‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.66Chapitre 8 sur 47 · MASSE · texte numérisé non relu

MASSE

§ V. Enseignement pratique de la médecine légale a la Morgue. La Morgue a pris à Paris, pendant ces dernières années, une importance plus considérable depuis que, grâce aux efforts de MM. Devergie et Brouardel, elle est devenue un auxiliaire de la Faculté de médecine.

L'enseignement pratique de la médecine légale était absolument nul en France et les élèves quittaient les bancs de l'Ecole de médecine sans avoir pratiqué ou vu pratiquer une autopsie médico-légale. Cet état de choses avait été signalé depuis longtemps et plusieurs tentatives avaient été faites pour y remédier. En 4854, M. Devergie était parvenu à instituer des conférences pratiques à l'obitoire de Paris. Mais cet enseignement avait été interrompu au bout de deux années sans qu'on ait bien au juste connu les raisons de celte interdiction. Le parquet prétendait qu'il constituait une entrave aux recherches judiciaires et que la publicité donnée aux autopsies par le fait de la présence des élèves était peu conforme aux intérêts de la justice.

M. le docteur Brouardel, chargé par la Faculté des conférences pratiques de médecine légale, a inauguré ce nouvel enseignement à la Jlorgue. Ce qu'on a voulu en instituant ces conférences, c'est mettre les élèves aux prises avec les difficultés pratiques des expertises médico-légales. La Morgue est à la médecine légale ce que l'hôpital est à la pathologie. Dans ce dernier les élèves trotivent chaque jour et au hasard des entrées de malades l'occasion de faire leur éducation clinique et l'application de leurs connaissances théoriques; il y a là l'imprévu, l'attrait du problème à résoudre, et surtout la satisfaction de ce besoin de voir, de vérifier ce qu'on a lu dans les livres. Dans les conférences faites à l'obitoire, élèves et médecins trouveront de même l'enseignement pratique, non plus sur le vif comme à l'hôpital, mais sur le cadavre

OBLIQUES DE L'ABDOMEN (Muscles). 57

M. le professeur Tourdes, à Strasbourg, joignait cet important enseignement pratique à son cours de médecine légale ; quand il était chargé de procéder à une autopsie judiciaire et de faire un rapport sur les causes de la mort, il faisait apporter le cadavre devant les élèves réunis à l'amphithéâtre, procédait avec méthode, dans un ordre invariable, aux investigations anatomiques, et dictait en même temps le rapport qui devait plus tard être produit devant le tribunal. De la sorte les étudiants étaient initiés à l'art si scabreux du médecin légiste et pouvaient, une fois reçus docteurs, accepter sans frayeur, sans hésitation, la grave mission d'éclairer la justice.

11 en sera bientôt de même de nos étudiants parisiens. Une série chaque mois renouvelée de trente élèves suit les conférences à la Morgue : les mercredis et vendredis à trois heures, sur présentation de cartes nominatives délivrées à la Faculté, les élèves assistent à l'autopsie ou à l'examen extérieur des cadavres, malheureusement si nombreux, que causent dans la capitale les accidents, les suicides ou les crimes ; ils y sont exercés à résoudre toutes les questions afférentes à chaque cas, à rédiger des rapports sous la direction du professeur, et pensent devenir à leur tour des experts habiles comme ils deviennent praticiens distingués par la fréquentation assidue de l'hôpital. A. Lutabd.

Bibliographie. — Devergie. Communicalion faite en 1878 an Conseil d'hygiène et de salubrité du département de la Seine. — Brouakdel. Rapport adressé en 1878 à M. le garde des sceaux sur la réorganisation de la Morgue. l'aris, 1879. A. L.

OBIZO. Tous ceux qui ont écrit sur l'histoire de la médecine en France, et surtout sur les médecins de Paris, citent Obizo comme ayant été médecin de Louis VI et ayant joui, dans son temps, d'une très-grande réputation. Une tradition pour ainsi dire non interrompue est à peu près tout ce qui nous reste de ce médecin.

On sait qu'ayant abandonné ses grands biens il se retira dans la célèbre abbaye de Saint-Victor, y prit l'habit de l'ordre, devint clianoine et se consacra exclusivement au service des autels.

On fixe sa mort entre HoO et 1158. Il fut inhumé dans le cloître de ce monastère, et du temps de Hazon on y voyait encore son épitaphe conçue en ces termes :

Respice qui transis, et, guis sis, disce, vel unde :

Quod fuimus nunc es, quod sumus istud eris. Pauper canonicus, de divite factus, Obizo

Huic dédit Ecclesiœ plurima, seque Deo.

Summus erat medicus ; mors sola triumphat in illo,

Cujus adhiic legem nemo cavere potest.

Non potuit medicus sihimet conferre salutem.

Huic igilur medico sit medicina Deus.

Bgd.

OBLIQUES DE l'abdoneiv (Muscles). Ils sont au nombre de deux, pour chaque côté du corps, et désignés sous les noms de grand et de petit oblique.

1. Muscle grand oblique. Oblique externe de l'abdomen. Gosto-abdominal de Chaussier.

Préparation. Placer un billot sous les reins du sujet pour tendre la paroi abdominale. Pratiquer sur la ligne médiane, de l'appendice xiphoïde au pubis, en contournant l'ombilic, une incision ne comprenant que la peau. Sur celte

58 OBLIQUES DE L'ABDOMEN (Mdscles).

incision longitudinale faire tomber deux incisions cutanées transversales, la supérieui'e au niveau de l'appendice xiphoïde, la seconde à hauteur de l'ombilic. On les prolonge en aiTière aussi loin qu'il est nécessaire pour mettre à découvert le bord postérieur du muscle. Une dernière incision longe la crête iliaque d'arrière en avant, puis le pli inguinal pour aboutir au pubis. Il est nécessaire d'enlever, en même temps que la peau, une lame celluleuse très-adhérente qui recouvre le muscle, de suivre dans la dissection la direction des fibres musculaires, enfin de ménager avec soin le cordon spermatique ou le ligament rond à leur sortie de l'anneau inguinal, en conservant le mince feuillet fibreux qui fait suite aux bords de l'ouverture et se prolonge vers les bourses ou la gi-ande lèvre.

Muscle pair, aplati, d'une épaisseur maximum d'un centimètre, le grand oblique occupe la paroi antéro-latérale de l'abdomen, hrégulièrement quadrilatère, il est formé de deux parties bien distinctes, l'une charnue et l'autre aponévrotique.

Le corps charnu du muscle présente : un bord supérieur qui s'insère à la face externe et un peu au bord inférieur des sept ou huit dernières côtes par autant de digitations. Ces digitations vont en augmentant de grosseur de la quatrième à la huitième côte, puis diminuent peu à peu de la huitième à la douzième. Les quati-e digitations supériem'es s'entrecroisent avec celles du grand dentelé ; les inférieures avec les insertions costales du muscle grand dorsal. L'insertion de ces faisceaux musculaires se fait suivant une ligne courbe à convexité posléro-supérieure, la plus élevée étant bien en avant de la dernière. Par leur direction oblique en bas et en avant, les fibres charnues semblent continuer les muscles intercostaux externes.

Un boirl inférieur, qui prend attache sur les deux tiers antérieurs de la lèvre externe de la crèle iliaque, et un peu à la partie la plus externe de l'arcade crurale.

Un hord antérieur, qui se continue directement avec l'aponévrose d'insertion.

Un hord postérieur libre, étendu de la crête iliaque à la douzième côte. Ce bord est quelquefois recouvert en partie parle muscle grand dorsal, le plus souvent les deux muscles sont simplement contigus. Quelquefois aussi ces muscles, à leur insertion iliaque, sont séparés par un intervalle triangulaire, à base inférieure. C'est par cette ouverture que se fait la hernie de Jean-Louis l'élit, dite aussi hernie lombaire. Ces fibres charnues, obliques de haut en bas, de dehors en dedans et d'arrière en avant, se continuent par une large aponévrose, à fibres résistantes, blanches, nacrées, qui constitue un véritable tendon d'insertion. Irrégulièrement quadrihitère, beaucoup plus large en dessous qu'audessus de l'ombilic, l'aponévrose du grand oblique se termine : en avant, à la ligne blanche, de l'appendice xiphoïde à la symphyse pubienne ; en bas, suivant une ligne oblique étendue de l'épine iliaque antéro-supérieure à la symphyse pubienne, en se confondant en partie avec l'ai^^ade crurale.

De ^appendice xiphoïde à la symphyse pubienne, l'aponévrose du grand oblique s'unit, au niveau du bord externe du muscle grand droit, au feuillet antérieur de Taponévrose du petit oblique. La lame fibreuse ainsi formée passe en avant du muscle droit et, arrivée à son bord interne, se confond avec le feuillet postérieur de la gaîne de ce muscle droit pour constituer la ligne blanche abdominale. Il est g-énéralement admis que ces divers feuillets aponévrotiques s'entrecroisent sur la ligne médiane, de telle façon que le grand

OBLIQUES DE L'ABDOMEN (Muscles). h'.)

oblique d'un côté se continue avec le petit oblique du côté opposé, au moin.> dans la région sus-ombilicale.

Suivant les recherches de notre collègue Fr. Poucet, la disposition de ces aponévroses serait un peu différente (Société de biologie et Gazette hebdomadaire, n» 27, 1877). Au-dessus de l'ombilic, l'aponévrose du grand oblique, formée par les deux feuillets de la gaine du muscle, se porte en avant du petit oblique, et ne se confond d'une manière intime au feuillet antérieur du petit oblique que près de la ligne blanche. Des coupes bien perpendiculaires démontrent, sur la ligne médiane, tin entrecroisement immédiatement sous le fasciu superficiel des premières fibres du grand oblique. Les profondes se rendent immédiatement contre la face postérieure du droit antérieur opposé. Au niveau des énervations du grand droit, sur des coupes perpendiculaires, l'aponévrose du grand oblique est parfaitement distincte du feuillet du petit oblique. Sur des coupes parallèles, on constate que quelques libres établissent l'adhérence de l'intersection avec le feuillet j>ostérieur du grand oblique.

Entre la symphyse pubienne et lépine iliaque antéro-supérieure. A ce niveau, l'aponévrose du grand oblique se confond si intimement avec la bandelette fibreuse, connue sous les noms d'arcade crurale, arcade de Fallope, ligament de Poupart, que quelques analomistes décrivent cette bandelette comme le tendon réfléchi du muscle. Assez étroitement serrées dans la partie susombilicale de l'abdomen, les fibres aponévrotiques du grand oblique se réunissent dans la partie sous-ombilicale, en faisceaux d'autant plus distincts qu'on se rapproche de l'arcade crurale et du pubis. Ces bandelettes laissent entre elles des interstices plus ou moins prononcés, et sont réunies par des fibres à direction opposée, qui préviennent un écartement trop considérable.

Deux de ces bandelettes plus distinctes, plus considérables, laissent entre leurs bords un intervalle plus large, ouverture importante, parce qu'elle donne passage au cordon spermatique, ou au ligament rond. C'est l'anneau inguinal externe.

Anneau inguinal externe. Orifice externe du canal ou trajet inguinal, il offre, suivant l'exacte comparaison de M. Paulet, la forme, non d'un triangle, mais d'une porte à plein cintre, dont la base est osseuse et le pourtour fibreux. 11 doit sa forme arrondie en haut à l'adjonction des fibres transversales qui êmoussent le sommet de l'ouverture triangulaire laissée par l'écarlcment des deux bandelettes aponévrotiques. Son grand axe, obliquement dirigé de bas en haut et de dedans en dehors, mesure de 10 à 25 et même 30 millimètres. Su largeur est de 12 à 15 millimètres. Plus petit chez la femme, il peut chez l'homme admettre le petit doigt. Dans les hernies anciennes et volumineuses, ses dimensions deviennent énormes.

Base. Osseuse, elle est formée par le bord supérieur du pubis, entre l'épine et la symphyse, en dedans de l'épine.

Pilier interne ou supérieur. Aplati, large, rectiligne, il se porte devant ïa symphyse pubienne, s'entrecroise avec celui du côté opposé et va se fixer sur la crête et l'épine du pubis, de l'autre côté de la ligne médiane.

Pilier externe ou inférieur. Formé par une bandelette plus forte, plus épaisse que le précédent, il est concave en haut, replié sur lui-même, et formant une gouttière sur laquelle repose le cordon (Paulet). Ses fibres les plus internes vont se croiser au devant de la symphyse pubienne avec les trousseaux cormspondants de l'autre pilier inférieur. Ses fibres moyennes se fixent à l'épine du

60 OBLIQUES DE L'ABDOMEN (Muscles).

pubis. Ses fibres externes se confondent avec le ligament de Fallope et vont renforcer le ligament de Gimbernat.

Pilier postérieur. Trousseau fibreux, 'placé derrière le cordon qu'il soutient, à la partie interne et inférieure de l'anneau, il offre une direction complètement opposée à celle des piliers déjà décrits. Pour Paulet, il est forme par les fibres les plus internes du pilier supérieur opposé, qui passent en arrière de la ligne blanche pour constituer cette bandelette, dite aussi ligament de Colles. Richet le fait venir d'un faisceau fibreux distinct, placé en dedans et au-dessus du pilier supérieur. Ce faisceau, après avoir croisé sur la ligne médiane celui du côté opposé, s'engage derrière le pilier supérieur et vient s"insérer à la partie postérieui'e du pulùs, immédiatement derrière l'épine pubienne. Selon Beaunis et Bouchard, le pilier postérieur serait formé par des fibres aponévrotiques placées en dehors du pilier inférieur. A leur rencontre avec l'arcade crurale, ces fibres subissent une véritable torsion, les plus inférieures deviennent supérieures, et les supérieures deviennent antérieures. Un faisceau se réfléchit derrière le pilier externe et se porte en haut et en dedans pour se continuer de l'autre côté de la ligne blanche avec les fibres aponévrotiques du grand et du petit obhque. C'est le ligament de Colles, pilier postérieur, déjà indiqué par Wiuslow. Le second faisceau se réfléchit en arrière pour former le ligament de Gimbernat.

Fibres transversales. Décrites aussi sous les noms de fibres arciformes, intercolonnaires, collatérales (Winslow), en sautoir (Yelpeau), fascia pectinéooblique; ces fibres partent de la ligne blanche et peuvent être considérées comme une émanation de l'aponévrose du grand oblique opposé. Décrivant des courbes à convexité supérieure et externe, elles existent dans presque toute la région sous-ombilicale. Rares et espacées en haut, elles se rapprochent et se serrent au voisinage de l'anneau inguinal, dont elles voilent la partie supérieure. Elles vont se perdre dans l'arcade crurale. Leur rôle parait être de renforcer la paroi en s'opposant à l'écartement des bandelettes de l'aponévrose du grand oblique.

Du pourtour de l'anneau inguinal externe se détache une mince toile fibreuse qui se jette sur le cordon spermatique ou le ligament rond et les accompagne plus bas.

Rapports. Le grand oblique est recouvert un peu en haut par le grand pectoral, et quelquefois en bas et en arrière par le bord du grand dorsal. Dans toute sa partie sous-cutanée, il est enveloppé par une toile fibreuse mince, mais trèsadhérente et difficile à enlever.

Sa face profonde repose sur les côtes et sur le muscle petit oblique, dont elle est séparée dans son corps charnu par une couche de tissu cellulaire lâche contenant des vaisseaux et des nerfs.

Nerfs. Ils viennent des nerfs intercostaux et des grande et petite branches abdomino-génitales du plexus lombaire.

Action. Quand il se contracte conjointement avec le grand oblique opposé, ce muscle rétrécit la cavité abdominale, fléchit le tronc, abaisse les côles et concourt à l'expiration. S'il agit seul, il entraîne du côté opposé la face antérieure du tronc.

II. Muscle petit oblique. Oblique interne de l'abdomen. Ilio-abdominal de Chaussier.

Préparation. Détacher le grand oblique à ses insertions costales et iliaques.

OBLIQUES DE L'ABDOMEN (Moscles). 61

puis conduire une incision transversale depuis l'épine iliaque antéro-supérieure jusqu'à la soudure des aponévroses du grand oblique. De ce point, descendre directement vers le pubis, en détacbant le grand oblique. Rabattre sur la cuisse le lambeau triangulaire ainsi formé, pour mettre bien à découvert la partie inférieure de ce muscle, et étudier ses rapports avec le cordon.

Muscle pair, aplati, de peu d'épaisseur, le petit oblique occupe comme le précédent la paroi antéro-latérale de l'abdomen. Irrégulièrement quadrilatère, plus haut en avant qu'en arrière, il est formé d'un corps charnu et d'une aponévrose d'insertion. Ses fibres affectent des directions variées. Les supérieures sont obliques de bas en haut, d'arrière en avant et de dehors en dedans, croisant perpendiculairement celles du grand oblique. Les fibres moyennes, au niveau de la crête iliaque, sont horizontales. Enfin, les fibres inférieures sont obliques de haut en bas, d'arrièi'e en avant et de dehors^^en dedans, parallèles à celles de l'oblique externe.

Bord supérieur. Il se fixe au bord inférieur des trois ou quatre dernières côtes, par autant de digitalions qui semblent continuer les muscles intercostaux internes.

Bord inférieur. Il s'insère aux trois quarts antérieurs de l'interstice de la crête iliaque, à l'épine iliaque antéro-supérieure et au tiers externe de l'arcade crurale. Dans sa partie interne, il n'arrive pas jusqu'à cette bandelette fibreuse, et, confondu avec le transverse dont il est impossible de le séparer, il forme ce que l'on a appelé la paroi ou limite supérieure du canal inguinal. A ce niveau, ses fibres sont pâles, décolorées et espacées largement. Quelques-unes se portent sur le cordon spermatique, formant des anses à concavité supérieure, et constituant la tunique érythroïde du testicule ou le crémaster. Cette disposition est bien plus accentuée chez les sujets vigoureux. Quelques fibres se portent aussi vers le ligament de Colles ou pilier postérieur, et d'autres jusqu'au ligament de Gimbernat derrière lequel elles vont se fixer au pubis.

Bord postérieur. Il se fixe de la douzième côte à la crête iliaque, à la lèvre antérieure de l'aponévrose abdominale postérieure, et médiatement aux apophyses épineuses lombaires.

Bord antérieur. U donne naissance à l'aponévrose d'insertion du muscle, étendue des côtes au pubis.

Cette aponévrose est formée de deux feuillets adossés, mais non confondus, et présente une disposition différente dans la partie supérieure ou inférieure. En haut, ses deux feuillets se séparent au bord externe du muscle grand droit de l'abdomen. Le feuillet antérieur du petit oblique, uni à l'aponévrose du grand oblique, passe en avant du muscle grand droit. Le feuillet postérieur du petit oblique, uni à l'aponévrose du transverse abdominal, tapisse la face profonde du grand droit, qui se ti'ouve ainsi enveloppé dans une gahie complète. Tous ces feuillets, accolés au bord interne du grand droit, s'entrecroisent sur la ligne médiane, les fibres aponévrotiques du grand oblique d'un côté faisant suite aux fibres de l'oblique interne du côté opposé.

A la partie inférieure de la région, les deux feuillets de l'aponévrose du petit oblique restent accolés, et passent tous deux en avant du grand droit, r D'après Poucet [loc. cit.), au-dessus de l'ombilic, l'aponévrose du grand oblique ne se confond d'une manière intime avec le feuillet antérieur du petit oblique que près de la ligne blanche. Il en est de même pour l'aponévrose du transverse qui, accolée au feuillet postérieur de l'aponévrose du petit obli([ue.

<>gt OBLIQUES DE L'OREILLE (Muscles).

ne devient indistincte que sur la ligne médiane. Les deux feuillets aponévrotiques du petit oblique, réunis à son bord antérieur (interne), forment une bandelette solide, de 1 à 2 centimètres, de laquelle partent les deux feuillets antérieur et postérieur du grand droit.

Au bord interne du grand droit, les feuillets antérieur et postérieur du petit oblique, divisés en chevelu épais, s'entrecroisent intimement, et les bandelettes ainsi formées s'entrecroisent à leur tour avec leurs congénères du côté opposé.

Au niveau des énervations du grand droit abdominal, Poucet a constaté les dispositions suivantes :

« Sur une coupe perpendiculaire. L'aponévrose du grand oblique est parfaitement distincte du feuillet du petit oblique ; de celui-ci descendent des trousseaux fibreux, puissants, anastomosés entre eux, formant ainsi des anses vers la face profonde de l'aponévrose ; elles sont rares vers la portion péritonéale. Ces anses contiennent, dans leur concavité, des tendons accolés les uns aux autres et coupés perpendiculairement. Ces tendons sont entourés de faisceaux musculaires. De la face supérieure du feuillet inférieur du petit oblique se détachent d'autres fibres en anses, mais faibles. Entre les tendons sectionnés perpendiculairement et entre les anses courbes existent des coussinets graisseux très-abondants, des vaisseaux et des nerfs.

« Coupe parallèle. Elle offre l'aspect suivant : De la face inférieure du tissu supérieur du petit oblique se détache un tendon épais, muni de digitations secondaires, verticales, donnant attache aux faisceaux musculaires. Le tendon principal est ici coupé perpendiculairement à son axe antéro-postérieur, et les tendons secondaires parallèlement à leur direction, et d'avant en arrière comme le muscle. Entre les digitations secondaires les plus superficielles, on reconnaît les sections perpendiculaires des faisceaux à anses. Le tendon principal et les digitations secondaires sont entourés de graisse au milieu de laquelle existent des vaisseaux et des nerfs. Si quelques fibres établissent l'adhérence de l'intersection avec le feuillet postérieur du grand oblique, un coussinet graisseux semble isoler précisément l'intersection d'avec le feuillet du petit oblique. »

Rapports. Sa face antérieure est recouverte par le muscle grand oblique ; lui-même recouvre le transverse abdominal, avec lequel il se confond dans ses fibres les plus inférieures, lorsque ces deux muscles réunis forment la paroi supérieure du trajet inguinal.

Nerfs. Us viennent des derniers intercostaux et des branches abdominoscrotales ou génitales du plexus lombaire.

Action. Quand les deux muscles petit oblique se contractent simultanément, ils rétrécissent transversalement la cavité abdominale. Prenant leur point fixe vers le bassin, ils fléchissent le tronc, abaissent les dernières côtes et sont expirateurs. Quand le petit oblique se contracte seul, il fait subir au tronc un mouvement de rotation qui entraîne la face antérieure de son côté. Il est donc, sous ce rapport, antagoniste du grand oblique du même côté. J. Chauvel.

OBLifjUES »E l'œil (Muscles). Tous les muscles moteurs du globe oculaire sont décrits à l'article Œil. Il a paru qu'il y avait quelque utilité à les rapprocher dans une étude d'ensemble, au point de vue anatomique comme au point de vue physiologique (voy. Œa). D.

OBLIQUES DE L'OREILLE (Muscles). Ce sont les muscles auriculaires [voy. Auriculaire^. D.

OBONGOS. 63

OBLIQUES DE LA TÊTE (Muselés). Ils sont au nombre de deux de chaque côté et désignes sous les noms de grand et petit oblique.

I. Muscr,E GRAND OBLIQUE. Oblique inférieur. Axoïdo-atloïdien de Cliaussier. II s'insère à l'apophyse e'pineuse de l'axis, à côté du muscle grand droit postérieur, dans une sorte de fossette de cette émincnce. De là ses fibres, formant un faisceau charnu épais et cylindroïde, se portent en dehors, en avant et un peu en haut, presque transversalement, et se fixent à la partie postérieure et inférieure de l'apophyse transverse de l'atlas. Ce muscle rentre donc dans les épineux transversaires.

Recouvert par les muscles grand et petit complexus, il est appliqué sur l'axis et le ligament atloïdo-axoïdien postérieur. Il est innervé par la branche postérieure de la première paire cervicale et par des rameaux du nerf grand occipital.

Prenant son point fixe sur l'axis, il imprime à l'atlas et par suite à la tête un mouvement de rotation qui dirige la face de son côté.

IL Muscle petit oblique. Oblique supérieur de la tête. Atloïdo-sous-mastoïdien de Chaussier.

II s'insère en bas à la face supérieure de l'apophyse transverse de l'atlas, audessus et en dehors du précédent. De là ses fibres, formant un faisceau charnu aplati et rubané, se portent en s'étalant, obliquement en haut et en dedans, et se fixent à l'occipital au-dessous de la ligne courbe inférieure de cet os, en dessus et en dehors des insertions du muscle grand droit postérieur de la tète. Il constitue donc un transversaire épineux.

Recouvert par le splénius, le grand et le petit complexus, il est appliqué sur le grand droit postérieur et sur l'occipital. Ses nerfs lui viennent de la branche postérieure de la première paire cervicale.

L'action de ce muscle, prenant son point fixe sur l'apophyse tranverse de l'atlas, est d'étendre la tête et d'incliner par la rotation qu'il lui imprime la face du côté opposé. J. Chauvel.

OB\'i'BSLATiOiV. L'obnubilation (de nubes, nuage) exprime cet état qui précède la syncope ou la mort, et dans lequel les objets sont vus comme à travers un nuage. L'obnubilation n'est pas liée essentiellement au vertige, dans lequel, s'il n'est pas très-pi'ononcé, les objets peuvent paraître tourner sans cesser d'être vus assez distinctement.

L'obnubilation qui, comme nous venons de le dire, a son type dans les approches de la syncope, n'est pas, néanmoins, constamment suivie de perte de connaissance. Elle peut être, à elle seule, le symptôme d'une défaillance des forces cérébrales. De plus, elle ne révèle pas toujours un état anémique ou ischémique de l'encéphale ; une congestion la produit ; elle peut précéder l'apoplexie hémorrhagique, et être un des premiers signes de ces hémorrhagies méningées qui se forment avec une certaine lenteur.

Le mot obnubilation est quelquefois usité dans un sens tout anatomique, pour exprimer l'opacité d'un tissu (obnubilation de la cornée). D.

OBoiveos. Race pygmée de l'Âfi'ique, découverte par de Chaillu, dans le voisinage de la côte du Gabon. Leur taille la plus haute ne dépasse pas 1"',506, et la plus basse descend à l"\o06 {voy. Nanisme). Ils sont encore, sous ce

rapport, au-dessus des Miiicopies, des Boschimans et des Négritos ; ceux-ci paraissent constituer la race la plus petite de l'humanité. D.

OBOTRITES. Ancienne tribu slave faisant partie des Vindes {voy. Slaves). D.

OBRAi^iY. On donne en Guinée ce nom à une sorte de réglisse dont la décoction sert à laver les testicules enflés.

Méb\t et De Lèns, Dictionnaire de matière médicale, Y, 1. — Transact. philosoph. abr., I, 90. Pl.

O'BRIEN. Nom d'un certain nombre de médecins irlandais, parmi lesquels :

O'Brien (John). Né à Dublin, en 1781, fit ses études médicales dans cette ville, y pratiqua la médecine et devint médecin du Sick Poor Institution, de l'hôpital des fiévreux et de la maison de convalescence, et plus tard président du Collège des médecins et bibliothécaire de cette savante compagnie. Il est mort en décembre 1845. II a publié :

I. Case of Suppuration ofihe hiver. In Transactions of the Association of the King's and Queen's Collège of Physicians in Ireland, t. I, 1817, p. 44 à 55. — II. Médical Report of the Fcvrr Hospital in Corkslrect Dublin, for the ^ear 1814. Ibid., p. 404 à 454. — III. Case of Inflammation and Abscess of the Brain, attended with Disease of the Ear. Ibid., t. II, 1818, p. 509 à 517. — IV. Médical Report ofthe Sick Poor Institution for the Year 1817. Ibid., p. 472 à 511. — V. Médical Report of the Fever Hospital and Hou.se of Recove?-y; Cork'Street Dublin, for the Year ending January, Ith. 1820. Ibid., t. III, 1820, p. 448 à 505, 1829. h\ Dublin Med. Transact. New séries, 1850, vol. I. n» 472. On the Effects of Sitlphale of Quina in Typhus. Ibid., 1824, t. IV, p. 567 à 578. — VI. Observations on the Acute and Chronic Dysentery of Ireland ; containing a Historical View ofthe Progress of the Disease in Ireland; with an Inquiry into ils Causes; and an Account of ils Symptoms and Mode of Treatment; with a Report of Selected Cases. Dublin and Cork, 1822, in-S". — VII. Report of the Managing Committee ofthe House of Recovery and Fever Hospital in Cork-street Dublin, for the Year ending 4th January liiSO ; with the Médical Report annexed. Dublin, 1850, in-8''. — VIII. Berichl iiber die Fieberscuche zu Dublin in den Jahren 1826 und 1827. In Gerson und Julius Magasin der auslând. Heilkunde, 1829, t. LXXXI, p. 251 à 262. A. D.

OBSERVATION E\ tiÉIVÉRAL. Observations médicales. I. Il a été

traité de l'observation, de son objet, de ses méthodes, de ses procédés, aux articles Biologie (page 484), et Méthode (page 556). Nous n'aurons donc que peu de mots à dire ici pour caractériser cette opération de l'esprit, qui est la condition première de toute acquisition intellectuelle.

Tout le monde fait la distinction de voir et regarder, d'entendre et écouter. Voir et entendre sont de purs états fonctionnels; c'est simplement l'exercice de la sensibilité. Regarder et écouter impliquent l'attention, c'est-à-dire un acte intellectuel et volontaire. Porter son attention sur les choses, c'est observer. L'observation est donc, en définitive, l'examen attentif des objets. Il ne faut pas la confondre avec l'investigation ou recherche, qui suppose déjà la présence de conditions que nous allons indiquer.

Un examen, si minutieux qu'il soit, ne peut jamais transmettre à l'esprit que ce qui a été recueilli parles sens. C'est ce qu'on appelle des faits. Or, les faits, en ce sens général, ne disent rien ; ils sont muets de naissance, et, comme les muets de la démonologie, c'est l'esprit seul qui les fait parler. En termes plus clairs, la

signification d'un fait sera celle que l'esprit lui donnera. Et c'est pour cela qu'il n'y a jamais eu, à parler rigoureusement, d'école, ni même de sociélé d'observation. Les anciens empiriques recommandaient Vautopsie, qui n'est autre que l'observation personnelle (aÙTOTrxetv, voir soi-même) ; mais, s'ils repoussaient les théories, ils ne pouvaient se soustraire à ces procédés de l'esprit qui, seuls, peuvent tirer des prémisses de l'autopsie les conséquences nécessaires à la pratique de la médecine. Aussi l'empirisme est-il devenu raisonné.

Quand on parle de faits, il importe de bien savoir de quoi il s'agit. Si l'on donne ce nom à tout ce qui apparaît, à tout ce qui est perceptible et à tout ce qui est intelligible, le monde entier est un composé de faits. La couleur d'un objet est un fait; de même, sa consistance, sa température, la distance d'un objet à un autre, etc. Le fait se confond ici. dans le langage comme dans la réalité, avec le phénomène. Mais il y a une distinction capitale à poser, sans laquelle la philosophie des sciences tomberait, comme il arrive d'ailleurs tous les jours, dans la logomachie. Les choses qui nous apparaissent ont des attributs; elles ont des propriétés qui leur sont immanentes; mais ces qualités, tout immanentes et tout indéfectibles qu'elles sont, ne sont pas, au fond, des réalités, ce qu'on appelle en philosophie des substances ou des existences ; ce ne sont que des modalités. Je pince un nerf, l'animal crie, et j'en conclus que ce nerf jouit d'une propriété que j'appelle sensibilité. J'en pince un autre, l'animal ne paraît pas souffrir, mais je constate une contraction du muscle auquel ce nerf se distribue : j'en conclus que ce nerf est doué d'une propriété différente de la première et que 'e nomme motricité. Voilà qui est parfaitement commode pour le classement des phénomènes observés, et qui peut entrer légitimement dans les conventions de langage dont les sciences ne peuvent se passer ; c'est à ce titre et en ce sens qu'une science revient, suivant le mot de Gondillac, à une langue bien faite :. mais, à dire le vrai, il n'y a ni motricité, ni sensibilité. L'expérience n'a que deux termes : le pincement des cordons nerveux et le cri de l'animal (duquel nous déduisons la douleur) ; ou bien le pincement et la contraction musculaire. Le deuxième terme n'est qu'une vue de l'esprit, le produit d'une opération, qu'on nomme abstraction. On en peut dire autant, quant à présent du moins, de l'électricité, du calorique, etc.; il est même à noter que, si le raisonnement ne conduisait à cette conclusion, on y parviendrait par la science elle-même, si celle-ci démontre invinciblement que toutes les forces de la nature auxquelles nous imposons des noms particuliers ne sont que des transmutations d'une même force. Cette force unique elle-même n'a pas d'autre valeur , je veux dire n'a pas plus de réalité que chacune de ses expressions diverses. La matière est livrée au mouvement : tout est mouvement dans les phénomènes qu'elle nous montre ; c'est tout ce que nous pouvons déduire de l'observation. L'absence de cette distinction, dans le domaine de la philosophie, entre les produits de l'abstraction et les êtres réels, a été souvent, et de nos jours même, la cause de bien des erreurs et de bien des malentendus ; mais il y a plus d'inconvénients encore à introduire l'ontologie dans les sciences naturelles que dans la philosophie.

Deux faits, deux vrais faits, se sont pourtant passés dans nos expériences de tout à l'heure : un muscle est devenu douloureux, un muscle s'est contracté, dans des conditions déterminées. Et si nous répétons ces expériences deux fois, dix foi.s, vingt fois, nous obtiendrons invariablement le même résultat. Les faits sont donc constants : mais en quoi consistent-ils ? Je viens presque de le dire : produits d'une action, ils sont nécessairement un acte. Herbert Spencer les

DICT. ESC. T s. XIV. 5

appelle les produits d'une force manifeste ou latente. Eh bien, ce caractère d'acte, de propriétés en action, c'est le caractère même des faits au sens scientifique. Les faits viennent toujours de quelque part; ils ont une filiation, ils ont une évolution, ils ont, en un mot, leur raison d'être, et c'est cette raison qui se propose aux méditations du savant. Prenons les plus simples en apparence : voici sur un même arbre deux fruits : l'un est plus coloré que l'auti'e ; l'un renferme 5 semences et l'autre 10. Vulgairement, c'est un fait; mais cette différence de couleur, cette différence dénombre, procèdent nécessairement d'une diversité dans les conditions primitives de la nutrition de l'arbre ; et c'est dans le rapport, encore inconnu et à chercher, de la cause à l'effet, que gît ce qu'on pourrait appeler l'esprit du fait. Il en va de même dans l'ordre psychique. Il n'y a pas de chose distincte qu'on puisse appeler mémoire; il y a seulement la faculté qu'a la cellule cérébrale de garder et de reproduire, sous de certaines incitations, l'image d'événements plus ou moins anciens. Il n'y a pas davantage de volonté, d'imagination, de vertu, de sensibilité morale, etc., à l'état concret; ce sont autant d'abstractions qui, sous le nom de facultés, de qualités, expriment des faits réels, de la même manière que la sensibilité physique; et, comme pour celle-ci, les faits exprimés ne sont que des résultats. Pour nous rapprocher davantage encore de la médecine, la céphalalgie, la fréquence du pouls, la rougeur d'une membrane, ne sont rien, si l'on ne connaît les modalités pathologiques auxquelles elles correspondent.

Bref, au subjectif comme à l'objectif, il n'y a pas, pour la philosophie, de faits bruts ; cette expression souvent employée est toute conventionnelle ; ce n'est qu'un trope bon à spécifier et à délimiter le sujet.

Ainsi, le rôle de l'observation est de fournir à l'esprit les matériaux du jugement : où les prendra-t-il ? Tout d'abord là où ils sont le plus apparents (je parle de l'observation externe). Les apparences extérieures des objets ont été le premier élément de toutes les sciences, et il est une science, l'astronomie, qui, avant la découverte des lois de la physique sur le volume, la pesanteur, la densité, n avait à son service qu'un seul ordre de phénomènes : la progression des astres, bientôt interprétée par un seul ordre de procédés intellectuels, les mathématiques. Mais à mesure que le champ des connaissances s'agrandit, que leur explication devient ou semble devenir moins incertaine; que les sciences se fondent, s'étendent et se pénètrent mutuellement; que la physique entre dans la chimie, l'une et l'auti'e dans la biologie, il arrive que les besoins de l'observation augmentent, que ses voies s'éclairent en se multipliant, que les moyens d'action se perfectionnent. Maintenant l'esprit, qui la suivait, la devance ; il la dirige, il lui prescrit sa tache, les points où elle doit porter ; il fait comme l'archéologue qui, ayant deviné une richesse enfoncée dans le sol, conduit le travail de l'ouvrier chargé de la mettre à découvert. Les connaissances de l'homme, par cela même qu'elles s'accumulent, lui fournissent les moyens pratiques de les grossir encore. Le compas, le microscope, le télescope, viennent à son aide, avec mille autres instruments de précision propres à mettre en évidence nombre de faits que nos sens n'eussent jamais aperçus.

L'observation descend ainsi de la surface dans les profondeurs; en même temps, elle s'étend des phénomènes particuliers aux phénomènes généraux, des phénomènes isolés aux relations des phénomènes entre eux, donnant toujours à l'esprit scientifique qui lui demande toujours, jusqu'à ce que les faits, connus enfin dans leur enchaînement, dans leur genèse, dans tous les modes et

tous les détails de leur manifestation, puissent être classés et rangés sous des lois, qui sont les lois mêmes de la nature.

Les moyens de parvenir à ce suprême résultat ont été étudiés à l'article Biologie, sous les noms d'observation proprement dite, expérimentation, comparaison. Le sujet y a été traité avec toute l'autorité que confère à l'auteur de l'article son rôle personnel dans le mouvement scientifique de notre époque. Il devra d'ailleurs revenir à l'article Science. Qu'on nous permette seulement quelques considérations générales.

Nulle part la constitution de la science n'est aussi difficile qu'en biologie, normale ou pathologique. On le sait, plus on s'élève dans l'échelle des êtres, et plus les conditions de l'être se compliquent. La complication atteint son plus haut degré chez les animaux supérieurs et principalement chez l'homme. Dans l'organisme animal, les parties peuvent bien être ramenées, en dernière analyse, aux mêmes éléments chimiques que le minéral , mais ces éléments y forment des associations qui n'appartiennent qu'à lui, et qui, sous le nom de principes immédiats, d'éléments anatomiques, entrent à leur tour dans des combinaisons dont l'effet est, non de les détruire, mais tout au contraire de les renouveler sans cesse. Dans l'organisme animal, une communication indiscontinue est établie avec le dehors; par les voies respiratoires, par les voies digestives,par la peau même, se fait un courant d'échanges entre le milieu intérieur et le milieu extérieur. Dans l'organisme animal, régnent les influences physiques du monde cosmique, et s'exercent sur place, dans la profondeur des organes, des actions de même ordre, d'une variété infinie. Dans l'organisme animal enfin, aux propriétés communes de la matière se joignent, entretenues par la nutrition, des propriétés spéciales, donnant lieu par leur exercice même à des forces diverses, qui, servies par l'admirable concordance de tout le mécanisme, assurent l'harmonie des fonctions et constituent l'unité de la vie. De tout cela résulte, dans l'économie vivante, sous une apparente simplicité, une effroyable complexité de phénomènes, d'actions et de réactions, délicates, obscures, inaccessibles aux sens et rendues plus compliquées encore par des conditions toutes particulières et variables de température, de contact, de pression, de mouvement, etc. Quel terrible champ pour l'observation, et comme on conçoit bien qu'elle y marche si lentement et s'y égare si souvent! C'est la science en progrès qui la guide aujourd'hui, avonsnous dit; mais ce progrès, dont on a raison d'être fier, tant il est laborieux, est pourtant bien modeste encore. Et puis, la science, ce sont les savants qui la font et qui s'en servent, avec toutes les diversités de leurs aptitudes, de leur intelligence et de leur jugement; et il ne faut pas dès lors s'étonner que tant de fois des observations, des expérimentations même, poursuivies par plusieurs d'entre eux sur un même point, par les mêmes procédés, aboutissent à des résultats différents ou contradictoires.

La clinique prête particulièrement à cette anarchie. Dans un complexus symptomatique, pas la moindre lumière, si l'esprit ne la donne, pour éclairer la source du mal, pour montrer la liaison des désordres éparpillés dans l'économie, pour faire distinguer les vrais caractères pathologiques des phénomènes accidentels, et les effets primitifs de la cause de ses effets consécutifs. C'est dans cette interprétation que s'accuseront la diversité et l'inégalité d'esprit des observateurs, apportant une dose variable et des applications différentes de ces notions générales qui ne nous viennent pas de l'observation, mais de la logique, et dont la mathématique, qui est une logique particulière, nous offre le type.

68 OBSERVATION EN GÉNÉHAL.

Pour donner une sorte de sanction aux considérations précédentes et les rendre du même coup plus intelligibles, sans entamer pourtant le fond du sujet réservé à l'article Science, donnons un exemple de l'application des procédés de l'esprit à un fait d'observation clinique. Nous n'avons besoin pour cela que de nous copier nous-même.

Nous sommes — disions-nous en 1851 dans la Gazette médicale de Paris, à propos d'une très-juste remarque de M. J. Guérin sur la valeur de l'observation — nous sommes en présence de malades offrant tout à la fois un coryza aigu, de la toux, une expectoration abondante, des vomissements, de la diarrhée, des sueurs, une forte courbature. Que peut dire l'observation? Une seule chose: à savoir que chacun des individus a trois maladies : une rhinite, puis une bronchite, puis une gastro-entérite ; elle peut seulement ajouter que c'est en raison de la coexistence de ces trois maladies que les symptômes généraux sont trèsintenses. Mais l'esprit s'empare des faits ; il prend à part chaque phénomène et l'étudié dans ses caractères ; il constate que les symptômes généraux ont précédé d'assez longtemps les lésions locales ; qu'ils ont même diminué depuis l'apparition de certaines lésions, telles que la diarrhée ou les vomissements ; que certains sujets, dont il pourra faire le compte, n'ont présenté que des symptômes généraux, sueurs, lièvre, courbature; que les troubles locaux affectent surtout la membrane muqueuse, au nez, dans les bronches, dans les intestins; que ces troubles consistent partout et surtout dans une même manifestation pathologique qui est une hypersécrétion muqueuse, sans coliques vives, sans tension abdominale ni aucun des signes de la vraie phlegmasie intestinale; que des désordres nerveux très-marqués, douleurs musculaires, crampes, se lient plus ou moins souvent (dans le tiers, dans le quart des cas, il n'importe) aux formes diverses du complexus symptomatique ; puis, sortant de l'observation actuelle et s'armant de notions préalablement acquises, il remarque que les épidémies ont précisément pour un de leurs caractères de s'attaquer simultanément à plusieurs organes, d'imprimer à toutes les manifestations locales un cachet uniforme; et enfin, de toutes les données, de tous les rapprochements, de toutes les inductions, de toutes les analogies, de tous les résultats statistiques, auxquels l'a conduit cette opération, l'esprit conclut qu'il a alfaire, non à trois maladies, mais à une seule, qu'il appellera grippe ou autrement ; que cette maladie est primitivement générale; que ses expressions locales ne sont que des produits d'une seule et même cause, et qu'elle a une nature spéciale qui suffit à la distinguer de toutes les autres maladies.

Bien des exemples montreraient une opération plus compliquée et plus profonde de l'esprit sur les faits de simple observation; mais celui-là, par sa simplicité même, convient mieux à l'interprétation de notre pensée.

II. Observations médicales. On appelle ainsi, par métonymie, un produit direct de l'observation simple, qui consiste en des histoires particulières de cas morbides. 11 serait peut-être intéressant de faire, si l'on nous passe l'expression, l'histoire de ces histoires; de suivre les phases par lesquelles elle a passé en même temps que la science elle-même ; mais cette étude exigerait plus de place et de travail qu'elle n'aurait d'utilité. Ceux qui voudront bien parcourir le répertoire de Ploucquet, aux mots : Observationes et ^ger, y trouveront une longue liste d'écrits où l'on peut aller chercher soit des relations détaillées de maladies, soit des remarques sur l'observation médicale et sur la manière d'interro-

ger le malade. Pour nous, nous croyons devoir nous contenter, à cet égard, de quelques remarques de fond.

On peut réduire à deux modes la conception d'une observation clinique. Suivant le premier, on explore le malade de capite ad calcem, comme on ferait d'une terre inconnue; on s'enquiert de tout son passé; on interroge successivement tous les organes, tous les systèmes, tantôt par ordre analomique, tantôt par ordre de fonctions ; puis on note jour par jour, et] sur tous les points, les changements survenus jusqu'à la guérison ou la mort du sujet. Ce premier mode peut avoir l'avantage d'ouvrir à l'observateur la chance d'une rencontre d'analogies, de phénomènes symptomatiques, d'indices étiologiques, d'aperçus thérapeutiques, auxquels on n'avait pas lieu de s'attendre. Aussi ne le blàmons-nous pas absolument : il serait même excellent pour certaines conditions : par exemple, si l'on entreprenait dans un hospice, dans un asile, dans tous les établissements dont les hôtes sont à demeure, de suivre pendant des années la série de maladies par lesquelles passe un individu et le rapport de ces maladies les unes avec les autres, pour arriver un jour à en étudier les traces sur le cadavre. Une étude de ce genre apporterait certainement à la pathogénie et à l'anatomie pathologique des éléments nouveaux et imprévus. Mais une telle manière de recueillir les observations est bonne pour soi : livrée au public, elle devient intolérable; et nous ne pouvons que plaindre ce blessé légendaire, gisant avec un morceau de fer entre les côtes, et à qui l'on faisait raconter ses antécédents de famille.

L'autre mode est plus naturel, plus logique, plus directement profitable : si naturel et si logique, qu'on peut regarder comme à peu près impossible qu'il ne se mêle pas au premier. On l'a vu plus haut, l'observation vraiment simple, pure, comme on l'appelle, est contre nature. Un fait n'est pas plus tôt constaté qu'il éveille une idée de relation, et l'idée de relation, la recherche. Dès lors, il n'y a pas d'observateur absolument passif; et la conséquence en est, suivant nous, que la meilleure manière de rédiger des histoires de maladies est de grouper les détails du récit autour des questions scientifiques ou cliniques qui se rattachent au cas observé. L'esprit de système, il est vrai, abusera peut, être de ce mode; mais un usage abusif est le sort des meilleures choses. Le premier modèle de ce genre d'observations est dans Hippocrate ; proportionné avec l'état actuel de la science, approprié aux aspects nouveaux delà médecine, augmenté d'indications sur le traitement suivi (caria marche naturelle des maladies était ce qui préoccupait surtout les premiers observateurs), il serait tel que nous le voudrions. On prendra une idée de l'observation hippocratique par l'échantillon- suivant que nous empruntons, parmi les plus courtes, au premier livre des Épidémies (Trad. de M. Littré). Il ne faut pas perdre de vue que l'auteur a spécialement en vue, ici, les phénomènes critiques.

Méton fut pris d'une forle fièvre avec une pesanteur douloureuse dans les lombes. Le second jour, ayant bu beaucoup d'eau, il eut une bonne évacuation alvine. Troisième jour, pesanteur de tête, selles tenues, hiiieuses, ro\igeù.ives. Qua(rième jour, tout s'aggrave; il eut, de la narine droite, deux fois une petite épistaxis, la nuit fut pénible; les selles furent semblables à celles du troisième jour ; les urines furent noirâtres ; elles présentèrent un nuage noirâtre aussi et dispersé; elles ne déposèrent pas. Le cinquième jour, écon\einenl d'un sang pur de la narine gauche; le malade sua, ce tut une crise ; mais, après la crise, il eut de l'insomnie, du délire, des urines ténues, noirâtres. On lui administra des affusions tièdes sur la tète ; il dormit, revint à lui. Chez ce malade, il n'y eut pas récidive, mais il eut plusieurs épistaxis après la crise.

Les observations fournissent les pierres de l'édifice scientifique ; or, si l'on veut construire les fondements d'une église, on n'apporte pas sur le terrain les pierres de la voûte. De même, l'histoire d'une maladie ne doit exposer que ce qui a trait aux points de vue ou à l'un des points de vue que celle-ci présente, et aux questions ou à la question qu'on se propose d'élucider. C'est le moyen de la rendre agréable et vivante. Après cela, vaut-il la peine de dresser longuement, avec beaucoup d'auteurs, un étal des matériaux dans lesquels ou devra puiser ? J. Hughes Bennett, par exemple, range sous sept chefs « les symptômes et les circonstances qui, dans un examen, doivent fixer l'attention », et il les énumère sous les rubriques de système circulatoire, système respiratoire, système nerveux, système digestif, système génito-urinaire , système tégumentaire, historique. Ce tableau est assurément d'un clinicien expérimenté : mais à qui peut-il servir? S'il faut s'enquérir, pour chaque sujet, de cette centaine de « phénomènes ou circonstances », c'est, pour les trois quarts, peine perdue; car il n'y a aucun intérêt à s'occuper, je suppose, de\a mensuration de l'abdomen ou de celle de la poitrine dans la laryngite aiguë, de la recherche du bruit de pot fêlé dans la dysenterie ou de celle des hémorrhoides dausle cancer du sein. Et si l'on veut, comme il le faut, s'en tenir aux investigations utiles, une liste comme celle-là ne sert encore à rien, parce que l'observateur ne peut y faire un choix qu'à la condition de connaître d'avance la valeur de chacun des termes qui la composent, conséquemment, de connaître ces termes eux-mêmes. Tient-on absolument à se tracer un plan d'examen, le mieux est encore de considérer successivement les trois côtés essentiels de tout cas morbide : les symptômes actuels ; les symptômes qui l'ont précédé (anamnèse); les circonstances dans lesquelles le mal s'est produit, en y comprenant les conditions d'âge, de sexe, de tempérament, etc. Avec une information, s'il y a lieu, relative à la question d'hérédité, on a un tableau méthodique qui aide suffisamment la mémoire, qui remplit toujours et qui n'excède jamais la mesure.

Quant à la manière de s'engager dans cet examen, la meilleure, croyons-nous, est celle, recommandée d'ailleurs par les premiers maîtres en clinique, qui consiste à poser tout d'abord au malade cette question : « Où souffrez -vous? » 11 faut néanmoins s'attendre à ce qu'il vous réponde : « Partout » ; dans ce cas, on lui demande s'il souffre ici ou là, en touchant successivement diverses parties du corps, et nous avons connu très-intimement un praticien qui touchait d'ordinaire le bout du nez. A force de ramener le sujet à la question, en fixant ses souvenirs sur le genre de douleur ou de malaise qui l'a amené à l'hôpital ou dans votre cabinet, on finit par obtenir un premier renseignement qui devient le pivot de l'investigation. II s'agit, par exemple, d'une douleur de côté : c'est un symptôme; qu'annonce-t-il? une névralgie? un rhumatisme musculaire? une pleurésie ou quelque autre affection interne.'' Le praticien se met en présence de chacune de ces hypothèses, en commençant par celle qu'un premier coup d'œil a rendue la plus probable, et en faisant concourir à cette œuvre de discernement tous les moyens dont il dispose : interrogatoire, palpation, percussion, auscultation, examen des phénomènes de respiration et de circulation, etc. II épuise ainsi successivement les diverses hypothèses jusqu'à ce qu'il arrive à un diagnostic précis. Cette manière, je le repète, est celle des vrais praticiens. Souvent, du reste, les habiles peuvent se passer de tant de détours et tombent d'emblée sur la supposition vraie. On fera remarquer peut-être que les données recueillies par ce procédé ne s'agencent pas comme il faut pour une relation di-

OBSTÉTRIQUE (histoire). 71

dactique de la maladie. C'est juste; mais chercher une solution et l'exposer sont deux choses distinctes, et c'est à l'écrivain à compléter l'observateur.

Nous ne disons rien ici du respect qu'on doit au malade et de plusieurs autres règles de conduite qui appartiennent à la déontologie et sont, du reste, tellement impératives qu'elles en deviennent banales; non plus que de cette recommandation de voir tout de ses yeux, tant exaltée par Rostan depuis qu'il avait pris un zona pour une gastralgie, faute d'avoir écarté le vêtement. Le médecin doit être respectueux, patient, doux; il doit être attentif : il nous semble que c'est assez dans l'ordre pour qu'on ne doive pas insister (doî/. Sciejnce).

A. Dechambue.

OBSESSlOi\[. Dans les sciences occultes, l'obsession est l'état d'une personne tourmentée par un démon, tandis que la possession indique le séjour permanent du démon dans le corps. Les rêves et les idées délirantes fixes, les voix qu'entendent les hallucinés peuvent prendre le caractère d'obsession.

OBSTÉTRIQUE (Histoire) {ars obstetricia). Art des accouchements, ou plutôt art de la sage-femme (de ob, devant, et stare, se tenir). Considérée comme une science, l'obstétrique a une histoire déplorable; l'étude du mécanisme de l'accouchement spontané, c'est-à-dire l'analyse des divers mouvements exécutés par le fœtus dans son passage à travers les voies maternelles, est restée à peu près nulle pendant une longue suite de siècles. Cette partie de la médecine, si utile au bonheur des hommes et à la grandeur des sociétés, a été reléguée parmi les arts manuels et n'a été confiée qu'à des matrones sans instruction réelle, ou à des chirurgiens incultes et illettrés. Établie uniquement sur une routine dénuée de principes, elle a été d'abord empirique, c'est-à-dire instinctive, puis superstitieuse, livrée à l'inQuencc des prêtres et des prêtresses ; scolastique, c'est-à-dire esclave presque absolue de théories et de discussions ; enfin, elle n'a atteint le caractère scientifique que dans les seizième et dixseptième siècles, grâce aux efforts, au génie de savants hommes qui ont résolu de porter un remède sûr et efficace à un mal aussi profond.

On ne discutera pas ici, avec de savants théologiens, et surtout avec Cumberland, la question de savoir si Adam et Eve ont été créés avec un nombril, si le fameux peintre Santerre a bien fait de représenter le premier homme et la première femme sans nombril ; on ne suivra pas Astruc dans une dissertation où il traite de la conduite qu'Adam et Eve ont dû tenir à l'égard de leur premier enfant Caïn, et oii il examine avec beaucoup de détails le point de savoir comment ils ont agi avec le cordon ombilical de Gain et d'Abel... L'ont-il lié? l'ontils coupé? l'ont-ils mâchonné et sectionné avec les dents comme le pratiquent

presque tous les animaux Profond, profond mystère que le savant médecin

de la Faculté de Paris ne parvient pas à éclaircir.

Deux circonstances principales ont retardé considérablement l'évolution régulière de la science obstétricale.

Ce sont, d'un côté, le sentiment de pudeur naturel à la femme, et, peut-être, l'humeur jalouse des mai'is, qui ont fait confier à des femmes le soin des accouchements.

C'est, d'un autre côté, l'innocuité relative du travail de la parturition; c'est son caractère franchement physiologique dans la grande généralité des cas.

72 OBSTÉTRIQUE (histoire).

Il est assez naturel de croire que, dans les maladies particulières au sexe, les femmes n'ont voulu se confier qu'à des femmes, et, à plus forte raison, lorsqu'il s'agit d'une opération aussi naturelle que celle de l'accouchement, qui, dans les premiers âges, a dû se borner à aider la femme, à l'encourager, et à faire ensuite soit la section, soit la rupture du cordon ombilical. Un fait incontestable, c'est que l'accouchement anormal (dystocie) paraît avoir été la triste conséquence d'une civilisation portée à son plus haut degré, et que plus la femme approche de l'état de nature, plus l'enfantement se fait chez elle avec facilité. L'histoire des peuplades encore à l'état sauvage est là pour le prouver. Les femmes du Darfour comme celles des Arabes accouchent avec la plus grande facilité, et n'emploient que des femmes pour les assister (W. G. Browne, Nouveau voyage dans la haute et basse Egypte, t. Il, p. 70). A Cayenne, les femmes, habituées qu'elles sont à un grand exercice, et n'étant gênées par aucun vêtement, n'ont recours dans leur enfantement à aucun aide étranger ; elles se lèvent sur l'heure, prennent l'enfant entre leurs bras, et vont se laver dans la rivière la plus prochaine. C'est le mari qui prend le lit, fait la nouvelle accouchée penduiit six semaines, et est servi par la nouvelle mère (A. Biet, Voyage dans Visle de Cayenne, 1664, in-4°, p. 368). « On prend quelquefois soin des princesses quand elles accouchent, écrit de La Roque [Voyage dans la Palestine. Paris, 1717, in-8, p. 276); les[ autres femmes n'y font pas beaucoup de façon; je ne sais si elles sentent moins de mal que les autres, ou si elles le supportent plus courageusement; mais elles accouchent en chemin et partout où elles se trouvent, et comme sous leurs tentes. Quelques moments après qu'elles sont délivrées, elles prennent l'enfant, lui lient le nombril, et le vont laver à la première fontaine. Elles le mettent ensuite sur une natte tout nu, ou avec très-peu de langes, et le laissent se mouvoir et crier comme il veut... Et en les élevant ainsi, il meurt beaucoup moins de ces enfants que de ceux qui sont soignés. » Au rapport de Moreau de la Sarlhe [Histoire naturelle de la femme, 1805, in-8'*, p. 511), les Brésiliennes s'enfuient dans les bois aux approches des douleurs de l'enfantement, y accouchent et coupent avec une pierre tranchante le cordon ombilical. Lorsqu'une Hottentote touche au moment d'accouchei-, c'est une vieille femme de la horde qui l'assiste, et l'accouchement est toujours heureux. Jean Ler [Histor. naval., inBrasil, cap xvii); Boerhaave [De conceptu, n" 685), font la même remarque. Heister [Chirurgia, sect. 5, cap. cliii) assure que les villageoises de la Germanie accouchent souvent seules, debout, sans l'aide de la sage-femme. Théophile Bonet [Méd. sept., t. XYll, 1. IV, sect. 7, obs. 12) a observé le même fait au rapport de Baux, cité par Sue [Mémoire sur Vétat de la chirurgie en Chine; Journ. périod. de la Soc. de méd. de Paris, t. IX, p. 151). En Chine les accouchements sont les plus heureux, et il arrive rarement de fâcheux accidents. On n'a jamais recours aux chirurgiens, et c'est toujours l'affaire des matrones, qui n'emploient que les mains. M. Hureau, de Villeneuve, qui, dans satiièse doctorale (Paris, 1865), a étudié particulièrement l'accouchement dans la race jaune, c'est-à-dire dans la plus nombreuse des races humaines, écrit que la plupart des Chinoises accouchent à genoux, les genoux plies et écartés, les mains placées sur les cuisses, fournissant en avant un point d'appui au corps. Jamais un homme, pas même le mari, encore moins un médecin, n'est admis auprès de la parturiente.

Les déesses Isis chez les Égyptiens, Diane chez les Grecs, Lucine chez les Romains, n'ont été probablement que des matrones qui se sont fait remarquer

OBSTETRIQUE (histoire). 75

par leur aptitude à soigner les femmes en couches. Platon {Théétète, trad. de Y. Cousin, t. Il) donne des renseignements assez étendus sur les fonctions des sages-femmes. Socrate n'était-il pas fils de la sage-femme Phénarète? Le philosophe Pyrrhon, au rapport de Diogène (Liv. XVll, chap. ii), n'avait-il pas une sœur nommée Philista, qui était sage-femme aussi (fiiata)? Aspasie s'est rendue célèbre dans l'antiquité à soigner les femmes en mal d'enfant, et Aetius nous a conservé plusieui's fragments d'un ouvrage qu'elle avait composé sur l'art obstétrical. Térence [Andrienne, act. I,sect.4), Plaute(Mi7es jf/onosr^s) , parlent également des sages-femmes {votj. l'article Sages-femmes de ce Dictionnaire),

Nous avons à parcourir une longue suite d'années ; nous le ferons aussi brièvement que possible, renvoyant, du reste, le lecteur à l'article Forceps (Histoire du), dans lequel nous avons exposé l'historique de la partie instrumentale de l'accouchement.

Anciens Iïsdous. C'est dans le Rig-Véda, recueil d'hymnes indous qui remonte au moins à quinze cents ans avant Jésus-Christ, que se rencontre l'opinion que les enfants naissent à dix mois : « Maître des bois sacrés, sors de ta prison comme l'enfant sort de la matrice de sa mère. 0 Aswius, écoutez mon invocation et délivrez Saptawadhri... Porté pendant dix mois, sors du sein de ta mère enveloppé par les membranes internes. Le jeune enfant est resté dix mois dans le sein de sa mère ; qu'il en sorte vivant et fort, que le fils et la mère vivent heureux ! » On peut croire qu'on lavait le nouveau-né après la naissance ; on prescrit pour le nouveau-né du beurre et du miel dans une cuillère d'or; à six mois on donnait de la viande de chèvre ou de perdreau, du riz, sur lequel on versait du beurre (Daremberg. Recherrches sur l'état de la médecine durant la période primitive de l'histoire des Indous,'lS&l, in-S").

Quelques cinq cents ans après le Rig-Véda, nous nous trouvons en face de VAyurvédas, système complet de médecine composé par le vénérable D'IIanvantare, et rédigé par son élève Susruta : il a été traduit du sanscrit en latin et publié par le docteur F. Hessler(£r/aw9fe, 1844, gr. in-8).Les chapitres x du tome I et XV du t. II sont consacrés aux accouchements. On est étonné de trouver, à une époque aussi éloignée de l'histoire humaine, des préceptes très-sagement exposés touchant l'obstétrique. La femme enceinte y reçoit des conseils d'hygiène pour qu'elle ne perde pas son fruit ; la manière de se vêtir, sa nourriture, sa locomotion, sont très-sagement réglées. Au commencement du neuvième mois, elle est conduite dans une maison particulière [puerperarum dorrnts), où se réunit un conclave obstétrical. On reconnaît que la femme est sur le point d'accoucher lorsque le fœtus descend dans le bassin, que le ventre baisse, et que des douleurs se manifestent aux lombes ; ces douleurs se propagent bientôt à la région sacrée, la parturiente laisse échapper les matières fécales, et de la vulve sortent l'urine et le phlegma. Une fois le travail commencé, on invoque la bénédiction des génies tutélaires ; le médecin fait boire à la patiente une quantité énorme {nsque ad gulam) d'eau de riz fermentée ; elle est mise sur un lit moelleux, couchée sur le dos, les cuisses écartées, ces dernières maintenues en position par quatre femmes courageuses, habituées à voir des accouchements. Une fois l'enfant mis au monde, le cordon est lié à huit travers de doigt de l'ombilic, et coupé; on entoure la femme des plus grands sdins ; on veille à ce qu'il ne survienne point d'hémorrhagie utérine; on combat ce dernier accident au moyen de plusieurs n\édicaments tous tirés du

74 OBSTETRIQUE (histoire).

règne végétal. On choisit ensuite une nourrice, laquelle doit être d'une taille et d'un âge moyens, exempte de maladies, d'un bon caractère, point peureuse, point cupide, ni maigre ni corpulente, fournie d'un lait favorable, aimant son nourrisson, douce, d'une bonne famille ; elle ne doit point avoir les lèvres proéminentes, ses mamelles doivent être bien plantées, ni trop haut ni trop bas...

Il y a tout un chapitre consacré aux accouchements qui ne suivent pas la marche normale {fœtus pertiirbatus) , et dans ces cas il faut avoir recours au protomédecin. Il peut arriver trois mauvaises présentations soit relativement à la tète, soit par rapport aux bras, soit en ce qui concerne les hanches. Un membi'e inférieur seul peut être sorti de la vulve ; alors, on va chercher l'autre membre; l'embryon peut présenter les fesses, alors on l'attire par cette région; il peut être replié sur lui-même et faire l'office d'un coin, alors le médecin doit repousser le fœtus dans la matrice, le redresser et l'attirer peu à peu. Est-ce l'épaule qui se présente, on convertit cette présentation en celle de la tête; il en sera de même, si les deux bras sont sortis. Si l'enfant ne peut être extrait de quelque manière que ce soit, il faut avoir recours à l'embryotomie : armé d'un couteau, le médecin brise le crâne, il saisit le fœtus avec un crochet enfoncé soit dans la poitrine, soit dans le crâne, soit dans la cavité des yeux, soit même dans l'abdomen, qu'on débarrasse de ses viscères.

HoMÈRK ne fait guère allusion qu'une fois à un accouchement ; c'est pour celui, à sept mois, de la noble épouse de Sthenelius; l'enfant Eurysthice naquit viable, au grand désespoir de Jupiter, à la vive satisfaction de Junon, qui, suivant le poëte, avait précipité la naissance d'Eurysthice, et retardé de quelques instants les couches d'Alcmène, enceinte d'Hercule. Laissant de côté l'ingénieuse mythologie, nous retrouvons dans ce passage l'origine de l'opinion qui fixe à sept mois le premier terme de la viabilité (Daremberg. La médecine dans Homère, 1865, in-8°).

On a cherché à combler, au point de vue de l'histoire médicale, la lacune entre Homère et Hippocrate ; mais on n'y trouve rien de remarquable en ce qui concerne l'obstétrique. Euripide, en parlant de la gestation, indique, mais assez vaguement, la place de l'utérus, car il dit : « je t'ai nourri, je t'ai porté sous le foie. » Aristophane emploie un vocabulaire très-varié pour désigner les organes génitaux de l'homme et de la femme. Hérodote parle de la grossesse (VI, 65-69), et il dit que les enfants naissent à dix mois ; il cite aussi la superfétation chez les animaux.

Hébreux. Les Écritures saintes et le Talmud, ou code civil et religieux des Juifs, attestent que la médecine et la chirurgie furent de tout temps en honneur chez les Israélites. Les médecins étaient répandus jusque dans les plus petites villes; ils traitaient les exanthèmes, la lèpre, la dysenterie, la phthisie, la folie, etc., prescrivaient des médicaments végétaux et minéraux, et même écrivaient des ordonnances. Néanmoins, il n'est jamais question dans la Bible d'accoucheurs; les Juives ou accouchaient seules, ou étaient aidées par des voisines, par des parentes, quelquefois par des sages-femmes.

Jocabel, mère de Moïse, accoucha si proraptement que personne ne fut prévenu, et qu'elle put facilement soustraire son fils à toutes les recherches (FI. Josèphe, Antiq., lib. H, cap. v).

L'épouse de Phinée, belle-fille d'Héli, grand-prêtre des Hébreux, était entourée de femmes (mulieres), lorsqu'elle mourut d'un avortement causé par

OBSTETRIQUE (histoire). 75

la mort de son mari, de son beau-père, et par la perte de l'arche [Rois, iib. I, cap. IV, V. 19 et 20).

Une sage-femme assista Rachel dans ses couches pénibles : « Et ayant grande peine à accoucher, Rachel se trouva en péril de la vie. La sage-femme lui dit : Ne craignez point, car vous avez encore un fils.

Mais Rachel, qui sentait que la violence de la douleur la faisait mourir, étant près d'expirer, nomma son fils Bénoni, c'est-à-dire le fils de ma douleur.

Et Rachel mourut » (Genèse, xxxv).

L'accouchement de Rébecca est digne d'être noté : il s'agissait, en effet, d'une grossesse gémellaire, d'un cas de dystocie et d'une procidence du bras. Le premier des enfants sortit tout rouge et couvert de poils; on le nomma Esaii; ensuite vint son frère dont la main tenait le talon d'Esaû ; on l'appela, pour cette raison, Jacob [Genèse, xxv, v. 22, 24, 25).

C'est aussi d'une grossesse gémellaire que Thamar fut délivrée :

« Comme elle fut sur le point d'accoucher, il parut qu'il y avait deux jumeaux dans son sein. Et lorsque ces enfants étaient prêts à sortir, l'un d'eux passa sa main, à laquelle la sage-femme lia un ruban d'écarlate, en disant :

Celui-là sortira le premier.

Mais cet enfant ayant retiré sa main, l'autre sortit. Alors la sage-femme dit : Pourquoi avez-vous ainsi rompu le mur qui vous divisait. C'est pounjuoi il fut appelé Phares. Son frère, qui avait le ruban d'écarlate à la main, sortit ensuite, ^ et on le nomma Zara » .

Les commentateurs se sont livrés à toutes sortes d'interprétations sur ce fait obstétrical. Kotelmann nous paraît avoir été le plus près de la vérité, lorsqu'il affirme que cet accouchement de Thamar est l'exemple le plus anciennement mentionné d'une version spontanée : « La sortie de la main du premier ciifant indiquait une présentation de l'épaule, et sa naissance ultérieurement facile dénote que cette présentation de l'épaule s'était convertie en une présentation du sommet. La rentrée de la main dans l'utérus prouve que l'épaule, d'aboi<d enclavée dans le bassin, était remontée assez haut pour laisser passer le second enfant » .

Une autre preuve que les Hébreux, comme du reste les Egyptiens, n'employaient que des sages-femmes dans^les accouchements, c'est l'ordre donné par Pharaon aux sages-femmes des Hébreux, nommées l'une Séphora, et l'autre Phuha, d'exterminer tous les enfants mâles qui naîtraient et de ne conserver que les filles, ordre que la probité et l'humanité de ces sages-femmes rendirent inutile {Exode, I, v. 15, 16, 17, 18, 19).0rigène, qui a fait des homélies sur cette partie de l'ancien Testament, nous apprend que les sages-femmes dont il est mention étaient très-habiles dans leur art.

Grecs et Romains. Hippocrate a laissé, soit dans son Traité des maladies des femmes, soit épars çà et là dans d'autres de ses ouvrages, des préceptes relatifs à l'art des accouchements; en les réunissant, il en résulte un corps de doctrine qui peut faire connaître les idées du père de la médecine touchant ce sujet.

De quelque nature que soit l'accouchement, Hippocrate prescrit de porter vers les parties antérieures et vers l'orifice de la matrice des huiles chaudes, des graisses, la vapeur d'une eau dans laquelle on a fait bouillir des eaux émollientes. II reconnaît trois principales positions dans lesquelles l'enfant peut se

76 OBSTÉTRIQUE (histoire).

présenter : la tête, les pieds, les bras, le corps en travers ; la première est la plus naturelle, la seconde et la troisième difficiles, la quatrième impossible à la nature. En vertu d'une fausse analogie avec l'éclosion du petit de l'oiseau, le fœtus humain s'échappe du sein de la mère par une action qui lui est propre. Il est comparé à un noyau d'olive qui, mis dans un vase à goulot étroit, n'en peut être retiré de côté. Tous les enfants sont produits la tête en haut, et la plupart viennent au monde la tête en avant. Dans les cas de présentation des bras, il faut les repousser jusqu'à ce qu'ils rentrent dans les parties génitales ; on en fera autant, s'il s'agit de la sortie du membi'e inférieur. L'enfant est-il mort, la tête étant sortie de la vulve, mais le corps n'ayant pu suivre? Hippocrate humectait la main avec de l'eau, et glissait un doigt entre l'orifice et la tête, engageait ce doigt sous le menton, l'enfonçait dans la bouche du fœtus, et tirait à lui; il dit aussi que, lorsque la tête reste engagée et que les pieds sont sortis, il faut en faire l'extraction avec les mains. Le fœtus est-il mort étant encore engagé dans la filière qu'il a à parcourir, voici comment s'exprime à cet égard le père de la médecine : « Oindre la main avec du cérat aussi onctueux que possible, l'introduire dans la matrice, et séparer les épaules du cou en appuyant avec le pouce. Le pouce est, pour ce besoin, armé d'un ferrement (Ôvy/a). L'amputation faite, on extrait les bras; « puis, rentrant, on fend le ventre et, l'ayant fendu, on retire doucement les entrailles. Cela fait, on brise les côtes ». Il n'est pas question du broiement de la tête. Hippocrate, dans l'accouchement laborieux, avait grande confiance dans la siiccussion, qu'il recommande dans les termes suivants : « On étendra un linge par-dessous la femme couchée sur le dos, et on jettera un autre linge pour cacher la vulve ; chaque jambe et chaque bras seront enveloppés d'un linge. Deux femmes saisiront les jambes et deux autres femmes saisiront les bras; alors, tenant fermement, elles ne donneront pas moins de dix secousses. Puis, elles mettront la femme sur le lit, la tête en bas, les jambes en haut; ejt laissant les bras elles saisiront toutos les qufitre les jambes, et donneront plusieurs secousses sur les épaules, en rejetant la patiente sur le lit, afin qu'ainsi secoué le fœtus se replace dans l'espace large et puisse cheminer régulièrement w (Hippocrate, trad. de Littré, t. VU, p. 455, 459, 555, 549; t. YHI, p. 79, 480, 481, 516, 517, 915).

Il est curieux de rappeler que Sonnini a vu en Grèce, en l'année I 801 , presque le même procédé de succussion hippocratique, employé habituellement par les sages-femmes, pour opérer la délivrance. Il s'agit, dans le cas particulier qu'il a pu observer, d'une jeune femme de dix-huit ans, grande, belle et bien faite. « La sage-femme, fort âgée, arrive, accompagnée d'une aide. Elle portait une espèce de trépied construit ainsi : deux pièces arrondies et un peu convexes en dehors s'unissent à un angle aigu, et supportent à leur jonction un morceau plat et propre à s'asseoir ; le tout est enveloppé et fort négligemment garni de vieux linges, et supporté par trois pieds fort bas et aussi grossièrement travaillés que le reste, dont l'un assujettit l'espèce de sellette de l'angle, et les deux autres sont placés sous les deux branches et vers leur extrémité... La nature commence à agir, les douleurs se multiplient ; on force la femme à se promener sans cesse dans la chambre; lorsque les douleurs arrivaient, on la faisait pencher et se coucher au devant de son lit, et la sage-femme, placée derrière elle, lui pressait les flancs de ses deux mains; alors la promenade recommençait. Enfin, le moment critique arrive. On fait placer la jeune personne sur le trépied; la sage-femme se met devant et un peu plus bas, et l'aide s'assied derrière sur

OBSTÉTRIQUE (histoire). 77

un siège plus élevé, et l'étreint de ses bras par le milieu du corps... L'enfant ne tarda pas à paraître ; et aussitôt qu'il fut séparé de Tarrière-faix, l'aide d'un bras vigoureux souleva l'accoucbée à plusieurs reprises, et perpendiculairement au-dessus du trépied, sur lequel elle la laissa retomber avec beaucoup de rudesse. Ce procédé violent, d'un usage général, est un moyen que les femmes grecques jugent indispensable pour compléter l'accouchement » (Sonnini, Voyage en Grèce et en Turquie, 1801, in-8", t. II, p. 93).

Celse, qui vivait dans le premier siècle de l'ère chrétienne, a îait de tels emprunts à Hippocrate, et ajoute si peu de choses aux œuvres du maître, qu'on peut encore le confondre avec les auteurs grecs. Mais dans son chapitre xxx, intitulé : Manière de tirer le fœtus mort du ventre de sa mère, il donne quelques préceptes qui peuvent être suivis en d'autres occasions, comme le fait très-bien remarquer le docteur De Soyre. 11 indique la manœuvre de la version céphalique, celle de la version podalique, et la mutilation du fœtus par l'embryotomie, quand l'extraction ne peut être opérée ni par les mains, ni par le crochet implanté dans la tête. C'est la première fois que l'on voit la version podalique indiquée. Celse reconnaît trois positions : par la tête, par les pieds, ou en travers « Le médecin doit chercher avec la main à redresser l'enfant sur la tête ou sur les pieds, quand il est par hasard disposé autrement. S'il n'a pas d'autres ressources, il saisit une main ou un pied pour redresser le corps, car avec la main il fera la version céphalique et avec le pied la version podalique : Manus in caput, pes in pedes convertit » (Celse, trad. de A. Védrènes ; 1876, in-8°).

Galien a ajouté peu de chose aux maximes d'Hippocrate. Les chapitres dans lesquels il traite de l'accouchement sont assez nombreux, mais il continue à marcher dans la voie tracée par le maître ; il s'étend beaucoup sur les questions physiologiques relatives à la parturition, mais il ne nous apprend presque rien quant à son mécanisme. Il croit que l'enfant fait la culbute immédiatement avant que de s'échapper de la matrice. 11 dit que dans les accouchements où les pieds sortent les premiers l'obstacle le plus grand vient des bras ; que, lorsqu'un pied se présente seul, il y a à craindre pour l'autre. « La nature, ajoute-t-il, a veillé avec soin à ce que le fœtus arrive au col de la matrice dans la position convenable, et qu'il en sorte sans se blesser et sans se luxer aucun membre, en engageant d'abord la tête dans le col de la matrice, et en ouvrant ainsi la route aux autres parties. Si le fœtus, pour sortir, se présentait obliquement ou en travers, ou s'il se présentait dans le sens de sa longueur, ce qui arrive dans les cas rares, ou si la jambe ou la main se présente avant la tête, alors la sortie devient difficile pour les autres membres » (Galien, trad. Daremberg, t. li, p. 143, 149, 150). Il est probable que Galien n'a jamais pratiqué l'art des accouchements, et qu'il s'en est tenu à la doctrine d'Hippocrate, dispersant dans ses ouvrages des réflexions philosophiques de haute portée, où l'on démôle difficilement ce qui appartient en propre à la pratique.

MoscHioN est considéré à juste titre comme le premier auteur qui ait écrit d'une manière spéciale sur l'art des accouchements. Son ouvrage De mulierum passionibus (édition de F. 0. Dewez, Vienne, 1795, in-S") mérite d'être lu et médité. Nous signalons surtout les chapitres i {Portrait de la bonne sagefemme) ; xLvii [Description d'une chaise destinée aux femmes en travail) ; xlix

78 OBSTETRIQUE (histoire).

(Description d'un « lit de misère ),); cxliii {De V accouchement difficile et laborieux); cxi.iv [De r accouchement difficile dû à la parturiente) ; cxi.v {De V accouchement difficile dû au fœtus) ; cxlvi {Des positions que peut prendre le fœtus dans le travail). Moschion reconnaît trois présentations principales : par la tête, par les pieds, par le côté ; mais il subdivise ces trois principales positions en d'autres secondaires. Voici d'ailleurs son propre texte :

« Peculiares vero situs plures reperiuntur. Foetus enim ille qui capitc fertur « quandoque quidem capite in orificio uteri haeret, dum reliquum corpus « obverse situm est. Qui prseterea velut praecedens capite procedit, vel illud « orificium intrusit, vel prone impegit. Vel obliquum se ipsum offert, et sicqui- « dem aliquando ut ne reprimi quidem possit. Aliquando unam manum profert, « dum reliqua pars intus junctis pedibus vel etiam divaricatis invenitur. Alius « verô situs, cum pedibus sic procedit, ut oppositum quidem uteri orificium « in recta directione sitos pedes recipiat, dum interea manus lateribus aut « antrorsum junctse sunt ; vel cum ipsos pedes ab ostio déviantes rétro impin- « git... Et aliquando unum quidem pedem, aliàs verô utrosque manibus scilicet « in caput conversis, promittit, aliquando divaricatos pedes in oppositos uteri « parietes impingit. Quandoquidem conduplicatis pedibus, genulus prodire « cogetur. Aliàs verô sedentis ad instar conduplicatis iisdem, nates extus offert. « Vel erunt è contrario sic duplicati, utpedum plantas capiti junctas in orificio « uteri invenias. Fœtus autem obliquus situs, quandoque lateri innititur, « quandoque supinus jacet, vel eum in dentés pronum invenies. Sic igitur « conduplicatus et vexatus esse poterit ».

Aetius (sixième siècle) nous a transmis des préceptes puisés auprès d'une certaine Aspasie, sage-femme de ce temps, qui avait probablement écrit quelque mémoire sur les accouchements. Les chapitres i, xii , xv, xvi, xxi, xxii (liv. XVI), de l'ouvrage d'Âetius {Aetii Amideni lihri X17. Joanne Baptista Montano interprète ; Basilise, 1535, in-fol.), renferment de nombreux matériaux sur les maladies des femmes. Si ce qu'Aetius a extrait de la pratique d'Aspasie est fort court, quant à la partie opératoire, en revanche il s'y trouve des choses dignes d'être notées. Par exemple, dans ce qu'il dit sur les causes des accouchements laborieux, on s'aperçoit qu'Aspasie avait égard à l'obliquité de la matrice, à la grosseur du fœtus, à la position de la tête, qui, dit-elle, est parfois trop à droite, parfois trop à gauche. Lorsque les eaux sont écoulées depuis longtemps, Aspasie observe que la matrice se resserre fortement sur le corps de l'enfant, et dans ce cas elle tente, pour la ramollir et la relâcher, d'y porter des huiles tièdes, des fumigations relâchantes, comme l'avait ordonné Hippocrate. Il est vrai qu'elle conseille aussi (cap. xv), lorsque l'enfant ne descend pas aisément, de faire éternuer la patiente, de l'engager à retenir son haleine en se fermant la bouche et le nez. Le chapitre xxii, celui qui se réfère aux accouchements naturels, mérite d'être rapporté in extenso. Le voici :

« Situs prodeuntis fœtus 'naturae congruus est, ut recta in caput manibus « super utroque fœmore extensis oriatur ; praeter naturam verô caput in « dextram vel sinistrnra uteri partem déclinât; vel altéra, aut utraque manus « exeritur, cruraque interius à se invicem diducuntur. Reliquis tamen figuris « minus suspecta est, quse in pedes evenit prsecipue quse manibus super « utroque femore extensis recta defertur. Fœtus autem qui altero pede « prodeunt, altero interius retento, aut qui duplicati alicui vulvae parti inni-

OBSTÉTRIQUE (histoire). 7t)

« tuntur, directione indigent, sicut et qui manus expansas habent. At qui « obliqui egrediuntur minus improbandi sunt, quod quidem tripliciter evenire « potest : aut enim in aiterutrum latus, aut in ventrem progrediuntur, sed « tutius est in alterum latus progredi, nam ita obstelricis manu locus permitti- « tur, ut in caput aut in pedes nascentem dirigat. At qui duplicati prodeunt in « pessimam figuram inciderunt, prœcipue si in coxarum vertebras deferantur; « tripliciter enim duplicari soient, nam vel capite et cruribus, vel ventre vel « coxarum vertebris ostio uteri innituntur ».

Enfin, on ne peut pas négliger de mentionner le chapitre xxiii, extrait de l'ouvrage d'un certain Philumenus, et intitulé : De fœtus extractione sive sectione. « La femme est couchée sur le dos, y est-il dit, les cuisses fortement écartées, et maintenue par des femmes robustes. Le chirurgien examine l'état des parties au moyen du spéculum... Si la tête de l'enfant obstrue le passage, on doit faire la version par les pieds, et tirer le fœtus par ce moyen. Si elle adhère encore et qu'on ne puisse la refouler, il faut se servir d'un instrument attracteur qu'on enfonce dans l'œil, dans la bouche ou dans le menton du fœtus » (suivent de longs détails sur l'embryotomie).

Paul d'Égine (septième siècle). Sous ce médecin grec, mais que plusieurs auteurs rangent plutôt parmi les Arabes , l'art des accouchements a pris une vie presque nouvelle. « Il paraît, dit Freind [Histoire de la médecine, I, 255), avoir été le premier auteur où il soit fait mention d'un homme qui ait fait profession du métier de sage-femme, et de ce que nous appelons accoucheur ». C'est pour cela que les Arabes l'ont appelé Vir obstetrix, et c'est conformément à ce caractère qu'il commence son ouvrage par la description des maladies auxquelles les femmes grosses sont sujettes. 11 a composé sept livres sur la médecine. Ses œuvres commencent par un chapitre très-étendu sur les accidents des suites de couches, sur la nourrice, le lait, et la manière d'élever les enfants. Deux paragraphes seuls se rapportent à notre sujet; l'un est intitulé : Partus difficilis causœ curatio, et l'autre : Fartus ex utero qua ratione excitiatur excindaturque . Le premier chapitre commence par ces mots : « Les diflicultés, à l'accouchement, peuvent provenir soit de la mère, soit de l'enfant, soit des membranes, ou d'une cause externe ». Parmi les causes qui rendent l'accouchement difficile, et qui tiennent essentiellement à l'enfant, il cite la mauvaise position de ce dernier dans l'utérus : « En effet, dit-il, la position la plus heureuse est lorsque le fœtus présente la tète, les bras étant étendus le long des cuisses, ou bien encore lorsque ce sont les pieds qui arrivent les premiers; toute autre position est mauvaise et contre nature ». M. De Soyre [Étude hist. et crit. sur le mécanisme de Vaccouch. spontané, 1869) fait remarquer que Paul d'Égine est le premier auteur qui ne considère pas la présentation des pieds comme trop défavorable, puisqu'il la place immédiatement après celle de la tête. Le second chapitre roule en entier sur l'emploi des crochets, qui étaient en usage de son temps, d'autant plus que l'enfant mort devait être extrait de cette manière. Il est facile, du reste, de voir que Paul d'Égine, se conformant aux données de ses prédécesseurs, admettait les accouchements naturels, difficiles ou contre-nature, et laborieux.

Arabes. Si l'on en excepte Avicenne et Albucasis, aucun auteur arabe ne traile d'une manière quelque peu scientifique de la parturition Immaine. Dans cette période de quatre siècles pendant lesquels l'École arabiste est devenue déposi-

80 OBSTÉTRIQUE (histoire).

taire des connaissances de la Grèce et de l'Italie, l'obstétrique ne fit aucun progrès, et elle nourrit les mêmes erreurs que dans l'antiquité. On y trouve toujours établis comme des points indiscutables l'ouverture de la symphyse du pubis ; l'obligation d'extraire rapidement l'enfant mort du sein de sa mère ; l'accouchement de sept mois beaucoup plus favorable pour l'enfant que celui de huit mois. Rien sur l'accouchement spontané, les médecins ne pratiquant pas ces accouchements, et n'étant appelés que dans les cas anormaux; rien sur les vices de conformation du bassin, sur son anatomie, sur les détroits ; la femme est trop jeune ou sa matrice trop petite, ou bien la malade, tout en étant dans les conditions propres à l'accouchement, nourrit un enfant dont la tête est trop volumineuse. 11 est bon cependant de relever ce passage remarquable que l'on trouve dans Avicenne : « On appelle un accouchement naturel lorsque la tète du foetus se présente directement à l'orifice de la matnce, les mains étant étendues sur les hanches; dans toute autre position, l'accouchement n'est pas naturel ; cependant celui qui s'en rapproche le plus est lorsque l'enfant pi'ésente les pieds d'abord, les mains conservant leur position, étendues le long des côtes. Toutefois, si la tête perd sa rectitude, ou bien si les bras remontent en quittant les côtes, et que les pieds soient sortis, ces choses sont de mauvais augui'c »... Néanmoins, Avicenne a suivi l'exemple de ses devanciers en considérant les trois espèces d'accouchements : naturels, difficiles, et laborieux. « Gomme eux il fait rentrer dans cette dernière classe la délivrance d'un enfant mort qui ne peut s'aider à sortir, dit-il, par ses propres mouvements, et s'il indique assez bien quelques présentations, les conseils qu'il donne pour remédier aux difficultés résultant, soit d'une présentation de l'épaule, soit de la grosseur du fœtus, soit d'une procidcnce des deux pieds, sont empreints de la plus grande simplicité, et se l'éduisent souvent à des remèdes ou à des mouvements à faire exécutera la mère » (De Soyre).

Depuis la fin du douzième siècle jusqu'au commencement du seizième. Cette période de près de quatre siècles qui succéda à l'école arabe vit l'obstétrique rester dans le même état d'enfance que par le passé, et ne faire aucun progrès. Il est même vrai dédire que les]]quelques données scientifiques fournies par les Arabes restèrent presque inconnues, tant leurs œuvres furent peu répandues, et, du reste, à peu près intraduisibles pour le vulgaire. « L'immense autorité des prêtres, l'instruction qu'ils possédaient seuls à cette époque, fit passer entre leurs mains les pratiques médicales ; mais, comme leur caractère ne permettait aucune effusion de sang, la chirurgie fut abandonnée aux barbiers, et les accouchements continuèrent à être l'apanage des matrones sans instruction, et qui mettaient en pratique une routine transmise de générations en générations. Les universités constituées ranimèrent un peu le zèle, et des hommes supérieurs se livrèrent alors exclusivement aux études scientifiques, sans cependant abandonner les pratiques astrologiques et alcliimiques qui constituaient alors l'esprit général de cette époque. L'Italie fut la première qui produisit des œuvres originales, grâce à l'école de Salerne, et au patronage éclairé et considérable que les papes exerçaient dans la Péninsule. G'est ainsi que l'on voit Constantinus, Eros, Barthélemi Montagnana, Jean Baverius, Louis Bonacioli et d'autres, nous transmettre des exemples fort curieux, bien observés, et mal interprétés. Gordon à Montpellier, Jean de Gadesden en Angleterre, et Albert le Grand, à Paris, suivirent la même voie. Mais tous ces auteurs étaient encore

OBSTÉTRIQUE (histoire). 81

trop rapprochés de l'introduction dans nos pays des œuvres grecques et arabes, et on ne trouve dans leurs ouvrages que les applications des doctrines anciennes et la répétition de leurs erreurs » (De Soyre).

En France, parliculièrement, l'art des accouchements fut presque complètement confié aux femmes, lesquelles, du reste, sous le titre de matrones ou sages-femmes, étaient soumises à des règlements particuliers. L'on a toujours senti le besoin de réglementer la pratique des accouchements à Paris, car il n'est malheureusement que trop vrai que les sages-femmes, prises dans les basses classes de la société, dénuées de toute espèce d'instruction, ne sachant la plupart in lire ni écrire, et n'ayant sur leur art que des notions vagues et insuffisantes, devaient faire souvent dégénérer leur mission en un scandaleux métier. Témoin cette Perrette, ventrière, exerçant à Paris, qui fut condamnée à être mise au pilori pour avoir livré un cadavre d'enfant destiné à une manoeuvre de sortilège et qui fut graciée par Charles VI, à la faveur d'une lettre de grâce (17 mai 1408). Mais, malgré des recherches suivies, nous n'avons, en fait de réglementation des accoucheuses, rien trouvé antérieur au milieu du seizième siècle.

Vers l'année 1560, furent renouvelés des statuts et des règlements trop curieux pour ne pas prendre place ici :

Statuts et kèglemens ordonnez pour toutes les matbonnes, ou saiges-femmes de la ville, fadlx-

BOURGS, PRÉVOSTÉ ET VICOMTE DE PaBIS, ACCOUSTUMEZ DE TOUT TEMPS ESTRE GARDEZ ET JUREZ PAR LEfDlCTES MAIRONNES, AVANT d'eSTRE ADMISES A l'eXERCICE DE LEUR ESTAT, P;IR DEVANT MONSIEUR

LE Prévost de Paris, ou Monsieur le Lieutenant criminel, sur ce, au préalable, eu le consentement DE SIONïlEUR LE PROCUREUR DU Roï AU CllAÎTELET DE PaRIS.

Comme ainsi soit qu'avant tout ouvre, chacun des chrestiens ou chrestiennes soyent obligez avoir pour but l'honneur de Dieu et de ses saints; seront à cette occasion:

Premièrement. Admonestées toutes les matronnes ou s aiges-femmes de la ville, faulxbourgs et des environs d'icelles, visiter tous les ans une fi<is, sans empeschement de maladie, de prison, ou de travail pressé, l'église parrochiale des vénérables martyrs saint Cosme et saint Damian, soit de cette ville de Paris, rue de la Harpe, ou de la ville de Luzarches, la Vigile, ou jour de la solennité desdicts martyrs, qui escliet toujours le 27 septembre; et là supplier la bonté de iioslre Sauveur par l'intercession desdicts martyrs, de leur donner grâce de bien lidellement et charitablement exercer leur vocation de matronne ou saige-femme, à l'endroit de toutes femmes, soyent pauvres, médiocres, ou riches.

Secondement. Pour l'entretien du Sainct t^acrilice qui se célèbre en ladicte paroisse, s'acquitteront de la redevance et rente qu'elles doivent, soit le jour de la solennité d'iceulx martyrs, ou tous les premiers lundys de chaque mois non fesié, auquel tous les maistres chirurgiens jurés à Paris s'assemblent pour, après kdict Sainct Sacrifice célébré, visiter et conseiller, sans salaire, tous les pauvres malades qui. s'y retrouvent, suyvant l'ancienne institution de la confréiie l'ondée es dictes églises par les très chrestiens roys de France, qui ont voulu estre escrits au nombre et catalogue des confrères d'icelle, comme est contenu ez chartes de leurs majestés, confirmées de roy en roy et vérifiées par ce très auguste Sénat de Messieurs de la Cour de Parlement de ceste fameuse ville de Paris, registrées au registre des bannières dudict chastellet.

Que lorsqu'il y aura une femme ou une fille qui désirera esire receue saige femme en ceste dicte ville, faulxbourgs d'icelle, ou ailleurs, avant que ce faire, feront paroistre de leur demeure, de leur vie, conversation vertueuse, et soubz quelles maiti'esses ou mères elles auront appris l'eslat de matronne ou saige-femme, et ce par escrit ou verbalement, ou par personnes et femmes d'honneur. Et la mort advenant de l'une des deux jurées dudict chastellet, ne pourront le médecin ny les deux chirurgiens jurés du roy, en présenter qui n'ayent esté de longs temps receue, et preste le serment, ainsi que sera dit et que on a coustume de fcire.

Qu'elles seront tenues se faire interroger par le médecin et les deux chirurgiens jurés du roy au chastellet de Paris, et les deux matronnes jurées du chastellet, seulement mandées par iceulx médecins et deux chirurgiens jurés du roy audict chastellet.

WCT. EKC. 2* s. XIV. C

82 OBSTÉTRIQUE (histoire).

Qu'estant examinées, elles seront tenues faire porter leur rapport afin de presler le serment par (levant Monsieur le Prévost de Paris, ou Monsieur le Lieutenant criminel, ouy sur ce Monsieur le Procureur du roy audict chastellet, suyvant la couslume.

Seront tenues retirer lettre dudict sieur prévost de Paris huict jours après le serment preste au greffe criminel, et la faire après signer du greffier dudict chastellet, et y faire apposer le sceau de ladicte prévosté.

Que lorsqu'elles auront faict et preste ledict serment au rapport desdicts médecin ot des deux chirurgiens jurés pour le roy aiidict chastellet de Paris, qu'elles pourront mettre et apposer au devant de leui's maisons, enseignes de saige-femme, co;nme ont les autres, qui sont une femme portant un enfant, et un petit garçon portant un cierge, ou un berceau avec une feuille de lys, si bon leur semble.

Que s'il y a quelque femme, garde d'accouchées, ou autre, qui soit descouverte exercer ledict estât de matronne ou saige-femme en ceste ville ou faulxbourgs de Paris, et qui n'aura suby ledict examen et preste ledict serment comme elles, incontinent en donneront advis auxdicts médecin et deux chirurgiens du roy jurés audict chastellet, ou l'un d'eux.

Que lorsqu'elles seront appelées à la délivrance et travail, soit de reyne, princesses, dames, danioyselles, bourgeoises, ou pauvres femmes, elles s'y comporteront saigement, honnestement, et vertueusement, et n'useront de paroles ny gestes dissolus ; et qu'au préalable elles n'ayent aussi osté leurs bagues de leurs doigts, si elles en ont, et lavé leurs mains.

Qu'elles seront aussi diligentes à secourir les pauvres que les riches, afin que Dieu, par ceste charité, ayt agréable leur travail. Que si elles cognoissent que l'enfant se présente autrement que le chef devant, qui est l'accouchement naturel, ou par les pieds, qui est un autre accouchement le premier après le naturel ; qu'avant qu'une femme soit en extrémité, elles seront tenues appeler conseil, soit de médecins ou maistres chirurgiens au chastellet de Paris, ou des anciennes maîtresses et matronnes jurées audict chastellet, et non d'ignorans en ce faict.

Qu'elles n'ordonneront ny ne donneront aucun breuvage ny autre sorte de médicament à femme, mariée ou non mariée, pour provoquer l'avortement de leur fruict, à peine de vie.

Qu'elles ne délivreront aucunes femmes qu'elles ne les advertissent du devoir du chrestien, et aussi de la nécessité à toutes créatures l'aisonnables du sacrement du baptême qui se doit conférer à l'enfant nouveau-nay.

Qu'elles n'oublieront à ondoyer les enfans, si elles cognoissent qu'ils ne puissent parvenir audict saint sacrement de baptême, et qu'elles ne s'ingéreront trop tost de ce faire si elles n'y cognoissent une grande nécessité ; que s'il y a un homme, et notamment un homme d'église au logis où adviendra ladicte nécessité de undoyer, qu'elles luy défèrent cet honneur, si c'est après l'enfantement, et non autrement.

Que sur toutes choses elles vivent en femmes de bien et d'honneur, ainsi que le nom de matronne et saige-femme honorable les y convie.

Que si elles cognoissent quelques unes de celles qui ont ja esté examinées et preste le serment, comme dict est, par devant ledict sieur Prévost de Paris, tenir mauvais train, soit pour recevoir, enseigner, ou livrer mauvaises et dissolues compagnies, elles seront tenues les déclarer audict médecin, auxdicts chirurgiens jurez du roy, ou matronnes jurées, pour et afin qu'ils y facent donner ordre, et les facent priver de l'exercice de cet estât de matronnes et saiges-fem mes jurées, par jugement de Monsieur le Prévost de Paris, ou Messieurs les lieutenants.

Qu'elles ne recevront enfans de femmes débauchées qu'aussitost elles ne soyent soigneuses de les faire baptiser, mesmes qu'elles en avertiront le commissaire du quartier, s'il en est besoin.

Que tous les ans se fera par l'un des deux jurez du roy audict chastellet, anatomie de femme pour l'instruction de ce qui est de la pratique desdictes saiges-fem mes, où elles seront adverties se trouver, si elles en ont commodité.

Que s'il advient qu'aux cimetières des Saints-Innocens, es rues, ou en Chastellet, il ait esté exposé quelque enfant vif ou mort, qu'estant mandées par ledict sieur lieutenant, ou commissaires de quartier, ou bien desdicts médecin ou chirurgien , ou matronnes, elles seront tenues le venir trouver pour voir si elles le recognoistront, pour en faire leur rapport en justice.

Que toutes lesdictes matronnes et maîtresses jurées seront tenues se trouver au mandement desdicts médecin, ou des deux chirurgiens jurez pour Sa Majesté, lorsqu'il se présentera occasion de ce faire, sur peine de l'amende, ou .envoyer excuse légitime, qui est de maladie, prison, ou travail.

Qu'elles ne mesdiront les unes des autres, et ne se provoqueront d'injures ny de paroles, ains se comporteront saigement, et comme prudentes femmes.

Que lesdictes matronnes ou saiges-femmes ne feront, estant seules, rapport de la pudicité,

OBSTÉTRIQUE (histoire). 85

corruption, ou grossesse des filles, ou femmes, sans le médecin, les deux cliirurgiens jurez du l'oy audict Chastellet, ou l'un d'eux, à l'occasion des maladies qui souvent accompagnent, n'y estant instruites. Joinct qu'est besoin escrire et signer lesdiets rapports, et peu d'icelles scavent escrire.

Que lesdictes matronnes seront registrées au catalogue ou rooUe des saiges-femmes, qui est par devant l'ancien des deux chirurgiens jurez de Sn Majesté audict chastellet, avec les présents statuts et reiglemens, desquels chaque saige-lemme sera tenue avoir copie imprimée.

Qu'elles jureront garder et observer tout ce que dessus à peine d'un escu d'amende, ou plus grande, qui sera taxée par mondict sieur lieutenant criminel en cas de grande contravention, ainsi qu'il jugera estre raisonnable.

Ainsi donc, d'après ces statuts, qui sont la charte constitutionnelle des sagesfemmes de Paris, ces dernières étaient considérées comme faisant partie de la confrérie de Saint-Côme, ce qui veut dire qu'elles étaient assimilées, jusqu'à uu certain point, aux chirurgiens. Pour être sage-femme, il fallait : 1° que l'aspirante, munie d'un certificat établissant sa moralité , fût interrogée par un jury composé du médecin, des deux chirurgiens et des deux matrones du Chàtelet ; 2» qu'elle prêtât serment entre les mains du Prévôt de Paris ou du lieutenant criminel; 3° qu'elle lût titulaire d'une « Lettre », ou diplôme signé du greffier du Chàtelet, et revêtu du sceau de la Prévôté de Paris. Ce n'est qu'à ces conditions-là qu'une sage-femme pouvait appendre au devant de sa maison les emblèmes de son état : un tableau représentant soit une femme portant un enfant et un petit garçon portant un cierge, soit un berceau orné d'une fleur de lys. Toute sage-Iemme en titre devait signaler à l'autorité les femmes exerçant, sans y être autorisées, le métier d'accoucheuses; elle était invitée à faire appeler un médecin, un maître chirurgien, ou une « ancienne maîtresse », toutes les fois que l'accouchement déviait de la parturition normale (présentation de la tête, présentation des pieds) ; tous les ans, un ou deux chirurgiens au Chàtelet étaient tenus de démontrer aux matrones l'anatomie sur un cadavre de femme. Un article remarquable défend aux sages-femmes de rédiger des rapports (médico-légaux) qtie leur demanderaient des femmes enceintes ; et cela pour une bonne raison, c'est que « peu d'icelles » savaient lire. Enfin les noms de toutes les sagesfemmes de Paris étaient relatés sur un l'ôle ou catalogue, qui était en la garde du plus ancien des chirurgiens jurés.

Un de ces rôles ou catalogues nous est parvenu ; il porte la date de 1601, et contient les noms de toutes les sages-femmes pratiquant alors légalement à Paris : elles sont au nombre de cinquante-neuf, pour une population d'environ i50000 habitants.

Mais, soit que les chirurgiens n'eussent pas rempli avec zèle leur mission d'instruire les sages-femmes, soit qu'ils en eussent été empêchés par la difficulté d'avoir des cadavres dont s'accaparaient les médecins, soit pour d'autres raisons, toujours est-il que onze des plus fameuses matrones de Paris prirent la résolution, le 27 janvier 1635, de s'adresser à la Faculté de médecine, demandant à devenir ses élèves, et prêtes, assuraient-elles, à obéir scrupuleusement à de nouveaux statuts qui seraient libellés par la célèbre compagnie. Néanmoins, la Faculté ne semble pas avoir prêté une oreille attentive à cette requête, car nous voyons alors les sages-femmes complètement étrangères à l'École de médecine, et ne relever que des médecins et chirurgiens du Chàtelet. 11 fallut encore plus d'un siècle pour que cette même faculté leur infusât la science, et en fît véritablement ses écolières. Ce furent encore les matrones qui prirent l'initiative par une longue lettre adressée à la Faculté le 17 mai 1745, et dans

84 OBSTETRIQUE (histoire).

laquelle elles demandaient avec instance des « démonstrations anatomiques, afin de pouvoir reconnaître avec quelque certitude quand elles doivent demandez' les secours qu'elles ne peuvent donner. «

Celte fois, la Faculté répondit favorablement aux justes réclamations des matrones, et nomma deux de ses membres pour leur faire des cours, l'un sur l'ostéologie obstétricale, l'autre sur les accouchements.

Le 8 mai 1745, Berlin commençait son cours aux sages-femmes; cinquantequatre matrones y assistaient; deux soldats suisses se tenaient à la porte du cours, rue de la Bûcherie, pour maintenir l'ordre; les deux bedeaux assistaient à la cérémonie. Mais il n'y avait pas de cadavres pour le professeur d'accouchements. Le doyen écrivit (22 mai d745) au président du Parlement, et lui demanda un cadavre à délivrer par l'hôpital général ; les règlements de police déléndent, il est vrai, à l'exécuteur de la Haute justice de délivrer aucun cadavre du 4" mai au 1'^'' septembre; mais il semble que dans le cas présent on pourrait se départir de ce règlement en faveur de la Faculté ; ce cadavre ne sera nécessaire que pendant trois ou quatre jours. Après le cours, on pourra le faire reporter à l'hôpital général... Éloquence, raisons inutiles! De Fleury répond que l'époque du mois de mai est un obstacle que l'autorité des arrêts ne permet pas de violer. N'importe... Les cadavres font défaut... On se sert d'anciennes préparations anatomiques... et le cours d'accouchements put avoir lieu.

Nous allons maintenant assister au relèvemejnt de l'obstétriqde. Première PÉRIODE : De hhodion à Mauriceau (1528-1668). Mais l'art des accouchements ne pouvait rester éternellement plongé dans la routine et l'empirisme. Jusqu'ici il avait été à peu près l'apanage des matrones ; des hommes, tout à la fois savants et entraînés par l'amour du bien, résolurent de porter remède à un mal si profond, et de se consacrer exclusivement au gouvernement des femmes enceintes et prises du travail de la parturition. L'obstétrique commença alors à prendre rang dans la science et à se relever graduellement de l'abaissement dans lequel elle avait été laissée.

Le premier qui osa entreprendre cette tâche fut £'wc/iarî«siViOf/iow, dont le vrai nom était Rœsselin. Il était Allemand, et publia d'abord dans sa langue maternelle, puis en latin, un petit livre qui fit grand bruit à l'époque où il parut, et qu'on lit encore aujourd'hui avec intérêt. L'édition allemande, et qui est, assure-t-on, le premier livre imprimésur les accouchements, porte ce titre : DerSwangern Fraiiwen und Habammen Rosegarten (Argent., 1513, in-4°; 1528, in-4") ; l'édition latine : De partit hominis et quœ circa ipsum accidunt (1552, in-8"). Paul Bienassis en a donné une traduction française : Des divers travaulx et enfantemens des femmes (1536, in-S").

Rhodion donne la description de la position de l'enfant dans le sein de sa mère. La tête, dit-il, est fortement fléchie sur la poitrine, tellement qu'elle est, en quelque sorte, engagée entre les genoux; les mains sont entrelacées entre les genoux et la tête, l'une d'un côté, l'autre de l'autre, le visage baissé, et tellement tourné que les yeux sont comme imprimés et collés sur les genoux. Le terme de la grossesse est placé par lui au neuvième mois, mais il admet que certaines femmes accouchent au septième mois et que les enfani s vivent, tandis que, si la délivrance se produit au huitième mois, les enfants sont morts ou peuvent être considérés comme tels, car leur vie est très-courte. Rhodion admet deux manières d'enfantement, les uns selon la nature, les autres contre nature.

OBSTÉTRIQUE (histoire). 85

Dans les accouchements naturels, la tète de l'enfant doit venir la première, puis le cou et les épaules; les mains doivent êti^e étendues le long du corps jusqu'aux pieds, le visage tourné vers le dos de la mère. Toute autre présentation est anormale ; l'auteur ne signale pas moins de douze de ces présentations. Adoptant les erreurs de ses devanciers, il soutient que l'enfant sort par sa propre action, et que les mâles sont plus facilement enfantés que les femelles, opinion, pour le dire en passant, absolument contraire, d'une manière générale, à la vérité.

L'ouvrage de Rhodion n'était pas la seule œuvre obstétricale, il y en avait bien d'autres ; seulement les exemplaires en étaient restés manuscrits, il s'agissait de les réunir et de les imprimer. Strasbourg fut la première ville où l'on fît ces premières publications, en 1544, sous le nom de Gynœcia, où figure le traité d'accouchements de Trotula, qui avait été composé à l'école de Salerne dans le dixième siècle. Ces collections obstétricales se répétèrent par la suite en augmentant leurs documents : ainsi, il en parut une en 1575, sous la direction de Wûlphius, à Bâle, une en 1575 à Francfort, sous la direction de Pictorius ; une anonyme à Bàle en 1586. En 1597, c'est Spachius; en 1606, c'est Schenckius, qui font ces utiles publications.

Plusieurs historiens, enthousiastes outre mesure d'AMBROisE Paré, et disposés plutôt à ajouter quelques fleurons à sa couronne que d'en enlever, ont prétendu que le grand chirurgien avait fait beaucoup pour l'art obstétrical, et encore un peu ils l'en eussent déclaré le restaurateur. La vérité est que les pages que Paré a laissées sur ce sujet ne sont que l'exposition de doctrines surannées, noyées dans un tas de questions difficiles, inutiles, obscures, embrouillées, et de bavardages. Le chirurgien de Charles IX considère l'accouchement à huit mois comme très-malheureux pour l'enfant, parce que, dit-il, « la lune est une planète froide qui presse le fruit de façon qu'en bref il meurt ». Il partage avec ces derniers cet errement que la femme souffre plus pour enfanter une fille qu'un garçon, errement qui n'a pas encore disparu de nos campagnes et même de nos villes et qui vient de cette idée, fausse, que le fœtus sort du sein de sa mère par ses seuls efforts, et que le mâle, étant plus fort que la femelle, il doit parcourir plus aisément la filière pelvienne. Lorsque l'enfant présente le côté. Paré conseille d'aller chercher les pieds et de les amener tous les deux l'un après l'autre. Quant aux accouchements laborieux, il n'en est pas question, quoique notre auteur s'étende assez sur les instruments en usage de son temps, crochets, pinces et pieds de griffon, arsenal effrayant qui semble plutôt destiné à quelque torture qu'à la délivrance d'une malheureuse en douleur.

Jacques Guillemeau, l'élève d'Ambroise Paré, a bien plus de droits que son maître à notre souvenir, car, tout en étant imbu des idées du maître, il les a développées avec succès, et, dans plusieurs cas, modifiées. Un de ses plus beaux titres à la reconnaissance médicale, c'est son Traité de l'heureux accouchement (1609), suivi, quelques années plus tard, d'un nouvel ouvrage : De la g^vssesse et accouchement des femmes {1621) . C'est là que, le premier, il étabht la nécessité de terminer artificiellement l'accouchement dans les cas d'hémorrhagie utérine grave et de convulsions. On a fait honneur de ce précepte à Louise Bourgeois, sage-femme de Marie de Médicis. Mais l'on n'a pas remarqué que cette matrone, justement célèbre à plus d'un titre, se mêlait peu des accouchements laborieux ; que dans des cas pareils elle avait l'habitude d'appeler des chirurgiens plus capables d'y remédier qu'elle-même ; que plusieurs fois elle

86 OBSTÉTRIQUE (histoire).

avait eu recours aux lumières de Guillemeau, et que c'est certainement de ce dernier qu'elle tenait le précepte dont elle parle dans son petit traité sur les accouchements (Louise Bourgeois, ditte Boursier, Observations diverses sur la stérilité, perte de frvict, fœcondité, accouchements, et maladies des femmes et enfans nouveaux naiz; 1608, in-8 ; chap. v, f. 32 : Qu'il y a un accident où il faut promptement accoucher une femme à quelque terme que ce soit pour lui conserver sa vie).

Nous passons rapidement sur les noms de Matthias Cornax (1550), de Raynalde (1565), de Jacques Rueff (1580), dont nous avons longuement parlé {voy. l'article Forceps, histoire) ; de Gourmelin, de Rondelet, Jérôme Mercurialis, Lonicerus, Maurice de La Corde (1585), Laurent Joubert, Arantius, Nicolas Pison, François Roussel, si célèbre par ses ouvrages sur l'opération césarienne, Jean Liébaut, docteur régent de la Faculté de médecine de Paris, Simon Piètre, Marcel Donat, Gervais de La Touche, Pierre Forestus, Gaspard Bauhin, André de Laurens, premier médecin de Henri IV, Alexandre Massaria, Fabrice de Hilden, Louis de Mercado, Jean Heurnius, Wittich, Séverin Pineau, Israël Spachius, Thomas Fienus, Ranchin, de Montpellier, Jean Schenck, Laurent Scholz, Fr. Bonaventura, d'Urbino en Italie, Scipion Mercuri, chirurgien de Ivome, Rodericus à Castro, François Piazzoni, Jean Hucher, chancelier de l'Université de Montpellier, Jacques Fontaine, Daniel Sennert, Jacques Duval, Grégoire llorstius, Félix Plater, Paul Zacchias, premier médecin du pape Innocent X, Alphonse de Caranza, auteur du traité De partu naturali et légitima (1629), Charles de Saint-Germain, Laurent Strauss (1661), Pierre Amman, Ch. Drelincourt, etc., etc. Tous ces auteurs ont publié de nombreuses observations, de longues dissertations, ou des ouvrages ex-professo sur les accouchements, mais aucun ne peut être considéré comme ayant fait réellement progresser l'art obstétrical , et comme l'ayant lancé dans la voie scientifique.

II n'est pas inutile de rappeler que la pratique obstétricale, jusqu'alors confiée aux sages-femmes, commença, à la fin du dix-septième siècle, à être le partage, sinon exclusif, au moins très-prononcé, des chirurgiens. 11 y a lieu de croire que l'introduction de Clément comme accoucheur à la cour de Louis XIV ne fut pas étrangère à cette heureuse innovation, si vivement combattue par les intéressées. Que Clément ait ou non assisté clandestinement Mlle de la Vallière dans ses couches le 27 décembre 1665, service dont il aurait été récompensé royalement par le monarque, qui lui confia plus tard la délivrance de la Daupliine, et qui ainsi imposa, en quelque sorte, le secours des accoucheurs à toutes les dames enceintes de son royaume, toujours est-il que c'est de cette époque que cesse réellement l'espèce de monopole des sages-femmes, au grand profit de la science et de l'humanité.

Deuxième période. De Mauriceau à Lamotte (1673-1718). En 1673 parut à Paris un ouvrage qui fit beaucoup de bruit et qui était destiné à de nombreuses éditions. Il portait ce titre : Traité des maladies des femmes grosses et de celles qui sont accouchées, et était signé de ce nom : Mauriceau. Vingt-deux ans plus tard, en 1695, le même auteur donnait au public ses Observations sur la grossesse et l'accouchement des femmes, qui furent également bien accueillies, et qui ont laissé des traces jusqu'à notre siècle. Mauriceau peut être, en effet, considéré comme le premier en date et en réputation dans toute celte longue série d'hommes, qui pratiquèrent exclusivement les accouchements, et qui

OBSTETRIQUE (histoire). 87

donnèrent à cet art un grand essor. Il n'a pas eu l'honneur, il est vrai, de la méthode si importante des classifications, qui ne devaient être mises en lumière que plus d'un[ siècle après lui ; mais il peut être considéré comme le premier chirurgien dont les écrits portent l'empreinte d'un véritable accoucheur. Jusqu'à lui on n'avait, en quelque sorte, présenté que des généralités sur l'accouchement ; peu d'écrivains étaient descendus jusqu'à l'histoire des particularités. Mauriceau, lui, observa et nota tous les obstacles qui pouvaient entraver la marche de la parturition, et nécessiter les secours de l'art. Formé au lit du malade, il a connu et décrit le plus grand nombre des difficultés qu'on rencontre dans la pratique. Confiant dans les forces de l'organisme, il attendait presque toujours l'accouchement spontané, et ne recourait aux opérations que quand l'indication en était évidente et précise. M. De Soyre a donné une analyse soignée des doctrines et de la pratique du célèbre accoucheur. Nous y renvoyons.

Citons pour mémoire, comme contemporains de Mauriceau : G. J. Welscli, qui a donné un Recueil d'observations obstétricales (1675) ; Jean Murait, chirurgien de Zurich, qui, sous le titre de Hebammenkunst, a publié en 1697 un Traité des accouchements qui n'est guère qu'un extrait des ouvrages de Mauriceau; Cosme Yiardel, accoucheur de Paris, dont le livre : Observations sur la pratique des accouchemens naturels, contre nature etmonstrueux, a. été im\)vimé en 1671, et traduit en allemand, quoiqu'il ne méritât guère cet honneur; W. Serman, médecin du roi Charles II, auteur d'un English midwife (1671); G. W. Wedel, oncle de Haller, et qui a enrichi le recueil de l'Académie des curieux de la nature d'un grand nombre de dissertations sur les accouchements; Jean Bohn, professeur àLeipzick, dont on lit avec intérêt le Circulus anatomicophysicus, De Graaf, Chesneau, Lossius, Louis-Franck de Franckenau, Solingen, Madame De La Marche, Fournier, auteur de Y Accoucheur méthodique, rapsodie imitée de Rueff, Christophe Yoelters, chirurgien du duc de Wurtemberg, Georges Thomson, auquel on doit The compleatmidwifes practice {\QSQ) .

Paul Portal, maître en chirurgie de Paris, s'est distingué parmi tous ces accoucheurs. Il n'a pas, pourtant, apporté grands changements dans la pratique ou dans la théorie de la parturition. M. De Soyre fait cependant justement remarquer que, contrairement à l'opinion de Mauriceau, Portal pense que les présentations de la face ne sont pas aussi dangereuses qu'on le croyait alors, et que loin de chercher à fléchir la tête par des manœuvies difficiles, ou à faire la version, il est préférable de laisser la nature accomplir son œuvre jusqu'au bout, et que la mère et l'enfant gagneront plus à cette abstention qu'à une intervention inconsidérée. « Quand le visage se présente le premier, écrit-il, il ne faut rien violenter, parce qu'il n'en arrive rien de fâcheux ni à la mère ni à l'enfant » (Paul Portal, Pratique des accouchements, soutenue d'un grand nombre d'observations (1685). Il est juste de dire aussi que Portal fut le premier qui reconnut l'insertion vicieuse du placenta, ainsi qu'on peut s'en assurer en hsant six de ses observations, ainsi que les réflexions dont il les fait suivre.

A peu près dans ce temps-là, Justine Siegmundiu, sage-femme de la Silésie, écrivait utilement sur les accouchements. Haller l'a fait connaître dans sa Bibliothèque chirurgicale (p. 499 et 500).

A. Leyde, Fr. Ruysch dotait la science de remarques importantes sur la physiologie utérine.

88 OBSTÉTRIQUE (histoire).

Philippe Peu mettait au jour la Pratique des accouchements (l694j, fi'uit d'une expérience de quarante années, et de cinq mille accouchements.

J. C. Lang, par son Manualis opemtio obstetricum inpartu difficili, donnait d'excellents préceptes dans les cas difficiles.

SIevogt, professeur d'Iéna, enrichissait la littérature puerpérale de nombreuses dissertations (1700-1710).

Deventer publiait ses Observations qui furent traduites en plusieurs langues, et particulièrement en français par Bruhier d'Ablaincourt (1735), et dans lesquelles l'auteur insiste particulièrement, en s'appuyant sur la doctrine des anciens, sur l'obliquité de l'utérus. Il fait ressortir un des premiers, sinon le premier, les difficultés ayant pour cause les rétrécissements du bassin.

Ruieau, chirurgien à Saintes, coUigeait dans un Traité de V opération césarienne et des accouchements difficiles et laborieux [ilOi) ce que Paré, Guillemeau, Yiardel et Mauriceau avaient écrit sur ce sujet.

Pierre Âmand, accoucheur à Paris, montrait dans ses Nouvelles observations sur la pratique des accouchements (1713) qu'il était un praticien fort habile et fort expérimenté, imaginant, dans le cas d'enclavement, pour amener la tête de l'enfant hors du bassin, une sorte de filet ou de fronde à laquelle une pratique plus heureuse a substitué le forceps.

Dionis, démonstrateur d'anatomie et de médecine opératoire au Jardin du roi, publiait un Traité général des accouchements (1718), qui n'est qu'un extrait de l'ouvrage de Mauriceau.

Troisième période. De La Motte à Levret (1718-1733). Guillaume Mauquest De La Motte, accoucheur à Valogne, pratiqua avec la plus grande célébrité, tant dans ce pays que tout à l'entour, les accouchemeuts pendant plus de quarante ans. Il publia en 1718 une dissertation sur la génération, sur la superfétation, avec une réponse au livre de Hecquet, de V Indécence aux hommes d' accoucher les femmes. Pour combattre plus victorieusement cet auteur trop pudique, La Motte rapporte plusieurs accidents arrivés à la suite d'accouchements laborieux, et occasionnés par l'impéritie et l'obstination des sages-femmes. Mais ce qui recommande surtout le chirurgien de Valogne à la postérité, c'est son Traité complet des accouchements naturels, non naturels et contre nature, dont la première édition date de l'année 1721, et qui a été traduit en allemand par Scheidius (1752). Haller porte ce jugement sur La Motte : « Homme non érudit, mais d'un jugement droit, qui, avec beaucoup d'expérience, a vu bien des choses plus simplement et mieux que ses prédécesseurs ; modeste et de bonne foi, au point qu'il a abandonné la taille parce qu'elle ne lui avait pas réussi ». La Moite a, plus nettement que tous ses devanciers, établi la division des accouchements, qui sont, pour lui, le naturel, le non naturel, et le contre nature. L'accouchement naturel est celui où l'enfant vient au monde au terme de neuf mois, sans presque d'autre secours que celui de la nature. L'accouchement non naturel est celui où il se rencontre des causes qui rendent le travail long et difficile ; mais ces causes n'étant pas insurmontables, elles permettent l'accouchement dans la suite. L'accouchement contre nature est celui où la mère ne peut se délivrer de son enfant que par un secours étranger. Remarquons que l'auteur élargit considérablement le cercle des accouchements naturels, ne prenant point pour type unique de ces accouchements la présentation de la tête, mais y faisant rentrer les présentations par les pieds, par les bras, par les fesses, pourvu que le travail se termine par les seuls efforts de la nature. Les remarques

OBSTÉTRIQUE (histoire). 89

que fait La Motte sur ses deux autres groupes d'accouchements sont marquées au coin d'une grande sagesse, et basées sur une expérience soutenue. Il s'en dégage un point capital, c'est que l'habile praticien est, cro)ons-nous, le premier qui ait reconnu qu'une des causes de l'accouchement long et difficile était la procidence des dernières vertèbres des lombes et du sacrum et, par contre, le rétrécissement du bassin. Cette judicieuse remarque était restée jusqu'à lui dans l'ombre. Une preuve, du reste, que l'expérience de La Motte valait mieux que tous les raisonnements, et était beaucoup plus sûre, c'est que, quoiqu'il ait fait plus d'accouchements que pas un de ses contemporains, il n'a eu besoin, dans l'espace de trente années, que deux fois de recourir au crochet, ou autre instrument, dont l'usage avant lui était si fréquent. La Motte peut être considéré comme le type de l'accoucheur naturiste.

Il a eu la gloire aussi de fixer d'une manière définitive l'attention des hommes de science sur tout ce qui se rapporte à la gynécologie, et d'être, à son insu, le promoteur de nombreux travaux sur ce sujet.

En France, Dassé, maître chirurgien à Paris, dorme, sur les pertes de sang après la délivrance, un excellent mémoire dans lequel il propose la compression hypogastrique (1722); Grégoire communique à l'Académie des sciences des faits intéressants (1724); il reconnaît, il définit la rétroversion de l'utérus gravide ; Deisch, dans un travail : De necessitate in praeter naturali partit instrumenlorum appUcationis (1740), soutient que beaucoup d'accouchements contre nature ne peuvent être terminés qu'à l'aide de manœuvres instrumentales; Jacques Mesnard, chirurgien à Rouen, donne, sous le titre de Guide des accoucheurs, un précis très-succinct dont les faits sont pressentes par demandes et par réponses. Puzos, démonstrateur pour les accouchements, au collège de Saint-Cosme, se crée à Paris une grande et légitime réputation, et prépare les immenses" progrès que fit l'obstétrique en France à la fin du dix-huitième siècle. Son Traité des accouchements, rendu public par les soins de Morissot- Deslandes, est remarquable à plus d'un titre. Mais ce qui fil le plus d'honneur à Puzos, ce fut son Mémoire sur les pertes de sang qui surviennent aux femmes grosses — Mémoire dans lequel l'auteur, choisissant un juste milieu entre l'inaction recommandée par les anciens et l'accouchement prématuré, soutient qu'il faut attendre et user de moyens doux propres à hâter la délivrance. Nous rappellerons que c'est en 1 758 que l'on créa à Strasbourg une école pratique pour former plus spécialement les sages-femmes, et que ce fut Fried père qui en fut' le professeur pendant trente ans, pour être remplacé successivement par Weigen, Rœderer, Ottmann, Krarap, Ostertag, Schweighaîuser, Lobstein, etc.

En Allemagne, Abraham Vater, G. F. Oth, Zacharie Platner, E. Camerarius, G. G. Frobenius, E. Wrede, G. J. Trew, G. F. Gutermann, A. E. Buchner, etc., font voir qu'ils s'occupent activement de dévoiler tous les mystères de la partul'ition. Schuring, surtout, médecin de Dresde, embrasse presque exclusivement l'élude de la gynécologie, et il fait part de ses observations dans ces ouvrages : Parthénologie, Muliebria, Gynécologie, SyUepsiologie, Embryologie; et J. Storch, par son ouvrage, Unterricht fur die Hebammen nach den neusten Accoucheurs und selbst eigener Erfahrung entvorfen (1746), fait voir que l'art des accouchements lui est famillier.

En Hollande, nous voyons : A. Lambrecht, docteur en droit et en médecine, donner un Manuductio obstetricantium (1751), fort bon pour l'époque; Jacques

90 OBSTÉTRIQUE (histoire).

Denys publier sur les accouchements un livre jugé ainsi par Haller : bonus et laude dignus liber. ; Gladbach, de Leyde, s'élever avec énergie contre l'usage trop fréquent des instruments; une femme, Barbe Wiedmann, prendre la plume, écrii^e le Kurze Anweisung christlicher Hebammen (1758).

Mais c'est surtout en Angleterre que l'exemple donné par La Motle porte ses fruits, et outre un grand nombre de mémoires et d'observations, ou a de cette période les ouvrages suivants :

A Short Account ofthe Success ofMidwiferij in London and Westminster{i 726), par Jean Douglas, lequel conseille de fonder un hôpital de deux cents lits pour les femmes grosses, où des accoucheurs habiles instruiraient les matrones,

Midwifery brought ta Perfection by Manual Opération [ITi^), par Jean Mawbray.

Cases in Midwifery {de Guillaume Giffard), reveled and published by Ed. Hody (1754), où est présentée avec beaucoup de soin l'étude des forceps.

Abrégé de la pratique des accouchements, par Edm. Chapmann (1755), où l'emploi du crochet est combattu avec vigueur au profit des forceps de Chamberlayne, qu'il fut un des premiers à faire connaître.

Artis obstetricandi compendium (1759), par Richard Manningham, ouvrage concis dans lequel sont nettement marquées les conditions de l'accouchement naturel et non naturel.

A Treatise of Midwifery in thr ce Parts, par Fielding Ould. Cet accoucheur occupe une place honorable dans l'histoire de l'obstétrique, et notamment dans l'histoire des connaissances relatives au mécanisme de l'accouchement, pour avoir établi, contre l'opinion de son temps, que la tète du fœtus s'engage au détroit supérieur, le diamètre occipito-frontal répondant, non au diamètre antéro-postérieur,'mais à un diamètre oblique.

Quatrième période. De Levret à Solayrès de Renhac (1747-1771). Né à Paris en 1705, mort le 22 janvier 1780, André Levret est tenu, à juste titre, comme le plus illustre des accoucheurs français du dix-huitième siècle; praticien consommé, esprit inventif, ennemi des théories, esclave de l'observation, ses inventions en fait de chirurgie et d'obstétrique sont marquées au coin du génie, et aujourd'hui encore on consulte avec fruit les livres qu'il a écrits. La courbure sur les bords du forceps (dit de Levret) est une de ces découvertes qui font époque dans la science. Levret a été a deux pas du mécanisme de l'accouchement naturel, mais il ne les a pas franchis. Cette période de l'histoire de l'obstétrique est peut-être la plus active et la plus productive en ouvrages sur la matière, qui se multiplient d'une manière extraordinaire en même temps que grandit le nombre des praticiens qui se livrent exclusivement à l'exercice de l'art. Il n'est pas de partie de la chirurgie sur laquelle on ait tant écrit ; toutes les académies retentissent de mémoires, de dissertations sur les accouchements; les recueils périodiques s'alimentent particulièrement de travaux, d'observations, de mémoires sur la matière; la bibliographie obstétricale est d'une richesse inouïe ; c'est une espèce d'épidémie qui envahit le domaine de la science, et il semble qu'on ne puisse être savant, si l'on n'a pas traité quelque point qui ait trait aux accouchements. Par cette exubérance obstétricale, la littérature médicale s'est prodigieusement enrichie, mais il faut reconnaître qu'à part quelques auteurs, qui, joignant une théorie lumineuse à une pratique consommée, ont utilement et salutairement travaillé en iaveur de l'humanité, tous les autres eussent mieux fait de se taire, de ne pas se copier les uns les autres, et de ne

OBSTÉTRIQUE (histoire). 91

pas se disputer sur des points de doctrine déjà jugés et réduits à leur juste valeur par les plus grands maîtres de l'art. Dans cet espace de plus de vingt ans, compris entre les années 1747 et 1771, et à part l'ouvrage assez mauvais d'Astruc, VArt d" accoucher réduit à ses principes (1765), nous ne voyons même en France aucun ouvrage ex-professo sur les accouchements, car nous ne pouvons compter pour tel V Abrégé de l'art des accouchements par la sage-femme Le Boursier du Coudray, publié en 1759. 11 ne faut pas oublier, pourtant, qu'une Mlle Biberon eut l'utile et ingénieuse idée de confectionner un mannequin destiné à démontrer la position de l'enfant dans la matrice, et son passage à travers la filière pelvienne.

Il faut, pourtant, faire ressortir le nom di Antoine Petit, qui partage avec La Motte, Levret et Smellie, l'bonneur d'avoir coopéré à la réforme de l'obstétrique. C'est dans des cours publics et fort suivis que Petit a répandu de saines idées touchant le mécanisme de l'accouchement ; mais les leçons du professeur n'ont pas été perdues; elles ont été recueillies et publiées cinq ans après sa mort par Baignières et Perral, sous ce titre : Taité des maladies des femmes enceintes, des femmes en couches, et des enfants nouveaux-nés, précédé du mécanisme des accouchements, an Vil, 2 vol. in-8°. Le style en est assez défectueux, les noms des auteurs singulièrement défigurés; défauts qui doivent être attribués, non pas à A. Petit, qui fut un littérateur distingué, mais bien à ses éditeurs.

En Allemagne, on ne peut citer que Jean-Georges Rœderer qui, dans ses Elementa artis obstetriciœ (i 752), qui ont été rendus en français par Patris, à fait regretter que cet auteur ait été enlevé trop prématurément pour qu'il ait donné tout ce qu'on pouvait attendre d'un esprit aussi judicieux; et Thebesius, médecin d'Hirschberg, dont le précis sur les accouchements (Hebammenkunst) a été quelque temps le vade mecum des jeunes praticiens au delà du Rhin.

L'Angleterre reste comme par le passé la terre qui voit surgir le plus d'ouvrages importants sur l'obstétrique ; citons : Benjamin Pugh, chirurgien de la ville de Chelmsford {Treatise of Midwifery, IIAS) ; Jean Burton, accoucheur d'York {Essay toîvards a Compleat System of Midwifery, 1751; traduit en français par Lemoine) ; il veut que la femme en mal d'enfant soit couchée sur le côté; méthode encore en usage dans toute l'Angleterre; Brudenell Exton {New System of Midwifery, 1751); Jean Clarke {Province of Midwifery in the Practice oftheir Art, 1751); Gorge Counsel {The Art of Midwifery, 1752); Éhsabeth Nihell, dont le Treatise of the Art of Midwifery, 1760, n'est qu'un long plaidoyer en faveur des accoucheuses contre les accoucheurs; enfin, et surtout Guillaume Smellie. L'ouvrage de ce savant homme : Treatise on the Theonj and Practice of Midwifery (1752), qui a été traduit dans presque toutes les langues de l'Europe, est encore justement estimé. L'auteur, qu'on a appelé Le Levret anglais, y établit plusieurs points importants qui ont été signalés par M. De Soyre. Il systématisa les principes de la science et précisa l'art des accouchements.

Enfin l'Italie, jusqu'alors fort déshéritée au point de vue de l'instruction obstétricale, se relève de son long sommeil sous le souffle puissant qui anime l'étranger. Si, en effet, il paraît certain que bien avant le dix-huitième siècle on recevait, en diverses villes de la péninsule, des femmes enceintes dans les hôpitaux pour y faire leurs couches, ce ne fut qu'en 1728 qu'on institua à Turin la première clinique destinée à l'instruction des sages-femmes, sous la sollicitude

Page 1