‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.68Chapitre 34 sur 38 · L. H. Petit · texte numérisé non relu

L. H. Petit

Bibliographie. — Voy. 1" les articles concernant les différentes difformités et leur traitement, et signalés au cours de cet article; 2» les articles : Orthopédie du Dict. en 15 vol. par Bouvier, du Dict. en 60 vol. par Fournier-Pescat et Begin, du Dict. en 50 vol. par Peavaz^ et du Nouv. Dict. de méd. et de chir.prat. par Panas ; 5° les ouvrages suivants :

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ORTDOPTÈRES (de opQo; droit, et îTTEpbv, aile). Ordre d'insectes nommé par Olivier, caractérisé par les ailes droites, les inférieures plissées longitudinaleraent pendant le repos et non repliées à l'exlrémilé, excepté chez les Forficules. Pas de métamorphoses complètes.

Les Ortlioptères comprennent les plus grands insectes connus, comme dimension longitudinale, et ceux de la taille la plus réduite le sontbeaucoup moins que plusieurs insectes des autres ordres. Les grands Phasmieus ont plusieurs décimètres de longueur, les petits Myrmécophiles mesurent encore 4 millimètres.

Ainsi que je l'ai déjà fait remarquer pour les Névroptères [voy. Névroptères, 2^ série, t. Xil, p. 728), l'ordre des Orthoptères est peu naturel, et beaucoup d'entomologistes ont ajouté aux insectes primitifs d'Olivier d'autres groupes tels que les Termitides, les Perlides, les Ephémérides et les Libellulides. L'analogie des pièces buccales, l'absence de métamorphoses, expliquent ce rapprochement et le jusiiûent. Toutefois, je conserverai pour cet article la division d'Ohvier en y comprenant à son exemple les Labidoures ou Forficules. On trouvera plus bas, à propos de la classification des Orthoptères, un résumé historique des divisions de cet ordre et sa longue synonymie.

Les caractères généraux des Orthoptères sont difficiles à exprimer parce qu'ils varient suivant les familles diverses de ces insectes. Les ailes, au nombre de 4, parfois avortées absolument, même chez les Orthoptères vrais, sont de consis-

tance inégale, les supérieures, ou pseudélytres, plus résistantes, les inférieures droites. Ils ont les pièces buccales séparées et disposées pour broyer des aliments. Ils n'ont que des demi-métamorphoses et dès l'éclosion ils pré.^entent la forme de nymphe mobile. Les femelles de beaucoup d'espèces ont une tarière ou un oviscapte servant à la ponte.

Voici de plus amples détails sur l'organisation de ces insectes. Les parties de la bouche sont très-développees et expliquent la voracité considérable de la plupart des Ortlioplrres. Le labre fixé à l'épistome constitue le plafond, la Hmite supérieure de la bouche; il est grand, coriace, arrondi en avant, parfois incisé, recouvrant la pomte des mandibules. Celles-ci, cornées, robustes, courtes pour l'ordinaire, sont épaisses à la base, arquées, parfois inégales, munies dans l'intérieur de dents fortes, plus ou moins développées. Les mâchoires, ou maxilles, sont compliquées ; chacune d'elles est composée de cinq parties : une base ou gond [cardo) porte une tige (stipes) terminée par un lobe interne ou partie mangeante (mando) ; celte partie est dure, cornée, aplatie avec deux ou trois dents aiguës au sommet, et le bord garni en dedans de poils roides. Le dehors est plus ou moins recouvert par un organe bi-articulé, ayant l'ai licle basai court, le supérieur disposé en lobe, c'est-à-dire large, et excavé eu dedans. C'est ce dernier organe qui a éié nommé casque (galea) ou galette, petit casque de certains auteurs. Fabricius avait regardé le galea comme une gencive extérieure et il donnait aux Orthoptères vrais le nom d'Ulonales par contraction d'Oulognathes (de o-jXo-j, gencive, ety^âOcç, mâchoire). Burmeister appelle le galea palpe maxillaire interne, tandis qu'Erichson le nomme maxillaire externe. Quoi qu'il en soit de ces dénominations, c'est en dehors du galea et inséré plus près de la base du stipe que se trouve le palpe externe, ou palpe maxillaire proprement dit. Ce palpe est composé le plus souvent de cinq articles, les deux premieis courts, le dernier ou cinquième épaissi à l'extrémité, terminé par une pelole tactile qui se détache par la dessiccation et laisse voir alors une fossette. Eu dessous de la bouche est le menton buccal, formant plancher, et auquel est adaptée la lèvre inférieure. Cette lèvre (labium) est une plaque, parfois rétrécie à sa base, offrant en avant les lobes labiaux proprement dits et, sur les côté-:, les palpes labiaux. La lèvre représente une seconde paire de maxilles. On trouve chez les Orthoptères broyeurs deux lobes labiaux internes, étroits et alhmgés, correspondant au mando et dont la réunion forme la languette, et de plus deux lobes plus extérieurs, épais, articulés, analogues au galea et constituant des sortes de paraglosses. Tout à fait eu dehors, s'insèrent les palpes labiaux, de trois articles, et qui sont une réduction des palpes maxillaires. Au centre des pièces précédentes est placée une papille molle, courte, demi-globulense, ligule ou languette {lingua Burmeister), située à l'entrée du gosier, à demi incisée au sommet chez la Courtilière.

Les pièces buccales si compliquées des Orthoptères remplissent le rôle suivant : le labre retient les otijets mordus, les mandibules saisissent les aliments et les coupent en gros morceaux, les maxilles et la lèvre débitent en morceaux plus petits les matières déjà coupées et les amènent dans le fond de la bouche, les palpes multiarticulés aidant. Ces palpes ont un rôle d'organes du tact au moyen de la pelote molle du dernier article.

Lorsque les ailes sont bien développées, elles sont hétéronoraes : les antérieures ou supérieures ont une autre forme et une autre consistance que les véritables ailes, toujours postérieures ou inférieures. Les pseudélytres sont sub-coriaces.

734 • ORTHOPTERES.

surtout à la base et à leur bord antérieur, les ailes sont amples, obligées pour cette raison de se replier en éventail au repos. Leur couleur varie depuis la transparence hyaline jusqu'au brunâtre, verdâtre, jaune, rose, rouge et bleu, avec des bandes ou des taches.

Les pscudélytres et les ailes sont pourvues de nervures, partant de la base et allant au sommet, simples ou ramifiées, plus d'autres nervures transvei'ses intercalées : aussi la partie membraneuse est-elle divisée en champs et en aires. On peut tirer un grand avantage de l'étude des nervulations alaires pour la détermination des espèces, et pour rapporter aux Orthoptères vivants les spécimens fossiles dont on ne trouve que des fragments d'ailes ou de pseudélytres. Les nervures sont: la première, marginale; la seconde, médiastine; la troisième, humérale ou principale; la quatrième, médiane; la cinquième, discoïdale; la sixième, anale. Les espaces, ou champs, compris entre les principales nervures, offrent d'abord le champ marginal ou aire costale, terminé en avant par le bord antérieur de la pseudélytre et postérieurement par la nervure médiane. Le champ discoïdal ou intermédiaire est placé entre la médiane et l'anale; le champ anal ou axillaire se trouve entre la nervure anale et le bord postérieur de la pseudélytre. On donne le nom d'aréoles ou de cellules aux espaces compris entre les nervures transverses. Il est digne de remarque que dans les familles d'Orthoptères sauteurs l'organe qui sert à la stridulation chez les mâles se trouve dans les champs des élytres ; les Grilloniens ou Gryllides le possèdent dans le champ intermédiaire, les Sauterelles ou Locustides dans le champ anal. Cdez les Acridides ou Criquets qui stridulent avec l'aide des pattes, les aréoles dilatées servent à la résonnance et appartiennent tantôt au champ marginal seul, tantôt aux champs marginal et discoïdal.

L'extrémité de l'abdomen des Orthoptères est pourvue sur les derniers segments d'appendices, situes près de l'anus et des organes génitaux. Ces appendices ont une grande valeur pour les différences sexuelles et spécifiques. Le dernier segment abdominal diffère par la forme et souvent par la grandeur dans le mâle et dans la femelle; la partie dorsale offre la plaque suranale ou supraanale, la partie ventrale présente la plaque &ubgénilale ou sous-génitale. De plus, l'abdomen est très souvent muni de prolongements grêles, longtemps confondus les uns avec les autres et qui ont été appelés : soies, filets, cornicules, pièces caudales, etc. Ce sont les cerques (traduction française de cerci), symétriques, articulés, placés en dessous et sur les côtés de la plaque suranale, dont la présence est constante; selon Burmcister, ils correspondent aux pinces des Forficules. Ce sont encore les styles {i>lyli ou ynucrones) cylindriques, droits, toujours inarticulés, propres aux mâles, insérés au bord postérieur de la plaque subgénitale. L'ouvertm-e de l'anus est placée au-dessus de l'orifice externe des organes génitaux, recouverts par la plaque suranale. L'orifice génital est entre les cerques et la plaque subgénitale. Un appareil extérieur aide à la ponte des œufs, soit comme valves ou truelle pour les oothèques des Blattes et des Mantes, soit comme oviscapte pour les Sauterelles et les Grillons.

Les organes internes des Orthoptères répondent aux habitudes de ces animaux, qui sont les plus gros mangeurs parmi tous les insectes, et qui ont un tube digestif compliqué. Leurs glandes salivaires se rendent au haut d'un oesophage, pourvu d'un jabot et terminé par un proventricule musculeux ou gésier. Le ventricule ou estomac est souvent entouré à Lorigine de diverticules en cœcum ; à son extrémité sont des canaux de Malpighi en nombre considérable,

ORTHOPTERES. 755

très-larges, très-ténus, insérés en verticille, parfois aboutissant à un conduit spécial (Gourtilière et Grillon), ainsi que je l'ai constaté. L'intestin grêle ou iléum est suivi d'un gros intestin épais, muni de bandelettes musculeuses longitudinales. Certains Orthoptères ont des glandes anales sécrétant un liquide spécial.

Le système respiratoire est composé de trachées d'autant plus nombreuses dans chaque famille des Otthoptères que le genre de vie est plus actif. De plus, chez les Acridides ou Criquets, doués de la plus grande puissance de vol, beaucoup de trachées sont utriculaires, dilatées en sacs ou vésicules. Chez les Forficules et les Blattes, les trachées, partant des stigmates, se rendent sur deux troncs latéraux, dont les ramifications divergent dans tous les organes. Aucun Orthoptère n'est phosphorescent, aucun n'offre des cellules photogènes reliées aux trachées.

Le vaisseau dorsal, ou série de cœurs placés bout à bout, est formé de huit chambres contractiles avec une aorte céphalique.

Le corps graisseux, composé de cellules adipeuses, est très-abondant, accumulé dans l'abdomen, et paraît prédominant chez les espèces qui vivent longtemps ou qui hivernent à l'état léthargique. Les lobules formés par les cellules adipeuses sont enveloppés par de nombreux rameaux et ramuscules trachéens.

L'appareil de la génération est assez compliqué. Les mâles ont des testicules tantôt séparés, tantôt réunis. Le canal déférent est court, exceptionnellement très-long chez les Grillons et Sauterelles ; il y a des vésicules séminales et des glandes accessoires. Les Gryllides et Locustides mâles forment des spermatophores, et les spermatozoïdes sont tantôt libres (dattes), tantôt associés en longs rubans pennés (Locustides).

Les femelles des Orthoptères ont des ovaires à nombreux tubes ou gaines ovigères. Les œufs acquièrent leurs granules vitellins colorés à mesure qu'ils cheminent vers l'oviducte. Ou trouve un pétiole ou réservoir séminal, dilaté en capsule chez les Criquets. Le receptaculum seminis, poche copulalrice, existerait chez les Forficules et manquerait chez les Orthoptères vrais, selon Fischer (de Fribourg). Il reste encore à préciser les organes produisant les oothèques des Blattides et des Mantides. Les œufs sont généralement ovales ou allongés, parfois en barrillet, cannelés ou sculptés. La plupart des œufs pondus en été et en automne éclosent le printemps suivant et les insectes meurent n'ayant vécu qu'une année ; cependant les Grillons hivernent dans nos contrées et ber.ucoup d'Orthoptères exotiques sont dans le même cas et vivent longtemps.

Le système nerveux se compose d'un cerveau à ganglions supra-œsophagiens et infra-œsophagiens. La moelle reliée au ganglion céphalique inférieur est formée de trois ganglions thoraciques et de quatre, cinq, six ou sept ganglions abdominaux, réunis latéralement non par deux, mais par quatre connectifs (Xewport, Ilagen). Les Orthoptères ont nettement les systèmes nerveux de la vie organique : un nerf récurrent, stomatogastrique, reproducteur ou intestinal, asymétrique, et un nerf grand sympathique (E. Blanchard), nerf surajouté (de Lyonet et de Newport) reconnu dans les Grillons et la Gourtilière.

Les organes des sens sont bien développés. Yeux et ocelles à nerfs spéciaux et organe auditif qui doit être perfectionné chez les femelles dont les mâles stridulent avec une activité infatigable. Outre l'audition probable des antennes, on trouve un organe ressemblant à un tympan, à une oreille localisée à la base

des jambes anle'rieurcs (GrvUides et Locustides) ou à la base du premier segment de l'abdomen, de chaque côlé (Acridides).

Le développement des Orthoptères offre bien moins de netteté que dans les ordres d'insectes à métamorphoses complètes (voij. Insectes). Leurs mues n'ont pas plus d'importance que les changements de peau, et semblent une simple affaire d'accroissement. On leur attribue de trois à six mues, mais ce nombre est peut-être double, et ces insectes dévorant la dépouille qu'ils viennent de quitter, il n'en reste plus trace, fait qu'offrent aussi plusieurs larves des Lépidoptères {voy. Chknilles). Le mot de larve est à la rigueur insuffisant et impropre pour caractériser le premier étal de l'insecte où, sauf les ailes, on a l'apparence de l'adulte, même avec des organes sexuels rudimentaires. Celui d'insecte jeune serait plus exact. Le nom de nymphe donné au jeune avant sa (iernière mue ne répond pas à la chrysalide, sorte de second œuf. Il y a l'état d'mia^o et de subimago. La larvose et la nymphose manquent, elles ont eu lieu dans l'enveloppe de l'œuf, la perfectose est près d'être complète au moment de l'éclosion. Il est exirèmement difficile de distinguer certaines espèces qui, même à l'état de perfectose ;idulte, sont complètement aptères (Bacillm^, Myrmecophila). La taille, le nombre d'articles des antennes, le développement plus ou moins complet des organes génitaux, peuvent décider en pareil cas. Quant aux ailes, il faut savoir que les fourreaux se montrent après l'avant-dernière mue, les vestiges ayant paru déjà sous forme de lobules. Les fourreaux ne sont pas couchés, mais dresfés, et nullement pendants ou rabattus sur les côtés. Les fourreaux des élylres dans les Locustides et les Criquets touchent l'abdomen par le bord inférieur ; ils sont couverts extérieurement par les fourreaux des aîles attachés au mélanolum. Chez l'insecte à l'état de perfectose, les élytres s'abaissent et recouvrent toujours les ailes au repos.

Les Orthoplèrts se trouvent sur toutes les parties du globe, principalement dans les pa\s chauds. Quelques rares espèces habitent les mont.ignes. Ils ont un grand nombre d'ennemis ; les petits carnassiers insectivores ti Is que les hérissons, les taupes, les musaraignes, les mangent; beaucoup d'oiseaux s'en nourrissent volontiers, les corbeaux, pies, étourneaux, la huppe. Certains faucons ne les dédaignent pas, et les guêpiers, les rolliers, les martins, sont acridiphages Les couleuvres, lézards, grenouilles et crapauds, prennent des petites Sauterelles, Grillons et Criquets. Outre ces ennemis, les Orthoptères ont de nombreux parasites ; un Coléoptèi'e {Hhipidius) vit à l'état de larve sur les Blattes ; des Hyménoptères du genre Evania et des Ichneumonides ainsi que des Cbalcidides attaquent les Orthoptères et pondent des larves dans leur oothèque. Des Diptères tachinaires, des Conops, vivent à leurs dépens et sortent du corps de leuis hôtes pour prendre la forme de pupes. Je soupçonne que des Hijlemyia ou Alophora vivent aussi dans le corps des gros Orlho|)tères. Des larves de Trombidium, hexapodes et rouges, sucent ces insectes à la base des ailes. Enfin des Helminthes des genres Gordius eiMermis, surtout à l'état agarae, se trouvent en li-ès-grand nombre dans les Orthoptères, et les quittent pour achever leur développement dans l'eau ou la terre humide.

Les Orthoptères peuvent être divisés en deux sous-orJres principaux : les Labidoures et les Orthoptères vrais ou proprement dits. Dans les Orthoptères vrais une première divisiou est formée par les coureurs qni sont les Blattidcs. Les marcheurs sont les Mantides et les Phasmides. Les Orthoptères sauteurs comprennent les Gryllides, Locustides et Acridides.

I. Orthoptères labidoures. Une première division ou sous-ordre comprend les Labidoures de Duméril et Léon Dufour, formant une seule famille, celle des Forticulides. Ces insectes représentent les Dermaplères des auteurs anglais {Leach, Kirby, Stephens) ; les Dermatoptères de Burmeister, Huxley ; les Euplexoptères de Westwood et Emile Blanchard.

1. Forficulides. Ce sont les Forficuliens ou Forficulaires de Latreille, Audinel-Servilie, Zetterstedt, etc. ; les Foificulines de Burmeister, les Labidoures (de >aot;, pince, et ô-joa. queue) de Duméril et Léon Dufour, les Labiroïdesd'Erichson et de Maurice Girard, les Harmoptères de Tieber.

L'aspect de ces insectes est caractéristique : le corps est allongé, déprimé, la tête dégagée; leur abdomen élargi est terminé par deux organes eu forme de pince et très-remarquables. Les couleurs du corps varient du brun au jaune pâle, quelques espèces exotiqnes offrent parfois une teinte noiie et exceptionnellement un éclat métallique.

Les Forticulides ont des antennes filiformes de longueur variable, mais non très-longues, de 12 à 40 articles, les yeux médiocres, un peu globuleux, les ocelles nuls. La bouche est bien moins forte que dans les Oi'thnptères vrais. Le prothorax est carré ou rectangulaire, en bouclier. L'appareil alaire est spécial : deux élytres, plus courtes que l'abdomen, coriaces, à suture dioite; deux ailes ayant au bord antérieur depuis la base jusqu'à la moitié de la longueur une lame cornée, répondant aux champs marginal et intermédiaire des Orthoptères vrais ; bout des ailes ample, diaphane, membraneux. Le plissement de cette grande aile est réel et fort curieux : d'abord en éventail comme dans les Orthoptères proprement dits, elle se replie ensuite deux fois en travers comme chez les Coléoptères, de sorte qu'au repos complet le bord supérieur dépasse les ailes supérieures comme une écaille colorée. Cette articulation complexe a fait donner, par Fieber, à ces insectes, le nom d'Harmoptères. Il y a des Forficulides aptères seulement des ailes inférieures, d'autres où les élytres et les ailes sont à la fois avortées et à peine indiquées.

L'abdomen a ses anneaux imbriqués obliquement sur les côtés, les deuxième et troisième segments offrent souvent un pli ou tubercule près du bord et en dessus. Le dernier segment dorsal du mâle est plus grand que les autres, avec des tubercules, des épines, etc. ; la pince est moins grande et moins forte ordinairement chez la femelle. J'ai déjà dit que les deux parties de la pince sont regardées par Burmeister comme l'analogue des cerques anaux des Orthoptères vrais. Les stigmates des Forficules sont peu visibles; il en existe trois paires au thorax et sept à l'abdomen, les deux derniers segments eu sont dépourvus. En résumé, les caractères sailLuits des Labidoures ou Forficulides sont : la suture droite des élytres, le plissement compliqué des ailes, l'imbrication oblique des anneaux de l'abdomen cachant les stigmates, les tubercules sus-alidominaux, les pinces terminant le corps.

Les organes internes sont disposés de la manière suivante : le tube digestif est droit, parfois muni de glandes salivaires. Un long jabot est suivi d'un proventricule ou o-ésier. L'estomac ou ventricule est cylindroïde, les vaisseaux de Malpighi au nombre de 50 à 40. Rectum très-court, anus situé sous l'insertion même de la pince. Les trachées sont minces et tubulaires. Les organes génitaux consistent pour les femelles en capsules ovigères réunies à un court vagin muni d'un réservoir de semence, sous forme d'une capsule brune et cornée. Pas de glandules accessoires, ni d'oviscaple de ponte. Les mâles ont des testicules

xvn. ^^^

758 ORTHOPTERES.

composés de deux glandules séparées de chaque côté ou réunies selon la turgescence. Les canaux déférents ont accès à une vésicule séminale asymétrique ; le pénis est corné. L'orifice génital dans les deux sexes est placé sous l'anus.

Le cerveau est formé de deux ganglions sus-œsophagiens, réunis par des connectifs à deux autres sous-oesophagiens ; il y a de plus trois ganglions thoraciques et six ganglions abdominaux.

Les Forficules sont des insectes lucifuges recherchant les endroits obscurs, se tenant sous les pierres, les écorces, et dans les débris. Ils sont fréquents au milieu des feuilles enroulées par d'autres insectes, et les fruits fissurés ou gâtés. Ce n'est que fortuitement et par hasard qu'ils ont pu pénétrer dans le conduit auditif de personnes covichées par terre ; le nom vulgaire de Perceoreilles leur vient peut-être de cette pénétration accidentelle, peut-être simplement de leur pince anale disposée comme celle des anciens bijoutiers pour percer le lobule auriculaire, afin d'y placer un anneau.

La nourriture des Forficules est végétale, mais, renfermées ensemble sans aliments, elles se dévorent; les jeunes larves mangent la mère et les frères morts. Ces insectes sont agiles, courent avec vivacité dès qu'ils sont découverts, les petites espèces volent facilement. La pince abdominale n'est pas redoutable, quoique déiénsive. La femelle pond des œufs en tas, les surveillant, les transportant au besoin, jjaraissant même les couver. Les jeunes larves agiles dès leur naissance, blanches et molles, restent longtemps auprès de la mère.

On rencontre des Labidoures dans les deux mondes avec prédominance dans les pays chauds.

Les espèces les plus répamlucs en France sont la Forficida {For/icesila ou Lahidura) riparia Pallas, plus connue sous le nom de F. gigantea Fabricius, se tenant le long des rivages de la mer et des fleuves dans le Midi.

L'espèce typique est la Forficula auricularia Linné, si commune partout, à corps glabie, d'un brun ferrugineux avec les yeux noirs. La pince recourbée dilTcre beaucoup selon les sexes. La petite Forficule, Lahia minor Linné, est longue seulement de 4 à 6 millimètres, avec une pince de 2 à 5 millimètres chez le mâle, de 1 à 2 millimètres chez la femelle, droite dans les deux sexes.

Les Clielidura sont alpestres et aptères. J'ai trouvé abondamment dans les Pyrénées les Chelidura dilatata Lafresnaye ou C. aptera Audinet-Serville et le C. Dufoiiri Aud.-Serv. , découverts par Léon Dufour.

H. Orthoptères vrais. Les Orthoptères vrais ou proprement dits, les Ulonates de Fabricius, peuvent être sous-divisés en : 1" coureurs, 2° marcheurs et 3° sauteurs. Chacune de ces divisions renferme des familles dont l'organisation et les mœurs diffèrent, mais qui se relient les unes aux autres, sans la brusque séparation qui existe entre les Forficulides et les Blattides.

1. Orthoptères coureurs. Blattides. Les Blattes composent la division des Orthoptères coureurs de Latreille, ainsi nommés à cause de la rapidité de leur locomotion ambulatoire et terrestre. Ce sont les Dyctioptères de Leach. La tète courte est très-inclinée, souvent cachée par le pronotum, les antennes sont trèslongues et sétacées, les pièces buccales sont fortement développées. Le pronotum ou corselet est disposé en bouclier aplati ou peu convexe, débordant le corps sur les côtés. Les pseudélytres parallèles au corps ont un léger pli de contour marquant l'abdomen, d'ordinaire elles se croisent au repos; parfois elles deviennent de simples écailles. Les pattes sont fortes.

J'ai indiqué à l'article Blatte {voy. t. IX, p, 615) les principales espèces de ces insectes, j'ajoute ici quelques détails d'organisation et de mœurs.

La ponte des œufs a lieu dans une oothèque commune, formée à l'intérieur du corps de la femelle qui l'émet complète et renfermant les œufs. L'oothèque est un sac coriace, divisé en deux séries de compartiments réguliers avec dix à vingt œufs dans chaque série. La forme du sac est cylindrique, parfois une soudure médiane est indiquée par une crête ou une simple ligne. La Blatte femelle avant de déposer l'oothèque la traîne pendant plusieurs jours à moitié sortie de la vulve.

Les Blattides sont toutes terrestres, muettes, lucifuges, et ne slridulent pas.

'2. Orthoptères marcheurs. A. Mantides. Ces insectes oifrent le type carnassier des Orthoptères et leur organisation est en rapport avec ce genre de vie ; les Mantides sont à la fois fortes et souples. Leur corps est allongé, avec la tête triangulaire, libre, perpendiculaire au corps. Les antennes sont sélacées, parfois pectinées chez les mâles, courtes. Les yeux gros, arrondis, bombés; trois ocelles portés sur des éminences. Pièces buccales de grandeur médiocre, mandibules fortes, tranchantes. Prothorax très-long, mésothorax et métathorax courts. Pattes antérieures caractéristiques, très-dévelop])ées, ravisseuses ; hanches aussi longues que les cuisses, comprimées, anguleuses et très-mobiles; cuisses renflées, cannelées en dessous à bords épineux; jambes comprimées, terminées par une forte griffe, arquée, aiguë, ayant les deux bords munis d'épines ; en dessous est une rainure ou canal où se place le tarse au repos. Les quatre dernières pattes simplement ambulatoires. Élytre- et ailes membraneuses propres au vol, parfois raccourcies. Abdomen avec six segments chez les femelles et huit chez les mâles; oviscapte court, valvaire, chaque valve composée de trois pièces en forme de gaine.

Les pattes ravisseuses antérieures des Mantides ont des analogues chez les Mantispes, qui sont des Névroptères {voy. Névroptères, 2^ série, t. XII, p. 732), et chez les Hémiptères du genre Ranatre (voy. Hémiptères).

Les Mantides forment une oothèque, comme les Blattes, mais la femelle dépose sur les œufs une masse considérable de matière visqueuse qu'elle fixe contre les pierres, sur les buissons, etc. L'amas gommeux est poli et façonné couche par couche avec l'extrémité du dernier segment ventral qui agit comme une truelle.

Ces insectes rapaces ont des mouvements qui rappellent ceux du singe et du chat. Leurs pattes antérieures leur servent à grimper et à se rattraper quand ils se laissent choir. Ils errent de buisson en buisson ou dans les herbes, chassant leur proie et se mettant en affût. Dès qu'un insecte passe à leur portée, ils lancent une patte antérieure avec la vitesse de ressort et ramènent la victime serrée dans l'étau de la patte ravisseuse. Les Diptères, les autres insectes tendres, même les Coléoptères, forment le fond de leurs proies. Du reste, les Mantes sont absolument voraces et même féroces ; les petites larves se dévorent entre elles; les adultes se battent avec acharnement. Les mâles succombent fréquemment après s'être accouplés. Poiret rapporte qu'ayant placé un mâle auprès d'une femelle, ce mâle fut saisi par celle-ci et décapité à coups de mandibules; néanmoins, l'accouplement eut lieu pendant plusieurs heures. Le lendemain la femelle acheva de manger le mâle. Suivant Zimmermann et Burmeister, les Mantides américaines attaqueraient les lézards et même les jeunes ou petits oiseaux.

Les Mantides posées dans la posture d'affût semblent être à genoux et leurs pattes sont élevées en l'air, comme dans une attitude suppliante. Aussi, l'ima-

ginalion aidant, les gens de la campagne ont regardé les Mantes comme des animaux pieux. Les Iloltentots et les Nubiens, suivant Spartmann, considèrent ces insectes comme des dieux tutélaires ; les Européens les ont dans les divers idiomes nommés : Prie-Dieu. Ce sont ainsi les Prega-Diou des Languedociens. Une habitude fréquente aux Mantes est d'étendre une des pattes ravisseuses et de garder cette position; on a cru y voir une intention d'indiquer le chemin aux passants; un vieil auteur, Moufett, dit expressément : « Cette bestiole est réputée si divine que, si un enfant lui demande sa route, elle lui montre la véritable en étendant la palte, et le trompe rarement ou jamais ». Les poses bizarres des Mantes leur ont valu les noms spécifiques de devin, priant, suppliant, etc. Goureau a dit le premier que les Mantes en frottant les élytres l'une contre l'autre possèdent la faculté de susurrer; Fischer n'a point entendu ce bruit spécial. Je puis affirmer que la Mante prèle à être saisie ou saisie entre les doigts par le prothorax étend les ailes en les raclant et produit un bruit de froissement ou le susurrus indiqué par Goureau; j'ai entendu plusieurs fois le susurrus des Mantes.

On trouve parmi les Mantides les Erémiaphiles \)Topves aux déserts africains. Les Manlis de nos climats sont la Mantis reUgiosa Linné, mesurant 40 à 50 millimètres, verdàtre ou jaunâtre, de toute l'Europe méridionale, trouvée exceptionnellement au Havre, à Montlhéry et près de Paris, où Geoffroy l'a connue. l'Empusa pauperota Rossi, longue de 40 à 48 millimètres, d'un vert jaunâtre ou brunâtre, dont les mâles ont les antennes doublement pectinées, est remarquable par un cône frontal, les hanches antérieures élargies à la base, les cuisses dilatées en lobe vers leur milieu, celles des deuxième et troisième paires portant à l'extrémité une sorte de foliole. Elle est de l'extrême midi de la France et du nord de l'Afrique ; Villeis l'a rencontrée près de Lyon ; j'ai pris des larves et un mâle adulte aux environs d'Agen (Lot-et-Garonne), dans les vignes. B. Les Phasmides sont les insectes les plus grands qui existent. Beaucoup d'auteurs ne les séparent pas des Mantides, mais ils en diffèrent par leurs formes étranges ; beaucoup d'entre eux restent aptères, et ils offrent les rudiments de l'oviscapte que les femelles des Grillons et des Sauterelles présentent à un état de développement considérable.

Le corps des Phasmides est tantôt en forme de bâton, bacillaire, cylindrique, ou déprimé, ressemblant extraordinairement à une feuille ou à un paquet de feuilles, aptère ou ailé. La bouche est dirigée en avant, tandis qu'elle est verticale chez les Blattes et les Mantes. Les yeux sont petits, arrondis, parfois saillants. Les ocelles manquent souvent, ou bien ils existent chez les mâles, parfois on n'en trouve qu'un seul. Toutes les combinaisons possibles ont été observées pour les organes du vol : ils peuvent manquer sans aucun vestige ou être seulement indiqués, ou bien être raccourcis, parfois les ailes ont un développement normal, mais sans dépasser l'abdomen. D'autres fois, les ailes sont parfaitement développées, les pseudélytres étant nulles. Les pattes sont toutes et constamment ambulatoires.

Les Phasmides sont lents et timides, terrestres, mangeant les feuilles et les bourgeons des plantes. Leurs formes grêles et étranges les ont fait appeler par le vulgaire et les auteurs : fantômes, spectres, diables, chevaux du diable, bâtons animés, feuilles ambulantes, mouches-feuilles. Ils sont exotiques et abondants au milieu des îles de l'archipel Indien; l'Europe n'en possède que deux espèces.

Ces insectes ont fréquemment les pattes mutile'es et ces organes repoussent, comme chez les Crustacés, mais plus petits. Les Phasmides, à la manière des Krémiaphiles de la section des Mantilles, présentent une faculté prodigieuse d'adaptation au milieu où ils vivent. C'est un des faits les plus curieux et les plus extraordinaires de leur histoire que cette faculté de changer de coloration et d'adopter celle des endroits où ils se trouvent. A. Lelebvre a signalé dans les déserts africains une identité de coloration avec le sol : « J'en avais entendu p;uler, dit-il, mais je ne l'aurais jamais crue pous>ée à un tel point. Dans certaines régions où le terrain était brun, reptiles et insectes étaient de cette même couleur; et si, à cent pas plus loin, je me trouvais sur des débris de coquilles ou sur des dalles de calcaire éblouissant de blancheur, les mêmes L'trcs participaient de cette couleur argentée qui les confondait avec les aspérités du sol. » Les Phasmides possèdent le mimatisme avec les végétaux à un point qui étonne et confond l'imagination même prévenue. Les espèces de couleur verte ou grise, cylindriques, munies d'aspérités ou lisses, ressemblent à des branches, celles à corps lobule se confondent avec le bois, l'écorce, les lichens* D'autres ont absolument l'aspect des feuilles vertes ou jaunes sur lesquelles on les trouve appliquées. Dans les collections les insectes piqués ressemblent à des feuilles, ce qui explique pourquoi les naturels, ainsi que les colons aux Indes Orientales, croient que les feuilles ^es végétaux peuvent se changer en insectes, et les insectes en feuilles.

Le Bncillus Rossii Fabricius, dont le mâle est long de 45 à 55 millimètres, et la femelle de 50 à i 10 millimètres, ou de 5 à 11 centimètres, eat tantôt verdàtre, roussâtre, ou roux brunâtre. 11 a été découvert en Toscane, par Rossi. Il se tient fréquemment immobile et, comme il est aptère, ressemble à un bâton ou à une branche.

Le £?. gallicus Cliarpentier = 5. granulatus Brullé, est commun en Grèce, en Andalousie, en Afriijue et sur le littoral méditerranéen français. Il remonte jusqu'à Orléans. Je l'ai pris à Agen plusieurs fois et j'en ai fait à Saint-Sever l'anatomie sous les yeux de Léon Dufour, Les œufs très-gros ont été représentés par Redi.

2. Orthoptères sauteurs. Les Orthoptères de ce groupe sont pourvus de pattes postérieures à cuisses longues et épaisses, propres au saut. Leur tête est avancée, perpendiculaire ;iu corps avec la bouche inférieure. Les organes du vol, bien développés, n'avortent que dans certains genres. Les Orthoptères sauteurs, ordinairement diurnes, fuient et se meuvent en sautant. Les mâles ont presque toujours des organes bruyants ou stridulants de diverses manières.

A. Gryllides. Ces insectes ont des antennes sétacées, des tarses de trois ou quatre articles, rarement de deux. Les uns sont fouisseurs, avec des pattes élargies comme les Courtilières {voy. Courtilière), les autres ont les pattes de devant simples, la tète globuleuse comme le Grillon commun {voy. Grillon). Le corps varie de 2 à 4 millimètres de long jusqu'à 8 cenûmèires {Schizodactylus) . Les mandibules généralement robustes. Le pronotum, demi-cylindrique, a le dos presque carré {GnjUus) ou allongé {Œcanthus) ou en bouclier {Gryllotalpa). Les élvtœs offrent des nervures épaissies, un champ marginal occupe la portion réfléchie; les autres champs se trouvent sur la partie horizontale. Au repos l'élytre droite recouvre la gauche. Chez les mâles, une nervure fournit près de la base une branche anguleuse, donnant des aréoles dans le champ discoïdal et à son angle une petite membrane (chanterelle Goureau), le tout formant l'appareil de stridulation.

Les Gryllides volent peu, ils sautent très-bien. Les mâles europe'ens stridulcnt, à l'exception des espèces aptères du genre Tridactylus. La Courtilière mâle a un chant doux {voy. Courtilière). Les Gryllides habitent des cavite's du sol, des sortes de terriers; d'autres aiment à être en troupes [Tridactyles); les Myrmécophiles se trouvent dans les fourmilières [voy. Fourmis). Le Grylîiis domesticits vit uniquement dans nos maisons, surtout dans les boulangeries, les Œcanthus sur les buissons et les herbes. Us paraissent omnivores et sont répandus surtout dans les régions chaudes des deux hémisphères.

Les Gryllus ou Grillons [Gryllus acheta Linné) forment un des types des Grjdlides; les principales espèces: Gryllus campestris, G. silvestris, G. domesticiis, sont des plus communes et des plus connues. Je donnerai un aperçu plus complet de leur organisation et de leurs mœurs dans un article spécial [voy. Grillons).

Les Gryllotalpa, ou Courtilières, appelées aussi Taupes-grillons, ont un faciès bizarre rappelant celui de la Taupe et de l'Écrevisse ; l'espèce d'Europe, très étudiée, vit dans des galeries souterraines {voy. Courtilière).

Les Myrmecophila sont les plus petits Gryllides, à corps convexe et aptère, ressemblant un peu à une larve de Blatte, sans aucun vestige d'aile ni d'élytre; leurs yeux sont petits, ils n'ont pas d'ocelles. Les espèces en sont très-rares.

Le Myrmecophila acervorum Panzer est long dans les deux sexes d'environ 5 millimètres. Le corps est mou, soyeux, les mouvements sont rapides. Les Fourmis de diverses espèces {Formica fusca, F. rufa, F. sanguinea) parmi lesquelles vivent les Myrmécopliites, au printemps principalement, n'attaquent jamais ces derniers, même quand elles sont irritées, et mordent tout ce qu'elles rencontrent. Les Myrmécophiles flattent les Fourmis à la manière des Coléoptères aveugles du genre Claviger. Lorsque les Fourmis éraigrent, les Myrmécophiles les suivent. Savi a trouvé ces insectes en Toscane dans les troncs d'arbres et à terre; Audouin et d'autres aux environs de Paris.

Les Tridactylus Olivier, qui sont les Xya d'illiger, sont petits et agiles, à <^orps grêle, avec des élytres courtes, les ailes étroites et linéaires; leurs yeux sont grands, presque ovales. Ils ont des mœurs très-curieuses. L'espèce d'Europe est le Tridactylus variegatus llliger; c'est une Courtilière en miniature,- le mâle mesure 4 millimètres, la femelle 6 millimètres. La couleur est d'un noir bronzé, luisant, glabre, avec les bords latéraux du corselet, la base des élytres, le dessous de l'abdomen et des mouchetures aux pattes, blanchâtres. Cet insecte se trouve uniquement au bord des fleuves et des lacs d'eau douce, vivant dans le «able humide où il creuse des galeries de retraite; on le voit sauter à plus d'un mètre de distance quand on marche au bord de l'eau au milieu de ses peuplades; il tombe dans l'eau, mais surnage, et en un ou deux bonds regagne la rive. Leurs trous sont des puits creusés perpendiculairement ou obliquement dans le sable, où ils se tiennent la tête en bas, et ils en sortent à reculons.

A la fin de l'automne, les Tridactyles, qui ont pondu pendant la belle saison une quarantaine d'œufs d'un jaune brillant, disparaissent. Ils hivernent la tète en bas, leurs puits ayant 1 à 2 décimètres de profondeur. Au printemps, ils se montrent de nouveau, de toute taille et quelques-uns prêts à pondre. Ofl a trouvé le Tridactyle panaché dans le midi de la France; à Saint-Sever-sur- Adour, au Pont du Gard, au confluent de l'Isère et du Drac, surtout dans les nouveaux dépôts de sable formés chaque année. Il existe aussi en Italie, en Espagne et en Algérie.

B. Les Locustides, qui sont les Locustaires Lalreille, les Locustina Burmeister, ou les Sauterelles des gens du monde, se rapprochent des Gryllides, mais leur corps comprimé, leur antennes ordinairement très-longues, leurs tarses uniformément de 4 articles, l'oviscaple large et saillant des femelles, les en distinguent facilement. Les mâles stridulent et tous ces insectes se nourrissent de végétaux {voy. Sauterelles).

G. Les Acridides forment la dernière famille des Orthoptères. Ce sont les Acridites de Latreille, Audinet-Serville, Brullé, les Gnjlhis de Fabricius, les Locustidœde Leach et Stepliens, les Criquets des gens du monde et du vulgaire. Il en a déjà été traité dans ce Dictionnaire {voy. Criquets).

Ces insectes extrêmement voraces, et des plus nuisibles, ont le corps comprimé, les antennes plus courtes que la moitié du corps, les pattes postérieures propres au saut, des tarses de 3 articles. Les mâles stridulent, mais par un mécanisme différent des Grillons et des Sauterelles; ils frottent leurs pattes contre leurs élytres, ils sont en quelque sorte violonistes, tandis que les Grillons et les Sauterelles jouent d'une espèce de tambour de basque.

Tous les Acridides vivent à l'air, ne se cachant point dans des terriers, ils paraissent même hiverner en partie dans les pays cbauds. Leur migration en nombre immense les a de tout temps rendus célèbres {voy. Criquets) .

in. Orthoptères aberrants. Les observations de Nitzsch {Thierinsekten, in-8°, Halle, 1818) montrent que les Ricins {voy. Ricixs, Insectes), 3* série, t. V, p. 41-44, dont Rcdi et Linné faisaient des espèces de Pediculus, sont les représentants dégradés, aptères et parasites, de l'ordre des Orthoptères qu'ils terminent, ^'itzsch en a formé une division à part sous le nom de Mallophoges (Mallophaga).

Tous ces insectes sont épizoïques. Il ne faut pas les confondre avec les Arachnides auxquels on a donné le nom vulgaire de Ricin et qui sont des Tiques ou Ixodes {voy. Ricix, ibid., t. V, p. 59).

Orthoptères utiles. A l'exception des Mantides, insectes carnassiers et se nourrissant d'autres insectes dangereux pour nos cultures, les Orthoptères sont peu utiles à l'homme. Les Acridides sont pour certains peuples une nourriture médiocre {voy. Criquet), il en est de même des Locustides {voy. Sauterelles); ces insectes, surtout les migrateurs, sont donnés en pâture aux volailles et même aux porcs, mais c'est un bien faible dédommagement d'immenses pertes causées aux récoltes par les Orthoptères.

Les Locustes et les Acridides servent d'appât aux pêcheurs; dans l'île de Crète, les enfants amorcent les pièges à Pies avec ces insectes. Les paysans suédois font mordre leur verrues par le Decticus vermcivorus.

On dit qu'en Chine on promène dans les rues de grands Orthoptères qui amusent les passants par la singularité de leurs attitudes, leurs gestes bizarres. Aux îles Seychelles, les habitants élèvent des Phasmides ressemblant à des tiges ou des paquets de feuilles et en font commerce avec les voyageurs.

Orthoptères nuisibles. De tous les insectes, sans en excepter les Termites, les insectes Orthoptères sont les plus nuisibles pour l'homme, puisque les migrations des Acridides ont été suivies de famines et d'épidémies redoutables {voy. Criquets, t. XXlll, p. ^54 et suiv).

744 ORTHOPTERES.

Les Forficules s'introduisent dans les fleurs des plantes potagères ou d'ornement et en dévorent les parties centrales. A l'automne, elles rongent les fruits dès qu'une fissure près de leur attaclie ou de leur pourtour leur permet de s'y introduire. On ne peut les détruire qu'en leur offrant des pièges, tels que bâtons creux de sureau, et d'autres objets, où ces insectes lucifuges se retirent; il faut alors les écraser ou les briiler. Jetés dans l'eau, ils nagent et s'échappent, ou bien reviennent à la vie après avoir été longtemps submergés. Les volailles les mangent avec avidité.

On cite deux cas de Forficules qui auraient été trouvés sur l'homme dans le canal intestinal et dans la gorge; ils me paraissent des plus douteux, ainsi que les accidents causés par l'introduction de Forficules dans le canal auditif externe et produisant la surdité.

Les B atlides peuvent rendre inhabitables des navires et des maisons par leur multiplication insolite. Ces insectes, extrêmement incommodes, détruisent une quantité considérable de substances alimentaires, d'effets d'habillement, de livres, etc. Les Grillons domestiques vivent de farine et de miettes de paiu à nos dépens Les (^ourtilières ravagent les jardins potagers (wo?/. Gocrtilière). En résumé, les Orthoptères renferment des espèces qui nous sont extrêmement nuisibles.

Classificatio>. Charles De Géer a, dès l'année 1773, distingué les insectes qui nous occupent en une classe spéciale, à laquelle il donna le nom de Dermaptères (^£,û,u«, cuir, coriace, et tttî^ov, aile), en raison des pseudélytres ou élytres demi-membraneuses seulement et non coriaces en entier, comme les élylres ou étuis des Coléoptères. Linné, dans la première ébauche de son Systema natnrœ, parue en IloUande en 1755, avait inclus dans les Coléoptères les Orlhoptères actuels, et puis, par un changement malheureux fait dans la seconde édition du Systema, il avait reporté parmi les Hémiptères les Orthoptères d'abord placés avec plus d'analogie.

GeoflVoy, ancien professeur de la Faculté de médecine, ne faisait des Orthoptères qu'une section de l'ordre des Co'éoptères. Fabricius les comprit dans le second de ses treize ordres d'insectes sous le nom à'Uhnata {voy. pa^e 731). Olivier est le premier qui ait employé le terme Orthoptères. Clairville, dans son Entomoloyie helvétique, donne aux Orthoptères le nom de Deratoptera . Latreille, après beaucoup de remaniements et dans ses derniers ouvrages, faisait des Forficules ses Derm iptères, et les Orlhoptères étaient réduits ;iux Orlhoptères coureurs et sauteurs actuels. Leacli établissait pour les Forficulides Tordre des Dermaptère>; les Blaltides, dont les éhtres se recouvrent sans suture droite, étaient ses Dyctioptères, tandis que les Locustides, Acridides, etc., dont les ailes ont une suture droite, furmaient les Ortnoptères.

Audinet-Serville, dans l'ouvrage classique des Suites à Bitffon, ne reconnaît qu'un ordre, celui des Orthoptères, divisé en coureurs et sauteurs, pour tous les insectes compris des Forficules aux Acridiens ou Criquets. Westwood établit \e% Euplexoptera pour les Forficulides, et Emile Blanchard, en 1845, adopte cet ordre des Euplexoptères comprenant les Forficulides, et ses Dermaptères étaient les Othoptères coureurs et sauteurs. Enfin Érichson et les entomologistes allemands , Huxley et les entomologistes anglais, ont séparé et ajouté de nouvelles tribus ou familles dans l'ordre des Orthoptères {voy. bsECTEs).

Cet aperçu montre la difficulté qu'ont éprouvée tous les entomologistes classificateurs pour désigner et délimiter les Orthoptères. Actuellement la tendance

ORTHOSCOPE.

est à l'amoindrissement des Névroptères, à la réunion des Pseudo-Orthoptères aux. Orthoptères {voy. Névroptères, p. 728), ainsi qu'à la séparation des Forficulides en un ordre spécial {voy. Lnsectes). A. Laboulbène.

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ORTHOSCOPE (de 0|3Ôoç, droit, et ay.'i- TTîïv, examiner) Cet instrument a été inventé par Gzermak dans le but d'examiner les rapports mutuels de la cornée, de l'iris et du cristallin, qu'il montre de profil.

Sur deux lames métalliques h,a,c et c,f/,/'s'ajustent deux lames de verre a,b,h,g et a,c4,g, le tout ayant la forme d'une caisse rectangulaire dont on aurait enlevé un des côtés. La lame métallique inférieure est découpée de manière

746 ORTIE (botanique).

s'appliquer exactement sur le bord orbitaire inférieur ; on remplit d'ailleurs avec de la cire les vides qui peuvent exister, puis on verse de l'eau dans la caisse et l'œil est examiné à travers le liquide par les lames de verre antérieure et latérale.

Cet appareil est peu usité ; on le remplace généralement par réclairaf^e latéral, qui se pratique au moyen d'une loupe en verre convexe recevant et projetant sur rorificc pupillaire les rayons lumineux d'une lampe placée latéralement. Dechambre.

ORTIE {Urtica T.). § 1. Botanique. Genre de plantes dicotylédones apétales, qui a donné son nom à la famille des Urticées. Ses fleurs sont unisexuées, monopérianthées, tétramères et le plus souvent régulières. La fleur mâle, dans YUrtica pihiUfera, a un petit réceptacle convexe sur lequel s'insèrent quatre sépales, dont deux latéraux, et quatre étamines superposées. Les sépales sont libres, ou légèrement unis dans leur portion inférieure, et imbriqués dans le bouton de telle façon que les deux latéiaux sont recouverts par l'antéi ieur et le postérieur, ou, plus rarement, presque valvaires. Les étamines sont libres, insérées sous la base d'un petit corps central, souvent circulaire, cupuliforme, et formées cbacune d'un filet et d'une anthère biloculaire, inlrorse, déhiscente par deux fentes longitudinales, souvent même un peu avant l'anthère. Dans le bouton, le filet est involuté et s'enroule plus ou moins sur l'anthère, dont la face est appliquée dans la concavité du sépale correspondant. Mais lors de Tépanouissement il se déroule avec élasticité, dès que l'anthère peut quitter le corps central qui la retenait accrochée, et il devient brusquement rectiligne, en même temps que parfois les loges de l'anthère s'ouvrent pour lancer au dehors le pollen. La fleur femelle porte sur son réceptacle convexe quatre sépales, à peu près libres, ou unis dans une étendue variable, irabriqués-décussés, comme ceux de la fleur mâle, mais souvent dissemblables deux à deux, les latéraux étant ordinairement plus grands et plus concaves ou plus carénés que l'antérieur et le postérieur, qui les recouvrent dans la préfloraison, et parfois aussi dissemblables entre eux (ce qui rend le périanthe un peu irrégulier) . Au centre de la fleur se trouve un gynécée unicarpellé, formé d'un ovaire libre, surmonté d'un style souvent trèscourt, ou même immédiatement partagé en un grand nombre de longs poils papilleux qui jouent le rôle de stigmate et sont caducs ou persistants. Vers la base de sa loge unique, mais ordinairement un peu plus haut, sur sa paroi postérieure, s'insère un seul ovule, presque dressé, presque orlhotrope, à funicule très-court, à micropyle supérieur. Le fruit est un achaine, ovale ou oblong, comprimé, souvent verruqueux, entouré du périanthe persistant; et la graine qu'il contient est orthotrope, et renferme sous ses téguments un albumen charnu dont l'axe est occupé par un embryon, à radicule supère, cylindroconique, à cotylédons arrondis ou elliptiques, subcordés à la base. Les Orties sont des plantes herbacées, annuelles ou vivaces, rarement frutescentes, cosmopolites, abondantes surtout dans les régions tempérées des deux mondes, trèssouvent chargées sur la plupart de leurs organes de poils brûlants d'une structure particulière. On en a décrit plus de soixante-dix espèces ; ce nombre est aujourd'hui réduit de moitié environ. Leurs rameaux sont souvent tétragones, chargés de feuilles opposées, souvent dentées, rarement incisées-Iobées, à nervation palmée, rarement trinerves, plus souvent ô-7-nerves, pétiolées, accompagnées de deux stipules latérales, souvent connées avec celles de la feuille

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opposée. Leur limbe est ordinairement parsemé de cystolilhes, saillants sur les feuilles desséchées, punctiformes ou, plus rarement, allongés-linéaires. Leurs fleurs sont rapprochées en glomérules disposés sur un axe axillaire commun, ou en capitules, ou en grappes ou épis simples ou ramilles, souvent unilatéraux, ou dioïques, ou monoïques, les inflorescences étant, dans ce cas, tantôt unisexuées, et tantôt androgynes.

Les poils brûlants ou Stimuïi des Orties présentent un certain intérêt au point de vue médical, lis sont essentiellement constitués par un long sac conique, à sommet aigu ou renflé en petit bouton, et im peu incliné à angle obtus sur le corps même du poil. C'est un phytocyste-cellule épidermique, de forme particulière, dont les parois sont minces et dont la cavité est remplie par le suc irritant des Orties. Ce suc se trouve inoculé quand le poil est brisé et que l'extrémité atténuée ou renflée du fragment supérieur s'insinue dans la peau. La base du phytocyste est entourée d'une gaîne plus ou moins saillante qui est formée autour de son point d'insertion par une portion soulevée de l'épiderme. On a attribué à ces cellules épiderraiques la sécrétion du liquide irritant qu'on supposait passer de leur cavité dans celle du poil. Quant à l'extrémité inclinée du cône, elle est plus résistante que le reste du poil, et c'est ce qui fait qu'une solutiou de continuité se produit au-dessous quand son sommet vient à frapper un corps quelque peu résistant. H y a des Orties des pays tropicaux dans lesquelles le liquide intérieur du stimulus est bien plus actif que dans nos espèces indigènes. Les plus vulgaires de celles-ci sont l'Ortie dioïque, qui est une espèce vivace, et l'O. brûlante, qui est, au contraire, annuelle.

VOrtie didique [Urtica dioicah., Spec, 1596) est une plante vivace, à longue souche rampant sous le sol où elle se ramifie en produisant des racines adventices et des bourgeons destinés à s'allonger en rameaux aéi'iens. Ceux-ci ont de 3 à 10 centimètres de hauteur et sont dressés, carrés, simples ou rarement rameux. Leurs feuilles sont ovales-lancéolées, cordées le plus souvent à la base, acurainées au sommet, à bords fortement dentés et à pétiole une fois plus court que le limbe. Les inflorescences dioïques sont axillaires, très-rameuses, grêles, plus longues que le pétiole, et garnies de la base au sommet. Les mâles sont étalées ou même dressées, et les femelles, réfléchies après la floraison. Toute la plante, notamment les rameaux herbacés et les feuilles, est fortement hérissée des poils à suc brûlant dont nous venons de parler. On en distingue, en Corse et en Italie, une variété atrovirens, dont les feuilles, de couleur foncée, sont ovales, et même les inférieures presque orbiculaires. La forme commune de la plante a les feuilles moins profondément dentées et moins chargées de poils que VU. hispida DC. {FI. fr., V, 355), aujourd'hui rapporté comme variété à IT. dioica, et qui a souvent aussi les stipules plus larges. Cette espèce est des plus communes jusque dans nos montagnes les plus élevées de la chaîne des Alpes et des Pyrénées, surtout près des habitations, le long des routes, dans les fossés, les décombres, les bois un peu obscurs. On l'appelle souvent Grande- Ortie ou Ortuge.

L'Ortie brûlante {Urtica urens L., Sj^ec, 1306) est notre espèce annuelle commune. C'est une plante herbacée, plus petite que la précédente, haute généralement de 10 à 50 centimètres, et qui n'a pas de rhizome, mais bien une petite racine fasciculée. Sa tige, dressée, ascendante ou étalée, se ramifie dès la base et souvent même dès l'aisselle des cotylédons. Elle est toute hérissée de

748 ORTIE (botanique).

poils brûlants, acérés, accompagnés d'un renflement basikire manifeste. Ses feuilles opposées sont ovales-elliptiques, fortement serrées sur les bords, plus ou moins obtuses au sommet, pourvues d'un pétiole égal ou à peu près au limbe. Chaque paire de feuilles est accompagnée de stipules indépendantes. Les fleurs sont monoïques, petites et vertes, celles des deux sexes réunies sur une même mflorescence. Ces fleurs sont groupées en grappes axillaires de glomérules, à axe principal non ramifié ; elles sont ordinairement géminées, étalées ou dressées, égales ou plus courtes que le pétiole, disposées <lans toute la longueur des axes aéiiens. Les fleurs mâles sont ordinairement moins nombreuses (jne les femelles et tombent le plus souvent après s'être épanouies. Cette espèce est commune dans toute la Franco, parmi les décombres, les jardins et les champs en friche. On la nomme vulgairement Petite Ortie, Ortie grièche. Ortie folle, Ortuge folle. Ses graines sont plu« pauvres en huile que celles de l'espèce précédente.

UOrlie-Chanvre {Urtica cannabina L.) doit seulement être mentionnée ici parce qu'au Kamtschalka son liber sert à faire des cordes et du lil, usités notamment pour la fabrication des filets de pêche.

V Ortie pilulif ère ou 0. romaine [Urtica pihilifera L., Spec, 1595) est une herbe vivace ou bisannuelle, qui croît dans une grande partie de la France, notamment dans tout le Midi. Sa tige, dressée, simple ou quelquefois rameuse, atteint jusqu'à i mètre de hauteur. Elle porte des feuilles ovales-acurainées, à base arrondie ou tronquée, à bords profondément incisés. Ses fleurs sont monoïques; les mâles forment des grappes dressées, grêles et rameuses, tandis que les femelles sont disposées en groupes capituliformes, globuleux, hérisséshispides, supportés par un pédoncule étalé ou pendant. C'est de la forme de ces groupes qu'est venu le nom spécifique de la plante. On pourrait l'employer comme rubéfiante, de même que les espèces précédentes, car elle porte des stimuli; mais elle n'est guère usitée dans ce but. C'est aussi une plante tinctoriale, à racine jaune employée par les Suédois. Nos pères préconisaient surtout sa racine comme astringente et diurétique. C'est Y Urtica roniana des pharmacopées allemande et grecque.

Ortie membraneuse {Urtica membranacea Poir., Dict. e/2c.,IV, 638. — r. c'audata Brot., F/. lusit.,\\,i. 151). Cette espèce de la région méditerranéenne, annuelle, à feuilles opposées, ovales-aiguës, avec les stipules interpétiolaires unies en une seule lame, a des inflorescences géminées, comme 10. brûlante, et unisexuées. Les femelles sont inférieures, et les mâles (int un axe qui, dans sa moitié supérieure, se dilate en une membrane et porte les fleurs sur sa face supérieure. Elle n'est pas utilisée chez nous, m.ais dans le nord de l'Afrique, notamment en Egypte, on l'employait contre les atïections de la poitrine, les accidents de la menstruation, et on la vantait comme aphrodisiaque.

La plupart de nos Orties communes ont été indiquées comme plantes textiles et proposées ( our la labrication du papier. On a fait de ces plantes un éloge exagéré et l'on a même dit d'elles ce qu'on écrit ailleurs des Artocarpus : ({n eXh^ suffisent à la plupart des besoins de l'espèce humaine. On a rappelé que plusieurs espèces ont les jeunes pousses comestibles, mais on a sans doute exagéré leurs propriétés alimentaires. Mais il faut remarquer qu'on a, dans ce cas, indifféremment attribué à nos espèces vulgaires les qualités et les usages d'un grand nombre d'Orties ou d'Urticacées, même ligneuses, de pays tropicaux.

h'Urtica simensis Hochst. (in A. Rich. Tent. FI. abyss.. Il, 260), espèce

ORTIE (emploi médical). 749

dioïque, herbacée, des montagnes de l'Abyssinie, sert d'aliment aux habitants, sous le nom de Saina.

V Ortie féroce (Urtica ferox Forst., Prodr., n. 340) est une plante frutescente et dioïque, de la iNouvrlle-Zélande. Sa hauteur est de 2 mètres environ, et ses branches sont très-ramifiées. Elle ne ressemble en rien par le port et les caractères extérieurs à nos Orties indigènes. Ses stimuli sont, d'après Colenso, extrêmement brûlants, et il n'est pas rare que la douleur produite par leur jùqùre dure jusq'i'à quatre joui s.

V Urtica stimulans L. F. partage à Java avec VU. urentissima Bl. le nom d'Herbe du diable, à cause de la gravité de ses piqûres ; c'est un Laportea. Au même genre se rapportent les U. crenulata Roxb., dont l'elfet se fait ressentir pendant huit ou neuf jours, et VU. Whitlowi, qui sert à fiiire des cordages.

Les Urtica Rumphii Kostl., latifolia Rich., caravellana Schrank, sont des Fleurya.

VU. heterophylla Wall., qui se trouve dans le commerce sous le nom d'Ortie des Nil'gherries, est uu Girardinia.

\j'U. tuberosa Roxb., à racine renflée, est un Poiizolzia.

VU. pnmila L., de l'Amérique du Nord, est un Pilea.

VU. baccifera Jacq., du Brésil et des pays voisins, plante à suc très-brûlant, est un Urera.

VU. Pwi/a Wall. (Cat. pi. ind., n. 4605) ou Bœhmeria Puya Hassk., plante indienne, qui sert à la fabrication de cordages, est uu Maoutia. On a écrit à tort U. Paya.

Les U. nivea et tenacissima, plantes célèbres par les fibres textiles qu'elles fournissent et qui constituent les Ma ou Ratnie, sont des Bœhmeria.

Le nom d'Ortie a aussi été donné, ordinairement à cause de ressemblances dans le feuillage, le port, etc., à des plantes non piquantes et qui n'appartiennent pas à la famille des Urlicacées. Ainsi :

VOrtie blanche est une Labiée, le Lamium album.

VOrtie jaune, ou autre Labiée, le Lamium Galeobdolon ou Galeobdolon

luteum.

VOrtie morte, le Stachys palustris L. Ce nom a aussi été donné au Lamier

blanc.

VOrtie rouge, le Lamium piirpureum et le L. maculatum.

VOrtie puante, le Stachys syhatica.

VOrtie bâtarde, les Mercuriales annuelle et vivace.

VOrtie à crapauds ou 0. morte des bois est le Stachijs sylvatica.

VOrtie bleue est le Campnnula Trachelium.

VOrtie royale ou 0. Chanvre est le Galeopsis Tetrahit. H. B.v.

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^ II. Emploi médical. VOrlie blanche (Lamier), comme médicament, est

750 ORTIE (emploi médical).

insignifiante, et c'est la routine qui lui conserve encore, au moins dans le peuple, sa réputation d'antihémorrhagique et d'antiscrofuleuse. On la prend en décoction, ou sous forme de suc exprimé (60 à 100 grammes).

L'ortie bridante ou petite ortie, qui contient dans toutes ses parties du tannin uni à l'acide gallique, du nitrate de potasse, de l'oxyde de fer, et, à la base des poils, une substance irritante qui serait, suivant Saladin, du carbonate acide d'ammoniaque; cette espèce d'ortie a des propriétés plus positives que la précédente.

Comme remède interne, elle jouait un assez grand rôle dans l'ancienne médecine. On lui attribuait la propriété de faciliter les garde-robes, de tuer les lombrics, de résoudre les obstructions, de tarir la pituite, d'anêter les hémorrhagies, d'exciter les désirs vénériens, de faciliter la parturition. Elle a été vantée contre la goutte, le rhumatisme, la gravelle, les affections pulmonaires, etc. On employait surtout la semence, et l'on recommandait de mitiger son âcrelé en la mêlant aux aliments ou à d'autres substances moins excitantes. L'ortie cuite entrait d'ailleurs elle-même dans l'alimentation.

Le temps n'a pas beaucoup modifié ces anciennes pratiques. On mange toujours les jeunes feuilles d'ortie, et les bestiaux font une grande consommation de la plante entière, soit crue et hachée, soit bouillie. On n'attache plus d'importance (larticulière aux dangers de l'administration de la graine, qui est oléagineuse et dont se nourrissent les volailles ; mais un grand nombre de médecins, même parmi les célèbres, Zaculus Lusitanus, Desbois de Rochefort, Rivière, Joseph Frank, P.-J.-R. Chomel, Linné, Vogel, etc., ont continué à voir dans cette plante un remède actif contre les hémorrhagies, en particulier contre celles de l'utérus et du poumon. Wauters l'a comparée au cachou. D'autres l'ont considérée comme purgative, d'autres comme un fébrifuge, d'autres encore comme efficace dans les affections chroniques et cachectiques de la peau. Sur tous ces points, il s'en faut que l'opinion soit suffisamment établie. Gomme astringent et spécialement comme antihémorrhagique, Vurtica urens. a été expérimentée surtout par Ginestet, officier de santé à Castel-Sarrazin, qui a fait de ses observations le sujet d'une communication à l'Académie de médecine (25 juillet 1844). C'est même à partir de ce moment que l'attention s'est portée de nouveau sur un remède que tant de hautes recommandations n'avaient pas empêché de tomber dans le discrédit. Mais un rapport très-favorable de Mérat ne parut pas convaincre l'Académie, dont plusieurs membres firent ressortir l'insuffisance et le défaut de précision des faits allégués, relatifs à des métrorrhagies de cause diverse, traitées par le suc d'ortie. Plus tard, il est vrai, Ginestet produisit d'autres observations, dont une relative à une métrorrhagie ancienne, et d'autres à l'épistaxis et à l'hématémèse, et il rencontra l'appui de divers praticiens : de Mérat, qui a vu s'arrêter chez une femme près d'accoucher une épistaxis grave, rebelle à tous les autres moyens ; de Menicucci, qui a vu l'ortie réussir surtout contre les hémorrhagies de l'utérus et préconisait contre les relâchements de cet organe l'application d'une éponge imprégnée du suc de la plante ; de Cazin, qui affirme avoir « employé le suc d'ortie avec îin succès presque constant, comme hémostatique dans l'hémoptysie et surtout dans les pertes utérines, » Cazin rapporte le cas suivant : k La femme S., âgée de trente-cinq ans, d'un tempérament lymphatique, fut atteinte au mois de juin 1843 d'une hémorrhagie utérine contre laquelle on avait depuis quinze jours employé inutilement divers moyens. La malade était dans l'épui-

ORTIE (emploi médic.vl). 75i

sèment, le pouls était faible, la face décolorée, le moindre mouvement impossible. Je lui lis prendre un verre (100 grammes environ) de suc d'ortie, matin et soir. Dès le second jour, l'écoulement sanguin diminua de moitié; le quatrième jour, la perte était entièrement arrêtée. Cette malade prit chaque matin, pendant quinze jours, pour rétablir ses forces, 120 grammes de bière de petite centaurée et de racine de tormentille. o Dans cette observation, comme dans celle de Ginestet, il est impossible de ne pas regretter l'absence de renseignements précis sur les circonstances étiologiques de la perte utérine. En résumé, on peut sur ce point tirer des observations produites d'assez sérieuses présomptions en faveur des propriétés hémostatiques de Vurtica urens pour être autorisé à la faire entrer dans le traitement des hémorrhagies. Il y aurait lieu, du reste, de la soumettre à l'expérimentation physiologique et à rechercher si elle a un mode d'action appréciable sur le système vasculaire, comme on l'a fait pour l'ipécacuanha, l'ergotine et d'autres substances.

L'incertitude est plus grande relativement à l'efficacité de cette plante contre la fièvre intermittente et la polyurie. L'extrait de lettre que Cazin dans son Traité des plantes médicinales indigènes emprunte à Zanetti ne suffit pas à démontrer que l'infusion vineuse d'ortie guérisse mieux que le quinquina les lièvres de tous les types et surtout la fièvre pernicieuse. De même, à supposer avec Fiard que la décoction d'ortie entrave la sécrétion rénale chez des sujets sains, on ne pourrait en conclure, avec lui, qu'elle arrête la polyurie pathologique. 11 faut seulement noter ici que Cazin a vu réussir contre l'incontinence nocturne cliez les enfants un remède populaire qu'on prépare de la manière suivante. On prend 16 grammes de semences d'ortie pilées et 60 grammes de farine de seigle. On mêle, et l'on fait avec un peu d'eau, chaude ou froide, et du miel, une pâte qu'on divise en six gâteaux. Ces gâteaux sont cuits au feu ou au foyer, sur une pierre plate, et l'on en donne un à manger chaque soir à l'enfant. On renouvelle h provision, si besoin est, pendant une vingtaine de jours.

Comme purgatif, l'ortie brûlante est, on le conçoit, sans usage thérapeutique. Cet effet diarrhéique que certains médecins lui ont attribué pourra paraître singulier dans un remède généralement employé comme astringent; cependant il n'y aurait pas absolue contradiction entre une propriété hémostatique par l'intermédiaire d'une action sur les vaisseaux, et une propriété purgative par l'effet d'une haute dose du contenu irritant des glandes.

Comme remède externe, l'ortie brûlante a été employée en cataplasmes détersifs dans les ulcères de mauvaise nature, les engorgements chroniques, le cancer même (suivant une vieille tradition). On en a préparé aussi des gargarismes pour les cas d'angine ulcéreuse et pultacée. Lukomski assure que l'alcoolature d'ortie, étendue d'eau, est un excellent remède contre la brûlure. Mais c'est surtout à titre d'hémostatique et à titre de révulsif ou d'excitant local qu'elle a

été préconisée.

Pour arrêter un écoulement de sang on applique sur la partie un plumasseau de charpie, d'ouate, d'étoupe, imprégné du suc de la plante. Les paysans, dit encore Cazin, arrêtent l'épistaxis en introduisant dans les narines un petit tampon ainsi préparé, et l'auteur dit « s'être assuré » que le suc appliqué directement et sans tampon a le même effet.

Mais c'est comme exerçant une action révulsive sur la peau au moyen de la substance acre contenue dans les glandes que l'ortie est le plus souvent employée à l'extérieur. Uurtication est une pratique très-ancienne qui ne s'est jamais

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