‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.68Chapitre 19 sur 38 · ORFRAIE · texte numérisé non relu

ORFRAIE

des armes et des vêlements des taches de sang. \nArcli-. de nie'd., t. XX, 1827, p. 124-125. — XXY. Taches de sperme. In Arch. deméd., t. X"V, 1827, p. 125-127. — XXYI. Sur les moyens de constater la présence de Vantimoine, du cuivre et du jilomb, dans un mélange de divers liquides. In Arch. de 77iéd., t. XVI, 1828, p. 85-90. — XXVII. Nouveau mémoire sur le sang considéré sous le rapport médico-légal. InArch. deméd., t. XVI, 1828, p. IGl- 173. — XXVllI. Recherches médico-légales, pouvant servir à déterminer s'il y a eu empoisonnement, et à faire connaître la nature de la substance vénéneuse. In Arcli. de 7néd., t, XVII, 1828, p. 5-57. — XXIX. De l'asphyxie par submersion. In Arch. de mcd., t. XXII.

1828, p. 562-505. — XXX. Expériences faites sur la violine. In Mémoire de l'Acad. de méd., t. I, 1828, p. 440-4i9. — XXXI. De l'action des sulfures d'arsenic, de plomb, de cuivre et de mercure, sur l'économie ani))iale. In Arch. de mcd., t. XIX, 1829, p. 525-352. —

XXXII. Sulfate de cuivre employé dans la préparation du j)ain, et moyen de reconnaît' c la présence de ce sel cuivreux. InArch. de méd., t. XIX, 1829, p. 471-474. — XXXIIl. Questions méd.-lcg. relatives à V alun calciné .\n Arch, deméd.,\..\\\, 1829, p. 514-523. — XXXIV. Réflexions sur le procédé proposé par James Smiltson pour découvrir de trèspetites quantités de sublimé corrosif ou d'un sel mercuricl. In Arch. de méd., t. XX,

1829, p. 36-42. — XXXV. Arsenic retrouvé dans les débris d'un cadavre après sept ans d'inhumation. In Arch. de mcd., t. XXI, 1829, p. 613-614. — XXXVI. Oxydation de l'arsenic métallique à froid. In Ai'ch. de méd., t. XXI, 1829, p. 615-616. — XXXVll. De l'empoisonnement 2'ar les préparations mercurielles, considéré sous un point de vue nouveau. InArch. de méd., t. XXIII, 1850, p. 5-35. — XXXVIII. Traité des exhumations juridiques. Paris, 1851, 2 vol. in-S" (en collaboration avec I.esueui-), trad. en allemand, 1851, in-8°. — XXXIX. Traité de médecine-légale suivi du Traité des exhumations juridiques. Paris, 1855, 4 \ol. in-S"; ibid., 1836, 3 vol. in-8°, avec atlas de 26 pi. (cette édition est augmentée du i¥r'moire sur la suspension et l'empoisonnement par l'acide arsénieux) ; ibid., 1847, 4 vol. in-8° (en collaboration avec Lesueur). — XL. Préceptes d'hygiène à l'usage des enfants qui fréquentent les écoles p>rimaires, 1855 et 1845, in-18. — XLI. Mémoires sur plusieurs questions médico-légales. Paris, 1839, in-8°. — XLII. Réponse aux écrits de M. Raspail sur l'affaire de Tulle, 1840, in-8° (en collaboration avec Bussy et Ollivier d'Angers). — XLIII. Mémoire sur l'empoisonnement. In Mém. de l'Acad. de méd., t. VIII, 1840, p. 575- 422. — XLIV. Mémoire sur un nouveau procédé pour constater facilement dans 7ios organes la présence d'une préparation a7'sénicale qui aurait été absorbée. \n Mém. deVAcad. detnéd-, t. YIII, 1840, p. 448-464. — XLV. Mémoire sur l'arsenic naturellement contenu dans Je corps de l'ho7ttme. In Mém. de l'Acad. de méd., t. YIII, 1840, p. 464-488. — XLYI. Mé)7ioire sur l'empoisonnement par le tartrate de potasse antimonié {tartre stibié). In Méin. de l'Acad. de méd., t. YIII, 1840, p. 509-522. — XLVII. Mémoire sur les terrains des cimetières, sur l'arsenic qu'ils peuvent four7iir, et les conséquences médico-légales que l'on doit tirer de l'existence possible d'un composé arsenical dans ces terrains. In Mém. de l'Acad. de méd., t. VIII, 1840, p. 488-508. — XLVIIl. Mémoire sur l'empoisonnement par les sels de cuivre. In Mémoire de l'Acad. de 7néd., t. VIII, 1840, p. 522-567. — XLIX. Recherches médico-légales et thérapeutiques sur I'empoiso7ine7nent par l'acide a7-sénieux, précédées d'une histoire de l'arsenic métallique; recueillies et rédigées par le docteur Beaufort. Paris, 1841, in-8''. — L. Rapport sur les }7ioyens de constater la présence de l'arsenic dans l'empoisonnement par ce toxique, au nom de l'Académie royale de 7nédecine, par MM. Husson, Adelon, Pelletier, Chevallier et Ca.ventou, rapporteur, 1841, in-4°. — LI. Métnoire sur plusieu7s affaires d'e7npoisonneme7it par l'arsenic, récetnment jugées par la Cour d'assises du royau7ne, lu à l'Acad. de méd. le 4 août 1841. In Mém. de l'Acad. de méd., t. IX, 1841, p. 1-56. — LU. Mémoire sur la suspension, lu à l'Acad. de méd. le 0 octobre 1840. In Mém. de l'Acad. de méd., t. IX, 1841, p. 234-276. — LUI. Mé7?ioire sur les moyens de s'assurer que l'arsenic obtenu des organes oîi il a été porté par absorption ne provient pas des réactifs, ni des vases employés à la recherche 7nédico-légale de ce poison. In Mém. de l'Acad. de méd., t. VIII, 1840, p. 423-448. — LIV. Mémoire sur l'absorption du sublimé corrosif, et sur V empoison7ie7nent qu'il déter7nine, 1842, in-8°. — LV. Lettre sur l'éta,t de l'instruction publique en Espagne, et notamment les sciences 77ïédicales. Paris, 1846, in-8°, 42 pp. — LVI. Observations sur le j)rojct de loi relatif à V enseig7\ement et à l'exercice de la médecine. In Journ. gén de l'ïnstruct. publique, 27 nov. 1847.— LVII. Articles Muriatb, MnRiATiQUE, du Dictionnaire des se. méd. — LYIII. Deux cent trente arlicles du Dictionnaire de médecine en 50 vol. ^' G.

ORFRAIE. L'Orfraie de Buffon et des naturalistes qui l'onl précédé n'est autre chose que le Pygargue albicille ou Aigle pécheur d'Europe {Haliœtus alhicilla) des ornithologistes modernes. C'est un Rapace de grande taille, mesurant de 80 à 90 centimètres de long et ayant le bec et les serres extrêmement robustes.

ORFRIIE. 575

A l'âge adulte il est brun, plus ou moins nuancé de gris cendré sur le sommet de la tête et sur les joues, marqué de stries plus claires sur le vertex, le cou et la poitrine, et varié de fauve sur Jes épaules; sa queue est d'un blanc pur; ses yeux sont d'un jaune faible; sa cire, son bec et ses pattes d'un jaune vif. Chez le jeune le plumage offre des teintes moins nettes, brunes et roussâtres ; les yeux sont bruns, le bec et la cire d'un noir bleuâtre, les tarses d'un jaune pâle.

Le Pygargue vulgaire habite tout le nord de l'Europe, le midi de la Russie et la plus grande partie de l'Asie; il descend en hiver dans le nord de l'Afrique et passe chaque automne en Belgique, en Allemagne, en Angleterre, en Suisse, en Italie et même sur nos côtes septentrionales ; toutefois, les individus que l'on aperçoit assez fréquemment dans la région comprise entre Abbeville et Montreuil-sur-mer sont, paraît-il, tous déjeunes individus, tandis que ceux qu'on observe chaque année en Belgique sont des adultes. Un deuxième passage, en sens contraire, a lieu au mois de mai ou à la fin de février, quand le Pygargue regagne le nord de l'Ancien Continent pour nicher. L'aire de ce grand Rapace a souvent jusqu'à 2 mètres de diamètre, soit 50 centimètres de haut. Elle est placée sur un arbre, à une faible hauteur au-dessus du sol, ou plus souvent sur un rocher abrupt, et est occupée plusieurs années de suite par le même couple, qui se contente d'y faire les réparations nécessaires. Des bûches de la grosseur du bras constituent la base de l'édifice; au-dessus s'entrelacent quelques rameaux, et sur un lit de brindilles et de plumes reposent deux ou trois œufs, à coquille rugueuse, ordinairement d'un blanc bleuâtre sans taches, ou plus rarement parsemés de quelques marques brunâtres. Les parents veillent sur le nid avec beaucoup de sollicitude, et s'occupent assidûment de l'éducation des jeunes; c'est seulement lorsque ceux-ci sont en état de pourvoir à leurs besoins qu'ils les abandonnent pour aller rejoindre d'autres couples et chasser en leur compagnie.

La nourriture des Pygargues est assez variée : dans les pays du nord elle consiste essentiellement en poissons et en oiseaux de mer ; dans les steppes de la Russie, en reptiles et en petits mammifères. Sur les rives du Bosphore, M. Alléon a vu fréquemment des Pygargues occupés à dépecer des cadavres de Marsouins échoués sur le sable.

La voix de ces oiseaux est forte et retentissante : aussi dit-on communément : Crier comme une orfraie , pousser des cris d'orfraie.

Le nom d'Orfraie ou Orfraye, qui a été donné anciennement à cette espèce, est évidemment tiré du mot latin ossifragus, signifiant briseur d'os. Cette épithète en effet a été appliquée jadis non-seulement au Pygargue, mais encore à d'autres Rapaces, tels que les Gypaètes, auxquels on attribuait la singulière habitude d'emporter dans les airs les os qu'ils trouvaient trop durs, et de les laisser tomber ensuite brusquement sur un rocher pour les briser et en extraire la moelle.

A côté du Pygargue vulgaire se placent plusieurs autres espèces, dont la plus connue est le Pygargue à tête blanche {vqy. les mots Pygargue et Oise.\ux de proie). E. Oustalet.

Bibliographie. — Bufiox. Hisl. nat.; Oiseaux, 1749-1769, et Planches enluminces, 112 et 415 : YOrfraye et le Grand Aigle de mer. — Lixné. Syst. nat., 1766, p. 125 et 124. — BwssoN. Ornithologie, 1770, t. I, p. 125. — Degland et Geufe. Ornithologie européenne, 2'édH., 1867, t. I, etc. E. 0.

ORGAIVE. ORGAIVIQUE. ORGAIVISÉS (ÉtaT, CoiiPS et MaTIÈRE).

ORGAi\isATiox. ORGAi\'iSiTiE. La plupart de ces mots ont conservé la significaticn qui leur a été donnée lors de leur création. Aussi l'examen du sens qu'ils ont eu primitivement aide-t-il beaucoup à se faire une idée nette des réalités qu'ils désignent.

§ 1. Sens historiques des termes organismes, organisation, etc. — Les Grecs avaient le mot ^topyâvwo-t;, que les lexiques disent signifier V organisation du corps, sa formation sans doute.

Les termes àp'favoM, opyaviy.oi;, organum, inslrumentnm, organicns, ont été employés depuis liippocrate et Galien dans le sens de nos mots organe et organique par leurs successeurs.

x\u treizième siècle Thomas d'Aquin dit : Anima est actus corporis physici organici potentiavitam hahentis [Opéra, edit. bibliophil. Parisiis, in-fol., 1660, t. XII, p. 406, 409, etc. Quœstio unica de anima ; et ailleurs : Anima, quœ est primum principium vitce, non est corpus, sed corporis actus (Summa theologifc, ibid., t. XXI, p. 257); Anima facit ipsum esse corpus organicum [ibid., t. Xll, p. 409). Là et ailleurs il dit : Oculus est organum videndi, et se sert souvent des termes organum corporeum et corporale. Mais nulle part il n'emploie les mots organisé, organisme et organisation, dont d'après ses traducteurs et ses commentateurs il semblerait qu'il s'est servi. Nulle part il ne oonne une détermination de la nature réelle des choses désignées par ces expressions. Ce qu'il était impossible de faire du reste tant que la science en restait où elle était alors, tant que la chimie et l'anatomie n'existaient pas.

Les mots organum et organicus ne deviennent communs qu'au seizième siècle; inst r iimentum éidiit \q terme adopté jusqu'alors. Mais les idées que nous attachons aux expressions co/yjs et matière organisés, organisation ei organisme, sont indiquées par les dénominations de fabrica, œconomia, construclio, constitutio corporis. C'est la construction, l'arrangement des parties, des instruments, qui préoccupe, et non encore essentiellement la nature même de la matière composant ceux-ci, non plus que ce qu'il y a de commun à toutes ces parties, d'essentiel dans chacune d'elles, quelle que soit la diversité de leurs grandeurs, formes, couleurs, consistance, etc. {voy. l'art. Animal).

11 est évident, du reste, que le mot organisation en particulier dérive d'organe et a été introduit en biologie par la nécessité d'exprimer ce qu'il y a d'essentiel dans les organes ou instruments du corps des êtres que l'on voit naître, vivre et mourir; ce qui leprésente les conditions intrinsèques d'accomplissement de ces phénomènes. Or l'étude de ces conditions, de leurs divers ordres, est essentiellement le sujet de cet article. Par extension, ce terme a bientôt été et demeure usité pour indiquer la formation, le développement, l'exécution, Varrangement, l'aménagement de toute chose qui représente les conditions d'accomplissement d'un phénomène mécanique organique ou social quelconque. H a postérieurement été employé pour désigner la constitution de chaque être vivant par tels et tels organes ou parties, sous telles et telles dispositions réciproques.

Hors des cas où il s'agit de l'exécution de telle ou telle chose, le mot organisation est un terme dont le sens est statique, anatomique. 11 désigne spécialement les conditions d'équilibre autres que celles des corps bruts, représentant le nécessaire pour que s'accomplissent des mouvements autres que ceux de ces corps.

Ce ou ces niouvemenls, ce ou ces modes d'activité, c'est la viey sous tel ou tel de ses degrés ; expression d'ordre dynamique , dont le sens est physiologique, correspondant ici à celui de la première en anatomie.

Dès que varient les conditions d'équilibre, le mouvement change corrélativement, ni plus, ni moins; dès qu'elles disparaissent cesse le mouvement. L'un ne va pas sans l'autre, mais il n'est pas de source de confusion plus grande que de prendre l'un pour l'autre, l'équilibre pour le mouvement, le premier pouvant être, à l'état de repos, au moins supposé; considération contradictoire pour ce qui concerne l'état dynamique ou d'activité. On ne voit ici que sa cessation permanente ou temporaire, sa disparition, sa suspension. Rien ne cause plus de trouble et d'erreurs scientifiques que d'user du mot organisation, terma anatomique, pour designer l'accomplissement d'un pliénomène physiologique, un travail ou processus résultant de plusieurs opérations successives, selon l'expression des médecins du siècle dernier. D'autre part, ceux qui disent d'un phénomène physiologique normal ou morbide , encéphalique ou autre, peu importe, qu'il est un processus d'organisation, ne font que l'épéter une chose déjà évidente d'elle même, savoir que, pour ce mode d'activité d'ordre organique, l'état d'organisation est la condition de manifestation sine quâ non, et sous tel ou tel des états dits anatomiqucs.

Dans les seizième et dix-septième siècles, quand l' anatomie eut bien fait connaître que le corps de l'homme est composé de partes siniilares et de partes dissimilares constituant autant d'instruments ayant chacun leurs usages, le nom de partes organicœ s'est communément introduit et par suite ceux de corps organiques (Furetiùrc, 1690) et corps organisés (lUchelet, 1728) pour désigner ceux qui ont des organes et agissent par eux.

Le mot organe n'e^* lui-même d'abord employé que comme synonyme d'instrumeiît, à propos des organes des sens, avec Eustachi. {De aiiditu organo Veneti, 1565, in-4"), suivi bieul'it par d'autres (Nonnii Liber de tactu ettactus organo. Llyssipone, 1589 et 1595, m-8". Gasserius, De vocis et auditus organo. Ferare, 16ÛÛ, in-foho), puis par nombre d'autres avecMalpighi (De externo taclus organo. Napoli, 1665, in-12) et aussi par Vieussens, etc., dans le dix-septième siècle. Hors du cas particulier de la désignation des organes des sens, ce terme est au contraire encore rare durant le dix-huitième siècle, dans Boerhaave, Halleret autres. Willis avait pourtant appelé une fois les muscles or</ana motiva (1670), et le Dictionnaire de Furetière (1690) désigne exactement par organe : toute partie de l'animal disposée pour une action qui lui est propre et particulière.

Tout ensemble individuel des conditions intrinsèques d'accomplissement des phénomènes dits d'ordre vital représente un organisme ou réciproquement.

L'ensemble des conditions extrinsèques ou extérieures à l'organisme, inévitablement d'ordre inorganique, relatives à la manifestation des actes qu'implique la constitution de l'organisme, prend le nom de milieu. Il en a été question à l'article Biologie, pages 459, 468 et 469 (comparer la note de la page 469 de cet article à la page 444 de l'article Sa.ng). L'article iMésologie est consacré à son étude.

Le sujet du présent article se trouve aussi nettement indiqué par ce fait que les lignes précédentes mentionnent quelles sont les conditions essentielles de l'équilibre et du mouvement d'ordre organique, dit vital. L'article Biologie a traité du but que poursuit la science des corps organisés, but purement intellec-

tuel ou humain, comme celui de toutes les sciences, et il a indiqué les moyens ou procédés qu'elle emploie pour l'atteindre. On a vu dans cet article (p. 47U) comment a lieu l'étude générale des objets mêmes que la biologie soumet à ses investigations. La biologie, comme l'astronomie, la physique et la chimie, doit dire en effet quel est Vobjet de ses études, d'une part, et, de l'autre, le but qu'elle poursuit.

Il semble que Stahl reste le premier qui se soit servi du mot organisme et que ce terme a précédé le mot organisation ; il n'emploie pas ce dernier, non plus que ses prédécesseurs. Le premier de ces termes revient souvent sous sa plume dans d'autres encore de ses écrits qneèaDisqiiisitiode mechanismi et organismi diversitate (Hallae, 1707, in-4°, et en tête de sa Theoria medica vera. Hallae, 1737, in-4«).

Sa définition d'un mécanisme ne diffère pas essentiellement de celle que nous en donnons aux points de vue statique et dynamique à propos d'une horloge, etc., qu'il prend aussi pour exemple.

Ce qui pour lui est entièrement le propre de Y organisme, en ce qui touche les choses et les actions physiques, c'est de posséder en soi une disposition mécanique, mais une disposition qui cadre et conspire avec la fin à laquelle elle est destinée. De plus l'âme, l'âme humaine, existe dans le corps et avec le corps (ce qu'avait déjà dit Thomas d'Aquin) ; là est ce qui en fait un organisme, lequel a seul pour cela le droit d'être ici appelé corps humain. L'âme s'occupe des divers états des corps par des moyens matériels ; elle n'opère ses actes que d'une manière immédiate , par des moyens qui sont en très-grande partie corporels de toute manière et multiples {voy. §§ XXXVl à LIX, XC et avantdernier). Elle a connaissance des organes ; par elle le corps est organique ; il est l'instrument de l'àme ; elle a efficacité pathético-physique sur le corps, tant en ce qui concerne sa structure que sa formation, son usage et ses mouvements.

Du reste, sous la plume de Stahl, les mots nature, âme, vie, principe vital, reviennent souvent comme synonymes l'un de l'autre. Il est inutile de suivre plus loin cet ordre de préconceptions ; elles ont perdu toute validité depuis longtemps devant les progrès de l'analyse anatoraique, dont on ne trouve pas trace dans Stahl. Notons toutefois qu'étant laissé de côté l'hypothèse sur l'àme, en tant que puissance motrice des corps organisés, Stahl insiste sur ce que le mouvement ne doit jamais être conçu comme séparé du corps ; sur ce que, quelque idée qu'on s'en fasse, il est en lui-même une chose incorporelle et reste tel partout et aussi longtemps que nous le voyons exister. Le mouvement abstractivement séjiaré de son agent n'est pas existant physiquement, mais seulement une entité métaphysique [voy. Animisme).

Les autres et multiples préeonceptions de Stahl ont trop rarement été vérifiées par les progrès de l'analyse et de la synthèse pour qu'il y ait lieu de les citer ; on doit le faire même lorsqu'il s'agit de ce qu'il dit du mixte ou proportions du mélange des particules [minima singula corpora) qui constituent le corps. Il avance, en effet, que la véritable raison d'être du corps animal dépend moins de sa mixtion que de sa structure propre {Theoria medica vera, loc. cit., p. 210).

Même remarque pour ce qu'il dit des corps vivants, de l'essence desquels il est d'exister comme agrégats composés de parties hétérogènes : parties olfrant entre elles une disposition ordonnée sans laquelle ils ne pourraient ni exister ni subsister {De m,ixti et vivi corporis vera diversitate. Hallse, 1707, in-4",

g X. Dans Theoria medica, 1757, p. 70). Bien que les mots atomes désignant les individus ou éléments indivisibles les plus petits, molécule désignant les corps naturels ou artificiels résultant de la combinaison des précédents, fussent employés déjà du temps de Stahl, il ne se sert que des termes individuus, elemenium et agregatum è midtisiiidividuis. C'est à tort que ses traducteurs mettent les mots atome à la place des deux premières expressions et molécule à la place des secondes, comme s'il s'était réellement servi des termes atomiis et molecula déjà usités néaumoins de son temps et avant.

Si, comme on le voit, pour Stahl, c'est en fait le mécanisme qui par Vâme mène à Vorganisme, la suite montrera qu'en réalité c'est au contraire en passant par l'état d'organisation, état supérieur pour elle, que la matière arrive à des dispositions physiques et mécaniques et à l'accomplissement d'actes de ces ordres-là; actes et dispositions subordonnés ici aux dispositions anatomiques.

Le mot organisation apparaît dans Bourguet {Lettres philosophiques, Amsterdam, 1727 et 1765, in-12), qui s'en sert souvent en l'appliquant à la désignation d'un arrangement de parties quelconques ou à peu près. Pour Bourguet (p. 70-71) les molécules triangulaires, cubiques, etc., des différents sels, « sont des corps organisés de diverses classes qui varient entre elles, autant que celles qui sont connues sous le nom de plantes, d'insectes, d'oiseaux, etc., etc. » Seulement : « Leur organisation est infiniment plus simple, quoique accompagnée d'un principe de force qui produit les petits mouvements d'adhésion entre ceux de même espèce. » « Ainsi, il serait vrai de dire que tout est organisé dans la matière... » (p. 71). Il se sert du mot organisme dans un sens corrélatif.

« J'ai, dit-il, l'emarqué tantôt que tout était organique dans la nature ; le règne minéral autant que le végétal et l'animal, quoique dans un ordre fort différent que celui que les philosophes et les chimistes ont imaginé. Cet organisme (le Célemnite) consiste d'abord en des corpuscules d'une petitesse presque infinie dont les figures sont géométriques, mais des plus simples ; des sphères ou des points physiques, des triangles, des carrés ou cubes, des rhombes, des

parallélipipèdes, etc. )) (Bourguet, Lettres philosophiques sur la génération

elle méchanisme organique. Amsterdam, 1762, in-12, p. 81).

Il est le premier qui ait employé le mot organisation dans le sens d'organisme, d'être organisé, qui offre un certain arrangement, à propos des filaments ou Vers spermatiques, par exemple (p. 95). Lamarck en a également fait autant [Uém. de physiq. et d'hist. nat. Paris, 1797, in-8, p. 279).

La liaison entre les notions d'état d'organisation et celle de vie est établie par Buffon, d'une manière intime et profonde, et pour la première fois, bien qu'il y mêle des erreurs dont la cause sera notée plus loin. Il s'exprime, en effet, ainsi sur ce point : « Nous devons donc dire qu'étant formés de terre et de poussière, nous avons en effet avec la terre et la poussière des rapports communs qui nous lient avec la matière en général : tels sont l'étendue, l'itipénélrabilité, la pesanteur, etc. ; mais comme nous n'apercevons pas ces rapports purement matériels, et qu'après la mort ou avant ils existent et ne nous affectent point du tout, on ne peut pas dire qu'ils fassent partie de notre être : c'est donc Vorganisation, la vie, l'âme, qiii fait proprement notre existence; la matière considérée sous ce point de vue en est moins le sujet que l'accessoire.

« Nous différons beaucoup des végétaux, cependant nous leur ressemblons plus qu'ils ne ressemblent aux minéraux, et cela parce qu'ils ont une espèce de

3S0 ORGAiNE.

forme vivuutc, une orgaiiisaliou w (Buffoa, Hist. nat. des aaimaiw. Paris, 1749, in-4, t. II, p. 4,5 et 6).

Sans définir d'une manière formelle ce qu'il entend par organisation, Ch. Bonnet le fait comprendre de différentes manières. 11 dit en particulier : « De toutes les moditlcations dont la matière est susceptible la plus noble est sans doute Y organisation. Le corps d'un animal est un petit système particulier, plus ou moins composé, et qui, comme le grand système de l'univers, résulte de la combinaison et de l'enchaînement d'une multitude de pièces diverses, dont chacune produit son effet propre, et qui conspirent toutes ensemble à produire cet effet général que nous nommons la vie. »

« La matière organisée a reçu un nombre presque infini de modifications diverses. Les plantes et les animaux ne sont que des modifications de la matière organisée. Le système organique de l'animal diffère de beaucoup de celui du végétal. Leur naissance et leur développement ne sont pas soumis aux mêmes conditions. 11 s'agirait de savoir à ((uel degré précis à' organisation se termine la capacité d'être animé ayant cette âme que nous regardons comme le principe secret des mouvements de l'animal (d'où ce dernier terme) qui en fait un tout animal. Les nerfs sont cette partie de l'organisation animale par laquelle l'animal paraît être ie plus animal. Toute pDrtion de matière organique douée de nerfs ou de quelque chose d'analogue peut être le siège d'une âme » (Bonnet, dans Spallanzani, OEuvres, Paris, 1787, p. 292-294). l'irritabilité est le principe vital de Vanimalilé, qui elle-même n'est pas autre chose que la vitalité de fieedhâm [ibid., p. 526, et Palingénésie, part. 10 et 15).

Ailleurs il dit : « Un seul trait suffirait pour faire sentir la grande prééminence des machines animales sur celles de l'art ; les unes et les autres s'usent par le mouvement; elles souffrent des déperditioyis ]0\xvn3\\eve% ; mais telle est l'admirable construction des premières, qu'elles réparent sans cesse les perles que le mouvement perpétuel de leurs divers ressorts occasionne.

« Chaque pièce s'assimile les molécules qu'elles reçoit du dehors, les assujettit, les dispose, les arrange de manière à lui conserver la forme, la structure, les proportions et le jeu qui lui sont propres, et qu'exige la place qu'elle tient dans le tout organique. Non-seulement chaque pièce d'une machine animale (par le grand ouvrage de la nutrition) répare les pertes que les mouvements intestins lui occasionnent, elle s'étend encore en tous sens par l'incorporation ' des molécules étrangères que la nutrition lui fournit ; cette extension qui s'opère graduellement est ce que le physicien nomme évolution ou développement » (Cil. Bonnet, Palingénésie philosophique. Amsterdam, 1762, in-12, t. il, p. 61-64).

Bonnet ajoute ce qui suit (p. 149) : « Chaque partie du végétal ou de l'animal a une organisation qui lui est propre, d'où résultent ses fonctions. Cette organisation est durable, elle demeure essentiellement la même dans tous les points de la durée de l'être. La partie s'assimile donc les sucs nourriciers dans un rapport direct à son organisation, et conséquemment à ses fonctions. Nous ignorons le secret de l'assimilation, mais nous concevons en général qu'elle dépend de la dégradation proportionnelle du calibre des vaisseaux et de l'affinité (les molécules nourricières avec les éléments du fond primordial, ^incrustation (les os et des coquilles est une sorte d'imitation grossière de ce qui se passe dans la nutrition et V accroissement des parties les plus fines et les plus délicates d'un végétal ou d'un animal. «

Pour Ch. Bonnet, V organisme est un tout oi'ganique, un système préétabli de parties originelles ou élémentaires.

Il dit (t. III, p. 16) : « Un corps organisé quelconque est un système dont toutes les pièces sont si étroitement enchaînées entre elles, que l'ignorance absolue sur la plus petite pièce doit nécessairement répandre de l'obscurité sur tout le système. Par une conséquence naturelle de ce principe, si nous connaissions à fond comment est faite une simple (ihre ; comment cette fibre se nourrit ; comment çWq s' assimile ou s'incorpore les molécules alimentaires; comment elle croit par cette incorporation ; si, dis-je, nous possédions à fond cela, nous connaîtrions comment le corps entier se nourrit, croît ou végète, et nous résoudrions facilement une foule de problèmes anatomiqnes. C'est ainsi que l'obscurité impénétrable qui enveloppe les éléments des corps se répand sur toute la nature. »

Pour Bonnet, en effet : « Une fibre, toute simple qu'elle peut paraître, est néanmoins un tout organique, qui se nourrit, croît, végète, et qui en peu de temps reproduit ce qu'on en retranche » {ibid., t. Il, part. X, p. 105). U'écorce des plantes, la peau, les muscles, etc., des animaux, sont des composés pur entrelacement d'une multitude de ces filaments déliés et gélatineux, qui ont ainsi de petites parties constituantes ou éléments de cette écorce, de cette peau, etc., sans être pourtant les germes de ces organes quand ils se régénèrent; sans être ces organes réduits extrêmement en petit (p. Mlj.

Enfin, il considère le tout orgaiiique ouméchanisme organique (p. 69 et 70), machine organique (t. II, p. 75) parvenue à son parfait accroissement, comme un composé de ces parties originelles ou élémentaires et des matières étrangères que la nutritio7i leur a associée pendant la vie (t. Il, p. J8).

Ce composé, singe, éléphant, chien, etc., est bien formé de l'assemblage d'une multitude de piècesUrès-différentes entre elles. Mais ces pièces ne sont pas diXilàni (ï animaux ; elles concourent seulement par leur réunion et par leurs rapports divers à former ce tout individuel que nous nommons un animal. Ces pièces séparées de leur tout ne le représentent point en petit; elle ne peuvent reproduire ce tout (p. 222).

Bonnet, qui est animiste à la manière de Stahl, admet que la vie résulte de l'union de deux substances, de l'âme substance immatérielle à une substance matérielle, le corps organisé. Il se sert rarement de l'expression vie et se préoccupe surtout de l'économie de l'être en raison de la grande influence qua la machine sur les opérations de T âme (t. I, p. 6 à 8j.

Il admet (p. 222) que les plantes mêmes ont un certain degré de sentiment ; que ce « sentiment est extrêmement faible, peut être sans volonté et sans désir, puisque l'impuissance où elles sont de nous le manifester provient de leur organisation, et qu'il y a lieu de penser que le degré de perfection spirituelle répond au degré de perfection corporelle. »

Pour lui, l'arbre « est un assemblage d'une multitude de productions organiques subordonnées, liées étroitement les unes aux autres, qui participent toutes à une vie et à des besoins communs et dont chacune a sa vie, ses besoins et ses fonctions propres. »

Bonnet dit de plus textuellement qu'un arbre est une sorte de société organique dont tous les individus travaillent au bien commun de la société, en même temps qu'ils procurent leur bien particulier (p. 22 4j. Mais, contrairement à ce que la science a démontré depuis, il suppose que la

plante serait faite sur un tout autre modèle que l'animal, en ce que chacune des espèces la composant serait elle-même un petit tout individuel représentant en raccourci le grand tout dont il fait partie et pouvant reproduire celui-ci. Chacune de ces pièces, correspondant à ce qui est dit aujourd'hui, élément anatomique ou cellules, dont la connaissance objective manquait encore alors, est en effet un petit tout individuel, mais dans la plante, pas plus que dans l'animal, il ne représente le grand tout en raccourci.

Quoi qu'il en soit, la notion d'organisme est bien nettement conçue et formulée dans les lignes qui précèdent.

Il a soin de dire qu'en ce qui touche ces questions à mesure qu'on les étudie , il faut s'attendre à tout; que, par exemple, en ne prenant nos idées d'anma/ife que chez les grands animaux, comme nous ne jugeons que par comparaison, tel animal dont nous n'avions pas soupçonné l'existence n'a trouvé dans notre cerveau aucune idée analogue du règne] animal, quand il nous est apparu [lac. cit., t. II, part. IX, p. 74).

On peut dire sans exagération que Bonnet reste celui qui de tous les biologistes s'est le plus préoccupé du fond et de toutes les faces delà question, consistant à savoir quelles sont les conditions essentielles d'accomplissement des phénomènes autres que ceux que présente la matière brute ; phénomènes dits d'ordre organique ou vital. Il sent toutes les difficultés de la solution et toute son importance et y revient dans nombre de chapitres sous différentes formes. Il faut ensuite arriver jusqu'à Lamarck pour trouver un auteur approfondissant autant que lui ces questions. Même remarque pour ce qui concerne : 1" la nutrition, l'assimilation, la désassimilation ou déperdition nutritive, déjà pourtant assez exactement définies par quelques médecins des 'seize et dix-septième siècles cités plus loin, et 2" le développement et la génération dont la nature propre avait bien été saisie par Buffon et Bonnet. Dès cette époque on voit, comme aujourd'hui, quelques auteurs seulement être préoccupés de l'importance de ces phénomènes physiologiques élémentaires et delà subordination de tous les autres à ceux-ci ; actuellement encore on est frappé de la profondeur de l'analyse qu'ils en ont donnée alors que le plus grand nombre des écrivains, sans s'en occuper, traite immédiatement des questions qui supposeraient préalablement résolues les précédentes.

Hors de Blainville, depuis Hunter, la plupart des auteurs sont dominés par la pensée que celui-ci exprimait en disant que le corps privé de vie est organisé aussi bien que le corps vivant. Dès lors, le plus grand nombre des anatomistes et des physiologistes se croit exempté de dire ce qu'ont pensé ses prédécesseurs à cet égard et même d'aborder la question autrement que d'une manière incidente et toujours incomplète. Bien des vitalistes en particulier érigent en prmcipe l'inutilité de la solution de ce problème qui à si juste titre préoccupait tant Ch. Bonnet.

Le IHctioiinaire de Trévoux (1774), le premier qui accepte les mots orgranisationel or^a?iisme, d'après Bourguet, dit: « L'organisation est l'arrangemenf des parties qui constitue un corps animé. » C'est V arrangement qui caractérise l'organisation, ou, si l'on veut, l'état d'organisation est caractérisé par un certain état d'arrangement de la matière, de ses particules ou molécules, sans que la nature même de cette matière préoccupe encore.

Le sens donné au mot organisation parle Dictionnaire de Trévoux se retrouve encore dans Hunter en 1786 et 1787. Bien que Buffon et Bonnet eussent aupa-

ravant répandu des idées s'ap[)rochant davantage de la vérité, sur ce point, celles de Hunter, analogues à celles de Bourguet, se sont propagées si longtemps qu'il est bon de les citer de suite. « Les organes réunis d'après certaines lois fixes, dit-il, forment des animaux. Cet arrangement de la matière animale est ce que l'on doit entendre par organhation. Si cette idée de l'organisation est juste, l'organisation et la vie sont deux choses distinctes ; car le corps privé de vie est organisé aussi bien que le corps vivant, puisque le même arrangement existe dans l'un et dans l'autre. L'organisation rentre donc dans nos idées de l'association mécanique des parties, et ses effets définitifs doivent être mécaniques » [Leçons sur les principes de la chirurgie, chap. iv; trad. franc. Paris, 1845, t. I, p. 279).

Cette détinition n'envisage que ce qu'il y a de mécanique dans l'état d'organisation ; elle omet de dire ce qu'est cette matière animale, eu quoi elle diffère de la matière brute, alors que toute la question est là ; l'étude de l'arrangement mécanique ne peut eu effet qu'être subordonnée à la constitution même de cette matière.

Du reste, considérer ce qui caractérise l'organisation comme consistant en une simple disposition mécanique des parties se trouve déjà dans Bordeu, bien qu'il ne se serve qu'une seule fois du mot organisation [Recherches sur le tissu muqueiix, 1767, § VI).

Reil [Veber die Lehenskraft. Archiv filr die PJtijsiologie. Hallae, 1796,in-8% t. I, p. 40 et 44) veut que le mot organisation serve à désigner la formation de la substance des êtres animés. Il dit les organes simples formés de matière animale homogène, ce sont des fibres de plusieurs espèces.

La réunion défibres d'une ou plusieurs espèces donne des organes composés qui s'associent eux-mêmes pour former les organes complets qui sont les viscères, les organes des sens, les muscles, etc. Chacun de ceux-ci remplit un rôle spécial à sa vie propre, qui est la manifestation générale des forces des organes simples le composant. Telles sont pour lui les espèces et les degrés de l'organisation. La source de la formation régulière du corps animal gît originellement dans la nature de la matière animale, de telle sorte que formation et organisation sont déjà une manifestation de t'activité de la matière, et il en est de même par suite de la forme et de la structure des êtres animés. Le principe des actions de ceux-ci doit par conséquent être cherché dans un mode de mélange et d'agrégation de la matière et spécialement tant dans la nature et la forme des éléments composants de leur propre matière que dans le mode de combinaison de ces éléments (p, 17 et 19).

La matière organique et ses propriétés sont la source des phénomènes que manifestent les corps animés, d'où l'importance pour la médecine théorique et pratique de l'analyse des corps organiques.

Seulement, la valeur de ces vues théoriques de Reil, presque toutes exactes, se trouve fort amomdrie par son chapitre sur la différence existant entre la matière animale subtile et la grossière (p. 28). Il admet en effet l'existence d'une matière subtile très-mobile et fluide, mélangée partout dans toutes les parties visibles de la nature organique, en quantité variable de l'une à l'autre; mélange qui rend complète cette matière et capable de manifester son activité. Ce serait une erreur, dit-il, de croire qu'une matière subtile est unie aux nerfs seuls ;q\\q est dans toutes les parties organiques.

Reil dit en terminant ce chapitre (p. 40) que ce serait aussi « une eneur

de croire que cette substance subtile soit seule la force ou au moins le substratum de la force de l'existence organique. La source de la vie gît dans la matière générale, dans la forme et la combinaison de tout cela, dans ce qui est visible et invisible. La matière subtile ne peut pas plus la revendiquer pour elle seule que ne le peut la matière grossière. Ce qui doit être tout est ce qui est, et d'après cela le résultat tinal est que la vie doit surgir de leur union. »

Ainsi, Reil passe aussitôt, comme on le voit, de la réalité à des hypotbèses sans preuves, détruisant la validité de ce que l'examen de la première lui a fait dire. On ne discute plus aujourd'hui ces prétendues interventions de fluides quelconques, non plus que de l'électricité, comme principes de la vie.

Il est toutefois un fiùt qu'il importe de signaler ici. Beaucoup d'écrits admettent un éther, matière subtile, remplissant l'espace, pénétrant les corps, capable d'agir sur eux, de leur communiquer ses mouvements ; matière subtile, dont la lumière, la chaleur, l'électricité, etc., ne seraient que des vibralions.

Or, il n'y a là qu'une fiction, une hypothèse donnée comme un fait, hypothèse non démontrée, ni démontrable, imitée de ce qu'apprend réellement l'expérience sur les vibrations des corps solides, liquides et gazeux. C'est un artifice logique, commode pour se rendre raison de certains phénomènes, mais qui ne représente aucunement une réalité objective, statique ni dynamique. Elle n'est admise en ce sens que par ceux qui considèrent le dilemme comme obligatoire, la rationalité comme primant l'observation et la démonstration expérimentale. Celle-ci démontre que les choses sont plus simples. De même que le pied est similaire de la main sans lui être semblable ou superposable ; que les phénomènes de l'audition sont similaires deceux de la vision sans leur être identiques, les vibrations calorifiques, électriques, de la matière, etc., sont des phénomènes similaires de ceux des vibrations des solides, des liquides et des gaz, sans leur être superposables. Les dissemblances qui les séparent ne sont nullement une preuve de l'existence d'une matière subtile ou éther, dont les molécules par leurs vibrations produiraient tant lu lumière que la chaleur quand elles agitent les molécules des corps, et dont les mouvements d'ensemble donneraient lieu aux phénomènes électriques et magnétiques.

Or, il faut bien reconnaître que, si l'éther était une réalité au lieu d'une rationalité, cette matière subtile devrait se retrouver dans la matière que nous connaissons, prenant part à l'état d'organisation et participant à la vie. Par suite, l'hypothèse de lieil ne serait qu'un simple cas particulier de la précédente, encore mise en avant de nos jours par plusieurs {voy. Animisme).

Et pourtant, dès ITOi, déjà Lamarck avait abordé l'étude des questions d'organisation et de vie en éliminant ces suppositions et en se plaçant uniquement sur le terrain des réalités naturelles.

Dans Lamarck, organisation signifie la constitution propre aux êtres vivants, c'est-à-dire aux corps qui se nourrissent, se développent et se reproduisent, avec ou sans locomotion. Bien plus nettement que Buiïon et Bonnet, il insiste sur la gradation remarquable qui existe depuis l'organisation la plus simple jusqu'à la plus compliquée [Mém. de phys. et d'hist. naL Paris, 1797, in-8°, p. 273, etc.). Mais ce n'est que plus loin que nous indiquerons ce qu'on doit à Lamarck dans ces études.

Pour Bichat [Anat. générale, 1801. Considérations générales, §§ 2 et 6), comme pour Bonnet, les animaux sont un assemblage d'organes divers concou-

ORGANK. 385

raiit chacun à su manicie à la conservation du tout. Ce sont autant de machine particulières dans la machine générale qui constituent l'individu. Ces machines particulières sont elles-mêmes formées par une combinaison de plusieurs de ces tissus simples ou éléments organisés de nos tissus, comme en chimie les composés sont formés par plusieurs corps simples. Ces éléments des organes, toujours semblables à eux-mêmes partout où ils siègent, ont une organisation très-différente pour chacun d'eux. Ils ont des propriétés physiques comme tous les corps bruts, mais ils ont de plus des propriétés qui ne tiennent qu'à l'organisation et qui sont les propriétés vitales. Ces dernières ne sont point précisément inliérentes aux molécules de la matière qui en est le siège. En effet, elles disparaissent dès que ces molécules écartées ont perdu leur arrangement organique. C'est à cet arrangement qu'elles appartiennent exclusivement. C'est donc de l'organisation et des propriétés que les principales différences (entre les divers tissus simples ou éléments organisés) doivent se tirer, quelles que soient leurs formes (Bichat, loc. cit., g 7).

Les molécules delà matière brute pénétrées des propriétés physiques depuis l'immense série des siècles, passant de temps à autre par les corps vivants, grâce à la niUrilion, s'y pénètrent, par intervalles, des propriétés vitales qui se trouvent alors unies aux propriétés physiques. Voilà donc une grande différence dans la matière par rapport à ces deux espèces de propriétés : elle ne jouit des unes que par intermittence; elle possède les autres d'une manière continue (Bicluit, loc. cit., ^^2).

Bichat n'en dit pas plus sur ce qui caractérise l'organisation, mais dans son Anatomie descriptive il insiste sur ce que la science de l'organisation comprend à la fois l'étude de l'anatoinie et de la physiologie. Ou voit de plus que ce qu'il dit implique comme chose fondamentale, dans ce qui caractérise l'état d'organisation, cet arrangement spécial ou organique qui est tel que les propriétés vitales disparaissent avec cet arrangement même.

La notion de degrés divers dans l'état d'organisation est des plus nettes dans Bichat {Anat. descriptive, t. I, § 2). On peut dire que le premier il a saisi exac-, tement cette notion et toute son importance. Le tissu est pour lui Vêlement organisé, le premier degré de l'organisation; le système est représenté par l'ensemble de chacun des tisms simples spécialement ; le mot organe exprime nue réunion de parties appartenant à plusieurs systèmes po'ir former un tout uniipie, et celui à\ipparell sert à désigner un assemblage d'organes divers concourant à une seule fonction, comme, par exemple, l'assemblage de certain^ os et muscles pour la locomotion ; des organes buccaux, pharyngiens, gastriques, intestinaux, etc., pour la digestion.

La valeur capitale de ces déerminations et de leur subordination hiéra rchique semble avoir échappé aux successeurs de Bichat. Il part déjà de là pourtant pour établir les relations existant entre l'anatomie générale et l'anatomie descriptive, avec une puissance de vues et une exactitude qui n'ont pas été dépassées depuis, lorsqu'elles n'ont pas été absolument méconnues. Il y a peu d'années, en effet, que l'on reconnaît avec lui qu; Vanatomie générale est la vraie anatomie médicale {Ibid., § 1); que la méthode en anatomie générale est celle du chimiste qui, pour « connaître les différents corps composés, examine isolément les éléments qui les constituent; qui avant de rechercher, par exemple, les propriétés des sels neutres, veut connaître leurs radicaux » (expression déjà usitée de son temps). Cette étude nécessite donc une abstraction continuelle,

DICT. ENC. 2" s. W'Il. 25

car « aucun tissu simple a existe isolément, tous sont combinés en nombre plus ou moins considérable » {Ibid., § 2).

Lamarck, depuis 1797, Meckel, de Blainville, ont ajouté aux notions acquises par leurs prédécesseurs des données importantes relatives au plus ou moins de complication que présentent les plantes et les animaux, à compter des plus simples connus, ou, réciproquement, aux formes delà gradationou de la dégradation de l'organisation des êtres vivants, suivant l'expiession de Lamarck. Mais, j'ai therché en vain dans les auteurs venus après Bichat des faits plus précis que ceux que je viens de résumer, en ce qui concerne les notions exprimées soit par les mots organisation et organisme, soit par ceux qui désignent les divers modes ou degrés de l'organisation.

J'en excepte encore une fois de Blainville et surtout A. Comte, qui a traité les divers côtés de ces questions avec une netteté et une profondeur que n'avaient pas atteintes ses prédécesseurs ; la grande majorité de ses successeurs a négligé de les prendre en considération ou, dans le cas contraire, s'est attribué la priorité des résultats {voy. A. Comte, Cours de philos, positive. Paris, 1858, 1. 111, 1'-'= édit., p. 275, 492, 495, et édit. suiv ).

Vonv de BWm\'ï\\e [Principes d'anatomie comparée. Paris, 1822, in-8'') un être organisé est une certaine combinaison d'un petit nombre de corps simples, associés en principes immédiats, sous forme structurale celluleuse arrondie^ agissant sur le milieu ambiant, mais modifiée par lui dans des limites déterminées : aussi dans ce corps les principes réagissent continuellement les uns sur les autres suivant les lois de l'affinité chimique, d'où la production de nouveaux composés et raccroissement, s'ils ne sont pas rejetés, puis le décrois sèment, s'ils le sont. « Quelquefois ces nouveaux composés sont susceptibles de devenir des corps semblables à ceux qui les ont produits, c'est-à-dire de s'organiser et de vivre, s'ils sont placés dans des circonstances favorables. C'est ce qui donne lieu à la génération, qui, d'abord évidemment spontanée, le devient de moins en moins, mais seulement en apparence, à mesure qu'on s'élève davantage dans la série » (De Blainville, ihid., Introduction, p. xxi-xxii).

Discutant la (|ucstion de la distinction des plantes et des animaux aux deux points de vue de leur constitution et des actes correspondants à celle-ci, de Blainville montre :

1" Qu'on trouve dans les animaux divers px'incipes immédiats de même espèce que dans les plantes et réciproquement;

2" Que les principes ternaires prédominent toutefois dans les plantes et les quaternaires azotés l'emportent au contraire dans les animaux;

3° Que dans les uns et dans les autres la structure cellulaire fondiimentale est la même, au moins originellement, pour la plupart, et toujours dans les plus simples des êtres organisés ;

¥ Qu'en ce qui touche la composition et la décomposition nutritives, la fixation et l'expulsion des principes immédiats formés dans ces conditions, elles ne diffèrent pas au fond des uns aux autres; mais toutefois pour les animaux ce sont toujours les principes les plus azotés qui sont ainsi formés et rejetés après la décomposition appelant la recomposition, tandis que pour les végétaux ce sont les plus hydrogénés dont le séjour serait nuisible; et ici cette expulsion est bien moins considérable que celle qui a lieu Chez les animaux ;

5» Enfin, en ce qui concerne l'accroissement, la production des germes mâles et femelles et l'évolution de ceux-ci, les phénomènes s'accomplissent de la même

manière au fond, et c'est moins là qu'ailleurs qu'on peut trouver les caractères distinctifs nets entre les plantes et les animaux (p. xxv à xl).

De Blainville montre aussi que la vie est un mouvement moléculaire ou ciiimique continu que caractérisent une combinaison {assimilation) et une décombinaison simultanées (désassimilation) successivement répétées, correspondant à un apport de nouvelles molécules et à un départ des anciennes, au sein d'une matière peu stable. De ce mouvement contmu plus ou moins lent d'une partie à l'autre, nommé aussi nutrition, résulte la chaleur, mais de plus l'accroissement, puis, celui-ci une fois achevé, la reproduction survient; des phénomènes plus élevés, qu'on ne voit que sur les animaux, ne se produisent plus, si les précédents ont cessé, si le premier au moins, la nutrition, ne persiste pas (p. 16 à 18).

Tout corps tant qu'il est organisé présente ces phénomènes; ils sont distingués sous le nom de phénomènes vitaux, en raison de leur peu de fixité et de permanence comparativement à ce que montrent les combinaisons, les autres propriétés et les formes dans les corps bruts; mais les premiers ne sont pas d'autre ordre naturel que ceux dont les relations mieux étudiées sont connues sous le nom de lois générales de la matière.

Il faut reconnaître pourtant que tout n'est pas exact dans les définitions des auteurs du dix-huitième siècle que j'ai cités, et d.ins leurs inductions. En fait, ces observateurs ignoraient encore ce qu'étaient ces parties, particules, mo/efw/es ou atomes matériels, dont l'arrangement caractérise l'organisation, car à ce point de vue Vorganisation n'est pas seulement un arrangement ou groupement moléculaire dans le sens chimique, c'est l'arrangement d'une certaine matière, c'est-à-dire des atomes d'un certain nombre de corps simples de telles et telles espèces, et non de toutes les espèces indifféremment ; atomes combinés et de plus condensés eux-mêmes en molécules de telle ou telle complexité chimique.

Mais plusieurs savaient déjà que, si toute matière est active physiquement et chimiquement, toute matière n'est pas animée ; ils savaient que, si le cerveau pense, c'est que la matière y est à un certain état, celui d'organisation, et à un certain état qui n'est pas le même que celui qui est dans le muscle, etc. Ceux-là ne supposaient déjà plus, comme on l'a fait et comme le fout encore quelques écrivains modernes, que, si le cerveau sent et pense, c'est qu'?7 y a dans toute matière des traces ou parcelles de sentiment; ce qui revient à dire qu'il y en a déjà ou encore dans celle qui sert d'aliment et qu'il en reste dans celle des excréments que forment les déperditions désassimilatrices. Lamarck, en particulier, n'admettait déjà plus cette hypothèse.

Cela est, du reste, comme si l'on prétendait que, si l'acide sulfurique a les propriétés qu'on trouve en lui, c'est qu'il y a dans l'oxygène et dans le soufre des traces ou parcelles d'acidité, etc. ; et ainsi des autres pour tous les corps simples, eu égard aux oxydes, aux sels, aux alcools, aux urées, etc., etc.; hypothèse qui ne saurait être émise qu'en repoussant d'avance les données les plus élémentaires de l'expérimentation physique et chimique. C'est méconnaître, en un mot, ce fait absolument général, savoir qu'avec chaque arrangement moléculaire nouveau des corps surgissent des manifestations nouvelles, nulles jusque-là, et par conséquent qui surprennent ou non, suivant les cas, dès qu'on les saisit; qui se lient et restent subordonnées aux propriétés générales des corps sans être le simple accroissement fonctionnel de l'une d'elles spécialement.

On est donc en droit sous toutes les formes logiques et scientifiques de maintenir, et sans attendre davantage le cours du temps, suivant l'expression de Littré, que la vie, la rénovation moléculaire continue, avec tout ce dont elle est la condition d'existence, est une propriété immanente de la matière (Littré, Eypothèse de la génération spontanée, dans la Philosophie positive. Revue, Paris, 1879, p. 177). Seulement, ce n'est pas une propriété immanente de toute matière quelconque, ni sous des états quelconques, ainsi qu'on vient de le voir.

Préjugeant sur ce qui sera prouvé plus loin, disons tout de suite à cet égard que, si toute matière quelconque ne possède pas cet attribut, celui de participer à l'état d'organisation, au même titre que le carbone, l'oxygène, l'hydrogène et l'azote (ou mieux que certains de leurs composés), l'expérimentation montre qu'il n'est presque pas de corps simple ou composé qui ne puisse, à faible dose du moins, prendre part temporairement à la constitution intime ou moléculaire d'un organisme quelconque; qui ne puisse par suite participer à ses actes d'ordre organique ou vital, à la vie, on un mot. Ils le peuvent non-seulement en ce qui touche ce que ces actes ont de plus rudimentaire, comme la rénovation nutritive, mais encore à la constitution et à la vitalité cérébrales que ce corps modifie dans ses manifestations particulières tant qu'il est incorporé à ses unités anatomiques. Comme le dit Littré : « C'est là une affirmation qu'autorisent nos connaissances présentes, sans préjuger de ce qu'autoriseront nos connaissances futures ; sans doute, la vie ne se montre que dans la matière organisée, et celle-ci n'est dans le monde qu'à l'état d'exception, au triple regard de la quantité relative, de la constitution chimique spéciale et de la condition restreinte d'existence ; mais rien de tout cela ne peut faire que cette matière ne soit composée d'oxygène, d'hydrogène, d'azote et de carbone, et que ces éléments ne soient matériels. C'est donc un fait, non une hypothèse, qu'autant que nous le sachions la vie appartient à la matière (sous l'état d'organisation) de la même façon que la pesanteur et le calorique lui appartiennent » {voy. Forces).

L'illusion n'est pas moindre chez ceux qui pour s'affranchir de tout examen de la réalité des objets et des phénomènes d'ordre organiques relèguent d un trait de plume ces derniers dans ce prétendu domaine de l'indéterminé où cesse l'empire des forces physico-chimiques. Ce qu'offrent ici d'antiscientifique les préconceptions prétendues rigoureuses de cette sorte, alors qu'elles échappeut précisément à toute démonstration, est trop évident pour que la biologie ait à s'en occuper.

La notion d'immanence de telles en telles propriétés, en rapport avec chacun des degrés ou modes de l'état d'organisation de la matière, manque aux auteurs du dix-huitième siècle, du moins il leur arrive de se contredire sur ce point. Par suite, ils admettent pour la plupart la dualité en tout, que l'inerLie peut être séparée du mouvement, de l'activité, que les corps peuvent être sans propriétés, comme les cadavres sont sans âme. C'est ainsi que Bonnet dit (loc. cit., t. 1, part. lY, p. 215-216) : « Si la plante est sensible, elle a une âme, qui est le principe du sentiment, car le sentiment ne saurait appartenir à la seule organisation. » Et pourtant il avait écrit plus haut {loc. cit., t. I, p. 18) : « J'ai considéré chaque fibre sensible comme un très-petit organe, qui a ses fonctions propres, ou comme une très-petite machine que l'action des organes monte sur le ton qui lui est approprié. J'ai jugé que le jeu ou l'effet de la fibre doit résulter essentiellement de sa structure primordiale, et celle-ci de la nature et de l'arrangement des éléments.

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« Je ne me suis point représenté ces éléments comme des corps simples. Je les ai envisagés comme les parties constituantes d'un petit organe, comme les différentes pièces d'une petite machine, destinée à recevoir, à transmettre et à reproduire l'impression de l'objet auquel elle a été appropriée... Les fibres appropriées aux différentes perceptions visuelles ont donc probablement uiie autre structure que celle des fibres appropriées aux perceptions de l'ouïe. » Les auteurs du siècle dernier manquaient des notions de chimie concernant les corps simples, permettant de saisir les données relatives aux composés qui représentent les principes immédiats constitutifs de tout ce qui offre l'état d'organisation; les principes par l'association desquels est constituée la matière, la substance tant solide que liquide ou humorale de tout ce qui manifeste les propriétés dites vitales, principes par l'intermédiaire desquels s'établit, d'autre part, la relation incessante entre les milieux ambiants et l'organisme luimême, soit très simple, des cellules seules le composant, soit que déjà complexes à des éléments disposés en tissus s'ajoutent des humeurs.

Il leur manquait ce qui démonli'e qu'en passant de l'état brut à l'état d'organisation les composés chimiques susceptibles de présenter ce mode d'association moléculaire forment un tout matériel nouveau. Us ne pouvaient concevoir encore ({u'entre des corps à l'état de composés chimiques, sous leur état chimique ou brut, en un mot, d'une part, et l'état A' économie douée d'une certaine indépendance d'existence, de l'autre, il y a Y état d'organisation sous lequel les composants sont partout plus ou moins dissimulés dans cette économie. C'est cet état qui de l'économie fait, par rapport à ses composants, un être nouveau et complexe dont chacun est un objet qui, tout en restant le même, est le sujet de deux ordres d'études ou sciences : 1° la biologie, qui étudie le sujet en luimême; 2° la sociologie, qui l'étudié dans ses relations avec ses semblables et avec tout ce qui n'est pas lui-même.

Les chimistes, par les notions qu'ils enseignent, ne donnent aucune idée de cet objet, et ils n'en font pas concevoir l'existence. La chimie est le plus précieux instrument que nous ayons pour étudier ce qu'il y a de caractéristique dans cet état nouveau de la matière, mais à aucun titre elle n'exempte de son étude objective et expérimentale.

Dans ce tout matériel surgissent et se révèlent en même temps plusieurs modes nouveaux des propriétés de la matière, qui sont ce que synthéliquement on appelle la vie. Nouveaux veut dire ici que ces modes des propriétés de la matière n'existent pas hors de l'état d'organisation, c'est-à-dire sur les composés chimiques isolés ou mélangés qui ont cessé d'être à l'état d'organisation, ou n'ont pas encore pris part à cet état. Nouveaux veut dire aussi que nulle des propriétés observées sur les corps bruts ne peut enseigner ni faire prévoir ce que sont, quant à leur nature et à leurs modes, les propriétés dites vitales ou immanentes aux corps doués d'organisation ; et cela quoique sous l'état d'organisation la matière et ses propriétés d'ordre organique ou vital n'échappent pas plus aux lois de l'équivalence des forces que ne le font les corps bruts.

11 manquait enfin à ces prédécesseurs la connaissance, la démonstration objective de l'existence des unités anatomiques réelles. Ils avaient bien la préconception de leur présence, mais, avec Haller, ils supposaient à ces elementa corporis la forme de fibre et en réduisaient le nombre à la fibre et aux vaisseaux.

Quant à la constitution même de la substance de ces fibres, la chimie du temps

ne leur en donnait aucune notion. Les piéconceptions hypothétiques sur ce point restaient seules à leur disposition.

On voit encore par ce qui précède que le pas fondamental fait par la science depuis le commencement de ce siècle a consisté en l'extension jusque dans la biologie de cette notion, savoir : qu'il n'existe aucune sorte de matière qui ne soit douée d'activité propre, au moins moléculaire; que la disparition comme les variations de cette activité sont partout fonction d'un changement d'état corrélatif qu'elles expriment en quelque sorte {voy. Biologie, p. 472-473, et Mouvement).

Du même coup, par ce progrès, la philosophie biologique s'est trouvée reliée à la philosophie générale. Toute doctrine physiologique et médicale n'a de valeur qu'en ce qu'elle est fondée sur ce fait que les actes normaux et morbides sont la manifestation de qualités inhérentes à la substance organisée (manifestation qui varie avec chacune des conditions extérieures ou intimes dans lesquelles cette substance se trouve placée) : par suite, elle coordonne, classe, décrit et interprète ces actes indépendamment de toute idée de l'intervention des forces universelles ou particulières, de principes, de fluides, etc.; forces qui, séparables de l'organisme et des milieux dont il est solidaire, régiraient ou non ses actes selon que, sous l'influence de volontés supérieures, ils seraient ou non unis à lui. L'innéité organique et la spontanéité d'action des tissus supposent l'immanence, l'inséparabilité des propriétés ou attributs dynamiques, tant que persiste l'état d'organisation, depuis les plus simples, comme la nutrition, jusqu'aux modes les plus élevés de la uévrilité. Il n'y a dès lors pas plus lieu de chercher les liens unissant l'âme ou l'esprit au cerveau que ceux qui fixent la pesanteur ou le mouvement à tout corps simple ou composé quelconque.

Dès l'instant où il n'y a pas de matièie qui ne soit douée d'activité propre, au moins moléculaire, qui soit séparée de ses propriétés, il n'y a pas de matière dénuée de spontanéité, des manifestations, des qualités qui lui sont immanentes. Le reste en cet ordre d'idées est une question de relations motrices ou autres de matière à matière. C'est ainsi qu'en physiologie spontanéité d'action se dit de ce que les fibres musculaires et les éléments nerveux, par exemple, peuvent normalement ou accidentellement manifester la contractilité ou la névrililé, par ce seul fait qu'ils arrivent à être à tel ou tel état de constitution et de rénovation moléculaire intimes, indépendamment de toute influence venue du dehors, de toute influence excito-motrice extérieure dans le cas des muscles. C'est encore ainsi qu'en pathologie spontanéité morbide se dit de l'apparition de troubles fonctionnels comme conséquence nécessaire en quelque sorte de la manifestation des propriétés inhérentes à la substance organisée, ou de certains actes complexes : tels sont ici, par exemple, le gonflement, la douleur des gencives, la salivation, les difficultés de la mastication et par suite les troubles digestifs plus ou moins marqués qui résultent de l'éruption des dents, l'altération graduelle des capillaires et des artères plus ou moins tardive d'un sujet à l'autre, mais constante, conséquence de l'accomplissement de la rénovation moléculaire nutritive dans un tissu non vasculaire.

On voit par là de combien restent en arrière de l'état actuel de la science .ceux qui, sans dire le lieu du séjour des principes d'action qu'ils croient séparables de l'organisation, en supposent encore l'existence quelque part; et cela quand la constitution de la matière organisée est telle que l'immanence d'une qualité quelconque reconnue pour l'un de ses composants implique l'immanence

de toutes les propriétés d'ordre vital dans les formes organiques qui les manifestent.

On conçoit, en effet, que, s'il y avait état d'organisation sans vie, il devrait y avoir quelque part de la vie sans organisation qui, à tels ou tels moments, viendrait faire de l'organisation ; ce qui, en toute certitude, n'est aucunement. L'existence, sans vie, de ce qu'il y a de caractéristique dans l'état d'organisation, permettrait de plus de concevoir la possibilité de faire de toutes pièces de l'organisation pourvue ou non de vie.

Mais terminons le cours des indications historiques impliquées par cet article.

La notion de degrés divers dans l'état d'organisation et celle d'éléments anatomiques, étant pour les organes ce que sont les corps simples pour les composés, sont nettement et logiquement appliquées dans les écrits de Bichat. Les conséquences de cette notion, au point de vue des méthodes scientifiques, y sont développées de la maniera la plus rigoureuse.

Mais, après lui, ceux des biologistes qui touchent à ces questions se bornent au fond à répéter avec Guvier que ce qui caractérise les corps vivants, c'est qu'ils sont formés d'une substance qui se résout presque entièrement en corps volatils; substance conformée en libres, globules et lamîs, groupés en tissus et organes, avec des fluides remplissant leurs intervalles.

Quant aux métaphysiciens de l'école dite de la philosophie de la Nature, partant de cette imagination que Vunivers est Vorganisme proprement dit et que c'est en se répétant qu'il produit les êtres organisés (Burdach, Physiologie, traJ. h'anç. Paris, 1859, in-8", t. IV, p. 147), en face de la réalité, ils restent au-dessous de leurs prédécesseurs.

L'article Organisation de M. ?t.3dg(i-\iAovmQ (Dictionnaire de médecine, 1840, in-S", t. XXII) résume bien les données alors connues relatives à la complication des organismes, envisagés au point de vue des actes, de l'ordre, des fonctions qu'ils accomplissent, en les examinant à partir des plus simples d'entre eux.

§ IL De i.'iîtat d'organisation. Quand un chimiste doit étudier les propriétés d'un corps simple ou composé, son action sur tel ou tel autre, la première chose dont il se préoccupe par-dessus tout, c'est d'en connaître la nature, c'est-à-dire de savoir s'il est mélangé ou non à quelque autre et, quond il le sait pur, de préciser sous tous les rapports sa constitution même en tant que simple ou composé. Quand un organicien va étudier les phénomènes vitaux, car, quelle que soit la source de ces derniers, il leur faudra toujours un nom générique, il est certain qu'à l'exemple de Bichat celui-là doit avant tout déterminer la nature de l'objet de ses études en prenant pour guide l'admirable et précise méthode des physiciens et des chimistes, tout en lui faisant subir sans la rompre les inflexions voulues par la constitution même de cet objet nouveau.

Or, en ouvrant les ouvrages d'anatomie et de physiologie, soit générale, soit descriptive, actuels, ce n'est pas sans surprise que l'on voit l'étude de tous les phénomènes d'ordre vital abordée sans qu'un seul mot vienne fixer l'esprit sur ce qu'il y a d'essentiel dans l'état de la matière qui les manifeste, et en l'absence de laquelle nul d'entre eux n'existe. Quelque apparence de supériorité que l'on croie se donner en disant qu'on s'inquiète peu de cet ordre de questions abstraites, on ne saurait nier l'existence du problème, ni la nécessité d'être renseigné avec précision sur les données positives qui le concernent.

On peut, sans injustice, rapprocher de ceux qui échappent aux difficultés de

la question en n'en di&ant rien les auteurs qui se bornent à écrire que : « La caractéristique des corps organisés ne se trouve pas dans la substance qui les constitue, mais bien dans l'arrangement et le groupement des particules malcrielles. Par l'analyse des organismes, on s'aperçoit que dans leur intérieur se trouvent des amas d'atomes groupés de manière à former des éléments composés qui sont les cellules ou organismes élémentaires » (Wundt, Physiologie humaine, trad. franc. Paris, 1872, in-8", p. 6 à 7). Et de même encore pour ceux qui pensent avoir renseigné en disant qu'il n'y a qu'une 'matière vivante primordiale, suhstratum commun, hase organisée, dont les métamorphoses diverses fournissent toutes les sortes d'éléments anatomiques, les tissus et les organes; qu'elle consiste en une suljslance de nature albumineuse d'une disposition moléculaire peu connue, entièrement homogène, dite sarcode, plas>'on ou protoplasma, dont les formes les plus simples sont snrcessivement celles de grumeaux, de cytodes (corps cellulaire sans noyau, avec ou sans granules) et de cellules; formes réunies pa r ra;ckel sous le nom de plastides {voy. p. 442-443).

Les Traités de physiologie les plus récenis se bornent à dire que les corps vivants sont organisés, cest-àdire composés de parties distinctes arrangées dans un certain ordre. Pour eux Y organisation commence avec Varrangement moridiologique et mécanique; mais ce qu'il y a de caractéristique pour la substance même de ces parties distinctes est complètement omis. La notion de principe immédiat est absolument méconnue. Des composés cristallisables et albuminoïdes chimiquement envisagés ils sautent à l'élément analomique, cytode ou cellule, sans dire quoi que ce soit des modes d'association de ces composants en telle ou telle subslance organisée, à l'état d'organisation, qui est tout autre chose que ces composants, ou organisée, (jni est autre chose que ces composants mêmes, et dilfère dans le noyau de ce qu'elle est dans le corps cellulaire, etc. Pour d'autres, la cellule est considérée comme directement réductible en corps simples, carbone, hydrogène, oxygène et azote. On comprend tout ce qu'ont d'arbitraire et d'obscur dès lors ce qu'ils peu\ent dire de la vie et leur manière d'envisager cet ordre d'activité.

Or les corps simples sont en quelque sorte dissimulés dans l'économie par leurs combinaisons sous forme de composés parfois binaires, ordinairement ternaires, quaternaires et quinquennaires. C'est sous cel étal ([u'ils sont actifs dans l'économie et qu'on les retire de celle-ci, qu'ils en sont les principes immédiats. 11 est facile de voir à quel point il est indispensalile de les connaître pour saisir ce en quoi consiste V état d'organisation et pour déterminer exactement les caractères de toute matière ou substance organisée {voy. Principes immédiats, et Ch. Lobin, Tableaux d'anatomie. Paris, 1850, in-4°, %^ tableau, et Robin et Verdeil, Chimie anatomique. Paris, 1852, in-8°, t. I, p. 20 et suiv.). Les notions précédentes sont indispensables à l'étude des éléments anatomiques comme avoir décelé les attributs de ceux-ci l'est pour analyser scientifiquement les tissus. Et ainsi des autres pour passer à la description des systèmes anatomiques, des ori,anes, des appareils et enfin de Vorganisme même.

Dans l'étude des principes immédiats, il ne s'agit donc de rien moins que de celle des composés chimiques qui se prêtent directement au passage réciproque de l'inorganique au vivant et du vivant à l'état brut, au cristallisable, sans destruction de composant.

Il s'agit de ce qui fait savoir comment de l'état où, par exemple, l'orne peut savoir s'il est or, et ainsi partout où il n'y a pas d'encéphale, grâce à l'état

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d'organisation et d'activité immanente de la matière, état qui peut s'élever graduellement jusqu'au degré où il y a un cerveau, le cycle nouveau ouvert de la sorte peut être fermé là. Ici, en effet, la matière ainsi disposée en cerveau est un tout formant une individualité finie, en voie d'activité incessante, qui peut faire retour sur elle-même, sur ses propres états statique et dynamique. Elle peut par le mode nouveau d'activité surgissant de cet état, et de source interne, arriver à la détermination de ce qu'elle est, sans emprunter rien ailleurs qu'à ses propriétés, sans faire intervenir rien d'extrinsèque et de surhumain. C'est par cette succession de gradations que l'organisé peut connaître ce qu'est l'organisation.

Tout ce qui de l'économie s'extériorise sous quelque forme d'activité, même intellectuelle ou encéphalique, que ce soit, aussi bien que sous les états matériels fluides ou solides, est de source interne. Mais entre la considération des uns et celle des autres il y a comme intermédiaire les diverses formes et degrés de l'état d'organisation.

Rien dans un cas, non plus que dans l'autre, n'est extrinsèque d'origine ou d'intervention externe, hyperphysique, ni même physique, en dehors de l'influence des milieux ambiants, bruts et organisés, sur les appareils des sens et autres.

Après De Blainville et A. Comte, Cl. Bernard a nettement exposé qu'il n'y a aucune différence dans tous les phénomènes de l'univers connu, si ce n'est la complexité ou la délicatesse des conditions de leur manifestation qui les rendent plus ou moins difficiles à distinguer et à préciser. Mais on peut déterminer ces conditions aussi rigoureusement dans toutes les parties de la biologie et de la sociologie que dans les sciences inorganiques. Aussi la dualité, le dualisme, qui ont établi diverses écoles dans ces sciences, sont absolument contraires à la science elle-même.

Aucune vérification objective n'a jamais pu être fuite d'une prétendue séparation entre l'un quelconque des modes de l'activité vitale ou de celle des corps bruts et les conditions statiques de cette activité, entre le mouvement et l'inertie. L'unité règne partout à cet égard. Les sciences cosraologiqucs et celles des corps vivants ont pour base les mêmes principes, et de plus, pour moyens d'investigations, les mêmes méthodes.

L'état d'organisation, en ce qu'il a d'essentiel, de commun, partout où on l'observe, consiste en l'union moléculaire dans des proportions diverses de principes immédiats, tant coagulables que cristallisables, d'origine minérale et de formation intérieure ou organique , chimiquement associés en quelque tout élémentaire, temporairement indissoluble, bien que d'une faible stabilité, chimiquement parlant, de formes variées sous de petites dimensions.

L'état d'organisation est le plus haut degré de perfection de tous les modes d'association moléculaires de la matière par l'intermédiaire des principes immédiats; il représente les conditions intiinsèques des plus éminents degrés d'activité de celle-ci qu'on puisse voir. Étudier les conditions de mécanique moléculaire qui permettent les actions chimiques propres aux êtres organisés {chimie vitale des physiciens), c'est étudier l'état d'organisation.

Ces principes immédiats, composés par ceux des corps simples qu'on trouve dans les milieux terrestres, se divisent de la manière la plus naturelle en ceux qui entrent, ceux qui sortent et ceux qui restent sans entrer ni sortir tels qu'ils sont dans la substance qu'ils composent.

C'est par leur mode de combinaison , d'association moléculaire simultanée,

qu'ils lient l'inorganique, dont ils sont composés, au vivant qu'ils constituent {voy. Priscipes immédiats).

La faible stabilité de la matière, de complexe et instable composition dont ils sont les composants, est à la fois la condition d'existence de la rénovation moléculaire incessante ou nutritive, qui en est la vie ou le mode d'activité propre, et celle de sa dissociation chimique après une durée restreinte. Celle-ci débute par la disparition de l'état moléculaire, de l'essentiel, dans l'état d'organisation, et avec cet essentiel disparaît le mode correspondant d'activité ou de mouvement moléculaire dit vital.

11 y a simultanéité et corrélation de disparitions statique et dynamique. Ce qui a cessé de vivre n'est plus organisé quant à l'essentiel. L'accessoire seul reste et dure, savoir : la forme, le volume, la consistance, la couleur, la structure des éléments, la texture des tissus, la conformation des organes, leur groupement en appareil et en organisme.

Il y a plusieurs degrés de l'état d'organisation, mais, pour avoir une exacte notion du plus simple d'entre eux et par suite de tous les autres, que le premier domine, il faut se reporter au delà d'une simple notion d'arrangement réciproque ou d'enchevêtrement de parties douées d'une certaine configuration. Derrière cette notion de dispositions mécaniques ou géométriques il faut pénétrer jusqu'à la notion de composition immédiate et d'arrangement moléculaire des principes immédiats associés entre eux, considérés ensemble et individuellement. C'est donc dans une notion d'association moléculaire, de modiûcation de la matière, comme le dit Bonnet, que gît la notion d'organisation, en ce qu'elle a de caractéristique. On est toujours obligé de remonter à cette notion lorsqu'il s'agit de déceler les modes de son activité et ceux de ses altérations.

Il ne suffit pas d'aller seulement jusqu'à l'examen de l'état que présentent chimiquement quant à leur composition élémentaire, etc., les sels, les alcaloïdes et autres composés cristallisables et surtout coagulables. Il faut se préoccuper encore des proportions dans lesquelles a lieu l'association moléculaire de ces principes et de son degré de fixité dans chaque espèce des parties élémentaires de la substance organisée. Souvent enfin ces principes ont passé par un état antérieur (Chevreul) de combinaison [voy. Biologie, p. 470), et GÉîiÉRATION, p. 592, 595).

L'état d'organisation est un état nouveau de Ja matière comparativement à ce que nous savons des corps célestes ou astronomiques et terrestres inorganiques. Ce n'est pas un quatrième état de la matière, mais un mode de combinaison qui s'élève au-dessus de ce que savait la chimie et auquel répondent des modalités de l'énergie qu'on voulait exphquer par la fiction des forces vitales, des fluides nerveux, des radiations neuriques, etc.

Ajoutons que les lois de l'endosmose et de l'exosmose, qui jouent un si grand rôle dans l'accomplissement des actes de ce qui est doué d'organisation, dans les conditions d'équilibre et de mouvement de tout ce qui est organisé, ne sont que l'expression, que des cas particuliers d'actions moléculaires ou chimiques s'effectuant entre la substance organisée soit des liquides, soit des sohdes en dissolution. Ce ne sont pas, à proprement parler, des actes physiques, et la porosité ne joue là aucun rôle. Us touchent, quant à leur cause, plus à la chimie qu'à la physique. Ils ne se rapportent pourtant qu'aux actes de translation moléculaire des principes liquides ou en dissolution d'une cellule ou d'une partie constituante cellulaire à l'autre, dans l'intimité même de chaque élé-

ment ; mais au delà encore a lieu l'acte réellement chimique soit de l'assimilation, soit de la désassimilation.

Aussi les principes dits colloïdes ne sont pas osmotiques par suite de ce fait même qu'étant des composés coagulables, des substances organiques, ils ne peuvent pas se combiner avec leurs semblables prédominant dans les membranes et les traverser comme le font, au contraire, les composés cristallisables (dits cristalloïdes) relativement hétérogènes en face des premiers [voy. Cli. Robin, Recherches sur l'endosmose, etc., Journal de la physiologie, 1863, in-8»,

D'autre part, ce fait, que les suhslances organiques ont parmi leurs composants des /ewcmes, acides amidés, a d'importantes conséquences. Quelque faibles que soient, en effet, ces acides, les éléments anatomiques et par suite les humeurs et les tissus dans lesquels elles prédominent, ces substances exercent une action dissolvante sur les calcaires et autres corps plongés dans le corps organisé qui les absorbe ou résorbe; action dite parfois digestive, qui, quelque lente qu'elle soit, n'en est pas moins réelle et n'a pas d'autres causes que cette intervention, qui est chimique au fond.

Comme on le voit, ce sont les progrès de la chimie analytique qui nous ont permis de déterminer ce qu'il y a de caractéristique dans toute matière dite organisée, vivante ou animée. Elle l'a fait en nous permettant d'extraire de chaque partie des êtres organisés toutes, ou mieux presque toutes, les espèces de principes immédiats qui en composent la substance, dans l'état même où ils s'y trouvent pendant la durée des manifestations phénoménales qui ne s'observent que sur ces êtres et non parmi les coi'ps cristallisés ou ci'istallisables. Les notions que nous devons à la chimie sous ce rapport sont positives et ne se prêtent plus à l'intervention des hypothèses de Ch. Bonnet, de ses contemporains et de ses successeurs immédiats [voy. Ch. Robin et Verdeil, Chimie anatomique. Paris, 1852, in-8°, t. I, p. 101, et Ch. Robin, Histoire naturelle des végétaux parasites des animaux. Paris, 1855. Préliminaires, p. 32 et suiv.).

Vie et orgaimsatio^'. Jamais donc la considération d'étal d'organisation, de matière organisée, ne doit être séparée de celle de Vie ou Vitalité ; c'est pour avoir voulu isoler ces deux notions solidaires et inséparables que tant d'hypothèses fausses et contradictoires sont encore journellement émises sur la vie obstinément envisagée d'une manière subjective, isolément, sans tenir compte de l'état d'organisation sans lequel elle n'existe pas, puisqu'elle n'est que le mode d'activité immanent à cet état de la matière {voy. Biologie, p. 473 et 476).

Confirmant les prévisions de Descartes, l'analyse anatomique et physilogique rigoureusement poursuivie montre que la vie, ce que l'on désigne sous ce nom parmi tous les phénomènes qui nous impressionnent, la vie est un mode d'activité de la matière, non pas en général, mais de certaines sortes de matière seulement. La vie est le mouvement d'un certain système en équilibre moléculaire instable, représenté par ce qu'on appelle état d'organisation. La Biologie étudie cet état et ce mouvement. Elle est absolument étrangère aux fictions

de l'hylozoïsme.

Ce mouvement n'est pas celui d'une matière quelconque, l'activité inhérente à toute espèce de matière [rudis materia) , mais celui de telles et telles des combinaisons naturelles des corps, subordonnées à celle qu'étudie la chimie, et autres par leur complexité. Rudimentaire en quelque sorte avec certaines des associations moléculaires représentant cet état d'organisation, ce mouvement

s'élève avec divers autres ; il arrive à des manifestations successives de plus en plus élevées, parmi lesquelles celles qui sont supérieures sont représentées par l'état moral et intellectuel des hommes, et de certains hommes spécialement. Au delà de ces manifestations vitales, de cette sorte de mouvement d'ordre organique, nous ne connaissons rien, car il n'y a pas plus d'esprit ou d'intelligence sans cerveau, quelque part que ce soit, que de vie quelconque sans état correspondant d'organisation ou d'équilibre organique, impossible à confondre avec l'état propre à la matière brute, à l'état brut ou inorganique de la matière (rudis materia).

Ce mouvement n'est pas un souffle d'origine extérieure ou toute autre chose unique, séparahle, uniforme ou bien insaisissable, qui régirait l'équilibre représenté par l'état d'organisation; qui s'accolerait à celui-ci et qui, dès qu'il existerait, suffirait à expliquer tout ce qui se passe dans l'animal aussi bien que dans le végétal ; qui serait agent de destruction aussi bien que de reproduction, etc., agent d'action d'autant plus énergique qu'il serait accolé à des corps plus infiniment petits, sans que la distinction spécifique de ceux-ci fût de quelque importance que ce eoit {voy. Germe).

La vie est l'ordre de mouvement propre à l'état d'organisation de la matière, qui lui est immanent tant que dure cet état. Il est tel qu'il permet le plus haut degré de perfection dans l'utilisation possible des propriétés de la matière ; c'est la manifestation, soit qu'elles apparaissent tout d'abord, soit qu'elles ?e dissimulent au premier regard, des propriétés inhérentes et spéciales à la niiitière sous l'état d'organisation, mais inhérentes à elle seulement. La plus générale est la nutrition caractérisée par le double mouvement de combinaison et de décombinaison que présente, d'une manière continue et sans se détruire, toute substance organisée placée dans des conditions ou milieux convenables. La vie est déjà la nutrition seule, avec ou sans autres des manifestations dynamiques qui ne se voient que s'il y a état d'organisation. 11 n'y a vie que là où il y a organisation, mais toutes les manifestations de la vie n'ont pas nécessairement lieu partout où est l'organisation, la coexistence d'un ensemble de conditions déterminées, extérieures à l'être organisé, étant indispensable ù cette manifestation. La vie étant un attribut dynamique de la substance organisée n'est par conséquent pas une chose isolable de celle-ci, ni douée ellemême d'attributs ; seulement cet état d'activité disparaît lorsque les conditions de milieu et de constitution de la substance organisée sont modifiées au delà de certaines limites. Tout être, toute unité d'un être qui présente une organisation, quelque simple qu'elle soit, placé dans un milieu convenable, est escorté d'une au moins des propriétés vitales, la plus simple d'abord, la nutrition. Partout où il y a nutrition, il y a vie, c'est-à-dire manifestation d'une au moins, ou d'un certain nombre des propriétés que ne présentent pas les corps bruts, savoir : développement, reproduction et même, chez certains êtres, contractilité et névrilité. D'autre part toute vie, quelque éminentes qu'en soient ou puissent être les manifestations, est d'abord et avant tout nutritive.

La vie en effet a ses degrés, comme Vétat d'organisation a les siens. La pleine manifestation de ces divers degrés se trouve dans l'organisme le plus élevé, étant donné l'intégrité parfaite de celui-ci et du milieu ambiant. Hors de cette intégrité elle peut s'y trouver réduite au degré le plus infime, la nutrition. Les autres degrés sont les propriétés élémentaires (ou vitales), les propriétés de tissus, les usages des organes, les fonctions et les résultantes

communes de ces divers actes dans tout organisme, tels que la calorification, [hérédité, etc.

Le terme vie est donc un terme synthétique et générique désignant un ensemble de modes d'activité correspondant à un ensemble d'autant d'états organiques et pouvant être réduits à l'unité ou degré qui vient d'être formulé. Ce sont ces modes et leurs degrés qui représentent ce qu'on appelait les forces vitales ou de la vie, lesquelles, hors de là, n'ont aucune existence réelle {voy. l)i0L0GiE, p. 473 à 476, et Forces). Ce terme, avons-nous vu, ne désigne rien qui soit ou puisse devenir extrinsèque par rapport à l'organisme.

La nature intime de cet ordre d'activité, l'essence de lu vie, restent se\iles inconnues, au même titre que celles de la pesanteur, de l'électricité, des affinite's chimiques, etc. ; et c'est pour avoir voulu déterminer cette question insoluble avant d'étudier les lois des phénomènes tels qu'ils se passent dans les êtres organisés qu'on a varié si souvent d'opinion sur cet ordre de notions. C'est pour avoir considéré la vie, abstraction laite de l'état d'organisation, de la substance organisée, qu'elle escorte inévitablement, qu'on a posé la question de savoir si la vie est un principe ou un résultat; question mal posée, puisque la vie n'est ni l'un ni l'autre. Le mot vie ne désigne en effet que la manifestation de l'une ou de l'ensemble des propriétés escortant l'état d'organisation, la matière organisée, à la condition même qu'elle soit placée dans un milieu convenant à l'emprunt et au rejet de ses composants et complétant de la sorte l'ensemble des condilions d'équilibre nécessaires, qui sont aussi celles de son mouvement : conditions d'existence intrinsèques ou de constitution, d'une part, extrinsèques ou d'extérioration de toute activité, de l'autre.

A l'état d'organisation, dans les conditions de lieu voulues, demeurent immanents ces modes d'activité de la matière, ces qualités ou propriétés qui manquent à tout ce qui est resté ou revenu à l'état brut. Sans avoir rien de contradictoire avec les propriétés d'ordre physique et chimique de tout ce qui est pondérable, puisque précisément elles les reconnaissent comme conditions d'existence, elles ne sont pourtant pas semblables; elles surgissent de l'ensemble de celles-ci par l'intermédiaire de Tétat d'organisation sans être réductibles à Vune quelconque d'entre elles.

Immanente à la substance organisée placée dans certaines conditions de milieu, puisqu'elle en est le mode d'activité, comme l'acidité ou l'alcalinité sont inhérentes aux acides et aux oxydes, la vie n'est pas plus un principe que Vacidité ouValcalinité, miireiois aussi admises comme principes distincts de la matière brute, ne sont des principes. Elle n'est pas plus un résultat que l'alcalinité,etc., n'est, dans l'ammoniaque, dans les oxydes, dans les alcaloïdes, etc., \n\ résultat susceptible d'être déduit de leur composition sans besoin de recours à l'expérience. 11 y a coexistence de cette propriété et de cette composition, comme coexistent la vie et l'organisation, en certaines conditions de milieu. Seulement il y a autant de différence entre la vie et les propriétés des corps bruts qu'entre la substance organisée, ou matière vivante de quelques moderaes, et les corps inorganiques. La liaison minutieuse et intime existant entre la constitution des parties liquides de l'organisme et des parties solides, qui naissent et se développent d'ime manière simultanée et corrélative, est la seule cause qui fait que les propriétés vitales ou la vie cessent de se manifester dès que les liquides ont subi des modifications, sans que les solides soient matériellement détruits; les corps inorganiques, au contraire, plus indépendants des

conditions extérieures, ne perdent leurs propriétés qu'autant qu'ils sont décomposés. La notion de vie ne rappelle pas l'idée d'une action exercée sur les choses corporelles, sur les organes appartenant au corps, comme le dit Stahl ; elle est l'aclivilé propre de ces choses mêmes, non-seulement apparemment immanenle, mais bien véritablement immanente et n'étant jamais ailleurs que là où l'on reconnaît sa présence. Elle est bien une véritable activité, mais non une activité quelconque [voy. les articles Biologie, p. 473, et Forces).

L'organisation, les êtres organisés, l'homme, sont donc un des nombreux modes des constitutions de la matière, et la vie est une des manifestations du mouvement nécessairement corrélatif aux premières, quelles qu'en soient les formes. C'est le mode d'après lequel le globe terrestre manifeste les arrangements moléculaires et autres de la matière et ses activités. L'état d'organisation est celui sous lequel l'homme et autres font partie du globe terrestre, lui sont liés comme matière et activité.

C'est, du reste, des matières qu'il faudrait dire ici, car il n'y a pas une seule sorte de matière dans les organismes, mais plusieurs. On en retire en effet plusieurs espèces de corps simples ou éléments chimiques, généralement à l'état de composés binaires, principes médiats, associés en combinaisons complexes. les principes immédiats ; ceux-ci, divers par leur origine, les uns venant tout formés du dehors, du milieu intérieur, les autres formés dans l'organisme même, qui sous leurs états compliqués d'isomérie, de polymérie, de condensation chimique, etc., sont associés en substances organisées sous des formes élémentaires ou unitaires multiples {voy. Cellule), associées elles-mêmes en tissus, systèmes, organes, appareils et organisme enfin.

De par ce fait que ce qu'il y a de caractéristique dans Félat d'organisation est moléculaire, moléculaire aussi est cette activité, qui est d'abord nutritive ou de rénovation incessante. Puis par là même elle se prête aux autres modes d'activité dits d'évolution, de génération, et enfin de contractilité et de névrilité.

Ce que l'activité d'ordre organique a de plus élevé, de sublime sous ce rapport, sans cesser d'être d'ordre cosmologique, se manifeste précisément dans les animaux comme dans les plantes par le fait de la transmission héréditaire des qualités et des défectuosités, les ovules et les spermatozoïdes ou les grains de pollen servant seuls d'intermédiaire entre le nouvel être et des antécédents. Il s'agit ici des qualités et des défectuosités intellectuelles, aussi bien que des morphologiques ; ce qui montre avec le plus haut degré d'évidence le lien matériel, autant dynamique que statique, de l'organique au terrestre [voy. Fécondation, p. 564-365).

Le vitellus d'une part, les spermatozoïdes de l'autre, sont les seules parties qui, ayant figure et organisation d'avance, prennent tout formés une part à la génération et à l'accroissement du nouvel être ; les premiers molécule à molécule en repassant à l'état fluide, le second en masse. Tout ensuite est représenté par des principes immédiats naturellement liquides ou solides dissous. Tout ici est matériel et dépourvu d'organisation dans ce qui arrive de l'extérieur à l'organisme pour s'ajouter au vitellus et aux spermatozoïdes et en faire de l'organisé. Tout est d'origine extérieure, rien ne se fait de rien à l'intérieur. Tout ce qui du dedans se manifeste extérieurement est de source interne, depuis ce qui est mouvement musculaire, intellectuel et moral, jusqu'à ce qui est pondérable, déjà inorganique, comme les composés cristallisables des excrétions, ou mort simplement, comme les desquamations épithéliales.

On voit par ce qui précède que la corrélation entre la substance et le mouvement est telle qu'il est impossible de traiter de l'un des degrés quelconques de l'état d'organisation sans être obligé de donner au moins la caractéristique de l'ordre d'actions qui lui correspond, c'est-à-dire des modes de la vie dont l'étude, dans son ensemble et ses détails, constitue la physiologie.

Quelque écrasants que soient ces fondements de la théorie de l'organisme ou de ia vie, en face des hypothèses et fictions que l'éducation première nous donne là-dessus, il faut que le médecin sache ne pas voir les choses autrement qu'elles sont.

Ce qu'il y a de caractéristique dans l'état d'organisation est représenté par un fait d'équilibre instable des molécules de principes divers, associés comme il vient d'être dit; il est représenté par la moyenne laissée entre les deux extrêmes des oscillations incessantes, plus ou moins grandes et plus ou moins rapides d'une espèce à l'autre des cellules, auxquelles les molécules constitutives de celles-ci sont supposées soumises par le fait, même de leur existence [voy. Ch. Robin, loc. cit., 1862, et Anatomie cellulaire, 1873, p. 22).

Le réel ici est l'équilibre instable maintenu entre et parles mouvements d'entrée et de combinaison, de décomposition et de sortie des principes constitutifs, en corrélation avec les conditions de milieu dans lesquelles se trouve chaque élément ainsi constitué. Notons que ces combinaisons conduisent à la formation de composés qui se comptent depuis les plus instables qu'on puisse concevoir, comme beaucoup d'albuminoïdes, jusqu'aux plus résistants à l'action de l'air, de l'eau et de nombre de réactifs, comme la kératine, l'élasticine, la chitine, etc.

Mais, quel que soit le peu de stabilité le plus généralement constaté dans ce qui offre l'état d'organisation, quelle que soit la facile altérabilité de la substance des cellules, sa durée se prolonge pendant un temps relativement considérable, en raison même du renouvellement moléculaire des principes ainsi faiblement unis les uns aux autres (sur les conséquences organiques de cette instabilité des combinaisons réciproques des principes immédiats constitutifs des éléments et des humeurs, voy. l'art. Biologie, p. 479).

Dès que dans une partie quelconque de la matière qui offre l'état d'organisation vient à cesser cette rénovation de ses principes constitutifs, elle cesse aussitôt de se développer, de se reproduire, de se contracler, etc.

Bourguet semble avoir été déjà dans cet ordre d'idées, lorsqu'il écrivait que : « Le mouvement spontané, quoique sujet à divers accidents, dure ordinairement dans les animaux autant que la nutrition » [Lettres philosophiques, Amsterdam, 1727 et 1762, in-12, p. 182).

Tout ce qui précède concerne ce que dans toutes les parties des plantes et des animaux on observe à titre égal, non pas sous forme identique impliquant seule \ unité, mais sous formes similaires aux points de vue de l'organisation et de la vie. Par leur nature évidemment physico-chimique, les phénomènes fondamentaux de la vie végétative exigent directement, soit dans leur analyse, soit dans leur explication, l'usage permanent des données de la physique et de la chimie, aidées d'une profonde connaissance de la structure intime et de la classification des corps vivants eux-mêmes (A. Comte, Philos, positive. Paris, 1833, t. III,

A. Comte a longuement exposé ce sujet [loc. cit., t. III, 1" édit., p. 500,

509, 611, 691, etc.), qui est loin d'être neuf, contrairement à ce que donnent

à croire ceux qui en parlent comme s'il datait du jour où ils l'ont abordé, car

on voil souvent ces questions traitées avec un dédain de l'histoire qui touche au mépris.

Or, contrairement à ceux qui croient la question nouvelle et qui parlent de l'unité fondamentale, de nature des plantes et des animaux, il n'y a pas là d'itentité ni d'unité, il n'y a que de l'homologue, du similaire, du général, de la communauté, et la réalité se saisit uniquement dans les diversités individuelles et spécifiques [voy. Forces, p. 419).

Lamarck prend déjà pour appui essentiel de sa Théorie des êtres vivants [loc. cit., 4797, p. 245 à 279 et 299) ce fait que les phénomènes fondamentaux de la vie des plantes et des animaux sont évidemment de nature physicochimique.

11 est même certainement le premier qui ait insisté autant et avec tant de netteté sur ce point, repris et développé ensuite par A. Comte. Toutefois, Lamarck se trompe lorsqu'il dit que les végétaux seuls auraient la faculté d'unir ensemble les éléments chimiques libres, l'air, l'eau et les corps terreux, (p. 297, 298 , et de former ainsi les combinaisons premières qu'ils assimilent à leur propre substance (p. 277 et 292), tandis que les animaux n'auraient point cette faculté et ne feraient que se charger de principes que la digestion fournit au chyle les combinaisons déjà existantes (p. 277 et 299). Mais chez tous les principes résultant de la décomposition et évacués sont toujours différents de ceux qui no font pas partie de sa propre substance, soit que la matière changée en celte substance même reste simplement compensatrice, soit que sa combinaison ait lieu dans une proportion qui surpasse celle des pertes (p. 265 et 269).

De ce qu'on retrouve sur les plantes ce qu'il y a de fondamental dans l'état d'organisation et dans la nutrition des animaux, cela n'implique aucunement V identité Aq ces choses, au point de vue de l'énergie, de la rapidité, etc., des phénomènes, pas plus qu'au point de vue de la nature propre et des proportions des principes immédiats qui sont en jeu. Dès qu'on sort de la considération abstraite des ressemblances entre les plantes et les animaux, dans ce qui les concerne en tant qu'organisés et -vivants, comparativement à ce qui est minéral, solide, liquide ou gazeux ; dès qu'on sort de là pour observer les objets eux-mêmes, les différences surgissent aussitôt. Elles montrent d'un côté ce qui est végétal avec prédominance cellulosique et immobilité, o^u mobilité et même translation, mais sans aucun changement de forme de l'organisme ni de ces cellules. Elles montrent de l'autre ce qui est animal avec large prédominance des substances azotées et locomotion constante du corps, changeant toujours plus ou moins de forme partiellement ou en totalité.

Dès l'examen de ce qui est visible et tangible, Yunitéon identité de substance organisée pour les plantes et les animaux, l'existence d'un protoplasme prétendu unique, et matière organisée primordiale, disparaît, pour ne se présenter plus que comme une abstraction au point de vue intellectuel ou une fiction, si on l'a voulu produire comme une réalité {voy. p. 399 et 424) . A plus forte raison en est-il ainsi pour la prétendue identité entre la vie animale et la vie végétale admise par quelques naturalistes (Perier, Revue des cours scientifiques. Paris, 1879, in-4, p. 892), l'identité n'existe même pas eu ce qui concerne la vie végétative (p. 455, et Cellule, p. 588-589). 11 n'y a, comme on le voit, ni identité, ni contradiction, opposition ou inversion de nature, entre la vie des plantes et celle des animaux; il y a des points communs d'une part, des difiérences de l'autre.

De l'organisation pathologique. Ce paragraphe ne vient ici qu'en raison de sa signification purement négative, au lieu du sens positif qu'on lui a donné hypothétiquement. L'observation montre en effet que dans quelque cas morbide que ce soit l'organisation ne perd rien de ce qui lui est essentiel, de ce qu'elle a de fondamental, quelque déviation qu'elle présente en plus, en moins ou comme aberration. Ce qu'on rencontre est une désordination et non une désorganisation, une destruction de ce qu'il y a de caractéristique dans l'état d'organisation et de vie. Ce peut être un développement en plus ou en moins et plus ou moins divergent par rapport à l'état naturel, sans que les conditions d'existence soient changées; ce peut être, d'autre part, une régénération de parties manquant ou une génération. accidentelle qui répète exactement ou non l'état normal primitif {voy. Génékation, p. 125). Mais, dans quelque cas que ce soif, il n'y a pas un ordre déterminé d'état morbide de l'organisation qui ne soit un dérivé de l'état normal et dont on ne puisse trouver la liaison avec celui-ci, dont persistent les conditions essentielles et fondamentales d'existence, hors les divers modes de mortifications locales (p. 402 et Régression).

De la désorganisation. La simultanée disparition de ce qu'il y a de caractéristique dans l'état d'organisation et dans la rénovation moléculaire continue est la mort.

Qu'il s'agisse de l'organisme animal ou végétal, de sa totalité ou de Tune quelconque de ses parties constituantes seulement, la cessation sans retour de la nutrition caractérise la mort, qui, suivant les cas, est ainsi soit générale proprement dite, soit locale [mortification, gangrène, sphacèle), mais successive et non simultanée dans tontes les parties constituantes des organismes multicellulaires {voy. DÉGÉiNÉRESCENCE, p. 227; Génération, p. 460-461).

Les unités anatomiques constituantes, pas plus que les parties complexes qu'elles forment, ne cessent de suite d'être géométriquement, morphologiquement semblables à ce qu'elles étaient sur le vivant. L'observation des mômes cellules faite sur les plantes et les animaux vivants, puis après la mort, le démontre nettement. Mais le moment où cesse la nutrition coexiste avec la disparition de ce qui est caractéristique dans l'état d'organisation ; il se manifeste dans presque toutes les espèces de cellules (sons le microscope) par le passage de la substance de ces éléments d'un état remarquablement homogène et hyalin à l'état finement grenu et qui anatomiquement caractérise la mort, fait qui lui-même résulte de la coagulation de leurs substances organiques fondamentales survenant dès qu'elles cessent d'être le siège des actes de rénovation moléculaire continue, ou assimilateurs et désassimilateurs qui caractérisent la nutrition [voy. Cellule, p. 581 et suiv.).

Le passage des cellules à cet état plus ou moins granuleux, qui n'existait pas pendant qu'elles jouaient leur rôle sécrétoire ou autre, mérite spécialement d'être pris en considération depuis qu'il a été avancé par quelques chimistes que ce ne sont pas les éléments anatomiques eux-mêmes qui jouissent de la propriété de sécréter ; que les humeurs pancréatiques et autres reçoivent leur (pialités spéciales de l'activité physiologique des granulations moléculaires intra-cellulaires utilisant les matériaux du sang {Bulletin de V Académie 7iationalede médecine. Paris, 1881, p. 653, 659).

Cette hypothèse ne peut s'appliquer en effet àjleurs granulations moléculaires, d'origine cadavérique, de beaucoup les plus nombreuses dans plus d'un épithélium, etc. [voy. Germe).

DICT. ESC. 2' s. XVIL 26

Les fibres-cellules, les fibrilles musculaires striées, les fibres lamineuses, le cartilage même, dit-on, sans devenir granuleux après la mort, montrent pourtant un certain degré de coagulation qui les rend plus fermes, plus roides. C'est ce phénomène élémentaire qui, envisagé dans la totalité du tissu de chaque système anatomique, devient la cause de la rigidité cadavérique. Mais dans le cas de ces fibres^ il ne va pas jusqu'à les faire devenir finement et uniformément granuleuses, comme cela a lieu dans les précédents sur les uns et les autres. D'autre part les agents chimiques antiputrides, conservateurs et durcissants, exagèrent bien plus encore les différences entre l'état naturel et l'état cadavérique [voy. Muscolaire, p. 695).

Les phénomènes de la rigidité cadavérique, plus tai^difs en général sur les invertébrés, varient de diverses manières d'une espèce à l'autre. Quoi qu'il en soit, la coagulation avec état grenu des cellules d'abord, avec rigidité musculaire ensuite, tels sont les signes premiers de la mort ou cessation de la nutrition.

Sur divers infusoires, sur certaines cellules des invertébrés multicellulaires, lorsque se ralentit ou dès qu'a cessé la rénovation moléculaire continue, le ramollissement, avec passage à l'état diffluent, suit bientôt le passage à l'état finement granuleux, ou parfois survient de prime abord {voy. Sarrcode). Avec ou sans perte d'eau, diminution de volume et déformations coexistant avec le passage à l'état granuleux, la différence est ce qui, sur les vertébrés aussi, fait que les épithéliums, etc., durcis plus ou moins longtemps après la mort, donnent de moins bonnes préparations que pris aussitôt après.

Dans les cas de gangrène sénile, de sphacèle par ligatures d'artères, etc. , les particularités précédentes s'observent aussi. Les éléments anatomiques restent plus ou moins longtemps reconnaissables, avant le moment où la substance de ceux-ci se ramollit plus ou moins vite, suivant les conditions d'humidité dans lesquelles ils se trouvent ; puis leur substance se réduit en une masse finement grenue, dans laquelle se reconnaissent encoi'e les plus résistants d'entre eux, tels que les fibres élastiques, etc. Dans ces divers cas de mortifications partielles, animale ou végétale, la cessation de la nutrition qui fait des éléments autant de corps étrangers s'annonce du reste, bien avant qu'il y ait putréfaction, par de légères déformations indiquant un échange inégal des liquides par rapport aux parties encore en voie de nutrition ; elle se manifeste aussi par des ehangements d'odeur, de couleurs, signes de la formation décomposés chimiques iccidentels par décomposition des composants naturels [voy. Dégénération) .

Ainsi, la chimie proprement dite, en ce qui concerne ici la seule décomposition, commence dès que cesse la rénovation moléculaire continue ou nutrition, par assimilation compensatrice de la déperdition.

Le premier degré de la désorganisation est donc un fait de coagulation. Ce premier pas est suivi bientôt d'autres décompositions chimiques successives variant suivant les conditions dans lesquelles se trouve placé le corps organisé, sacs que les éléments anatomiques et les organes cessent encore d'être bien reconnaissables. Puis vient la putréfaction, car les phénomènes précédents ne sont aucunement encore la putréfaction et ils la précèdent toujours, qu'il s'agisse de la mort proprement dite ou de la gangrène. Celle-ci, du reste, n'a jamais été confondue avec \& putréfaction par les médecins, contrairement à ce que semblent croire quelques chimistes (Pasteur, Comptes rendus des séances de VAcad. des se, Paris, 1863, t. LYl, p. 1194). Les premiers disent depuis des années, sinon depuis des siècles, que la cessation de la nutrition sous ses

tonnes, soil de mort générale ou proprenienL dite, soit de gangrène ou mortification, précède toujours la putréfaction. Seulement, suivant les conditions dans lesquelles on place ou se trouve placée la partie gangrenée ou sphacélée à la suite de ligatures artérielles, d'ergotisme, d'ingestion de phosphore, de cantharidine, etc., elle est soit atteinte, soit préservée de la putréfaction. Ils savent aussi que la pourriture d'hôpital est quelque chose de plus comme désorganisation que la gangrène.

L'une des conditions habituelles de la décomposition cadavérique est le développement des spores et des mycéliums cryptogamiques, qui a lieu dès qu'ils arrivent sur des matières devenues aptes à les nourrir par les premiers degrés d'altération ou de désorganisation indiques plus haut. Mais, toute décomposition n'est pas due à l'action des infusoires, contrairement à ce que répètent divers auteurs (î;o?/ Albuminoide, p. 432). Il y a déjà décomposition à un degré sensible des cellules et des fibres par hydratation ou déshydratation, ramollissement, diffluence, avec actions réciproques de leurs composants, dès que cesse la rénovation moléculaire, avant même que des bactéries, etc., existent à leur surperficie. Pour vivre ils ont besoin qu'il y ait déjà un commencement de désorganisation, bien que ce ne soit pas la putréfaction. Ils siègent à la surface des éléments ou des masses qu'ils constituent, et c'est à mesure que le corps organisé s'altère à cette surface et diminue de masse qu'ils avancent vers le centre. La coagulation précédente, début de la désorganisation, a lieu sans intervention de poussières cryptogamiques, et la décomposition se continue sans ces organismes, mais elle change de caractère dès qu'a lieu leur intervention et leur développement [voij. Ga.d.vvre, Germes, Mort, Principes immédiats),

La con.gélation des plantes et des animaux compte parmi ces modes de la désorganisation aussi bien que les codions soit coagulantes, soit liquéfiantes, qui ont lieu sans intervention cryptogamique et qui, une fois survenues, se prêtent plus ou moins au développement des microphytes et aux décompositions correspondantes. Depuis le simple fait de la coagulation cadavérique jusqu'à ces divers modes de désorganisation avec ou sons cryptogames, cette dernière se manifeste aussitôt déjà par des changements d'odeur et de saveur, indiquant la production ou îa mise en liberté de certains composés chimiques, d'abord en proportions insaisissables, ou n'étant pas encore formés tant que durait la nutrition. Dans tous ces cas de désorganisation, avec ou sans intervention des poussières cryptogamiques [voy. Germe), l'instabilité de composition, qui est le propre de l'état d'organisation et la condition de la rénovation moléculaire nutritive, fait que le difficile est de trouver le point où la décomposition ne va pas jusqu'à rendre inassimilable la substance observée. C'est ainsi que dans le cas de la coction des tissus cellulaire, fibreux et osseux, il importe de ne pas la pousser jusqu'au point on leur principe albuminoïde fondamental est devenu de la gélatine, car celle-ci passe par le sang et sort par les urines sans être assimilée, tandis que l'albuminoïde qui la tournit est nutritif quand il est mangé cru ou cuit modérément. C'est encore ainsi que le salpêtre, le chlorure de sodium, etc., en arrêtant la désorganisation pour un temps et empêchant le développement des cryptogames, n'empêchent pas ou déterminent même à la longue un autre ordre de décomposition, qui rend la substance des muscles, etc., inassimilable comme la gélatine, nourrissant mal, etc.

Ce qui précède montre que, sur les vertébrés à température constante par ticulièrement , la désorganisation qui marche de front avec la cessation de

la rénovalioii, avec la niorl réelle, se décèle aussitôt par des signes certains. 11 est un devoir pour le médecin de les connaître, plus encore que cela ne lui importe. Ces signes en effet sont ceux de la cessation sans retour possible de l'activité propre fondamentale d'ordre organique, de la vie générale ou végétative, et non-seulement de la vie animale ou partielle, suivant la remarque de Bichnt. Lorsqu'ils n'existent pas, c'est que la nutrition dure encore et qu'il est possible de voir réapparaître les autres propriétés de la vie végétative et avec elles celles des tissus contractiles et nerveux. Lorsqu'ils existent, on peut sans attendre la putréfaction affirmer la mort réelle, c'est-à-dire la cessation de la nutiition et l'impossibilité du retour des autres propriétés vitales.

Au point de vue de la certitude de l'un ou de l'autre de ces deux cas, ces signes sont de trois ordres et ont une importance générale et non locale ou partielle.

Le premier concerne rabaissement de la température qui se rapporte à la cessation de la nutrition, de lîiquelle la production de chaleur est un résultai. L'expérience apprend que, lorsque la température est descendue à 24 degrés dans le rectum, le retour à la température constante normale de 57°. 50 n'est plus possible, que la nutrition de l'animal ne peut continuer dans ces conditions, que la respiration, puis les contractions cardiaques, cessent alors. Dix-huit à vingt-deux heures après la cessation de la respiration et des bruits du cœui' chez l'homme suffisant pour que cet abaissement ait lieu, sa constatation est un signe certain de la mort réelle.

C'est en second lieu par cet abaissement que la cessation des bruits pulmonaires et cardiaques acquiert toute son importance, qu'on peut dire éteints, et non réduits au point d'être devenus imperceptibles, les mouvements qui sont les conditions de la continuité de la rénovation nutritive, plasmalique d'une part, gazeuse ou respiratoire de l'autre. C'est par là d'autre part qu'on peut annoncer déjà le dédoublement de la piasmine avec formation de la fibrine, ou coagidation du sang, qui est un empêchement absolu pour les mouvements de ce liquide, à la continuation de la nutrition par conséquent [vo^j. Plasmine).

La rigidité cadavérique, celle qui marche de front avec la cessation de la circulation et l'abaissement de la température, quand elle est dite spontanée, survient en raison des changements moléculaires apportés dans les substances albuminoïdes des éléments par la cessation de la nutrition, ou rénovation moléculaire continue des cellules; c'est la même cause nutritive qui dans le sang amène la formation de la fibrine ou coagulation du sang. Sa permanence dans les muscles, en particulier, est par suite un signe de mort par conséquent ou désorganisation qui peut être arrivée à un tel degré que le retour expérimental de la circulalion laisse la musculine (myosinei dans l'état de passage de l'étal demi-solide ou solide, de désorganisation, en un mot, déjà, qui caractérise toute coagulation. Cette coagulation, phénomène d'ordre chimique, par lequel débute la mort des éléments du muscle et leur rigidité, chose depuis longtemps connue {voy. SarcoDE, p. 780, et Litlré et Ch. Robin, art. Rigidité du dict. de médecine dit de jNysten, édit. de 1855 et suiv.i, a été donnée encore récemment comme un lait nouveau (1881).

Ce signe de mort réelle donne autant de certitude que les deux précédents ^ mais il ne vient ici qu'en troisième lieu comme valeur parce qu'il est localisé au système musculaire; parce que, commençant avec l'abaissement de température, il ne marche pas absolument de front avec lui, car dans les cas les

plus lents c'est douze heures seulement après ce dëbut qu'il atteint son maxi muni ; parce qu'enfin chez les individus surmenés tués subitement il commence instantanément aussi, en même temps que les contractions cardiaques {voy. Mort apparente et Moût rélle) cessent de pouvoir pousser le sang jusqu'au cerveau, etc.

Organisme et mécanisme. On voit par ce qui précède que, contrairement à ce qui se répète journellement, au moins dans les termes, organisme et mécanisme sont deux expressions opposées. Elles désignent deux ordres de choses différentes, sinon contraires. Dans l'organisme, en effet, l'activité propre, source de tous les autres actes, est moléculaire, immanente, intérieure, simultanée dans toute l'intimité de sa substance, de ses formes élémentaires ou radicales. La durée de l'existence du tout est subordonnée à celle de ces changements intimes, incessants, auxquels sont subordonnés aussi tous les autres modes d'action qui, physiologiquement, caractérisent l'organisme même et qui sont manifestés extérieurement par les parties complexes appelées organes et appareils.

Cette définition de Voryanisme, fondée sur les notions corrélatives d'état d'organisation et d'activité intérieure ou moléculaire dans la manifestation de tous les actes quelconques dont le corps est le siège, n'est autre que l'expression d'un fait qui n'est pas spécial à l'homme seulement; il est commun à lui et à tous les autres organismes, y compris les plantes.

Dans le mécanisme, la source de toute activité quelconque, le principe moteur est extérieur à lui, et cela même lorsqu'il s'agit de la tension d'un ressort de montre ou de toute autre influence physico-chimique qui pousse ou tire ses pièces, instruments ou organes. De plus, l'action de ceux-ci et leur durée ne sont pas subordonnées à leur propre activité intérieure ou intime : leur durée est au contraire subordonnée au plus possible de leur inaltérabilité superficielle et profonde, ou, si l'on veut, à la plus grande stabilité chimique possible.

S'il y a du physique et du mécanique dans l'organisme, et cela est de toute évidence {voy. Forces et Locomotion), partout ils sont subordonnés à ce qu'il y a de caractéristique dans l'état d'organisation, c'est-à-dire à ce qu'au point de vue de l'équilibre et du mouvement il y a de moléculaire ou chimique dans toutes les parties.

On remarquera dès à présent ce qui suit : Uorganicisme part de ce principe que toute maladie a pour cause une lésion des organes. Celle doctrine ne tient pas compte des altérations moléculaires des humeurs, ni de celles de la substance même des éléments anatomiques, quant aux proportions et à la nature de leurs principes constitutifs ; elle ne tient, par suite, pas compte également de la notion d'activité corrélative intime et immanente dont chaque manifestation organique extérieure est l'expression. 11 résulte de là que Yorganicisme reste une forme du mécanicisme, en ce que les organiciens sont forcés, comme les mécaniciens, d'admettre l'existence d'un principe moteur, dit vital, animé, de nature spirituelle, et ainsi des autres, ayant une action sur le corps sans lui être immanent. Pour les uns comme pour les autres, le corps est comparable à une montre bien montée et dirigée par un bon ressort.

Mais il importe de le spécifier ici une fois pour toutes, la vie, ou tout autre principe d'action ainsi envisagé, sert, si l'on veut, à tout expliquer, mais ne

rend raison de rien ; le problème à résoudre consiste précisément, en effet, à pousser l'analyse scientifique jusqu'à la détermination de ce en quoi consiste ce principe, matériellement ou dynamiquement; puis, lorsqu'on arrive avoir que le néant existe derrière les mots, sous ces deux points de vue, il reste à déterminer les conditions d'accomplissement des phénomènes cachés sous les termes précédents. C'est ce que fait la science depuis Lavoisier et ceux qui après lui ont compris qu'il fallait étudier les organismes non d'après des systèmes, mais bien en se soumettant aux mêmes méthodes que celles dont usent les sciences physico- chimiques {voy. Biologie, p. iSi et suiv.). Depuis ks organismes unicellulaires, tels que les «pores des ferments ou autres, jusqu'à l'homme, on ne rend raison de rien non plus en disant que la vie des cellules explique tout. Elle n'explique rien tant qu'on ne spécifie pas la nature des actes intimes ou moléculaires intra-cellulaires qui la caractérisent.

Au milieu d'erreurs qui tiennent à l'état de fa physique et de la chimie de son temps, mais aussi à des vues systématiques personnelles, de Laraarck le premier a montré, avec Bonnet, que la vie est esentiellement caractérisée par le mouvement intime qui compose par assimilation de matières du dehors la substance des êtres doués d'organisation et répare ainsi sans cesse les déperditions dont elle est conlinuement le siège par décomposition {Mém. de physique et d'his. nat. Paris, 1797, in-8°, p. 248 à 257).

Le premier encore il a noté qu'aussitôt que dans un corps a cessé tout mouvement organique, bientôt survient une altération dans les humeurs essentielles, le sang, la lym})he dans les animaux, la sève dans les plantes. C'est dès ce moment-là qu'il est mo7't, e'est-à-dire que non-seulement la vie, le mouvement moléculaire intime qui la constitue est sus[endu, mais qu'il l'est pour toujours ainsi que la possibilité de son retour. Tant que cette altération n'existe pas il peut y avoir suspension temporaire du mouvement organique dans certaines circonstances (voy. Ressdscitajvts [Animaux]).

« La vie ou tout mouvement organique qui la constitue peut être suspendu pendant un temps dont la durée est relative à l'individu et aux circonstances, sans que celle suspension ou celte interruption de tout mouvement vital soit la mort de l'individu qui l'éprouve. » « L'altération seule ou des organes essentiels à la vie ou des fluides qu'ils contiennent, cette altération, dis-je, portée jusqu'au point de rendre impossible l'exécution des fonctions vitales, forme alors la mort de l'individu qui l'a subie » (p. 250).

Dès la mort, le corps qui était organisé appartient entièrement au règne minéral ; c'est une masse à ranger parmi les corps bruts, quoique les marques de son ancienne organisation y soient encore très-apparentes. Dès lors elle subit successivement des altérations donnant lieu à la formation de diverses sortes de matières inorganiques (p. 250, 251 et 317). Lamarck revient incessamment sur ces questions en les envisageant très-nettement sous toutes leurs faces et les CNamine de nouveau dans sa Philosophie zoologique (1809 et 1830).

Déjà, du reste, Connor (Tentamen epistolare de secretione animali, etc., London, 1697, in-8°) avait dit : Yitaest mutuus partium solidarum in fluidas et fluidarwn in sol/Jas partes influxuset commercùmi. Avant lui aussi, Charlton {Œconomia animalis, etc., Lond., 1658, m-¥) disait : Nutritio est actio naturalis, qua intercedentibus variis alterationihus., subordinatis et segregationihus, benificio coloris vitalis, quod antea deperditum est, reparatur. On voit par ce qui précède qu'il est un fait qu'on ne saurait trop, avec

Lamarck, avoir toujours préseut à l'esprit et sur lequel on ne saurait trop insister. C'est que les notions d'état d'organisation et de vie étant absolument corrélatives, l'un n'étant pas sans l'autre, tout en n'étant pas qu'une seule et même chose, pas plus que l'aimant et le magnétisme ne sont un, ce que nous disséquons sur le cadavre, ou avons rendu cadavérique en le portant sous le microscope, n'est plus que d'origine organique. Ce que nous disséquons n'est plus organisé, dès l'instant oii la nutrition a cessé de s'y montrer, bien que nous le disions encore organisé, en raison de la persistance dans ces parties de dispositions dont il nous reste à parler, qui ne se trouvent pas dans les corps bruts ou non organisés, mais qui en fait ne viennent qu'en sous-ordre, ou mieux, après celles qui viennent d'être exposées.

De la vie latente. Ce que Lamarck appelle si bien la vie suspendue est ce qu'on a depuis nommé aussi la mort apparente ou inversement la vie latente. Les graines, les spores des cryptogames, les œufs d'insectes et autres, passant soit l'hiver, soit im temps de sécheresse plus ou moins long sans se développer, puis évoluant dès qu'ils se rencontrent dans des conditions convenables et, d'autre part, les plantes et les animaux réviviscents durant leur période de dessiccation, sont dits vivre d'une vie latente.

Sur ces êtres, ce qu'il y a de caractéristique dans l'état d'organisation est conservé dans leur intimité (p. 393) : par conséquent ils ne sont pas morts, il n'y a pas décomposition ni coagulation des substances albuminoïdes ou fondamentales de la substance de leurs cellules. La vie, le mouvement organique nutritif et par suite évolutif, etc., y est suspendu. La constitution intime et l'équilibre organique y persistent, mais non toutes les conditions du mouvement corrélatif. Il suffit pour que ce mouvement se produise que les conditions de milieu voulu pour l'échange nutritif réciproque soient fournies à l'organisme, aux points de vue de la présence de l'eau d'hydratation ou d'hygrométricité, de celle des gaz, de la température, etc. Nutritif d'abord, le mouvement devient bientôt évolutif, puis reproducteur, ou même la contractilité et la névrilité se manifestent avant la reproduction. Le mécanisme moléculaire ou primitif en a été décelé pour la première fois par M. Chevreul, et il s'applique aussi bien aux graines, aux spores, etc., qu'aux animaux {voy. Ressuscitant, p. 735), c'est-àdire aux principes albuminoïdes de tous les organismes peu complexes, c'est-à-dire à ce qui est fondamental dans leur substance.

On sait bien qu'il y a ici persistance de l'état d'organisation, mais on ne sait pas aussi positivement s'il y a absence totale de vie, suspension absolue de tout mouvement organique nutritif, sans qu'il y ait mort, dans le sens noté (p. 401), ou si, au contraire, ce mouvement ne persiste pas, en tant que réduit à un minimum nutritif donné, non encore constaté, mais constatable et ne pouvant à la longue que conduire inévitablement à la mort. Ce n'est que pris dans le sens de caché, mais découvrable, que le mot latent peut être employé ; autrement, il perd tout sens scientifique, pour en prendre un mystique, celui de la présence d'un être mystérieux, d'un principe qui se dissimule, là où ailleurs, pour réapparaître et remettre en mouvement nutritif, etc., l'organisme examiné.

Les animaux desséchés, les graines, les spores soumis aux conditions qui amènent la mort des autres organismes, ne peuvent pas reprendre leur activité nutritive, évolutive, etc. {voy. Ressuscitant, p. 733, 734). Ils sont, en un mot, susceptibles d'être tués comme les autres, bien que moins aisément. Ce fait

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prouve, aussi bien que celui de la reviviscence, que dans leur état de mort apparente Y état d'organisation est conservé dans ce qu'il a de fondamental. D'autre part, ces mêmes organismes ne conservent pas indéfiniment cet état, ne restent pas toujours susceptibles de reprendre leur activité nutritive, etc., ou vitale. Sur une quantité donnée, les conditions demeurant les mêmes, plus le temps augmente, moins est grand le nombre de ceux qui reprennent cette activité quand on les place au seiu des conditions voulues. En d'autres termes, ils arrivent à la mort comme les autres organismes, la durée seule de leur existence, sinon de Jeur vie, peut être prolongée ainsi, mais non d'une manière indéfinie. Ce fait tend à prouver que dans les conditions dites de mort apparente l'activité nutritive, la rénovation moléculaire, partout immanente à l'état d'organisation, continue sans être absolument suspendue ; réduite à un minimum, mais réelle; latente, si l'on veut, mais reconnaissable. S'il en est ainsi, fait le plus probable, le retour à la vie patente ne sei'ait qu'un retour à un certain maximum d'activité, sans être une réapparition absolue, comme une résurrection après la mort, la création à nouveau, après interruption, d'une vie semblable à la première comme dans le cas d'une génération spontanée.

Mais il faut reconnaître qu'on ne sait pas encore d'une manière absolument péremptoire si c'est ce dernier fait qu'on doit admettre plutôt que le premier ; si, l'état d'organisation persistant, son activité propre, la vie, au moins nutritive, est absolument nulle, puis naît spontanément dès que l'organisme est de nouveau placé dans les conditions de milieu voulues ; ou bien si, au contraire, il y a seulement mort apparente^ vie latente par réduction à un minimum nutritif.

Etant donné un corps qui ne vit pas, puis qui, convenablement placé, préicnte les caractères de la vie, nutrition, développement, etc., il est indubitable qu'il y a eu génération spontanée, néogénie de cette vie ; à moins qu'on ne veuille admettre, contre toutes les données de la science, qu'il n'y a eu que retour et rentrée d'une vie, principe ou fluide subtil, séparable, qui s'était échappé et tenu caché temporairement quelque part, après sa sortie.

Pour aider à comprendre ce à quoi peut être réduit ce minimum de nutrition, on peut figurenient dire que la vie est latente dans les graines, etc., pour la nutrition et par suite pour l'évolution, etc., comme elle est latente dans les spermatozoïdes pour le développement, alors qu'elle ne l'est pas pour leur nutrition et leur contractilité flagellaire ; et de même pour les fibres musculaires quand, arrivées à leur état adulte, elles ne croissent plus et ne s'atrophient pas encore.

Les cellules cryptogamiques libres des levures ou ferments, par suite des actes assimilateurs, puis désassimilateurs, donnent lieu naturellement à la formation des celluloses, des sucres non cristallisables, puis à celle des sucres cristallisables et finalement de l'acide carbonique et de l'alcool. Elles le font de la même manière que naturellement aussi le font les cellules cohérentes des pommes en voie de maturation, ou les cellules du foie pour la glycogène, puis la glycose successivement. Pour les unes comme pour les autres, c'est en elles, dans leur intimité substantielle ou moléculaire, et non hors d'elles, à leur contact, en leur présence autour d'elles, que le sucre se décompose, que se forment l'alcool et l'acide carbonique qu'elles éliminent à mesure qu'elles en sont saturées. Elles se nourrissent et se développent, en un mot, comme tous les cryptogames quelconques en général {voy. Fermentation, p. 683, 690).

Lorsqu'on fournit abondamment à ces cellules du sucre tout formé d'avance,

hors d'elles, avec des composés ammoniacaux et azotés au lieu de les laisser dans des conditions ordinaires de nutrition, hors d'un liquide sucré, former successivement dans leur épaisseur du sucre, à l'aide de leur cellulose, puis de l'alcool et de l'acide carbonique rejetés comme produits excrémentitiels, elles assimilent alors le sucre directement, sans être amenées à le former graduellement, puis le dédoublent, en quantité qui croît avec leur nombre et leur poids. L'énergie et la rapidité du dédoublement en acide carbonique et alcool, qui caractérisent la fermentation, phénomènes homologues delà formation de l'urée des animaux, etc., sont proportionnelles à celles de l'assimilation du sucre tout formé; mais cela s'accomplit sans qu'il y ait changement de nature dans les phénomènes nutritifs fondamentaux ; sans que les choses aient lieu autrement que lorsque, le sucre n'étant pas fourni t^jut formé aux cellules, celles-ci le produisent d'abord, à la manière de ce qui se passe lors de la croissance, puis de la maturation des pommes.

C'est la désassimilation du sucre de ces plantes, par dédoublement en alcool et en acide carbonique, qui est la fermentation, qui la représente comme acte physiologique dans chaque unité anatomique, et ainsi des autres pour tout autre cas encore que la fermentation glycosique.

Là est toute la théorie des fennentations.

Dans chaque fermentation, celle-ci est un cas particulier de la nutrition des plantes, et dans celle-ci de la désassimilation spécialement, 11 y a deux choses en présence, l'espèce végétale ou ferment et le composé chimique de plus ou moins faible stabilité ou fermentescible qui lui sert d'aliment ; chaque espèce peut se nourrir d'un seul ou de deux, trois, etc., composés. Le nombre des fermentations se juge par celui des produits de désassimilation en tant que l'ermentation alcoolique, acétique, ammoniacale, etc.

L'étude des fermentations est un paragraphe de celle de la nutrition des plantes, qui est un chapitre de la physiologie végétale. C'est ce qui résulte des travaux de Cagniard-Latour et de Turpin et ce que, après eux et autres, l'observation m'avait fait dire {Journal de Vanat. et de la physiologie, 1875, p. 400) en rejetant dès lors l'hypothèse des actions de contact de Mitscherlich et de Liebig {voy. Contagion, p. 8).

Cette détermination place la question sur son véritable terrain.

Elle ne laisse plus au rang des mystères ce fait que : le ferment ne cède rien aux corps quil décompose, elle rend compte de ce que bien au contraire les cellules du ferment font des graisses et de la cellulose sacchariliable, à l'aide et aux dépens du sucre qu'on leur fournit (Pasteur, Comptes rendus de VAcad. des sciences. Paris, 1859, t. XLVIIJ, p, 736-738).

Cette détermination n'est pas une manière d'éluder la difficulté sans la résoudre. C'est pourtant ce que font encore les chimistes vitalistes qui, sans se préoccuper de ce qu'est la nutrition, admettent que la fermentation e^t une transformation chimique subie par certains composés sous Vinfluence des corps organisés {voy. Fermentatiojn), Or ne pas définir ce qu'est cette influence est ne rien dire, c'est-à-dire vouloir résoudre la question par la question même, surtout quand on admet que cette influence est la force ou le principe vital.

La détermination précédente réduit le problème à poser l'équation chimique de l'assimilation d'une part, celle de la désassimilation de l'autre pour chaque espèce de végétaux, soit unicellulaires, soit multicellulaires, jouant le rôle de ferment. Au point de vue du fait de la fermentation proprement dite, de la

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formation des divers alcools et de l'acide carbonique, etc., etc., l'équation de l'assimilation, c'est-à-dire de la formation ou de l'absorption des sucres, de l'urée, etc., peut même être négligée. L'équation chimique de la désassimilation, à déterminer en chaque cas, est rattachée avec précision à des conditions d'accomplissement saisissables dans chaque espèce de cellules végétales, cryptogamiques ou autres. Ce n'est pas ici le lieu d'en donner l'énnmération.

La fermentation est donc une désassimilation végétale.

Ici, avant l'acte final de la formation de l'acide carbonique, des alcools, etc., dans et par la substance même de chaque cellule des ferments, se présente la possibilité àe la formation des composés intermédiaires, isolable du végétal, les ferments solubles. Hors des cellules la combinaison de ceux-ci aux sucres, etc., de ceux-ci détermine l'interversion et le dédoublement chimique final comme dans les cellules.

Il est possible que dans les cellules ce ferment soliible, principe défini, se consomme au fur et à mesure qu'a lieu la production, en se transformant chimiquement pendant l'accomplissement même du dédoublement, de la décomposition chimique qu'il détermine (Berthelot, Comptes rendus de V Académie des sciences, 1878, t. LXXXVll, p. 949).

Ainsi, qui dit ferment figuré dit végétal, mais végétal cryptogamique de telle ou telle espèce parmi les champignons et particulièrement à la période sporifère-conidique ou mycéliennede son développement {voy. Fermentation, p. 572 et 573, Germe et Saccharomycètes).

Qui dit fermentation dit nutrition désassimilitrace, mais sous un cas particulier de la désassimilation végétale.

C'est ainsi que, s'il n'y a pas de ferment sans fermentation, on pourrait dire qu'il y a des fermentations ou des désassimilations sans ferments : tel est le cas de la fermentation alcoolique de la glycose dans le tissu cellulaire des pommes en voie de maturation (Lechartier et Bellamy, Comptes rendus des séances de VAc. des sciences. Paris, 4872, t. LXXXV, p. 1204), dans celui des champignons hyménomycètes (Mûntz, ïbid., 1875, t. LXXX, p. 180).

Sous ces divers rapports, la nutrition, dans certaines conditions naturelles de l'existence végétale des cellules sans chlorophylle est de la fermentation ; mais toute nutrition n'est pas de la fermentation, ni partout, ni toujours.

De même, mais inversement en quelque sorte, l'absorption de l'acide carbonique par les cellules chlorophyllées conduit au dédoublement de ce gaz en carbone qui est assimilé, on ne sait encore sous quel état chimique, et en oxygène qui se dégage. La nutrition est ici de la respiration d'abord, mais toute nutrition n'est pas de la respiration, ni partout, ni toujours.'

Aux conditions naturelles de l'existence des cryptogames unicellulaires qui durant leur nutrition jouent le rôle de ferment, celles d'unités anatomiques et physiologiques dispersées, l'art ajoute celle de leur accumulation dans un milieu exceptionnellement chargé de principes tout formés d'avance pour obtenir tel ou tel composé chimique, et choisi parmi ceux dont elles se nourrissent le mieux, tandis que, durant leur existence ordinaire, elles sont obligées de le produire d'abord, comme le font les pommes {voy. Ch. Robin, Journal d'anaiomie et de physiologie, 1875, p. 400).

Ce qui se passe là est de la chimie telle qu'elle a lieu dans les êtres organisés, dans les actes nutritifs et sécrétoires, dans des conditions d'ordre organique physiologique autres que celles de l'analyse et de la synthèse chimique.

Mais c'est toujours de la chimie, aussi bien que lors de la formation de l'ure'e, de la créatine, des acides urique et carbonique dans les tissus musculaire et fibreux. Dans le cas des produits de la fermentation et dans celui des produits de la nutrition dont la première est un cas particulier, ces composés peuvent du reste être obtenus plus ou moins facilement par les procéde'es ordinaires des laboratoires. La fermentation n'est donc pas du tout une propriété végétative qui, autre que ce côté de la nutrition indiqué plus haut, viendrait s'ajouter à celle-ci et l'accompagner, comme le fait, par exemple, lacontractilitédansle cas des fibres musculaires.

L'absence, la non-consommation d'oxygène libre durant la nutrition n'est pas plus ce qui suscite ou permet la fermentation que la présence d'un courant d'oxygène dans la solution sucrée parmi les cellules de la levure n'est un empêchement pour la désassimilation de celle-ci, c'est-à-dire pour la fermentation carbonique et alcoolique (Mùntz, ibid., 1875, t. LXXX, p. 181). Seulement ici, par exemple, ces conditions nouvelles, qui montrent les cellules de la levure aussi bien anaérobies qn aérobies, déterminent des changements dans la croissance et la reproduction sporique des cellules [voy. Ch. Robm, Sur les fermentations, etc. Journal clanat. et de physiologie. Paris, 1875 et 1879, p. 465).

Cagniard-Latour a démontré que les globules des levures de bière vineuse et acéteuse sont des cellules végétales, pouvant vivre, absorber et décomposer le sucre dans l'acide carbonique comme à l'air libre (1852, et Comptes rendus de ÏAcad. des sciences. Paris, 1857, t. IV, et 1858, t. Vil, p. 2i27).

Après lui Turpin a reconnu que fermentation comme effet et végétation comme cause sont deux choses inséparables dans Vacte de décomposition du sucre par les levures de bière, de vin et de l'alcool dans celle du vinaigre. Il revient à diverses reprises sur ce fait et dit que par sa découverte Cagniard- Latour a prouvé que l'acte de la fermentation appartient à la physiologie végétale et ne tient à la chimie que par l'emploi qu'on fait des leviires dans les fabrications industrielles {Comptes rendus de l'Acad. des sciences. Paris, 1858, t. VII, p. 227 et 569). Quelques chimistes modernes, sans citer ces savants, s'attribuent cette découverte, mais en faussant son exactitude, en appelant fermentation tous les phénomènes chimiques dus aux celhdes vivantes, sans distinction ici de l'animal, là du végétal {voy. Germe).

On voit qu'il ne restait à Cagniard-Latour qu'à spécifier que dans cette végétation il s'agit uniquement de la nutrition et dans celle-ci de la seule désassimilation, c'est-à-dire d'un acte moléculaire ou chimique (p. 596), qui déjà pour certaines espèces de cellules peut se traduire par des équations chimiques.

La fermentation étant ainsi l'un des phénomènes chimiques qui se passent dans l'organisme végétal, c'est prendre la question au rebours pour paraître faire une découverte que de dire qu'il y a une analogie frappante entre les phénomènes chimiques qui se passent dans V organisme et ceux des fermentations, notamment de la fermentation putride (Hoppe-Seyler). Il y a particulièrement erreur en ce qui touche la pourriture, qui est bien en effet une décomposition comme l'est à son point de vue la désassimilation, mais une décomposition définitive, sans assimilation réparatrice de la déperdition (p. 405). Lors de la fermentation putride, ce qui est analogue à l'assimilation et à la désassimilation des animaux vivants, sans être identique pourtant, c'est la nutrition végétale zymogène des bactéries, etc., qui assimilent d'abord les composants des tissus cadavériques et les désassimilent sous l'état de produits de la fermentation, de

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la putréfaction. Mais ce qui a lieu dans le tissu pourrissant lui-même n'a d'analogie avec ce qui se passait durant sa nutrition propre qu'en ce fait que les actes sont chîtniques tous les deux. Dans la pourriture il y a d'abord ces fermentations, plus autre chose, c'est-à-dire les réactions chimiques par double décomposition entre les produits précédents et les sels minéraux des tissus et des humeurs, concourant de leur côté à la production des sulfures, des phosphures, des composés ammoniacaux et autres composés fétides.

En abandonnant l'étude des fermentations à des chimistes n'ayant aucune notion précise sur les conditions intrinsèques ou d'ordre organique, qui président aux actes nutritifs, évolutifs, générateurs, etc., les physiologistes ont laissé Ja question dans une confusion inextricable dangereuse pour la science.

Le type de la vie végétative ou nutritive peut être pris dans les muscles, par exemple, oii tout se passe sans levures ou ferments figurés, y compris l'acte chimique de désassimilation, qui met en liberté l'urée, l'acide carbonique, etc. Or dans les cellules de levure l'acte d'où sortent l'alcool et l'acide carbonique est de même ordre ; aussi net et aussi pur, si l'on peut dire ainsi, quelle que soit l'espèce de cryptogame ferment qui est en jeu d'une part, les produits de sa désassimilation de l'autre. C'est dans le végétal et dans l'animal le côté de déperdition ou excrémentitiel de la vie nutritive. C'est de la chimie, si, n'envisageant que ce côté de la nutrition, on fait abstraction de l'acte correspondant et simultané d'assimilation qui du tout fait l'acte vital de nutrition, par cette simultanéité réparatrice et conservatrice même. C'est de la chimie d'ordre organique tant que persiste ce qu'il y a de caractéristique dans l'état d'organisation. C'est un des côtés de ce que Ja nutiition a de chimique, mais c'est une erreur de dire que c'est de la chimie vivante. La fiction jetant dans la chimie une parcelle de la divinité, l'abstraction vie. peut seule conduire à une telle formule, qui n'est qu'une formule sans réalité au-dessous.

Une semblable netteté et pureté moléculaire ou chimique se retrouve dans tous les actes de désassimilation et de sécrétion des organismes, aussi bien que dans les actions chimiques dissolvantes, liquéfiantes et autres, exercées par les [troduits de ces dernières, tant récrémentitiels ou assimilables, qu'excrémentorécrémentitiels.

Qu'il soit question des actes qui se passent dans le muscle, etc., isolément envisagés sur leur côté chimique d'assimilation ici, et là de désassimilation, oti de ceux qu'exercent les liquides de l'intestin sur les aliments morts {voy. p. 454), cuits ou crus, qu'il s'agit d'amener à l'état assimilable, le type, le fond, reste le même, au point de vue de leur autonomie et netteté moléculaires. Ces actes s'accomplissent suivant les conditions présentes d'ordre organique. Ils ne sont nullement opérés par des êtres de source externe, pas plus immatériels qu'organisés, visibles, sinon tangibles, tels que des ferments bactériens ou autres. Ce n'est au fond que pour échapper à la nécessité de déterminer, par l'examen précis de la nature des choses, les conditions mêmes d'accomplissement des phénomènes, que divers auteurs attribuent à des corps étrangers à l'économie, l'exécution des fonctions, plutôt qu'aux appareils qu'on voit les remplir. Or il n'y a d'autres différences entre les actes chimiques intra-musculaires et ceux qui se passent dans l'intestin, par exemple, que celles dues aux complications apportées ici par les assimilation, désassimilation et multiplication des organismes infusoires et cryptogamiques bactériens venus du dehors avec les aliments. Ces complications intercurrentes consistent en fermentations tant proprement dites

ou simples que putrides ou multiples et simultanées, 'tant des aliments que des sécrétions intestinales. Mais quand ces putréfactions en particulier interviennent dans l'intestin elles ne sont que malfaisantes, pouvant être corrigées par ce qui reste de pur et naturel dans les actions chimiques persistantes. Ces complications dues aux actes d'assimilation et de désassimilation zymotique des bactéries, etc., à l'aide et aux dépens des aliments et des liquides digestifs, sont nuisibles dès qu'elles dépassent une certaine limite, d'autant plus nombreuses et intenses que la digestion s'opère plus mal ; mais elles ne sont nullement les agents, ni essentiels ni adjuvants, delà digestion, contrairement à ce qu'imaginent quelques modernes écrivains {voy. Germes, § VIII).

Ce qui le prouve encore, c'est que la digestion ou liquéfaction, puis l'absorption, ne se font pas autrement que la résorption des solides et des liquides. La résorption est en effet la liquéfaction graduelle, complète ou non, suivie d'absorption, de tissus mous ou osseux et dentaires, siégeant comme organes transitoires, tumeurs, ou comme corps étrangers, dans l'intimité même des tissus d'un être vivant, sans coexistence de bactéries ni de cellules de levure quelconque. Les conditions de la liquéfaction et de l'absorption qui caractérisent la résorption sont la compression des parties et peut-être l'action de liquides encore inconnus sécrétés ici ; mais liquéfaction et absorption consécutive ont lieu de même dans l'intestin, d'après l'action de liquides connus et non par le contact des bactéries. Celles-ci manquent du reste où ne sont pas les conditions de la putiéfaction commençante ou avancée dans l'intestin et les glandes des Mollusques et autres animaux à température variable. Ce n'est que le plus haut degré de méconnaissance de ce qui caractérise l'état d'organisation et les actes nutritifs qui a pu faire dire que la fermentation est le procédé essentiel qui caractérise la chimie vivante, ou que la vie est une fermentation universelle (Pasteur. Bull, de VAcad. de médecine. Paris, 1875, p. 283). Dire d'autre part que la fermentation est im phénomène -provoqué par les forces de la vie et non une réaction produite par les forces seules de la physique et de la chimie (Dumas) n'est également rien démontrer. Rapporter une combinaison chimique à une action vitale, ce n'est pas en donner raison. Tout au contraire, les efforts de la chimie servant d'instrument à la physiologie ont pour but d'analyser les changements naturels des conditions produisant ces combinaisons et décombinaisons chimiques dans les êtres vivants et de les ramener à une succession d'actes moléculaires déterminés (Berthelot, Comptes rendus de.l'Acad. des sciences. Paris, 1879, t. LXXXIX, p. 78G).

C'est donc par méconnaissance de la découverte de Cagniard-Latour qu'un chimiste, mais un chimiste seul, a pu dire cette monstruosité que la vie est une pourriture (Mitscherlich). Et cela sans compter ([u'il n'y a pourriture que dans ce que la vie a formé, mais oîi déjà elle n'est plus ; où il y a mort, c'est-à-dire où l'assimilalion réparatrice ne coexiste plus avec la désassimilation décomposante qui, de son côté, permettait l'accomplissement de la première. La pourriture n'a lieu que là où il n'y a plus ce qui caractérise l'état d'organisation ; où existent encore des conditions d'ordre chimique, mais où ne sont plus les conditions d'ordre organique, c'est-à-dire de rénovation moléculaire continue.

Il y a vie pour les bactéries et autres cryptogames, mais pourriture pour les tissus, c'est-à-dire une décomposition sans réparation qui n'est point ce qu'est la vie dans les bactéries.

11 en est de même pour les aliments dans l'intçstin, où ce qui n'est pas

liquéfié, puis absorbé par celui-ci, y sert à la vie des bactéries et autres ferments et peut de fermentescible passer à l'état de putrescible. Si bien qu'ici on a considéré les complications accessoires multiples, et même inévitables, mais non indispensables, comme étant l'essentiel, le constant, quoique dans les agents purs de la digestion, vus dans les glandes et lors de leur issue, il n'y a pas traces de bactéries sur le vivant {voy. Germe, § VllI).

g 111. Des divers degrés de l'état d'organisation. On appelle substance ou matière organisée {protoplasma et plasma de certains auteurs) tout ce qui est doué de l'état d'organisation, tel qu'il vient d'être défini. Mais de même qu'il n'y a pas une matière, mais un nombre considérable de matières ou corps tant simples que composés que nous réunissons d'une manière abstraite sous le nom commun de matière, de même encore il n'y a pas une matière organisée, mais bien plusieurs sortes de corps, tant relativement simples que composés, qui sont doués de l'état d'organisation. C'est, en d'autres termes, par un artifice 'logique imposé par les difficultés de l'état, que nous appelons matière ou substance organisée tout ce qui a, pour similitude d'attributs, Vétat d'organisation.

Après avoir examiné ce en quoi consiste ce dernier état, il faut voir quels sont les caractères analomiques et physiologiques de la matière qui le présente.

Sous ce point de vue générique ou commune la substance organisée est liquide [voy. Plasma), demi-liquide ou solide, incolore ou diversement colorée, opaque ou de translucidités variées ou variables, hydratable, susceptible de combinaisons et de décompositions chimiques les plus diverses et faciles. De composition complexe {voy. p. 595 et Principes immédiats), elle est surtout remarquable par l'instabilité de celle-ci et par les manières dont on la fixe et rend durable par nombres de combinaisons chimiques.

Mais cette grande instabilité de composition de la substance organisée est surtout importante en raison des résultats dont elle est la condition d'existence.

C'est elle qui rend possible la nutrition, la rénovation moléculaire continue, puis de la nutrition déiive la production de chaleur et d'électricité, et ainsi des autres. Plus est grande cette instabilité dans l'une quelconque des formes de la substance organisée, plus est active cette rénovation moléculaire (sur l'embryon, par exemple), plus par suite sont rapides le développement et la génération des cellules ; et ainsi des autres pour la manifestation des propriétés de la vie animale dont les précédentes ou végétatives sont elles-mêmes les conditions d'existence sine quâ non.

Mais, pai' suite aussi, cette instabilité moléculaire et naturelle indispensable est la condition d'existence naturelle et inévitable de la fatale et facile altérabilité des diverses formes de la substances organisée. Tant par combinaisons assimilalrices que surtout par décompositions désassirailatrices, point de départ fondamental des maladies qui partout demande qu'on remonte jusqu'à la nutrition, ces altérations ont lieu sans que disparaisse ce qu'a d'essentiel l'état d'organisation {voy. Dégénération).

- Il importe en effet, ici, de ne pas confondre les perturbations, les désordinations nutritives et autres pouvant avoir et ayant lieu dans des limites plus ou moins étendues, tant que persiste cet état, sans qu'il cesse d'exister {voy. p. 595), avec les phénomènes chimiques encore de la putréfaction, mais chimiquement d'un tout autre caractère, qui surviennent dès qu'il y a mort (p. 401).

La réalité objective n'est pas dans l'existence àhine substance organisée.

y en a un grand nombre de sortes, en effet. Nous concevons comme unique ce qu'elles ont de commun, c'est-à-dire l'état d'organisation, et c'est par absti^actioii, par un artifice logique, que nous les réunissons toutes sous une seule dénomination. Rien de plus opposé à la réalité anatomique que ïunite de la substance organisée supposée par quelques-uns (sous les noms de protoplasma, etc.). Objectivement, c'est sous des formes nombreuses diverses, très-petites, mais mesurables, que se rencontre tout ce qui offre l'état d'organisation. Alors même que certaines de ces formes sont purement homogènes, hyalines, etc., sous le microscope {voy. Cellule, p. 670 à 674, et Sarcode), on en compte plusieurs espèces'. Elles sont distinctes par la nature et les proportions de leurs principes immédiats constitutifs, par des réactions chimiques et certains caractères physiques correspondants, par des dispositions morphologiques et structurales et même par des associations de contact réciproques particulières.

Chacune de ces espèces est ce qu'on a appelé et appelle encore une forme élémentaire de la substance organisée, un élément, une individualité ou unité anatomique et physiologique. Ceux de ces éléments qui ont une configuration propre et spécifique sont dits figurés ; ceux qui n'ont d'autre configuration que celle des interstices que les premiers laissent par places et qu'ils comblent sont dits amorphes. Elément ne veut pas dire ici corps insécable, ou irréductible, comme en chimie, mais tiorps qui n'agit plus, ne peut plus manifester une activité propre ou physiologique s'il est divisé mécaniquement et physiquement, s'il est chimiquement privé de ce qui est caractéristique dans l'état d'organisation, ramené à ses principes immédiats constitutifs, ou aux corps simples, principes médiats composants ceux-ci. On peut donc logiquement partir de ces corps comme s'ils étaient irréductibles ou simples pour étudier la succession et la diversité non pas à proprement parler de leur combinaison, mais de leurs associations entre eux par contiguité deux à deux et au-delà.

C'est par Vorigine des choses que nous en connaissons le mieux la nature, surtout lorsqu'il s'agit des objets, éléments, tissus, etc., d'ordre organique. Or à ce point de vue, leur provenance embryonnaire, l'époque, le lieu et le mode de leur génération {voy. ce mot), sont ce qu'il y a de plus important à connaître. Ce côté de leur étude prime même la notion de leur constitution propre et spécifique, celui surtout de leurs arrangements par suite.

Sous le rapport, à la fois de leur provenance et de cette constitution spéciale, les uns des éléments figurés sont dits cellulaij^es. Ce sont les plus importants à tous les points de vue {voy. Cellule).

Les autres doivent être appelés non cellulaires, exo-cellulaires ou eccellulaires, parce qu'ils naissent postérieurement aux précédents, à l'aide et aux dépens des principes qu'ils fournissent ; ils n'apparaissent nullement sous la forme cellulaire et ne la prennent jamais. Les substances ou les unités anatomiques dites amorphes, intercellulaires, interstitielles, etc., etc., en sont toutes des exemples {voy. Cellule, p. 670).

A chacune de ces unités ou formes élémentaires est immanent un mode propre d'activité nutritive, évolutive, etc., dite d'ordre organique ou vital, corrélatif à sa composition, à ses dispositions morphologiques spéciales, etc. {voy. Biologie, p. 368 et suiv.), dispositions morphologiques qui manquent dans le seul cas, relativement accessoire, des plasmas du sang et de la lymphe {voy. Plasma) et des substances interstitielles. Sous ce point de vue ces derniers représentent en quelque sorte la réalité ot^fictive correspondant à la

conception abstraite de substance ou matière organisée, quelle que soit la forme prise par ce qui, au point de vue expérimental, offre l'état d'organisation.

Les imités ou éléments anatomiques sont les véritables réalités de la substance organisée, de l'état d'organisation, au point de vue anatomique et physiologique à la fois. La substance organisée n'a d'activité propre, en effet, que sous ces états simples ou élémentaires ; unités de l'enchevêtrement de plus en plus complexe desquels, suivant une coordination régulière, résultent tous les autres états, toutes les autres formes quelconques. Aussi, une fois connu, ces unités réelles tant au point de vue de leur provenance et de leur fin que sous celui de leur constitution physico-chimique et structurale propres, il n'y a plus rien de nouveau à connaître en anatomie, si ce n'est des arrangements nouveaux et de plus en plus complexes de ces parties élémentaires ; arrangements dont il s'agit alors de déterminer les modes et le nombre pour parfaire cet ensemble de connaissances, s'éievant au delà de celles que donne l'étude de la cosmologie, ou, si l'on veut, de l'ensemble des corps bruts.

Chaque espèce d'élément, quelle qu'elle soit, conserve une composition immédiate fondamentale et une structure qui restent les mêmes en ce qu'elles ont d'essentiel d'une espèce animale à l'autre et même jusque dans les plantes lorsqu'il s'agit des ovules et des cellules de l'épiderme au lieu des fibres musculaires, nerveuses, etc. Mais à côté de cette unité de composition fondamentale, de cette homotypie pour chaque espèce d'élément, en ce qu'il y a d'essentiel dans l'état d'organisation, il faut tenir compte des différences qui sont saisissables dans chacune d'elles, non-seulement lorsqu'on les compare d'une espèce à l'autre de la hie'rarchie des êtres vivants, mais encore d'un âge à l'autre. On trouve ces différences comme dissimulées derrière des analogies frappantes de volume, de forme ou au moins de structure fondamentale, depuis les éléments musculaires ou nerveux jusqu'à ceux du tissu cellulaire. Si même l'analyse immédiate ne les décèle pas toutes encore, ni toujours, la couleur, la saveur, l'odeur, le mode de décomposition après la mort, en démontrent l'existence ; ils ne donnent pas la mesure, les proportions, de ces différences, mais ils les rendent incontestables. Des variétés correspondantes dans l'activité propre nu-tritive, contractile ou autre, de ces éléments, se constatent nettement aussi dans chaque cas, et rien de tout cela ne doit être négligé.

Pour saisir la nature, les causes, si l'on veut, de cet ordre de variétés sans nombre, oscillant autour de ce qui est un dans l'état d'organisation, il faut se reporter à ce que nous avons dit page il 5 de ce qu'il y a de complexe el d'essentiel en lui. 11 faut se reporter encore à la connaissance du nombre et des différences, possibles et prouvées, de quantité des principes immédiats dans chaque unité. Il faut se rappeler les modes divers d'association moléculaire de ces principes constitutifs et son instabilité. Il faut enfin avoir présent à l'esprit les cas d'isomérie que l'analyse constate dans ces principes : et cela non-seulement dans les composés non cristal lisables et dans les molécules de leurs composants complexes, mais encore dans les principes cristallisables se formant à leur aide et à leurs dépens durant les actes de décomposition désassimilalrice de la substance de ces éléments.

Les conséquences physiologiques de ces différences dans la constitution intime des éléments anatomiques dune même espèce, suivant les phases de leur propre existence individuelle et suivant l'organisme dont ils font partie, sans que cesse d'être l'unité de composition et d'activité propre, d'équilibre et de

mouvement qui les caractérise, sont faciles à saisir directement et quant à leur importance relative. Elles le sont surtout dès qu'on prend pour exemple anatomique et physiologique les épithéliums des glandes végétales et animales, les ovules, les cellules nerveuses, musculaires, et ainsi des autres, en passant en revue ceux du plus grand nombre possible des organismes {Sur l'ordination des divers degrés de Vétat d'organisalion, voy. Ch. Robin, Tableaux d'anatomie. Paris, 1850, in-4", i" tableau).

Premier degré de l'état d'organisation. Ainsi, 1" une matière complètement homogène, amorphe, sans structure, en un mot, pourra être reconnue comme substance organisée, si elle a ce caractère-ci : être constituée par des principes immédiats nombreux, appartenant à trois groupes ou classes distincts, unis molécule à molécule, par combinaison et dissolution réciproque. C'est là, il est vrai, le caractère d'ordre organique le plus simple, le plus élémentaire ; c'est le premier degré de l'état d'organisation, mais il suffit pour qu'on puisse dire que la matière est organisée; et, toute simple qu'est cette organisation, c'est assez pour que la substance puisse vivre, et réciproquement, quels que soient, du reste, les autres caractères de cette matière, si celui-là n'existe pas, il n'v a pas organisation, ni vie par conséquent. Il y a même des éléments qui n'ont que ce caractère-là ; telles sont la substance homogène du cartilage, celle de la capsule du cristallin, la. substance amorphe cérébro-spinale, celle de la moelle des os, celle du cordon ombilical, etc. Ces dernières, en effet, n'ont d'autre configuration que celle des interstices qu'elles comblent entre les éléments anatomiques figurés (cellules nerveuses, cylindres-axes, tubes nerveux, cellules de la moelle des os, cellules et fibres du tissu cellulaire). Il en a été question sous ce point de vue à l'article Cellule, p. 670.

Dire « qu'une substance albuminoïde, la protoplastine , est l'outil ou matière première dont la nature se sert pour tous les travaux chimiques et vitaux qui s'effectuent dans les corps des protoplasmas », n'est qu'une fiction antiscientifîque. Même remarque sur ceux qui pensent que « le protoplasma seul vit ou végète, travaille, fabrique des produits, se désorganise et se régénère incessamment » {vog. Forces, p. i25): car il n'est pas de cellule végétale, aussi bien qu'animale, dont la paroi, dès qu'elle se montre, ne donne des exemples de vie, de végétation ou nutrition et croissance, gemmation, etc., de désorganisation et de régénération parfois. Pour être des exemples de végétation autres que ceux du protoplasma, ce n'en sont pas moins des exemples de vie {voy. l'art. Régression). II n'y a donc pas que le protoplasrna qui vive : tout ce qui est doué d'organisation vit ; la paroi cellulaire, ce que montre le plus simple examen, vit aussi bien que le protoplasma, quoiqu'il le lasse à sa manière. Si elle ne vivait pas, jelle ne serait autre qu'un corps mort, un corps étranger dans le reste de l'économie vivante. Si l'on tient à dire que le protoplasma seul vit, il faut dire aussi que les parois cellulaires, la capsule du cristallin, les tubes propres du rein, sont des protoplasmas, et dès lors le mot ne signifie rien, ou, détourné de son acception première, il reste inutile, ne signilîant plus que matière organisée, tant sur l'état dit de sarcode que sous tout autre {voy. Sarcode). Dire que le protoplasma est un chaos vital et que l'être vivant est un protoplasma façonné ne sont que de puériles formules métaphysiques, c'est-à-dire dans lesquelles les mots ne correspondent pas du tout aux réalités qu'ils ont la prétention de faire connaître ; des mots qui trompent et obscurcissent au lieu d'éclairer, car ils don-

DICT, ENC. 1" S. \V[[. 27

418 ORGAiNE.

lient une image autre que celle que px'oduisent les choses elles-mêmes, lorsqu'on les étudie physiquement et chimiquement (wi/. Forces, p. 424). Même remarque sur ceux qui croient exprimer une notion vraie et saisissante en disant qu'un infusoire, un ovule, une cellule en général est une masse de protoplasma, et que tout organisme commence par n'être que cela.

Deuxième degré de Vétat d'organisation. Nous avons vu que la matière à l'état d'organisation, alors même qu'elle est au degré le plus simple qu'on puisse concevoir, c'est-à-dire sans autre forme que celle des interstices qu'elle comble, offre déjà des états spécifiques élémentaires distincts. 11 en est de même aussi quand elle se présente comme individualités ow unités distinctes, indépendantes et libres : tels sont les êtres dits sarcodiques ou sarcodaires {votj. Animal, p. 101), amiboïdes, myxomycètes, etc. [voy. Sarcode, p. 771 et 775).

Dans les organismes adultes ou embryonnaires, unicellulaire ou pauci-cellulaires, les fluides, gazeux ou liquides, ambiants, représentent des conditions d'existence extrinsèque suffisantes pour le maintien des échanges nutritifs assimilateurs et désassimilateurs de ces unités organiques. Mais, dès que la complication de composition et de tcxlure entre les parties solides complexes existe, des parties liquides intérieures se produisent, servant d'intermédiaire entre celles-là et les milieux extérieurs, pour rendre possibles les mômes échanges, qui s'accomplissent sans intermédiaire entre ces milieux et les corps organisés unicellulaires.

D'une manière très-générale, bien que non absolue, la forme et la structure propre, c'est-à-dire la construction décomposable par actions physiques et mécaniques, se montrent simultanément dans la substance organisée; forine veut dire ici configuration propre et spécifique, non subordonnée d'une manière constante à celle d'interstices laissés par d'autres parties, comme dans le cas des substances dites amorphes. La corrélation entre la forme et la structure n'est pas absolue : c'est ainsi qu'il est des Rhizopodes et certains éléments anatomiques spécifiquement qui sont soit sphériques, soit polyédriques par pression réciproque, des Monères, qui sont homogènes, sans être amorphes.

Notons du reste que l'homogénéité elle-même de ces individualités les plus simples de la substance organisée ayant configuration propre n'est pas absolue. En effet, presque toujours les Monades, les Amibes, etc., montrent quelques granules (granulations dites moléculaires), comme parties constituantes, sinon au début de leur apparition, du moins après une courte durée de leur existence, et souvent aussi bientôt une paroi propre. Ces granules [microsomates de quelques-uns) sont parsemés avec ou sans ordre dans la masse hyaline ou corps cellulaire, dont la substance est ce que dans les cellules en général divers auteurs appellent le sarcode ou le protoplasma {voy. Sarcode) et encore le stroma de la cellule. Cette dernière expression, comme on le voit, est on ne peut plus fautive, ici et dans l'étude des tissus, puisque le mot stroma signifie ce qui tapisse, mais nullement masse composante, ni ce qui relie, c'est-à-dire la trame. La substance hyaline des cellules a aussi été appelée parop/asma (Kiippfer, 1875) et hyaloplasma, le nom de protoplasma restant à la seule substance grenue, plus foncée, réticulée ou non dans leparaplasma ou protoplasma fondamental.

Amorphe n'est pas synonyme à'homogène, car la substance amorphe cérébrale, celle des cartilages et autres, prennent soit normalement, soit dans des

conditions tant séniles que morbides, des dispositions grenues, ou encore striées, paralle'Iiques ou entre-croise'es plus ou moins complexes. Use passe dans ces unités anatomiques des modifications évolutives de même cause et de même nature que celles qu'on observe dans diverses cellules et dont il a été question à l'article Cellule, p. 675 à 677. Mais il est facile de voir qu'il ne s'agit à proprement parler que de dispositions structurales rudimentaires, non originelles ou primitives, car les dispositions grenues et surtout striées n'indiquent pas une juxtaposition de fibres ayant et ayant eu dès l'origine leur individualité comme lorsqu'il s'agit de l'isolement des éléments des tissus fibreux ou musculaire, ni même lorsqu'il s'agit de la dissociation des grosses cellules nerveuses, épitbéliales ou végétales en parties constituantes distinctes, telles que le noyau, d'une part, de la substance du corps cellulaire, et de sa paroi, de l'autre, quand elles en ont une. L'apparition graduelle de ces ^dispositions grenues et striées s'accompagne parfois de la possibilité d'une dissociation par dilacération, etc., de cet élément ou matièi^e amorphe, soit en granules, soit en fibres, mais cette dissociation résulte toujours de changements évolutifs intimes et non de la génération d'éléments ayant leur individualité anatomique et physiologique. Ajoutons que ces états striés, etc., des substances amorphes intercellulaires et interfibrillaires soit du cartilage, soit des centres nerveux, etc., ne se produisent souvent que dans telle ou telle partie localisée de ces éléments et non à tous les âges ni dans toute leur étendue. Il faut de plus rapprocher des dispositions organiques naturelles sus-indiquées le cas des cellules dont la paroi, par exemple, au lieu de rester homogène, acquiert un certain état structural grenu, strié, etc.

La substance du corps cellulaire offre de son côté, d'une espèce de cellule à l'autre, de nombreux exemples de dispositions striées (voy. Cellule, p. 677), de production de vacuoles ou cavités, contenant soit des liquides, soit des corpuscules solides; ailleurs ce sont des agglomérations de corps solides ou demisolides diversement configurés, tels que ceux qui forment le jaune du corps cellulaire de l'œuf des oiseaux, des reptiles, de divers batraciens, poissons, mollusques, etc.

Rien de plus frappant à cet égard que les différences profondes d'aspect, par exemple, entre la paroi cellulosique, translucide, homogène, des cellules végétales (et parfois animales), d'une part, et de l'autre le contenu plus ou moins opaque, grisâtre, jaunâtre, vert, etc., plus ou moins finement grenu, réfractant plus ou moins la lumière ; paroi et contenu doués tous deux pourtant de l'état d'organisation, alors même que ce contenu peut se séparer complètement de la paroi.

Chaque élément anatomique figuré a donc pour premier caractère d'être composé de substance organisée, mais d'une manière à peu près générale il a déplus un autre caractère d'ordre organique, un deuxième degré d'organisation ; il a une structure (de struclus, bâti, construit), c'est-à-dii'e qu'il est construit de -parties diverses de cette substance organisée; parties qui ne sont pas semblables, qui ont des caractères distincts déforme, de volume, de consistance, de couleur, de solubilité ; parties différentes en outre par leur composition chimique; dans une cellule, le corps de la 'cellule, le noyau, le nucléole, les granulations diverses, en sont des exemples. Abstraitement envisagée, la matière organisée de chacune de ces parties composantes n'a pas de structure, mais les éléments anatomiques qui en sont formés en offrept par ce fait môme une qui leur est propre. Avec cette structure, avec ce caractère d'ordre organique nou-

vcîiu, nous voyons apparaître, dans chaque espèce d'éléments anatomiques ou bien seulement certaines parlicularités de leurs propriétés élémentaires dites vitales, végétatives, la nutrilité, l'évolutilité et la natalité; ou bien l'une ou l'autre de deux propriétés d'un autre ordre, soit la névrilité, soit la contractilité, appelées propriétés animales, parce qu'on ne les trouve que chez les animaux. Le noyau enfin offre des particularités de structure qui lui sont propres et plus ou moins compliquées {voy. l'art. Cellule, p. 572). Ici encore, pour quelques auteurs multipliant les dénominations, périœcie devient le nom de la cavité que dans le corps cellulaire remplit le noyau, ou celui de la limite ou paroi de cette cavité; nucléine le nom des principes inconnus composant le noyau, qui réagit autrement que le corps cellulaire, eisuc nucléaire désigne le liquide "que contient le noyau.

Dans chaque organisme animal ou végétal, la portion de beaucoup la plus grande de la substance organisée qui le compose est à l'état d'éléments anatomiques figurés, c'est-à-dire de parties ayant forme et structure spécifiques sous des dimensions restreintes telles, qu'à l'exception du jaune des œufs et du vitellus des ovules d'un certain nombre d'ovipares, ce n'est qu'à l'aide du microscope qu'on peut déceler la présence de ces éléments ou unités. La plupart des organismes en un mot, sont multicellulaires. Mais de ce que dans chaque être la masse représentée par les unités ayant configuration propre est bien plus considérable que celle que donnent les substances amorphes ; de ce que d'autre part les organismes les plus simples sont nombreux et représentés par un élément figuré unique, que par suite tout prolorganisme manque de substances inlercellulaires ou interfibrillaires, il ne faut pas conclure avec quelques auteurs (lue ces dernières doivent être laissées de côté, qu'elles ne méritent pas d'être étudiées.

Les unités ou individualités anatomiques figurées qui ne sont pas des cellules, qui sont de genèse ou formation exocellulaire, sont, entre autres, les pièces squelettiques de divers Rhizopodes {voy. ce mot), Infusoires, Spongiaires, Polypes, Bryozoaires. Échinodermes, etc. ; les dents chitineuses des Gestoides {roy. ce mot), des Gastéropodes, etc., ; celles-ci ont comme les pièces précédentes des formes spécifiques constantes d'une espèce à l'autre. Quoique microscopiques, elles ont de plus une structure propre, dans un grand nombre de cas du moins {voy. leur énumération dans l'art. Génération, p. 406-418).

Sans avoir la structure cellulaire et sans que les uns ni les autres de ces éléments constitutifs aient passé originellement par l'état de cellules, pas plus que les substances amorphes ou interstitielles, pas plus que ces dernières ne doivent être laissés de côté par l'anatomie générale.

Il est donc certain 1" qu'en disant que tout est cellulaire dans les organismes ; '2» qu'en n'établissant pas la distinction qui existe entre les unités anatomiques cellulaires et celles qui ne le sont pas ; 5» qu'en laissant de côté l'étude de ces dernières, il est nombre de dispositions organiques qui restent incompréhensibles en anatomie comparative, sans parler des confusions et autres erreurs auxquelles on est conduit {voy. p. 445).

Rien de plus opposé à la réalité, telle que partout l'observation la saisit, que de supposer qu'il existe quelque part une cellule type, un type cellulaire, unique suivant les uns, végétal ici, animal ailleurs suivant les autres; type auquel se rattacheraient toutes les formes organiques élémentaires sans exception, tant au point de vue de la provenance que sous celui de la structure.

Les éléments anatomiques cellulaires (dits aussi plastides), plus nombreux que les unités non figurées, sont rangés en divers groupes d'après leur structui-e. Ce sont :

1° Les monères ou gymnocytodes, formés d'une petite masse de substance organisée hy3i\inel{protoplasma) parsemée d'un nombre variable de granulations;

2" Les lépocytodes, qui se distinguent des précédentes par la production évolutive d'une paroi propre autour de la masse principale du corps cellulaire {pwtopalsma), paroi qui manque aux précédentes ;

3" Les cellules proprement dites, représentées soit par une gymnocytode pourvue d'un noyauou luicléus {voy. Cellule, p. 571), soit par une lépocytode avec un noyau dans le corps cellulaire ou protoplasma. Dans les unes et les autres de ces formes, il peut se produire des liquides ou des granules solides au sein du corps cellulaire, qui, distendu plus ou moins, passe à l'état de pellicule ou paroi contenant les productions intérieures précédentes. D'où des complications structurales très-variées. La structure, et encore davantage la forme, offrent des modifications plus considérables même, alors qu'autour du corps cellulaire se développent des prolongements fibrillaires comme autant de dépendances simples ou multiples et de longueurs diverses (voy. Fibres).

Ajoutons enfin que chez les animaux multicellulaires il est des espèces d'éléments qui, dans la substance grise cérébrale, etc., par exemple, peuvent être représentés par le noyau seul, restant à l'état libre, temporairement, il est vrai, mais pendant un temps d'une durée mesurable {voy. Cellule, p. 644, et GÉi\ération, p. 414-415).

C'est sortir de la réalité pour entrer dans le domaine des fictions que de dire avec quelques modernes que la cellule n'est pas un organisme élémentaire ou simple ; qu'il faut descendre à quelque chose de plus rudimentaire encore pour arriver à la source des modifications vitales ; que le protoplasma ou sarcode des monères et des autres cytodes n'est pas ce qu'il y a de plus inférieur en fait d'état d'organisation, de matière vivante primordiale ; que la substance plastique ou formatrice par excellence serait ce que E. Van Beneden appelle le plasson ou bioplasson {matière germinale deBeale), à l'égard duquel le sarcode serait une substance formée; que le plasson ne serait lui-même qu'un composé de plastidules (Haeckel), auxquelles il faudrait rapporter les propriétés manifestées par le plasson, c'est-à-dire toutes celles de la vie, depuis les phénomènes les plus rudimentaires de la nutrition jusqu'aux plus élevés de la névrilité psychique; que ces molécules ne seraient plus décomposables qu'en corps simples inorganiques, le carbone, l'hydrogène, l'oxygène et l'azote. Quant aux Principes immédiats, ils représentent un ordre de notions dont il n'est fait aucune mention. Inutile de discuter cette sorte de facile raisonnement, qui conduit seulement à multiplier les termes nouveaux sans 'qu'il soit possible de trouver des réalités scientifiques qui y correspondent.

C'est une erreur encore de dire que les animaux inférieurs ont une substance spéciale qui tient lieu de sang, qui remplace en eux le sang des mollusques, des articulés et des vertébrés, et qu'elle serait celle qui servirait d'intermédiaire entre eux et le milieu extérieur.

Sur ces êtres comme sur l'homme, ce sont tels ou tels principes immédiats gazeux ici, et liquides ou solides en dissolution ailleurs, qui directement sont, les uns absorbés, les autres exosmotiquement excrétés, et qui constituent la réalité de cet intermédiaire, avec les combinaisons assimilatrices et désassi-

milatrices comme interposition physiologique. Mais il n'y a pas Ik une substance, ni simple, ni plus ou moins composée. Gela est manifeste sur les organismes unicellulaires indépendants et sur les éléments d'êtres complexes qui ont la structure de gymnocytodes (p. 4:21). Chez ceux qui ont la structure de cellules avec un liquide ou un gaz comme contenu, ces fluides ne sont pas autrement disposés à cet égard que les parties constitutives demi-solides ou solides. La sève des plantes, le plasma et les globules du sang, ne sont pas autrement non plus dans les animaux qui en possèdent.

Il n'y a pas davantage une substance, un suc nourricier spécial pour mettre en rapport les cellules soit entre elles, soit avec le sang même. Ce sont tels et tels principes immédiats qui simultanément ou successivement, par leurs échanges osmotiques de ceîllule à cellule ou d'un solide avec la sève ou le sang, établissent ces rapports (p. 442-445). Mais ils ne représentent aucunement des sucs réels, visibles, isolables et pondérables. Si donc pour faciliter le discours on vient à employer de tels termes pour désigner l'ensemble de ces principes immédiats en voie d'échange, il faut noter qu'on use d'artifice {voy. Blastème, p. 573).

Ce n'est pas non plus le sarcode ou protoplasma {voy. Sarcode) qui dans les organismes simples tient lieu de sang, pas plus que ne le fait sur l'homme et autres animaux déjà pourvus de sang le sarcode ou protoplasma de leurs cellules épilhéliales, musculaires, nerveuses, sanguines, etc. Du reste, les mots sarcode et protoplasma, bien que désignant quelque chose de visible, d'isolable et pondérable, ont aussi un sens plus descriptif que scientifique ou dogmatique, car il y a autant d'espèces de sarcodes ou protoplasmas qu'il y a d'espèces de cellules d'où ils sortent, ainsi que le montre la diversité de leurs réactions correspondanl à celle de leur provenance.

Ainsi nous voyons qu'on appelle éléments organiques et parties constituantes élémentaires du corps, d'une manière générale, les dernières parties auxquelles on puisse par l'analyse anatomique, c'est-à-dire sans décomposition chimique, mais par simple dédoublement successif, ramener les tissus et les humeurs; ou vice versa, ce sont les corps irréductibles anatomiquement qui, par leur réunion, constituent les tissus et les humeurs, et consécutivement toutes les autres parties du corps, grâce à des dispositions nouvelles et de plus en plus compliquées. Ils se divisent en éléments anatomiques et en principes immédiats. On donne le nom d'éléments ou imités anatomiques à de très-petits corps formés de matière organisée, libres ou contigns, présentant un ensemble de caractères géométriques, physiques ou chimiques spéciaux, ainsi qu'une structure sans analogue avec celle des corps bruts ; caractères qui, quoique variables de l'un à l'autre entre certaines limites, leur sont pourtant tout à fait propres (cellules et fibres nerveuses, cellules épithéliales, cellules de plantes, etc.). A un autre point de vue, ce sont les plus petites parties du corps auxquelles on puisse ramener les tissus par l'analyse anatomique, toutes douées de caractères géométriques, physiques et chimiques, plus variables que dans les autres corps, mais avec des particularités qui n'appartiennent qu'à elles, et une structure ou caractères d'ordre organique que ne présentent pas les corps bruts. Le mot cellule est à tort {voy. Cellulk, p. 364) employé par beaucoup d'auteurs comme synonyme du terme élément anatomique. C'est par la réunion et l'enchevêtrement d'éléments anatomiques en nombre plus ou moins considérable que sont constitués les tissus ; à eux seulement, comme le fait remarquer Bichat, et non aux organes (ni aux tissus proprement dits), s'applique l'idée de vie. C'est à l'étude des élé-

nients lésés (tissus simples) qu'il faut remonter aussi, comme l'a montré Bichat, pour arriver à déterminer la nature des maladies du cerveau, du cœur, de l'estomac, etc.

La forme de libres, de tubes, de cellules plus ou moins compliquées, de masse homogène, molle, granuleuse ou parsemée de divers corpuscules déterminés, leur structure, en un mot, et aussi leur mollesse, leurs réactions diverses au contact des réactifs, séparent les individualités anatomiques de tous les êtres connus et en font des corps nouveaux, qui, par conséquent, ne peuvent être désignés par les termes employés pour caractériser la matière brute, et ces corps nouveaux méritent des noms spéciaux. La substance organisée n'est donc une ou homogène dans aucun organisme, elle y est disposée en parties élémentaires spécifiquement distinctes, génériquement appelées éléments anatomiques. Sur les organismes représentés par un seul élément ; celui-ci a la forme dite de cellule, avec ou sans paroi distincte du corps cellulaire.

Dans tout organisme composé de plusieurs éléments anatomiques la plupart de ces derniers offrent encore cette configuration cellulaire, ou la présentent au moins au début de leur existence, pour s'agrandir ensuite sur leur périphérie sous la forme de prolongements en fibres, ou se soudent sous forme de tubes. Mais alors aussi on voit se produire entre ces unités cellulaires, etc., d'autres éléments anatomiques qui ne sont pas cellulaires, ni de provenance cellulaire, alors même qu'ils sont vésiculeux comme la capsule du cristallin ; qui sont exocellulaires, en un mot, de fait et d'origine. Ils ne constituent pas moins que les précédents des individualités élémentaires de plusieurs espèces aussi, des unités anatomiques, dont chacun est à sa manière également facteur de quelque acte élémentaire. De là le partage des éléments anatomiques d'abord en ceux qui sont figurés, c'est-à-dire qui ont une configuration propre, tant cellulaires ({u exocellulaires, c'est-à-dire non cellulaires, et en ceux qui sont constitués par des substances amorphes, toutes exocellulaires. Les unités exocellulaires solides ne passent jamais par l'état cellulaire, bien que beaucoup, comme l'ivoire et l'émail dentaires, la substance des carapaces des crustacés, des coquilles des mollusques, etc., présentent des dispositions morphologiques structurales bien définies [voy. Cellule, p. 564 et 670).

Structure sans organisation. On rencontre des éléments anatomiques dans lesquels les principes d'origine minérale prédominent, comme dans ceux des os, des dents et des tissus de beaucoup d'invertébrés; ici les substances organiques ou principes non cristallisables, telles que l'osséine, etc., peuvent s'être décomposés sans que les autres aient disparu, sans que la forme ni les dispositions de structure intime soient détruites. Des vestiges d'organisation persistent, par conséquent, sont conservés par la structure qui n'est pas détruite, lorsqu'au fond elle n'existe plus, lorsque ce qui la caractérise essentiellement et permet la nutrition a disparu par la perte de certains principes immédiats essentiels.

Pour être certain qu'il y a encore réellement organisation, il faut donc recourir à l'analyse immédiate. Pourtant, et c'est là un fait important, de ce que la structure est conservée lors même que la composition immédiate correspondante a été changée, on peut conclure qu'il y a eu organisation proprement dite et vie. On peut même, d'après certaines particularités de structure de l'élément étudié, déterminer l'espèce d'animal dont il a fait partie.

[1 y a plus, il peut se faire que tous les principes immédiats des éléments se soient décomposés lentement et aient été exactement remplacés molécule à

molécule, à mesure qu'a eu lien leur destruction, par des composés minéraux divers, siliceux, calcaires, etc., sans que la forme, le volume, les détails de structure, aient été détruits. C'est là ce qui caractérise la fossilisation qu'on peut observer sur toutes les parties dmes des animaux et sur tous les éléments anatomiques végétaux à peu près.

Dans ce cas, la composition immédiate de ces corps montre qu'il ne reste rien de la substance organisée, que ce qu'il y a de caractéristique dans l'état d'organisation n'existe plus; mais la structure se conserve au delà de celle-ci. La persistance de la structure démontre qu'il y a eu vie et organisation proprement dite, que les éléments anatomiques ou le tissu dont il s'agit ont appartenu à un être organisé et vivant, bien qu'il ne reste plus une molécule de la matière de celui-ci, de ses principes immédiats.

C'est, comme on le voit, sur ce fait d'anatomie élémentaire ou générale que reposent toutes les applications qui ont été faites du microscope à la détermination de la nature des tissus animaux et végétaux fossiles et par suite à la détermination des espèces. C'est ce même principe qui sert de base à un grand nombre d'applications médico-légales ou autres.

La persistance de la forme et de la structure des éléments anatomiques, plus durable que celle des principes in^médiats, lorsque ceux-ci ont été détruits lentement et remplacés molécule à molécule, est un des faits les plus importants de l'anatomie générale. 11 montre très-nettement qu'indé()endammenl de la texture et de la structure des parties du corps il y a encore autre chose dan? ce qu'on nomme organisation, puisque dans les fossiles il n'y a pas trace de la matière de l'animal ou de la phuite qui ont vécu, et que pourtant la structure des parties solides est mathématiquement conservée jusque dans ses moindres détails. On croit toucher un être qui a vécu, ce qui est organisé, et l'on n'a sons les yeux que la matière brute qui l'a remplacé molécule à molécule. Le mode de fossilisation indiqué ci-dessus est celui qui est appelé fossilisation par substitution. Comme il s'opère lentement, on trouve des fossiles dans lesquels la totalité des principes immédiats propres au corps organisé n'a pas encore disparu, dans lesquels il reste même des traces de substances organiques. C'est à tort que dans beaucoup de Traités de physique on voit la fossilisation donnée comme preuve de la porosité des corps et due à une simple infiltration de composés minéraux par capillarité dans le tissu organisé dont les principes immédiats persisteraient avec simple suraddition, en quelque sorte, des corps d'origine minérale.

Propriétés des imités anatomiques. Les individualités, qui sont les réalite's sous lesquelles se présente la substance organisée, ont en premier lieu toutes les propriétés qui tiennent aux corps quelconques, dits corps bruts. Elles ont chacune leur densité, leur forme, leurs dimensions, leur consistance, leur couleur ; elles sont plus ou moins osmotiques, plus ou moins stables chimiquement, aptes à se combiner à tels ou tels composés, etc. Elles ont, en un mot, à leur manière, selon leur constitution moléculaire, les propriétés cosmologiques ou physico-chimiques générales ou communes {voy. Biologie, p. 470, ■i80).

Chacune de ces formes élémentaires est de plus escortée par l'un au moins des modes d'activité ou propriétés dites vitales; propriétés dont l'ensemble envisagé soit abstractivement, soit dans l'ensemble de ses manifestations, est ce qu'on nomme la vie, comme on appelle mort leur évanescence. Il en est

ainsi tant que ce qui caractérise l'état d'organisation (p. 597») n'a pas cessé d'être dans l'intimité de l'élément anatomique.

Ces propriétés sont : i" la nutrïlité; 2" ïévoluhilitè {noy. Cellule, p, 588, p. 589 et 665); 3" la natalité {voy. Génération); ¥ la contractilité [voy. CoNTRACTiLiTÉ et Sarcode, p. 779), et 5° la névrilité.

La nutrïlité est l'aptitude, la propriété qu'a tout ce qui est doué de l'état d'organisation (conditions intrinsèques d'activité), dès qu'il se trouve dans un milieu convenable (conditions extrinsèques), de présenter continûment et sans se détruire un double acte moléculaire simultané, de composition assimilatrice et de décomposition désassimilatrice [voy. p, i26). Le mot nutrition désigne l'acte, l'accomplissement, la manifestation de cette aptitude. Cette propriété est la plus générale de toutes celles dont est douée la substance organisée.

Tous les éléments anatomiques la manifestent et il y a des éléments qui n'ont pas d'autre propriété : telles sont les cellules du cartilage, etc., mais tous ont au moins celle-là. Lorsque les éléments cessent de présenter cette propriété, on dit qu'ils cessent de vivre. Alors ils ne possèdent plus que les propriétés des corps d'origine inorganique; ils se décomposent, à moins qu'on n'en fasse des composés plus stables en les combinant avec le sublimé, avec l'alcool, etc. La manifestation de toutes les autres propriétés suppose la persistance de la nutrition, tandis qu'elle ne suppose aucune propriété vitale. L'élément anatomique, l'état d'organisation étant donné, la nutrition a po\u' conditions d'existence les propriétés d'ordre physique, surtout de la propriété d'endosmose et exosmose, et les propriétés chimiques de se combiner et de se décomposer que possèdent les principes qui constituent la substance organisée. Elle ne dépend que des propriétés d'orrlre inorganique des éléments, tandis que les autres propriétés vitales sont toutes sous la dépendance de cette nutrition même {voy. p. 590 et 396).

La nutrition est la propriété vitale naturellement la plus simple, puisqu'elle consiste uniquement dans le fait continu de combinaison (assimilation) et de décomposition (désassimilation) simultanées des principes immédiats constituant la substance organisée. Chacun de ces deux actes, pris isolément, reçoit un nom particulier, quand on l'observe dans les corps organisés; ces combinaisons et décombinaisons diffèrent, en effet, de ce qu'elles sont dans les corps bruts, par cet accomplissement simultané et continu au sein d'une même substance (la substance organisée), dans l'intimité d'un même élément anatomique, sans que se détruise celui-ci. Le premier prend le nom d'assimilation parce que, par cet acte, des substances différentes de celle des corps vivants deviennent semblables à elle, en font partie; le second s'appelle désassimilation parce que les principes qui faisaient partie de la substance des éléments cessent d'être semblables à celle-ci, et s'en séparent en prenant un état qui, sans être absolument celui des corps d'origine minérale, s'en rapproche par la faculté de cristalliser, etc., puis est rejeté par excrétion dans les milieux ambiants, directemeiît ou par l'intermédiaire des vaisseaux et du rein, etc.

On voit déjà que toute définition de la nutrition, et par conséquent de la vie, doit tenir compte des relations de l'élément ou de l'être collectif avec le milieu ambiant, de l'entrée et de la sortie des composés chimiques qui se meuvent moléculairement en lui. Aussi comparer le double mouvement simultané, mais de sens et de figure contraires, qui caractérise la nutrition, à un tourbillon, est en donner une notion inexacte.

I. Assimilation désigne d'une manière générale le phénomène par lequel une espèce de corps qui a pénétré moléculairement dans l'organisme par voie quelconque s''unit et devient semblable aux autres composés qui constituent la substance de celui-ci et participe aux actes qu'elle accomplit. Dans tout acte assimilateur il y a donc : a, entrée endosmotique des principes immédiats dans la cellule, la fibre, etc. ; h, puis combinaison de ceux-ci aux principes constituant déjà la substance de ces unités, avec formation de principes semblables aux leurs. Là est ce. qui caractérise essentiellement V assimilation.

1° Après la pénétration endosmotique, certains principes, tels que ceux d'origine minérale, restent généralement dans l'organisme ce qu'ils étaient au dehors. Quelques-uns ne restent pas à l'état liquide, mais se combinent avec la substance du corps et passent à l'état solide. Tels sont les phosphate et carbonate de chaux, qui se fixent à l'osséine pour former la substance des os, etc. ; mais pour cela ils ne cessent pas d'être ce qu'ils étaient. L'assimilation des principes immédiats de ce dernier groupe est caractérisée, suivant qu'ils sont liquides ou solides, par un simple mélange ou dissolution de ces principes dans ceux qui existent déjà. Chez d'autres on observe le phénomène à un plus haut degré d'intensité : c'est la fixation des sels de chaux et de quelques sels de magnésie ou de soude, etc. , aux substances organiques. L'assimilation des principes immédiats d'origine minérale est au fond un phénomène chimique direct des plus simples, de ceux qui sont connus sous le nom de dissolution, et quelquefois de ceux, plus fixes, qui constituent de véritables combinaisons. Mais, ayant lieu entre un composé défini et une substance organique, cela suffit pour donner à ces combinaisons un cachet que n'ont pas les combinaisons entre deux corps cristallisables. Ce mode d'assimilation est commun aux plantes et aux animaux.

Chez les végétaux, et peut-être dans quelques animaux des plus simples, on trouve en outre un mode d'assimilation plus élevé : celui dont l'accomplissement a pour résultat la formation des substances organiques à l'aide des principes puisés directement dans les milieux minéraux.

2° Enfin, chez les animaux plus élevés, il y a des principes immédiats dont la formation a lieu dans l'organisme par assimilation. Ces principes sont tous les principes coagulables ou au moins non cristallisables azotés ou non. Ces principes immédiats, dont la formation a lieu aussi dans l'organisme par assimilation, sont, sur les animaux (et sur quelques végétaux élevés), ceux dont les molécules, venant du dehors, ont déjà fait partie d'êtres ayant vécu. Le mode de formation s'effectue de la manière suivante. Les substances alimentaires végétales ou animales éprouvent pendant la digestion une liquéfaction qui en a changé les modes de coagulabilité, etc. ; ces matériaux, qui sont des substances organiques, quelquefois modifiées par la coction, prennent dans le sang l'état de serine, de plasmine, etc. Ce sont là des substances presque isomères au point de vue de l'analyse élémentaire, mais non de l'analyse anatomique. Elles fournissent à leur tour des molécules à toutes les substances qui constituent la partie fondamentale des solides, comme l'ostéine, la musculine, la kératine, etc. Cette formation de musculine, etc., nous ne pouvons pas l'obtenir artificiellement hors de l'organisme vivant, même avec les substances qui nous servent d'aliments. Sans parler des conditions de température, de dédoublement, condensation, etc., ce n'est qu'en présence, au contact molécule à molécule des substances semblables (chez l'adulte) ou analogues (chez l'embryon), que cette formation a lieu {votj. Principes immédiats).

II. ha. désassimilation est le phénomène par lequel une espèce décomposé qui fait partie constituante d'un élément s'en sépai^e pour cesser de participer aux actes qu'elle accomplit. La désassimilation est partout une décombinaison de ce qui existait pour former des composés qui n'existaient pas auparavant. Comme l'assimilation, la désassimilation est, au fond, un fait chimique, mais un fait chimique spécial par les conditions complexes qu'il exige, par le lieu organisé dans lequel il s'opère. Comme l'assimilation, la désassimilation n'appartient pas à un ordre unique d'actions moléculaires. 1° Le cas le plus général de formation des principes immédiats par désassimilation est celui des principes crîstallisables différant de ceux d'origine minérale par leur complexité, leur peu de stabilité, et un certain cachet spécial que présentent toutes leurs propriétés. Pour se former, ils empruntent leurs molécules à tous les principes qui ont été assimilés, mais surtout aux substances organiques. L'acte par lequel a lieu cette formation est un dédoublement. Tels sont : les lactates, l'acide carbonique, l'acide urique, les urates, les hippurates, l'oxalate de chaux, le phosphate ammoniaco-magnésien, l'urée, l'allantoïdine, la tyrosine, la cystine, créatine, créatinine, les taurocholate et glycocholate de soude, la cholestérine, etc., l'acide oléique, l'acide stéarique, l'acide margarique; des sels alcalins ayant pour acides ces derniers corps ; l'oléine, la margarine, la stéarine, la phocénine, la butyrine, l'hircine, le sucre du foie, etc.

2** On voit, dans les plantes, des substances organiques, comme l'amidon, etc., se désassimiler par passage à un état isomérique, avec ou sans fixation des éléments de l'eau, en passant à l'état de glycose, puis probablement ensuite à l'état d'acide lactique, ou de quelque autre composé {voy. p. 410). Chez les animaux, les fécules introduites dans le tube digestif passent d'abord à l'état de dextrine, puis, dans le foie, à l'état de glycose par isomérie.

Une série de dédoublements peut conduire aux mêmes résultats définitifs que s'il y avait eu combustion, comme à la formation d'acide carbonique (fermentation alcoolo-carbonique du sucre), d'eau, etc.; mais l'acte est loin d'être le même, de présenter la même intensité, de donner lieu aux mêmes phénomènes physiologiques. Sous le terme combustion employé par les chimistes et divers physiologistes actuels, la réalité est l'ensemble des actions chimiques sus-indiquées qui ont la désassimilation, la déperdition musculaire, nerveuse, etc., pour résultat, avec production de chaleur pour les uns, absorption pour les autres en moindre quantité; mais les composés cristallisables excrétés dits produits de la combustion respiratoire des tissus sont loin d'être dus à la fixation de l'oxygène du sang à des corps ternaires, aux albuminoïdes ou à leurs composants. Désassimilation des substances organiques et formation dans l'économie de principes immédiats cristallisables particuliers, dits (Vorigine organique, sont tout un : d'où vient qu'on dit qnils se forment par désassimilation.

5° Quelques principes analogues à ceux d'origine minérale se forment par désassimilation dans l'économie, empruntant aussi aux principes assimilés toutes leurs molécules. Mais ceux-là, qui sont en très-petit nombre, se forment, dans quelques cas morbides, comme l'hydrogène sulfuré, le sulfhijdrate d'ammoniaque, etc. Ici la désassimilation est un fait chimique direct : alors les composés sont fixes, stables, analogues ou semblabîei-, de ce côté, aux corps minéraux. Quant aux principes d'origine minérale, leur désassimilation est en général un simple lait de dissolution pour ceux qui s'étaient fixés à la substance du corps,

A'ii ORGANE.

et même quelques-uns ne font que le traverser, au moins en partie, en restant à l'état de dissolution dans les sérums (chlorures, etc.).

A ces actes chimiques, qui caractérisent essentiellement la désassimilation, succède l'issue exosmolique des principes, tous cristallisables ou \olatils sans décomposition, ainsi formés ou mis simplement en liberté, c'est-à-dire hors de l'état de fixation chimique temporaire dans lequel ils se trouvaient ; issue exosmotique finale qui est un acte purement physique, en corrélation directe avec l'acte d'endosmose par lequel débute l'assimilation des principes venant remplacer ceux qui sortent des éléments pour arriver aussitôt (ce qui est l'absorption interstitielle des auteurs) dans les capillaires qui les mènent au poumon, au rein, etc. Leur formation et leur issue constituent une déperdition organique, expression préférable à celle de dénutrition, proposée par de Blainville (1832) et aujourd'hui donnée comme nouvelle.

Hors du rejet de la masse des résidus alimentaires, non absorbés ni assimilés, est excrément, mais cela seul est excrément, ({ui est produit par désassimilation ; qxii sort de l'organisme, de l'état d'organisation, par désassimilation après en avoir fait partie par assimilation; qui une fois sorti cesse d'être réassimilable par le même organisme. C'est ainsi que les vrais excréments au point de vue de la généralité de leur existence sont pour l'organisme animal l'acide carbonique, l'urée et les principes immédiats de cet ordre; et au contraire l'oxygène, etc., pour les plantes vertes; l'acide carbonique, l'alcool, etc., pour les cryptogames. Ici, comme pour beaucoup d'animaux infusoires, pas de résidus alimentaires ; des sécrétions gommeuses, cireuses ou graisseuses , et non des excrétion?' excrémentitielles [voy. Nutrition et Régression).

Les sécrétions et les excréments sont absolument différents des éléments anatomiques, isolés ou associés en tissus, ectodermiques et endodermiques caducs, renouvelables de toutes pièces, après qu'a disparu en eux ce qu'il y a de caractéristique dans l'état A' organisation sans perte de structure ni de texture, tels que les épidermes, poils, piquants, plumes, cornes ou dents. De même dans les plantes ne doit-on pas prendre pour excréments les desquamations épidermiques, corticales, foliaires et autres ; confusions encore faites parfois pourtant lorsqu'on n'envisage que le fait de l'issue ou séparation l'un de l'autre de l'organisme et d'une de ses parties constituantes, sans étudier la nature de celle-ci en tant que principe immédiat, unité anatomique ou tissu, sans tenir compte du lieu et du mode de sa formation, de son rôle et de sa lin physiologiques.

L'assimilation ne va pas sans la désassimilation ; celle-ci rend possible l;i première qui ne peut durer sans la seconde, au moins réduite à un minimum ; leur maintien en proportions égales, avec équilibre, n'est généralement que temporaire, hors du cas si frappant des hématies et surtout des spermatozoïdes [voy. Sperme). La cessation de l'un comme de l'autre amenant la cessation de la simultanéité caractéristique représente la mort avec ses conséquences.

L'excès de l'assimilation sur la désassimilation amène le développement en plus, l'accroissement, et celui-ci la multiplication {voij. Génération) ou l'hypertrophie des cellules. Si c'est la désassimilation qui l'emporte, le mouvement change de signe sans cesser de rester de même nature ; le développement en moins, c'est-à-dire l'atrophie, se montre. Leur équilibre maintient l'élément à un certain summum de développement dit état adulte {voy. Génération, p. 5%).

Le moment et la durée de cet équilibre varient avec la constitution moléculaire ou intime caractéristique pour chaque espèce d'élément. La progression ascendante et descendante de l'assimilation et de la désassimilation, aussi bien que leur équilibre, varie de même; il varie de plus avec la nature et la quantité des principes qui pénètrent ou qui sortent de chaque cellule, etc. Au delà de certaines limites ces variations n'entraînent plus de simples variétés de volumes, de forme et de structure des éléments, parce que l'assimilation et la désassimilation cessent, ce qui caractérise la mort. La persistance sous un état donné, aussi bien que l'accroissement et le décroissement, n'existent ainsi qu'entre certaines limites d'oscillation qui diflèrent d'une espèce de cellule à l'autre, sans que jamais le changement de nature ou de quantité des principes assimilés conduise à une transsubstantiation; sans que jamais les variations amenées ainsi dans la forme, la structure, etc., d'un élément, conduisent ses caractères à devenir ceux de quelque autre. Tout corps simple ou composé absorbé par une voie quelconque, qui vient faire partie temporairement ou d'une manière permanente de la substance organisée des humeurs, puis de celle des éléments anatomiques de quelqu'un de nos tissus, peut être médicament ou poison; il modifie les propriétés qui leur sont immanentes, de telle ou telle manière, selon sa nature, sa quantité, etc. Il devient ainsi momentanément un principe immédiat accidentel de l'organisme. Le médicament n'agit qu'en faisant partie, temporairement au moins, de la substance des humeurs ou des éléments de nos tissus : dès lors il en modifie nécessairement les propriétés, et ce n'est que par suite de ce fait qu'arrivent dans l'organisme les changements (ju'on se propose d'obtenir. Est-il assimilé momentanément par la substance des nerfs ou par celle des muscles, le médicament peut, selon sa nature, en exagérer, diminuer ou pervertir les propriétés spéciales ; mais cela n'a pas lieu sans que d'abord la nutrition ou rénovation moléculaire de ces tissus ait été modifiée. Il peut se faire que, pour ces éléments comme inévitablement pour ceux qui ne sont doués que de propriétés végétatives, ce soit leur rénovation moléculaire, leur développement ou leur reproduction, qui se trouvent modifiés par la présence de ce nouveau principe introduit dans leur substance. Dès lors, leur constitution intime étant changée, il survient aussi des changements dans les propriétés générales dont ils jouissent, et dans le rôle particulier qu'ils remplissent dans l'économie.

Chacune des propriétés de ce qui est organisé offre des variations d'intensité dans ses manifestations, toujours en corrélation avec l'état intrinsèque de l'élément anatomique d'une part , avec celui des milieux ambiants de l'autre. Chaque propriété diffère à cet égard dans le même élément suivant la durée, es époques et les autres conditions de son existence , celles qui sont communes ;i toutes les unités organiques diffèrent en outre d'une espèce à l'autre des parties d'un même être, comme aussi de l'une à l'autre des espèces de plantes et d'animaux. La nutrition, par exemple, n'est qu'au minimum dans certains tissus, bien que les modifications évolutives intimes qu'ils offrent prouvent quelle a bien réellement lieu : tels sont l'émail et l'ivoire des dents, les pièces chitineuses desannelés, testacées des mollusques, etc. Elle s'élève à des degrés d'intensité et de rapidité tout autres au contraire dans les cellules du tissu cellulaire, des épithéliums, etc. {voy. en outre Cellule, p. 668).

C'est entre ces limites d'oscillation, passé lesquelles survient la mort, que se conserve la forme de tout élément anatomique, et par suite de tout être organisé ;

430 UKGANE.

mais dire que la matière est moins essentielle que la forme est une erreur de fait, car ici, non plus qu'ailleurs, il n'y pas de forme sans matière et tout changement de matière, qualitatif ou quantitatif, s'accompagne d'un changement déforme qui ne va pas à une transformation, parce que toujours le mouvement cesse dès que ce changement atteint certaines limites, que l'observation donne, mais l'observation seule {voy. Génération, p. 395).

Ainsi les éléments anatomiques, cellulaires et non cellulaires, parois propres, substances amoi'phes, etc., ont : 1° la propriété de se combiner incessamment avec les substances qui pénètrent en eux par endosmose ; 2° celle d'abandonner en même temps, par décombinaison, des principes qui sortent par exosmose, sans que pour cela ils cessent d'exister ; et de là vient qu'ils n'acquièrent pas une masse indéfinie, ou finissent au contraire par disparaître en se décomposant tout à fait. A chacun de ces deux actes simultanés se rattachent deux autres propriétés qui sont de la sorte directement subordonnées à la nutrition : ce sont la propriété d'absorption et celle de sécrétion.

Ces deux propriétés sont des cas particuliers de la nutrition, et chacune se rapporte plus essentiellement à l'un de ses actes chimiques élémentaires : l'absorption, au fait de décombinaison assimilatrice qui a pour condition physique d'existence l'exosmose. C'est pour cela que la nutrition, l'absorption et la sécrétion, reçoivent le nom à'actes de la vie de nutrition, quand on veut les désigner dans leur ensemble, sans distinction spéciale. Chacune n'est autre chose que l'expression d'un excès soit de l'emprunt assimilateur, soit de la décomposition désassimilatrice s'accomplissant ainsi en raison de certaines particularités spéciales de textures, mais se montrant pourtant à la surface de tous les tissus au moins à un degré rudimentaire. Ce ne sont par conséquent pas des fonctions, remplies chacune par un appareil propre. L'absorption et la sécrétion n'existent qu'à l'état d'ébauche dans les éléments ; ce n'est qu'autant que ces derniers sont réunis en tissus qu'elles deviennent bien évidentes : aussi l'on dit avec raison que ce sont des propriétés de tissus, d'ordre organique ou vital, et non des propriétés élémentaires aussi générales que la nutrition. Ce ne sont pas non plus deux propriétés aussi fondamentales que celle de développement et celle de reproduction, qui reposent également sur la nutrition, car il n'y a pas d'élément qui ne se nourrisse ; il [n'y en a également pas qui ne se développe une fois formé, et qui ne se reproduise ou ne puisse se reproduire d'une manière ou de l'autre avant de mourir, tandis qu'il y a des éléments qui ne sécrètent pas, comme la substance des os, celle des cartilages, les cellules dans le tissu des ongles ; il y en a aussi qui n'absorbent pas ou presque pas : tels sont les mêmes éléments, car il ne faut pas confondre l'imbibition ou endosmose, ni l'exhalation ou exosmose, fait physique pur et simple, avec l'absorption proprement dite et la sécrétion {voy. ce mot, Epithélium et Parenchymes).

G.-H. Lewes en 1860 a donné le premier le nom deneurilité {neurility), qu est le même terme que névrilité, à la commune propriété des nerfs proprement dits ou périphériques d'agir, soit du dedans au dehors pour susciter les contractions, soit du dehors au dedans pour susciter les sensations dans les centres (conductibilité). Il réserve au mot sensibilité la désignation de la commune propriété d'4tre excité par la névrilité (d'oii un état actif qui est la sensation) et de stimuler celle-ci en retour. En fait, sensibilité devient ici synonyme de névrilité centrale, perceptive d'une part, motrice de l'autre, car le

terme névrilité désigne la propriété nerveuse, ce mode spécial d'aclivité inhérente aux éléments anatomiques et, par suite, aux tissus du système nerveux central et périphérique ; attribut dynamique ou physiologique des éléments ner- ■veux, comme la eontractilité est celui des éléments musculaires ; le mot innervation en indique les manifestations, l'accomplissement, comme le terme contraction désigne toute manifestation de la eontractilité. Comme la eontractilité {yoij. ce mot), la névrilité persiste des minutes et mêmes des heures dans les nerfs, dans les ganglions, etc., après la séparation d'un memhre d'un animal, l'ablation du cœur, la décollation. Les excitations par l'électricité, les agents chimiques, thermiques, etc., font se manifester la motricité dans les nerts des racines antérieures, la sensibilité dans les nerfs sensibles. Portées à l'excès, ces influences arrivent au contraire à causer l'extinction de ces modes de la névrihté, comme le fait s'observe pour la eontractilité dans des conditions analogues. L'arrêt de la circulation suspend les actions nerveuses au bout d'un certain temps; elles réapparaissent, si la durée de la suspension n'a pas été trop longue.

La névrilité est essentielle à la chose à laquelle elle appartient en propre, l'élément ou unité anatomique nerveux. Elle n'est pas un accident pour ces unités; elle leur est immanente, tant que dure la nutrition. Elle en est le mouvement qui trace une courbe évolutive fonctionnelle toujours en rapport avec un état correspondant de la substance de l'élément nerveux, inséparable de lui, indiquant quel il est normalement ou accidentellement et disparaissant quand la substance en arrive à ne plus être ce qu'elle était, car là non plus qu'ailleurs il n'y a pas deux principes d'activité dans l'univers {voy. Biologie, p. 481).

La névrilité, immanente aux cellules nerveuses et à leurs dépendances fibrillaires, est dite centrale, quant aux modes qu'elle présente dans les cellules dont elle exprime le mode d'activité. Elle est dite périphérique lorsqu'elle est une manifestation de l'activité des fibres nerveuses. Là elle est centripète ou sensible, lorsque c'est du dehors au dedans, de la terminaison nerveuse vers son origine cellulaire centrale, qu'il y a successivement impression, transmission et perception dans ce centre. Elle est centrifuge, soit motrice, soit électrogène, soit encore photogène, lorsque c'est du dedans au dehors, de ce centre vers les fibres musculaires ou les organes électriques, que s'exercent la transmission motrice et son influence sur les fibres contractiles, les éléments des appareils soit électriques, soit photogènes. Tous ces types de la névrilité sensitive, centrale et centrifuge, se subdivisent en modes secondaires nombreux, la névrilité centrale surtout. Mais, de même que ce qui caractérise la eontractilité n'est que dans des fibres et cellules de caractères spécifiques déterminés, de même aussi rien de ce qui caractérise la névrilité ne se passe hors des cellules et des fibres dites nerveuses d'après leur structure, etc., hors de leur terminaison. L'action nerveuse pour la sensibilité commence à l'origine ou terminaison de la fibre sensible ; l'action nerveuse sur les muscles finit ou commence au plan de terminaison de la fibre nerveuse contre la fibre musculaire. Mais à ce niveau même ce qui se passe dans le muscle n'est pas ce qui a lieu dans le nerf: c'est de la contraction et non de l'innervation. L'action ne va pas au delà de l'agent. Ces faits si souvent constatés réduisent à néant tout ce qu'on a dit des prétendus nerfs trophiques, nutritifs ou irritatifs, dont l'action centrifuge ou trophicité irait au delà de la terminaison nerveuse pour exercer dans l'épaisseur des cellules, tant nerveuses elles-mêmes qu'épithéliales et autres, des actions chimiques de l'assimilation et de la désassimilation; pour déterminer

dans ces individualités organiques la t'orniatioa de l'urée, de la créatine, des urates, etc., à l'aide et aux dépens des albuminoïdes, d'une manière analogue à ce que font les rayons chimiques de la lumière déterminant la formation de l'oxyde d'argent par leur action sur les sels de ce métal ; pour opérer inversement dans l'assimilation. Du reste, dans les héniaties, les leucocytes, les spermatozoïdes, dans les ovules des vivipares et des ovipares, durant leur trajet tubaire et au delà, dans tous les corps reproducteurs mobiles ou non des plantes, etc., où s'observent les plus énergiques des actes nutritifs, évolutifs et reproducteurs, l'absence de tous nerfs trophiques ou autres est trop évidente pour qu'on ne saisisse combien il y a eu manque de logique autant que d'observation de la part de ceux qui ont admis et admettent encore une intervention fictive à ce degré, comme cause de ces actes végétatifs.

Les trois premières des propriétés d'ordre organique ou vital [nutrilité, évolutilité ou natalité) sont dites végétatives depuis Bicbat, de Blainville, Gall et A. Comte, en raison de ce que ce sont les seules qui caractérisent physiologique ment les cellules végétales. 11 faut reconnaître toutefois qu'ici au groupe des propriétés végétatives on devra joindre la contraclihté sarcodique et ciliaire,etc., tant des spores amibiformes que celle des spermatozoïdes et des zoospores ciliés des algues, si réellement on vient à montrer que cette contraction est de même (jrdre que la musculaire, ce qui reste encore à prouver (voy, Sarcohe, p. 785).

A part celte restriction conditionnelle, la contract'dité et la névrilité constituent à elles seules le groupe des propriétés animales, c'est-à-dire de celles qui ne se trouvent que sur les animaux et surajoutées en quelque sorte aux propriétés végétatives, mais jamais toutes deux ensemble dans un même élément chez les animaux multicellulaires {voy. l'art. Blastème, p. 577). L'importance et la validité de cette division ancienne sont, en outre, confirmées par ce fait qu'à mesure qu'on passe à des degrés plus élevés de l'état d'organisation cette distinction se caractérise de plus en plus {voy. Génératioa, p. 594-595).

Vouloir, avec quelques modernes, supprimer cette ancienne division entre les propriétés végétatives et animales dans le classement de celles-ci, c'est diie qu'il n'y a pas de différence entre les plantes et les animaux, c'est dire avec Bonnet (p. 582) (jue les plantes sont douées de sentiments comme les animaux C'est systématiquement, sous prétexte de généralisation, mettre la confusion où i) y a distinction logique et de fait {voy. Cellule, p. 668).

Du reste, qui dit animal ne veut pas plus dire hyperphysique que chose différent autant du végétal que celui-ci diffère du minéral, pas plus que organique ne signifie insoumis au règne cosmologique. Mais ce classement constate de; différences qui, peu ou difticilement saisissables ici, malgré leur léalité, le sont bien nettement lorsqu'on s'élève jusqu'à l'élude des fonctiojis où l'on voit la distinction originelle des actes élémentaires d'ordre organique portée jusqu'à l'évidence immédiate, sans que ces actes élémentaires aient changé de nature en passant de l'état simple à la forme complexe de leurs manifestations. Seulement, alors qu'il y a unité réelle d'action physiologique dans chaque forme élémentaire de la substance organisée, cellulaire ou non, c'est l'unité par solidarité d'actions qu'on observe dans les fonctions {voy. en outre Cellule, p. 588 et 668).

En d'autres termes, les activités physiologiques élémentaires sont peu évidentes sur les éléments dont elles expriment le mouvement propre ou la vie, de même que sont difficilement saisissables ces unités anatomiqnes, car, en se

plaçant au point de vue du mouvement, de la vie, de préférence à celui de l'équilibre, on doit dire unité physiologique aussi bien qu'on dit unité ou élément anatomique. Chaque élément, tant cellulaire que non cellulaire, représente, en effet, à ce point de vue, une individualité physiologique : mais, chose importante, c'est dans les individualités cellulaires seules que se comptent celles qui sont douées de propriétés dites de la vie animale d'une part, et même de la propriété de reproduction de l'autre. On sait, en effet, que les éléments non cellulaires sont tous, à de très-rares exceptions près, produits par les cellulaires ; que leur génération, leur nutrition et leur développement sont subordonnés à la vie végétative de ces dernières. Sous ce rapport ils méritent le nom à'exocellulaires, eccytiques ou eccellulaires . Us naissent, se nourrissent et se développent, il est vrai, mais chacune de leurs espèces reste toujours dépourvue, soit de contractilité, soit de névrilité.

Les faits précédents et ceux qui ont été notés ci-dessus (p. 431) montrent :

1" Qu'on ne peut admettre que la contractilité d'une part et la névrilité de l'autre seraient chacune un mode de l'activité propre d'une seule et même espèce d'unité anatomique, de substance ou sarcode cellulaire ;

1" ()}\&[di contractilité dite sarcodique, animale et végétale [voy. Sarcode), n'implique pas pkis la coexistence de la névrilité en la substance qui la manifeste que ne l'impliquent les mouvements avec inflexions et resserrements des filaments et globules de la myéline artificielle {^voy. Cellule, p. 586), qui offre manifestement, sous ce rapport, des inflexions, glissements, etc., sans être musculaire {voy. Musculaire, p. 651);

3« L'éther, le chloroforme, l'hydrate de chloral, etc., s'unissent chimiquement aux cellules nerveuses et musculaires en modifiant en même temps leur composition, et tant la névrilité que la contractilité. Ces composés changent la composition et les propriétés du caoutchouc, de la myéline artificielle, du contenu des cellules de la Sensitive, etc., auxquels ils se combinent. Mais cela ne prouve pas que ce soit plus sur la névrilité que sur la contractilité du contenu d'une ou de plusieurs espèces de cellules, de la Sensitive, par exemple, que l'action chimique a porté; qu'il y ait ensemble dans le contenu d'une espèce de cellules ou séparément dans celui de plusieurs cellules, la névrilité et la contractihté. Il n'y a anesthésie que là oij une action chimique fait cesser la névrilité, que là oîi il y a des individualités anatomiques nerveuses. La cessation d'un mouvement causée par cette même action chimique ou autse ne prouve pas plus l'existence de la névrilité que celle de la contractilité ou des éléments anatomiques qu'elles escortent. Rien, par suite, de plus erroné que d'appeler anesthésie les modifications d'un mouvement des plantes ou des animaux obtenus par' un changement de composition chimique dans une ou plusieurs espèces de cellules, tant que les unités anatomiques nerveuses, c'està-dire soit sensibles, soit motrices, n'y ont pas été observées. Rien de plus inconséquent que de partir de là pour admettre ensuite des nerfs et des muscles dans les plantes. L'existence non plus que la coexistence anatomique et physiologique de ces parties n'y sont encore prouvées par quoi que ce soit.

Jusqu'à l'apparition de l'animalité, physiologiquement parlant, l'embryon animal reste à l'état végétatif, avec les saules propriétés que l'on retrouve dans l'embryon des plantes phanérogames et cryptogames.

L'apparition de l'animalité, c'est-à-dire de la contractilité et de la névrilité, est un fait d'évolution de développement, c'est-à-dire que les éléments qui sont IICT. EMC. 2* s. XVII. 28

doués de ces propriétés et même ceux qui sont doués d'élasticité, etc. , existent pendant un certain temps sans être encore doués de ces propriétés, sans en posséder d'autres que celles que l'on trouve dans les cellules végétales en général, dans celles du tissu cellulaire animal, etc. Ces éléments sont apparus, se sont nourris et se sont développés durant un certain temps avant d'avoir le pouvoir de se contracter et de manifester des actes de névrilité. Ce n'est que lorsqu'ils ont parcouru une plus ou moins courte période de leur existence, mais une période donnée, qu'ils acquièrent un certain degré d'évolution que caractérise une certaine structure, qu'on saisit en eux la première manifestation de la contractilité {voy. Gh. Robin, Des déments anatomiques et des épithéliums. Paris, 1868, in-8, p. 84). On saisit là le début, l'apparition individuelle première de ce que les anciens appelaient Vanimation {voy. l'art. Aivimisme). Ainsi qu'on le voit, celle-ci n'est pas de source extérieure à l'organisme. Cette source est interne, elle n'a de réalité que par les individus et de continuité ou de perpétuité que par la i^épélition et la succession des générations ; elle est une nuance et non une intervention de quoi que ce soit d'extérieur; elle est un attribut essentiel d'un certain état organique susceptible de développement et non un^accident.

Du troisième degré de Vétat d'organisation. — Nous avons vu que le deuxième des degrés de l'organisation consiste en ce fait que chacune des cellules ou autres parties élénieMaires de volume et de forme déterminés que compose la substance organisée est construite de particules de celles-ci, qui sont distinctes les unes des autres par leur consistance, leur couleur, leurs réactions chimiques : tels sont le noyau des cellules, leurs granulations, etc., plongés suivant une disposition constante pour chaque espèce dans la masse principale ou coi'ps de celles-ci. C'est cette construction qui reçoit le nom de structure dans l'étude de chaque individualité; car il n'est qu'un très-petit nombre des espèces d'éléments qui soient homogènes, c'est-à-dire sans structure, et réduits en fait d'organisation aux caractères qui constituent le premier degré de celle-ci.

Or, en examinant les états de l'organisation au point de vue de leur complication croissante nous trouvons d'abord que ces éléments s'associent entre eux et forment naturellement ainsi des parties plus complexes qu'ils ne le sont euxmêmes. Sous ce rapport, cette association, troisième degré de Vétat d'organisation, débute par un mélange de parties restant au premier degré de l'état d'organisation, les plasmas, avec des parties élémentaiz^es ayant une structure, celle de cytodes et de cellules proprement dites (leucocytes et hématies), en suspension dans ces plasmas. Cette association d'un fluide à des éléments doués d'une structure définie donne naturellement aux humeurs constituantes, ou circulant en vaisseaux clos, un degré de complexité supérieur à celui des parties élémentaires douées de structure. Cette association fait que Vhygrologie prend place dans celle des divisions de l'anatomie qui traite, non plus des parties simples de l'économie, mais des parties composées, bien que ce ne soit encore que des moins composées. Elle prend ici place à côté de Vhistologie.

Des liquides organiques. Lorsque se complique l'organisme à partir de son premier état, celui de cellule ovulaire, cette complication commence par la naissance et l'agrégation de parties solides, de cellules contiguës, et la pro-

ORGAIXE. 435

duction d'une humeur par ceux-ci n'a lieu qu'après et dans la cavité de certains Systèmes anatomiques seulement {voy. Génération, p. 566).

Ainsi, au point de vue de la constitution il faut distinguer dans les humeurs : \° le fluide, partie fondamentale statiquement, auquel sont immanents les attributs dynamiques essentiels d'ordre physique, chimique ou organique, et qui a reçu des noms divers ; 2° des solides ou éléments qui sont en suspension et accessoires quant à la masse et au rôle physiologique, sans être inutiles pourtant, et qui vivent aux dépens du fluide dans lequel ils flottent ; mais ce liquide n'est pas nécessairement vivant lui-même pour cela, non plus que l'eau et l'atmosphère ne sont vivantes par rapport aux animaux et aux plantes : tel est le cas des mucus, des liquides des kystes, de l'urine, etc., qui n'ont que des propriétés physico-chimiques et dont le rôle final est une expulsion au dehors.

Quant au rôle spécial remph par chaque humeur, il varie de l'une à l'autre, comme la composition immédiate du fluide dont ce rôle dépend. Ainsi, après avoir étudié l'humeur en elle-même, il faut la suivre au point de vue des rapports qu'elle offre avec les autres régions de l'économie.

(iOmme les autres parties de l'organisme, le fluide de chaque hu meur se compose : 1° de principes d'origine minérale ou semblables à ceux-ci, volatils ou cristallisables comme eux; 2» de principes d'origine organique dont : a les uns sont cristallisables ou volatils comme les précédents ; b les autres coagulables, tous naturellement liquides. Ils diffèrent en espèces et en quantité absolue et relative d'une humeur à l'autre, et les humeurs varient en conséquence. Ils sont dissous les uns par les autres, et parfois ceux qui sont insolubles dans l'eau et soit d'origine minérale (calcaires, etc.), soit cristallisables d'origine organique, sont dissous par les substances coagulables naturellement liquides, d'où vient que souvent, lors de leur issue du sang dans lequel ils se trouvent particulièrement sous ces conditions pour tomber ensuite sous des conditions différentes, ils cessent d'être dissous et se déposent sous forme de calculs : aussi l'urine pauvre en substances organiques ou coagulables en présente des exemples plus souvent que les autres humeurs .

Les humeurs se séparent donc naturellement en deux groupes suivant qu'elles sont oonstituantes, c'est-à-dire sans issue ni rejet naturels au dehors, ou au contraire tant sécrétées qu'excrétées avec émission extérieure finale.

Les premières sont le sang, le chyle et la lymphe. Elles ont comme attribut anatomique ou statique l'état de combinaison par dissolution réciproque et mélange de principes immédiats nombreux, ainsi que l'état de suspension dans 'lequel se trouvent les éléments anatomiques qu'elles renferment. Elles ontpour attribut dynamique deux ordres aussi de propriétés : 1" une seule propriété vitale, la plus élémentaire elt la plus générale aussi, celle de nutrition, caractérisée par le double mouvement ou acte continu de composition et de combinaison, de rénovation moléculaire de leurs principes immédiats; 2° les propriétés d'humeurs, ou physiques et chimiques, que peuvent présenter les liquides suivant leur degré de fluidité et de complexité dans leur composition. Ils sont normalement situés dans des conduits sans communication à l'extérieur et circulant avec retour au même lieu, grâce à leur fluidité {voy. p. 443). Seules ces humeurs sont organisées, mais au degré le plus simple. Seules elles sont douées de nutrition ou rénovation moléculaire continue, mais au degré le plus énergique, par emprunt et rejet incessant, mais indirect (c'est-à-

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dire avec mouvement circulatoire sans communication directe avec le dehors, fait important et propre à elles seules), de matières liquides, ou de solides el de gaz dissous; emprunt et rejet dans le milieu extérieur, suivis d'un phénomène inverse par rapport aux éléments anatomiques dans l'intimité des tissus. Ce fait n'a pas son analogue dans les autres humeurs, d'où résulte qu'elles peuvent servir de milieti intérieur pour ces tissus, comme l'atmosphère pour l'économie entière, et d'intermédiaire entre les éléments anatomiques et les milieux extérieurs. De là leur facile altération directe d'une part, sous l'influence de ces derniers, et d'autre part la transmission de cette allération aux éléments avec lesquels elles échangent incessamment leurs principes constitutifs. D'où les maladies générales et la mort dite sans lésion apparente, parce qu'au delà des lésions visibles il y a les altérations moléculaires invariables, plus graves que les autres ; car des humeurs, où elles commencent, elles se transmettent à la totalité des tissus [infection, généralisation) qui empruntent et rejettent; elles se transmettent de plus aux autres humeurs, celles qui ^ont produites, sécrétées (quand toujlefois leur sécrétion n'est pas suspendue), lesquelles sont altérées d'une manière corrélative.

Spécifions bien ici la différence existant entre cette notion de milieu intérieur du corps, qui est organisé, et celle de milieu extérieur général ou proprement dit, qui est nécessairement dépourvu d'organisation, même au moment où ce sont des corps organisés qui remplissent ce rôle comme aliments après ingestion intestinale {voij. Biologie, p. 468). Les conditions bien réellement chimiques ou moléculaires qui font que dans l'économie le premier sert d'intermédiaire matériel et fonctionnel entre le second d'une part, et les éléments anatomiques solides ou de tous les tissus d'autre part, ont été notées déjà d'une manière générale (voy. Biologie, p. 4o9,etMÉsoLOGiE).

Mais la preuve de l'existence et de la nécessité de cet état d'organisation du plasma sanguin, quelque rudimentaire qu'il soit, et par cela même, est donnée, en ce qui concerne les gaz, par les expériences de Bert {Comptes rendus de r Académie des sciences, ?3irh, 1871, t. LXXIII et années suivantes). L'oxygène, en effet, ainsi que l'acide carbonique et le protoxyde d'azote, sont, dans les conditions naturelles, fixés chimiquement le premier par l'hémoglobine, les autre? par les carbonate et phosphate basiques de soude, etc. C'est par décomposition chimique réelle ou dissociation qu'ils quittent le sang pour se fixer aux éléments extra-vascuiaires ou passer dans l'air et réciproquement. Or, dès l'instant où, les composés qui les fixent temporairement arrivant à en être saturés, une portion de ces fluides devenant libre par rapport à ces composés, sans passer pourtant encore à l'état de bulles gazeuses, cette portion a une action nocive et bientôt vénéneuse sur les éléments anatomiques qui s'en pénètrent par dissolution osmotique simple. Il en est ainsi sur les plantes comme sur les animaux.

Dès qu'un principe à l'état gazeux est au-dessous de l.i surface même d'un organisme ou de ses parties, il entre donc en combinaison peu stable avec tel ou tel des autres principes de celui-là ; il perd son état gazeux pour passer à l'état ïoit de liquide, soilmème de solide; il devient partie constituante de cet organisme et ne passe du sang et de la sève dans les cellules exlra-vasculaires et au dehors ou vice versa qu'en sortant de cet ordre de combinaisons ou en y entrant. Il en est ainsi aussi bien pour l'acide carbonique dans lequel les végétaux •peuvent se nourrir et croître plus ou moins longtemps que pour l'oxygène, pris

à l'état soit gazeux, soit liquide, en dissolution de la part des plantes et des animaux aquatiques.

C'est toujours par l'intermédiaire de combinaisons du geiu'e des précédentes qu'a lieu l'assimilation des gaz, ainsi que leur excrétion désassimilatrice, dans les êtres unicellulaires aussi bien que dans les éléments anatomiques des multicellulaires. Notons qu'il n'y a pas d'organismes susceptibles d'emprunter leur oxygène à des combinaisons ou composés stables, c'est-à-dire non susceptibles de l'abandonner à une température inférieure à celle de l'eau bouillante, tels que les sucres, les graisses, les sulfates, etc. L'existence d'êtres méritant à ce titre le nom d'atiaérobien ne repose que sur une hypothèse dénuée de toute démonstration [voy. Berthelot, Comptes rendus des séances de F Académie des sciences, 1878, t. LXXXVll,p. 950). Si donc il est certain que pour les globules rouges et blancs du sang les plasmas représentent un milieu dans lequel ils vivent comme le font les infusoires, etc., dans l'eau et dans l'air, encore est-il, d'après ce qui a été noté p. 456, qu'il ne faut pas assimiler la notion de milieu intérieur à celle de milieu général ou proprement dit, c'est-à-dire parler d'identité oij il n'y a qu'analogie.

Les humeurs constituantes, les sécrétions et les excrétions diffèrent les unes des autres, au point de vue de leur origine, de leur mode de formation, autant que sous le rapport de leurs propriétés générales et de leur composition immédiate. Les humeurs constituantes comme le sang, la lymphe et le chyle, empruntent tout formés leurs matériaux constitutifs aux milieux dans lesquels les vaisseaux sont plongés ; ces matériaux sont représentés soit par le milieu ambiant dans lequel l'animal respire et puise ses aliments, soit par les éléments anatomiques des tissus entre lesquels rampent les capillaires. Les parois des canaux contenants et vecteurs ne jouent, dans cette formation, qu'un rôle purement physique d'endosmo-exosmose, pour donner entrée et sortie aux principes immédiats constitutifs de ces liquides.

Les humeurs sécrétées ou sécrétions, dans ce qu'elles ont de caractéristique, viennent des parois mêmes qui les contiennent avant qu'elles soient évacuées. Car, dans leur production, il y a : 1" formation de leurs principes immédiats caractéristiques par les parois mêmes des tubes du tissu qui les fournit, de sorte qu'on ne trouve ces principes ni dans le sang artériel, ni dans le sang veineux, mais dans la seule humeur sécrétée, ainsi que dans les éléments (épithéliums) du tissu dont les actes désassimilateurs amènent la formation des composants, formation chimique caractérisant essentiellement l'acte de sécrétion; 2" il y a, en outre, emprunt au sang, par exosmose dialytique, d'une ceitaiue quantité de principes pr£existants dans celui-ci.

Quant aux excrétions proprement dites, l'urine, la sueur, l'acide carbonique, tout dans leur formation se borne à un choix dans le sang, par simple exosmose dialytique, de principes formés ailleurs que dans le parenchyme excréteur et que dans le sang lui-même, principes ayant pénétré des tissus jusque dans celui-ci et pris part à sa constitution avant d'arriver à ce parenchyme et avant d'être séparés par lui.

Rien n'est donc plus inexact que de dire que le sang est une sécrétion interne, car sa composition immédiate n'a aucun rapport avec celle des parois vasculaires, et celles-ci ne prennent aucune part à sa formation, ne fabriquent spécialement aucun des principes qui le constituent. Ces derniers se forment ou se perdent dans l'épaisseur des éléments anatomiques des tissus, ou dans les

milieux ambiants, mais toujours hors des parois du contenant et sans intervention de parties fournies par celles-ci. Ce fait qui lie le sang à ces milieux d'une part et de l'autre aux agents immédiats des actes qui se passent en nous, ce fait est capital aux points de vue de la transmission pathogénique de l'état des milieux au sang et de l'état du sang aux éléments anatomiques.

Quant aux sécrétions., au contraire, leur composition immédiate est liée à celle des parois qui les fournissent, parce que leurs principes caractéristiques sont des produits chimiques de la désassimilation, relativement excessive de la part des éléments anatomiques de ces parois mêmes. C'est par désassimilation de ce qui est hors de la paroi des vaisseaux que se forme une partie des principes immédiats constitutifs du sang, ce qui lie ce fluide aux tissus plus qu'à ses parois ; et ce sont ces principes mêmes qui, avec d'autres venus du dehors, composent les excrétions urinaires, siidoroles, etc. : celles-ci n'ont donc en fait de liaison directe qu'avec le sang et non avec les parois des tubes qui les empruntent à ce dernier, pour les éliminer aussitôt.

Ainsi la fluidité seule rapproche le sang des autres humeurs, sa composition et sa rénovation moléculaire le liant pbysiologiquement plus encore aux tissus qu'aux sécrétions et même qu'aux excrétions. Rien de plus important pour l'étude de la pathogénie que la connaissance exacte de cette liaison du sang tant aux tissus qu'aux milieux ambiants, et que celle des sécrétions aux parois sécrétantes permettant une réaction de l'économie sur les milieux et sur les substances qui leur sont empruntées, tels que les aliments. Rien de plus saisissant encore que cette relation originelle directe des excrétions avec le sang seulement et non avec les parois excrétrices, relation venant ainsi comme complément de la liaison de ce dernier aux milieux ambiants.

On voit que les liquides prenant part à la constitution du corps sont, comme les solides, de deux ordres bien distincts anatomiquement et pbysiologiquement, ou, si l'on veut, au point de vue de leur composit*ion et de leurs propriétés. Les unes appartiennent au groupe des constituants, les autres à celui des produits. Notons ici un fait analogue à ceux que nous montrent les solides : la masse des parties constituantes liquides prédomine toujours à l'état normal sur celle des produits, si ce n'est pendant un court espace de la durée de la vie oii l'on voit la quantité' du liquide amniotique l'emporter sur celle du sang fœtal. Ces constituants liquides ne sont pourtant qu'au nombre de deux, le sang et la lymphe [voy. p. 422).

Sous ce rapport, le nombre des produits liquides est bien plus considérable que celui des produits solides ; les constituants solides, au contraire, sont bien plus nombreux que les produits correspondants^

Nous retrouvons donc ici la séparation des hiuneurs en deux grandes divisions, celle des constituants et celle des produits, séparation qu'ébauche déjà l'étude des éléments anatomiques. Seulement, pour les humeurs, cette séparation est infiniment plus tranchée, quoique dans les plasmas l'état d'organisation reste des plus rudimentaires; car, tandis que les éléments anatomiques et par suite les tissus appartenant au groupe des produits présentent nettement l'état d'organisation, nous ne retrouvons celui-ci que dans le plasma des humeurs constituantes. Les produits liquides, au contraire, ne le possèdent pas; ils diffèrent par suite plus du sang et de la lymphe, au point de vue de leur constitution et de leurs propriétés, que les produits solides, épithélium, ivoire, etc., ne s'écartent sous ces divers rapports des constituants qui leur correspondent.

Les produits liquides, à leur tour, se subdivisent en sécrétions et en excrétions, qu'il importe on ne peut plus de ne pas confondre anatomiquement et physiologiquement. A ces deux groupes de produits il faut enfin en ajouter, comme complément, un troisième qui, sous le nom de produits médiats, comprend des matières formées d'un mélange intime de résidus provenant de diverses sécrétions modifiées par leur action réciproque sur les aliments et restant associées aux résidus alimentaires.

Cette division entre les humeurs constituantes et les produits tant sécrétés, excrétés que médiats, est des plus naturelles devant la réalité et fondée, comme ou le voit, non-seulement sur des différences physiques et chimiques, de composition immédiate et d'arrangement moléculaire, mais encore sur des dissemblances relatives à leur origine et au rôle qu'elles remplissent en vertu de leurs propriétés spécifiques.

Les premières, en effet, n'entrent ni ne sortent normalement de l'économie, elles s'y forment et y remplissent leur rôle sans sortir du cercle qu'elles parcourent, et, fait important, sans se détruire, pas plus que ne se détruisent en agissant les éléments anatomiques solides du groupe des constituants. Dans les produits liquides, quels qu'ils soient, nous ne retrouvons rien d'analogue.

Nous voyons les sécrétions se subdiviser d'abord en deux groupes, selon que restant immobiles, comme les sérosités, elles jouent un rôle purement physique, ou qu'à la manière des plus nombreuses, les sécrétions proprement dites, elles ne remplissent leur rôle qu'en se détruisant, au moins partiellement ; car la disparition de quelques-uns de leurs principes^ essentiels, ou certains changements moléculaires survenant dans ces derniers, par le fait même de leur action, représentent précisément la condition essentielle de l'accomplissement de ce rôle(wî/. Séreuses).

Enfin les excrétions et les produits médiats une fois formés ne jouent un rôle que par le fait même de leur expulsion intégrale, sans se modifier ni modifier quelque partie que ce soit de l'économie, comme le font, au contraire, les sécrétions;

Ceux des anciens qui étudiaient l'anatomie en prenant pour but le désir d'arriver à se rendre exactement compte des conditions d'accomplissement des actes physiologiques disaient déjà du corps humain : Actiones procedunt à solidis, sed solida non agunt sine humoribus (Diemerbroeck, Anatome corporis humant, LugduniBatav., 1683, in-4% p. 4).

Lamarck (ilfemi de physique, 1797, p. 309) et Bichat ont précisé comme personne ne l'avait fait avant eux que tout corps organisé est un composé de solides et de fluides dont l'étude est rappelée par celle des systèmes. De ces fluides, les uns sont formés, comme le chyle, etc., par des matériaux servant à la nutrition ; ceux-ci, après avoir été assimilés et séjourné quelque temps dans les tissus comme molécules nutritives, en sortent comme résidu, comme substance devenue hétérogène et devenant nuisible, pour de là rentrer dans le sang, puis passer dans les fluides qui doivent être rejetés au dehors. Il y a donc des fluides de composition et d'autres de décomposition. Les solides sont le terme des premiei's qui viennent du dehors et le point de départ des seconds qui y retournent. Le sang est un centre commun où circulent confondus les principes qui arrivent et ceux qui s'en vont.

Les solides sont essentiellement toujours actifs dans les actes précédente et

440 unviAPtJi.

les lluicles ne sont actifs qu'.in point de vue chimique et physique; ils sont passifs en tant que dépourvus de tout mouvement spontané ; les solides seuls sont doués de contractilité et de sensibilité, et sont seuls aussi le siège des phénomènes morbides qui sont des manifestations de ces derniers. Mais dans une foule de cas les fluides de composition portent essentiellement aux solides les principes morbifiques ou contre nature (Bichat).

Cliaque organe est de la sorte habituellement composé et décomposé, dit Bichat : or cette composition et cette décomposition varient dans leurs proportions. La prédominance de la première sur la seconde constitue l'accroissement, leur équilibre détermine l'état stationnaire du corps; quand la décomposition l'emporte, le décroissement et la décrépitude surviennent. Kn outre, d'après Bichat, la substance muqueuse qui compose le corps de l'embryon, les bourgeons charnus des cicatrices, ne sont que du tissu cellulaire, dans lequel se développent les organes des autres systèmes, en même temps qu'il devient luimême plus ferme ; il considère de plus ce tissu cellulaire comme étant par ses vaisseaux le parenchyme commun de nutrition pour les organes qui se développent dans son épaisseur et s'approprient par son intermédiaire la substance qui leur convient.

Des tissus organiques. Si maintenant nous examinons les premières parties complexes résultant de l'association [ar contiguïté d'éléments solides ou demisolides, nous voyons qu'elles nous offrent d'abord les caractères d'ordre organique déjà étudiés, savoir : d'être formés de matière organisée et d'avoir une structure, c'est-à-dire d'être construits de parties diverses, distinctes, isolables, qui sont une ou plusieurs espèces de cellules et autres éléments anatomiques réunis d'une manière particulière. Mais ils s'élèvent d'un degré de plus dans l'ordre hiérarchique de l'organisation, ils ont un attribut qui leur est propre, consistant en un arrangement réciproque déterminé d'éléments multiples, d'une ou de plusieurs espèces, arrangement appelé texture et distinct de l'une à l'autre des parties complexes ainsi formées selon leur constitution alimentaire, parties appelées tissus. Ce qui caractérise ces derniers, c'est conséquemment leur composition complexe par des parties intégralement séparables,- en raison de leur association mécanique par simple contiguïté immédiate, et non plus par combinaison et union molécule à molécule, comme dans le cas de l'association des principes immédiats composant la substance même de ces éléments diversement configurés et diversement arrangés ; on peut réciproquement dire que l'analyse anatomique montre les tissus comme étant des parties complexes divisibles, séparables en parties constituantes douées chacune de leur individualité qui en sont les éléments constitutifs ; qui sont pour nous ce que sont les radicaux dans les composés chimiques les plus complexes ; tissus dont l'étude est la seule à laquelle s'applique exactement le nom d'histologie.

Ce sont des tissus que Bichat prenait encore pour des parties simples, des éléments organisés qui auraient été pour les tissus et les systèmes ce que les radicaux de la chimie sont aux sels, etc. (Bichat, Anat. descript., 1801, préface, g II). Mais il reste fidèle à la méthode lorsqu'il montre les parties composées, systèmes, organes, etc., formées par association de plus en plus complexe des parties simples entre elles ; association par enchevêtrement et contiguïté et non moléculaire avec désassimillalion des composants comme cela est dans les combinaisons chimiques.

On saisit ici aisément l'erreur commise par ceux qui, reconnaissant à l'aide

du microscope plusieurs éléments dans ce que Bichal croyait simple, ont donné aux cellules, fibres, etc., les noms de tissus primitifs, simples ou élémentaires ; l'erreur de ceux qui, méconnaissant les degrés intermédiaires d'organisation séparant la structure des unités anatomiques de celle des organes, disent que les cellules, mérides ou plastides, s'associent directement en organes et les appellent en conséquence Aesorganites.

C'est dans l'étude des tissus seulement qu'intervient la notion d'arrangement mécanique qui jusqu'à présent a été considérée comme le seul caractère essentiel de l'organisation. Partout où l'on voyait un enchevêtrement de fibres on disait qu'il y avait organisation; et, par abus, lorsqu'il s'agissait de principes immédiats isolés qui offraient cette particularité en se coagulant, c'est-à-dire en se séparant des autres, et qui prenaient un aspect fibrillaire, on les disait organisés parce qu'on se fondait, pour déterminer l'organisation, sur de simples caractères physiques et mécaniques, au lieu de remonter jusqu'aux caractères d'ordre moléculaire. Réciproquement, les matières gazeuses ou cristallines qui (Sortent normalement ou palhologiquement de l'organisme n'ont pas d'organisation, parce qu'elles ne sont formées que par des principes immédiats d'une ou de deux isolément des trois classes de principes et restent hors de l'état d'association moléculaire caractéristique indiqué plus haut. Ainsi en arrivant à rétude des tissus ou histologie nous nous trouvons en face d'un troisième degré de rétat d'organisation, d'un caractère propre à cet ordre de parties du corps, la texture. Jusque dans le siècle dernier, en l'absence de notions sur les éléments anatomiques réels, le mot texture a été employé par divers anatomistes comme synonyme de structure et désignait comme celui-ci : organica structura corporis etpartium. Le premier de ces termes désigne la. constructioii des parties, l'autre au contraire V arrangement des choses construites et figurées, aussi bien en anatomie que lorsqu'il s'agit des tissus de fabrication industrielle. Chacun de ces mots a donc une signification fort différente de celle de l'autre et le dernier ne saurait être sans erreur mis à la place du précédent. L'importance de la détermination «xacte par l'analyse anatomique des degx'és divers de l'état d'organisation est particulièrement prouvée par ce fait que Bichat, prenant encore pour élémentaire ce qui est composé, le tissu, se trouvait conduit à considérer certains de ses prétendus éléments, le tissu cellulaire, par exemple, comme possédant à la fois la contractilité et la sensibilité, propriétés de la vie animale et d'autres encore : or ces propriétés sont au contraire apportées dans le tissu, partie complexe, par des éléments autres que ceux qui le constituent essentiellement, savoir des fibres-cellules et des nerfs se rendant aux faisceaux de cellesci et à ceux des vaisseaux sanguins et lymphatiques.

La spécificité de la texture n'est pas aussi caractéristique que la structure pour les individualités organiques, c'est-à-dire que dans chaque tissu les éléments qui le composent offrent un arrangement réciproque particulier. Ainsi il est des tissus qui, au point de vue de la constitution fondamentale, ont une même espèce d'élément pour composant essentiel et qui pourtant offrent des caractères extérieurs différents, en raison de ce que le mode d'enchevêtrement de ces éléments n'est pas le même ; en d'autres termes, il y a des exemples d'une même espèce d'éléments, tels que ceux du tissu cellulaire, qui forment autant de tissus distincts, anatomiquement et physiologiquement [tissus fibreux, tendineux\, qncWa présente de modes divers de texture. Il en résulte d'une région à l'autre de l'économie de grandes différences dans l'aspect de ces tissus, qui

pourtant au point de vue de lai, "imposition élémentaire ont la même espèce pour constituant fondamental ou dominant {voy. Fibreux et Musculaire).

D'autre part, ainsi qu'on le conçoit aisément, l'arrangement réciproque, la texture, offre d'un tissu à l'autre des modes divers, subordonnés à la forme et au volume des éléments composants d'une part, au nombre des espèces associées l'une à l'autre d'autre part. C'est ainsi que pour les tissus qu'une seule espèce d'élément compose la texture est dite par juxtaposition, soit latérale, soit imbriquée ou lamelleuse, comme dans le cas des épithéliums, de l'émail dentaire, de la nacre et autres parties de la coquille des mollusques, etc. ; elle est trabéculaire et aréolaire dans les pièces squelettiques des Sècbes, de divers polypiers, etc.; elle est canaliculaire dans l'ivoire dentaire, dans la couche profonde du test des crustacés, etc. Dans les tissus composés d'éléments anatomiques de plusieurs espèces la texture est par simple juxtaposition lorsque ces éléments sont des cellules sphéroïdales ou polyédriques comme dans la moelle des os, la substance grise cérébrale, etc.; elle esi fihrillaire ou fibreuse, en nappes, entre-croisée ou enchevêtrée, fasciculée, anastomotique ou non,y lorsque les tissus sont composés de cellules dont partent des fibres, y formant ou non une masse plus considérable que celle qui est représentée par les corps cellulaires [voy. Fibre). La texture est plus compliquée encore dans les tissus dits parenchymateux tant glandulaires que non glandulaires. La vascularité de la plupart des tissus est encore une source de complication de la texture d'après certaines lois encore, car la distribution des capillaires est subordonnée à la configuration des éléments constitutifs d'une part, à leur arrangement réciproque de l'autre [voy. Ch. Robin, Des tissus et des sécrétions. Paris, I86li, in-8°, p. 25à45).

Ce n'est pas ici du reste, mais lors de l'étude des tissus eux-mêmes, que devront être décrites ces variétés particulières de la texture. Dans tous les tissus, qu'ils soient composés d'une seule ou de plusieurs espèces d'éléments, soit cellulaires proprement dits, soit avec dépendances fîbrillaires, partout ces derniers sont associés par pure et simple contiguïté immédiate. Nulle part on ne trouve entre eux ni un prétendu ciment les unissant, ni un prétendu liquide d'interposition (voy. Cellule, p. 594 à 600, et Séreuse). 11 n'y a de comparables sous ce rapport à des parties d'interposition, soit cimentaires, soit d'isolement, que les unités ^anatomiques non cellulaires ou cérébro-spinales, du tissu cellulaire gélafiniforme de divers invertébrés, de beaucoup de poissons, du cordon ombilical des mammifères, du cartilage et des os : substances partout solides ou demi-solides. Ces remarques ont leur place ici parce que divers auteurs en sont encore [voy. Cristallin, p. 553), dans l'étude de ce qui caractérise l'organisation, à admettre, comme du temps de Cuvier et de ses prédécesseurs, l'existence générale et constante entre les fibres, lames, cellules et globules composant les tissus, de fluides remplissant les intervalles de ceux-ci. Or dans la très-grande majorité des tissus végétaux et surtout animaux l'observation prouve l'absence de ces intervalles (hors le cas des méats intercellulaires des plantes) et de ces fluides, dont quelques observateurs cherchent à ressusciter la croyance en donnant le nom de lacunes ou espaces lymphatiques à des écartements de cellules de fibres artificiellement produits dans les tissus cellulaires et autres. La prétendue structure aréolaire par écartement des parties données comme caractère de Y orgayiisation n'est donc qu'une supposition gratuite infirmée par l'observation. Même remarque pour ce que disent

quelques micrographes et chimistes qui supposent que le plasma sanguin et lymphatique transsiidé baigne les tissus et les éléments pour servir d'intermédiaire à r assimilation définitive des principes du premier par ceux-ci [voy. p. 422, et Sappey, Anat. descriptive, 1876, t. II, p. 780).

Cette croyance vient de ce qu'avant les découvertes de Dutrochet sur l'osmose on ne pouvait se rendre compte du passage des molécules, des fluides par conséquent, d'un point à un autre de liquide à solide, de solide à solide contigus, au travers des solides des parois cellulaires et vasculaires par conséquent, de leur pénétration dans les unités anatomiques et vice versa; toutes conditions préalables et terminales à la fois, nécessaires pour qu'il y ait combinaisons et décombinaisons nutritives. On croyait par suite à la nécessité d'un contact immédiat des solides avec les liquides pour qu'il y eût nutrition ; même remarque sur les écrits qui vont répétant que la lymphe est un liquide embryonnaire rénovateur des tissus (voy. Lvmphatiqce, p. 447, 449 et suivantes) ; comme si d'autre part la rénovation nutritive n'était pas précisément portée au plus haut degré d'activité dans les plantes, les animaux unicellulaires et paucicellulaires, les œufs et les embryons où manque la lymphe.

Il y a chez l'homme, etc., des parties non cellulaires, qui naturellement ou accidentellement présentent soit sous l'œil nu, soit sous le microscope, un aspect réticulé. Elles sont, en un mot, une disposition striée ou fibrillaire, comme si elles étaient composées d'unités anatomiques, soit fibreuses, soit parfois même d'aspect cellulaire, associées* en nombre les unes aux autres, de telle ou telle manière. Elles paraissent former un tissu ayant une texture déterminée, et pourtant il n'en est rien. Leur connaissance importe autant en anatomie normale qu'en anatomie pathologique,

La fibrine, dès sa coagulation spontanée, prend une disposition fibrillaire avec enchevêtrements d'aspects tissulaires des plus variés suivant les conditions dans lesquelles survient son passage brusque de l'état fluide à l'état solide, soit dans les tissus, entre les éléments extra-vasculaires, soit dans les vaisseaux. Ici, au fiir et à mesure qu'il s'écoule plus de temps depuis le moment de la coagulation, cet aspect diminue de netteté avec passage de la masse à un état granuleux avec plus ou moins de mollesse {voy. Blastème, p. 589, et Ch. Robin, Leçons sur les humeurs. Paris, 2« édit., 1874, p. 222 et suiv.).

Quant aux- substances non cellulaires et d'origine exocellulaire, tant ectodermique, comme la substance intercellulaire cérébro-spinale, que mésodermique, comme les autres matières intercellulaires (voy. Cellule, p. 671), elles apparaissent d'abord amorphes, soit hyalines, soit finement grenues {voy. Cel- LtJLE, p. 642). Plusieurs restent toujours ainsi, d'aatres deviennent striées ou fibrillaires avec l'âge {voy. Cartilage, p. 712); striations qui là sont bien le fait d'un degré d'organisation plus élevé, mais sans texture réelle.

Les substances exocellulaires prennent, soit promptement, soit au contraire lentement, un état fibrillaire, sous l'influence des agents durcissants, tant par coagulation ou déshydratation que par combinaison chimique, sans qu'il y ait là par ce fait organisation à un degré quelconque, malgré les apparences. Comme pour la fibrine, ces substances homogènes en devenant dures acquièrent des dispositions fibrillaires parallèles ou diversement entre-croisées et rami^fiées, anastomosées en reticulum, grenu ou non, à mailles plus ou moins étroites. C'est ce que l'on voit en particulier dans les diverses sortes de tumeurs dites sarcomes, myromes, eolloides et autres analogues conservées depuis long-

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temps dans les acides chromique, picrique, les chromâtes, l'alcool, etc. Il en est encore ainsi pour la substance amorphe de diverses des autres tumeurs dites gélatiniformes et de celle du tissu cellulaire foetal, etc. Là, faute d'avoir comparé la disposition naturelle de ces substances dans le tissu frais à ces dispositions artificiellement obtenues, on a souvent décrit comme normal ce qui résultait des procédés employés pour faciliter l'examen de ce qu'il y a de réel dans la texture {voy. Néoplasme et Néomembrane).

Le troisième degré de l'état d'organisation, la texture, est celui qui vient apporter le premier des modifications complicatives dans les manifestations des propriétés d'ordre organique ou vitales élémentaires; complications que nous verrons graduellement s'élever avec chacun des degrés de l'état d'organisation.

Chaque élément anatomique emporte avec lui dans le tissu qu'il concourt à constituer les propriétés qui lui sont immanentes {voy. p. 441). Mais, en premier lieu, ce qui n'est qu'à l'état d'ébauche sur une cellule considérée isolément se manifeste dans la plénitude de son activité partout où ces cellules sont associées en tel nombre que le comporte le volume de l'organisme observé. D'autre part, quand dans un tissu plusieurs sortes d'éléments se trouvent réunies, bien que celui qui est fondamental ou prédominant donne corrélativement à ce tissu sa caractéristique dynamique ou physiologique en tant qu hygrométrique, élastique, contractile, doué de névrilité, etc., il n'en est pas moins vrai que les manifestations de la propriété essentielle de cet élément se trouvent modifiées par le fa.t de l'arrangement réciproque ou texture, puis par la présence des éléments qui l'accompagnent en proportion accessoire. C'est ce qui arrive, par exemple, dans les tissus vasculaircs par le seul fait du plus ou moins de réplétion des capillaires, en dehors des modifications nutritives qui accompagnent ces variations; et ainsi des autres, quand à des éléments contractiles s'en trouvent associés qui sont élastiques, etc.

Les propriétés de tissu se distinguent nettement en deux groupes : les propriétés physiques d'une part , les propriétés d'ordre organique ou vital de l'autre.

Les premières surtout ne se manifestent que d'une manière rudimentaire sur les éléments mêmes. Ce sont ;

1" La consistance avec plus ou moins de ténacité, donnant, par exemple, aux tissus osseux, cartilagineux, dentaire, chitineux, etc , la possibilité de remplir leur rôle de soutien et de protection [voy. Musculaire, p. 614);

2" L'élasticité, qui joue un si grand rôle dans tous les tissus, où les éléments qui en sont doués dominent, ou même n'existent qu'en proportion accessoire {voy. Élastique) ;

5" Uhygrométricité endosmo-exosraotique , condition physique essentielle d'accomplissement de la pénétration des principes assimilables et de l'issue de ceux qui sont formés par désassimilation, etc.

Les propriétés vitales des tissus, tant végétatives qu'animales, ne sont autres que celles des éléments anatomiques (p. 425) ; mais, dès la première, la nutrition, et surtout en ce qui la concerne, on voit des actes qui n'étaient qu'à l'état débauche sur les cellules s'élever dans les tissus qu'elles forment à un degré de complication qui fait de ces actes élémentaires autant de propriétés de tissus.

C'est ainsi que dans l'endosmose suivie d'assimilation se trouve l'ébauche de l'absorption, et dans la décomposition désassimilatrice suivie d'exosmose se voit

l'ébauche de la sécrétion, alors que raccomplissement égal et simultané de ces actes dans chaque élément caractérise la vie, la nutrition.

Vi absorption et la sécrétion ainsi ébauchées dans les cellules acquièrent la plénitude de leur activité dans les tissus, l'une étant en quelque sorte un excès de l'assimilation, l'autre de la désassimilation. Ce sont de& propriétés de tissus. Tous les tissus en sont doués, soit avec réduction au minimum, soit avec accroissement au maximum, selon les conditions de mise à nu, de circulation dans lesquelles ils sont placés, suivant leur composition élémentaire et leur texture; mais ce ne sont pas là dos fonctions accomplies chacune par un appareil spéciale! défini anatomiquement [voy. Biologie, p. 474-475).

C'est ainsi que pour la sécrétion le maximum se rencontre dans les parenchymes glandulaires; mais les organes qui sécrètent des liquides spéciaux (pancréas, etc.), non plus que les muqueuses, ne sont pas en relations analomiques les uns avec les autres, de manière à former par eux tous un appareil spécial donnant comme résultat de leur activité commune et successive l'accomplissement d'une fonction, d'un acte final inévitable et indispensable. Ces organes parenchymateux sont au contraire de ceux qui sont annexés à tous les appareils, presque sans exception, et fournissent chacun quelque principe aidant à l'accomplissement du rôle des autres organes de l'appareil, et par là à celui de la fonction. D'autre part, les tissus non glandulaires, tels que les séreuses, les muqueuses sans glandes, la peau sans glande du pourtour de l'anus et de la vulve {voy. Muqueux, p. 428 et 456), etc., sécrètent du mucus, et ainsi de même des muscles, du tissu cellulaire, etc., mis à nu, qui fournissent un liquide différent à la fois des plasmas sanguin et lymphatique {voy. Bi.astème).

L'absorption s'élevant aussi à l'état de propriété de tissu n'est également pas une fonction; elle varie, comme la sécrétion, dans chaque tissu suivant sa texture, sa composition, et chez les animaux suivant surtout la quantité de vaisseaux qui emportent les principes absorbés au fur et à mesure qu'ils ont pénétré molécule à molécule. Elle repose sur le fait physique élémentaire d'endosmose comme la sécrétion sur celui d'exosmose, modifiés l'un et l'autre par le double acte chimique continu de combinaison et de décombinaison nutritives de la substance des éléments anatomiques traversés. 11 en est à plus forte raison de même de Vexhalation, mot qui ne désigne que le simple fait physique d'évaporation des principes volatiles à la surface des tissus.

Du quatrième deyré de Vétat d'organisation. Ce qui le caractérise, c'est le mode de distribution de chaque tissu dans l'économie et de conformation générale résultant pour chacun de cette répartition, avec continuité, contiguïté ou écartement des parties, dont chacune est similaire, de l'autre pour un même ensemble de ces parties similaires représentant un système d'organes premiers. Tels sont : le système osseux ou des parties similaires composées de tissus osseux, le système des organes premiers formés par la continuité des amas et subdivisions des tissus nerveux central et périphérique, les systèmes artériel et veineux, dont chacun par la continuité de ses parties représentait pour les anciens ïhomme artériel et Vhomme veineux; et ainsi pour le système lymphatique, pour ce que représente dans l'ensemble de l'organisme, en tant que système, la répartition des diverses portions du tissu lamineux ou celhdaire, du tissu adipeux, etc. Chaque système donne à l'animal qui le possède et selon ses caractères propres un caractère anatomique et physiologique propre, un

attribut, en tant qu'animal ou végétal, en tant que vertébré ou invertébré, avec ou sans support squelettique, osseux, cartilagineux, chitineux, coquillier, etc., avec ou sans système musculaire, strié ou, au contraire, à fibres-cellules; avec ou sans encéphale ou ganglions, avec ou sans cordons nerveux.

La physiologie des systèmes organiques consiste à déterminer quel est ou quels sont d'entre eux celui ou ceux qui donnent plus particulièrement à chaque organisme tel ou tel attribut, impliqué par sa nature propre en tant que représentant l'ensemble de tout, de tel ou tel tissu, réparti de telle ou telle manière. C'est ainsi qu'en ce qui concerne la configuration générale et les dimensions des organismes, et par suite leur activité propre tant locomotrice ou de totalité que partiellement motrice, les systèmes osseux^ cartilagineux et fibreux d'origine mésodermique, remplissent un rôle capital, comme chez les vertébrés, tandis que sur les invertébrés les systèmes du squelette, soit externe, soit profond, tant chitonéal que calcaire, par leur origine ectoderraique et leur nature organique, entraînent un autre ordre d'activité. Les systèmes tégumentaires dans leurs attributs de délimitation de l'économie, de configuration, de protection, comme de relations avec les milieux ambiante, leur sont en quelque sorte subordonnés, surtout en ce qui concerne les vertébrés. Au contraire, la répartition de la contractilité et de la névrilité par les systèmes musculaires et nerveux dans chaque organisme donne à chacun une caractéristique dont l'étude spéciale des usages de chaque organe d'une part, de la fonction de chaque appareil, de l'autre, suppose la notion nette [voy. Adipeux, LAMmuax et Parenchymes).

On voit ici l'importance de l'étude de cet ordre de parties constituantes de l'économie dans la description comparative des êtres, même végétaux. Je lui ai donné le nom à'homœomérologie ou élude des parties similaires, conduisant sans heurt de l'étude des tissm à celle des organes dissemblables qui résultent de l'association par contiguïté plus ou moins médiate de parties similaires appartenant à plusieurs systèmes différents {voy. SïSTii;MEs anatojiiques).

Cinquième degré de l'état d'organisation. Les organes offrent naturellement tous les degrés de l'état d'organisation qui viennent d'être définis, puisqu'ils sont composés de matière organisée sous forme d'éléniônls associés en tissus, distribués en parties similaires ou organes premiers, dont l'ensemble représente chaque système dont ces parties mêmes s'associent pour constituer tel et tel organe second ou proprement dit. 11 s'agit ici, comme on le voit, de cette association en un tout, qui est l'organe, composé de parties similaires provenant de systèmes différents ; telle est l'adjonction de la partie musculaire à deux parties tendineuses, à des vaisseaux et à des nerfs, d'où "résulte le muscle tel qu'il est lorsqu'il agit ; telle est encore l'association de plusieurs parties similaires des systèmes cartilagineux, osseux, périostiques, vasculaires et médullaires, composant ensemble l'os tel que nous le voyons lorsqu'il sert de support, de levier, comme lorsqu'il est fracturé. De là, pour chacun de ces organes seconds ou proprement dits, une complication structurale plus grande que celle des organes premiers le constituant et une conformation spéciale qui n'est en fait jamais identique à celle de l'un quelconque de ces derniers.

Ce mode spécial de constitution complexe, par emprunt, s'il est permis d'ainsi dire, de parties à divers systèmes, fait que chaque organe, au point de vue physiologique, remplit quelque usage en rapport avec la nature anatomique de l'organe premier qui prédomine en lui ; usage soit unique, soit au contraire

multiple, suivant le siège et les connexions de l'agent, comme dans le cas des os, des muscles et des nerfs qui servent en même temps ou succcessivement à la locomotion, à la phonation et à la respiration ; mais usage toujours spécial, c'est-à-dire à la fois local et subordonné à la nature propre du système auquel se rattache l'organe premier qui prédomine dans cet organe second.

Notons ici par anticipation que « ce serait oublier les notions scientifiques les plus élémentaires, établissant les relations de cause à effet, de condition d'action à l'acte lui-même, que de vouloir admettre l'existence de fonctions sans appareils. Qui ou quoi donc les exécute? Fonction vient de fungi, s'acquitter de... Or, qui est-ce qui s'acquitte de ces fonctions-là? oii est l'ensemble d'organes divers, reliés entre eux, de manière à en former un tout, dont chacun agissant suscite l'action de l'autre, de manière à conduire vers un résultat unique? Est-ce qu'au contraire tous les tissus ne jouissent pas des propriétés sus-énoncées? Comment ne pas reconnaître que, si tous les éléments et par suite tous les tissus ne jouissaient de la propriété d'endosmose, d'où absorption, de celle d'exosmose, d'où sécrétion, ne se combinaient avec ce qui entre et ne se décombinaient avec déperdition compensatrice, d'où nutrition, comment ne pas reconnaître, dis-je, qu'ils n'existeraient pas? Ce n'est pas là une fonction qu'ils soient chargés d'accomplir, puisque ce sont précisément ces faits qui constituent l'essentiel de leur existence physiologique et la caractérisent; c'est là ce qui les fait dire vivants, et sans cela même ils ne pourraient s'acquitter de rien, rien exécuter, ni respirer, ni se contracter, ni sentir, etc. C'est l'immanence de ces propriétés aux éléments même dans tout tissu qui fait que chaque organe peut remplir un usage spécial suivant sa forme et sa composition et concourir avec ceux d'une autre constitution dans un même appareil à l'accomplissement d'une action commune et complexe appelée fonction » (Gh. Robin, Tableaux d'anatomie. Paris, 1850, in-4°, Avertissement, p. 9).

Ce qui à ce point de vue fait de l'activité de chacune des multiples unités anatomiques un tout organique ou vital, une individualité ou le moi, c'est la communauté, la simultanéité d'action, à la condition que toutes soient dans un état organique non identique, mais semblable. Seulement ce consensus va en diminuant, se désordonnant ou cessant dès qu'il y a trouble ou modifications soit intérieures ou intimes, soit extérieures aux éléments, à commencer par les circulatoires, modifications portant sur tous à un degré plus ou moins prononcé, soit sur un plus ou moins grand nombre à la fois des organes, que ces éléments formentparleur association graduelle (Ch. Robin, Des rapports de î'anatomiegénéraleavec les autres branches de Vanatomie. Paris, 1862, in-S", p. 18 et 37).

Le volume, la forme et surtout la nette délimitation des parties du corps qui sont les instruments des actes organiques directement saisissables par nos sens font que l'étude des organes, l'organologie ou organographie, que l'étude, en un mot, du degré d'organisation le plus facile à saisir de tous, a été le premier et longtemps le seul but de l'anatomie. Il en a été ainsi jusqu'à Bichat. Plusieurs même ont continué à faire comme on faisait avant lui en raison de la méconnaissance de la portée scientifique de son œuvre. Or la gravité de cette méconnaissance ressort du fait suivant, savoir, que c'est précisément l'étude des trois premiers degrés de l'état d'organisation, et particulièrement celui qui donne la notion d'éléments anatomiques emportant avec eux les propriétés qui leur sont immanentes partout où on les trouve, qui nous fait le mieux saisir quelles sont les conditions réelles de l'existence des actes dits d'ordre

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organique ou vital. C'est ce dont l'existence indépendante des êtres unio.oUulaires et des œufs, qui sont également des organismes unicellulaires, nous donne des exemples frappants {voy. Anatomie descriptive).

Du sixième degré de l'état d'organisation. Un degré plus élevé encore de l'état d'organisation se manifeste, comme condition d'accomplissement des actes vitaux dans les êtres complexes, par l'association d'organes proprement dits, multiples et divers par leur structure intime, formant par leur union tant médiate qu'immédiate les parties complexes et organiquement hétérogènes nommées appareils {voy. Aï-pareil). Malgré la diversité des organes constitutifs, ou plutôt à cause de cette diversité, l'ordre de leurs connexions entraîne leur concours à l'accomplissement d'un acte unique en fait, quelque complexe qu'il soit, dès que chacun des organes associés entre en jeu. Cet acte porte le nom de fonction. Ainsi la notion, l'idée de fonction est liée en physiologie à la notion analomique A'appareil. 11 y a autant de fonctions que d'appareils, mais il n'y en a pas plus, et réciproquement.

On voit déjà que la fonction est autre chose que l'acte accompli, que l'usage rempli par quelque organe que ce soit parmi ceux qui composent l'appareil, La fonction est représentée par la résultante unique ou commune donnée par cet ensemble des usages que chacun des organes constituant l'appareil vient de remplir en entrant en jeu, soit simultanément, soit successivement. La respiration, par exemple, est la résultante des actes osmotiques et d'élasticité accomplis dans le poumon, des actes circulatoires remplis en même temps par les artères et veines pulmonaires, des contractions musculaires diaphragmatiques et péritlioraciques, des actions réflexes allant du poumon au bulbe et revenant par les nerfs des muscles précédents, etc. Mais la respiration n'est aucun des usages remplis de la sorte par chacun de ces divers organes considérés individuellement. Et ainsi des autres pour la circulation, la digestion, la génération, la locomotion, la phonation, la volition, etc. {voy. Fo.nctions).

On voit par là que tous les actes de l'économie ne sont pas de l'ordre des fonctions ; que tous ne sont pas accomplis par des appareils ou assemblages de divers organes anatomiquement ordonnés ; et de plus ordonnés de telle sorte que l'action de l'un commandant celle de l'autre conduit à un résultat final qui diffère d'un appareil à l'autre, suivant que les organes assemblés ont telle ou telle structure. L'acte final et total est la fonction; il est unique pour chaque appareil, comme on le voit. Il est plus complexe inévitablement que ne l'est l'usage rempli par chaque organe individuellement, muscle, glande, etc., plus que le rôle dévolu à chaque os, à chaque ventre musculaire, dans les systèmes correspondants chez lesquels l'action de l'un ne détermine pas directement, ni indirectement, celle d'un autre, et ainsi pour les divers systèmes, etc.

L'analyse du degré spécial de complication, de la modalité que donne aux propriétés vitales ou actes élémentaires d'ordre organique chacun des degrés de l'étal d'organisation, mérite, comme on le voit, d'être faite sans omission de quoi que ce soil. Elle montre que c'est commettre une erreur de fait que de désigner sous le seul terme, fonction^ non-seulement les actes résultant du jeu des appareils, mais encoie l'ensemble, la totalité des actes d'ordre organique; tous les modes d'activité escortant chacun des degrés de l'état d'organisation, tels que les propriétés élémentaires, puis les propriétés de tissus, et surtout les usages des organes, tant premiers que seconds {voy. Systèmes

A.NATOMiQUEs). C'est pourtuiit ce que font ceux q\n, à chaque instant, parlent des fonctions du diaphragme et de tout autre muscles, du fémur, du sciatique, de la parotide, des fonctions du système nerveux, et ainsi des autres. Pour les usages qu'ils remplissent chacun individuellement, les organes seconds et premiers concourent à l'accomplissement de telle ou telle fonction, mais leur jeu, Vusage rempli par chacun d'eux spécialement ne constitue pas la fonction, pas plus que la contractilité du tissu musculaire n'est la locomotion, plutôt que la mastication ou la déjection rectale ; pas plus que la segmentation d'une cellule ou du vi tell us ne peut être appelée fonction de reproduction plutôt mâle que femelle ; pas plus que la nutrition n'est plutôt la digestion que l'urination ou la respiration endosmo-exosmotique simultanément.

Le terme fonction désigne donc le mode d'action des appareils, Vacte spécial que chacun d'eux exécute. Chaque appareil ne remplit qu'une seule fonction : l'intestin ne fait que digérer; l'appareil respiratoii'e ne remplit pas d'autre fonction que celle de la respiration. On dit souvent, mais à tort, des fonctions, qu'elles atteignent tel ou tel but ; la fonction est personnifiée et on la fait agir: on prend, en un mot, le terme fonction dans le sens d'un être actif, ce qui est en donner une idée fausse dès l'instant où cet acte est déjà une résultante de plusieurs autres plus simples. L'accomplissement d'une fonction est la manifestation dans les êtres complexes des diverses propriétés des éléments anatomiques, des humeurs et des tissus disposés en organes, lesquels sont reliés et coordonnés en appareils dont l'action met en évidence telle ou telle de ces propriétés élémentaires plus particulièrement, suivant qu'il s'agit de tel ou tel appareil, et qui, en un mot, montre ce que peut donner l'action naturelle de la totalité des éléments qui jouissent de telle ou telle de ces propriétés. Aussi le classement des fonctions, quelque complexe que soit le nombre des actes élémentaires que chacune exprime, se rattache d'une manière nette à celui des propriétés organiques élémentaires ou vitales.

Nous avons déjà vu, en effet, que la propriété prime la fonction, existe avant elle, c'esl-à-dire qu'elle peut exister, comme la nutrition ou la contractilité, là où il n'y a pas encore de digestion ou de locomotion. Elle en entraîne et domine le classement ; seulement il faut bien rappeler ici que, la fonction étant l'expression au summum d'intensité, et surtout de complication, des actes d'ordre organiques élémentaires dont les cellules ne font qu'offrir les rudiments, il arrive constamment que de chacune de ces propriétés dérivent plusieurs fonctions. On peut dire inversement qu'en partant des fonctions plusieurs d'entre elles, ordinairement, vont se relier à un point de départ commun, à la propriété caractéristique qui escorte tel ou tel élément. C'est la complication organique même dont l'acte examiné est fonction qui le rend nouveau et qui fait par suite que plusieurs fonctions dérivent d'une même propriété élémentaire, qu'en un mot il y a plus de fonctions que de propriétés {voy. p. 425).

De même qu'une cellule ne remplit pas de fonction, il est un temps pendant lequel les organismes les plus complexes se nourrissent sans accomplir de digestion, échangent des gaz sans respirer, et ainsi des autres. Il en est de la sorte pour tous pendant la période où ils sont encore à l'état d'ovule et pour la plupart durant la période embryonnaire et foetale de leur évolution. Divers infusoires et tous les végétaux, en ce qui concerne du moins la digestion, sont dans le môme cas, surtout pour satisfaire à l'assimilation, un acte préalable d'absorption endosmotique suffit. Dans tous ces organismes, en raison de leur simplicité, le DICT, ESC. 1' s. XVII. 29

propriétés élémentaires et celles du tissu suffisent à ruccomplissemcnt des actes nutritifs, évolutifs et reproducteurs de l'être, mais, à mesure que se complique la constitution de celui-ci, l'énergique activité de ces propriétés s'amoindrit; on le voit par la comparaison sous ce rapport des tissus animaux à ceux des plantes. Les propriétés deviennent insuffisantes pour la conservation du tout, et par leur insuffisance même, due à leur réduction d'énergie locale, elles suscitent une série d'actions se trouvant être préparatoires, l'une par l'autre, de l'acte qui est essentiel aux points de vue de la nutrition, de la reproduction, etc. ; leur ensemble est la fonction dont l'accomplissement se caractérise et se définit par l'activité même qui exprime le mieux le résultat essentiel de cet ensemble ; acte qui est dit fondamental par ce fait même qu'il révèle la relation intime de la fonction particulière avec la propriété élémentaire et dominante. C'est ainsi que la digestion se caractérise par la liquéfaction des solides et non par la déglutition ni par la défécation; liquéfaction qui seule permet l'endosmose des aliments et par suite l'assimilation nutritive ou élémentaire. Même remarque pour chacune de toutes les autres fonctions, circulation, respiration, urinalion, etc., en ce qui touche ce qui les caractérise comme fonctions et les lie à la propriété, à l'unité physiologique dont elles expriment le mode le plus élevé de manifestation.

C'est encore ainsi que la contraction n'est pas la locomotion, l'exercice de la contractilité sarcodique, ciliaireou musculaire, la contraction d'une unité anatomique ayant lieu avec ou sans mouvement extérieur à celle-ci. Suivant les circonstances il peut y avoir locomotion, translation de l'organisme (Oscillaires) ou d'un de ses éléments {spermatozoïdes), sans qu'il y ait d'appareil, et au contraire un appareil locomoteur avec fonction de translation existe dans les zoospoi'es ciliées, les animaux unicellulaires ciliés et flagellés.

Ce qui précède montre à quel point marque la méconnaissance de la réalité physiologique la phrase de ceux qui disent que la fonction fait l'organe. Il est en effet bien évident que la digestion suppose la génération et le développement préalable de l'appareil digestif, comme toute contraction suppose la naissance d'une cellule douée de contractilité, comme tout acte suppose son substratum. Ce qui précède est d'observation constante, tandis que la foi'mule susdite n'aurait de sens qu'autant qu'on supposerait que la digestion, la contractilité et ainsi des autres, seraient des activités ou entités indépendantes, déterminant soit la transformation des éléments anatomiques préexistants en ceux de quelque autre espèce, soit la genèse de ces unités musculaires, osseuses, etc., qui n'existaient pas. Or, l'embryogénie prouve surabondamment que, sans qu'il soit besoin de recourir à des hypothèses sur ce qui fait l'organe dans l'embryon, on voit l'appareil digestif ou autres exister des mois avant qu'il accomplisse la fonction de digestion. Ce que l'on constate d'autre part, c'est que ['exercice, l'acf/D/te' propre de l'appareil, de l'organe, du tissu, des cellules, de tout ce qui n'est pas l'activité nutritive elle même, favorise la nutrition, le développement et par suite la multiplication des unités anatomiques et physiologiques, dont tout ce qui est mouvement organique implique l'existence. L'inactivité laisse les choses en l'état ou amène l'atrophie, et l'excès d'activité cause l'hypertrophie d'abord, puis des perturbations, s'il se prolonge.

C'est ainsi que d'une artère à l'autre sur le même individu, d'un individu à l'autre pour la même artère, quelque soit l'usage rempli par l'organe où elle va, ses fibres musculaires restent peu nombreuses et petites, si la circulation y est

•de faible quantité et de rare activité et réciproquement : d'où des variétés sans nombre de structure à cet égard, d'un organe ou d'un individu à l'autre, se groupant autour d'un type constant, mais toujours, bien entendu, à la condition que ce type de structure préexiste, puis coexiste, eu égard à son mode d'activité.

Toute fonction est un mouvement, un certain mode d'action dans lequel on distingue un moteur d'ordre organique et une chose mue mise en mouvement. Mais tout mouvement d'ordre organique n'est pas une fonction {voy. Fonction). Dire dans une classification des fonctions qu'il y a des fonctions de mouvement est une pétition de principe au premier chef ; puisque toute fonction quelconque n'est déjà qu'un mouvement accompli par un appareil spécial, il ne peut y avoir mouvements de mouvement, le particulier ne peut primer et classer ce qui est général {voy. Mouvement, p. 257).

S'il y avait des fonctions de mouvement organique, il faudrait à côté de la locomotion et de la phonation placer la circulation, la respiration des animaux, la mastication et la digestiont intestinale, etc., dans lesquelles la continuité des mouvements par contractions musculaires, etc., est bien plus tranchée encore que dans les deux premières.

Le mouvement est la propriété la plus générale des corps bruts et organisés; qu'il soit vibratoire, de translation ou rotatoire, il est toujours /bncfion de conditions correspondantes statiques ou d'équilibre soit moléculaire ou physicochimique, soit de masse mécanique, et il ne peut être fonction de fonctions. Aussi, de même que la respiration ou échange osmotique des gaz a lieu sans appareil spécial dans les plantes unicellulaires, alors qu'elle devient fonction d'un appareil dans les plantes vasculaires, de même la locomotion a lieu sans appareil contractile spécial chez les vibrions, les diatomées, etc., sans appareil aussi et comme résultat de la contraction totale du corps chez les Amibiens, etc. {voy. Sarcode, p. 784), tandis que déjà dans les infusoires ciliés et flagellés elle est le résultat de l'action d'un appareil spécial et d'une manière plus évidente encore chez les animaux multicellulaires. Ainsi pour la locomotion comme pour la ï-espiration l'acte observé sur l'être complexe diffère de son homologue sur l'animal ou le végétal unicellulaire comme la contraction d'une fibre musculaire diffère de la progression ou du mouvement du cœur; ils ne sauraient être placés sur le même rang, recevoir le même nom, étant élémentaires dans un cas diversement compliqués dans l'autre. Sur l'élément, en effet, la contraction, par exemple, représente l'une des conditions d'accomplissement non-seulement d'une fonction, telle que la locomotion du corps, mais encore de la translation du sang, de l'air, des aliments, des ovules, etc., et non un rudiment de l'une plutôt que de l'autre de ces translations. Dès que des organismes simples on s'élève à ceux plus complexes dans lesquels les conditions nécessaires à la manifestation d'une ou de plusieurs des propriétés élémentaires ou fondamentales se trouvent être représentées par l'activité d'un appareil approprié correspondant, ceux-ci se comptent et se classent comme il est dit ci-après. Il est bien entendu que, comme il s'agit de fonctions et non des autres actes organiques, ce classement est fondé sur l'examen de la nature de la fonction au point de vue de l'importance qu'elle a en ce qui concerne la conservation individuelle et spécifique des organismes. Ceci se juge d'après la rapidité avec laquelle la suppression de la fonction entraîne la mort, la disparition de tout acte nutritif et de toute possibilité de retour (p. 401).

La division des propriétés élémentaires ou générales en végétatives et en animales entraîne une division correspondante dans les fonctions par les raisons mêmes qui déterminent ce classement {voy. Fonction).

Répéter que les fonctions végétatives sont communes aux végétaux el aux animaux serait commettre une erreur, puisque nombre d'entre eux ne manifestent d'autres actes que les propriétés vitales élémentaires [voy. p. 425 et 452).

Nous savons déjà que chacune des fonctions dans les organismes multicellulaires reste directement liée à telle ou telle des propriétés élémentaires ou vitales (p. 425), auxquelles elles correspondent de la sorte, si bien que la classification des propriétés se reproduit intégralement quand on arrive à l'étude des fonctions ; seulement ce n'en est pas une simple copie, car chacune des premières prend un caractère générique, et les secondes ne sont là que des espèces multiples subordonnées aux autres. Chaque fonction est liée en effet à telle ou telle des faces de la propriété, si l'on peut ainsi dire, en laissant au fond même toute son intégrité. C'est ainsi qu'à la nutrition se rattachent : la digestion, qui satisfait aux conditions voulues pour la pénétration endosmotique des liquides et des solides ; l'urina tion, qui satisfaite l'issue exosmotique des principes homologues; la respiration, qui satisfait à l'une et à l'autre de ces conditions pour les gaz, et la circulation, qui satisfait au transport de tous, tandis que l'assimilation et la désassimilation même, qui caractérisent essentiellement la nutrition, restent comme centres sans être représentées au dehors par quelque fonction.

A. Lq?: fonctions végétatives sont donc celles dont l'accomplissement satisfait, si l'on peut dire ainsi, à des nécessités qu'imposent les propriétés de nutrilité, d'évolulilité et de reproductilité dès que l'appropriation des parties porte la complication organique jusqu'à la disposition de celles-ci en organes et en appareils.

Grâce aux propriétés osmotiques de la substance organisée pour les gaz, l'élément dans les protorganismes, un seul appareil dans les êtres multicellulaires suffit à l'entrée et à la sortie simultanée de deux principes immédiats, l'un qui est aliment, d'origine extérieure ou minérale, l'autre antagoniste en quelque sorte qui est excrément d'origine interne ou organique et retourne au milieu extérieur; aliment qui pour les animaux et divers végétaux [voy. Respiration, p. 565) est un corps simple, l'oxygène assimilé temporairement, et sort fixé à du carbone qu'il emporte; aliment gazeux qui pour les parties vertes des plantes et des animaux est un composé binaire, l'aeide carbonique, qui après son assimilation temporaire se réduit chimiquement à son carbone, qui reste, et à son oxygène, qui s'échappe, remplacé qu'il est par les éléments de l'eau. Un seul appareil suffit ici, alors que pour les principes immédiats liquides ou solides en dissolution deux appareils sont nécessaires : 1° l'un pour la dissolution ou la liquéfaction des aliments d'origine extérieure assimilables [digestion] ; 2« l'autre pour l'excrétion des principes d'origine moléculaire intime ou profonde formés par désassimilation déperditrice [urination). Mais nulle erreur n'est plus grave que de dire que les phénomènes respirateurs sont destructifs et les nutritifs édificateurs. Ce qui est édificateur est l'assimilation de ce qui est pris à l'atmosphère aussi bien qu'à l'intestin, et la désassimilation est destructrice ; il n'y a pas nutrition sans l'un et l'autre simultanément; nutrition ayant pour condition d'existence la liquéfaction digestive d'une part, l'excrétion urinaire d'autre part pour les principes solides et liquides, ayant comme condition d'existence non moins essentielle la respiration pour les gaz assimilables et désassi-

miles simultanément, hors desquels non plus il n'y a ni édification ni destruction.

a. Parmi les fonctions végétatives on appelle fonctions de nutrition ou de conservation individuelles celles dont l'accomplissement satisfait, par ce que l'acte a d'essentiel, à telle ou telle des exigences de la nutrition ou rénovation moléculaire continue des éléments anatomiques.

Ce sont :

1° La respiration, fonction commune aux plantes et aux animaux, qui satisfait par échanges endosmotiques simultanés aux nécessités de l'assimilation et de la désassimilation en ce qui concerne \es principes immédiats gazeux;

2° La fonction ou les fonctions allantoïdienne ou placentaire et vitelline ou ombilicale, qui satisfont sur les vertébrés spécialement, durant la vie fœtale, aux actes nutritifs assimilaleur et désassimilateur en ce qui touche tous les principes immédiats gazeux, liquides et solides en dissolution ;

S"" La digestion caractérisée par l'ingestion, la liquéfaction et l'absorption des aliments solides et des liquides accessoirement, avec déjection de ceux des principes ou résidus non liquéfiés de ces aliments ; elle a pour résultat final essentiel l'arrivée dans l'économie des principes liquides et des solides soit dissous, soit liquéfiés, indispensables à l'acte élémentaire d'assimilation nutritive. Dans les plantes tout se réduit à cet égard à l'absorption sans préparation digestive opérée par l'appareil radicellaire sur les principes liquides et solides en dissolution ambiants ;

4" Vurination, fonction accomplie par un appareil spécial bien défini anatomiquement, propre seulement aux vertébrés, aux articulés et à beaucoup de mollusques. Ainsi que je l'ai montré le premier [Tableaux d'anatomie, Paris, 1850. Avertissement, p. 9), il opère l'acte précisément inverse à celui qui^marque le but final essentiel de la digestion. Par excrétion exosmotique rénale l'urination sépare de l'économie les principes qui par désassimilation des éléments sont devenus impropres à la constitution de leur substance ; elle satisfait ainsi pour les principes solides et pour les liquides qui les dissolvent à l'acte de décomposition nutritive comme la digestion satisfait à l'acte de composition ou de reconstitution compensatrice. Dans cette excrétion rénale, produite sans formation de quelque principe immédiat nouveau, tous existant déjà dans le sang, il n'y a rien qui se rapproche des sécrétions, dont aucune n'a lieu sans que le produit remplisse un rôle spécial ultérieur;

5° La fonction sudorale ou sudorification (Be»'geret) accomplie par un appareil disséminé, mais spécial et bien défini anatomiquement, l'ensemble des glomérules sudoripares. Tout ce qui vient d'être dit de l'urination peut être dit de la sudorification. L'appareil de celle-ci excrète sans sécréter, sans former aucun principe nouveau, sans faire autre chose que prendre ceux qui, formés ailleurs, sont déjà dans le plasma sanguin. Le produit excrété, la sueur comme l'urine, ne sert plus à rien pour l'organisme, ne remplit aucun rôle, tel que le font au contraire le lait, les sucs gastrique, biliaire, pancréatique, intestinal, etc.;

6" La circulation, dont l'accomplissement a pour résultat la distribution intermédiaire à toutes les parties de principes liquides, ainsi que des gaz et des solides en dissolution ; distribution suivie d'échanges osmotiques dont la possibilité repose sur les propriétés mécaniques d'incompressibilité des liquides. Dans les végétaux, cette transmission des liquides se fait de cellule à cellule par osmose au travers de leurs parois, et ce qu'on nomme circulation des plantes ne représente pas l'acte homonyme des animaux.

454 ORGAJJE.

b. La seconde subdivision des fonctions végétatives comprend celles qui se rattachent spécialement à la propriété élémentaire de genèse reproductive. Ici encore tout acte complexe a pour condition d'accomplissement essentiel une ou plusieurs actions élémentaires d'ordre organique, sans parler de celles d'ordre physique et chimique. Tandis que pour les noyaux, les cellules et les êtres unicellulaires, l'acte reproducteur est une scission simple, il devient la source de deux fonctions, accomplies chacune dans les organismes complexes par un appareil spécial, dit sexuel, en raison de ce que chacun est séparé de l'autre, bien que visant le même but {voy. Sexe).

Ce sont les fonctions de génération, de reproduction ou de propagation : i^ femelle, ovarique ou ovulaire [voy. Génération); 2" mâle, testiculaire ou spermatique {voy. Fécondation, Sperme et Testicule), ainsi désignées diversement selon qu'on prend en considération particulièrement pour chaque appareil les différences qui concernent l'organisme qui le porte, ou soit l'organe, soit l'élément anatomique essentiels à la reproduction.

B. Les fonctions animales sont celles que les complications dans l'état d'organisation font surgir en quelque sorte des propriétés animales, la contractilité et la névrilité, sous des formes dont les manifestations spéciales diffèrent nettement selon la constitution anatomique des appareils examinés.

Si les contractilités sarcodique et ciliaire permettent de discuter la validité de la séparation des propriétés élémentaires en [végétatives et en animales (p. 432), il devient on ne peut plus manifeste que les animaux possèdent seuls des appareils locomoteur, phonateur, sensoriels, etc. Si ou voulait supprimer la distinction entre ces deux groupes de fonctions d'après ce fait que les cils des zoospores et des spermatozoïdes des cryptogames sont des organes dont l'ensemble représente autant d'appareijs locomoteurs, il restera toujours évident que ce serait ici s'appuyer sur la considération du nombre le plus petit et sur celle des organismes pris aux phases les plus rudimentaires de leur existence. Et ce serait le faire alors que la totaUté des végétaux adultes manque au contraire de ces appareils ; car la translation des oscillaires, etc., a lieu par des causes autres que celles que représentent des appareils locomoteurs quelconques (voy. SarcoDE, p. 783 et 784); en supposant même qu'en raison des motifs qui viennent d'être indiqués on voulût, soit faire rentrer la locomotion parmi les fonctions végétatives, soit supprimer toute distinction entre celles-ci et les fonctions animales, il n'en est pas moins vrai qu'il faudrait séparer des premières les fonctions d'expression orale et mimique, les sensorielles, etc., et qu'on ne saurait nier leur caractère exclusivement animal.

Ceux qui considèrent qu'il n'y a d'actes organiques que d'un seul genre dont le eeul terme fonction Indique suffisamment la nature arrivent seuls à cette confusion et à supprimer les classements qu'impose la nature des choses.

Parmi les fonctions exclusivement propres aux animaux, fonctions de la vie animale, ou simplement animales :

a. Il en est dont l'accomplissement a pour résultat 'd'établir une relation réciproque entre le milieu ambiant et l'animal : ce senties fonctions de relation ou de la vie de relation.

I. Les unes établissent une relation du milieu ambiant à l'animal, du dehors au dedans. Elles n'ont plus, comme les fonctions de nutrition, pour condition d'existence, de simples propriétés d'ordre physique ou d'ordre chimique des éléments anatomiques de nos tissus; toutes reposent sur la propriété de se/wz-

bilité, propriété d'ordre organique ou vital : ce sont les fonctions de sensations ou simplement les sensations, savoir : 1" la sensation tactile générale (tact) et spéciale (toucher); 2° la vision; "ù" Y audition ; 4" Vodoration; 5° h gustation y dont chaque appareil comprend, outre les organes extérieurs d'impressions, un centre cérébral ou intei'ne de perception.

II. Les autres établissent une relation consécutive à l'un des modes de la relation précédente, du dedans au dehors de l'animal à l'égard du milieu, des objets semblables ou non à ceux qui l'entourent; toutes ont pour condition d'accomplissement, comme partie constituante de l'appareil extérieur correspondant : 1° des centres céphalo-rachidiens moteurs distincts d'une part; 2» des centres d'expression orale mimique et même écrite; chaque centre ici a son mode propre de névrilité centrale {voy. p. 390-391), avec la transmissibilité centrifuge ou motrice de certains nerfs et la contractilité comme condition d'existence d'ordre vital. Ces fonctions-là sont dites de relation et sont au nombre de deux, par les appareils extérieurs qui les exécutent, savoir :

1" La locomotion dLwec ses divers modes translatifs et préhensifs, dont l'appareil est également subordonné à l'organe central d'expression mimique et écrite ;

2" La phonation, principal moyen d'expression, partout où existe l'appareil vocal .

A ces fonctions de relation des mammifères et des oiseaux s'ajoutent dans quelques organismes :

3° Vélectropoèse ou fonction des appareils électriques de quelques poissons {voy. Électrique);]

4" La photopoèse ou fonction des appareils dits phosphorescents de divers insectûs.

b. Les autres fonctions de la vie animale sont celles qu'on appelle aussi fonctions affectives, intellectuelles et morales, de la vie de sentiment et de spéculation. Leur appareil est spécialement représenté par les circonvolutions cérébrales et cérébelleuses et par leurs homologues dans les invertébrés.

Leur accomplissement a pour résultat des relations entre les fonctions de la vie végétative (par l'intermédiaire du grand sympathique) et toutes celles de la vie animale d'une part; leur accomplissement établit, d'autre part, une relationentre les fonctions sensorielles et celles de la phonation et de la locomotion auxquelles l'appareil cérébral sert^d'intermédiaire, à l'aide des nerfs sensitifs et des nerfs moteurs, de la sensibilité et de la motricité. Il n'y a là, en quelque sorte,^ qu'une fonction, celle de l'action cérébrale on pensée. Cette fonction joue, avec les actions de transmission de la sensibilité et du mouvement, par rapport aux autres fonctions delà vie animale, et, secondairement, pai' rapport à celles delà vie végétative, le rôle d'intermédiaire ; mais rôle fondamental et indispensable, comme la circulation par rapport aux autres appareils de la vie végétative d'abord, et, secondairement, de la vie animale. Il n'y a, dans un cas comme dans l'autre, qu'un seul appareil, avec des subdivisions secondaires, appareil constitué par des organes divers (ayant des usages évidents), mais dont quelquefois la délimination est encore arbitraire. Il en est ainsi toutes les fois qu'il y a continuité entre les éléments anatomiques qui composent les parties, ou mieux toutes les fois qu'il s'agit d'organes composés d'éléments étendus sans interruption d'un point à un autre, en ne faisant que s'allonger sans discontinuité de substance. Cette continuité anatomique est la condition de la triple solidarité dynamique qui fait que, par exemple, les perceptions visuelles, objectives oa

subjectives, réagissent plus parliculièrcrrent sur les parties centrales qui président à la coordination des mouvements généraux ou de locomotion; que les perceptions tactiles réagissent sur les mêmes parties centrales et sur celles qui président aux mouvements spéciaux des divers organes contractiles; que les perceptions auditives réagissent sur les parties qui président aux facultés intellectuelles et président aussi à la parole par l'intermédiaire de la fonction céiébrale de coordination des signes articulés, d'où résulte que les relations du domaine de l'ouïe et de la parole, ayant plus particulièrement pour intermédiaire central les organes cérébraux des facultés intellectuelles, elles l'emportent en importance sur les relations du domaine de la vue et de la locomotion. C'est ce que prouve aussi la comparaison du caractère et de l'intelligence, ainsi que de leurs produits, chez les aveugles et chez les sourds, qui montrequ'à cet égard la surdité est. d'ii) pronostic plus grave que la cécité. Quant aux perceptions olfactives, elles joagissent plus directement sur les parties qui président à la coordination des mouvements respiratoires, et les gustatives sur celles qui coordonnent les mouvements de préhension, de mastication et de déglutition.

L'action propre au cerveau ne cesse jamais d'être acte de névrilité; acte qni n'est ni la conlractilité, ni la nutrition, bien que toujours subordonné à l'intégrité de celle-ci, en ce qui concerne l'encéphale, etc. La névrilité cérébrale est particulièrement de même genre que la sensibilité, si l'on peut ainsi dire, ou mieux encore que la perception à laquelle elle fait suite. Mais elle est d'un ordre supérieur, le plus élevé de tous les mouvements liés à l'état d'organisation ; toutefois les parties qui en sont le siège correspondent avec les centres encéphaliques doués de la motricité, aussi bien que le font les simples ganglions nerveux spinaux et sympathiques. Il en est ainsi aussi bien lorsqu'il s'agit des pensées d'ordre instinctif et intellectuel que de celles relatives au caractère et à l'expression ; ce qui fait que toute direction est donnée d'une manière plus permanente ; la pensée se réfléchit, se reflète à l'extérieur par le faciès et Vhabitus de tous les animaux. La nutrition à son tour, la rénovation moléculaire, en raison même de ce qu'elle est continue, s'accomplissant pendant la durée de ces expressions de l'organisme, saisit chacune d'elle en l'état où elles sont, les fixe et en constitue des traits pour le visage, etc.

Contrairement à ce que supposent encore plusieurs, même parmi les médecins, toutes les manifestations extérieures humaines et animales sont de source interne et non extrinsèque, ayant la néviùlité pour point de départ et la contractilité comme intermédiaire. Toutes sont des manifestations de l'ordre d'activité qui répond à Vétat d'organisation, à celui des unités anatomiques nerveuses en particulier. Depuis les conceptions intellectuelles de l'ordre le plus élevé, jusqu'aux actes de névrilité les plus infimes, réduit aux actions réflexes les plus simples, tous ne se rattachent comme conditions d'accomplissement sine quâ non et de variations en plus, en moins, ou aberrantes, qu'à des complexités d'organisation cérébro-spinale d'une part et de milieu social comme extrême d'autre part (voy. p. 590-591). Outre ces conditions il y aurait à noter encore toutes celles qui se rattachent à l'état de pression de l'encéphale, à ses vaisseaux, au mouvement et à la composition du sang qui les parcourt et tant d'autres intermédiaires qui ne sont pas de cet article {voy. Cervkau et Méninges).

Pour avoir négligé l'étude de ces relations de cause à effet concernant les modes de la névrilité centrale particulièrement, beaucoup ont été conduits à méconnaître la nature réelle de celle-ci, le nombre, la variété, l'étendue de ces

phénomènes, à les considérer comme absolument mystérieux, à côté de la contraclilité, par exemple, aussi bien dans l'espèce humaine que dans les autres vertébrés, etc.

Ces modes de la pensée, de l'innervation centrale, et leurs déviations, seraient mieux comprises si les sensations internes viscérales ou autres étaient étudiées avec le soin qu'on a donné à l'étude des organes des sens. Principalement transmises par les filets sensitifs du grand sympathique et du pneumogastrique, elles donnent an cerveau la perception des besoins, de l'élat superficiel des muqueuses et de l'état profond ou interstitiel des tissus sains ou lésés; impressions perçues d'une manière tantôt vague, tantôt intense, mais toujours source de pensées instinctives, pouvant réagir sur le siège des pensées intellectuelles et motrices jusqu'à susciter elles-mêmes l'extase ou la catalepsie, sans parler des attaques d'hystérie et d'épilepsie.

Les sensations de cet ordre aussi bien que celles d'odorat, de frôlement vibratoire, de calorification et d'électrition sourdes- ou aiguës, sont celles qui dans leurs conditions normales suscitent les pensées et les actions instinctives auxquelles obéissent tant d'animaux. Quoi qu'il en soit, tous ces actes restent de même ordre, liés les uns aux autres, aussi bien qu'à toutes les parties centrales présidant aux fonctions d'expression et de locomotion, de manière à susciter des manifestations extérieures qui surprennent toujours tant que reste ignorée la notion de liaison de chacun de ces actes à autant d'états organiques nerveux correspondants.

Les causes d'erreurs sus-indiquées ont empêché de comprendre la manière dont les animaux tiennent compte, pour agir, des impressions causées dans le milieu extérieur par l'évolution annuelle des organes reproducteurs , la manière dont ils en tiennent compte dans leurs déterminations à faire leur nid, dans ce cas, à émigrer lorsqu'il s'agit des impressions hygrométriques, calorifiques, de l'état de tension électrique de l'atmosphère, etc.

De même que l'épanouissement rétinien ne transmet pas un seul ordre de vibrations lumineuses, mais plusieurs, les fibres transmettant la sensibilité tactile ne le font pas non plus pour un seul genre de cet ordre de vibrations de la matière, telles que celles qui concernent le toucher proprement dit des solides, des liquides et des gaz en mouvement, elles le font encore spécialement pour les modifications de l'épiderme et du derme que causent les variations de température et d'état électrique des corps tant naturel qu'artificiel, statique et dynamique, donnant les sensations sourdes ou aiguës à' électrition (de Blainville). Or cet ordre de corrélations entre l'extérieur et l'appareil cérébral, aussi bien que celles de frôlement de telles ou telles régions du corps, suscitent inévitablement des pensées involontaires de t(d ou tel ordre plutôt que de tel autre.

La succession de ces pensées à ces états organiques se constate nettement, ainsi que la cessation de certaines d'entre elles avec exacerbation plus ou moins intense et complète des autres, comme dans Vextase lorsqu'il s'agit surtout des actes intellectuels. A des actions encéphaliques morbides de cet ordre s'ajoutent des troubles analogues de l'action des centres moteurs dans la catalepsie, avec î»u sans les alternances de cessation d'action, rythmiques ou non, observées dans a chorée et les convulsions.

La complexité des conditions d'organisation, à la fois anatomiques et physiologiques, auxquelles est liée la manifestation des actes intellectuels et moraux, plus encore que ceux de la sensibilité, rend compte de l'instabilité de l'équilibre

organique qu'elles représentent, du peu de durée de cette activité dans un même sens, de ses variations inévitables sous de faibles et inapparentes influences. Elle montre comment, depuis les impressions jusqu'aux perceptions et aux actes de motricité correspondants, toute modification organique causant la fatigue fait varier ces actes dans le sens de ce qu'on appelle l'équation personnelle, ou moyenne des différences physiologiques existant entre les individus comparés l'un à l'autre dans l'état normal.

L'erreur dans le point de départ, la supposition d'un mystère mise à la place de l'examen des conditions naturelles de l'accomplissement des phénomènes, ont empêché de voir que, de su direction normale, le fonctionnement cérébral peut accidentellement, hors de toutes modifications morbides, dans les conditions de rêve ou de demi-sommeil, naturel ou provoqué, etc., dans ceux dits de somnambulisme ou d'hypnotisme surtout, s'élever à un degré imprévu tant de sensibilité des organes des sens que de délicatesse dans les perceptions; hyperesthe'sie autre que Vhyperalgie. De plus les pensées ou raisonnements suscités parcelle-ci sont aussi étranges qu'elles, comparativement à ce qui est dans les conditions ordinaires ; ils sont parfois considérés comme divinatoires, lorsqu'ils concernent des événements accomplis, mais oubliés, dont la perception se reproduit, ou des événements possibles, ou encore des conceptions intellectuelles proprement dites ; ils peuvent alors offrir aussi un degré de délicatesse, de supériorité même, impossible dans d'autres conditions physiologiques. Dans l'état de veille, par exemple, cette impossibilité vient de ce que les organes de la pensée se trouvent diversement stimulés par la constance de perceptions sensorielles normales. D'autre part le cours du sang n'est plus identiquement le même et met obstacle à ce que les actions de névrilité perceptives et autres s'élèvent à un degré de supériorité que la complexité de ses conditions rend d'un maintien si fugace.

Ici se manifestent les conditions dites de spontanéité d'inspiration p. 390 qui concourent à rendre impulsifs les actes de névrilité cérébrale; d'autant plus que sont plus avancés divers états morbides ; qui font que ceux qui ne reviennent pas par réflexion sur ces impulsions de tous ordres prennent et expriment comme spirituelle ou d'un vrai absolu chacune de celles qui surgissent en eux, sans penser que d'autres analogues peuvent surgir aussi, plus en rapport avec les phénomènes extérieurs présents ou à venir.

Lorsque surviennent les modifications accidentelles de la circulation cérébrale, avec ou sans lésions morbides proprement dites des tissus nerveux caractérisant les névroses dites hystériques, cataleptiques, extatiques et autres, tant plus particulièrement instinctives ou intellectuelles que relatives aux actes de motricité centrale, ce sont des troubles de la névrilité qu'on observe, mais ce ne sont pas des actes autres que ceux d'innervation. Ils mettent en évidence des variations de la sensibilité tant générale que spéciale et des actes intellectuels souvent correspondants à ces impressions, d'une part, et de l'autre des séries de mouvements tant réguliers que convulsifs et par actions réflexes, sous des impressions légères ou intenses dont le siège peut et doit être nettement établi expérimentalement.

Dans ces diverses circonstances organiques tout ordre de sensibilité est susceptible de tracer en quelque sorte une courbe qui s'étend depuis l'imperception de l'acte d'impression, l'anesthésie, jusqu'à un certain summum d'hyperesthésie, hyperalgique ou non; de l'un elle peut revenir à l'autre, soit dans

l'ordre des perceptions normales, soit dans celui des anormales ou douloureuses. Ici toute sensation tant normale <jue douloureuse, par action réflexe, suscite la motricité tant vers les muscles soumis à la volonté que par les vaso-moteurs ; convulsivante ou non, elle l'est plus ou moins suivant l'intensité de la sensation, soit normale, soit douloureuse. D'une manière corrélative elle peut conduire à la permanence de la contraction ou constriction ou à son arrêt, à sa cessation même, dans les cas où l'action motrice est rhythmique, comme lorsqu'une impression subite de froid, etc., suspend l'inspiration; et ainsi pour les cas où une douleur intense amène la cessation des contractions cardiaques jusqu'à syncope, avec ou sans retour de celles-ci.

Les modes divers de ces impressions et des actions propres aux centres nerveux qui leur succèdent, qu'elles suscitent inévitablement, n'ont également pas encore été régulièrement étudiés au point de vue de la manière dont par les procédés de l'expérimentation elles modifient les centres de perception lors des incisions, contusions, piqûres, brûlures et autres atteintes auxquelles les patients deviennent alors insensibles, tandis qu'il n'en est pas de même dans les circonstances où le cerveau reste en intégrité d'action.

Dans l'ordre de la névrilité, plus spécialement cérébrale, il Importe donc de déterminer jusqu'où s'élève la délicatesse et même l'exagération de la perception de toutes les impressions durant le sommeil, suscitant l'ordre de pensées connues sous les noms de rêves, de cauchemars, etc., conduisant à l'interprétation cérébrale en tant que douleur d'impressions qui durant la veille sont considérées comme insignifiantes, suscitant même les divers ordres de locomotion somnambulique. Il faut régulièrement déterminer de même les modifications de la sensibilité des hystériques, des cataleptiques, des extatiques, etc., pouvant descendre à l'analgésie absolue aussi bien que s'élever aux plus divers degrés de l'hyperesthésie, soit en raison de modifications organiques, circulatoires ou autres, des extrémités impressionnées ou des centres perceptifs, pouvant ici être déterminées par des états, soit émotifs, soit de tension intellectuelle, portés à un certain excès ou maximum. Chaque mode de la sensibilité, en un mot, sans changer de nature, peut en effet aller alternativement de sa moyenne normale à l'anesthésie absolue, ou à l'hyperesthésie la plus complète en passant, sans intervention de fluide quelconque, par les variations les plus complexes. Il en est ainsi pour la pensée, pour le mode propre d'activité des circonvolutions cérébrales. Ce sont autant de particularités de l'innervation à étudier et qui, pour n'avoir pas été rattachées à leurs conditions organiques d'accomplissement, sont laissées dans le mystérieux d'un côté, dans l'obscurité de l'autre. Et ici l'état cérébral intensif, si l'on peut ainsi dire, déterminé par l'élaboration des préconceptions mystiques ou visionnaires, etc., aidées ou suscitées par les rhythmes soit perceptifs, soit locomoteurs, et par l'imitation (degré le plus élevé des actes réflexes), doit être spécifié. Gagnant jusqu'aux centres de perception, cet état conduit en outre à des degrés d'insensibilité qui s'éloignent de tout ce qu'on aurait pu supposer hors de l'observation. C'est ce que chacun peut couramment constater physiologiquement sur les visionnaires Aïssaouas d'Algérie, près desquels les illuminés du moyen âge et les hystéro-cataleptiques de nos hôpitaux ne sont que de pâles figurants au service du mesmérisme {voy. Mesmérisme), mais permettant mieux l'examen comparatif des variations de température ou de diverses excitations, présentées au public ignorant la biologie, comme autant d'expériences.

Du septième et dernier degré' de l'état d'organisation. 11 est représenté par l'association avec solidarité plus ou moins absolue des appareils en un tout organique à'iï organisme ou économie, so'û végétale, soit animale; solidarité par liaison, tant immédiate que médiate, le plus souvent due à l'intermédiaire des nerfs et des vaisseaux ou autres cavités avec leurs humeurs.

Les éléments anatomiques une fois connus, il ne reste plus rien de nouveau à décrire dans l'organisme, si ce n'est des arrangements nouveaux de plus en plus complexes de ces parties du corps véritablement nouvelles pour nous; que leurs arrangements de plus en plus complexes, sans qu'il y ait, à proprement parler, d'autres parties nouvelles ni de nouveaux caractères d'ordre organique à observer dans l'organisme : en effet, par leur gro\ipement ils forment les tissus dont l'ensemble représente les systèmes, et ce sont les parties primaires de divers systèmes qui réunies constituent les organes, comme l'association d'organes différents compose les appareils dont l'ensemble est l'économie vivante. Or, puisque toute propriété normale ou troublée suppose un siège correspondant, comment ne pas sentir qu'il est nécessaire pour le physiologiste et le médecin de connaître avant tout d'une manière complète chaque élément anatomique individuellement; qu'il est nécessaire d'eu avoir fait la biographie, s'il est permis de faire cette comparaison, avant d'aborder l'examen anatomique et physiologique des parties déplus en plus complexes qui les constituent? Chaque organisme ainsi considéré individuellement dans son entier présente donc aussi un degré d'organisation plus élevé encore, en ce qu'il réunit simultanément tous les précédents et offre une conformation extérieure qui lui est propre; il manifeste simultanément l'ensemble des actes physiologiques énumérés ci-dessus, et d'autres encore appelés résidtats ; et cet ensemble d'actes d'ordre organique ou vital reçoit le nom de vitalité.

Ainsi il y a dans chaque organisme autant de caractères d'ordre organique qu'il y a de genres de parties distinctes qui le constituent, comme en même temps chaque partie offre un attribut dynamique, physiologiqut! ou vital correspondant qui lui est spécialement inhérent et mérite un nom distinct; enfin chacun des caractères et des attributs dynamiques propres à l'un des ordres de parties plus simples se retrouve dans celles qui appartiennent à un ordre plus élevé en complication. Un attribut physiologique nouveau dont manquent les parties moins complexes apparaît ici sous le nom de résultats (de Blainville) en même temps que surgit le degré supérieur de l'état d'organisation.

Les résultats sont donc ces actes généraux dont les conditions d'accomphssement sont l'existence d'un organisme proprement dit, sans que leur manifestation puisse être rattachée spécialement à l'activité de telle ou telle espèce des éléments anatomiques, des tissus ou des appareils en particulier, mais qui est l'attribut physiologique de l'organisme considéré dans son ensemble, comme un tout. Les résultats ne sont pas l'attribut de telle ou telle partie du corps spécialement, comme l'est la contractilité pour les fibres musculaires, la reproduction pour l'appareil générateur; mais ils sont l'elfet de l'activité dont jouissent les éléments, tissus, organes, etc., agissant simultanément. Les résultats sont dits généraux lorsqu'ils expriment la résultante des actes de toute l'économie : telle est la vitalité, qui diffère dans chaque individu, pour l'un au moins de ses trois modes principaux, végélalité, animalité, sociabilité, et tient à l'état de l'ensemble des fonctions; telle est ensuite la mort ou mortalité manifestant la cessation de tous ces actes. A chacun des trois modes de vitalité se rattachent.

dans un ordre déterminé, des phénomènes d'ensemble ou résultats moins généraux que les précédents et qui, d'après cela, sont dits résultats spéciaux, car ils peuvent encore être rattachés à telle ou telle des propriétés vitales, à l'accomplissement de telle ou telle fonction plutôt qu'à celui de tel autre. Ces résultats spéciaux sont : la production de chaleur ou calorification en rapport spécialement avec les actes de combinaison et de décomhinaison nutritive {voy. Chaleur animale) ; Vhérédité, qui se rattache aux fonctions de reproduction, et en particulier à ce fait que les éléments organiques les plus simples ont la propriété d'en reproduire de semblables à eux par segmentation, etc. ; la production d'électricité qui au même titre que la calorification est un résultat général des phénomènes chimiques de rénovation moléculaire continue caiaclérisant la nutrition et des actes de contractions; résultat qu'il ne faut pas confondre avec l'électrogenèse fonctionnelle des appareils spéciaux de quelques poisson j. Vient en dernier lieu le tempérament individuel, résultat final de la constitution organique totale se manifestant par quelque modalité de tous les actes de la vie végétative surtout et réagissant par suite sur tous ceux de la vie anim;ile.

Constitution d'une part, ensemble anatomique, tempérament, [de l'autre, expression principalement physiologique, tels sont les deux derniers termes corrélatifs de l'organisation, les solides et les humeurs d'une part (sang et lymphe surtout), la nutrition et ses dérivés sécrétoires et excrétoires de l'autre, étant ici spécialement envisagés dans leurs relations moléculaires réciproques (p. 445). Rien de mieux lié et de plus profondément établi en principe à cet égard que les remarques des médecins des derniers siècles sur ces questions.

La santé d'nn côté, le malaise et la maladie, ou mieux les maladies, de l'autre, ne sont eux-mêmes que l'expression finale, si l'on peut ainsi dire, des résultats ultimes du tout organique, envisagé au point de vue de toutes ses conditions d'équilibre et de mouvement, tant intérieures qu'extérieures ou mésologiques.

Parmi ces dernières conditions, il y a encore dans cet ordre de choses à en étudier plusieurs dont les variations ont une influence réelle et dont la cause est pourtant peu connue. C'est ainsi qu'on a cneore peu étudié physiologiquement comment il se fait que l'air trop chargé de vapeurs d'eau, relativement ou d'une manière absolue, en s'opposant aux évaporations pulmonaire et cutanée, suscite des douleurs non-seulement dans les cicatrices diverses, mais dans les nerfs correspondant aux dents cariées et autres, ou plus encore de la gène des mouvements ou des autres douleurs, dites spontanées, dans les ligaments ou dans les synoviales de telle ou telle des articulations ; et cela avec apparition ou disparition plus ou moins rapide de ces phénomènes correspondant à l'apparition et à la disparition de cette cause. Or ces modifications de la sensibilité, tant au point de vue de l'impression que sous celui de la perception, impliquent des modifications locales de la circulation capillaire, souvent manifestes du reste quand il s'agit des dents ou des cicatrices, mais encore peu étudiées ; modifications de même ordre que celles qui déterminent les applications médicatrices, etc., du froid ou du chaud. Ces sensations qui s'élèvent de la gêne ou du malaise jusqu'à la douleur, ou au contraire au bien-être, sont de celles auxquelles obéissent, comme par action réflexe, les espèces animales nombreuses qui sous les simples influences atmosphériques ci-dessus changent de localité, • isolément ou en troupes émigrantes (p. 457).

Ce qui vient d'être dit des influences sur les organismes de l'état hygrométrique de l'air tait] comprendre que ces influences varient inévitablement avec

la température de cet air, avec l'état des radiations lumineuses, quand il s'agit des plantes et de divers animaux, parmi les infusoires colorés surtout.

Mêmes remarques générales et spéciales pour ce qui concerne l'influence sur les animaux des états électriques, par lesquels ils passent, avec les solides, l'air et les nuages ambiants.

La santé exprime l'existence d'une relation parfaite d'équilibre et de mouvement, depuis ce qui touche aux états et aux actes moléculaires jusqu'à ce qui conceme l'ensemble des fonctions proprement dites. En raison même du principe d'égalité d'action et de réaction [voy. Biologie, p. 469), dès que les relations entre les parties organiques et les milieux, tant extérieurs qu'intérieurs, dépassent certaines limites de déviations en plus ou en moins, l'excès entraîne une réaction, un retour inverse, si son intensité n'est pas allée jusqu'à la destruction de ce qu'il y a de caractéristique dans l'état d'organisation. C'est ainsi que trop d'activité nerveuse conduit à la paralysie cérébro-spinale vaso-motrice, et ainsi des autres, que l'ischémie conduit à la congestion et vice versa. La santé est représentée par la moyenne des oscillations dans cet état continu d'équilibre instable et de mouvements. Le malaise commence avec l'imperfection des oscillations ou dés qu'elles dépassent une certaine étendue, et la maladie avec la persistance et l'extension du mouvement dans ce sens. Ici de l'excès à l'abeiration la transition se fait insensiblement et sans que le dérangement dans la constitution et le dérangement dcns les actes cessent d'être liés, étant de même genre que l'arrangement et les actes d'ordre naturel, sans lesquels les premiers n'existeraient pas {voy. Biologie, p. 460 et 464). Il n'y a donc pas deux espèces d'organisations ni deux espèces de physiologies dépourvues de liens, ni par suite une indépendance entre la biologie d'une part, la pathologie de l'autre, venant donner à celle-ci cette prétendue autonomie que lui attribuent ceux qui, ne connaissant ni le naturel, ni l'accidentel, ni les liens qui unissent le second au premier, veulent que le morbide prime le normal (voy. Maladie).

L'organisme animal ou végétal envisagé dans son ensemble, aussi bien que dans ce qu'offrent de plus élémentaire ses actes (p. 596) se trouve ainsi constitué pour l'accroissement et pour la vieillesse ou décrépitude, par déperdition l'emportant sur les réparations compensatrices jusqu'à la mort ou cessation de celles-ci. Mais il n'est aucunement fait pour la maladie; l'instabilité de sa constitution rend celle-ci possible et prompte, mais nullement inévitable, sans que là plus qu'ailleurs l'intervention de forces extrinsèques invisibles, intangibles et impondérables, puisse être invoquée autrement que comme fiction. La rigueur avec laquelle dans les organismes il y a correspondance, tant en nature élémentaire qu'en poids, entre ce qu'ils absorbent d'une part et ce qui reste pour la croissance ou sort par les déjections diverses, prouve encore qu'en , eux il n'y a que changements de combinaison réciproque entre les éléments chimiques, mais non de nature de ceux-ci, pas plus là que ne changent de nature le soufre passant du prisme oblique obliquangle à la forme octaédrique ou le chlorure de sodium du cube à l'octaèdre régulier {voy. Forces, p. 435 et suiv.). Ce qui à un autre point de vue prouve encore cette influence matérielle directe à l'exclusion de toute force hyperphysique intrinsèque ou extrinsèque, c'est le fait dans les organismes des transmissions héréditaires normales et morbides par l'intermédiaire d'une partie de la substance composant soit quelques grains de pollen, soit quelques spermatozoïdes {voy. Fécondation, p. 564). Parmi les résultats de l'état organique se rattachent spécialement à l'anima-

Jité, à l'activité cérébro-spinale, se rangent les actes physiologiques de répétition volontaire ou non de cette activité. Ce sont dans l'ordre intellectuel ceux qui ont reçu le nom de mémoire. La mémoire est un phénomène physiologique qui n'est psychologique et pédagogique qu'en raison de la nature de sa source physiologique, laquelle domine tous les autres points de vue.

Comme pour la production de chaleur, l'hérédité, etc., il n'y a pas d'appareil spécial pour la mémoire; elle n'est pas une fonction, elle est une répétition pour tous les appareils de l'innervation centrale, simultanément ou successivement, d'un fonctionnement perceptif ou volitif quelconque accompli déjà une ou plusieurs fois, avec ou sans production d'élaborations ou volitions individuellement neuves ou nouvelles. Elle n'est pas une opération intellectuelle simple ou élémentaire. C'est par la reproduction d'actes accomplis que la mémoire est aussi la faculté de rappeler les idées et la notion d'objets qu'ont produites des sensations. Cette opération, accomplie habituellement, soit à l'occasion de telle ou telle sensation, qui se rapporte indirectement ou directement aux facultés intellectuelles, soit par suite du travail intellectuel même, consiste donc en une action de ces facultés ayant lieu indépendamment de l'objet et de la sensation spéciale qu'il détermine, comme si cet objet était présent. Elle exige, chez divers individus, une répétition des mêmes sensations, et toutes les facultés intellectuelles y concourent. La perception des impressions ne suffit pas pour qu'elle se manifeste, ou, en d'autres termes, les parties de l'encéphale qui ont la propriété de reproduire ainsi des actes antécédents sont tout autres que celles qui jouent le rôle de centre de perception. Ce qui le prouve, c'est que, quelque intenses et variées que soient les douleurs perçues, nous les oublions, sans pouvoir remémorer autre chose que les idées qu'elles ont pu susciter. La mémoire et l'imagination sont, autant que la connaissance et le jugement, des attributs appartenant en propre à l'intellect. Quant à l'argumentation de Gall sur les mémoires particulières, elle est plus spécieuse que solide. Cette prétendue spécialité résulte des diversités de préparation et de situation, combinées avec la seule différence organique qui concerne l'énergie individuelle des fonctions instinctives, morales et intellectuelles.

La complexité des'manifestations de la mémoire dérive de la complication des actes d'élaboration perceptive et volitive même, dont elle est une répétition ou reproduction plus ou moins parfaite pour la deuxième, troisième ou sixième fois, etc. Car cette répétition, si elle ne suscite pas d'originales et neuves élaborations, reste toujours inférieure à l'action cérébrale première qu'elle suppose. L'interprétation de sa nature, des variétés individuelles et de temps de la mémoire, n'est obscure que proportionnellement à l'obscurité dans laquelle on a laissé l'étude des fonctions de névrilité centrale même ou psychologique. L'examen de celles-ci doit venir en prem.ier et avant toute observation des répétitions mnémoniques et autres, puisque ces reproductions supposent les actes physiologiques primitifs ou originels. Comme ceux-ci, et plus encore naturellement, la mémoire est modifiable par les déperditions cérébrales dues à la fatigue, à l'insomnie, les maladies, les interventions moléculaires des intoxications, etc.

Dès qu'on arrive aux modifications morbides, aiguës ou chroniques de l'encéphale, les modifications correspondantes de la mémoire sont sans nombre, comme celles des fonctions dont elle représente une répétition. Ce pouvoir ou laculté de répétition n'est du reste jamais seul atteint, ceux de conceptions intellectuelles nouvelles ou proprement dites le sont en même temps et plus.

Aussi n'est-ce tjue par abstraction, hors de l'examen de la réalité, que l'on pourrail dire que la mémoire a ses maladies [voy. âminésie, Aphasie, etc.).

Quant aux rêves, ce sont également des actes physiologiques de névrilité, bien que d'un autre ordre que les précédents ; il y a souvent dans les rêves de la mémoire. Le sommeil comme la veille, ou l'état de repos comme celui d'activité des centres nerveux, peut être partiel ou complet, léger ou profond. Les rêves sont le signe d'un sommeil partiel, de l'activité ou veille d'un seul ou d'un petit nombre des organes de la pensée ; mais, le concours simultané de la totalité de ces organes n'ayant pas lieu [voy. Sommeil), les résultats en sont incomplets, avec ou sans liaison, suivant qu'ils ont agi successivement, avec ou sans ordre. Les rêves peuvent être en rapport avec l'état des viscères* internes, soit morbide, soit naturel, état dont l'impression transmise au cerveau suscite l'activité propre de la partie qui correspond à ces viscères ; ils peuvent alois être consultés avec fruit par le médecin, comme l'est quelquefois le délire selon sa nature. A l'état normal, on ne rêve que rarement pendant les premières heures du sommeil, à moins d'excitation accidentelle. Mais plus tard, à mesure que les organes encéphaliques se délassent, ils rentrent successivement à l'état de veille ou d'activité : c'est pourquoi on rêve davantage lorsque approche l'heure du lever. Le rêve n'est donc qu'un état de veille partielle de quelques organes cérébraux avec ou sans celle des appareils extérieurs correspondants ; ou, en d'autres termes, il est l'activité de certains organes encéphaliques pendant que les autres reposent. Les rêves, longtemps considérés comme des actes surnaturels, des annonces de l'avenir, sont le produit d'un travail cérébral non réglé par l'examen de la réalité à l'aide des organes des sens et des idées que leur action suscite. Si le plus souvent ces rêves sont bizarres, c'est que, le sommeil ayant fait cesser toute solidarité d'action entre les portions cérébrales qui entrent successivement enjeu, les diverses idées survenant sont associées comme au hasard et, par conséquent, avec d'étranges incohérences. Les rêves sont, par leur nature, en rapport avec la cause qui conduit le cerveau à les engendrer. Le plus souvent le cerveau est seul mis en jeu dans une ou plusieurs de ses parties : c'est alors surtout qu'il y a de la mémoire dans les rêves ; mais il peut arriver que les rêves s'accompagnent de phénomènes expressifs ; on se meut, on parle, oii gémit, on se plaint, on chante, etc. Quelquefois pendant le sommeil se produisent de véritables élaborations intellectuelles et que la volonté semble diriger. II n'est personne qui, en dormant, n'ait travaillé les divers objets de ses études. Souvent on résout alors avec promptitude des difficultés de mémoire, de jugement, d'imagination, qu'on n'avait pu vaincre pendant la veille. C'est que le sommeil n'a pas gagné les organes de la conception et de la méditation qui veillent pendant que les autres sont dans le repos. Mais le plus souvent, inversement aux parties cérébrales percevantes en rapport avec les cinq organes des sens, celles qui correspondent aux viscères internes sont relativement les moins endormies pendant le repos nocturne. N'étant plus distraites par les impressions qui viennent des sens externes, les sensations internes sont alors plus vives (Cabanis). Or, les parties cérébrales qui perçoivent les impressions internes sont en rapport immédiat avec les organes encéphaliques qui président aux idées instinctives. La sensation provient-elle d'un état particulier des organes génitaux, elle est perçue par l'organe de l'instinct sexuel, au point que la réaction sur les organes contractiles correspondants survient bientôt et amène, avec l'érection, l'éjaculation chei! l'homme, l'émission du liquide des glandes vulvo-

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vaginales chez la femme. Ici plus qu'ailleurs les idées instinctives et réfléchies correspondantes, lorsque leurs organes sont mis eu jeu, n'étant point retenues par l'examen de la réalité, ni rattachées à une base objective à l'aide des sens, prennent un cachet d'intensité et de variété singulières par leur enchaînement rapide ou bizarre, qui n'a point de rapport exact avec la réalité. Les rêves de ce genre sont trop nombreux pour qu'il soit utile de signaler autre chose que le lien organique de ces actes de sensibilité, de pensée et de contraction viscérales. Les viscères digestifs, urinaires, respiratoires et circulatoires, étant particuHèrement en relation avec l'instinct nutritif ou de conservation personnelle, on voit, selon la profondeur du sommeil local, les impressions venues de ces viscères donner lieu à des idées plus ou moins variées, mais presque toujours très-vives et très-pénibles, rarement agréables. C'est ainsi que la réplétion de l'intestin, sa vacuité, son état maladif, etc., donnent lieu à des idées de soif ou de faim, de mort, de blessure, etc. C'est ainsi qu'une gène même légère de la circulation ou de la respiration par compression, soit du cou, soit du côté gauche du thorax, est interprétée comme douleur violente, donnant les idées les plus pénibles de menace de mort ou de blessure, et surtout provoquant des cris ou des mouvements des membres et des mouvements respiratoires eu rapport avec ces idées. C'est cette variété de rêve qui porte le nom de cauchemar, surtout lorsque s'y joignent des idées d'êtres malfaisants, etc. Par cauchemar proprement dit il ne faut pas entendre, avec le vulgaire, tout rêve pénible, mais seulement tout sommeil durant lequel les organes respiratoires ou circulatoires s'embarrassent, non sans angoisses pour le patient. Activité partielle au milieu d'organes cérébraux en repos naturel, le rêve est donc un acte physiologique normal qui peut devenir délirant, pathologique, dans les cas d'altération du cerveau ou du sang ; le délire dans l'état de veille est un phénomène morbide qui ne conserve de commun avec le rêve que son caractère d'involontarilé ou impulsif.

Nous savons que chaque sorte d'éléments anatomiques tant qu'ils se nourrissent conserve des propriétés distinctes, telles . que les unes suscitent la manifestation des autres, comme, par exemple, lorsque la motricité suscite la contractilité, ou en tant qu'action extérieure inverse lorsque les vibrations soit lumineuses, soit aériennes, causent une impression transmise aussitôt et perçue en tant que visuelle ou auditive. C'est l'état d'organisation, c'est son instabilité, sa rénovabihté compensatrice des pertes, qui rendent possible cette mise en jeu d'un nerf par un corps qui en diffère du tout au tout, comme la lumière ou l'air en vibration, comme la névrilité par rapport à la contraction. Il résulte de là que pour Vorganisme considéré dans son ensemble, au point de vue de la durée, de la solidarité et de l'harmonie de ses actes, chez les animaux surtout, étant donné l'action propre d'une partie, la transmission de cette action à une autre partie, soit d'une manière directe, soit comme suscitant simplement son mode spécifique d'activité, se fait dans tous les cas ordinaires ou normaux avec le minimum de la dépense indispensable. Par l'exemple cité dans l'article Forces (p. 477-478), on saisit comment il se peut faire que sur les animaux la fatigue musculaire survienne avant qu'il y ait, ou même sans qu'il y ait fatigue nerveuse ; comment encore accidentellement ou pathologiquement c'est l'inverse qui se produit ; comment ces données s'appliquent aux contractions intestinales et vaso-motrices aussi bien qu'aux muscles soumis à sa volonté ; comment il n'y a pas une proportionnalité nécessaire entre la contracture et l'innervation suscitante (excitante ou stimulante), tandis qu'il y en a une entre la première et la DICT. KNC, 2" s. XVII. -30

transmission de ses effets à des corps relativement inertes ou passifs, comme les tendons et les os pour la production des actes locomoteurs, phonateurs, respiratoires, etc.

C'est de la sorte, comme on le voit, que toute action extérieure des organismes n'exprime jamais l'acte primitif et suscitant lui-même ; non-seulement elle ne l'exprime qu'indirectement, mais elle ne le fait qu'après s'être successivement compliquée par superposition et enveloppement, si l'on peut ainsi dire, d'autres actes qui en cachent le point de départ, souvent même complètement.

Les mouvements des animaux, agissant sans autre préoccupation que celle du but à atteindre, offrent toujours toute leur étendue et leur énergie sous un minimum de dépense et d'efforts, sans déviation de quelque côté que ce soit : de là leur harmonie et leur solidarité, toujours source de surprise, en ce que l'effet extérieur semble plus grand que la cause intérieure et dissimulée, et pourtant réelle, qui les suscite.

Notons qu'il n'en est ainsi dans les organismes que pour ce qui concerne les mouvements mécaniques ou physiques de masses, quelques minimes que soient celles-ci et quelle que soit leur nature. Mais dès qu'on arrive aux mouvements moléculaù-es, osmotiques, nutrititifs et évolutifs delà substance organisée même, quelles que soient encore les apparences, parfois contraires, lorsqu'il s'agit, par exemple, d'oeufs semblant composés de la même façon, ce sont pourtant des êtres qui diffèrent hors de toute proportion saisissable; dès qu'on arrive là rien pourtant ne se fait de rien ; toute manifestation nouvelle quelconque répond rigoureusement à un ou plusieurs actes antécédents qui en appellent l'accomphssement. De là, en cas d'analyse insuffisante des conditions d'équilibre et de mouvement organique, la conception fictive d'une intervention de forces absolument absentes et nulles [voy. Biologie, p. -480, et Blastème, p. 577).

La réalité en ce qui touche ces questions de sohdarité analomique et de synergies physiologiques caractérisant l'organisme, dans l'appareil vasculaire, par exemple, cœur, vaisseaux sanguins et lymphatiques, ont leurs nerfs centripètes ou sensitifs et leurs nerfs centrifuges ou moteurs. Le centre de perception transforme, si l'on peut dire ainsi, l'impression qui an-ive par le filet sensitif en un état nouveau. Cet état peut être une suspension d'influence sur les nerfs moteurs {arrêt) ou une influence régulière ou excessive qui retourne par le nerf moteur correspondant au nerf sensitif dans l'organe d'où vient celui-ci. Ainsi le nerf accélérateur ou constricteur du cœur est une branche du ganglion cervical inférieur ou premier thoracique sympathique dont les éléments ou tubes dérivent de la racine antérieure de la deuxième paire rachidienne dorsale (CI. Bernard), et se rendent au plexus cardiaque. En dehors des conditions de section expérimentale de la moelle ou de ce filet, il agit par action réflexe, sous l'influence d'impressions transmises par des nerfs sensitifs correspondants, aboutissant à la corne grise médullaire ou centre perceptif de la deuxième paire dorsale. Ces portions des centres nerveux, tant cérébral que spinal, sont des centres vasomoteurs et ils représentent ce qu'on a faussement appelé des centres trophigues, thermiques, etc. Les iierfs modérateurs, dépresseiirs, de relâchement, d'arrêt ou paralyseurs, sont, pour le cœur, des filets du pneumogastrique venant de la moelle allongée, qui, selon la nature de l'impression perçue et transformée, suscitent, modèrent ou même arrêtent l'action motrice de la corne antérieure d'où viennent les tubes du nerf moteur sympathique ou constricteur ci-dessus. Pour les vaisseaux, les nerfs dits frénateurs, frigorifiques, dépresseurs, refrénateurs,

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constricteurs ou d'arrêt, sont les filets vaso-moteurs du grand sympathique amenant le resserrement de ces conduits et la diminution correspondante des actes moléculaires intimes sous l'influence réflexe des vaso-sensitifs et des nerfs sensitifs ordinaires, qni transmettent telle ou telle sensation déterminée, telles que celles qui sont dites douloureuses et autres. Les nerfs dits thermiques ou dilatateurs sont des nerfs vaso-sensitifs qui, agissant sur les vaisseaux, comme le nerf vague agit sur le cœur, laissent les capillaires se relâcher avec afflux sanguin et accroissement des actes moléculaires, nutritifs, calorifiques et vice versa. En d'autres termes, l'action qui se passe dans le nerf est motrice pour les fibres-cellules et nullement trophique. Ce qui est trophique commence non-seulement hors du nerf et hors du muscle vaso-moteur, mais même hors du vaisseau resserré ou dilaté suivant qu'il y a contraction ou relâchement musculaire, c'est-à-dire dans les cellules ou les fibres extra-vasculaires. Il n'y a donc ni nerfs ni névrilité trophiques centrifuges {voy. p. 452). Il y a des resserrements et des dilatations et avec eux des expulsions ou des afflux de plasma, tant canaliculaires qu'interstitiels et osmotiques, et ce sont là autant de changements des conditions de milieu pour les éléments anatomiques, que ne peuvent pas ne pas suivre les actes moléculaires assimilateurs et désassimilateurs dont ces éléments sont incessamment le siège; mais la névrilité n'y est pour rien et n'est pas un fluide rayonnant chimiquement hors du nerf jusque dans les régions où il n'y a plus d'éléments nerveux, fibres et cellules (Ch. Robin, Sur les nerfs dits trophiques ou nutritifs, Journal de Vanat. et de la physiologie. Paris, 1868, in-8°, p. 291).

C'est là une erreur de même ordre et non moins grossière que celle qui mène à nommer inflammation ce qui se passe dans les unités anatomiques extravasculaires, alors que ce terme a toujours exactement désigné les troubles circulatoires, exsudatifs et autres, dont les capillaires sont le siège, caractérisant ce qu'on appelle aussi les phlegmasies. C'est cette inconcevable confusion qui fait dire saisis par l'irritation inflammatoire les éléments anatomiques extravasculaires dont on constate les modifications nutritives et évolutives accidentelles, coïncidant ou non avec les troubles circulatoires caractérisant l'inflammation. C'est là encore ce qui fait appeler d'une manière si antiscientifique phlegmasie épithéliale, etc., les modifications de structure des cellules épidermiques se produisant sous la simple influence de l'application des vésicatoires et autres encore [voy. l'art. Blastème, p. 577 et suiv.).

§ IV. Hiérarchie des divers degrés de l'état d'organisation. On voit par ce qui précède qu'est organisme tout ce qui, possédant l'état d'organisation, même au degré le plus simple, est doué d'une existence indépendante. D'autre part on voit qu'un même organisme peut avec le temps acquérir successivement des degrés de l'état organique de plus en plus complexes, et qu'enfin il y a des organismes qui se distinguent les uns des autres par ce fait que les uns présentent tous les degrés de l'état d'organisation alors que certains n'offrent jamais que le premier ou les deux premiers, et ainsi des autres, sans pour cela être moins bien doués qu'eux des conditions d'équilibre et de mouvement leur permettant une existence individuelle indépendante.

Les animaux et les plantes unicellulaires nous offrent de nombreux exemples d'organismes restant à ces deux premiers degrés de l'état d'organisation. Tous les autres arrivent à des degrés de plus en plus complexes. Mais les uns et les

autres n'en constituent pas moins chacun un tout dans lequel chaque disposition moléculaire, structurale, de texture, etc., représente autant de conditions, de plus en plus complexes, d'accomplissement des phénomènes dits d'ordre orga nique ou vital, dont l'ensemble et la succession caractérisent la vitalité individuelle.

Cet ensemble des conditions, tant intrinsèques qu'extrinsèques, de l'accomplissement des actes qui surgissent de cet état de la matière appelé organisation, est nettement déterminable sur chacun des objets, sur chacune des formes qui le possède. On détermine tout aussi exactement comment s'accomplissent ces actes mêmes. Mais l'essence et le pourquoi de ces conditions et de ces phénomènes ne sont pas plus susceptibles de détermination que ne l'est celle de l 'essence de la matière brute et de ses propriétés ou forces thermiques, électriques, chimiques, etc.

Tout corps doué d'organisation et d'une existence séparée, l'homme, le chêne, le cheval, le Protococcus [Chlamydococcus) , un œuf, une gemme, un bulbille, une graine, sont des organismes simples ou composés, dont l'existence distincte suit des lois plus ou moins complexes; mais un spermatozoïde, une fibre musculaire, un tube nerveux, une cellule épithéliale ou tout autre élément anatomique, ne sont pas à proprement parler des organismes, quoique ce soient des corps organisés. Ce dernier terme est donc plus général que celui d^ organisme. C'est par homologie métaphorique et parce qu'ils peuvent exister isolément pendant quelques moments ou quelques jours qu'on étend l'expression organisme à la désignation des cellules d'épithélium, des spermatozoïdes et des autres éléments anatomiques, toutes parties isolables de l'organisme dont elles sont des unités constituantes après avoir eu existence distincte, individuelle; mais ces unités ne peuvent vivre longtemps sans lui, et surtout ne peuvent ni se développer, ni se reproduire hors de l'être multicellulaire dont elles faisaient partie. Les organismes animaux ou végétaux et leurs parties se distinguent des corps bruts, surtout par ce fait qu'ils offrent au moins les particularités de constitution caractérisant le premier degré de l'état d'organisation et ordinairement ceux dits de structure, de texture, etc. , c'est-à-dire qu'on les trouve composés au moins d'un élément anatomique et le plus souvent de plusieurs; alors ces derniers sont disposés en tissus, distribués en systèmes de parties similaires formant les organes dont sont composés les appareils. Toute rudinientaire que soit cette organisation à son premier degré, c'est assez pour que, tant qu'elle est maintenue dans un milieu convenable, la cellule qui la présente manifeste au moins les actes d'assimilation et de désassimilation, dits de rénovation moléculaire nutritive; ce qui est vivre, déjà ou encore, selon qu'on prend le corps lors de son apparition ou à la dernière période de son existence {imj. p. 401).

Ces données sont de celles sur lesquelles il importe d'insister, car on ne saurait croire combien est grand le nombre de ceux qui, même parmi les médecins, faute de s'être pénétrés de ces notions biologiques fondamentales, ne savent se rendre compte des différences offertes par les tissus pendant la vie et après la mort qu'en demandant à leur esprit la conception d'un principe inéluctable antérieur et supérieur à l'autonomie de la vie, qui, en s'échappant de l'être vivant, en fait un cadavre.

Selon eux, c'est lui qui par le fer rouge, etc., est chassé, ce qui du tissu vivant fait une partie frappée de mort. C'est lui et non la rénovation moléculaire nutritive, corrélative à l'état d'organisation avec les actes d'évolution et de

génération qui lui sont subordonnés, qui amène le gonflement du tissu non désorganisé ambiant, la séparation de la portion qui se gonfle et devient le point de départ delà cicatrisation {voy. Génération, p. io5 et suiv.) d'avec celle qui est réduite à l'état de corps brut ou d'eschare, des liquides qui la repoussent et l'éliminent, la genèse des éléments qui régénèrent un nouveau tissu remplaçant tant bien que mal la perte de celui qui a été désorganisé et détaché.

La double disparition de la désassimilation en même temps que de l'assimilation caractérise en réalité ce que les animistes appelaient la rupture des liens unissant l'âme avec le corps, la séparation entre le principe vital et l'organisme, la cessation de la vie des éléments, des tissus, etc., et n'est autre que l'évanescence corrélative à celle du caractère précédent, de modes d'activité de la matière que l'on n'observe nulle part hors d'une substance douée d'organisation et jamais sans l'existence de ce caractère.

Nul n'est libre de s'exempter de ces faits, de les prendre en considération, non-seulement en ce qui touche leur coexistence à chaque moment donné, mais encore en ce qui regarde l'ordre de leur succession dans l'espace et dans le temps, puisque ces conditions changent chaque fois qu'un acte organique s'accomplit, d'une manière assez prononcée pour que le premier effectué influe sur la modalité du suivant (Gh. Robin et Verdeil, Chimie anatomique. Paris, 1853, in-8°, t. I, p. 14).

Les corps naturels qui dérivent de quelque autre semblable se nourrissent, se développent, se meuvent ou non et meurent, ont reçu d'abord les noms de corps vivants ou animés. On croyait alors en effet à la réalité de deux principes d'activité des choses existantes, sinon de deux genres de ces principes : l'un pour les corps bruts [rudis materia) ; l'autre pour les partes organicœ corporis omnes solidœ, celui-ci comprenant le principe vital, flamma vitalis, les esprits divers, l'àine, etc., des corps qui naissent et meurent [votj. Ammisme).

Cette croyance a longtemps empêché de remonter jusqu'à la recherche des attributs qui dominent les précédents, et de ce qui, dans les cellules, en rendant possible leur rénovation moléculaire continue, jusqu'à l'examen de ce qui donne une durée longue relativement, à une substance de composition instable, et représente ce qu'il y a de vraiment fondamental dans l'organisation.

Organique se dit ainsi, soit de ce qui provient des corps organisés, soit de ce qui concourt à Y organisation. Organisé, au contraire, se dit de ce qui offre l'état d'organisation. Aussi fluit-il éviter de considérer les termes organique et organisé comme synonymes, ainsi qu'on le voit faire souvent. Une substance organique, d'une manière générale, est celle qui prend part à la constitution de la matière organisée; c'est en particulier le nom commun au troisième groupe des principes immédiats, renfermant les espèces qui prennent le plus de part à la constitution de cette matière; mais chacune d'elles, considérée isolément, n'a pas d'organisation. La substance organisée^ au contraire, est constituée par des principes immédiats de plusieurs ordres, parmi lesquels se trouvent les substances organiques; elle offre l'état à' organisation. Il fttut donc se garder de la Confondre avec les substances organiques , et de prendre les mots substance organique comme synonymes de substance organisée. Les principes immédiats prenant part directement à la constitution des humeurs et à celle de la substance des éléments anatomiqnes (p. 414), l'étude de ces deux groupes de parties constituantes, simples ou élémentaires, des organismes quelconques, forme la

première branche de l'anatomie, à laquelle j'ai donné le nom de Mérologie {Tableaux d'anatomie. Paris, 1850, in-4°, 9'' tableau), aujourd'hui souvent employé {voy. Anatomie, p. 192).

Uncorpsorgramse est tout corps solide, demi-solide, quelquefois demi-liquide, provenant d'un être qui a eu ou a une existence indépendante, formé par dissolution et union réciproque et complexe de principes immédiats, toujours d'ordre divers quant à leur nature élémentaire, la complication et la fixité de leur composition. L'être que constituent ces parties et dont elles proviennent est, à plus forte raison, un corps organisé. Les éléments anatomiques sont des corps organisés d'une espèce particulière ; le sang et la lymphe sont des corps organisés d'une autre espèce, et ainsi de suite pour les parties du corps de plus en plus compliquées. Le sang, considéré comme sang, c'est-à-dire formé de son plasma et de ses cellules en suspension, est un corps organisé et vivant tant qu'il reste placé dans des conditions convenables, c'est-à-dire dans l'organisme [voy. p. 455). Mais le sang privé de fibrine ou de ses globules n'est plus un corps organisé, en tant qu'humeur formant un tout, ni, par conséquent, vivant. Ce ne sont plus, d'une part, que des cellules, éléments anatomiques ayant leur organisation propre ; de la fibrine, produit du dédoublement coagulable de l'un de ses principes immédiats, et enfin du sérum, matière d'origine organique formée par le mélange de plusieurs principes. Un faisceau musculaire strié, une fibre-cellule, une cellule du tissu cellulaire avec ses fibres, sont organisés. Mais que d'une masse de ces fibres on enlève l'albumine ou la muscuUne, ou les sels des liquides qui les imbibent, ce ne sont plus des corps organisés, ce sont des substances d'origine organique qui, réunies, formaient un élément anatomique, un corps organisé doué de la vie, et qui séparées ne forment plus que des principes immédiats, doués seulement de propriétés physico-chimiques. Ces propriétés , pour être plus complexes que dans les corps minéraux plus simples, n'en sont pas moins de même nature (Ch. Robin, Tableaux (T anatomie. Paris, 1850, in-4% préface et 8« tableau).

Nous ne pouvons pas encore faire de substance organisée, produire l'état dit A' organisation, de matière susceptible de vivre ; c'est toujours d'un être qui vit ou a vécu qu'elle a tiré origine ; et cet être, en remontant la série des temps, on ne sait d'où il vient, quels sont le mode, la cause, les conditions de sa formation première.

Distinction entre les organismes et les corps bruts, entre les organismes végétaux et animaux. La matière organisée peut être liquide [voy. Plasma), demi-solide ou solide. Si elle est liquide, elle se distingue de toute substance brute par la prédominance, quant à la masse, des substances organiques non desséchées (on doit dire non desséchées, car l'eau qu'on indique dans la substance organisée est de l'eau de constitution des substances organiques ellesmêmes) ; elle se distingue encore, accessoirement, bien que presque toujours, par la présence de parties solides en suspension ayant une forme spéciale, les éléments anatomiques. Losqu'elle est solide ou demi-solide, elle peut être «morphe; mais elle aie plus souvent une forme et une structure spéciales: si elle est amorphe, elle se distingue encore en cela que les substances organiques y prédominent sur les corps d'origine minérale. Mais la matière organisée prend, le plus souvent, lorsqu'elle est solide, des formes et une structure spéciales, qui la distinguent des corps bruts; et cela, lors même que.

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dans sa composition immédiate, les principes d'origine minérale l'emportent quant à la masse, comme on le voit dans les os, les coquilles, etc. La substance organisée des parties constituantes essentielles de l'animal (ec non des produits simplement protecteurs, comme les coquilles, etc.) diffère d'une manière absolue de la substance organisée végétale par la présence des substances organiques azotées et l'absence de cellulose ou des principes voisins comme principes constituants fondamentaux. Le paramylon même des Cuglénieus n'est qu'en proportion accessoire à coté de ce que font les grains d'amidon dans les cellules des végétaux. De p^lus, la substance organisée des végétaux se distingue de celle des animaux par la prédominance des substances organiques non azotées sur celles qui sont azotées, et par l'existence ou la prédominance de certaines espèces spéciales de principes cristallisables d'origine organique (deuxième classe). Des faits analogues s'observent à l'égard des principes d'origine minérale, mais ils sont bien moins tranchés {voy. Principes immédiats).

Le végétal est tout organisme constitué, soit seulement par une cellule, soit par un grand nombre, soit en même temps par des fibres et des tubes celluleux, éléments anatomiques qui tous ont pour principes immédiats fondamentaux des substances organiques non azotées, telles que la cellulose ou ses congénères. Au point de vue physiologique, le végétal doit être défini : un organisme qui se nourrit, se développe et se reproduit. Il n'est pas sensible et ne se contracte pas, bien qu'il puisse se transporter d'un lieu à un autre, comme le montrent certaines diatomées. A un autre point de vue, le végétal d'après Lamarck(1797) est : tout être organisé qui accomplit son alimentation solide, liquide et gazeuse, aux dépens du milieu inerte, c'est-à-dire minéral ou inorganique [voy. Biologie, p. 468). L'animal a été défini tout être organisé qui accomplit son alimentation solide aux dépens d'êtres vivants ou qui ont vécu ; mais cela n'est vrai que pour ceux qui, multicellulaires, sont pourvus d'un tube digestif, et ne l'est pas pour les animaux unicellulaires. Ces derniers se nourrissent souvent en effet de la même manière que les plantes. La première de ces définitions des végétaux ne renferme que ce qui est rigoureusement commun à l'ensemble des êtres de ce règne. Elle ne tient pas compte de l'état ramifié et souvent complexe de chaque individu. C'est qu'en effet, comme pour les animaux, les êtres auxquels cette définition s'applique le plus exactement sont les plus simples de tous. A mesure que l'organisme se complique davantage, rien de fondamental n'est changé à cet état ^de simplicité ; ce sont seulement des parties nouvelles qui viennent s'ajouter à celles dont l'existence est constante. C'est par le végétal que l'ensemble des êtres vivants et la société commencent leurs relations à la fois actives et passives avec le milieu ambiant qui fournit les principes absorbés et reçoit les produits excrétés. On a dit que les végétaux seuls peuvent faire des substances organiques et, par suite, des éléments anatomiques, à l'aide des composés inorganiques, mais seulement dans l'intimité d'une substance organisée déjà existante ; et même cette action est favorisée par l'addition, aux principes bruts, de substances organiques toutes formées. Toutefois les divers animaux unicellulaires, comme nous l'avons dit, et peut-être tous , peuvent en produire aussi.

On est soavent appelé à distinguer les uns des autres les produits de nature animale et ceux de nature végétale, rejetés par les premières voies, soit dans certains cas morbides, soit pour résoudre des questions de médecine légale. Comme ce sont ordinairement, ou bien des végétaux les plus simples (dits micro-

scopiques), ou des fragments varie's de végétaux complexes, les caractères de forme, de volmiie, etc., les caractères physiques de couleur, de consistance, etc., sont ici insuffisants lorsqu'ils ne sont pas trompeurs. Le caractère d'ordre chimique, obtenu en chauffant le corps aussi bien isolé que possible dans un tube, pour voir s'il dégage de l'ammoniaque (cas où il serait de nature animale), ou non (cas où il serait d'origine végétale), est un signe sans valeur. On sait, en effet, que les cellules végétales renferment dans leur cavité des substances organiques azotées qui peuvent donner de l'ammoniaque, comme les substances azotées d'origine animale. Le caractère chimique qui consiste dans l'action bleuissante de l'iode sur les matières végétales, directement ou après traitement par la potasse, ou par les acides sulfurique et nitrique, est un meilleur caractère. Mais la subérine, le xylogène, et le principe analogue qui compose principalement la paroi des cellules de certains végétaux unicellulaires, de nombre de champignons et d'algues inférieures, ne bleuissent pas même après l'action des acides ou alcalis précédents. De plus, les grains de fécule, sans être encore détruits, peuvent avoir perdu la propriété de bleuir directement ou indirectement par l'iode. D'autre part, enfin, chez quelques mollusques inférieurs (tuniciers), l'enveloppe protectrice ou test renferme de la cellulose bleuissant par l'iode après action de la potasse. On doit donc recourir directement d'abord à l'examen des caractères d'ordre organique, ou de structure, sauf ensuite à s'aider des caractères chimiques qui ne sont que complémentaires, bien que précieux quelquefois, mais qui d'autres fois aussi n'agissent qu'en détruisant le corps et empêchent de constater les autres signes, ce que ne fait pas l'étude de la structure. Celle-ci a pour moyen principal l'analyse anatomique par le microscope.

Les végétaux microscopiques les plus simples ne sont formés, en général, que par une seule cellule, un seul élément anatomique qui ne diffère des éléments des êtres complexes que par la forme ou le volume et la propriété de se nourrir et de se reproduire isolé de tout autre. On peu en diz^e autant des animaux unicellulaires. Toutefois, ce n'est pas à une transition sans limites reconnaissablés qu'on a affaire, et la distinction est toujours possible. Ainsi : 1° Les animaux adultes les plus simples, wiicellidaires, et les embryons ciliés des invertébrés, sont formés d'une masse toute azotée, plus ou moins homogène , contractile, changeant ainsi de forme, se résolvant facilement en sarcode {voy. Sarcode). 2° Chez les végétaux les plus simples, réduits aussi à une cellule, ou sur les spores ciliées mobiles des algues, sans parler de la couleur, il y a toujours distinction nette possible entre la paroi de cellule et son contenu {voy. Sarcode). Dans certaines espèces, il faut recourir à l'examen de leur mode de développement {voy. 478 et suiv.), qui les fait distinguer des animaux unicellulaires et des spermatozoïdes . 3« Quant aux spermatozoïdes des algues ou des animaux qu'on pourrait prendre pour des animaux ou des embryons, ils ne se reproduisent ni ne se développent. De plus, après leur mort, ils ne se résolvent pas en sarcode, et, au lieu de diffluer rapidement comme les êtres parfaits, ils résistent énergiquement et longtemps à beaucoup d'agents Les spermatozoïdes végétaux et animaux sont de nature azotée, mais leur couleur, le nombre et la disposition de leurs cils ou queues, la nature de jleurs mouvements, peuvent les dislingueur entre eux.

L'ammoniaque dissout les œufs et les embryons de tous les animaux, comme elle dissout tout le corps des infusoires animaux, qu'ils soient ou non enkystés

pour la reproduction par segmentation, comme on le voit par les Eugléniens et autres. Il est des parties de certains infusoires et de quelques embryons qu'elle ne dissout pas : tels sont tous leurs organes chitineux ; mais , lorsque ces derniers existent, la nature animale des êtres est déjà tellement reconnaisable d'après leurs mouvements, leur configuration, leur structure propre et leur volume, qu'il n'y a plus obligation de se servir d'un réactif pour déterminer cette nature; d'autre part, si alors on l'emploie, la disparition de la masse fondamentale de l'organisme, avec conservation de ses parties squelettiques seulement, est du reste un fait très-caractéristique, prouvant qu'il s'agit bien là d'un être animal, puisque rien de pareil ne se montre dans les plantes. Les cellules épidermiques, les fibres élastiques, et la gaîne de la notocorde des embryons, ne sont pas dissoutes non plus par l'ammoniaque; mais, bien plus encore que pour les organes cbitineux, lorsque existent ces parties, les caractères rappelés plus haut, prouvant la nature animale des êtres, sont depuis longtemps reconnaissables. Ces remarques s'appliquent aux cas dans lesquels il s'agit d'œufs d'invertébrés pourvus d'une enveloppe de chitine. Les spermatozoïdes sont pâlis également sans être tout à fait dissous par l'ammoniaque, mais leur constitution est partout trop caractéristique pour qu'on puisse les confondre soit avec les cryptogames microscopiques, soit avec leurs spores, dès qu'elles sont arrivées au delà de l'état amiboïde, cilié ou non, par formation de leur paroi cellulosique (au dedans ou en dehors de leurs sporanges), paroi dont l'insolubilité dans cet agent est absolue. Toutes les variétés de cellulose sont en effet insolubles dans l'ammoniaque. Aussi, que les éléments anatomiques reproducteurs des plantes soient mâles ou femelles, quelle que soit, d'autre part, celle des phases évolutives à laquelle se trouvent des éléments dérivés reproduisant un nouvel individu, l'emploi de cet agent, froid ou porté à l'ébullition, les laisse absolument intacts sous les yeux de l'observateur, sauf plus de transparence de' leur contenu qui, pourtant, n'est pas totalement dissous. Tout végétal microscopique ou autre, tout mycélium, toute spore, conservent alors intégralement leurs caractères de forme, de volume, et leurs dispositions structurales, tandis que l'inverse a lieu de la manière la plus caractéristique tant pour les animaux unicellulaires que pour les œufs et les embryons microscopiques des animaux.

En parlant de l'insolubilité des composés cellulosiques et amylacés dans l'ammoniaque il n'est question ici que de ceux qui sont solides. Quant à leurs isomères qui sont naturellement fluides, comme les gommes, les mucilages, les inulines, etc., l'ammoniaque liquide ne les coagule pas. Elle les redissout même lorsqu'on les a solidifiés par dessiccation. Par conséquent en dissolvant les spores amiboïdes, c'est-à-dire encore embryogéniquement privées de leur paroi cellulosique, sur les Saprolegnia, les My.romijcètes {roy, cet article), cet agent ne prouve pas l'absence des composés ternaires ci-dessus dans l'intimité de la substance dissoute. Or, on sait que dans les matières solides ou demi-solides {protoplasma) entourées par la paroi de cellulose des cellules végétales il y a des principes ternaires liquides analogues aux mucilages et aux inulines, mêlés aux principes albuminoïdes des plantes, en proportions diverses d'une espèce de cellule à l'autre.

Il n'y a donc de commun entre les végétaux et les animaux les plus simples que leur simplification, mais ils gardent les caractères propres à chacun d'eux. 11 n'y a, en aucune façon, la possibilité de dire : Cet être est autant animal

que végétal, il est à la fois l'un et l'autre; il a les caractères de l'un et de l'autre ; c'est un être intermédiaire. Mais on peut arriver rigoureusement à dire : Ces deux êtres, les plus simples de tous, sont aussi simples l'un que l'autre ; toutefois les caractères anatomiques et physiologiques de celui-là le distinguent de celui-ci, et ces cai-actères sont de nature telle que le second doit être placé en dedans des limites du règne végétal, et le premier eu dedans de celles du règne animal, près l'un de l'autre à cause de leur simplification, mais séparément à cause des caractères précédents (Gli. Robin, Du microscope et des injections. Paris, 1849, In-8°, introd., p. 58 ; Littré et Robin, Dictionnaire de médecine, 10* édit., 1855, et éd. suiv , art. Animal et Végétal; Gh. Robin,. Histoire naturelle des végétaux parasites de l'homme. Paris, 1855, in-8% p. 125 et suivantes). Cela est pour les cellules tirées des plantes et des animaux complexes, au même titre que pour les organismes unicellulaires. Ces caractères propres se tirent donc de la détermination de la composition des unités anatomiques par des principes immédiats de tel ou tel ordre, d'abord, de leur structure intime, ensuite et enfin des actes physiologiques correspondants, corrélatifs. Aussi ne saurait-on comprendre qu'il y eût encore des naturalistes cherchant dans la morphologie seule un critérium exclusif pour la distinction entre le végétal et l'animal; qui, cela va de soi, ne trouvant pas cette distinction, parce qu'ils ne la cherchent pas où elle est, puissent dire qu'elle n'a rien de réel.

Expérimentalement donc tout être unicellulaire ou multicellulaire qui ne se dissout pas dans l'ammoniaque, ou qui de l'état de zoospore temporairement solublc {Saprolegnia, etc.) passe à l'état insoluble, est végétal. Tout organisme analogue qui est soluble dans l'ammoniaque est animal. L'observation montre en effet que l'évolution de ceux-ci les conduit à en reproduire de semblables, ou auparavant à se constituer en organismes multicellulaires doués de l'animalité (p. 434), tandis que du côté des premiers l'évolution conduit de la solubilité temporaire à l'insolubilité permanente et au maintien de la végétalité de plus en plus manifeste (p. 452).

La netteté de ces déterminations ne laisse aucune place au troisième règne organique ou intermédiaire, si souvent encore imaginé par ceux qui méconnaissent ces données de l'observation. Tous les organismes unicellulaires ou paucicellulaires dont on le composait sont en effet ramenés dans l'une ou dans l'autre des deux seuls règnes existant [voy. Sarcode, p. 771, et Germe).

Le fait d'être un organisme distingue l'animal des corps bruts ; le fait d'avoir pour parties constituantes essentielles des substances organiques azotées et non cellulosiques le distingue des végétaux, quelque simples que soient l'animal et le végétal. Dès que des êtres les plus simples on passe aux plus complexes, la distinction de l'animal et de la plante devient des plus faciles : en effet, on distingue dans le premier, outre les parties constituantes essentielles dont il a été question dans cette définition, d'autres parties appelées des produits, tels que les coquilles, carapaces^ spicules, écailles, poils, plumes, ongles, becs, etc. Or, la structure de ces produits s'éloigne beaucoup de celle des végétaux. Bien que certains produits aient pour principe immédiat fondamental, dans quelques mollusques, soit la cellulose, et non des substances azotées, soit des sels calcaires ou siliceux chez quelques radiaires, leur structure éloigne déjà tellement ces animaux des plantes, qu'il n'est pas possible de les confondre.

Dans les invertébrés du groupe des Ascidiens sur lesquels on trouve de la cellulose, celle-ci ne prend part qu'à la constitution des parties protectrices du

corps ; de celles qui sont homologues à la coquille des mollusques ; qui, bien que d'origine ectodermique, ne le sont que d'une manière indirecte {voy. Génération) et appartiennent au groupe des éléments ou unités anatomiques non cellulaires. Du reste, ces animaux possèdent déjà une cavité digestive, des nerfs distincts, etc., qui ne permettent plus de rapprochement anatomique ou au moins de confusion, ni avec les plantes, ni avec les corps bruts.

Le tube digestif n'existe pas dans tous les animaux : tels sont les spongiaires, les monadiens, et les larves de beaucoup d'invertébrés aquatiques. C'est parce qu'on ne connaissait pas d'une manière encore assez exacte la structure des éléments anatomiques et leurs autres caractères, ainsi que les principes immédiats, surtout les substances organiques, qu'on a cru que la présence d'un tube digestit pouvait seule faire distinguer les animaux des végétaux et rendre compte de leur nutrition. Au point de vue physiologique, on dit de l'animal qu'il est un organisme qui se nourrit, se développe, se reproduit, et qui en même temps est sensible et contractile. C'est bien qui se contracte qu'il faut dire, et non qui se transporte d'un lieu à un autre, car beaucoup d'animaux se contractent sans se mouvoir, et beaucoup de plantes, telles que diverses diatomées, se transportent d'un lieu à un autre sans se contracter. Il faut ajouter aussi que les êtres les plus simples, comme les infusoires et les rhizopodes, en se contractant, modifient leurs formes de diverses manières, et la reprennent ensuite sans changer de place. Ces modifications de forme sont un des caractères les plus trancliés qui servent à distinguer les animaux des plantes et des spermatozoïdes, qui se transportent d'un lieu à un autre. Dans le cas oiî il s'agit d'êtres pourvus d'un test de forme invariable, cette propriété de se contracter ne s'observe pas moins, mais seulement sur les appendices des parties essentielles de l'animal. Du reste, la structure des tests suffirait déjà à elle seule pour distinguer ces animaux des plantes infusoires ou microscopiques. Dans la pratique, la distinction anatomique entre divers infusoires et certains spermatozoïdes peut quelquefois être difficile ; mais, en suivant les phases de leur vie, on voit bientôt que les spermatozoïdes meurent au bout de quelque temps sans se reproduire par segmentation, scission directe, etc., comme le font au contraire les infusoires, ni par des ovules. La spermatogenèse les distingue plus nettement encore [voij. Sperme).

Ces données font comprendre la raison d'être de ce fait : que trois ordres de caractères nous permettent de déterminer, dans tous les cas qui peuvent se présenter, la nature soit animale, soit végétale, d'un corps quelconque. Ce sont : 1" ceux qui concernent leur composition immédiate par tels ou tels principes, et que nous décèlent les réactifs chimiques ; 2° ceux qui concernent leur constitution organique structurale mise en évidence par l'observation ilirecte ou aidée par les divers procédés d'analyse anatomique ; 5" ceux enfin qui sont tirés de leur manière de naître et de se développer dans le temps et dans l'espace : et ce sont là, comme on le voit, trois ordres de notions subordonnées à ce point les unes aux autres, qu'en fait elles forment un tout indissoluble. Mais de ce qu'il n'y a pas un caractère distinctif unique, un caractère absolu auquel on puisse et doive recourir pour spécifier si un organisme est plante ou animal, c'est une erreur de dire que cette question ne peut être résolue lorsqu'on descend aux organismes unicellulaires ; qu'il y a là des transitions insensibles de l'un à l'autre ; qu'il y a sous un autre point de vue des êtres intermédiaires, amphibologiques, entre les animaux et les végétaux, les protistes,

dont chaque individu pourrait indifféremment devenir animal ou plante sui- \ant les conditions extérieures dans lesquelles il se trouverait placé. L'erreur repose sur l'omission de l'emploi des moyens qui s'adressent à la nature même des choses organiques, de ce qu'il y a de caractéristique dans l'état d'organisation, dans la composition immédiate des êtres. Que cette omission soit systématique ou provienne de l'ignorance des procédés de l'analyse chimique appliquée aux cellules, elle n'en reste pas moins une erreur matérielle de fait {voy. Sarcode).

Il faut se garder de croire en effet que l'analyse anatomique, loin de nous avoir instruit sur ce point, pourrait nous avoir ramené à dire avec Ch. Bonnet (loc. cit., p. 112, et Parallèle des plantes et des animaux, dans les Contemplations de la nature. Amsterdam, 1 765, in-S", partie X) que : « nous ne saurions assigner le point précis où finit l'échelle de l'animalité » ; que : <! Les plantes et les animaux n'étant que des modifications de la matière organisée, ils participent tous à une même essence, et l'attribut distinctif entre eux nous est inconnu ». Mais au moins Bonnet, conséquent avec lui-même et avec les connaissances physico-chimiques de son temps, croit-il que : « nous ne connaissons pas mieux où finit l'organisation que nous ne savons où finit Vaninialité. Nous ne connaisons point la limite qui sépare l'accroissement par intussusception de l'accroissement par apposition ». Du reste, Buffon, qui semble avoir été le premier à établir le parallèle méthodique entre les caractères des animaux et ceux des plantes, qui a si souvent été recommencé depuis, avait déjà été amené à conclure : « qu'il n'y a aucune différence absolument essentielle et générale entre les animaux et le svégétaux, mais que la nature descend par degrés et par nuances imperceptibles d'un animal qui nous parait le plus parfait à celui qui l'est le moins et de celui-ci au végétal. Le polype d'eau douce sera, si l'on veut, le dernier des animaux et la première des plantes » {Hist. natur. des animaux. Paris, 1749, in-4«, t. II, p. 8 et 9).

L'accroissement par juxtaposition ou apposition d'une part, par intussusception de l'autre, faits très-exacts du reste, élait considéré alors comme le caractère distinctif essentiel entre les minéraux et les corps vivants ; les termes précédents ont pris dès celte époque le sens qu'ils ont encore.

Ces notions nous montrent que le problème de la distinction entre les animaux et les plantes unicellulaires ou protozoaires et protophytes reste, pour ces êtres à vie indépendante, le même que lorsqu'il s'agit, par exemple, de distinguer une cellule du tissu cellulaire d'une fibre-cellule du même animal, et ainsi des autres ; une cellule du tissu cellulaire de l'homme de celle du tissu homonyme du chêne. En abordant par là même la solution du problème, et poursuivant par l'emploi des moyens qui viennent d'être rappelés l'étude des caractères différentiels de ces diverses sortes de cellules, jusqu'à ce qu'on soit descendu jusqu'aux organismes indépendants les plus simples, on retrouve leurs différences aussi nettement sur ces derniers que sur les cellules prises dans les tissus des animaux et les plantes les plus complexes. Les moyens à employer sont du même ordre, et le plus souvent absolument les mêmes. Les résultats sont précis à ce point qu'il est possible de distinguer les spermatozoïdes, les spores et les zoospores des cryptogames, des éléments anatomiques homologues des animaux, au même titre que toute autre spore des cellules de l'individu dont dérivent les éléments reproducteurs peut être reconnue différente de celles d'un animal. Il est facile de comprendre du reste que, si, entre les animaux et les végétaux unicellulaires, entre les spermatozoïdes des crypto-

games et ceux des animaux, il n'y avait pas les diffe'rences qu'on découvre en eux en les comparant, on n'en discernerait pas davantage entre les cellules des tissus cellulaires des vertébrés et des phanérogames, dont alors les éléments, au lieu d'être simplement homologues, seraient identiques.

Les naturalistes qui admettent cette impossibilité de distinctions spécifiques dans le groupe des organismes les plus simples écrivent moins d'après des observations que pour favoriser les fictions du transformisme, l'accumulation poétique de probabilités sans preuves et d'explications séduisantes sans démonstrations. C'est un manque de méthode qui fait que leurs assertions sur cette unité, données comme neuves, sont exactement superposables à celles des époques où la science ne pouvait que balbutier en abordant ces questions. Ce manque de méthode consiste à laisser de côté comme choses superflues ce qui concerne: 1° la nature chimique et les proportions des principes immédiats; 2° le;^ lois de leurs combinaisons en substance organisée de telle ou telle sorte, de telles ou telles formes et structures ; 3° celles de l'association de ces unités .ou formes élémentaires en tissus, systèmes, etc. L'analyse anatomique, la dissection qui nous permet de distinguer les uns des autres les organes, les tissus, les unités anatomiques qui composent ces derniers, sait bien qu'elle laisse encore au-dessus d'elle l'analyse d'ordre chimique qui détermine ce en quoi consiste l'état d'organisation de ces unités mêmes {voy. Germe).

Or ici l'observation nous montre alors qu'évoluer et se modifier n'est pas se transformer ; que par cette association même les organismes se . modifient et varient d'un nombre infini de manières, mais toujours dans les limites d'un type iini pour chaque individu, type dont la définition est celle de l'espèce. Les relations indispensables de l'individu avec le milieu extérieur ont des alternatives de plus et de moins comme les actes des parties intrinsèques elles-mêmes : d'où vient que chaque partie d'un organisme quelconque peut être considérée comme oscillant toujours autour de sa constitution propre, véritable position d'équilibre qui caractérise sa structure et sa forme. Dès que l'amplitude de ces mouvements ou oscillations dépasse une certaine limite, qui diffère avec la composition intime et moléculaire de chaque espèce, les conditions d'équilibre sont ainsi dépassées en plus ou en moins, sont rompues; le mouvement cesse, ce qui est la mort. Les limites de ces oscillations peuvent être parfaitement étudiées et mesurées, hors de toute supposition arbitraire.

Les données qui précèdent répondent à ce qui doit constituer aujourd'hui le parallèle scientifique établissant les analogies et les différences existant entre les plantes et les animaux. Ce parallèle a été établi par Buffon d'abord (1749), par Bonnet (1765), par Yicq d'Âzyr [Discours sur Vanatomie simple et comparée. Préface de la partie anatomique de V Encyclopédie méthodique. Paris, 1792, in4°, t. 11, p. 5), puis par Lamarck (1797). Ces auteurs ont souvent été imités depuis. Mais en fait, hors des données précédentes, ce parallèle ne conduit à rien ; elles répondent, du reste, à ce que cherchaient Buffon et ses successeurs : quels sont les termes communs dans l'organisation des plantes et des animaux et en quoi diffèrent-ils? Elles montrent, d'autre part, à quel point depuis eux la question a changé de face par la découverte des méthodes d'analyses chimique et anatomique introduites depuis Lavoisier et Bichat. Les auteurs précédents distinguaient les corps bruts des corps vivants d'après ce fait que directement ou par simple division les premiers sont toujours réductibles à des formes anguleuses et cristallines, en particules soit toutes solides, soit toutes liquides.

et non toujours les unes solides, les autres liquides, comme pour les plantes et les animaux. Ils le faisaient encore d'après ce qu'ils se forment et s'accroissent par superposition ou application superficielle et non par intiissusception (osmose) intime ou profonde. Ces données restent vraies et, après ce qui a été dit plus haut (p. 472), il n'y a pas lieu d'insister.

On connaît depuis Leblanc, etc., la reformation des angles et des arêtes des cristaux préalablement brisés, restituant à chacun sa valeur première suivant la nature du type cristallin et plus ou moins vite suivant cette notation, quand on les remet dans les dissolutions où ils se sont formés ou dans une solution d'un composé isomorphe. Quelques minéralogistes disent ici que les liquides servent à la nutrition des cristaux. Ils aiment à rapprocher de la cicatrisation des plaies animales et végétales [voy. Génération, p. 423) cette re formation cristalline, tout en reconnaissant qu'il n'y a là qu'un dépôt, du dehors sur les faces tant naturelles que de brisure, mais avec du plus ou du moins selon leur valeur morphologique. Tout en disant que les diverses faces d'un cristal n'ont qu'une puissance d'attraction, mais à titre inégal, vis-à-vis du corps contenu dans la dissolution, ils la disent employée pournowmrce cristal. Il suffit de se reporter à la page 390 pour voir que de telles comparaisons et l'emploi ainsi fait de termes biologiques marquent la méconnaissance absolue de ce que sont la nutrition et la régénération réparatrice des tissus. Ici les différences tirées de l'augmentation de masse par superposition telle que la faisaient les anciens restent vraies.

§ V. De la complication croissante de l'organisation dans les espèces VÉGÉTALES ET ANIMALES. Rappelous d'abord que l'observation montre que les êtres les plus simples ne sont pas, comme on le croyait jadis, représentés par un parenchyme homogène mou, spongieux et perméable aux liquides. Si l'on excepte ceux en petit nombre et en masse minime qui ont la structure de cytodes (p. 421) presque homogènes, mais jamais complètement, tous les autres sont des cellules construites de parties distinctes. D'autre part l'étude de l'osmose montre que la perméabilité coexiste avec la plus parfaite homogénéité, sans que la spongiosité ni la porosité en soient des conditions d'accomplissement.

Grâce à la paroi de cellulose jouant le rôle de squelette externe pour chaque cellule, interne pour chaque individu pluricellulaire, sans mettre obstacle aux phénomènes osmotiques, en l'absence de tout appareil digestif, circulatoire, nerveux, etc., les végétaux, phanérogames surtout, peuvent s'élever à un grand degré de complication au point de vue de l'anatomie descriptive, à un degré qui l'emporte, non-seulement sur celui des animaux pluricellulaires qui n'ont jamais, ou qui n'ont pas encore d'intestin, mais même sur celui de certains des Vers qui en montrent un. Cette composition immédiate de la paroi squelettique est, en effet, le point de départ d'une série de complications structurales inattendues, ne pouvant même être prévues tant qu'elles n'ont pas été objectivement observées et suivies.

A. Organismes imiceUulaires {Protophytes et Protozoaires). Le type de leur forme est la sphère avec ses dérivés ovoïdes, cylindroïdes et autres, mais parfois aussi le polyèdre régulier à faces plus ou moins nombreuses et dissemblables ou semblables, soit par suite de compressions diverses de la sphère, soit stables et d'apparition directe sur chaque individu indépendant. Dans ce premier degré de la constitution des êtres à vie individuelle indépendante, des

organismes proprement dits, ce n'est pas, comme le croyait Buffon {loc. cit., p. 16), dans la forme que se trouve la différence la plus générale entre les animaux et les plantes. C'est au delà, c'est-à-dire dans la structure cellulaire, d'une part, et de l'autre dans la composition immédiate, qu'il faut la chercher, en procédant d'après la méthode indiquée plus haut (p. 473). Il est plus d'un cas particulier dans lequel pour distinguer les protophytes des protozoaires il faut remonter jusqu'à l'examen de leur évolution. La solidarité, la liaison intime qu'il y a entre ces deux choses, l'état d'organisation et la vie, font même qu'il n'y a rien là que de très-naturel. Dès l'instant où l'un n'est pas sans l'autre une seule de ces choses, soit la vie, soit l'état d'organisation, il ne saurait à l'exclusion de l'autre suffire, comme caractère absolu dans tous les cas où il s'agit de savoir si un organisme est animal ou ^^égétal. Il n'y a donc rien d'étonnant dans l'obligation où nous sommes, lorsqu'il s'agit de tels ou tels organismes unicellulaires, de recourir à l'étude de leur nutrition et surtout de leur évolution et de leur reproduction pour déterminer s'ils sont soit animal, soit végétal. Les phases de la reproduction, de l'évolution et de la nutrition, mettent en relief des différences intimes, formelles et de structure de plus en plus prononcées dans les êtres où existent ces principes cellulosiques ou des composés homologues, comparativement à ceux qui ne contiennent que des principes albuminoïdes et chitineux.

Nous avons déjà vu que les êtres unicellulaires n'ayant pas d'appareils n'accomplissent aucune fonction et ne font que manifester les propriétés élémentaires, ébauche des actes que les fonctions manifestent dans toute leur plénitude. Parmi ces propriétés la nutrition doit être citée en premier lieu. L'assimilation et la désassimilation des gaz [respiration] et des liquides ou des solides liquéfiés (digestion) se font par emprunt et rejet directs dans les milieux ambiants, sans intermédiaire d'une humeur quelconque, celles-ci manquant en fait dans tout organisme qui n'est représenté que par un seul élément anatomique.

Toutefois, ici se manifeste une particularité qui n'appartient en propre 'qu'aux protozoaires et qui, physiologiquement, s'ajoute aux caractères de structure, etc., comme caractère distinctif entre ces organismes et les protophytes. Il consiste en ce que les protozoaires, bien que dépourvus de toute cavité intestinale, sont presque tous susceptibles d'englober et ingérer des corpuscules divers, que selon la nature de ces derniers ils dissolvent et liquéfient par une sorte de digestion élémentaire et immédiate en assimilant directement leur matière à mesure qu'a lieu la fluidification primitive. On observe ces particularités jusque dans les Monadiens et les Rhizopodes les plus simples, les Amibiens. Elles ne s'accomplissent pas au contraire dans les protophytes, ni dans leurs zoospores et leurs spermatozoïdes. C'est là un fait important, car cette action liquéfiante de la substance {protoplasma) des animaux unicellulaires, alors qu'elle n'est pas exercée par celle des protophytes tient manifestement à une différence tranchée dans la composition des uns et des autres de ces

organismes.

Celte digestion par pénétration directe des objets à liquéfier, dans la substance

même du corps cellulaire (sarcode ou protoplasma) des Noctiluques, des

Amibiens, etc., en l'absence de tout tube digestif, ne se trouve normalement

nulle part ailleurs que dans les êtres unicellulaires. Elle manque absolument,

en tant que phénomène naturel, dans les organismes pluri-cellulaires, même

lorsqu'ils sont à l'état d'ovule, c'est-à-dire à la période unicellulaire de leur

existence. Si donc la nutrUii)a se montre comme fait d'ordre organique primitif et absolument général, partout oîi il y a état d'organisation, le mouvement et la locomotion marchent eu quelque sorte de front avec la nutrition, même dans bien des protophytes, par les contractions amiboides, llagellaires et ciliaires, et celles-ci précèdent la digestion, surtout celle qui est intestinale. C'est là un fait qui ne se trouve pas seulement dans les organismes unicellulaires, mais qui s'observe plus ou moins longtemps durant les périodes embryonnaires de la plupart des animaux multicellulaires et de beaucoup de plantes. Cet ordre de généralilé lui donne par suite une importance réelle.

Puor ce qui concerne le développement des êtres unicellulaires, notons que les mouvements sarcodiques et ciliaires ou flagellaires des spermatozoïdes et des zoospores de divers cryptogames et de quelques végétaux unicellulaires disparaissent avec la formation d'une paroi de cellule, etc., tandis qu'ils persistent et se modifient d'une manière ascendante sur les animaux {voy. Sarcode).

Leur génération ou reproduction a lieu comme l'indique l'article GÉi\ÉRATiOi\ (p. 470 et suiv.). II faut ici examiner le fait du maintien de l'état unicellulaire dans certains organismes, comparativement à celui du passage des autres états multicellulaires.

Tout organisme multicellulaire commence par l'état unicellulaire d'ovule, spore, conidie ou gemme unicellulaire, exception faite pour le cas des gemmes multicellulaires, des bulbilles, etc. Mais tout ce qui est unicellulaire n'est pas nécessairement oozoaire ou oophyte, c'est-à-dire destiné à devenir individu multicellulaire. Les protozoaires et protophytes restent unicellulaires toute leur vie, excepté dans la période de leur existence où la segmentation et la gemmation les rendent temporairement multicellulaires. Seulement ici chaque cellule représente déjà un nouvel individu, un rejeton indépendant et non une individualité associée à d'autres pour former un organisme plus complexe. La dissémination des unités multiplicatrices nouvelles ainsi individualisées, suit de près leur naissance et ramène promptement à l'état unicellulaire le générateur, s'il ne périt pas, et toujours aussi les progénitures qui l'ont rendu temporairement pluricellulaire [voy. Sexe).

L'unicellularité, la simplicité organique individuelle avec existence libre et indépendante par ségrégation et dissémination des unités est subordonnée seulement et directement à la nature du milieu extérieur. On saisit nettement ici l'étendue des conséquences bionomiques de cette dissémination organique naturelle.

Au contraire, le maintien de l'état pluricellulaire qui dérive de l'oeuf unicellulaire avec groupement et plus ou moins de cohérence des cellules en tissus, tout en conservant leur individualité, une contiguïté sans continuité, fait que la nutrition des unes est subordonnée à celle des autres. Chaque unité représente à l'égard de celle qui la touche un véritable milieu intérieur, plus ou moins éloigné du milieu extérieur, sans contact direct avec lui, contrairement à ce qui se passe pour les protorganismes. Les éléments anatomiques superficiels restent seuls en contiguïté avec le milieu ambiant et servent d'intermède entre lui et l'intérieur dont la pluricellularité entraîne la suraddition nutritive et génératrice sous forme demi-solide ou liquide (voy. p. 434).

Ces faits indiqués, il faut voir jusqu'où s'élève la complication individuelle, anatomique et physiologique des organismes unicellulaires, incontestablement les homologues des unités composant les êtres pluricellulaires. H faut sur les

protophytes et ies protozoaires signaler la complication structurale qui surgit durant leur développement depuis leur naissance jusqu'au moment où chacun se reproduit lui-même; indiquer les parties ou organes qui, sans leur faire perdre le caractère de cellules en s'ajoutant à ce que celles-ci offrent de spécifique, les séparent des cytodes et des cellules des organismes pluricellulaires.

Composés d'un seul élément anatomique les protorganismes manquent par suite de fissu?, de systèmes, souvent même d'organes et d'appareils ; mais, chose remarquable, il n'en est pas ainsi d'une manière absolument constante {voy. Ch. Uobin, Tableaux d'anatomie, 1850, in-'i", tabl. I). L'examen de ce côté de la question appartient directement à cet article ; mais il ne peut pas être suivi sur tous les êtres examinés sous ce point de vue. Il suflira de prendre pour exemple les Noctiluques, qui comptent parmi les pins complexes dans les protozoaiies.

En admettant, fait très-possible, que les Noctiluques arrivent dans certaines conditions jusqu'à la reproduction ovulaire mâle et femelle comme d'autres protozoaires, tels que divers infusoires ciliés, ce qui, du reste, n'a pas encore été vu, elles n'en conservent pas moins leur caractère unicellulaire propre. Elles ont une paroi cellulaire des mieux déterminées, qu'elles conservent toujours, et une partie de celle de chaque générateur prend part à la constitution des nouveaux individus complets, ainsi que des gemmes : or, jusqu'à présent, nulle observation n'autorise encore à croire qu'elles passent à l'état de kyste de reproduction, contenant des gemmes internes ou un individu uni-cellulaire dérivant de son contenu, qui se segmenterait et évoluerait à la manière d'un vitellus.

Cette enveloppe, par la manière dont elle prend part à la scission des Noctiluques et à la constitution de leurs gemmes, montre qu'elle n'est pas une coque adventive comme celle des Euglypha parmi les Pdiizopodes, des Dinobryon, des Cryptoglena, des Diseliiiis, etc., parmi les Infusoires flagellés.

Le flagellum des Noctiluques n'est pas un cil vibratile. Il n'a pas les mouvements propres à ces derniers organes, et il n'est pas terminé en pointe, mais aussi gros à sa terminaison qu'à son origine, comme les flagellums. Lorsqu'il vibre, c'est par suite d'ondulations courtes et extrêmement rapides ayant lieu sur toute leur longueur. Elles alternent avec les ondulations et inflexions de tous genres et plus ou moins lentes, propres aux flagellums des Eugléniens, des Monadiens, etc. D'autre part, il s'altère cadavériquement et sous l'influence des réactifs, comme la substance du corps de l'animal. Il semble donc bien être une provenance directe de celle-ci, comme l'est aussi le flagellum des Monadiens, etc., tandis que les cils vibratiles, quoi qu'on ait dit à leur égard, sont des organes appeiidiculaires de la paroi cellulaire et non de son contenu {protoplasma). Dériver de la substance du corps même de l'élément appartient aux flagellums seuls, ainsi qu'à l'appendice ou queue unique ou multiple des spermatozoïdes, dont, comme on le sait, les mouvements sont analogues aussi à ceux des flagellums bien plus encore qu'aux mouvements ciliaires proprement dits {voy. Sperme, p. 162).

Le fait concernant les cils, comme dépendance de la paroi des cellules épithéliales ou de la paroi des protozoaires ciliés, et jamais de leur contenu (protoplasma), doit être rapproché de ce qui concerne la matière dont la paroi cellulaire des Noctiluques, malgré la complication de sa structure, participe aux phases de la segmentation de ces animaux et à la production de la paroi cellulaire de leurs gemmes. Tous ces faits, comme nombre d'autres, contredisent formellement les hypothèses relatives à la prétendue nature régressive de la paroi

DICT. ENC. 2' s. XVII, 51

(les cellules en généi'al, qui n'apparaîtrait que comme forme sénile de leur structure.

Le tentacule est, pour le tégument et pour la substance du corps, un organe spécial, comme l'est aussi à ces deux points de vue la fente buccale avec ses lèvres. Le tentacule n'est ni un cil, ni un flagellum; il n'a la structure, la provenance ni les modes de mouvement de l'un ni de l'autre de ces genres d'organes. 11 dérive à la fois de la substance du corps cellulaire et de la paroi de la cellule, et non exclusivement de celle-ci, comme les cils, et du premier, comme les flagellums. Ses mouvements d'inflexion et de torsion ont lieu à la manière des mouvements lents des flagellums; mais il n'a jamais les mouvements ondulatoires, rapides ni lents de ceux-ci, non plus que les mouvements par inflexion des cils. Enfin, il n'a pas les mouvements rapides ni à proprement parler ceux de torsion des Yorlicellicns.

Notons ici ([ue les gemmes des Noctiluques, appelées zoospores par divers naturalistes allemands, ne sont pas, à proprement parler, les homologues des zoospores des algues et de quelques champignons. Celles-ci ne sont représentées que par un contenu cellulaire qui s'est segmenté à la manière d'un vitellus, sans intervention dans leur constitution de la paroi de la cellule productrice. Quand les zoospores s'entourent d'une paroi, elle se produit par genèse, à l'aide et aux dépens de principes venus de leur propre substance. Dans le cas des géminés des Noctiluques, comme dans tous les cas de gemmation unicellulaire végétale ou animale, le contenu et la paroi du générateur entrent dans la constitution de l'élément reproducteur, de manière que dans la gemmation des organismes multicellulaires, des éléments de ceux-ci prennent part à la formation des nouveaux individus ainsi engendrés. Lors de l'évolution ultérieure de ces derniers, ces éléments, empruntés à l'individu antécédent, persistent et se retrouvent dans le nouvel être adulte, ce qui n'est pas pour le corps des zoospores des algues, lorsque, après avoir nagé plus ou moins longtemps, il se fixe et se développe en végétal complexe.

Ainsi dans les animaux manifestement unicellulaires la complication de la structure peut s'élever jusqu'à la production d'un tentacule et d'un flagellum, d'une véritable ouverture buccale, avec des lèvres plus ou moins compliquées, etc. Sur divers Infusoires, tant ciliés, acinétiens que flagellés, il y a la vésicule pulsatile qui manque aux Noctiluques adultes. Ce sont là autant d'organes véritables, remplissant des usages très-distincts de ceux qui sont dévolus à la paroi et au corps cellulaire, et ainsi des autres. Des particularités structurales et physiologiques de même ordre se rencontrent dans divers éléments des animaux et des plantes multicellulaires, sur des cellules homologues anatomiquement aux protophytes; c'est ainsi que la complication structurale peut devenir très-grande sur diverses cellules nerveuses et sur les fibres qui en partent. Ici, comme dans le cas des fibres des tissus cellulaire et élastique, le rôle rempli par ces dépendances cellulaires est également fort différent de celui qui est dévolu au corps cellulaire central et à sa paroi {voy. Fibre).

On ne saurait trop insister sur ce que, dès l'état d'organismes unicellulaires à vie indépendante, chaque cellule, par le fait des actes assimilateurs et désassimilateuts dont elle est le siège, produit déjà des parties extérieures à elle, tégumentaires et squelettiques, organes non cellulaires, bien qu'offrant des dispositions morphologiques souvent très-compliquées.

Déjà sur les infusoires ciliés on voit apparaître telles ou telles pièces spé-

ORGAiNE. 483

ciales, non cellulaires, tégumentaires ou non, homologues des pièces ectodermiques des êtres multicellulaires. Tel est Forgane si compliqué, d'aspect corné ou mieux chitineux, en forme de roue dentée, des Trichodines. L'animal, constitué d'une seule cellule, produit ainsi déjà des organes non cellulaires aussi compliqués, caractéristiques, importants, que leurs analogues, sous forme de crochets ou autres observés sur nombre de Turbellariés, de Trématodes, de Cestoïdes, etc.

L'importance de cet exposé tient à ce que ces pièces squelettiques donnent habituellement aux protozoaires une apparence d'organismes multicellulaires, ou au moins bicellulaires. C'est ce qui arrive en particulier pour tous ceux, si nombreux, qui sont pourvus d'une coque ou thèque, avec ou sans pédicule, parmi les iniusoires ciliés, flagellés, cilio-flagellés et acinétiens. Pour les Poclophrya et les Acineta en particulier, ce n'est pas la thèque seulement qui, au point de vue morphologique, prend l'aspect d'une cellule, sans en avoir toutefois la structure. Chez les Podophrya spécialement, c'est surtout le pédoncule qui donne à l'animal parfait l'apparence bicellulaire. Le corps, dans son entier, étant considéré comme une cellule, en constituant réellement une à lui seul, dans le sens anatomique et physiologique du mot, le pédoncule en représente une seconde, mais au point de vue morphologique seulement.

Ainsi, cette partie constituante ne représente pas un passage de l'état unicellulaire à l'état multicellulaire sur ces animaux. C'est un exemple de complication organique sur des êtres unicellulaires, par des parties constituantes non cellulaires, qu'il faut ajouter à ceux déjà cités. Dès les protophytes et les protozaires, en un mot, à ce qui dans leur organisation offre l'état de cellule s'ajoutent une ou plusieurs qui sont aussi organisées, et auxquelles pourtant la notion de cellule ne s'applique pas {voij. Ch. Robin, Anatomie cellulaire, Paris, 1875, in-S", p. 143). Or, le nombre de ces parties constituantes de l'économie va en augmentant à mesure que celle-ci devient de plus en plus compliquée. Aussi, quoi qu'en disent ceux qui prétendent que la notion de cellule suftît pour résumer en la condensant l'idée à' organisme, que dans l'anatomie il n'y a rien hors de l'étude de ce qui est cellule ou composé de cellules, on voit qu'il reste beoucoup à faire lorsqu'on ne connaît encore que ce qui est cellulaire. On voit en particulier que, dès les protozoaires d'une part, les protophytes de l'autre, on n'aurait qu'une idée imparfaite de leur constitution, si l'on se bornait à l'examen seulement de la cellule qui les compose principalement, mais non en totalité.

Dans un même élément anatomique, dans une même cellule, il y a, au delà de cette notion d'individualité élémentaire indépendante, à tenir compte de différences structurales et fonctionnelles plus moléculaires et par suite plus abstraites que la notion d'élément anatomique même, puisque ces différences siègent dans son intimité.

C'est ainsi que dans une même cellule, épithéliale ou autre, dans un même animal unicellulaire, tout n'est pas contractile. C'est ainsi que dans une même cellule épithéliale les cils sont contractiles à l'exclusion de la paroi propre qui les porte et du noyau, et parfois même aussi à l'exclusion de la substance {protoplasma) cellulaire périnucléaire, qui d'autre part peut être douée de contractilité sarcodique. C'est ainsi que la contraction est rapide dans les cils et les flaTellums de divers infusoires, et sarcodique plus ou moins lente dans la substance de leur corps même ; toutes particularités correspondant à autant

d'autres, relatives à l'aspect, à la consistance et aux réactions chimiques des dispositions anatomiques examinées.

Ici se présente la question de savoir si la névrilité, sous ses modes de sensibilité d'une part, de motricité de l'autre, coexiste avec la contratilité dans ces mêmes parties des cellules, animales et végétales (spermatozoïdes, zoospores, etc.), si elle est inhérente à des dispositions structurales différentes, ou même si elle existe. Ces questions ont été traitées à l'art. Sarcode.

Quoi qu'il en soit, le résultat de la contraction de telles ou telles de ces diverses parties ou dépendances cellulaires a pour résultat la locomotion soit partielle, soit totale ou de translation, de la plupart des organismes unicellulaires, même végétaux; translation de ceux qui ne sont que des éléments provenant d'un organisme complexe (spermatozoïdes animaux et Tégétaux, zoospores, etc.), aussi bien que des protozoaires et de divers protophytes à existence propre, indépendante. Cette translation est du reste elle-même une des conditions d'accomplissement de l'assimilation et de la désassimilation par suite des changements de milieu qu'elle permet et effectue.

En résumé, dans un même animal unicellaire on trouve, inséparables d'autant de dispositions structurales distinctes nettement saisissables, les modes suivanis de la contractilitc dont nul n'est iniluencé par l'électricité, caractère négatif qui est le seul fait qui leur soit commun :

1° La contractUité sarcodique ou amïboide, à peu près uniformément lente partout où elle existe, comme sur les Amibes, les Rhizopodes, lesNoctiluques, et même les Grégarines, etc. ;

2" La contraction de même ordre, mais souvent rapide, du corps de la plupart des Lifusoires ciliés, tels que les Kolpodes, les Stentors, les Bursariens, les Laery maria, etc. ;

3° La contraction lente et régulière de la vésicule pulsatile des Amibes, des Rhizopodes, des Infusoires ciliés, qui a quelque analogie dans ses modes avec la contractilité intestinale;

4" La contractilité ciliaire, oscillante, uniforme, sans repos et continûment rapide, souvent associée aux précédentes, sur un même animal unicellulaire mais toujours immanente aux cils vibratiles, parties plus résistantes, etc., dépendances des parois cellulaires et non du corps sarcodique ou protoplasma;

5" La contractilité flagellaire, lente ou rapide alternativement changeante, avec alternatives non rhylhmiques et comme volontaires de repos et d'activité, et pourtant toujours immanente à des organes en continuité de substance avec le corps cellulaire, doué lui-même de la contractilité sarcodique ou la plus simple, ainsi que le montrent les Monadiens, les Eugléniens, les Noctiluques, etc.;

6° Enfin la contraction pédicellaire des Vorticelles, analogue à la précédente sous plus d'un rapport.

R. Organismes multicellulaires sa7is tube digestif proprement dit. Dès qu'on arrive aux Spongiaires et par suite d'une manière bien plus nette encore aux Hydraires, aux Acaléphes médusaires, aux Hydractinies et aux Gorraliaires, etc., l'organisation est multicellulaire. 11 en est de même dès que, quittant les Myxomycètes d'une part, les Diatomées et Navicules de l'autre, on s'élève aux Ascomycètes et aux Malacophycées, etc., parmi les plantes cryptogames.

Ces organismes, par suite de ce fait qu'ils sont déjà complexes, qu'ils sont formés de plusieurs cellules, d'une ou de plusieurs espèces, ceux du moins qui

sont de nature végétale, offrent cette particularité qu'ils apportent en quelque sorte l'exemple de tissus doués d'une vie indépendante. Ils sont des homologues des tissus de telle ou telle espèce, sans qu'ils soient encore distribués en systèmes et organes, ou en appareils, autrement que d'une manière plus ou moins rudimentaire (Ch. Robin, loc. cit., 1850, tabl. I). Déjà toutefois dans les cryptogames des cellules rangées une à une et bout à bout composent un système (voy. ce mot) mycélial ou radiculaire et nutritif sur un certain nombre d'espèces. D'autre part telle ou telle période évolutive, l'apparition des sporanges ou des paraphyses conduit à la production d'un rudiment d'appareil de la reproduction, distinct du reste de la masse végétale. Parfois ici le tissu cellulaire fondamental ou mésoderm'.que est distinct de la couche superficielle cpidermique, mais celle-ci reste unique, ectodermique seulement, sans subdivision endodermique ou digestive. Ce sont des cellules se rattachant à Yépiderme qui forment les filaments mycéliaux ou d'absorption nutritive, tandis que le tissu cellulaire ou mésodermique, sans fibres ni vaisseaux, produit les liges, rameaux, lames, etc., sur les espèces qui en offrent. Quant aux cellules remplissant le rôle d'organes premiers reproducteurs, tant mâles que femelles [ondes), qui naissent sur ces parties ou dans leur épaisseur, voy. Sexe, p. 476; Algues, p. 786-787 ; Champignons, p. 120-121, et Mousses.

Chez les premiers animaux multicellulaires, tels que les jeunes spongiaires, les hydrozoaires, actinozoaires, etc., il y a une distinction nette entre deux tissus dont chacun envisagé dans son ensemble peut être considéré à la rigueur comme un système, au moins rudimentaire. Ce sont le tissu épithélial ou superficiel, qui au delà des premières périodes embryonnaires est tant ectodermique qu'endodermique.

Tous deux sont disposés en membrane de la manière la plus manifeste ; ils gardent cette conformation générale dans presque tous les organes qu'ils constituent directement, ou qui en dérivent embryogéniquement. 11 en est de même pour le tissu qui leur est interposé ou ynésoderme, mais dans les organismes peu complexes seulement, car dans les vers déjà, les bryozoaires, etc., à mesure que les conditions intrinsèques d'équilibre et de mouvement organique deviennent plus compliquées, plusieurs tissus au lieu d'un seul sont interposés aux deux feuillets épithéliaux précédents. De plus parmi eux plusieurs sont disposés sous forme de masses plus ou moins épaisses, continues ou discontinues {voy. Système, § 3).

Déjà sur les organismes multicellulaires les plus simples, animaux surtout, c'est comme couche plus ou moins mince composée de cellules du tissu cellulaire et de fibres-cellules contractiles qu'est disposé le mésoderme. Ces fiorescellules suivant les espèces et les âges sont en couches ou organes premiers cutanés (divers Hydrozoaires) ou profonds distincts du tissu cellulaire ou au contraire mélangés à lui. En tous cas par leurs contractions elles impriment à l'animal des mouvements, soit de translation, soit simplement de déformation. De plus la couche épithéliale avec intervention du tissu mésodermique en proportions plus ou moins notables compose des organes reproducteurs, tant mâles que femelles.

Tout organisme multicellulaire encore à cet état peu complexe ou l'étant plus encore à un degré quelconque dérive par descendance réelle et facile à suivre (voy. Génébation) d'un élément anatomique qui est un homologue de ces cellules constitutives, des ectodermiques spécialement. Cette cellule est une

unité anatomique par élément constitutif simplement, tant qu'il n'y a pas eu fécondation. C'est Vovule soit mâle, soit femelle. On constate en même temps que toute cellule quelconque ne peut comme celle-ci passer sur place en totalité ou par l'une de ses parties à l'état multicellulaire avec solidarité des cellules continûment individualisées à son aide et à ses dépens [voy. plus haut p. 480 et les art. Œuf, p. 563, et Système, § 5).

D'aiitre part on n'a jamais vu les provenances du vitellus [hlastomères) s'associer en tissus, systèmes et organes de manière à former un organisme individuel pins complexe que celui dont l'œuf est provenu; jamais, en un mot, on n'a vu ici, pas plus que dans les organismes unicellulaires (p. 480), un individu nouveau plus complexe dériver d'un plus simple par descendance directe ni autrement, sauf les cas spéciaux de multiplication ^ewîmfpare et analogues indiqués dans l'article Génération (p. 477).

Quoi qu'il en soit, il faut reconnaître que, dès que se montre la multiplicité cellulaire, la complication de l'organisation s'accroît par le nombre et le mode de juxtaposition des éléments; par la disposition de celles-ci en un ou plusieurs tissus. De plus, dès qu'il y a tissu, celui-ci dans son ensemble représente un système disposé en organes premiers, continus ou discontinus, accomplissant des usages sensiblement différents, bien que de même ordre. C'est ce qu'on voit, par exemple, pour l'épithélium des Acalèphes, selon qu'il recouvre la masse générale du corps ou spécialement des organes i^eproducteurs.

Ce n'est plus d'autre part une simple dépendance ciliaire, flagellaire ou tentaculaire d'une cellule, qui constitue une partie remplissant le rôle d'organe locomoteur, comme dans les protozoaires. Ce sont plusieurs cellules, ciliées ou non, qui par association constituent des organes remplissant des usages analogues aux précédents et autres.

Ainsi au point de vue de la constitution en instruments ou organes premiers, remplissant un rôle spécial, le pas principal dans l'ordre des degrés de la complication anatomique et physiologique croissante- se montre dès qu'on vient à comparer les organismes pluricellulaires tels que les spongiaires ou les hydractinies, les moins composes, à ceux qui sont unicellulaires ou mieux ces derniers aux précédents. Dès ce passage nous voyons sui-gir l'ébauche de presque tous les degrés ultérieurs de la complication anatomique.

En résumé, dans les plantes et dans les animaux multicellulaires les deux espèces d'unités anatomiques qui se montrent sont les épithéliuras d'une part, à la surface, et les cellules mésodermiques ou du tissu cellulaire de l'autre, formant la masse principale de l'organisme étudié. Dans ces deux groupes d'êtres ce sont ensuite les cellules ovulaites qui naissent dans l'ectoderme ou dans quelqu'une de ses dépendances. Les cellules contractiles du mésoderme, mais dans les animaux seulement, naissent même avant que la reproduction ait lieu. Quant aux cellules nerveuses elles n'ont pu encore être distinguées d'une manière préaise dans les animaux pluricellulaires les plus simples, c'est-à-dire composant le groupe dit des Cœlentérés.

Quoi qu'il en soit, chaque tissu est disposé en organes premiers, peu nombreux, il est vrai, formant un système fort simple, mais dont les parties représentent déjà des organes reproducteurs, digestifs et moteurs. Ils sont peu compliqués encore, mais ceux de chaque espèce anatomique, quand ils sont multiples, peuvent être considérés dans leur ensemble comme formant un appareil rudimentaire reproducteur, digestif, etc. {voy. l'art. Système, § 3).

Sur ces animaux et nombre de ceux qui sont plus complexes encore, à l'ex ception des couches ou coques squelettiques externes, chitineuses, éléments non cellulaires, les cellules constituant les tissus de ces êtres sont molles, comme turgescentes. Par suite le contact réciproque de leurs surfaces est plus immédiat et avec agglutination proportionnelle à leur mollesse. De là plus de difficulté pour voir les lignes décelant les plans de juxtaposition des éléments, et la croyance autrefois à une homogénéité qui n'existe pas.

Dans les animaux donc, de même que dans les plantes, au point de vue de la complication croissante de l'organisation, de la formation des tissus et des organes premiers, ceux de la reproduction se montrent avant ceux de la digestion. Cela tient à ce que les emprunts et les rejets nutritifs qui satisfont aux nécessités de l'entretien et du développement ont lieu ordinairement sur les oeufs et les embryons des animaux pluricellulaires, comme sur les cryptogames et comme sur nombre d'animaux uniceUulaires. Ils se font, en un mot, par emprunt et rejet osmotiques, directement dans le milieu ambiant de la part des cellules superficielles et de là aux plus profondes et vice versa. Les œufs, les embryons multicellulaires soit larvaires, soit nés par gemmation, etc., se nourrissent et croissent en effet plus ou moins longtemps ainsi, sans cavité ni tube digestif, sans système circulatoire conséquemment, jusque parmi les animaux rayonnes et les Vers. Ils représentent en quelque sorte des corps organisés se comportant sous ces divers rapports d'une manière directe, avec le milieu extérieur, comme le font à l'égard des capillaires ambiants les organes premiers sans vaisseaux de divers Mollusques, Articulés, et surtout des vertébrés adultes. Tels sont les cartilages articulaires, costaux, trachéens, etc., la corde dorsale [voy. Fibreux, p. 51), les osselets de l'oreille, etc.

Sur les organismes paucicellulaires donc, comme sur les uniceUulaires, les principes liquides, avec les gaz et les solides qu'ils dissolvent, arrivent ainsi de proche en proche de la surface jusque dans l'épaisseur de la masse, et vice versa, en l'absence de toute circulation. Lorsque les gaz sont seuls pris en considération, dans les êtres aquatiques, comme sur les aériens, on dit que la respiration est générale. On pourrait en dire autant de la digestion. En fait, on voit qu'il n'y a ni l'une ni l'autre, puisque : 1" il n'y a pas encore de séparation, de distinction entre l'élaboration physico-chimique spéciale qui caractérise l'une et l'autre ; 2" puisque pour les solides en dissolution comme pour les gaz tout est réduit soit au fait de l'endosmose qui est en corrélation avec la quantité de chaque principe fluide ou fluidifié, soit au fait de l'exosmose, si on envisage l'acte excrétoire ; de manière que, dans les actes d'assimilation et de désassimilation intermédiaire, ce qui concerne les gaz ne fait qu'un avec ce qui regarde les autres principes.

Ce qui vient d'être dit comme ayant lieu à la surface extérieure de la plante et de l'animal, se passe en même temps, d'une manière semblable au fond, dans la cavité digestive simple ou ramifiée du corps des animaux dès qu'ils en possèdent une où pénètrent l'eau, etc. Ajoutons enfin que ce même fait continue à se produire à la surface externe du corps jusque sur les Batraciens toutes les fois que l'ectoderme et le derme sous-jacents restent dans les conditions de mollesse et de minceur qui permettent l'accomplissement des phénomènes osmotiques.

Tous les animaux pluricellulaires, mais eux seulement, en se développant, arrivent peu à peu à posséder une cavité digestive réelle, quoique n'ayant que la

forme d'un sac à une seule ouverture. Encore n'a-t-elle qu'une existence temporaire sur certains d'entre eux, tels que les Spongiaires. Ces derniers en devenant adultes ne gardent en effet à proprement parler que les homologues des conduits qui se prolongent directement du sac digestif dans la masse du corps chez les Acalèphes médusaires, les Coralliaires, etc.

De plus cette cavité digestive qui est un sac n'ayant qu'une ouverture buccale n'est pas encore sur les plus simples de ces êtres un tube gastro-intestinal, c'està-dire pourvu de tuniques différentes et séparées du tissu composant la masse du corps; l'épithélium ou endoderme est excepté; mais la couche ou tunique qu'il forme tapisse directement la mésodermique, souvent fort mince, comme la couche ectodermique homologue, avec laquelle l'endoderme se continue, tapisse la surface externe du corps.

Ces animaux composent ainsi le groupe dit des Cœlentérés ou animaux directement creusés d'une cavité centrale ayant une bouche sans anus.

La complication organique, par conformation de ces (rois couches en instruments ou organes divers et distincts, se dessine mieux encore sur les actiniaires ou actinozoaires; elle se manifeste d'abord par la production d'une cavité intestinale à tuniques propres et séparées de la paroi musculo-ciitanée, ou paroi du corps, par une cavité générale ou cœlome. Or sur les Actinies, qui les premières montrent ces dispositions, des lames dites mésentériques cloisonnent celle cavité en reliant encore la portion extérieure du corps à l'intestin. De plus le fond de celui-ci communique avec cette cavité générale cloisonnée et y laisse passer l'eau et les matières en suspension qui entrent par la bouche.

L'évidence de l'action liquéfiante ou digestive exercée sur les objets introduits dans le sac gastrique et ses ramifications montre qu'une humeur est sécrétée par le tissu qui les limite. Mais on ne peut encore la distinguer de l'eau que ces animaux ingèrent et avec laquelle cette sécrétion est rejetée, du moins en partie.

De plus nulle des humeurs comparables au sang et à la lymphe, dites essentielles par Lamarck, ne prend encore part à leur constitution, bien que dans quelques-uns de ces animaux tels que les Acalèphes médusaires une substance amorphe tienne écartées l'une de l'autre les cellules mésodermiques du disque, etc. et des fibres qui en sont des prolongements.

Lors de la génération des embryons {voy. Génération), du reste, les éléments anatomiques demi-solides ou solides naissent d'abord et constituent à eux seuls le nouvel individu complexe, pendant assez longtemps avant que les humeurs se montrent dans les êtres dont l'organisation est compliquée par l'existence de celles-ci. Il est ici question des fluides soit liquides, soit cjazeiix, qui ont une existence propre; des fluides autres que ceux qui prenant part à la structure des cellules sont inclus dans la cavité même de celles-ci, et qu'on ne peut en séparer sans les détruire.

La production de cavités closes qu'une paroi propre formée par un tissu membraneux plus ou moins mince sépare des autres parties et celle d'un liquide les distendant ou non, fourni osmotiquement par cette paroi et par les tissus qu'elle-même tapisse, est donc la marque d'un degré déjà élevé de complexe organisation. Il y a ici un liquide constituant réel et plus ou moins permanent, ce qui est une complication supérieure à celle dans laquelle une cavité digestive. simple ou ramifiée, sécrète par ses parois un liquide rejeté bientôt à l'extérieur au moins en partie.

Ainsi ce n'est que tardivement en quelque sorte que s'établit la distinction entre les contenants et les contenus ou fluides, liquides et gazeux, considérés par Lamarck encore {Mém. de physique. Paris, 1797, in-S", p. 251) comme les deux sortes de parties composant essentiellement tout être -vivant, végétal et animal. Les tubes testiculaires et ovariques même de ces animaux ne contiennent en réalité encore que des spermatozoïdes, éléments anatomiques solides, à l'exclusion de toute humeur leur servant de véhicule. Mais leur nette délimitation dans les cloisons mésentériques allant des parois du corps au sac digestif marque l'apparition d'un appareil générateur, qui se retrouve ensuite sur tous les animaux plus complexes \yoy. Nerveux [analomie comparée)].

Dès l'état unicellulaire, nous avons vu les animaux produire des pièces squelettiques relativement complexes. Ce sont les homologues de celles qui, sur les êtres pluricellulaires, sont d'origine ectodermique; qui, sans être cellulaires, ont déjà chez les Sertulariens une grande importance aux points de vue de la constitution et de la conservation de l'économie; pièces enfin qui, au-dessus des vers, des mollusques et des articulés (sur nombre desquels elles arrivent à former la masse la plus considérable de l'organisme), n'ont plus pour homologues que les écailles des poissons, les dents, les parois propres de la notocorde, du cristallin, des glandes, les coques et coquilles des œufs, et quelques autres éléments non cellulaires, malgré souvent la grande complication de leurs dispositions intimes ou structurales {voy. Ch. Robin, Anat. cellulaire. Paris, 1873, in-8°, p. 120-151).

G. Organismes pourvus d'un tube digestif. Les plantes et les animaux, au point de vue de la composition élémentaire, de la disposition des systèmes et des actes, s'éloignent déjà les uns des autres, lorsqu'on arrive aux animaux multicellulaires, dans lesquels on trouve des fibres-cellules d'une part, un sac digestif de l'autre. Ces différences s'accentuent davantage encore, lorsque ce tube digestif possède des tuniques séparées du reste du tissu mésodermique et avec un orifice aux deux extrémités, et surtout lorsqu'on rencontre un système nerveux. La production de cavités, sinus ou conduits circulatoires, sans communication avec le tube intestinal, et celle d'organes respirateurs distincts, accroissent aussi ces différences, car les conduits séreux, les laticifères et les trachées des plantes ne sont pas comparables aux vaisseaux des animaux. Ce ne sont en effet que des cellules, des éléments anatomiques plus ou moins longs, placés bout à bout; la cavité de chacune reste distincte, avec cloison double aux extrémités qui se touchent, si on les envisage dans leur ensemble. Aussi n'y a-t-il pas là de translation canaliculaire proprement dite ou circulatoire. Toute arrivée du liquide dans une cellule placée plus haut ou plus bas que celle qu'on observe n'a lieu que par transmission osmotique au travers de cette paroi.

Quelle que soit la complexité de l'enchevêtrement ou de toute autre distribution des faisceaux fibreux et vasculaires des plantes, tant cryptogames supérieures que phanérogames, quels que soient le nombre et les formes de leurs tiges, rameaux et appendices, caducs ou non, les données précédentes montrent que ces êtres ne s'élèvent pas en fait de complication au delà du degré que représentent les animaux multicellulaires sans intestin, possédant des organes générateurs à sexes séparés ou réunis: absence d'intestin qui ne s'oppose aucunement à l'acquisition d'un grand volume et de la multiplication, ainsi que les cestoïdes [voy. cet article) en donnent un exemple frappant. L'emprunt et le rejet par ces organismes des urincipes tant assimilables que désas-

similéss'y font corrélativement d'après le même mécanisme (p. 485). La présence des stomates et des espaces intercelhil aires aériens correspondants constitue seule un système respiratoire rudimentaire, propre à nombre d'espèces, mais non à toutes. Parmi les animaux au contraire il ne se montre que dans des familles d'une complexité organique bien supérieure, puisque les appareils producteur ou intestinal, circulatoire et nerveux, existent avant les organes respiratoires spéciaux. C'est ce dont on voit des exemples jusque dans les Hirudinées.

Quoi qu'il en soit, en même temps que se montrent le système nerveux, dérivant de l'ectoderme, et des yeux rudimenlaires (Planariés, etc.), on trouve uu canal intestinal à parois indépendantes. Il est pourtant encore sans anus et ordinairement ramifié jusque sur les Trématodes distomiens. 11 est au contraire pourvu d'un anus et non ramifié sur les Turbellariés némertiens, animaux intermédiaires à ceux des deux groupes précédents, tandis qu'il manque sur les Cestoïdes [voy. cet article) , qui pourtant sont classés au-dessus des Distomiens.

L'existence d'un anus s'accompagne de celle d'une cavité close dite générale, périviscérale ou cœlome, avec ou sans mésentères, contenant un liquide considéré comme nutritif et communiquant avec certains vaisseaux dans les Échinodermes, etc.

La distinction entre une partie soit œsophagienne proprement dite, soit proboscidiennc, et une partie digestive, s'établit déjà sur des animaux dont l'intestin est terminé en cul-de-sac. Une portion stomacale par dilatation totale ou en caecums latéraux se montre sur la plupart des premiers des animaux qui ont deux orifices digestifs. Des conduits aquifères, à parois contractiles, ou à parois ciliées intérieurement et non contractiles, communiquant avec l'extérieur, se montrent déjà sur les Distomiens ou Trématodes dont l'intestin est sans anus. Il en est même de plus ou moins analogues sur les Cestoïdes. Les Échinodermes ont aussi un système aquifère ou ambulacraire communiquant de plus avec la cavité périviscérale; plusieurs ont en outre, comme les Holothuries, des organes creux ramifiés en forme de branchies, mais ils ne reçoivent que de l'eau par le cloaque, avec lequel ces organes communiquent sans avoir des vaisseaux sanguins dans leur épaisseur.

Dans ces diverses formes de conduits aquifères à orifice extérieur, sauf le cas d'une sécrétion ou d'une excrétion par leurs parois, les actes accomplis quand manquent encore les vaisseaux sanguins ne sont pas de l'ordre des phénomènes respiratoires proprement dits, mais de ceux qui seraient mieux appelés mitrition que respiration générale (p. 481). Seulement ici ils s'ajoutent à ceux de même ordre qui se passent à la surface externe du corps. Le rôle excrétoire des ;conduits de cet ordre dans les radiaires n'est pas prouvé, mais est rendu probable dans tous les animaux dont l'intestin comme les articulés, les vertébrés, etc., ne rejette pas les principes de désassimilation ou d'excrétion en même temps qu'il absorbe ceux qui seront assimilés, contrairement à ce que fait notre poumon qui rejette l'acide carbonique désassimilé en même temps qu'il absorbe l'oxygène.

Des conduits, soit en forme de sinus, soit pourvus de parois contractiles, contenant un liquide analogue au plasma sanguin, avec ou sans cellules en suspension, se montrent dans les némertiens et chez les animaux plus complexes qui ont une bouche et un anus, tels que les Échinodermes, les Annélides en

général, etc. C'est sur ces animaux d'une part, du rôle des Annélides, sur les Ascidies, les Bryozoaires et sur les Mollusques proprement dits de l'autre, que se montrent pour la première fois des organes d'échanges gazeux ou respiratoires proprement dits reliés à l'appareil sanguin. Ils sont sous forme de branchies d'abord, puis sous forme de poumons en sacs ou arborescents, à compter des Mollusques, des Arachnides, des Batraciens, etc. ; ailleurs ils prennent la disposition canaliculaire ou trachéale, si caractéristique dans les insectes et diverses Arachnides.

Assez généralement, à compter des Mollusques et des articulés, par exemple, en même temps que se montre un appareil qui simultanément prend de l'oxygène et rejette un gaz de désassimilation, l'acide carbonique, on trouve un appareil spécialement approprié à l'excrétion des principes solides, produits par décomposition désassimilatrice. Il fait ici à lui seul précisément l'inverse de ce que de son coté fait l'appareil digestif. C'est l'appareil urinaire, auquel s'ajoute dans les vertébrés à température fixe l'appareil sudoripare.

La netteté et l'importance de l'acte excrétoire accompli par ces appareils fait comprendre qu'alors même que ceux-ci manquent, dans telles ou telles espèces animales, l'excrétion doit être recherchée dans quelque appareil où, comme dans l'intestin, l'absorption est le fait élémentaire et dominant; dans quelque appareil dont la constitution permet pour les liquides et les solides dissous l'exosmose en même temps que l'endosmose [voy. Gh. Robin. Tableau d'anatomie, Paris, 1850, in-4°. Avertissement, p. 9).

Dès que la comparaison des corps doués d'organisation nous a conduits jusqu'à ceux qui possèdent tous les appareils qu'on retrouve ensuite sur les vertébrés, jusqu'à l'homme, nous connaissons assez les conditions d'existence des organismes les plus compliqués, pour qu'il n'y ait pas lieu dans cet article de pousser plus loin l'examen des questions de ce genre.

g VI. De l'accommodation des parties organiques a l'accomplissement de leurs ACTES. L'article Génération (§§ Il etlll) nous a montré empiriquement quelles sont les phases successives de la génération à l'aide et aux dépens de l'ovule : 1" des éléments anatomiques et des tissus animaux; 2'^ puis celles de la formation des systèmes {voy. cet article, § III), à commencer par celui que représentent l'ectoderme et l'endoderme, et enfin le mésoderme. Celui-ci apparaît graduellement à mesure que le nouvel individu a passé par les formes dites de morula, de hlastula et de gastrula. Sous ces formes l'embryon représente ce qui pour de Blainville était le type de l'animal abstractivement envisagé sous sa configuration la plus générale, dès qu'on passe des amorphozoaires (infusoires, etc.) à ceux qui montrent un tégument distinct, savoir : une enveloppe commune qui porte le nom de peau quand elle est extérieure, celui de muqueuse lorsqu'elle est intérieure, entourant une couche ou masse de tissu cellulaire diversement modifié {De l'organisation des animaux, Paris, 1822, in-8°, p. 24).

L'examen des faits qui viennent d'être rappelés conduit à voir comment cette succession d'apparitions et de modifications évolutives amène la formation d'un organisme, c'est-à-dire d'un tout composé de parties de nature et de propriétés diverses, hétérogènes en fait à cet égard les unes par rapport aux autres, mais solidaires tant en raison des conditions permettant et amenant leur naissance qu'en raison des relations anatomiques qu'elles conservent comme conséquence de cette naissance même.

Nous ne connaissons donc en fait que les lois empiriques de la formation des organismes et non encore sa théorie, c'est-à-dire sa raison d'être. Cette théorie doit découler en effet de la notion d'état d'organisation d'une part, et de Ja connaissance des actes moléculaires nutritifs d'autre part. Les corps composés de parties douées de l'état d'organisation sont l'une des formes sous lesquelles la matière terrestre se présente à ceux de ces êtres mêmes qui ont un système nerveux. La manière dont les corps bruts passent à l'état de corps vivant, de substance organisée, si l'on veut, est par suite une étude aussi naturelle que celle de la manière dont cette substance retourne, molécule à molécule, à l'état de composés inorganiques dans le milieu ambiant dont elle était venue. Mais nos connaissances analytiques à cet égard sont encore, sous plusieurs points de vue, insuffisantes, pour que nous puissions résoudre avec quelque certitude le problème synthétique inverse; de manière que nous trouvions les procédés voulus pour de l'état brut ou cristallin amener la matière à l'état d'organisation; pour que nous saisissions la raison d'être des formes que prend la matière lorsque, quittant le premier de ces états, elle arrive au second.

jNous ne connaissons rien de plus que l'influence de l'antécédent sur le conséquent qui se trouve inévitablement approprié au premier. Mais l'un amène r autre sans que nous sachions physiquement et chimiquement pourquoi, bien que là soient les causes déterminantes et législatives.

La véritable théorie de la formation de chaque organisme individuellement est donc celle qui nous trace d'une part la constante des conditions voulues pour la production de chacune de ses parties constituantes, simples et composées, et de l'autre celle des phases de leur apparition. C'est en outre celle qui nous montre chacune de ces apparitions de parties nouvelles, ou de dispositions nouvelles dans ces parties, devenir, par le fait même des changements ainsi survenus, la condition d'accomplissement de phénomènes de même ordre que les précédents.

Ce fait a pour conséquence inévitable un ordre déterminé dans l'arrangement des parties. Celles-ci n'étant point inertes lors de leur génération, dès qu'elles entrent en jeu, dès que les attributs dynamiques de chacune d'elles se manifestent, l'accommodation de chacune à l'accomplissement d'actions fonctionnelles définies se manifeste aussi comme un simple effet de cet arrangement.

C'est de la sorte que l'embryogénie, en montrant comment chaque phénomène accompli en suscite un second, et ainsi de suite, donne comme l'un de ses corollaires les plus importants la raison d'être de l'appropriation des parties qui naissent et se développent à l'accomplissement des usages qu'elles remplissent, ou, si l'on veut, celle de leur solidarité tant anatomique que fonctionnelle. Il y a là un ensemble de phénomènes générateurs et évolutifs dont la succession peut être exprimée et représentée par une courbe, dont le tracé diffère d'une espèce animale ou végétale à l'autre {voy. Géxération, p. 595).

Cette raison d'être tire, par contre-épreuve en quelque sorte, son entier caractère scientifique de ce que tout dérangement dans la succession ou dans l'énergie, etc., de ces phénomènes génétiques, s'il ne fait cesser ces derniers, entraîne la production d'anomalies, absolument comme, en chimie, la synthèse d'un composé est empêchée ou déviée dès que les proportions des composants, données comme naturelles par l'analyse, ou les conditions physiques de leur association, sont changées.

L'incompréhensible dans cette succession de faits, ce qui empêchait de saisir

les raisons de cette accommodation des parties de chaque organisme à l'accomplissement de lem's usages était dans ce que nous ignorions autrefois de la nutrition et de la génération des éléments anatomiques, portant en eux-mêmes les propriétés dont ces usages ne font qu'exprimer la manifestation comme résultante générale.

Avant la possession des données de cet ordre rien ne pouvait faire prévoir d'où dérive cette accommodation.

Nous ne savons nullement le pourquoi de ce qui fait que sur les invertébrés, dès qu'il y a un système nerveux distinct, c'est au-dessous de l'intestin qu'il naît et se développe; ou réciproquement pourquoi sur les animaux où les choses se passent ainsi nul squelette osseux ne se montre, non plus que des globules rouges dans le sang, et ainsi des autres. A plus forte raison ne savons -nous pourquoi dans les invertébrés la forme de l'involution cérébrospinale est annulaire, sémi- annulaire ou longitudinale inférieure par rapport à l'intestin, et entraîne la configuration des types radiaires, malacozoïques et annelés. Quelle que soit la multiplicité des hypothèses transformistes, nous n'avons à cet égard que les données fournies par l'observation ; nous ne connaissons les choses qu'empiriquement, c'est-à-dire sans relations de cause à effet. En comparant les animaux unicellulaires aux multicellulaires au point de vue de leur nutrition et de leur locomotion, on ne voit pas davantage ce qui fait que le système nerveux apparaît avant celui de la circulation et de l'appareil respiratoire, ou ainsi des autres, alors que l'appareil urinaire (qui en ce qui touche la désassimilation fait ce que d'autre part l'intestin exécute pour l'assimilation) ne se montre qu'après que les autres existent déjà, cela étant dit au point de vue de la complication hiérarchique des animaux.

De même dans les vertébrés nous ne connaissons qu'empiriquement et sans relations de cause à effet les conditions qui font que certaines des pièces du squelette qui sont fibreuses sur l'Amphioxus, les cyclostomes, etc., sont cartilagineuses dans les plagiostomes et osseuses chez les animaux à température fixe, à ce point même que pour les oiseaux certains os sont les homologues d'organes qui sont de nature tendineuse sur les mammifères. Or l'observation montre que dans ces êtres différents, pas plus que sur les embryons humains, etc., ce n'est pas un organe formé de tissu cellulaire qui a précédé celui qui est soit fibreux, soit tendineux, ni un organe fibreux qui a précédé celui qui est soit cartilagineux, soit osseux dans les oiseaux, etc., pour se transformer successivement en l'un, puis en l'autre, etc. L'observation montre au contraire que tout organe formé de tissu soit cellulaire, soit fibreux, soit tendineux, etc., naît comme cellulaire, fibreux, etc., et reste toujours tel, en présentant seulement les modifications évolutives qui lui sont propres. Il en est ainsi même lorsqu'il s'agit de l'os se substituant soit à ceux-là, soit au cartilage du squelette foetal [voy. Cartilage, Fibreux, Musculaire, p. 616, et surtout Lamineux, Os, p. 285 à 295), ou s'interposant à des couches et à des masses de tissu cellulaire au crâne et à la face, sans que ce tissu diminue de quantité, contrairement à ce qui a lieu dans le cas de sa substitution au cartilage.

Or, pour en revenir maintenant à notre sujet, de même que l'os n'a pas été d'abord cartilage, le cartilage tissu fibreux, ni celui-ci tissu cellulaire, de même, si d'un protorganisme à l'homme il y a complication évidente, l'apparition dans certains organismes d'appareils manquant aux autres n'implique pas plus la transformation de ces derniers en ceux qui sont plus complexes que

sur un même animal (et à fortiori que sur des espèces différentes) la présence de l'os n'implique celle d'un organe cartilagineux antécédent ; pas plus que l'existence d'un cartilage n'implique la précession d'un organe fibreux, etc. Et pourtant il est certain qu'il y a plus de parties similaires dans le système osseux qu'il n'y a eu sur l'embryon de pièces cartilagineuses squelettiques; il est certain que la présence d'un système osseux est une marque de complication organique, puisque toute génération d'un os à la place d'un cartilage de même forme entraîne la persistance de deux cartilages articulaires au moins où il y avait seulement une masse cartilagineuse unique. Il y a là un fait de complication croissante individuelle qui a pour conséquence une perfection organique corrélative, aux points de vue anatomique et physiologique simultanément. Lesappareils digestif, circulatoire, respirateur, etc., suivent rigoureusement dans leur apparition, leur développement et leur appropriation à l'accomplissement des actes correspondants, une progression analogue à la précédente, depuis leur apparition blastodermique jusqu'à l'âge adulte, avec ou sans arrêt ou excès de développement normaux ou non dans tel ou tel appareil, d'où les variétés individuelles et de race. Mais il ne faut pas confondre complication avec perfectionnement. Car, si des animaux unicellulaires à l'homme il y a complication organique évidente, la perfection n'est pas en raison croissante directe de la complication, et la perfection de telle ou telle existence donnée se voit dans plus d'un être d'organisation simple. Tout gît ici dans une question d'appropriation des parties de l'être entre elles et de celui-ci avec le milieu ambiant.

Les conditions génétiques notées plus haut amenant l'appropriation des parties à l'accomplissement de leurs usages réapparaissent telles qu'elles sont dans l'embryon, lors de la génération des membres enlevés aux batraciens, aux poissons et à divers articulés. Il en est de même dans tous les cas où un animal étant divisé expérimentalement ou naturellement les organes qui manquent à chacune des deux portions se régénèrent jusqu'à ce que toutes deux soient devenues semblables à l'antécédent unique; ces conditions génétiques successives se retrouvent encore dans tous les cas de reproduction sans fécondation, sans intervention des spermatozoïdes. Tels sont en premier lieu les cas de parthénogenèse, de reproduction ovulaire par des femelles non fécondées, comme certaines de celles des pucerons, des abeilles, etc. Tels sont surtout les cas de génération alternante, de reproduction par gemmation soit externe, soit interne, et la reproduction par des hulhilles dans certains phanérogames {voy. Généra.tion, p. 486).

Les conditions voulues pour cette formation successive des systèmes qui conduit à constituer chaque organisme individuellement sont donc, comme on le voit, d'abord toutes locales ou d'intimité nutritive. Il y a aussi des conditions relatives à l'état antérieur des principes assimilés amenant l'augmentation de masse de chaque système apparu, de chaque organisme par suite. Dans d'autres cas, il vient s'ajouter aux précédentes celles encore qui sont dites d'hérédité, relatives à l'état antérieur des substances fournies dès le début par les parents, c'est-à-dire du vitellus et des spermatozoïdes {voy. Fécondation, p. 364, et Sperme). Mais cette influence n'apporte que des modifications d'ordre très-secondaire dans la constitution de tel ou tel système ou de tous. Contrairement à ce qu'on a avancé, elle ne va jamais jusqu'à faire que l'organisation d'un descendant soit autre que celle de ses ascendants. En d'autres termes, les conditions de la formation de chaque espèce d'organisme et celte formation même restent aujour-

d'hui ce qu'elles étaient à l'origine, au début de l'apparition de chaque espèce. Cette influence de l'hérédité, en effet, n'existait pas alors : or une fois manifestée cette influence, son intensité n'a fait et ne fait encore que s'accroître avec le temps ; car il est évident qu'il s'agit là d'une notion de durée organique et non d'origine : si donc cette influence allait jusqu'à transformer les espècesen d'autres, soit nouvelles, soit déjà représentées sur la terre, elle devrait amener l'apparition de ces espèces nouvelles plus encore aujourd'hui que par le passé, ce qui n'est pas.

Ce ne fut jamais que par des préconceptions et non d'après des observations précises que beaucoup d'auteurs soutini^ent jusqu'à la fin du siècle dernier que tous les organes existaient préformés dans les œufs et pour apparaître ne faisaient que se développer, s'accroître, sans naître. 11 n'y a plus lieu de discuter aujourd'hui les hypothèses nombreuses émises à cet égard. Dès 1651, Harvey admettait que les divers systèmes d'organes se forment successivement de toutes pièces au sein d'une matière homogène et qu'en venant s'ajouter les uns aux autres ils constituent l'organisme de l'individu nouveau. Needahm, Blumenbach et surtout Wolff (1759 à 1774), s'aidant d'observations bien faites sur l'évolution du poulet, formulèrent cette théorie de l'épigenèse.

Quoique l'examen, à l'aide du microscope, de l'ovule et des parties embryonnaires naissantes, ait, depuis Baer, Coste et autres, confirmé ces observations avec bien plus de précision encore, il est encore des auteurs qui supposent que l'organisme individuel est contenu en puissance dans l'ovule, dans le vitellus. Il l'est suivant les uns par prédestination créatrice, et suivant les autres par hérédité, ou, si l'on veut, par imitation, le descendant ne pouvant s'empêcher de faire ce qui a été exécuté dans son antécédent.

Mais nous avons vu (p. 485) que dans les plantes et les animaux les ovules naissent comme tout autre élément. 11 s'en produit dans les mammifères des milliers de plus qu'il ne s'en détache de l'ovaire pendant toute la durée de la vie {voy. Sexe, p. 477). Beaucoup, pendant le cours de l'existence, se détruisent après leur chute, par suite d'accidents les plus divers, faute d'avoir rencontré dans leur migration naturelle les conditions voulues pour la fécondation, ou même après les avoir rencontrées.

Sur les êtres qui meurent de vieillesse on voit les ovules nombreux qui n'ont pas participé à cette évolution et qui restent dans l'ovaire, s'atrophier jusqu'à disparition complète, au même titre que d'autres éléments de l'ovaire en bien plus grand nombre souvent qu'il ne s'en est détaché et surtout qu'il n'y en a eu de fécondes. Sous ces divers rapports, plus encore chez l'homme que sur les autres êtres, les ovules ne se comportent pas autrement que ne le font les épithéhums qui les accompagnent ou ceux de la plupart des muqueuses. Ils ne jouissent à ces divers égards d'aucune faveur spéciale devant les conduire plus sûrement que les autres à une fin déterminée, et ils sont soumis à toutes les chances de destruction que présentent la plupart des éléments comme à toutes les conditions habituelles d'existence de ceux-ci. Jusque-là il est manifestement impossible de leur i-econnaître en puissance quoi que ce soit qui les distingue des autres, en dehors de leur structure, de leurs réactions, de la lenteur ou de la rapidité de leur développement dans telle ou telle condition de circulation, etc.

L'ovule, dans ces conditions, n'a d'autre puissance que la possibilité d'arriver à maturité, si nul accident ne vient entraver son évolution. La maturité de l'ovule se caractérise comme l'indique l'article Fécondation, p. 352 et 566.

Alors seulement, il est devenu apte à être fécondé; tant que son noyau cellulaire propre ou vésicule germinative persiste, le contact des spermatozoïdes reste inefficace, l'imprégnation du vitellus par eux n'a pas lieu, et alors nul des phénomènes consécutifs à sa disparition et à la pénétration des spermatozoïdes ne survient. Il n'a donc cette puissance qu'à la seule condition de l'accomplissement régulier des phénomènes nutritits et évolutifs antécédents.

Si la fécondation a eu lieu, le vitellus a, par ce fait, acquis la propriété de présenter une succession de changements moléculaires intimes, mais rien de plus. Pendant leur durée, qui est de plusieurs heures, on peut les faire cesser pcir une pression plus ou moins forte ou par d'autres actions physiques qui ne changent rien d'autre part à la constitution du vitellus. Or, quand on les suspend ainsi trop longtemps, on les fait cesser complètement, toute puissance pour des phénomènes évolutifs ultérieurs est perdue pour l'ovule.

Si, au contraire, on laisse ces phénomènes s'accomplir naturellement, et quand ils sont achevés, les conditions dans lesquelles se trouve le vitellus comparativement à ce qu'il était sont changées, ce que révèlent sur beaucoup d'espèces les dispositions nouvelles que présentent dans son intérieur les granulations et les gouttes d'huile qui concourrent à le constituer. Il est devenu apte à la production des (/lobules polaires et du noyau vitellin central dont l'apparition précède immédiatement la segmentation. Or, ici encore, que Ton vienne à entraver ou à empêcher expérimentalement en quelque point le développement de ces parties, et l'on verra ne pas avoir lieu la segmentation du vitellus dont l'accomplissement régulier conduit à la formation du blastoderme ; ou bien on la verra cesser avant son achèvement ou ne donner lieu qu'à la production de globes vitellins plus ou moins régulièrement entassés, ne se juxtaposant pas en membrane cellulaire, et marquer la fin d'une évolution ainsi interrompue.

Ainsi, à compter de l'apparition première de l'ovule chez l'homme comme sur les autres animaux, chaque circonstance accidentelle survenant pendant l'accomplissement de ces phénomènes entraîne ou bien leur cessation et celle de tous les autres qui les suivent dans les conditions normales, ou encore leur simple déviation avec production de tels ou tels états tératologiques au lieu et place des formations habituelles ; et la production de ces monstruosités ne suit pas chez l'homme des lois autres que celles qu'on observe dans les espèces différentes.

Le blastoderme développé régulièrement ou non ne contient donc rien autre chose, en puissance comme en fait, que les conditions nécessaires pour qu'aient lieu d'abord la génération des feuillets blastodermiques, la déhmitation des systèmes cérébro-spinal, de la notocorde, etc., du tube digestif, et ainsi des autres, autant dans les plantes que dans les animaux.

Mais, la génération de tel ou tel de ces organes une fois accomplie, les conditions dans lesquelles éiait l'ovule se trouvent changées, sa puissance est modifiée, elle est accrue, de telle sorte que l'accomplissement de l'un apporte les conditions indispensables à l'effectuation du suivant ; et quelque trouble comme quelque progrès que ce soit survenant dans l'accomplissement du premier, ils en entraînent de corrélatifs dans le second.

L'embryogénie a donc démontré que l'ovule, lors môme qu'il est fécondé, ne possède aucunement en puissance la forme du corps humain, s'il s'agit de l'homme, et ainsi des autres êtres, soit qu'on prenne ce mot dans le sens de conformation physique et géométrique, soit qu'on le choisisse pour désigner

Vensemble des qualités de tout ordre caractéristiques d'un être organisé. Elle a encore prouvé que l'ovule fécondé d'une espèce quelconque peut dans son évolution, selon telles ou telles conditions intrinsèques ou extrinsèques, conduire à la production d'un monstre simple ou double, viable ou non, hors du sein maternel, aussi bien qu'à l'organisme le plus parfait, et cela d'autant plus communément que l'être est d'une organisation plus élevée en complication, c'està-dire plus souvent chez l'homme que dans toutes les autres espèces. Aux poètes, non aux savants, il est permis de dire, comme le font encore quelques-ims de nos jours, que déjà dans l'ovule ovarien peut être enfermé le géant de corps et d'esprit ; ce qui ne laisse rien à l'intervention de l'hygiène ni de l'éducation dans le développement.

Les différences entre les œufs d'une part et les animaux produits par chacun d'eux de l'autre semblent se montrer hors de toute proportion physiologiquement, à compter du moment oîi ils se trouvent dans le milieu propice à leur évolution. Or, il n'en est rien.

Les ovules, tout en conservant leurs ressemblances quant à leur structure cellulaire fondamentale depuis les plantes jusqu'à l'homme, diffèrent d'un âge et d'une espèce à l'autre dans ce qui caractérise essentiellement leur état d'organisation, au point de vue de leurs principes immédiats constitutifs et du mode d'association moléculaire de ceux-ci. Ils diffèrent en cela les uns des autres au même titre que toute espèce d'élément quelconque comparée à elle-même dans la hiérarchie des êtres, il faut d'autre part avoir déjà présents à l'esprit les changements apportés à ces deux points de vue dans la constitution des ovules par l'intervention de la substance des spermatozoïdes {voy. Fécondation, p. 357 et 504). Dès lors, on comprendra que l'ovule des plantes et des animaux, toujours essentiellement composé anatomiquemenl de la même manière, ne présentant que des différences chimiques d'abord peu appréciables, diffèie pourtant beaucoup d'une espèce à l'autre au point de vue de ce qu'il y a d'essentiel dans l'état d'organisation, quanta la mollesse, à la couleur, à la saveur, etc., de sa substance, en un mot. Il diffère autant de la chienne à^ la brebis, du mammifère à l'oiseau, au reptile, au poisson, au mollusque, etc., que dans sa constitution intime diffère la substance des muscles, etc., de l'un à l'autre de ces animaux.

Chacun des phénomènes qui succède au premier, la fécondation, et qui en suscite un second, augmente d'une manière corrélative ces différences originelles et de plus en multiplie le nombre ; si bien que partout il y a ici une correspondance rigoureuse entre les phénomènes générateurs et les conditions organiques d'accomplissement de ces derniers ; si bien, en un mot, que les différences physiologiques finales ne semblent prodigieuses à côté des différences anatomiques originelles qu'autant que l'on ne porte pas la question sur son vrai terrain, celui de la nature moléculaire des actes génétiques, ou que l'on ne voit que certains d'entre eux, sans saisir les antécédents qui ont amené l'effectualion des conséquents.

Ce qui se dit des ovules fécondés s'applique naturellement et rigoureusement à la succession des phénomènes qui parlent de la germination des spores des cryptogames, du développement des greffes, des racines et des bourgeons, des boutures, etc., pour conduire à la formation d'une algue, d'un champignon, d'une fougère, d'un saule ou d'un agave, etc.

Dans l'évolution, la succession des actes d'ordre organique est donc telle qu'à

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partir de l'instant de la fécondation chacune des actions survenues dans l'ovule devient aussitôt, par l'elfet obtenu, la condition d'accomplissement d'un acte que l'observation apprend à déterminer.

En second lieu, l'étude des phénomènes d'évolution nous montre que tout élément anatomique, tout tissu ou mieux tout organe premier qui est né. devient, par le fait de son apparition ou de son arrivée à un certain degré de développement, la condition de la genèse d'un élément anatomique, d'un tissu d'espèce semblable ou différente, et par suite d'accroissement ou de la formation d'un organe premier nouveau, etc. ; il devient même, à certaines périodes, la condition du retard ou de Yarrêt de développement ou même de l'atrophie de quelque autre partie pendant qu'il continue à grandir plus ou moins {balancement des organes). C'est de la sorte que les éléments anatomiques, etc., deviennent successivement générateurs les uns des autres, sans l'être directement par continuité matérielle, par gemmation, c'est-à-dire sans qu'il y ait un lien généalogique direct entre la substance de celui qui apparaît et celle des éléments de même espèce ou d'une autre espèce entre lesquels il naît. C'est là, en effet, ce qui a lieu (à partir de l'époque oià il n'existe plus dans l'économie des cellules de provenance vitelline directe) pour tous les éléments anatomiques qui arrivent à l'état de fibre ou de tube, et même pour quelques-uns de ceux qui conservent l'état de cellule. Comme depuis les mollusques jusqu'à l'homme il en est ainsi, l'on voit que c'est de la sorte que naît la très-grande majorité des éléments anatomiques musculaires, nerveux, cartilagineux, osseux, lamineux, élastiques, etc., sans parler des parois propres de la notocorde, cristalliniennes, glandulaires et autres.

Dans ce qui précède, générateur veut dire que, grâce à l'instabilité nutritive naturelle de la substance organisée, l'accomplissement d'un acte met, au moins temporairement, la partie qui en est le siège dans des conditions statiques voulues pour que cet acte s'accomplisse, soit mieux, soit moins bien. Les conditions d'activité dont il s'agit peuvent être relatives à la nature, à la quantité ou à l'arrangement relatif des molécules composantes des cellules, etc. ; elles peuvent se rapporter de plus à la genèse (ou à la disparition) intime des parcelles les unes homogènes, les autres hétérogènes par rapport à leurs antécédentes ; quel que soit l'ordre de propriétés d'ordre organique dont jouit l'élément, l'apparition comme la disparition de celles-ci constituent d'autre part, dans son intimité, de nouvelles conditions pour son activité propre et pour la génération ou l'atrophie de telles ou telles parties selon les circonstances dans lesquelles se trouvent placées la cellule, la fibre, etc. Là se trouve la raison d'être de l'accroissement à la fois statique et dynamique des muscles, des organes des sens, des glandes, des os, etc., comme celle de leur décroissance, selon qu'ils sont régulièrement mis en activité, ou au contraire laissés inactifs. Là aussi se trouve la raison d'être de ces modifications aberrantes souvent énormes ou étranges dans le volume, la forme et la structure des cellules, aussi bien que de tel ou tel organe considéré dans son ensemble, toutes les fois que ces parties sont longtemps maintenues dans des conditions anormales permettant la persistance de leur rénovation moléculaire nutritive.

Mais, par suite même de ce que ce fait a pour condition première d'existence un certain degré d'instabilité de la substance'organisée, dès que dans le cours naturel de sa durée un élément est arrivé au faîte de la perfection en tant que structure et activité, il ne s'y maintient que pendant un temp limité. Cette

irtection décroît à cet égard par suite de l'imparfaite élimimination de certains !S principes qui arrivent aux cellules ou qui s'y forment. Incrustant ainsi ces jrniers, pendant que d'autres principes continuent à disparaître sans être paritement remplacés, ceux qui sont inertes, comme les principes calcaires, graisux, etc., prennent la place de ceux qui agissaient. Ailleurs c'est la désassiilation de certains principes, sans assimilation correspondante, qui cause ces odifications séniles ou morbides.

Dans tous les cas, dès qu'un summum de perfection est atteint, lorsque le •mmet de la courbe d'évolution est touché, le corps organisé se modifie en [descendant vers l'autre extrémité de cette courbe, mais sans jamais tendre à ivenir vers son point de départ, sans que jamais même les résidus anatomiques

fonctionnels, s'il est permis de dire ainsi, puissent être assimilés aux rudi~ \ents des choses homologues en voie de croissance.

C'est de la sorte que la genèse d'un corps cellulaire autour d'un noyau comme intre, puis de prolongements cellulaires à la périphérie de celui-ci, constitue itant de phénomènes qui deviennent la condition d'accomplissement d'autres ;tes génétiques successifs, tant dans l'intimité même du corps cellulaire qu'auur de celui-ci {voy. l'art. Blastème, p. 57-4-575, et FiBaE).

C'est de la sorte que la naissance d'un organe premier de tel ou tel système itraîne l'apparition corrélative d'un organe premier de tel ou tel autre système, li se trouve être par suite en corrélation avec lui, quelque soit le déplacement olutif ultérieur qui écarte l'un de l'autre. C'est ainsi que la naissance du testide amène la génération contre lui, dans la région lombaire, de ganglions qui içoivent ses vaisseaux lymphatiques qui restent toujours en connexion avec lui, lel que soit l'éloignement ultérieur du premier relativement aux seconds. C'est nsi que les nerfs du larynx se développant en même temps que ses pièces 'opres, alors que le cou n'existe pas encore, n'est représenté avec la face que ir les arcs branchiaux, le cœur, l'aorte et ses divisions tant carotides que sousavières, siègent près d'eux, le nerf laryngé inférieur, qui passait directement )us la crosse de l'aorte et la sous-clavière droite, est entraîné par elles lorsque : centre circulatoire s'éloigne de sa place primitive par suite de l'accroissement as vertèbres, mais en restant dans le thorax.

C'est par cette série de conditions se montrant successivement que s'établis- ?nt les connexions qui existent entre les divers tissus, ou mieux entre les parties milaires de chaque système. L'apparition constante d'éléments de plusieurs spèces à la fois, se montrant aussitôt avec une forme spécifique et un arrangelent réciproque déterminés, conduit aussi pas à pas ces parties à offrir les dispotions qui entraînent avec elles l'aptitude à l'acomplissement de chaque usage constituer, en un mot, un organisme.

C'est en effet déjà conformées en organes premiers ou parties similaires, en îritables systèmes, que se montrent toutes les espèces de parties nouvelles u nouvel être. A l'exception des cas de scission et de gemmation individuelle es cellules, ce n'est pas un par un que naissent les éléments anatomiques, pour lontrer un certain arrangement réciproque quand ils seraient devenus assez ombreux pour permettre de dire qu'ils forment un tissu et pour se disposer en uelque sorte côte à côte de manière à construire un organe en passant ainsi du etit au plus grand. Plusieurs noyaux, puis plusieurs corps cellulaires autour 'eux, apparaissent enmêmetemps configurés, construits d'une certaine manière idividuellement, mais qui n'est pas encore définitive, mais déjà associés entre eux

et formant une partie similaire d'un volume et d'une conformation en rapport avec ces caractères et avec leur nombre ; puis c'est à mesure que dans leur intimité individuelle se passent les phénomènes de leur évolution propre que des cellules nouvelles de même espèce ou d'espèce différente viennent s'ajouter et reconnaissent comme condition de leur apparition ces phénomènes-là.

La question de l'appropriation des parties similaires de chaque tissu à l'accomplisscment d'actes déterminés est résolue par ce fait que constamment les éléments anatomiques naissent ou s'individualisent un certain nombre à la fois, de telle sorte que, dès leur apparition, ils sont groupés dans un ordre déterminé, c'est-à-dire avec une texture en corrélation avec leur forme et leurs dimensions. Ceux des éléments anatomiques de même espèce ou d'espèce difféiente dont la naissance est amenée par l'évolution des premiers apparus prennent naturellement une disposition réciproque en rapport avec celle des parties analogues qui les ont ])iécédés. Ces particularités s'observent jusque dans les cas de régénération des tissus sur l'adulte ou sur les jeunes sujets, quand on voit, par exemple, dans les nerfs coupés de nouveaux éléments nerveux naître en prenant la disposition de ceux qui s'atrophient et qu'ils remplacent.

Il résulte de ce qui précède que chaque organe apparaissant se trouve ne jamais avoir été séparé des autres et au contraire conserve toujours cette conti guïté [principe des connexions) ou cette continuité qui ^ont si nécessaires dans toute ordination des parties similaires formant des organes susceptibles de concourir à un but coninmn. Là se voient les conditions qui font que les organes premiers, constitués en tissus différents, tels que les muscles, les tendons, les os, les ligaments, n'ayant jamais été séparés et ayant développés corrélativement leurs saillies et leurs dépressions en sens inverse l'une de l'autre, offrent une adhésion par contiguïté immédiate qui est proportionnelle à leur propre consistance ; de là vient aussi que ces organes et autres ne glissent les uns sur les autres que lorsqu'ils sont séparés par quelque tissu très-extensible, tel que le tissu cellulaire ou lamineux ou par les feuillets d'une séreuse dont ce sont les faces opposées qui glissent l'une contre l'autre.

En présence des faits signalés plus haut sur la part que prennent le sang, la lymphe, la synovie et autres humeurs dans la composition de quelques systèmes il importe de ne pas oublier que l'observation montre le nouvel être ainsi composé d'abord de parties peu consistantes, il est vrai, mais solides, diversement configurées et diversement associées en tissu et en organes selon cette constitution; puisque c'est alors que sont ainsi apparus dans une solidarité statique nécessaire de véritables organes permanents que de certains de ces derniers proviennent directement, par exsudation exosmotique et désassimilatnce de principes (d'abord assimilés en excès), des liquides ou humeurs propres à cet être. Or, en raison de leur composition immédiate et de leur fluidité, ils ne peuvent pas ne "pas entrer en relation par des échanges de même ordre soit avec des milieux organiques ou maternels dans le cas des animaux vivipares, soit avec les modificateurs cosmologiques ou généraux dans celui des êtres ovipares. Ils constituent ainsi dès l'origine un milieu inlérieiir, servant d'intermédiaire physicochimique entre les agents extérieurs au nouvel organisme, de quelque nature qu'ils soient, et les parties sohdeset directement actives dont il provient prinr tivement, avec la composition immédiate desquels la sienne conserve tou jours inévitablement d'intimes rapports et dont il n'a jamais été séparé mécaui quement.

La liaison physique et moléculaire ou constitutive originelle entre les solides et les liquides qui les produisent, qui ne cessent jamais sous le rapport surtout de l'influenee réciproque des uns sur les autres, ne saurait donc être plus intime, plus minutieuse, et leur ordination pour l'accomplissement d'actes corrélatifs plus inévitable.

Il faut avoir poursuivi pas à pas sur des embryons de vertébrés et d'invertébrés l'examen de cette influence successive de la génération d'un tissu sur celle d'un autre ou sur la production d'une humeur pour saisir comment, mais non pourquoi, l'apparition de l'un des précédents détermine celle de celui qui suit; comment un trouble causé dans le développement du premier en amène dans la formation du second, alors même que ces perturbations ont précédé l'apparition de celui-ci. De là les répétitions accidentelles soit homotypiques, soit même homologiques, dont les analogues s'observent normalement dans les cas de multiplication des vertèbres sur les poissons, les ophidiens, etc. Il faut avoir suivi la succession de ces phénomènes pour saisir comment la génération des pièces squelettiques amène celle des masses musculaires, puis celle de ces dernières détermine l'apparition des faisceaux des tendons correspondants qui naissent après cela et jamais avant ; comment l'arrivée de l'intestin à un certain degré de développement entraîne la génération du foie, du pancréas avec la rate, etc.

Ainsi, en même temps que les parties constituantes du corps apparaissent ordonnées en tissus, elles se groupent ou divisent en organes premiers, inévitablement ou directement contigus ou continus les uns avec les autres selon leur constitution élémentaire propre et dans un état de solidarité par contiguïté et continuité que rend inévitable leur génération, l'apparition de celui qui se montre le second étant précisément déterminée par les conditions nouvelles dans lesquelles se trouve placé l'embryon par le fait même de la production du premier; et cela s'accomplit et se suit inévitablement dans un ordre analogue jusque dans les monstruosités, lorsque quelque circonstance accidentelle a modifié l'organe antécédent sans compromettre absolument l'existence de l'être, ([uel qu'il soit.

On sait de plus que, quelle que soit l'entrave qui empêche l'achèvement complet de la segmentation du vitellus, elle enlève aussi toute possibilité à la formalion du blastoderme ou au moins, suivant les espèces animales, à la formation de celle de sa portion embryogène dont dérivent médiatement ou immédiatement les organes définitifs du nouvel être. Il met ainsi obstacle à la formation du nouvel être lui-même. Toute déviation accidentelle de l'achèvement régulier de ce blastoderme par des troubles chimiques, physiques ou mécaniques apportés à la scission vitelline, etc., entraîne l'apparition d'un blastoderme anormal simple ou divisé plus ou moins profondément sur une ou sur ses deux extrémités. Elle cause ainsi par suite le développement de monstres simples ou doubles et parfois la duplicité presque complète (ou même complète, pouvant donner deux jumeaux à l'aide d'un seul vitellus, d'après Bruch, Gazette médicale. Paris, 1869, p. 337), alors que dans tous les cas on peut constater que ce blastoderme dérive d'un œuf simple à vitellus et à vésicule germinative uniques. Ce n'est plus alors un seul individu que le germe aurait rejjréseiité en puissance, mais deux, ou un plus une moitié ou un quart soit de la partie antérieure, soit de la partie postérieure d'un autre individu ; et, on le sait, ces monstruosités se produisent aussi bien et au moins aussi souvent chez l'homme que sur les autres vertébrés.

les poissons exceptés ; car, en raison des circonstances artificielles exigées pour l'étude expérimentale de la fécondation de leurs œufs et de leur accroissement consécutif, les cas tératoligiques y sont bien plus nombreux que sur les autres animaux. Ce fait est d'autant plus important que l'on ne saurait ici faire intervenir l'influence de l'hércdilé, comme on le peut faire chez l'homme, où l'on voit certaines monstruosités se transmettre héréditairement comme toute autre particularité de l'organisation des générateurs. Jamais, en effet, en dehors des sociétés humaines déjà fort avancées, on ne voit un animal monstrueux se développer jusqu'à l'âge de la reproduction, les conditions anormales dans lesquelles il se trouve le mettant dans l'impossibilité d'éviter longtemps la voracité des carnivores.

Mais, par contre, le blastoderme présente des conditions qui sont d'une manière tellement immédiate celles qu'exige l'apparition du premier de ces organes, et celui-ci en fait autant pour la production du deuxième d'une manière tellement inévitable, et ainsi des autres, que chacun des lobes d'un blastoderme anormalement divisé donne naissance aux organes céphaliques ou aux organes de l'arrière du corps qui lui correspondent, dans le même ordre que lors des circonstances où l'évolution se fait régulièrement. On voit par là du même coup la raison pour laquelle il faut que les circonstances accidentelles qui entraînent la production des grandes monstruosités interviennent dès l'origine des phases de l'évolution pour qu'elles soient suivies d'effet, autrement les conditions d'existence de l'être sont suffisamment assurées de sa part par le développement pour qu'il résiste; ou, si l'accident pèse sur l'organe en particulier et lors de son apparition, l'anomalie reste limitée à cet organe ou à la fois à lui et à ceux dont son apparition est la condition de formation et d'existence, sans que l'évolution des autres parties soit sensiblement modifiée.

C'est de la sorte que se produisent originellement, par division et non par soudure, les monstruosités doubles, partielles ou plus ou moins complètes, avec développement égal ou non des deux moitiés (wr/. Génékation, p. 585).

C'est là ce qu'ont montré les observations embryogéniques souvent répétées par Coste, Valentin, Lereboullet et autres savants, observations qui toujours sont venues contredire les hypothèses émises avant la constatation de ces faits.

Ainsi, dès que la réunion des cellules qui dérivent directement du vitellus par scission et individualisation de sa substance en éléments anatomiques figurés, on voit ces cellules se grouper de manière à donner plus de deux lobes à la portion embryogène du blastoderme ; on voit celui ou ceux de ces lobes qui sont anormaux être si fatalement le point de départ de la production d'organes semblables à ceux du lobe normal, soit antérieur, soit postérieur, auquel il est accidentellement surajouté, qu'en se plaçant au point de vue de la doctrine des causes finales il faudrait admettre que le germe contient, soit préformé, soit en puissance, aussi rigoureusement le monstre que l'être le plus parfait.

Ajoutons que cette puissance est si faible qu'on peut voir des organes entiers ou même toute une portion du tronc, comme la tête, soit seule, ■^oit avec l'arrière du corps en même temps, par exemple, se dissocier, élément par élément après s'être formés ; le reste de l'organisme n'en continue pas moins à se développer et produit ainsi des monstres hémiacéphales, acéphaliens ou anidiens. Cette destruction du corps de l'embryon peut même être complète sur les mammifères, et pourtant l'enveloppe choriale dérivée de la portion non embryogène

du blastoderme continue son évolution, sous forme anormale dite de môle hydatiforme [voy. Œuf).

Lorsque quelque circonstance de ce genre entraîne ainsi k disparition de tel ou tel organe nouvellement apparu, dont pourtant l'absence est compatible avec la persistance de la vie, mais de la vie intra-utérine seulement, cette absence faisant évanouir les conditions nécessaires à la génération habituelle de l'organe qui normalement apparaît aussitôt après que le précédent est arrivé à un certain degré de développement, celui-là ne se montre pas, non plus que tous ceux dont son apparition amenait l'épigenèse successive. Cest ainsi que chez les monstres peracéphaliens, quand manquent les poumons et le cœur, manquent le foie et les organes internes de la génération.

Ces influences perturbatrices peuvent mener l'élément à différer de l'état qu'il offre le plus habituellement ou qu'il a offert d'abord normalement autant qu'il diffère des corps d'une autre espèce, mais nullement à se confondre avec l'une quelconque de celles-ci. L'association de ces principes est d'autre part assez peu stable pour que les influences précédentes entraînent la mort et la destruction du tout ou de telle de ses parties dès qu'elles dépassent certaines limites.

Chez les truites, les saumons, les brochets, etc., on ne connaît pas encore dans quelle proportion meurent les œufs depuis le moment de la ponte jusqu'au moment de l'écjosion dans les conditions naturelles, ni combien il se développe d'individus monstrueux dans ces mêmes circonstances. Mais il résulte des nombreuses expériences de Lereboullet que chez le brochet il meurt de 70 à 80 pour 100 des œufs fécondés artificiellement et élevés dans un laboratoire pour y servir aux études embryogéniques. Il en résulte d'autre part que sur 100 œufs qui éclosent le nombre des monstres qui en sortent vivants varie de 2 à 5 {voy. Valentin, Sur le développement des doubles monstres. Comptes rendus et mémoires de la Société de biologie. Paris, 185'i, in-f», p. 99, analyse par Hiffelsheim. — Coste, Sur l'origine des monstruosités doubles. Comptes rendus des s. de l'Ac. des sciences. Paris, 1855, t. XL, p. 868-931, etc. — De Quatrefages, ibid. — Lereboullet, Recherches sur les monstruosités doubles des poisso7is. Paris, 1855, t. L, p. 854-916, etc.; 1861, t. LUI, p. 957, et 1862, t, LIV, p. 761 , et Annales des sciences naturelles [zoologie], 1862).

On sait de plus que l'homme civilisé ne fait en aucune manière exception sous ce rapport à ce qui se voit sur les animaux sauvages et les plantes. Loin d'être traité autrement ou moins mal à cet égard que la plupart des autres êtres, c'est le contraire qui a lieu, car les conditions spéciales les plus favorables au développement de l'intelligence et de l'activité humaines ne le sont pas pour l'évolution fœtale. C'est ainsi que sur trois mille naissances il faut déduire au moins cent mort-nés dans les départements français et à Paris, et sur cent mortnés on compte environ un monstre non viable.

Ici même il n'est pas question des anomalies entraînant le crétinisme, l'idiotie, la surdi-mutité, ni de l'hydrocéphalie, du spina-bifida, de l'extrophie de la vessie, des imperforations ou de l'absence du rectum, des anomalies du cœur, des organes génitaux ou autres encore qui empêchent de vivre longtemps, ou mettent le plus souvent absolument obstacle au développement intellectuel et moral. Or, le nombre en est assez considérable pour que ne soient point libres d'en faire abstraction à leur bon plaisir, non plus que des autres monstruosités, ceux qui dans leur exaltation métaphysique disent textuellement que

l'iiotnine est une émanation du créateur par l'intermédiaiie d'un germe qui, en puissance, est déjà l'embryon et le reste, dans lequel est déjà l'homme; germe qui représente une idée directrice, qui a déjàf une âme formatrice, etc., disposant de la matière et des mouvements pour les construire en fœtus, enfant et homme dans la forme de l'être auquel appartient cette âme, avec qui elle reste dans la pins substantielle intimité, et ils résument de la manière la plus nette l'opinion commune à cet égard en disant qu'il en est ainsi jusqu'à ce que quelque chose d'animant se sépare du gei me, de l'ejnbryon, de l'homme vivant, pour les laisser morts {voy. Derme).

C'est si bien d'après un ensemble de conditions nécessaires de cet ordre, oscillant en quelque sorte dans leur succession entre celles qui causent les monstruosités et celles qui ne sont plus compatibles avec le maintien de l'état d'organisation que naissent les organes, c'est si peu pour remplir le vœu de l'accomplissement d'une fonction d'après une préméditation de Vacte de leur création qu'ils apparaissent, que divers organes se forment sans arriver jusqu'au degré d'évolution intime qui entr?Jne l'aptitude à l'accomplissement d'un usage; que d'autres atteignent à ce degré, soit plus, soit moins parfaitement, d'un individu à l'autre, ce qui amène les différences individuelles morphologiques et fonctionnelles {équation personnelle des astronomes, etc.).

11 y a beaucoup de ces organes qui, nés absolument à la même époque et de la même manière que leurs homologues des individus d'un autre sexe ou d'une aulre espèce, n'atteignent j)ourtant pas le développement indispensable à l'aptitude fonctionnelle et constituent ce qu'on appelle les organes sans fonctions ou mieux sans usages : tels sont les mamelles et le mamelon chez tous les mâles des Mammifères, les dents des baleines qui ne percent jamais les gencives, les membres des orvets qui restent toujours sous la peau, les doigts de divers animaux ongulés ou pinnipèdes qui offrent le même exemple, et tant d'autres faits analogues chez les animaux et les plantes. D'autres au contraire continuent à se développer alors qu'ils ont perdu certaines des dispositions qui les rendaient primitivement propres à l'accomplissement d'un usage : tels sont les organes de Rosenmûller sur l'homme et sur la femme.

Ce sont ces exemples d'apparition des parties nullement nécessaires au mode d'existence des animaux ou des plantes qui font dire à plusieurs qu'il y a des organes dont la présence n'a pas pour but l'accomplissetnent d'une fonction (ou mieux A'un usage) mais l'observation d'un plan de création déte^-miné et prémédité, plan dont le lien intellectuel et idéal existerait dans l'esprit du créateur seul et ne serait nullement maintenu par l'action nécessaire des lois de l'ordre de celles auxquelles se rattachent les phénomènes physiques {voy., sur cet ordre d'entités, l'art. Forces, p. 424-425 et 439).

Ainsi, en même temps que les parties constituantes du corps apparaissent, ordonnées en tissus, elles se présentent aussi groupées ou divisées en organes inévitablement et directement contigus ou continus les uns avec les autres selon leur constitution élémentaire propre ; elles se présentent sous un état de solidarité par contiguïté et continuité que rend inévitable leur génération successive, l'apparition de celui qui se montre le second étant précisément déterminée par les conditions nouvelles dans lesquelles se trouve placé l'embryon par le fait même de la production du premier.

Or, cette solidarité statique est précisément ce qui fait anatomiquement un appareil unique d'un ensemble d'organes différents par leur constitution propre.

Puis, en raison de la consubstanlialité ou immanence des propriétés aux éléments anatomiques arrivés à tel ou tel degré de développement qui sont les facteurs individuels de chacun des ordres d'actes observés lors de leur conflit réciproque avec leur milieu ambiant, ces actions ne sauraient être autrement qu'harmoniques et amenant l'accomplissement d'un usage en rapport avec la constitution élémentaire des parties.

De plus, chaque organe par le fait de son activité est ainsi mis en mesure, comparativement à ce qu'il est à l'état de repos, de déterminer la naissance d'éléments à côté d'autres éléments ou des parties nouvelles à côté de celles qui existent dans l'intimité de ceux-ci, de manière à les amener plus ou moins vite, selon les degrés et la direction de cette activité au maximum de leur développement anatomique et fonctionnelle, dans tel ou tel sens. Chaque phénomène devient de la sorte générateur de quelque autre qui le suit, et porte les modifications évolutives de l'organe actif au plus haut point qu'elles puissent atteindre. Or, c'est là le côté si simple et si net de la loi d'appropriation des parties à l'accomplissement d'actes définis qui, soit méconnu, soit physiquement envisagé en dehors de ses conditions déterminantes réelles, a fait dire si singulièrement que la fonction fait Vorgane.

Des parties nées successivement, de telle sorte que la génération des unes est déterminée par l'ensemble des conditions nouvelles qu'apporte la naissance des autres, ces parties ne peuvent être que solidaires foiictionnellemeiit, ne fût-ce que de proche en proche, par le fait de leur rénovation moléculaire nutritive, source de croissance et de reproduction, lorsque le tout formé par cet ensemble est dans un tel conflit avec le milieu ambiant que l'assimilation l'emporte sur la désassimilalion rénovatrice.

C'est même à cela que se bornent la solidarité statique et le consensus fonctionnel dans les plantes, dans les ovules et dans les animaux adultes les plus simples. Mais la prépondérance de la solidarité et du consensus, amenés graduellement comme nous l'avons vu, devient d'autant plus prononcée qu'il s'agit d'organismes plus composés et de phénomènes plus éminents par leur complexité.

C'est ainsi, comme le remarque nettement A. Comte, que le consensus animal est bien plus complet que le consensus végétal; en outre, il se développe évidemment à mesure que l'animalité s'élève, lorsque, par exemple, un organe d'impulsion vasculaire, ou cœur, devient le centre distributeur des principes nutritifs indispensables à toute vie végétative ou fondamentale, par des conduits en continuité avec lui jusque dans les organes les plus essentiels.

Car aujourd'hui il est bien déterminé que ce n'est point par l'intermédiaire de l'instinct de conservation relatif au corps que le cerveau a conscience des actes de la vie végétative. Ces actes, comme nous l'avons vu, sont sourds et silencieux, comme tous les actes moléculaires, sans que leur silence et leur lenteur enlèvent rien à leur puissance. De là le profond étonnement éprouvé par tous ceux qui constatent sur eux-mêmes l'évolution plus ou moins avancée de quelque produit morbide ainsi développé sans aucun signe révélateur jusqu'au jour où il est devenu tangible, ou vient à troubler par son volume ou son poids le jeu de quelque organe. Les sources du sentiment de l'existence aussi bien que de l'unité fonctionnelle doivent être cherchées ailleurs que dans l'instinct de conservation personnelle, quelque énergique que soit celui-ci : il résulte en eifet du jeu des systèmes d'organes formés de tissus à éléments continus avec

eux-mêmes établissant la solidarité ou sympathie fonctionnelle directe ou mdirecte : tels sont le système nerveux de la vie végétative ou sympathique pour la transmission au cerveau de certains états des viscères et de divers tissus, dits insensibles; telles sont en outre les autres parties du système nerveux en général; tel est le système vasculaire pour la transmission des principes servant à la rénovation moléculaire nutritive et servant aussi de milieu intermédiaire entre le milieu général ou extérieur et les agents directs des actes d'ordre organique, c'est-à-dire les éléments anatomiques.

Enfin, en ce qui touche les tissus aux éléments constitutifs fondamentaux desquels sont inhérentes des propriétés dites de la vie animale, ce sont encore des organes en continuité de substance avec un centre d'action bien plus complexe qui sans discontinuité servent d'intermédiaire entre celui-ci et la plupart des autres parties, de manière à former ainsi le principal agent de la solidarité et du consensus biologique. C'est en effet par les seuls systèmes anatomiques dont lesdilférenles portions ne soient pas discontinues, le système vasculaire et le système nerveux, que mécaniquement dans l'un, biologiquement dans l'autre, s'établit cette solidarité fonctionnelle végétative d'une part, animale de l'autre, qui de parties diverses fait que tout se tient, tout se lie, tout concourt à un but commun, quelque complexe que soit l'association de celles-ci.

Dans cette succession génétique, source d'harmonie ou d'accommodation, les organes simples ou composés ne sont pas faits du premier coup, ne sont jamais lors de leur apparition ce qu'ils seront plus tard, parce qu'en raison de la rénovation moléculaire continue, condition sine quâ non de leur permanence, chaque chose qui se montre dans leur intimité devient motif de l'apparition d'une autre disposition qui suit bientôt.

Il en est ainsi également pour les propriétés spéciales qui leur sont immanentes, comme la contractilité et la névrilité qui ne se montrent que lors de l'arrivée des éléments musculaires et nerveux à un certain terme de cette série de phénomènes. Les organes se trouvant être déjà solidaires, comme il vient d'être dit, lorsqu'à lieu le fait précédent, lorsque par la continuité des causes qui amènent cette accommodation harmonique ils arrivent à être aptes à manifester leurs propriétés spéciales, l'arrangement qui convient à l'accompUssement d'un but déterminé se trouve obtenu.

La permanence de cette succession de phénomènes qui entraîne celle de la forme du tout et des parties est subordonnée à la permanence plus grande encore de la composition immédiate des éléments anatomiques, qui ainsi domine le tout. Ajoutons ici que la rénovation continue de la substance de chaque élément anatoir.ique pendant toute la durée de son existence individuelle se manifeste par la réalisation en masse et en structure des principes assimilés. Or, de même qu'en raison de la nature chimique des principes immédiats assimilés le volume se maintient ou augmente durant la croissance par l'assimilation, de même aussi il est retenu entre certaines limites ou même diminue ensuite par la désassimilation ou départ des principes qui ont servi. L'assimilation et la désassimilation étant des actes moléculaires intimes ou intérieurs qui, par suite, influent nécessairement sur les trois dimensions à la fois de chaque élément, ces actes peuvent maintenir ces dimensions et la forme de ces corps par conséquent, telles qu'elles étaient déjà d'après la composition immédiate de chacun d'eux lors de leur prise de forme originelle; elles peuvent au contraire les modifier dans tel ou tel sens, sens qui est déterminé en même temps par

cette composition immédiate et par la nature chimique des principes assimilés et désassimilés. Le maintien et les variations du volume et de la forme des éléments anatomiques sont donc subordonnés à celles de l'assimilation et de la désassimilation de ces parties; ces actes à leur tour dépendent à la lois de la composition immédiate des éléments et de celle du milieu auquel ils empruntent et dans lequel ils rejettent tout ce qui se rapporte à leur constitution intérieure; milieu dont les variations entraînent la mort et par suite la cessation de tout changement des contours, dès qu'elles dépassent un certain terme. Ce fait peut aussi être déterminé par les modifications graduelles de la composition originelle des éléments. Car, à cet égard, aussi bien qu'en ce qui touche leur configuration et leur volume, les éléments anatomiques et par suite les parties complexes qu'ils forment ne sont nullement poussés jusqu'à un point fixe et retenus là; ils varient au contraire incessamment.

Cette question se rattache à ce fait capital consistant en ce que la genèse de tout élément anatomique résulte de la formation, en certaine quantité, d'un ou de plusieurs principes immédiats coagulables, s'unissant en telle ou telle proportion à divers principes cristallisables avec prise en cet instant d'une contîguration déterminée, subordonnée à cette composition même [voy. Blastème).

La question de la forme n'a de valeur dominante près des métaphysiciens qu'en raison du sens hyperphysique qu'ils ont donné au mot forme, qui, après avoir signifié l'ensemble des qualités ou attributs statiques et dynamiques des organismes, parmi lesquels la forme et le volume frappent d'abord, a fini par ne représenter que la personnification de certaines de ces qualités considérées comme plus importantes et plus parfaites que les autres; on le voit, par exemple, lorsqu'ils disent que l'âme est la forme du corps.

C'est cette succession d'influence qui détermine inévitablement la génération et le développement des parties, de telle sorte que chacune devient génératrice de la suivante, sans que nécessairement celle-ci ait de lien génétique direct avec la précédente ; c'est ensuite l'oscillation de cet ensemble de conditions les unes intrinsèques ou relatives à l'ovule, etc., les autres extrinsèques ou de milieu, c'est leur oscillation, dis-je, entre des limites circonscrites par les monstruosités d'une part et de l'autre par la mort, qui maintient chez chaque nouvel être une certaine uniformité dans la structure fondamentale par rapport à ses antécédents qui ont fourni les principes immédiats indispensables à sa genèse originelle et à son premier développement. C'est ce rapport établi dans le temps et dans l'espace que les biologistes appellent le plan de l'organisation, expression employée alors scientifiquement en dehors de toute intervention d'une entité quelconque {voy. l'art. Forces, p. 425 et 439).

La permanence des caractères dits spécifiques de l'organisme, comme de ses parties, résulte donc inévitablement de ce que, à compter du point de départ de chaque individu organique, représenté par le début de l'apparition de l'ovule, les conditions individuelles ou intrinsèques de son existence et les conditions de milieu ou extrinsèques sont en tel nombre et chacune d'une stabilité si délicate, que l'être n'évolue et ne marche qu'entre les monstruosités et la mort, mais nullement vers la transmutation de specie in speciem, qui exigerait au moins un certain degré de fixité tel que celui qui permet de soumettre le soufre, le phosphore ou l'oxygène, aux influences qui les amènent à prendre les divers états dits de dimorphisme sous lesquels on les connaît.

iiOS ORGANE.

Tous ces phénomènes s'accomplissent dans les animaux comme dans les plantes. Us font voir entre autres choses combien est grossièrement erronée et loin des doimées de la science l'hypothèse de ceux qui soutiennent qu'il ne faut pas moins de façon ni de force pour faire un germe que pour faire un fœtus et un homme.

Aussi, à ce point de vue, loin de dire, avec Charles Bonnet, que le germe porte l'empreinte originelle de l espèce et non celle de V individualité ; quU est en très-petit un cheval, un homme, un taureau, etc., mais non un certain cheval, un certain homme, et ainsi des autres, il faut reconnaître avec les embryogénistes et les zoologistes, comme le tait Agassiz, « qu'un germe (ou un certain nombre de germes ovariens) ou bourgeon est tout d'abord individualité. Il est formé et rendu distinct (en tant qu'individu) du corps de son parent, avant d'avoir assumé, soit le caractère de son embranchement, soit ceux de sa classe,

de son ordre, de sa famille, de son genre, de son espèce « En tant

qu'œuf dans leur condition primitive, tous les animaux se ressemblent. Mais aussitôt que l'embryon commence à montrer quelques traits caracléristi- ([ues ceux-ci présentent des particularités telles , que le type peut se distinguer )) (Agassiz, Del'ei<pèce. Paris, 1867, in-8°, p. 277-278). « Au fur et à mesure des progrès de la structure, la forme générale s'ébauche peu à peu et elle a déjà acquis quelques-uns des traits qui la distinguent bien avant que to\ites les complications de la structure qui caractérisent l'ordre soient devenues visibles, et comme la forme caractérise essentiellement les familles, on voit de suite pourquoi le type de la famille est nettement marqué chez un animal avant que les caractères de l'ordre soient développé?. Les caractères sont spécifiques eux-mêmes (au moins ceux qui dépendant de la proportion des parties ont pour cela une influence modificatrice sur la forme) et peuvent être reconnus bien longtemps avant que les caractères de l'ordre aient acquis leur pleine expression » (Agassiz, ibid., p. 279-280).

Nous voyons, en résumé, que c'est là une loi générale, un fait constant et commun à tous les êtres, que l'apparition successive par individualisation d'abord, par genèse ensuite de plusieurs éléments à la fois, associés en organes, de telle sorte que chacun de ces derniers devient, par le fait de sa naissance, la condition essentielle de la production d'un autre, en même temps que dans son intimité l'arrivée de ses propres éléments à un certain degré de croissance amène la genèse d'éléments semblables ou analogues, dont la disposition est nécessairement subordonnée à celle des premiers. Le résultat général de ces phénomènes est inévitablement une coordination de ces parties qui apporte l'accommodation indispensable à l'accomplissement des fonctions dès que s'établissent entre elles et le milieu ambiant les actions réciproques corrélatives aux propriétés consubstantielles de ces parties et de ce milieu.

Chacun de ces éléments, comme chacun des tissus et des systèmes qu'ils forment, arrivent plus ou moins tôt, suivant leur composition immédiate, à une certaine puissance d'accroissement qui , selon sa rapidité dans tel ou tel organe, cause soit le ralentissement de l'évolution de tel autre, en détermine même l'atrophie partielle ou totale; et ce fait concourt d'une part à leur donner l'accommodation qui convient à la fonction, et de l'autre au maintien des formes entre certaines limites. C'est ce dont offre des exemples tranchés l'évolution des organes de la génération, des systèmes osseux, vasculaire, glandulaire, etc.

On voit encore ici très-iicltement par quelle succession d'actes générateurs, évolutifs et nutritifs, sont amenés d'une part l'appropriation des parties à l'accomplissement d'usage déterminés et le maintien des formes. On saisit surtout clairement quelles sont les données logiques qui démontrent comment ces deux grands phénomènes, intimement liés l'un à l'autre, sont un résultat général de la manifestation simultanée des propriétés de la vie végétative, au même titre que l'hérédité des ressemblances, des fonctions, des maladies, etc., et ne résultent pas d'une propriété spéciale à surajouter aux autres.

De la configuration des organismes. Nous avons vu que le volume, la consistance, la ténacité, la couleur, etc., des tissus, et par suite ceux des parties similaires de chaque système et finalement de l'économie envisagée dans sou ensemble, ne sont; qu'une résultante des dispositions de texture et de structure intime des éléments anatomiques. Celles-ci même doivent être poursuivies jusqu'à ce qui se rapporte à la constitution moléculaire ou composition imuiédiate de ces derniers qui les domine. Il en est naturellement ainsi de tout ce qui concerne les connexions et la forme des organes ainsi que le type morphologique de l'organisme.

En d'autres termes, les phénomènes génétiques et évolutifs successivement, qui ont pour résultante l'appropriation des parties à l'accomplissement d'usages déterminés, conduisent par cela même à une forme définie ou type en corrélation avec les actes accomplis. La forme, en d'autres termes, est une résultante et non un fait primordial hypcrphysique. Elle est encore dominée d'abord par les conditions de composition immédiate et de structure qui entraînent en premier lieu les formes unicellulaires dont il a été question p. 1*21. Nous avons vu (p. 418) que celles-ci ne sont pas nécessairement sphéroïdales et qu'il en cït de môme de beaucoup des êtres multicellulaires les plus simples. La segmentation du vitellus des ovules sphériques conduit au contraire inévitablement à une configuration sphéroïdale elle-même les premiers états multicellulaires qui résultent de l'accomplissement de ce ])hénomène [voy. Génkr.vtion, § 1).

Les faits rappelés dans les pages qui précèdent sont à constalei" de la manière la plus remarquable dans les plantes tant cellulaires que vasculaires. Ce sont en effet les circonstances mêmes qui amènent l'appropriation des parties à l'accomplissement de leurs actes propres qui ont pour résultante les formes si variées des divers groupes de cryptogames. La distribution des faisceaux vasculaires, etc., entraîne à son tour dans les phanérogames les modifications morphologiques des troncs, des rameaux et de leurs divers appendices tant floraux que foliaires.

Il est donc certain, et c'est une conséquence même des faits qui viennent d'être indiqués, que le groupement symétrique des organes, de ceux surtout qui concour.mt à former les appareils de la reproduction, etc., suit des lois très-nettement déterminées, alors même que comme chez les mollusques, etc., après avoir été saisissables durant la vie embryonnaire, elles le sont bien moins plus tard.

La simplicité d'organisation des animaux du groupe des Protozoaires fait qu'il n'y a pas lieu généralement de rechercher une symétrie dans la distribution des organes, puisque ceux-ci n'existent pas. Toutefois, dès qu'il en apparaît, tels que les cils et les flagellums, ils ne sont pas distribués au hasard, ainsi qu'on le voit sur les vorticelles, etc.

De plus, abstraction faite des changements de formes apportés par les contrac-

lions du corps, les différents points de la surface de celui-ci, à l'état de repos, sont symétriques autour d'un point ou d'un axe, comme le montrent ceux qui sont sphériques ou ellipsoïdes, ovoïdes plus ou moins allongés, lenticulaires, ovoïdo-coniques, cylindro-coniques, etc.

De véritables organes distincts sont disposés suivant des plans qui rayonnent régulièrement autour d'un axe chez les Actinozoaires de de Blainville particulièrement, tels que les Échinodermes et les Cœlentérés. Les organes rangés suivant chacun de ces plans sont parfaitement homologues, se répètent par conséquent exactement cinq fois quand il s'agit des Aster, huit fois, si ce sont des Comatules, et ainsi des autres. Quand le nombre de ces plans est pair, ils peuvent être disposés latéralement de chaque côté d'un plan médian passant par l'axe et représenté lui-même par deux quelconques des plans précédents, ainsi que divers coralliaires en offrent des exemples.

Tous les autres animaux sont, au point de vue de la symétrie de leurs organes, compris dans le type des animaux pairs ou artiozoaires de de Blainville, type dans lequel toutes les parties sont symétriquement placées des deux côtés d'un plan antéro-postérieur que l'on suppose traverser le corps de l'animal d'une extrémité à l'autre.

Le grand type des animaux pairs comprend d'abord les mollusques, chez beaucoup desquels la parité de situation des organes homologues de chaque côté d'un plan est plus ou moins dissimulée, au moins chez l'adulte, en raison de ce que ce plan peut être remplacé par une surface courbe s'enroulant symétriquement autour d'un axe, comme sur les Hélix, etc. Il en est chez les Argonautes, les Nautiles, les Spirules, les Ammonites, etc., pour lesquels la symétrie de chaque côté d'un plan médian antéro-postérieur est conservée, mais avec enroulement du grand axe du corps autour de son extrémité postérieure comme centre. Inutile de rappeler que sur l'embryon et dans le premier âge les lamellibranches (huîtres, pecten, anomies, etc.) ont le corps et la coquille symétriques, et ce n'est que peu à peu que s'établit une différence entre les deux moitiés.

Chez les autres animaux, tant à squelette externe {Annelés ou Entomozoaires) qu'à squelette interne [Ostéozoaires de de Blainville), la disposition symétrique des organes homologues de chaque côté d'un plan est parfaite ou à peu près ; mais de plus, ainsi que le remarque de Blainville, le corps n'est plus d'une seule pièce, en quelque sorte ; comme chez les mollusques, il est plus ou moins partagé en plusieurs parties placées bout à bout et qui se ressemblent (organes homotypes) sur la plupart de ces animaux ; une ligne médiane ventrale et une autre dorsale indiquent par où passe le plan médian fictif qui divise le corps en deux parties égales, une à droite et l'autre à gauche. Sur beaucoup d'animaux, vers et articulés surtout, chaque moitié peut aussi être supposée partagée en deux autres portions plus ou moins inégales par un second plan perpendiculaire au premier. Les bords de ce plan forment ce qu'on appelle les lignes latérales, l'une droite, l'autre gauche.

Bien que les usages particuliers des organes soient subordonnés à la nature des éléments composants et à leur arrangement réciproque ou texture, ils varient souvent de la manière la plus tranchée, suivant la nature du milieu que cette construction morphologique de l'animal le conduit à habiter.

Ces données montrent bien que l'étude des questions de symétrie dans les organismes appartient à l'homœomérologie ; cette étude apparaît en biologie

ORGA.NE. 5H

avec cette branche de l'anatomie pour continuer à se produire dans l'organologie, dans la description des appareils, et enfin pour prendre son plein développement dans l'étude morphologique de l'économie considérée comme Un tout organique. L'absolue symétrie des molécules des corps non organisés, dans leur distribution par rapport à l'axe de chacun des cristaux qu'elles forment, ne se retrouve que dans un petit nombre d'ovules végétaux et animaux, quant à la distribution des particules de substance organisée qui les constituent. Si beaucoup d'organes premiers sont symétriques par rapport à un axe, on a un plan lors de leur apparition; comme nous venons de le voir, il en est qui, comme le foie, le pancréas et la rate, apparaissent chacun impair et non symétrique, se répondant l'un à droite (le foie), les autres à gauche (pancréas et rate), et cette asymétrie augmentependant toute la durée du développement. Mais, comme les anatomistes et les embryogénistes l'ont remarqué depuis longtemps [voy. Delaunay, Thèse. Paris, 1874), dans les systèmes dont les parties sont apparues disposées symétriquement la succession des phénomènes évolutifs individuels conduit soit à une complication de la symétrie, soit à un certain degré de disymétrie. Cette complication graduelle de la symétrie, à partir de la symétrie originelle, est des plus tranchées durant l'enroulement des Foraminifères parmi les Protozoaires rlîizopodes, dans les Mollusques gastéropodes et les céphalopodes testacés. Chez ces mollusques, même à cette complication s'ajoute toujours, plus ou moins,' un certain degré de disymétrie.

Celte disymétrie évolutive est très-prononcée chez les Spongiaires, et se montre aussi, quoique à un moindre degré, sur divers actinozaires (oursins, etc.), chez beaucoup de Mollusques, comme nous l'avons dit, et de molluscoïdes. Elle se prononce encore sur les membres et autres appendices de diverses arachnides, crustacés et insectes, sur l'abdomen entier d'un grand nombre de crustacés, surtout parmi ceux qui sont parasites.

Parmi les vertébrés, les pleuronectes, seuls, offrent un exemple de torsion de leur plan de symétrie antéro-postérieur, mais partiel seulement, rappelant ce qui a lieu d'une manière complète dans l'enroulement du plan correspondant des Mollusques gastéropodes. Cette torsion, cause de disymétrie dans tous les organes premiers des divers systèmes, squelettique, musculaire, nerveux, etc., ne commence qu'après l'éclosion. Elle entraîne, du reste, une asymétrie plus ou moins prononcée entre les parties droite et gauche du reste du corps, cette dernière devenant, en général, la face supérieure et l'autre inférieure.

La prompte arrivée du cœur et des autres organes des systèmes circulatoires à l'état disymétrique, sur les Mollusques et les vertébrés, est trop connue pour qu'il y ait lieu de s'y arrêter davantage ; il en est de même de celle du tube digestif, des bronches et des poumons. Il en est encore ainsi de l'asymétrie de l'ovaire et de l'oviducte des oiseaux, dont l'oviducte droit, au moins, et souvent l'ovaire correspondant, ne se développent pas ou se développent trop peu tératologiquement pour pouvoir remplir leurs usages, le gauche évoluant seul complètement.

Pour le névraxe, sur l'homme du moins, par suite de conditions immédiates aussi peu déterminées que celles qui causent les disymétries précédentes, lors du développement des lobes latéraux ou cérébraux, de la vésicule encéphalique antérieure, la moitié gauche l'emporte un peu sur l'autre (Gratiolet, Broca, etc.). Par suite de ce fait, l'action croisée des centres nerveux entraîne un fonctionnement primitif et plus habituel des parties similaires du côté droit compara-

M'2 ORGA.NE.

livement à celles de gauche. De là une prédominance sensible de l'accroissement des premières sur celles-ci, bien qu'elle soit loin d'être aussi notable que dans les cas de disymétrie cités plus haut {voy. Cerveau).

Cette dernière remarque s'applique également à tous les autres exemples d'inégalité de droite à gauche pour les deux moitiés des organes impairs ou pour les organes pairs homologues, cités dans les traités d'anatomie, quelle que soit la cause de la symétrie de volume, de forme, de situation, de couleur ou de consistance.

Dans les tissus, chaque élément anatomique conserve son individualité {voy. Cellule, p. 677 et suiv.), aussi bien que la cellule ovulaire dans l'ovisac et dans son trajet tubaire [voy. Fécondatiojv) et que les êtres unicellulaires. Mais de ce que chaque élément est un individu il ne faut pas conclure, comme le font pourtant quelques écrivains actuels, que les tissus nous offrent l'exemple de sociétés au degré le plus simple peut-être, mais réel.

Les tissus sont des agrégats ou agrégations d'individualités anatomiqucs juxtaposées avec ou sans intricalions et enchevêtrements divers, suivant leurs formes et leurs dimensions. Ce. n'est qu'au figuré qu'à leur propos on se seit du terme association emprunté à la langue sociologique. II n'y a pas en effet de société, d'association possible, dès qu'il y a contiguïté des individus ou continuité de quelque tissu ; il y a impossibilité de mouvements, de déplacements et de relations de l'un des individus avec quelque autre éloigné de lui dans le groupe, dès qu'il y a impossibilité pour chacun d'aller et de venir afin de remplir, dans le nombre qu'il concourt à former, un rôle propre et spécial en rapport avec son organisation même et différent de celui que remplissent les autres. Une forêt n'est pas une société, pas plus que ne l'est un champ de blé ; un tissu ne l'est pas davantage, pas plus encore que ne le sont les bancs d'huîtres, sauf le moment de l'interfécondation à distance, si elle venait à être démontrée {voy. Sexk, p. /170-471).

Or ce qui caractérise l'état social, la société et les colonies, ce sont les relations locomotrices et d'expression, sous toutes leurs formes, entre individus, du même sexe ou non, tendant à un même but. Les simples relations osmotiques nutritives sans cessation de contiguïté, celles de contraction simultanée, semblables, celles de transmission ou d'élaboration nerveuses, les seules pourtant que permettent les agrégations biologiques des unités organiques, ne sont pas ce qui caractérise une société; c'est uniquement en jouant sur les mots et en changeant le sens qu'on peut dire que la segmentation et le bourgeonnement seraient les causes premières de toute l'évolution organique ; que les êtres ainsi nés les uns des autres demeurant d'abord associés composeraient des colonies d'organismes simples diversement groupés en organismes supérieurs, représentant l'association des premiers.

Les groupements d'animaux unicellulaires, tels que ceux que nous montrent temporairement les Volvox, n'ont rien qui puisse être comparé à des sociétés, même dans ce qu'elles ont de plus rudimentaire ; pas plus qu'on ne le peut l'aire pendant la segmentation vilelline pour les globes vitellins, puis pour les cellules blastodermiques. Ce ne sont pas davantage des colonies, celles-ci ne différant des sociétés que par le nombre des individus et le lieu qu'elles occupent. Ce ne sont là que des agglomérations temporaires ici de cellules, là de protozoaires, ayant lieu par contiguïté des individus, comme suite inévitable de phases particulières de leur multiplication par segmentation. Comme

cela se voit dans les premiers temps du fractionnement vitellin et du développement blastodermique, les conditions nutritives et évolutives se trouvent conservées. Mais il n'y a rien là de ce qui est essentiel et typique de tout état social, le concovu's volontaire vers un but commun. Ce concours est même empêché ici par l'absence de déplacement réciproque des individus qui se touchent ; contiguïté qui se prêle seulement aux transmissions moléculaires nutritives. Le point de départ de toute société est la possibilité de se concerter. Que les instincts ou Tintelligence soient le mobile des actions, dès que manque cetle possibilité il n'y a ni société ni colonie.

Les Protozoaires, composés par continuité d'un pédicule plus ou moins subdivisé, comme le sont les Vorticelliens, etc., ne représentent pas davantage des sociétés, c'est-à-dire des individus réunis par les efforts voulus pour atteindre un but commun, soit générateur, soit de conservation nutritive ou autre, pas plus que n'en représentent les cas de monstres doubles dans l'homme, etc. Ce sont là autant de dispositions morphologiques propres, conséquences de certains modes de la reproduction et du développement, qu'il faut constater et décrire en raison de leur importance aux points de vue zoologique et anatomique, mais en notant bien qu'elles représentent des infériorités évolutives, la soudure avec continuité en grappe des individus étant précisément ce qu'il y a de plus contraire à la constitution d'une colonie aussi bien que d'une société. Ces agrégations ne sont même pas assimilables aux agglomérations par contiguïté qui caractérisent les tissus végétaux et autres. Dans les tissus, en effet, on ne voit pas des individus cellulaires se détacher de l'agglomération comme dans les groupes animaux précédents pour vivre et se reproduire isolément ailleurs.

Ce ne sont également pas des colonies ou sociétés que les individus multiples agrégés par soudure de leurs tissus mésodermiques avec ou sans étalement en plaques, avec ou sans ramifications arborescentes que montrent diverses Éponges, les Botrylles, etc. 11 en est de même pour les Hydrozoaires, dont le corps en continuité de substance avec celui des individus nouveaux qui en proviennent par gemmation e^t ainsi composé pendant un certain temps et se montre plus ou moins ramifié. Mêmes remarques encore pour les Sertulariens et les Campanulaires agrégés en nombre plus ou moins considérable, continuité commune squelettique ou intestinale et des tissus mésodermiques. De même pour les Ascidies composées restant isolées individuellement, mais agglomérées par la soudure seulement des parties d'origine ectodermique formant leur squelette externe. Et ainsi encore pour les agrégations d'individus par soudure du tissu j)ropre des parois des corps et continuité vasculaire dans les Salpa, les pyrosomes, sans ramifications, ou au contraire sous forme arborescente, comme dans les Actinozoaires coralligènes. Ces agrégations ne sont pas plus des colonies que celles que constituent les disques superposés encore continus entre eux durant leur multiplication que présentent les divers Médusaires tels que les Lucernaires, etc.

Ces complications morphologiques sont des conséquences de l'appropriation des parties à l'accomplissement d'usages définis dont il a été question, se succédant à compter de la formation première du nouvel individu ; conséquences dans lesquelles l'esprit de système, plus encore que de systématisation, est obligé de laisser plus de données de l'observation qu'il n'en retient, pour chercher à établir une visée du plus simple vers un but supérieur, sous les noms soit de lois naturelles, soit d'harmonie établie d'emblée, soit de cause première.

DICT. ENC. 2* s. XVII. 33

Ces appropriations entraînent la soudure ensemble de plusieurs d'entre ces animaux, avec ou sans adhérence aux corps voisins, et par suite avec ou sans persistance de la translation. Cette soudure est principalement mésodermique dans les Eponges polyzoïques, qui sont presque les seuls animaux réellement formés par agrégation en une seule masse de plusieurs individus distincts. C'est ici un fait de développement qui a lieu et qui entraîne les dispositions morphologiques et de volume variées observées sur ces animaux.

Ce n'est plus le développement ou Vagrégation par soudure, mais la génératioir, la reproduction qui détermine l'état polyzoïque et les configurations variées qui en dérivent sur les siphonophores et d'autres acalèphes durant leur jeune âge [Aurélia., etc.) ; d'autres fois d'un seul individu ovulaireen dérivent plusieurs restant unis au premier par les trois feuillets blastodermiques, ou par les organes en provenant, comme sur les Goralliaires, et même les Gestoïdes, si l'on considère chaque anneau sexué comme un animal distinct et complet, et non simplement comme autant de segments sexuels dépendant d'un seul individu ccphnlique.

Que les individus restent distincts et unis seulement par le squelette externe ; qu'ils soient unis au contraire par un pédicule mésodermique en continuité vasculaire ou intestinale d'un être à l'autre, d'oii des variétés de masse et morphologiques sans nombre, chacun conserve sa configuration et sa structure propres et typiques, sa nutrition et sa reproduction individuelles.

Dans les plantes aussi il y a association des parties par continuité de tissu, mais également sans colonie ou société, en raison de leur hermaphrodisme. Alors même qu'elles sont dioïques ou monoïques et quelles que soient les variétés de ces états, l'immobilité du tout comme des parties exclut toute assimilation avec ce qu'on observe dans les sociétés animales, même temporaires. Le fait reste le même soit qu'il y ait une seule fleur ou appareil reproducteur par individu, comme sur les tulipes, soit qu'il y en ait plusieurs sur une seule hampe, comme sur les lys et les jacinthes, une ou plusieurs au bout de chaque rameau comme d;ms les dicotylédones ; et cela bien que chacun de ces individus, à une ou à plusieurs fleurs, dérive d'un ovule unique. A la continuité de la croissance favorisée par la présence d'un squelette externe cellulosique pour chaque cellule individuellement le fait précédent s'ajoute pour amener les modes les plus variés et les plus variables dans les dispositions morphologiques extérieures. La disposition extérieure des principaux organes d'absorption et de respiration se joint aussi à ces causes; mais, quel que soit l'intérêt que peut offrir ce sujet, il n'y a pas lieu de le poursuivre ici.

Les sociétés ne commencent à se montrer qu'entre animaux possédant un système nerveux et des sens distinctifs et assez développés pour comprendre leurs relations réciproques. Et même les huîtres, les moules, les annélides sédentaires, etc., qui sont dans ce cas organique, ne forment que des agglomérations sans association ni responsabilité d'un individu par rapport à l'autre.

Étant donné les conditions précédentes, l'association, la société ne commence même que là où existe la séparation des sexes ; association temporaire d'abord et le plus souvent continuée ensuite par l'instinct maternel qui prolonge l'association voulue pour l'alimentation des nouveau-nés. On sait du reste qu'il n'y a pas de société où il n'y a que des hermaphrodites; que dans les sociétés où vivent des neutres l'association se disperse dès que, les individus à sexes

séparés disparaissant, les jeunes, larvaires ou autres, n'étant plus là, ne viennent plus par leur présence stimuler, susciter des efforts communs voulus pour leur nutrition. Ces groupements ne font pas plus des sociétés que n'en représentent les associations cénobitiques artificielles d'individus d'un même sexe, lesquelles ne sont, du reste, que des manifestations sociales d'une certaine sorte, supposant déjà l'existence au-dessus d'elles une société réelle. Les assimilations de la texture et des agrégations animales et végétales à des sociétés n'expriment aucunement des analogies réelles ; analogue en anatomie et en physiologie ne se dit que des objets et des phénomènes de même nature organique; ce qui n'est pas dans les cas sus-indiqués. Les conditions d'existence végétative représentées par la texture et l'accommodation des parties à l'accomplissement des usages dans les organes et des fonctions dans les appareils ont des lois biologiques propres, mais elles ne sont pas plus une imitation qu'une ébauche des lois sociologiques. Les sociétés ont pour conditions d'existence une ou plusieurs sortes d'individus indépendants à vie ou fonctions végétatives et animales ou de relation indépendantes, se prêtant à une réunion temporaire ou moins permanente et continue au besoin. C'est là le sujet biologique des sociétés, homme, castor, abeille ou fourmi, en dehors de la connaissance organique duquel toute notion sur l'existence et l'évolution des sociétés reste plus ou moins arbitraire. Les conditions d'existence et d'évolution des sociétés, tant animales proprement dites qu'humaines, sont d'abord et nécessairement celles des individus, du sujet biologique, auxquelles s'ajoutent les lois propres résultant de l'association volontaire, qui en aucun cas ne sauraient être en opposition avec les précédentes, ni un simple corrolaire de celles-ci.

De l'organisme humain. Il ne fait exception sous aucun rapport à ce que nous avons dit de tous les organismes en général et des modes propres d'activité inséparables de l'état d'organisation. L'identité de nature fondamentale entre l'homme et les autres êtres ne se discute plus; il n'est pas en un mot d'une autre essence qu'eux tous. L'étude des analogies et des différences génériques et spécifiques qui le rapprochent et le séparent des autres mammifères ne fait pas partie de cet article, on le comprend aisément. H en est de même, en somme, pour toutes les particularités relatives au poids , aux conformations et aux structures de son système nerveux et de ses appareils de relation, qui lui donnent une évidente supériorité sur ces animaux {voy. Animal et Homme).

Il faut seulement signaler que tel qu'il est, soumis comme tous les autres et au même titre à toutes les circonstances de lésions partielles et de mort qui atteignent les uns comme les autres des êtres vivants, il reste ce que l'on connaît de plus élevé entant que système à équilibre instable exprimant le plus haut degré d'utilisation des propriétés de la matière.

Ces remarques s'appliquent particulièrement à ce mode de l'organisation qui représente cet état d'équilibre dont l'activité propre, le mouvement correspondant, est la névrilité, étudiée spécialement dans les centres nerveux. Mais aussi bien là que dans les divers autres appareils de l'économie la perfection de l'organisation et du fonctionnement s'accompagne de sa délicatesse, de son peu de tabilité, de la facilité de dérangements de toute sorte, dont le siège, l'étendue set la nature spécifique, peuvent être déterminés. On le peut faire non-seulement pour ce qui concerne les conditions intrinsèques d'équilibre et de mouvement

ou d'action propre du tissu même de chaque organe, mais aussi pour tout ce qui touche aux conditions intrinsèques de cet équilibre et de ce mouvement, telles que les conditions si diverses de la circulation, composition du sang, pression, etc. [voy. p. 451-432).

Quoi qu'il en soit, à quelque degré de supériorité que s'élèvent ou se soient élevées dans le passé les conceptions intellectuelles de tel ou tel individu, ce n'est pas ailleurs que dans cet homme qu'il faut chercher le point de départ de leur accomplissement et de leurs manifestations, de leur progression et de leur décrépitude ou débililation quand elle a eu lieu. A toutes, quelles qu'elles soient, a répondu un état donné d'équilibre cérébral, tant intrinsèque qu'extrinsèque; ou, si l'on veut, c'est l'existence temporaire, plus ou moins souvent repétée, d'un tel état d'équilibre, qui s'accompagne de cet ordre d'activité, nerveuse d'abord, musculaire ou d'expression secondairement ivoy. p. 455 à -'Î59i.

Notons en parallèle, au point de vue des états pathologiques ou accidentels auxquels, sans cesser d'être, peut arriver l'état d'organisation, que la rage aussi bien que la syphilis et nombre d'états spéciaux ou généraux de l'économie ne sont que l'expression d'autant de modifications organiques, nouvelles, temporaires ou permanentes, avec retour possible ou non à l'état d'équilibre et d'activité antécédent. Ceux qui voudront s'élever jusqu'aux notions générales concernant cet ordre de pensées comprendront l'importance des données qui précèdent. Elles s'appliquent du reste aux organismes de la plupart des manmiifèrcs aussi bien qu'à celui de l'homme en particulier {voy. p. 457).

Contrairement à une opinion très-répandue parmi ceux qui n'ont jamais vu naître ni mourir les organismes animaux, le commencement et la fin de l'homme, à compter du moment de la fécondation, sont les mêmes que ceux des autres animaux et même au fond que ceux des plantes. Cette égalité de nature générale, cette absence de tout privilège de l'homme à ces divers égards, sont si constamment démontrées par l'observation et l'expérience, qu'elles ne se discutent plus. Même lemarque pour ce qui concerne les phases de l'animation de l'embryon, l'apparition delà contraclilité et de la névrilité, en même temps que la génération des éléments musculaires et nerveux {voy. Gé.mîp.atioîs).

Rappelons encore ici les faits suivants : on sait ce qu'a d'impulsif ou d'involontaire le fonctionnement cérébral dans les cas de lésions soit directes, soit indirectes de l'encéphale, à mesure que ses cellules s'altèrent et que des troubles divers d'ordre mental décèlent corrélativement les progrès de celte altciation. Ùr, ce côté impulsif ou spontané exprime en quelque sorte la relation nécessaire entre le lait de l'équilibre et celui du mouvement organique. Cette inévitable activité correspondant à la lésion moléculaire, circulatoire ou autre, devient même un moyen de démonstration de l'existence de celle-ci, par suite de ce que les relations des parties cérébrales avec les organes d'expression font que chaque altération à mesure qu'elle se produit se manifeste à l'extérieur par l'intermédiaire de ceux-ci. En lui-même du reste le fonctionnement normal est involontaire aussi, impulsif, en un mot, mais à un moindre degré d'énergie et avec la possibilité d'être ralenti, empêché, réglé par d'autres actes homologues, dits volontaires et conscients, bien que dans leur intercurrence ils ne cessent pas eux-mêmes d'être impulsifs comme les autres {voy. p. 458).

On, voit; par ce qui précède comment tombe tout ce que disent les métaphysiciens, et. divers aliénistes sur Vêtre moral dans l'homme, distinct de l'être inteliectucl par la source de cet ordre d'activité. Toutes les facultés morales ont

O.KGANE. M7

en effet leur point de départ dans un e'tat organique particulier, au même titre que les actes intellectuels et instinctifs proprement dits ; comme celles-ci ces facultés s'affaiblissent dévient, ou disparaissent dans nombre de cas palbologiques bien déterminés, c'est-à-dire quand surviennent des changements accidentels de ce qui caractérise l'état d'organisation cérébrale correspondant. Il est d'autre part tout aussi inexact de dire avec les mêmes auteurs que ce qu'on appelle l'être moral dans l'homme, durant l'état social particulièrement, n'existerait que chez cet être et nullement sur les autres animaux, à des degrés divers de développement.

Sur toutes les espèces d'éléments comme sur les nerveux, chaque progression d'une altération quelconque change de même son état d'équilibre organique propre et par suite de mouvement. Chaque phase dérange la manifestation normale des propriétés correspondantes à la constitution anatomique dont il s'agit, mais en raison de leur nature purement végétative, c'est-à-dire relative à la nutrition, etc., l'évidence directe et immédiate n'est pas la même que dans le cas précédent. Des organes d'expression extérieure ne correspondant pas à ces unités anatomiques internes comme dans le cas de l'encéphale, rien ne les décèle d'abord, ni même souvent aux phases les plus avancées de leur production. Ce sont précisément les organes d'expression, ou de décèlement à l'extérieur de ce qui est interne, qui font que les maladies du cerveau, si longtemps et si souvent encore dites maladies sans lésions, sont précisément celles qui sous le rapport fonctionnel révèlent le mieux et le plus minutieusement la présence et les progrès des lésions du tissu nerveux [voij. folie et maladies religieuses).

Dans l'organisme humain donc, comme dans tous les autres, la manifestation des facultés intellectuelles et morales de l'ordre le plus élevé a pour point de départ l'état d'organisation, aussi bien que lorsqu'il s'agit des autres animaux où ces facultés ne sont que rudimentaires. D'où l'importance de l'étude de ce qu'est la matière sous l'état d'organisation. De plus, ce point de départ est un certain degré de l'état d'organisation, le nerveux, le plus élevé; et ce que fait la matière sous l'état dit nerveux, elle ne le fait pas sous la forme de tissu cellulaire et réciproquement. On se perd et on tombe dans les confusions ou les fictions les plus illusoires, dès qu'on traite d'un mouvement nerveux, de la névrilité intellectuelle ou autre, sans connaître d'abord l'équilibre correspondant.

Quand la biologie sera répandue au même titre que les autres sciences, les théories générales de la réalité remplaceront sans peine les lictions dites religieuses actuelles. Celles-ci ont bien pour point de départ l'existence et l'observation de sentiments physiologiquement réels, qui surprennent même par leur intensité et leur caractère spécial, mais alors seront éliminées toutes les vaines et dangereuses fictions qu'on y a sourdement mêlées concernant leurs prétendues causes extra-naturelles {voy.[). -459).

Tout ce qui précède s'applique naturellement à tout ce que les métaphysiciens disent des sources surnaturelles du génie humain. Le point de départ des besoins et des sentiments est dans les sensations internes ou viscérales de l'homme comme des animaux, ou parfois dans ses impressions extérieures. Ceux-là et ces dernières font surgir ses conceptions intellectuelles ou pensées conduisant à l'accomplissement des actes et aux divers modes d'expression. Or, pour prendre les exemples dans les extrêmes les plus caractéristiques, on peut dire que l'homme conçoit et exécute les œuvres dites de génie par un mode d'activité qui est le même que celui qui conduit l'oiseau à la coiistruclion architecturale

de son nid et aii (hant qu'il fait alors entendre. Seulement une différence intei'vient chez celui-ci comparativement à l'homme. Ce qui est impulsif et intermitlent chez tous deux *st temporaire comme le développement de l'ovule chez les animaux hors de Tétat social. Chez l'homme social le mobile, l'effort est rendu permanent par les besoins, la vanilé, l'orgueil et l'ambition. La conception et l'exe'cution cessent avec l'impulsion cérébrale que suscite l'état organique de l'appareil reproducteur, et ainsi des autres. L'un et l'autre de ces actes se répètent en reslantau fond toujours les mêmes et avecle même caractère de spécialité et de restriction. Chez l'homme, quel que soit le poiut de départ organique de la conception impulsive, le mécanisme fondamental restant le mémo que dans l'oiseau, la rcpctition et la multiplicité des efforts et leur continuilé conduisent à la généralité des conceptions, à des conceptions d'ensemble, jointes à la variété dans l'exécution que favorisent une plus grande mémoire ou répétition plus facile des opérations intellectuelles et d'exécution ou d'expression antérieurement faites. 11 va sans dire que la prééminence en quantité et en qualité de l'organisation cérébrale et des organes d'expression ou d'exécution de l'homme rend compte de la multiplicité des modes de productions chez lui comparativement aux autres animaux. De plus, cette organisation se prête à une variété des sentiments, qui sont le point de départ de ces conceptions intellectuelles, dans des proportions qu'on peut dire infinies à côté de ce dont l'organisation des autres êtres est la source, depuis celles qui conduisent à l'exécution des choses utiles jusqu'à celles qui mènent à la création de l'inutile.

Durée des organismes. Cette question se rattache à la fois à celles qui ont été cAposées p. ?i99 et à l'étude de l'appropriation des parties à l'accomplissement de leurs usages. Les organismes végétaux durent d'un an ou au-dessous à plusieurs milliers d'années pour certains arbres. Les conditions générales de cette longue existence ont été indiquées p. 478 et 521-522.

Le temps que vivent les animaux varie beaucoup avec chaque espèce. La mort naturelle de l'homme arrive après un temps de 80 à 90 ans, mais quelquefois de plus de 100 ans. On a parlé de la vie très-courte de certains insectes, tels que les éphémères et les papillons, qui ne vivaient que quelques heures; mais on n'a tenu compte là que du temps de leur phase d'insecte parfait ou de reproduction, tandis que leur état de larve dure depuis plusieurs semaines jusqu'à 1 an ou même 3 ou 4 années. L'ours, le porc, le chien, le loup, vivent 20 ans, le renard 14 ou 16. L'âge ordinaire du chat est 15 ans, celui d'un écureuil, d'un lièvre ou d'un lapin, 7 ou 8. Les éléphants vivent, dit-on, 400 ans, les rhinocéros 50 ; les chevaux peuvent atteindre l'âge de 62 ans, mais ils vivent d'ordinaire de 25 à 30 ans, ainsi que les bêtes bovines; les chameaux, quelquefois 100 ans. Un mouton passe rarement l'âge de 10 ans, et uiie vache 15 ans. Un aigle mourut à Vienne à l'âge de 104 ans; les corbeaux vont jusqu'à 100, les cygnes jusqu'à 300 ans. On a constaté que les tortues vivent plus de 190 ans. On n'a pas de notion précise sur la durée de l'existence des crustacés, décapodes particulièrement, ni des mollusques, mais elle semble devoir être considérable chez plusieurs, les grands céphalopodes surtout.

Lamarck a démontré le premier, avec une puissance d'induction rarement

dépassée, que physiologiquement le propre des êtres organisés est de naître,

de se développer, puis de se maintenir par la nutrition pour bientôt dépérir et

mourir nécessairement. Sans être absolument un développement inverse, le dépérissement est subordonné comme lui à la nutrition dont la mort est la cessation.

Tout être vivant se reproduit aune époque déterminée de son développement, et par un résultat nécessaire de la continuité de ses actes propres, ces derniers, sa vie, sont limités, et par conséquent sa mort est inévitable. Cette vie comme la mort sont des phénomènes d'ordre naturel qu'on peut connaître comme tous leurs homologues, sans qu'il y ait lieu pour cela de faire intervenir aucune cause surnaturelle ni téléologique. La cause première ou essentielle de la mort ou cessation de la nutrition est de même ordre que les circonstances qui permettent l'accomplissement de celle-ci, elle dérive de l'instabilité des combinaisons chimiques qui se prêtent seules à la rénovation moléculaire caractérisant la nutrition ; elle dérive de ce que Lamarck appelle la tendance à la décomposition de ces composés.

Elle découle spécialement de ce que sur le vivant les principes ou combinaisons de déperdition nutritive expulsés sont constamment différents des matières fixées par l'assimilation ; différents dans les humeurs sécrétées de ce qu'ils étaient dans le sang qui en fournit les éléments (p. 457). Les différences portent à la fois sur la nature et les proportions. 11 y a plus de principes fixes, non volatiles, et plus de principes terreux dans ceux qui sont assimilés que dans ceux qui sont expulsés ; par ce fait, dit Lamarck {Mém. de phys. et dliist. naturelle. Paris, 1797, in-8°, p. 268), « on peut découvrir et suivre le fil régulier qui forme le cercle constant d'accroissement, d'état de vigueur, de dépérissement, et enfin de destruction successive de tous les êtres vivants. En un mot, lui seul nous fait connaître la cause de cette détérioration insensible des organes des êtres qui en sont munis; détérioration graduelle qui amène immanquablement la mort »,

Lamarck ajoute que ce n'est pas seulement par l'excès des pertes que la mort devient inévitable, par le fait même de la nutrition, c'est-à-dire de ce que la vie a d'essentiel, de fondamental, de général. C'est encore parce que, la somme des principes fixes assimilés excédant toujours un peu la quantité de ceux qui sont entraînés par les déperditions, les organes, avec le temps, deviennent de plus en plus solides par incrustations, intimes et de moins en moins aptes à l'accomplissement de ces actes nutritifs mêmes et de ceux qui leur sont propres. Ainsi : 1° la constitution et l'activité de la substance organisée sont fonction l'une de l'autre ; 2° la décomposition incessante des principes de cette substance est compensée, réparée d'abord par l'assimilation ou changement en cette propre substance de matières qui en diffèrent; ce qui en retarde seulement la destruction par simple compensation : d'où une certaine durée en état de pleine vigueur qui succède à la période pendant laquelle l'assimilation plus grande que les pertes causait l'accroissement; 5° mais bientôt, survenant les causes indiquées p. 498-499 qui font que les quantités assimilées sont inférieures aux pertes, le ralentissement qui en résulte pour les actes nutritifs devient à la fois une cause tant de débilitation que de prolongation de leur propre diu'ée, sans toutefois rendre celle-ci indéfinie, puisque ce dépérissement progressif conduit inévitablement à leur annulation même, qui est la mort (Lamarck, loc. cit.,

La cause de ce fait inévitable est donc dans la nature même des choses, dans la nature moléculaire ou chimique des conditions de l'équilibre et du mouve-

ment organiques, analyses pour la première fois par Lamarck avec une profondeur et une netteté sans égales. 11 le fait avec des redites que fait comprendre l'importance du sujet, et des erreurs dans les détails que fait comprendre encore l'état de la chimie au siècle dernier. La mort a donc sa source dans le fait même de l'instabilité des combinaisons [loc. cit. p. 268) qui rend possibles les autres actes (p. 277) organiques, à commencer par la nutrilion, que les dévialions morbides ou accidentelles (p. 388) peuvent hâter plus que le ralentissement sénile.

La maladie a ses sources dans le même ordre de causes que la mort. « L'état (le santé dans l'homme et tous les animaux, dit Lamarck, est évidemment constitué par une proportion telle, pendant toute la vie, que la cause qui efrectue les pertes ne puisse aucunement détruire la faculté d'assimilation ». Puis il cite la fièvre comme montrant que dans les maladies cette proportion entre l'assimilation et la déperdition continues des corps vivants n'est plus conservée. Dans celle-ci particulièrement l'assimilation est presque totalement suspendue, tandis que la déperdition a doublé d'effet (p. o88).

D'autre part et inversement pendant les périodes de la plus grande activité nutritive, de l'accroissement le plus énergique par prédominance de l'assimilation sur la désassimilation, celui-ci amène non moins inévitablement le développement des éléments (les ovules et les spermatozoïdes! susceptibles de se nourrir et de croître sans être en continuité de tissu avec les autres parties : d'où la reproduction.

Le développement amène la reproduction, mais non la génération ; car celle-ci est autre chose et prime le développement aussi bien que la reproduction. Les ovules avec les ovaires naissent en effet dans l'embryon en même temps que les principaux autres organes de celui-ci, pour se développer ensuite et par là déterminer la reproduction. Si bien que le développement entraîne inévitablement la reproduction (p. 4'J7 et 490), de même que la nutrition, par ce qu'elle a de formateur (yoy. Génération), cause inévitablement le développement dans l'intimité des éléments d'une part et la genèse ou génération entre ceux-ci, puis la mort, comme il vient d'être dit p. 520.

La génération ovulaire est donc par elle-même un fait essentiellement embryonnaire, aussi bien sur les vertébrés que sur les invertébrés et beaucoup de cryptogames.

Ce fait contredit ainsi l'hypothèse de Lamarck [loc. cit., p. 374) et de ses successeurs, qui supposaient et dont beaucoup supposent encore que le sperme et même la formation de l'ovule sont le résultat de l'élaboration par les organes génitaux d'un excédant de la matière nutritive par rapport aux besoins des organes mâles arrivant à l'âge adulte. Ainsi on connaît aujourd'hui, sur la raison d'être de la génération, plus que l'existence même du fait considérée comme seule encore certaine par Lamarck (p. 271) ; on a la connaissance exacte de ce qui la détermine inévitablement, comme on l'a en ce qui concerne la mort.

Lamarck (p. 572) savait que les œufs existent déjà tout formés dans les individus parvenant à l'état adulte.

« Ces œufs non fécondés se développent (jusqu'à un certain point) avec les autres parties internes de l'individu qui les contient, font alors partie de ce môme individu ; et il n'est pas plus possible de leur assigner une cause particulière de formation {Lamarck veut dire cause autre qu'une cause naturelle) qu'il n'est possible d'assigner celle de la formation de chaque organe particulier de

ORGAA'E. 521

l'individu « (p. '27o) ; pus plus, on un mot, qu'on ne connaît le pourquoi delà formation de quoi que ce soit .

Lamarck note aussi que les œufs se développent avec les autres organes internes de l'individu dont ils font partie, qu'ils deviennent à une certaine période des portions inutiles, qui sont expulsées hors du corps ou y restent et s'y détruisent sans avoir eu vie indépendante, et que celle-ci ne se manifeste qu'après (ju'ils ont subi le contact de la liqueur fécondante.

Ainsi se trouve ramené à des conditions d'existence toutes naturelles, aujourd'hui incontestables, tout ce qu'ont d'inévitable la constitution et l'activité organiques, la génération, le développement, la reproduction, la conservation nutritive et la fin ou mort de tout ce qui est organisé, sans que le dernier plus que le premier de ces phénomènes représente un but déterminé que l'organisme ail été chargé par quelque puissance surnaturelle de viser et d'atteindre [voij. l'art. Blastème, p. 577).

Les conditions de la durée de la vie, de la longueur du temps qui sépare le moment de la mort de celui de la naissance, qui ont été notées plus haut, sont fondamentales et dominantes. Mais d'autres encore s'y ajoutent. Dans les vertébios l'une d'entre elles dérive de ce (ait de l'appropriation des organes à l'accomplissement de leurs usages, consistant en ce que l'accroissement des reptiles, des batraciens et des poissons n'est pas limité. Sur ces animaux, pour les os précédés d'un cartilage fœtal de même forme que celle qu'aura cet os, le cartilage est constitué de telle manière qu'il ne retient et ne fixe pas en quelque sorte dans certaines limites de croissance l'os qui se substitue à lui. Les pièces apopliysaires et parfois les épiphysaires se prêtent à une croissance qui dure autant que la vie, la nutrition. Comme pour les os de la voûte du crâne et de la face des oiseaux et des mammifères, ces parties se développent sans être précédées par un cartilage de même forme, qui semble en même temps fixer les limites de sa grandeur. Elles naissent et se développent dans le tissu cellulaire, se substituent indéfiniment en quelque sorte à lui.

Les pièces squelettiques de ces êtres et la plupart de leurs autres organes se prêtent ainsi à un développement continu dans les trois dimensions, avec variétés quant à la rapidité et à l'étendue d'une espèce à l'autre. Il est tel qu'au point de vue du squelette, par exemple, on pourrait dire que l'animal n'est jamais arrivé à l'état adulte, chacune des pièces montrant à un âge quelconque des couches superficielles en voie de génération. En d'autres termes ces animaux vivent longtemps parce qu'ils se développent et' grandissent toujours; parce que de plus leurs périodes prolongées d'engourdissement léthargique se prêtent ici chaque année à une prédominance de l'assimilation sur les déperditions désassimilatrices. C'est en effet toujours jusqu'aux actes moléculaires de cet ordre envisagés dans chaque tissu qu'il faut remonter pour se rendre compte des causes naturelles d'accroissement et de durée des corps en voie continuelle de perte et de compensation dans l'intimité de leurs substances.

Les indications qui précèdent sont naturellement applicables aussi aux animaux sans squelette interne, aux crustacés et aux mollusques céphalopodes qui avec un accroissement continu acquièrent un âge qui n'a pu encore être déterminé, mais des plus considérables également.

Quant aux vé^rétaux, la longue durée de leur vie se lie aussi à la possibilité d'un accroissement continu, sans délimitation précise du volume ni de la forme, sans que cette délimitation soit réglée et maintenue par un certain degré de la

désassimilation, comme compensateur d'une assimilation prédominante. De là une addition incessante de groupements cellulaires disposés en couches ou autrement.

Mais toutes ces particularités sont elles-mêmes liées et subordonnées à ce fait fondfimcntal d'état organique, savoir : que toute cellule végétale est dès son origine pourvue d'une paroi de cellulose squelettique qui la rend plus indépendante individuellement de toutes celles qui l'entourent que dans le règne animal (p. 478).

Le contenu de chacune de ces cellules de cellulose, quelle que soit la complication structurale propre, est ainsi l'homologue des parties molles des animaux, de la chair, tout en en différant notablement par la proportion des principes albuminoïdes, par les proportions et la nature des principes ternaires qui leur sont associés, etc.

Il résulte en d'autres termes de ce qui précède que dans les plantes le squelette est interne et partout; qu'il soutient non-seulement l'ensemble des parties complexes, mais encore chnque unité anatomique ou physiologique spécialement. Par suite, il se prèle soit à l'isolement, soit à la communauté et à la solidarité des actes dans chaque cellule, suivant les variations des conditions extérieures dans lesquelles se trouvent placées celles-ci.

De là résulte aussi que les principes cristallisables ou volatils sans décomposition, produits en si grand nombre et môme en si grande quantité, comme résultats des actes de décombinaison désassimilatrice des plantes, peuvent séjourner dans telles ou telles couches cellulaires de celles-ci, sans produire les troubles nutritifs généraux observés sur les animaux dont on entrave les déjections urinaires, sudorales et respiratoires.

Lamarck a montré nettement pour la première fois que rien n'est plus naturel et plus étranger à tout mystère surnaturel que la détermination des conditions de la vie et de la mort ; il a dévoilé la connexité jusque-là restée secrète qui existe entre les lois de la composition et de la décomposition chimiques et celles de l'organisation et de la vie, depuis son début jusqu'à sa cessation ou mort. Il a montré que les barrières prétendues infranchissables qui séparaient ces lois les unes des autres manquent absolument ; que l'existence des premières permet aux secondes de surgir, de s'élever au-dessus d'elles en leur restant constamment subordonnées (p. 496 et suiv.). La décomposition, qui suppose une combinaison antécédente, entraîne la combinaison ou assimilation compensatrice dont dépendent le développement et la génération ; et ainsi des autres en ce qui concerne la mobilité moléculaire rénovatrice nécessaire dans les éléments qui manifestent la contractilité et la névrililé.

Celte détermination des conditions d'existence des corps organisés et de leurs actes, cette source de la théorie biologique, dans le vrai sens du mot, logiquement découverte et exposée d'après l'examen des seules données chimiques et anatomiques connues à la fin du dix-huitième siècle, est bien due à Lamarck, ce que ses biographes ne signalent pas.

Il a montré que sans emprunt quelconque à ce qui est étranger aux organismes vivants tout ce qui se passe en eux se coordonne dès que les conditions <l'équilibre et de mouvement sont indiquées purement et simplement pour ce qu'elles sont. Toutes les questions qui découlent de cette source se trouvent résolues dès cette époque par le seul emploi des méthodes scientifiques naturelles, rigoureusement appliquées. Dès lors, Lamarck a touché juste à tous les

problèmes fondamentaux de la biologie bien plus qu'on ne pourrait le croire d'après la lecture des ouvrages classiques. Cela est à ce point que ce sont là choses neuves à coté de ce que disent ces derniers. De Blainville et Auguste Comte sont à peu près les seuls qui soient entrés dans la voie ouverte par Lamarck pour la suivre et la prolonger, mais en laissant de côté, bien entendu, les erreurs inévitables il y a quatre-vingts-dix ans, vu l'état de la physique et surtout de la chimie de cette époque.

Pour la première fois alors ces choses sont portées par lui sur leur véritable terrain ; pour la première fois la vie et la mort, et tout ce qui s'y rattache, se trouvent envisagés comme des choses d'ordre absolument naturel, susceptibles d'être interprétées, ou expliquées, si l'on veut, aussi nettement que les corps et les phénomènes chimiques, physiques et astronomiques; sesceptibles d'être dégagées dès lors de toutes préconceptions théologiques et métaphysiques.

Nombre d'auteurs se disant physiologistes ou médecins aftirment au contraire hautement leur indifférence pour ces questions et envers ceux qui s'en occupent. Ils pensent marquer par là leur supériorité dans la rigueur de leurs observations. Mais ce dédain n'est qu'insuffisance, car on ne saurait nier l'existence du problème et la nécessité toujours préoccupante d'une solution, mise constamment en rapport avec l'exactitude de nos moyens d'analyse et d'observations concernant cet ordre si frappant des conditions de l'équilibre et du mouvement, dit organique.

§ YtlI. Théories de la formation des organismes. Il n'y a rien de démontré sur ce qui concerne : 4° la question de savoir quand et comment est apparu soit le premier organisme, soit le premier couple de chacune des collections d'individus que nous appelons espèces végétales et animales ; 2" celle de savoir s'il est apparu un individu ou un couple, soit en un seul lieu, soit en plusieurrs lieux, à la fois ou à des époques diverses; 5° si de cet individu ou de ce couple toutes les autres espèces sont dérivées {monogénie et transformisme) et comment, soit continûment et lentement, soit brusquement après une existence, préparatoire en quelque sorte, plus ou moins prolongée; 4° si au contraire c'est un ou plusieurs individus (jpohjgénie) de chaque espèce qui sont apparus où nous les trouvons, soit tels que nous les trouvons, soit à l'état d'ovule, comme l'embryogénie nous les montre d'abord {voy. Génération, p. 397).

Nous savons que ces divers organismes sont ; nous savons ce qu'ils sont et qu'ils n'ont pas toujours été ; nous connaissons à peu près, pour certains d'entre eux, les heux et les époques géologiques de leur apparition.

La géologie démontre que l'homme n'a pas été le premier des êtres organisés apparus sur la terre. Les premiers individus ou couples humains apparus après les autres êtres n'ont laissé dans la tradition ni sur les monuments aucun document concernant la manière dont a eu lieu leur propre formation. Nos prédécesseurs ne nous ont légué non plus quoi que ce soit qui prouve que depuis cette formation ils aient observé celle d'une race ou espèce humaine différente de la leur, ni celle d'une espèce quelconque de mammifères, d'oiseaux, etc. Depuis que les civilisations nous laissent des traces écrites de leur histoire elles nous montrent que plusieurs espèces ont disparu ; que parmi celles qui n'existent plus se trouvent précisément les espèces dont les individus arrivaient à la plus grande taille; qu'il en est ainsi depuis les spongiaires, les

^'-ii ORGANE.

jjolypicrs, les mollusques, les crustacés, jusqu'aux vertébrés de presque tous les ordres, les quadrumanes et les bimanes exceptés. Depuis lors même nous assistons à la disparition de certaines espèces et constatons comment elle a lieu; ainsi est-il pour le Dronte. Ces civilisations ont assisté, assistent encore et aident à la multiplication des individus de certaines espèces ainsi qu'à l'augmentation du nombre et de l'étendue des variétés parmi ces individus; mais hors de là nulle d'entre elles n'a rien observé en fait de formation d'espèces nou- \elles.

Nulle, par exemple, n'a encore produit des documents permettant de dire que la tourterelle est un ramier transformé plutôt que l'inverse, et ainsi également pour toutes les autres espèces de vertébi'és et d'invertébrés vivants et fossiles. Car il faut le reconnaître, devant l'hypothèse de la transmutation de certains êtres eu individus différents, se multipliant bientôt entre eux de manière à former une collection ou groupe spécifique distinct et nouveau, perdant en même temps la possibilité de l'interfécondation par rapport à leurs générateurs spéciliques, restant tels pendant des milliers d'années, devant ce fait, c'est avec raison que tous ceux qui étudient le transformisme pour la première fois demandent et demanderont toujours qu'on appuie la démonstration sur un exemple, ne fût-ce qu'un seul, de l'ordre des précédents, qui puisse les guider. Une hypothèse qui ne possède pas un seul fait de cet ordre, qui ne représente par conséquent pas la généralisation de plusieurs autres analogues jusque-là restés inconnus, ne saurait recevoir le nom de théorie, ni surtout être validement comparée à celle de l'attraction newtoniônne. Elle n'est autre que la théorie de Vunité de composition de Geoffroy Saint-Hilaire, ou théorie des homologics anatomiques qu'une préconception déductivc conduit à supposer être \-A représentation d'un mouvement [vog. Génération, § XIl, p. 460). Elle peut se donner comme explication, non comme démonstration [voy. Darwimsme).

Il y a fiction et non théorie dans toute conception qui toujours renvoie le fait devant servir de preuve à des temps passés oià nous n'avons jamais pu être et du moins ne pourrons plus retourner. Il en est ainsi surtout lorsqu'il s'agit d'un fait aussi considérable parle nombre et la généralité que la formation des espèces et des sexes, dont aucun exemple n'est historiquement constaté, exemple qui viendrait faire exception à la transmission héréditaire, telle que nous la voyons survenir toujours et obstinément.

Ceux-là seuls vraiment qui avec ou sans intention donnent leurs suppositions pour des réalités observées peuvent à ce point vouloir faire croire que toute homotypie déjà connue ou récemment décrite prouve une descendance. Ceux-là seuls qui croient que les notions biologiques s'acquièrent comme les connaissances littéraires, par la vue des formes et le commentaire des textes, donnent avec enthousiasme ces hypothèses pour de réelles acquisitions.

En l'absence de constatation des générations premières aussi bien que des transmutations, on cherche des explications aux unes et aux autres. Les uns expliquent la dérivation comme ils expliquent la génération ; d'autres expliquent celle-ci seulement par l'intervention des causes premières, par des influences surnaturelles. Il est aussi puéril de les faire intervenir ici qu'en tout autre cas, et leur invocation n'est pas plus démonstrative que lorsqu'il s'agit d'expliquer la formation première de l'hydrogène ou de l'or.

Les autres remettent toute l'opération aux mains de facteurs connus, suivant

ORGANE. bih

l'exiftression de Littré, c'est-à-dire que la créalion première de l'être serait due à l'influence des milieux naturels {génération spontanée), et en second lieu c'est cet être qui dans ses efforts d'accommodation avec les autres organismes et avec ces mômes milieux varierait jusqu'à déviation formatrice de types spécifiques distincts, végétaux et animaux {transformisme). Rien de jjIus séduis;int pour l'esprit que cet emploi dialectique des forces secondes. Mais que l'on admette l'une ou l'autre de ces explications, la science reste sans avancer d'un pas, tant que manque une seule constatation (voy. Littré, L'espèce humaine. Dans h Philosophie positive. Revue, Paris, 1878, t. XX, p. 164). Autrement cet usage du rationalisme cherchant à enfermer les problèmes dans un dilemme conduit à vouloir faire croire avec nombre de transformistes que le summum de la science gît dans ce qui échappe à la démonstration.

Depuis Buffon et Lamarck, on n'a fait que rassembler des probabilités sur la question des premières formations spécifiques. Le nombre des probabilités acquises est bien plus grand qu'il ne faudrait pour une démonstration scientifique, si parmi elles se trouvait un seul fait, un seul exemple véiifiable de transmutation de specie in speciem. Or, la science ne se constitue pas avec des probabilités seulement. Un seul l'ait prouvé pouvant aussi bien les réduire à néant que les solidifier en un tout scientifique, elles restent encore sans valeur, autrement que comme artifice logique, soit poétique, soit dialectique.

Cette preuve, si elle se produit, et il reste encore autant de chances pour que contre, sera accueillie comme une grande découverte. Ce serait en effet une acquisition des plus considérables pour la biologie que d'avoir une connaissance positive de la formation première, de l'état d'organisation d'ime part, tant des organismes que de leurs espèces de l'autre, y compris l'homme, bien entendu, qui sous tous les rapports ne représente là qu'un simple tas particulier et non un centre dominateur. Mais, quels que soient les charmes et même les avantages de l'hypothèse et des probabilités pour ceux qui ont besoin de cet excitant de la pensée pour étudier la biologie, il n'est pas digne pour ta science de nous donner l'air de savoir ce qu'au fond nous ignorons encore. Mais de ce qu'une chose nous semble possible à une époque donnée de la science, cela ne suffît pas pour la présenter comme inévit;vblement démontrable et encore moins comme démontrée. Ce qui prouve que les choses sont bien réellement en cet état, c'est que Claus. {Grundz der Zoologie. Marburg und Leipzig, 1876, p. 91) dit que la morphologis font entière est une longue preuve de vraisemblance de la théorie de la dépendance. Tant que la science en demeurera là, on doit dire que la découverte reste à faire, car établir une vraisemblance, c'est précisément appeler une preuve et n'est pas en donner.

Copiant les phrases caractéristiques de la Philosophie zoologique de Lamarck (1809 et 1850), je trouve qu'il pense avoir prouvé dans ses travaux antérieurs que « l'organisation et la vie ne sont que des phénomènes naturels et que leuidestruction dans l'individu qui les possède n'est encore qu'un phénomène uatuiel, suite nécessaire de l'existence des premiers. » Il admet qu'il y a des générations directes dites spontanées amenant les premiers traits de l'organisation dans des matières où il n'en existait pas, non formées par des individus d'espèces semblables et au commencement de l'échelle, soit animaU', soit végétale. La substance est homogène, sans partie distincte propre à une fonction particulière, dans un état voisin de la fluidité, mais de consist;mce suffisante pour constituer des parties contenantes. Si la petite masse formée est gélatineuse (azotée), ce

sera la vie animale qui pourra s'y établir; si elle n'est que miicllagineitse (liydro carbonée), la vie végétale seule pourra y exister. Les fluides des milieux qu l'environnent la pénétrant sans cesse et se dissipant de même la constituent dans un état cellulaire ei la rendent propre à absorber et à exhaler continuellelement les autres fluides environnants et qui seront susceptibles d'y être contenus. Des parties contenantes non fluides et des fluides contenus, c'est-à-dire un tissu cellulaire très-souple, à cellules communiquant par des pores, sont les conditions indispensables pour la vie d'un corps {voy. ci-dessus p. 519, et l'art. Génération, §XII). Par l'intermédiaire des plus simples de ces •productions de la nature, on passe indirectement à l'existence de tous les autres corps vivants ; ils dérivent peu à peu des premiers à la suite de beaucoup de temps, par des changements et une complication croissante de cette organisation préparant des scissions de ses parties, formant des corpuscules granuliformes propres à reproduire ces êtres, qui toujours conservent par la voie de reproduction les modifications acquises et les perfectionnements obtenus par la nutrition et V accroissement.

Jamais les individus d'organisation plus compliquée ne se sont formés par génération directe (voy. Génération, p. 597), mais fous les jours encore les corps vivants les plus simples à Vune des extrémités de chaque règne organique se forment encore dans les matières appropriées où il n'en existait pas, et peutêtre même au commencement de chacune des branches (classes) de l'une et l'autre série de ces deux règnes.

C'est de la sorte que la vie tend sans cesse par sa nature à composer l'organisation, à créer des organes particuliers, à les isoler ainsi que leurs fonctions, à diviser et à multiplier les divers centres d'activité (p. 294). a Or, comme la reproduction conserve constamment tout ce qui a été acquis, de cette source féconde sont sortis, avec le temps, les différents corps vivants que nous observons. »

« La monade terme, qui n'est qu'un point gélatineux, transparent, contractile, sans organes quelconques, est le point de départ de la série des animaux, série sans discontinuité, mais qui n'est pas simple et au contraire rameuse, irrégulièrement graduée, représentée par des collections d'individus qui n'ont qu'une persistance relative et ne sont invariables que temporairement, mais auxquelles pour faciliter l'étude il est utile de donner le nom d'espèces. »

1" Pour les plantes le temps sans limite, l'influence des climats et des milieux et le mouvement des fluides intérieurs; 2° pour les animaux, les mêmes influences et de plus celle des besoins fonctionnels, des habitudes, des actions les plus fréquentes, employées comme moyen de vivre, de se conserver et de se reproduire, le défaut ou l'excès de service de tel ou tel organe, etc., telles sont les principales causes qui entraînent insensiblement les différences d'état et de nature des parties, qui les font naître quand elles n'existaient pas et qui font que les espèces apparaissent, puis changent.

Ainsi, d'après Lamarck, certaines conditions terrestres physico-chimiques ou de milieu se rencontrant, il naît un ou plusieurs individus, végétal ici, animal ailleurs, suivant les lois naturelles des combinaisons moléculaires et aussi simple qu'il est possible de le concevoir. Quant au passage du point mucilagineux d'une part, an point gélatineux de l'autre, à l'état d'é^res d'une organisation plus compliquée, le mode même d'après lequel il a lieu n'est pas indiqué. Toutefois pour Lamarck les organes naissent quand ils n'existaient pas et sans doute

dans l'organisme même de la manière dont ce dernier à l'état de point, soit mucilagmeux, soit gélatineux, était apparu directement en quelque lieu de la terre où il n'existait pas quelques instants auparavant. C'est donc par épigenèse qu'ils sont formés dans cette hypothèse, et leur apparition n'est point une simple évolution et différenciation de parties préexistantes. Lamarck et ses imitateurs, sans lui ajouter beaucoup, expliquent donc ce qu'ils n'ont pas vu et ne peut être vu en y appliquant purement et simplement les formules qui expriment les choses observables et déjà observées. C'est le procédé qui consiste à raisonner, à induire sur des ressemblances, des analogies de formes, de connexions ou rapports, de succession génétique, etc., comme si elles constituaient des identités de nature organique intime, telles que celles qui sont établies entre le fils et la mère ou le père par les liens moléculaires directs représentés par les spermatozoïdes d'une part et la substance du vitellus de l'autre (voy. Giïnération, p. 467). Pour ceux qui admettent la validité de cet artifice dialectique, la formation de tous les organismes par évolution d'un seul être intermédiaire, formé, lui-même à l'aide et aux dépens des composés inorganiques des milieux, l'hypothèse est d'autant plus simple qu'elle reste sans preuves {voy. Haeckel, Generelle Morphologie der Organismen^ 2 vol. in-8°. Berlin, 1866-1872, in-8<'. Die Kalkschiya?nme, Berlin, 1874. Ei&t. de la création naturelle. Trad. franc., Paris, 1874. Die Gastrœatheorie. Zeitschr. fur Naturwissensch. léna, 1874, t. VllI, p. 1. Studien zur Gastrœatheorie. Trad. franc,, Paris, 1877). Il est certainement loisible de dire que ce procédé est philosophique, mais il faut spécifier qu'il rentre dans le groupe des explications sans preuves vérifiables et non à la philosophie inductive progressant à l'aide des hypothèses susceptibles de vérification ; que c'est là une explication, non une démonstration.

A chacune des phases successives et temporaires qu'en évoluant montre l'embryon des vertébrés les transformistes donnent un nom nouveau. Souvent cela est considéré comme une découverte, bien que chacune des phases recevant une dépomination ait déjà été décrite et figurée longtemps avant par des observateurs qu'on ne cite pas toujours. Chaque période, quelque transitoire qu'elle soit, est supposée avoir été ou étant encore représentée par quelque animal vivant ou ayant vécu. Elle est donnée comme étant le type réel d'un ancêtre éteint dont les restes ont disparu, sont introuvés et introuvables, ancêtre dont avant qu'il ne se soit perdu sont dérivés les groupes spécifiques d'individus retrouvables tant fossiles que vivants.

Dans l'œuf arrivé à maturité après disparition de son noyau, la vésicule ger~ minalive (voy. Génération, p. 546), en n'envisageant que le vitellus, partie essentielle, celui-ci représente une gymnocytode (corps cellulaire sans paroi ni noyau). C'est un homologue du point gélatineux de Lamarck (p. 523) et dans l'ordre des réalités un homologue des monères. Après la fécondation \q premier stade de l'évolution est la formation du pronucléus amenant le vitellus à représenter une cellule avec noyau, mais sans paroi, une gymnocyte, cellule ou plastidenue; c'est ce qu'on appelle aussi h phase monérienne. Ses homologues à l'état d'animaux libres sont les Amibes, par exemple, en considérant leur vésicule contractile comme un noyau. Les infusoires ciliéi pourvus d'une paroi propre seraient les homologues de l'œuf fécondé arrivé à cet état et entouré

de sa membrane vitalline.

La seconde phase est celle dite de monda dans laquelle la segmentation pronucléaire et vitelline amène le nouvel être (Génération, p. 564) à l'état mul-

ticcUulaire, mais en laissant encore les blistomères on globes vitellins entassés en un groupe mamelonné, avec ou sans cavité centrale. Nombre d'embryons ciliés ou non, s'entourant ou non d'une paroi propre, nombre de gemmes ou bulbillos, sont ainsi composés d'un simple amas cellulaire vivant librement et ])lus ou moins longtemps avant d'acquérir d'autres organes pour devenir semblables aux parents dont ils se sont détacbés. Mais on ne connaît pas d'animaux dont l'état adulte soit Représenté par des bomotypes de la structui'e précédente.

Quand une partie des sphères viteliincs de la inorula, it toujours une portion seulement, est arrivée à l'état de cellules disposées sur une seule ran"ée (l'ectoderme) vésiculiforme limitant une cavité remplie encore totalement (Hirudinées, etc.) ou partiellement (mammifères, etc.) par les autres sphères viteliincs (qui plus tard arriveront à l'état d'endoderme et de niésoderme), l'embryon est dit ufiVir l'état de blaslvla, sa troisième phase. Les Dicyéraides, composées d'une seule couche cellulaire entourant une énorme et uniijue plaslide centrale, peuvent èlre considérées comme des animaux adultes homotypes (!e celte troisième phase embryonnaire ou monodermique {voy. Génération, p. 365-3G4).

Nous avons dgà noté que l'hypothèse de Geoffroy Saint-llilaire et Serres disant que tous les animaux passent identiquement par toutes les mêmes phases évolutives n'est pas applicable aux insecles et aux araignées {voy. Gk.nératio.x, p. 375 et suiv.) ; que sur ces êtres de l'état de monère, le vitellus fécondé, n'ayant plus de vésicule gcrminative , passe directement à l'état dit de blaslula {monodermique) par gemmation à la surface d'une rangée cellulaire ectodermique sans genèse d'un pronucléus, ni segmentation, ni passage par l'état dit de monda. Nous constaterons, du reste, ci-apiès d'autres différences.

La quatrième phase évolutive est celle dite de gastrula ou gastrœa (Hœckelj durant laquelle l'erabiyon est représenté par un blastoderme à double feuillet ou didermique {voy. GÉiNkratiom, p. 368). La cavité circonscrite par le feuillet interne est l'ébauche, l'indice d'une cavité intestinale avec blastopore ou bouche primitive. Mais déjà nous avons vu que cette prétendue bouche disparaît sur la plupart des luiimaux de cette période {voy. Génération, p. 365, 564). Cette forme est considérée hypothétiquemcut comme la plus importante de toutes en ce que les protozoaires dériveraient des précédentes, tandis que tous les animaux pourvus au moins d'une cavité digestive, l'Iiomme y compris, passeraient par cette forme-ci; tous dériveraient d'un ancêtre commun, mais éteint, l'ayant possédée et dont le corps entier n'était représenté que par cet intestin aai<i limité. SNous avons indiqué (Génération, p. 569) comment de ces deux feuillets, l'ectoderme et l'endoderme, on a prétendu que provenaient le mésoderme et tous les autres systèmes par l'intermédiaire de celui-ci. En fait, on ne connaît pas d'exemple d'animaux actuels qui arrivent à l'état adulte en conservant cet état embryonnaire dit de gastrula, c'est-à-dire en restant composés de deux feuillets seulement, l'interne limitant une cavité digestive. E. Van Beneden considère pourtant les dicyémides comme étant des gastrœadés. Mais, bien que possédant une couche cellulaire ectodermique, ces animaux n'ont ni bouche, ni cavité intestinale. L'axe, le centre de leur corps est formé par une seule cellule endodermique sans doute, dans la cavité de laquelle naissent par genèse les embryons qui en sortent plus tard et nullement par un feuillet cellulai re limitant une cavité digestive.

hi cinquième phase est celle que représente l'embryon quand le blastoderme est devenu tiidermique (Génération, p. 368), le mésoderme ét;\nl simple.

Le sixième stade est celui dans lequel le mésoderme s'est divisé en lame dermo-musculaire d'une part, fibro-intestinale et lame vasculaire de l'autre, avec ou sans séparation de la première et de la seconde par un cœlome ou fente pleuro-péritonéale {voy. Skkeux, p. 253). Les spongiaires sont des animaux homotypes de l'embryon tridermique à mésoderme simple. Les zoanthaires, les actiniaires, etc., sont des homotypes de l'embryon tridermique avec séparation des feuillets musculo dermique et fibro-intestinal ]»ar un cœlome.

Il en est de même des Vers et de tous les animaux qui ont une chaîne nerveuse ganglionnaire, car c'est dès les premiers temps de cette période que se délimite sur les vertébrés et les invertébrés le névraxe à l'aide et aux dépens de l'ectoderme (i;02/. Fibreux, p. 594).

C'est encore durant cette pbase, mais un peu après le névraxe, que se délimite la notocorde à l'aide et aux dépens de l'endoderme [voy. Fibreux) ; par ce iàit elle est une des périodes les plus importantes de l'évolution. Or cet organe, qui se trouve sur les vertébrés exclusivement et les caractérise, apparaîtrait, dit-on, déjà sur les ascidies, qui, tout mollus({ues les plus simples qu'elles soient, se trouveraient être un groupe spécifique dérivé de celte forme embryonnaire de lancètre commun des vertébrés et en représentant l'état permanent parmi les animaux actuels. Ce ne serait même, qui plus est, que durant leur étal larvaire que ces animaux posséderaient un organe cellulaire considéré comme homologue de la notocorde et qui disparaîtrait lors de leur arrivée à l'état adulte. Quoi qu'on ait avancé, cet organe manque dans les annélides et son absence est certaine aussi dans tous les articulés.

Les animaux homotypes permanents de l'embryon de celte période pourvu d'une notocorde ne se trouvent plus que parmi les vertébrés, tandis qu'alors qu'il n'a encore que le névraxe il compte nombre d'homotypes parmi les invertébrés.

L'uniformité absolue est admise pour tous les animaux en ce qui concerne la formation d'un seul ou de deux feuillets moyens, toujours après la formation de l'ectoderme et de l'endoderme, aux dépens d'ini seul ou de chacun de ceux-ci, ou encore de cellules de l'amas endo-mésodermique [voy. Génération, p. 368 et suiv.). Or il faut rappeler que, contrairement à cette supposition, rien de tout cela n'a lieu sur les araignées et les insectes. Ici, en effet, le mésoderme se forme le second, avant l'endoderme, et c'est directement par gemmation de la couche cytogi'ne du vitellus que s'individualisent toutes ses cellules. C'est seulement la formation ultérieure, suivant le même procédé, de la rangée endodermique, qui rend le blastoderme tridermique et qui délimite la cavité intestinale.

La forme yastrula proprement dite, en tant que blastoderme composé de deux feuillets (dont l'interne tapisse la cavité intestinale), manque par conséquent dans ce grand groupe d'animaux.

Quoi qu'il en soit de ces particularités négatives importantes qui montrent la plupart des articulés échappant à cette série de stades évolutifs, le septième stade, d'après Haeckel, serait celui dans lequel se dessinent les protovertèbres {voy. Systèmes), sans qu'il y ait encore de tète ou crâne, de cœur proprement dit, de mâchoires, ni de membres, Uamphioxus serait le seul homotype persistant, dérivé de cette période évolutive.

DicT. ENc. r s. XVIL 54

Le huitième stade serait celui dans lequel l'embryon a les lamproies pour homotypes parmi les animaux vivants. C'est celui dans lequel la tête devient distincte du tronc, avec un crâne enveloppant l'extrémité du névraxe qui est renflée et divisée en cinq parties cérébrales ventriculaires, avec de plus les vésicules olfactives, oculaires et auditives. Les deux tubes cardiaques se réunissent eu ventricule et oreillette avec conduits afférents et efférents distincts, mais il n'y a encore ni mâchoires ni membres.

Le neuvième stade est celui dont les poissons plagiostomes et osseux ainsi que les batraciens seraient les homotypes persistants, développés sans changement de type par évolution plus complexe. C'est celui dans lequel les membres apparaissent sous foime de bourgeons aplatis, comparés à des nageou'es, en même teuqjs que les bourgeons cépliahques et cervicaux se développent et se soudent en mâchoires, en arcs viscéraux séparés par des fentes branchiales, que se montrent les reins, les organes génitaux internes, le foie, la rate et le pancréas (p. 511-512), les poumons, etc.

Le dixième stade est celui durant lequel s'ajoutent l'aranios et l'allantoide conduisant à la foi'malion du phicenta et à l'absence de branchies à toute époque de la vie indépendante individuelle.

Les transformistes ont ainsi introduit une nomenclature {voy. Biologie, p. 484, et Nomenclature), tant anatomiqueque physiologique, comprenant un terme pour distinguer chaque correspondance réelle ou supposée. 11 en est en particulier qui doivent exprimer les relations homologiques plus ou moins strictement comparables entre les phases de la génération embryonnaire et les organismes indépendants placés les uns à la suite des autres d'après la comparaison des degrés de comphcalion de leur structure. Seulement à propos de ces termes il faut spécifier qu'ils ont été créés : 1° soit pour prouver que l'organisme individuel, pendant sou évolution depuis l'état d'ovule jusqu'à celui d'animal ou de végétal adidles, répète en petit, à chaque phase, la longue série des formes qu'ont présentées les antécédents dont il est considéré comme un survivant par descendance directe depuis la première genèse des êtres organisés ;

2" Soit pour faire croire, malgré l'absence de preuves objectives, qu'un degré d'organisation donné a été ou peut être souche d'individus, différents par plus de complexités, etc., pour une ou pour plusieurs séries, par transitions insensibles se montrant durant la vie et se transmettant avec accentuation lors

de chaque reproduction.

Or il faut bien reconnaître que, lorsqu'on dit que le développement de l'individu humain est la forme, l'expression condensée contractée ou résumée du développement paléonlologique de l'espèce humaine par transmutation de la première apparue en la seconde, on juge le second qui n'a pu être vu d'après ce qu'on sait du premier. 11 n'y a dans la formule que ce que l'esprit humain y a mis pour se venir en aide, mais non une notion positive. On peut dire que l'homme n'est pas plus la répétition condensée des formes qu'ont présentées ses ancêtres que l'ovule ne contient en fait et en puissance un nouveau-né viable ou

un monstre anidien.

Ce qu'il y a de certain, c'est que ces formes glossologiques donnent de l'attrait et du mouvement aux descriptions ; et de fait rien ne serait plus attrayant d'autre part, si réellement les organismes existants surgissaient de souches communes, dérivées elles-mêmes d'un organisme unique primitif et aussi simple qu'on peut le supposer {voy. p. 524); si, en d'autres termes, la zoologie, la

botanique et la paléontologie, pouvaient s'apprendre par l'embryogénie seule ou vice versa. Ces modes descriptifs, en raison de cet attrait littéraire, mais en raison de cela seulement, ne sont pas à dédaigner ; toutefois c'est à la condition sine quâ non qu'on ait soin de prévenir qu'il s'agit là d'un procédé intellectuel, d'un artifice logique, qui facilite l'étude des réalités, sans en exprimer une en fait, qu'il donne une explication, non la démonstration des choses.

C'est ce que malheureusement se gardent bien de dire ceux qui en usent. C'est ainsi que nul ne spécifie que, si les organismes unicellulaires deviennent temporairement pluricellulaires durant les phases de leur reproduction, ce n'est jamais pour rester à cet état, en tant que descendants spécifiques nouveaux, comme l'est le fœtus par rapport à l'ovule ; que toujours chaque nouvelle cellule, jointe à celle qui se reproduit, constitue déjà un rejeton homologue à son antécédent, mais rien de plus.

Qui ne sait pourtant que les botanistes, qui depuis longtemps se sont les premiers servis de la théorie de la métamorphose des organes en d'autres, ont toujours eu soin de spécifier qu'en face de la réalité le mot métamorphose et toutes formes grammaticales qui s'y lient ne pouvaient être employées que dans un sens métaphorique {voy. A. de Saint-Hilairc. Leçons de Botanique, Paris, 1841, in-8", P-35).

Or loin de là dans plus d'un écrit, il devient nécessaire de se préoccuper des cas dans lesquels, pour donner aux choses l'apparence d'une découverte, le transformisme ne fait qu'introduire des mots nouveaux appliqués à des choses déjà décrites sous les simples formes ordinaires d'une langue scientifique bien faite.

Inversement à Ch. Bonnet étudiant la gradation des êtres depuis le végétal et le polype jusqu'à l'homme, plusieurs estiment être plus près du vrai lorsque partant de l'homme ils parlent de la dégradation des organismes en considérant comme êtres dégradés ceux qui ne sont pas lui.

La réalité est que ce sont des èires d'une constitution plus simple, mais ni celle-ci, ni les actes corrélatifs, ne sont plus dégradés que l'ovule encore unicellulaire n'est dégradé par rapport à l'organisme dont il vient ou relativement à celui qu'il doit reproduire. Il est ce qu'il est, c'est-à-dire moins compliqué qu'il ne sera, et rien de plus. 11 ne pourrait être dit dégradé que s'il avait auparavant offert une constitution plus parfaite.

En d'autres termes, étant donné le milieu et ce qu'il y a d'essentiel dans Yétat d'organisation (p. 595), et il importe de spécifier ce point de la question, que de tout degré de cet état surgit un acte correspondant ; étant donc donné de plus les notions de physique et de mécanique générale rappelées dans l'article Biologie, p. 468 et 476, on voit que, sauf dérangement tératologique ou pathologique, tout organisme est très-exactement adapté individuellement au maximum du bien être végétatif [voij. p. 425 et 450), tant qu'il est en repos dans un milieu qui ne le décompose pas, même partiellement ; et cela est pour tous, quels que soient les degrés de leur complexité organique, comme pour tous les âges ou phases de l'évolution individuelle.

Dans l'état d'activité tout effet, du minimum jusqu'au maximum, désassirailateur, évolutif, reproducteur, moteur ou d'innervation, répond à une dépense équivalente par décomposition désassimilatrice, production de chaleur, etc. ivoy. Mouvement, p. 267, 285) ; le maximum conduit à l'épuisement et à la douleur (partout où il y a système nerveux central), qui ne disparaissent qu'avec une réparation assimimilatrice correspondante.

En d' autres termes, tout être organisé a des conditions d'existence tant intrinsèques ({u'extrinsèques, il vit tant qu'il leur reste adapté entre certaines limites de variations ou oscillations. Mais le végétal, l'infusoire, l'éponge, le mollusque, etc., plus simples que l'homme, ne sont pas dégradés pour cela. L'embryon d'un vertébré, temporairement moins complexe qu'un mollusque ou un ver, n'est pas non plus dégradé, et il peut se faire qu'arrêté dans son développement il continue à vivre, s'il s'agit de l'homme en société, dans un état d'organisation inférieur à celui des anthropoïdes, ainsi que les idiots en donnent des exemples.

Dans ces êtres plus simples il n'y a pas plus aspiration vers un passage à un degré plus élevé de complication organique végétale ou animale que ce n'est un besoin fonctionnel des tissus fibreux ou autres qui amène la formation des fibres élastiques ou musculaires, par exemple, dans leur épaisseur, alors qu'elles n'y existaient pas auparavant, contrairement à ce que disent encore les finalistes actuels. 11 suffit de savoir ce qu'est un besoin pour voir ce qu'a d'antiscientifique cette manière de raisonner qui suppose dans ce qui n'a que des qualités végétatives l'existence des modes de la névrilité, n'existant que là où il y a des éléments nerveux.

La complication supérieure des systèmes nerveux et moléculaire entraîne une perfection plus grande des actes chez l'homme que sur les invertébrés, mais avec une infériorité manifeste dans la reproduction, par exemple, des individus comme de leurs parties.

Tout est solidaire dans l'organisme, mais tout n'y est pas aussi parfait que chacun peut le concevoir d'après sa propre perfection mentale. C'est de cette conception infirmée par l'observation que découle celle d'une dégradation qui ne se vérifie pas davantage. Même remarque pour celle de la finalité en biologie, qui prétend que tout a été fait pour gagner un but, avoir une fin déterminée, préconçue et voulue. Solidarité n'est pas non plus harmonie nécessaire et générale, bien qu'en réalité les conditions d'équilibre et de mouvement organiques conduisent généralement à la symétrie et à l'harmonie morphologiques et motrices, comme le fait le passage de l'état liquide à l'état cristallin. La science n'a plus rien de commun aujourd'hui avec ces questions qu'elle a fait rentrer dans le domaine des exercices de rhétorique. C'est en effet la supposition, non vérifiée^ d'une différence en biologie entre la réaction et l'action, qui a été le point de départ de toutes ces hypothèses et de tout ce qu'elles ont fait dire. Mais l'observation, la comparaison et l'induction sévèrement conduites, leur ont substitué la théorie des conditions d'existence des phénomènes biologiques, si profondément analysée et synthétisée par Lamarck et Auguste Comte. C'est pour la désigner que Cl. Bernard a emprunté le vieux nom de déterminisme créé par les scolastiques pour indiquer l'influence irrésistible des motifs de nos actions sur ces dernières ; il veut dire ici que tout acte biologique répond à d'indispensables et inévitables conditions d'accomplissement intrinsèques et extrinsèques, qu'on peut découvrir et définir, qui, dès qu'elles se rencontrent, déterminent ou suscitent l'effectuation d'un acte correspondant, sans autre intervention que celle de ces conditions.

On voit donc combien restent superficiellement hors de la réalité ceux qui, en anatoraie, voient tout dans l'étude des formes, des dispositions morphologiques seulement, à quelque période que ce soit de l'existence des êtres observés. Ils laissent alors derrière ces premières données nécessaires tout ce que, dans

ORGANE ^bibliographie). 555

l'ordre lUcorique et scientifique proprement dit, donne l'analyse biologique qui détermine la nature intime des choses organisées, en faisant connaître les espèces d'éléments de l'ordination desquels résultent ces configurations. Or, c'est par cela que se fait essentiellement l'anatomie générale, qu'elle se constitue comme science faisant prendre corps à toutes les autres branches de l'anatomie, qu'elle eu forme un faisceau bien lié, par cela même qu'elle donne la raison d'être de ce qui a volume, couleur, consistance et configuration de telle ou telle sorte.

Ce qu'on laisse à faire ou à refaire devient encore plus manifeste et de plus d'importance encore en embryogénie, lorsqu'on se borne à l'indication des formes et des analogies de formes dites de monda, gastrula, etc., puis aux configurations que prennent les feuillets blastodermiques, sans aller jusqu'à la détermination précise des espèces de cellules qui constituent ces formes, et des cellules qui deviennent particulièrement le point de départ de la génération de tel ou tel organe soit transitoire, soit permanent, qui n'existait pas encore. Toutes ces formes successives ne sont, en effet, qu'une résultante de groupements cellulaires, servant eux-mêmes d'intermédiaires entre chaque configuration antécédente et ce qui en dérivera bientôt comme organes définitifs, tant de la vie de nutrition que de celle de la reproduction, de la locomotion et de l'iunervation.

Ceux qui veulent considérer la biologie comme indépendante de la chimie, qui sert à déterminer la nature intime, c'est-à-dire la composition immédiate ou moléculaire des éléments et des humeurs, puis l'anatomie comme bornée à la morphologie, sans avoir besoin des notions que donne l'élémentologie, ne feront jamais, comme on le voit, que l'étude du superficiel, sans atteindre les conclusions qui donnent logiquement, c'est-à-dire scientifiquement, la raison d'être des choses. Ch. I\obi.>.

Bibliographie. — Outre les ouvrages cités dans le cours de cet article, dans les bibliographies des articles Anatomie et Gelldle, voyez les articles Orgamsation des divers dictionnaires de médecine et les ouvrages suivants :

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ORGANE DE ROSEiNMULLER. 535

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<>R1;a\E OE CORTB. Voij. Oreille interne.

ORGJliVE de JACOBSiO!^. Appareil d'olfaction (suivant Jacobson et Gratiiolet) propre à certains mammifères (carnassiers, porcins, etc.)- Il consiste en un tube en partie cartilagineuv, en partie osseux, situé entre le vomer et la muqueuse nasale, et commimique avec !e canal de Stenon. D.

ORGATVE DE rose:v:uÏJLLER. Restes des tubes larges du corps de Wolff [voy. Corps de Wolff). D.

ORGAXES (Cha?<gement DE VOLUME DEs). Lcs orgaiics en général, en tant que parties constitutives des corps vivants, viennent d'être étudiés. Ils méritent de l'être, en outre, à un point de vue tout particulier, qui est celui de leurs changements de volume physiologiques, subordonnés à des influences diverses et en rapport avec les degrés variables de réplétion de leurs vaisseaux.

Ces causes de variations, par cela même qu'elles sont liées à l'exercice de fonctions diverses, ne pouvaient entrer régulièrement dans l'étude d'une fonction unique quelconque, telle que celle de la respiration ou de la circulation. D'un autre côté, il pourrait paraître singulier de ne consacrer à un sujet aussi important et aussi étendu que celui des organes en général que des considérations relatives à des changements de volume. Entre ces deux inconvénients, on a pensé qu'il valait mieux opter pour le premier, en ayant soin seulement de choisir ' pour titre d'article le nom du phénomène physiologique qui exerce sur les changements l'intluence principale, sauf à grouper autour de cette étude principale celle d'influences moins habituelles ou moins prononcées. Ce phénomène physiologique est le pouls [voij. Poui.s).

Lcs (juelques lignes qui suivent ne doivent être considérées que comme un commentaire de celte explication.

Tout le monde sait qu'un tissu congestionné est gonflé et tendu; inversement un tissu anémié perd une partie de son volume égale à la quantité de sang qui lui fait défaut. Pour prendre une idée nette de ces effets, il suffit de comparer le volume de la main quand on la tient abaissée, c'est-à-dire quand on favorise l'afflux sanguin et qu'on ralentit le retour du sang veineux et quand on l'élève au-dessus de la tète, c'est-à-dire quand on agit d'une façon inverse sur les courants sanguins artériel et veineux.

Ce sont là des changements de volume accidentels, pour ainsi dire, qui sont subordonnés aux attitudes.

Mais, indépendamment de ces modifications circulatoires, irrégulières dans leur production, il en est d'autres sur lesquelles nous n'avons point à nous appesantir dans cet article et qui seront traitées ailleurs avec les détails nécessaires : nous voulons parler de ces oscillations périodiques dii volume des organes qui sont en rapport avec les influences mécaniques de la respiration sur la circulation et aussi avec la fonction rhythmique du cœur. Il suffit d'indiquer ici qu'à chaque afflux sanguin produit dans les artères par la systole du cœur la masse vasculaire des organes, quels qu'ils soient, subit une distension qui se traduit par le gonflement de l'ensemble de la région ; dans l'instant suivant, quand le sang s'écoule par les veines, le tissu diminue de volume : ces gonflements et affaissements alternatifs sont nécessairement proportionnels au degré de réplétion des vaisseaux.

De même sous l'influence des mouvements respiratoires le volume des organes varie dans le même sens que la pression sanguine [voy. Respiration, Pression). Enfin il est des oscillations d'un autre ordre, plus lentes que les précédentes, rhythmiques comme elles, interférant avec les oscillations cardiaques et re?piratoires, et qu'on peut rapporter aux changements périodiques du calibre des vaisseaux. Ces grandes ondulations du volume des organes sont comparables aux grandes ondulations de la pression décrite par Traubc sous le nom de a wellenfônnig ». Elles seront étudiées en même temps que les précédentes cl feront de plus l'objet d'un paragraphe spécial aux articles Vaisseaux et Vasomoteurs.

ORGANO-MÉÏALLIQUES. 557

Tous ces mouvements ont été minutieusement décrits dans ces dernières années et soumis à l'examen par la méthode graphique avec les appareils enregistreurs de Buisson, Fick, Chelius, François-Franck, Mosso, Bascli, etc. Onehiues travaux d'ensemble donnent l'état de la question en 1878. Ce sont les monographies de François-Franck (G. R. duLabfirat.de Marey, 1870), de Mosso (Turin, 1876, 1878, 1880), enfui plusieurs thèses de doctorat, notamment celle de D. Suc en 1880 {voy. art. Décubitus, Position, Sommeil). F. -F.

ORGA^'ICISME. Il en sera traité en même temps que du vitalisme {voy. Orcane, p. 405, et ViTALisMt;). D.

ORGAIVISATIOIV. Voy. ORGA^■E.

ORGa:\ISiatio:^ médicale. On réunit habituellement sous cette dénomination l'ensemble des dispositions législatives ou administratives qui règlent l'enseignement et l'exercice de la médecine, et l'ensemble des institutions, officielles ou libres, qui ont pour but de sauvegarder les intérêts de la santé publique, ceux de la science et ceux de la profession {l'oy. Médecine [Enseignement et exercice delà]. Jurisprudence médicale, Officier de santé, les nombreux articles relatifs à I'Hygiène, publique et privée, les mots Association et Société, etc.). D.

ORGAivis:viE. Voy. Organe.

ORGAXOGÉMIE (opyavov, organe, et yôvvâw, j'engendre, je produis). Partie de la science qui traite de la formation progressive des organes depuis leur pi'emier rudiment jusqu'à leur développement parfait {voy. Cellule, Œof, Organes, et les noms des organes principaux), D.

ORGAlVOLRPTiQdE (PROPRIÉTÉ), de opyavov, organe, et X-atîtôç, pris, reçu, ou ),r,TrTixoç. propre à être pris, à être reçu). Ce mot a été créé par M. Ghevreul pour désigner la propriété qu'ont les corps de faire sur les organes des impressions spéciales que ces organes perçoivent (par exemple, la propriété d'affecter la vue, l'odorat, l'ouïe, etc.), ou celle de produire des sensations plus obscures, mais nettement déterminées (comme celle qui résulte de l'action particulière d'une substance médicamenteuse sur un organe). Le mot n'est guère appliqué aujourd'hui qu'à l'action des corps sur les cinq sens spéciaux. D.

ORGA^OLOKIE, ORGAXOGRAPUIE. Voy. OrgANE.

ORGAXO-MÉTALLIQUES (COMPOSÉS OU RADiCAUx). On appelle en général combinaison organo-métallique celle d'un métal avec ie radicaux des alcools mono-atomiques, tels que le méthyle, CH^ l'élbyle, G^H^; le butyle, C'ir ; l'amyle, C^H^'; l'allyle, C-'H^; le phéiiyle, C41-' ; le crésyle, CIV, et lenaphtyle, C'^H'. Ces radicaux mono-atomiques saturent tout ou partie des atomicités du métal, de même que les éléments halogènes. Cl, Br, I, etc. Ainsi le kcdiéthyle K'(C4F), le zinc-diéthyle Zn"(C-lF)^ le plomb-tétréthyle Pb'^'(G^H')*, sont des composés saturés, tandis que le mercure-monométhyle Ilg'\Gir") ou

538 OftGANO-MÉTALLIQUES.

mieux [Hg"(CH'')]\ qui est inconnu à l'état de liberté, le stanno-diméthyle Sn>^(Cll'')% le stanno-triméthyle Sn'^(CH^)^ ou mieux [Sn>^(C[r')'']-, ne sont pas saturés et peuvent jouer le rôle de radicaux mono- ou diatomiques. Le mercure monométhyle, en s'unissant à du chlore, de l'iode, de l'oxhydryle, etc., donnera les composés saturés : Hg"(GH^>)Cl, Hg"(GH^>)l, Hg"(CH'0OH, etc. ; on connaît de même un chlorure, un oxyde, etc., de stanno-diméthyle, Sn'^(GH'')^Cl^ Sn*''(Cir')-0, etc., un iodure, un sulfate, etc., de stanno-triméthyle, etc., Sn'^(CIP)''I, [Sn'^(CH'')"^]2(S0'')", etc. Il existe en outre des radicaux organo-métalliques mixtes, tels que le stanno-mcthyle-triéthyle, Su*^(Gff)''{G^H'*), qui renferme à la fois de l'éthyle et du méthyle.

Les composés organo-métalliques s'obtiennent en général en faisant agir le mêlai libre ou allié au sodium sur les iodures alcooliques, ou le métal sur la combinaison zincique ou mercurique correspondante, ou enfin par double décomposition.

Radicaux à métaux monoatomiques. Les combinaisons du potassium, du sodium, etc., peu connues du reste, se forment par l'action des métaux sur le composé zincique.

Radicaux à métaux diatomiques. Pour les préparer on fait agir le métal libre {magnésium, zinc, mercure) ou uni au sodium sur les iodures alcooliques. Le magnésium ne donne que des composés organ o-mélalliques saturés ; on connaît quelques dérivés des combinaisons zinciques, par exemple, l'iodure de monométhylure de zinc, Zn"(GH"')I. Par la distillation ce composé donne du

zinc-mét]iyle,Zn"(Cir>)'-

Quant au mercure, ses composés s'obtiennent directement ou par l'action du

métal ou du chlorure du métal sur la combinaison zincique correspondante. On ne' connaît pas de radicaux organo-métalliques du mercure non saturés; mais les radicaux saturés peuvent, par l'action du chlore ou de l'iode, donner naissance aux groupes Hg"(GH^)I, Hg"(GH^)GI, par exemple. En soumettant ces composés à l'action de la potasse, par exemple, le radical saturé est régénéré.

Radicaux à métaux tri- et pentatomiques. Dans cette catégorie se rangent les dérivés du bismuth, les arsines, les stibines et les phosphines, qui d'autre part se rattachent aux aminés.

Le cacodyle, As-(GH')*, est un radical non saturé et peut directement fixer des éléments en donnant naissance à des dérivés tri-ou pentatomiques. Ainsi, en fixant du chlore, il se dédouble et donne deux molécules de As'"(CH'")^Cl ; en s'unissant à l'iodure de méthyle, il donne à la fois de l'iodure de cacodyle ks"'{GW)H et de l'iodure de tétréthylarsonium As^(GH^)*I.

On ne connaît qu'une stibine, [Sb{G^Hl*)^]^ correspondant au cacodyle ; les autres correspondent à l'hydrogène antimonié et donnent des iodures de tétramélhylstibonium.

Enfin les composés du bismuth renferment ou un radical d'alcool; ex., le bismuth-éthyle ]M"'{GH¥), inconnu à l'état de liberté, mais connu à l'état de chlorure Bi"'{G^R')C\\ ou trois radicaux d'alcool, et alors se comportent comme des combinaisons saturées, ex., Bi(G^H^)^

Radicaux à métal tétratomique. Le plomb forme deux séries de composés, les uns saturés renfermant quatre radicaux alcooliques, les autres n'en renfermant que trois et pouvant s'unir à un élément ou groupe électro-négatif ; à l'état de liberté les radicaux non saturés se doublent.

L'étain donne naissance à trois genres de combinaisons, par exemple,

ORGE (botanique). 539

Sn'^(C-H^)-, diatoraique; SiV^(G^H')', monoatomique, ou [Sn*^(G'H"^)^]2 à l'état de liberté, obtenus tous deux par l'action d'un alliage d'étain et de sodium sur l'iodure d'éthyle, ou enfin Sn'^(C-Il'')S composé saturé, qui se foi'me en traitant l'iodure Sn'^(G^H^)^P par le zinc-éthyle.

Radicaux à métal hexatomique. Peu connus. Mentionnons l'aluminiumméthyle, AP(GH"')^ qui se forme par l'action de l'aluminium sur le mercureméthyle, le dérivé AP(GIP)^r% les mêmes combinaisons étbylées, enfin le dérivé tétraméthylé, W^'{GH"')'^P, du tungstène.

On trouvera dans le Dict. de chimie de Wurtz le tableau complet des composés organo-métalliques. L. Hahn.

ORGASME (opyadp.ôç, de op7âv,être excité, irrité). Ge mot a été appliqué : 1° à l'excitation générale (Hippocrate) ; 2« à l'irritation des parties malades (Hippocrate); 5"^ au mouvement impétueux des humeurs (Hippocrate et toute l'ancienne médecine); 4" à l'excitation génésique et, plus particulièrement, à cette phase de l'érection qui précède immédiatement l'éjaculation. Voy. ÉrérmsME. D.

ORCiE, Hordeum L. § I. Botanique. Genre de plantes Monocotylédones, caractérisé de la manière suivante : plantes herbacées, à chaume noueux, pourvu de feuilles engainantes et ligulées. Fleurs disposées en épillets réunis 3 ensemble sur les dents du rachis, appliqués et formant un épi composé Épillets sessiles, à une seule fleur avec le rudiment d'une seconde, tous hermaphrodites ou les latéraux mâles, ayant deux glumes presque égales, contiguës et simulant à chaque nœud un demi involucre à 6 folioles. Glumelle inférieure de la fleur lancéolée, arrondie sur le dos, la supérieure bidentée. Glumellules au nombre de 2, semiovales, entières, ciliées ; 5 étamines à anthères linéaires. Ovaire surmonté de 2 stylesplumeux étalés.

Le fruit est un caryopse, adhérent aux balles, convexe sur le dos, plan et pourvu d'un sillon médiocrement profond sur la face interne, terminé par un appendice pubescent.

Le genre Hordeum contient un certain nombre d'espèces , dont les unes sont spontanées [Hordeum miirinurn L., H. secalinum Schreb., H. mari' timumWiili, etc., les autres cultivées et souvent subspontanées. Ce sont ces dernières qui intéressent seules le médecin. Nous indiquerons les suivantes :

Hordeum vulgare L. G'est l'Orge commune caractérisée par ses épis, dressés ou penchés suivant les formes, ses épillets tous hermaphrodites, imbriqués sur deux rangs, dont 2 opposés peu saillants, et 4 proéminents, ce qui rend l'épi comprimé et presque tétragone. Les glumes sont linéaires subulées, la glumelle inférieure quinquinerviée, terminée par une longue arête, mais seulement dans les épillets médians.

Hordeum distichum L. Nommée Orge distique ou Sucrion, caractérisée par son épi allongé, étroit, comprimé, dont les épillets sont rangés sur six rangs, mais de façon que quatre de ces rangées formées par des épillets latéraux mâles plus petits que les autres sont déprimées, tandis que les deux autres sont saillantes. G'est à cette espèce que se rapportent les formes appelées Hordeum nudum, Orge nue, Orge céleste, variété hâtive, et V Hordeum Leocriton L., ou Orge de Russie ou pyramidale ou Escourgeon.

Hordeum hexastychon L. , Orge anguleuse. Orge d'hiver, Orge carrée, qui se

540 ORGE (BROMMOLOiiii;).

distingue par son épi court, épais, serré, et ses épillels disposés sur six rangs réguliers et tous également saillants.

L'orge est prol)ablement indigène des parties occidentales de l'Asie tempérée. Elle est mentionnée dans la Bible comme cultivée en Egypte et en Syrie. Homère la mentionne sous le nom de xpiSr,, et c'est la même dénomination qu'on retrouve dans Théophraste, qui mentionne les diverses sortes d'orge, et dans Dioscoride. Ce dernier auteur, ainsi que Strabon, parlant de boissons préparées avec cette céréale et, d'après Tacite, les tribus germaines usaient ordinairement de ce breuvage.

L'orge est cultivée dans beaucoup de lieux oià ne peut croître le blé ; cette céréale vient en effet de préférence dans les terrains légers, non argileux, et n'exige que peu de chaleur. En Suède, la culture s'étend jusqu'au 68°, 38 de latitude, sur la côle de Norvège, elle atteint 76 degrés à Attenfjord; en Laponie, elle réussit même jusqu'à 400 mètres au-dessus du niveau de la mer; dans les Alpes suisses, à 1500 mètres, et dans l'Himalaya, à 5500 mètres. Pl.

lîiBi.iaGRAniiE. — IIoMÈBE. Oïlysséc. — THÉoniKASTE. Hisloria plant., t. YIII, p. 4. — Linné. (ïcnfrrt,98; Species, 125. — De Candolle. Flore française, t. III, p. 93. — Alvhonse de Can- BOLLE. Géographie botanique. — Grenier et Godron. Flore de France, t. III, p. 394. Pt.

§11. BiMimatolo^çîc. C'est à la bière que cette céréale doit son importance. Les résidus de la préparation de cette boisson étant consommés sur place par les bestiaux, la terre reçoit sous forme d'engrais à peu près tout ce que la récolte lui a enlevé. L'usage de la bière se répandant de plus en plus, l'importance de l'orge croît en proportion, et les approvisionnements créés pour la brasserie peuvent à un moment donné conjurer une disette. Le principal désavantage de l'orge est d'exiger de bonnes terres, tandis que la vigne prospère dans les plus mauvaises.

L'orge est la céréale qui résiste le mieux au froid. Linné l'a trouvée à Lullea-Lappland par 67° 20' de latitude. On l'avait semée le 51 mai, et elle avait mis cinquante-huit joursàmiàrir. En Suisse, elle croît à 1920 mètres d'altitude. On la trouve également en Egypte, en Arabie. C'est de toutes les graines de la même famille celle qui coûte le moins, malgré le prix du terrain qu'elle exige. A surfiice égale, elle fournit deux à quatre fois plus que le seigle et le blé. D'après Schwerz, en Alsace, on considère un volume de blé comme l'équivalent de deux volumes d'orge. A l'état sec, elle donne 186 en poids de paille pour 100 de grains, l'hectolitre pèse de 60 à 65 kilogrammes.

Sa composition est analogue à celle du seigle. D'après Boussingault, 100 parlies de grains et de paille contiennent respectivement 2,02 et 0,50 d'azote. Ces chiffres multipliés par 6,6 représentent à peu près la teneur en matière azotée alibile ; ce qui classe cette céréale comme substance alimentaire entre le blé et le seigle.

La farine d'orge est toujours grossière et renferme des débris nombreux des enveloppes de la graine, qui sont très-friables et se pulvérisent sous la meule de manière à ne pouvoir être séparées par le blutage. Cette circonstance explique la supériorité des orges dites nues, dans lesquelles ces enveloppes sont moins développées, et qui fournissent une farine plus belle. D'après Payen, il serait facile d'obtenir avec toutes les variétés d'orge des farines pures ; il suffirait pour cela de commencer par les décortiquer en écartant convenablement les meules. Malgré ces précautions, le pain qu'on obtiendrait avec cette farine serait toujours

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