‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.68Chapitre 33 sur 38 · L. IIk · texte numérisé non relu

L. IIk

ŒRTEXBLAD (Gcstav-Jacob). Né à Fargelanda (Dalsland) en 1788, fit ses premières études au collège de Carlstad, puis se rendit à l'Umversité d'Upsal en 1807 et fut nommé kandidat (médecin) en 1815. 11 passa dans le corps de santé militaire, subit son examen de licence en médecine en 1815, fut d'abord nommé médecin de la province de ^Yestmauland, se fit recevoir docteur en médecme à Upsal en 1817 et reçut sa commission de chirurgien-major en 1819. Successivement attaché à divers régiments, il finit par rentrer dans la pratique civile et

718 ORTHOGNÂTHISME.

devint médecin de la province de Venersborg. Il est mort le 27 août 1837. Oa connaît de lui, outre divers articles de journaux :

1. Dissertatio inauguralis. Remédia Guîneensia. Thèse de doctorat. Upsal, 1817, în-4''. — lî. Jakttagelse af en hymen imperforatua hos en 18 aars gammal flicka. In Svenska Lâkare Sâllsk. Aarsber., 1822, p. 98 i» 101. A. D.

ORTESCHI (Piètre), Médecin de Venise connu par la publication d'un journal de médecine devenu rare, qui parut sous le titre suivant :

1. Giornale di Medicina. Venise, 1763-177G, in-4<'. Suitedela Gazzetta medica d'OUremonli. Venise, 1762, in-4°. — II. La constitinione corrente brevemente considerata. Venise, 1763, in-4». A. D.

ORTHOCÉRAS {Orthoceras Breyn.). Genre de Mollusques Céphalopodes- Tétrabranchiaux, de la famille des Nautilides, dont les représentants, totalement disparus de nos jours, existaient à l'époque paléozoïque. Leur coquille, droite, à suture simple, présente la forme d'un cône plus ou moins allongé, à sommet très-aigu et à base circulaire, parfois subtriangulaire. Elle est divisée intérieurement pai- de nombreuses cloisons transversales, dont la dernière est beaucoup plus grande que les autres, et qui sont percées par un siphon central. On en rencontre de nombreux débris fossiles depuis le Silurien jusqu'au Jurassique. L'une des espèces les plus remarquables est VO. anguliferus Vern. et d'Arch., des couches dévoniennes, qui a conservé en partie les bandes en zigzag colorées, dont elle était ornée du vivant de l'animal. Ed. Lefèvre.

ORTBO€;\ATHiS.UE. Pris dans son sens rigoureux, le mot orthognathe (ôpôôç, droit, Tvâôo;, mâchoire) signifierait une conformation du crâne facial, dans laquelle la ligne du profil, allant du front au menton, serait rigoureusement perpendiculaire, le crâne étant placé horizontalement. Quoiqu'une pareille conformation semble parfois existera première vue, chez quelques individus et même chez certains groupes ethniques, par exemple, chez nombre de Toscans, ce n'est qu'une apparence. Un examen minutieux, crâniométrique, montre bientôt qu'à proprement parler, il n'y a point de races humaines orlhognathes Toujours les maxillaires supérieurs au moins sont plus ou moins projetés en avant ; toutes les races sont prognathes {np6, yjiBoç) ; mais le degré de cette prognathie ou de ce prognathisme varie considérablement d'une race à l'autre, d'un individu à l'autre. C'est un bon caractère ethnique et physiognomonique : il sera donc utile de résumer les notions que l'anthropologie moderne a pu préciser à ce sujet.

Camper semble avoir été le premier qui ait essayé de mesurer géométriquement le degré de saillie de la face et des mâchoires. « Le caractère fondamental, dit-il, sur lequel repose la distinction des nations, peut être rendu sensible aux yeux au moyen de deux lignes droites : l'une menée du méat auditif à la base du nez, l'autre tangente en haut à la saillie du front et en bas à la partie la plus proéminente de la mâchoire supérieure. L'angle qui résulte de la rencontre de ces deux lignes, la tète étant vue de profil, constitue, on peut le dire, le caractère distinctif des crânes, non-seulement quand on compare entre elles les diverses espèces d'animaux, mais aussi quand on considère les différentes races humaines. » Ou le voit, pour Camper, l'angle facial était un critérium anthropologique. Celait là une appréciation fort exagérée, d'autant plus que Camper

QRTHÛGNÀTUISME. 1\^

atténuait beaucoup la valeur de son angle facial en employant ses lignes régulatrices d'une manière arbitraire et inconstante, comme le lui reprochait déjà Blumenbach. Ainsi, dans un mémoire Sur Vanatomie de Vorang et de quelques autres espèces de singes (fig. 1 et 2), Camper remplace la ligne partant du méat par une ligne qu'il appelle ligne horizontale et qui va des condyles occipitaux au point saillant de l'arc alvéolaire supérieur.

Aujourd'hui il y a anarchie dans le monde anthropologique au sujet du prognathisme. Les procédés de mensuration sont nombreux, mais nous ne voulons énumérer que les princij^iaux. Pour Welcker, l'orthognathie et la prognathie sont mesurées par l'angle que forment l'axe longitudinal de la mâchoire supérieure et l'axe longitudinal de la capsule cérébrale, et, selon cet auteur, cet angle est approximativement exprimé par celui que forment une ligne allant de la racine du nez à la base de l'épine nasale et une autre ligne dite naso-basilairey allant de l'angle du nez au bord antérieur du trou occipital.

Pour M. Busk, il est préférable de prendre deux lignes partant du conduit auditif et aboutissant, l'une à la partie la plus saillante de l'arcade alvéolaire supérieure, l'autre à la suture fronto-nasalc.

M. Lucae mène une perpendiculaire de la suture naso-frontale sur un plan présumé horizontal, qui passe par l'axe idéal de l'arcade zygomatique.

Dans les instructions crâniométi'iques de la Société d'anthropologie, on conseille d'abaisser du point sus-nasal une perpendiculaire sur la base du triangle de Cuvier, allant du milieu de la ligne qui réunit les deux trous auditifs au point sous-nasal : la portion linéaire située en avant du point d'intersection exprimerait le prognathisme en millimètres.

Tous les procédés que nous venons de mentionner ont trait, comme on le voit, au prognathisme dit /"acia/ supérieur. Leurs auteurs ont totalement négligé le maxillaire inférieur, dont le prognathisme est en effet beaucoup moins important, la conformation de cet os étant beaucoup plus indépendante de la capsule crânienne.

Dans ces dernières années, le prognathisme dit facial supérieur a été l'objet de quelques études nouvelles, parmi lesquelles il faut citer en première ligne,, à cause de leur précision, celles du docteur P. Topinard.

Cet anlhropologiste distingue quatre espèces de prognathismes faciaux supérieurs : le prognathisme facial supérieur proprement dit, le prognathisme maxillaire supérieur, le prognathisme alvéolo-sous-nasal et le prognathisme dentaire supérieur.

Le prognathisme facial supérieur ou de toute la portion supérieure de la face est difficile à déterminer avec précision. On n'en peut indiquer nettement les 'limites, car ses éléments sont empruntés à la fois à l'os frontal et aux os maxillaires supérieurs. 11 n'a donc qu'une faible valeur pratique. Il en est de même du prognathisme dentaire supérieur, car l'implantation des dents est chose assez capricieuse et ne dépendant pas rigoureusement de la conformation des maxillaires. Nous ne nous occuperons donc ici que des deux dernières espèces de prognathisme : le prognathisme maxillaire et le prognathisme alvéolo-sous-nasal.

Pour mesurer le prognathisme maxillaire, on place le crâne sur le crâniophore,. qui le maintient à peu près dans la position où est la tête humaine, sur le vivant, dans la station verticale ; puis, par le procédé dit de la double équerre, on mesure d'abord la hauteur du maxillaire supérieur, de la suture naso-frontale au point le plus saillant du bord alvéolaire. Ensuite on prend de même la dis-

720 ORTHOGNATHISME.

tance horizontale entre la racine du nez et la verticale élevée au contact des alvéoles médianes. Le rapport de la ligne horizontale à la verticale est ce que M. Topinard appelle Vindice du prognathisme maxillaire. Peut-être eùt-il été plus simple et plus pratique de prendre simplement pour mesure du prognathisme la longueur de la ligne horizontale. Cette dernière ligne varie, mais en gradation sériée suivant les races. Les moyennes sont de 17 à 18 millimètres dans les races blanches, de 16 à 20 dans les races jaunes, de 17 à 22 dans les races noires, c'est-à-dire d'autant plus fortes que la race occupe un rang moins élevé dans la hiérarchie.

La série des indices donne des résultats généraux analogues et elle révèle des faits curieux. Les indices les plus faibles appartiennent aux races blanches, les plus forts aux races jaunes et noires. Mais les plus faibles de ces indices se trouvent sur les Corses, les Gaulois, et surtout sur les crânes français de l'âge de la pierre polie. Par conséquent, l'invasion et l'établissement des Romains d'abord, des Francs ensuite, dans les Gaules, eurent, entre autres résultats, celui d'augmenter le prognathisme maxillaire de la population. A l'autre extrémité de l'échelle on trouve les Boschimans, qui ont un indice de 35, tandis que celui des Français de l'âge de la pierre polie n'est que de 17.

On constate aussi, sous le rapport du prognathisme maxillaire, de grandes différences entre les nègres d'Afrique et les nègres océaniens. Le prognathisme des Néo-Calédoniens, par exemple, est énorme relativement à celui des nègres d'Afrique, les Boschimans exceptés. Nous verrons qu'il n'en est pas de même pour le prognathisme sous-nasal. En outre, pendant que celte dernière espèce de prognathisme est en général plus accentuée chez la femme que chez l'homme, le prognathisme maxillaire est, au contraire, plus faible dans le sexe féminin, chez les Corses, les Bretons, et dans les séries des crânes parisiens. Au contraire la femme est plus prognathe, du prognathisme maxillaire, chez les Néo-Calédoniens, les Australiens, les Nubiens, les Boschimans, les Javanaises et les négresses d'Afrique.

On le voit, il ne saurait ici être question d'orthognathisme dans le sens absolu du mot; pourtant M. Topinard propose de réserver la dénomination de prognathes aux crânes dont l'indice dépasse 25.

Mais la plus importante variété du prognathisme, le vrai prognathisme serait le prognathisme alvéolo-sous-nasal. M. Topinard le mesure en déterminant la longueur de deux lignes : l'une horizontale, l'autre verticale. La ligne verticale est la perpendiculaire abaissée du bord antérieur du plancher nasal sur le plan idéal condylo-alvéolaire ; la ligne horizontale va du point inférieur de cette verticale an bord alvéolaire, entre les incisives médianes supérieures. M. Topinard appelle indice du prognathisme sous-nasal le rapport de l'horizontale à la verticale. Cet indice ne saurait évidemment mesurer rigoureusement l'inclinaison de la surface osseuse alvéolo-sous-nasale, mais il varie évidemment avec elle d'une manière approximative. On mesure les deux lignes à l'aide du crâniophore et du procédé de la double équerre {Bulletins de la Société d'anthropologie, 2* série, t. Vil, année 1872 [Bu crâniophore, etc., par P. Topinard]).

M. Topinard a relevé cet indice sur près de 1500 crânes et est arrivé à des résultats intéressants que nous allons résumer :

La portion sous-nasale de la mâchoire supérieure a toujours été prognathe, à une seule exception près.

Les indices moyens les plus faibles sont les suivants :

ORTHOGNATHISME. 721

Guanches et Corses 15

Gaulois , 16

BaM|ue< d'EsfiaL'nc 11

Troplo'lyies île la Lozère, haliitants des dolmens du nord de la

Fraiii c et Basques Français 18

Une série l'aii->ienDe IS)

Les indices moyens les plus élevés sont de :

Namaquois et Boscliimans S8,7

^èg^^s africains 4o à 40

Cliez deux singes anthropoïdes, on a trouvé :

Chinipanrc aihilte 118

Vieus gorille 116

5 microcé[)Iiales, signalés par Gratiolet comme très-prognathes de toute la mâchoire supérifure, n'ont qu'un indice moyen sous-na-^al de 11,21. Huit autres crânes microcéphales, dont M. Vogt a publié les dessins de profil, dans son mémoire sur les microcéphales [Mémoires de l'Institut genevois, 1866), ont donné 50 pour inJice moyen.

Les crânes préhistori(|ues de l'âge de la pierre taillée ont des indices trèsvariables, car le travail de mélange et d'unification des races humaines ne s'était point encore fait sur une large échelle. Chaque petit groupe évoluait isolément. Il y avait alors côte à côte des races très-orthognathes et des races trèsprognathes. Un ciànc contemporain du Mammouth a un indice extrêmement faible, 5,5. Au conirairc le yieillard de la grotte des Eyzies a l'indice énorme de 51. Durant la péi idde chronologique dite de la pierre polie, le prognathisme sous-nasal est très-faible. Sur 10 crânes des environs de Paris et sur 14 crânes de la caverne de 1 Homme-Mort, dans la Lozère, l'indice moyen est de 18.

Les Gaulois donnent une moyenne de Ib. Après les invasions des Romains et des Francs, durant l'époque mérovingienne, l'indice moyen s'i'lève notablement en France. Les Parisiens du douzième siècle de la collection de M. Broca ont un indice moyen de 21,05. L'indice moyen pour la France moderne est 21,14. Les Auvergnats et les Bis-Bretons ont pour indices 22,7 et 22,5. Les Toulousains, les Basques et les Corses, donnent 20, 18 et 15. L'indice duprognatiùsme alvéolosous-nasal s'abaisse djuc dans le midi de la France; il s'abaisse aussi dans le nord et le nord-est, et aussi parmi les races germaniques, néerlandaises et Scandinaves.

Sur 49 crânes se nites, l'indice moyeu est de 20,5. En résumé, chez les races blanches indo-euroiiéennes et sémitiques, l'indice du prognathisme alvéolo-sousnasal est (aible; il oscille entre 15 et 21. On peut donc commuer à appeler ces vd,cesortliogn(dh?s, en ne prenant pas le mot dans son sens absolu.

Les Mongols ont pour indice moyen 54 à 35 ; chez les Malais, l'nidice s'élève

On ne peut trouver de véritable indice moyen chez les races océaniennes, qui sont fort dissemblables. Les indices oscillent entre 24 et 55.

L'homogénéité reparaît chez ies nègres d'Afrique. Sur 119 cas, l'indice moyen a varié entre 40 et 44,8.

7 Namaquois et Boschimans ont donné un indice de 58,75, le plus fort de

toute l'humanité.

Ajoutons pour terminer cette énumération qu'en général, chez toutes les races, la femme est plus prognathe que l'homme. Il faudrait pourtant faire une DICT. ENC. i* s. XVII. 46

722 ORTHOPEDIE.

«xception pour les nègres d'Afrique. Sur 51 crâues africains, l'indice moyen a été de 45,94 pour les hommes et de 40,70 pour les femmes. Sur 16 Nubiens, il a e'té de 45,50 pour les hommes et de 43,92 pour les femmes.

Le degré de prognathisme varie aussi beaucoup a\ec l'âge et, règle générale, il est beaucoup plus accusé chez l'adulle que chez l'enfant. Chez l'homme et chez le singe, c'est après la seconde dentition que la saillie des maxillaires s'accuse, et le crâne d'un jeune chimpanzé, par exemple, ne diffère pas extrêmement d'un crâne d'enfant.

Pour l'anthropologie et pour l'esthétique, le prognathisme est un caractère inférieur, rappelant le museau bestial, et pourtant il n'en est pas de même partout, tant l'idéal du beau est chose variable et relative. Ainsi, sur la rive droite du Sénégal, les Mauresques tàclient de donner à leurs filles un prognathisme dentaire en déviant les incisives permanentes, car en ce pays le prognathisme dentaire est considéré comme une beauté (Faidherbe, BuU. anthr., 1872). Nul doute néanmoins que le bon droit ne soit ici du côté de l'esthétique européenne. Le prognathisme est sûrement un caractère animal. Nous avons vu qu'il est surtout l'apanage des races inférieures et il coïncide d'ordinaire avec un faible développement cérébral. En général, le prognathisme croit à mesure que décroît le volume de la capsule crânienne, à mesure surtout que les lobes frontaux se réduisent. Or les lobes frontaux sont, comme on le sait, le quartier général de lintelligence. En général, un front étroit et déprimé est le corollaire d'une mâclioire saillante. Ajoutons que, sans être absolument lié à la dolichocéphalie, le prognathisme très-accusé s'observe surtout chez les races noires dolichocéphales.

Combien il serait intéressant de trouver la loi de ce rapport ! Malheureusement la cràniologie ne s'est guère souciée encore de formuler des lois générales, quoique son bagage de faits précis, observés, jaugés et mesurés, soit déjà considérable. Il nous semble qu'il serait temps de coordonner et de faire parler tout ce butin scientifique palieinment et péniblement acquis. Tant qu'une science n'est pas arrivée à se codifier, à dégager des lois générales, elle est encore à l'état d'enfance. Comme l'a dit si justement Gegenbaur : « Le fait en lui-même est si peu une donnée scientifique qu'une science ne saurait se composer uniquement de faits. Les faits deviennent scientifiques par leur enchaînement, par la méditation, qui combine et détermine leurs rapports. » Ch. LEiocR-NEAn.

Bibliographie. — P. Topi.nard. Des diverses espèces de prognathisme. In Buil. de la Soc. d'anthropologie, 1873. — Ih; même. Du prognathisme alvéolo-sous-nasal {Revue d'anthropologie, 1874). In Bull, de la Soc. d'anthropologie (passim). — P. Broca. Instructions crâniologiques et crâniome'triques. In Méni. de la Soc. d'anthropologie de Paris, 1875. — P. Topi- SARD. Du prognathisme maxillaire. In Revue d'anthropologie., 1873. — Camper. Dissertation sur les variéte's naturelles, etc. Ouvrage posthume de .M. P. Camper. Paris, 1792. — Fred. Bldme.nbach. De l'unité' du genre humain et de ses variétés. Paris, 1804. — J.-C Prichard. Histoire naturelle de l'homme, etc. Traduit par le D' Fr. Roulin. Paris, 1845. — Carl Vogt. Leçons sur l'homme. Paris, 1865. — W'elcker. Ueber Wachsthum und Bau des menschlichen Schàdels, Cii. L.

ORTHOPÉDIE. La chose remonte à Hippocrate, mais le mot a été créé par Andry qui, en 1741, fit paraître sur la matière un ouvrage en deux volumes in-12 intitulé : L'Orthopédie ou l'art de prévenir et de corriger dans les enfants les difformités du corps. 11 a, dit-il, « formé ce mot de deux mots grecs, savoir : d'orthos, qui veut dire droit, exempt de difformité, qui est selon la rectitude,

et de paidion, qui signifie enfant. » Il en a composé orthopédie, par analogie avec deux autres mots, pédotrophie, donné par Scevole de Sainte-Marthe à mi Traité sur la manière de nourrir les enfants à la mamelle (1584), et calUpédie, donné par Claude Quillet à un Traité sur la manière d'avoir de beaux enfants (1656), tous deux en vers latins.

Comme pour toutes les définitions, il est assez difficile d'en trouver une bonne de l'orthopédie.

Andry donne correctement la définition de ce mot dans le titre même de son livre; mais cette définition n'est plus assez complète dans l'état actuel de la science, parce qu'on a fait rentrer peu à peu dans l'orthopédie le traitement de toutes les diffomrités des adultes.

D'après Malgaigne, « l'orthopédie est cette branche de la chirurgie qui a pour but de rendre aux articulations déviées leur forme et leurs fonctions, et aux leviers osseux leur direction naturelle » {Leçons sur l'orthopédie, p. 2). Cette définition n'est pas plus complète que la précédente, puisqu'elle ne comprend pas toutes les difformités musculaires et cicatricielles, celles de l'œil, par exemple.

La même critique peut être adressée à celle de Littré et Robin, qui est ainsi conçue : « Partie de l'art médical dans laquelle ou se propose pour but la conservation des formes naturelles dépendant de l'état du squelette et de ses ai'ticulations ou de les rétablir lorsqu'elles sont altérées. »

La définition de Malgaigne était même moins imparfaite que celle de Littré et Robin, car elle n'excluait pas des causes des difformités les paralysies et contractures musculaires capables d'altérer la forme et les fonctions des articulations et la direction des leviers osseux, tandis que celle des auteurs du Dictionnaire de médecine limite l'orthopédie au traitement des difformités d'origine purement articulaire ou osseuse.

MM. Bouchut et Després définissent l'orthopédie « cette partie de la thérapeutique qui a pour but de remédier aux déviations des membres du tronc. » Ils en excluent donc le cou et la tète.

La définition donnée par M. Panas nous paraît meilleure. D'après lui, le but de l'orthopédie serait de « restituer à l'appareil locomoteur, os, articulations et muscles, sa forme naturelle, et rétablir en même temps son fonctionnement entravé. » Mais elle est encore trop restreinte.

Je crois qu'il conviendrait de reprendre aujourd'hui la définition d'Andry en l'étendant aux adultes et à toutes les difformités et déformations compatibles avec la vie; M. de Saint-Germain propose même d'y ajouter encore la cure de l'obésité {Union médicale, 1881, t. XXXII, p. 889). Actuellement on peut définir l'orthopédie, dans son sens le plus large, et à cause de l'extension qu'elle a prise en pratique depuis un demi-siècle : Vart de prévenir et de corriger les difformités du corps, quels que soient leur origine, leur nature, et l'âge de l'individu, ou plus simplement encore : le traitement des différâtes. On pourrait peut-être alors, suivant la remarque de Daily, remplacer le mot orthopédie, qui implique à tort une spécialité à l'enfance, par celui à'orthomorphisme, applicable à la fois aux difformités, qui sont congénitales, et aux déformations, qui sont acquises.

Quant à l'extension de l'orthopédie, elle a été telle, qu'on a du parler de celte méthode thérapeutique dans presque tous les volumes de ce Dictionnaire, et, pour ne pas faire double emploi, nous sommes obligé de renvoyer pour plus

de détails aux articles suivants : Anaplastie, Akkylose, Appareil, Articulation, Attitude, Actoplastie, Bandage, Cei.nture, Cicatrice, Contracture, Corset, Cou, Coude, Coxalgie, Déviation, Difformité, Doigt, Ei.ectricité, Genou, Gymnastique, I1\nche, Hydrothérapie, Luxation, Main, Main-bote, Manipulation, Massage, Maxillaire, Muscle, Œil, Orteil, Os, Ostéotomie, Pied, Pied-bot, Paralysie, Rachis, Rachitisme, Résection, Ténotomie, Torticolis, Strabisme, etc.

Ce n'est donc pas le lieu de nous étendre longuement sur les dilformite's et sur leur traitement; nous devons même nous borner, pour répondre au programme qui nous a été tracé, et qui fait partie du plan général de ce Dictionnaire, à ne donner ici qu'un aperçu historique rapide des progrès de l'orthopédie, et des indications qu'elle est appelée à remplir.

« Séparée pendant longues années, dit Malgaigne, de la science, et placée entre les mains des spécialistes, qui étaient des empiriques et non des chirurgiens, soit entre celles des chirurgiens sans beaucoup de talent qui avaient quitté 1 étude de la chirurgie pour ne s'occuper que de cette spéciahté, l'orthopédie re>la dans l'obscurité jusqu'au siècle dernier. » On peut ajouter que jusqu'à cette époque elle resta bornée au traitement de 1.j gibLosité rachidienne et du pied-bot, et que c'est seulement depuis ce siècle que, se rendant mieux compte des causes qui déterminaient les autres dilTormités, les chirurgiens, unis aux médecins et aux physiologistes, ont pu étudier ces dilformités avec tout le soin qu'elles méritent.

Ilippocrate s'est occupé des incurvations de l'épine par cause interne (édit. Littré, t. IV, p. 177) et par cause externe {id., p. 202]. Pour traiter les premières, on liait le palientsur une échelle, et l'orthopédisle, étant placé sur une tour, praliquail la i-uccussiou ; si la gibbosilé siégeait près du sacrum, on mettait le patient la tète en bas, et les pieds en has, si elle siégeait près de la tète. Quand la courbure était de cause externe, on emjiloyait l'extension et la contre-extension, pendant qu'un aide exerçait une pression vigoureuse sur la gibbosité. C'est, comme on le voit, l'enfance de l'ait.

Le redressement du pied-bot et les moyens de maintenir le résultat obtenu dans le Irailcmenl de celte diflormilé sont assez bien décrits dans un autre passage [ibid., t. IV, p. 263).

Jusqu'à Ambroise Paré, l'orthopédie ne fil que peu de progrès. On trouve dans les œuvres de ce chirurgien quelques appareils nouveaux : un corselet d'acier, assez an-dogue aux cuirasses en cuir moulé d'aujourd'hui, et employé contre les déviations du rachis ; une bottine contre le pied-bot, et un doigtier pour étendre le pouce privé de ses extenseurs par une blessure qui en avait sectionné les teu'lons (édit. Malgaigne, t. II, p. Gi'^).

Arceus, chirurgien espagnol contemporain de Paré, a également inventé contre le pied-bot deux appareils, dont une bottine d'une forme plus élégante que celle de notre compatriote. 11 prétend les avoir employés plusieurs fois avec succès. Ou eu trouve la description et le dessin dans son traité De recta curand. vuln. ratione (édit. d'Amsterdam, 1658, p. 175).

A la fiu du seizième siècle encore, nous voyons aussi Fabrice de Hilden inventer une machine pour réduire et contenir le pied-bot.

Au djx-se(jtièuie siècle, Rauchin modifia le procédé de pression d'Hippocrate pour traiter madame de Montmorency ; il essaya d'abord sans succès l'action d'une presse à linge ; dans un nouvel essai, deux hommes vigoureux maintinrent la malade, et la pression fut exercée à l'aide d'un cric dont une extré-

mité fut placée contre un mur et l'autre contre la gibbosité. Cette tentative fut répétée jusqu'à ce que la malade guérît, parait-il.

L'extension fut également moL'ifiée. En 1660, Glisson inventa la suspension à l'aide de ce que Ton désigne sous le nom à' escarpolette anglaise et qui est assez semblable au mojen prôné récemment par Lewis A. Sayre, de New- York (De rachitide, London, 1660).Niïck et Solingen inventaient dans le même but, mais seulement pour remédier au torticolis, le collier qui porte encore le nom de collier de i\uck (Ileister, hist. chir., t. III, p. 176, pi. XXI).

Mais déjà les appareils ne suffisaient plus à donner aux chirurgiens les résultats qu'ils ambitionnaient, et dès le dix-septième siècle on songea à sectionner les muscles qui résistaient. D'après Tulpius, Minius paraît être le premier qui, en 1641, ait mis cette idée à exécution; il sectionna le sterno-mastoïdien pour un torticolis, après avoir essayé de le diviser avec un caustique. Job à Meckren, Blasius, Roonhuysen (1670), etc., imitèrent son exemple, au caustique près {voy. Ch. Philips, La ténotomie sous-cutanée. Paris, 1841). Toutes ces opérations furent faites, bien entendu, à ciel ouvert.

Mais toutes ces tentatives faites sans suite, sans idée générale, et surtout sans fondement étiologique sérieux, étaient rapidement oubliées et restaient l'apanage de quelques chirurgiens hardis qui souvent n'osaient pas les renouveler après un premier insuccès. Andry, le premier, donna un corps à toutes les opinions qui couraient à son époque sur les difformités, et résuma d'une manière très-remarquable ce qu'on savait alors sur toutes les imperfections physiques observées dans l'enfance, et leur traitement préventif et curatif. Il insiste surtout sur un point qui est revenu en grand honneur depuis quelques années dans l'hygiène scolaire, l'influence des attitudes à donner aux enfants pour prévenir et coriiger les défauts de la taille, des yeux, elc. Mais après Andry nous retombons dans le traitement des inflexions de l'épine et du pied-bot, et de longues années vont s'écouler encore avant que l'orthopédie soit étudiée d'une manière scientifique.

Quelques années après, apparaît la première indication précise de l'emploi des appareils pour remédier aux lésions articulaires du mal de Pott cervical ; c'est, croyons-nous, celle que l'on trouve dans les Commentaires de Van Swieten sur Boerhaave (édit. de 1749, t. 11, p. 705, g 818). Vers la même époque, Richter propose de couper le chef sternal seul du sterno-cléido-mastoïdien pour remédier au torticolis.

Le dix-huitième siècle se termine par les tentatives de Le Vacher (qu'il ne faut pas confondre avec Levacher de la Feutrie) pour guérir toutes les courbures de l'épine à l'aide de la première machine extensive qui ait été appliquée au traitement des 03 déviés, chez les enfants qui n'avaient pas dépassé douze ou treize ans (1768), — de Portai, àquiDelpech a dédié son traité de YOrthomorpliie en lui écrivant ; « L'Europe vous doit les premiers travaux qui aient été entrepris sur le sujet important qui m'a occupé », de Portai, disons-nous, sur le traitement préventif et curatif des difformités du racliis et des membres (1779), — de Venel qui, vers 1780, fonda à Orbe (canton de Vaux) le premier établissement orthopédique sérieux, oii il se distingua dans le traitement des pieds-bots à l'aide de l'appareil dit sabot de Venel, etc. C'est encore à Venel qu'on doit les premiers lits orthopédiques à extension, mais ils ne furent connus en France que beaucoup plus tard (1823), après avoir fait le tour de l'Allemagne et de l'Angleterre.

Avec le dix-neuvième siècle commence l'étude véritablement scientifique de l'ortliopédie. Scarpa le premier appliqua au pied-bot les données récentes de l'anatomie et de la physiologie, mais il ne fit pas faire un grand pas à la question, parce que le côté pratique du savant chirurgien italien était inférieur à celui des simples empiriques qui l'avaient précédé ; son appareil (appelé^ hypomochlion), lourd et compliqué, dit J. Rocliard dans son Hàtoire de la chirurgie française au dix-neuvième siècle, était bien inférieur au sabot de Yenel. Les travaux de Paletla et de Dupuytren sur la claudication par suite de la luxation congénitale de la cuisse, et surtout les recherches physiologiques et thérapeutiques dont les déviations du rachis furent l'objet en Allemagne par Heine, en Angleterre par Darwin, Bamfield, John Shaw, Charles Bell, et enlin en France par D'Ivevnois, Milly, qui créa l'établissement de Chaillot, Humbert (de Morlay], etc., perfectionnèrent les procédés orthopédiques. C'est en grande partie à la Société de médecine de Londres que l'on doit les progrès que l'orthopédie fit en Angleterre, car les études de Bamfield et de Shaw furent entreprises à propos d'un prix fondé par l'ilkistre Hunter et dont le sujet fut, en 1822, les distorsions de V épine. Il fut décerné à Bamfield, dont le travail fut publié enlS2i.

Les établissements et les lits mécaniques se multiplièrent rapidement; Jalade- Lafont, Maisonahe, et plus tard Pravtz et Jules Guérin, en inventèrent de nouveaux. Mais les appareils avaient trop fait oublier, et bien à tort, les moyens préventifs préconisés par Andry et Portai : il y eut donc dès 1827 une réaction contre les Hts orthopédiques, et Lachaiseun des premiers rappela l'attention sur les avantages de la gymnastique. 11 fut appuyé par Pravaz, et surtout par Delpech, qui conçut et réalisa la pensée de faire concourir au traitement des déviations tous les moyens dont l'hygiène et la médecine disposent. Il fonda, aux portes de Montpellier, l'établissement orthopédique le plus \aste et le plus complet qui existât en France. En outre il publia (1829) un traité sur la matière qui dépassait de beaucoup en valeur celui d'Andry et celui plus récent de Desbordeaux (1805).

Mais le règne exclusif des appareils et de la gymnastique allait cesser, et son apogée est marquée par la décision que prit en 1800 l'Académie des sciences de mettre au concours pour l'un des prix Montyon la question du traitement des difformités par la gymnastique et les appareils mécaniques. Après trois concours infructueux (1852, 1834, 1856), elle adjugea le grand prix de 10 000 francs à J. Guérin et un second prix de 6000 francs à Bouvier.

C'est alors que nous voyons intervenir définitivement dans l'orthopédie la ténotomie et la myotomie sous-cutanées, qui vont occuper le monde chirurgical pendant plusieurs années sans interruption.

Vingt années de ce siècle ne s'étaient pas écoulées, que le premier essai vraiment chirurgical de l'orthopédie, la section des tendons et des muscles, allait reprendre un nouvel essor, grâce à la méthode sous-cutanée. Après les chirurgiens que nous avons déjà cités, Lorenz (1784), Sarlorius (1806), Michaelis (1809), avaient coupé le tendon d'Achille pour redresser le pied, mais la pénétration de l'air dans le foyer de la plaie avait toujours beaucoup effrayé les opérateurs ; dès la fin du dix-huitième siècle pourtant, on s'était mis en mesure de s'en garantir. Desault, Bell et Bromfield avaient décrit et exécuté des procédés pour pratiquer l'extirpation des corps étrangers du genou à l'abri de l'air ; plus tard Abernethy et Boyer conseillent d'ouvrir les abcès par congestion en

plongeant un instrument à lame étroite par un trajet très-oblique dans leur cavité, en faisant un pli à la peau pour détruire la rectitude de ce trajet. On était donc bien près de faire la section sous-cutanée des tendons ; c'est à Delpech que revient cet honneur. Il coupa le tendon d'Achille pour un pied-bot et guérit son malade (1816) . Stromeyer, en faveur de qui les Allemands revendiquèrent la priorité, ne l'imita que quinze ans plus tard. Dupuytren ne tarda pas à suivre l'exemple du chirurgien de Montpellier, et eu 1822 lit le premier pour les muscles ce que Delpech avait fait pour les tendons, en pratiquant la myotomie sous-cutanée du sterno-mastoïdien.

Ces doux opérations, qui furent les bases de l'orthopédie moderne, sont donc nées en France; mais, dit Rochard {op. cit., p. 228), '( toutes deux y sont demeurées stériles, et il a fallu qu'elles allassent se faire naturaliser en Allemagne pour nous revenir neuf ans après comme une nouveauté. Hcàtons-nous de dire toutefois que les vétérinaires français, plus avisés que les chirurgiens, s'eu emparèrent dès 1820, et que leurs expériences multipliées avaient démontré depuis longtemps les avantages et l'innocuité de la ténotoraie lorsqu'elle opéra son retour parmi nous. »

Les deux opérations revinrent d'Allemagne avec un cortège d'observations bien fait pour attirer l'attention sur elles. Dielfenbach avait dès 1830 pratiqué plusieurs sections sous-cutanées du muscle sterno-mastoïdien, mais en 1855 il avait redressé plus de 500 pieds-bots. En France, on se mit immédiatement à. l'œuvre. V. Duval (1855), 'puis Bouvier (1856), répétèrent la section du tendon. d'Achille ; en 1856, Bouvier reprit également la section sous-cutanée du sternomastoïdien ; l'année suivante, M. Jules Guérin marcha sur les traces de ces deux habiles chirurgiens. Bouvier avait apporté une modification importante aux. sections sous-cutanées en supprimant une des deux ouvertures cutanées des procédés antérieurs, et en recommandant de se servir d'un lénotome moussepour ne pas blesser la peau. Bientôt la section sous-cutanée s'étendit au traitement de toutes les difformités, et tout muscle rétracté ou pris pour tel fut sectionné ; on tomba alors dans de regrettables exagérations, contre lesquelles ne purent toujours réagir efficacement les chefs autorisés du corps chirurgical.. « Cet enthousiasme se comprend, dit J. Rochard, qui a admirablement traité l'histoire de l'orthopédie dans son livre si intéressant. Les enthousiasmes déme^ sures qui ont conduit à tant de mécomptes s'expliquent par les progrès que la science des difformités venait de faire sous l'influence des travauv entrepris dans cette direclion. Le rôle de la rétraction musculaire primitive, déjà indiqué par Velpeau, venait d'être élevé par J. Guérin à la hauteur d'une doctrine complète, d'après laquelle toutes les déformations du système osseux étaient ramenées à une même cause, la rétraction des muscles, causée elle-même par une altération primitive des centres nerveux. Cette rétraction devenue permanente s'accompagnait à la longue d'une altération de structure et opposait un obstacle invincible au redressement du squelette. Rien n'était alors plus logique que de diviser la corde qui maintenait ainsi les parties dans une situation anormale et d'appliquer le même remède partout où se présentait le même état » {op. cit., p. 510).

C'est alors que l'on coupa successivement tous les muscles de la jambe pour les difformités du pied, tous ceux de la cuisse pour remédier aux fausses ankyloses angulaires, puis aux simples déviations du genou, les ;muscles pelvi-trochanlériens pour les luxations et pseudo-luxations congénitales du fémur, etc. ; on

s'attaqua aussi aux aponévroses et aux ligaments ; il en fut de même pour le membre supérieur, pour le racliis, ensuite pour l'œil affecté de strabisme, d'amaurose, de myopie, pour la langue chez les sujets atteints de bégaiement, et enfin Jules Guérin alla jusqu'à pratiquer le même jour la section sous-cutanée de quarante-deux muscles, tendons ou ligaments, pour remédier à une difformité articulaire.

Plusieurs années s'écoulèrent encore a\ant que les médecins instruits, parmi lesquels il faut ci 1er en première ligne Duchenne (de Boulogne), pussent démontrer que bon nombre de difformités articulaires avaient pour cause la paralysie ou l'atrophie d'un groupe de muscles, et qu'il fallait intervenir alors non par la section n\usculaire, mais par la faradisation, le massage, Ihydrothérapie, etc., ayant pour but la régénération des muscles, capable seule de létablir l'antagonisme nécessaire au fonctionnement normal de l'organe. C'est, en particulier, ce que firent pour la coxalgie Robert {Clin, chir., 1860), Yerneuil [Bull. Soc. de CIdr., 18G5, 18G8, 1878), etc.

Après la section des parties molles vint celle des os. Pendant longtemps on s'était conlonlé, dans le traitement des déviations des membres, d'attelles fixées par des bandes et d'une gymnastique plus ou moins raisonnée; puis on imagina la ténotomie et la myotomie, enfin on en arriva à la rupture, la section et la résection des os pour remédier aux roideurs articulaires.

Rliea Barton, en 1826, pratiqua le premier la section du fémur pour une ankylose coxo-fémorale, puis la résection cunéiforme de cet os pour une ankylose du genou (I8ô5). Puis Louvrier, en 1857, pratiqua la rupture dos ankyloses. On connaît son insuccès final. Dieffenbach, Palasciano, Bonnet (de Lyon), reprirent l'idée de Louvrier, et depuis cette méthode est restée dans la chirurgie {voy. art. Akkïlose) poui- les roideurs plus ou moins définitives des articulations des membres. Delore (de Lyon) a applique avec succès depuis 1865 le redressement brusque au traitement du genu valgum.

Nous trouvons encore à signaler dans cet historique, comme points de départ, l'idée émise par Yelpcau d'appliquer la résection cunéiforme aux déviations du pied, du genou,, du poignet et du coude {Noiiv. éléments de méd. opératoire, H"' édit., 1859, t. I, p. 595) — la résection de l'olécrane dans un cas d'ankylose du coude par Buck {Amer. Joiirn. of Med. Sciences, 1845, t. V, p. 297) — la résection des deux os de la jambe par Behrend (1861) pour une ankylose tibiotarsienne avec éqiiiuisme prononcé du pied.

Pour la mâchoire inférieure, on créa une nouvelle articulation en avant des adhérences soit par la rupture de l'os (Garnochan, 1840), soit par l'ostéotomie simple (procédé de Rizzoli), soit par la résection d'un fragment cunéiforme de l'os (procédé d'Esmarcli) {vojj. Maxillaire).

C'est encore à Rizzoli que l'on doit l'idée bizarre de fracturer un fémur sain, qu'il exécuta avec succès, dans le but de raccourcir le membre pour lui donner la même longueur que l'autre, raccourci par une ancienne fracture. Meyer (de Wurzbourg) alla plus loin, et réséqua le fémur sain, dans le même but. Dans des cas d'incurvation des os des membres inférieurs, ce dernier chirurgien employa le même moyen, mais pour allonger les os ; il réussit, parall-il, dans 10 cas.

Ces hardiesses opératoires, contre lesquelles protestèrent d'abord la plupart des chirurgiens, ont repris un regain d'actualité grâce à la méthode antiseptique. Mais déjà l'histoire de l'orthopédie se confond avec celle de la chirurgie

générale; elle entre même dans celle de la médecine, et il nous faut passer plus rapidement encore que dans les pages précédentes.

De 1850 à 1870 la chirurgie active s'était un peu modérée dans le cliamp de l'orthopédie. On accorda davantage à la gymnastique scientiilque, aux manipulations persévérantes, aux attitudes prolongées, aux mouvements gradués à l'aide d'appareils, grâce à l'habileté croissante de nos fabricants d'instruments de chirurgie, à Ihvdrothérapie et surtout à la faradisation et à la galvanisation des muscles atrophiés ou paralysés soit congénitalement, soit à la suite d'atfections articulaires. On ne négligea pas la ténotomie sous-cutanée, comme on le voit d'apiès la discussion académique de 1866, mais on en précisa mieux les indications, on la restreignit de plus en plus aux rétractions musculaires vraies, et on prit soin de distinguer ces dernières des fausses rétractions constituées par la contiaclion permanente des muscles sains, non contrebalancée par les muscles antagonistes paralysés. Encore arriva-t-on à reconnaître la nécessité de sectionner les muscles sains dans certaines difformités paralytiques, le chirurgien préférant la suppression de tous les mouvements à la conservation de certains mouvements partiels et manquant de coordination.

Enfm on accorda une plus large place au traitement général (régime approprié, séjour en plein air, médication interne, etc.).

Dans ces dernières années, la méthode antiseptique (pansement ouaté, pansement de Lister), en diminuant les dangers des traumatismes osseux, est venue encourager les chirurgiens à avoir recours de plus belle à la résection et à la section des os dans le traitement du pied-bot (résection du tarse), du gcnu valgum, des courbures racliitiques des membres, etc. On peut se faire une idée de la vogue obtenue par ces moyens en lisant la thèse de M. Aysaguier (l'aris, 1879) et l'ouvrage récent du docteur Mac Ewen sur l'ostéotomie [voy. Ostéotomie).

Le traitement des déviations avancées du rachis par la méthode de Sayre semble être le dernier terme du progrès dans cette voie. Les deux éléments de la confection de son appareil, la suspension et la cuirasse plàlrée, ont été employés depuis longtemps par d'autres, mais le mérite de Sayre est de les avoir réunis, et de donner ainsi plus d'efficacité à ses bandages. Il a pensé avec raison que la difformité n'était pas due tout entière à la lésion vertébrale, mais que la contraction des muscles rachidiens devait y ^contribuer pour une certaine part. En suspendant les malades comme il le fait, la contracture finit par céder, et le redressement de la courbure rachidienne, sans être toujours parfait, y gagne d'autant.

Si maintenant il nous fallait, comme on le fait en général pour les questions d'historique, diviser par périodes l'histoire de l'orthopédie, nous le ferions de la manière suivante :

Première période. D'IIippocrate à Ambroise Paré. — Traitement empirique de la gibbosilé rachidienne et du pied-bot.

Deuxième période. D' Ambroise Paré à Andry. — Même traitement des mêmes affections, plus les déviations du cou; quelques tentatives timides de myotomie et de ténotomie à ciel ouvert.

Troisième période. D'Andry à Scarpa. — Extension de l'orthopédie à toutes les difformités des enfants, traitement préventif ajouté au traitement curatif; attitudes et mouvements gymnastiques ajoutés aux machines; perfectionnement des appareils; premiers lits à extension.

Quatrième période. De Scarpa à Dieffenbacli (1850). — Premières études

730 ORTHOPEDIE.

scientifiques de rorlhopédie ; grande faveur de la gymnastique, des lits mécaniques, de l'hygiène générale; découverte de la ténotomie et de la myotomie sous-cutanées.

Cinquième période. Période contemporaine. — Etudeplus scientifique encore des causes des difformités et déformations: destruction des obstacles au redressement des déviations par la section ou la rupture de ces obstacles ; association de ces moyens à ceux de la période précédente; application sur une large échelle des moyens préventifs et régénérateurs généraux (hygiène, gymnastique, hydrothérapie, traitement interne) ou locaux (massage, douches et électrisation localisées).

Résumons maintenant les indications générales de l'orthopédie. Actuellement, presque tous les agents de la thérapeutique médico-chirurgicale sont appelés à concourir aux divers buts que se propose cette branche de l'art de guérir.

Vonv prévenir les déformations chez un jeune sujet, sain en apparence, il faut se rappeler aujourd'hui les préceptes formulés par Andry, surtout depuis que Daily, Riant, Javal, Ory, etc., ont attiré de nouveau l'attention et insisté sur l'influence des positions vicieuses prises par les enfants dans les établissements d'instruction, sur les déviations de la taille, du bassin et des yeux. Chez les sujets en possession d'une lésion des articulations du rachis ou des membres, mais non encore déviés, on sait qu'il est nécessaire d'appliquer préventivement des appareils pour maintenir les parties dans une bonne altitude jusqu'à la guérison apparente du mal, et même au delà.

Dans les cas de déviations commençantes dues à des affections musculaires, c'est surtout aux mouvements gymnastiques, aux manipulations, à l'hydrothérapie, à l'électrisation localisée, qu'il faut avoir recours.

La correction des difformités congénitales ou des déformations acquises peut se faire de deux manières : lentement, ou brusquement :

Dans le premier cas, la correction se fait soit par des exercices gymnastiques (mouvements spontanés), soit pai- les mains du chirurgien, ou à l'aide d'appareils ayant pour but de ramener graduellement les parties dans une bonne position (ntouvements forcés).

Dans le deuxième cas, les mouvements forcés trouvent encore des indication?,, mais ils sont le plus souvent insuffisants, et on les remplace alors par diverses opérations (ténotomie, myotomie, ostéotomie, ostéoclasie), que l'on peut d'ailleurs combiner avec ces mouvements.

La correction effectuée, il reste à la maintenir. Pour certaines déviations de cause musculaire, celle du rachis, par exemple, la continuation des mouvements gymnastiques est excellente, mais pour celles de cause articulaire ou osseuse, la chose est plus difficile. Après avoir obtenu l'attitude désirée, on applique alors divers appareils inamovibles, amovibles ou amovo-inamovd)les, les premiers ayant pour but de laisser la région opérée dans l'immobilité jusqu a la guérison complète, les autres permettant de faire exécuter les mouvements que l'on croit nécessaires à la reproduction des fonctions musculaires ou articulaires. Dans tous les cas, il ne faut pas perdre de vue que les sujets atteints d& déformations sont tous, sauf peut-être ceux qui sont affectés de déviations consécutives aux paralysies de l'enfance, des scrofuleux ou des rhumatisants, et qu'il faut leur faire suivre un traitement général en même temps qu'on soigne le mal local.

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Enfin, il faut se souvenir aussi que les muscles situés au voisinage des articulations malades sont susceptibles de s'atrophier rapidement, et instituer un traitement pour prévenir, arrêter ou faire rétrocéder l'atrophie.

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