‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.72Chapitre 57 sur 69 · L. Hn · texte numérisé non relu

L. Hn

532 PARALA.

PARAGËi^iÉ^lE. Voy. Hybridité.

PARAGLOBULARÉTi:\E. Voy. Globulauike.

PARAULOBULli^IE. Substance albuminoïde qu'on trouve non-seulement dans les globules, mais encore dans le sérum du sang, et qu'on peut assimiler à la substance fibrino-plastiquc {voy. Fibuiino-plastiqub). L. Hn.

PARAGLYCOLIQUE (Acide). L'acide glycolique présente plusieurs modifications isomériqucs dont les propriétés diffèrent peu de celles de l'acide glycolique; ce sont le plus souvent des variétés incristallisables : de là le nomd'acj'de paragly colique, qui n'est guère employé du reste. L. Un.

PARAGLY€0:«»E. C^H'^O" OU O^W'^O^K Corps isomérique de la glycose, se formant dans les mêmes conditions que la parasaccharose {voy. ce mot). Elle est amorpbe, bygroscopique, très-soluble, et possède sur l'oxyde cuprique un pouvoir réducteur égal à celui du sucre de lait ou aux 7/JO''' de celui de la glycose; elle est moins dextrogyre que cette dernière, a = 40 degrés. L. Hk.

PARAGKATDEi^ (de Trapà, à côté, et '{-Jc/.Qoi, mâchoires). Genre de monstres polygnatbiens, chez lesquels la mâchoire inférieure surnuméraire est placée tout à fait latéralement, 1).

PARAGUATAI%I (ÉcoRCE de). On douue ce nom à l'écorce du Condaminea tinctoria Dl. {voy. CoNDAHHiNEA). Pl.

PARAGUAY. Voy. Amérique.

PARAGUAl'-ROUX. Liqueur odontalgique préparée par macération, pendant une dizaine de jouis, de fleurs d'inula hifrons, I ; fleurs de cresson de Para, 4; racme de pyrèlbre, 1 ; dans 8 d'alcool à 80 degrés. D.

PARAHEXTLËIKE. Produit de condensation du p-hexylène G^fP* sous l'influence de l'acide sulfurique. L. Hn.

PARAIBA. Nom donné d'après Aug. de Saint-Hilaire au Simaruba versicolor. Le même auteur ajoute que l'écorce nommée parobo est celle de cet arbre, et que son nom est une corruption du mot Paraiba. Pl.

PARAISA. Nom donné à VAzedarach {Melia Azedarach L.) dans la province de Caracas. Pl.

PARALA. Nom donné par les naturels de la Guyane SiuParalea guianensis Aubl., grand arbre de la famille des Ebénacées, dont les feuilles sont employées, en décoction, comme fébrifuges ; ses fruits, de la grosseur d'une pomme, sont comestibles et d'une saveur assez agréable. Ed. L.

l'ARALDKHVDR (chimik). 53?.

PARALACTIQUE (Acide). Synonyme d'acide sarcolactique {voy. Lactique [Acide], p. 91). L. Hn.

PARALAILQe: (napà, de travers, et ïoàéM, je parle). Le mot ■Kxpa.loàitù signifie parler à tort et à travers. Lordat a créé le terme paralalie pour désigner le trouble de la parole qui porte aujourd'hui le nom ^aphasie {voy. ce mot).

PARALBL'milVE. Variété d'albumine découverte par Scherer dans les kystes de l'ovaire et trouvée plus tard par Hilger dans les sérosités de la cavité péritonéale. Elle se distingue de l'albumine ordinaire du sérum par les caractères suivants : 1" La paralbumine ne se coagule pas entièrement à la température de l'ébullition, même après addition ménagée d'acide acétique à la solution bouillante; il se forme bien, dans ce dernier cas, un dépôt floconneux, mais la liqueur se trouble par l'agitation et ne peut être filtrée; 2° par l'addition d'alcool concentré, la paralbumine se précipite en flocons que l'on peut redissoudre dans l'eau à 35 degrés, même après un contact prolongé avec l'alcool concentré et des lavages sur filtre à alcool; 3° la liqueur albumineuse est précipitée par l'acide acétique, mais le dépôt est soluble dans un excès de réactif, ce qui distingue la paralbumine de la mucine.

D'après Eichwald, la paralbumine ne serait autre chose quun mélange d'albumine, de mucine et de substance colloïde, mélange qu'on trouve ordinairement dans le liquide des kystes de l'ovaire. L'existence de la paralbumine est donc encore douteuse.

Sous le nom de métalbumine, Scherer a encore décrit une substance albuminoïde dont les propriétés ne paraissent différer en rien de celles de la paralbumine. L. Hn.

PABALDÉHYDE. § 1. Chimie. Modification polymérique de l'aldéhyde découverte par Weidenbusch et surtout étudiée par Kékulé et Zincke. Nous indiquerons ses propriétés d'après Wiirtz qui s'est également occupé de ce corps intéressant.

Un grand nombre de substances possèdent la propriété de convertir l'aldéhyde en paraldéhyde; il suffit de traces de gaz phosgène, d'acide chlorhydrique ou de gaz sulfureux, pour effectuer cette transformation.

Une goutte d'acide sulfurique concentré agit encore plus énergiquement ; avec l'acide étendu l'action est plus lente. Le chlorure de zinc agit comme le gaz sulfureux. La transformation est presque complète, mais il est difficile d'obtenir la paraldéhyde pure, parce que pendant l'extraction elle se convertit de nouveau partiellement en aldéhyde. En hiver, et en comprimant fortement, à une basse température, les cristaux de paraldéhyde, on obtient celle-ci assez pure.

La paraldéhyde fond à 10», 5 et présente à 15 degrés une densité égale à 0,998; elle bout à 124 degrés; la présence d'une petite quantité d'eau ou d'aldéhyde modifie sensiblement le point de fusion et le point d'ébullition. Elle est moins soluble dans l'eau chaude que dans l'eau froide. Distillée avec une petite quantité d'acide sulfurique, elle se transforme en aldéhyde; elle se comporte de même sous l'influence de l'acide chlorhydrique, du gaz phosgène et du chlorure de zinc. Le perchlorure de phosphore la convertit en chlorure d'éthylidène C'H*CP.

534 PARALDÉHYDE (emploi médical).

La paraldéhyde est probablement formée par la condensation de trois molécules d'aldéhyde et a en conséquence pour formule C^H^^O^.

Il ne faut pas confondre ce corps avec la métaldéhyde, dont il a été assez longuement question à l'article A ldéhvde {voy. ce mot, p. 727). L. Hn.

§ II. Emploi médical. De toutes les indications les plus importantes dans la thérapeutique, aucune n'est plus urgente que de rendre le sommeil aux malades. C'est donc en partie à des propriétés hypnotiques que le chloral doit la faveur avec laquelle il fut reçu dans la pratique et le rang qu'on lui accorde dans le groupe des, médicaments destinés à procurer le sommeil.

Néanmoins l'emploi du chloral à doses élevées ou persistantes présente des inconvénients : aussi en Allemagne et en Italie surtout on s'est efforcé, dans ces dernières années, de lui substituer d'autres agents doués des mêmes avantages et dépourvus des mêmes dangers.

On s'est adressé à la famille des acétals. Von Mering et Stoltenhoff ont cru trouver dans le diacélal le médicament hypnotique qu'ils cherchaient. En 1885, à la réunion des Curieux de la Nature, à Eisenach, A^on Mering déclarait que cette substance produisait rapidement, après son ingestion, l'anesthésie d'abord dans le système cérébral, puis dans le système spinal ; la diminution de la respiration, ensuite sa suspension, mais que toujours cet arrêt précédait celui du cœur. Enfin, immédiatement après l'administration d'une dose de 10 à 12 grammes, il constatait que ses malades étaient pris de sommeil et dormaient pendant plusieurs heures.

Les recherches de contrôle de Leyden et de Berger ne furent pas favorables à l'emploi thérapeutique de l'acétal. Administrée à treize aliénés, cette substance fut huit fois sans action. Quatre autres malades dormirent pendant vingt ou trente minutes, et le cinquième pendant une heure et demie. La température, le pouls, la respiration, ne furent pas modifiés : une fois des vomissements violents se déclarèrent après l'ingestion du médicament et persistèrent pendant une demi-heure. Dans d'autres cas, les malades se plaignaient de vertige, de pesanteur de tète, de phénomènes congestifs se traduisant par une .vive douleur de la face. Ces conclusions défavorables à l'admission définitive de l'acétal dans la thérapeutique déterminèrent Vincenzo Cervello, Morselli, Brown, Albertini, Berger, Langreuter et d'autres à s'adresser à une autre substance de la même famille. C'est ainsi que la paraldéhyde vient d'être récemment introduite dans la matière médicale et de faire l'objet de recherches déjà nombreuses.

On a vu que, proche voisine de l'aldéhyde, elle est conséquemment apparentée au chloral. Modification polymérique de l'aldéhyde, la paraldéhyde est une triple aldéhyde, et le chloral une aldéhyde trichlorée. Or, il y a quelques années déjà, un savant médecin français, étudiant avec M. Audigé la puissance toxique des alcools, M. Dujardin Beauraetz avait pu reconnaître les propriétés hypnotiques de l'aldéhyde dont Lussana et Albertini avaient eu l'occasion d'étudier sur d^s chiens l'action toxique. Ces animaux tombaient dans un état de somnolence et d'apathie qui se prolongeait durant plusieurs heures; M. Dujardin-Beaumetz avait alors essayé d'employer des injections sous-cutanées d'aldéhyde ; mais les injections étant suivies de vives douleurs et accompagnées d'accidents locaux, il dut renoncer à leur emploi dans la pratique médicale. Tout récemment, il eut encore l'ingénieuse idée d'essayer l'aldéhydate d'ammoniaque, corps cristallisé et plus facilement maniable.

PARALDÉHYDE (emploi médical). 555

Mallieureiisement l'expérience n'a pas confirmé ces prévisions. Introduit sous la peau, l'aldéhydate d'ammoniaque provoque une vive irritation, et, administré par la voie buccale, il ne produit aucun résultat tliérapculiquc satisfaisant. Il fallait donc en revenir à la paraldéhyde dont M. Cervello étudia les propriétés pharmacodynamiques dans le laboratoire du professeur Sclnniedelberg (de l'Université de Strasbourg) et fit connaître les mérites dans un mémoire publié simultanément en langue allemande et en langue italienne.

{'^ Effets physiologiques. En l'administrant aux animaux, chiens et lapins, à des doses modérées, on a pu constater la diminution du nombre des mouvements respiratoires, l'atténuation de leur amplitude, et Cervello, qui le premier a observé ces phénomènes, admet qu'à fortes doses la paraldéhyde produit une paralysie de la moelle allongée et, par conséquent, un arrêt des mouvements respiratoires ; néanmoins ces modifications de la respiration sont moins grandes qu'avec le chloral.

A doses très-élevées, les effets sont différents ; le pouvoir de la moelle est diminué et la respiration s'arrête... Mais cette suspension des mouvements respiratoires précède l'arrêt de l'activité du cœur. Aussi, dans les expériences, quand on entretenait, pendant un temps suffisant, l'hématose au moyen de la respiration artificielle, l'animal ne succombait pas, parce que l'innervation cardiaque n'avait pas été abolie. Aussi M. Cervello en concluait que par la bouche elle ne saurait être un moyen d'anesthésie, parce qu'elle produirait la paralysie respiratoire.

Dans des expériences faites avec M. Hénocque sur les cobayes et les lapins, la paraldéhyde était introduite sous la peau par la méthode des injections souscutanées, et le sommeil que cette substance provoquait persistait pendant plusieurs heures; mais ce sommeil ne s'accompagnait ni d'analgésie, ni d'anesthésie. Le pincement, les excitations thermiques ou mécaniques, la section de la peau, étaient perçus. La paraldéhyde produit donc le sommeil sans suspendre les activités sensorielles et sans abolir la sensibilité. Par conséquent, sous l'influence de doses moyennes, les animaux ne sont pas dans la résolution, résistent quand on veut les prendre, perçoivent les sons et conservent l'activité des organes de la vision. Elle agit donc sur le cerveau plutôt que sur la moelle.

Cervello a constaté que, même au cas où ce sommeil se prolongeait pendant plusieurs heures, l'activité cardiaque et la tension sanguine étaient peu modifiées, du moins dans ces espèces animales mises en expériences. Voilà donc en faveur de la paraldéhyde un avantage que le chloral ne posséderait pas.

Sur l'homme, dans l'état de santé et de maladie, les observations ont été plus nombreuses. Berger l'a administrée à une centaine de malades, soit à l'hôpital, soit dans la pratique privée. Morselli, Langreuter, Peretti, Masius, Dujardin-Beaumetz, Riggi, ont publié les résultats de leurs essais, et tous les faits témoignent en faveur des propriétés hypnotiques de cette substance, mais démontrent ausbi l'impossibilité de provoquer le sommeil chez les malades en puissance de vives douleurs.

Après avoir absorbé dans l'espace d'une heure 4 grammes du médicament, Cervello éprouvait le besoin de dormir, mais sans souffrir de malaise et sans ressentir de troubles fonctionnels.

Une dizaine de minutes après l'ingestion de la paraldéhyde, les malades de M. Dujardin-Beaumetz accusent une certaine ivresse; puis celle-ci fait place à un sommeil agréable, calme, réparateur et persistant, pendant quatre à huit

556 PARALDÊIIYDE (emploi mi!DIC\l).

heures. Le réveil n'était accompagné d'aucun accident et, après la cessation de l'action hypnotique du médicament, les malades n'éprouvaient ni maux de tête, ni pesanteur, ni incommodité d'aucune sorte. L'haleine exhalait seulement une odeur forte et assez désagréable d'aldéhyde. Cette odeur est surtout manifeste quand on atteint les doses de o grammes.

Les 80 malades de la clinique de Berger auxquels on administra la paraldéhyde peuvent se diviser en trois groupes : 1" les cas ou le sommeil futpromptement obtenu et dura plusieurs heures ; 2*^ les cas où il persista seulement de une heure à deux heures ; 5° les cas tout à fait rebelles à l'action du médicament. Chez les 19 malades du premier groupe, le sommeil débuta dix à vingt minutes après l'administration de la paraldéhyde, et dura profondément pendant plus de quatre heures. Les 42 malades du deuxième groupe dormirent seulement de une heure à trois heures. Ceux du troisième groupe, au nombre de 19, n'en éprouvèrent aucun effet. Dans une autre série de malades de la ville, 12 individus sur 20 éprouvèrent les effets hypnotiques. La dose employée variait entre 2 et 4 grammes, et seulement dans quelques cas elle fut plus élevée. Une fois morne Berger alla jusqu'à 12 grammes; mais ce ne fut pas sans inconvénient, car le malade ressentit du malaise, de la céphalalgie, et fut pris de vomissements. Les autres malades se plaignaient après le réveil de malaise, de pesanteur de tête, de vertiges et d'agitation.

Les individus qui absorbent ce médicament par la voie buccale ont une répugnance pour sa saveur désagréable. Cette saveur est aromatique, rappelle de loin celle de l'aldéhyde, et son action sur les muqueuses est moins irritante que celle du chloral.

17 fois Berger nota une modification de l'amplitude du pouls, et 12 fois une diminution de six à douze pulsations par minute.

Enfin les modifications thermiques furent les suivantes : 3 fois la colonne thermométrique descendit de 3 à 6 dixièmes, une fois elle descendit de 5 dixièmes. Cependant, en expérimentant sur des cobayes et des lapins, M. Hénocque et moi nous avons constaté un abaissement thermique plus considérable. La chute de température s'est élevée parfois jusqu'à 8 degrés sans amener la mort. Dans l'espace de trois heures, chez un autre cobaye auquel on injectait sous la peau des doses successives de médicament, l'écart de température était moins élevé; il ne s'élevait qu'à 5 degrés, c'est-à-dire que, la température initiale étant de 39", 4, la colonne thermométrique descendit à 56°, 2. Chez un lapin soumis à deux expériences, la température est descendue une première fois de 40 degrés à 32", 4 dans l'espace de six heures et une seconde fois de 40",2 à 32^,2 dans l'espace de trois heures.

M. Hénocque a constaté que la durée de l'abaissement de température chez les animaux qui survécurent variait de deux à six heures pour les cobayes, mais était plus prononcée pour les lapins. Dans une première expérience, la température rectale descendit de 59 degrés à 56", 5 pendant les trois premières heures qui suivirent l'injection de paraldéhyde ; pendant les six heures suivantes, elle était tombée à 32", 5 ; sept heures plus tard, elle n'était encore que 55", 5, de sorte que pendant douze heures cette température demeura au-dessous de 36 degrés et pendant quatre heures au-dessous de 35 degrés. Ces faits sont donc en désaccord avec les observations thermométriques dont les malades de Berger étaient l'objet, mais confirment celles de Biggi.

Les sécrétions ne sont pas modifiées, chez les animaux du moins. Morselli

PARALDÉHYDE (emploi miîuic^l). b57

avait constaté l'augmentatiou de la diurèse chez ses malades. Mais Berger, dans cinq observations, note une diminution qualitative de l'urine. Les fonctions cutanées intestinales ne sont pas modifiées ; de plus, comme l'a vu Langreuter, l'emploi prolongé de cet agent ne provoque pas de lésions anatomiques du tube digestif.

John Brown qui, à la suite de l'administration de cet agent, déclare n'avoir constaté ni céphalalgie, ni constipation, ni troubles gastriques, a toujours observé la production du sommeil. D'après cet observateur, ce sommeil ne durerait que deux ou trois heures, tandis que Morselli estime sa persistance pendant quatre ou sept heures.

Dans la majorité des cas, la dose efficace varie donc entre 1 gramme et

4 grammes. Au delà et surtout quand, avec Berger, on élève la dose jusqu'à {^2 grammes, cette exagération n'est pas sans inconvénient.

Le sexe exerce une influence ; d'après Gervello; il n'est pas "nécessaire d'élever autant la dose thérapeutique chez la femme que chez l'homme. Des hommes vigoureux ne s'endormiraient qu'après avoir pris 4 grammes du médicament, tandis qu'il observait le sommeil chez des femmes auxquelles il administrait 1 gramme seulement.

Chez un individu soumis à l'action de la paraldéhyde, la période hypnotique commence cinq, dix, vingt minutes après l'ingestion du médicament par la voie buccale. 11 faut remarquer qu'en injections sous la peau des animaux, le début de cette action ne se produit aussi qu'après quelques minutes. En comparant les observations cliniques avec nos propres expériences physiologiques et les recherches des divers auteurs, on constate une diminution de la respiration en fréquence et en amplitude, selon Langreuter. Pendant le sommeil provoqué par la paraldéhyde, les mouvements respiratoires se ralentissent, et, dans cet état que M. Hénocque compare au coma, les respirations sont encore plus rares, deviennent stertoreuses et, si on élève les doses de l'agent, elles prennent même le type de Cheyne-Stokes.

D'après Berger, on observerait la contraction de la pupille comme pendant le sommeil normal, parfois aussi l'absence de changement de la forme de cet organe. Dans d'autres cas on constate sa dilatation.

L'amoindrissement du pouls en fréquence, en amplitude, a été aussi signalé; parfois même il s'accompagnerait d'irrégularité dans le rhythme. Mais, comme je l'ai fait remarquer ailleurs, les observateurs sont loin de s'entendre sur ce point : les uns déclarent, comme on l'a vu plus haut, que la tension artérielle et l'activité du cœur sont normales ; Berger affirme que les troubles cii'culatoires sont peu manifestes, et Cervello ne les mentionne pas. Cependant, chez un des malades de Berger, le nombre des pulsations descendit de 80 à 52 ; mais dans

5 autres cas le pouls augmenta légèrement en amplitude et en fréquence, tandis que chez 3 malades chez lesquels la respiration diminua après l'administration de la paraldéhyde les qualités du pouls ne furent pas modifiées. Morselli, d'autre part, signale un ralentissement, qui serait de huit à quinze pulsations par minute.

En outre, pendant cette période de sommeil, on observe les phénomènes suivants qui témoignent de la diminution des activités fonctionnelles et de l'arrêt des échanges. Une première preuve résulte de l'abaissement de la température que Berger avait déjà noté, sans en chercher l'explication.

On en trouve une autre preuve dans ces phénomènes que M. Dujardin-Beau-

558 PARALDÉHYDE (emploi mkdicvl).

metz signale sous le nom d'antagonisme entre l'action de la parakléhyde et de la strychnine, et que Morselli avait aussi entrevu. A des animaux maintenus sous l'influence de la paraldéhyde il pouvait administrer une dose de strychnine vingt fois plus forte que la dose habituellement toxique, sans provoquer la mort. Ce phénomène est donc analogue à l'action antagoniste déjà signalée entre l'alcool et la strychnine. Comment ne pas les comparer à l'expérience célèbre de Cl. Bernard, dans laquelle un chien empoisonné par la strychnine n'éprouvait aucun phénomène toxique, tant qu'il était sous l'influence de l'éthérisation? Celle-ci cessait-elle brusquement, les convulsions strychniques et la mort survenaient alors.

Quelle est l'explication de cet antagonisme? M. Beaumetz pense que, localisant son action sur le système nerveux, la paraldéhyde, comme l'alcool, ainsi qu'il l'a démontré pour ce dernier, imprègne en nature les éléments nerveux des centres cérébro-spinaux, et entraîne conséquemmenl une modification de ces cellules. Elles sont alors placées sous l'influence d'un principe toxique et, par conséquent, résistent à la pénétration d'un autre principe toxique; elles sont, à l'égard de ce dernier, dans un état d'immunité acquise.

Il est probable cependant que cet antagonisme peut s'expliquer autrement. Telle est du moins la conclusion des expériences récemment fîiitespar M. Hénocque. Cet observateur a examiné au spectroscope le sang des animaux soumis à l'action de la paraldéhyde. 11 a constaté qu'à l'abaissement de température correspondait une diminution de l'oxyhémoglobine et que le sang avait les caractères de l'anémie extrême, condition qui diminue l'activité des échanges.

Déplus, phénomène physiologique intéressant à ce point de vue, il a aussi constaté que si, pendant le sommeil provoqué par la paraldéhyde, on injecte sous la peau une solution de nitrite de sodium, la transformation de l'hémoglobine du sang en méthémoglobine est ralentie et retardée. Dans une expérience, l'administration d'une dose toxique de nitrite de sodium n'a pu provoquer la transformation si caractéristique de l'hémoglobine en méthémoglobine.

Pai' conséquent, les recherches de M. Hénocque confirment cette conclusion : la paraldéhyde produit le ralentissement des échanges, en particulier de l'oxygénation de l'hémoglobine dans le poumon et probablement aussi une atténuation de la faculté d'absorption des tissus (Hénocque).

Le réveil, d'après Péretti, M. Dujardin-Beauraetz et les autres observateurs, est exempt de troubles nerveux ou gastriques. Le sommeil a été calme et réparateur et, quand il cesse, le malade n'éprouve ni pesanteur de tête, ni céphalalgie, ni embarras gastrique. 11 en est ainsi à doses modérées, mais il n'en faut pas moins constater, quel que soit l'enthousiasme pour ce nouveau médicament, l'odeur des plus désagréables exhalée par l'haleine des malades. Cette odeur pénétrante persiste pendant plusieurs heures et pendant plusieurs jours. L'élimination du médicament a lieu par la voie pulmonaire et dure, en effet, un temps assez considérable, comme le montrent les observations spectroscopiques.

Au moyen des doses élevées de 10 à 12 grammes, M. Berger, on Ta vu plus haut, provoquait bien le sommeil, même chez des malades réfractaires, mais le réveil était accompagné de phénomènes encore plus désagréables, c'est-à-dire de céphalalgie, d'ébriété, de vertiges et de vomissements. H est probable que M. John Brown administrait des doses semblables aux individus chez lesquels il constatait une diminution de l'activité cardiaque. Ces graves inconvénients tiennent donc vraisemblablement à l'exagération des doses, peut-être même à

PARALDÉHYDE (emploi médical). 559

l'impureté du médicamenl ; car on ne les a observés ni dans le service de M. Dujardin-Beaumelz, ni à la clinique de M. Masius, oîi la paraldéhyde a été mise à l'essai.

D'où cette conclusion qu'une dose de 2 à 4 grammes de paraldéhyde provoque chez l'homme des effets hypnotiques. La période de sommeil débute dans l'espace de cinq à trente minutes, c'est-à-dire [plus ou moins rapidement suivant l'état de dilution du médicament et suivant le sexe ou les individus. Le sommeil calme et réparateur persiste de une heure et demie à trois heures, quelquefois même pendant plus longtemps. Le réveil est en général exempt de malaise, de troubles nerveux ou gastriques. La période d'élimination ne se termine pas avec la cessation du sommeil ; elle dure plus longtemps, à preuve l'odeur désagréable exhalée par l'haleine.

Chez quelques individus réfractaires, la paraldéhyde peut être employée progressivement à des doses plus considérables. Alors on redoutera les inconvénients signalés plus haut. Enfin, un certain nombre de malades n'en éprouvent aucun effet hypnotique. Dans les statistiques de Berger, ces cas réh-actaires s'élevaient à 27 pour 100, tandis que les malades chez lesquels on obtenait le sommeil étaient dans la proportion de 63 pour 100. Les insuccès de cette médication seraient moins nombreux, d'après Morselli, qui l'employa 70 fois et n'observa que 7 échecs. Seulement il faut remarquer que Morselli expérimentait des aliénés, tandis que Berger employait la paraldéhyde sur des malades atteints d'affections de nature très-diverses.

2° Valeur et indications thérapeutiques. Quels sont les qualités et les défauts de ce médicament comparativement à ceux du chloral et de la morphine? Au désavantage de la paraldéhyde il faut d'abord constater la nécessité de faire usage de doses plus élevées pour provoquer un sommeil équivalent à l'hypnotisme chloralique. Par contre, le sommeil est plus calme ; le réveil plus facile et, d'après M. Beaumetz, exempt des douleurs de tête consécutives à l'administration de l'opium. De plus, d'après Morselli, au sortir du sommeil, les malades soumis à ce médicament se sentiraient dispos et pleins de vigueur.

Une autre différence distingue le sommeil de la paraldéhyde de l'hypnotisme chloralique. Les effets produits par le chloral, l'éther ou le chloroforme, se divisent, on le sait, en trois périodes. Il n'en est pas ainsi chez les individus qui sont soumis à l'action de la paraldéhyde. La période d'excitation n'existe pas ; la période d'hypnotisme s'établit, sinon d'emblée, du moins rapidement, et la période de narcose fait défaut.

Enfin une autre différence, non moins importante encore, différencie physiologiquement ces agents de la médication sédative ; l'opium et le chloral calment la douleur ; ce sont des analgésiants autant que des hypnotisants. La paraldéhyde est impuissante contre la douleur ; du moins, telle est l'opinion de la majorité des observateurs que d'autres, à tort d'ailleurs, ne partagent pas entièrement, comme on le verra plus loin. En effet, par l'exploration de la sensibilité des animaux soumis à l'action de la paraldéhyde, on constate que les irritations les plus diverses sont perçues, et que l'animal encore fait des mouvements de défense : la douleur est donc sentie; de plus elle est perçue, de sorte que la paraldéhyde, du moins à doses non toxiques, ne produit pas l'anesthésie, c'est-àdire l'abolition de la sensibilité générale, pas plus que la diminution des activités sensorielles.

Au reste, ces faits physiologiques sont en accord avec deux observations cli-

540 PARALDÉIIYDK (KMrioi mkdical).

niques empruntées à M. Dujardin-Beaumetz. La première malade est une cholélithiasique avec coliques hépatiques, la seconde une femme atteinte 'de mal de Pott. Chez l'une, la paraldéhyde ne diminuait pas les douleurs du foie, comme le faisaient l'opium et le chloral ; chez l'autre, le sommeil procuré par la paraldéhyde était calme seulement dans l'intervalle des crises dorsales. Mais, au moment de ces crises, une dose même de o à 4 grammes de cette substance ne pouvait les calmer.

La paraldéhyde paraît donc appelée à jouer un rôle dans la thérapeutique, à côté des autres médicaments hypnotiques ; mais, dès à présent, il serait prématuré de porter sur sa valeur un jugement définitif. Si la paraldéhyde procure le sommeil, comme analgésique elle est bien inférieure à la morphine et au chloral.

On doit aussi se demander ce que cette substance devient dans l'organisme. Dernièrement, à la Société de thérapeutique, M. Limousin remarquait avec raison que par sa décomposition facile en aldéhyde elle devait emprunter ses propriétés hypnotiques à cette dernière substance. L'odeur de l'air exhalée par la respiration en est la preuve. Elle doit, en effet, une fois introduite dans le sang, par suite même de sa composition intermédiaire entre l'acide acétique et l'alcool, revenir à l'un ou à l'autre de ces corps, et on peut se demander alors si son usage prolongé n'aurait pas les mêmes dangers, et ne produirait pas les mêmes désordres que l'abus de l'alcool.

A titre d'hypothèse provisoire, et en attendant une étude plus complète de ce nouvel agent de l'arsenal thérapeutique, îl me semble, comme je l'ai dit ailleurs, que cette substance agit directement sur l'élément nerveux. Ce serait là un point d'analogie avec le chloral, le chloroforme et l'éther. La diminution des échanges, la suspension des activités nerveuses et des phénomènes d'inhibition, en seraient la conséquence et expliqueraient le mécanisme de la production du sommeil.

Considérée comme agent de la médication hypnotique, la paraldéhyde est indiquée dans certaines formes de cardiopathies, là où l'asystolie menaçante impose au médecin l'obligation d'éviter tous les médicaments dépresseurs de l'activité du cœur. Dans une de ses leçons cliniques, M. Huchard retraçait dernièrement l'histoire sommaire d'un cas d'asystolie cardio-rénale dans lequel il a pu, à l'aide de ce médicament, calmer l'agitation et le délire. Cervello le recommande encore dans les insomnies, le subdelirium nocturne des bronchites et des pneumonies aiguës. Dans les psychopathies et les névroses, elle a donné de bons résultats à Morselli, qui l'a employée dans 350 cas d'aliénation mentale. Les maniaques et les mélancoliques retrouvèrent sous son influence le sommeil qu'ils n'avaient plus depuis longtemps. Langreuter en a fait usage avec succès contre Vexcitation des épileptiques et dans la paralysie progressive. Enfin M. Huchard en a obtenu de bons effets dans un cas de chorée chronique où l'agitation fut diminuée et oti le malade retrouva le sommeil.

M. Constantin Paul a pu avec cette substance procurer du sommeil à une morphiomane endurcie. Par ce moyen il a obtenu d'elle de renoncer à sa funeste habitude. Dans un cas de gastrite alcoolique, et à la dose quotidienne de 3 grammes, M. Dujardin-Beaumetz a combattu heureusement une insomnie datant de plusieurs septénaires et pendant neuf heures consécutives procurer au malade un sommeil réparateur.

Son action serait même efficace, d'après Morselli, dans les cas où elle ne pro-

PARALDÉHYDE (emploi ^ikuical). 5il

voque pas le sommeil. A ce poiut de vue, elle serait supérieure aux acétals pour la sédation des migraines et, d'après Riggi, entre les violentes douleurs causées par des tumeurs cérébrales et dans la congestion cérébrale.

Comme analgésique, l'efficacité de la paraldéiiyde paraît moins bien établie. Cependant Morselli en aurait obtenu des résultats contre Vodontalgie et contre les douleurs névralgiques. Cervello a vu un cas de sciatique dans lequel une insomnie rebelle céda, après l'ingestion de 8 grammes du médicament en trois doses espacées chacune d'une demi-heure. Néanmoins, ces effets ne sont pas vraisemblablement ceux d'une analgésie provoquée par le médicament ; ils résultent plutôt d'un léger assoupissement du malade, qui accuse moins ses douleurs, mais chez lequel elles ne sont pas atténuées et encore moins abolies.

5° Le mode d' administration consiste jusqu'à présent dans l'ingestion par la voie stomacale et sous une forme diluée. Tous ceux qui en font usage semblent d'accord ])Our l'introduire dans une quantité relativement grande de véhicule et par dose massive. L'administration par la voie rectale n'a pas encore été employée; elle aurait peut-être des avantages, étant donné la saveur du médicament qui le fait repousser par quelques malades.

A" La dose thérapeutique varie de 1 gramme à 4 grammes. Dans son appréciation on doit tenir compte de l'âge et du sexe des malades. De plus, son usage peut être continu, bien que certains observateurs déclarent que les malades s'y accoutument rapidement. On peut même, mais exceptionnellement, en élever la dose à 8 ou 10 grammes, car elle n'aurait pas d'effets cumulatifs d'après d'autres médecins.

5" Les formes pharmaceutiques sous lesquelles on administre la paraldéhyde varient peu. Les conditions qu'elles doivent remplir sont au nombre de deux : 1° assurer la dissolution de ce médicament peu soluble par lui-même; 2° masquer son goût aromatique et désagréable. Dans ce but, Cervello emploie une solution aqueuse à 3 pour 100 et l'additionne de sucre. Masius et Berger l'administrent dans une potion ou un sirop à la dose de 4 ou 5 grammes. Dans le but de masquer sa saveur Langreuter la mélange à l'huile d'olive et à l'essence de menthe dans la formule suivante : paraldéhgde, 25 grammes ; essence de menthe poivrée, 5 gouttes; huile d'olive, ([. s. pour faire : 50 grammes. Chaque centimètre cube de celte mixture contient cinquante centigrammes de paraldéhyde.

Voici la formule de M. Masius, qui diffère de celle de Cervello par une moindre quantité de sucre : paraldéhyde 5 à 6 grammes, eau 100 grammes, sirop simple 20 grammes. On administre cette dose le soir en un quart d'heure.

Berger prescrit la paraldéhyde de la manière suivante : paraldéhyde 4 grammes, mixture gummeuse 60 grammes, sirop d'écorces d'oranges amères 50 grammes. 11 faut prendre cette potion en une seule fois.

Récemment, à la Société de thérapeutique, M. Yvon a proposé les quatre formules suivantes, dans le but surtout démasquer le goût désagréable de la paraldéhyde; la 'première est un élixir ainsi composé : paraldéhyde 10 grammes, alcool à 90 degrés 48 grammes, sirop simple 60 grammes, teinture de vanille 2 grammes, eau 30 grammes. Une cuillerée à bouche, c'est-à-dire 15 grammes de cet élixir, contient 1 gramme de paraldéhyde, et on peut l'administrer pur ou mélangé avec de l'eau à la dose de 15 à 30 grammes et au besoin l'aromatiser avec de la cannelle, de l'anis ou de la menthe. Dans cette préparation, il a été tenu compte de la solubilité de la paraldéhyde plus grande dans l'alcool que dans l'eau.

M. Yvon propose encore une potion que le malade prend en une ou deux fois, et qu'il formule ainsi : paraldéhyde 1 à 4 grammes, eau bouillie 70 grammes, sirop simple 50 grammes, teinture de vanille XX gouttes. On peut substituer à la vanille une autre substance aromatique. Au reste, dans la posologie de la paraldéhyde, on doit se souvenir que 10 grammes d'eau dissolvent 1 gramme de paraldéhyde.

En solution hydro-alcoolique, M. Yvon conseille la formule suivante : paraldéhyde 10 grammes, alcool à 90 degrés 20 grammes, eau bouillie 20 grammes ; 5 grammes de solution, c'est-à-dire une cuillerée à café, contiennent donc 1 gramme de substance active. On fait prendre la quantité prescrite dans une infusion aromatique de thé, de menthe ou de feuille d'oranger.

On peut encore prescrire la solution aqueuse qui est ainsi formulée par le même chimiste : paraldéhyde 10 granimes, eau bouillie 140 grammes. Une cuillerée à bouche, c'est-à-dire 15 grammes, renferme 1 gramme de paraldéhyde. Au besoin, on substitue à l'eau simple une eau distillée aromatique d'anis, de menthe ou de cannelle. Enfin, recommandation qui a son importance, car certains insuccès paraissent dépendre de l'impureté du produit, on doit formuler toujours la paraldéhyde cristallisable, qui est la plus active et la plus constante de composition. C. Eloy.

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PARALIOS. Nom donné au Pavot cornu {Glaucium luteum Scop.).

Pl.

PARALYSIE. U n'est pas très-aisé de donner une définition correcte de ce mot, sur le sens duquel tout le monde s'entend cependant assez bien, et dont l'usage est si fréquent dans la langue médicale

Étymologiquement, paralysie {Tzapilvaiç, Ttxpoàiziv) entraîne l'idée de dérangement, de dissolution; c'est « l'idée d'une solution de continuité des liens

organiques qui rattachent les organes périphériques du mouvement aux organes centraux du système nerveux » (Spring). Cela veut dire simplement, sans précision, qu'il y a trouble dans le fonctionnement normal de la motilité.

Le mot doit même s'étendre régulièrement non-seulement au mouvement, mais aussi à la sensibilité. C'est ainsi que pour Littré la paralysie est la diminution ou la privation soit à la fois du sentiment et du mouvement volontaire, soit du sentiment seul. L'usage a cependant prévalu de n'appliquer ce mot qu'au mouvement. La diminution ou l'abolition de la sensibilité sont désignées par des mots spéciaux que l'on trouve dans ce Dictionnaire (anesthésie, hémianesthésie, etc.).

Quand on n'ajoute rien au mot paralysie, on ne veut parler que du mouvement. C'est le sens que nous adopterons dans cet article, ne considérant les altérations delà sensibilité que comme des épiphénomènes, des détails symptomatiques qui peuvent, dans certains cas, accompagner les paralysies, au même titre que les troubles tropbiques, sécrétoires ou autres.

Mais il ne faut pas croire qu'il y ait paralysie toutes les fois qu'il y a diminution ou suppression des mouvements. On confond souvent à tort la paralysie avec l'akinésie; ce dernier mot, plus général, comprend tous les cas d'immobilité, d'inertie, d'impossibilité de se mouvoir. Or, comme le fait remarquer Spring, « les membres et le corps tout entier, sans être paralysés, peuvent cesser de se mouvoir, uniquement parce que l'impulsion fait défaut. C'est ce qui arrive, par exemple, dans la syncope, le coma, l'ivresse; une contraction permanente peut raidir un groupe de muscles; un membre isolé, une articulation, peuvent être immobilisés par une douleur ou une maladie locale : ankylose, tumeur blanche, ostéite, arthrite, carie ». Nous devrons plus loin, à propos du diagnostic symplomatique, distinguer la paralysie de tout ce qui la simule.

Nous ne pouvons donc pas définir la paralysie : la suppression des mouvements ; ce serait l'akinésie.

Nous ne devons pas davantage la caractériser avec Bouchut {Pathol. yen. et séméiol.) et Racle {Traité de diagn. viéd.) par la perte de la conlractilité musculaire. Car, s'il y a des paralysies dans lesquelles la contractilité musculaire est en effet abolie, il y en a d'autres dans lesquelles cette contractilité est parfaitement conservée, quelquefois même exagérée pour certains excitants (réaction de dégénérescence des paralysies périphériques, par exemple).

Pour les muscles volontaires, la caractéristique de la paralysie est assez facile à indiquer : c'est l'abolition ou la diminution de la contractilité volontaire. Je ne dis pas seulement la suppression du mouvement, mais la suppression de l'action de la volonté sur les muscles.

Mais le mot paralysie a un sens plus étendu : il s'applique à tous les muscles de l'économie (volontaires ou non, de la vie animale ou organique). 11 faut alors étendre aussi la définition et dire que c'est Y abolition ou la diminution de la contractilité des muscles par leur stimulant normal. Ainsi le pharynx ou l'intestin sont paralysés quand leur contraction n'est plus provoquée par les aliments qui sont leur stimulant normal ; de même pour les muscles respiratoires vis-à-vis de l'air, pour le biceps vis-à-vis de la volonté, etc., cela n'empêchant pas ces mêmes muscles d'être encore, au moins dans certains cas, contractiles pour des stimulants autres que leur stimulant normal (électricité, par exemple). Cette définition, qui est à peu près celle d'Axenfeld et Huchard [Traité des névroses, 2^ édit., p. 557), ne s'applique qu'aux paralysies du mou-

vement, comme le veut l'usage, et ue préjuge rien sur le point de départ anatomique et la cause nosologique du phénomène.

Cette notion synthétique et superficielle de la paralysie se développera du reste, et s'éclaircira par la description symplomatique qui va suivre et par l'article tout entier.

La paralyde n'est qu'un symptôme. Je ne puis pas admettre avec Woillez que les paralysies soient « tantôt un symptôme, et tantôt une maladie ». La paralysie n'est jamais une véritable maladie ; c'est un phénomène raanifestateur d'une altération (anatomique ou dynamique) du système nerveux ou musculaire, elle-même sous la dépendance d'un état morbide vrai, d'une maladie réelle.

C'est donc un article de séméiologie que nous devons écrire. Décrire le symptôme et montrer sa valeur comme signe, tel est le but que nous devons poursuivre.

Pour être utile et complète, cette étude doit d'abord être divisée. Or, quand on parcourt les divisions adoptées par les divers auteurs qui ont, avant nous, étudié la paralysie en général, on est frappé de ce fait, que toutes ces classifications ont le tort de ne pas être homogènes, de ne pas s'appuyer sur des bases uniques et, par suite, de constituer des espèces qui rentrent les unes dans les autres, tandis que les groupes établis par une bonne classification doivent toujours être irréductibles les uns aux autres.

Ainsi II. Mollière [fiouv. Dict. de méd. et de chir. prat., art. Paralysie) fait deux premières classes, correctement distinctes, des paralysies organiques et des paralysies fonctionnelles. Mais il place dans ce dernier groupe les paralysies des maladies aiguës et les paralysies diphthéritiques ; ce qui est inexact au moins dans certains cas, puisqu'un certain nombre de ces paralysies sont plutôt organiques. Après une troisième classe formée par les paralysies d'origine incertaine, vient la paralysie ascendante aiguë qui forme une classe à part, quoiqu'elle rentre dans les paralysies d'origine spinale déjà étudiées. Les paralysies bulbaires forment la cinquième classe, qui est donc basée non plus sur la présence ou l'absence de la lésion, mais sur le siège de cette lésion; on ne comprend pas que les paralysies bulbaires ne figurent pas dans les classes précédentes à côté des paralysies cérébrales et spinales. Avec la sixième classe (paralysies alternes) apparaît une nouvelle base de classification : la base symptomatique. Enfin c'est au point de vue nosologique qu'il faut se placer pour comprendre la septième classe, formée des paralysies syphilitiques ; il n'y a aucune opposition entre ce groupe et les précédents, une paralysie syphilitique pouvant parfaitement être organique, bulbaire, alterne, etc.

Donc, aucune unité dans la base de classification et par suite groupes mal séparés, peu comparables, s'intriquant les uns dans les autres, ne faisant pas espèces.

Les mêmes reproches peuvent être adressés à la classification de Woillez {Dict. du diagii. méd., art. Paralysie), qui divise en paralysies par lésions anatomiques, paralysies symptomatiques sans lésions et paralysies primitives, et puis classe dans la seconde catégorie (sans lésions) les paralysies saturnines, diphthéritiques et même .syphilitiques, comme si ces dernières n'étaient pas souvent par lésions anatomiques, et dans la troisième catégorie (primitives) les paralysies dues à la compression prolongée des nerfs, cas dans lesquels il y a cependant une lésion anatomique qui les fait mieux revenir au premier groupe.

De même encore Spring [Traité des accidents morbides) oppose dans des classes distinctes les paralysies hypere'mique, ischémique, organique, et les paraplégies rhumatismale, diphthéritique, entremêlant ainsi les bases anatomiques et nosologiques, comme si la paraplégie rhumatismale ne pouvait pas être en même temps hyperémique ou organique. La confusion est encore plus complète pour les hémiplégies quand il oppose : l'hémiplégie hémorrhagique, l'hémiplcgie intermittente et l'hémiplégie spinale, basées l'une sur la lésion anatomique, l'autre sur la cause nosologique, la troisième sur le siège physiologique.

H est inutile de poursuivre cette revue ; la critique de toutes ces classifications est facile. Tous les auteurs ont été frappés de la multiplicité des bases de classification et, voulant s'appuyer sur toutes, ils ont eu le tort de les mêler dans un groupement unique.

La seule manière d'échapper à cette confusion est, tout en acceptant les bases diverses de classement, d'en faire des applications séparées et distinctes. Ainsi les paralysies doivent être divisées au point de vue symptomatique : hémiplégie, paraplégie, paralysie alterne, etc. Puis elles doivent être divisées au point de vue physiologique : origine cérébrale, bulbaire, spinale, elc. Puis il faut les classer suivant la lésion anatomique : congestion, anémie, inflammation, hémorrhagie, etc. Enfin, une dernière classification est nécessaire, en partant de la nosologie : diathèses, diphthérie, maladies aiguës, intoxications, etc.

Ces quatrês groupes sont distincts, forment une étude et une classification à part, homogènes, chacun des types de l'un des groupes pouvant du reste correspondre à plusieurs des types des autres groupes. Ainsi l'hémiplégie peut être spinale ou cérébrale, par hémorrhagie ou inflammation, de nature rhumatismale ou syphilitique.

La seule manière rationnelle d'envisager complètement les paralysies est donc de prendre quatre points de départ distincts et successifs pour la classification et l'étude : symptomatique, physiologique, anatomique et nosologique.

On remarquera que ces quatre divisions correspondent aux phases successives par lesquelles passe le clinicien pour poser son diagnostic au lit d'un paralytique. 11 faut d'abord constater la paralysie, ses caractères symptomatiques; puis remonter à l'organe qui tient le phénomène sous sa dépendance ; puis détei-minerla lésion anatomique que présente cet organe; enfin préciser la nature nosologique de la maladie qui est derrière tout cela.

Le diagnostic n'est complet qu'à condition de remplir ce programme.

Cet article sera écrit tout entier suivant cette idée mère : on suivra dans son développement l'évolution même du diagnostic clinique complet jiour aboutir à l'étude des indications thérapeutiques, qui en est le couronnement naturel et nécessaire. De là les divisions suivantes :

I. Étude symptomatique des paralysies : diagnostic de la paralysie ellemême.

IL Étude physiologique des paralysies : diagnostic du siège de la lésion.

III. Étude anatomique des paralysies : diagnostic de la lésion.

IV. Étude nosologique des paralysies : diagnostic de la maladie.

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