‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.79Chapitre 27 sur 74 · L. Hn · texte numérisé non relu

L. Hn

PRIXOS. {Prinos L.). Genre de plantes de la famille des Ilicinées ou Aquifoliacées, dont les représentants sont des arbustes à feuilles alternes, pétiolées, et à fleurs le plus ordinairement polygames, ayant un calice urcéolé et une corolle à quatre ou six divisions. L'ovaire, à six ou huit loges, devient à la maturité une drupe renfermant six ou huit noyaux monospermes.

Les Prinos habitent pour la plupart l'Amérique du Nord. L'espèce la plus importante, Prinos verticillata L., est un arbuste commun, aux États-Unis, dans les lieux marécageux. Son écorce, astringente et amère, a été préconisée en décoction comme succédané du quinquina, dans le traitement des fièvres intermittentes. Ed. Lef.

PRISME. Voy. DioPTRiQUE, p. 501.

PRISOMS. Voy. Pénitentiaire (Système).

PROROSCIDIEXS. L'ordre des Proboscidiens renferme les plus grands de tous les iMammifères terrestres de l'époque actuelle et il se trouvait déjà, aux époques antérieures à la nôtre, représenté sur notre sol par des animaux de taille collossale. C'est à ce groupe en effet qu'appartiennent les Éléphants {voy. ce mot), les Mastodontes et les Dinolherium [voy. Fadne française). Les Proboscidiens tirent leur nom de leur caractère le plus saillant consistant dans la présence d'une trompe qui sert à la fois à la préhension et au toucher, mais ils se distinguent encore des autres Mammifères ongulés parce qu'ils ont leur quatre membres terminés chacun par cinq doigts, caché en grande partie sous la peau. Us se font remarquer, en outre, par l'épaisseur de leurs téguments, par l"allon<^ement de leurs incisives en formes de défenses et par l'existence de cir-

convoi utions â la surface de leurs hémisphères cérébraux. Ce dernier caractère est en rapport avec le développement de l'intelligence chez les Proboscidiens. Les Proboscidiens qui ont laissé leurs débris dans les dépôts quaternaires et dans les terrains miocènes et pliocènes de l'Europe, de l'Asie, de l'Afrique et de l'Amérique, étaient privés de canines comme les Proboscidiens actuels, mais quelques-uns d'entre eux avaient des molaires à collines distinctes, sans cément interposé, et portaient des incisives aux deux mâchoires. E. Oustalet.

Bibliographie. — Linné. Sijstema Naturce, 10° édif., 1758. E. 0.

PROcnASKii (Georg). Médecin autrichien, né à Lispitz le 10 avril 1749, fit ses études à Vienne, devint aide de clinique de Haen en 1775, professeur extraordinaire d'anatomie en 1778, et la même année passa à Prague comme professeur d'anatomie et d'ophtlialmiatrique, et joignit en 1785 l'enseignement de l'anatomie transcendante et la physiologie. 11 forma un beau cabinet d'anatomie pathologique à Prague, et en 1791 revint occuper une chaire à Vienne. Tous les efforts de Prochaska tendirent à faire de la physiologie une branche de la physique expérimentale, llyrtl dit de lui qu'il est le seul anatomiste de Vienne qui ait laissé des traces profondes dans la science. 11 mourut le 17 juillet 1820, laissant entre autres :

I. Lchrsâtze aus der Physiologie der Memchen. Wien, 1797, 5 vol. in-8°; 5° édit., ibid., 1810, in-8°. — II. Operum miiioruni aiialomici, physiologici et pathologici argumenti, part. I et II. Vindob., 1800, iii-8''. — 111. Inslilulionum physiologiae humanae. . ., vol. I, II. Yindob., 1805-1800, 2 vol. in-8°, et plus. édit. . L. Un.

PROCTITE. Voij. Anus.

l'RODROME. De -Kph, avant, et Spày-oi, course, signe précurseur ou avantcoureur de la maladie, propathie. On désigne ainsi cet état d'indisposition, de malaise, de trouble, par lequel s'annonce le plus souvent une maladie imminente, état neutre, comme l'appelait FerncI, intermédiaire à la santé et à la maladie, qui n'est déjà plus l'une, mais qui n'est pas encore l'autre. Cet état particulier correspond et est lié à la période d'incubation des maladies et constitue la première phase de leur évolution ou leur phase prodromique. Les maladies n'ont pas toutes des prodromes. Ils sont le propre des maladies effectives proprement dites, des fièvres graves en général, des pyrexies infectieuses, des lièvres éruptives. La maladie étant considérée le plus souvent, dans ces cas-là, comme un acte réactif contre l'impression morbifique, il est rare que cette réaction se manifeste immédiatement. Il s'écoule presque toujours entre l'impression et ses premiers effets un intervalle de temps d'une durée variable, pendant lequel s'opère l'incubation ou germination de la maladie. Cette incubation peut être quelquefois silencieuse, imperçue par le sujet lui-même, qui n'éprouve aucun malaise, aucun état de souffrance, et dont l'état de santé ne paraît en rien altéré. Le mal éclate alors tout à coup, inopinément, brusquement, sans que ni le malade ni le médecin en aient pu être avertis. Dans d'autres cas, plus communs, au contraire, l'incubation se traduit par certains malaises et certains symptômes, qui annoncent et font prévoir l'explosion prochaine d'un état morbide, caractérisé, dont ils peuvent même quelquefois révéler ou tout au moins faire présumer la nature. C'est là ce que Brown appelait Vopporttmité

morbide, ce que Double désignait par le mot à' imminence morbide. Ce sont, en un mot, les signes précurseurs ou prodromes.

Manifestations particulières d'un état général, ou bien effets de sympathies ou d'actions réflexes, les prodromes sont très-variés par leur nombre, par leurs caractères, comme par leurs combinaisons et par leur durée. Tous ont pour effet de modifier l'état habituel du corps, non-seulement en l'aggravant, mais encore en l'améliorant en apparence, suivant la première remarque qui en a été faite par Celse, comme nous le verrons plus loin. Ce sont le plus souvent une sensation vague de malaise, des lassitudes spontanées, signalées dans l'aphorisme de la section II, n" 5, d'Hippocrate, une légère alte'ration des traits, l'hésitation dans l'attitude et la démarche; de la torpeur intellectuelle, du découragement avec des pressentiments sinistres, de l'insomnie ou un sommeil agité, traversé de rêves pénibles, ou bien de l'assoupissement; du dégoût pour les aliments, de la soif et des digestions laborieuses ; essoufflement, respiration suspirieuse, bâillements fréquents, sensibilité extrême au froid, frissonnements et une foule d'autres irrégnlarités, qu'on peut résumer en disant qu'il n'est aucun organe ni aucune fonction qui n'accuse quelque ébranlement. Tel est le tableau d'ensemble des principaux phénomènes prodromiques qu'a esquissé le professeur Requin dans sa Ihèse de concours de 1840 sur les prodromes dans les maladies, qui a été et est resté le travail le plus complet que nous ayons eu jusqu'ici sur ce sujet. Mais, ainsi que Requin en fait lui-même la remarque, il s'en faut que tous ces symptômes se trouvent toujours réunis chez le même individu. En règle générale, les phénomènes prodromiques présentent des combinaisons variées, et ces diverses combinaisons ne sont pas toujours en rapport avec telle ou telle maladie. Une combinaison semblable peut même préluder à des maladies différentes, et réciproquement des combinaisons dissemblables peuvent préluder à des maladies de même espèce. Parfois un seul symptôme peut, à la rigueur, constituer tout le prodrome. C'est là, en somme, le groupe des prodromes qui rappelle assez bien ceux que l'on constate le plus habituellement dans les maladies fébriles, ce qui l'a fait considérer par Requin comme un prodrome indéterminé, commun ou banal. Le prodrome des maladies fébriles a une durée variable, mais toujours assez courte, de quelques jours, de quelques heures seulement même quelquefois.

Il n'en est pas de même, comme on le verra plus loin, des prodromes des maladies épidémiques, qui sont, pour la grande majorité des cas, plus uniformes et en même temps plus spéciaux, c'est-à-dire composés de phénomènes qui offrent avec la maladie future une plus grande similitude symptomatique.

Voici quelques-unes des particularités que nous trouvons à signaler pour les divers groupes des maladies fébriles communes :

Les fièvres intermittentes se montrent tantôt d'emblée sans aucune manifestation prodromique; tantôt, au contraire, elles sont précédées de symptômes précurseurs. Ce sont, en général, un sentiment d'affaissement avec brisement des membres, céphalalgie, symptôme de catarrhe gastrique aigu, perte de l'appétit, langue saburrale, sensation de pression épigastrique, nausées, vomissements, léger mouvement fébrile, irrégularité du pouls, vertiges, urines troubles. Dans quelques cas il s'y joint des douleurs s'irradiant dans les membres. Un ictère léger apparaît quelquefois, ou bien les traits du visage prennent une teinte pâle et terne; des souffles anémiques se font entendre dans les vaisseaux du cou. Il se passe ainsi cinq à six jours, quelquefois même dix à

lODROME.

douze jours dans cet état, avant que le premier accès caractéristique de la fièvre intermittente se manifeste.

Pour les fièvres éruptives ou exanthémateuses, rien n'est difficile, exception faite pour la variole, comme de connaître et de fixer la durée de la période d'incubation, vu la presque impossibilité de pouvoir en saisir exactement le début. Pour la variole, en effet, la longue expérience de la pratique des inoculations a permis d'avoir un point de départ exact, celui de l'inoculation ellemême. On a vu à la suite des inoculations qu'à moins de circonstances extraordinaires et exceptionnelles la durée de l'incubation était de 8 à 10 ou 11 jours, 9 en moyenne. On a pu se baser sur ces chiffres pour évaluer approximativement la durée de l'incubation dans les cas de contagion ordinaire, en tenant compte toutefois de cette observation qu'en général cette période est un peu plus longue dans ces derniers cas. Quelques observateurs ont constaté que cette période pouvait se prolonger dans quelques circonstances jusqu'à 12, 15, 20 ou même 22 jours. Le plus souvent cette période d'incubation passe à peu près inaperçue et les sujets en imminence de variole ne sont avertis de l'invasion de la maladie que par le frisson initial. On a signalé, dans certains cas, quol(|ues symptômes prodromiques qui se réduisent à de l'anorexie, des vertiges, de la fatigue. Ces phénomènes prodromiques peu importants se manifesteraient tout au plus dans le dixième des cas.

La durée de l'incubation est beaucoup plus diflicile à évaluer pour la scarlatine et la rougeole, d'autant qu'elle est presque toujours silencieuse et que l'invasion de la maladie est brusque.

La fièvre typhoïde, comme toutes les autres fièvres, a sa période d'incubation, pendant laquelle l'action morbide prépare en quelque sorte son développement et ses envahissements ultérieurs. Mais ce travail d'incubation s'accomplit dans quelques cas d'une manière latente et passe comme inaperçue par l'entourage du malade et par le malade lui-même, et la maladie éclate d'une manière soudaine, souvent sans aucune cause appréciable ou simplement à la suite d'un écart de régime, d'une grande fatigue musculaire ou d'une émotion morale.

D'autres fois, au contraire, et c'est dans le plus grand nombre des cas, l'invasion de la fièvre typhoïde est précédée d'une période prodromiquc plus ou ■moins longue, qui peut durer de 2, 3, 4, 5 à 7 jours et quelquefois même plusieurs semaines, pendant lesquels se produisent des troubles fonctionnels d'un caractère plus particulièrement nerveux, tels que ceux qui font partie de l'ensemble du prodrome banal des fièvres, notamment les signes de la prostration musculaire et morale, affaiblissement général, incapacité intellectuelle, insomnie, inquiétudes vagues, tristesse et atonie des fonctions digestives.

Les maladies infectieuses épidémiques (et la fièvre typhoïde est de ce nombre, quand elle règne épidémiquement) ont des prodromes courts en général et qui présentent quelque chose de plus spécial, offrant une plus grande analogie avec la maladie qu'ils précèdent.

La fièvre jaune débute souvent brusquement. Quand elle a des prodromes, ils sont de courte durée et consistent en une grande dépression des forces, avec perte de l'appétit, pesanteurs de tête, vertiges, catarrhe nasal.

Ce sont les symptômes analogues (lassitude, malaise, troubles d'appétit et de sommeil, céphalée, douleui's dans les membres, coryza) qui précèdent parfois de quelques jours le début de la fièvre pétéchiale des armées.

Les prodromes sont rares dans la fièvre récurrente, qui dans la majorité des cas a une invasion brusque.

Enfin le choléra est le plus habituellement précédé d'une période prodromique, consistant principalement dans une diarrhée caractéristique, à laquelle on a donné le nom de cholérine. Vu son importance spéciale, nous renvoyons pour ce q\ji la concerne au mot prémonitoire.

Nous avons dit au commencement de cet article que dans quelques circonstances, rares il est vrai, le prodrome de certains états morbides, au lieu de se traduire par les symptômes morbides, semblait constituer, au contraire, une sorte de sentiment d'accroissement de forces et de bien-être passager. C'est une sorte de bien être anormal, qui n'est pas en rapport naturel avec ce qiii se passe actuellement dans l'économie. Ce prodrome hypersthénique, comme l'appelle Requin, se montre parfois au commencement de certaines maladies aiguës. Tel est, par exemple, l'état pléthorique qui précède et prépare les hémori'hagies, les fièvres inflammatoires. C'est une excitation générale qui amène passagèrement un sentiment de vigueur, de force insolite dans le fonctionnement, que Jaumes compare avec l'exaltation agréable d'nbord des facultés intellectuelles que produit un commencement d'ivresse et qui sera bientôt suivie des phénomènes morbides de l'ivresse complète. On a cité comme des exemples de ce genre de prodrome le cas des goutteux, chez qui l'attaque de goutte est annoncée par un grand a|ipétit, par des désirs vénériens plus vils, par un sommeil meilleur qu'à l'ordinaire, ou bien encore le sentiment de soulagement et de bien-être qu'éprouvent les sujets atteints d'une phlegmasie très-douloureuse au moment où celle-ci se termine par gangrène. Jaumes raconte le fait suivant qu'il tenait du docteur Lassalvy, agrégé de la Faculté de Montpellier : « Un jour il rencontre dans la rue un individu qui vient à lui avec une exaltation extraordinaire, se félicitant d'un accroissement subit de la santé. Lassalvy, fâcheusement impressionné, conseilla sérieusement le lit et l'intervention immédiate d'un médecin. La personne ne tint pas compte de l'avis : une heure après elle était frappée d'apoplexie ».

iNous avons encore à envisager le prodrome dans des affections autres que les pyrexies, en particulier dans les affections du système nerveux et les grandes névroses.

L'attaque d'apoplexie (l'ictus apoplectique) frappe parfois brusquement, inopinémenl, l'individu en plein état de santé apparente. Plus souvent cependant elle est précédée, comme toutes les affections cérébrales graves, de quelques symptômes précurseurs, variables suivant la nature et l'origine de la lésion qui a préparé ou déterminé l'accident. On vient de voir un exemple d'un prodrome hypersthénique. C'est dans les phénomènes de la vie de relation surtout que se manifestent les signes indicateurs ou avant-coureurs de l'apoplexie. C'est une difficulté de se livrer aux travaux intellectuels, une incapacité d'attention, une irascibilité insolite, une morosité de caractère qui exagère toutes les impressions, engendre des appréhensions, des inquiétudes, des terreurs sans motifs. La mémoire, dont l'altération est si prononcée dans toute lésion profonde du cerveau, est fréquemment compromise dans la période prodromique des affections cérébrales. 11 est commun de voir des individus, dans ce cas, dans l'impuissance de trouver le mot propre à l'idée qu'ils veulent exprimer, obligés de recourir à des circonlocutions pour se faire comprendre.

Après les lésions de la mémoire et de l'attention, l'altération la plus saillante

est celle de la volonté. Cet affaiblissement de la volonté se lie surtout aux lésions cérébrales qui conduisent à l'aliénation mentale ou à la paralysie générale. Il existe pour cette dernière affection, notamment, une période d'un grand intérêt, surtout au point de vue médico-légal, période qui remonte souvent à plusieurs années et qui est caractérisée par les perversions des facultés morales et affectives.

Le fait le plus général comme prodrome de toute affection grave du cerveau est, suivant Devay (de Lyon), auteur d'une excellente étude sur quelques signes avant-coureurs ou prodromes des affections graves du cerveau (in Gazette médicale de Paris, 1851), unélaidelaasitîide cérébrale, offrant beaucoup d'analogie avec celte torpeur inlellecluelle qui succède aux fièvres graves ou pestilentielles.

D'autres signes se tirent de certaines perturbations des fonctions sensorielles, telles que l'affaiblissement ou éblouissement de la vue, la photophobie, l'amblyopie, l'exaltation de l'ouïe et diverses hallucinations sensorielles.

Des altérations de la sensibilité générale et des organes de la locomotion entrent encore dans la série des signes prodromiques des affections du cerveau. La sensibilité générale peut être abolie, simplement diminuée ou exagérée. L'exagération peut se produire sous la forme d'une hyperesthésie générale de toute la surface de la peau, ou elle peut se produire sous la forme de douleur. Des douleurs très-vives, prises pour des névralgies, ont été parfois le prélude d'une grave altération cérébrale. Il n'est pas rare non plus de voir des crampes douloureuses précéder une attaque d'apoplexie. On a signalé aussi, parmi les prodromes de l'attaque d'apoplexie, une perversion singulière de la sensibilité cutanée. En général, le début des affections cérébrales graves se signale par des phénomènes d'un caractère ataxique, tels que incertitude ou impossibilité soit partielle, soit générale, du mouvement, embarras de la parole; tantôt pâleur extrême de la face, d'autres fois au contraire rougeur turgescente, congestion des vaisseaux capillaires ; décomposition et affaissement des traits ; pesanteur de tête ou céphalalgie intense; obnubilation intellectuelle, nausées, vomissements, etc. L'aspect seul de ces symptômes est un avertissement utile de l'imminence de l'attaque.

Ce que nous venons de dire de l'attaque d'apoplexie peut s'appliquer aussi à l'accès épileptique comme à l'accès hystérique, qui, souvent brusques, instantanés, sont quelquefois précédés de signes précurseurs. Ces signes peuvent être distingués en éloignés, pouvant précéder d'un ou deux jours les convulsions, et en prochains, ne les précédant que de quelques minutes à quelques heures.

Parmi les signes précurseurs éloignés de l'épilepsie on a signalé les sensations incommodes ou douloureuses qu'éprouvent les malades dans diverses parties du corps, formicatioiis, engourdissement, sensation intérieure de froid ou de chaleur, une lassitude généx"ale, des étouffements, des palpitations, un resserrement de la gorge et de la poitrine, des douleurs d'estomac, lourdeur de tête avec battements artériels, congestion de la face, épistaxis, divers troubles des sens, hallucinations, etc. Les signes précurseurs prochains sont constitués par les diverses sensations d'aura.

Les prodromes éloignés de l'attaque d'hystérie consistent en troubles psychiques ou hallucinatoires : changement momentané d'humeur et de caractère, agitation, besoin d'activité fébrile ; hallucinations sensorielles se montrant surtout du côté où siège d'habitude l'anesthésie ; troubles viscéraux pouvant atteindre les organes respiratoires ou circulatoires ou le système digestif ou sécrétoire, troubles

de la motilité et de la sensibilité : faiblesse du côté anesthésié, crampes douloureuses, secousses, tremblements, contractures partielles, etc.

Les signes précurseurs prochains comprennent les différents phénomènes douloureux de l'aura hyste'rique ovarienne ou autres.

La rage a un prodrome tout à fait spécial qui se manifeste vers la fin de l'incubation dont la durée, comme on le sait, est indéterminée, quelques jours (de deux à huit jours) avant l'invasion de la maladie. 11 consiste principalement dans cette mélancolie caractéristique qui lui a fait donner le nom de stade mélancolique (stadhim melancfwliciim) . Autour de ce symptôme prédominant se groupent la recherche de la solitude, le sommeil agité, traversé par des rêves effrayants, une céphalalgie intense, l'accablement, l'impuissance absolue de tout travail, l'anxiété et la terreur de l'issue que le malade pressent, enfin les douleurs ayant pour siège ou pour point de départ la cicatrice de la morsure, signe qui n'est pas constant, et une dyspnée extrême qui ordinairement précède de peu l'accès d'hydrophobie proprement dit.

La connaissance et l'étude de la période prodromique des maladies pourrait être d'un grand intérêt dans la pratique. Malheureusement le médecin en est larement averti et n'a par conséquent que de rares occasions d'intervenir. Si rien, d'ailleurs, dans le caractère des prodromes, n'est capable d'éclairer le médecin sur la nature de la maladie qui est sur le point d'éclater, l'expectation serait seule de mise. Mais, si les prodromes peuvent faire présumer à quelle maladie il va avoir affaire, le praticien peut déjà prévoir s'il va se trouver en face d'une de ces affections dont il devra respecter le libre cours ou favoriser le développement régulier, ou bien, au contraire, s'il va avoir à lutter contre une affection grave, dangereuse, dont il aura à prévenir l'explosion, à modérer l'intensité ou à corriger les tendances pernicieuses, et il agira ou préparera ses moyens d'action en conséquence.

C'est surtout en face des maladies épidémiques que la période prodromique doit être particulièrement surveillée. Nous avons dit, à propos de la fièvre typhoïde endémique, comment la méthode expectante, c'est-à-dire une hygiène sagement dirigée et secondée par une active surveillance, pouvait, dans les cas d'intensité moyenne et de marche régulière, être substituée, non-seulement sans danger, mais souvent avec un avantage réel, aux méthodes agissantes [voij. le mot Expectatioin), mais il n'en est plus de même lorsqu'elle revêt un caractère épidémique presque toujours insolite et insidieux.

Nous avons déjà signalé comme ayant un intérêt tout spécial la période prodromique du choléra, à laquelle nous avons consacré un article spécial {voy. le mot Prémonitoire). Nous n'y reviendrons pas ici.

Comment peut-on envisager les prodromes des maladies infectieuses au point de vue et à la lumière de la doctrine microbienne? M. Legroux en ayant fait le sujet d'une de ses conférences sur la pathologie infantile à l'hôpital Trousseau, nous ne saurions mieux faire que d'en exposer ici un résumé.

M. Legroux a pris pour type de la scène qu'il s'est proposé de décrire l'enfant, terrain vierge encore et qui offre à l'assaut infectieux une résistance simple, dépouillée des mille travestissements dont l'âge, les intoxications et les diathèses, revêtiront l'expression morbide.

(( Les microbes, dit-il, sont montés à l'attaque de l'organisme; une brèche plus ou moins grande a été ouverte à l'assaillant. A partir de ce moment commence une période silencieuse, pendant laquelle l'absence de toute réaction.

l'apparence de la santé, ne laissent rien supposer de l'imminence morbide. Le drame pathologique n'est pas commencé encore : il s'organise. C'est la période latente de l'incubation, mais tout est bientôt prêt : voici le prologue du drame, nous sommes arrivés aux prodromes.

« Ces prodromes sont un des traits les plus caractéristiques des maladies infectieuses : ils correspondent à l'imprégnation organique. Peu à peu, en effet, progressivement, par les voies veineuses, par la voie lymphatique, par la voie nerveuse même, les colonies pullulentes des microbes se propagent, se diffusent, s'étendent et finissent par envahir, imprégner tout le territoire organique. Alors seulement éclatent sur ce territoire les premiers signes d'agitation et de révolte » .

Ici ce n'est plus seulement une comparaison, mais une assimilation absolue, que M. Legroux nous propose, entre un bouillon de culture ensemencé, à la période d'opalescence, signe avant-coureur du succès de la culture, et l'organisme inoculé. On voit dans la période d'opalescence du premier la période prodromique du second.

« Comme pour les bouillons ensemencés, la durée de cette période prodromique varie suivant le microbe inoculé et suivant la nature du bouillon. Cette période est toujours la même pour le même agent : ainsi pour la variole, après j2 jours d'incubation, c'est 5 à 4 jours de prodromes, pour la rougeole c'est 5 à 7 jours, pour la scarlatine 12, 24, 56 heures de prodromes; pour la fièvre typhoïde 10 à 15 jours, etc.

« La longueur et la brièveté des prodromes sont proportionnelles à la lenteur ou à la rapidité de l'imprégnation organique.

« Ainsi la brièveté de la période prodromique de la scarlatine, de l'infection puerpérale, s'explique par la béance des voies d'absorption utérines dans l'infection puerpérale, par une infection lymphatique rapide dans la scarlatine.

« Les prodromes de la syphilis sont traînants et prolongés, le microbe s'attardant, au début, dans de lentes étapes sur le cours des lymphatiques et dans de longs arrêts dans les ganglions.

« Le microbe rabique cheminant le long des nerfs, si la morsure siège au pied, des mois pourront se passer avant son arrivée dans les centres encéphaliques. Si la morsure siège à la tête, quelques jours sépareront l'instant de l'inoculation de celui des accidents confirmés. Si l'on ensemence directement les centres nerveux à travers l'orifice du trépan, on réduit au minimum la durée de la période prodromique.

« L'expression clinique des prodromes des maladies infectieuses se résume généralement dans l'impression produite par l'agent pathogène sur le système nerveux, aussi le premier phénomène prodromique est-il généralement solennel. 11 consiste en un ou plusieurs frissons, auxquels succèdent les céphalées, les troubles du sommeil, de l'intelligence, les changements de caractère; l'abattement, la prostration, les courbatures douloureuses, la rachialgie, les troubles de la sensibilité générale ou sensorielle, de la motilité (parésies, crampes, délire, convulsions), de l'innervation vaso-motrice (pâleurs, bouffées congestives, chair de poule, congestions, etc.).

« Le second système touché est le tube digestif : d'où de l'inappétence, de la soif, de l'état saburral, des vomissements, de la diarrhée ou de la constipation.

« La prédominance des prodromes sur tel ou tel appareil dépend de la porte d'entrée de l'infection ». Brochin.

416 PRONATEIJR.

PROEXCÉPHALES (de tt/jô, devant, et iyy-hoù^oi, encéphale). Genre de monstres exencéphaliens chez lesquels l'anomalie crânienne n'est pas compHquée de fissure spinale. L'encéphale fait saillie en grande partie hors de la boîte crânienne, dans la région frontale, ouverte par écarlement des os incomplètement développés. On connaît l'exemple d'un monstre proencéphale qui vécut plusieurs jours. L. Hn.

PROGLOTTis. Voy. T.EMA et Cestoïdes.

PROGXATHISME. Voij. Orthognathis.me.

PROLIFÉRATION. Voy. Blastème, Gé.nération, Lamikeox, etc.

PROMONTOIRE. Voy. Oreille interne,

PROMOTL'S (âelius). Médecin d'Alexandrie, dont on ne sait encore ni la date, ni le lieu de naissance, ni la mort. Galien mentionne bien un médecin de ce nom. Les bibliothèques de Venise, de Leyde, de Rome et de Paris, renferment dans leurs fonds grecs des manuscrits attribués à ce médecin, mais nous ne croyons pas qu'il soit possible d'affirmer qu'ils sont tous de lui. On peut lire des fragments de ces manuscrits dans les Additamenta ad Elench. Medicoriim veieriun de Kiihn. Leipzig, 1626, in-4°, et dans les Varice lectiones de Mercuriali, 1. IH, c. iv. A. D.

PROMPSAT (Fac minérale de). Protothermale, ferrugineuse faible, carbonique moyenne (département du Puy-de-Dôme, arrondissement d'Ambert). Source légèrement salée et surtout ferrugineuse. Des bulles gazeuses la traversent à intervalles irréguliers, mais assez fréquents. Elle rougit légèrement les préparations de tournesol et sa température est de 24 degrés centigrade ; son débit est assez faible et l'intérieur de sa fontaine est tapissé d'une couche notable de rouille; cependant son goût reste sensiblement ferrugineux. Lecoq en a fait l'analyse sommaire et a trouvé qu'elle contient plusieurs sels de chaux, des chlorures et surtout des bicarbonates alcalins et ferrugineux. Cette eau est exclusivement employée en boisson par les personnes du pays, qui viennent s'y traiter d'accidents provenant d'anémies ou de chloroses. Son effet diurétique a conduit encore à l'employer dans les affections des organes urinaires. A. P».

PRONATEUR (Muscle carré). Voy. Carré prosateur.

PROSATEUR (Muscle rond). Le rond pronateur ou épitrochlo-radial (pronator radii teres] est à la fois le plus superficiel et le plus interne des muscles de la région antérieure de l'uvant-briis. 11 est aplati d'avant en arrière et s'étend de l'épitrochlée au radins.

Insertions. Ce muscle prend naissance en haut par deux faisceaux distincts sur l'épitrochlée et sur l'apophyse coronoïde. Le faisceau épitrochléen s'insère sur la face antérieure de l'épitrochlée, sur la partie inférieure du bord interne de l'humérus, ainsi que sur la cloison intermusculaire qui le sépai'e du muscle wrand palmaire. Hyrtl et Schenzer ont rencontré chacun un os sésaraoïde développé dans la partie supérieure de ce faisceau. Le faisceau coronoïdien se

PRONATEUU. 417

détache du bord interne de l'apophyse coronoide immédiatement en dedans du brachial antérieur; ce dernier faisceau n'est pas constant.

Les deux faisceaux d'origine du rond pronoteur se portent l'un et l'autre obliquement en bas et en dehors, se fusionnent après un court trajet et se jettent finalement sur les deux faces d'un tendon aplati et très-résistant, le()uel vient se fixer sur la partie moyenne de la face externe du radius. Une surface rugueuse, très-marquée sur tous les radius, est destiné à le recevoir.

Rapports. La face antérieure du rond pronateur répond à l'aponévrose et à la peau dans la plus grande partie de son étendue; en dehors, cependant, elle est recouverte par le long supinateur et les deux muscles radiaux externes dont elle est séparée par l'artère radiale et la branche antérieure du nerf radial. Sa face profonde répond successivement au brachial auléiieur, au llécliisseur commun superficiel des doigts, au radius. wSon bord interne est en rapport, en haut avec le grand palmaire, en bas avec le llécliisseur commun superficiel. Son bord externe forme avec le long supinateur un vaste triangle, le Iriangle du coude, dans lequel se trouvent contenus le biceps, le brachial antérieur, le court supinateur, le nerf radial et les vaisseaux huraéraux. Quant au nerf médian, il passe entre les deux faisceaux d'origine du rond pronateur, tandis que Tailère humérale est situéo en dehors du muscle : le faisceau coronoïdicn sépare donc ces deux organes au niveau du coude.

Action. Le rond pronateur, comme son nom l'indique, fait tourner le radius de dehors en dedans et détermine ainsi des mouvements de pronation. Il est congénère du carré pronateur, antagoniste du court supinateur, qui fait exécuter au radius un mouvement en sens opposé. Lorsque la [ironation est effectuée, ou bien lorsque le radius est immobilisé en supination par la coutractiou des muscles supiuateurs, le rond pronateur lléchit l'avanl-hras sur le bras. Il est donc à la fois pronateur et fléchisseur de ravaul-bras.

Anomalies. Le muscle rond pronateur peut être renforcé, à son insertion supérieure, par quelques faisceaux surnuméraires provenant soit du brachial antérieur, soit de l'expansion aponévrotique du biceps, Ilyrtl aurait même observé un faisceau d'origine remontant jusqu'à l'insertion du coraco-brachial. Sans posséder de faisceaux de renforcement distincts du reste du muscle, le rond pronateur peut reuionfer sur l'humérus plus haut que d'habitude et prendre des insertions surnuméraires soit sur le bord interne de cet os, soit sur l'aponévrose intermusculaire interne, soit sur une saillie osseuse anormale, située au-dessus et en dehors de l'opitrochlée et connue sous le nom d'apophyse épitrochléenne. Lorsque cette apophyse existe, elle donne naissance par son sommet à une bandelette fibreuse qui se porte en bas et en dedans et vient se confondre avec l'aponévrose intermusculaire interne. Elle ménage ainsi uii orifice ovalaire à travers lequel passe le nerf médian et une artère, qui est suivant les cas : l'humérale, la cubitale, ou même la radiale (un fait de Rùdinger). Quelle qu'elle soit, l'artère passe au-dessous du rond pronateur au lieu de cheminer le long du bord externe de ce muscle, et l'on voit immédiatement tout l'intérêt que présente une pareille disposition au point de vue de la médecine opératoire.

L'insertion inférieure du rond pronateur est peu variable; elle peut, cependant,

remonter un peu au-dessus du point où elle se fait d'ordinaire, comme aussi on

peut la voir se rapprocher de I à 2 centimètres de l'apophyse styloïde. J'ai vu,

dans un cas, cette insertion se faire à la réunion du tiers moyen avec le tiers

DicT. ENc. r s. XXVIf 27

418 PHONATEUR.

inférieur du radius. On sait que, chez la plupart des quadrumanes, le rond pronateur descend un peu plus bas que chez l'homme.

Enfin le rond pronateur peut être double. Cette duplicité peut reconnaître une triple origine, elle peut se produire : 1° par séparation complète des deux faisceaux constitutifs du muscle, c'est-à-dire par la prolongation jusqu'au tendon radial ou même jusqu'au radius de l'interstice qui sépare ces deux faisceaux, au niveau de leur insertion supérieure; 2" par dédoublement de la portion coronoïdienne. Macalister {Transact. of Roy. Irisli Academy, 1871) en a observé un cas eu 1868; Keliey (cité par Macalister) en a observé un autre en 1870; dans ce dernier fait, les deux faisceaux coronoïdiens passaient l'un et l'autre en arrière du nerf médian; 5° par dédoublement de la portion épilrochléenne; dans un cas observé par Brugnone, le muscle surnuméraire s'étendait du boid postérieur du cubitus à la face postérieure du muscle normal. L. Testct.

PR01VA.TEUR (TRAXSVERfSE DE LA JAMBE [Moscle]). Les mouvements de pronation du radius sont déterminés par deux muscles distincts : le rond pronateur et le carré pronateur [voy. ces muscles). Au membre inférieur, le tibia {homologue du radius) a perdu complètement, chez l'homme du moins, ses mouvements de rotation sur le péroné {homologue du cubitus). La suppression de la fonction, suivant une loi bien connue en morphogénie générale, a entraîné la suppression partielle des organes destinés à l'accomplir. Si le représentant du rond pronateur, le muscle poplité, persiste encore, c'est que, grâce à ses insertions sur les deux segments du membre, il peut fléchir la jambe sur la cuisse. Quant au carré pronateur ou pronateur transverse, il a totalement disparu.

Un le voit cependant reparaître de temps à autre, comme font tous les muscles disparus, non pas avec un développement comparable à celui du radiocubital, mais avec des caractères anatomiques suffisamment nets pour qu'il ne soit pas permis de le méconnaître. Ce muscle pronateur transverse de la jambe a été décrit pour la première fois, il y a dix ans, par M. Gruber {Arch. fur Anat. und Phys., 1877, p. 401; ibid., 1878, p. 458 et 481) sous le nom de muscle péronéû-tibial. Il est situé au-dessous du muscle poplité entre le péroné et le tibia, étendu transversalement de l'un à l'autre de ces deux os. Trèsmobile dans sa forme, comme du reste tous les organes rudimentaires, il peut être suivant les sujets quadrilatère, triangulaire, cylindrique, fusiforme. Quant à sa constitution anatomique, il peut être charnu ou présenter un tendon d'insertion plus ou moins étendu.

La fréquence du pronateur transverse de la jambe, chez l'homme, est établie par la statistique suivante de W. Gruber : Sur 860 membres examinés, 128 présentaient l'anomalie. Elle était, du reste, plus souvent bilatérale qu'unilatérale, et, dans ce dernier cas, elle siégeait tout particulièrement du côté droit. En outre, elle a été observée plus fréquemment chez l'homme que chez la femme. D'après les statistiques plus récentes de W. Krause {Anat. des Meuschen, Bd. III) et de Knott (Proc. of Royal Irish Academy, 1881), la disposition précitée se rencontrerait 8 fois sur 100 sujets.

Au-dessous de l'homme, le pronateur transverse existe normalement chez un grand nombre de Vertébrés, notamment chez les Chéloniens (Meckel), chez les Gryptobranches, où il est décrit par Humphry {Obs. in Myology, 1871) sous le

nom de pronator tibke, chez les Oiseaux (Alix), chez certains Didelphiens (Young, Meckel), chez les Carnassiers (Grtiher) et jusque chez les Quadrumanes (Gruber, Alix), L. Testut.

PRO\ATIO;m. Voy. Radio-cubitales {Articulations).

PRO^'OSTIC. Voy. Maladies.

PROPALAl^mE. CMPAzO-. Synonyme : Méthalanine ou acide amidobutyrique. Homologue de l'alanine et du glycocolle, s'obtient par l'acliou de l'ammoniaque aqueuse ou alcoolique sur l'acide monobromobutyrique. Elle est en lamelles radiées, onctueuses, inodores, d'une saveur douce, peu solubles dans l'eau, très-solubles dans l'alcool bouillant, insolubles dans l'éther, légèrement acides aux couleurs végétales. La potasse aqueuse ne la décompose pas, la potasse fondante dégage de l'ammoniaque. Chauffée avec précaution, elle se sublime sans altération. Elle s'unit aux acides et aux bases. L. 1I.\.

PROPAIV'E. C''H^ Synonyme : Hydruve de propyle, hydrure de propylène. Homologue de l'bydrure de mélbyle, troisième terme de la série dos hydrocarbures saturés (série forniénique) ; il se dégage des pétroles de l'Amérique du Nord.

On l'obtient par l'action de l'acide iodhydrique saturé à 0 degré sur l'iodure d'allyle, sur la benzine, le toluène, le cumène, le phénol, l'acétone, la glycérine ; il se prépare le mieux par l'action de l'hydrogène naissant (zinc et acide chlorbydrique), sur l'iodure de propyle ou d'isopropyle.

La propane est un gaz incolore, liquide à 17 degrés. 11 forme une série de produits de substitution chlorés et nitrés. L. II.n.

PROPARCIXIQUE (Alcool). C'H^O. On l'obtient en chauffant de l'alcool allylique mouobromé avec un peu d'eau et de potasse, ou par Faction du sodium sur l'alcool allylique monobromé. C'est un liquide incolore, d'odeur agréable, de saveur brûlante; il bout à 114-11.^ degrés; sa densité est de 0,96'i8 à 51 degrés; il est soluble dans l'eau, se combine directement au brome, s'unit à la baryte. Chauffé avec la potasse caustique, il se dédouble en acide formiqueet en acétylène. L. IL\.

PROPnÉRÉTl.\E. C-'-H'^'^O^ Corps résineux amorphe, produit de dédoublement de la prophétine {voy. ce mot) . L. H.\.

PROPHÉTiniE. C^'^H'^'^0'' (?). Glycoside extraite de VEchaVunn officinale et des fruits du Cucamis prophetarum. C'est une poudre blanc-jaunàtre, trèsamère, peu soluble dans l'eau, très-soluble dans l'éther, en toutes proportions dans l'alcool. L'acide sulfurique la dissout avec une coloration rouge brun. A lébullition avec de l'acide chlorhydnque étendu, elle se dédouble en glycoseet en prophérétine. L. Hin.

PROPHYLAXIE (TrooiuAao-o-w, je garantis). La prophylaxie est cette partie de l'art qui a pour objet de prévenir les maladies dont nous pouvons être menacés. Ce serait la plus belle moitié de la thérapeutique et, comme on l'a

^i^O PROPHYLAXIE.

dit, le meilleur de noire avenir médical, si elle était plus souvent applicable et surtout plus souvent et mieux appliquée qu'elle ne l'est. Comme l'hygiène, elle a en vue la conservation de la santé, mais plus que l'hygiène elle a une action préventive, elle pénètre plus avant dans les profondeurs de l'organisme hygide pour scruter les dispositions, les tendances qui peuvent constituer à un moment une imminence morbide, et pour en prévenir ou en atténuer les dangers. Elle prévoit et cherche à prévenir les elTets des prédispositions innées ou héréditaires, des prédispositions acquises générales ou locales, soit par des états morbides antérieurs, soit par les inlluences de milieu, les conditions spéciales d'existence, les actions professionnelles nocibles, etc. La prophylaxie repose tout entière, eu un mot, sur tous les éléments si nombreux et si divers de l'éliologie. Les causes morbiliqucs qui peuvent menacer l'économie étant connues, le problème prophylactique consiste à les éloigner, à se soustraire à leur action, à en neutraliser ou tout au moins à en atténuer les effets.

Le champ d'action de la prophylaxie délimité, il nous restera a en indiquer les moyens.

La prophylaxie est privée, individuelle ou collective publique.

Prophylaxie privée. La prophylaxie privée cherche ses indications dans toutes les conditions étiologiques connues, dans les prédispositions et dans les prodromes.

S'agit-il d'une prédisposition générale innée constituée par l'exagération d'un tempérament, la })rédominance ou la faiblesse relative d'un système organique, tels que le lymphatisme, par exemple, ou le nervosisme, c'est en provoquant dans l'économie par un régime approprié longtemps prolongé, soit une action excitante ou recorporative sur le système défaillant, soit une action modératrice sur le plus excité, de manière, en un mot, à établir entre tous l'équilibre fonctionnel nécessaire.

Chez le prédisposé par lymphatisme, on cherchera autant que possible à relever la constitution par un régime tonique, par des exercices et un régime propres à stimuler et à activer la circulation générale, à entretenir le bon état de la nutrition. On traite, en réalité, d'une façon préventive, les lésions de ce système, comme l'a déjà dit M. Potain dans l'article Lymphatique [Pathologie), quand on intervient assez tôt et par des moyens eflîcaces dans une maladie qui s'accompagne habituellement de retentissement ganglionnaire ; lorsque, par exemple, on cautérise une plaie envenimée, on couvre de tofûques émollients ou d'un enduit protecteur une excoriation qui s'enDamnie, on enlève une tumeur maligne à une époque voisine de son début, moyens les plus >ùrs de protéger le système lymphatique contre l'envahissement dont il est

menacé.

Chez les prédisposés par chlorose et par anémie, on recommandera surtout la vie au grand air, à la campagne, et de préférence dans les pays d'altitude, autant que possible, l'alimentation fortifiante type, consistant principalement dans les albuminates, aliments gras auxquels sera mêlée une petite quantité de fer, vins rouges contenant du tannin et du fer.

La prophylaxie des névroses et états nerveux suppose la connaissance préalable de leur étiologie. Or on sait combien cette étiologie est complexe, obscure et souvent difficile à déterminer. L'hérédité, les tempéraments, l'âge, le sexe, y jouent comme prédisposition le premier rôle. L'hérédité par la transmission directe de la maladie des parents aux eidanls, ou par transmission d'une dispo-

silion en vertu de laquelle se développeront plus tard des maladies nerveuses de diverse nature; le ^tempérament nerveux, notam.nent, et surtout le tempérament moral (d'Axenfeld et Huchard); le sexe féminin, chez lequel ce tempérament moral et la prédominance nerveuse sont si accusés. II y faut ajouter la longue série des causes prédisposantes directes ou indirectes, les unes agissant en modifiant directement le système nerveux : telles sont les veilles prolongées, les fatigues musculaires excessives, les excès vénériens, la masturbation, les affections morales, les autres agissant par les modiûcations qu'elles introduisent dans la composition du sang, celle-ci réagissant à son tour siu' Tinnervation, telles que l'inanition, les pertes de liquides organiques, les convalescences de maladies aiguës, les maladies chroniques et les diverses cachexies qui les accompagnent. Plus toute la liste des causes dites déterminantes, telles que l'humidité, le froid, la chaleur, l'insolation, les écarts de régime, et toutes les maladies organiques susceptibles de donner lieu consécutivement à des névroses. Entin la chloro-anémie, qu'elle soit ou non consécutive à un dérangement des fonctions digestives, est l'une des conditions les plus communes du développement des névroses et des névropalhies.

Ces conditions étiologiques étant données, on voit dans combien de sources différentes il faut chercher les éléments de la pro[)hylaxie de ces affections. On peut toutefois les résumer, d'une manière générale, dans l'usage des toniques de toutes sortes, alimentaires et hygiéniques, des excitants de la circulation générale et de l'usage fréquent des bains, frictions, massage, et des pratiques hydrothéi'apiques, de manière à répondre à la double indication de fortifier l'économie d'une part et de tempérer l'excitation nerveuse d'autre part.

Prophylaxie à la période prodromique. Tant que les prodromes sont mcapables de nous faire présumer la nature et le eiége de la maladie qu'ils annoncent, on n'a guère autre chose à faire qu'à s'en tenir à l'expectation et aune surveillance du régime hygiénique commun. Lorsque les prodromes sont de nature à permettre de nommer d'avance la maladie, il arrive de deux choses l'une : ou la maladie imminente est une de celles dont on doit plutôt respecter l'évolution et fiworiser même le développement, comme l'éruption, par exemple, dans les fièvres exauthémateuses, tout en s'efforçant de préparer en quelque sorte, par une surveillance de l'état général et des conditions hygiéniques, l'économie à soutenir le choc qu'elle va subir; ou bien, au contraire, on va se trouver en présence d'une affection grave, soit par elle-même, soit par les complications qui peuvent survenir ou par sa tendance 'a une issue funeste, et il devient alors urgent de se mettre en mesure de l'enrayer, si c'est possible, dès ses débuts; c'est le cas notamment de la plupart des graves épidémies. C'est alors surtout que les prodromes doivent être énergiqucment combattue dès leur apparition. Tel est le cas, par exemple, de la cholérine ou diarrhée prodromique du choiera {voy. les mots Choléra, et Prémonitoire où ce sujet est spécialement traité).

Prophylaxie de quelques maladies chroniques. La phthisie tuberculeuse. La prophylaxie de la tuberculose pulmonaire n'est indiquée que par des signes de prédisposition, tirés eux-mêmes de certaines conditions étiologiques, telles que l'hérédité, la débilité ou hypertrophie constitutionnelle innée ou acquise, la scrofu'e et ses reliquats caséeax, la rougeole, la coqueluche, la fièvre typhoïde, la diphthérie à reliquats pulmonaires, l'hémoptysie et enfin les éven-

lualités de Iransmissibilité par voie de contagion auxquelles un sujet peut avoir e'té exposé, enfin ce phénomène indiqué par Waldenburg^ qui consiste dans une diminution persistante de la force respiratoire.

Les indications fondamentales du traitement prophylactique de la tuberculose pulmonaire se tirent des deux conditions causales principales : l'état général d'hypertrophie, l'affaiblissement de la force respiratoire, notamment dans les parties supérieures des poumons.

Deux moyens se présentent de remplir la première de ces indications : le premier, le plus banal, consiste dans la soustraction du sujet prédisposé aux influences extérieures nocives, susceptibles de favoriser le développement de la maladie, par des précautions minutieuses contre toute cause de refroidissement; le second, qui a été préconisé surtout par M. Jaccoud, à l'exemple de Graves, et auquel a été donné le nom de procédé par endurcissement, consiste à mettre les sujets suspectés en état de résister aux impressions morbigènes du froid et à les aguerrir de manière à les faire triompher des indispositions et des maladies qu'il provoque. Ce dernier procédé, qui consiste principalement dans l'habitation de lieux élevés, à air pur et d'une température modérée et uniforme, doit être secondé par l'usage continu, en toute saison, de flanelle sur le tronc et sur les membres supérieurs, sans surcharge de vêtements, par une alimentation substantielle variée, l'usage du lait chaud pris au moment de la traite, par des douches ou lotions froides suivies de frictions sèches et de marche, par des exercices d'équitation et de gymnastique, enfin par des exercices aérothérapiques (par l'air comprimé pour l'inspiration et l'air raréfié pour l'expiration) à l'aide d'appareils pneumati({ues spéciaux, dont l'effet sera l'augmentation temporaire, puis persistante, de la capacité respiratoire, l'augmentation de la ventilation pulmonaire, l'augmentation de la dilatation ou du déplissement des poumons, etc.

Les médications qui peuvent utilement venir en aide à ces agents hygiéniques sont ceux qne peuvent indiquer l'anémie ou la scrofule : le quinquina, le 1er, l'arsenic et l'huile de foie de morue.

Prophylaxie des maladies fébriles aiguës infectieuses. C'est surtout en ce qui concerne les maladies infectieuses que la })rophylaxie a pris, de notre temps, une importance croissante. Elle intervient, soit en modifiant le milieu dans lequel va se développer l'agent morbifique. soit en détruisant cet agent, soit en l'empêchant de se propager, soit en s'opposant à sa pénétration dans l'organisme, soit enfin en rendant celui-ci réfractaire à son développement ou à son action. C'est ainsi qu'on est parvenu dans beaucoup de contrées marécageuses à prévenir le développement des fièvres maremmatiques, soit sporadiques, soit épidémiques, par le dessèchement des marais et des travaux de canalisation (nous allons y revenir tout à l'heure) : qu'on prévient le développement du typhus, si fréquent autrefois dans les prisons, dans les vaisseaux, dans les casernes, par le désencombrement, l'aération et une ahmentalion saine et suffisante, famine et encombrement marchant de front; qu'on peut prévenir la propagation d'un foyer typhoïdique en prenant la précaution de désinfecter ou de détruire les excrétions des malades, en désinfectant également les habitations, les objets de literie, les vêtements et tous les objets usuels qui pourraient contribuer à la transmission des germes morbigènes, en améliorant le svstème des latrines et des égouts des villes, etc. ; qu'on peut soustraire les sujets sains au milieu d'un foyer contagieux, à ses effets malfaisants, en substituant pour les usages culinaires et pour la boisson

une eau de source [lure aux eaux contaminées ou suspectes ou en soumettant celles-ci à rébuUition.

Pour la prophylaxie de la syphilis, voir le mot Syphilis.

La prophylaxie des fièvres éruptives, en général, comme de toutes les affections contagieuses, la diphthérie, la pustule maligne, le cliarbon, l'œdème malin, la méningite cérébro-spinale, consiste essentiellement dans l'isolemeul des malades et dans l'éloignemcnt de tout foyer épidémique. On verra plus loin pour la prophylaxie spéciale de la variole, ainsi que celle de la rage.

Le scorbut, maladie essentiellement d'alimentation, a sa prophylaxie toute naturelle dans un régime alimentaire tout différent de celui qui le produit, composé principalement de végétaux frais, de fruits, de pommes de terre, tout spécialement de lime juice, qui en est à la fois le remède et le prophylactique le plus efficace en mer. Le scorbut à bord est prévenu également par une bonne ventilation des cabines et des casemates, l'absence d'humidité et l'exercice.

Les indications prophylactiques de la dysenterie épidémique des pays chauds se rapprochent de celles des maladies typhiquos; elles consistent à se prémunir contre le refroidissement nocturne, à se couvrir de vêtements de laine, à s'abstenir de boire les eaux stagnantes sans les avoir préalablement filtrées et fait bouillir, à éviter enfin tous les excès de table et particulièrement les excès de boissons, et à s'abstenir de fruits non murs.

Ces mêmes préceptes prophylactiques sont également applicables aux hépatites, aux abcès du foie si fréquents dans les mêmes conditions climatologiques.

Mais nous entrons ici dans la prophylaxie collective ou publique.

Prophylaxie publique. La prophylaxie des fièvres intermittentes mérite plus particulièrement que nous entrions ici dans quelques détails, à cause de son importance et de l'immense étendue de pays qu'elle intéresse.

Prophijlaxie des fièvres intermittentes ou de l'intoxication tellurique. Les moyens à opposer au développement de l'intoxication tellurique sont de deux ordres : les uns s'adressent directement à la cause de la malaria, ont surtout pour but de modifier l'état du sol qui l'engendre et de le rendre inoffensif de fébrigène qu'il était. Les auties qui s'adressent à l'homme lui-même ont pour objet d'en empêcher ou d'en atténuer l'effet.

L'assainissement d'un foyer marécageux, par le dessèchement au moyen de canaux de dégorgement à ciel ouvert ou de travaux de drainage souterrain, comme cela a été fait avec tant de succès jadis pour la Normandie, plus près de nous dans les Landes, en Sologne, en Algérie, dans presque tout le nordouest des États-Unis, dans le duché de Bade, ou par l'inondation momentanée des régions marécageuses, comme cela fut fait au siècle dernier en Hollande et dans les fossés du fort Saint-Ange, ou bien encore par le procédé du colmatage employé en Toscane, enfin, par le curage et l'endiguement dos canaux et des rivières, ou par la transformation du sol en grandes plantations, tels sont les principaux moyens par lesquels on est parvenu à éteindre sur une grande surface du globe les foyers maremmatiques.

Mais ce n'est pas tout de dessécher les marais; le dessèchement opéré, l'assainissement n'est pas encore complet : il faut achever l'œuvre par l'aération du sol, par la culture et un aménagement approprié à la nature du sol, la fertilisation de la terre étant le meilleur moyen d'assainissement. C'est ici qu'interviennent utilement les travaux de chaulage et de marnage et du drainage;

le chaulage et le marnage en modifiant puissamment la composition et la texture (les terrains en culture par la série des compositions chimiques qui s'opèrent au sein de la couche arahle, et par leur action sur les effluves gazeux qui s'en dégagent; le drainage par son iniluence physique, en lessivant en quelque sorte le sol et pénétrant l'humus de l'oxygène de l'air qu'il met en contact avec toutes les matières organiques de la couche arable.

En Angleterre, oîj ces procédés ont été appliqués sur de plus grandes étendues qu'en France, on a pu mieux en apprécier les effets. Les enquêtes des comités d'hygiène publique et des commissions médicales paraissent unanimes pour proclamer que sous 1 influence du drainage les brouillards sont moins denses et moins élevés, les fièvres intermittentes ou rémittentes ont sensiblement diminué, les rhumatismes ont presque complètement disparu, la santé générale des populations rurales s'est notablement améliorée.

En France, dans les parties qui ont été drainées, d'après Barrai, les états de mortalité montrent que l'assainissement du sol a des conséquences incontestables sur la santé des classes agricoles. Alors que la population croissait dans une très- forte proportion, la mortalité tombait de 1 sur 51 ou 1 sur 40, puis 1 sur 47. En com])arant une péiiode de dix ans précédant le drainage avec les deux périodes décennales qui ont suivi, partout où il y a eu drainage général de la contrée ce fait a été signalé, tandis qu'on n'a rien reconnu de semblable dans les relevés pris sur les étals civils des contrées argileuses non drainées.

Barrai nous apprend encore que dans les pays drainés le bétail est moins fréquemment atteint par les épizooties. La cachexie aqueuse ne ravage plus l'espèce ovine et la péripneumonie n'attaque pas d'une manière aussi grave res})èce bovine.

Aussi M. Béringuier, dans son Traité des fièvres intermittentes et rémittentes, auquel nous empruntons quelques-uns des détails qui précèdent, insistet-il sur l'utilité de ces mesures d'assainissement qui, si elles étaient exécutées sur de plus grandes surfaces, en améliorant l'état de l'agriculture, feraient diminuer les fièvres si communes dans nos campagnes.

L'hygiène publique a dû se préoccuper aussi d'une autie source fébrigène qui, bien que beaucoup moins étendue, n'en produit pas moins sur quelques points circonscrits des effets désastreux : nous voulons parler du mélange de l'eau de mer et de l'eau douce dans les marais salants artificiels de l'ouest de la France, abandonnés sans entretien. lia suffi, pour les derniers, de dédoubler les eaux, soit en détournant le cours d'eau douce ou en opposant une barrière à l'accès de l'eau salée, et, pour les seconds, de remettre l'industrie du mai'ais salant en activité pour faire cesser les effets pernicieux des uns et des autres.

Il est des conditions dans lesquelles l'homme est impuissant à combattre la cause originelle de la malaria. Tel est le cas de l'endémie des pays chauds, d'une part, notamment de cette vaste zone intertropicale qui, malgré l'application des mesures hygiéniques les plus variées, conserve toujours sa puissance toxique, et, d'autre part, des épidémies accidentelles de fièvres intermittentes, en dehors de leurs foyers ordinaires.

A la malaria des pays intertropicaux se rattache la question de l'acclimatation, c'est-à-dire la recherche et l'étude des conditions qui peuvent créer chez l'émigrant une résistance aux effluves de ces régions, suffisante pour qu'il

puisse s'y établir et y prospérer; sujet qui a été si complètement et si supérieurement traité par Bertillon au mot Acclimatation, auquel nous ne pouvons que renvoyer, en nous bornant à inscrire ici ces deux propositions qui la re'sument : Que l'bomme aura d'autant plus de cbances de résister à ces efiluves, qu'il proviendra d'un pays plus méridional ; que les migrations du nord au sud n'ont donné que des résultais défavorables, tandis que, s'accomiilissant sur une même bande isotherme, sous des latitudes similaires, et même du sud au nord, elles ont pleinement réussi.

Prophylaxie appliquée à Vhomme. Moyens à opposer à l'action de la malaria. Voici les préceptes que 1\1. L. Colin a formulés dans son excellent Traité des fièvres intermittentes : 1" pour les habitants des pays fiévreux ; 2° pour les étrangers venant dans les pays fiévreux.

1" Pour les habitants des pays fiévreux. Contre les émanations des marais ou du sol, l'homme trouvera souvent un abri assuré par sa résidence à une altitude suffisante, ou par la protection (jue lui offriront diverses barrières naturelles, telles que forêts, différents reliefs de terrain, elc.

Mais dans les plaines insalubres où manquent ces obstacles à sa propagation les populations ne trouvaient de salut que par leur refuge dans des villes à rues étroites et à maisons élevées, pavées et à population dense, où n'arrive que difficilement l'air des cam])agnes environnantes, ainsi que l'ont fait les populations européennes qui o;it émigré en masses dans les pays chauds. Pour l'homme obligé d'habiter la cani[iagne et qui se trouve ainsi entièrement désarmé par la malaria, la première règle à observer en j)areil cas est de réduire autant que possible la durée de son séjour au centre des émanations fcbrigènes et de s'y soustraire surtout pendant la nuit.

L'histoire, depuis Tile Livc jusqu'à nos jours, est pleine d'exemples des effets funestes des campements à la surface d'un sol marécageux ou des débarquements de nuit sur des côtes insalubres. D'oii cette nécessité de créer autant que possible au milieu de tout pays fiévreux qu'on se propose d'assainir des centres d'habitation donnant pour la nuit surtout asile aux travailleurs.

Une bonne hygiène, l'usage de vêtements de laine et en particulier de la flanelle, une grande sobriété, mais la sobriété des classes aisées, sans privations, sont autant de conditions de résistance aux causes morbifiques ou tout au moins d'atténuation à leurs effets.

Une précaution de premier ordre est de ne point traverser à jeun une plaine marécageuse. Les distributions de café, d'eau-de-vie, de rhum, faites aux troupes de l'Algérie et aux ouvriers employés aux travaux d'assainissement des terrains marécageux, ont toujours eu de bons résultats. Enfin se prémunir pendant la journée contre la chaleur et l'insolation, protéger spécialement la tète contre l'action des rayons solaires et redoubler d'autant dans l'observance de ces précautions que les sujets exposés à la malaria y seront d'autant plus prédisposés par des accès antérieurs ou déjà affaiblis par des émissions sanguines, ou par des hémorrhagies, ou par des affections retentissant sur la nutrition ou sur le système nerveux : tel est l'ensemble des mesures prophylactiques individuelles à opposer au danger de la malaria.

Enfin doivent être recommandés encore parmi les moyens prophylactiques à employer pendant la résidence des étrangers dans les pays fiévreux le séjour dans les altitudes ou le séjour en mer.

^t26 PROPHYLAXIE.

Prophylaxie par les Inoculations préventives. On peut contre certaine> contagions assurer l'immunité individuelle pour un temps plus ou moins long ou même pour la vie entière, comme on le faisait dans le siècle dernier pour la variole, par l'inoculation pratiquée sous certaines conditions de préparation et d'opportunité, comme on le fait partout aujourd'hui, avec bien plus de sécurité par le vaccin, depuis l'immortelle découverte de Jenner. Si la pratique des vaccinations et des revaccinations était encore plus l'igoureusement prescrite et surveillée qu'elle ne l'est en France, comme elle Test, par exemple, en Angleterre, en Belgique, en Allemagne et dans la plupart des pays du nord, il y a tout lieu d'espérer qu'on verrait cesser complètement dans l'avenir ces épidémies qu'on y constate encore trop souvent : témoin la dernière épidémie de Marseille.

On sait avec quel bonheur M. Pasteur et ses collaborateurs sont parvenus, après avoir découvert l'agent virulent de plusieurs maladies infectieuses spéciales à diverses espèces animales, à les atténuer par des cultures successives au point de les rendre inoffensifs, et de les accommoder ainsi aux usages de la prophylaxie par voie d'inoculation, à la manière du vaccin. La grande expérience de l'inoculation préventive du virus rabique atténué se poursuit, malgré quelques oppositions obstinées auxquelles quelques revers inévitables ne suffisent pas à donner raison, et se propage au grand profit du plus grand nombre des victimes de morsures canines. Et l'avenir reste aux expérimentateurs pour d'autres affections infectieuses.

Prophylaxie des maladies pestilentielles exotiques. La prophylaxie des épidémies exotiques (peste, lièvre jaune, choléra) est une des questions d'hygiène publique qui ont le plus occupé les hygiénistes et les pouvoirs publics dans ces derniers temps. La question a été largement et complètement traitée au point de vue des mesures sanitaires et quarantenaires opposées ou à opposer à la peste, à la fièvre jaune, au choléra et au typhus dans l'article Quarantaines de M. Colin. Mais des mesures nouvelles, complémentaires ou rectificatives du système alors en vigueur, ayant été proposées et adoptées depuis, à l'occasion des dernières invasions du choléra en Europe, nous croyons utile de revenir ici sur ce sujet et d'exposer l'état actuel de notre système sanitaire avec les innovations qui y ont été introduites.

Dans un rapport au ministre du Commerce sur la prophylaxie sanitaire marilime des maladies pestilentielles exotiques (peste, fièvre jaune, choléra). M. l'inspecteur général des services sanitaires Proust exposait en ces ternies les principes qui devraient désormais faire la base des règlements sanitaires.

Vu les caractères essentiels suivants qui impriment à ces maladies un cachet spécial : l»la localisation de la maladie dans un foyer d'origine (peste, Egypte: choléra, Inde; fièvre jaune, Amérique); 2° arrivée d'un germe morbifique en Europe ou dans un pays éloigné provenant du foyer d'origine, le devoir qui s'impose est d'empêcher les germes morbifiques exotiques de pénétrer en Europe.

Dans ce but on devait tendre à supprimer le germe morbifique qui est régénéré par les malades, qui peut se fixer sur leur linge de corps, sur leurs vêtements, sur certaines marchandises dites susceptibles, enfin sur les navires provenant des pays d'origine des maladies pestilentielles. Pour obtenir ce résultat, il fallait évidemment isoler les malades et employer divers procédés de désinfection. Mais cela ne suffisait pas. Les maladies exotiques pestilentielles, comme toutes

les affections générales infectieuses, ont une période d'incubation de durée variable. Les passagers venant d'un lieu contaminé peuvent posséder le germe de la maladie sans qu'ils en présentent encore aucune manifestation extérieure, mais, au moment de celte manifestation, ils deviendront aussi dangereux, au point de vue de la contamination, que les premiers malades. De là la nécessité d'isoler les passagers venant d'un lien contaminé pendant le temps qui correspond à l'incubation. C'est là le principe de la quarantaine dont tous les épidémiologistes ont plus ou moins reconnu la nécessité, mais dont l'application a prêté et prête encore à la controverse et à de vives réclamations.

Si la désinfection était parfaite, si l'isolement des malades était complet pendant tout le temps où la maladie est transmissible, si la séquestration des personnes pouvant avoir la maladie exotique à l'état d'incubation était absolue pendant tout le temps où cette incubation est possible, jamais, disait M. Proust dans ce rapport, il n'y aurait d'importation. Il s'agissait donc de rechercher ce qui pouvait se rapprocher le plus de cet idéal au point de vue de la protection, en enlevant aux mesures prescrites ce qu'elles ont de plus vexatoire et de plus préjudiciable en même temps à la liberlé des communications et de moins dommageable au commerce.

Désinfection. Pénétré de cette idée que ce qui est surtout dangereux au point de vue de la transmission, c'est le malade lui-même capable de régénérer le principe morbifique; ce sont ses déjections, son linge de corps plus ou moins souillé, le milieu confiné dans lequel il a séjourné, chambre ou cabine, la désinfection, suivant M. Proust, doit porter : sur les matières excrémentilielles des malades et des suspects, sur leur linge de corps, sur leurs vêtements, sur les sacs militaires qui peuvent renfermer des habits d'individus ayant succombé dans les pays contaminés, sur la literie et les marchandises susceptibles, enfin sur le navire lui-même.

Afin que cette désinfection soit complètement efficace, on ne doit pas attendre, pour l'opérer, l'arrivée du navire dans nos ports. On devra la généraliser pendant le cours même du voyage, pour tous les navires venant de pays suspects de choléra ou de fièvre jaune ; désinfecter immédiatement les matières excrémentitielles et les jeter à la mer, passer chaque jour à l'eau bouillante le linge souillé ou simplement sali des malades, des suspects et même de tous les passagers; placer au moins deux fois pendant le voyage, au départ et à l'arrivée, les vêtements dans une éluve à désinfection par la chaleur ou bien en opérer la désinfection par l'acide sulfureux, produit par la combustion de 50 grammes de soufre par mètre cube; entretenir une propreté exquise sur le navire; enfin pourvoir le navire d'eau potable, d'une pureté irréprochable et qui ne devra jamais provenir d'un pays contaminé, ou, dans l'impossibilité de réaliser cette dernière condition, faire préalablement bouillir l'eau.

S'il s'agit de navires infectés, les malades seront rigoureusement isolés et les parties du navire où ils auront séjourné seront fumigées pendant vingt-quatre heures. S'il y a décès, les cadavres seront immédiatement jetés à la mer.

La nature de la quarantaine différera suivant les conditions de navire, s'il est suspect ou infecté. Dans ce dernier cas, les malades seront immédiatement débarqués et rigoureusement isolés.

La durée de la quarantaine variera suivant la durée de la traversée, une maladie pestilentielle exotique ayant d'autant moins de chance d'être transmise •jar un navire que son pays d'origine est plus loin du point de débarquement.

Lorsque la traversée est courte, il n'y a de garanties que dans la longue dure'e de la quarantaine.

Examinant ensuite les rapports qu'ont entre elles les mesures de désinfection et les mesures quarantenaires, et l'influence qu'elles ont les unes et les autres sur la protection de la santé publique, M. Protist, dans ce rapport, s'exprimait ainsi : « Dans certaines circonstances données, toutes deux sont nécessaires pour ])révenir l'importation dans notre pays des germes morbitiques, mais la désinfection a certainement le premier rôle et le plus important. Sans elle, eu effet, la quarantaine ne serait qu'un leurre. Quelle que soit sa durée, si, une fois terminée, on laisse sortir les passagers avec leurs bagages remplis de linge plus ou moins infecté, avec leurs vêtements pouvant contenir des germes morbifiques, on n'aura rien prévenu, on n'aura sauvegardé en rien la santé publique. La désinfection seule, au contraire, peut rendre la quarantaine presque inutile dan«; certains cas tout en donnant une garantie presque complète à la santé.

Si, en efl'et, ajoutait le rapport, la désinfection a été rigoureuse pendant le voyage sur les navires qui ont à parcourir une longue traversée, comme ceux de rindc et îles Antilles, une inspection médicale sérieuse à l'arrivée donnera une garantie suffisante. Si elle permet de constater l'absence de maladie pendant le voyage et à l'arrivée, si l'agent sanitaire a l'assurance que toutes les mesures de désinfection ont été rigoureusement exécutées, la libre pratique sera accordée immédiatement.

Si donc le commerce veut arriver à voir disparaître les entraves quarantenaires, il devra s'attacher par une application ligoureuse des mesures de désinfection à bord à donner un gage sérieux à la santé publique.

Si la désinfection était rigoureuse, il n'y aurait plus en Europe d'importation du choléra, ni de fièvre jaune, les navires venant des pays originairement contaminés ayant toujours une longue traversée. Et, si l'on pouvait établir un système international de protection et de défense sur la mer Rouge, on n'aurait plus à prescrire en Europe, une fois que le choléra y sera éteint, de mesure quarante naire contre cette maladie.

Mais, en attendant que des deux armes ({iie nous ])ossédons la première soit devenue parfaite, nous ne pouvons encore renoncer à la seconde, qui disparaîtra d'elle-même dès que la première donnera les résultats qu'on est en droit d'en attendre. Avant que cet avenir se réalise, nous devons maintenir le règlement de police sanitaire de 1876 (œuvre de Fauvel). » Tels sont les principes qui ont paru à M. Proust devoir dicter les décisions de l'administration sanitaire française, principes qui sont aussi ceux du Comité d'hygiène et de l'Académie de médecine.

On le voit, la plupart des entraves produites par les quarantaines n'étant que l'effet de l'inobservation à bord des règles hygiéniques les plus élémentaires, ces entraves disparaîtraient presque complètement le jour où le commerce et les grandes compagnies de navigation feraient exécuter sur leurs bâtiments les prescriptions sanitaires rationnelles.

Les conclusions de ce rapport ont été approuvées par le Comité consultatit d'hygiène publique de France dans la séance du 24 octobre 1884.

Dans un deuxième rapport au même ministre, lu en séance du comité d'hygiène publique le 11 mai 1885, et inséré à V Officiel du 9 juillet de la môme année, M. Proust formulait ainsi le projet de réforme dont les principes viennent d'être exposés :

RÈGLEMENT I. — Des MiÎDEciNs embarqués, i.eubs atibibutions, ledrs devoiks.

1° Les bâliments à \apeiir affectés au service postal ou au transport de nombreux voyageurs qui font des trajets dont la durée dépasse quaranle-huit heures sont tenus d'avoir à bord un médecin français pourvu du diplôme de docteur en médecine, qui prend le nom de médecin embarqué.

1" Le médecin embarqué veille à la santé du bord et lui donne ses soins en cas de maladie. Il fait observer les règles de l'hygiène. Il s'oppose à l'introduction à bord des personnes atteintes d'affections contagieuses et des marchandises qui, par leur nature ou leur état, pourraient nuire à lu santé des personnes embaniuées.

3° Le médecin embarqué inscrit jour par jour, sur un registre spécial, toutes les circonstances qui peuvent être de nature à intéresser la santé du bord. Il note avec soin les maladies observées, ainsi que le traitement appliqué et ses suites. Il mentionne les dates d'invasion, de guérison ou de terminaison fatale, de tous les cas de m.aladies contagieuses, avec indication des détails essentiels que comporte chaque cas. Pour chaque escale ou relâche, il consigne les dates d'arrivée ou de départ, ainsi que les renseignements qu'il a pu recueillir sur l'état de la santé publique dans les divers ports visités.

4" Le médecin euibarqué est tenu, à l'arrivée dans un port français, de communiquer à Tautorilé sanitaire son registre spécial en même temps que la patente de santé. Il répond à l'interrogatoire de l'autorité sanitaire et fournit tous les renseignements qui lui sont demandés.

5° Le délit de fausse déclaration est rigoureusement poursuivi.

6° Le médecin indique au capitaine toutes les mesures d'hygiène, toutes les précautions que lui paraît réclamer la conservation de la santé de l'équipage et des passagers et se concerte avec lui pour la bonne exécution de ces mesures.

7° Pendant le séjour dans un port contaminé, le médecin veille à ce que les règles gènkrides d'hygiène soient respectées par tout le personnel et observées à l'égard des logements et de toutes les parties accessibles du navire.

Il visite, matin et soir, les gens de l'équipage et les passagers, et donne à chacun les conseils nécessaires; il doit surtout porter son attention sur les passagers valétudinaires et restant habituellement enfermés,

S° En cas d'invasion à liord d'une maladie pestilentielle ou suspecte, le médecin prévient iniinédiatement le capitaine et lui indique les mesures de préservation nécessaires.

9° Le médecin fait isoler dans une partie bien aérée du navire les malades atteints d'une afïection pestilentielle ou contagieuse. Il veille à ce que foutes les déjections de malades soient immédiatement: désinfectées et jetées à la mer. Il fait détruire ou il soumet à une désinfection rigoureuse les linges, bardes, objets de literie, etc., dont les patients ont l'ait usage pendant le cours de leur maladie. Il fait également désinfecter les parties suspectes (lu navire et plus spécialement les inlirmeries et les autres logements dans lesquels ont séjourné les malades.

10° Le médecin inscrit sur le registre toutes les mesures prises pour l'isolement des malades et pour la désinfection des déjections, pour la destruction ou la purification des bardes, linges et objets de literie.

Au port d'arrivée, l'autorité sanitaire ne statue qu'après avoir pris connaissance des l.iits et observations consignés dans le registre médical.

II. — Mescres u'assalnisseuent et de désinfection. 1° — Mesures au point de départ.

1° En arrivant en rade d'un port contaminé, le capitaine choisit un mouillage situé à distance de la ville où règne l'épidémie et des navires qu'elle a déjà envahis. S'il est contraint d'entrer dans ie port, il doit éviter autant que possible de se placer dans le voisinage des bouches d'égout ou des ruisseaux par lesquels se déversent les eaux vannes de la ville.

2' Le malin, les tentes sont serrées pendant le lavage du pont. Le lavage est suspendu, si l'eau qui entoure le navire placé près de terre est souillée ou suspecte; il est alors frotté à sec.

> Les promenades à terre sont interdites dans un port contaminé, et sous aucun prétexte les hommes ne doivent coucher à terre.

4° Les lieux d'aisances sont désinfectés deux fois par jour.

î>° La cuisine est nettoyée chaque jour. Les eaux sales sont immédiatement jetées à la mer.

6° La chaufferie et la chambre des machines, les anguillers, sont nettoyés et débarrassés des amas d'huile, de suif et de poussière de charbon.

7» L'eau prise dans un port contaminé étant dangereuse, s'il y a absolument nécessité de renouveler la provision, l'eau est bouillie avant d'être consommée.

8° Le chargement d'un navire ne commence que lorsque son nettoyage a été opéré, soit par les moyens ordinaires, soit par un procédé spécial de désinfection, si cela a été jugé nécessaire.

9" Le médecin examine les passagers qui se présentent provenant d'un port contaminé. 11 refuse ceux qui lui paraissent suspects, ainsi que les convalescents dont la guérison ne remonte pas à quinze jours au moins. Pour ceux qui paraissent dans de bonnes conditions, il veille à ce qu'ils n'introduisent pas à bord des linges, des Lardes ou des objets de literie souillés ou suspects. Le linge souillé ou suspect est placé dans l'oau maintenue bouillante ou dans une solution désinfectante.

10° Les sacs renfermant les vêlements d'individus ayant succombé à l'étranger sont également désinfectés avant le départ. La date de cette opération est consignée sur une étiquette placée sur le sac et comprenant le nom de l'homme, la date et le heu de son décès.

1 1° Les vêtements et objets de literie ayant servi aux individus morts de la peste, de la lièvre jaune ou du choléra, ne sont jamais acceptés.

l'i» Dans un port contaminé, les compartiments strictement obligatoires pour le décliai"gcment et le rechargement et pour y pratiquer les purifications sont seuls ouverts.

lô" Lorsque l'affection pestilentielle se montre à bord d'un navire pendant le séjour dans im port contaminé, les malades chez lesquels les premiers symptômes de cette affection ont été dûment constatés sont immédiatement dirigés sur le lazaret ou, à son défaut, sur l'hôpital, et tous leurs effets, les objets de literie qui leur ont servi, sont détruits ou désinfectés.

14» Quand un navire est sorti de la zone supposée suspecte, la ventilation est affectuée avec le plus grand soui encore que dans les conditions ordinaires de la navigation.

2° — Mesures pendant la traversée.

A. Navires suspects. — 1° Le linge de corps des passagers et de l'équipage, sali ou souillé, est lavé le jour même, après avoir été plongé dans l'eau maintenue bouillante ou dans une solution désinléctante.

2° Les vêtements sont désinfectés au moment du départ et au moment de l'arrivée dans une étuve à désinfection par la vapeur ou dans un espace clos dans lequel ou dégage de l'acide sulfureux.

5° Les bagages des passagers sont placés dans des compartiments accessibles ; deux fois an moins pendant la traversée ils sont montés sur le pont et mis à la disposition des passagers, qui les ouvriront au grand air.

A" Les lieux d'aisances sont lavés et désinfectés deux fois par jour. Dans toutes les cabines où séjournent les malades, les enfants, les passagers qui ne se rendent pas aux lieux d'aisances, il doit être disposé une certaine quantité de substances desinfectantes dont l'usage est rendu obligatoire. Des matières désinfectantes sont également mises à la disposition des passagers pour le nettoyage du linge des malades et des enfants.

B. Navires infectés. — L» Dès que le médecin constate les premiers signes d'une affection pestilentielle, il en avise immédiatement le capitaine et prend, de concert avec lui, les mesui'es nécessaires pour isoler les malades du reste du personnel.

2° Les personnes dont la présence est indispensable pour le traitement des malades sont seules admises dans les cabines réservées. Des hommes de l'équipage sont désignés pour remplir les fonctions d'iulirmier; leur tour de veille et de repos sont réglés. On leur assigne une cabine particulière, comme logement ou lieu de repos, pendant la durée de leur service de garJe-malade. Le médecin du bord leur indique les précautions personnelles à prendre.

5° Dans le cas de lits superposés, un seul est occupé.

4° Les déjections des mjlades sont immédiatement désinfectées : la substance désinfectante est déposée d'avance au fond du vase destiné à recevoir les déjections, qui sont encore recouvertes d'une nouvelle dose de désinfectant et immédiatement jetées dans un watercloset spécialement affecté au service des malades et désinfecté lui-même plusieurs fois par jour.

5° Les vêtements, linge, serviettes, draps de lit, couvertui^es, etc., ayant servi aux malades, doivent être plongés dans l'eau maintenue bouillante ou dans une solution désinfectante.

avant de sortir du local isolé. Les vêtements et le linge des inlirmiers sont soumis au même traitement avant d'être lavés.

6° Les cadavres sont jetés à la mer, ainsi que les objets de literie à l'usage du malade au moment de son décès.

7° Les poussières recueillies dans le balayage seront humectées à l'aide d'une solution désinfectante et immédiatement jetées à la mer. Les taches et souillures sur les planchers seront lavées à l'aide d'un fauberl imbibé d'une solution désinfectante.

8° Les cabines ayant été occupées par des malades atteints d'une affection pestilentielle sont immédiatement nettoyées à fond, le parquet gratté et lavé à la potasse, ainsi que les cloisons, puis ces pièces sont soumises à une fumigation sulfureuse pendant vingtquatre heures. Les locaux restent ensuite largement ouverts et inoccupés pendant toute la traversée.

3° — Mesures à l'arrivée.

A. Navires suspects. — La libre pratique n'est accordée qu'après une inspection sanitaire faite par un médecin, établissant qu'il n'y a à bord ni malade, ni suspect de peste, de fièvre jaune ou de choléra, et que les mesures d'assainissement et de désinfection ont été exécutées d'une façon rigoureuse au départ et pendant la traversée.

1° Passagers. L'observation sera déterminée par le règlement de police sanitaire maritime; toutefois elle pourra être diminuée, supprimée même, si le navire présente des conditions de garantie suffisantes (jirésence à bord d'un médecin, existence sur le navire d'une étuve à désinfection par la vapeur, mesures d'assainissement au moment du départ et pendant la traversée) et s'il Ji'y a à bord aucun individu atteint ni suspect de maladie pestilentielle exotique.

'i" S'il en est autrement, l'observation se fera à bord ou mieux dans un lazaret.

3° Navires. Au retour d'un \oyage pendant lequel le navire a fréquenté des ports contamines, même lorsqu'il n'y a pas eu de cas d'affection pestilentielle à bord pendant la traversée, des mesures d'assainissement et de désinfection doivent être prises à l'égard des logements des passagers, de l'équipage et des cales (lavage avec solution de chlorure de chaux ou de chlorure de zinc, désinfection des lieux d'aisances au sulfate de cuivre ou au chlorure de chaux).

4° Dès qu'une cale est vide, les fonds et les anguillers sont largement lavés avec l'eau de nier lancée par une pompe. Lavage des parois avec une solution de zinc.

5° Si In cale a contenu des matières animales ou végétales ayant subi un commencement de fermentation ou de décomposition, les lavages indiqués à l'article précédent sont insullisants : il faut procéder à une fumigation sulfureuse, avec les précautions de fermeture hermétique pendant vingt-quatre heures, et ensuite d'aéi'ation à l'aide de manches à vent ou de ventilateurs.

I>. Navires infectés. — 1° Malades. Les malades sont immédiatement débarqués dans un lazaret et isolés; leurs déjections sont reçues dans des vases contenant une solution désinfectante et jetées dans des fosses d'aisance elles-mêmes rigoureusement désinfectées. Les linges souillés sont plongés dans de l'eau bouillante ou dans une solution désintectante; les vêlements sont placés dans une étuve à désinfection par la vapeur. Les cadavres sont enterrés dans un bref délai.

2° Passagers non malades et équipage. Les passagers non malades sont immédiatement débarqués au lazaret, jlls sont divisés par groupes peu nombreux, de façon que, si des accidents se montraient dans un gi'oupe, la durée de l'isolement ne fût pas augmentée pour tous les passagers. Le linge sale des passagers est lavé le jour même, après avoir été plongé dans l'eau bouillante ou dans une solution désinfectante. Au moment de l'arrivée et avant la libre pratique, les vêtements sont placés dans une étuve à désinfection parla vapeur. Des bains ou des douches sont donnés aux passagers.

3. Navires. Les parois et les parquets des cabines dans lesquelles ont été placés les malades sont grattés, brossés et lavés au moyen d'une solution désinfectante. Les cabines sont ensuite soumises à une fumigation sulfureuse pendant vingt-quatre heures, puis largement aérées pendant le jour et pendant la nuit. Le navire est entièrement repeint au lait de chaux; les marchandises et objets susceptibles sont passés à l'étuve; les peaux, si le chargement en comporte, sont exposées aux vapeurs nitreuses. Toutes les opérations de désinfection du navire sont faites en présence et sous la l'esponsabilité du directeur de la santé.

Mesures sanitaires à prendre dans les localités envahies par le choléra. Quant aux mesures sanitaires à prendre dans les conli^ées envahies par le choléra, elles ont été formulées dans l'instruction suivante :

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