PLIQUE
« former des masses, des touffes, des queues, des lanières, etc., d'aspects plus ou moins bizarres, presque toujours imbibées par un suintement fétide du cuir chevelu. » C'est qu'en effet le mot plique correspond à un ensemble de particularités considéré autrefois comme une maladie, mais qui n'est plus aujourd'hui qu'un état de la chevelure qui peut s'observer dans certaines circonstances déterminées : hypertrophie, séborrhée, manque de soins, négligence, etc.
A l'heure présente nous savons à n'en pas douter que la plique est trop souvent uae maladie ab incuria, destinée vraisemblablement à disparaître devant les progrès de l'hygiène : aussi, sans vouloir reproduire la boutade spirituelle et profonde de Desgenettcs qui pensait que la plique était une maladie justiciable du perruquier bien plus que du médecin, nous croyons (jue cette affection ne mérite en aucune façon les travaux et les débats qu'elle a suscités, et dont on pourra juger par notre bibliographie très-écourtée. Comme la plupart des écrivains français qui n'avaient jamais vu la plique, Cazcnave appliquait la célèbre phrase de Lorry : Duriim est de eis scribendum habere quœ Ipsc non videris : aussi n'était-il pas fort éloigné de cette conclusion : que la plique n'est guère autre chose qu'une affection relevant du manque de soins et d'une hygiène défectueuse, mais il pensait qu'elle naissait surtout chez ceux qui étaient atteints de ce qu'il nomme l'acné sébacée fluente. « Les faits que j'ai recueillis, dit-il, bien qu'en petit nombre, m'ont conduit à penser que la plique jiolonaisc, cette maladie mystérieuse dont l'histoire a donné lieu aux hypothèses les plus bizarres et inspiré les descriptions les plus effrayantes, pourrait bien n'être qu'une forme endémique, si l'on veut, de l'acné sébacée llucnte » (Gazenave, Leçons sur les mal. de la peau, p. 128). Ajoutons d'ailleurs que Bazin ne tenait pas cette opinion pour valable, car, dit-il, « c'est par une simple vue de l'esprit que la plique polonaise se trouve rapprocJiée de l'acné sébacée sous le nom d'acné endémique de la Pologne (wy. Chevru, p. 761, t. XV).
Mystérieuse maladie ! disait le médecin de Saint-Louis, et combien le terme était faible, car sous la plume des plicograplies la plique prenait les allures d'un fléau. Les écrivains du seizième siècle, fidèles à l'esprit de leur temps, tiennent pour l'influence des démons : Hercule Saxonia, Scheink, la nomment tricœ incubarum, et avec une grande conviction ce dernier rapporte, d'après Rumbaum (de Breslau) , « qu'une jeune femme qui s'était fait traiter de la phthisie par une sorcière fut, à la suite d'un sort, prise d'une plique irrémédiable ». On le voit, c'était une maladie de sorcellerie : aussi les imaginations ardentes de l'époque n'hésitaient-elles pas à dire, dans une pliraséologie de circonstance, que, « si la plique était sortie seule de la boîte de Pandore, elle aurait suffi au malheur de l'humanité ». La plique en effet était la mère de tous les maux, et depuis le coryza jusqu'à la paralysie elle était capable d'engendrer toutes les affections. L'histoire de la plique est celle de la médecine en raccourci, pourrait-on dire; alors que celle-ci se traînait à la remorque des charlatans, guérisseurs, exorcistes, la plique était un mal sans remède, puis, lorsque sous 1 inQuence des spéculations théoriques la doctrine des humeurs reprenait faveur, la phque ne manquait pas d'y échapper, et nul ne s'étonnait qu'on put poser la question de savoir si c'était une maladie virulente, spéciale, procédant par diathèse, se transmettant non-seulement par contagion, mais encore par hérédité: aussi Alibert, dans son remaniement de la dermatologie, n'hésitait-il pas à parler du virus trichomatique, virus que probablement Bonnet, l'écrivain du Sepidchretum, avait cru découvrir, puisque, avec un grand sérieux, il nous