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T0T.\L DES MATIÈRES FIXES

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Ménière et Godefroy ont reconnu de plus la présence d'arséniates dans le dépôt de l'eau de cette source. Elle est employée en boisson seulement par les babitants de la contrée qui viennent y soigner leurs affections destomac, des voies liépatiques et urinaires, sans demander en général à cette eau l'action tonifiante et analeptique des principes ferrugineux qu'elle contient. A, R.

PRUI\I^'. Extrait fluide obtenu avec l'écorce du cerisier de Virginie [Prunus virginiana Widix), arbre très-abondant dans l'Amérique du Nord; nos cerisiers et pruniers indigènes fournissent un produit analogue. Le prunin renferme de l'amygdaline, de rémiilsine et de la pldoridzine; grâce à l'acide cyanliydrique qui s'y forme par le dédoublement de l'amygdaline, il constitue un remède très-utile contre l'excitation nerveuse, les maladies de l'estomac, les irritations locales; on l'emploie encore contre les lièvres liectiques, la scrofule et la plilbisie. La dose est de 4 grammes. L. Hn.

PRLRIGO. PRUBIT. Prurigo, pruritus, de prurire, démanger. Littré rapproche ce mot du sanscrit prush, brûler.

HisToniQUE. Les affections prurigineuses sont au nombre de celles qui ont fixé le plus tôt l'attention des médecins. Hippocrate les. signale à plusieurs reprises sous le nom de l.\iGu.oi [Aphor., sect. 111; Epidem. ,\ih. V). Mais il ne faut chercher dans les anciens auteurs aucune étude méthodique des dermatoses diverses dont le caractère essentiel est la démangeaison. Galieu fait un premier progrès, quand il définit ainsi le pruritus : Dotorifica voluptas in cute excitata ah acri salso ichore tenul, sine exîjlceratione (Cf. Dielrich, latrœum Hippo-

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cratis. iii-4", Ulm, 1G61). Cependant sa formule est encore trop compréliensive et trop vague.

Pline semble entrevoir la différence qui existe entre la gale et le prurigo.

Avicenne, plus clairement, fait remarquer que le priiritus ne s'accompagne pas, comme la gale, d'éruption pustuleuse.

Les Arabes comprenaient, d'une façon collective, sous le nom d'Esserrt, toutes les maladies de la peau accompagnées de démangeaison : ils confondaient complètement le prurigo, la gale, l'urticaire et l'eczéma.

Vers la fin du seizième siècle, Mercurialis, le premier, établit une distinction absolue entre le prnrihis maladie et le prurit symplùme, son texte mérite d'être cilé : « Oportet tamen ante alia adnotare quod omnes illi affectus. « quibus jungitur pruritus, différentes sunt ab lioc Pruritu, quia in illis vel « tumor, vcl exulceratio, vel excoriatio aliqua apparet ; in pruritu nibil horum. « Videntur carnes parummutatac, asperiores quidem alio paclo, sed sine tumore « iiisigni, exulceratione et excoriatione. Prseterea in illis alfectibus, qui junc- <( tum babent pruritum, a cote scmper cmanat aliqua sanies : in pruritu nibil (( émanât, nisi, ut ait Avicenna, qufcdam corpora furfuracea, atque ncque liaec « émanant, nisi cutis unguibus dilanientur (De ??ior5i.s cît/flnm, lib. II, cap. III, p. 6'i). Ainr,i se trouvent établis d'une part la distinction définitive entre le prurigo et le prurit, et d'autre ])art les caractères majeurs de l'espèce prurigo : démaugeaison cutanée sans modification apparente de la peau, sans exsudation, sans éruption. ()n ne constate guère qu'un état plus rugueux de l'épiderme. Les autres lésions résultent uniquement du grattage. Quant au terme prurit, il ne sert pins dès lors à désigner qu'un symptôme banal, plus ou moins important et commun à bon nombre d'affections. Pour A. Paré, démangeaison et prurit sont deux mots synonymes. Ilaffenrcffer sépare le pruritus général du pruritus localisé.

ïl faut arriver à Willan pour trouver une description précise du genre prurigo, rangé par le médecin anglais dans l'ordre des papules, entre le strophulus et le licben. « Les démangeaisons, dit Willan, sont un symptôme qu'on rencontre à un degré variable, dans un assez grand nombre d'affections cutanées, mais il est certains cas où ces démangeaisons constituent le pbénomène principal : en s'accompagnant de papules sans cbangement de couleur et sans autre altération de la peau » [Description and Treat. of Cutaneous Diseases. London, 1798). Willan avait distingué trois variétés de prurigo: le prurigo mitis, le prurigo formicans et le prurigo senilis, puis il avait décrit les diverses formes locales : le prurigo prœputii, le prurigo pubis, le prurigo urethralis, le prurigo podicis et enfin le prurigo pudendi nniUebris. Bateman, Plumb, Green et les autres élèves de Willan, n'ajoutèrent que peu de traits à la description de leur maître.

En France, Alibert [Monogr. des dermatoses, t. Il, p. 572) décrivit le prurigo comme « un genre d'éruption non contagieuse, se manifestant par des papules plus ou moins nombreuses, plus ou moins étendues, tantôt rouges, mais plus souvent de la couleur de la peau ; limitées ou universellement répandues sur la périphérie tégumentaire ». L'apparition de ces pustules est indiquée par Alibert comme constamment accompagnée d'une vive sensation de prurit, qu'il faut regarder dans ce cas comme un symptôme spécial et caractéristique. Pour Alibert, le genre prurigo appartient au groupe des dermatoses scabieuses au même titre que la gale. Ainsi le fait typique n'est plus ici, comme dans

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"Willan, la papule, mais au contraire le prurit : le caractère anatomique fait place au trait clinique le plus saillant. Alibert distingue, dans le prurigo, quatre espèces : le prurigo fiirfurant ou lichénoïde, le prurigo formicans, le prurigo pédicnlaire et le prurigo latent {prurigo sine prurigigine).

Rayer définit l'affection « une éruption caractérisée par des papules ayant à peu près la même couleur que la peau, accompagnées d'une très-vive démangeaison. Il admet, comme Willan, trois variétés principales : le prurigo milis, le prurigo formicans et le prurigo senilis, puis il décrit à part les variétés locales.

Biett et ses élèves, reprenant la division de Willan, insistent sur ce point que les deux premières variétés, le prurigo mitis et le prurigo formicans, sont plutôt dt'S degrés que des formes distinctes. Ils ne diffèrent que par l'intensité plus ou moins grande des symptômes. Pour l'école de Biett, le prurigo senilis n'est le plus souvent que le prurigo pédiculaire. Cazenave, après avoir classé le prurigo comme une éruption papuleuse, finit par le considérer comme une hypereslliésie cutanée {rotj. Cazenave et Schedel, p. 507, iSOO. — Cazenave, Maladies de la peau, 1800). Cliausit, comme Cazenave, fait du prurigo une névrose idiopathique de la peau, dont le siège serait dans le corps papillaire; il sépare la prurigo généralisé du prurigo local qu'il regarde comme un prurit simple sans papules (Chausit, p. 355, 1800).

Devergie s'attache avant tout à bien différencier le prurigo papuleux du prurigo sans pa|)ules ; il étudie spécialement le prurigo sans papules qui peut être général et partiel. Le prurigo ictérique est remarquablement étudié dans l'ouvrage de Devergie (p. 408 et suiv.).

Bazin, revenant à Willan, range le prurigo dans l'ordre des papules; puis au point de vue pathogénique il admet un prnrigo de cause externe (direct et pathogénétique), un prurigo arthritique, un prurigo herpétique et un prurigo scrofuleux (scrofulide boutonneuse bénigne).

Si l'on juge dans leur ensemble les classifications qui précèdent, ce qui frappe d'abord, c'est que, depuis le commencement de notre siècle jusqu'aux travaux de Bazin, toutes les descriptions des auteurs sont plus ou moins calquées sur celle de Willan : c'est toujours, sans variantes, le prurigo mitis et le prurigo formicans avec le prurigo senilis et le prurigo localis. Alibert, il est vrai, avait bien mis en relief l'importance capitale de la démangeaison; Devergie avait su distini;uer, de la façon la plus précise, le prurigo papuleux du prurigo sans papules, puis Bazin, à son tour, avait fait faire un grand pas à la question pathogénique. Mais tous les médecins, à l'exemple de Willan, persistaient à confondre sous la même rubrique et dans la même description la plupart des affections prurigineuses de la peau. Hebra eut le mérite de faire cesser cette confusion ; analysant le texte de Willan, il discerna dans l'ancien §rou\)e prurigo, quatre catér^ories de faits absolument indépendants : 1" une maladie cutanée spéciale, répondant de tous points au prurigo mitis et au prurigo formicans: 2° une irritation de la peau, sans lésion apparente et observée dans la vieillesse : prurigo senilis; 5° les sensations prurigineuses généralisées ou locales, éprouvées dans le cours de certaines affections (albuminurie, dyspepsie, ictère, aménorrhée, maladies de la vessie, etc.) ; A" les démangeaisons imputables à la présence de parasites; de ces quatre catégories la première seule, pour Hébra, méritait d'être appelée maladie de la peau; les autres, tributaires d'états patholoo-iques divers, n'étaient en i-éalité que des symptômes. Aussi le médecin de

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Vienne crut-il devoir restreiuilrc le terme de prurigo et l'appliiiuer uniquement aux variétés mitis et formicans de Willan, dans lesquelles l'affection est ordinairement papuleuse. Les autres catégories furent distraites du cadre et groupées sous le nom de prurit cutané [voy. Hebra, Traité des maladies de la peau, trad. franc, de Doyon, 1869). La réforme indiquée par Ferdinand Ilebra obtint un vif succès et la plupart des auteurs qui ont écrit depuis lui sur la question du prurigo ont adopté sa division ou, tout au moins, subi son intluence. Kaposi, Neumann, Auspilz et les dermatologistes allemands, ne font que commenter la doctrine de Ilebra. En Angleterre, Tilbury Fox, Wilson (1871), Neligan et Beldier, l'acceptent dans son ensemble. En Amérique, Dubring s'en fait l'écbo lidèle [voy. trad. franc. Bartliélemy et Colson, 1885). En France cependant l'accord est moins unanime. MM. Besnier et Doyon, tout en rendant justice à la création de Ilebra, regrettent le cboix de ses mots : Ilebra, décriventils, eût été mieux inspiré en désignant la maladie nouvelle sous un nom nouveau, quel qu'il fut : c'est toujours cbose liasardée que de déclasser une appellation pour l'appliquer à une chose nouvelle et spéciale, alors surtout que cette appellation, comme dans le cas actuel, est un véritable comble de banalité. Pour nous, nous n'avons trouve qu'un seul moyen de sortir véritablement d'embarras, sans rien sacrifier de ce qui doit être respecté. Nous appelons l'affection ici décrite sous le nom de prurigo de Ilebra et nous avons la conlîance de croire que notre proposition sera adoptée par les dermatologistes. Quant à rayer d'un trait de plume la qualification de prurigo de toutes les autres parties de la dermatopatbologie, nous n'y saurions consentir. Quoi qu'en disent l'illustre Ilebra et notre éminent auteur, il y a un prurigo pédiculaire, un prurigo sénile, un prurigo de la vulve, du scrotum et de l'anus, et jamais les métiecins ne se soumettront par décret à supprimer ces expressions de leur vocabulaire. Nous nous déclarons, pour notre part, satisfaits amplement, si les médecins consentaient seulement à ne jamais employer le mot prurigo sans qualilicatif : prurigo sans qualificatif veut dire simplement et exactement affection prurigineuse, dans laquelle les lésions cutanées sont essentiellement en grande partie le résultat des irritations mécaniques produites par le grattage qu'entraîne l'irritation provoquée (du dehors au dedans) dans le système nerveux tégumentaire.... Des considérations de même ordre sont applicables, au moins dans notre nomenclature française, au terme prurit, qui sert essenlicllcment à désigner en clinique un symptôme commun à plusieurs états pathologiques divers et non une affection propre. Nous pensons que le terme prurigo, malgré sa banalité, est encore plus propre à désigner une affection déterminée que le mot de prurit et nous le conservons au moins provisoirement (trad. et ann. de Kaposi, 1881, t. Il, p. 1 et 576).

M. Hardy conteste au prurigo de Hebra son individualité ; il pense que, dans la presque unanimité des cas, le prurigo n'est qu'une affection secondaire et symptomatique, soit d'une autre maladie de la peau, soit d'une altération du sang ou d'une affection du système nerveux. Mais, à l'exemple de Hebra, il ne regarde comme prurigo que la maladie avec éruption papuleuse et il sépare de ce genre les démangeaisons sans éruption, le prurigo latent d'Alibert, affection à laquelle il réserve exclusivement le nom de prurit {Dict. de méd. et de chir. prat., t. XXIX, p. 785).

Hillairet et Gaucher refusent, comme M. Hardy, de reconnaître l'autonomie du prurigo de Hebra, qu'ils considèrent simplement comme un prurigo compliqué.

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mais, (le plus, ils proposent de réinte'grer dans le cadre du prurigo certaines affections prurigineuses sans papules, reléguées par HeLra dans une classe spéciale sous le nom de prurit {Traité théor. et prat. des maladies de la peau, 1885, t. l, p. 580).

M. Vidal professe que le prurigo et le lichen, arbitrairement séparés par Wilian, sont deux modalités d'une même affection. Pour lui, le prurigo est un gros lichen, et le lichen un petit prurigo. Il refuse à Hebra le mérite de sa création et ne voit dans l'affecliori décrite par le médecin de Vienne que le lichen agriits des anciens dermatologistes {Ann. de dermat. et de syph., 1886. p. 6li). M. Brocq, comme M. Vidal, pense que le prurigo de Hebra n'est qu'une forme de lichen; il propose de réserver la dénomination de prurigo à ces éruptions de grosses papules excoriées et disséminées çà et là, qui sont souvent sjmptomatiques dune affection générale ou parasitaire. L'ancien groupe lichen lui semble devoir être actuellement réédiiié avec les divisions suivantes : lichen simplex aigu, lichen simplex chronique, lichen pohjmorphe mitis (!) et lichen poUjmorphe fero.v. D'après MM. Vidal et Brocq, letle dernière variété répondrait de tous points au prurigo décrit par Hebra.

Sous la dénomination de prurigo nous comprendrons ici toutes les derraopalhies dans lesquelles le phénomène initial, essentiel et caractéristique, est la démangeaison, avec ou sans coïncidence de papules. Quant au terme prurit, il ne désigne pour nous qu'un symptôme : nous en Aiisons le synonyme du mot démangeaison.

Nous décrirons d'abord, comme maladies autonomes, le prurigo de Hebra, le prurigo senilis, et le prurigo de Duhring, puis nous ferons l'histoire du prurigo symptomatique, généralisé et partiel.

Prurigo de Hebra (P. mitis et formicans de Wilian ; prurigo simple idiopathique de l'école de Vienne; scrofulide boutonneuse bénigne de Bazin; strofulus prurigineux de Hardy; prurigo compliqué d'Hillairet; lichen polymorphe fero.r de Vidal). Le prurigo, d'après Hebra, apparaîtrait toujours dans la plus tendre enfance ; il est cependant démontré que ce début est loin d'être constant. On peut admettre, avec M. Besnier, que, dans nombre de cas, l'affection ne se révèle qu'à un âge plus avancé, quoique toujours dans la jeunesse. Dans les cas les plus précoces, les premiers symptômes ne se manifestent guère avant la fin de la première année, et, au plus tôt, avant le huitième mois.

L'affection ne se présente pas dès l'abord sous son aspect définitif. Pendant les premiers temps, on ne constate guère autre chose que des poussées d'urticaire qui se succèdent sans régularité, jusque dans la seconde année de la vie. C'est seulement alors qu'au milieu des plaques ortiées apparaissent peu à peu les éléments caractéristiques. L'éruption consiste en petites papules dont le volume varie des dimensions d'un gram de millet à celles d'une tète d'épingle. Ces papules, pâles ou à peine rosées, restent souvent imperceptibles à la vue; elles ne sont souvent reconnues qu'au moyen du toucher, quoique du reste fort plates et, suivant l'expression populaire, situées entre cuir et chair. Les démangeaisons violentes qui accompagnent Téruplion rendent les papules plus saillantes par le fait du grattage qui en même temps les excorie. Aussi leur point central se couronne-t-il bientôt d'une croùtelle adhérente et brunâtre, formée d'une goutte de sang desséché. On constate souvent la persistance de la croùtelle après l'affaissement de la papule. Les grattages continuels auxquels se livre le malade déterminent en même temps, par le travail des ongles, des stries sanguinolentes,

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puis sur les téguments irrités se montrent des vésicules, des pustules et les lésions de l'eczéma à tous ses degrés. Enfin, sur les régions atteintes se montre à la longue une pigmentation brune, diffuse ; le derme, sur les membres envahis, s'épaissit et s'infiltre; les ganglions lymphatiques s'engorgent plus ou moins et peuvent même parfois suppurer (Kaposi). Ces diverses lésions secondaires sont communes à toutes les affections qui s'accompagnent de prurit, mais elle.s ne sont jamais aussi netles (jue dans le prurigo de Hebra, où elles affectent d'ailleurs des localisations très-spéciales.

La dissémination de l'éruption ne se fait pas au hasard sur la surAice du corps. Ce qui donne au contraire une physionomie unique au prurigo de llebra, ce qui permet de le reconnaître dès le premier coup d'oeil, c'est la prédilection marquée des lésions pour le côté de l'extension des membres, et leur intensité plus grande sur les membres inférieurs. Il en résulte que l'éruption paraît d'autant plus accentuée qu'on l'observe dans une région moins élevée. Voici, dans ses détails, la description de Hebra :

« Si l'on examine successivement les différentes régions du corps chez un malade atteint de prurigo, on trouvera le cuir chevelu complètement indemne de toute espèce d'éruption. La figure, notamment chez les malades jeunes, est ordinairement nette et d'une couleur pâle, ou bien on peut observer quelques papules observées sur les joues, les unes intactes, les autres altérées par des grattages. 11 y a toutefois des cas dans lesquels on en trouve un nombre considérable dans cette région; elle peut aussi devenir le siège d'un eczéma impétigineux. Il est rare de voir quelques traces bien prononcées de prurigo sur le cou ou la nuque, mais toute la région thoracique, sur les faces antérieure et postérieure, est recouverte assez uniformément de papules, les unes appréciables seulement au toucher, tandis que d'autres s'élèvent au-dessus de la surface cutanée, de manière à devenir visibles à l'œil, et que d'autres sont recouvertes d'une petite croûte de sang desséché. La peau de l'abdomen, celle de la région lombaire et des fesses, présentent un aspect analogue, mais c'est sur les membres, notamment sur leur surface dans le sens de l'extension, que l'on rencontre la forme la plus intense de la maladie. La peau y a une teinte plus foncée que partout ailleurs, et son épaississcment est en proportion de la durée de l'affection ; ses lignes et ses sillons sont plus distinctement marqués sur les surfaces dans le sens de l'extension que dans le sens de la flexion, et surtout aux poignets, sur le dos des mains, des doigts, et à la partie correspondante du coude-pied, oiî l'on peut voir des lignes profondes et apparentes beaucoup plus séparées que dans l'état normal. L'éruption est moins abondante au-dessus du coude que sur l'avant-bras, sur la cuisse que sur la jambe et sur l'extrémité supérieure que sur l'extrémité inférieure. C'est au-dessous du genou qu'elle est le plus fortement développée, et là il est facile, avec un peu d'habitude, de reconnaître tous les cas de prurigo, au toucher seul, car la peau, au contact, est aussi rude qu'une lime et, lorsqu'on passe dessus la main fermée, elle produit un son analogue à celui qu'occasionnerait une brosse à ongles à poils courts ou du papier grossier, et détermine une sensation de picotement dans les doigts. Non-seulement dans le prurigo ordinaire on trouve un plus grand nombre de papules et une rugosité plus accusée de la peau des extrémités inférieures que dans d'autres régions, mais c'est encore là que l'on rencontre la plus Grande quantité de pustules, ou l'eczéma le plus intense, quand ces accidents viennent s'y ajouter. Il est toutefois très-digne de remarque que, dans tous les cas de DICT. EUC. 2' s. XX Vil. 43

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prurigo, la peau qui recouvre le pli d'une articulation reste parfaitement intacte et paraît unie, douce et saine, ou seulement, dans des circonstances très-rares et exceptionnelles, pre'sente quelques papules ou un le'ger degré d'eczéma. Les aisselles, les coudes, les surfaces des poignets dans le sens de la flexion, la paume des mains, les aines, le creux des jarrets et la plante des pieds, sont, par conséquent, presque toujours indemnes, à la vue et au toucher. Lorsqu'il survient un eczéma ou un ecthyma considérable des jambes, les glandes lymphatiques les plus proches s'engorgent, notamment celles situées sur la face antérieure ou sur le côté interne des cuisses, et arrivent souvent à atteindre la grosseur du poing. Ces bubons ne sont pas nécessairement particuliers au prurigo; personne n'ignore qu'ils surviennent partout où il y a une ulcération ou une exsudation des régions dont les glandes enflammées reçoivent des vaisseaux lymphatiques, mais dans aucune autre affection ils ne s'observent aussi fréquemment tuméfiés d'une manière symétrique sur chaque côté du corps : aussi pourraientils rationnellement être appelés « bubons de prurigo ». Si à ces symptômes on ajoute une pigmentation de la peau qui marche pari passu avec les excoriations produites par les grattages, on est en possession d'une série continue de phénomènes que l'on ne rencontre complètement dans aucune autre maladie, et que l'on peut en conséquence considérer comme pathognomoniques du prurigo » (Irad. Doyon, 1. 1, p. 689).

Le prurigo de llebra, quelle que soit son intensité, suit une marche éminemment chronique ; elle est même le plus souvent incurable, et l'on cite à peine quelques cas où l'affection semble avoir totalement disparu {voy. Lang, Aiin. de dermat., 1880, 595). Mais le prurigo ne garde pas une physionomie immuable pendant toute la durée de la vie; il est soumis au contraire à des alternatives incessantes d'amélioration et de rechute. Dans les cas les moins graves, les symptômes s'amendent quelquefois à tel point que pour un œil peu exercé la maladie pourrait être considérée pendant quelque temps comme guérie : c'est ce qui arrive, par exemple, dans la saison chaude de l'année, lorsque sous l'influence d'une transpiration abondante la peau perd sa rudesse et n'est plus parsemée que d'un nombre tiès-restreint de papules.

Il faut distinguer dans la maladie de Hebra deux formes ou, pour mieux dire, deux degrés, répondant au prurigo mitis et au prurigo formicans de Willan. Dans ces cas bénins, le nombre des papules est peu considérable et la vivacité du prurit sensiblement atténuée. Par suite, les lésions secondaires, produites par le grattage, sont elles-mêmes réduites au minimum d'intensité. Au degré le plus marqué, l'affection, par l'étendue et le nombre des lésions cutanées, par le supplice incessant des démangeaisons, devient d'une haute gravité et empoisonne la vie de celui qui en souffre. Le prurit perpétuel énerve à la longue le malade, le fatigue et l'épuisé. Tourmenté par sou mal dès l'enfance, il devient trop souvent incapable de toute étude suivie et compromet ainsi son avenir. Repoussé de partout comme atteint d'une maladie contagieuse, à charge à lui-même et aux autres, fuyant toute société, il perd son courage et prend la vie en dégoût : Alibert et Hebra ont même vu des malades chercher un terme à leurs maux dans le suicide. Ajoutons avec M. Besnier que ces formes cruelles sont trèsrares, du moins dans le rayon de l'observation française. Un fait digne de remarque, c'est que les deux degrés de prurigo ne se succèdent jamais chez le même sujet. La maladie reste toujours telle qu'elle s'est montrée tout d'abord. Dans les cas graves, les symptômes se révèlent dès le principe dans toute leur

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intensité, et les cas bénins au début ne s'exaspèrent pas dans la suite des années. Gomme le fait remarquer Kaposi, un enfant de cinq ans atteint de prurigo ferox présente déjà sur la peau des lésions d'un degré beaucoup plus élevé qu'un individu de quarante ans qui n'est atteint que de prurigo mitis.

Diagnostic. Le prurigo de Hebra est d'un diagnostic difficile au début, car l'éruption revêt alors la forme de l'urticaire. Plus tard l'ensemble des symptômes devient assez caractéristique pour empêcher toute erreur : la teinte foncée de la peau, son épaississement, sa sécheresse ; les petites papules cioùtelleuses, mêlées aux lésions de grattage ; l'intensité décroissante de l'éruption à mesure qu'elle se montre dans des régions plus élevées; l'envahissement des membres du côté de l'extension ; l'intégt ité absolue du triangle crural et du creux des jarrets, tels sont les principaux traits qui permettent de reconnaître facilement l'affection, sans qu'aucun de ces signes pris en particulier soit vraiment pathognomonique. Il est néanmoins quelques cas qui peuvent prêter à confusion €l qu'il est utile de connaître. Dans l'ichthyose nacrée on constate sur les membres du côté de rextension, au siège même des lésions du prurigo de llebra, une sécheresse de la peau avec épaississement de l'épiderme, et en contraste absolu avec l'état des téguments du côté de la llexion, mais les autres symptômes, la pigmentation, les papules, font tout à fait défaut. Dans la gale, la phthiase, le prurigo sénile, l'urticaire chronique et, d'une façon générale, dans toutes les •dermatoses prurigineuses chroniques, il est commun de constater, comme phénomènes accessoires, des papules, des pustules, des placards d'eczéma et, dans certaines régions, une teinte foncée de la peau. Mais ces différentes affections présentent avant tout des caractères essentiels qui suffiraient au besoin à éclairer le diagnostic. De plus, les lésions dites de grattage ne se limitent jamais, dans ces cas, au siège particulier du prurigo de Hebra. Dans une seule circonstance cette localisation typique fait défaut : c'est lorsque le prurigo se complique d'un eczéma si intense que les lésions envahissent les régions épargnées d'ordinaire. La confusion se fait alors d'autant mieux que les placards suintants marquent les petites papules qui pourraient permettre de reconnaître le prurigo.

Anatomie pathologique. L'examen microscopique des éléments éruptifs n'explique aucunement les symptômes de l'affection qui nous occupe. Des recherches de Hebra, de Simon, de Reumaun, de Kaposi, de Derby, une seule chose résulte : c'est la similitude parfaite constatée entre les lésions du prurigo et celles du lichen simple (eczéma papuleux de Hebra et de Kaposi). La papule est uniquement constituée par une prolifération cellulaire, avec exsudation séreuse plus ou moins abondante, dans un groupe de papilles. Sur les régions <[u[ ont été longtemps le siège d'un prurigo intense, les altérations ne sont autres que celles qu'on observe d'ordinaire dans toute dermatite chronique : ce derme s'épaissit, ses vaisseaux se dilatent. Le corps muqueux de Malpighi est lui-même affecté; sa couche profonde prolifère, et l'on trouve des dépôts de pigment disséminés jusque dans le chorion (Kaposi, Gaucher). Les cellules dentelées de l'épiderme augmentent de nombre et de volume (Neumann). D'après Hillairet et Gaucher, on observe même à la longue des lésions des follicules pileux, des glandes sébacées et^sudoripares.

Cet état anatomique reste impuissant à expliquer : d'une part la localisation si bizarre des lésions, et, en second lieu, les démangeaisons si violentes qui

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caractérisent l'affection. Suivant l'opinion de Hebra, la sensation de prnnt serait la conséquence de l'irritation exercée sur les nerfs des papilles par le sériim exsudé. S'il en était ainsi, le même phénomène aurait lieu avec une intensité analogue dans toutes les dermatoses à processus exsudatifs : or aucune d'elles ne provoque des démangeaisons aussi vives. D'ailleurs rien n'indique que le symptôme prurit soit sous la dépendance exlusive de la formation des papules. Cazenavc, Rayer et Bazin, ont fait remarquer depuis longtemps qu'aucun rapport n'existe entre l'intensité du prurit et le nombre des papules. l\e s'agit-il pas là de phénomènes distincts, bien que connexes, et conservant, dans leur association, une complète indépendance? Aucun fait jusqu'à ce jour n'a démenti l'idée de Cazenave, qui regardait le prurigo comme une névrose cutanée avec éruption papuleuse ; la même cause première peut agir à la fois sur les vaso-moteurs et les nerfs tactiles des papilles.

Étiologiu;. D'après l'école viennoise, rien ne permet d'admettre que le prurigo puisse être transmis tel quel des parents aux enfants. Il semble néanmoins que celte maladie, qui si souvent débute dès les premières années de la vie, ne soit pas absolument étrangère aux iniluences héréditaires. 11 est d'ailleurs un fait qui contirme cette idée, c'est qu'il n'est pas très-rare de voir, dans la pratique, plusieurs enfants d'une famille atteints de cette même maladie. Ce qui vient alors des parents, c'est moins le prurigo lui-même que l'aptitude à le contracter : c'est le tempérament, la prédisposition diathésique. Hebra et Kaposi ont remarqué que la tuberculose de la mère prédispose l'enfant aux manifestations du prurigo. La syphilis des ascendants est indiquée par Alibert comme une cause possible du prurigo formicans. MM. Besnier et Doyon professent la même opinion touchant la scrofule et l'arthritisme des parents.

Parmi les causes accessoires on peut noter l'absence de soins, les conditions défectueuses d'alimentation et d'hygiène; le prurigo de Hebra est en effet plus commun dans la classe pauvre et dans la clientèle ordinaire des hôpitaux que dans les familles riches, mais cette particularité n'a rien d'absolu. Sous le rapport du sexe, le prurigo, d'après Hebra, Kaposi, paraît être plus fre'quent chez l'homme que chez la femme.

Traitement. Si la guérison radicale du prurigo de Hebra est au-dessus des ressources de l'art, il n'en est pas moins vrai qu'une intervention thérapeutique opportune peut, dans beaucoup de cas, atténuer ou même faire supprimer, pour un temps variable, les symptômes les plus pénibles. Le inodus faciendi sera réglé chaque fois suivant l'intensité de l'affection. Dans les formes légères, quand on observe seulement un petit nombre de papules, les grands bains prolongés, les lotions quotidiennes au savon de goudron ou à l'eau sulfureuse, donnent de bons résultats. Kaposi conseille de mettre chaque jour le malade au bain, pendant une heure, après l'avoir savonné ; à sa sortie du bain, le malade est frotté d'huile de foie de morue, d'huile de cadeou de graisse. Les eaux thermales sulfureuses sont également très-utiles. Plombières, Néris, Saint-Gervais, Royat, jouissent à ce point de vue d'une réputation légitime, mais Besnier et Doyon mettent au premier rang les eaux de Loëche en Valais.

Dans les cas plus intenses, les médecins de Vienne ont recouru à la solution de Ylemingks et à la pommade de Wilkinson modifiée par Hebra. La solution de Ylemingks se compose d'une partie de chaux vive pour (deux parties de soufre et vingt parties d'eau. Voici la formule de la pommade de Wilkinson modifiée :

PRURIGO. 677

"if Craie préparée 10 grammes.

Soufre sublimé ( ^ .[.

, Huile de cade ( aa U

Savon vert •.••(». ..^

Axonge.. . '. i »^ '''^ "

Une friction quotidienne avec cette pommade amène [en dix à douze jours une sédation notable dans les symptômes du prurigo ferox. Les démangeaisons diminuent et le sommeil est rendu aux malades. Pour calmer le prurit on peut encore employer les lotions vinaigre'es, alcoolisées, glycérées, ou encore les solutions faibles d'acide phénique, de sublimé, de chloral. llillairet et Gaucher donnent les formules suivantes :

?£ Acide phénique cristallisé 2 grammes.

Alcool 10 —

Glycérine 20 —

Eau 200 —

^ Sublimé corrosif 10 à 20 centigrammes.

Eau de laurier-cerise . 10 grammes.

Eau distillée 240 —

2f, Hydrate de chloral. 5 grammes.

Alcool 2fl —

Eau 50 —

L'enveloppement avec la toile de caoutchouc donne aussi très-souvent d'excellents résultats.

Quand le prurigo se complique d'une éruption de pustules ou d'un eczéma étendu, les topiques excitants doivent faire place aux applications émollientes, aux poudres inertes, aux pommades les plus calmantes. Kaposi recommande la pommade borique employée sous cette forme : acide borique, cire blanche, âalO; paraffine, 20; huile d'olives, 60.

Indépendamment de la lésion locale, le traitement doit viser toutes les indications personnelles et constitutionnelles. L'huile de foie de morue, le quinquina, les toniques, seront prescrits aux malades débilités ou strumeux. Kaposi et F. Besnier ont observé souvent une atténuation non douteuse des symptùines du prurigo par l'administration à l'intéineur de l'acide phénique. M. Besnier élève la dose jusqu'à l^^SO dans les vingt-quatre heures. Kaposi l'a portée jusqu'à i S'", 50. Dans ces dernières années, M. Besnier à obtenu des résultats momentanés très-remarquables par des injections sous-cutanées de pilocarpine, sans dépasser la dose de 2 centigrammes 1/2.

Prurigo senilis. Le prurigo]senilis est connu depuis l'antiquité : llippocrate met au nombre des maladies des vieillards le prurit étendu à tout le corps. Depuis Willan et Bateman, la plupart des dermatologistes mentionnent le prurigo senilis et lui assignent une place spéciale dans le cadre dermatologique.

La physionomie de l'affection se distingue assez peu du prurit généralisé, appartenant à d'autres causes. Toutefois, suivant Rayer, l'éruption papuleuse, symptomatique du prurigo, est ordinairement plus intense dans la vieillesse qu'à tout autre âge.

Quelle est la cause réelle du prurigo senilis? Il est aujourd'hui hors de doute qu'il n'a aucun rapport avec la phthiriase : tout au plus peut-on dire, avec quelques auteurs, que l'état de la peau, dans le prurigo senilis, est plutôt favorable au développement du phthirius. On attribue en général l'affection à une altération régressive de la peau. Très-souvent en effet, chez les vieillards

678 PRURIGO.

affligés de prurigo, les téguments sont parcheminés et ridés; il est cependant des cas où la peau garde toute son intégrité, et où la couche graisseuse est parfaitement normale. L'atrophie, il est vrai, peut se limiter aux papilles, à l'exclusion des autres parties de la peau, mais nous ignorons complètement le mécanisme par lequel cette lésion peut produire le symptôme prurit.

Une fois confirmé, le prurigo senilis devient absolument incurable : les efforts du traitement ne peuvent que l'atténuer.

Prurigo de Daur.iJNG {prurit hiemalis). Sous la dénomination de prurit us hiemalis, Duhring (de Philadelphie) a, le premier, distingué et décrit une affection prurigineuse spéciale, relevant de l'influence saisonnière (Pruritus hiemalis, an undescribed form of pruritus by A. Duhring. In Philadelphia med. Times, 1874, et tiré à part). D'après Duhring, c'est généralement en automne, dans la période des premiers froids, que la maladie apparaît; mais il faut ajouter que le moment favorable au développement de l'affection varie notablement suivant les années et suivant les climats. La maladie de Duhring est surtout commune dans les contrées septentrionales, elle devient moins fréquente à mesure qu'on avance vers le sud : on l'a cependant vue au Caire (sous le 50^ degré de latitude nord). Comme dans cette [région le thermomètre ne descend pas en hiver au-dessous de 5 degrés centigrades, il devient difficile d'accepter que toujours la cause de ce prurigo soit le froid : ce qui paraît probable, c'est que le point de départ de l'irritation cutanée réside moins dans le froid lui-même que dans un changement brusque de la température. Mais, si l'action atmosphérique joue ici le rôle principal, il est certain, d'autre part, qu'une véritable importance doit être attribuée à certaines conditions adjuvantes ayant trait à l'hygiène, au régime, aux tendances constitutionnelles, et spécialement à l'arthritisme. Cette particularité, passée sous silence par Duhring, a été relevée par M. Besnier.

Le début de l'affection est graduel ou subit. Les signes objectifs sont complètement nuls. La peau, au début, parait saine, sans hyperémie, sans desquamation, sans lésion folliculaire d'aucune sorte, sans altération des pupilles. Le seul symptôme, c'est le prurit : prurit tenace et pénible, s'exaspérant surtout le soir et atteignant son maximum d'acuité dans l'heure qui suit le coucher. Alors le malade, en proie à un irrésistible besoin de grattage, se laboure tout le corps de ses ongles jusqu'à ce qu'il tombe de sommeil. Le matin les démangeaisons sont plus rares et, en tous cas, moins vives que la nuit. Dans la journée,, le calme est absolu, mais la chute du jour ramène les tourments de la veille. Lorsque l'affection se prolonge, les téguments d'abord intacts se couvrent peu à peu d'excoriations, d'égratignures, de crevasses; l'épiderme devient rude; les poils sont çà et là enlevés ou cassés ; les follicules s'enflamment, et, dans les cas intenses, survient une dermatite plus ou moins étendue. Le prurigo hiemalis peut atteindre toutes les régions du corps, mais il affecte de préférence les membres inférieurs, surtout le bas des cuisses, les genoux, le creux poplité, les mollets et les chevilles ; il siège plutôt sur les surfaces glabres que sur les régions très-velues. Il change d'ailleurs très-facilement de place (Duhring). La durée de l'affection et ses alternatives d'amélioration ou de rechute sont intimement liées aux changements de température. Dès que le froid diminue, le nialade se trouve soulagé. Cependant, chez quelques personnes, Duhring a constaté la persistance de l'affection en été (trad. Barthélémy et Colson, p. 705). La description qui précède s'applique aux cas typiques, mais chez beaucoup de

PRURIGO. 679

sujets elle garde une forme fruste et attire à peine l'attention ; il faut rlistinguer plusieurs degrés dans l'arfection.

Pour calmer la violence des démangeaisons, Duhring conseille d'employer la glycérine, la vaseline, les préparations au goudron et à l'acide phénique ; il préconise aussi l'emploi des bains alcalins. Mais ces différents remèdes, loin d'être infaillibles, présentent souvent, dans l'espèce, plus d'un inconvénient. Le malade évitera de se couvrir trop lourdement et de porter du linge trop grossier; il s'abstiendra d'excitants, de spiritueux, de marée, et, d'une façon générale, de tous les aliments fortement épicés : d'après M. Besnier, le poudrage de la peau avec l'oxyde de zinc ou le bismuth et les bains de vapeur à basse température donnent chez certains sujets les meilleurs résultats. Dans l'état de nos connaissances, le traitement du prurigo d'hiver ne peut guère être que symptomalique. Notons cependant la pratique d'Obersteiner qui, considérant l'affection comme une véritable névrose, agit à la fois localement par les topiques appropriés, et sur le système nerveux général au moyen de l'arsenic {Wiener medizinische Wonhenschr., nM6, 1884).

Prurigo symptomatique. On désigne sous ce nom un trouble fonctionnel de la peau consistant uniquement en sensations prurigineuses sans altération préalable de structure, et intimement lié à une maladie générale ou locale. Cette définition élimine de l'étiologie du prurigo toutes les affections cutanées qui peuvent s'accompagner, à un moment donné de leur évolution, de démangeaisons plus ou moins opiniâtres.

I. Pnirk/o généralisé. Le prurigo symptomatique peut être généralisé à la surface du eorps ou n'occuper qu'une région. Le prurigo généralisé se montre dans de nombreuses circonstances ; il a parfois pour causes des troubles dyspeptiques, il peut être dû à des vers, à des hémorrhoïdes, à l'ingestion de certaines substances et en particulier à l'opium; une alimentation défectueuse, l'abus des spiritueux, sont probablement impuissiints à le produire, mais l'exaspèrent à coup sûr; Hebra le signale dans le cancer de l'estomac et du l'oie. 11 est trèscommun dans l'ictère, surtout l'ictère chronique. Frerichs l'a constaté dans le cinquième des cas etWickham Legg, d'après Duhring, l'a observé 68 fois sur 100. Ce prurit ictérique, bien connu surtout depuis la description de Devergie, est caractérisé par des démangeaisons très-violentes et quelques rares papules de très-petit volume qui ne surviennent habituellement qu'après l'apparition du prurit. L'éruption peut même faire défaut, sans que pour cela les démangeaisons soit moins vives. Celles-ci s'étendent à toute la surface du corps, mais c'est surtout à la paume des mains et à la plante des pieds, entre les orteils, qu'elles sont le plus fréquentes et en même temps le plus vives (Straus). Elles sont surtout intenses la nuit et peuvent même priver le malade de tout sommeil. Une nourriture excitante et la chaleur les exagèrent. Parfois le prurigo se montre avant l'ictère; deux fois Graves l'a vu précéder la jaunisse de dix jours dans un cas et de deux mois dans l'autre [Lect. on the Pract. of Med. Dublin, 1864). Flint, Legg, E. Besnier, ont observé des faits semblables. Ordinairement le prurigo survient dès le début de l'ictère ou quelque temps après; il peut être très-tenace ou au contraire fugitif; on l'a vu disparaître et revenir ensuite. L'intensité des démangeaisons n'est aucunement en rapport avec celle de la jaunisse; on voit le prurigo apparaître dans des ictères modérés, tandis qu'il fait défaut dans d'autres cas très-accentués ; quelquefois il ne se développe qu'à une époque où la matière colorante de la bile a été enf grande partie résorbée (Hebra).

680 PRURIGO.

On rencontre e'galement le prurigo dans le cours du mal de Bright. M. Dieulafoy distingue chez les brightiques trois variétés de démangeaisons H" le prurit simple, sans éruption, sans rougeur, sans modification cutanée; 2" des sensations de fourmillement; 3" des sensations de chatouillement comparables à la sensation que produirait un insecte marchant sur la peau {Soc. méd. des hôpitaux, \2 mai 1882).

Le prurigo diabétique est signalé et décrit dans tous les ouvrages spéciaux ; il se manifeste quelquefois dés le début de la maladie et peut ainsi révéler un diabète ignoré jusqu'alors (Garrod, Leegen, Lécorché). La goutte, ou plus exactement l'arthritisme dans ses nombreuses manifestations, la tuberculose (Kaposi), les maladies organiques de l'utérus et des ovaires, l'aménorrhée, la ménopause, sont autant de causes de l'affection. Indépendamment du prurigo vulvaire, on observe quelquefois, dans le cours de la grossesse, un prurigo généralisé, sans lésion cutanée apparente. Gazeaux et Taruier rapportent, d'après Slaslieuvat- Lagémart, l'observation d'une femme qui, dans huit grossesses successives, éprouva des démangeaisons assez fortes pour déterminer laccouchement prématuré. Ces démangeaisons, rebelles à toute espèce de traitement, se montraient à des époques variables, du sixième au huitième mois; elles se manifestaient presque immédiatement sur toute l'étendue de la peau et présentaient une intensité incroyable. L'accouchement fini, le prurigo disparaissait [Gaz. méd., 1848, p. 204). Gazeaux, llebra, Bulkley, ont vu des faits analogues, mais moins graves.

Le prurigo s'observe aubsi dans certaines maladies du système nerveux, émotions morales dépressives, nervosisme, hystérie (Duhring) ; il y a là, suivant la remarque de Kaposi, une analogie complète avec les causes qui donnent lieu à l'urticaire chroniqua.

L'influence saisonnière sur la marche du prurigo est très nette, le prurigo augmente en hiver et s'atténue ordinairement pendant la saison chaude. Si nous connaissons aujourd'hui la plupart des conditions morbides au milieu desquelles apparaît le prurigo généralisé, il faut bien reconnaître que, dans la grande majorité des faits, la nature des rapports et la cause et l'effet nous échappent complètement. Le plus souvent, d'après M. Besnier, le prurit et les divers états pathologiques qu'il accompagne sont deux phénomènes connexes, mais non hiérarchisés, procédant l'un et l'autre de la même source dont ils sont, à titre égal, des manifestations ou des localisations. Dans d'autres circonstances, le prurigo symptomatique peut être considéré comme un phénomène pathogénétique ou réflexe. Mais l'interprétation des faits devient très-difficile aussitôt que l'on sort des généralités. Quelle est, par exemple, le mécanisme intime du prurigo ictérique? Presque tous les auteurs l'attribuent à l'irritation des papilles par la matière colorante de la bile : or nous savons que le prurigo peut précéder la jaunisse, et, d'autre part, on voit chaque jour des malades ictériques n'avoir aucune démangeaison : il est donc logique de conclure que, si le prurigo hépatique résuite de la pénétration dans le derme, d'une matière excrémentitielle de la bile, non éliminée par les voies naturelles, cette matière à coup siir n'est pas le pigment. Mais aussi bien, ajoute M. Besnier, pourrait-on émettre l'idée qu'il s'agit, dans ces cas, d'un prurigo réflexe à foyer hépatique {loc. cit., p. 578).

Le pronostic du prurigo généralisé est absolument incertain; il dépend tout entier des circonstances qui l'ont fait naître, et peut persister de longues années ou disparaître rapidement.

PRURIGO. 6S1

II. Prurigo localisé. Il est rare que le prurigo envahisse d'un seul coup et d'une manière uniforme toute la surface du corps; il montre d'ordinaire une prédilection manifeste pour certains points détermines : c'est ainsi qu'à la tète il occupe spécialement l'aire du cuir chevelu, le pourtour du nez ou de la bouche, sans cesser pour cela d'être, dans son ensemble, un prurigo généralisé.

Tout autre est l'affection dont nous voulons parler. Celle-ci se localise nettement et d'une façon exclusive sur une région déterminée du corps où elle persiste souvent, avec une ténacité désolante, pendant des mois et des années.

Le prurigo partiel siège presque toujours sur les parties génitales et la région de l'anus. On l'observe plus rarement sur la paume des mains et à la plante des pieds. Partout ailleurs il est exceptionnel.

a. Le prurigo génital de la femme (prurigo pudendi midiebris) est caractérisé par des démangeaisous tsès-violentes, limitées à la vulve et à l'entrée du vagin, sans lésion cutanée préalable. Le grattage effréné auxquels se livrent les malades détermine à la longue des désordres secondaires (érytlième, excoriations, eczéma des grandes et petites lèvres, hypertrophie du clitoris, catarrhe vulvo-vaginal,etc.). Ces désordres locaux finissent même quelquefois par retentir sur l'état général. En proie à une démangeaison perpétuelle, perdant l'appétit et le sommeil, les malades maigrissent et s'épuisent ; dans les accès paroxystiques, des accidents convulsifs, des crises hystériques, peuvent se manifester. Enfin il est certain que ce prurit localisé et la douleur voluptueuse causée par les grattages sont capables d'éveiller l'excitabilité sexuelle et de conduire certaines femmes à des habitudes d'onanisme. Les causes du prurigo vulvaire se confondent souvent avec celles du prurigo généralisé; l'affection est particulièrement signalée dans le diabète : aussi est-il prudent de rechercher toujours la présence du sucre dans l'urine, chez les femmes atteintes de prurigo vulvaire, en dehors d'une éruption d'eczéma ou d'un écoulement vénérien. Chez les Jeunes enfants, le prurigo génital est fréquemment l'indice de vers intestinaux. Mais la plupart du temps, 'chez les grandes personnes, l'existence de l'affection se rattache à dos troubles divers de l'appareil sexuel : dysménorrhée, ménopause, ovarite, stérilité, néoplasmes. Ilebra a signalé le prurigo des parties génitales comme un prodrome éloigné delacarcinose utérine. Dans la grossesse, les démangeaisons opiniâtres de la région vulvaire sont un phénomène trèscommun. Le prurigo localisé peut devenir tellement insupportable qu'il détermine chez les femmes une surexcitation suffisante pour provoquer l'avortement ou l'accouchement prématuré (Tarnier et Budin, Charpentier). Habituellement les démangeaisons disparaissent après la délivrance; si, par extraordinaire, elles persistent, on les voit alors s'aggraver à cause de l'attrition que les parties ont subie (Churchill, Irritabilité des maladies des femmes, 1881).

En l'absence de symptômes pathognomoniques, le diagnostic du prurigo vulvaire ne peut être établi que par une étude attentive de la marche de l'affection et de ses commémoratifs, La confusion est particulièrement facile avec l'eczéma chronique des grandes lèvres, puisque, si l'eczéma s'accompagne de prurit, le prurigo d'autre part se complique assez souvent d'eczéma. Dans les cas difficiles le traitement de l'eczéma servira de pierre de touche : si les démangeaisons disparaissent à mesure que la peau revient à son aspect ordinaire, c'est qu'elles étaient simplement provoquées par l'éruption vésiculeuse ; persistent-elles au contraire, malgré la guérison de l'eczéma, on pourra affirmer l'existence du prurigo.

682 1 PRURIGO.

h. Le prurigo génital de l'hoinme, plus rare à beaucoup près que celui de la femme, se montre au périnée, sur le scrotum, au méat et sur la muqueuse de l'urèthre. Le prurit, très-pénible et ordinairement très-tenace, s'exaspère par la chaleur et la marche ; il est plus violent le soir et la nuit que le jour. La peau des bourses devient rouge et rugueuse au toucher ; on y trouve peu de papules ; souvent même l'éruption fait totalement défaut, mais, sous l'influence des grattages, survient parfois un eczéma qui rend encore ici, dans bon nombre de cas, le diagnostic difficile. On sait que le prurit urélhral, spécialement en arrière de la couronne du gland, est un phénomène réllcxe, très-commun dans le cas de calcul vésical.

c. Le prurigo anal [prurigo podicis) se propage fréquemment à la partie inférieure de la muqueuse rectale ; il peut aussi s'étendre le long du périnée. Les démangeaisons se présentent sous forme de paroxysmes à la suite de la marche et de la défécation. La chaleur et la station assise contribuent également à les rendre plus insupportables. Quand l'affection est ancienne, la peau, dans la marge de l'anus, s'épaissit et se ride en prenant une teinte foncée; on peut aussi constater des excoriations, des fissures s'étendant jusqu'à l'orifice anal. Dans d'autres cas, la peau rouge, lisse et luisante, ressemble à une muqueuse. L'existence de papules est très-difficilement constatée. Le prurigo anal est assez souvent lié à la présence d'oxyures, d'Iiémorrhoides, d'une fistule (Hardy). On le rencontre surtout chez les individus goutteux, herpétiques, diabétiques. D'après la remarque de Devergie, le prurigo du })érinée et de l'anus, indépendi'mment de toute fistule, serait assez commun chez les tuberculeux.

d. Le prurigo des mains et celui de la plante des pieds sont d'observation plus lare. L'affection, toujours symétrique, s'accompagne quelquefois d'une sécrétion locale exagérée de la sueur ; sa cause est ignorée, son intensité, sa durée, sont extrêmement varial)los. Alibert, qui le premier l'a décrite, a montré, par quelques exemples, qu'elle pouvait acquérir une réelle gravité.

Traitement. Le prurigo symptomatique doit être traité d'abord dans ses causes; ce n'est le plus souvent que par une étude attentive de létat général du sujet qu'on arrive à guérir ou à alterner l'affection. Les médicaments internes (arsenic, belladone, quinine, pilocarpine, acide phénique) peuvent, suivant les cas, exercer une action plus ou moins favorable. Mais il faut en même temps surveiller le régime, régulariser les fonctions et placer le malade dans les meilleures conditions hygiéniques, se rappeler que l'aflection peut provenir de désordres locaux et surveiller l'état des organes génitaux de la vessie et du rectum.

Quant au traitement topique, il variera forcément, suivant le siège et le degré des démangeaisons. Les malades présentent d'ailleurs, à légard de la médication, des susceptibilités très-différentes. L'eau froide et l'eau très-chaude réussissent assez souvent, soit sous forme de bains, soit sous forme de lotions. On peut encore recommander les solutions éthérées ou alcoolisées, l'eau de laurier-cerise, l'acide phénique, le vinaigre, l'eau blanche, le chlorhydrate d'ammoniaque, la potasse, le borax, la soude, le sublimé, le chloral, le thymol (Duhring), l'essence de menthe poivrée (Taylor), les poudres de camphre, d'oxyde de zinc et de bismuth. Enfin, dans la plupart des cas, la cocaïne réussit à merveille contre le prurigo vulvaire. Bazin recommandait le liniment suivant :

PSCÉ (Eau minérale de). 685

Eau de chaux I ^ -a .

,,, . • I âa 50 grammes.

Glycurine I "

Huile il'amandes douces (lO —

Essence de romarin V gouttes.

Chez les femmes enceintes, M. Tarnier emploie une solution de sublimé qu'il formule ainsi :

Bichlorure de mercure 2 grammes.

Alcool 10 —

Eau de roses 40 —

Eau distillée 450 — .

Le liquide s'emploie pur, en lotions répétées le matin et le soir. Les premières applications déterminent toujours une cuisson assez vive et nécessitent ordinairement un lavage consécutif à l'eau fraîche. Mais l'emploi de la préparation devient de moins en moins douloureux, et la gucrison est ordinairement très-rapide.

Le prurigo anal est assez bien calmé par les suppositoires de beurre de cacao avec addition de morphine, de laudanum, de belladone, de créosote (Kaposi). Les réfrigérations locales et les applications d'eau très-chaude apportent aussi un réel soulagement.

Le prurigo scrotal est rapidement amélioré par la méthode des scarifications linéaires, d'après le système de iM. Vidal.

Contre le prurit de l'ictère, Legg recommande spécialement les pommades au calomel ou au précipité blanc; Murchison préconise les liniments chloroformés et les solutions étendues de cyanure de potassium. Straus conseille d'éviter l'usage interne de l'opium, qui congestionne le système porte et entrave l'élimination de la bile ; il administre de préférence lu belladone et la ciguë.

A. PlGNOT.

VRVS (Clovis-Re>'é). Né à Noyon le 28 avril 1793, servit dans l'armée, fut reçu docteur en 1827 [Rech. nouv. mr la nature et le ira item, du cancer de l'estomac. Paris, 1828), puis devint au concours médecin de Bicètre et de la Salpètrière. Il publia plusieurs mémoires sur les maladies des vieillards [Acad. (le méd., t. VIII, X, XI) et un B.app. sur la peste et les quarantaines (Paris, 1846). Peu après cette dernière publication, il fut nommé médecin sanitaire à Alexandrie d'Egypte, et vint mourir à Paris le 12 janvier 1850. L. Un.

PRUSSIQUE (Acide). Voy. C\'A^"HYDRIQUE.

PSA.l!Mm0DRO9iE. La seule espèce que renferme ce genre, le Psammodrome d'Edwards, se distingue des Lézards proprement dits {voy. ce mot) par les doigts faiblement comprimés, carénés en dessus, sans dentelures latérales, et par l'absence d'un véritable pli de la peau en travers du cou. Ce reptile habite les dunes au pourtour de la Méditerranée. H.-E. Sauvage.

Bibliographie. — Duméril et Bibro;(. Erpétologie générale, t. Y. — Sciireieer (C.). Herpetologia europœa, 1875. E. S.

* PSCÉ (Eau minérale de). Athermale, bicarbonatée ferrugineuse faible^ sulfureuse faible. (Département de la Vienne, dans l'arrondissement et à 15 kilomètres de Loudun.) Eau transparente et limpide, sans goût bien marqué.

6S4 PSEUDACONITINE.

et d'une odeur franchement sulfureuse. Sa température est de H°,8 centigrade; l'analyse en a été faite par Poirier en 1850. 1000 grammes d'eau ont donné à ce chimiste les principes suivants :

Bicarbonate de chaux O.USi

— protoxyde de fer 0,0074

— potasse 0,0040

Sulfate de magnésie 0,0294

— chaux.. ; 0,0266

Chlorure de calcium 0,08S7

— magnésium 0,06.51

Sulfure de calcium 0,0058

Alumine 0,0233

Silice 0,0240

p, . . ) matière organique soluble 0,0020

oiainne. . , i„soluble 0,0100

Perte 0,0011

Total des matières fixes 0,4340

Gaz acide sulfhydrique libre 0«',0003

Cette source est employée en boisson et en lotions par quelques personnes du voisinage, qui viennent y soigner leurs affections de la peau et des membranes muqueuses accompagnées de catarrhes chroniques. Comme le débit de la source est très-faible, sa fontaine est peu fréquentée. A. R.

PSEi.LL'S (Michel). Médecin grec, qui vivait à Constantinople dans le onzième siècle et passait pour l'un des plus grands savants de son temps. C'est un témoignage que lui rend Anne Comnène dans son histoire (liv. V). Zouare, au contraire, lui refuse toute instruction (liv. XVIIl). Il est certain, cependant, que Constantin Ducos lui confia l'éducation de son fils Michel Ducos, surnommé Parapinace, et qui fut précipité du trône en 1078 par iSicéphore Botoniate; dans cette circonstance Michel Psellus, persécuté et dépouillé de ses biens, se retira dans un couvent oiî il mourut au bout de peu de temps à un âge avancé.

Psellus a composé et dédié à Constantin Ducos un traité des aliments compilé des anciens auteurs grecs et surtout de Galien {De victus ralione, I, II; Basileae, 1529, trad. par G. Valla) ; divers autres ouvrages manuscrits de cet auteur sont enfouis dans les bibliothèques publiques. L. Hn.

PSEL^D ACÉTIQUE (Acide). On a donné ce nom ou celui de biityro-acétique à un acide qui se forme dans la fermentation du tartrate de calcium; on a reconnu depuis que ce corps n'est autre chose que de l'acide propionlque {voy. ce mot). L. Hn.

PSEUDACOXIIN'E C"A"AzO^=C-'H'''AzO^(OH)\ Alcaloïde amorphe, obtenu même temps que l'aconine dans la préparation de l'aconitine et de la pseudaconitine ; elle est un produit de dédoublement de cette dernière, de même que l'aconine dérive de l'aconitine. Les sels de pseudaconine sont amorphes.

PSEUDACOA'iTiniE. C^^IF^AzOï-'. Alcaloïde cristallisable, contenu dans la racine d'Aconitum napellus à côté de l'aconitine, et formant le seul principe vraiment actif de VAconitum ferox. Elle fond à 104-105 degrés et est moins

en

PSEUDARTHROSE. 685

soluble que l'aconitine dans l'alcool, l'éther et le chloroforme; elle est doue'e d'une saveur brûlante; l'acide pliosphorique ne la colore pas. L'acide chlorhydrique étendu lui enlève de l'eau et la transforme en apopseiidaconitine, C^«H"AzO*S fusible à 102-105 degrés. Chauffée en vase clos à 14 degrés avec de la potasse alcoolique, elle se transforme en acide diméthylprotocatéchique et en une base, la pseudaconine C^'H^'AzO".

L'apopseudaconitine paraît être un anhydride, la pseudaconine une base tétraliydroxylée, la pseudaconitine contenant, d'après Wright et Luff, 3 groupes d'hydroxyle et un reste d'acide aromatique :

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