L. Hn
PARACELSE, de son vrai nom Théophraste Bombast von Hohenheim, naquit vers 1490, probablement en 1491, près de Maria-Einsiedeln, célèbre
pèlerinage du canton de Schwyz, en Suisse. Einsiedeln est le siège d'une abbaye de Bénédictins, celle d'oij le réformateur Zwingli lança, un an avant Luther, les premières attaques contre la cour de Rome.
Paracelse appartenait à une famille très-honorable, celle des Bombast von Hohenheim, dont le berceau était le château de llohenheim, près de Stuttgard ; dès 1409, ce château avait passé en des mains étrangères et actuellement il est le siège d'une Académie d'économie rurale. Le père de Paracelse, proche parent d'un grand prieur de l'ordre de Malte, avait étudié la médecine à Tubingue ; il était le médecin de l'abbaye d'Einsiedeln. Sa mère, avant son mariage, était surveillante à l'hôpital annexé au couvent. Quant au nom de Paracelse, il n'est probablement que la traduction du mot Hohenheim; d'après quelques auteurs, Théophraste de Hohenheim se serait donné ce nom pour marquer sa prééminence au-dessus de Celse. Il n'a du reste pris ce nom que dans quelques-uns de ses écrits, et le plus souvent il signe Theophrastus ex Hohenheim Eremita (cette épilhète indiquant son lieu de naissance). Enfin le prénom de Philippe qui lui est quelquefois attribué ne se trouve guère que dans les écrits non authentiques publiés sous son nom et sur la pierre tombale qui marque sa sépulture à Salzbourg.
En 1502, le père de Paracelse émigra avec sa famille à Villach, en Garinthie, et y exerça la médecine avec un certain éclat jusqu'en 1534, où il mourut âgé de soixante et onze ans. La première éducation de Paracelse ne fut pas aussi négligée qu'on l'a dit ; son père lui inculqua des notions de médecine, d'alchimie et d'astrologie. H reçut aussi les leçons d'Eberhard Paumgartner, le savant évêque de Lavant, et celles de Mathaeus von Scheidt, de Seckau, et de l'évèqueMathias Schlach, suffragant de Freissingen. A l'âge de seize ans, en 1506, son père l'envoya à l'Université de Bâle; là il étudia l'alchimie sous la direction du célèbre Tritheim, abbé de Sponheim, puis il fit un assez long séjour au laboratoire du riche Sigmund von Fugger, à Schwatz, dans le Tyrol. Après quoi il voyagea dans une grande partie de l'Europe pour s'instruire et visita les plus célèbres universités d'Allemagne, de France et d'Italie, étudia la métallurgie dans les mines de la Saxe, parcourut l'Espagne, l'Angleterre, la Prusse, la Pologne, où il se fit enlever par les Tartares, chez lesquels il dit avoir pratiqué l'alchimie, puis l'Egypte, vint à Constantinople où il se fit initier à toutes sortes de mystères, visita la Valachie, la Transylvanie, etc., etc. Peu scrupuleux sur le choix des personnes, il demandait leurs recettes ou leurs secrets aux barbiers, baigneurs, bonnes femmes, magiciens, astrologues, zingares, etc., aussi bien qu'aux médecins les plus savants; il s'instruisait même auprès du bourreau. Il parait que Paracelse a en outre servi dans l'armée danoise sous le roi Christian II. On conçoit que, pendant ses pérégrinations, il n'ait eu guère le temps d'étudier les classiques tels que Galien, Avicenne, etc., qu'il détestait cordialement du reste; il est probable que Paracelse n'a jamais beaucoup lu, et nous verrons plus loin qu'il n'a pas beaucoup écrit, malgré le grand nombre d'ouvrages qui ont vu le jour sous son nom.
Après dix ans d'absence, Paracelse revint en Allemagne et, grâce à la protection de son célèbre compatriote Hausschein (Oekolampadius), il fut nommé en 1526 médecin pensionné à Bâle et devint l'année suivante professeur à l'Université de cette ville. Il y fit sa première leçon le jour de la Saint-Jean et se servit, contre tout usage, de la langue allemande, pour se mettre à la portée d'un plus grand nombre d'auditeurs -..il inaugura son enseignement en détruisant
par le feu les ouvrages d'Avicenne, de Galien, d'Averrhoës, de Razès, etc., comme pour marquer qu'avec lui la médecine allait entrer dans une ère nouvelle ; il se posait en réformateur comme Luther, qui quelques années auparavant avait brûlé la bulle du pape sur la place publique de Wittemberg. Il est probable qu'IIippocrate avait trouvé grâce devant lui, car il publia par la suite des commentaires sur les apliorismes du père de la médecine. A ce moment, Paracelse était à l'apogée de sa gloire; à son arrivée à Bâle il avait eu le bonheur de guérir l'imprimeur Froben d'une maladie réputée grave ; quelques autres cures heureuses et l'enthousiasme de ses adeptes, fascinés par sa faconde prodigieuse, firent le reste; il était appelé auprès des princes et des grands, et sa pratique s'étendait en Alsace et dans tous les pays environnants.
Cependant Paracelse ne conserva sa chaire que jusqu'au printemps de 1528. il s'était attiré l'inimitié de ses confrères dont ses cures heureuses avaient excité la jalousie et celle des pharmaciens dont il dénonçait hautement l'esprit de lucre et les abus journaliers. Il résista courageusement à ces attaques pendant quelque temps, mais à la suite d'un démêlé avec un chanoine qu'il avait guéri, et qui, au lieu de lui donner 100 florins, comme ils en étaient convenus, obtint du magistnit une sentence qui réduisait les honoraires à 6 florins, il se compromit en proférant des paroles offensantes contre les autorités; sur le conseil de ses amis, il quitta Bâle et se retira à Esslingen, près de Stuttgard; là encore il fut en butte à des persécutions; menacé de la prison, il s'enfuit et commença une vie errante et misérable, guérissant des malades en route et souvent accompagné d'élèves plus avides de connaître les secrets qu'ils lui supposaient que de s'instruire. Il parcourut ainsi l'Alsace, la Bavière, la Suisse, la Moravie, le Tyrol, l'Autriche, la Garinthie. Enfin, il vint mourir à Salzbourg (à l'hôtel du Cheval blanc) après une courte maladie, le 24 septembre 1541, à l'âge de cinquante ou de cinquante et un ans. Quelques auteurs prétendent que ses ennemis le précipitèrent du haut d'un rocher et que dans la chute il se brisa le crâne.
Il est peu d'hommes dont on ait dit tant de bien et tant de mal que de Paracelse, et même aujourd'hui la lumière n'est pas faite entièrement. On lui reprochait de s'enivrer, de vivre dans les plaisirs et la débauche, etc. ; mais il faut faire la part des mœurs de l'époque, qui étaient fort relâchées, et ne pas oublier que ces accusations émanent surtout de ses ennemis, parmi lesquels Oporin et Eraste, qui avaient commencé par être ses amis, furent les plus acharnés, Oporin avait même été le secrétaire de Paracelse, mais il le quitta, irrité de ce que son maître ne voulait pas lui confier ses secrets.
Si Paracelse avait des mœurs rudes, prises au contact du peuple qu'il fréquentait certes plus que les princes, si les fines manières des hautes classes lui faisaient défaut, cela ne l'empêchait pas d'avoir une haute idée de sa dignité de médecin et de détester les charlatans; il saisissait toutes les occasions pour stigmatiser le pédantisme et l'ignorance de ses confrères, et amassa ainsi sur sa tête des haines formidables. On verra, par le passage suivant de Dessenius, jusqu'où allait la haine de ses ennemis : « Magus monslrosus, superstitiosus, « impius et in Deum blasphemus, mendacissimus, infandus impostor, cbriosus, « erro, monstrum horrendum » (Medicin. vet. et rat. def., Colon. Agripp., 1573, p. 202). Bafoué comme un charlatan par les uns, traité de fou par les autres, accusé d'athéisme par un grand nombre, il passait aux yeux d'une foule de gens pour se livrer à la magie, pour avoir fait un pacte avec le diable. Or, on peut affirmer que Paracelse était plutôt pieux et croyant, avec un penchant
marqué vers le protestantisme. D'autre part, dans ses écrits regardés comme authentiques, Paracelse rejette formellement la magie et l'alchimie. Faut-il en conclure qu'il n'y croyait pas et voulait ramener toute la science au monde physique? Cela ne nous paraît guère probable. Sa méthode d'observer, son acceptation peu judicieuse de toutes les recettes qu'on lui recommande, sont trop éloignées du scepticisme rationnel pour qu'il ait fait table rase de toutes les notions que son maître Tritheim avait réunies avec tant de peine. Puis Paracelse était avant tout professeur; il a emprunté pour la vulgarisation de ses idées l'aide de ses amis ou de ses élèves. Les opinions de ceux-ci ont plus d'une fois déteint sur ses œuvres. Eiit-il été possible (|ue les additions m;igiqucs de toute nature et les élucubrations que renferme l'édition de Huser, publiée soixante-deux ans après sa mort, c'est-à-dire quand son nom n'appartenait pas encore à la légende, n'eussent pas provoqué des protestations, si elles eussent été en opposition formelle avec les doctrines qu'il avait professées toute sa vie?
On a dit que le peu de connaissance qu'il avait des langues anciennes engagea Paracelse à parler et à écrire en allemand ; ce n'est qu'une calomnie, car le programme en latin par lequel il annonça ses leçons à l'Université de Bàle est rédigé dans un latin très-pur; l'ouvrage de son maître Tritheim qu'il a résumé en allemand était écrit en latin : il est donc évident qu'il connaissait cette langue aussi bien que ses contemporains, et il est probable qu'il connaissait l'allemand mieux que beaucoup d'entre eux.
Ici encore il ne fit qu'imiter Luther, qui écrivait et prêchait en allemand. C'était pour lui une manière de rompre avec la tradition et l'antiquité. On peut dire même que Paracelse a rendu un service éclatant à sa patrie, au même titre que Luther, en mettant en honneur sa langue maternelle, qu'il écrivait souvent dans un style simple, clair et sobre; nous ne parlons ici que de ses écrits authentiques. Ceux-ci renferment, il est vrai, quelques expressions ou tournures bizarres, mais une bonne partie peut on être attribuée à des altérations du texte primitif. Les ouvrages non authentiques sont caractérisés par un style enflé et extravagant, qui a fait adopter par les Anglais le mot bomhast comme synonyme de pathos, d'enflure, etc.
Le système médical de Paracelse a été exposé dans l'excellent article Médecine {Histoire) de M. Boyer. Nous n'y reviendrons pas en détail ; nous nous bornerons à quelques considérations générales.
Paracelse avait adopté les idées néoplatoniciennes et avec les partisans de ce système faisait tout dériver dans le monde de la divinité. Dans chaque créature règne le feu divin, le baume astral émané de Dieu ; l'homme renferme en lui toutes les formes de la vie naturelle extérieure, il renferme soleil, lune, astres, ciel, terre, eau, feu, etc., en un mot, représente le microcosme en face de la nature extérieure, le macrocosme ; cette idée domine même à un tel point le système de Paracelse que fréquemment il désigne la nature comme l'homme extérieur. C'est par l'étude seule du macrocosme que le microcosme peut être compris ; c'est pourquoi Paracelse méprisait l'étude de l'anatomie humaine, la croyant inutile à la connaissance du corps humain. Du reste, en deux mots, voici sa physiologie et sa pathologie : L'homme est un composé de sel, de soufre et de mercure (sidériques, c'est-à-dire immatériels), au même titre que les autres corps de la nature, qui renferment ces mêmes éléments, mais à un état grossier, matériel; c'est plus ou moins la théorie d'Anaxagore. Dès que ce composé est altéré, il y a maladie, et celle-ci ne peut être combattue que par les moyens
chimiques combinés avec l'influence des astres '. Pour expliquer l'action des médicaments, il admet l'existence dans le corps humain de Varchée, être imaginaire qui pour lui remplace la nature, règle les fonctions de l'orgnnisme, combine les éléments, sépare des principes nutritifs le poison contenu dans les aliments, préside, en un mot, à tous les actes physiologiques, ainsi qu'à l'action des médicaments. C'est à peu de choses près la force vitale des modernes, et à ce point de vue Paracelse a été l'un des précurseurs du vitalisme.
C'est aussi à lui qu'est due la théorie de l'âcreté des humeurs, dont Svlvius s'empara plus tard, et qui fut le point de départ des théories humorales modernes.
Paracelse a rendu de grands services à la thérapeutique, en jetant la défaveur sur la polypharmacie, la confection des affreux mélanges, électuaires, etc , qui étaient en vogue alors, en simplifiant la préparation des médicaments et substituant à ceux en usage les teintures, essences, extraits, et surtout les préparations minérales. 11 a fait mieux connaître surtout les préparations antimoniales, ferrugineuses, mercurielles, salines, et a le premier émis cette idée que certains poisons peuvent, à dose modérée, devenir des médicaments précieux. Cela ne l'a pas empêché de forcer les doses dans sa pratique; on l'accuse même d'avoir tué quelques-uns de ses malades par son imprudence. Il donnait le plomb dans les affections cutanées, les préparations d'étain dans les affections vernnneuses, les sels de mercure dans la syphilis; il se servait du cuivre et de l'arsenic comme de rongeants, de l'acide sulfurique dans les maladies saturnines, etc., etc. Des plantes il retirait par distillations répétées la quintessence, qu'il considérait comme le principe de leur action. Parmi les médicaments les plus célèbres tirés du règne végétal qu'il a fait connaître, on peut citer la teinture d'ellébore, la teinture d'aloès composée ou élixir de propriété. Le premier il distingua les médicaments en magistraux et en officinaux. Malheureusement à côté des propriétés positives des substances médicamenteuses il admettait des propriétés occultes, des arcanes, et accordait une importance considérable aux signatures cabalistiques. Il en résulte qu'à côté d'excellents médicaments il en employait de bizarres ; c'est évidemment la théorie des signatures qui l'a conduit à employer l'aimant contre l'hystérie et les affections spasmodiques; si l'on est revenu de nos jours à celte pratique, c'est, il faut le reconnaître, sous l'influence de théories toutes dilférentes de celle des signatures.
Enfin, on peut dire que Paracelse a presque créé la doctrine moderne des spécifiques; il ne croyait pas à une panacée universelle, pas plus qu'à la possibilité de faire de l'or, mais il admettait une panacée pour chaque maladie.
Malheureusement, en chirurgie, il accordait trop de confiance à l'action des arcanes et à la toute-puissance de l'archée et négligeait les instruments tranchants, les caustiques, etc. Ainsi, dans les cas de blessure, par exemple, le rôle du médecin doit se borner, selon lui, à empêcher les agents extérieurs de contrarier la guérison qui a lieu spontanément par l'intervention du baume naturel ou tnwmie que renferme le corps. Cette répugnance pour l'intervention armée
* La croyance à l'action indirecte des astres n'implique pas nécessairement la foi aux sciences occultes. Aujourd'hui encore il est souvent question de maladies saisonnières (roséole esiivale, fièvre de foin, etc.). Les astrologues ne s'en tenaient pas là, ils établissaient une relation directe entre les astres et ceri aines régions du corps (face, main : métoposcopie, chiromancie), de telle sorte qu'avec une sorte de calcul différentiel on pouvait passer des uns aux autres ou plutôt interpréter au point de vue divinatoire les observations faites sur l'individu ou sur la sphère céleste.
s'explique par le peu d'habileté chirurgicale de Paracelse et surtout par son ignorance de l'anatomie qu'il ne croyait pas utile de connaître.
Quoi qu'il en soit, Paracelse a eu le mérite d'indiquer à la médecine une voie nouvelle et féconde.
Ajoutons que quelques auteurs ont voulu en faire le précurseur de Bacon. 11 vante en effet l'expérience et reconnaît tout le parti qu'en peuvent tirer l'art de guérir et la science en général. Mais il applique mal les principes qu'il pose; la vraie méthode lui manque; à côté de recherches expérimentales bien conduites il arrive dans d'autres cas à des résultats absurdes. On ne peut donc pas le considérer comme le fondateur de la méthode expérimentale.
Ou ne saurait se faire une idée juste de Paracelse, si on ne cherchait à se rendre compte de sa manière de voir sur les sciences occultes. Nous avons dit plus haut qu'il rejetait quelquefois la sorcellerie, mais, nous le répétons, il était trop homme de son temps pour ne pas croire aux sciences occultes et en particulier à la divination. Il apporta dans l'exposition des méthodes alors en usage le même esprit d'incertitude brouillonne que dans les choses de la médecine.
Ce qu'il ne faut pas perdre de vue, c'est que Paracelse n'est ni un érudit, ni un chercheur convaincu, ni un sceptique; c'est avant tout un révolutionnaire et un homme du peuple. Il dit à peu près ce qu'ont dit les autres, mais il ic dit autrement qu'eux; on voit percer à chaque instant le polémiste qui rejette une idée ou une doctrine moins parce qu'elle lui paraît mauvaise que parce qu'elle est adoptée par ses adversaires. 11 y a dans la préface de sa Philosophia sagax des lignes qu'aurait signées un rhéteur luthérien. « Si nous avons le royaume du ciel en vue, que nous importent demain et les choses de la terre?.... Laissons de côté ce que nous ne pouvons connaître par l'expérience. » C'est une formule positiviste en jargon théologique. Mais bientôt le mystique reparaît ; il prend parti contre les orthodoxes qui avaient proscrit la divination, en appelle aux Pères de lÉglise, aux Apôtres, essaie de prouver le surnaturel par des arguments d'ordre naturel. 11 se fait vulgarisateur du monde métaphysique, abrège et veut éclaircir les rêveries de Tritheim et les problèmes pseudo-mathématiques qui auraient conduit Pietro d'Abano au bûcher, si la mort ne l'avait arraché à temps à la justice ecclésiastique. La Philosophia sogax n'est qu'une terne compilation que n'agrémentent ni les légendes anecdotiques et presque toujours amusantes des écrivains crédules, ni les arguments narquois et spirituels des sceptiques. L'originalité ne reparaît que pour un instant, quand il s'agit d'interpréter des figures mystérieuses rencontrées dans un cloître d'Allemagne. Il y avait, comme dans toutes les peintures du temps, des saints en vêtements épiscopaux, des arbres à feuillage rigide, des animaux apocalyptiques. Qu'avait voulu dire le peintre? Probablement pas grand 'chose; l'Église, si rigoureuse pour la science, avait pour l'art une indulgence qui tenait à la faiblesse, et plus d'une fois les tailleurs de pierres artistes décorèrent le fronton des cathédrales de fi-^ures orimaçantes ou obscènes que les natui-alistes contemporains hésiteraient même à reproduire.
Au milieu d'une sorte de zodiaque, Paracelse était à son aise; il pouvait en sa qualité d'exégète et de devin lancer des invectives aux papes, reprocher aux moines de son temps leur avarice, leur diplomatie cauteleuse, leur vie déréglée. Ce pamphlet, qu'on trouve seulement dans les éditions allemandes de ses œuvres, a été peut-être une des causes pour lesquelles les juges orthodoxes du seizième siècle l'ont si impitoyablement et si injustement accusé de soi'cellerie, lui et son
élève Cornélius Agrippa que le diable suivit, dit-on, pendant quinze ans, sous forme d'un petit chien noir.
Nous l'avons dit, Paracelse avait beaucoup d'ennemis, mais la plupart ne l'attaquèrent pas sur le terrain des faits et de l'expérience, et se servirent au contraire des armes dt^à rouillées de la scolastique. Aussi le nombre des partisans de ses doctrines s'accrut-il de jour en jour après sa mort, surtout en Allemagne ; même en France, Paré et Fernel n'étaient pas éloignés d'adopter les plus importantes de ses idées. Mais les écoles françaises se liguèrent à l'envi pour combattre ce qu'elles appelaient des innovations dangereuses. La Faculté de Paris surtout se distingua par son acharnement à rejeter l'usage des préparations chimiques et particulièrement de l'antimoine ; elle extorqua même, en 1566, au Parlement, un arrêt interdisant absolument l'emploi médical des préparations stibiées. Mais tout ce tapage, en attirant l'attention sur la nouvelle médication, ne fit qu'en hâter l'introduction dans la pratique, au grand profit de l'art de guérir et de l'humanité.
Il nous resterait encore à parler des ouvrages de Paracelse, mais, l'authenticité ou la non-authenticité des uns et des autres n'étant pas encore bien établies, nous n'ajouterons rien à ce qui a été dit plus haut sur ce sujet. Haeser énumère comme ouvrages authentiques les suivants :
I. De gradibiis et compositionibus receptorum (trad. en latin par le secrétaire de Paracelse, Oporin), dédié le 10 nombre 1520 à C. Clauser de Zurich, avec prière de le publier. — II. Die kleine Chirurgie von franzôsischen Blatcrn, Ldhme, Beulcn, etc. (forme la 4' partie du Grosse Wundanyiei), dédié le 11 juin 1528 à Hieron. Boner, de Colmar. — HI. Sieben Bûcher von allen offenen Schâden, so aus der Nalur geboren werden. 5° partie dn Grosse Wundarznei, dédié le 20 juin 1528 à Conr. Wickram, de Colmar. — IV. Practica D. Theophrasti Paracchi, gemacht auff Europen, etc. Impr. à Nuremberg:, 1529. — V. Vont Holtz Guayaco, etc. Nuremberg, 1529. — VI. Drei Bûcher von deii Franzosen, etc. Impr. à Nuremberg, 1530 , in-4°. Dédié au luthérien Lazare Spengler. — VII. Von dcn Imposluren der jErzte. La censure de Nuremberg refusa l'impression, 1530. — VIII. Opus Paramirum ad medicam industriam. Mûhlhausen, 1562, in-4°. Dédié à Joachim von Wadt, médecin protestant, bourgmestre de Saint- Gall. — IX. Uslegung des Cometen erschynen im hochbirg zu mitlen Augsten. Anno 1531. Dédié en 1551 au prédicateur Léo lud, de Zurich (la comète dont il s'agit ici était celle de Ilajley). — X. Ausslegung des Cometen und Virgultae, in hohen Teutschen Landen crschiene». Anno 1552. — XI. Von des Bads Pfeffers, in Obereti Schweiz gelegen, tugenden, etc. Strassburg, 1571, in-S". Dédié à l'abbé J.-J. Kuslinger de Plalfers. —
XII. Les deux premiers livres du Grosse Wundarznei, tous deux dédiés à l'empereur Ferdinand I. L ' 1'=' livre parut d'abord à Ulm, 1536, in-fol. ; les deux à Augsbourg, 1536, in-fol. —
XIII. De natura rerum, etc. DMié à Winkelsteiner de Fribourg, avec prière de ne communiquer l'ouvrage à perfonne. Cet ouvrage paraît constituer, en partie du moins, une mystilication : témoin le fameux passage relatif à la génèraiùon de Vhoniunculus. — XIV. Verantwortung iiber etzlich vcrunglinipfung. — Irrgaug und Labyrinth der .Erzten. — Vom Ursprunge des Sandts und Steins. Écrit en 1558 et imprimé à Cologne, 1564, in-8'. — XV. Yon der Pestilem, an die Stadt Steningen, 1558.
D'après Rohlfs, le nombre des écrits authentiques de Paracelse devrait être considérablement réduit et ne comprendrait, jusqu'en 1556, que six ouvrages parmi lesquels le Grosse Wundarznei.
Parmi les écrits douteux ou non authentiques, que nous n'énumérerons pas, Haeser cite la Philoxophia sagax der grossen und kleinen Welt, ou Astronomia magna. Sankt-Veit, 1537-1538, 4 volumes, et Erklârung magiscker figuren, welche im Karthàmer-Kloder zu Niirnberg gefunden ivurden. Mûiilhausen, 15"6; il a été fait allusion plus haut à cet ouvrage et à ce pamphlet, qui sont rédigés absolument dans l'esprit de Paracelse et que nous ne sommes pas éloigné de considérer comme authentiques.
PARACENTÈSE. 509
Gomme éditions plus ou moins complètes des œuvres de Paracelse, on peut mentionner : 1» celle de Bàle, 1575, 2 volumes in-8°, avec préface d'Adam von Bodenstein; 2° l'édition de Bàle de 1589-1590, 10 parties in-4°, publiées par Huser; oM'édition de Francfort, 1603, in-folio, également publiée par Huser; l'édition de Strasbourg, 1616, est identique à la précédente; on a encore sons le titre de Chirurgische Bûcher nnd Schriften, publiés par les héritiers de Huser, Strasbourg, 1605, in-folio, et 1618, in-folio, des éditions identiques avec les précédentes ; 4° la première édition latine, publiée à Francfort, 1603-1605, 4 vol. in-4», par un inconnu; les éditions suivantes ont toutes été publiées en latin; 5» Basileae, 1603-1605, 5 vol. in-folio, éd. Huser; 6" Argentorati, 1616, 5 vol. in-folio, éd. Huser; 7" Genevae, 1658, 3 vol. in-folio; 8° une édition latine, mutilée par F. Bitiskus, Genevae, 1658. — Bohlfs mentionne en outre une édition allemande publiée par Huser à Francfort, en 1603 (5 parties in-4''), et dont ne parlent ni Haller, ni Brunet> ni Graesse.
Paracelse a fait l'objet de nombreuses notices et critiques; parmi les travaux les plus importants et les plus récents relatifs au célèbre réformateur et à ses ouvrages, nous mentionnerons : Marx (K.-F.-H.). Zur Wiirdigung des Tlieovhrastiis von Hohenheim. Gôttingen, 1842, in -4". — Trélat, Confér. historiques, p. 248. — MooK (Fr.). Theophrastus Pnracelsus. Eine kritische Studie. Wiirzburg, 1876, in-8". — Ferguso?; (J.). Bibliographia Paracelsica, etc. Glasgow, 1877, in-8". — Kerchenstelner (J.). Zian Gcddchtniss an Theophrashis Paracelsus an dessen 340. Todestage. Vortrag gehalten... in der dritten allgem. Sitzung der 54. Versammlung deutscher Naturforscher u. Aerzte in Salzburg ani 24 Sept. 1881. — Haeser. Lehrbiich der Geschichte der Medicin, 5. Bearb., 2*' Band, p. 71, lena, 1881, in-8». — Rohlfs (Heinr.). Articles critiques dans Deiilsches ArcMv fur Geschichte der Medicin, Jahrg. V, p. 213, 241, 473; 1882 [voy. Divinatioîi). L. Hn.
PARACELSE (Élixir de). Élixir qui a pour principal ingrédient l'aloès.
PARACElXTÈSE. Le mot paracentèse (de irapaxEv-sco, je pique à travers) sert à designer une opération ayant pour but d'évacuer des liquides de nature diverse contenus dans une cavité quelconque du corps et particulièrement dans une cavité séreuse.
Ponction et paracentèse sont synonymes. Ainsi l'on dit indifféremment ponction ou paracentèse de l'abdomen, du péricarde, de l'œil, du genou, etc. Seule la ponction de la [)lèvro a reçu le nom spécial de thoracenlèse et celle de l'abdomen est appelée simplement paracentèse, sans désignation de la cavité à laquelle elle s'applique. Nous n'avons à nous occuper ici que de la paracentèse abdominale, et pour celle des autres cavités nous renvoyons aux mots Hydrothorax, Hydropéricarde, Hydarthrose, etc.
La paracentèse a éié connue et pratiquée dès les temps les plus anciens. Hippocrate en avait déjà tracé les règles, mais, peu appréciée de ses successeurs, cette opération fut condamnée plus tard d'une manière formelle par Erasistrate. Chez les Romains, elle eut pour adeptes Celse, Cselius Aurelianus, Galien, Paul d'Égine, etc. Ces médecins, et Celse en particulier, n'ouvraient le ventre qu'avec le caustique, afin de retarder l'occlusion de la plaie et de prolonger ainsi l'écoulement du liquide. Longtemps discréditée, la paracentèse ne fut eu quelque
MO PARACENTÈSE.
sorte sauvée de l'oubli que par Fabrice cVAquapendenlequi, le premier, la pratiqua à l'aide de l'instrument traucliant. De son temps, et jusqu'à la fin du dix-septième siècle, on ponctionnait avec un instrument étroit, aigu, à double tranchant, sorte de lancette qu'on remplaçait ensuite par une canule. Les uns traversaient directement toute l'épaisseur de la paroi abdominale, les autres ponctionnaient à la base d'un pli cutané pour éviter le parallélisme entre la plaie superficielle et celle des couches profondes.
L'invention du trocart attribuée par les uns à Sanctorius, par les autres à Pigray, contemporain. d'Âmbroise Paré, marqua un véritable progrès dans l'histoire de la paracentèse en rendant cette opération plus facile et plus inoffensive. J.-L. Petit, Fleurant et autres contribuèrent particulièrement à vulgariser cet instrument qui, depuis, est devenu el resté classique.
La paracentèse sous-cutanée, préconisée en 1859 par J. Guérin et que les Anciens mettaient déjà en usage, comme on vient de le voir, n'est pas restée dans la pratique. Cette méthode a été d'ailleurs distancée largement, au point de vue de l'innocuité traumatique, par l'emploi des trocarts capillaires conseillé de nos jours par Leudet, et par la ponction aspiratrice à l'aide du vide préalable inventée par Dieulafoy.
Manuel opératoire. Avant de pratiquer la paracentèse, on doit s'assurer qu'il n'existe au point d'élection ni anse intestinale soudée à la paroi du ventre, ni tumeur solide, et que le liquide n'est pas enkysté. On percutera donc soigneusement l'abdomen en inclinant le malade alternativement sur le côté droit et sur le côté gauche. Selon Mérat, on ne doit même entreprendre l'opération qu'autant qu'on a senti manifestement le flot liquide; mais, si l'on ne s'en tenait qu'à cette indication, on n'opérerait pas souvent, la fluctuation faisant défaut dans la pluralité des cas.
Quel doit être le point d'élection de la paracentèse?
Comme l'épanchement abdominal refoule la masse intestinale en arrière et en haut, il est indiqué, d'une manière générale, de faire la ponction dans la moitié antérieure et inférieure du ventre. De plus, on devra choisir un point qui éloigne l'instrument de la vessie, du foie et du côlon.
Hippocrate prescrivait de pratiquer la ponction près de l'ombilic ou près des lombes.
Sabatier plongeait le trocart dans le milieu de l'espace compris entre le bord des fausses côtes et la crête iliaque; Mérat préférait prendre le centre d'un triangle formé par l'ombilic, le sommet de l'os des iles et le tiers antérieur des fausses côtes.
Les chirurgiens anglais, pour se mettre à l'abri des hémorrhagies, opèrent presque tous sur la ligne blanche, à l'exemple des Anciens.
Lorsque l'ombilic est distendu par l'ascite et que la peau s'y trouve amincie et transparente, on pourra opérer dans ce point à l'exemple de Forget (de Strasbourg) qui, dans un cas, recourut avec succès à ce procédé, mais qui, dans un autre, vit se produire une hernie épiploïque.
Si une hydrocèle congénitale coïncide avec l'ascite et que le liquide périlonéal communique avec la tunique vaginale, on peut, comme l'a fait Barlh, évacuer le liquide par le scrotum.
11 est à peine besoin d'ajouter qu'il n'y a pas lieu d'imiter la pratique dangereuse de certains chirurgiens qui n'ont pas craint de vider l'ascite à travers le vagin, le rectum ou la vessie.
PARACENTESE. 511
En somme, ce ne sont là que des procédés exceptionnels commandés par les circonstances. De nos jours, l'immense majorité des chirurgiens pratique la paracentèse sur le milieu d'une ligne droite qui descend de l'ombilic à l'épine iliaque antéro-supérieure. Dans ce point on se met à l'abri de la lésion des viscères et de celle des artères épigastrique et sous-cutanée abdominale. Comme ces vaisseaux suivent à peu près la direction d'une ligne qui part du milieu du ligament de Poupart pour aboutir à 4 centimètres au-dessus de l'ombilic, il s'ensuit qu'ils passent toujours et, sauf de rares exceptions, en dedans du lieu d'élection que nous venons d'indiquer.
Une fois l'opération décidée, on couche le malade sur le dos et sur le bord de son lit, la tète et la poitrine fortement relevées par des coussins. Un aide presse la région lombaire du côté opposé à celui de l'opération pour refouler le liquide en avant. Le chirurgien saisit un trocart dont il tient le manche dans la main droite, la paume appuyée dessus, la tige entre le pouce et le médius, l'index appliqué sur la tige et descendant jusqu'au point oîi l'on veut faire pénétrer le trocart, c'est-à-dire jusqu'à 2 centimètres et demi de la pointe. L'instrument sera enfoncé d'un coup rapide et sec dans le lieu d'élection dont la peau est tendue entre le pouce et l'index gauches. On reconnaîtra que le trocart a pénétré dans la cavité de l'épanchement à la liberté des mouvements de lu pointe. La canule est maintenue avec la main gauche et le poinçon retiré, afin de permettre l'écoulement du liquide. L'aide placé du côté opposé de l'opération comprime graduellement le ventre à pleines mains, pour pousser le liquide du côté de l'opérateur et pour tourner petit à petit le malade du même côté. On pourrait aussi, comme le conseille Sédillot, se servir d'une nappe pliée en cravate pour continuer la compression au iuret à mesure que le liquide s'écoule. Finalement, on incline le bout de la canule dans divers sens pour aller à la recherche du liquide resté encore dans le péritoine.
Si l'écoulement est arrêté par des flocons albumineux ou par l'épiploon, on désobstrue la canule à l'aide d'un long stylet mousse.
Les Anciens, dans le but d'éviter la syncope, ne retiraient pas tout le liquide contenu dans le péritoine, et du temps d'Hippocrate ou se servait déjà d'une canule comme d'un robinet pour évacuer l'épanchement à volonté. Aujourd'hui qu'on n'opère plus les malades que dans la position horizontale et que par suite les lipothymies sont moins à craindre, on n'hésite pas, en général, à vider la cavité abdominale d'une seule traite.
L'opération terminée, on retire la canule de la main droite, tandis que de l'autre on appuie sur la peau qui entoure le point ponctionné pour l'empêcher d'être tiraillée dans ce mouvement.
Après avoir exprimé le sang et la sérosité de la petite plaie, on la recouvre d'un morceau de sparadrap ou de taffetas gommé, ou bien d'une couche de coUodion, et l'on applique sur le ventre un bandage compressif dans le but de soutenir les viscères et de prévenir la syncope qui pourrait résulter de l'irruption trop rapide du sang, dans des organes longtemps comprimés.
Tel est le manuel opératoire le plus généralement employé. Cependant, dans certains cas spéciaux, le procédé doit varier quant au point d'élection et quant à la forme de l'instrument perforateur.
a. Ainsi, il peut arriver que l'ascite accompagne la grossesse. Pour obvier au danger qui en résulte, notamment à la suffocation, il peut être utile de pratiquer d'urgence la paracentèse.
512 PARACENTESE.
Scarpa et aulres ont, en pareil cas, ponctionné avec succès dans l'iiypochondre gauche, entre le bord externe des muscles droits et les fausses côtes. Langstolf incisait à 2 pouces au-dessous du nombril et, afin d'éviter l'utérus, il perçait ensuite très-superficielleraenl le péritoine mis à nu.
Ollivier (d'vVngers), sans contester les avantages du procédé de Scarpa, préférait avec raison inciser la peau avec une lancette près de l'anneau ombilical, lequel, dans l'ascite compliquant la grossesse, se trouve être presque toujours aminci, soulevé sous forme de tumeur et adhérent au péritoine par la concavité de son anneau; toutes circonstances qui rendent l'opération facile et peu douloureuse. Le procédé de Scarpa, qui expose à la lésion des viscères par suite des adhérences qu'ils peuvent avoir contractées, ne doit être réservé que pour les cas oià l'ombilic ne forme pas tumeur.
En cas de grossesse, on évitera de retirer tout le liquide péritonéal d'un seul coup, de peur de provoquer la contraction de l'utérus et l'avortement. A cet effet, Pigeolet (de Bruxelles) a conseillé de percer avec une épingle la tumeur de l'ombilic et de laisser le liquide s'échapper goutte à goutte, procédé déjà indiqué par llippocrate.
,h. Leudet, estimant que la paracentèse faite avec des trocarts de gros calibre favorise l'épuisement des malades, conseille l'usage du trocart capillaire, qui n'est autre que le trocart explorateur. Cet instrument, en ralentissant l'écoulement du liquide, empêcherait l'adynamie consécutive. L'auteur dit avoii' prolongé ainsi d'une façon évidente l'existence de deux de ses malades.
Dieulafoy accuse les gros trocarts de favoriser la syncope, l'état fistuleux de la plaie et l'invasion de la péritonite. Nous nous rangeons à cette opinion. La thoracentèse n'est devenue inotfensive que grâce à l'usage des trocarts capillaires. Pourquoi priverait-on plus longtemps la paracentèse du même bénéfice?
Quant à la ponction aspiratrice avec les trocarts fins, Dieulafoy ne la croit indispensable qu'en cas d'œdème et d'induration des parois abdominales, parce que dans ces conditions la plaie faite par un trocart de gros calibre ne peut s'obturer, par suite de la souplesse et de l'élasticité moindre des tissus. L'aspiration favorise l'écoulement du liquide à travers le trocart fin, mais il n'est pas nécessaire qu'elle soit continue ni énergique, et pour l'évacuation de l'ascite il suffit de transformer l'aspirateur en siphon (Dieulafoy, Traité de V aspiration) .
Indications de la paracentèse. Eu général, la paracentèse ne doit être pratiquée que si l'ascite distend outre mesure l'abdomen au point de comprimer et de gêner notablement dans leurs fonctions les organes du ventre et de la poitrine, et si d'ailleurs, comme c'est le cas le plus ordinaire, tous les moyens médicaux ont échoué contre l'épanchement.
L'extraction du liquide, en rétablissant dans leurs fonctions les organes comprimés, a pour résultat immédiat le soulagement du malade. La respiration et la digestion deviennent plus faciles, les urines plus claires et plus abondantes, et l'œdème des extrémités inférieures dû à la compression de la veine cave disparaît rapidement.
Il est donc d'un haut intérêt d'évacuer le liquide en excès, d'autant plus qu'il ne suffit pas de s'adresser à la cause de l'épanchement pour le guérir et que d'ailleurs, comme le dit avec raison H. Gintrac, la sérosité devient à la longue un corps étranger nuisible par lui-même.
11 est vrai que la ponction n'évacue pas seulement de l'eau, mais en même temps une grande quantité d'albumine qui s'y trouve en solution ; il est vrai
PARACENTÈSE. 515
encore que le plus souvent le liquide se reproduit très-vite et les forces s'épuisent quelquefois plus rapidement après la ponction qu'auparavant. C'est pour ces motifs que certains auteurs, entre antres Niemeyer, conseillent de ne recourir à la paracentèse que si la vie est menacée par un danger immédiat tel qu'un arrêt de la respiration, une imminence de gangrène de la peau, etc. Mais ne se décider que dans ces limites, n'est-ce pas risquer d'arriver trop tard et de faire perdre au malade tout le bénéfice de l'opération? Mieux vaut donc ne pas opérer in extremis et s'en tenir aux indications générales que nous venons de poser d'après la majorité des praticiens. Faite en temps opportun, la ponction abdominale est toujours un palliatif utile, capable de soulager le malaile et de prolonger son existence.
Bien [dus, il n'est pas sans exemple que la paracentèse ait constitué à elle seule un moyen curatif. Tantôt une seule ponction a suffi pour faire disparaître l'ascite; tantôt l'opération, répétée un grand nombre de fois, a déterminé la guérison définitive par la production d'adhérences multiples et persistantes. C'est que l'épanchement abdominal, ainsi que la dit M. E. Besnier dans l'article AsciTE [voy. ce mot), paraît être entretenu, dans certains cas, mécaniquement et par son excès même, tout conune certains épancliements pleurétiques, et peut dès lors disparaître après une seule ponction, grâce à la liberté rendue au rein et à l'intestin. Mais, en somme, ce ne sont là que des faits l'areset presque exceptionnels, et il serait téméraire de juger des efl'ets curatifs de la ponction abdominale par ceux beaucoup plus évidents de la thoracentèse.
La diversité et en général la gravité des causes génératrices de l'ascite font comprendre à priori l'impuissance curative de la paracentèse, tout comme lu nature le plus souvent idiopathique et simplement inllanmiatoii-e desépancbemonts pleurétiques explique les effets curaliis si fréquents de la ponction tboracique. Ce sont sans doute les cas de guérison dus à une ou plusieurs ponctions qui ont porté un certain nombre de praticiens à préconiser les paracentèses précoce^., faites avant la distension complète du ventre et avant le développement de la gène fonctionnelle des organes. Ces ponctions hâtives, en diminuant, en temps utile, la gène circulatoire de la veine porte et de la veine cave, préviendraient, par cela même, le retour de l'ascite. Déjà Fotliergill et Bell s'étaient déclarés partisans des ponctions précoces. II. G intrac a obtenu deux fois, par ce moyen, la guérison d'épancbements récents, mais de nature idiopathique. M' Créa, partisan, lui aussi, de la ponction précoce, même dans les ascites liées aux maladies du foie, rapporte également deux faits suivis de guérison complète. Si l'effet curatif heureux des thoracentèses précoces est incontestable, celui des paracentèses bàtives est et doit être plus aléatoire, car dans l'ascite tout dépend de la cause génératrice de l'épanchement. On comprend tout au plus l'utilité des ponctions précoces dans les ascites idiopathiques ou essentielles, dans celles consécutives à la rougeole et à la scarlatine et en général dans toutes celles qui ne sont que le reliquat d'une affection disparue, reliquat entretenu mécaniquement par son excès même. Mais que pourra la ponction précoce contre une ascite liée à une affection incurable du foie, du cœur ou de quelque autre organe, et condamnée à se reproduire fatalement ? Combien d'ailleurs sont rares les ascites idiopathiques et combien difficiles à discerner celles qui ne sont que le résidu d'une maladie disparue ! Néanmoins, l'innocuité imprimée à la paracentèse par les procédés modernes est de nature à encourager l'expérimentation des ponctions précoces sur une plus vaste éciielle.
DicT. t.^c. -2' s. XX. ''5
514 PARACENTESE.
Au résumé, la paracentèse n'est qu'exceptionnellement un moyen curatif de l'ascite et les ponctions hâtives ne nous paraissent jusqu'ici que rarement applicables.
La paracentèse n'a pas été utilisée seulement contre l'ascite chronique. D'après Winge, les résultats heureux fournis par la thoracentèse, à la condition toutefois qu'il n'existe ni diathèse dans les épanchements pleurétiques aigus, ni affection organique dans l'étiologie de l'épanchement, plaideraient en faveur de la paracentèse appliquée à la péritonite aiguë. L'auteur, à l'appui de sa thèse, cite le fait d'un étudiant, guéri d'une péritonite aiguë et purulente après cinq ponctions faites dans l'espace de quarante-huit jours. C'est là un exemple heureux qu'on ne courrait pas grand risque à suivre, surtout en se servant de l'aspiration avec le trocart capillaire.
Piorry avait traité déjà par la ponction la péritonile par perforation, mais sans succès, et cela n'a rien de sui prenant, étant donné les conditions toutes spéciales de cette grave affection. Quant à la péritonite chronique avec exsudats limités séreux ou purulents, il est constant qu'on l'a vue guérir quelquefois par la paracentèse qui, dansées cas, était devenue l'unique planche de salut.
Accidents dtis à la paracentèse. Si dans l'immense majorité des cas la thoracentèse est une opération complètement inoffensive, elle a néanmoins donné lieu parfois à divers accidents, les uns d'ordre général, les autres d'ordre local et traumatique.
Parmi les premiers, il faut citer Yadynamie consécutive et la syncope. Vadynamie est un état de faiblesse qui va croissant à partir du moment de la ponction, si bien que le malade s'éteint au bout de quelques jours sans autre phénomène qu'une dépression marquée de toutes les fonctions. Cet accident tiendrait, selon Béhier et Hardy, soit à ce que l'économie est devenue incapable de supporter la perte brusque d'une certaine quantité de liquide à laquelle elle s'était habituée, soit plutôt à ce que la reproduction rapide de Tépanchement amène l'épuisement chez un malade déjà affaibli préalablement. Si l'on considère que l'épuisement consécutif à la paracentèse n'est pas un fait commun et que certains malades ont pu supporter jusqu'à cent ponctions et plus, on est porté à se demander si l'adynamie, lorsqu'elle se présente, n'est pas, au moins dans certains cas, le résultat de l'affection génératrice de l'ascite plutôt que celui de la ponction. En d'autres termes, ne s'agirait-il pas là d'une coïncidence plutôt que d'une relation de cause à effet? C'est pour éviter l'adynamie qu'il attribue à l'écoulement trop rapide du liquide que Leudet, nous l'avons dit, a conseillé l'usage des trocarts capillaires.
La syncope consécutive à la paracentèse a son origine dans l'anémie cérébrale déterminée par l'afflux brusque du sang dans les organes soumis depuis longtemps à la compression. Pour obvier à cet accident, on opérera le malade dans la position horizontale, on se servira d'un trocart de petit calibre, afin de ralentir l'issue du liquide, au besoin on siispîudra l'opération par intervalles, surtout s'il s'agit d'un malade affaibli et sujet aux lipothymies.
Parmi les accidents dépendant directement du traumatisme se placent la péritonite, les hémorrhagies et l'état fistuleux de la plaie de ponction.
La pentomie peut éclater le jour même ou le lendemain delà paracentèse. Elle est tantôt générale et mortelle, tantôt et le plus souvent limitée et sans grande gravité. L'autopsie ne démontre pas toujours l'existence de l'inflammation au niveau de la ponction, bien qu'en général la péritonite se propage de la plaie
.PARA.CENTESE. 515
cutanée à celle du péritoine. En somme, la péVitonite est un accident difficile à prévoir, mais facile à éviter par l'emploi des trocarts fins et indemnes de toute malpropreté.
Pour entretenir la propreté du trocart, il ne suffit pas de laver à l'alcool ou à l'eau phéniquée. Mieux vaut le flamber à la flamme d'une lampe à alcool. La canule devra être trempée dans l'alcool avant d'être présentée à la flamme. La fumée qui en sortira indiquera la combustion des matières organiques qui la souillaient.
Inutile d'enduire le trocart d'un corps gras avant de s'en servir. Le peu qui en pénètre dans la plaie est sujet à y rancir et à provoquer l'irritition.
Hémorrhagies. Lorsque le sang qui provient de la plaie cutanée s'écoule outre mesure et longteuips, ce qui peut tenir à la lésion de l'artère épigastrique, on se rendra maître de l'héinorrhagie en comprimant le vaisseau dans un repli de la peau, si celle-ci est lâche et flasque; mais, comme cette compression n'est pas toujours facile, mieux vaut enfoncer dans le trajet du trocart le bout d'une sonde qui y entre à frottement (Belloc) ou bien un morceau de cire ou d'épongé préparée. Si l'hémorrhagie se fait à l'intérieur de la cavité péritonéale, ce qu'on reconnaît à la pâleur du malade et quelquefois à l'invasion de la syncope, il faudrait faire la ligature en masse ou la ligature après débridement préalable (Dieulafoy). Le sang provient-il de la lésion de l'artère sous-cutanée abdominale, ou l'arrêtera aisément par la compression de ce vaisseau dans un repli de la peau.
La fistule péritonéo-cutanée qui s'établit quelquefois à la suite de la ponction est un accident dont les conséquences ont été interprétées diversement par les pathologistes. Les uns y voient un danger, les autres un bienfait. A côté d'un certain nombre de cas malheureux où la mort rapide du malade a été attribuée à l'épuisement causé par l'écoulement continu d'un liquide riche en albumine, on peut citer au moins autant de cas heureux suivis de guérison, malgré la persistance de la fistule. Nous avons observé nous-même un fait de cette dernière catégorie chez une dame albuminurique, dont l'ascite a fini par disparaître après s'être vidée d'une façon continue, pendant plus de trois semaines, à travers une plaie fistuleuse. Loin d'être toujours un danger, la persistance de la fistule a été parfois un moyen de salut. Pagano a guéri une ascite en introduisant dans une piqûre demeurée fistuleuse une corde à boyau qu'il retirait tous les deux ou trois jours pour laisser s'écouler la sérosité. Cette méthode, il est vrai, ne serait à imiter que dans les cas d'ascite chronique non inflammatoire.
Reste à savoir si les cas de mort consécutifs à l'accident qui nous occupe n'ont pas été le résultat de la maladie déjà plus ou moins ancienne dont relevait l'ascite, autant que de la fistule.
Quoi qu'il en soit, il est bon de prévenir cet accident. Comme il se présente le plus souvent en cas d'oedème de la paroi abdominale, M. Peter a conseillé de comprimer la peau dans une certaine étendue avant la ponction et de comprimer le ventre après l'opération pour s'opposer à la reproduction du liquide. Ce procédé, si rationnel qu'il soit, sera remplacé avantageusement par l'emploi des trocarts capillaires avec aspiration, indiqué, en pareil cas, par Dieulafoy.
En résumé, l'usage des trocarts de petit calibre est susceptible de parer à la plupart des accidents de la paracentèse. L'opération en sera plus longue et plus pénible, il est vrai, mais ce qu'on perdra en vitesse, on le gagnera en sécurité;