysaetos L.) constitue une simple race, l'Aigle criard [A. clanga Pall.) avec ses variétés {A. maculata, A. nœvia, A. hastata), l'Aigle impérial {A. imperialis
Bechst., A. heliaca Sav.) et sa forme dérivée {A. Adalberti Brehm), appartiennent au genre Aquila proprement dit ; l'Aigle à queue étagée d'Australie [A. audax Lath.), dont le bec épais rappelle celui des Pygargues, est le type du {lelit genre Uroaehis; enfin l'Aigle pêcheur d'Europe [A. albicUla L.), l'Aigle à tète blanclie des Etats-Unis {A. leucocephala L) el l'Aigle pélagien {A. pelagica L.), représentent dans nos contrées, dans l'Amérique du \ord et dans l'extrême Orient, le groupe des Pygargues ou Aigles pêcheurs {Haliaetus), qui se nourrissent de poissons, de mammifères marins el de palmipèdes.
Les Aigles sont doués d'une vue excellente, et le vulgaire, frappé de l'éclat et de la fixité de leurs yeux, leur a depuis longtemps attribué la faculté de pouvoir regarder le soleil en face. Cette croyance se trouve déjà mentionnée dans Pline, qui dit : « L'haliaëte, frappant sps petits encore dépourvus de plumes, les force de temps en temps à regarder le soleil ; s'il en voit un cligner ou larmoyer, il le précipite en bas de son aire, comme adultérin ou dégénéré, tandis qu'il élève celui dont l'œil reste fixe. »
Celte faculté merveilleuse, l'aigle la devait, suivant la croyance populaire, à la possession d'une certaine pierre nommée aétite. « La pierre d'aigle, écrivait encore Levret en 1766, est ordinairement de la grosseur d'un œuf de pigeon; elle a pour singularité d'eu renfermer une autre au dedans d'elle qui y ballotte comme une amande sèche dans sa coque.
« Portée suspendue au cou des lémraes, elle a pour vertu d'empêcher les fausses couches ; attachée à une de leurs cuisses, elle les fait accoucher promptcment. C'est cette pierre que tient dans ses serres l'aigle ; ce qui lui permet de regarder le soleil en face, sans cligner les yeux. »
Déjà, dans l'antiquité, Pline avait dit : « Les aétiles se tcouvent dans les nids d'aigles. On prétend qu'il y en a toujours deux, l'une mâle, l'autre femelle, que sans elles les espèces d'aigles dont nous avons parlé n'engendrent pas, et que, pour cette raison, il n'y a jamais que deux petits... Les aétites attachées aux femmes grosses ou aux femelles pleines, dans la peau d'animaux sacrifiés, empêchent les avortements. Il faut les laisser tout le temps de la grossesse, jusqu'au moment de la parturition ; autrement il y aurait procidence de la matrice; mais, si on ne les ôte à ce moment, l'enfantement ne se fait pas. »
Rappelons enfin, d'après M. E. Rolland, que dans le Tyrol certaines gens portent au cou une langue d'aigle , pour se garantir, dans l'ascension des montagnes, de la toux et de l'oppression.
Les Gypaètes ont souvint, mais bien à tort, été réunis aux Aigles : ils méritent par une foule de particularités d'organisation, par leur aspect extérieur et parleurs mœurs, de constituer, à côté des Aquilidés, une famille particulière, celle des Gypaétidés. Chez les Gypaètes, en effet, le bec est plus allongé que chez les Aigles, surtout dans la portion qui correspond à la cire et qui est cachée, de même que les narines, par des soies roides et couchées s'élendant au delà du milieu de la mandibule supérieure. Des soies analogues recouvrent une grande partie de l'autre mandibule et arrivent presque jusqu'à l'extrémité du crochet terminal du bec. Les narines, qui sont ainsi dissimulées sous des poils, sont ovales et dirigées obliquement. Les joues, le sommet de la tète et la gorge sont revêtus d'un duvet cotonneux assez semblable à celui qu'on observe chez les Vautours; mais, sur la partie postérieure de la tête et sur le cou, il y a des plumes lancéolées, comme chez les Aigles et les Pygargues. Les ailes sont grandes, plus aiguës que chez les Vautours, et la queue est étagée, comme
chez les Pygargues, mais un peu plus développée relativement ; enfin les tarses, courts et épais, sont emplumés dans la plus grande partie de leur longueur.
Ainsi, dans leur aspect extérieur, les Gypaètes participent à la fois de la physionomie des Aigles et de celle des Vautours. Dans leur structure intime ils oflrent aussi des caractères mixtes. Leur sternum en effet est beaucoup plus large que celui des Aigles, il est aussi plus fortement et plus régulièrement bombé; mais sa carène sternaie est épaisse, arrondie et émoussée vers le bout comme chez les Vautours, et toujours moins haute que chez les Aigles ; enfin le bord postérieur de ce bouclier osseux présente souvent, de chaque côté, une fenêtre ovale que nous retrouverons plus développée chez les Vautom-s européens; les os coracoïdiens sont moins puissants que chez les Aigles, et leur portion inférieure, celle qui s'attache au sternum, est aplatie largement comme chez les Vautours. Le tarso-mélatarsien d'autre part, aminci dans sa partie supérieure, comme cela a lieu dans les deux familles des Vulturidés et des Aquilidés, offre du côté interne un bord presque tranchant; mais il est muni de ciêles calcanéennes relativement peu développées.
La famille des Gypaélidés ne comprend qu'un seul genre, qui lui-même ne renferme que deux espèces, le Gypaète barbu {Gypaetiis barbatus L.), assez commun dans les Alpes et les Pyrénées, et désigné parfois sous le nom de Làmrnergeier on Vautour des Agneaux, et le Gypaète ossifrage [G. ossifrayus Riipp.), qui est confmé dans le nord-est et le sud de l'Afrique. Ces deux oiseaux, dont on a singulièrement exagéré la force et le courage, se nourrissent de petits mammifères, et même de chair morte et à demi putréfiée.
Après la famille des Gypaétidés, nous aurions à passer en revue celle des Vulturidés ou Vautours européens; mais, comme nous l'avons dit plus haut, nous renverrons, pour les détails relatifs à ce groupe, au. mot Vautour, et nous passerons immédiatement à l'étude des Rapaces nocturnes.
Nous avons déjà indiqué plus liaut les caractères principaux qui permettent de distinguer les Striges ou Itapaces nocturnes des Accipitres ou Rapaces diurnes. Ces Striges constituent un sous-ordre des plus naturels, dont les limites ont été parfaitement comprises par tous les auteurs : cependant il est nécessaire d'avouer qu'un de leurs genres, le genre Strigops, qui est confiné dans la Nouvelle-Zélande et qui est représenté par une seule espèce, Sti'igops habroptilus, offre dans son aspect extérieur, dans ses habitudes, et même dans les parties de son. squelette qui ont pu être étudiées par M. A. Milne Edwards, des affinités manifestes avec les Perroquets.
Dans sa forme générale la tête osseuse des Striges est bien caractérisée ; vue en dessus elle affecte la forme -d'un triangle surbaissé, à base un peu arrondie, et vue latéralement elle paraît singulièrement élevée et arrondie dans sa l'égion postérieure. Les fosses temporales sont très-réduites , le bord de l'orbite s'élargit beaucoup en arrière en dépassant les tempes de chaque côté , et l'apophyse poslorbitaire descend très-bas et se recourbe pour embrasser une partie de la sclérotique. L'espace interorbi taire et le front sont beaucoup moins larges et les os lacrymaux bien moins développés que chez la plupart des Fiapaces diurnes, et, par suite de ces dispositions, les cavités orbilaires ne sont plus latérales, comme dans le sous-ordre précédent, mais tournées plus ou moins fortement en avant. Enfin, comme nous l'avons dit, la mandibule supérieure jouit d'une certaine mobilité, grâce à son mode d'articulation avec le crâne.
Le sternum» plus faible que celui des Accipitres diurnes, est ordinairement
7i20 OISEAUX.
découpé à son bord postérieur par une ou .deux paires d'échancrures, et le bréchet, épais et siiillant, s'étend sur toute la longueur de ce bouclier. Les os coracoïdiens sont courts et peu dilatés dans leur portion inférieure, l'omoplate est faiblement arquée, et la fourchette est tantôt disposée en forme d'U, tantôt incomplète vers le bas, les clavicules étant réduites à de petits stylets suspendus aux épaules. Le radius et le cubitus, longs et grêles, dépassent toujours l'humérus, et le métacarpe se distingue par la longueur de l'espace interosseux et la courbure prononcée de sa branche interne.
Comme chez les Rapaces diurnes, la portion postcotyloïdienne du bassin est moins longue que la portion précotyloïdienne, le fémur est allongé, cylindrique et faiblement arqué, le tibia ne présente pas de pont osseux jeté au-dessus de la gouttière du tendon de l'extenseur commun des doigts, mais en revanche un pont sus-tendineux, ossifié de très-bonne heure, existe à la partie supérieure du canon, sur la face antérieure et du côté interne. Les trochlées digitales sont disposées suivant une ligne circulaire, et l'externe est petite et rejetée en arrière, ce qui permet au doigt correspondant de se porter dans le sens du pouce et de s'opposer au doigt médian.
Certaines particularités d'organisation, signalées par M. A. Milne Edwards dans SCS Recherches sur les oiseaux fossiles, permettent de séparer les Effrayes (genre Strix de Linné) des autres Rapaces nocturnes. Chez ces oiseaux en effet le sternum est très-court cl très-élargi ; il est muni d'une carène qui s'arrête avant le bord postérieur ; et celui-ci est dépourvu d'échancrures, mais seulement un peu avancé au milieu et excavé vers les côtés, où s'avancent des cornes latérales très-prononcées. Enfin le tarso-métatarsien est toujours remarquable par sa longueur et sa gracilité. Extérieurement les Effrayes se distinguent aussi des autres Strigespa.v\eiir plumage plus serré, généralement de teintes claires, d'un jaune ocreux et d'un blanc éclatant, avec des flammèches et des zigzags gris ou brunâtres, par leur face encadrée de plumes courtes et dressées, et par leur doigt médian dentelé sur le bord interne. Elles méritent donc de constituer, dans le sous-ordre qui nous occupe, une division particulière sous le nom de StrigiJés.
Jusqu'à ces derniers temps on plaçait dans ce groupe d'abord le genre Strix, ayant pour type l'Effraye commune [Strix flammea L.), espèce cosmopolite, puis le genre Phodilus (Isid. Geoff.), représenté par une seule espèce, Pho- (lilus badius, qui vit dans la région de l'Himalaya, en Birmanie, à Malacca, à Ceylan, à Java, à Bornéo. Mais MM. A. Milne Edwards et Grandidier ont montré récemment que les Phodiles doivent être écartés des Strigidés pour être rapprochés des Surnies, tandis qu'en revanche un type extrêmement curieux, dont la science vient de s'enrichir, VHeliodilus Soumagnei, est destiné à prendre la place des Phodiles, à côté des Effrayes.
Les autres représentants du sous-ordre des Striges peuvent être répartis en deux grandes sections, en deux familles, les Bubonidés ou Grands-Ducs [Bubonidœ), chez lesquels la conque auditive n'est pas très-large et dépourvue d'opercule, et les Syrniidés ou Hulottes {Syrniidœ), chez lesquels la conque auditive est Irès-développée et largement operculée. Ces derniers présentent toujours d'ailleurs un disque facial bien dessiné, au moins sur les côtés. Parmi les Bubonidés on peut encore distinguer plusieurs genres qui sont, il est vrai, établis sur des caractères purement extérieurs. Ainsi les Kétupas (genre lietupa Less.) de la région indo-malaise ont les tarses généralement dénudés, la plante des pieds
garnie de spicules, et les oreilles surmontées de larges touffes de plumes ; les Scotopélies {Scotopelia Bp.) ressemblent aux Kétupas, mais n'ont point de touffes auriculaires; les Grands-Ducs {Bubo Guv.) ont la plante des pieds lisse, de même que tous les genres suivants, les narines ovales, percées vers le bord antérieur de la cire, qui est aplatie, et les oreilles surmontées de touffes de plumes; les Petits-Ducs (Scops Sav.) se distinguent des précédents par leur taille plus faible et leurs ailes relativement bien plus allongées ; les Ilarfangs {Nijctea Steph.) n'ont point d'aigrette, leur plumage est généralement d'un blanc à peine maculé de noir, au moins à l'âge adulte, et leur queue, trèsréduite, est recouverte en dessous par des plumes très-allongées ; les Surnies (Simiia Dura.) ont au contraire le plumage grisâtre, la queue longue et étayée, les Chevêches [Athene Boie, Noctua Sav., ou Carine Kaup.) ont la cire comme tuméfiée, les Heteroglaux (Hume) diffèrent des précédents par la situation de leurs fentes nasales, percées au milieu et non sur le bord de la cire; les Chouettes des terriers {Speotyto Glog.) ont les tarses grêles et en partie dénudés, les Gymnasio (Bp.) présentent ce même caractère plus accentué; les Ninoa: (Hodgs.) et les Sceloglaitx se rapprochent des Gymnasio, mais peuvent être distingués par l'aspect de leurs membres inférieurs; enfin les Glaucidium (Boie), de même que les Micrathene (Goues) sont des Chouettes de très-petite taille aux ailes arrondies, aux tarses courts, emplumés et couverts de poils.
Parmi tous ces genres il n'y en a que cinq : Bubo, Scops, Nyctea, Surnia et Athene qui comptent des représentants en Europe, les autres sont propres à l'Afrique, à l'Asie, à l'Amérique, ou aux terres lointaines de l'Océanie et de l'Australie.
De même parmi les Syrniidés ont été distingués les genres Moyen-Duc (Asie Briss.), Hulotte ou Chat-Huant {Syrnium Sav.) et Nyctale {Nyctale Brehm), dont le premier seul possède des aigrettes, et dont les deux derniers diffèrent l'un de l'autre par l'aspect des doigts, généralement dénudés ou garnis seulement de poils chez les Hulottes, toujours emplumés au contraire chez les Nyctales. Il résulte aussi des observations de M. Collett que chez les derniers Rapaces la région postérieure du crâne est constamment asymétrique. Les trois genres que nous venons de citer comptent trois formes européennes, le Moyen- Duc {Asio otus L.) la Hulotte [Syrnium aluco L.) et la Chouette de Tengmalm [ISyctaJa Tengmabni Gm.).
Ce serait sortir des limites qui nous sont tracées que d'indiquer les nombreuses espèces fossiles de Rapaces diurnes et nocturnes qui ont été découvertes dans les cours de ces dernières années, et nous rappellerons seulement que M. A. Milne-Edwards a trouvé les preuves de l'existence dans le bassin de l'Allier, durant la période tertiaire, d'un Rapace échassier, d'un véritable Secrétaire, proche parent de celui qui vit encore en Afrique, et que, à la Nouvelle-Zélande, on a exhumé des ossements appartenant à une espèce d'oiseau de proie, VHarpagornis, qui faisait sans doute la chasse à des Oiseaux coureurs, également éteints, les Moas ou Dinomis. E. Ocstalet.
Bibliographie. — Ch. Bonaparte. Conspectus avium, 1850, t. I, et Tableau des oiseaux de proie. In Revue et Magazin de Zoologie, 1854. — Schlegel. Muse'e des Pays-Bas. Accipitres, 1862 à 1874. — A. Mil.ne Edwards. Recherches sur les oiseaux fossiles, 1867, t. II. — G. R. Graï. Handllst of Birds, 18C9, t. I. — Collett. On the Asymetry of the Skull in the Strix Tengmabni. In Proceedings of the Zoological Society, l^ll, p. 739. — R. B. Sharpe. Catalogue of Birds of the British Muséum. Accipitres, 1874, t. I, et Slviges, 1875, t. II. — A. Milne-Edwards. Comptes rendus de l'Acad. des sciences, 1877, t. LXXXV, p. 1173. —
LICT. ENC. 2« s. XIV. 46
722 OISEAUX-MOUCUES.
A. Milne-Edwarbs et A. Grandidier. Histoire physique, 7îaturelle et politique de Madagascar. OtseflM^, 1879, t. I, Impartie. E. 0.
OlSEAUX-iviOUcnEiS. Les Oiseaux-Mouches et les Colibris constituaient, dans la classification de G. Cuvier, deux genres de Passereaux ténuirostres {voy. Oiseaux et Passereaux), placés immédiatement après les Soui-Mungas et avant les Huppés. Mais les observations de M. Blanchard et de M. Huxley ont démontré que ces charmants oiseaux, si remarquables par la richesse de leur costume et la délicatesse de leurs formes, ont, ce qu'on n'aurait certainement pu deviner d'après l'aspect extérieur, des affinités assez étroites avec les Martinets et les Engoulevents [voy. ce dernier mot et Déodactyles) . Ces affinités, le prince Ch. Bonaparte les avait, pour ainsi dire, pressenties quand, dans son Conspectus aviiim il avait fait suivre les familles des Caprimulgidés (Engoulevents) et des Cypsélidés (Martinets), de celle des Trochilidés ou Oiseaux- Mouches. Ces trois groupes font partie de la section des Mgithognathes dans la classification plus récente de M. Huxley, et ils forment avec les Stéatornithidés (Guacharos), séparés des Engoulevents, l'ordre des Macrochires à^ns le système adopté par MM. Sclater et Salvin et par M. D. G. EUiot, auteur d'une monographie récente des Oiseaux-Mouches.
D'après ce dernier ornithologiste, les Tjochilidés présentent les caractères extérieurs suivants : ils ont le corps petit, le bec de forme variable, tantôt court et trapu, tantôt grêle et effilé, souvent plus long que la tête et parfois même plus long que le corps, généralement droit ou faiblement arqué, mais dans un cas particulier i-ecourbé en demi-cercle {Eutoxeres). Leurs narines s'ouvrent à la base du bec par des fentes linéaires qui sont recouvertes d'un opercule et quelquefois cachées sous les plumes frontales. Leur langue, susceptible d'être projetée au dehors, grâce à la disposition des cornes de l'hyoïde qui se recourbent en arrière autour du crâne, est fine comme un cheveu, mais constituée par deux tubes accolés. Leurs ailes sont étroites, pointues et falcifoi'mes, avec des pennes secondaires très-courtes et des pennes primaires (au nombre de dix) très-longues et très-aiguës, et leur queue, formée de dix rectrices, peut être coupée carrément à l'extrémité, où bien profondément échancrée, les pennes latérales acquérant des dimensions exceptionnelles et s'élargissant parfois en forme de spatule. Les pattes courtes, tantôt dénudées, tantôt garnies de touffes de plumes, et terminées par de petits doigts, munis d'ongles crochus, sont évidemment faites, non pour servir à la locomotion terrestre, mais pour saisir fortement la branche, quand l'oiseau est perché. Les ailes sont en effet les organes essentiels du mouvement chez les Trochilidés.
Le plumage généralement sombre ou triste chez les femelles et chez les jeunes acquiert généralement chez les mâles une richesse extraordinaire, et brille de l'éclat de l'or et des pierres précieuses.
En examinant le squelette des Oiseaux-Mouches, on reconnaît en outre que la main est très-longue, l'humérus au contraire fort raccourci, ce qui permet à l'aile d'exécuter des battements rapides, que le sternum, largement étalé, est muni d'une carène très-saillante, et que les tarses sont très-peu développés.
Les Oiseaux-Mouches se trouvent dans toutes les régions tropicales et subtropicales du Nouveau Monde, depuis la Patagonie jusqu'à la Californie. Hs se répartissent en 350 à 400 espèces qui, dans le catalogue de M. Elliot, sont distribuées entre 120 genres. E. Odstalet.