PREMA.TURA.TION
plicables de la nature, se développer impunément, à la suite d'un exercice prématuré, telle fonction avant le terme physiologique, combien d'autres traîneront comme un boulet, jusqu'à la fin de leur existence éphémère, le triste privilège de la précocité? Nous n'en voulons pour exemple que la rapide déchéance de la fonction génitale chez les femmes des pays tropicaux, qui peuvent souvent se livrer à l'homme sans le moindre danger vers neuf ou dix ans; bien avant leur sixième lustre elles sont vieilles et ridées. Telle encore la femme arabe, courbée à vingt-cinq ans et presque usée, qui n'est plus dès lors utilisée par son seigneur et maître que comme bête de somme, laissant à de plus jeunes le soin de perpétuer la famille. C'est ce qui faisait dire à Montesquieu que dans ces pays la raison ne se trouve jamais unie à la beauté; quand la beauté demande l'empire, la raison le fait refuser; quand la raison pourrait l'obtenir, la beauté n'existe plus.
Prématuration militaire. Il est un chapitre de la prématuration physique d'un intérêt capital, puisqu'il peut s'appliquer aujourd'hui à tous les Français sans exception, et sur lequel nous devons insister. C'est la ■prématuraiion militaire, avec ses conséquences multiples, parmi lesquelles se place en première ligne le surniènemcnt du cœur, ou a cœur forcé ». qui aboutit à l'hypertrophie et, si l'on n'en tient pas compte, à l'asyslolie finale. Pénétrés des immortels travaux de Bouillaud et de Laennec sur les lésions valvulaires du cœur, les médecins de notre pays ont longtemps négligé ce côté de la pathologie de l'organe central de la circulation, si bien mis en relief récemment par Peter, Revilliod (de Genève), Picot, M. Raynaud et d'autres savants cliniciens. Les travaux de G. Sée sur « l'hypertrophie de croissance » ont aussi mis en garde contre les chances d'erreur.
Cependant les médecins anglais, américains et allemands, Parkcs, Hunter, Myers, Nicholson, Cullen, Veale, Treadwell, Seitz, Thurn, Frantzei, avaient observé, à la suite des guerres de la Sécession, franco-allemande, et des expéditions d'Abyssinie, des Ashantees, du Zululand, etc., que le déchet annuel par décès ou réformes incombant aux maladies du cœur venaient en seconde ligne après celles du poumon. Parmi ces maladies, un grand nombre étaient indépendantes de to\ite origine rhumatismale, syphilitique, ou d'une tare antérieure, et ne reconnaissaient d'autre cause que le surmènement chez des hommes ayant ■ subi des fatigues prématurées; leur manifestation aurait lieu de bonne heure, en effet, dans la carrière militaire, généralement dans les deux premières années de service.
On ne peut refuser aux Anglais le bénéfice de circonstances particulièrement favorables à l'étude de cette maladie, car leurs troupes, toujours engagées dans de lointaines entreprises et servies par les procédés scientifiques de destruction les plus parfaits, ont plus souvent à compter avec le surmènement corporel qu'avec le feu de l'ennemi.
D'après Marvaud, les pertes éprouvées par l'armée française par suite d'affections du cœur s'élèvent annuellement à 1,6 pour 1000 hommes présents, décès et réformes compris. Nous croyons ce chiffre actuellement plus élevé; dans la garnison de Bordeaux, d'un effectif inférieur à 5000 hommes, 67 militaires atteints de maladies du creur sont sortis de l'armée en deux ans, parmi lesquels 65 par réforme, sur un total de 185 réformés pour causes diverses. Les chiffres qu'a donnés Sormani (de Pavie) au Congrès d'hygiène de Genève 1885, ne visant que les décès par maladies de cœur dans les cinq plus grandes
378 PRÉMATURàTION.
armées européennes, n'ont pas un intérêt suffisant, car, toute lésion du cœur entraînant la réforme, la plupart des réformés échappent à la statistique des décès prochains pour affections cardiaques dans l'armée.
En Angleterre, sur 100 décès généraux de 1867 à 1871, les maladies du cœur comptaient pour 16,7, et sur 199 cardiaques Treadwell en trouva 158 chez lesquels on ne décelait d'autre origine que le surmènement. Après avoir éliminé les causes les plus diverses, telles que le vêtement, l'équipement, l'alcool, le tabac, la syphilis, qui jouent peut-être un rôle accessoire, la plupart des auteurs ont admis comme cause déterminante l'influence des exercices et des fatigues prématurées du service militaire sur des organisations non préparées à en recevoir la profonde impression. A la suite d'efforts considérables et longtemps soutenus, le cœur surmené se force, des palpitations se montrent et. si le surmènement persiste, surviennent delà dilatation et de l'hypertrophie; finalement le sujet doit être éliminé de l'armée ou renoncer à la profession fatigante qu'il avait embrassée par erreur ou par besoin.
Corvisart, Foville, Lévy, Bernheim, en France; Peacok, Albutt, Skey, Hope, en Angleterre; Muntzinger, Franck, Fœrster, Bauer, Friedrich, Schultze, Geiss, Fuller, en Allemagne, ont observé le surmènement du cœur dans la vie civile et vérifié les résultats nécropsiques. 11 résulte de leurs remarques ainsi que de nos propres recherches que le « cœur forcé » se rencontre : i" chez des individus notoirement faibles, ajournés par les conseils de révision pour développement insuffisant ou conformation vicieuse, et prédisposés par ces antécédents mêmes aux affections cardiaques; 2" chez des jeunes gens qui, présentant tous les attributs apparents de la vigueur, subissent par le fait des fatigues d'une vie nouvelle une véritable déchéance physiologique. Ces derniers, dont on était en droit d'escompter les bons services, n'ont pas été préparés par leur genre de vie, leur profession antérieure aux fatigues de la vie militaire qui, pour eux, sont prématurées. L'organe central de la circulation devient impuissant devant les exigences du métier militaire, et la résultante de ces épreuves se traduit par une localisation à marche lente sur cet appareil.
Quand la tuberculose est la conséquence du surmènement, c'est, au contraire, un processus aigu qui en est l'expression habituelle.
En moins de deux ans, sur plus de cent cinquante lésions cardiaques observées à l'hôpital militaire de Bordeaux, nous avons réuni 25 cas de surmènement précis chez des hommes étant presque tous dans leur première année de service. Ils ont tous été rejetés de l'armée.
En 1861, J. Arnould avait trouvé chez un certain nombre de militaires un excès moyen de périmètre thoracique sur la demi-taille de 6 centimètres, et un rapport thoracique moyen de 1 : 0,536. Dans une promotion de Saint-Cyr (1874-1875), sur 395 recrues, il ne trouve pas en moyenne la supériorité de 2 centimètres de périmètre thoracique sur la demi-taille. Ces jeunes gens avaient en général dépassé 20 ans, atteignant 22 et 23 ans. De pareils résultats traduisent, selon le savant professeur de Lille, l'infériorité ou, si l'on veut, la délicatesse physique de l'homme qui a reçu l'éducation scientifique et littéraire moderne vis-à-vis de celui qui a appliqué la meilleure partie de sa jeunesse au travail des champs ou de l'atelier, surtout des champs.
Les recherches de Lux, Dubujadoux, etc., ont montré que le périmètre thoracique s'accroissait très-rapidement de 21 à 25 ans. En 7 mois, Lux a constaté sur 256 cuirassiers une augmentation moyenne de 16 millimètres. Vallin,
PRÉMATURATION. 37»
relevant l'ensemble des mesures prises par les médecins de l'arme'e, a constaté que parmi les soldats de 21 ans il s'en trouvait, selon les régiments, dans l'infanterie : 10,24, 17,22 et jusqu'à 51 pour 100, et dans la cavalerie jusqu'à 64 pour 100 qui n'avaient pas 2 centimètres au-dessus de la demi-taille.
Bien plus, 178 engagés conditionnels âgés de 18 à 20 ans ont donné 28 sujets sur 100 offrant un périmètre au-dessous de la demi-taille et 78 pour 100 audessous du périmètre exigé par l'ordonnance de 1876. Quoique l'on puisse penser d(! l'importance du périmètre thoracique comme critérium de l'aptitude militaire, et quelle que soit celle des autres caractéristiques corporelles, il est certain que cette mensuration offre une haute valeur; — encore qu'elle ne soit pas rigoureusement proportionnelle à la capacité tlioraciquequi, elle, nous donner.iit un étalon correct, — il existe là un rapport approximatif suffisant (Daily).
En résumé, le développement normal n'est pas terminé quand le soldat arrive au corps; les muscles grossissent, la poitrine et Je bassin s'élargissent, les jambes s'allongent; les dents de sagesse (dernières grosses molaires), dont l'évolution est d'ordinaire si calme, sont la source de nombreux accidents lorsque l'homme est surchargé de travail. Au milieu de cette poussée générale de croissance, on peut deviner quelles seront les fâcheuses conséquences du surmènemenl.
Il découle des considérations qui précèdent que, si l'on ne trouve pas un remède au mal qui nous menace et nous serre de près, la prématuration militaire ira s'accentuant avec le progrès, le travail mécanique industriel étoulfant le travail musculaire personnel, en le réduisant à l'état d'exercice facultatif. 11 y a plus : chacun sait, dans l'armée, que beaucoup de jeunes soldats n'atteignent leur complet développement que lorsqu'ils passent dans la réserve de l'armée active, c'est-à-dire à 25 ans, et que l'on peut fonder les plus grandes espérances sur la résistance physique de celte armée qui, selon Daily, a ï(ige vrai du soldat.
Chaque année des éliminations nombreuses sont nécessitées par la faiblesse de constitution, les tares variées du contingent. La classe 1883, par exemple, sur un effectif de olô 951 jeunes gens présentés devant les conseils de révision, a eu o7 842 déclarés impropres à tout service, 16 000 classés dans le service auxiliaire et 39105 ajournés pour cause d'infirmités ou d'insuffisance physique, soit au total 1 homme impropre au service sur 3 hommes et une fraction de 0,3.
D'une statistique que nous avons établie sur deux séries d'années il résulte que, si dans la période 1872-1874-1875-1876 il y a eu 25 hommes sur 100 déclarés impropres au service militaire par motifs physiques, il y en a eu environ 30 pour 100 dans la période 1877-1878-1879-1882-1883, soit une augmentation de 5 pour 100. Malgré toutes ces éliminations, les commissions mensuelles de réforme rejettent un bon nombre de soldats peu après leur incorporation, et la mort prélève toujours un large tribut sur la classe la plus jeune, comme cela s'est vu en Tunisie et dans le Sud-Oranais, et, si un ministre a pu dire à la tribune du parlement que les jeunes soldats résistaient, au Tonkin, comme les anciens, c'est qu'ils avaient été, au préalable, l'objet d'une sélection attentive de la part des médecins des corps de troupe avant d'être embarqués pour l'Extrême-Orient.
M. Lévy, Morache, Proust, reconnaissent d'ailleurs que les jeunes soldats de 22 ans offrent une très-faible résistance aux fatigues de la guerre et aux dangers du casernement. D'autre part, nous rappellerons qu'avant 1870 l'armée, par le
580 PRÉMATURATION.
fait du service de sept ans, du remplacement et des campagnes fréquentes, se composait d'hommes ayant tous fait plusieurs fois la guerre et suffisamment entraînés. Dans notre jeune armée, des générations de soldats ne la connaîtront que par les péripéties si utiles et si anodines à la fois des grandes manœuvres: aussi ne pourra-t-on pas toujours exiger d'eux des efforts prolongés. La bravoure et la résistance aux fatigues sont deux qualités distinctes : la première est dérègle, en tout temps, dans l'aimée française; la seconde, résultante de plusieurs facteurs, porte toujours l'empreinte des préoccupations de l'époque et reflète la sollicitude plus ou moins éclairée dont a été l'objet l'éducation physique.
En 1866, l'âge moyen de l'armée était de 25 ans, et celui de la garde impériale de 50 ans. On sait la figure que faisaient ces troupes sur les champs de bataille. Dans notre marche vers l'avenir, étant donné les tendances de l'heure présente et les besoins d'une société qui se transforme, ne risquons-nous pas de voir la taille, la constitution physique et la vigueur des sujets baisser en même temps que l'âge moyen du soldat?
Prématcration liNTF.LLECTLELLE. Daus l'ordrc intellectuel, on peut mieux encore se rendre compte de la tendance actuelle à la prématuration et de ses graves conséquences.
Taguet (de Bordeaux), Daily, se sont occupés, le premier de l'influence de l'instruction prématurée sur le cerveau de l'enfant, le second de l'influence de la première éducation sur l'évolution des désordres mentaux.
L'habitude précoce de penser, de raisonner, sans avoir senti, ni vu, ni pesé, prédispose à la déraison en localisant dans le cerveau un travail dont la durée devrait être répartie entre les nerfs, la moelle et le cerveau : d'où il résulte une excitation cérébrale manifeste chez les enfants surmenés par la grammaire, le calcul, la théologie et l'histoire (Daily). Taguet estime qu'une instruction prématurée présentera les mêmes dangers, avec cette différence que l'excitation cérébrale se traduit ici non plus par une raonomanie, comme dans le premier cas, mais bien par un état d'imbécillité, d'idiotie acquise, et chez les héréditaires par l'évolution d'un germe morbide à l'état latent.
« A côté des enfants qui viennent au monde normalement doués au physique comme au moral, il en est d'autres, et le nombre tend chaque jour à s'augmenter, qui y.font leur entrée avec une tare originelle qui se traduit, de bonne heure, par de l'épilepsie, de l'hystérie, de l'imbécillité, de l'idiotie, par une monstruosité physique quelconque, ou bien, au contraire, par une activité cérébrale passagère, que l'on rencontre dans l'hérédité hystérique, par exemple, et plus spécialement dans l'hérédité alcoolique. Ces enfants présentent, dès l'âge le plus tendre, une imagination vive, une mémoire prodigieuse, et parfois des aptitudes spéciales pour la musique, le dessin, la peinture, etc. Puis tout à coup ces météores d'un jour pâlissent, ces petits prodiges sont condamnés à ne plus rien apprendre : le cerveau a donné en quelques années tout ce qu'il était susceptible de donner. Parmi ces enfants, les uns étonneront le monde par leurs instincts violents et pervers; les autres, plus favorisés, iront grossir les rangs des imbéciles prétentieux. Cette précocité intellectuelle chez les héréditaires rappelle celle des races primitives » (Taguet).
Toute impression, toute excitation vive qui retentit sur les centres nerveux de l'enfant, peuvent arrêter ses facultés intellectuelles. Une convulsion, si légère qu'elle soit, peut atrophier subitement l'intelligence la plus remarquable,
PRËMATURATION. 581
surtout dans le jeune âge. Et c'est pourquoi les émotions violentes, les contes qui exaltent rimaginalion, l'instruction prématurée, c'est-à-dire le surmèncment cérébral, conduisent à l'ébranlement morbide de la cellule nerveuse.
« Les éléments du cerveau constituent une sorte de matière première que façonnent les influences du monde extérieur combinées avec le développement héréditaire. Le milieu au sein duquel s'opèrent les sensations, les impressions, l'éducation, détermine relativement la nature et la valeur des réactions intellectuelles affectives, circulatoires, sécrétoires, etc., lesquelles constituent l'ensemble des actes vitaux. Chaque impression a son siège correspondant dans une cellule cérébrale et, si elle est intense, elle se l'attribue; les impressions analogues aboutissent aux mêmes régions et peu à peu les groupes régionaux s'établissent et réveillent en temps opportun l'action réflexe » (fally).
Mais pour retenir les impressions il faut que les cellules nerveuses soient prêtes à jouer ce rôle ; or la cellule nerveuse, comme toutes les parties de Torganisme, a une période de formation, d'augment et de déclin, qui est soumise à des lois qu'il faut savoir respecter, si l'on ne veut pas s'exposer à des dangers qui sont d'autant plus graves qu'on se trouvera placé aux deux points extrêmes de la vie. Une instruction prématurée, outre qu'elle pourra déterminer une irritabilité hâtive qui rendra certain groupe de cellules impropres à retenir les impressions nouvelles qui viendront à se produire i)ar la suite, présentera le grave danger d'absorber brusquement le cerveau tout entier, de faire entrer mmiédiatemenl en action des cellules qui étaient en réserve, d'en développer de nouvelles » (Taguet).
Les récentes découvertes biologiques confirment ce que nous venons d'avancer. Il résulte, en effet, des travaux de A. Mairet, que des rapports étroits existent entre l'acide pbosphorique, d'une part, la nutrition générale et la nutrition du muscle, d'autre part. Ses conclusions sont les suivantes : 1'^ l'acide phosplioiique est intimement lié à la nutrition et au fonctionnement du cerveau. Le cerveau, en fonctionnant, absorbe de l'acide pbosphorique uni aux alcalis et rend l'acide pbosphorique uni aux terres; 2" le travail intellectuel ralentit la nutrition générale; ô° il modifie aussi l'élimination de l'acide pbosphorique par les urines; il diminue le chiffre de l'acide pbosphorique uni aux alcalis et augmente le chiffre de l'acide pbosphorique uni aux terres [Communication à l'Acad. des sciences, il août 1884). Et comme, d'après le même auteur, le muscle emploie de l'acide pbosphorique pour produire du travail, c'est au détriment du développement des muscles que le cerveau fonctionnera outre mesure.
Les expériences de Gley sur les variations de la température sous l'influence du travail intellectuel tendent aussi à prouver que la mise en jeu de l'intelligence s'accompagne d'une combustion plus active au niveau des cellules cérébrales, et, partant, d'une production locale de chaleur assez considérable pour se traduire par une augmentation de la chaleur centrale du corps. D'autre part, Laborde admet que la plupart des travaux intellectuels déterminent des modifications de la circulation dans le cerveau ; cet organe se congestionne, tandis que simultanément les extrémités se refroidissent : il y a donc une auomentation réelle de chaleur au niveau des lobes cérébraux pendant leur fonctionnement [Communication à la Société de biologie, 26 avril 1884).
Il est reconnu par tous les médecins qu'il existe, dans notre société actuelle, une disproportion entre l'âge des enfants et la somme de travail actuel qu'on exige d'eux. C'est pourquoi Sitherwood et Harlan ont remarqué que les étudiants
382 PRÊMÂTURÂTION.
qui travaillent beaucoup voient leurs dénis s'allérer rapidement, et que l'interruption des études arrête le mal. Cela vient-il de ce que le cerveau consomme les aliments phosphatés destinés aux dents, ou de ce que la santé générale souffre des excès du travail? P. Lucas-Championnière a été témoin de faits de ce genre.
Enfin Leidesdorf a fait, le 25 mai ISS^, à la Société império-royale de Vienne, une communication sur les troubles psychiques dans l'enfance. Il a fait remarquer qu'il y a cinquante ans on en niait absolument l'existence. Dans ces dix dernières années les aliénistes se sont occupés spécialement de cette question et ont observé en général chez les enfants non des troubles permanents, mais des psychoses passagères. Les sujets de ces psychoses sont, d'habitude, des enfants intelligents, instruits, qui manifestent leur état morbide par des inquiétudes exagérées sur l'état de leur santé, des hallucinations du somnambulisme naturel, des imaginations forcées [Zwangsvorstellungen), de l'hystérie; quelquefois ce sont des questions étranges que posent les jeunes malades : Qu'est-ce que l'existence? la création du monde? la nature? Est-ce que nous existons? De telles pensées, trop au-dessus des moyens intellectuels des enfants, et sur lesquels s'appesantit leur imagination, sont suffisantes pour troubler le repos et la vie de ces malheureux.
Ce n'est donc pas un effet du hasard, si, continuant des recherches entreprises sur ce sujet, nous avons récemment constaté dans un des plus grands lycées de France que les premiers élèves de quatre classes, depuis la neuvième jusqu'à la cinquième, les seules que nous ayons examinées, unissent à une intelligence hors ligne un véritable arrêt de développement, momentané, nous l'espérons pour eux.
Dans une communication faite en notre nom à l'Académie de médecine (août 1887) par le docteur Lagneau, nous avons pu conclure à la suite de recherches, restreintes, il est mai, faites d'une part sur des enfants de b^ et de 6^ du lycée de Montpellier (de il à 14 ans), de l'autre sur des enfants du même âge fréquentant les écoles primaires de la ville et d'un village voisin : Que les élèves des écoles primaires avaient, en moyenne, une taille supérieure de 1 centimètre à 1 centimètre 1/2, un poids supérieur de 1 kilogramme, et un périmètre thoracique supérieur de 8 à 10 centimètres à ceux des élèves du lycée (à âge égal). Les différences les plus sensibles s'observent entre les élèves des écoles de village et ceux des classes du lycée.
Telle qu'elle est comprise actuellement, l'instruction primaire ou secondaire est incontestablement trop hâtive. Les heures de classe sont trop nombreuses, les matières enseignées trop fortes, et ces critiques réunissent la presque unanimité des parents et des professeurs eux-mêmes.
« L'homme, a dit J.-J. Rousseau, n'est pas fait pour rester toujours dans l'enfance, mais il n'en doit sortir qu'au terme déterminé d'avance par la nature. » C'est pourquoi notre précipitation singulière, qu'excuse à la rigueur l'histoire d'un passé récent dont le souvenir doit rester ineffaçablement gravé dans nos cœurs, se trompe de but. 11 est impossible, en effet, que nos jeunes enfants puissent entasser dans leur cerveau, sans préjudice pour leur accroissement corporel, à l'âge de 8 à 10 ans, toute l'histoire de France, depuis les Gaulois jusqu'en 1880, toute l'arithmétique, des notions assez étendues de géométrie, des connaissances géographiques vraiment compliquées, le tout uni à la gymnastique grammaticale la plus abstraite.
PRÉMATURATION. 583
Comme Daily, nous avons constaté non-seulement chez les prodiges de collège, mais encore chez des enfants tenant un rang moyen dans leurs classes, un état cérébral congestif, des maux de tête, des épistaxis (notées dans les cliniques de Rendu) et des troubles de nutrition très-notables. On peut voir tous les jours des élèves bien portants au sortir de la classe participer aux jeux de leurs camarades, puis être soudainement pris, à la suite d'une laborieuse préparation de devoir ou de composition, de céphalalgie violente, avec lassitude, inappétence, insomnie, fièvre, cauchemars, rêves pénibles se rapportant au travail de la veille ; le lendemain, courbature générale, anorexie, douleur au creux de l'esloniac, état saburral. Un coup de soleil grave sur la tète ne produirait pas d'autres accidents. Après deux jours de repos mental, tout rentre dans l'ordre, mais ces troubles reparaissent à la suite d'un surmènement nouveau.
Au point de vue spécial qui nous occupe, il découle donc des faits qui précèdent que la fatigue mentale subie par la plupart des enfants astreints aux programmes actuels des écoles et des lycées ont la plus grande analogie avec les eflorts corporels qu'on impose de bonne heure aux apprentis de nos centres industriels.
Si l'on était tenté de nier les dangers de la prématuration dans l'état d'intégrité de nos organes, noire conduite au lendemain d'une maladie ne seraitelle pas un enseignement? Lorsqu'un renouveau s'est fait en eux à la suite d'un processus pathologique aigu qui en a ralenti ou perverti les fonctions, nous nous gardons bien de rendre sans transition ces organes, faibles encore à leur fonctionnement normal, de les soumettre à un travail hâtif qui ne- serait autre chose que du surmènement. Ainsi, c'est la marche prématurée que nous condamnons dans la convalescence des maladies du membre inférieur; l'alimentation grogressive (|iie nous surveillons de près à la suite des affections des voies digestives; nous recommandons encore d'éviter l'air vif et froid, les efforts de voix aux personnes relevant d'une affeclioa de l'appareil respiratoire et phonateur; nous défendons la marche rapide, les efforts musculaires, les émotions, aux cardiaques; la fatigue intellectuelle aux convalescents d'un processus encéphalique ou d'une maladie avec retentissement général sur l'organisme; c'est enfin la sobriété dans les boissons, dans les rapports sexuels, que nous ordonnons aux personnes qui relèvent d'une maladie des organes uriuaires ou génitaux.
De telles précautions sont dictées par l'observation de celte loi qui veut qu'à l'état de convalescence ou de renouveau, comme à l'état de jeunesse physiologique, nos fonctions ne soient pas soumises à des fatigues prématurées, soit parce qu'elles en ont perdu l'habitude, soit encore parce qu'ellas n'ont jamais été sollicitées à cette espèce d'entraînement qu'exige d'elles, désormais, un nouvel ordre de choses.
Des considérations qui précèdent il résulte que nous nous trouvons en présence d'un fait digne d'arrêter l'attention au point de vue médical, démographique, philosophique et social. Où est le mal? oii serait le remède? Le mal, c'est le progrès qui, faisant de la concentration humaine une loi presque inéluctable, élève chaque année l'étiage de la fièvre typhoïde et augmente jiarallèlement la proportion des chétifs, des cardiaques et des tuberculeux. La nécessité de s'instruire, caractéristique de notre époque, nous oblige de plus en plus à nous réunir, à nous agglomérer, à nous interner à l'âge oià nous aurions tant besoin de ces deux toniques par excellence, l'air et l'exercice, qui, seuls, développent nos muscles. Nous devons le déplorer.'
584 PRÉMATURATION.
Les chemins de fer, les tramways, les ascenseurs, moyens de communication aussi nombi'eux qu'économiques, l'aisance même, nous gâtent la génération qui vient et nous chasse, et conspirent contre son coefficient physique. On ne se transporte plus, aujourd'lmi, on se fait transporter. Combien reste-t-il de départements où le campagnard ait à faire, comme autrefois, des kilomètres à pied ou à cheval pour apporter au marché voisin les produits de son champ? D'un autre côté, l'usine et l'atelier ruinent ce qui restait en ville de vigueur, et, grâce à la promiscuité qui y règne, la plupart des ouvriers célibataires ont appris à faire du cabaret et des excès génésiques les accessoires indispensables du travail. Ceci a tué cela; faul-il s'en plaindre? Oui, si nous ne considérons que les résultais affligeants de la prématuration.
CocLCsioN. La conclusien qui découle de l'exposé qui précède est que nos enfants ne sont pas assez mûrs pour supporter sans grand dommage la pression dangereuse des programmes universitaires actuels ; de plus, beaucoup déjeunes gens de 21 ans sont incapables d'embrasser des professions exigeant des efforts soutenus ou de faire face aux charges du métier militaire qui sont, pour eux, prématurées. Il faut bien se rappeler que la nature ne procède jamais par sauts; que chaque fonction, chaque organe entre en scène à son heure, et qu'il ne faut ni précipiter ni intervertir [l'ordre de succession de ces moments, si l'on ne veut pas voir survenir des troubles psychiques ou physiques d'une incontestable gravité.
Au point (le vue physique, les sociétés d'hygiène, de médecine, les hommes autorisés, interviendront à titre de conseils pour préconiser la création de sociétés de gymnastique, de sports nautique, véiocipédique, de clubs alpins, de touristesmarcheurs, etc., où se pratiquent effectivement des exercices qui développent si bien les forces, exaltent l'idée de lutte et tuent le sentiment redoutable de la passivité, qui fait de nous les victimes conscientes du fait accompli, les esclaves de demain. On devra contrôler aussi, réglem.enter et graduer ces exercices, car ce n'est que peu à peu qu'on doit préparer les forces des adolescents aux coups de collier qu'exigera plus tard le jeu de la guerre. Les jeunes organisations se prêtent à tout, pourvu qu'on ne leur demande que des efforts progressifs. Surtout, pas de trorape-l'œil ; avec Daily et la plupart de? médecins, nous tenons pour nulle l'influence exercée sur le développement physique par l'institution des bataillons scolaires. Ces enfants qui jouent au soldat avec des fusils miniatures boivent et fument trop; les banquets et les punchs, c'est, à leur âge, l'alcoolisme et le tabagisme gratuits et prématurés, si ce n'est plus. Laissons à la galerie la joie d'applaudir à leurs défilés, et concluons que des marches hebdomadaires de Vingt kilomètres en bon ordre ferait bien mieux l'affaire de leurs poumons et de leurs jarrets.
Le choix d'une carrière ou d'une profession ne devra pas dépendre des traditions de famille ou des goûts personnels, mais bien de l'aptitude physique.
Au point de vue militaire, il est sans doute désirable, comme le recommandent les médecins anglais, que dans toutes les armes les officiers et les médecins veillent à ce que les hommes accomplissent leur service dans les meilleures conditions d'habillement, de chargement et d'allures compatibles avec le bon ordre et la discipline militaire, mais nous ne pensons pas que cela suffise.
Notre organisation militaire est défectueuse au point de vue de l'âge moyen de l'armée; le recrutement étant fixé à 21 ans et le service actif devant durer
PRÉMATURATION. 385
trois ans, l'âge moyen de la troupe serait de 22 ans et quelques mois : or c'est à cette époque que l'on observe le maximum de mortalité, l'homme n'ayant pas encore atteint le degré de résistance aux agents extérieurs qu'il présentera plus tard, et son développement physique étant loin d'être achevé.
La solution du problème ne peut pas être notre œuvre, car elle nécessiterait une réforme trop radicale. Retarder l'heure de l'appel sous les drapeaux serait, en effet, bouleverser notre état social, et c'est là qu'il faudrait en venir, si les contingents annuels, malgré la faculté de deux ajournements successifs, fournissaient un trop grand nombie de prématurés. Pour le moment, il ne faut pas hésiter à rejeter de l'armée soit au moment du conseil de révision, soit après l'incorporation, les hommes qui ne peuvent pas y servir utilement; elle est assez riche en hommes pour qu'on l'allège laryâ manu des non-valeurs qui deviennent pour elle de sérieux embarras en cas de mobilisation, pour l'Etat une source de dépenses évitables, pour les bons soldats un obstacle à l'émulation.
Un illustre homme de guerre étranger a récemment écrit qu'à la prochaine collision européenne on pourrait se rendre compte que la qualité des soldats est cent fois préférable à la quantité : c'est aussi l'opinion de beaucoup de médecins de l'armée.
Dans la campagne d'hiver de 1805, les troupes parties des côtes de l'Océan avaient fait une marche continue d'environ 400 lieues pour arriver sur les champs d'Austerlitz ; elles ne laissèrent presque pas de malades en route : c'est que les plus jeunes soldats avaient 22 ans et 2 ans de service.
Dans la campagne d'été de 1809, l'armée cantonnée dans les diverses provinces de l'Allemagne du Nord et de l'Ouest avait une distance beaucoup moins grande à parcourir, et cependant avant d'arriver à Vienne elle avait rempli tous les hôpitaux de ses malades. C'est que plus de la moitié des soldats étaient des jeunes gens ayant à peine 20 ans, levés prématurément. Aussi Napoléon écrivait-il à Cambacérès : « Je veux des hommes faits, les enfants qu'on m'envoie ne servent qu'à encombrer les hôpitaux. » Et pendant la guerre de Crimée, lord Raglan, à l'offre de 2000 jeunes recrues, répondait : « Ceux que j'ai déj'a reçus étaient si jeunes et si peu développés qu'ils ont été saisis par les maladies; ils ont été fauchés comme des épis » (M, Lévy).
Il est à désirer que les mesures dues à l'initiative des corps élus et encouragées par le gouvernement pour assurer le développement physique des citoyens donnent de bons résultats dans un avenir prochain, mais, si la situation devenait critique, les pouvoirs publics auraient le devoir de rechercher s'il n'est pas possible de n'appeler les classes sous les drapeaux que lorsque les hommes seraient complètement formés, aptes à [souffrir et à ne subir que le moindre déchet possible. L'âge de la conscription serait ainsi reculé.
La faculté de devancer l'appel dès l'âge de 17 ans serait une prime à la vigueur corporelle précoce; on verrait alors les paresseux, les nonchalants, les efféminés, fréquenter plus assidûment les salles d'escrime, les gymnases et les manèges, que les brasseries et les villes d'eaux, pour le plus grand avantage du pays. Aujourd'hui les ajournés, bénéficiant du temps passé dans leurs foyers, ne servent que deux ans, ce qui est une sorte d'encouragement à l'inaptitude militaire.
Daily propose d'instituer un recrutement fondé sur la sélection corporelle et demande qu'on pratique le système de l'ajournement sans déduction du temps de service, avec obhgation intérimaire d'éducation gymnastique et militaire. mcT. ËNc. r s. XXVII. 25
586 PRÉMATURATION.
Cette solution jetterait an trouble dans les carrières en un pays comme lo nôtre, où la natalité est si faible et l'émigration naturellement paresseuse. Le savant professeur demande encore de diminuer le contingent annuel actif, en augmentant le niveau des conditions d'aptitude militaire, et de maintenir les réengagés sous les drapeaux jusqu'à l'âge de 55 ans, s'il y a lieu, de façon que l'âge moyen de la troupe soit de 24 à 25 ans.
Cette conclusion repose évidemment sur 'des bases pbysiologiqnement exactes et répond aux desiderata que nous avons exposés jusqu'ici, mais il y aurait lieu de tenir compte des difficultés que nos usages, nos préjugés, l'impulsion même du courant actuel, ne manqueraient pas de faire surgir.
11 est bien vrai, malheureusement, qu'un certain nombre d'hommes douteux ou ajournés font tous leurs efforts, à la veille de la réunion des conseils de révision, pour paraître encore plus malingres; des neuvaines de débauches leur permettent quelquefois d'atteindre le but désiré; ceux-là n'acquerront jamais de leur propre initiative la maturité voulue.
Dès lors, pourquoi ne pas admettre au service, sous forme d'épreuve, ces sujets douteux? On pourrait instituer des compagnies iV essai dont les hommes seraient astreints seulement à des exercices gymnastiques, des séances de tir, des marches sans sac, et ne feraient ni manœuvres ni exercices fatigants. Elles recevraient les ajournés, les douteux, ces discutés que l'on prend ou que l'on rejette également à regret. Beaucoup d'entre eux, nous en avons la conviction, après plusieurs mois de cette existence matérielle assurée, de cette vie sans entraînement ni mollesse, mais, an conlraire, bien réglée, de ces exercices gradués et surveillés, acquerraient le peu qui leur manque pour être de vrais soldats, et seraient versés au fur et à mesure dans les régiments. Des médecins, membres du parlement, se sont occupés jadis de cette question; nous n'insisterons pas davantage, pensant avoir démontré combien il est urgent de surveiller les efforts que tout Français doit faire pour se mettre en mesure de bien servir son pays par les armes, combien justes sont les droits de l'État à provoquer, à exiger au besoin la réalisation de ces efforts, sous peine de voir tomber en quenouille les forces vives du pays.
Au point de vue intellecluel , nous avons tous le devoir de résister à des entraînements louables, sans doute, mais dont les conséquences seraient désastreuses pour l'individu et pour sa descendance. Il faut que l'instruction s'opère lentement, à Tinsu de l'enfant, pour ainsi dire, chaque jour apportant un progrès.
L'enseignement primaire commencera à une époque variable suivant les individus, les pays, les milieux. Taguet estime qu'aucune école ne devrait s'ouvrir devant l'enfant âgé de moins de 6 ans, et il condamne les exercices de mémoire dont on abuse dans les familles et surtout dans les salles maternelles, comme dangereuses pour la santé de l'enfant. C'est peut-êire aller un peu loin ; cependant nous ne pouvons que nous associer aux conclu'sions suivantes formulées par Daily :
1° Retarder l'obligation scolaire à 7 ans; 2° limiter l'enseignement primaire à un certain nombre de connaissances pratiques et ne jamais demander plus de 4 ou 5 lieures de travail mental; 5" reporter à l'âge de 15 ans la limite d'âge inférieure pour le certilîcat d'études primaires; 4" étendre la limite d'âge pour les concours aux écoles; 5" supprimer les baccalauréats, parce qu'ils exigent une somme de travail stérile supérieure aux résultats obtenus et que
TRÉMATURATION. 387
leur programme dépasse la portée mentale des jeunes gens de J6 ans; 6" remplacer les baccalauréats par des examens spéciaux à l'entrée de chaque école ou de chaque carrière.
Si ces réformes étaient adoptées, on ne pousserait plus les enfants à un travail hâtif, qui constitue une surcharge absorbante, envahissante et tellement serrée dans ses détails qu'il ne laisse aucune place à la culture corporelle ni même à la culture intellectuelh sérieusement comprise. En un mot, on augmenterait la part du grand air, de l'exercice, de l'expansion, de l'accroissement, qui leur sont si nécessaires pour opposer une solide barrière aux prétentions encyclopédiques du moment.
Cette importante question a été savamment traitée au Congrès de La Haye (1884) par Roth, Lubelski, Drouincau, Guillaumard. Le rapporteur, Menno, Huizenga (dellarlingue), concluait que chaque mode d'enseignement, ayant pour but le développement du savoir plutôt que du pouvoir, constitue un danger pour le système nerveux des écoliers; que l'enseignement doit êtie considéré comme la cause ou comme un obstacle à la guérisou de certaines affections, principalement du « mal de tête », si fréquent chez les écoliers; que la contention d'esprit exigée par les études et les examens mène parfois à l'affaiblissement de l'énergie chez les personnes de capacité médiocre. Comme sanction, la section compétente adopta à une grande majorité les deux propositions suivantes formulées par Zoeros-bey, de Constantinople :
1" Les programmes des écoles primaires et secondaires de tous les pays doivent être moditiés et plus en rapport avec la force de l'enfant;
2° Les exercices musculaires doivent être plus étendus et devenir réellement obligatoires dans les mêmes écoles.
Enfui, à la suite d'une longue et savante discussion sur le « surmenage intellectuel et la sédentarité scolaire, » à laquelle prirent part Trélal, Larrey, Ferréol, Hardy, Peter, Bergeron, Luys, Brouardel, Lagneau, Le Fort, etc., l'Académie de médecine présenta, par l'organe du rapporteur de la commission, des conclusions appelant l'attention des pouvoirs publics sur la nécessité de modifier, conformément aux lois de l'hygiène et aux exigences du développement physique des enfants et des adolescents, le régime actuel de nos établissements scolaires.
Elle recommanda la construction de collèges et lycées d'internes à la campagne, une bonne exposition, de larges espaces pour les locaux de récréation ; un meilleur éclairage et une aération plus effective des classes. Elle émit des vœux tendant à l'accroissement de la durée du sommeil pour les jeunes enfants, à la diminution, pour tous, du temps consacré aux étndes et aux classes, à l'augmentation des heures de récréation. Elle atfirma, de plus, la nécessité impérieuse de soumettre tous les élèves à des exercices quotidiens d'entraînement physique, proportionnés à leur âge (marches, courses, sauts, formations, développements, mouvements réglés et prescrits, escrimes de tous genres, etc., etc.). Éclairé par ces sages avis, le conseil supérieur de l'instruction publique vient d'inaugurer une ère de détente manifeste; il faut l'en féliciter, en espérant qu'il ne s'arrêtera pas en si bonne voie.
Le législateur protège le corps des apprentis dans les usines et les ateliers. De tous les pays d'Europe s'élève une protestation unanime des hommes clairvoyants, réclamant la même sollicitude dans les écoles pour l'intelligence de nos enfants. Un jour viendra peut-être où nos jeunes gens de 21 ans auront
3S8 PRÊMOMTOIRE.
besoin d'être protégés contre la loi de recrutement actuelle, qui s'applique à beaucoup d'entre eux tandis qu'ils se trouvent encore en pleine immaturité. Au jour de cette ccliéimce, que nous espérons encore conjurer, les élus du pays sauront ne voir que le fait brutal pour appliquer le remède nécessaire. A. Coustan.
PREMXA {Premna L.). Genre de plantes de la famille des Verbénacées, dont les représentants sont des arbustes à feuilles opposées, à fleurs tétramères, disposées en cynies terminales plus ou moins rameuses. Les fruits sont de petites drupes à noyau renfermant ordinairement quatre graines dépourvues d'albumen.
Les Premna habitent principalement les régions tropicales de l'Asie. Parmi les espèces employées en médecine il convient de citer notamment les Pr. serratifoUa L. et Pr. integrifolia L., dont les racines, à odeur de safran, servent, aux Indes Orientales, à faire des infusions réputées stomachiques et astringentes. Leurs feuilles sont préconisées, topiquement, contre les douleurs rhumatismales. Ed. Lef.
PRÉMOÎVITOIRE. Adject. de pre, avant, et monere, avertir. Qualificatif donné aux signes ou aux phénomènes prodromiques qui doivent, dans certaines épidémies, être pris en considération d'autant plus sérieuse, qu'en avertissant de l'invasion prochaine probable de la maladie ils peuvent conduire à des mesures prophylactiques de la plus grande importance. C'est surtout à propos des prodromes du choléra que cette expression est entrée dans le langage médical: c'est ainsi qu'on désigne sous le nom de prémonitoires, les signes qui peuvent faire prévoir l'imminence d'une attaque de choléra et qu'on a appelé plus particulièrement diarrhée prémonitoire la diarrhée qui précède ordinairement l'explosion de la maladie confirmée, dont elle constitue la phase initiale ou prodromique.
A cette question : Y a-t-il chez les personnes qui vont être atteintes du choléra épidémique quelques phénomènes qui puissent faire prévoir l'imminence dune attaque? les premiers historiens du choléra asiatique, les médecins anglais Annesly et Conwell, répondirent affirmativement, prétendant que quelque temps avant l'invasion de la maladie il existe chez les sujets menacés (les troubles tels que des vertiges, de la titubation, de la pâleur de la peau et une sorte de malaise général. Scott et d'autres médecins qui ont pratiqué dans l'Inde ont soutenu le contraire; le plus souvent, suivant eux, il n'y avait pas eu de malaise avant l'arrivée de la diarrhée. Ces premières données semblaient tendre à établir qu'un nombre assez considérable de choléx-iques n'ont pas eu de phénomènes généraux précurseurs, du moins dans les premières épidémies observées.
Quand ces phénomènes existent, sont-ils assez caractéristiques pour qu'on en puisse conclure à l'imminence de la maladie? La majorité des médecins s'est refusée à admettre ces signes comme infaillibles. 11 en a été de même d'un grand nombre d'autres signes, tels que la céphalalgie, les bourdonnements d'oreille, l'impressionnabilité excessive des sens, la faiblesse générale, l'inappétence, la tension et le ballonnement du ventre, les sueurs visqueuses, etc., qui n'ont rien de caractéristique.*
Un autre signe, bien autrement important, et auquel d'un consentement à peu près univoque est resté attaché avec le sens qu'il implique le qualificatif de prémonitoire., est la diarrhée, diarrhée commune ou diarrhée spéciale à
caractère riziforme, à laquelle a été assigné le nom de cholénne, comme diminutif du choléra.
On sait aujourd'hui, grâce à une observation répétée dans la plupart des pays envahis et à l'occasion de chaque invasion nouvelle, que des affections gastro-intestinales généralisées précèdent presque toujours les épidémies de choléra.
En 1831 Brierre de Boismont, de retour de sa mission en Pologne, avait déjà signalé la diarrhée blanchâtre qui, avec un malaise général, des vertiges, un bruissement inaccoutumé de flatuosités dans les entrailles, constituait les symptômes prodromiques du choléra. Mais c'est à Jules Guérin surfout, que l'on doit d'avoir appelé l'attention générale des médecins, dès le début de l'épidémie de 1852 à Paris, sur la diarrhée prodromique ou prémonitoire du choléra. « La plupart des sujets qui sont frappés du choléra morbus, écrivait-il dans la Gazette médicale de 1852, étaient depuis plusieiu-s jours ou même depuis plusieurs semaines sous l'influence d'un trouble des fonctions digestives, assez peu grave, du moins en apparence, pour n'avoir que très- faiblement fixé leur attention. » Depuis lors, le fait ayant été constaté et vérifié par un grand nombre de praticiens est entré dans la science comme une vérité acipiise-
Voici quelques-uns des documents qui viennent à l'appui de ces propositions :
Pendant l'épidémie de 1849, J. Guérin publie dans la Gazelle médicale de Paris, sous le titre de Revue clinique du choléra, un travail très-étendu, basé sur l'analyse de 151 observations recueillies [)ar Foucart, et l'auteur de cet article, la plupart dans les hôpitaux de Paris, quelques-unes dans les ambulances ou dans notre pratique particulière.
Sur ces 151 observations l'existence des prodromes fut signalée 94 fois. Ce chiflre de 94 prodromes se décomposait ainsi : diarrhée, soit seule, soit coïncidant avec d'autres phénomènes prodromiques, 85; prodromes autres que la diarrhée (coliques, vomissements, céphalalgie, malaises, courbature, troubles nerveux divers), 9. Étaient classés dans une colonne spéciale les cas où le choléra a éclaté pendant le cours d'une maladie aiguë ou chronique pouvant, jusqu'à un certain point, être considérée comme prodrome, et parmi lesquels nous constatâmes notamment des fièvres typhoïdes, des fièvres puerpérales, des fièvres intermittentes, un cas de rhumatisme articulaire aigu, une méningite cérébro-spinale, un ictère, plusieurs cas de phthisie et deux cas de maladie organique de l'estomac. Ces cas s'élevaient au nombre de 15.
Restaient 22 cas, sur lesquels il s'en est trouvé 15 où le choléra avait débuté d'emblée, sans avoir été précédé de diarrhée ou d'autres phénomènes prodromiques appréciables. L'un d'eux a été qualifié de choléra sec; un a eu lieu à la suite d'excès, un autre à la suite d'une véritable intoxication alcoolique, un après quatre jours d'abstinence. Dans 9 cas, il a été impossible d'obtenir aucun renseignement sur l'existence ou l'absence de prodromes.
En résumé, en éliminant les 9 cas douteux, nous avons trouvé sur un total de 122 faits 85 cas de diarrhées prodromiques, 9 cas de prodromes divers, 11 cas de maladies antécédentes, 15 cas de choléra d'emblée. Après plusieurs épidémies successives, notamment celles de 1855-1854, qui n'ont fait que le confirmer, J. Guérin a pu formuler le fait en ces termes généraux : Le choléra n'atteint jamais brusquement ni les pays, ni les individus; les contrées où il doit s'établir sont averties plus ou moins à l'avance par des dérangements d'entrailles graduellement généralisés, auxquels il a donné le nom de diarrhées
prémoniloires des épidémies ou pré-épidémiqnes. A une époque plus ou moins rapprochée de ces premiers avertissements de l'épidémie la maladie acquiert bientôt tous ses développements, et à sa forme diarrhéique générale presque inolïensive succèdent les cas de choléra complet, toujours précédés eux-mêmes de plusieurs jours de diarrhée. Si dans cette formule on substitue aux mots jamais et toujours, manifestement exagérés et qui ont certainement dépassé la pensée de J. Guérin, les mots le plus souvent, on sera beaucoup plus près de la vérité.
A cette même époque, des premiers jours de novembre 1855 au 22 janvier 1854, le relevé statistique des hôpitaux de Paris donnait les chiffres suivants : sur 974 cholériques admis dans les hôpitaux, 740 avaient été atteints de la diarrhée prémonitoire et 116 seulement en avaient été exempts, les 68 autres n'ayan'. pu fournir sur ce point aucun renseignement, et un rapport fait au nom du Comité consultatif d'hygiène publique par Laffond-Ladébat constatait que, sous l'influence épidémique, une foule de personnes éprouvaient un dérangement intestinal plus ou moins marqué, avant-coureur de cette épidémie ; que, dans le plus grand nombre des cas, ce dérangement ne devenait pas le choléra, mais qu'on avait rarement le choléra sans qu'il eût été précédé de cette diarrhée.
Enfin ces données trouvèrent leur confirmation dans les deux rapports otficiels faits au nom de l'Académie de médecine par deux commissions, l'un en 1865-1866, pour les épidémies de 1817 à 1850, dont Briquet était le rapporteur, l'autre en 1869, par Barth, pour les épidémies des années 1854, 1865 et 1866.
La première commission, par l'organe de son rapporteur, a exprimé l'opinion que dans la majorité des cas il existe une première période de choléra, caractérisée par la diarrhée prémonitoire, sans qu'il ait été constaté que cette diarrhée ait toujours été la cholérine, mais elle reconnaissait également que dans certaines circonstances cette diarrhée pouvait ne pas exister. Ces circonstances sont les suivantes : ï^ quand la somme de résistance de la vie est peu considérable, ainsi que cela a lieu chez les enfants, chez les vieillards, chez les sujets de constitution faible, ceux qui sont mal nourris, les convalescents ou ceux qui sont atteints de maladies chroniques; 2*^ quand chez des sujets très-impressionnables le choléra est la suite d'une émotion morale vive, quand les épidémies ont une grande intensité, enfin au début des épidémies.
Dans son rapport sur les épidémies de 1854, 1865 et 1866, Barth considérait également cette diarrhée comme étant dans l'immense majorité des cas le seul sif^ne véritablement précurseur d'une explosion plus complète de la maladie. Elle est restée dans le plus grand nombre des cas le fait unique, la seule manifestation morbide de l'influence épidémique. Sur 112 rapports sur l'épidémie de 1854, dépouillés par la commission, il en a été trouvé 97 dans lesquels la diarrhée initiale était signalée comme constante ou comme le fait le plus général, 15 seulement où l'on a admis des exceptions, qui ne se sont d'ailleurs rencontrées nulle part en assez grand nombre pour infirmer la proposition, que dans la très-grande majorité des cas le choléra est précédé d'une diarrhée qui doit donner l'éveil et dont le traitement immédiat pourrait prévenir le développement des phénomènes les plus graves et réduire ainsi de beaucoup le chiffre de la mortalité.
Des conclusions identiques à celles qui avaient trait à l'épidémie de 1854,
PREMONITOIRE. 391
en ce qui concerne les symptômes précurseurs ou prodromiques des épidémies cholériques, comme des cas particuliers, terminaient la partie du rapport qui concernait l'épidémie de 1865.
Parmi les pays étrangers qui ont apporté leur contingent de preuves à l'appui de cet ordre de faits et leur sanction pratique, nous citerons en première ligne l'Angleterre. Les inspecteurs du service de santé de Londres étaient tous d'accord, dès les premières épidémies, sur ce point que la diarrhée prémonitoire est très-fréquente dans le choléra asiatique, et le docteur Sulhei-land avait même avancé déjà que sur 100 cas de choléra où les malades avaient été examinés avec soin aucun n'avait échappé à la diarrhée.
Du concours de tous ces témoignages, des publications faites dans les journaux, dans des brochures, dans des instructions officielles ou privées, il ressortait que l'on commençait à se préoccuper sérieusement de la pensée de tirer de ce fait la conséquence pratique qu'il semblait contenir, savoir que, si l'on combattait les symptômes précurseurs, on parviendrait probablement à prévenir le développement de la maladie. Mais comment en être informé à temps? 11 y avait là une idée utile à mettre en pratique. Ce sont les Anglais qui ont eu l'initiative de l'application, bien que l'idée fût née en France. Nous voulons parler de l'institution des visites médicales préventives. Déjà en 1849 une enquête ordonnée par le gouvernement anglais et exécutée sous la surveillance du Conseil de santé d'Angleterre {Report of the General Board, 1850) avait donné des résultats de la plus haute importance. Dans l'espace de trois semaines, les médecins visiteurs avaient constaté 45 757 cas de diarrhée, sur lesquels 58 seulement résistèrent au traitement et passèrent au choléra. Dans les 15 villes principales de l'Angleterre, où la méthode préventive fut appliquée d'une manière plus ou moins complète, sur 150000 malades traités de la diarrhée prémonitoire 250 seulement eurent le choléra complet, quoique GOOO au moins touchassent à la période caractéristique de la maladie.
Le système des visites médicales préventives, qui avaient donné un pareil résultat en Angleterre dès l'année 1847, n'a été mis en pratique en France qu'en 1855. Grâce à l'intervention de Mêlier, alors inspecteur général des services sanitaires et au concours du Comité consultatif d'hygiène publique et du Conseil de salubrité, un système complet de visites médicales préventives fut institué. Un règlement pour l'organisation des secours médicaux en cas d'invasion du choléra, divisant la France en circonscriptions médicales, confiées aux conseils d'hygiène d'arrondissements, stipulait, entre autres dispositions, l'organisation des visites préventives dans les villes et dans les établissements publics, la manière dont il devrait y être procédé et l'organisation des secours médicaux dans les communes rurales. Enfin des instructions particulières furent distribuées aux médecins et aux élèves en médecine chargés de ces visites.
La première application de ces visites fut faite à Paris vers la fin de l'épidémie de 1855-1854. Voici quel en a été le résultat général, consigné dans le rapport d'ensemble du Conseil d'hygiène.
Sur 6905 bulletins de visite on a trouvé que la diarrhée prémonitoire a précédé le choléra de six heures au moins 4985 fois, et que 619 fois il n'y avait pas eu de diarrhée. D'autres symptômes prodromiques que la diarrhée ont été constatés dans la plupart des cas. Enfin le rapport établit que les malades signalés comme ayant été frappés du choléra d'emblée, sans prodrome, étaient déjà atteints de maladies graves ou convalescents de maladies antérieures. Des
conseils et des soins furent donnés aux malades et à leur famille. Les re'sultats numériques n'ont pas été publiés.
Chargé à celle époque d'une circonscription, je pus entre autres constatations faire cette remarque que tous les cas de diarrhée relevés étaient loin d'avoir tous la même valeur au point de vue de l'histoire des prodromes de la maladie. Quelques-uns pouvaient être considérés comme constituant le choléra lui-même. Aussi n'ai-je compris dans les diarrhées prodromiques que celles qui avaient plus de vingt-quatre heures ou vingt-quatre heures au moins de durée. D'autres, comme les diarrhées (jui duraient depuis plus de dix, quinze, vingt ou trente jours, ou depuis plusieurs mois, ne devaient pas être considérées comme constituant des prodromes à proprement parler. Tout au plus pouvaientils être considérés comme constituant une prédisposition. Malgré ces distinctions et les éliminations qui en sont résultées dans mon relevé, ma moyenne ne différa pas sensiblement de la moyenne générale et j'en pus tirer la même conclusion, c'est-à-dire la constatation décelait général qu'une diarrhée, quelle qu'en soit la nature, et que j'appellerai de préférence prémonitoire, pour ne rien préjuger à cet égard, précède dans le plus grand nombre des cas l'invasion des symptômes cholériques, fait dune importance capitale au point de vue de la prophylaxie individuelle du choléra, la seule dont nous ayons à nous occuper ici {voy., pour les mesures prophylactiques générales ou publiques, les mots PRor-nYLAxiE, Quarantaines).
Ce que la théorie indiquait, l'expérience l'a confirmé sur un grand nombre de points. A celte époque, le docteur Morlot (de Dijon) exposait dans une brochure les moyens prophylactiques qu'il avait employés contre la diarrhée prémonitoire pendant l'épidémie de choléra qui régna en 1854 à Dijon et dans les villages de l'arrondissement. Partant de cette idée que dans le choléra on a affaire à un poison qui s'insinue dans l'organisme, que, ainsi que l'ont démontré les expériences de Cl. Bernard, les toxiques ne s'assimilent pas, mais s'éliminent par les sécrétions, considérant d'autre part que les symptômes de la première période dite prodromique du choléra sont ceux d'un embarras gastrique et intestinal, que le laudanum administré à cette période peut calmer les accidents, assoupir le mal pour un instant, mais qu'il ne fait que retarder Texplosion qui se fera un peu plus tard avec plus d'énergie, M. Morlot a pensé que l'indication la plus urgente, comme la plus sûre, pour prévenir cette explosion, était de favoriser l'expulsion du poison par les évacuations, par les vomitifs et les purgatifs. Il a institué, en conséquence, le traitement suivant dans tous les cas oîi il a pu assister au début de la maladie. 11 a prescrit d'abord 1 gramme de poudre d'ipécacuanha et 5 centigrammes de tartre stibié. Après les évacuations plus ou moins abondantes, provoquées par ce remède, il a vu constamment survenir une vive réaction avec élévation du pouls et sueurs abondantes. Il a soutenu cette réaction avec des boissons aromatiques chaudes et en faisant tenir les malades au lit et en les enveloppant de couvertures. L'abondance et la durée des sueurs lui ont paru très-utiles en contribuant avec les évacuations à l'élimination du poison. Lorsque par suite de la médication il survenait des coliques ou si les évacuations devenaient séreuses et par conséquent spoliatrices, il avait alors recours à une potion laudanisée. Tout malade traité ainsi dès le début ne passait pas aux périodes suivantes de la maladie et en était quitte pour un embarras gastro-intestinal pouvant durer quelques semaines. C'est ainsi que M. Morton s'est traité lui-même, a traité sa famille et ses
clients. Dans un village voisin de Dijon, Clienône, où il avait organisé un système d'inspection faite chaque matin dans toutes les maisons, pour prendre note des personnes malades ou sim[)lement indisposées, pour les lui signaler, il se rendait aux maisons indiquées et faisait immédiatement appliquer le traitement. De cette façon, sur une population de 750 habitants, dont 129 avaient été atteints plus ou moins, il en a perdu un seul qui a succombe le trentedeuxième jour aux suites d'une réaction à forme typhoïde. Dans deux villages voisins de même importance, où rien de semblable n'avait été organisé, il y a eu dans l'un 40 décès, dans l'autre 105. Dans son service à l'hôpital de Dijon, il a eu à traiter 250 cholériques; sur ce nombre, 452 étaient arrivés à l'iiôpital dans la période aigide et ont fourni 75 décès, les 98 autres entrés dès le début de leur affection n'ont donné aucun décès.
Voici comment, à cette même époque, en partant de ce double principe de la nature toxique du choléra et du caractère éliminatoire de la diarrhée prodromique, Jules Guérin formula les deux ordres d'indications qui devaient servir de base au traitement rationnel de la cholérine. A défaut de toute connaissance sur l'élément toxique et le moyen de le neutraliser par une médication spécifique, en favoriser l'élimination, d'une part, protéger d'autre part l'intestin contre les atteintes de ce travail éliminatoire et altérations consécutives qu'il peut produire. Trois ordres de moyens devaient en conséquence être recherchés pour répondre à ces trois indications : protéger le travail éliminatoire dans son action spontanée, aider ce travail et, au besoin, le provoquer; prévenir et combattre les accidents dont il pouvait se compliquer. Le premier moyen était la suspension de toute alimentation; le second, l'ingestion de boissons aqueuses chaudes légèrement excitantes, telles que thé léger, ou toutes autres infusions aromatiques, avec addition ou non d'une petite quantité de rhum ou d'eau-devie; le troisième, l'usage de lavements adoucissants amylacés et le repos au lit. Cette diététique lui a paru suffire, dans un grand nombre de cas, au rétablissement des malades qui y ont eu recours.
Si le travail d'élimination ne se terminait pas promptement et complètement, on devait l'aider plus directement en provoquant l'excrétion intestinale à l'aide d'une purgation saline. L'usage de l'eau de Sedlitz à doses modérées (2 à 5 verres) devait avoir pour effet, lorsque la diète n'avait pas suffi à remplir ce but, de mettre fin à la diarrhée, à la condilion de ne jamais l'administrer avant un jour au moins de diète, l'estomac et l'intestin devant être vides d'aliments et exempts de tout travail de digestion, pour que la purgation saline pût favoriser et compléter le travail de l'élimination.
Voilà pour les cas où les prodromes intestinaux dominaient. Lorsque c'étaient les prodromes gastriques, les nausées, la plénitude de l'estomac et l'inappétence qui dominaient, on devait donner la préférence aux vomitifs, à l'ipéca, afin de provoquer l'élimination par l'estomac.
Enfin, pour prévenir ou combattre les accidents dont le travail d'élimination pouvait être compliqué ou qui pouvaient en être la conséquence, tels que les coliques, les sécrétions dysentériques, devaient intervenir les préparations opiacées, le laudanum par l'estomac ou en lavements dans le but d'éteindre les réactions trop vives, d'amoitir la douleur et de dépouiller la sécrétion intestinale de ses caractères dysentériques.
Jules Guérin affirmait après l'expérience de trois épidémies cholériques que cette médication lui avait donné, ainsi qu'à un grand nombre de praticiens qui
M4 ■ PRESBYTIE.
s'étaient inspirés de ses conseils, un succès presque constant. A celte même époque Jules Guyot, dans une communication insérée dans VUnio7i médicale, affirmait n'avoir eu comme Jules Guérin que des succès en traitant de bonne heure et comme elle doit l'être la diarrhée prémonitoire du choléra. D'autres praticiens, le docteur Bouhier (de Granley-le-Château), le docteur Morineau (de Lasséche), le docteur de Pietra-Santa, à la prison des Madelonneltes, ont annoncé des succès semblables.
Bien que d'une part quelques médecins des hôpitaux de Paris aient constaté l'impuissance de toute thérapeutique préventive chez quelques-uns des sujets, en très-grand nombre, qui étaient pris d'emblée de la cholérine dans leurs services, nous n'en considérons pas moins comme une indication absolument impérative de traiter immédiatement ou le plus près possible de son début toute diarrhée prémonitoire. Brochin.
PRÉPARATE (Veine). Voy. Maxillaire {Veine).
PRÉPUCE. Voy. Pénis.
PRJËROTULIEIVIVE (BOURSE). VotJ. GenoU.
PRESBYTIE. PRESBIOPIE. De TTpé(76uî , vieillard, et wi|/, vue ; allem., Fernsichligkeil ; anglais, Longsightedness. Le terme de presbytie, appliqué jadis à tous les états défectueux de la vision caractérisés par la difficulté de percevoir nettement, sans fatigue, les objets rapprochés, n'a pris une signification précise que depuis les travaux de Donders. En séparant l'hypermétropie, anomalie de la réfraction statique, des troubles de la réfraction dynamique ou de l'accommodation, l'éminent physiologiste a réservé le mot de presbyopie pour exprimer l'impossibilité de la vision rapprochée, conséquence de l'affaiblissement progressif, physiologique, du pouvoir accommodateur de l'œil humain.!
L'amplitude de l'accommodation (voy. Accommodation, 1''^ série, 1. 1) diminue avec l'âge, bien plus, semble-t-il, par suite de l'affaiblissement de l'élasticité du cristallin que par la fatigue, l'amoindrissement d'action du muscle ciliaire. De 14 dioptries qu'elle possède à dix ans, la puissance accommodative tombe à 0 vers soixante-treize ans, c'est-à-dire n'existe plus à cet âge. 11 en résulte que le punctum proximum se rapproche peu à peu du punctum remotum et l'atteint un peu après la soixante-dixième année. La vision rapprochée, facile dans la jeunesse et jusqu'à quarante ans environ, tend à ce moment à devenir plus pénible. Par suite de la diminution de l'amplitude d'accommodation, la lecture prolongée, l'écriture, les travaux fins qui exigent le rapprochement des objets, commencent à être une cause de fatigue. On voit les personnes éloigner le livre, rejeter la tète en arrière, placer la feuille derrière la lampe, la bougie, de façon à l'éclairer vivement ; le besoin des verres se fait sentir.
Nous savons en effet qu'à quarante ans l'amplitude accommodative est réduite à 4,50 dioptries, et qu'à quarante-cinq ans elle n'est plus que de 3,50 dioptries, ce qui se traduit chez l'emmétrope par le reculeraent du punctum proximum à 22, puis à 28 centimètres. Une personne de cet âge est donc obligée pour voir à cette distance de mettre en jeu tout son pouvoir accommodateur, effort qui ne saurait se continuer sans amener un épuisement rapide de la puissance contractile des fibres musculaires et des troubles fonctionnels.
PRESBYTIE. 395
C'est à cet état de la vision que s'applique exactement le nom de presbytie, et, s'il y a quelques divergences dans la fixation de la distance limite du proximum, ces divergences ne sont pas considérables. La moyenne est de 25 centimètres environ, soit 4 dioptries d'amplitude d'accommodation.
Certains ophthalmologistes regrettent, avec Landolt, que le terme de presbyopie ait été conservé dans le langage ophthalmologique, parce qu'il n'a pas de signification précise. Ils font remarquer que, suivant les professions, la distance ordinaire de la vision rapprochée est excessivement variable. Sous ce rapport aucune comparaison possible entre le musicien, dont le pupitre est à 50 centimètres de l'œil, et l'horloger, le graveur, par exemple, qui pour avoir des images de grandeur suffisante sont obligés de rapprocher fortement les objets très-fins qu'ils manient. Ces derniers éprouveront des difficultés de travail à un âge où les premiers ne seront aucunement gênés, puisqu'il n'ont besoin que de 2 dioptries d'accommodation et non de 6 à 7. La presbytie n'est donc pas un état optique nettement défini.
Une auti'e objection est tirée de l'influence considérable que joue dans le développement des troubles de la vision rapprochée l'état de la réfraction statique. Il est évident que pour ramener son punctum proximum à 25 centimètres un hypermétrope doit ajouter à 4 dioptries la quantité de réfraction dynamique nécessaire pour contre-balancer son déficit de puissance réfringente. Si nous supposons une hypermétropie de 3 dioptries, la quantité d'accommodation nécessaire pour la vision nette à 25 centimètres sera 5 -h 4 ou 7 dioptries, quantité qu'on ne possède que jusqu'à trente ans. Donc cet hypermétrope sera presbyte vers la trentième année et non entre quarante et quarante-cinq ans. Plus sera considérable le déficit de la réfraction statique, plus sera grand l'effort exigé de l'appareil d'accommodation, plus précoce sera la presbyopie, qui prend ici le nom d'asthénopie accommodative [voy. ce mot).
Chez le myope les conditions sont absolument opposées. Toute myopie supérieure à 4 dioptries élimine la possibilité de production de la presbytie, le punctum remotum fixe étant à 25 centimètres. Dans les myopies plus faibles, il n'en est plus de même, la presbytie se produit, mais à un âge plus avancé que chez l'emmétrope. C'est ainsi qu'un myope de 2 dioptries, n'ayant besoin que de 2 dioptries d'accommodation pour voir nettement à 25 centimètres, ne deviendra pas presbyte avant cinquante à cinquante-cinq ans.
On comprend que devant de telles variations dans les conditions optiques de la presbytie on ait demandé la suppression de ce terme médical. Mais, comme l'a dit avec raison Donders, il était tellement entré dans le langage général, qu'il eiàt été bien difficile de l'en faire disparaître. De plus, l'expression répond à un ensemble symptomatique connu de tous, en raison de sa fréquence et de sa production habituelle vers une certaine période de la vie. Le seul tort de l'éminent physiologiste, tort commun du reste à beaucoup d'autres, fut d'établir des règles fixes pour la détermination des verres de lunettes, en un état fonctionnel excessivement variable. Nous nous abstiendrons donc de donner ici le tableau établi par Donders, tout aussi bien que les chiffres de Wecker, de Meyer, et les formules de Burchardt et de Monoyer.
Déficit de la réfraction dynamique, la presbytie doit être corrigée par le port de verres positifs, de verres sphériques convexes. Ces verres doivent être choisis de telle façon qu'ils rendent à l'individu la faculté de se livrera son travail, de façon qu'ils ramènent son punctum proximum, non à 25 centimètres, à 22 ou