INSTRUCTION CONCERNANT LES PRÉCAUTIONS A PRENDRE EN TEMPS DE CHOLERA
Uedigée par une commission composée de MM. Rrocaruel , Fauv-el , Gallard, Legouest, Nicolas, Pasteur, Peter, \ai.lix et Proust (le 2 juillet 1884).
Les mesures à prendre pour empêcher les épidémies locales de devenir graves ou de s'étendre sont de deux ordres : elles ont trait à l'hyg^iène individuelle et à l'bygiène publique.
llïGiÈxE INDIVIDUELLE. — Précaulions à prendre à l'état de santé. — S'efforcer de conserver le calme de l'esprit, éviter les fatigues exagérées, les excès de travail et de plaisir, les veilles prolongées, les bains froids de trop longue durée, en un mot. toutes les causes d'épuifement.
Éviter le refroidissement du corps, surtout pendant le sommeil par les fenêtres ouvertes, les vêtements trop légers après une journée très-chaude, l'ingestion de grandes quantités d'eau froide, ainsi que l'usage d'une eau de mauvaise qualité, l'eau des puits, de rivières, de petits cours d'eau souvent souillée par les infiltrations du sol, des latrines, des égouts, par les résidus de fabriques.
Faire usage d'eau bouillie, si l'on n'est pas sûr de la bonne qualité de l'eau servant aux boissons ou à la cuisine, ou bien d'infusion dans l'eau bouillante de thé, de houblon, de plantes amères ou aromatiques, ou bien d'eaux minérales naturelles dites a eaux de table », mêlées avec le vin.
Renoncer complètement comme boisson ou usage culinaire aux eaux des puits placés dans les cours des maisons.
Faire un usage modéré de fruits bien mûrs et de bonne qualité et mieux les manger cuits que crus. De même pour les légumes.
Éviter tout écart de régime et toute indigestion.
Faire en temps d'épidémie un usage très-i'éservè de liqueurs alcooliques, de glaces et de boissons glacées.
Précaulions à prendre en cas de maladie. — Les gardes des infirmiers ou de toutes personnes attachées au service des cholériques ne devront pas dépasser douze heures. Leur régime ordinaire sera augmenté.
Les personnes placées près des cholériques doivent se laver les mains fréquemment avec du savon ou une solution désinfectante. Il doit leur être interdit de boire et de manger dans les locaux occupés par les malades.
Désinfecter et faire disparaître le plus tôt possible delà chambre des malades les matières des vomissements et des salles, par lesquelles le choléra se propage le plus souvent.
Les désinlectants dont il devra être fait usage sont : en première ligne le sulfate de cuivre et, à son défaut, le chlorure de chaux et le chlorure de zinc. Il faut d'abord mêler à chaque selle ou à chaque litre de matières liquides, ou bien un grand yerre de la solution suivante :
Sulfate de cuivre du commerce (couperose bleue) . . 50 prammcs. Eau simple 1 litre.
OU bien une petite tasse à café de chlorure de chaux en poudre (environ 80 grammes), ou bien 50 t;rammes de chlorure de zinc liquide à 45 degrés.
Le désinfectant, quel qu'il soit, sera déposé d'avance au fond du vase destiné à recevoir les déjections.
Les linges de corps ou de literie souillés par les déjections doivent être plongés, avant de sortir de la chambre, dans l'eau bouillante, ou, à défaut d'eau bouillante, dans un baquet contenant 20 litres d'eau, auxquels on mêlera : ou bien 4 litres de liqueur bleue (sulfate de cuiviel, ou bien 2 tasses à café (150 à 200 grammes) de chlorure de chaux sec, ou bien 500 grammes de chlorure de zinc liquide.
On les retirera du baquet, en les tordant, au bout d'une demi-heure d'immersion, qu'il suffit de renouveler tous les jours.
Les pièces de vêtement susceptibles d'être lavées seront soumises au même traitement.
Les pièces en drap et en tissus de laine seront envoyées, avec la literie, à l'étuve, ou bien désinfectées au soufre.
Quand les vêtements sont profondément souillés ou de peu de valeur, il sera préférable de les brûler.
Les taches et les souillures sur les planchers, les tapis, devront immédiatement être lavées, soit avec la solution bleue de couperose, soit avec un lait de chlorure de chaux obtenu en mêlant une cuillerée de chlorure sec à 1 litre d'eau.
Autant que possible les literies des malades devront être garnies de larges feuilles de papier goudronné pour prévenir le souillure des matelas.
Les matelas tachés ou souillés devront être humectés à l'aide d'un chiffon ou d'un tampon d'ouate, avec la solution bleue étendue de 5 fois son volume d'eau, ou avec la solution de 25 grammes de chlorure de zinc liquide par litre d'eau. Ces matelas pourront dès lors être enlevés sang danger par des voitures spéciales et désinfectés dans des étuves, soit par la vapeur, soit par l'air chauflé à + 1 10 degrés environ.
En l'absence d'appareils ou d'établissements aménagés à cet effet, les matelas devront être étalés sur des chaises dans une chambre close et exposés pendant vingt-quatre heures aux vapeurs soufrées à raison de 30 grammes au moins de soufre par mètre cube du local. Deux fois par jour on versera dans la cuvette des cabinels 2 litres de liqueur bleue, ou 2 lasses à café de chlorure de chaux sec, délayé dans 2 litres d'eau.
Une tasse à café de lu liqueur bleue ou de chlorure de zinc liquide à 45 degrés devra être versée chaque soir dans les tuyaux d'évier, les plombs, les conduites des eaux ménagères.
Partout où ce sera possible, on établira sur le trajet des tuyaux de chute des siphons ou tubes en plomb ou en grès recourbés en U, afin d'empêcher le reflux des gaz de l'égout dans l'intérieur des maisons.
Les ordures ménagères et les rebuts de cuisines devront être gardés dans une caisse bien fermée, à couvercle; chaque jour on répandra à leur surface soit un demi-verre de solution de couperose bleue, soit plusieurs cuillerées de chlorure de chaux en poudre. Ces débris seront descendus chaque soir dans une caisse métallique bien close, établie dans la cour de chaque maison; on en saupoudrera la surface avec du chlorure de chaux. Chaque matin cette caisse sera vidée dans les charrettes du service de la voirie. On déposera une certaine quantité de chlorure de chaux au fond de la caisse vide pour la désinfecter.
HïCiiiNE puBLiQiK. — Les principales mesures d'hygiène publique prescrites dans l'instruction consistent à redoubler de vigilance, avant l'apparition de l'épidémie et pendant sa durée, dans l'exécution rigoureuse des mesures de salubrité communes; à prescrire les inspections des maisons, des garnis occupés par la classe pauvre, pour y ordonner les améliorations indispensables; à instituer des visites médicales préventives faites par des médecins désignés à cet effet, qui exerceraient une surveillance sur la santé des habitants, insisteraient près des familles sur le traitement des dérangements intestinaux; à prévenir toutes les grandes agglomérations d'hommes sur un même point.
A prohiber l'accumulation des immondices, fumiers, résidus industriels en décomposition dans les cours et au voisinage immédiat des maisons.
A empêcher plus que jamais la stagnation des matières dans les égouts, surtout au-dessous des bouches ouvrant sur la rue.
A n'autoriser les opérations de vidange qu'à l'aide des tonneaux hermétiques, actionnés par la vapeur et brûlant les gaz sous la chaudière; désinfecter, après chaque opération, le radier et les murs de la fosse.
Surveillance et désinlection par les soins de l'administration de toutes les fosses fixes.
Avant la période qui précède une épidémie, curage complet des égout'^, des canaux et des fosses d'aisance.
Déclaration immédiate obligatoire à l'administration municipale, avant l'expiration des vingt-quatre heures, de tout cas de choléra survenu dans une maison, et immédiatement au commissaire de police, s'il s'agit d'un hôtel ou d'un logement garni, surtout si l'isolement du malade n'y est pas possible et si les conditions d'insalubrité y sont défectueuses.
Dans ce dernier cas, la chambre occupée momentanément par un cholérique ne pourra être livrée à un nouvel occupant qu'après désinfection complète par la combustion de 50 grammes de soufre par mètre cube.
Quand plusieurs personnes occupent une même chambre et que l'une d'elles contracte le choléra, la faire transporter immédiatement dans un hôpital ou une ambulance spéciale.
Dans toute maison où survient un cas de choléra, une inspection rapide doit être faite par un délégué de l'administration municipale, pour constater la réalité de la maladie et s'assurer que toutes les mesures de désinfection ont été prises.
Quand les garanties d'exécution et de sécurité ne seront pas suffisantes, les opérations de désinfection devront être faites par les soins de l'administration.
Les lavoirs publics devront être l'objet d'une surveillance particulière, aûn^que le linge souillé par les cholériques ne soit pas lavé en commun.
L'inhumation des cholériques devra avoir lieu le plus tôt possible. On devra défendre l'exposition des corps, réduire le nombre de personnes accompagnant le corps et lem- interdire l'entrée dans la maison.
Chaque poste de police doit renfermer un dépôt de matières désinfectantes par paquets
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