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PANCRACE

PAl\CKOW (Thomas). Médecin et botaniste allemand, né le 27 janvier i 622, dans la moyenne marche de Brandebourg, fit ses études à Rostock et à Leyde et obtint le diplôme de docteur dans cette dernière université en 1649. Il revint ensuite en Allemagne, se fixa à Berlin et lut nommé en 1651, par Frédéric- Guillaume, médecin de la cour. Il mourut le 9 décembre 1665, laissant :

Herbarium, oder Krâuler- und Gewâchsbuch. Ulm, 1654, in-i°, et un grand nombre d'autres éditions; trad. en allem. Leipzig, 1756, in-i". Fig. gravées sur bois. L. Hx.

PAXCOAST (Joseph). Chirurgien américain distingué, naquit à New- Jersey dans les premières années du siècle. 11 fit ses études à Philadelphie et y prit le grade de docteur en 1828. II se fixa ensuite dans cette ville et s'adonna particulièrement à l'anatomie qu'il enseigna pendant sept ans dans une école privée. En 1858, il fut nommé chirurgien à l'hôpital de Philadelphie et professeur de chirurgie au Jefferson médical Collège. En 1841, il échangea cette chaire contre celle d'analomie qu'il conserva jusqu'en 1874.

Pancoast devint en 1854 chirurgien du Pennsylvania Ilospital, mais il résigna ses fonctions en 1864 pour se donner entièrement à sa clientèle qui était très-étendue. Il fut également pendant un grand nombre d'années médecin de l'Institut des sourds-muets. Ce savant chirurgien mourut à Philadelphie le 7 mars 1882.

11 a laissé la réputation d'un très-habile et brillant opérateur et d'un anatomiste hors ligne. Son princijial ouvrage, son Operative Surgery, a été publié en 1844. Nous connaissons encore de lui :

l. An Inaug. Diss. on Erectile Tissue. Philadelphia, 1828. — II. The Art of Prolonging Life, hriefly considered. A Lecture, etc. Philadelphia, 1839, in-8°. — III. A Lecture Introduclorij to the Course of Surgery, etc. Philadelphia, 1839, in-8°. — IV. Pancoast a en outre traduit et édité un grand nombre d'ouvrages et fourni une foule d'articles anx recueils périodiques. L. H>-.

PAi^CORO, PAWCUROO. Nom donné, dans les Philippines, au Moriada citrifoUa L. Pl.

PAWfBACE, PANCBAIS OU PANCBATIER [Pancratium L.). Genre de plantes Monocotylédones, appartenant à la famille des Amaryllidacées, tribu des Narcissées, et présentant les caractères suivants : périanthe infundibuliforme, à tube prolongé au-dessous de l'ovaire, à limbe partagé en 6 divisions étroites, étalées, et à gorge munie d'une couronne pétaloïde plus ou moins saillante, divisée en 12 lobes tantôt triangulaires, tantôt lancéolés, entiers ou bifides. Étamines au nombre de 6, insérées sur la face interne de la couronne et alternes avec ses lobes. Ovaire infère, surmonté d'un style grêle, plus long que les étamines et terminé par un stigmate trilobé. Capsule subarrondie, s'ouvrant à la maturité en 3 valves pour laisser échapper de nombreuses graines subglobuleuses ou comprimées, renfermant sous leurs téguments un gros albumen charnu.

Les Pancratium sont des herbes bulbeuses, à feuilles simples, distiques, toutes radicales. Les fleurs, grandes et odorantes, forment, à l'extrémité d'une hampe ordinairement un peu comprimée, une ombelle simple entourée à sa base par une spathe marcesceute mono- ou polyphylle.

L'espèce type, P. maintimum L., appelée vulgairement Lis de Matthiole, croît naturellement dans les sables maritimes des bords de l'océan Atlantique (Charente-Inférieure, îles de Ré et d'Oléron, Vendée, îles d'Houat et d'Hœdic) et

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de la Méditerranée (Banyuls, Port-Vendres, Narbonne, Cette, Toulon, Grasse, •Cannes, etc.). Ses belles fleurs blanches, fasciées de vert en dessous, sont trèsodorantes et disposées au nombre de 4 à 12 en une ombelle simple, placée à l'extrémité d'une hampe de5 à 5 décimètres environ de hauteur. Les bulbes trèsvolumineux (5 à 7 centimètres de diamètre) sont doués de propriétés éméliques. Ils figuraient autrefois, dans les officines, sous la dénomination de Radix Pancratii monspessulani v. HemerocaUidis valenthiœ v. SciUœ minoris.

Une espèce voisine, le P. Uhjricum L., se rencontre en Corse, en Sicile et en lllyrie. Ses fleurs, un peu plus petites que celles de l'espèce précédente, et d'un blanc sale avec la couronne jaunâtre, répandent également une odeur agréable. On la cullive en pleine terre dans quelques jardins; elle fleurit vers la fin de mai ou au commencement de juin.

On cultive également, mais en serre chaude, le P. speciosum Salisb., des Antilles, et le P. amhoinense L.,des îles de l'archipel Indien, dont les bulbes sont employés, dit-on, dans leurs pays d'origine, aux mêmes usages que ceux du Scilla maritima L. en Europe. Ed. Lefèvre.

PARICRAIS. Voij. Pancrace.

PA^ICRATIER. Voy. PaUCRACE.

PAWCRATIUM. Sous le nom de 77«vz^oâTtcv, Dioscoride et les auteurs de son temps désignaient une plante de la famille des Liliacées que l'on croit être VAllium magicum L. Mais, à l'exemple de Lobel, de Daléchamps et de Tabernaemontanus, Linné, dans son Species plafitarum, a établi, sous la dénomination de Pancrathim, un genre d'Amaryllidacées ayant pour espèce type le Narcissus maritimus des auteurs qui l'avaient précédé {voy. Pancrace). Ed. L.

PANCRÉAS, g L Synonymie. En grec Trayzpîa; (de Trâç, tout, et -/psa;, chair, c'est-à-dire tout charnu); en latin, en italien, en espagnol, en anglais, pancréas; en allemand, Prt«A:reas ou bien Baiichspeicheldrûse (glande salivaire ■abdominale). En France, le pancréas est vulgairement appelé fagoue ; dans l'argot des halles et de l'abattoir, il est désigné, à Bordeaux, sous le nom de cigogne.

g II. Historique. C'est à Hérophile (de Chalcédoine) que l'on attribue généralement la découverte du pancréas, qu'Eudémus connut également. Rufus (d'Eplièse) et Galien en ont donné de courtes descriptions, et c'est là toute la part de l'antiquité dans l'étude de cette importante glande. Haller a sans doute tenté de faire remonter à llippocrate l'honneur de sa découverte et croit que l'existence de cet organe est signalée dans le livre mpi àiîsvwv. Mais c'est un fait contestable et qui, fût-il vrai, n'ajouterait rien à la somme bien faible des connaissances que les Anciens nous ont léguées sur ce point.

Il faut arriver à Fallope et à Vésale pour rencontrer les premières bonnes ■descriptions de la glande. Aselli (1627) » prit pour le pancréas une agglomération de ganglions mésentériques, qui est surtout remarquable chez les chiens, et il décrit le pancréas comme une glande encore inconnue. C'est de là que vient le nom de pancréas d'Aselli donné à ces ganglions, et ceci fut la source d'une grande obscurité répandue par cette confusion sur l'histoire des vaisseaux chyliières » (Cl. Bernard, Physiologie expérimentale, t. II, p. 171). Les travaux de

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Riolan, qui comparait le pancréas à une seconde rate, ne firent guère avancer la question. Enfin, en 16i'2, Maurice Hoffmann découvrit chez un coq d'Inde le canal excréteur de la glande, et Wirsung, son hôte, le reconnut le premier chez l'homme. On a voulu attribuer exclusivement à l'un de ces deux anatomistes au détriment de l'autre la priorité de cette découverte. L'opinion que nous rapportons est communément acceptée; c'est à elle que Cl. Bernard et Sappey se sont ralliés d'après Vesling, Ilaller, Morgagni, et surfout d'après l'étude des documents originaux dont la lecture ne saurait laisser place au doute. Quant à la version qui représente l'assassinat dont Wirsung fut victime comme un acte de jalousie et de vengeance d'Hotfmann, c'est une invention dont les mêmes savants ont fait justice.

Le pancréas, comme nous le verrons, possède communément deux conduits excréteurs. Wirsung n'avait connu que io principal ; Santorini étudia le second et en donna une excellente description. Celle-ci fut d'ailleurs oubliée ou méconnue, et le second conduit était généralement ignoré, quand les recherches de Cl. Bernard et de Verneuil rappelèrent sur lui l'altention. Le mémoire de ce dernier (1851) complète nos connaissances actuelles sur l'anatomie descriptive du pancréas.

L'histologie de cette glande est loin d'être absolument connue. En raison d'une certaine ressemblance avec les glandes salivaires, au point de vue de la consistance, de la couleur et de la segmentation lobulaire, on s'est longtemps contenté dépenser qu'il y avait aussi identité de structure. Il est loin d'en être ainsi : les études de Heidenhain, dePaulow, celles de Uenaut (de Lyon), nous ont révélé des dispositions tout à fait spéciales, dont la notion ne pourra être bien établie que par des recherches ultérieures.

Les Anciens s'étaient peu préoccupés du rôle physiologique du pancréas, qu'ils considéraient comme une masse spongieuse destinée à protéger les vaisseaux profonds de l'abdomen. Les auteurs modernes, en considération de la prétendue analogie analomique, ont pensé pour la phqiart que la glande saliva'ire abdominale verse dans l'intestin un suc tout à lait comparable à la salive buccale. Cependant des opinions nouvelles, plus ou moins heureuses, se faisaient jour à mesure que progressaient les études anatomiques; il est intéressant de les rappeler, ne serait-ce que pour montrer à quelles erreurs peut conduire une théorie physiologique uniquement fondée sur des inductions anatomiciues. D'après Piccolhomini, pendant la digestion le pancréas dégage des vapeurs qui maintiennent l'estomac au bain-marie (m balnœo-maria. Anat. prselect, p. 99). Wharton croit cet organe destiné à recevoir le suc excrémentitiel des nerfs. Martin Rogdanus et Théophile Gelée, ressuscitant à peu près la théorie ancienne, considèrent le pancréas, l'un comme un coussinet placé entre le rachis et l'estomac pour la protection de ce dernier, l'autre comme le soutien des veines d'Âselli (thèse de Bécourt). Sylvius de le Boe tenta d'expliquer la digestion duodénale par le mélange de la bile alcaline avec le suc pancréatique acide (1659). Enfin c'est à Régnier de Grnaf qu'appartiennent les premières expériences. Malheureusement elles ne donnèrent pas tous les résultats que son auteur en avait espérés (1664); elles eurent au moins pour conséquence de mettre à la mode les recherches sur le pancréas. Car les travaux se succèdent rapidement jusiju'à la fin du dix-septième siècle : Swalve, Clopton-llavers et furtoul Florentin Schuyl et Brunner, qui essaient l'extirpation du pancréas ou la ligature de ses conduits, ne font faire cependant que peu de progrès à ces

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études. Au dix-liuitième siècle apparaissent les recherches microscopiques (Asch. 1756, Ev. Howe, 1780) et chimiques (Fordyce, 1791, et Jacob Plenck, 1794). Magendie, Leuret etLassaigne, Tiedemann et Gmelin, qui, à une époque plus rapprochée, ont étudié les réactions chimiques du suc pancréatique, n'avaient pu établir les usages de ce liquide, et Bérard en était réduit à confesser sur ce point la plus complète ignorance. La découverte si longtemps cherchée en vain était réservée à Cl. Bernard : c'est en 1846 que l'illustre physiologiste reconnut que le suc pancréatique avait la faculté de digérer les graisses. Quelques années plus tard, Lucien Gorvisart, usant de la méthode d'Eberle, pour les digestions artificielles, démontrait qu'il peut aussi digérer les aliments albuminoïdes; on avait déjà montré qu'il agit sur les fécules. Ainsi fut établi le pouvoir digestif du pancréas, pouvoir si étendu dont les recherches de Kûhne ont récemment donné la démonstration chimique en isolant dans le suc de la glande trois ferments distincts, ayant chacun une action spéciale sur l'une des catégories d'aliments que nous venons d'indiquer. Les recherches plus récentes d'Heidenliain ont fait comiaitre avec une grande précision quelques points particuliers de la sécrétion pancréatique.

La pathologie du pancréas est encore à créer : les altérations secondaires de cet organe sont peu étudiées ; ses lésions primitives sont presque toujours méconnues pendant la vie. Les travaux relatifs à ces sujets ne font cependant pas défaut; mais les théories ont précédé la notion exacte des faits et ont par suite entravé les études régulières. C'est ainsi que dès le milieu du seizième siècle, alors que le pancréas était à peine connu et que l'existence de son canal excréteur était encore ignorée, Fernel (1542) le considérait comme le siège d'un grand nombre de maladies, telles que la fièvre intermittente, l'hypochondrie, la mélancolie. D'après Friedreich, c'est à Alberti (1578) et à Ueurnius (1599) que l'on doit les premiers essais pathologiques de quelque valeur. Plus tard Holdeh'eund, Bùchner, Barfoth, Piahn, Siebold, Lieutaud, Morgagni, publièrent quelques observations utiles soit au point de vue clinique, soit au point de vue anatomo-pathologique. Mais il faut arrivera Schmackpfeffer (1817), àBécourt (1850), à Bright (1833) et surtout à Mondière (1856) et à Claessen (1845), pour voir la question faire quelques pas. Les monographies de ces deux derniers auteurs ont une réelle valeur que les travaux ultérieurs n'ont point fait oublier. Les travaux de Fauconneau-Dufresne sur les concrétions du pancréas, l'important ouvrage d'Ancelet que l'auteur termina en prison, l'excellent chapitre que Friedreich a consacré au pancréas dans le Manuel de pathologie de Ziemssen, marquent autant d'étapes heureuses. Mais le fait le plus remarquable que les recherches contemporaines aient mis en lumière, ce sont les rapports qui unissent fréquemment les lésions destructives du pancréas au diabète maigre. Popper avait déjà soupçonné que les altérations pancréatiques peuvent avoir une influence marquée dans la pathogéuie du diabète. Mais en rassemblant une série d'observations où une forme spéciale de diabète est unie à une destruction totale de la glande, et en établissant les relations de causalité qui rattachent le premier à la seconde, Lancereaux et Lapierre, son élève, ont fait une découverte clinique, dont les résultats dans la physiologie du pancréas et dans le traitement de ses maladies ne seront pas sans importance.

Ces quelques données historiques suffisent à montrer par quelles vicissitudes a passé la science du pancréas et à signaler les principales découvertes qui l'ont constituée. Comme dans toutes les branches de la médecine, le progrès s'est fait

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parallèlement dans la physiologie et la pathologie, aussitôt qu'une anatomie bien faite a donné à celles-ci une base précise. Quant aux lacunes à combler, quant aux progrès qui restent à accomplir, ce n'est pas ici le moment de les signaler. Leur indication trouvera sa place après l'exposé des faits acquis.

g 111. Anatomie. A. Anatomie DESCRIPTIVE. Pcmcréas chez l'homme. C'est une glande volumineuse située dans la partie la plus profonde des régions supérieures de l'abdomen, embrassée par la concavité de l'anse duodénale dans la cavité de laquelle elle verse le produit de sa sécrétion par deux canaux d'inégale importance.

Pour voir le pancréas en place, il suffit, l'abdomen étant ouvert, de détacher le grand épiploon de son insertion à la grande courbure et de rabattre l'estomac en haut et le côlon en bas. Le pancréas apparaît alors transversalement étendu du duodénum à la rate, couché au devant du rachis, revêtu en avant du dernier feuillet péritonéal et entouré de plusieurs gros vaisseaux, sur les rapports exacts desquels il y aura lieu de revenir.

Les diverses mensurations du pancréas donnent des résultats très-variables. La longueur, que nous avons trouvée chez un enfant naissant égale à 5 centimètres, varie chez l'adulte de 15 à 23 centimètres. La largeur ou la hauteur est à peu près de 4 1/2 à 5 centimètres; l'épaisseur de l 1/2 à 5 centimètres. Le poids Irès-faible à la naissance, où il est à peine de 10 à 12 grammes, varie chez l'adulte entre 90 et 120 grammes. M. Sappey n'en a pas cependant observé qui pesât plus de 1 04 grammes.

La direction générale du pancréas est horizontale ; l'extrémité gauche tend à se relever un peu et à s'infléchir en arrière, de manière à faire décrire à l'axe du pancréas une légère courbe, dont la concavité regarde en haut, en arrière et à droite. Cette disposition signalée par M. Sappey est le plus souvent ta peine marquée; par exception elle peut être exagérée, et Engel a cité un cas où la flexion du pancréas à angle droit avait pu empêcher l'écoulement de la sécrétion par les conduits excréteurs et produire à la longue des accidents.

La forme du pancréas est très-variable : aussi les anatomistes se sont-ils ingéniés à en donner une idée par des comparaisons diverses. Pour Meckel elle représente un marteau, pour Winslow une langue de chien. Ces images, trèsbien appropriées à certains cas, ne peuvent s'appliquer à tous les faits. M. Verneuil les repousse et distingue simplement deux portions : l'une verticale, comprise dans l'anse duodénale dont elle mesure la partie moyenne; l'autre horizontale, qui vient se confondre avec la précédente à des niveaux différents suivant les sujets, ce qui donne lieu aux variétés de forme indiquées. Cette distinction en deux parties est absolument juste et se retrouve de la façon la plus nette dans la séiie animale. Les Anciens divisaient généralement le pancréas en tête, corps et queue : la tête correspond à la portion verticale; le corps et la queue, qui sont séparés de la tête par un léger rétrécissement, mais qui ne sont distingués par aucune limite l'un de l'autre, forment la portion horizontale. Ce rétrécissement a été décrit par Santorini sous le nom de col du pancréas.

On considère au pancréas une face antérieure, une face postérieure ; un bord supérieur, un bord inférieur; une extrémité gauche, une extrémité droite. La face antérieure, la seule qui soit revêtue par le péritoine, est en rapport dans presque toute son étendue avec la face postérieure de l'estomac dont elle est séparée par l'arrière-cavité des épiploons. Les déplacements normaux et pathologiques

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de l'estomac font varier ces rapports. Dans l'état de moyenne dilatation qui suit le repas, il re'pond au pancréas par son bord supe'rieur; devenu vertical dans l'état de vacuité, il lui correspond exactement par sa face postérieure; si la masse intestinale s'affaisse d'une façon exagérée, si l'estomac est attiré en bas par des adhérences de l'épiploon ou toute autre cause, alors la petite courbure tombe au-dessous du pancréas ; et la glande dans ce cas vient se mettre en rapport d'après Cruveilhier avec la paroi abdominale, d'après Sappey avec la face inférieure du lobe gauche du foie, tout en restant d'ailleurs séparée de l'une ou de l'autre par l'épiploon gastro- hépatique. Le pancréas est encore en rapport en avant avec la première portion du duodénum et l'angle d'union du côlon ascendant avec le côlon transverse.

La face postérieure présente des rapports différents dans les trois portions du pancréas. Au niveau de la tête, elle repose sur la veine-cave inférieure et l'origine de la veine porte, qui la séparent de la portion verlicale du diaphragme et du racliis; embrassée par la concavité du duodénum, elle embrasse à son tour cet intestin, en se prolongeant à droite et en arrière par une série de grains glanduleux qui s'insinuent jusque dans les parois duodénales, le long des conduits excréteurs, et ont été comparés par Bérard et Verneuil aux glandes molaires qui accompagnent le canal de Sténon. En arrière et de droite à gauche, la tète du pancréas émet un prolongement qui se contourne en volute derrière les vaisseaux mé?entériques qu'il protège {petit pancréas); elle s'applique en bas sur la troisième portion du duodénum. Mais le rapport le plus important est celui du canal cholédoque. Sappey dit simplement que la tête creusée d'abord en gouttière pour loger ce canal l'entoure plus bas d'une façon complète. Pour Cruveilhier et Verneuil, il y aurait tantôt un canal complet, tantôt une gouttière plus on moins profonde de 5 centimètres de longueur. Enfin, sur 22 examens, Weyss a pu constater que 15 fois le canal cholédoque passait simplement à côté de la tête du pancréas, tandis que dans les sept autres cas il était revêtu sur un de ses côtés de quelques lobules ou entouré de toutes parts d'une épaisse masse glandulaire. La notion de ces rapports et de leurs variations est de la plus grande importance pour l'étude pathogénique et clinique de l'ictère qui peut accompagner les maladies du pancréas.

Le corps du pancréas répond en arrière à la deuxième vertèbre lombaire, il peut quelquefois se trouver élevé au niveau de la première ou abaissé au niveau de la troisième. Dans tous les cas il est séparé du racliis par les piliers du diaphragme, par les vaisseaux mésentériques, par l'aorte dont il transmet les battements à l'épigastre chez les personnes amaigries, par la veine splénique qui le croise en diagonale, par un gnmd nombre de vaisseaux et de gnnglions lymphatiques; il n'est pas inutile enfin de rappeler que le plexus solaire et ses ganglions sont précisément placés sur l'aorte et les piliers du diaphragme, en arrière du pancréas, et que ces organes nerveux ont pu être lésés dans certaines affections de cette glande.

La queue du pancréas repose en arrière sur la face antérieure du rein gauche ou sur la capsule surrénale correspondante.

Le bord supérieur, assez épais pour que certains analomistes aient voulu en faire une face, est creusé en gouttière pour loger l'ai tère splénique, et est surmonté surtout en avant de cette artère d'une série de ganglions lymphatiques. 11 correspond au niveau du col au tronc cœliaque, qui se trifurque en ce point, et vers la droite est recouvert par la première portion du duodénum elle lobe de Spigel.

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Les rapports du bord inférieur sont décrits de la même façon dans tous les ouvrages classiques : troisième portion du duodénum, vaisseaux mésentériques qui creusent dans la glande une petite échancrure, veine mésentérique inférieure et lame inférieure du mésocôlon transverse sur laquelle il repose.

L'extrémité droite se confond avec la paroi dnodénale dans laquelle elle fait pénétrer plusieurs grains glandulaires. Outre les rapports déjà indiqués, M. Sappey signale encore l'artère gastro-épiploïque droite et « deux ou trois gros troncs lymphatiques auxquels aboutissent tous les cbylifères, troncs qui pour atteindre le canal thoracique s'engagent entre la tête du pancréas et la troisième portion du duodénum ». Ce rapport, sur l'importance duquel M. Sappey insiste dans une note, n'a peut-être pas suffisamment préoccupé les patbologistes, ainsi que nous le verrons plus tard.

L'extrémité gauche ou splénique, quelquefois un peu renflée, plus souvent effdée, vient suivant la longueur de la glande tantôt s'émousser sur la face interne de la rate, tantôt se terminer à plusieurs centimètres de cet organe, auquel elle est toujours rattachée par un repli péritonéal. Cet épiploon pancréatico-splénique contient constamment des ganglions lymphatiques et ferme en arrière la cavité des épiploons. L'artère gastro-épiploïque gauche croise perpendiculairement la queue du pancréas.

Tous les auteurs sont d'accord pour faire observer que la moitié droite du pancréas solidement enclavée dans le duodénum, lui-même immobile, est beaucoup moins sujette aux déplacements que la moitié gauche lâchement unie à la rate, dont la position oscille avec les mouvements de l'estomac. Malgré ces puissants moyens de fixité, il ne faudrait pas croire que le pancréas soit à l'abri de tout déplacement; on l'a vu entraîné dans des hernies ombilicales, diaphragmatiques, et même dans des invaginations.

Canaux excréteurs. Il serait logique maintenant d'entreprendre l'étude de la structure du pancréas, des grains glanduleux qui le composent, puis des canaux excréteurs qui leur font suite. Mais, comme la structure intime du pancréas ne nous est révélée que par le microscope, tandis que les dispositions les plus importantes de l'appareil excréteur nous sont connues par la simple dissection, il nous paraît plus naturel, bien que ce soit contraire à l'usage, d'aborder immédiatement la description du canal de Wirsung et de ses variétés.

Le suc pancréatique est versé dans l'intestin par deux canaux qui communiquent entre eux. Ce fait, inconnu aux premiers anatomistes qui ont étudié le pancréas, mais bien constaté par Santorini (1775), fut oublié parles auteurs de la première moitié de ce siècle. 11 échappa même à Tiedemann et à Bécourt et ne redevint classique qu'après les travaux de Cl. Bernard et de Verneuil.

Le canal principal ou ca7ial de Wirsung s'étend de l'ampoule de Vater où il s'ouvre à côté du conduit cholédoque jusqu'à l'extrémité gauche de la glande, où il se forme de la confluence de plusieurs canaux secondaires. Dans ce trajet il est situé à peu près à égale distance des deux faces opposées de la glande, dont il représente l'axe. Par suite, il est rectiligne dans les trois quarts de son parcours, c'est-à-dire dans toute la portion horizontale du pancréas; mais dans la tête il s'infléchit assez fortement en bas, de façon à ne correspondre qu'à la partie inférieure de celle-ci; et la partie supérieure resterait dépourvue de gros tronc excréteur, sans la présence du second conduit. Ce dernier, canal pancréatique récurrent de Cl. Bernard, canal pancréaticjue azijgos de Verneuil, se détache du canal de Wirsung au moment de son inflexion et remonte, en décri-

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vant une légère courbe, vers le liaut de la tête du pancre'as pour s'ouvrir dans le duodénum au sommet d'un petit tubercule isolé (tubercule de Santorini) situé à 2 centimètres environ au-dessus et un peu en avant de l'ampoule de Vater.

Le volume de ces deux conduits est inégal. Le premier vers son embouchure est gros comme une plume d'oie et va en s' amincissant vers la queue du pancréas; le second, qui ne dépasse pas le volume d'une plume de petit oiseau, semblerait au contraire grossir en allant du tubercule de Santorini au canal de Wirsung. Cette disposition tient peut-être à ce que le suc y circulerait de façon a se déverser dans le canal de "Wirsung et l'ampoule de Yater. L'oriflce isolé du canal récurrent ne représenterait alors qu'une sorte de trop-plein destiné à dégager l'appareil excréteur lorsqu'il serait distendu par un excès de suc. Il est certain que le pertuis intestinal et le volume de ce petit canal sont d'autant plus développés que le sujet est plus jeune et que leur diminution avec les progrès de l'âge tend à démontrer le peu d'importance de leur usage. D'un autre côté, l'injection directe de ce canal azygos est difficile à faire par le duodénum (Verneuil), tandis que le mercure injecté dans le canal de Wirsung reflue sous forme de jet continu par le tubercule de Santorini (Sappey). En somme, il est impossible de prévoir d'après les dispositions anatomiques dans quel sens se fait la circulation dans le petit canal, et aucune des hypothèses émises à ce sujet ne s'appuie sur la moindre preuve tirée de l'observation ou de l'expérience physiologique.

Cette disposition de l'appareil excréteur répond à la généralité des cas; mais il n'est pas très-rare de rencontrer des exceptions. Ces anomalies ont été étudiées par Tiedemann et par Bécourt, qui en ont exagéré la fréquence. Elles reproduisent constamment l'un ou l'autre des types que nous aurons à décrire dans la série animale. 11 est donc inutile d'y insister ici ; il suffit de les signaler.

Sur toute la longueur de leur trajet les conduits pancréatiques reçoivent des rameaux collatéraux qui s'abouchent avec eux sous des angles presque droits. Ces rameaux sont d'ailleurs de volume très-inégal et correspondent à des segments de la glande de dimensions variables. Cette disposition n'est donc point celle d'une grappe; il n'y a pas confluence successive et par paires de tous les canalicules comme dans les glandes salivaires ou dans le foie. « Les ramuscules provenant de chaque lobule se rendent directement et successivement au conduit général, disposition qui donne à l'appareil excréteur du pancréas l'aspect de ces insectes auxquels on a donné le nom de mille-pattes » (Cruveilhier).

L'étude de l'orifice des conduits pancréatiques a été faite avec précision par un grand nombre d'anatomistes. Le tubercule de Santorini, sur lequel s'ouvre le conduit azygos, n'offre rien de spécial et est tout à fait comparable aux petites saillies au sommet desquelles se terminent les conduits salivaires. L'ampoule de Vater est un tubercule plus volumineux, creusé d'une cavité au fond de laquelle débouchent le canal cholédoque et au-dessous de lui le canal pancréatique. Quant à la cavité même de l'ampoule, elle communique avec le duodénum par un petit orifice elliptique, verticalement dirigé, situé sur le prolongement d'un repli de la muqueuse intestinale (pli de Vater, frein) ; au-dessus, une valvule connivenle croise perpendiculairement l'ampoule et quelquefois recouvre incomplètement le pertuis. Ces détails, pour être bien vus, doivent être étudiés sur un duodénum plongé dans l'eau.

Comme principales exceptions à ces dispositions, on signale : 1° des cas oiî

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c'est le canal pancréatique le moins volumineux qui s'ouvre au voisinage du cholédoque; 2° des cas où le canal de Wirsung s'ouvre seul au fond de l'ampoule de Vater, tandis que le canal cholédoque, entouré par elle à la façon d'un croissant, déhouche librement et isolément dans l'intestin ; 5" enfin quelques variétés dans les rapports réciproques des conduits biliaire et pancréatique, ce dernier passant à côté ou au-dessus du précédent au lieu de rester au-dessous.

L'ampoule de Vater forme à l'orifice de ces canaux une barrière protectrice qui les défend contre l'entrée des corps étrangers ; c'est la seule valvule que l'on trouve sur le trajet des voies pancréatiques. Cependant M. Verncuil se demande s'il n'en existe pas dans le canal azygos, dont l'injection par l'intestin est assez difficile et qui en possède, sinon chez l'homme, du moins chez le chien, le chat et le cheval.

B. Structure du pancréas kt de ses conduits. La structure du pancréas a été longtemps regardée comme des plus simples, et la similitude avec les glandes salivaires était si peu douteuse aux yeux des anatomisles, qu'on négligeait souvent d'examiner le pancréas lui-même, et qu'on faisait profiler sa description des progrès accomplis dans l'étude de la sous-maxillaire ou de la parotide. Des examens plus précis ont changé les idées, et aujourd'hui l'assimilation avec les glandes salivaires n'est plus admise. Mais, si celte erreur a été dissipée, il reste bien des points obscurs sur lesquels les liistologistes sont souvent en désaccord grave.

Le pancréas n'a pas de capsule analogue à celles du foie, de la rate ou des reins. Il n'a pas non plus une enveloppe séreuse complète, du moins cliez l'homme. Chez celui-ci, comme chez les mammifères supérieurs, le feuillet le plus profond de l'arrière-cavité épiploïque tapisse simplement la lace antérieure de la glande à laquelle il adhère. Chez d'autres animaux au coniraire, tels que les rongeurs, les oiseaux, la glande est comprise tout entière dans l'intervalle des feuillets du mésentère. On voit par ces différences que le péritoine n'entre qu'accidentellement dans la composition du pancréas et qu'il n'y a pas lieu de considérer à cet organe une tunique séreuse.

L'enveloppe la plus externe, ou plutôt la seule enveloppe, est formée par un tissu conjonclif un peu serré, mince, qui entoure exactement tout le parenchyme et laisse apercevoir par transparence les grains glandulaires entre lesquels il envoie des prolongements qui se disposent en véritables cloisons. Cette enveloppe n'est en somme qu'une dépendance du tissu conjonctif intra-glandulaire ; elle est souvent chargée d'une épaisse couche de graisse.

11 n'est pas difficile de dissocier grossièrement les lobules des uns des autres et de s'assurer qu'ils sont appendus à l'extrémité des branches collatérales du canal de Wirsung. Si nous laissons momentanément de côté les élémenls essentiels de la nutrition de tout organe, tels que vaisseaux et nerfs, la structure du pancréas nous paraît donc résulter de la simple combinaison de deux termes : des canaux excréteurs d'une part, des lobules de l'autre, qu'il importe d'examiner tour à tour.

Structure des canaux. Les canaux excréteurs sont formés d'une tunique conjonctive externe, d'une couche épithéliale interne. L'épilhélium consiste en une couche unique de cellules cylindriques ou prismatiques, à gros noyau ovalaire, à protoplasma réfringent. Dans les plus gros conduits, elles sont implantées sur la tunique externe perpendiculairement à leur axe; mais à mesure qu'on pénètre dans des ramifications plus étroites, elles sont moins serrées et

110 PANCRÉAS (anatomie).

semblent se disposer plus à leur aise. Au lieu d'être très-re'gulièrement disposées, de lelle façon que sur une coupe normale elles forment autour de la lumière du conduit une couronne ininterrompue, elles étalent leur protoplasma et s'aplatissent, et leurs noyaux cessant de se correspondre exactement apparaissent comme disséminés sans ordre sur les parois canaliculaires. Enfin dans les ramuscules, dans ceux qui sont déjà intra-lobulaires, une seule cellule suffit presque à tapisser les parois; et le noyau, qui à ce niveau est devenu globuleux, fait saillie dans l'intérieur du conduit. Ces dispositions sont faciles à voir, soit sur une série de coupes, soit sur un pancréas de lapin (portion mésentérique) dont on a injecté l'appareil excréteur au nitrate d'argent et qu'on examine par transparence dans le baume de Canada. Elles suffisent déjà à différencier notablement cette glande de l'appareil salivaire. Dans celii'ci, en effet, dans la parotide en particulier, le revêtement épithélial des conduus est tout autrement constitué : dans les plus gros, double rangée de cellules; dans les intermédiaires, grosses cellules prismatiques à protoplasma strié tout à fait spéciales; dans les plus ténus, cellules cubiques ou même plates. Ce n'est d'ailleurs ni la seule, ni la plus importante des différences que nous aurons à relever.

La tunique conjonctive est formée de faisceaux de direction variée, mais pour la plus grande partie circulaires. Elle a une épaisseur très-variable; forte de plus d'un millimètre dans le canal de Wirsung de l'homme et des gros Mammifères, elle s'amincit rapidement, en même temps que l'épitlielium subit les transformations plus haut indiquées. En même temps auîsi les faisceaux deviennent moins serrés, si bien que dans les plus fines ramifications il devient difficile de distinguer la couche conjonctive du canal du tissu conjonctif de la glande, et que la paroi propre semble presque réduite à l'épilhélium. Cependant un examen attentif fait toujours reconnaître un mince anneau cellulaire.

Des glandes en grappe sont disséminées dans l'épaisseur des plus gros conduits, glandes petites dont les cellules ont un protoplasma transparent. Dans certains points, chez le mouton, elles sont assez abondantes pour former une véritable couche entre l'épithélium et la tunique conjonctive; mais le plus souvent elles sont beaucoup moins denses.

Il n'existe pas de fibres musculaires lisses dans l'épaisseur des parois. Ce fait, sur lequel tous les anatomistes paraissent d'accord, est intéressant à noter, d'autant plus que l'on constate des mouvements l'bythmés dans l'écoulement du suc chez certains animaux {voy. la ipaLVÛe physiologique).

Structure des lobules. Le lobule représente à lui seul une petite glande ; le canalicule dont il dépend se ramifie dans son épaisseur en branches extrêmement ténues qui correspondent chacune à un acinus, terme ultime de la segmentation du parenchyme. On peut schématiquement représenter une coupe de lobule comme constituée de la façon suivante : au centre le canalicule, autour de lui la masse glandulaire proprement dite formée par les acini ; à la périphérie une zone conjonctive. L'aspect d'une coupe du pancréas lui-même, sectionné normalement au canal de Wirsung, répond au môme type. Si la section, au lieu d'être perpendiculaire à ce conduit, lui est parallèle, l'aspect change, et l'on ne voit plus qu'une masse parenchymateuse entourée de tissu conjonctif. Il en est aussi de même pour les lobules, ce qui explique comment sur une même préparation un grand nombre d'entre eux semble dépourvu de canalicule excréteur.

L'acinus est une petite poche, plutôt oblongue et cylindrique que sphérique,

PANCRÉAS (anatomie). 111

fermée en cul-de-sac à l'une de ses extrémités, en continuité à l'autre avec une ramification ultime de l'appareil excréteur. Une couche de cellules sécrétoires, de cellules pancréatiques proprement dites, tapisse la cavité centrale de l'acinus; dans quelques cas cette cavité est occupée par des cellules spéciales, sur la signification desquelles nous aurons à revenir (cellules centro-acineuses). Actuellement laissons de côté ces dernières, et ne nous occupons que des premières au point de vue de leurs caractères propres et de leur groupement.

Cellules sécrétoires. Une courte immersion d'un fragment de pancréas dans l'alcool au tiers, ou dans le liquide de Mûller, permet de les dissocier avec facilité et de les examiner isolément. Elles sont volumineuses, de formes trèsvariées, tantôt prismatiques, tantôt presque sphériques. Leur noyau assez gros et situé au centre, se colore fortement par les réactils et présente plusieurs nucléoles. Le protoplasma est granuleux, à reflets brillants qui pourraient faire croire à la présence d'une notable quantité de graisse; mais il n'en est rien, car l'acide osmique ne colore en noir ou en brun foncé qu'une très-minime quantité des granulations.

L'aspect que donnent aux cellules pancréatiques les réactifs précités n'est pas celui qu'elles ont en réalité. Etudiées en place et à l'état frais, comme il est facile de le faire sur le pancréas du lapin, elles présentent deux zones trèsdistinctes, une interne et granuleuse, en rapport avec la cavité centrale ; une externe, homogène et transparente, en rapport avec la paroi de l'acinus. Entre les deux se place le noyau, peu apparent dans ces conditions. Les variations alternatives de ces deux zones constituent un des points les plus attrayants de la physiologie du pancréas. Au point de vue anatomique, une étude minutieuse a permis à Ileidenhain de reconnaître dans la zone homogène de très-fines stries légèrement variqueuses. L'acide osmique à 2 pour 100 et le chromate neutre d'ammoniaque à 5 pour 100 sont surtout favorables à cette étude.

Les divers réactifs employés en histologie ont donc sur la forme et la structure intime des éléments du pancréas une influence des plus variées. L'acide osmique et le chromate neutre d'ammoniaque fixent les cellules à leur état naturel et vrai; la liqueur de Mùller laisse les granulations se répandre uniformément dans toute la cellule et les deux zones se confondre ; la soude et la potasse dissolvent ces granulations. Quelle qu'elle soit d'ailleurs, l'action de ces substances est définitive. 11 n'en est pas de même de celle de l'alcool. Comme la liqueur de Mùller, il fixe d'abord les cellules en laissant quelque peu diffuser les granulations; mais, si après une immersion dans l'alcool, prolongée même deux ou trois jours, on laisse seulement vingt-quatre heures dans l'eau un fragment de pancréas, presque toutes les cellules se détruisent Ces faits sont importants à connaître, lorsqu'on aborde l'étude micrographique du pancréas, et imposent l'obligation, toutes les fois qu'on rapporte un examen histologique de celle glande, de bien préciser le nom et le mode d'emploi des réactifs dont on s'est servi.

Canaux inter cellulaires. Sur des coupes faites après durcissement et colorées au picro-carmin, les cellules pancréatiques forment un revêtement régulier à la mince paroi conjonctive de l'acinus. Sur aucun point on ne voit d'éléments comparables aux croissants que Gianuzzi a décrits dans la glande sous-maxillaire. Elles sont disposées sur une seule couche et se trouvent en rapport par leur face interne, ainsi qu'il a été dit plus haut, soit avec les cellules centro-acineuses, soit avec une petite cavilé qui se continue avec celle du canalicule excréteur.

112 PANCRÉAS (anatomie).

SavioUi a pensé que celui-ci ne se terminait pas simplement en cul-de-sac au fond de l'acinus, mais que des ramifications absolument ténues s'étendaient entre les cellules elles-mêmes, les circonscrivaient de toutes parts, qu'en un mot, dans chaque acinus, il existait un système de canalicules intercellulaires, formant un réseau dont chaque maille embrasserait une cellule. Gianuzzi a émis la même opinion et compare ce réseau à celui des capillaires biliaires du foie. Rien n'est plus facile que de répéter les expériences de ces auteurs. Une solution de bleu de Prusse mêlée à de la gélatine est poussée doucement dans le canal de Wirsung et, pénétrant dans les plus fins conduits, finit par s'insinuer autour de chaque cellule. Au microscope, on constate alors sans le plus léger doute l'existence du réseau indiqué par Saviotti et Gianuzzi. Mais on constate aussi que l'injection n'a donné un pareil résultat que sur un nombre limité de points; ailleurs elle a à peine pénétré dans le centre de l'acinus, plus loin, elle a violemment bouleversé toutes les cellules glandulaires. Ne serait-il pas possible dès lors que les canalicules intercellulaires ne fussent que des créations artificielles de l'injection qui dissocierait les cellules peu adhérentes entre elles et ouvrirait elle-même les espaces qu'elle remplit? C'est là une hypothèse que nous émettons, en avouant que nous n'en avons pas la démonstration. Mais il ne nous est pas aisé de concevoir les cellules pancréatiques circonscrites sur toutes leurs faces par des canaux et comme suspendues sans aucun lien avec les parties voisines; d'un autre côté, il est manifeste que sur un fragment de pancréas frais on voit le canalicule pousser de minces prolongements entre les cellules, mais seulement jusqu'au niveau du point où s'arrête la zone granuleuse. Plus en dehors, au niveau de la zone homogène, les canalicules ne sont plus visibles, et les cellules semblent adhérer l'une à l'autre. Leurs limites mêmes sont peu distinctes. La question des conduits intercellulaires aurait donc grand profit à être reprise.

Cellules centra- acineuses. Nous avons déjà dit que dans certains acini les cellules sécrétoires, au lieu d'être en rapport par leur partie interne avec la cavité d'un canalicule, se trouvaient en contact avec des cellules d'ordre spécial. Celles-ci se présentent sous la forme d'éléments en général plus petits que les cellules sécrétoires, leur protoplasma est réfringent et peu granuleux, leur noyau vivement coloré par le carmin. On est loin d'être d'accord sur la signification de ces cellules centro-acineuses.

Langerhans, qui a été un des premiers à les signaler, Frey, Latschenberger, Heidenhain, les ont considérées comme appartenant aux canalicules excréteurs dont l'épithélium, au lieu de s'arrêter au commencement de l'acinus, se prolongerait dans sa cavité. L'élément sécrétoire serait dans ce cas séparé de l'espace où il doit verser le suc par un revêtement épithélial plus ou moins complet, du même ordre que celui qui tapisse les conduits. Cette interprétation a été généralement " acceptée : les caractères individuels des cellules centro-acineuses se rapprochent beaucoup de ceux de l'épithélium des derniers canalicules; et, pour notre part, il nous avait semblé voir sur plusieurs préparations de pancréas de lapins, soit un petit espace libre au contact de ces cellules, soit une continuité manifeste entre ces cellules et le revêtement des plus fins canaux pancréatiques. Ces observations ne pouvaient que nous encourager à adopter l'opinion des histologistes allemands.

Mais le professeur Renaut (de Lyon) dans une communication récente à l'Académie des sciences, a donné de la structure du pancréas une théorie qui

PANCRÉAS (ANATOMtE). ilô

bouleverse toutes les idées reçues. 11 faudrait considérer cet organe comme une sorte de ganglion « où les cellules lymphatiques sont remplacées par des cellules glandulaires et qui possède un système de canaux ramifiés. » Dans cette hypotlièse, l'acinus cesse d'être une poche avec une cavité centrale ; il devient un véritable cordon folliculaire dont la paroi est formée d'épaisses travées de tissu réticulé renfeimant des vaisseaux, et dont l'aire même est cloisonnée par de fins réseaux de mailles analogues à celles du tissu caverneux d'un ganglion. Les points nodaux de ce tissu correspondent à l'espace considéré jusqu'à présent comme la cavité centrale et ne sont autres que les cellules centro-acineuses. Par suite, les canaux pancréatiques d'ordres divers ne s'ouvrent pas dans les acini, ou plutôt, suivant l'expression de Renaut, dans les loges pseudoaciniques ; ils entrent dans le tissu caverneux du lobule et s'y perdent plus ou moins rapidement. Le pancréas ne serait pas le seul organe où l'on trouverait cette structure si spéciale; elle appartiendrait aussi à d'autres glandes, celles de l'œsophage de certains oiseaux, par exemple. Renaut donne à ces organes le nom collectif de lympho- glandulaires.

Le conflit est absolu entre les deux théories émises au sujet de la structure du pancréas. De nouvelles études réussiront sans doute à le terminer. Il existe d'ailleurs d'autres points obscurs. Chez les Oiseaux, comme chez les Mammifères, ou aperçoit sur les coupes des figures arrondies, de la dimension d'un follicule de ganglion lymphatique, entourées de vaisseaux et dont la surface est occupée par de grosses cellules à noyau volumineux fortement tassées les unes contre les autres. Ce sont sans doute ces figures que Kûhne et Lea croient correspondre aux grains blancs aperçus à l'oeil nu sur le pancréas du lapin, ce sont elles aussi que Langerhans appelle inlertuhulaires et que Renaut dénomme points folliculaires- D'après ce dernier, « les cordons pancréatiques du lobule semblent à leur voisinage s'ordonner autour d'eux en s'empelotonnant en spirale avant de communiquer entre eux, » 11 ne paraît pas qu'on ait encore de notions bien précises à l'égard de ces corpuscules.

Tissu conjonctif. Le tissu conjonctif de la glande est extrêmement mince et délié et iorme une très-fine trame autour de chaque acinus. Des travées plus épaisses séparent les lobules et cloisonnent la glande en rattachant l'enveloppe celluleuse aux principaux conduits excréteurs. Il est inutile de rappeler que pour Renaut ce tissu répond sur presque tous les points au type réticulé.

Vaisseaux et nerfs. Les artères du pancréas viennent de trois sources : l'hépatique ou l'une de ses collatérales, la gastro-épiploique droite ; l.i splénique, la mésentérique supérieure. Elles sont nombreuses et volumineuses, eu égard à l'organe, et forment un cercle presque complet autour de lui. La splénique qui suit le bord supérieur, un rameau delà mésentérique qui longe le bord inférieur, donnent sur tout leur parcours des branches qui pénètrent directement dans la glande. Du coté delà tète, l'artère pancréalico-duodénale, venue de l'hépatique, s'anastomose fréquemment par inosculation avec une branche de la mésentérique ; une deuxième arcade semblable existe en arrière (Verneuil) : ainsi se trouve assurée l'irrigation artérielle de la portion verticale du pancréas. Dans l'intérieur de la glande, les rameaux sont très-nombreux et s'anastomosent fréquemment ; il n'existe pas généralement d'artère satellite du canal de Wirsung ; le fait peut cependant être observé.

Les veines du pancréas sont tributaires du système porte ; les troncs principaux sont de même nombre que les artères auxquelles ils correspondent et suivent

WCT. ENC. 2' s. XX. °

414 PANCRÉAS (anatomie).

d'abord le même trajet: ainsi il existe une double arcade pancréaèico-duodénale. Elles se terminent dans la splénique, dans les mésaraïques, et quelques-unes même dansde tronc de la veine porte.

Le réseau capillaire est très-riclie et facile à injecter. Dans chaque lobule, il

forme un véritable bouquet dont la tige est représentée par une arlériole et une

-veinule. D'après Heidenbain, les culs-de-sac glandulaires ne seraient pas com-

, plétement entourés de capillaires et plusieurs cellules sécrétoires resteraient à

• une assez grande distance des vaisseaux. Le fait est vrai, et le système capillaire -du pancréas est loin d'être aussi serré que celui du foie; mais il n'en est pas .moins d'une abondance et d'une perméabilité remarquables.

Les vaisseaux lymphatiques du pancréas sont très-multiples. Sappey fait observer jque suivant les sujets leur injection peut être malaisée ou au contraire extrê- ! mement facile; dans ce dernier cas, les principaux lobes paraissent comme

• encadrés par les vaisseaux qui cbeniinent dans leurs interstices. G. et Elisabeth \ Iloggan disent qu'ils peuvent se terminer soit par une extrémité renflée en cul- - de-sac, soit en formant un réseau. Ils sont irrégulièrement entrelacés d'abord ■ avec les vaisseaux sanguins et les canalicules, puis ils finissent par suivre ces

-derniers dont ils reproduisent à peu près la distribution. Cependant une faible V quantité de lymphe parvient au niveau de la terminaison du canal de Wir- -sung, car, sur tout leur trajet, les lymphatiques du pancréas émettent presque • k angle droit des vaisseaux efférents qui entraînent rapidement la lymphe. X]ette disposition serait d'ailleurs commune à la plupart des glandes en grappe.

Les ganglions dont le pancréas est tributaire forment quatre groupes prin- <^cipaux : 1" sur le bord supérieur, le long de l'artère splénique; 2" autour de l'origine des vaisseaux mésentériques supérieurs ; 3° au devant de la partie moyenne du duodénum, près de la tête du pancréas; 4° dans le repli pancréatico-splénique (Sappey).

Les ner/s viennent du plexus solaire, et non, comme certains auteurs l'ont écrit par erreur, du plexus spermatique. Ils arrivent au pancréas en suivant les artères splénique, pancréatico-duodënales, mésentérique supérieure, confondus avec les plexus secondaires qui entourent ces vaisseaux ; mais quelques-uns, en (petit nombre, viennent directement du plexus solaire, sans artère satellite. Une ;fois entrés dans la glande presque tous deviennent indépendants des vaisseaux, ■cheminent dans les espaces interlobulaires et se distribuent de toutes parts. Leurs terminaisons sont mal connues. Kûhne et Lea, qui en ont étudié le trajet, restent muets sur ce point. D'après Pflùger, les tubes nerveux garderaient leur myéline jusqu'à la gaîne de l'acinus, s'en dépouilleraient en pénétrant dans •celui-ci, et se termineraient dans les cellules glandulaires elles-mêmes. Mais ces observations ont encore besoin de contrôle. De nombreux ganglions nerveux se rencontrent sur le trajet des filets. La richesse du pancréas à ce point de vue serait comparable à celle des glandes salivaires (Heidenbain).

G. Pakcréas dans la série animale. Claude Bernard, se plaçant à un point de vue exclusivement physiologique, et considérant le pancréas comme le représentant par excellence des phénomènes chimiques digestifs, pense qu'on en pourra tôt ou tard prouver l'existence « partout où des phénomènes chimiques de la digestion se manifestent. » Cette démonstration est encore à faire pour la ^plupart des invertébi-és et même chez quelques vertébrés.

MoUnsque<<. Chez le calmar, la limace, l'huître, le suc intestinal présente des

PANCRÉAS (anatomie). 115

réactions propres au mélange de la bile et du suc pancréatique. Mais l'organe <jui sécrète ce dernier liquide s'est jusqu'à présent dérobé aux recherches.

Articulés. Huxley pense que les deux grosses glandes que l'écrevisse possède ■de part et d'autre de l'intestin et que l'on considère comme le foie de cet animal répondent tout aussi bien au pancréas. Au point de vue anatomique, il faut bien avouer qu'elles ne ressemblent pas plus au pancréas qu'au foie des animaux supérieurs. Elles sont formées de caecums longs et minces implantés sur de gros «anaux collecteurs, et ces caecums tantôt étendus parallèlement les uns aux autres, tantôt irrégulièrement entre-croisés, donnent à l'ensemble de l'organe l'aspect d'un écheveau de soie grossière. Mais l'action de l'extrait aqueux de cette glande sur l'amidon, sur l'huile d'olive, est la même que celle du pancréas chez les animaux supérieurs. Il y a donc là une analogie physiologique dont l'importance ne saurait être méconnue.

Chez les insectes on a voulu donner le nom de pancréas à quelques couches glandulaires annexées à l'iléon ; c'est là une question à revoir. Ces quelques observations, encore incomplètes et insuffisantes, prouvent au moins que Béclard avait prononcé un jugement prématuré en disant qu'il n'y a pas chez les invertébrés d'organe analogue au pancréas.

Poissons. Les poissons n'ont pas tous de "pancréas ; Guvier les divisait en <ieux catégories d'après la présence ou l'absence de cette glande. 11 croyait que dans ce dernier cas elle était remplacée par ces prolongements tubuleux de l'intestin que l'on rencontre chez certains poissons et que l'on décrit sous le nom d'appendices pyloriques. Mais d'un côté Steller a vu les deux organes coexister chez certains poissons, Stanniuset Brockmann ont confirmé cette coïncidence, et Cl. Bernard a même vu le conduit pancréatique s'ouvrir dans un appendice pylorique. D'un autre côté, Longet rapporte que chez les soles, les cyprinoïdes ■et quelques autres, le pancréas et les appendices font simultanément défaut. On ne peut donc admettre la suppléance proposée par Cuvier, et nous devons constater que jusqu'à présent le pancréas paraît manquer chez certains poissons (saumons, cyprins).

Il est en général petit, sauf chez la raie où il est volumineux, bibolé et placé dans une sorte de muscle suspenseur étendu de la colonne vertébrale à l'estomac.

Reptiles. Le pancréas existe chez tous les animaux de cette classe. « Dans la grenouille, la salamandre et dans la tortue, etc., il donne un conduit très-distinct; mais dans beaucoup de reptiles, dans les ophidiens, par exemple, il forme autour du conduit biliaire à son abouchement dans l'intestin une sorte de virole qui quelquefois se confond avec la rate. Chez la couleuvre, j'ai vu le pancréas et ia rate formant ainsi une masse qui, à l'aspect, paraissait constituée par une glande formée de deux portions distinctes » (Cl. Bernard, Leç. de Phijs., t. II, p. 474). Cette intimité de rapports du pancréas avec le canal cholédoque et la rate mérite d'être notée, car on retrouve la même connexité avec ce canal jusque chez l'homme, et la fusion avec la rate a été observée chez lui dans certains cas d'anomalies.

Le canal pancréatique des'reptiles est simple ou double. Chez le crocodile, par exemple, il existe deux canaux qui s'insèrent après les conduits biliaires sur l'intestin ; chez la salamandre, il n'en existe qu'un dont l'insertion se fait au coniraire avant (Bécourt).

Oiseaux. Le pancréas est généralement volumineux et quelquefois multiple. Chez le pigeon on trouve deux ou trois corps glandulaires indépendants l'un de

116 PANCRÉAS (anatomie).

l'autre, versant dans l'intestin le suc qu'ils sécrètent par des canaux distincts. Quelquefois même, une seule glande peut avoir deux conduits différents. Quand les canaux pancréatiques sont multiples, les canaux biliaires le sont aussi en général, et dans ce cas les uns et les autres s'ouvrent alternativement dans la cavité intestinale. Dans d'autres cas, le canal de Wirsung est unique. Cl. Bernard avait établi comme loi que le conduit biliaire s'ouvre toujours avant le conduit pancréatique: cette loi se vérifie chez le canard, chez le perroquet, l'aigle royal et surtout chez l'autruche où la distance entre les deux oriflces est considérable. Mais la chouette, la corneille, le pic-vert, l'outarde, le flamant, la cigogne, le héron, la mouette, la caille, présentent la disposition inverse, et Guvier, à qui ces indications ont été empruntées, conclut même que chez les oiseaux « le suc pancréatique parvient ordinairement le premier dans le canal intestinal. » Cette diversité dans l'ordre suivant lequel les deux sucs digestifs arrivent au contact du chyme chez les différents oiseaux mérite d'être notée avec soin. La loi posée par Bernard, vraie pour les mammifères, mais trop généralisée, comme nous en avons actuellement la preuve, a servi de base à plus d'une hypothèse sur le rôle successif que la bile d'abord, le suc pancréatique ensuite, ont à remplir dans la digestion. 11 est facile de voir avec quelle réserve on doit accueillir ces théories.

Le pancréas occupe chez les oiseaux la place qu'il conserve chez les animaux plus élevés , il est embrassé par le duodénum qui forme chez eux une anse trèsallongée, ressemblant à un tube en U, dont les deux branches sont unies par un mésentère étroit. Quelles que soient les modifications de forme, de longueur ou d'amplitude, qu'éprouve plus tard l'anse duodénale, c'est toujours dans sa concavité qu'il faudra chercher le pancréas.

Mammifères. C'est en effet là qu'il est situé chez tous les mammifères. Son volume est extrêmement variable suivant les espèces. Colin a cherché quel pouvait être le rapport entre le poids total de l'animal et celui de la glande, mais il n'a pu établir aucune règle, tant les résultats diffèrent d'espèce à espèce et même d'individu à individu. On en jugera par les chiffres suivants : Chez le hérisson, le pancréas pèse 102 fois moins que le corps; chez le chat, 253; chez le chien, 245; chez le lion, 431 ; chez le cheval, 780 ; chez les ruminants, 600. Il n'y a donc aucune règle fixe ; on ne saurait même accepter l'assertion que le poids décroît des carnivores aux herbivores.

La forme bilobée, qui existe un peu confusément chez l'homme, ici est souvent plus accusée; elle est très-nette chez le chien et le chat; le pancréas du cheval est creusé d'un sillon important on se loge la veine porte qui marque la division en deux lobes. Celui du mouton grossièrement triangulaire est profondément échaucré à sa base, ce qui le rapproche encore du même type. Chez les rongeurs (lapin, rat, cobaye) la disposition du pancréas est remarquable. Autour du canal logé entre les feuillets du mésentère, les lobules de la glande sont disséminés à une distance notable les uns des auti'es, de façon à représenter assez exactement une branche d'arbre munie de ses feuilles. Puis à cette portion de la glande que dessert une branche de bifurcation du canal de Wirsung se rattache une seconde portion beaucoup plus condensée, se rapprochant bien plus par sa configuration extérieure des masses glandulaires ordinaires et à laquelle correspond la seconde branche du canal. Ici la division du pancréas en deux lobes non-seulement se retrouve, mais encore ces deux lobes offrent une apparence absolument différente.

La disposition des conduits excréteurs est des plus variables, circonstance

PANCRÉAS (anatomie). 117

importante à connaître pour le physiologiste. Chez quelques animaux, comme le chien, le mouton, le cheval, les lobules de la glande enveloppent le conduit jusqu'à son insertion sur l'intestin : d'où la nécessité de léser la glande même pour arriver jusqu'au canal et la production de troubles réflexes qui modifient le résultat des expériences. Au contraire chez le bœuf, le porc, le lapin, le canal de "Wirsung est dégagé à une notable distance avant son implantation dans le duodénum.

Tiedemann avait reconnu quatre types sous lesquels il rangeait les variétés de l'appareil excréteur, et Bécourt avait reproduit sa division. Mais on a démontré que fort souvent ces anatomistes n'avaient décrit qu'un seul conduit chez des animaux qui en réalité en possèdent deux ; leurs catégories sont donc aujourd'hui surannées. Le plus souvent il existe deux canaux, anastomosés entre eux et pouvant se suppléer au besoin, comme chez le chien ; et de même que chez l'homme ils sont d'inégal calibre. Quelquefois, comme chez le lapin, le canal accessoire est extrêmement petit, quelquefois même absent ; chez le mouton, au contraire, les deux branches sont à peu près égales.

Il est assez commun de voir un des canaux aboutir à l'intestin au même point que le cholédoque; c'est tantôt le plus important, tantôt le moindre. 11 arrive même que l'un de ces conduits (porc, bœuf) ou les deux (mouton) s'ouvrent directement dans la voie biliaire, qui s'insère seule sur l'intestin. Lorsqu'un canal pancréatique important s'ouvre isolément, c'est, suivant la loi de Cl. Bernard, au-dessous de l'abouchement du cholédoque (bœuf) et même à une longue distance (55 centimètres chez le lapin). Cependant Drelincourt a vu chez un singe le canal pancréatique s'ouvrir le premier, et Blasius et Cuvier ont fait la même observation sur un tigre.

De Graaf et Mayer ont observé chez le chat une anomalie assez singulière, mais rare: c'est la présence d'une vésicule munie d'un conduit qui se réunit à angle aigu au conduit pancréatique, et représente à son égard la vésicule biliaire par rapport au cholédoque. Tiedemann a constaté le même fait chez le phoque ,

D. Développement et anomalies. L'étude du développement du pancréas est encore peu avancée. On admet généralement qu'il se développe d'abord par deux moitiés symétriques, qui finissent par se fusionner et dont la présence du double canal excréteur marque la trace. Quelquefois le canal azygos est presque aussi important que le canal de Wirsung. Comme confirmation de cette vue, il faut rappeler que Baër a trouvé chez le poulet de part et d'autre de l'intestin deux bourgeons semblables à la place que doit occuper plus tard le pancréas. Par contre Bischoff n'a jamais rien observé chez les mammifères sur le côté droit de l'intestin.

C'est sous forme d'un bourgeon plein que se montre d'abord celte glande comme les glandes salivaires, mais avant elles (Bourgery) ; il est vrai que cellesci évoluent plus rapidement et se creusent de ramifications correspondant aux futurs conduits excréteurs bien plus vite que le pancréas.

Chez les embryons de vache, les blastèmes du pancréas et de la rate sont confondus. Cette disposition, transitoire dans ce cas, est permanente chez certains Ophidiens (Bourgery). Quelques anomalies observées chez l'homme pourraient faire soupçonner qu'elle existe aussi chez lui.

A la naissance, le pancréas possède la forme et les rapports qu'il doit affecter plus tard, mais, malgré cette apparente maturité, il est loin d'être prêt à fonctionner d'une façon complète, comme nous le verrons dans la partie physiologique.

H8 PANCRÉAS (anatomie).

Anomalies. A l'étude du développement du pancréas se rattache naturellemenï celle de ses anomalies. L'organe peut manquer complètement soit chez les monstres^ anencéphaliens (iMellet), soit chez les foetus atteints d'exoniphale considérable et qui d'ailleurs ne peuvent pas vivre (Mellet, Gastellier). Au lieu de faire défaut, le pancréas peut être simplement arrêté dans son développement. Ancelet, oiî nous avons puisé ces renseignements, rapporte un cas d'Aubery où le pancréas soudé à l'estomac était privé de conduit excréteur, tandis que les canaux cystique et cholédoque se terminaient dans la glande sans se réunir. Enfin les monstres bicéphales possèdent souvent deux pancréas (dipancréatie).

Les anomalies de développement peuvent aussi porter sur la situation même du pancréas, qui peut alors se rencontrer dans le thorax, en même temps qu'une partie des viscères abdominaux (Glauder, Campbell, Weyland), ou dans certaines exomphales considérables (Marrigues), soit qu il tombe au fond de la poche herniaire, soit qu'il reste dans la portion pédiculée. Presque tous les cas de ce genre de déplacement se rattachent à la monstruosité décrite par Geoffroy Saint-Hilaire sous le nom d'aspalasomie. L'anomalie pancréatique n'est alors qu'un point particulier d'un trouble très-étendu de l'évolution embryonnaire, et la survie est rarement possible.

Les rapports intimes qui existent entre la rate et le pancréas se manifestent par certaines anomalies. Hokitansky croit qu'il n'est pas rare de trouver une ratfr accessoire dans la tête du pancréas, et Klob (cité par Friedreich) a observé, chez un aliéné mort d'atrophie du cerveau, la présence d'une petite rate surnuméraire dans la queue du pancréas. Ne devrait-on pas rapprocher ces cas de la disposition normale observée chez la couleuvre et certains reptiles, où le pancréas et la rate forment une masse unique?

Sous le nom de pancréas divkum, les Allemands ont décrit quelques cas rares dans lesquels la glande était divisée en deux segments unis seulement l'un à l'autre par le canal de Wirsung, la queue, par exemple, se trouvant séparée du corps auquel elle n'est rattachée que par un pont fibreux où passe le conduit excréteur (Friedreich). Dans deux cas de Hyrtl, le point précis de la disjonction correspondait au passage de l'artère épiploïque gauche ou de l'artère mésentérique supérieure. Mais cette relation avec les gros vaisseaux n'est pas constante.

Pancréas accessoire [P. succenturialum ; P. aberrans ; Nebenpancreas). On désigne ainsi une petite masse glandulaire, comprise entre les feuillets de l'intestin et qui semble être une portion détachée du pancréas véritable. Friedreich a réuni la plupai't, sinon la totalité des cas de ce genre observés jusqu'à présent.

Cet organe, toujours beaucoup plus petit que le pancréas, se présente sous la forme d'un disque dont les dimensions varient de celles d'une lentille à celles d'une pièce de 5 francs en argent. Sa structure est celle du pancréas ; on reconnaît facilement à la coupe la disposition lobulée d'une glande. Généralement, peutêtre toujours, un fin canalicule verse dans l'intestin le suc sécrété, en s'ouvrant sur une petite papille saillante à la surface de la muqueuse.

Le pancréas accessoire est situé tantôt sous la membrane séreuse, tantôt sous fa muqueuse. 11 se rencontre le plus souvent dans le duodénum ou le début du jéjunum, mais on l'a trouvé quelquefois dans l'iléon (Zenker) et dans l'estomac (Klob, Wagner, Gegenbaur). Dans deux cas, il était placé à la pointe d'undiverticuie intestinal, sans qu'on puisse établir laquelle de ces deux anomalies doit être regardée comme la cause de l'autre. Friedreich fait remarquer seulement cette coïncidence; d'après lui, le pancréas accessoire se formerait de la façon suivante :

PANCREAS (physiologie). IW

dans les piiemiers temps de la vie embryonnaire, quelques grains isole's du pan*»créas se trouvent fortuitement enclavés entre les feuillets de l'intestin. Le développement en longueur de celui-ci entraîne ces fragments de la glande loin de leur point de départ, et leur développement propre sur le nouveau terrain où ils se trouvent placés leur permet d'acquérir des dimensions relativement considérables. On ignore si ce pancréas accessoire est sujet aux mêmes affections que le vrai pancréas et s'il participe aux altérations qui peuvent atteindre ce derm'cr. .

§ IV. Physiologie. Le plan de ce Dictionnaire ne nous permet pas de traiter ici tous les points de la physiologie du pancréas. La part qui nous est réservée comprend seulement l'étude de la sécrétion, de ses phénomènes chimiques et physiologiques, de ses variations, de la composition et des propriétés du suc. Elle est coHsidérable. C'est à l'article Digestion que seront exposées et discutéesles actions multiples de ce suc sur les aliments. Sur ce sujet, nous nous bornerons à rappeler que depuis les travaux de Bouchardat, de Cl. Bernard et de L. Corvisart, on admet que le suc pancréatique transforme les féculents en glycose, les albuminoïdes en peptones, et dédouble les corps gras en glycérine et en acides gras. L'importance digestive de ce liquide explique l'intérêt- qui s'attache aux divers points de l'histoire de sa sécrétion et justifie les nombreuxtravaux entrepris pour son étude.

A. Composition et réaction chimiques du tissu du pancréas. A une époque ■ encore assez récente, où l'examen histologique ne permettait pas de distinguer le tissu du pancréas de celui de plusieurs autres glandes, notamment des glandes salivaires et des glandes de Brunner, les physiologistes avaient cherché dans les réactions chimiques un criléiium qui permît de le reconnaître sanshésilalion. Bien qu'actuellement les progrès de la micrographie empêchent de pareilles confusions, il est bon de résumer ces recherches dont les procédé» nouveaux d'examen ne doivent faire oublier ni l'exactitude ni l'utilité.

D'après Frey, le tissu pancréatique, dont la densité est de 1,047, présente une réaction alcaline. Il donne de 0,2 à 0,9 pour 100 de cendres, dans lesquelles on retrouve de la chaux, de la magnésie, de la soude, du chlorure de potassium, du chlorure de sodium, des phosphates de chaux, de soude et de magnésie, dessulfates alcalins, et enfin un élément assez peu commun dans la constitution des glandes, du phosphate de fer. Les principales matières organiques qufr décèle l'analyse sont la leucine et la tyrosine (Virchow), la guanine et la xanthine (Scherer), la sarcine (Gorup), l'acide lactique, et chez le bœuf l'inosite (Boedeker et Lane). Enfin Pavy y a rencontré de la substance glycogène.

C'est moins à l'analyse élémentaire, toujours longue et difficile, qu'à certaines réactions faciles à chercher, que Cl. Bernard s'adressait pour démontrer la présence du tissu pancréatique. Une des plus importantes est celle qui se produit au contact des corps gras : une solution éthérée de beurre mise au contact d'un fragment dissocié de ce tissu rougit rapidement la teinture de tournesol. Le développement d'un acide est dû au dédoublement du beurre {voy. Digestioin). Le parenchyme du pancréas serait le seul tissu qui donnerait cette réaction.

L'addition d'eau chlorée à l'infusion du tissu pancréatique donne dans certaines conditions une coloration rouge vineuse, qui avait fortement attiré l'alteiution de Cl. Bernard. « Le tissu du pancréas, lorsqu'il est abandonné dans l'eaux à la décomposition spontanée, peut présenter trois périodes : dans la première période de décomposition, l'infusion du tissu pancréatique présente une matière

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