‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.68Chapitre 25 sur 38 · L. Hahn · texte numérisé non relu

L. Hahn

OROZCO (Cristobal). Médecin espagnol de mérite, né à Valladolid vers 1517, fit ses études philosophiques et médicales à l'Université de sa ville natale. II eut entre autres pour maître Ferdinand Pinciano, professeur de grec à l'Université, qui lui communiqua d'importants manuscrits grecs à l'aide d esquels il put rectifier de nombreuses erreurs commises par les traducteurs et les commentateurs de Paul d'Égine et d'Aétius: « Ego ingénue fatebor, dit-il, doctissimo, œtatis nostrœ viro Ferdinando Pinciano, prœceptori meo, bonorum omnium studiorum clarissimo ornamento, deberi, qui nobis antiquissimi exemplaris grœci copiant fecit, ciijiis fide plurima emendavimus ac restitiiimus (Lettre ad lectorem dans son ouvrage publié en 1536). II avait à peine vi ngt et un ans quand il écrivit son livre : Castigationes in Interprètes Pauli JEginetœ (Venetiis, 1556, in-lbl.). C'est ce qui ressort de l'épître dédicatoire : Juvenis vix vigesimmn primum annum egressus, castigationes in interprètes Paidi JEginetœ, quanta niaxima cura ac diligentia adhibita, composui. Il mit à peine un an à composer un nouvel ouvrage destiné à corriger les erreurs faites par Leoniceno et Jean Cornaro dans leurs traductions d'Aétius ; c'est du moins ce quH affirme dans son épître au lecteur. Voici le titre de cet ouvrage : Annotationes in interprètes Aetii medici prœclarissimi : D. Chrisfophoro Oroscio, auctore. Vna cuni latinariim et grœcarum dictionum, ac rerum, quœ in iis annotationibus continentnr, Iccupletissimo indice. Basilese. L'année où il a été imprimé n'est pas connue, mais il est certain que la rédaction en a été achevée en 1558 à Salamanque, comme le prouve la dédicace à D. Francisco de Quiiiones, cardinal de Santa-Cruz de Jérusalem. L. Hn.

ORPEW (Thomas-Herbert). D'une famille de médecins irlandais, reçu docleur à Edimbourg en 1797, se fixa à Dublin et y fut nommé médecin du House of Industry. Il mérite d'être cité pour le zèle qu'il apporta à la fondation de l'Institut des sourds-muets de cette ville. Il se fit du reste connaître avantageusement par ses leçons sur l'éducation et l'instruction des malheureux atteints de surdi-mutité. Sa dissertation inaugurale a pour titre :

Diss. inaug. de Sanctoriana j^erspiratione. Edinburgi, 1797. L. Hn.

ORPDELII^IAT. Assistance donnée aux orphelins pauvres et aux enfants abandonnés. On a vu dans l'article Assistance et dans les différents articles qui y sont afférents les secours que reçoit l'enfant indigent dès sa naissance et dans les premières années de sa vie, les divers établissements et les diverses œuvres qui viennent en aide aux parents pour les élever, crèches, salles d'asile, écoles, etc. Mais la mort des parents ou l'abandon viennent-ils à livrer l'enfant à lui-même, l'orphelin et l'enfant abandonné — les deux situations sont égales devant l'assistance — ont besoin de trouver auprès d'elle une tutelle, une surveillance et des soins de toute nature et de tous les instants. C'est à l'assistance, publique ou privée, qu'incombent désormais tous les devoirs des parents absents. Ces devoirs, bien compris dans le double sens de l'humanité et de l'intérêt social, ne consistent pas seulement à nourrir l'enfant, à le vêtir, à l'abriter, ils consistent aussi à l'élever, à veiller à son développement physique et moral, par les soins et les applications de l'hygiène et de la médecine, par l'éducation morale et par l'instruction élémentaire et professionnelle, en un mot» à en faire un homme.

Quelles ont été dans le passé et quelles sont dans le présent les institutions qui répondent à cet impérieux besoin? C'est ce que nous allons examiner.

Pour trouver l'origine des premières institutions d'assistance des orphelins il faudrait fouiller presque dans les profondeurs les plus reculées de l'histoire. Aussi, loin qu'on puisse remonter dans les documents écrits, on trouve des témoignages d'intérêt et de sollicitude pour les enfants orphelins ou abandonnés, (f Lorsque vous aurez coupé votre grain dans votre champ et que vous y aurez laissé ime javelle par oubli, dit le Deutéronome, vous n'y retournerez pas pour l'emporter, mais vous la laisserez prendre à l'étranger, à l'orphelin et à la veuve... Quand vous aurez cueilli les fruits des oliviers, vous ne viendrez pas reprendre ceux qui sont restés sur les arbres, mais vous les laisserez à l'étranger, à l'orphelin et à la veuve. Quand vous aurez vendangé votre vigne, vous n'irez point cueillir les raisins qui y seront demeurés, mais ils seront pour l'étranger, pour l'orphelin et pour la veuve. » Cette préoccupation de venir aux secours de l'orphelin dans la loi juive concorde d'ailleurs avec cette autre prescription qui défend l'infanticide, prohibe l'avortement et ordonne d'élever tous les enfants. Il n'en était pas de même chez les peuples païens où l'autorité absolue des pères sur leurs enfants, l'abandon et l'exposition de ceux qui auraient été une charge, laissent présumer, à défaut de renseignements dus précis, qu'on s'y occupait assez peu du sort des orphelins. Cependant, si pour la société romaine, en particulier, beaucoup trop de témoignages montrent le peu de cas qu'on y laisait de la vie des enfants, il serait injuste toutefois de trop généraliser le jugement sévère porté à cet égard par la postérité, et il convient de ne pas oublier que parmi les nombreuses et belles institutions que l'on doit à l'empereur Trajan il en était une destinée à assurer l'assistance perpétuelle des enfants pauvres {Piieri puellœque alimentarii) .

Mais, comme nous l'avons déjà dit à propos de l'assistance en général, c'est surtout à partir des premiers siècles de l'ère chrétienne qu'il faut chercher l'origine des institutions et des établissements spécialement destinés à secourir et élever les orphelins et les enfants abandonnés.

L'enfance relevée par l'Évangile deviendra désormais l'objet d'une protection spéciale qui passera de la loi religieuse dans la loi civile et de l'une et l'autre dans les mœurs. On verra ailleurs la part que prendra, dans l'œuvre d'assistance aux enfants, la science de l'hygiène, dont plus que jamais aujourd'hui le concours est réclamé par les pouvoiis publics et par la société tout entière. Mais nous n'avons à nous occuper ici que d'une catégorie d'enfants, ceux pour lesquels on a institué et se sont graduellement développés les établissements que nous englobons sous la désignation commune d'orphelitiat.

Les premiers monastères qui furent créés pour la retraite et le travail en commun devinrent en même temps des asiles pour les pauvres et les orphelins. « Nous approuvons, dit saint Basile, qu'on reçoive les enfants à quelque âge que ce soit, et nous croyons qu'ils peuvent être admis lorsqu'ils se présentent à nous dès leur première jeunesse, afin que nous prenions sous notre conduite ceux qui ont perdu leur père, et que, selon l'ardente charité de Job, nous soyons les pères des orphelins. « Les orphelins pas plus que les enfants abandonnés par leurs parents et reçus dans les monastères, n'étaient voués au cénobitisme ; la pieuse maison n'était qu'un asile provisoire, qui devait devenir pour eux, s'ils consentaient plus tard à embrasser la vie monacale et s'ils y étaient propres, un port pour le reste de leur vie.

A partir du quatrième siècle, l'hospitalité chrétienne, se développant de plus en plus, se manifesta surtout par des fondations auxquelles concoururent les évêques, les empereurs et les grandes dames romaines. A côté des établissements alors nouveaux que nous avons énumérés dans l'article assistance, tels que le ptochotrophium pour les pauvres, le xenodochium pour les voyageurs, le nosocomium pour les malades, le gerontocomiuyn pour les vieillards, s'élevèrent V orphanotrophium pour les orphelins et le hrephotrophium pour les enfants trouvés. L'histoire nous apprend que l'empereur Constantm subventionna, entre autres établissements hospitaliers, V orphanalrophium placé sous la direction d'un fonctionnaire public, l'orphanolrophe, chargé de nourrir et d'élever les mineurs privés de leurs parents et dépourvus de ressources et de leur servir de tuteur. Il attribua à Y orphanotrophium des propriétés publiques et des dotations particulières. Il fonda, en outre, une école d'instruction élémentaire pour procurer l'enseignement aux orphelins et aux enfants nés de parents pauvres.

Des décrets des empereurs Léon et Anthémius au cinquième siècle assuraient à ces établissements inspirés par le sentiment religieux et destinés à élever avec une affection paternelle les enfants privés à la fois de parents et de ressources divers avantages et privilèges, tels que la protection des tribunaux et la dispense des frais de formalités judiciaires. Enfm une loi de Justinicu mentionne les établissements confiés à la surveillance des évêques, les hôpitaux consacrés aux orphelins et aux enfants pauvres.

Il nous serait difficile de dire ce que devinrent ces institutions après la double chute de l'empire romain et de l'empire d'Orient et pendant les périodes obscures du moyen âge; tout ce qu'on en peut savoir d'après le témoignage d'un historien grec du douzième siècle, Zonare, c'est que ces institutions subsistaient encore de son temps, telles que les avaient créées les empereurs chré- (iens. Il nous faut arriver jusqu'au quatorzième siècle pour apprendre quelle était au point de vue qui nous occupe la situation de l'assistance des orphelins dans notre pays.

Jusque-là c'est l'Église qui à elle seule a presque tout fait, c'est sous son inspiration et sous son égide que se sont formées et développées les premières institutions de protection et d'assistance de l'enfant abandonné. Les canons confient les orphelins aux soins des prêtres ; les capitulaires leur donnent pour défenseurs les évêques eux-mêmes secondés dans ce soin par les nihû dominici. Quand l'Eglise n'agissait pas elle-même, c'est à elle qu'était confié le soin de répartir les secours provenant de la générosité des fidèles.

Dans toutes les dispositions légales concernant les orphelins pendant les premiers siècles chrétiens, on voit surtout les préoccupations d'assurer leur existence, de les préserver contre les périls de tout genre qui pourraient les menacer. On verra plus tard la bienfaisance à leur égard, conçue et appliquée sur des bases plus larges et sous un point de vue plus élevé, prendre un soin particulier de leur éducation.

I. A dater de l'époque dans laquelle nous allons entrer, l'État, en France, intervient, et avec lui ou à côté de lui l'élément laïque ou bourgeois de la population y prend aussi directement sa part.

C'est ainsi qu'en 1362 fut fondé l'hôpital du Saint-Esprit pour 100 orphelins des deux sexes. En 1556 François I" crée l'hôpital des Enfants-Dieu, appelés depuis En faiits-Rouyes, pour les orphelins de parents morts à l'Ilôtel-Dieu. Les

enlaots illégitimes en étaient exclus. En 1545 l'hôpital de la Trinité est fondé pour 100 garçons et 36 filles sans parents. En 1552, un arrêt du Parlement ayant imposé aux seigneurs hauts justiciex's l'obligation de se charger des enfants exposés et trouvés, dans le ressort de leur justice, l'évêque de Paris fonde, pour l'acquitter de cette obligation, la maison dite de la Couche^ près l'église Notre- Dame. En 1623 un nouvel asile sous le nom d'hôpital Notre-Dame de la Miséricorde est créé pour recevoir 8 petites fdles.

Ces dernières fondations ne suffirent probablement pas encore, puisqu'il ne fallut pas moins que l'appel chaleureux fait en 1658 par saint Vincent de Paul à la charité des grandes dames et des puissances de son temps pour remédier à l'effroyable mortalité des enfants abandonnés, ou exposés aux parvis des églises ou à l'ancien baptistère de Saint-Jean-Lerond, où quelque temps plus tard, en 1717, devait être recueilli par une pauvre femme du peuple l'enfant chétif qui se nomma plus tard d'Alembert. Sous cette nouvelle impulsion charitable surgirent de nouveaux asiles. Les premiers enfants recueillis furent placés par saint Vincent de Paul dans une maison de la rue Saint-Victor, devenue bientôt trop petite, puis transférés dans les bâtiments de la maison Saint-Lazare au faubourg Saint-Denis oîi allèrent s'installer avec eux les premières dames ou Sœurs de la Charité, fondatrices de l'ordre.

Par lettres patentes de 1670 la maison des enfants trouvés est érigée en hôpital et réunie à l'hôpital général. Les enfants orphelins y étaient reçus, de même que les enfants trouvés et abandonnés. On en comptait alors 160 dans l'ancienne maison de la Couche et 596 dans la maison de la rue de Charenton au faubourg Saint-Antoine, qui étaient des annexes de l'hôpital général ; plus environ 1500 enfants à la charge de ces établissements, placés soit en nourrice, soit en sevrage, à la campagne.

Enfin il faut ajouter à ces institutions la filature de la paroisse Saint-Sulpice pour 16 orphelins, la maison des orphelins, dite de la Mère-de-Dieu, fondée en 1678 pour 58 filles et 6 garçons, la maison des orphelins du Saint-Enfant-Jésus et de la Mère-de-Pureté fondée en 1700 pour 15 orphelins, la maison de l'Enfant- Jésus fondée en 1751 pour 28 jeunes demoiselles, et l'école d'orphelins fils d'officiers et de soldats invalides pour 200 jeunes gens; la Pitié et la Salpêtrière, qui servaient d'asile à des enfants des deux sexes de 6 à 18 ans; l'hospice de Beaujon fondé en 1784 pour 12 orphelins et 12 orphelines.

Avant d'arriver à l'époque d'oii datent les institutions actuelles, faisons un retour vers le passé pour voir ce qui a été fait pour les orphelins dans les principales parties de l'Europe.

C'est en Italie d'abord, puis en Allemagne, que l'on voit se développer avec le plus d'activité les établissements d'assistance pour les orphelins. On en comptait déjà plusieurs en Italie au onzième siècle. Ils s'y sont rapidement multipliés. Dès le commencement du seizième siècle il s'en forma à Rome, à Milan, à Turin, et la plupart des autres villes du Piémont en créèrent àl'envi..Dès leur origine les asiles fondés dans les diverses parties de l'Italie réalisent ce progrès auquel nous faisions allusion plus haut, d'associer à l'assistance les bienfaits de l'instruction et de l'éducation. Dans l'hospice des Orfauelli fondé à Rome par les curés de la ville, 300 orphelins recevaient une éducation libérale par laquelle on les pré|parait à des professions utiles, et pour ceux d'entre eux qui montraient un plus grand degré de capacité, grâce à une dotation spéciale on adjoignit à l'asile un collège où ils recevaient une instruction littéraire qui devait leur ouvrir des

carrières plus élevées. 500 autres orphelins furent recueillis par les libéralités d'Innocent III au grand hospice apostolique de Saint-Michel. Ils y étaient élevés suivant leurs capacités, les uns pour les arts mécaniques, les autres pour les arts libéraux ou pour les services publics. Les orphelines étaient admises au même hospice avec d'autres jeunes filles délaissées et elles y recevaient une éducation très-soignée. D'autres étaient recueillies dans quelques-uns des nombreux conservatoires institués pour les jeunes personnes malheureuses ou en péril. Des dots étaient instituées en leur faveur pour l'époque où elles pouvaient trouver à s'établir.

Milan possède deux Orfmiotropl analogues à ceux de Rome, l'un pour les garçons, l'autre pour les filles.

C'est aussi vers la même époque, en 1583, qu'a pris naissance l'établissement des pauvres orphelins de Turin, placés sous la protection de Charles- Emmanuel I*''. Cette ville possède aussi un Orfanotropio pour les garçons. Des orphelins des deux sexes trouvent également asile avec nombre d'autres infortunés dans la petite maison de la divine Providence.

En Allemagne, le dix-septième siècle voit naître les premières institutions pour les orphelins. Elles s'y multiplient de toutes parts dans la première moitié du dix-huitième à Glaucha, Halle, Zittau, Slettin, Dresde, Vienne, Kœnigsberg, Hambourg, Berlin, Potsdam, etc. Un grand nombre d'auteurs s'occupent de déterminer le but de ces établissements, les règles de leur administration, les moyens de les améliorer. On s'y attache, en général, non-seulement à poser les bases d'une bonne éducation pour les orphelins, mais encore à faire des maisons d'orphelins les établissements d'éducation les plus parfaits. C'est surtout pendant le premier quart du siècle actuel que les orphelinats devenus des institutions de l'Etat ont acquis en Allemagne leur plus haut degré de perfeclion.

En Suisse, la loi des cantons comprend les orphelins au premier rang des indigents qui ont droit à être secourus. H a été institué une commission de tutelle chargée de veiller aux intérêts des orphelins auxquels sont assimilés les enfants indigents qu'on a jugé nécessaire d'éloigner de leurs parents. Ces enfants sont placés chez des particuliers offrant des garanties suffisantes pour leur bonne . éducation. Au commencement de ce siècle on a institué en Suisse des écoles rurales où une partie de ces enfants sont dirigés.

La Hollande a aussi des établissements destinés à élever les orphelins en commun; elle passe même pour en avoir donné le premier exemple à l'Allemagne.

Pétersbourg renferme deux maisons d'orphelins militaires et civils.

En Angleterre, il existe un système tout différent de celui qui régit généralement ce genre d'institutions dans le reste de l'Eui'ope. La législation anglaise a placé les orphelins indigents au nombre des personnes qui ont droit à être assistées et entretenues sur les fonds de la taxe des pauvi-es. Placés d'abord dans les maisons de travail ou de secours, ils sont ordinairement mis en apprentissage aux frais de la paroisse; ils reçoivent l'instruction à l'école commune. Il existe d'ailleurs en Angleterre un grand nombre d'établissements d'orphelins dus à l'initiative privée.

Dans les États-Unis d'Amérique les mêmes traditions ont été maintenues. De nombreuses sociétés privées subviennent également aux besoins de l'assistance des orphelins.

Revenons aux transformations qui se sont opérées en France dans le système d'assistance qui nous occupe.

II. La Révolution, en dispersant la plupart des établissements fondés ou dirigespar des ordres religieux., imposait désormais à TÉtat l'obligation de veiller directement au sort des enfants abandonnés et des orpbelins, dont il s'était jusque-là en partie désintéressé, abandonnant ce soin aux administrations hospitalières. Par un décret du 7 ventôse de l'an II de la République, la Convention met les bâtiments du Val-de-Gràce à la disposition des enfants assistés auxquels il décerne le titre d'Enfants de la Patrie, pour les transférer un ])eu ])liis tard Ma maison de la Bourbe, l'ancienne abbfiye de Port-Royal, et à l'ancien Institut de l'Oratoire oij ils restèrent jusqu'en 1814. A cette époque les deux maisons étant devenues distinctes, la maison de l'Oratoire, sous le nom d'hospice des Enfants-Trouvés, resta seule affectée spécialement à ce service. Un décret de 181 1 comprend dans ses dispositions la classification des enfants assistés, qu'il divise en ti'ois catégories : les enfants trouvés, les enfants abandonnés et les orphelins pauvres. Ce décret établissait, en outre, le mode d'éducation et de tutelle commun à ces trois catégories d'enfants. En 1836, la réunion des orphelins et des enfants trouvés ayant été définitivement décidée, des agrandissements furent faits et l'établissement approprié à sa nouvelle destination prit le nom d'hospice des Enfants-Assistés, qu'il porte encore aujourd'hui.

L'hospice des Enfanls-Assislés, dont nous n'avons à parler ici que comme refuge des enfants orphelins — il en sera question ailleurs au point de vue des Enfants-Assistés en général — n'est en réalité pour les orphelins qu'un lieu de dépôt et de passage. L'administration les reçoit de deux à douze ans; elle veille sur leur éducation et sur leur instruction, les place à la campagne chez des agriculteurs pour y être appliqués aux travaux des champs, ou en apprentissage dans des ateliers, exerçant sur eux sa tutelle et sa surveillance jusqu'à l'âge de la majorité, les rappelant à l'hospice lorsqu'ils sont malades pour leur donner les soins nécessaires, ou pour y attendre une destination nouvelle, lorsqu'elle se trouve dans la nécessité de les changer de résidence, dans l'intérêt de leur santé ou de leur moralité. Elle accorde un secours spécial, dit secours d'orphelins, aux orphelins de père et de mère nés dans le département de la. Seine, recueillis soit par des aïeux ou d'autres parents, par des amis, soit placés chez des étrangers. Ce secours équivalent à celui que l'administration paierait aux nourriciers de ses agences, si ces enfants étaient immatriculés, varie de 6 à 15 fr. par mois, suivant l'âge, et il cesse à douze ans, c'est-à-dire à l'âge oii les enfants peuvent déjà se rendre utiles et gagner un petit pécule. Il est servi au delà de cette limite dans les cas de maladie, d'infirmité ou de toute autre cause d'incapacité de travail.

Le nombre des orphelins ou enfants abandonnés admis à l'hospice a été de 1111 en 1870, de 1058 en 1871, de 552 en 1874, de 723 en 1875, de 2760 en 1878, de 2774 en 1879 ; sur ce dernier chiffre les abandonnés comptent pour 2514, les orphelins pour 200 (nous n'avons pas la proportion des orphelins aux abandonnés pour les années antérieures). Quant au secours aux orphelins ou abandonnés placés, il s'est élevé en 1879 à 107 025 francs répartis entre 1401 enfants.

Voici en ce qui concerne les orphelins et les enfants abandonnés le règlemant du service intérieur de l'hospice des Enfants-Assistés :

Sont à la charge du budget départemental : i°

2° Les enfants abandonnés, c'est-à-dire ceux qui, nés de père et mère connus el d'abord élevés par eux ou par d'autres personnes à leur décharge, en sont délaissés sans qu'on sache ce que les père et mère sont devenus, ou sans qu'on puisse recourir à eux ou à leurs descendants.

Sont assimilés aux enfants abandonnés les enfants de prévenus, accusés ou condamnés, jusqu'à la tin de la détention préveniive ou à l'expiration de la peine.

o*" Les orphelins pauvres. — Doivent être compris dans cette catégorie les enfants qui, n'ayant ni père, ni mère, ni ascendants en état de les secourir, n'ont aucun moyen d'existence.

Les enfants abandonnés sont reçus sur la production d'un acte de notoriété, constatant l'absence ou la disparition des père et mère et affirmant qu'il n'existe aucuns parents ou amis qui veuillent ou qui puissent s'en charger. Les enfants abandonnés par suite d'une condamnation judiciaire de leurs père et mère sont admis sur un ordre du Préfet de police.

Les enfants orphelins de père et de mère sont admis sur la production de leur acte de naissance, des actes constatant le décès du père et de la mère ou la mère seule, si l'enfant e.st naturel et n'a point été reconnu par son père, et sur le vu d'un procès-verbal du maire ou du commissaire de police, affirmant que l'enfant n'a aucun moyen d'existence, ni parents ou amis qui puissent ou veuillent s'en charger.

Les enfants des personnes admises comme malades dans les hôpitaux peuvent être reçus à titre de dépôt provisoire, pendant la durée du séjour de leurs parents à l'hôpital.

L'enfant une fois admis est inscrit sur un premier registre tenu par ordre de date et de numéros. Une médaille provisoire portant un numéro d'ordre correspondant à celui du registre d'inscription est immédiatement attachée au cou de l'enfant.

Aussitôt après leur réception, les enfants sont visités par le médecin attaché à l'hospice et envoyés, en cas de maladie, dans les infirmeries de médecine ou de chirurgie. Dans le cas contraire et s'il est reconnu qu'ils soient en état de supporter le voyage sans inconvénient, ils sont, sitôt immatriculés, envoyés à la campagne.

Le service extérieur se fait d'après une instruction générale commune ù l'ensemble des enfants assistés, sans distinction d'origine. Nous n'en citerons que quelques-unes des dispositions qui peuvent s'appliquer aux orphelins en particulier. De cet ordre sont les dispositions relatives au placement des élèves-

L'administration s'attache à placer les enfants dans des familles honnêtes, laborieuses, pouvant donner à ces enfants une éducation morale et professionnelle, et en même temps leur procurer le bien-être matériel qu'elle tient à leur assurer.

Les enfants doivent fréquenter les écoles communales depuis l'âge de six ans jusqu'à l'âge de quatorze ans et suivre les instructions religieuses de la paroisse.

Le service médical institué pour tous les enfants assistés est assuré de manière que tous soient surveillés efficacement sous le rapport de la santé et que, lorsque la maladie vient à les atteindre, ils reçoivent les soins nécessaires. Les orphelins participent à cet égard à tous les avantages assurés aux autres enfants, ils sont traités, pour les affections commîmes, dans les DicT. Exc. 2° s. XVII. 57

hôpitaux de province et, lorsqu'ils sont atteints d'affections particulières, dirigés sur des établissements spéciaux.

Les médecins chargés de donner des soins aux enfants assistés sont nommés par le pi'éfet de la Seine, sur la proposition du directeur de l'Assistance publique.

Enfin comme double garantie d'une bonne application des secours temporaires et d'une surveillance efficace des enfants que l'Assistance prend à leur naissance ou au moment de leur dépôt et de leur immatriculation, pour ne les abandonner qu'à l'époque de leur majorité, il a été institué un service d'inspection, conformément aux instructions contenues dans la circulaire du ministre de l'Intérieur du 50 avril 1856 et du !'■' avril 1861. Indépendamment du service des agents de surveillance et des médecins chargés par l'administration de l'Assistance publique des placements et de l'application de toutes les mesures prescrites pour assurer le bien-être des élèves, il a été institué un service d'inspecteurs nommés par le ministre de l'Intérieur et placés sous les ordres du préfet de la Seine, qui ont pour mission de visiter alternativement chacune des circonscriptions extérieures et de contrôler toutes les parties du service en se conformant aux instructions spéciales.

La mission que s'est imposée l'administration en se constituant la tutrice de ces enfants a, comme on le voit, un double but : assurer à l'enfant tous les soins que réclame son âge, veiller à son développement physique et à sa santé; l'élever, l'instruire dans les principes élémentaires, moraux et professionnels, et le surveiller jusqu'à l'âge où il pourra se suffire à lui-même.

Comment ce but est-il atteint sous ce régime administratif? Écoutons l'appréciation d'un homme dont la compétence en cette matière ne sera contestée par personne, ayant longtemps dirigé lui-même l'Assistancepublique:» La plus sérieuse difficulté qui se soit présentée jusqu'ici dans la question du meilleur régime applicable aux enfants assistés, ditDavenne dans son ouvrage Siir^ F organisation et le régime des secours publics en France, c'est l'antagonisme de l'intf'rêt financier avec les principes de la morale et de l'humanité. L'administration, préoccupée de la crainte de voir s'accroître indéfiniment le nombre des enfants mis à sa charge, a cherché dans une parcimonie qu'on pourrait appeler systématique un allégement aux sacrifices qui lui étaient imposés. Ainsi les mois de nourrice, le prix de la pension, les layettes, les vêtements propres aux différents âges, tout était dans la plupart des départements ou insuffisant ou complètement négligé : aussi le plus grand nombre des nourriciers pris parmi les plus pauvres habitants des campagnes ne se faisaient-ils, en général, aucun scrupule de laisser les enfants se livrer au vagabondage et à la mendicité, école pernicieuse où ils puisaient le germe de tous les vices en même temps que l'oubli de tout devoir et de tout sentiment honorable. »

Ainsi se trouvait essentiellement faussé le but de la loi qui, en prescrivant le placement des enfants à la campagne, avait en vue d'en faire d'honnêtes agriculteurs, et justifiée cette opinion généralement accréditée que les enfants assistés arrivés à l'âge adulte fournissent un large contingent à la population des établissements pénitenciers et des lieux de prostitution.

Tout en considérant cette opinion comme très-exagérée, Davenne n'en reconnaissait pas moins qu'il y avait lieu de se préoccuper de cette situation et de prévenir les dangers signalés soit en élevant les tarifs, soit par une application plus large du système des secours temporaires.

C'est à raison de ces faits et à la suite d'une enquête et d'un rapport présenté

sur cette question au Sénat qu'il fut fait en 1852 une tentative de colonisation en Algérie. 200 enfants pris pour une moitié à l'hospice de Paris et pour l'autre moitié à des familles pauvres furent envoyés aux frais communs du ministère de rintérieur et du département de la Seine dans les orphelinats de Bouffarick €t de Ben-ak-Nouw en Algérie. Plus tard 80 autres enfants appartenant à dix départements furent envoyés à l'orphelinat de Minerghin.

Les jeunes colons devaient être valides, sains de corps, âgés de dix à treize ans. Ils restaient à l'orphelinat colonial jusqu'à leur majorité, époque où l'État leur concédait, avec un petit pécule une fois donné, une étendue de terre de 4 ù 8 hectares en toute propriété. Après quelques années d'expérience on dut encore renoncer à ce système. Sur les 200 élèves confiés à la colonisation en 1852, on comptait, en 1858, 58 évasions. Trop peu de liherté, pas assez d'initiative personnelle chez les élèves, tels étaient, de l'aveu même du directeur de la colonie, les principaux obstacles qui s'opposaient au succès de l'entreprise. Mais l'objection principale qu'a surtout mise en relief cette tentative, c'était la privation pour les campagnes, d(5jà si dépourvues lorsque arrive le moment des récoltes, du concours utile que leur auraient apporté les enfants assistés parvenus à l'âge où on les enlevait à leurs premiers éducateurs pour les envoyer dans la colonie. Le cultivateur nourricier ou éducateur se trouvait par là doublement lésé dans ses intérêts et dans l'affection qu'il avait pu'^oncevoir pour son élève.

On est revenu au système de placement des enfants assistés chez les cultivateurs. Malgré les inconvénients qu'on lui avait reconnus, la commission d'enquête faisait surtout valoir en sa faveur le double but que s'était proposé le législateur : favoriser l'agriculture en lui rendant une partie des bras qui lui font de plus en plus défaut par suite de la tendance des ouvriers de la campagne à déserter les travaux des champs pour ceux de l'industrie, et assurer à l'enfant la protection, les soins et l'affection qu.'il ne peut trouver que dans le sein d'une famille adoptive.

Partisan déclaré de ce système, malgré ses imperfections, Davennecite à son actif des exemples plus ou moins touchants témoignant de l'attacliement des nourriciers pour leurs élèves. « Ici, dit-il, ce sont des nourriciers déjà chargés d'enfants, qui refusent néanmoins de se séparer de ceux de l'administration qui sont réclamés ; là, des veuves sans héritiers, qui lèguent tous leurs biens aux orphelins qu'elles ont élevés; ailleurs des pensionnaires appelés à participer aux successions qui échoient à la famille; et, réciproquement, des nourriciers tombés dans la' misère secourus par leurs enfants adoptifs ; enfin de fréquents exemples d'élèves des deux sexes qui se mai'ient dans le sein même de la famille qui les a nourris. »

Un fait entre tous, ajoute Davenne, montre la puissance des affections nées de ces rapprochements. Les rapports d'inspection ayant fait connaître qu'un certain nombre d'entre ces pupilles que la pénurie des nourrices avait obligé de confier à des habitants pauvres étaient non-seulement négligés sous le rapport de l'éducation et des autres devoirs imposés aux nourriciers, mais signalés comme s'abandonnant au vagabondage et à la mendicité, le directeur de l'Assistance publique crut devoir ordonner le déplacement de ces élèves dans un arrondissement voisin. Les plaintes et les regrets éclatèrent parmi les nourriciers en même temps que la résolution de retrouver et de reprendre les enfants qu'on leur avait enlevés. Ils quittèrent tous leurs demeures et leurs travaux pour aller au loin les chercher et les ramener au foyer .

L'intérêt pouri-ait bien aussi avoir été mêlé pour une petite part à l'excellent

sentiment auquel l'ancien directeur de l'Assistance publique attribue cette démarche. Sans vouloir calomnier d'une manière générale l'esprit des populations rurales, on sait que ce mobile n'est point rare parmi elles. A côté de ces traits d'attachement, combien ne pourrait-on pas citer aussi d'exemples de cette basse cupidité et de cette sordide avarice dont plus d'un pupille a du avoir à souffrir ! Nous avons recueilli à cet égard, de la bouche de personnes bien placées pour en juger, des faits qui témoignent jusqu'à quel point, malgré la surveillance exercée par les agents de l'administration, sa confiance a parfois été trompée.

En résumé, il ressort de cet exposé de l'état actuel de l'Assistance publique par rapport aux enfants orphelins et abandonnés que son action est manifestement insuffisante. Elle ne secourt en réalité qu'une quantité relativement minime des enfants qui auraient besoin de son assistance ; les moyens dont elle dispose et qu'elle met en œuvre ne lui permettent dans beaucoup de circonstances d'atteindre (juc d'une manièic imparfaite le but qu'elle se propose. Elle ne dispose, en effet, d'aucun crédit pour aider les parents indigents à élever leurs enfants ou pour assister les enfants que leurs parents, retenus une partie de la journée dans les ateliers ou les usines, délaissent sans surveillance, privés de leur moyen d'éducation morale et souvent sans vêlements, sans nourriture ; elle ne possède ni crèches, ni orphelinats, ni aucun établissement soit départemental, soit municipal, qui la mette à même d'accomplir sa mission dans toute son étendue. Dans un rapport récent adressé au préfet de la Seine, le directeur actuel de l'Assistance publique, M. Quentin, constatait cette impuissance de l'administration, qui, vu l'insuffisance de son budget, malgré les sacrifices que s'impose annuellement le département pour lui venir en aide dans l'assistance des enfants abandonnés, ne peut rien pour remédier à cet état de choses.

Avant d'examiner les projets soumis aux délibérations du Conseil municipal de Paris et du Conseil général de la Seine par quelques-uns de leurs membres et par le directeur de l'Assistance, les études auxquelles l'administration ellemême s'est livrée sur ce sujet, ainsi que le nouveau plan d'organisation adopté pour améliorer cet état de choses, c'est le moment de dire quelle a été jusqu'à présent la part de la charité privée et des œuvres nombreuses qu'elle a suscitées pour l'assistance des enfants orphelins et délaissés.

III. Orphelinats privés. DenombreuxorphelinatsexistenlenFrance. Les uns établis dans les villes ou à leurs portes sont plus particulièrement destinés à élever les enfants en vue des professions manuelles et industrielles qui y ont leurs principaux centres et à en faire des apprentis ouvriers ou artisans. D'autres répondent à des besoins spéciaux, comme l'établissement des Pupilles de la marine, à Brest, pour les orphelins et enfants de mer, les écoles de mousses de la flotte dans les divers ports maritimes, l'orphelinat de Notre-Dame-des-Flots à Dieppe pour les orphelins du littoral, destinés à la marine. Le plus grand nombre est réparti dans les campagnes, surtout dans les contrées susceptibles d'être améliorées par le défrichement. Ceux-ci, véritables petites colonies agricoles, en rendant productif le travail de leurs pensionnaires, offrent surtout, comme on le verra par quelques-uns des exemples que nous citerons tout à l'heure, l'avantage de diminuer la charge qui incombe à la charité privée, en même temps qu'ils réalisent les meilleures conditions possibles d'hygiène et de moralité pour les enfants.

C'est à Paris surtout que nous allons trouver la plus féconde et la plus active

initiative dans la création des œuvres charitables. Parmi ces œuvres la plupart créées et dirigées avec le concours des congrégations religieuses, il nous suffira, pour donner une idée du mouvement considérable de charité qui a été inspiré par les besoins des enfants privés de leurs soutiens naturels, d'en citer quelquesunes, notamment : l'Œuvre de l'adoption ; la Société d'adoption pour les enfants trouvés, abandonnés ou orphelins, qui possède des colonies agricoles au Mesnil- Saint-Firmin et à Merles (Oise) ; la Société de patronage des orphelinats agricoles; l'Œuvre des apprentis orphelins; l'Œuvre de Sainte-Anne, destinée à pourvoir gratuitement à l'instruction, à l'éducation religieuse, au placement et à l'entretien de jeunes filles pauvres, abandonnées ou orphelines de la ville de Paris; l'Œuvre, des enfants délaissés, pour l'adoption gratuite de jeunes orphelines de mère, sans protection et sans appui ; les maisons de familles agricoles pour le rapatriement des orphelins des villes ; etc., etc.

Orphelinats de Paris. Il y avait à Paris en 1880, d'après le Maiiuel des œuvres, institutions religieuses et charitables, 81 orphelinats connus, assurant tous à leurs élèves l'éducation religieuse et l'instruction primaire et quelquesuns l'enseignement professionnel. Sur ces 81 orphelinats, on en compte 9 pour les garçons et 72 pour les filles.

Pour les garçons, l'établissement de ce genre le plus important est l'œuvre de Saint-Nicolas, fondée en 1827, par l'initiative du comte de Noailles, qui voua sa vie entière pour les jeunes garçons de la classe ouvrière abandonnés ou orphelins, qui y reçoivent l'éducation religieuse, l'instruction primaire et industrielle. Cette œuvre a trois maisons, toutes trois dirigées par les frères de la doctrine chrétienne, l'une à Paris, rue de Vaugirard ; la deuxième à Issy (Seine) ; la troisième à Igny, par Bièvres (Seine-et-Oise). Les enfants sont reçus de sept à quatorze ans. La maison d'Igny est plus spécialement affectée aux travaux agricoles. Il y a dans l'établissement de Paris des ateliers internes, dirigés par d'habiles contre-maîtres, où les enfants peuvent faire leur apprentissage. On y forme des marbriers, des relieurs, des tourneurs en optique, des opticiens, des horlogers-mécaniciens, des monteurs en bronze, des ciseleurs sur métaux, des facteurs d'instruments de musique en cuivre, des doreurs sur bois, des menuisiers, des selliers, des malletiers, des sculpteurs et graveurs sur bois, des fiicteurs d'instruments de précisiou, graveurs géographes, etc.

Les 8 autres orphelinats pour les garçons sont répartis comme il suit :

1 dans leV" arrondissement, sous la dénomination d'orphelinat de Nolre-Dame* Préservatrice, dans lequel les jeunes garçons pauvres, orphelins ou abandonnés, sont divisés en deux sections : celle des jeunes écoliers de sept à douze ans qui reçoivent dans la maison l'instruction primaire; celle des apprentis depuis l'âge de douze ans, apprenant un état soit dans la maison, soit en ville, ces derniers venant prendre leurs repas et coucher dans l'établissement.

1 dans le Vil" arrondissement, sous le nom d'orphelinat Saint-Louis, dirigé par les sœurs de Saint- Vincent-de-Paul. On y reçoit les petits garçons orphelins de sept à douze ans que l'on met en apprentissage sous la surveillance de l'Œuvre.

1 dans le XII' arrondissement, sous le nom de Providence-Sainte-Marie, admettant des orphelins de six à douze ans, jusqu'à treize et quatorze ans.

1 dans le XIV^ arrondissement, sous la direction des sœurs de l'Immaculée- Conception, où sont admis les enfants légitimes ou illégitimes de cinq à huit ans, jusqu'à donze ans.

2 dans le XV% l'orplielinut Saint-Charles, tenu par les sœurs de Notre-Damedes-Anges, admission de deux à sept ans, sortie à douze ; la maison des orphelins de Saint- Yincent-de-Paul, admission de sept à douze ans.

1 dans le XVP, l'Œuvre d'Auteuil, dirigée par l'ahbé Roussel, pour l'éducation et l'apprentissage des enfants pauvres et orphelins ou abandonnés, auxquels on apprend les différents états de l'imprimerie, de la typographie, de la menuiserie, de Ja cordonnerie, de la serrurerie, du moulage, du jardinage, etc.

1 dans le XX% l'Asile des petits orphelins, tenu par les sœurs de Saint- Vincentde-Paul, pour les orphelins des deux sexes de deux à sept ans, sortant à treize.

Pour les filles, il y en a 2 dans le I" arrondissement, un pour les orphelines de père ou de mère appartenant au quartier, de quatre iÀ onze ans jusqu'à vingtun ans; l'autre pour les orphehnes de père et de mère de la paroisse, entre six et onze ans jusqu'à vingt-un.

1 dans le IP arrondissement, où les enfants sont reçues très-jeunes et restent jusqu'à dix-huit ou vingt-un ans.

2 dans le IIP arrondissement, un ouvroir dont les conditions se traitent de gré à gré et un orphelinat pour les iilles de huit à dix ans.

5 dans le IV% tous dirigés par les sœurs de Saint- Vincent-de-Paul.

8 dans le V"; G dans le VP; 5 dans le VIP; 2 dans le VHP; 2 dans le 1X«; 5 dans le X"; 2 dans le XP; 4 dans le XIP; 5 dans le XlIP; 5 dans le XIV<=; 4 dans le XV-- ; 5 dans le XVP; 5 dans le XVIP^ ; 2 dans le XVIIP ; 3 dans le X1X% et 1 dans le XX''.

Ces nombreuses institutions diffèrent peu entre elles sous le rapport de leur but et de leurs conditions. Elles sont presque toutes tenues par des i-eligieuses, le plus grand nombre par des sœurs de Saint-Vincent-de-Paul. Elles sont toutes destinées à élever des orphelins, les unes des orphelins de père ou de mère, le plus grand nombre sans distinction. Sauf un petit nombre qui reçoivent les enfants dès le plus bas âge, la plupart ne les reçoivent que depuis l'âge de trois à quatre, cinq ou six ans jusqu'à douze et quatorze ans et plus généralement pour les filles jusqu'à vingt-un ans.

Dans les orphelinats de filles, indépendamment de l'insli'uction élémentaire et religieuse qu'elles reçoivent, les pensionnaires sont dressées à la couture, à la lingerie. Quelques-uns ont des écoles professionnelles plus complètes, où on leur apprend, outre la couture et la lingerie, le blanchissage, le repassage, le ménage, la confection des vêtements, la fabrication des fleurs artificielles, la broderie, les travaux de dentellerie, etc.

Quelques établissements ont, indépendamment du but commun à tous les orphelinats, un objet spécial ou une origine particulière qui en circonscrivent plus ou moins le champ d'action et en limitent parfois la durée subordonnée aux circonstances qui les ont fait naître. Tels sont, notamment, ceux qui ont été créés à l'occasion de grandes calamités publiques telles que les grandes épidémies meurtrières et les grandes guerres. Plusieurs orphelinats datent en effet des épidémies de choléra de 1852 et de 1849, qui ont laissé à la charge de la charité publique un grand nombre d'orphelins. Quelques-uns ont cessé de fonctionner, d'autres subsistent encore et figurent dans Ja nomenclature ci-dessus. La guerre franco-allemande de 1870 a fait aussi des orphelins qu'il a fallu secourir. Il a été créé à cette époque, sous le nom d'ŒuvRE nationale des orphelins de la GUERRE, une institution qui a pour but de venir en aide aux enfants dont les pères sont morts pour la défense du pays, soit qu'ils aient été tués sur le champ

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de bataille, soit qu'ils aient succombé aux maladies contractées dans leur service militaire. Un comité central d'administration siégeant à Paris a établi dans chaque département un ou plusieurs sous-comités pour recueillir les fonds dans le département au moyen de quêtes et de souscriptions et rechercher, adopter et secourir les oi"phelins de la guerre.

L'Œuvre a ainsi adopté 5000 orphelins ou orphelines. Le choix du mode de secours a été laissé à chaque comité. Les enfants ont été suivant les circonstances placés dans les orphelinats, laissés dans leurs familles ou aux personnes charitables qui les avaient recueillis. Il a été donné à chacun d'entre eux un livret de caisse d'épargne, calculé de manière à assurer à chaque enfant 100 francs par an jusqu'à sa seizième année. Les enfants placés dans les établissements emploient le montant de leur livret à payer une partie de la pension, et le comité se charge de payer le surplus.

Outre ce livret il a été constitué aux jeunes filles, par un décret du 7 avril 1873, une petite dot de 200 francs qui leur est payée soit à l'époque de leur mariage, soit à l'âge de vingt-cinq ans accomplis. La dot s'augmente de l'intérêt du capital constitué à cet effet et de la dot des orphelines décédées, qui se répartit entre les orphelines survivantes.

Plusieurs autres institutions analogues, ayant un but semblable, ont été fondées à la même époque et à l'occasion des mêmes événements. Nous citerons, entre autres, l'Œuvre de l'archevêque de Paris, créée en 1871, par monseigneur Guibert, après la guerre et la commune, dans le but de recueillir les orphelins des deux sièges de Paris, Elle a été instituée pour servir en quelque sorte de complément à la précédente, recueillant sans distinction d'origine les enfants du diocèse de Paris dont les parents non militaires étaient morts par le fait de la guerre, soit par suite d'une blessure ou des privations endurées pendant le siège, soit par le fait de l'insurrection de la commune. L'œuvre a adopté plus de 500 enfants, garçons ou filles, qui ont été placés dans les établissements religieux à Paris ou en province et dont la pension devait être payée par l'Œuvre jusqu'à la seizième année. Cette Œuvre a duré dix ans, constituée en 1871 (le 5 octobre), elle a cessé en 1881. Les admissions avaient cessé en 1874. Durant son exercice 2000 orphelins ont été inscrits sur ses registres, 509 ont été adoptés définitivement, 253 garçons et 276 filles. 155 ont été recueillis et élevés par les soins des sœurs et des curés de Paris, ce qui porte à 664 le nombre des orphelins secourus.

C'est à cette même origine que remonte aussi la fondation de la Société de Vorphelinat de la Seine. Pendant le premier siège de Paris, quelques hommes de bien se réunirent dans la pensée commune de recueillir et d'élever des orphelins de la guerre. Ils créèrent à cet effet un établissement laïque et municipal aux Batignolles. Survinrent alors les événements de la Commune qui accrurent avec la misère le nombre des enfants à secourir. Il s'agissait de sauver et de développer l'Œuvre à peine naissante et qui avait perdu son premier asile. 11 existait à Compuis, près Beauvais, un établissement privé qui recueillait des orphelins dans le but de les soutenir jusqu'à l'âge où ils pourraient se suffire à eux-mêmes. Sur l'offre du généreux fondateur de cet établissement, la nouvelle Société de l'orphelinat de la Seine fut admise à y placer ses enfants. A dater de ce moment et grâce à cette concession son existence et son avenir étaient si bien assurés, que peu de temps après elle devait déjà se mettre en quête d'autres institutions semblables qui pussent donner asile au surplus de ses orphelins.

La Société, une fois constituée et assurée de son existence et de son avenir, inscrivit dans ses statuts que son but était de recueillir, sans distinction de cultes, le plus grand nombre possible d'enfants du département de la Seine, orphelins ou abandonnés, légitimes ou naturels; de leur assurer l'éducation, l'instruction, l'apprentissage d'une profession, et de leur faciliter plus tard, dans la limite de ses ressources, les débuts de leur carrière.

Voici les relevés annuels depuis sa fondation, qui donneront une idée de ses progrès, malgré des obslacles, des difficultés sans nombre.

En 1872, au terme de. la première année d'exercice, le nombre des enfants adoptés par l'Œuvre n'était encore que de 52 ; en 1873 elle en comptait déjà 68 ; en 1874, 104; en 1875, 123; en 1876, 149; enfin en 1878 elle avait admis 210 enfants et elle en avait en permanence 155, garçons ou filles, dont le tiers en apprentissage.

C'est encore à la suite de la désastreuse guerre de 1870 et de la séparation de l'Alsace et de la Lorraine qu'ont été fondées, sous les auspices de la maréchale de Mac-Mahon, la Société de patronage des orphelins d'Alsace-Lorraine et l'orphelinat Alsacien-Lorrain du Vésinet (Seine-et-Oise). La Société de patronage des orphelins d'Alsace-Lorraine a pour but de recueillir et d'adopter, avec le consentement de leurs parents ou tuteurs, des orphelins pauvres, des enfants abandonnés dans les provinces cédées à la Prusse, de les placer dans des établissements ruraux et de leur donner une éducation chrétienne. La Société de patronage surveille ces orphelins pendant leur enfance, les patronne pendant leur adolescence et leur facilite le moyen de s'établir à la campagne soit comme cultivateurs, soit comme artisans. L'orphelinat Alsacien-Lorrain du Vésinet a été fondé par la libérahté d'un des membres de la Société protectrice des Alsaciens- Lorrains dont le siège est à Paris. Il est destiné à recevoir les orphelines ou jeunes filles abandonnées, originaires de l'Alsace ou de la Lorraine. Elles y sont reçues depuis l'âge de cinq ans jusqu'à quinze ans. La maison contient 40 lits et est confiée aux sœurs de Saint-Charles de Nancy.

Nous devons mentionner encore ici un orphelinat créé aussi dans une circonstance particulière, mais toute différente de celles qui précèdent, nous voulons parler de la maison fondée par l'impératrice Eugénie en 1856, à l'occasion de la naissance du prince impérial, et à laquelle, pour rappeler son oi'igine, on donna alors le nom de Maison Eugène-JSapoIéon, qui lui est resté. Celte maison, établie dans la rue du Faubourg Saint-Antoine, est destinée à recevoir au moins oOO jeunes filles qui lui sont confiées par leurs familles, par plusieurs grandes administrations ou par des bienfaiteurs, pour leur donner, avec l'instruction j^rimaire, une éducation morale et religieuse et essentiellement professionnelle, foutes sont formées aux soins et aux travaux du ménage. L'enseignement professionnel comprend, au choix des jeunes filles et selon leurs aptitudes : lingerie fine, blanchissage, raccommodage, travaux sur dentelle noire et sur dentelle blanche, confection pour femmes et enfants, broderies en or et en soie pour équipements militaires, ornements d'église, fleurs artificielles fines, repassage perfectionné, etc. On enseigne aux plus âgées, de dix-huit ans et au delà, qui forment la première division, la tenue des livres. Les enfants ne peuvent y être admises avant huit ans, ni après douze ans. La maison est dirigée par les sœurs de Saint- Vincent de Paul.

Nous ne terminerions pas, si nous voulions énumérer tous les établissements privés qui ont pour but l'assistance et l'éducation des orphelins appartenant à

telles classes ou à telles catégories delà population. Il n'est presque pas d'année qui ne voie naître une fondation nouvelle, transformer ou relever une fondation menacée dans son existence par la mort ou la ruine de ses bienfaiteurs en passant entre d'autres mains bienfaisantes, surgir enfin une application ou une affectation nouvelle basée sur le principe fécond de la solidarité professionnelle et de l'appel aux souscriptions publiques. Telle est, par exemple, l'institution en voie de formation de l'orplielinat des arts destiné à venir au secours des enfants orphelins d'artistes dramatiques et lyriques.

IV. Orphelinats dans les départements. Nous venons de parcourir les principaux établissements d'assistance de Paris pour les orphelins des deux sexes. Faire rénumération de tous les établissements de même genre qui existent dans les départements nous entraînerait un peu loin, et ce serait même pour quelquesuns d'entre eux, qui ne sont que des succursales ou des annexes, nous exposer à des répétitions et à des doubles emplois des œuvres que nous avons déjà fait connaître. Nous citerons cependant les principaux, en nous arrêtant sur ceux qui par leur importance ou leurs dispositions spéciales nous ont paru mériter une mention à part.

On ne compte pas moins de 322 orphelinats dans les départements, dont 100 pour les garçons et 252 pour les fdles. Nous signalerons dans le nombre l'orphelinat de la cristallerie et émaillerie du Bourget (Seine), où les élèves suivent les cours de l'instruction primaire dans l'établissement et travaillent à la cristallerie; l'orphelinat agricole de Saint-Sauveur, à Cellule (dans le Puy-de- Dôme), annexé à un petit séminaire, où l'on forme des agriculteurs, des horticulteurs et des ouvriers de diverses professions; l'orphelinat de Coubeyrac (dans la Gironde), fondé principalement pour les orphelins de la guerre, sous les auspices de la Société de patronage des enfants d'Alsace-Lorraine; l'orphelinat de Notre-Dame-des-Flots, à Dieppe, pour les orphelins du littoral destinés à la marine, et quelques autres établissements analogues ayant pour objet spécial l'assistance aux enfants et aux orphelins des gens de mer, tels que l'établissement des Pupilles de la marine de Brest placé sous le patronage du ministère de la Marine, l'École des mousses de la flotte, à bord du vaisseau VAusterlit:^, dans la rade de Brest , l'École des mousses établie à Marseille à bord de la corvette la Mégère, fondée par la Chambre de commerce de cette ville, la maison des orphelins de la marine, à l'Hôpital maritime de Bochefort, etc.

Parmi les orphelinats ayant leur centre métropolitain à Paris, mais leur résidence effective dans la province, et dont le but spécial est de favoriser le développement et la multiplication des institutions agricoles, nous devons citer ici en première ligne la première et la plus importante des succursales de la Société de patronage des orphelinats agricoles, la Maison de famille des orpheVms.

Le motif dominant qui a présidé à la création de ces orphelinats ruraux, c'est la dépopulation des campagnes, fait notoire depuis longtemps, mais qui tend à s'accroître, à en juger par les chiffres du dernier dénombrement insérés dans le Journal officiel du 17 novembre 1877 et duquel il ressort que sur l'accroissement de la population qui a eu lieu dans la période quinquennale de 1872 à 1876, qui a été de 2,17 pour 100, les 2 quinzièmes de cette augmentation sont imputables aux seules villes qui comptent plus de 50 000 âmes.

C'est dans le but d'obvier dans une faible mesure à cette dépopulation des campagnes au profit des grandes villes, en rapatriant dans les campagnes les

enfants abandonnés dans les villes, qu'a été fondé dans une des contrées de l'Auvergne, par l'initiative de l'abbé Sarrauste, un établissement important désigné sous le nom de Maison de famille des orphelins. Dans la pensée du fondateur, on s'était trop peu préoccupé jusque-là de ce qui manque le plus à l'orphelin, l'affection de la famille, la discipline du foyer domestique et la stabilité de la maison-souche. Il a pensé que dans cette difficile mission de régénérer l'enfant par la religion et le travail, si le but à atteindre était de le fixer à la vie des champs, le moyen était de lui créer cette famille, ce foyer, cette maison-souche, et de lui faire partager de bonne heure l'existence même des paysans,

« Une pareille maison de famille ne pouvait être établie que loin des grandes villes, afin d'en fuir la séduction; dans une contrée pauvre, afin que la terre y fût à bon marché ; sur un sol fertilisable, afin que les améliorations fussent productives; au milieu d'un pays aux coutumes traditionnelles, afin que l'esprit de famille qu'on se proposait de créer chez l'orphelin fût soutenu par les exemples placés sous ses yeux ».

C'est dans le département du Cantal, sur le domaine de La Forêt, qu'a été fondé cet établissement.

Voici en quels termes M. Alexis Delaire, dans un rapport très -remarquable présenté en 1878 à la Société d'Économie Sociale, a décrit l'organisation et le fonctionnement de cette institution :

La Maison de famille de Notre-Dame-du-Cantal réunit 60 et quelques personnes : le directeur-fondateur, 6 religieuses se partageant les travaux du ménage et le soin des plus petits enfants, et 4 employés rétribués, 1 instituteur, 4 chef de culture, 1 jardinier et 4 appatureur. Depuis sa fondation en 1868, près de 80 enfants ont passé par la Maison; aujourd'hui 50 orphelins de tout âge, entre 5 et 20 ans, y sont présents. C'est à peine si pendant trois mois d'hiver les enfants sont tous présents à La Forêt. Bon nombre d'entre eux sont placés pendant une partie de la belle saison dans des familles bien choisies parmi les cultivateurs des environs. La Maison de famille ne conserve guère, pendant l'été, que les plus petits, qui réclament des soins maternels et suivent surtout les classes, ceux que les nécessités de leur santé ou les lacunes de leur instruction retiennent momentanément au foyer, enfin ceux dont la présence est exigée, soit pour l'exécution des travaux du domaine, soit pour l'acquisition complète de connaissances professionnelles.

Dans l'éducation des orphelins de La Forêt, la plus large part est faite à la religion et à la famille. Voulant prendre pour base de cette éducation la famille-souche, en reconstituant pour ces enfants le foyer traditionnel qui leur fait défaut, le vénérable fondateur a confié le gouvernement de cette famille au prêtre et a placé auprès des petits enfants une sœur. Dans ce foyer l'enfant n'est pas une unité sans personnalité, perdue dans une agglomération nombreuse, il n'est pas un hôte de passage, il retrouvera toujours au foyer, pourvu qu'il ne se rende pas indigne d'y revenir, un refuge en cas de revers, des* soins, s'il est malade.

Leur régime est celui des habitants du pays, frugal, mais suffisant. Les travaux intérieurs sont placés sous la surveillance de la sœur supérieure. L'une des sœurs a la charge des petits enfants et leur fait la classe. Les sœurs se partagent entre elles les détails du service de santé, le soin des malades au dehors et la visite des enfants au louage.

L'emploi du temps des enfants est déterminé par un règlement. La matinée est employée par les devoirs religieux, les soins de propreté et la classe. Toute l'après-midi est occupée par les travaux agricoles, suivant leur âge et leurs aptitudes.

. Pendant toute la belle saison, une notable partie des enfants est au louage. La durée des contrats varie de un mois à une année, et les conditions sont, en outre, différentes, suivant les forces et la capacité des enfants.

Voici un aperçu des résultats obtenus. Les plus visibles sont relatifs à la santé des enfants. Ax-rivés presque tous dans un état de santé déploi-able, faibles, chétifs, malingres, souvent atteints de maladies scrofiileuscs, ils se remettent tous peu à peu et il se fait une véritable transformation sous l'influence de la vie au grand air, malgré ou peut-être à cause du régime frugal auquel ils sont soumis. Rien dans leur éducation et leur entretien n'est accordé au confortable, ils sont soumis au régime des populations du pays.

Depuis six ans que la maison existe, on n'a pas eu un seul décès à déplorer. Les seules indispositions fréquentes sont les bronchites et les fièvres intermittentes. Un médecin du voisinage leur donne gratuitement des soins. Les sœurs ont une petite pharmacie.

Accueilli dans une maison de famille honorée et bien vue, l'orphelin, quelle que soit son origine, s'y sent à l'abri du mépris. Pour personne il n'est un vagabond ni un mendiant. S'il a eu un pareil passé, il est promptement oublié, et l'enfant relevé à ses propres yeux se montre bientôt attaché à la maison. Ceux qui sont placés au loin font de longs trajets pour revenir le dimanche passer quelques instants près des sœurs, au milieu de leurs camarades. Tous, pendant le temps du louage, tiennent à recevoir la visite des sœurs qui viennent s'enquérir de leur santé, de leur conduite. ^

La pratique du louage a justifié ce qu'on en espérait. Quand les enfants sont réunis en grand nombre, la surveillance devient particulièrement difficile, alors qu'elle serait le plus nécessaire, tandis que, au contraire, vivant isolément dans les familles, ils y subissent aisément la -même discipline paternelle que les enfants de la maison ; ils prennent l'habitude de la vie des champs, deviennent travailleurs, ménagers de leurs effets dont l'entretien est laissé à leur charge, enclins ta l'épargne et économes de leur petit pécule dès qu'ils en ont un à garder. Enfin, chacun se montre fier de contribuer pour sa petite part à soutenir la maison de famille par son travail sur le domaine, ou par l'abandon d'une fraction de son pécule, qu'on verse à la Caisse d'épargne par les soins du directeur, le produit de ses économies devant lui être remis à l'époque de sa majorité.

Les services que la Maison de famille rend au pays contribuent à lui concilier la bienveillance de tous les habitants. Le louage des orphelins, accueilli d'abord avec réserve, a été vite justifié par la bonne conduite et les habitudes laborieuses des orphelins. Le petit domaine de La Forêt ne fournit pas seulement de bons élèves, aptes à répandre son enseignement agricole, il donne aussi l'exemple du défrichement des landes, de la culture perfectionnée et des assolements méthodiques.

Enfin, dans un autre ordre de faits, la Maison de famille exerce encore un utile patronage. Les sœurs .vont donner leurs soins aux malades gravement atteints des environs et leur porter les médicaments dont ils peuvent avoir besoin, elles y vont souvent accompagnées d'un enfant qui les aide à mettre de l'ordre dans le ménage. Pendant la convalescence, c'est encore un des enfants qui sert

d'intermédiaire, va aux nouvelles et porte les secours. Associé ainsi à cette charitable mission, l'orphelin recueille la petite part de reconnaissance et la Maison de famille tout entière en hérite.

Les protestants et les diverses confessions appartenant à l'Eglise réformée soutiennent et patronnent aussi leurs orphelins par des œuvres semblables .à celles des orphelinats du culte catholique. Us ont une Société de patronage d'orphelins protestants. Leurs orphelinats sont fondés sur deux principes: le principe du respect de la famille, l'assistance ne devant se substituer aux parents que dans les cas de mort, d'abandon volontaire, d'indignité ou d'impossibilité absolue, et le principe que la vie claustrale est nuisible à la société, dangereux pour la famille. Ils reposent enfin sur cette observation que toutes les fois qu'un établissement d'éducation éloigne l'enfant des idées, des besoins, des habitudes, enfin de l'ordre de choses dans lequel il doit vivre plus tard, le but est manqué et l'avenir de l'enfant compromis. Ils sont constitués comme de grandes familles pauvres et laborieuses, où tout se passe le plus possible comme dans la vie publique.

Parmi les œuvres de la charité protestante, nous signalerons :

l^Pourl'aris : la Maison desjeunes orphelines, située rue des Aillettes (IV* arrondissement), fondée en 1850 dans le but de s'occuper de l'éducation déjeunes orphelines et de les placer comme domestiques. L'orphelinat Évangélique des Batignolles pour les jeunes filles, rue Clairant (XVII" arrondissement). L'orphelinat de Plaisance, également pour les jeunes filles, rue Pernetly (XIV'= arrondissement). L'orphelinat pour les jeunes filles pauvres, rue de Reuilly (XIP arrondissement) ;

2" Pour la province: l'orphelinat agricole du Plessis-Mornay (Seine-ct-Oise), pour les jeunes garçons orphelins de père ou de mère, âgés de dix à douze ans; l'orphelinat de Saverdun (Ariége), fondé pour recueillir des enfants protestants pauvres, orphelins ou abandonnés, qui sont reconnus avoir des droits aux secours de la charité, pour les élever dans les principes de la piété chrétienne, les habituer au travail et leur donner une profession. Tous ces orphelins, sans exception, sont occupés aux travaux du jardinage et de l'horticulture; ceux d'entre eux qui montrent des dispositions particulières' poussent plus loin leurs études et peuvent se présenter aux examens des écoles normales. Nul enfant n'est admis, s'il n'est âgé de plus de six ans et de moins de douze ans. Il y reste jusqu'à l'âge de dix-huit ans. On n'y reçoit que des enfants légitimes.

A Castres (dans le Tarn) il y a un orphelinat de garçons où l'on forme les jeunes gens à diverses pi'ofessions manuelles, pour les placer ensuite en apprentissage dans la ville.

Il existe à Orléans un établissement pour les orphelins protestants reconnu d'utihté publique, où il est pourvu à l'entretien, à l'éducation et à l'instruction de 80 jeunes filles orphelines de père ou de mère, ou abandonnées de leurs parents et dénuées de toutes ressources. Elles sont destinées à former des ouviières et des servantes. Cet établissement prospère rend de grands services à l'Église protestante de Paris en recevant pour un prix modique un nombre considérable de ses orphelines.

Nous citerons encore l'asile Emilie, à Avalon (Charente-Inférieure), fondé pour les jeunes filles abandonnées et orphelines, les Œuvres de La force (Dordogne), comprenant plusieurs établissements séparés : l'un d'eux, sous le nom de La famille évangélique, est un orphelinat pour 86 jeunes filles, dont la destination spéciale

est de recevoii' des orphelines qui, par leur âge ou par d'autres circonstances, sont exclues des autres orphelinats, des jeunes filles issues d'unions illégitimes qui par leur entourage sont exposées à se perdre, et des jeunes filles de familles protestantes isolées au sein de populations catholiques; on les dresse pour le service; deux autres, sous les noms d'Asile de Bethesda et d'Œuvre de Siloc, sont ouverts, le premier à des jeunes filles pauvres, incurables ou infirmes, aveugles, idiotes ou faibles d'esprit, le deuxième à des orphelins ou garçons pauvres, dans les mêmes conditions d'infirmité. Nous citerons enfin l'Institut de charité pour les jeunes orphelines protestantes de Tonneins (Lot-et-Garonne); l'Orphelinat de jeunes filles de Montauban ; l'Asile pour les jeunes orphelines protestantes de Nérac (Lot-et-Garonne), où l'on reçoit des orphelines en bas âge (de deux à six ans) ; la maison des Orphelines du Gard; la maison d'Orphelines protestantes de Crest (Drôme) ; l'Orphelinat déjeunes filles de Marseille; l'Orphelinat de Dély-Ibrahim à Alger; l'Asile protestant de Sedan, où l'on reçoit les jeunes filles orphelines ou délaissées de cinq à quatorze ans, pour en faire des ouvrières ou des servantes; l'Asile évangélique de Lemé (Aisne), destiné à recevoir les orphelins de tous les départements des anciennes provinces de l'Artois, de la Picardie et de la Normandie.

Pour le culte israélite, il y a, indépendamment de l'Association charitable israélite qui a son siège dans le IX* arrondissement et qui pourvoit aux besoins de toute nature des indigents , un orphelinat du nom de Rothschild pour filles et garçons dans le XIP arrondissement.

On a pu voir par tout ce qui précède que, grâce au concours que la charité privée prête à l'Assistance publique pour secourir les orphelins, l'insuffisance notoire de celle-ci est en grande partie corrigée. Mais ce n'est pas le seul bienfait dont on soit redevable aux œuvres charitables privées. En admettant même ({ue l'Assistance par voie administrative vienne à prendre le développement qu'on s'efforce en ce moment de lui donner, la rigidité de son système réglementaire, la limitation de l'âge d'admission et de licenciement, l'uniformité du mode d'éducation et d'enseignement, laisseront toujours subsister les avantages qu'ont sur elle les institutions privées, qui, par la variété même de leur organisation et des règlements qui les régissent, par la latitude et la plus grande élasticité laissée à leur exécution, par l'émulation qui existe entre elles, et enfin par les directions' diverses imprimées à l'enseignement et à la destination des élèves, répondent à la fois à des aspirations plus variées et à des besoins plus nombreux. Si, en effet, chacun de ces établissements privés, considéré séparément, a aussi ses règlements propres, ses limitations d'âge et son système de sélection qui admet certaines catégories d'orphelins, à l'exclusion des antres, s'il a enfin en vue une destination particulière, dans l'éducation et l'enseignement qu'il départ à ses pensionnaires, c'est précisément dans la multiplicité et la diversité de ces mêmes systèmes que se retrouvent tous les avantages du choix laissé aux parents, tuteurs, amis ou bienfaiteurs, de diriger vers tel ou tel orphelinat qui leur paraît remplir le mieux leurs intentions l'orphelin que son âge ou d'autres conditions excluent de l'admissibilité dans les établissements de l'État ou dans d'autres établissements privés.

Une autre question, déjà souvent soulevée et discutée, se présente encore ici avec un caractère particulier d'opportunité, en présence des projets de l'administration que nous avons exposés plus haut.

Le mode d'assistance et d'éducation des orphelins recueillis par l'administration se partage entre deux systèmes : le système de l'éducation en commun et celui de placement dans des familles soit d'agriculteurs, soit d'artisans, pour y recevoir à la fois l'éducation privée et l'enseignement professionnel. Le système de l'éducation en commun dans des établissements hospitaliers est le plus ancien et celui qui a prévalu le plus longtemps en France et particulièrement à Paris, où les hospices de la rue de Sèvres, de la rue Saint-Victor et de la rue Saint-Antoine, étaient affectés à cet objet. Ce système est encore en vigueur aujourd'hui en Italie et en Allemagne, où un grand nombre d'hospices ont été fondés pour cette destination. C'est, comme on l'a vu plus haut, depuis 1808 que le système du placement dans les campagnes ou dans les ménages d'ouvriers lui a été généralement substitué en France. Depuis, il s'était établi un système mixte qui consistait à placer les enfants au dehors pendant les premières années et à les rappeler ensuite à l'hospice pour y achever leur éducation. Ce système mixte a été à peu près abandonné aussi à son tour. Aujourd'hui il y a dans les régions officielles une tendance à revenir au système de la conmiunauté. Si ce système prévaut, quelle sera la direction qu'on devra donner à l'éducation? Sans entrer ici dans les détails de l'éducation physique des enfants et de la pédagogie générale qui pourront mieux trouver leur place ailleurs, ni dans une étude de problèmes d'économie sociale qui sortirait de noire cadre, nous pouvons cependant soulever des questions qu'auront forcement à étudier et à résoudre les organisateurs des établissements projetés.

La première, étant admis le principe de la communauté, est de savoir si l'on adoptera le système des grands établissements ou celui des petits établissements multipliés. A ne considérer que le point de vue hygiénique ou sanitaire, qui nous louche plus particulièrement, ce dernier système nous paraît de beaucoup préférable au premier, les grandes agglomérations étant toujours funestes aux enfants à cause de la facilité avec laquelle s'y propagent les maladies contagieuses, tandis que, d'autre part, la direction, la surveillance et les soins de toute sorte, sont beaucoup plus faciles dans de petits groupes.

La deuxième question est celle de l'étendue et de la direction à donner à l'éducation et à l'enseignement des orphelins indigents confiés aux soins de l'Assistance publique. Imitera-t-on quelques-uns des pays voisins, où les élèves des orpfielinats sont élevés et instruits de manière à pouvoir être dirigés vers les carrières libérales? Outre les difficultés elles charges beaucoup plus grandes qui incomberaient à l'administration, il y aurait peut-être plus d'inconvénients que d'avantages à ouvrir à ces élèves des perspectives au bout desquelles ne se trouveraient le plus souvent que lutte et déception. Une éducation dont tous les éléments soient dirigés dans le but de préparer une génération forte, frugale, habituée à une vie simple et bien réglée, aguerrie contre les fatigues et les intempéries; une instruction élémentaire, mais dans son plus grand développement possible, de manière qu'en donnant à tous la somme des connaissances nécessaires pour toutes les professions et pour toutes les situations sociales elle puisse, chez les mieux doués, mettre en relief les aptitudes spéciales qui indiqueraient la direction exceptionnellement plus élevée qu'on pourrait donner à leurs études; enfin, pour le plus grand nombre, après l'œuvre de l'école, le choix de l'apprentissage professionnel entre les travaux agricoles ou les nombreuses professions manuelles, selon l'origine, le lieu de naissance, la proximité des moyens et ressources, la facilité des placements, enfin le développement des forces, les

goûts et les aptitudes plus ou moins manifestes, tel est, dans son ensemble, pour les garçons, le système qui nous semble devoir réunir le plus d'adhésions. Pour les filles, le choix des professions, beaucoup plus limité, semble laisser en compensation le champ plus largement ouvert au développement de toutes les facultés morales et instinctives qui aboutiront à en faire un jour, quelle que soit leur profession, de bonnes ménagères et à leur tour de bonnes éducatrices de la première enfance.

Nous ajouterons volontiers, avec de Gérando, qui a si profondément étudié toutes les questions qui se rattachent à l'assistance, que le but que l'on devrait surtout chercher à atteindre dans les orphelinats, et ceci s'appliquerait également aux établissements des deux sexes, serait d'en faire des écoles professionnelles normales pour les différents arts manuels ou pour tous ceux que ne réclameraient pas les grands travaux industriels ou agricoles, des sortes de noviciats ou d'instituts préparatoires, oii l'on formerait pour l'avenir soit les instituteurs et les institutrices primaires, soit des agents utiles pour les fonctions subalternes des grandes administrations et surtout pour les établissements charitables de secours et d'assistance.

V. EiNFANTS MORALEMENT ABANDONNÉS. La qucstiou dcs orpheliuats n'est pas tout entière dans le problème de l'assistance matérielle et de l'éducation physique et morale données aux enfants orphelins abandonnés. Elle touche aussi par un point à une autre question sociale à la fois d'humanité et de sécurité, qui n'est pas d'un moindre intérêt et dont, au moment même oii nous écrivons cet article, on se préoccupe vivement dans les régions législatives et administratives. Nous voulons parler de cette catégorie, beaucoup trop nombreuse, d'enfants désignés sous le nom cl' enfants moralement abandonnés, et de la situation qui leur est faite par la législation actuelle, ainsi que par les ressources limitées de l'Assistance publique et de l'assistance privée elle-même.

On a vu plus haut qu'indépendamment de l'assistance qui est donnée à Paris, comme dans tous les départements, aux enfants orphelins ou abandonnés de moins de douze ans, l'administration de l'Assistance publique emploie annuellement une somme assez considérable prélevée sur son budget (570 000 francs environ) pour venir en aide aux enfants temporairement abandonnés par suite de l'hospitalisation ou de la détention pour un temps limité de leurs parents. Mais, en dehors de ces deux moyens d'assistance et de quelques secours d'une valeur très-minime allouée sur les fonds des bureaux de bienfaisance, l'administration hospitalière ne dispose d'aucun crédit pour aider les parents indigents à élever leurs enfants. Elle ne possède aucune crèche, aucun orphelinat, aucun établissement soit départemental, soit municipal, soit hospitalier, destiné à subvenir à ce genre de secours. Quand elle peut disposer à cet effet de quelques bourses mises à sa disposition, elle s'adresse pour les placements aux orphelinats privés. Enfin on sait que, d'après les termes mêmes du décret de 1811, les enfants orphelins ou abandonnés ne peuvent être admis aux Enfants-Assistés audessus de douze ans. 11 résulte de cette réglementation restrictive que les orphelins qui ont dépassé cet âge, s'ils n'ont été recueillis par des personnes bienfaisantes ou placés dans les orphelinats privés, sont exposés à l'abandon complet, à la mendicité et au vagabondage. Si l'on ajoute à ces orphelins sans asile les enfants que leurs parents sans travail et sans ressources sont dans l'impossibihté d'élever, ceux que des méfaits personnels ou l'inconduite de leurs parents

hn ORPHELINAT.

ont jetés sur le pavé, on a cette petite armée de vagabonds que les dernières enquêtes n'ont pas évaluée à moins de 10 ou 12000 enfants errant dans les lues de Paris le jour, couchant la nuit sous les porches des monuments, sur les bancs des places ]jubliques, dans les carrières, sous les arches des ponts, et dont l'existence problématique consiste à mendier, quand le besoin aidé de mauvais instincts ne les porte pas au vol. Aussi est-ce parmi eux que les malfaiteurs trouvent de faciles recrues.

Cette triste situation ne se voit pas seulement à Paris et dans quelques-unes des grandes villes manufacturières de France. On sait qu'en Angleterre et dans quelques-uns des grands centres de l'Amérique du Nord les abandons de ce genre ne sont pas moins communs. Mais en Angleterre, comme en Amérique, où l'initiative privée et surtout l'action collective ont une si grande puissance, il existe plusieurs institutions libres qui paraissent rendre de grands services à l'assistance des enfants abandonnés, sans que l'état ou les pouvoirs publics aient à intervenir.

Gomme exemple d'initiative privée, nous ne croyons pas qu'il y en ait de plus original à la fois et de mieux réussi que celui du médecin de Manchester, le docteur Barnabo. Vivement ému du triste sort de ces innombrables petits vagabonds errant pendant la nuit dans les rues de Londres sans qu'aucun service de police s'en occupe, et que l'on désigne en Angleterre sous le nom de petits Arabes, le docteur Barnabo conçut la pensée de leur constituer un Home. Se mettant la nuit à l'affiit eL à la poursuite de ces petits Arabes, il a commencé par recueillir chez lui ceux qu'il a pu emmener et à les occuper à quelques détails Intimes d'intérieur. Puis, à force de peine, mettant en œuvre la parole, la presse, les meetings, il a fini par rassembler assez de ressources pour ouvrir des écoles et des ateliers où, réunis en brigades, ces enfants exercent pendant une partie de la journée quelques métiers plus ou moins lucratifs dont les produits subviennent à leur entretien et souvent même donnent assez de bénéfices pour pouvoir venir en aide aux familles.

Les Anglais doivent à un autre bienfaiteur, Stephenson, la fondation d'une institution désignée sous le nom de Childrens-Home, où sont admis en grand nombre des enfants, qui sont divisés en groupes ayant chacun leur mère adoptive gouvernante et leur vie propre. Une vaste propriété située dans le Lancashire, provenant d'un don, permet de dresser une partie de ces enfants à la vie rurale pour être placés ensuite chez les fermiers des environs. Quelques-uns sont envoyés au Canada où ils trouvent à utiliser leurs connaissances acquises en agriculture.

11 existe en Angleterre un grand nombre d'autres sociétés semblables.

En Amérique, où plus encore qu'en Angleterre la magistrature n'intervient qu'avec une extrême réserve et avec un grand respect de la liberté des enfants, au point que, lorsqu'il y a lieu à prononcer une condamnation, la sentence ne devient définitive qu'au bout de vingt jours, si dans l'intervalle l'enfant ne s'est pas amendé, ce sont aussi des associations ou sociétés bienfaisantes qui viennent aux secours des enfants abandonnés. Il a été établi à Coldwater (Michigan) un asile [State public Sohool) sur le type de Mettray, dans lequel les enfants sont répartis par groupes de trente dans huit cottages dirigés chacun par une dame [Lady cottage manager) qui devient la mère adoptive de sa jeune famille. Destiné surtout aux enfants qui vivaient, souvent depuis plusieurs années, dans une promiscuité pleine de périls avec les indigents adultes des asiles de men-

dicité, cet établissement a recueilli, en deux ans, 286 enfants. Sur ce nombre, 88 ont été, en moyenne, au bout de douze mois de séjour, fort bien placés aux environs sous le patronage de l'établissement, ou même adoptés par des familles honorables, par des feimiers, des négociants, des industriels, des avocats ou des pasteurs.

A New-York il existe plusieurs grandes sociétés de ce genre, entre autres la Childrens Aid Society, comptant actuellement vingt-cinq ou vingt-six ans d'existence, qui a établi dans les divers quartiers cinq Lodging hoiises pour les garçons et deux pour les filles. Ce sont des refuges de nuit dans lesquels les enfants viennent coucher pour quelques pence. Moyennant une très-faible rétribution ils peuvent y faire un repas. Ce sont en général de petits industriels, surtout des marchands de journaux, vivant en dehors de toute famille. On les habitue à l'épargne; des troues alignés sur des tables reçoivent chaque soir les économies de la journée. Indépendamment des asiles de nuit, la Société a créé un grand nombre d'écoles industrielles qui n'ont pas réuni, dans une année, moins de 10 000 enfonts. Enfin elle en place un grand nombre qui consentent à s'expatrier dans les contrés de l'ouest où ils trouvent à se fixer comme agriculteurs.

Un autre établissement de New- York, désignésouslenomde Jwueniïe Asylum, comprend d'abord une maison oii les jeunes condamnés viennent passer les vingt jours d'épreuve accordés par les magistrats, après lesquels la condamnation devient exécutoire, si l'enfant ne s'est pas amendé ; on y reçoit aussi les enfants confiés comme insoumis par leurs parents ou leurs tuteurs. Ceux qui ne sont pas rendus à leur famille après un court délai sont envoyés de là dans un grand asile de la banlieue de New-York pour l'apprentissage de divers métiers, pour être places plus tard chez des maîtres.

Qu'avons-nous eu à opposer jusqu'ici en France à de pareilles misères et à de pareils dangers? Mien, que la répression. Les enfants ramassés sur la voie publique dans cet état de vagabondage par les agents de la police sont conduits au dépôt de la préfecture où, à leur arrivée, ils sont questionnés par un commissaire interrogateur sur le nom, le domicile et la situation de leurs parents, et gardés pendant tout le temps que nécessite l'enquête dont ils sont eux-mêmes l'objet, pour être ensuite, do là. selon les résultats de cette enquête, ramenés chez leurs parents ou mis à la disposition du parquet. Les tribunaux auxquels ont été déférés tous ceux qui n'ont pu être réintégrés dans leur famille ou qui ont été reconnus innocents ou ayant agi sans discernement, ne les envoient pas moins, comme les coupables, dans des maisons de correction où, à moins de réclamation, ils devront rester jusqu'à l'époque de leur majorité.

Sans doute quelques-uns de ces petits malheureux sans famille, ou appartenant à des familles indignes au sein desquelles ils ne seraient rentrés que pour achever de s'y corrompre, ont eu l'heureuse chance d'être recueillis dans des orphelinats privés ou dans une de ces maisons instituées dans le but spécial de leur relèvement par l'enseignement religieux et par le travail. Mais ce n'est encore que dans des proportions insuffisantes que s'exerce cette bienfaisante assistance. D'un autre côté, quelques améliorations ont été introduites dans la procédure brutale jusqu'à l'inhumanité usitée jusque dans ces derniers temps envers ces enfants. A leur séjour au dépôt qui pouvait, pour peu qu'il se prolongeât, avoir des conséquences si funestes pour eux par leur promiscuité avec des êtres profondément pervertis et dégradés, on a, grâce à un accord inter- DicT. ENc. r s. \SU.. 58

venu entre le préfet de police et le procureur de la République, substitué l'emprisonnement cellulaire. Mais n'est-ce pas trop encore que cet emprisonnement cellulaire, si peu durable qu'il doive être, et cet internement dans une maison de correction, pour des enfants innocents ou dont tout le crime est de n'avoir plus de parents ou d'avoir des parents incapables ou indignes, et qui sont assimilés ainsi aux enfants condamnés pour délits ou détenus pour correction sur la demande même des parents?

C'est contre cette situation anormale, conséquence d'une regrettable lacune dans la loi ou d'une insuffisance dans les pouvoirs administratifs, que se sont élevées de toutes parts des protestations et des demandes de réformes formulées par les hommes les plus compétents et qui se sont fait jour, il y a quelques années, dans un rapport fait à l'Assemblée nationale sur le projet de loirelat'f aux jeunes détenus.

Diverses tentatives avaient été faites et divers projets ont été proposés pour obvier à ces graves inconvénients et pour sauvegarder l'avenir de cette catégorie d'enfants.

En 1847, il a été fondé dans les marais du Val d'Yèvre, dans les environs de Bourges, une colonie d'essai qui intéressait à la fois la colonisation agricole des jeunes délinquants auxquels elle était particulièrement destinée et celle des enfants trouvés, abandonnés et orphelins pour lesquels elle préparait, par l'expérimentation, des résultats ultérieurement utilisables. Le fondateur de cette colonie se proposait d'établir par cet essai le précédent d'une application pratique à une théorie pénitentiaire dont il était le promoteur, celle de l'amendement de l'enfant par la terre et de la terre par l'enfant. L'amendement de l'enfant par la terre était le point de vue moral. L'amendement de la terre par l'enfant était le jioint de vue agricole et économique. Le succès de la colonisation du Va' d'Yèvre a fait penser qu'il pouvait être utilisé pour les enfants abandonnés et orphelins. On a déjà vu plus haut quelques exemples d'application heureuse de ce système aux orphelinats agricoles libres.

Revenons aux études faites en vue de l'Assistance publique par voie administrative.

Des divers systèmes qui ont été proposés, il en est un qui consisterait à créer sur le modèle de quelques-unes des écoles industrielles existantes des orphelinats ou internats municipaux où seraient admis les enfants de la population pauvre de Paris. Dans un deuxième pi'ojet, il est proposé de placer, dans des familles du quartier, les enfants pauvres de l'arrondissement, au moyen des ressources fournies par la Caisse des écoles, auxquelles viendraient s'ajouter pour !es orphelins de père et de mère les pensions servies jusqu'à douze ans par le service des Enfants-Assistés. Dans un troisième projeton placerait à la campagne, dans les services des Enfants- Assis tés, et raoyeanant rétribution des parents, les enfants qu'il ne leur serait pas possible d'élever.

Le premier de ces projets a été réservé en raison des questions sociales qu'il soulève et qui demandent à être longuement mûries, et des charges incalculables qu'il imposerait au budget municipal.

Le deuxième projet ne soulèverait pas d'objections sérieuses, si ce n'est l'inégalité par trop grande qui existerait entre les ressources et les besoins respectifs des arrondissements riches et des arrondissements pauvr-es.

Ouant au troisième, il présenterait dans la pratique des difficultés telles, soit pour le recouvrement de la part de contribution qui serait laissée à la charge des

parents, soil pour l'exercice de la tutelle aiministrative vis-à-vis d'enfants placés librement par leurs parents, qu'on a du y renoncer.

Restait un quatrième projet, le projet de placement en province pour les enfants moralement abandonnés, qui a prévalu et qui va prochainement être mis à exécution. Il est appuyé surtout sur les résultats d'études faites en conformité des vues du Conseil général de la Seine. Voici les résultats de cette enquête :

Au mois de février 1880, il a été adressé aux agents de surveillance de l'Assistance publique, domiciliés dans les pays de fabrique, une circulaire par laquelle il leur était demandé de faire connaître les grands industriels avec lesquels l'administration pourrait être mise en relation, les conditions auxquelles ils consentiraient à prendre ces enfants et quels seraient les moyens de procurer aux enfants ainsi placés les bienfaits de l'instruction primaire. Cette enquête ayant, par ses résultats, donné l'assurance que sur certains points de la Finance les placements ne manqueraient pas, le projet est venu à la délibéralion du Conseil général de la Seine, qui l'a adopté. Il consiste à créer immédiatement, conformément aux propositions du rapport, un orphelinat municipal de Paris, destiné à recevoir : des orphelins de père et de mère, des orphelins de père ou de mère, des enfants à l'éducation desquels les parents, par suite d'intirmités graves ou d'accidents quelconques, se trouvent dans l'impossibilité de subvenir.

Voici quelle sera l'organisation de cet orphelinat :

Par une circulaire préfectorale, les maîtres et les maîtresses de pension, les instituteurs et les institutrices libres et laïques de Paris, du département de la Seine et même des départements limitrophes, seront invités à déclarer dans quelle mesure et à quelles conditions ils consentiraient à concourir à l'œuvre de la ville de Paris, en admettant comme élèves internes les enfants au-dessus de sept ans, reconnus dignes des bienfaits de l'orphelinat. En outre, par une affiche spéciale, les familles d'artisans sédentaires et les familles d'agriculteurs de Paris et du département de la Seine, disposées à recevoir chez elles moyennant rétribution et à traiter comme leurs propres enfants les orphelins au-dessus de sept ans, seront également invitées à en faire la déclaration à leur mairie.

Suivent des dispositions de détail telles que : compasition de la Commission chargée de statuer sur les demandes d'admission, formalités à remplir par les familles, rôle des délégations cantonales, etc.

L'administration espère placer facilement 693 enfants au moins pour tenter l'essai demandé par le Conseil général. Dans le cas où ses efforts pour régénérer ces enfants par le travail viendraient à échouer en présence du caractère vicieux de quelques-uns d'entre eux, il restera la ressource de les rendre à la justice à qui on les aurait enlevés et qui les maintiendrait alors légitimement enfermés dans les maisons et établissements de correction.

Il est encore un autre écueil contre lequel cette entreprise pourrait échouer, dans quelques cas au moins: c'est l'usage que les parents pourraient faire de leur droit de réclamer les enfants, avant que les sacrifices de l'admlnistratioti aient porté leurs fruits, brisant ainsi les contrats qu'elle aurait passés avec les patrons au risque, en outre, de replonger les enfants dans le milieu malsain d'où on les aurait retirés.

Cette grave question est à l'étude. En attendant la solution à intervenir et en l'absence d'une loi déférant au directeur de l'Assistance la tutelle des enfants moralement abandonnés, il restera à cette administration la possibilité d'oblenir

des parenls un acte de renonciation, ainsi que cela se pratique dans les orphelinats privés ou la ressource de l'immatriculation au nombre des enfanis assistés, lorsqu'ils se trouveront rentrer dans les définitions du décret de 1811.

Enfin la Chambre des députés a pris récemment en considération une proposition relative à la création d'un orphelinat national.

A propos de ces divers projets, une question importante dans l'application, quoique secondaire, s'est naturellement imposée aux hommes bienfaisants et éclairés, jurisconsultes, économistes, médecins, hygiénistes, qui composent la Société générale des prisons : que deviendra la maison d'éducation correctionnelle connue sous le nom de Petite-Roquette, qui sert actuellement d'asile aux enfants moralement abandonnés, quel rôle pourra-t-on lui assigner dans le système nouveau d'assistance qu'on s'efforce d'iustituer pour cette catégorie d'enfants?

On n'a peut-être pas oublié l'émotion que produisit en 1855 un discours prononcé au Corps législatif par M. Jules Simon et l'agitation qui s'ensuivit autour de la maison de correction de la Petite-Roquette. Une visite faite à cette maison par l'Impératrice provoqua la nomination d'une commission appelée à faire un rapport sur la situation de cet établissement et des propositions de réforme. La commission conclut à la condamnation du régime de la Roquette et au retour de l'application pure et sim[tle de la loi du 5 août 1850. On ne tarda pas à acquérir la conviction qu'il n'y avait eu là qu'une illusion généreuse à laquelle on dut bientôt renoncer. La petite Roquette subsiste encore; elle peut rendre encore d'autres et de plus grands services que ceux qu'elle a rendus jusqu'à présent. Comment? Le voici : il s'agit de fiiire de cette maison une sorte d'établissement mixte, qui perdrait son caractère purement correctionnel pour prendre celui d'un lieu de dépôt où se ferait le choix et le départ des enfants recueillis, pour les déverser, lorsqu'ils n'auraient point encouru une peine correctionnelle, uans les diverses institutions, orphelinats ou colonies agricoles, maisons d'apprentissage où ils seraient élevés soit aux frais de l'Assistance publique, soit aux frais des sociétés et associations charitables qui les réclameraient ou consentiraient à les accueillù". Ce choix entrant en principe dans le projet de loi à l'étude, pour être substitué aux mesures générales actuellement en vigueur, c'est là-dessus que s'est fondé notre confrère M. le docteur Motet, dans un plan exposé devant la Société générale des prisons, pour faire ressortir l'utilité de conserver la Pelite-Roquette, dont il voudiait qu'on fit désormais un centre duquel partiraient et rayonneraient toutes les institutions de bienfaisance de l'enfance que l'État entend soutenir et encourager. On viendrait prendre là tous les enfants recueillis, exempts de condamnation, ou même ceux qui, condamnés, se seraient amendés ou auraient été reconnus perfectibles, pour les répartir dacs les maisons de réforme, dans les écoles industrielles, les colonies agricoles, qui en feraient la demande et auxquelles ils seraient cédés par une sorte de délégation ou de transmission du droit de garde de l'État, qui donnerait à ces établissements dépositaires le droit de s'opposer aux revendications paternelles jugées dangereuses pour l'enfant. C'est là aussi que feraient retour ceux qui, par leur mauvaise conduite, leur indiscipline et leurs mauvais penchants, auraient mérité un châtiment. C'est, du reste, ce qui se passe actuellement entre l'administration de la maison de correction et les sociétés de patronage des jeunes détenus, qu'il s'agirait de généraliser et d'étendre aux établissements institués par l'Etat.

Pendant que les pouvoirs publics et l'administration de l'Assistance publique

s'occupent de cette question, l'assistance privée ne reste pas inaclive. Par une autre voie, un homme de bien, dont le nom rappelle de cruels souvenirs et évoque tous les respects, M. Bonjean, ancien juge d'instruction au tribunal de la Seine, s'est proposé de remédier au triste état de choses que nous avons exposé. Dans le but d'enlever à la maison d'éducation correctionnelle le plus grand nombre possible d'enfants d'une part, et, d'autre part, afin de soustraire également dans les limites du possible à des parents indignes les enl'ants maltraités, il a conçu l'idée de recueillir, avec le droit de garde, les enl'ants abandonnés qu'on traite aujourd'hui comme inculpés de vagabondage. Il a fondé à cet effet sur une propriété qui lai appartient une colonie de 50 à 60 enfants, qu'il élève, auxquels il donne un métier. Mais la part d'initiative de M. Bonjean ne s'est pas bornée là. Il vient de se fonder sous son patronage une Société dite de protection de l'enfance abandonnée ou coupable, dont l'objet est de cherclier à étendre sur toute la France le bienfait d'i'ie assistance éclairée, dévouée, plus active que celle de l'Assistance publique, et dans laquelle, un lieu de rester isolé, l'enfant soit rattaché à des gi-oupes organisés de manière à pouvoir se suftire à eux-mêmes ou à n'avoir du moins que peu de chose à demander à la Société-Mère. Cette Société se propose, en un mot, pour nous servir des expressions mêmes de M. Motet, l'un de ses adlicrents de la première heure, « de faire vivre honnèLement, instruire, moraliser, rendre utiles à la société, près de 100,000 enfants, sans famille et sans pain, que l'abandon réduit à l'état de non-valeur sociale, (juand il ne fait pas d'eux, plus tard, des êtres dangereux. » Un avis tout récent annonce que la société admettra dorénavant certaines catégories d'orphelins proprement dits (orphelins g;u-çons âgés de douze ans au moins, gratuitement) et des garçons insoumis ou indisciplinés présentés par leurs familles.

Depuis que cet article a été écrit, quelques-uns des projets dont il y est question ont reçu un commencement d'exécution. L'administration de l'Assistance pviblique a créé à Forges, dans le département de Seine-el-Marne, un asile d'orphelins, auprès de la succursale de l'hôpital des Enfants-Malades, qu'elle possède déjà dans cette localité. Elle a institué, en outre, l'OEuvre des enfants moralement abandonnés. Depuis sa création, dans le cours de 1881, jusqu'au moment où nous écrivons ces lignes (février 1882), cette institution a donné asile à près de sept cents enfants. Chaque jour il lui en arrive de nouveaux. Ces enfants lui viennent de divers côtés. Les uns se présentent d'eux-mêmes, les autres lui sont envoyés par le Parquet et la Préfecture de police; quelquesuns sont amenés par leurs parents. Ils sont immédiatement admis à l'hospice des Enfants Assistés, où ils sont gardés pendant un certain temps, pour y être soumis à une sorte d'enquête sur leur caractère, leurs habitudes et leurs dispositions, après quoi, bi dans ce délai ils n'ont pas été réclamés, on les envoie en province dans des maisons d'industrie, usines ou fabriques, où ils sont placés en apprentissage. S'il résulte de l'examen auquel ils sont soumis qu'ils soient inlîrmes ou absolument vicieux, ils sont dans le premier cas, hospitalisés, et, dans le second, renvoyés à leur famille ou mis à la disposition de la justice.

Comme complément de cette heureuse innovation et pour en faciliter l'exécution, les Chambres législatives vont être incessamment appelées à déUbérer sur le projet de loi, auquel nous avons déjà fait allusion, projet de loi conférant aux tribunaux le droit de proclamer la déchéance de la puissance paternelle des parents reconnus indigues de l'exercer, pour investir le directeur de

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