PANICAUT
parfois spinescents. Leur port est très-variable de même que la forme de leurs feuilles. Celles-ci sont entières, dentées ou cilie'es, avec des dents ou des lobes parfois terminés en épines très-aiguës et rigides. Quelquefois elles sont loriformes et rectinerves. Dans certaines régions, surtout dans les portions extratropicales de l'Amérique du Sud, il est fréquent de voir des espèces à feuilles étroites, allongées, ou ciliées, ou dentelées, simulant les feuilles des Broméliacées, des Pandanus, etc. Les fleurs sont disposées, ou en épis plus ou moins allongés, ou plus fréquemment en capitules qui rappellent ceux des Composées, mais dont l'évolution est toute particulière et qui sont pourvus de pddicelles. Chaque fleur occupe l'aisselle d'une bractée, et les plus extérieures de celles-ci, parfois plus petites que les autres, mais bien plus fréquemment plus grandes, plus larges, diversement colorées, constituent par leur rapprochement un involucre qui complète la ressemblance extérieure de ces inflorescences avec celles des Synanthérées. Quelquefois encore, comme dans les Alepidea, souvent distingués à litre de genre, les bractées florales sont petites ou peuvent même faire totalement défaut. Il y a des Panicauts dans toutes les régions chaudes et tempérées du globe. Seuls les Alepidea représentent le genre dans l'Afrique australe. Les espèces qui intéressent la médecine sont les suivantes :
1° Le Chardon roland (par corruption, dit-on, pour Chardon roulant), ou Panicaut champélre. Fouace à l'âne. Chardon à cent têtes, Chardon barbe de chèvre. Relâche, Erlache, Poinchau, etc., est VEryngium campestre L., herbe vivace, commune dans les lieux arides, à fleurs blanchâtres, à involucre formé de 4-6 folioles étalées, linéaires-lancéolées, acuminées, souvent pourvues de spinules marginales en petit nombre. Le fruit est tout couvert d'écaillés membraneuses, et les feuilles ont un limbe largement ovale et bipinnatipartite. La souche de celte plante est épaisse, allongée et brune. C'est elle qu'on emploie de temps immémorial dans la médecine populaire, sous le nom de racine de Chardon- Roland ; elle est diurétique et s'administre comme telle dans les cas de gravelle, d'hydropisies diverses, d'ictère, d'engorgement des viscères abdominaux. Sa saveur est amère; mais en la faisant longtemps bouillir dans l'eau on la rend comestible; elle se confit parfois au vinaigre et au miel. Sous cette dernière forme, elle a été préconisée comme aphrodisiaque (Tournefort). Elle est encore vantée dans certaines provinces comme résolutive et fondante; on l'emploie en ce cas à la dose de 60 ou 80 grammes par litre d'eau. C'est surtout en Allemagne que la plante a été recommandée contre la phthisie pulmonaire. Les uns l'administraient en infusion (Guthc, ex Rec. périod. litt. médic. étrang.,1, 184); les autres, en inspirations (Hoffmann, de Manheim). Aujourd'hui ces prétendues vertus du Pénicaut champêtre sont à peu près oubliées.
2° Le Panicaut maritime (Eryngiuni maritimum L.) est une espèce commune dans les sables maritimes de la plupart des contrées de l'Europe. Ses tiges rameuses portent des feuilles dures et coriaces, glauques, à limbe orbiculaire-réniforme dans son ensemble, plus ou moins profondément palmatilobé, à divisions rigides et très-fréquentes. L'involucre des inflorescences est formé de 4-6 folioles étalées, ovales, rhomboïdales, trilobées et coriaces. Les sommités fleuries sont bleuâtres, et les fleurs sont bleues. La souche de cette espèce est allongée, rampe sous terre et émet de nombreux stolons souterrains. C'est cette partie souterraine qui s'emploie encore beaucoup dans certains pays voisins de nos côtes; elle est bien plus active, assure-t-on, que la portion correspondante de YE. campestre. C'est un diurétique très-vanté, souvent proposé contre
PANIS GUCULLl. 189
l'obstruction des viscères. Sur les bords de l'Oce'an, on en pre'pare des décoctions concentrées, employées avec succès (Cazin) contre diverses hydropisies, notamment contre l'anasarque. D'après Miller, ses souches sout désaltérantes, néphrétiques et alexipharniaques. Belon, dans ces Singularitez (1557), page 57, rapporle que « l'usage de confire les tendrons d'Onoiiis n'est pas aboly en Crète, ne de manger les cymes de Eryncjium; mais il faut entendre que tel Enjngium y est marin, naissant au rivage de la mer, différent à celuy qui naist au lieu méditerranéen. » J'ai vu sur les côtes de la Manche récolter avec soin les rhizomes de Panicaut maritime pour les administrer aux nouvelles accouchées qui ne doivent point nourrir; on les employait, dans ce cas, en infusion, comme la Canne de Provence.
30 V Herbe des serpents est VEryngium planiim L., qu'il ne faut pas confondre avec VE. Barreliel Boiss. (In ÀJin. se. nal., sér. 3, I, 125). C'est une espèce de l'Europe australe et orientale; elle se retrouve, dit-on, en Sibérie, oîi ses fleurs sont usitées comme sudorifiques.
Dans le midi de l'Europe, les E. dilatalum Lamk et amethystinnm Waldst. et Kit. s'emploient aux mêmes usages que VE. campestre.
En Crète, \'E. ternalum PoiR. se prescrit comme aphrodisiaque et diurétique ; on emploie surtout son rhizome.
Dans l'Amérique du Nord et du Sud, l'espèce la plus usitée est VE. fœtUlum L. {llerba Eryngii americani fœtidi Off.). Stimulante et provoquant les sécrétions aromatiques, comme la Coriandre, cette espèce se prescrit fréquemment contre les hydropisies et les flux. Les E. virginianum Lamk et mexicanum Moris. ont des propriétés analogues. Au Mexique encore, VE. longifolium Gav. et VE. hroînefofoiium Lamk passent pour emménagogues, diurétiques, alexipharmaques. Au Brésil, on recherche les feuilles de VE. Lingiia-Tucani Mart., comme remède des angines, des stomatites aphtheuses. h'E. aquaticum L. {E. yuecœfoUum MiCHx) est un des Contrayerva de l'Amérique du Nord {Radix Eryngii aquatici Off.).
L 'EpiyywM de Dioscoride était célèbre comme médicament diurétique, dépuratif. Est-ce VE. planum L. ? Où l'une des espèces suivantes : E. grœcum Lk, viride Lk, dichotomum Dest., trlcuspidalnm L. ? C'est ce que nous ne pouvons décider; toutes ces espèces doivent d'ailleurs avoir des propriétés identiques, c'est-à-dire diurétiques et dépuralives, comme l'£'. campestre. C'est la limite de celui-ci qui, dans nos anciennes pharmacopées nationales, était le Radix Asteris inguinalis, seu Capitidi Martis, seu Aciis Veneris. H. Bin.
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PA]\icnEKAi. Nom tamoul du Diospyros glutinosa Kœnig. Pl.
PAi\ios. Nom donné par les anciens auteurs à la Conyze squarreiise {Conyza squarrosa L.). Pl.
PA\is CL'CIXLI ou PAIX DE COUCOU. Nom donné à VOxalis acelosella L. Pl.
190 PANKE ACAULIS.
PAIV'IS PAtViSSE. Synonyme de Panic {voy. ce mot). Pl.
PAXIZZA (Bartolomeo). Anatomiste italien distingué, naquit de parents pauvres à Vicence, le 15 août 1785. 11 fit ses humanités dans sa ville natale, puis en 180'2 se rendità Padoueoùil écouta les leçons d'anatomie de Caldani et celles de chirurgie de Malacarne. Après avoir pris ses grades en chirurgie, il alla en 1 807 à Bologne, où enseignaient Âtti et Quadri, en 1 808 à Florence, oiî florissaient Nannoni, Moncini, Uccelli et surtout Mascagni, en 1809 à Milan, où il suivit les cours de Strambio, de Rasori, de Monleggia et de Pallelta; de là il se rendit à Pavie pour prendre ses degrés en médecine, puis suivit jusqu'à la fin de 1811 l'enseignement de Borda, de Cairoli, de Yolpi, et surtout celui de Scarpa, qui l'honora de son amitié.
En 1812, Panizza prit part, avec l'armée de Napoléon, et sous les ordres d'Assalini, à la désastreuse camp3gne de Russie. Le prince Eugène le nomma chirurgien-major de la garde l'oyale italienne, et, après la guerre, il resta prisonnier des Russes pour soigner le général français Laci'oix, blessé à Vilna.
En 1815, la chaire d'anatomie humaine étant devenue vacante à Pavie, par suite do la nomination de Fattori à Modène, Panizza devint suppléant et l'année suivante, après concours, professeur titulaire; il fut chargé en même temps d'enseigner les maladies des yeux, ce qu'il fit avec succès pendant deux ans. Mais il enseigna surtout l'anatomie avec la plus grande réputation durant de longues années. Panizza n'était pas cependant un professeur brillant; il était même loin d'avoir la parole facile, mais dans son enseignement oral comme dans ses livres son langage était simple, concis, persuasif. Il mourut à un âge avancé le 15 avril 1867. Il était chevalier de la Couronne de fer depuis 1838.
Panizza a été un très-habile anatomiste; tout le monde connaît ses beaux travaux sur les vaisseaux lymphatiques et sur les chylifères. Mais ses ouvrages de physiologie, de chirurgie et même de tératologie, offrent également une grande valeur. On en trouvera l'analyse détaillée dans une notice publiée par Giovanni Alberlini dans les Annali îiniversall di medicina, t. CCll, p. 656, \ 867. Citons de lui:
\. Annofazioni anatomo-chirurgiche sul fungo midollare delV occhio e sulla dcpressione delta calaralLa. l'avia, 1821, gr. in-^", fig. — II. Sul fungo midoUare deW occliio : Appendice. Pavia, 1826, gr. in-4°, fig. — III. Osservazioni antropo-zoolomico-fisiologiclie. l'avia, 1830, in-fol., 10 fig. — IV. Sopra il sislema linfalico dei 7-ettili. Ricerche zoolomiche. l'avia, 1833, gr. in-fol., fig. — V. Ricerche sperimenlali sopra i nervi. Lellera al prof. Maurizio Buffalini. Pavia, 183 i, in-8°. — VI. SulV assorbimento venoso. Memoria inserita nel X" volume degli « Atlidell' IstitiUo Lomhardo », 1842. Trad. en franc, in VExpéiience, 1843. — Vil. Aiinotazioni cliirurgiche sulla ghiandola parotide. In Gazella medica di Lombardia, 1843. — VIII. Sul rapporlo tra i vasi sanguigni e linfalici dei retlili. Lellera direlta al cav. prof. Alessandriiii. Milano, 1844, in-8''. — IX. Annotazioni zoolomiche fisiologiche sojn-a i retlili. Mem. inserita nel tomo 15° dei « Giornale delV hlilulo Lomhardo », 1847. — l.Osscrvazioni sul nervo ollico. Ibid., t. VII, 1855. — XI. Divers articles dans les recueils périodiques. L. Un.
PARIJA PAAJALA. Nom donné aux Indes au Fromager {Bombax penlandrum L.). Pl.
PAîiME ACALXIS Poir. Cette plante rentre actuellement dans les Gunnera {voy. ce mot). Pl.
PANOPIIOBIE. 191
PAl^KE SOI^JCUIFOLIA. L. Synonyme du Francoa appendiculata Cav.
Pl.
PAWl^A. Nom donné au rhizome de VAspidium athamanticum Kunze, plante de Port-Natal et de la colonie du Cap, qui a les propriétés de la Fougère mâle, Pl.
PAl\'MAGll. Nom hébreu du Balsamodendron Opobalsamum. Pl.
PAlvi\Al\KLLLOO. Nom tamoul du Borassus flabelliformis L. Pl.
PAIXIIVICULE [Pannus, morceau d'étoffe). En anatomie, couche de tissu musculaire ou de tissu graisseux. Fannicide charmi, pannicule graisseux. Aujourd'hui le plus souvent ce nom s'applique à une couche de tissu plus ou moins épaisse et circonscrite, formant une sorte de coussinet; mais il désignait aulrefois des couches étendues à de larges surfaces et même à toute la surl';ice du corps; \& muscle peaussier , le tissu cellulo-adipeux sous-cutané. I).
PAMMUS [voy. Cornée, p. 503). On ne doit pas le confondre avec le plérygion [vo]j. Conjonctive, p. 612.) D.
PAIVOMA. Nom indien donné au Croton Tiglium L. Pl.
PA^OPIIOBIE. Au point de vue d'u\ie étymologie rigoureuse, le terme panophobie est mal formé et Littré demande même qu'il soit rayé du dictionnaire pour lui substituer le mot de pantophobie (7r«vTofo6i«, de Trâv, Ttavro;, tout, et (fo?izvi, craindre). La linguistique a sans doute raison, nous le reconnaissons, mais, quoi qu'elle ait pu faire, l'usage a prévalu, et c'est panophobie qui l'a emporté sur pantophobie.
La panophobie est une terreur exagérée, produite par des hallucinations, des conceptions délirantes multiples, etc., avec toutes les manifestations extérieures que peut produire un tel état.
La terreur peut, selon les individus, amener des résultats opposés. Les uns, sous l'inlluence d'une violente frayeur, restent comme pétrifiés ; leur figure, toute leur attitude e.vtérieure, manifestent bien la crainte, mais ils restent muets, immobiles, et semblent même dans l'impossibilité de bouger. Les autres, au contraire, ont la terreur expansive, si je puis m'exprimer ainsi : ce sont des panophobes. Ils sont sans cesse en mouvement, ils ont le besoin de fuir pour échapper aux dangers imaginaires qui les entourent. Ils se plaignent et gémissent sans cesse, développent une activité musculaire incessante ; ils marchent constamment, reculent, avancent, vont, viennent et n'ont pas une minute de repos. Des mains ils repoussent les fantômes qu'ils entrevoient, ou bien ils se couvrent les yeux pour ne pas les voir. Les muscles du visage sont contractés ; la figure est crispée, grimaçante.
Cet état panophobique est provoqué par des hallucinations de la vue et de l'ouïe ; les malades voient des fantômes qui sortent de toutes parts, ils entendent les rugissements de bêtes féroces, le sifflement des serpents, etc. Les causes terrifiantes sont multiples, elles se succèdent, se remplacent; le malade vit, en
192 PANOPIIOBIE.
quelque sorte, dans un panorama de visions et d'auditions qui ne lui laissent aucun instant de repos.
La panopliobie, telle qu'elle vient d'être décrite, constitue un état aigu, mais le plus souvent elle ne se présente à ce degré que par paroxysmes relativement courts; lorsque, au contraire, elle a une durée prolongée, ce n'est pas sans péril pour l'existence des malades.
Mais, au lieu de cet état aigu, la panopliobie peut se présenter sous une forme en quelque sorte chrouique. C'est un degré moins accentué de cet état. Le malade, dans ce cas, a encore peur de tout ; il ne peut rester en place, il gémit et répète sans cesse une phrase stéréotypée, comme : « Mon Dieu..., mon Dieu... ce nest pas moi..., non, ce nest pas moi... », ou « Perdue, mon Dieu! perdue, ruinée, condamnée » , ou encore : « Ah ! mon Dieu ! qu'est-ce que je vais devenir? », etc. Par ces mots entre-coupés, il exhale ses craintes, ses angoisses, ses frayeurs ; mais il n'y a plus là cette terreur pour ainsi dire aiguë, dont nous avons donné plus haut la description.
La panopliobie n'est pas une maladie, mais un symptôme qu'on observe dans plusieurs formes de maladie mentale, telles que la mélancolie anxieuse, la paralysie générale, et dans cerluins délires toxiques, comme le delirium tremens et l'empoisonnement par les solanées vireuses (belladone, datura stramonium).
Dans la mélancolie anxieuse, la panophobie est fréquente. Les malades, sous l'influence de leurs idées délirantes de nature triste, poursuivis par des hallucinations terrifiantes de la vue et de l'ouïe, tombent dans un véritable état maniaque, qui se distingue aisément de la manie ordinaire. Les anxieux agités sont, il est vrai, comme les maniaques, constamment en mouvement, ils dépensent une grande somme de force musculaire, mais ils ne présentent pas cette volubilité incessante qui caractérise le maniaque ; ils poussent, au contraire, des cris étouffés, des gémissements, indices de frayeurs et d'angoisses incessantes.
Cet état maniaque terrifiant permet d'établir une distinction très-nette entre la mélancolie anxieuse et la mélancolie avec stupeur. M. J. Falret, dans son cours, a très-bien fait ressortir les caractères distinctifs de ces deux formes de folie. Dans la mélancolie avec stupeur, le malade, après avoir subi un choc moral violent, devient comme pétrifié; il reste muet et immobile, quelque terrifiant que soit le spectacle qu'il ait devant les yeux. L'anxieux panophobe, au contraire, ne peut rester en place, il présente la plus grande mobilité et dans les idées et dans les actes. Les auteurs allemands ont avec raison donné à la mélancolie anxieuse le nom de melancolia agitans, et celui de melancolia attonita à la mélancolie avec stupeur, caractérisant par ces deux adjectifs ces deux formes très-distinctes de folie.
Dans la paralysie générale s'observe parfois le délire panophobique, mais surtout dans la première période de la maladie. Les différentes formes de la mélancolie peuvent, en effet, se présenter comme symptômes psychiques chez les paralytiques généraux ; la mélancolie anxieuse, comme le délire hypochondriaque et la mélancolie avec stupeur. Lors donc que les symptômes de la mélancolie se présentent sous la forme anxieuse, il n'est pas rare de voir les paralytiques devenir panopliobes et présenter tous les signes d'une crainte terrifiante avec mobilité incessante.
Dans le delirium tremens, à l'état aigu ou suraigu, les symptômes paaophobiques sont de règle. Cette agitation musculaire avec terreur constante s'explique par les hallucinations de toute sorte, par les erreurs de perception, les scènes
TANOPTIQUE. 193
désordonnées qui se succèdent dans l'esprit des malades et qui ont été décrites avec soin dans l'article Delirium tremens de ce Dictionnaire.
On a observé parfois la panophobie dans Y empoisonnement par certaines solanées vireuses, telles que la belladone et son alcaloïde l'atropine, le datura stramoniuni. Le délire toxique spécial produit par l'ingestion de ces substances vénéneuses explique la production de ce symptôme ; les hallucinations terrifiantes qui l'accompagnent tendent surtout à amener cet état de crainte, de frayeur, cette agitation musculaire constante {voij. art. Atropine, Belladone, Datura, de ce Dictionnaire).
Quelle est la valeur pronostique du symptôme panophobie ? Comme nous l'avons déjà fait remarquer, lorsque la panophobie est à l'état suraigu, on a tout lieu de craindre que des symptômes de délire aigu se manifestent et emportent au bout de peu de temps le malade ; c'est ce qui s'observe non-seulement dans le delirium tremens, mais encore dans la mélancolie anxieuse. Lorsque, au contraire, la [lanophobie se prolonge, qu'elle n'est pas un court épisode de la maladie dans laquelle elle fait explosion, il peut se produire deux choses : ou bien cet état aigu finit par épuiser le patient et amener la mort, ou bien, au bout d'un certain temps, à l'état aigu se substitue peu à peu un état chronique, comme on l'observe le plus souvent dans la mélancolie anxieuîe, par exemple.
Quant au traitement, nous n'avons que peu à en dire. Dans h mélancolie anxieuse et le deUrium tremens, l'opium, sous toutes ses formes, a donné d'excellents succès contre le délire panophobique ; Scbùle préconise spécialement dans les cas de mélancolie anxieuse l'usage des injections sous-cutanées de morphine. En ce qui concerne les moyens à employer dans les cas d'empoisonnement par la belladone ou le datura stramonium, nous renvoyons aux articles de ce Dictionnaire qui traitent de ces poisons. Ant. IIitti.
BiDLioGRAPHiE. — EsQumoL. Des maladies mentales, 1838, art. Lypémanie. — Morel. Eludes cliniques des maladies mentales, 1852. — Schuele. Die Dysphrenia ncuralgica. Eine kliniHche Abhandlung, 1867. — Mobel. Du délire panophobique des alie'nés gémisseurs. In Annal, médico-psychologiques, nov. 1871. — Dagonet. Nouveau Trailé des maladies mentales. Paris, 1S76. — Kraffi-Ebing. Lehrbuch der Psychiatrie. Sluttffart, 1879. — J. Luys. Traité clinique et pratique des maladies mentales, 1881. — Ball. Leçons cliniques sur les maladies mentales, 1883. k. R.
Pill\OPHTlIAL]lllE. Inflammation de l'œil entier {voy. Œil [Phlegmon]).
PA1\0PTIQUE (îrav, lout, col/, œil). Nom donné par Serres (d'Uzès) à des lunettes proposées par lui en 1857, dans le but de suppléer, à elles seules, à toutes les autres, c'est-à-dire propres à toutes les vues.
Ces instruments ne diffèrent pas sensiblement des lunettes conseillées ultérieurement par Donders et dénommées par lui sténopéiques (o-rsvoç, étroit, ott;, ouverture), consistant les unes et les autres en un petit écran de métal noirci, portant en son centre un petit orifice du diamètre de la lige d'une épingle ordinaire (6 à 7 dixièmes de millimètre).
L'elfet de ces lunettes est multiple ; leur premier objet est d'affranchir l'œil
des cercles de diffusion, conséquence de toute amétropie, en réduisant l'organe
aux conditions de la chambre noire mathématique, c'est-à-dire en supprimant
de fait la réfraction par la réduction de chaque cône lumineux à un simple
DicT. ENc. 2° s. XX. 13
petit faisceau cylindrique. Sous ce rapport elles peuvent en une certaine mesure remplacer toute espèce de lunettes.
Mais ce résultat est obtenu au détriment de l'éclairage; l'étroitesse de l'ouverture laissée à la lumière l'explique suffisamment. Sous ce rapport, elles répondent directement à un second besoin, en remplissant le rôle d'écran protecteur contre une lumière trop vive, ou l'éblouissement amené par des pupilles mydriatiques, ou des leucomes cornéaux; c'était là l'objet principal poursuivi par Donders. Si l'on est dans la nécessité de les appliquer aux deux yeux et de les employer dans la vie extérieure, dans laquelle la convergence et la direction des axes visuels changent à chaque instant, on remplacera le trou d'épingle par une petite fente horizontale, d'un millimètre environ de hauteur, qui peut laisser, il est vrai, des bandes de diffusion dans le plan horizontal, mais compense ce désavantage par une utilisation beaucoup plus étendue de l'appareil. C'est ce résultat même que se procure le myope, par le simple clignement [voy. ce mot. à l'art. Mïopie).
Badal a apporté une heureuse modification à la lunette sténopéique en lui associant une loupe, combinaison qui en accroît notablement le pouvoir éclairant [Clinique ophthnlmologique, Delahaye, 1879). Giracd-Teulon.
PAlVSEMEKT. Anglais, Dressing ; allemand Verband.
On donne le nom de pansement, dit Rochard, « à l'application méthodique d'un topique ou d'un appareil sur une partie malade, pour en amener la guérison ». Cette définition, qui n'est autre que celle de Litlré, très-légèrement modifiée, ne nous parait pas acceptable, même en en restreignant la valeur, comme l'a fait l'éminent Inspecteur général du service de santé de la marine. Le mot appareil est employé en chirurgie avec des acceptions si diverses, si multiples : appareils à fractures, appareils de protlièse, appareils orthopédiques, etc., que les pansements ainsi définis comprendraient une grande partie de la chirurgie. Bien plus juste nous paraît la définition de F. Guyon, et nous dirons avec lui : Le pansement est une opération chirurgicale qui a pour but de protéger une plaie et de lui assurer les conditions les plus favorables pour la conduire à la guérison. »
Division, Les pansements, malgré leurs variétés infinies, peuvent aujourd'hui être groupés en deux grandes classes : les pansements non antiseptiques, et les pansements antiseptiques. Au nombre des premiers nous rangeons le pansement simple, le pansement à l'eau, au diachylon, le pansement ouvert, etc., ceux que l'on pourrait nommer justement les pansements anciens. Notre seconde classe comprendra les pansements dits antiseptiques : alcool, ouate, charbon, acide phénique, etc. ; la méthode de Lister et ses très-nombreux dérivés.
Certaines méthodes de pdnsement, appartenant tant à notre première classe qu'à la méthode antiseptique, sont actuellement oubliées ou n'ont pas pénétré dans la pratique générale, en raison des difficultés de leur application. Telles sont : l'incubation de Guyot, l'occlusion pneumatique de J. Guérin, l'occlusion avec aspiration continue de Maisonneuve, le bain d'huile permanent d'Ollier, le perchlorure de fer de Bourgade, la ventilation de Bouisson. Nous leur avons donné dans l'historique la place à laquelle elles ont droit.
Nous ne devons, dans cet article, étudier que les méthodes de pansement employées d'une façon générale, leur valeur et leur mode d'application. Il n'y
saurait être question des pansements particuliers à certaines régions du corps, à certaines opérations, à certaines lésions chirurgicales; il nous est impossible d'énumérer les modifications, habituellement légères, que doivent subir les modes généraux de pansement dans leur application à des parties différentes. Le lecteur pour en prendre connaissance doit se reporter à la description des affections qui les nécessitent.
Règles générales des pansements. Nous avons compris les pansements parmi les opérations de la chirurgie. Toutes les règles applicables aux opérations chirurgicales doivent donc être rappelées, quand il s'agit de l'exécution des pansements. On les trouvera soigneusement décrites et judicieusement appréciées dans le savant article du professeur Courty [Dictionn. encydop. des sciences médicales, 2" série, t. XV, p. 458, 1881). Rappelons seulement qu'en raison de leur importance les pansements doivent être appliqués autant que possible par le chirurgien lui-même; qu'ils ne sauraient, sans inconvénient et sans danger pour le patient, être abandonnés aux soins de personnes incompétentes. En dehors des règles communes à tous les actes chirurgicaux, la pratique des pansements ne noiis semble pas comporter de préceptes généraux applicables à ses diverses méthodes.
Historique. A. Depuis les temps anciens jusqu'à Hippocrate. L'histoire des pansements est aussi ancienne que celle de l'humanité. La plupart des arts immédiatement utiles à notre espèce ont une origine commune : la nécessité. C'est sous cette influence puissante qu'ils ont apparu et se sont développés.
Au point de vue chronologique, l'art des pansements dut être cultivé un des premiers; le simple raisonnement, en effet, nous permet d'affirmer qu'il fut un de ceux dont le besoin se fit le plus rapidement sentir.
Isolés au milieu de la création, obligés à une lutte incessante, tant pour assurer leur subsistance que pour se protéger contre leurs ennemis, les premiers hommes se familiarisèrent assez rapidement avec la vue des blessures. Le premier blessé, quelle qu'ait été du reste la nature de sa plaie, chercha certainement tout d'abord à la préserver de l'influence des agents extérieurs. Pour parvenir à ce résultat il n'y avait alors et il n'y a encore aujourd'hui qu'un moyen. Il consiste à appliquer, à maintenir à la surface de la plaie des substances diverses. Or n'est-ce pas là faire un pansement?
Parmi ces diverses substances répandues à profusion autour de lui, le blessé fut rapidement conduit à faire un choix. Les unes étaient d'un contact moins pénible que les auti^es; celles-ci le protégeaient mieux, etc., etc.
Plusieurs observations de ce genre durent être faites très-rapidement. Loin de les laisser dans l'oubli, leurs auteurs les transmirent oralement à leurs proches, qui à leur tour les appliquèrent dans des cas analogues. Peu à peu, l'expérimentation journalière et le raisonnement purent améliorer ces premiers résultats.
L'art des pansements, s'appliquant à des lésions visibles, progressa avec rapidité. Nous n'en voulons d'autre preuve que la formidable pharmacopée des Anciens. Néanmoins, il s'écoula un temps fort long avant qu'il se soit trouvé un mortel assez audacieux pour porter sur ses semblables l'instrument tranchant ou le feu. Voilà pourquoi l'art des pansements pendant les premiers âges de l'humanité constitua à lui seul toute la médecine. Les premiers thérapeutes étaient panseurs, c'étaient les Heurs de plaies.
Les lieurs de plaies formaient une caste à part dans les diverses nations.
Ils se transmettaient de j)ère en fils les secrets de l'art, les enveloppant suivant les époques de telles ou telles pratiques mystérieuses, dans le but évident d'en dérober la connaissance au vulgaire. L'imagination si facilement impressionnable des peuples primitifs ne tarda pas à voir dans les détenteurs de ces s-ecrets des êtres surnaturels, de véritables thaumaturges. Parmi eux ont existé des hommes d'une intelligence supérieure à la moyenne. Comprenant fort bien tout le parti qu'ils pouvaient tirer de leur situation, ils cherchèrent à en profiter. Plusieurs ont joué parmi leurs contemporains un rôle important; c'est là ce qui ressort de la lecture des hymnes hindous, particulièrement des Védas. D'après ces chants, dans l'antiquité la plus reculée, des castes s'étaient formées et avaient accaparé à leur profit les connaissances médicales. Aux armées existaient des castes de panseurs.
Des temples s'élevèrent bientôt en l'honneur des divinités qui présidaient au traitement des malades. Les prêtres de ces divinités furent naturellement ceux qui consacraient leur existence à prodiguer des soins à leurs semblables. Ces hommes si utiles étant morts, la tradition augmenta encore leur renommée, les légendes s'ajoutèrent aux légendes, et plus tard, s'élevant eux-mêmes par cette divinisation, leurs successeurs les firent admettre au rang des demidieux.
Telle est en résumé l'histoire du développement de l'art pendant la période préhistorique. Elle est la même chez tous les peuples; les contrées, les langues diffèrent, les hommes sont partout les mêmes. Malgré les efforts de Sprengel et de Daniel Leclerc, pour retrouver les traces de l'histoire de la médecine depuis Tubalcaïn jusqu'à Homère, tout est obscur à cette époque. Tout se borne à des légendes et nous sommes obligés d'abandonner à la fable Hercule, Bacchus, Mélampire, Aristée, Isis, Osiris, Orphée et même le centaure Chiron, bien que Percy ail particulièrement tenu à voir en lui le père de la chirurgie.
« Quand s'ouvrent les annales du monde ancien, dit le professeur Dareniberg {Hist. des sciences médicales, t. I, p. 70), c'est-à-dire au moment où le vieil Homère chante les luttes héroïques de l'Occident contre l'Orient, nous trouvons l'art médical entre des mains expérimentées, non pas entre les mains des dieux, mais entre celles des hommes. »
Machaon, fils d'Esculape, et son frère Podalyre, se font remarquer entre tous au siège de Troie. « Agamennon, dit l'auteur de l'Iliade, le fait chercher parmi les combattants pour panser le grand Ménélas blessé par une flèche ennemie. Machaon commence à tirer du baudrier la flèche, mais en la tirant le bois se rompt, et le fer demeure engagé par ses crochets: il détache doncpromplement le baudrier, défait la cuirasse et ôte la lame qui était dessous. Après avoir bien considéré la plaie, il en suce le sang et, pour en apaiser les douleurs, il y met un appareil que le centaure Chiron avait autrefois enseigné à Esculape. » Machaon ne craignait du reste pas d'exposer sa vie en allant prodiguer ses soins aux blessés. Aussi lisez le passage suivant du même auteur et jugez de l'estime que cet homme illustre inspirait à ses contemporains : « Les Grecs voyant Machaon dangereusement blessé craignirent que, s'ils venaient à être repoussés, les Troyens ne l'achevassent, où qu'il ne tombât vif entre leurs mains. Dans cette crainte Idoménée, s'adressant à Nestor, lui dit : « Fils de Pelée qui êtes la gloire des Grecs, dépêcbez-vous, montez proraptement sur votre char et l'emmenez promptement vers vos vaisseaux, un grand médecin comme lui vaut mieux que des bataillons entiers dans une armée, car il sait arracher et couper
les traits qui sont dans les plaies et par des appareils admirables il apaise les douleurs des blessés. »
En dehors de ces hommes spéciaux, l'art de guérir en général restait confiné dans les temples. Les observations de cures merveilleuses faites par les prêtres étaient inscrites sur des tables de marbre, que l'on accolait aux murs des temples comme un hommage rendu aux divinités bienfaisantes. C'est dans ces inscriptions que les médecins de l'école de Cos trouveront un jour des matériaux précieux. C'est en débarrassant ces observations de leur côté mystique et surnaturel qu'ils arriveront à faire reposer sur des bases sérieuses les fondements mêmes de la science.
Peu à peu les écoles se fondent.
Les différentes branches de lart sont successivement approfondies et, si nous en croyons Hippocrate dans la ])lus célèbre de ces écoles, à Cos, l'art des pansements était particulièrement en honneur.
Le livre intitulé : Traité de l'officine du médecin, nous montre que les maîtres ne dédaignaient pas de descendre à la description des détails les plus minutieux de pratique.
L'suteur dans un court préambule indique que ce livre est consacré à l'exposition des règles générales qui président à la pratique des opérations. A propos de chacune d'elles, il décrit le rôle des aides pendant l'opération, ainsi que leur intervention dans les pansements consécutifs. « Dans l'applicatiou d'une déligation, dit-il, les conditions à remplir sont : la promptitude, la légèreté qui épargne les douleurs, l'aisance et l'élégance. La promptitude, c'est pour manœuvrer, épargner les douleurs, c'e^t agir avec facilité. Avoir de l'aisance, c'est être prêta tout, avoir de l'élégance, c'est être agréable à la vue. »
Avant d'être chargés de remplir les fonctions d'aides et de faire les pansements, les élèves recevaient une éducation spéciale. Leur corps, dit Hippocrate (trad. Litlré), était façonné aux attitudes régulières, leurs mains aux mouvements réglés, et cette gymnastique chirurgicale, si nécessaire pour que toutes les opératious soient exécutées avec une précision qui d'apprise devient pour ainsi dire instinctive, était sans doute plus exacte alors qu'elle ne l'est aujourd'hui pour nos élèves. Cette éducation était complétée par des exercices de déligation chirurgicale, et l'on trouve sur cette matière, dans les ouvrages de l'école de Cos, un véritable traité, auquel depuis lors, il faut bien l'avouer, nous avons ajouté peu de chose.
Hippocrate n'enseigne à ses élèves que des pansements simples et rationnelsp les remèdes secrets sont éloignés. Confiant dans les forces de la nature, il comprend que, pour mener à bien les plaies, il n'est pas nécessaire de les torturer. Aussi, l'eau tiède ou froide, coupée ou non de vinaigre, le vin ordinaire, l'huile, le miel : tels sont les agents auxquels il a le plus souvent recours. Fréquemment aussi dans le traitement des inflammations, pour favoriser la collection du pus, il prescrivait les émollienls, tels que feuilles de poirée, d'olivier, de ronces, de figuier. Toutes ces substances étaient d'abord ou broyées, ou cuites, puis employées sous forme de cataplasmes.
« 11 n'est fait, dans les écrits hippocratiques, dit Dezeimeris, aucune mention d'emplâtres pour le traitement des plaies. On n'y trouve indiqué que l'usage des huiles ou de quelques préparations grasses, destinées à des liniments sur les plaies ou sur certaines parties malades. Ces préparations formées par la macération de lis, de roses, etc., dans l'huile commune, quelques simples qu'elles
paraissent, étaient dans les premiers temps ignorées des Grecs, et leur vinrent d'Egypte ; c'est de là qu'il est quelquefois question dans Hippocrate de certains onguents égyptiens. »
Les pansements sont renouvelés fréquemment, ce qui ressort des opinions du maître sur l'humide et le sec. Le pus, dit-il, est une pourriture {putredo) ; ce qui est humide est nuisible, ce qui est sec est bon : donc il faut sécher les plaies, faire souvent des lotions avec le vin et l'eau, placer des éponges qui abstergent et les renouveler dès qu'elles sont humectées.
B. Depuis Hippocrate jusqu'aux Arabes. Auteurs grecs. Période grécoromaine. Entre la destruction des écoles grecques, et le moment où la civilisation romaine atteint son apogée, il est presque impossible de suivre l'histoire de l'art à travers les siècles. Les sciences et les arts s'étaient retirés en Egypte et là, grâce à la faveur des Ptolémées, plusieurs écoles médicales se formèrent. Celle d'Alexandrie en particulier brilla d'un vif éclat. 11 nous est parvenu malheureusement bien peu de documents sur cette époque médicale. C'est à Celse que nous devons les quelques notions qui ont cours dans la science. Si nous en croyons cet auteur, l'école d'Alexandrie fit faire d'assez grands progrès à la chirurgie. Les chirurgiens de cette époque apportaient beaucoup de soin dans l'exécution des pansements et cherchaient à donner à leurs bandages les formes les plus symétriques. Amyntas (de Rhodes) et Périgène imaginèrent des bandages nouveaux, etNymphodore une boîte dite glossocome, destinée à la contention des fractures des membres. Déjà à cette époque cependant on commence à s'écarter des sages préceptes d'Hippocrate, les pansements simples ne sont plus à la mode, le goût d'une pharmacopée futile commence à infester la science. Plusieurs chirurgiens aussi négligent de faire eux-mêmes les pansements, s'en rapportant pour cela à leurs esclaves ou à leurs élèves.
C'est à ces quelques données que se réduisent nos connaissances sur cette époque, les Arabes ayant détruit la merveilleuse bibliothèque d'Alexandrie, sous le califat d'Omar (an 640 de notre ère).
Période gréco-romaine. Rome, pendant que la civilisation égyptienne était si remarquable, commençait à peine à sortir de la barbarie. Sans cesse occupés d'expéditions, de conquêtes, les Romains ne pouvaient s'adonner ni aux sciences, ni aux arts. La chirurgie elle-même, qui au milieu des camps aurait dû prospérer et fleurir, était abandonnée aux empiriques et aux augures. C'est à peine si jusqu'au siècle d'Auguste nous connaissons l'existence de quelques hommes de l'art. Tryphon, Evelpiste et Mégès,sont les seuls dont les noms nous soient parvenus. Il faut arriver jusqu'au siècle d'Auguste pour trouver des travaux d'une réelle importance. Alors se succèdent Celse, Galien, Aribase, Aétius, Paul d'Égine, etc. Les auteurs de cette période portent dans la science le nom d'auteurs grecs. Leurs écrits, en effet, sont bien plus des compilations et des commentaires des ouvrages hippocratiques que des travaux originaux.
Celse vivait à Rome au siècle d'Auguste. Le livre cinquième de ses œuvres est consacré entièrement à l'étude des médicaments et de leurs propriétés. Ils sont divisés en hémostatiques, agglutiuatifs, détersifs, maturatifs, rongeants, corrosifs, caustiques, émoUients, etc. ; puis vient la description des emplâtres, malagines, pastilles, acopes, catapotes, etc. Cet aperçu rapide suffit à donner une idée de l'ardeur avec laquelle on s'occupe alors du traitement des plaies. La science perd de sa simplicité, elle s'encombre de recettes, nées au milieu des discussions subtiles des dogmatiques et des recherches des empiriques. Pour
chaque cas, il faut un médicament nouveau, et il est d'autant meilleur qu'un plus grand nombre de substances entrent dans sa préparation.
Dans les œuvres de Celse, cependant, à côté de cet amas de formules bizarres, on trouve d'excellentes règles pour le traitement des plaies. Celse connaît la réunion immédiate. Il en a tracé les règles avec une précision telle qu'il y a eu bien peu à ajouter après lui : nécessité de nettoyer la plaie, d'enlever les caillots sanguins, de réunir par la suture ou la fibule les parties divisées; tout jusqu'à la nature des fils à employer a été indiqué et précisé {voy. Celse, trad. Védrennes, livre V, chap. xxvi, § 23, p. 357).
Revenant pour un instant aux sages préceptes d'IIippocrate, il recommande de laveries plaies avec du vin, de l'eau chaude et du vinaigre. « Il ne s'explique catégoriquement, dit Gosselin, sur les époques où l'on doit renouveler les appareils, que pour les plaies saignantes. Après le premier appareil, il les laisse dans le même état pendant deux jours, et lève l'appareil le troisième. A partir de ce moment, il ne précise plus, mais, comme il conseille l'usage des topiques trèsvariés pour la détersion et la régénération, vraisemblablement les pansements étaient quotidiens (Gosselin, th. d'agrég., 1831 [PaasemetUs rares]). )> Après Celse, chronologiquement nous arrivons à Galien. Médecin distingué et judicieux, commentateur habile plutôt que novateur, Galien reprend en les amplifiant les préceptes tracés par Celse. Il veut lui aussi que l'on réunisse les plaies, et plus encore que son prédécesseur il insiste sur l'importance de ce précepte : ne rien laisser entre les lèvres de la plaie dont on veut tenter la réunion. Ses œuvres contiennent un traité de bandage très-remarquable et une encyclopédie chirurgicale immense. Il faudrait un volume pour énumérer la quanlité d'emplâtres et de médicaments dont cet auteur nous a laissé la formule.
Le premier auteur de quelque importance après lui est Oribase; quatrième siècle.
Par ordre de l'empereur Julien, dont il était l'ami, Oribase avait réuni en une vaste encyclopédie toutes les connaissances médico-chirurgicales de l'époque. Ses ouvrages sont pour nous d'un grand intérêt. A propos de chaque affection chirurgicale, on trouve l'indication du traitement qui lui convient. Plusieurs chapitres sont consacrés à l'étude des médicaments externes, en particulier des topiques, un livre entier aux topiques simples et faciles à se procurer. Un autre livre traite du choix des médicaments, et ce n'est en réalité qu'un traité de thérapeutique dans lequel la petite chirurgie tient la plus grande place. Pour traiter les plaies simples, il conseille « l'emploi du vin et de l'eau vinaigrée ou miellée. Les autres remèdes le plus fréquemment employés sont : les feuilles de chêne, de saule ou de choux, dont on fait les cataplasmes ; les fruits, les feuilles, le suc et l'écorce d'un pommier dont les fruits sont âpres et aigres, les feuilles de plantain, de papyrus, trempées dans du vinaigre. »
A côté de ces prescriptions simples et rationnelles, nous trouvons signalé l'emploi des vers de terre pour récoller les nerfs. Les escargots triturés ont la même propriété, ainsi que la quintefeuille pilée avec de l'ail et du miel,
Aétius (commencement du cinquième siècle, ou fin du quatrième) nous a laissé aussi des travaux importants. Le XIV'^ livre de ses œuvres contient la description de nombreux médicaments simples, employés comme topiques dans différentes circonstances. Le livre XY^ est réservé spécialement aux emplâtres. On y trouve signalés non-seulement ceux qui ont été décrits par Galien, mais encore nombre d'autres empruntés aux Perses, aux Égyptiens, aux Juifs, etc.
200 PANSEilENT.
Il vante surtout un merveilleux discussif des abcès nommé helladicum, lequel avait, paraît-il, la propriété de résoudre les abcès lorsqu'ils se tournent en pus. Quoique les ingrédients qui entrent dans la composition de ces emplâtres soient multiples et nombreux, ils ne sont pas contradictoires.
Le Traité de chirurgie de Paul d'Egine (fin du cinquième siècle) est avec celui de Celse un des plus remarquables que nous ait légués l'antiquité. Il est surtout intéressant dans tout ce qui se rapporte aux plaies et blessures. Ou peut voir six cents ans après Celse quels étaient les progrès accomplis par l'art.
Nous allons montrer par quelques extraits de ses écrits les soins minutieux qu'il apportait aux pansements. Prenons l'opération de la taille, par exemple : « Après la sortie du calcul, dit-il, nous arrêtons l'hémorrhagie avec des hémostatiques secs, comme la poudre de manne, d'encens, d'aloès, de consoude, de mysis ou autres semblables ; puis nous appliquons de la laine ou des compresses imbibées de vin et d'huile et nous employons le bandage lithique, c'est-à-dire à six chefs. Si l'on craint l'hémorrhagie, il faut placer des compresses d'oxycrat et d'eau de roses, et, faisant recoucher le malade, nous le lotionnons fréquemment.
« Yers le troisième jour, on lève l'appareil et on aiTose abondamment avec de l'eau et de Thuile; ensuite ou emploie la charpie enduite des quatre remèdes, en ayant soin de la laver et de la changer très-souvent, à cause de l'àcreté de l'urine. S'il survient quelque inflammation, nous la combattons par les cataplasmes et les lotions appropriées, et nous injectons dans la vessie de l'eau de roses, de camomille ou de butyre, à moins que quelque inflammation ne nous en empêche.
« De même, si la plaie devient z'ongeante ou de quelque autre manière maligne, nous adaptons à chacun de ces cas les moyens convenables, mais, si elle ne s'enflamme pas, nous baignons le malade et nous appliquons un emplâtre de diachylon sur les reins et l'hypogastre. Toutefois, pendant tout le temps de la cure, il faut attacher les cuisses ensemble, afin que les appareils ne soient pas dérangés » (Traduction de René Briau, 1855).
Avec Paul d'Égine se termine la série des principaux auteui's grecs. Si l'on essaie de préciser l'histoire des pansements pendant les diverses périodes que nous venons d'examiner, on voit qu'en somme il existe deux phases bien distinctes :
Aux temps héroïques de l'histoire, les Esculapes, pour panser les plaies de leurs blessés, avaient surtout recours aux médicaments simples : le vin, les liquides fermentes, l'eau salée, vinaigrée, miellée. Quelques plantes douées de propriétés astringentes, balsamiques ou calmantes, jouaient le principal rôle. Hippocrate et ses premiers disciples suivent ces préceptes. C'est surtout le vin joint aux diverses substances astringentes que nous retrouvons encore dans leurs prescriptions. Bientôt apparaissent des médicaments composés dont le nombre ne fait que s'accroître en Egypte et à Rome avec les empiriques. Les chirurgiens ne se contentent plus de seconder la nature, ils ont maintenant la prétention de la diriger. De là des recettes et des formules dont le nombre se multiplie inutilement avec les indications à remplir.
C. Arabes et arabistes. L'histoire des pansements chez les Arabes peut être divisée en deux périodes bien distinctes : pendant la première période qui s'étend de l'an I" de l'Hégyre (622 ère chrétienne), jusqu'à la fin du dixième siècle environ, on ne trouve que quelques traductions, d'Hippocrate et de Galien. Peuple guerrier par excellence, les Arabes se soucient peu des sciences
et des arts, la pratique de la chirurgie est abandonnée aux infidèles : jongleurs, rebouteurs, magiciens de toute espèce, tels sont les gens qui se livrent à la pratique des pansements. Un seul auteur est à signaler durant cette période, Abenguefit ; il s'occupe spécialement des médicaments et de leur action. Pour panser les plaies, il recommande l'eau et le miel, et quand la cicatrice commence à se faire il applique dessus de la poudre de vert de cyprès.
Vers la fin de cette période paraît Rliazès, de tous les écrivains arabes le plus distingué, mais qui s'occupe peu de chirurgie.
C'est cependant dans ses ouvrages que nous trouvons signalé pour la première fois l'emploi d'appareils inamovibles dans le traitement des fractures.
Abulcasis est le premier auteur arabe qui s'occupe sérieusement de chirurgie (onzième siècle de notre ère). Dans la préface de son ouvrage (traduct. Leclerc), Abulcasis se plaint que les chirurgiens de son époque sont ignorants de la prati(jue de leur art. « Dans notre pays, dit-il, la chirurgie n'est pas en honneur. 11 en reste bien quelques vestiges dans les écrits des Anciens, mais la transcription les a corrompus, l'erreur et la confusion les ont envahis de manière à les rendre inintelligibles et sans utilité. » Aussi Abulcasis donnc-t-il dans son ouvrage une grande place aux pansements, et dccrit-il avec un soin méticuleux les différents temps de ces petites opérations.
Il est avec Avicenije le seul auteur de quelque importance. Chirurgiens timorés, les Arabes ne font pas progresser l'art de panser les plaies. L'expérience est leur seul guide, et, comme ils ont quelques notions de chimie, ils augmentent encore le nombre des médicaments, compliquant à l'envi les formules. Pendant cette période, c'est-à-dire du sixième au treizième siècle de notre ère, l'Occident était plongé dans les ténèbres et la barbarie. Les différents peuples étaient constamment en lutte les uns avec les autres et, comme le dit Dezeimeris (art. Chirurgie) : « Les moines, pour qui dans ces temps de trouble la superstition générale fut une sauvegarde et que les revenus et l'oisiveté de leur profession mettaient seuls en état de s'occuper d'études sérieuses, étaient seuls dépositaires de l'art de guérir. Les prières, i'invocation des saints, l'application de reliquos, furent trop souvent les seuls remèdes employés par ces singuliers successeurs d'Hippocrate. De pieux enthousiastes ont vanté les services rendus aux sciences par les habitants des cloîtres. Le seul éloge que la vérité permette à un médecin de leur accorder, c'est de n'avoir pas détruit fous les manuscrits dont il* furent longtemps les dépositaires. » La seule école importante qui existait alors était celle de Salerne. La chirurgie y était presque entièrement abandonnée. Avec les moines, et nous avons vu l'opinion de Dezeimeiris sur leurs talents, il y avait encore quelques individus qui, après avoir suivi pendant un certain temps un maître en qualité d'apprenti, se livraient à leur tour aux pratiques de l'art. Aussi, bien sévère est le jugement de Brunnus sur l'état de la chirurgie, au commencement du treizième siècle. « La majeure partie de ceux qui exercent cet art, dit-il, sont des idiots, des rustiques et des imbéciles, et ce qui est plus Jiorrible encore, des femmes viles et présomptueuses ne craignent pas d'en faire abus » {Eru\]n\\?,,Chirurgia magna in proœmio). C'est aussi vers le commencement du quinzième siècle que nous voyons les barbiers s'occuper sérieusement de soigner les blessés. Le même Brunnus, dit Malgaigne, se plaint que déjà en 1262, par un soin mal entendu de leur dignité, les médecins aient abandonné saignées et scarifications aux soins des barbiers.
D. Du treizième siècle jusqu'à A. Paré. Pendant le treizième siècle la
chirurgie entre dans une ère nouvelle. L'école de Salerne avait traduit en partie les œuvres des Arabes; au treizième siècle les chirurgiens étudient et commentent ces traductions. Cette étude doit fatalement les ramener à la pratique des Anciens. L'influence des ouvrages arabes est telle, que les auteurs de cette époque portent dans la science le nom d'arabistes : les plus remarqubles d'entre eux sont : Roger, Roland, les quatre maîtres qui les commentent, puis Lanfranc, Guillaume de Salicet, Guy de Chauliac. L'existence des quatre maîtres n'est rien moins que certaine. Si l'on en croit Devaut, on aurait désigné sous ce nom quatre chirurgiens qui florissaient à Paris du temps de Lanfranc. D'après Daremberg, le doute est permis sur ce point. Les commentaires des œuvres de Roger qu'on leur attribue en général seraient, d'après cet auteur, l'œuvre d'un seul chirurgien.
Les arabistes reviennent à peu près aux idées de Celse et de Galien sur les pansements des plaies. Tout en essayant plus que ne l'avaient fait leurs prédécesseurs de contrôler au lit du malade les préceptes souvent contradictoires qui leur avaient été transmis, ces auteurs, ignorant les lois de la physiologie, retombent dans les anciens errements. Au lieu de seconder simplement la nature, ils veulent eux aussi la diriger. De là les topiques les plus variés, les formules les plus bizarres. Le plus célèbre des arabistes, Guy de Chauliac, dont Malgaigne range les œuvres à côté de celles d'Hippocrate, les plaçant ainsi au-dessus de tout ce qui a été écrit jusqu'alors, veut que le chirurgien ait toujours sur lui cinq onguents : le basilicum comme maturatif, l'onguent des apôtres pour mondifier, l'onguent blanc pour consolider, l'onguent doré pour incarner, le dialtheapour adoucir.
Guy de Chauliac à Montpellier, Lanfranc à Paris, sont les auteurs les plus importants de cette époque. Ce sont du reste les préceptes exposés par Guy dans sa grande chirurgie qui vont servir de guide aux chirurgiens, même les plus célèbres, jusqu'à Ambroise Paré. Les chirurgiens italiens du onzième siècle, en particulier Pierre d'Argelata et Léonard Bertapaglia, ne font guère que copier ses ouvrages.
Vers 1338, d'après l'historien Villon, les armes à feu font leur apparition sur les champs de bataille de l'Europe. Accoutumés à soigner les plaies ordinaires, effrayés des dégâts produits par les nouveaux engins et surtout de la physionomie toute particulière que prenaient ces blessures, les premiers observateurs recherchent la cause du mal dans l'action de quelque principe vénéneux. Aussi pour ari'éter et détruire la virulence de ce principe ne trouventils rien de mieux que de brûler cruellement les blessés. Les uns s'adressent au fer rouge, d'autres répandent sur la blessure de l'huile bouillante, du vitriol, d'autres enfin trouvent plus simple de couvrir ces plaies de poudre à canon et de l'enflammer à leur surface.
Voici la recette dont se servait en 1495 Marcellus, chirurgien italien, qui nous a laissé quelques observations importantes :
^ Huile de roses 6 onces.
Galbanum et asa fœtida âa 1 once.
Dissolvez la gomme dans l'iiuile et appliquez chaud.
Comme toutes les autres plaies, celles-ci étaient ensuite bourrées de charpie, car l'usage d'introduire des mèches et tentes dans les plaies était alors universellement admis. Quelques rares observateurs cependant ne tombèrent pas
dans ce travers, et dans un recueil d'un cliirurgien allemand, Jean Lange de Leoberg, 1553, nous trouvons un grand nombre de remarques fort intéressantes concernant les plaies d'armes à feu, entre autres la dél'ense de brûler les malheureux blessés. Sa voix ne fut pas écoutée. Les fâcheux principes de Jean de Vigo, Braunschweig, surtout d'Alphonse Ferri. prévalurent, et il ne faudra rien moins que l'autorité de Paré pour faire cesser cette méthode cruelle.
En somme, pendant cette période, la chirurgie est peu honorée. Si l'on en excepte les quelques hommes illustres que nous avons signalés, les chirurgiens formaient une corporation absolument soumise aux médecins. Dans les grandes villes, les barbiers formaient aussi des corporations importantes et profitaient habilement de la rivalité qui existait entre chirurgiens et médecins. Dans les campagnes, l'art de guérir était entre les mains des inciseurs, sorciers, rebouteurs, arracheurs de dents, tracteurs et draineurs. Les plaies étaient pansées le plus souvent avec des simples, cueillies suivant le cas, à telle ou telle période des phases de la lune, à heure et jour fixes. La plupart du temps elles étaient employées à l'état de macération dans l'alcool ou desimpies décoctions, et tout cela assaisonné de signes de croix, d'invocations, de pratiques des plus bizarres, rendues nécessaires par la crédulité et l'ignorance des habitants. Les prêtres eux-mêmes ne craignaient pas de se livrer à île semblables manœuvres.
Du treizième siècle à la lin du seizième, nous voyons que dans les villes les pansements étaient faits par les chirurgiens et les barbiers, dans les campagnes par toute sorte de gens étrangers à l'art, et aux armées par les seuls barbiers. Le caractère de la chirurgie se révèle à cette époque par un accroissement extraordinaire de médicaments. Pour les plaies, ulcères et fractures, existent une quantité de remèdes longuement formulés. De plus, on recherche rarement la réunion immédiate; c'est le beau temps des bourdonnets, tentes, mèches et autres tampons de tout genre que l'on emploie [)Our dilater et exciter les plaies.
De tous les auteurs de cette époque, celui qui contribua le plus à surcharger l'art de formules inutiles est Paracelse, né aux environs de Zurich en 1495. Paracelse, désireux de s'instruire, visita toutes les universités d'Europe. De retour à Bâle, il réunit toutes ses connaissances concernant le traitement îles plaies, ulcères et blessures, dans un ouvrage intitulé Beiiheonée ou Petite chirurgie. Très-versé dans la science de l'alchimie, il multiplie à l'envi les onguents, emplâtres et huiles, en y faisant rentrer une foule de substances minérales. Cependant, comme le dit Dezeimeris, tout n'est pas extravagant dans ce qu'écrit ce bizarre réformateur. Dans un autre de ses ouvrages en effet, la Grande chirurgie, on trouve des remarques aussi justes que neuves sur la guérison naturelle des plaies et une appréciation pleine de bon sens sur le pouvoir de la nature et celui de l'art. « Arrière, dit-il, ceux qui, se croyant plus sages que nature, s'efforcent de troubler sa marche sous prétexte de lui porter secours! 11 n'y a point de médicaments incarnatifs, la nature seule pourvoit à l'incarnation des plaies. Cette théorie des anciens chirurgiens vient d'une comparaison étrange entre l'action d'une plaie et celle d'un estomac ; et comme les aliments portés dans l'estomac se transforment en chair vivante, ils ont pensé aussi que les plaies avaient un estomac capable de digérer les médicaments et de les convertir en chair. Mais il n'en est pas ainsi, la cure des plaies ne se fait pas par les médicaments et ceux-ci ne doivent tendre qu'à conserver le suc qui doit en procurer la cicatrisation ou leur mumie. Les médicaments peuvent cependant devenir nécessaires, mais seulement pour combattre les accidents
qui corrompraient cette mumie. Pour bien comprendre d'ailleurs et bien diriger ce traitement, il faut connaître la nature des plaies. Il y en a quatre espèces, selon les éléments qui y dominent. Ces éléments sont la terre, l'air, le feu et l'eau; et il faut rejeter dans au profond oubli ces influences imaginaires de l'humeur mélancolique, de la bile, de la pituite et du sang, qui dirigent encore la conduite des chirurgiens ignorants et de tous les médecins» (d'après la traduction de Malgaigne, loc. cit., p. 219). Paracelse rompt donc carrément avec les traditions du passé, il ne craint pas d'affirmer que ses livres ne sont plus composés d'après les seules idées de Galien et d'Hippocrate, mais bien par les règles de l'expérience et de la raison. C'est la première fois que l'arche sainte des doctrines est battue en brèche. Le bon sens et la raison vont fiiire peu à peu justice de toutes les théories erronées. C'est à cette œuvre que nous allons voir durant deux siècles les divers auteurs se consacrer.
E. D'Ambwise Paré à la fin du dix-huitième siècle. Le réformateur de la chirurgie française est né à Laval en 1517.
Dès 1556, bien qu'à peine âgé de dix-neuf ans, il fut attaché à la personne du maréchal de Monte Jau, colonel général de l'infanterie française, et partit avec lui en Italie. Il allait avoir à soigner ces fameuses plaies par armes à feu réputées mortelles et empoisonnées. Pour tout bagage scientifique, Paré ne possédait que les préceptes de Guy de Chauliac et de Jean de Vigo. Aussi comme ses contemporains brùlait-il cruellement les blessés. Bientôt son bon sens et le hasard aidant, il modifia cette manière de faire et réforma complètement les idées erronées de ses contemporains. Voici comment il rappoi'te la chose :
« J'avais lu en Jean de Vigo (Des playes en général, livre I, chap. vin) que les playes faites par baston à feu participent de vénénosité à cause de la poudre; et pour leur curalion commande les cautériser avec huile de sambuc, en laquelle soit mesiée un peu de Ihériaque. Et pour ne faillir, paravant qu'user de la dite huile fervente, sachant que cette chose pourrait apporter au malade extrême douleur, je voulus sçavoir premièrement que d'en appliquer comme les autres chirurgiens faisaient pour le premier appareil qui estait d'appliquer la dite huile la plus bouillante qu'il leur estait possible dedans les playes avec tentes et sétons; dont je prins hardiesse de faire comme eux. Enfin mon huile me manqua, et fus contraint d'appliquer en son lieu un digestif fait de jaune d'œuf, huile rosat et térébenthine. La nuit ne va plus bien dormir à mon aise, pensant que par faute je trouvasse les blessés où j'avais failli à mettre de la dite huile morts empoisonnes; qui me fit lever de grand matin pour les visiter. Oij outre mon espérance trouvai ceux auxquels j'avais mis le médicament digestif sentir peu de douleur à leurs playes, sans inflammation et tumeur, ayant assez bien reposé la nuit; les autres où l'on avait appliqué la dite huile les trouvai febricitaut, avec grande douleur, tumeur et inflammation aux environs de leurs playes.
« Adoncje me délibérai de ne jamais plus troubler ainsi cruellement les pauvres blessés de harquebusades » (A. Paré, édition Malgaigne, t. II, p. 127).
Non-seulement A. Paré ne brûle plus les blessés par arquebusades, mais encore, comprenant que les tentes, sétons et autres choses de ce genre, ne servaient qu'à irriter les plaies, il recommande de moins en abuser et de rechercher la réunion chaque fois que faire se pourra.
Après avoir soustrait les blessés du champ de bataille à l'huile bouillante et au fer rouge. Paré découvre la ligature des vaisseaux, et du même coup arrache
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aussi à la torture les amputés et opérés de tout ordre. Jusqu'alors en effet, comme on ne connaissait aucun moyen pour arrêter les hémorrhagies un peu sérieuses après toutes les amputations, on promenait largement le fer rouge à la surface de la plaie pour obtenir l'arrêt du sang. De cette façon, les plaies les plus simples étaient transformées en de véritables plaies confuses, fatalement destinées à suppurer. Aussi le jour oij, rejetant le fer rouge, Paré a lié les vaisseaux béants à la surface d'une plaie, a-t-il ouvert à la chirurgie une ère nouvelle, et rendu possible la réunion immédiate que personne jusqu'alors n'avait osé tenter.
Paré essaie de simplifier les pansements. Nous verrons qu'il avait une grande confiance dans la vertu de l'eau pure et l'employait assez fréquemment. Ceci prouve d'autant plus en faveur du génie chirurgical de Paré qu'il vivait à une époque où les pansements les plus bizarres étaient en honneur.
Les divers ouvrages de Paré devinrent rapidement populaires. Il est le premier des chirurgiens français qui ait particulièrement attiré l'attention sur les bandages. Le livre Xll' de ses œuvres leur est presque entièrement consacré. Ce livre du reste est extrait presque complètement d'Ilippocratc et de Galien dont Paré cite fréquemment l'autorité. Chapitre n, il expose les préceptes généraux et les indications qui doivent diriger le chirurgien dans l'application des bandes, bandages et ligatures; il fait remarquer que l'on ne doit pas mettre de nœuds aux points sur lesquels le poids du corps pourrait porter, puis, dit-il : « le chirurgien qui aura fait des ligatures doit prendre garde aux intentions et pourquoi elles ont été faites et, s'il a bandé proprement, et faire qu'elles soient belles à voir, qu'elles ne rident pas, afin de contenter le malade et les assistants ; car chaque ouvrier doit polir et embellir son ouvrage autant que possible lui sera. »
Paré est véritablement le rénovateur de la chirurgie. Tout en rendant aux Anciens l'hommage et les honneurs qui leur sont dus, il ne se laisse pas servilement guider par eux, comme l'avaient fait ses prédécesseurs. Après avoir étudié leurs secrets, il essaye par l'observation de démêler ce qu'ils ont de bon et de mauvais. Souvent il les laisse de côté pour se laisser guider par le bon sens. Son influence sur la chirurgie a été considérable tant en France qu'à l'étranger, et c'est du seizième siècle que date la réforme de la chirurgie.
En Italie, deux hommes contribuent aussi considérablement à faire abandonner les traditions des Anciens : Fabrice d'Acquapendente, qui a été presque le contemporain de Paré, car il commence à professer en 1502, et César Magalus, qui enseigne et écrit au commencement du dix-septième sièle. Dans son ouvrage célèbre {de Rara indicatione vidnerum), Magatus insiste sur la nécessité de panser les plaies avec la plus grande douceur ; comme Paracelse, il s'élève contre les idées des anciens chirurgiens, ne pouvant admettre q\ie la cicatrice dépende du médicament; c'est le contraire, dit-il [JSatura formam cicatricis indicat] .
« Deux idées principales caractérisent son livre, dit B. Anger {Pansement des plaies chirurgicales, thèse Paris, concours 1872) : rejet des moyens de pansement usités alors; renouvellement rare. La tendance naturelle des plaies est la guérison. Il faut éviter de l'entraver par les tentes, les bourdonnets et les topiques, il faut éviter aussi l'ablation du pus, les mouvements qni nuisent à l'agglutination et le contact irritant de l'air. Magatus conseille de couvrir la plaie avec de la charpie et de n'y toucher que tous les trois ou quatre jours.
C'est la première apparition du pansement simple. Ces sages préceptes passeront malheureusement inaperçus.
Fabrice d'Acquapendente insiste particulièrement sur la manière dont on doit réunir les plaies. Il signale pour la première fois l'emploi d'emplâtres agglutinatifs spécialement destinés à la réunion des blessures. Un certain nombre de fils ou de morceaux de toile étaient fixés, avec une colle spéciale composée de résine, bol d'Arménie, sarcocolle; de chaque côté de la plaie, en serrant ces fds on obtenait la juxtaposition des lambeaux. Plus tard, la méthode fut modifiée et on eut recours aux bandelettes agglutinatives. Sous l'influence de ces hommes célèbres, la réforme chirurgicale marchait à grands pas et de toute part des écoles se créaient pour développer l'instruction technique des jeunes chirurgiens. Au milieu du dix-septième siècle, Louis XIV réorganise en France l'école royale de chirurgie du Jardin des Plantes et les leçons de Dionis ne tardent pas à attirer de nombreux élèves.
Dans ses leçons, cet auteur avait bien soin de faire remarquer aux élèves qu'il ne suffisait pas d'être opérateur : « quoique l'opération soit achevée, le chirurgien n'en est pourtant pas encore quitte, s'il ne remédie aux désordres qu'elle peut avoir causés, dont le principal est la perte de sang qu'il doit arrêter incessamment par les moyens que son art lui enseigne, et que je vous expliquerai, en vous démontrant chaque opération en particulier. Il faut ensuite panser la plaie, y mettre une tente ou des'plumasseaux secs ou chargés de quelque médicament, selon que la nalure du mal l'exige, puis un emplâtre, une compresse et un bandage convenable; il restera au chirurgien à juger de la situation qu'il doit donner à la partie affligée, préférant celle où le malade souffre le moins de douleur, où la partie est le moins oppressée et où le pus a le plus de pente au dehors; et en dernier lieu il est à propos qu'il instruise la garde et les assistants de ce qui est de leur devoir, qu'il recommande le repos du malade et qu'il l'oblige de se tranquilliser par l'espérance d'une prompte et parfaite guérison » (Dionis, Cours d'opérations de chirurgie démontrées au Jardin royal, septième édition, Paris, 1773, p. 15). Toute la suite de ce chapitre est un véritable cours de petite chirurgie, bandages et appareils, et à propos de chaque opération l'auteur insiste avec détail sur les pansements les plus convenables. Bandages, appareils, pansements, en un mot, tous ces mille soins, desquels dépendent très-souvent le succès des opérations, sont, comme nous venons de le voir, l'objet de soins incessants. Les maîtres ne dédaignent pas de descendre jusqu'aux moindres détails. De plus, les pansements se simplifient : « A mesure qu'ils connurent mieux la marche naturelle des plaies, les chirurgiens sentirent s'affaiblir la confiance de leurs prédécesseurs, dans les vertus toutes-puissantes de telle ou telle drogue. La polypharmacie chirurgicale tomba peu à peu dans le discrédit qu'elle méritait, l'usage et la composition des topiques furent ramenés à des règles dont la simplicité fait le premier mérite, et ces compositions monstrueuses, où mille drogues venaient mettre en commun leurs vertus, s'aider, se corriger, se tempérer mutuellement pour faire un tout doué d'une puissance merveilleuse, ne figurent plus dans les répertoires que pour témoigner de la crédulité de nos ancêtres » (Dezeimeris, art. Chirurgie).
Simplifier les pansements, telle est l'œuvre du dix-huitième siècle. Parmi les auteurs de cette époque, un de ceux qui se font le plus remarquer par la sûreté de ses jugements est Belloste. Dans son remarquable traité Le chirurgien d'hôpital, il reprend en les amplifiant les idées de Magatus. Dès la préface de son ouvrage
il s'élève contre la manière de panser les plaies et l'habitude que l'on a de les bourrer de charpie ou d'y introduire des tentes. « Ayant reconnu, dit-il, l'abus qui se fait tous les jours dans l'usage des tentes, et dans la longue et douloureuse manière de panser les blessés en découvrant trop souvent les plaies, touché du dommage que cela leur apportait, j'ai cru être obligé en conscience d'en donner ici mon avis... Je ne blâme pas absolument les inventeurs des tentes, des dilatants et des sétons, ils ont eu leur raison pour s'en servir comme
j'ai eu les miennes pour les quitter J'avoue que c'est quelque chose de bien
hardi de vouloir supprimer les tentes, qui sont en usage depuis plusieurs siècles. Je sçay même que la coutume tient lieu de loy en plusieurs rencontres, mais au risque d'être exposé à une censure universelle, par la nouveauté de ma méthode, je prétends soutenir les droits de la nature et prouver invinciblement que j'ai pour moi la raison et rex[)érimentation On ne manquera
pas de m'objecter qu'un grand nombre de blessés n'ont pas laissé de guérir et guérissent encore tous les jours, avec l'usage des tentes et même en suivant l'ancienne méthode dans toutes ses circonstances. Je l'avoue, et si tous ceux qui sont pansés de cette manière étaient dans un danger certain de périr, il y aurait de la malice et de la cruauté à s'en servir, et l'on n'aurait pas attendu mon avis pour en supprimer l'usage. Mais je dis, après avoir éprouvé l'une et l'autre méthode et avoir remarqué la différence considérable qui se trouve entre elles, que ceux qui guérissent par cette première ont besoin d'une constitution vigoureuse et robuste, et ce qui n'est jamais sans risques, sans beaucoup de douleur, sans une longueur de temps ennuyeuse, ce que l'on pourrait éviter en suivant cette dernière. »
Après avoir ainsi condamné l'usage des tentes, Belloste, dans le ix^ chapitre du même traité, s'élève avec violence contre la façon brutale avec laquelle on pansait ces mêmes plaies et recommande d'employer la douceur : « La douceur, dit-il, est une des parties essentielles dans la cure des plaies. Cette circonstance est si nécessaire que sans elle toutes les autres ont rarement un succès favorable; je suis si prévenu en faveur de cette opinion que je m'étonne quand je vois ceux que l'on traite avec rigueur guérir de leurs blessures, quoique ce ne soit presque jamais sans beaucoup d'accidents survenus dans le cours de la cura-
tion L'application des tentes, des dilatants et des sétons, comme nous l'avons
suffisamment remarqué, sont les causes principales de la douleur qu'on fait souffrir aux malheureux blessés et qui donne occasion à tout accident fâcheux. » Après avoir ainsi rejeté complètement l'usage des tentes si chères aux chirurgiens des siècles précédents, l'auteur donne encore une série de conseils des plus judicieux. Il ne veut pas que l'on panse souvent les plaies. « Moins vous pansez une plaie, dit-il, moins il s'y fait d'humeur excrémentitielle, pourvu que la cavité ne soit pas remplie de charpie ou d'autre chose semblable. La conduite que la nature tient dans la réunion des fractures nous doit servir d'exemple dans la guérison des plaies. Le calus qu'elle engendre est capable de rejoindre et affermir les os rompus, pourvu qu'elle ne soit pas détournée par des pansements fréquents ou des agitations indiscrètes. » Plus loin encore, nous trouvons un précepte dont plusieurs contemporains pourraient avantageusement tirer profit. « Le premier appareil posé, je ne fouille jamais dans les plaies, ni avec le doigt, ni avec la sonde. J'abhorre même les fausses tentes, dont on se sert si communément pour essuyer le fond de la plaie et généralement tout ce qui peut irriter, causer de la douleur et s'opposer aux desseins de la nature qui
ne tend qu'à la réunion ». L'attaque était directe, il y avait dans cette manière de voir toute une transformation radicale, mais les esprits étaient préparés. Quelques années plus tard Lecat et Pibrac portent la question devant l'Académie de chirurgie.
Pibrac reprend une à une à son tour les idées de Magatus. Dans divers mémoires présentés à l'Académie de chirurgie, il blâme vivement l'emploi des onguents et des diverses préparations médicamenteuses proposées jusque-là par les scholastiques pour le traitement des plaies avec perte de substance. « L'expérience la moins éclairée, dit-il, montre tous les jours qu'une plaie parcourt tous ses temps, et qu'elle peut être conduite à une parfaite guérison avec un seul et unique médicament, proposé quelquefois par l'empirisme ou employé empiriquement, et qui suivant les idées générales serait assez mal approprié à une seule indication. La nature se suffît donc à elle-même dans ces cas, le chirurgien intelligent doit savoir quels sont les limites de son art. C'est le moyen d'en connaître toutes les ressources, et il ne les employera jamais méthodiquement que quand il saura bien positivement ce que la nature abandonnée à ses propres forces est capable de faire pour elle-même. Les peuples non policés se guérissent de plaies très-considérables par l'application des remèdes les
plus simples La nature fait tout, et l'art ne doit consister qu'à favoriser et
éloigner les obstacles qui pourraient l'empêcher d'agir utilement » (Pibrac,
Mémoire sur le traitement des plaies avec perte de substance [3Iém. Acad. de ch., t. 111, p. 64, édit. en 5 volj). Aussi Pibrac va-t-il encore plus loin que ses prédécesseurs, il supprime tous les digestifs, incarnatifs et autres, emplâtres et onguents, et propose de les remplacer uniquement par de la charpie sèche que Ton laisse sur la plaie durant trois, quatre, cinq, six jours, jusqu'à ce que le pus après avoir bien imbibé l'appareil le fasse détacher et tomber de lui-même. On le remplace ensuite par l'application journalière de plumasseaux de cette même charpie. Voyant cejiendant que de temps à autre cette charpie directement appliquée sur la plaie avait de la peine à se détacher, Pibrac recommande un moyen moins radical. Il consiste à enlever les couches de charpie non adhérentes à la plaie et à laisser en place les parties adhérentes à cette dernière. Par-dessus cette charpie fixée à la solution de continuité on en met de nouvelle, et ainsi de suite; cependant, comme malgré tout la charpie ne se détachait pas trcs-bion, on imagina pour empêcher l'adhérence de la recouvrir de cérat. Ainsi fut institué le fameux pansement à plat, appelé ensuite pansement au cérat, que nous connaissons aujourd'hui sous les noms de pansement ancien, pansement sale. Bientôt Fabre et Louis montrèrent devant la même Académie de chirurgie condiien étaient fausses les idées que l'on avait sur la régénération des chairs, et ruinèrent par là même la théorie des médicaments sarcotiques. Le pansement à plat, patronné par de hautes influences, devint ainsi le pansement à la mode, et cette vogue dura jusqu'au milieu du dix-neuvième siècle. Nous verrons qu'il ne fut pas le seul pansement proposé et mis en usage. Deux chirurgiens militaires, Lombard et Percy, insistent à la fin du dix-huitième siècle sur le pansement à l'eau et sur les avantages qu'il y a à employer ce liquide dans le traitement des diverses plaies chirurgicales.
F. Depuis la fin du dix-huitième siècle jusqu'à nos jours. Débarrasser la science de tous les onguents, de toutes les formules empiriques, faire table rase de toutes les conceptions erronées que l'on avait eues jadis sur la marche des plaies, telle avait été l'œuvre du dix-huitième siècle. L'eau et le cérat avaient rem-
placé toiile la pharmacopée du moyen âge. Dès le commencement de notre siècle, ce n'est plus dans la manière même de faire le pansement, mais bien dans l'atmosphère ambiante, que l'on recherche la cause des accidents qui surviennent chez les blessés. Une idée fixe hante les chirurgiens, leurs efforts sont dirigés vers un seul but : Soustraire les plaies au contact de Vair. L'air est nuisible aux plaies. Tel est le principe dont on part. L'idée n'était, du reste, pas nouvelle. A plusieurs reprises, en effet, le père de la médecine avait signalé l'influence nocive de l'air sur les plaies. Beaucoup de ses successeurs émirent des idées analogues, mais, comme l'a déjà dit un de nous dans un travail antérieur (J. Chauvtl, Action de l'air sur les plaies [Recueil de mémoires de médecine, de chirurgie et de pharmacie militaire, nov, 1877, p. 545]) : « Ignorant la composition de l'air qu'ils considéraient comme un des éléments simples, les Anciens ont dû forcément chercher les causes de son action nocive dans les qualités physiques de température, d'agitation, d'humidité ou de sécheresse, les seules qu'il leur fût possible d'apprécier.
« Pour nombre de chirurgiens (Garengeot, Ravaton, Pibrac, Aitkcn, A. Monro, Ledran, Hunter, etc.), l'air est tout simplement un irritant des plaies; ils constatent le (ait, mais ne cherchent pas à l'expliquer.
« Pour d'autres, son influence serait purement mécanique, comme l'influence de tout corps étranger mis eu contact avec les tissus sensibles et dépourvus de leur protection naturelle. A cette opinion se rattachent Guillemeau, dans sa division de l'air en grossier et subtil, Magatus, Laffize, Ilévin, Lombard ».
Puis nous voyons l'action nuisible de l'air sur les plaies être attribuée au froid. Hippocrate, Galien, Tagault, Bellosteet les chirurgiens du siècle dernier, admettent celte opinion. Ils ont remarqué qu'en hiver les plaies guérissent plus lentement qu'en été, dans les pays chauds que dans les climats froids.
Plus tard, ce n'est plus l'air que l'on accuse d'être nuisible aux plaies, mais bien les différentes substances qu'il contient. Les contemporains reprendront cette théorie et, guidés par ces idées, physiologistes et chirurgiens se mettront à l'œuvre et de leurs observations nous verrons naître une des plus belles conquêtes de la science moderne, la méthode antiseptique. Toutes ces raisons différentes invoquées pour expliquer les causes de la nocivité de l'air ont donné naissance à des méthodes de pansement nombreuses et variées.
Nous pouvons les diviser en trois groupes :
i" Méthodes de pansement dirigées contre l'action du froid. Incubation de Guyot ;
2" Méthodes de pansement dirigées contre l'air lui-même. Occlusion sous toutes ses formes ;
30 Méthodes de pansement dirigées contre les miasmes, les germes, les microbes. Antiseptiques divers.
1" Méthodes de pansement dirigées contre l'action du froid. L'emploi de la chaleur dans le traitement des plaies est très-ancien. Hippocrate, Galien, Guy de Chauliac, Magatus, A. Paré, conseillent l'emploi de réchauds, de fers chauffés au feu pour élever la température de l'air ambiant pendant le pansement des plaies. Faure au siècle dernier, pour hâter la cicatrisation d'ulcères difficiles à guérir et de plaies anciennes, recommandait la cautérisation objective et les bains de soleil. Larrey avait fait remarquer à plusieurs reprises combien la cicatrisation des plaies était plus active dans les pays chauds qu'en France, -mais ces idées avaient passé inaperçues, lorsque J. Guyot fut amené par une dict. ekc. 2° s. XX. 14
210 PAiN SEMENT.
série de vues tliéoriqucs à essayer l'emploi de l'air chaud dans le traitement des plaies. Le procédé de l'incubation consiste à soiinieltre les parlics malades à l'action de l'air almospliérique, artificiellement porté à une lemj)ériiture de 36 degrés. La température ne doit pas dépasser 40 degrés, ni descendre au-dessous de 32 degrés. Pour arriver à ce résultat, on plonge le membre dans une sorte de caisse lectangnlaire, dont la température est entretenue au degré convenable à l'aide d'une lampe à liuile ou à alcool.
D'après Guyot, la durée de l'incubation e^t entièrement subordonnée au temps nécessaire pour la gui'rison de la plaie, le membre doit être laissé dans l'appareil jusiiu'à ce que la guérison paraisse assurée. Guyot attribue à sa mélbode des propriétés mulliples :
1° L'incubation ferait disparaître la douleur, ce serait là son premier effet;
2" Toutes les colorations anormales de la peau se dissiperaient subitement ou peu à peu ;
3" La tuméfaction des parties, quelle qu'en soit la cause, ne tarderait pas aussi à se résoudre.
L'elfet local paraît donc être anliphiogistique. Dans sou traité {Emploi de la chaleur dans le traitement des maladies. Paris, 1842) Guyot recommande son appartil pour le traitement des pliics grandes ou petites et des ulcères. « Les plaies placées dans cet appareil prennent un aspect vermeil, une apparence de vigueur et d'activité, quel que soit leur état antérieur. Dans les plaies fraîches ou ancienne-;, il se forme un dégorgement abondant de sérosité sanguinolente, de sérosité purulente pendant les premiers jours de l'action calorifique.. . enfin l'incubation abrège la cicatrisation ».
Guyot eut l'occasion d'employer plusieurs fois sa méthode. Voici la statistique :
ArnputaUons. Guérisons. Jlorls.
Cuisse iô 8 S
Jambe 8 5 5
Bras 1 1 »
Avanl-I)ras 1 1 »
Gros orleil 1 1 »
Annulaire 1 1 »
« Cette statistique, dit Dubrucil (Th. agr. de Paris, 1869), n'est pas en somme entièrement favorable, et du reste, lorsque Bouret à Lyon et Salis à Vendôme ont employé l'incubation, ils n'en ont pas obtenu un très-bon résultat. Elle est d'ailleurs tombée en désuétude. »
2" Méthodes de pansement dirigées contre l'air lui-mèjje. a. Occlusion. Fermer les plaies pour les soustraire au contact de l'air est une idée des plus anciennes, c'est le principe même de la réunion immédiate. Larrey, au commencement de ce siècle, nous montre l'avantage que l'on peut retirer sur le champ de bataille de l'occlusion complète de la plaie, et plus tard il enseigne dans ses cliniques que l'occlusion est le meilleur de tous les modes de pansement. « Le moyen le plus simple et le plus avantageux, dit-il, est, après que l'on a lavé la plaie, de la fermer et de la laisser jusqu'à l'époque où l'on juge qu'elle est cicatrisée, afin d'empêcher le contact de l'air qui lui est toujours nuisible, résultat que l'expérience a toujours fait vérifier. Aussi, par suite de celte expérience ou d'une tradition immémoriale, la plupai t des sauvages du Nouveau et de l'Ancien continent, et les Arabes de l'Egypte, s'empressent-ils de réunir leur plaie avec une sorte de taffetas enduit de baume et le L.issent-ils en place jus-
qu'à parfaite guérlson, qui s'obtient sans effort, dans un temps très-court » (J.-D. Larrey, Clinique chirurgicale^ t. I, p. 4 et 5).
Les cuirasses de diacliylon, préconisées surtout en France par Pli. Boyer et connues en Angleterre sous le nom de pansement de Baynton, n'agissent pas autrement que les emplâtres des Arabes. En 1844, l'emploi des agglutinatil's se généralise, et paraissent en même temps deux méthodes de pansement dues l'une à Laugier, l'autre à Cbassaignac.
Le 28 octobre 1814 {Comptes rendus de l' Académie dei sciences, t. XIX, p. 914), Laugier communiquait à l'Académie une note Sur V heureux: emploi du mucilage de gomme arabique et de la baudruche dans le traitement des plaies suppurantes. Laugier s'était servi de ce mode de pansement à l'hôpital Beaujou et en avait obtenu les meilleurs résultats. Il n'accordait du reste aucune proi'riété spéciale ni à la baudruche ni à la gomme, leur emploi lui permettait seulement d'obtenir une occlusion plus hermétique. « Cette méthode dit-il, permettra, je l'espère, de fermer plus exactement qu'avec les emplâtres adhésifs les plaies qui résultent des opérations sanglantes, une fois le premier suintement séro-sanguinolent arrêté, et de placer les solutions de continuité profondes, faites avec des plaies tégumentaires étendues, dans des conilitions Irès-rapprochées de celles qui se pratiquent pir les méthodes dites sous-cutanées. »
Le H novembre de la même année 1844 [Complet rendus de ï Académie des sciences, t. XIX, p. lOOG), Cha<saignac annonçait à la môme Société que depuis trois ans il employait avec succès l'occlusion faite avec des bandelettes de diacliylon entre-croisées, méthode dont il attribuait l'idée première à Velpeau qui l'avait siguidéc dans une de ses leçons publiée dans la Gazette des hôpitaux le 4 août 1851.
Cbassaignac imbriquait sur la plaie des bandelettes de diachylon formant une sorte de cuirasse, et ce tégument nouveau était recouvert lui-ntiême d'un linge fenêtre, céralé, par-dessus lequel était appliqué un gâteau de charpie; le tout était soutenu par quelques tours de bande. Le but de Cliassaignac était :
1° De tenir la surface de la plaie constamment recouverte; 2" D'assurer aux produits de la plaie un libre écoulement. Il est certain que la plaie était, ou paraissait être recouverte, que les liquides pouvaient s'écouler; mais ce mode d'occlusion, qui permettait ainsi l'écoulement des liquides, permettait à fortiori l'accès de l'air et n'était donc que fictif, l'occlusion était beaucoup moins complète que dans le procédé de Laugier.
Conté, dans le môme ordre d'idées, avait déjà préconisé l'emploi des feuilles en caoutchouc. « Aprèsavoir lavé très-exactement les bords de la plaie, dit-il, on taille un morceau de caoutchouc qui a à peu près exactement la forme de la plaie et qui dépasse son bord de 1 à 2 centimètres. On le maintient un instant avec la paume de la main, afin que la clialeurle rende plus souple, on l'applique le plus exactement possible, et on le maintient avec des bandelettes emplastiques à la manière de Baynton. »
Tous ces procédés étaient imparfaits, ils ne purent passer à l'état de méthode.
Parmi tous les chirurgiens qui se sont occupés de cette question, Jules Guérin
mérite certainement une mention à part. Cet auteur est revenu à plusieurs
reprises sur la question de l'occlusion. Si les appareils qu'il a propo-és n'ont
pas survécu, en appelant constaiiiment l'attention des sociétés savantes sur ce
212 ['ANSEMENT.
point, en provoquant des discussions sans nombre, il n'a pas peu contribué à élucider la question et à en favoriser la solution.
Après bien des essais infructueux laits avec différentes substances : baudruche, taffetas gommé, caoutchouc, il pensa à faite autour de la plaie une occlusion hermétique, et pour cela il eut l'idée d'envelopper les parties exposées à l'air d'un manchon de tissu imperméable, dans lequel on ferait le vide d'une façon permanente : de là le nom d'occlusion pneumatique qu'il donna à son
appareil.
Occlusion pneumatique. Le 6 février 1866, ce chirurgien présentait à l'Académie de médecine un mémoire sur le Trailement des plaies par sa méthode d'occlusion, mémoire publié dans la GazeWe médicale (Paris, 1866). Dans divers articles M. Guérin annonce qu'il est arrivé à faire rentrer toutes les plaies dans les conditions des plaies sous-cutanées; pour cela, d'après lui, il est nécessaire :
1° De maintenir les plaies dans un espace complètement fermé à l'air;
2° De les maintenir constamment recouvertes d'une membrane artificielle, qui se moule exactement et se maintient à tous les instants moulée sur la surface de la plaie;
3" 11 faut en outre que cette application, quoique continue et immédiate, ne s'oppose pas à l'exercice physiologique des exhalations et des excrétions cutanées, qu'elle les favorise au contraire;
4" Que celte occlusion et cette application ne permettent pas la stagnation des produits exhalés et des liquides épanchés, qu'elle prévienne la putréfaction des uns et des autres et s'oppose incessamment à leur absorption ; en un mot, il faut que l'enveloppe protectrice des plaies réalise de tous points les bienfaits de l'enveloppe cutanée. Pour arriver à ce résultat il fallait tout un système d'appareils dont voici la description d'après M. Guérin.
Ces appareils consistent :
1" En un récipient métallique parfaitement étamé, d'une capacité variable, dans lequel on a fait le vide; ce récipient est muni de deux robinets et d'un indicateur de vide ;
2° En une série d'enveloppes ou manchons en caoutchouc vulcanisé de 2 millimètres d'épaisseur, à une ou deux ouvertures, de forme et de dimension variées, et telles qu'elles puissent s'adapter aisément à toutes les parties du corps. Ces enveloppes sont munies à une de leurs extrémités ou sur le côté d'un tube en caoutchouc vulcanisé capable de résister à la pression atmosphérique;
3° En une série d'enveloppes intermédiaires en tissu élastique très-fin, perméable, de façon à se mouler sur toutes les parties qui doivent être enfermées dans les manchons en caoutchouc.
Muni de ces trois ordres de moyens, j'introduis le membre blessé, préalablement recouvert de l'enveloppe en tissu perméable, dans le manchon en caoutchouc, l'ouverture d'entrée de ce dernier ayant été calculée d'un diamètre suffisant pour embrasser par une pression élastique très-modérée la circonférence du membi'e enveloppé.
Le membre étant introduit, je mets l'intérieur du manchon qui le recouvre en rapport avec le récipient pneumatique par l'intermédiaire d'un tube incompressible. Immédiatement l'air et les gaz renfermés dans le manchon passent dans le récipient pneumatique et la poche enveloppante, obéissant à la pression atmosphérique, suit le retrait des gaz aspirés et se moule hermétiquement sur la surface enveloppée et y reste incessamment appliquée. 11 est à peine besoin d'in-
PAPJSEMENT. 213
cliquer les effels mécaniques et physiologiques qui résultent de celte application. Cependant, comme ils jouent un rôle considérable dans le mécanisme de la guérison des plaies, on ne saurait trop y insister pour en bien taire comprendre la portée.
Le rôle du récipient pneumatique consiste surtout à entretenir d'une manière permanente le double effet de V aspiration du contenu du manchon et de la pression atmosphérique sur ce dernier, l'une et l'autre agissant au degré voulu, et ce degré toujours appréciable à l'indicateur de vide dont est muni le récipient.
Le rôle de l'enveloppe intermédiaire en tissu élastique perméable est de favoriser sur toute l'étendue de la partie enveloppée la circulation des gaz et des liquides aspirés; de maintenir ainsi les surfaces enveloppées en rapport incessant avec le récipient pneumatique, et d'empêcher la formation de petits espaces vides par le plissement des manchons enveloppants.
Le rôle du manchon enveloppant est, en vertu de sa souplesse, de son imperméabilité et de la pression élastique de sou ouverture, de se mouler, en les comprimant uniformément, sur les surfaces enveloppées, sans permettre l'entrée de l'air. Ces effets mécaniipies entraînent des effets physiologiques correspondants.
L'aspiration continue du récipient pneumatique favorise l'exhalation et les sécrétions cutanées, il empêche la stagnation de ces produits et celle des liquides épanchés ; il exerce sur la surface de la plaie une double et caractéristique influence; il favorise la sécrétion plastique réparatrice; il prévient par le mouvement rétrograde qu'il provoque toute absorption ou résorption des gaz, ou des liquides épanchés, ou des substances toxiques ou virulentes déposées à leur surface ; enfin, si les plaies offrent des solutions de continuité, des anfractuosités, comme les fractures compliquées, ces solutions de continuité, ces anfractuosités, recouvertes d'une plaque intermédiaire, se comblent incessamment parles sécrétions plastiques qu'ils provoquent.
Les effets physiologiques de l'enveloppe imperméable sont des plus considérables.
Les plaies sont constamment maintenues à l'abri du contact de l'air, la douleur produite par ce contact n'existe pas, les altérations des liquides résultant de l'action des gaz de l'air, ou des débris organiques qu'il tient en suspension, sont empêchées; la compression uniforme et graduée qu'elle permet favorise le dégorgement des parties séparées, finalement prévient l'inflammation suppurative de la plaie et provoque d'emblée le travail d'organisation immédiate, lorsque les tissus lésés ne sont le siège d'aucune complication pathologique capable de remplacer sous une autre forme l'incitation pyogénique de l'air [Gaz. médic. de Paris, 1866, p. 88).
Telle est la méthode de M. J. Guérin.
b. Occlusion et aspiration continue. Dans le cours de la même année 1866, Maisonneuve modifie la méthode de J. Guérin. Ce dernier auteur s'était contenté de soustraire les plaies au contact de l'air. Maisonneuve, persuadé, comme il le dit lui-même: i l^Que les accidents fébriles si nombreux et si variés qui compliquent le plus grand nombre de blessures, et qui constituent le principal danger des opérations chirurgicales, étaient toujours le résultat d'un empoisonnement; 2° que les liquides exsudés à la surface des plaies s'altèrent, meurent et deviennent toxiques; que ce sont eux qui absorbés alors produisent l'empoisonnement», propose d'employer simultanément les antiputrides et l'aspiration convenue, qui auront pour but d'abord d'empêcher la putréfaction des Hquides, puis,
de les entraîner dans un récipient hors de la plaie. Voici comment Maisonneuve décrit la mclliode {Noie sur la méthode (Vusjnrahon continue [Académie des sciences, 4 nov. 1867]): « Après avoir comme d'habitude arrêté récoulement du sang au moyen de la ligature des \aisscaux, on nettoie la plaie avec le plus grand soin, on la lave avec de l'alcool, on 1 essuie avec un linge sec, on en rapproche doucement les bords au moyi n de quelques bandelettes de diacliylon en ménageant avec soin des intervalles propres à l'écoulement des liquides, on appliquecnsuiteune couche de chai pie, imbibée de liquidi^s antiputiides, tels que l'acide phcnique, la teinture d'arnica, le vin aromatique ou qne'que autre substance analogue, puis on maintient le fout par quelques bandes de linge imbibées des mêmes liquides. C'est seulement après ce pansement préliminaire qui n'est guère que le [lansement usuel qu'on procède à l'applicalion de l'appareil aspirateur
« Cet appareil se compose : 1» d'une sorte de boin-eletde caoutchouc muni d'un tube de même substance; 2" d'un flacon de quatre à cinq litres de capacité, muni d'un bouchon percé de deux trous; 3" d'une pompe aspirante munie aussi d'un tube flexible.
« Le moignon d'amputation (c'estsurtout pour les plaies d'amputation que l'appareil a été employé) enveloppé de son pansement est d'abord coifle du manchon de caoutchouc : l'orilice de celui-ci embrasse exactement le pourtour du membre tandis queTexIrémilé de son tnbe est adaptée à l'une des ouvertures du bouchon. A l'autre s'ad.ipte le tuyau delà pompe aspirante, puis on fait agir le piston.
« Bientôt l'air contenu dans le flacon est en partie aspiré et chassé. Les liquides du pansement mêlés à ceux qui suintent de la plaie sont aspirés eux-mêmes et viennent tomber dans le flacon. Le manchon de caoutchouc privé de l'air qu'il contenait s'affaisse et s'applique exactement sur le moignon.
« Le poids de l'atmosphère exerçant par son intermédiaire une compression puissante maintient exactement en contact les surfaces divisées, en même temps qu'il expulse des profondeurs de la plaie tous les liquides non organisables.
« It'une autre paît, l'aspiration continue produile par la raréfaction de l'air du flacon exerce sur ces mêmes liquides un appel incess.int qui non-senlemcnt empêche leur stagnation dans les pièces du pansement, ce qui serait certainement très-nuisible, mais encore et surtout ne permet pas que ces mêmes liquides morts puissent séjourner dans la profondeur de la plaie, et y devenir en se putréliant la cause d'accidents redoutables. »