LUTZ
s 8 ROPiii LI'S. En lisant les travaux qui out eu pour objet I'liistoire de cette maladie, on peut se convaincre que le nom de « stropbulus » ne repond pas a une affection generique de la peau bien determined. Les contradictions abondent, en effet, dans ces descriptions. Tout en pretendant faire du strophulus une maladie speciale, les auteurs out cree des varietes que je rappellerai plus loin et qu'il est bien difficile de ne pas considerer comme des affections entitlement differentes les unes des autres. Elles correspondent, en efl'et, au lichen, au prurigo, a 1'erytheme. D'autre part, les uns regardent le strophulus comme eminemment prudgineux, tandis que pour d'autres il Test a peine; loin de le reserver exclusivement a la premiere enfance, quelques-uns afiirment Tavoir observe chez 1'adulte; pour ceux-ci, il occupe principalement la face, pour ceux-la, il se voit sur toutes les parties du corps, a 1'exception de la face. De ces considerations si opposees il est difficile de ne pas conclure que ce vocable ne s'applique a aucune espece morbide en particulier, et qu'il est plus conforme a la verite de le prendre comme une expression generate renfermant en bloc toutes les affections papuleuses qui atteignent les jeunes enfants pendant la duree de 1'allaitementet de la dentition, affections connues sous les noms vulgaires de feux de dents, de rouyeurs, etc. ; il est a ces etats pathologiques ce que gourme est aux affections vesiculeuses et pustuleuses qui se developpent a la meme epoque de la vie. G'est a ce litre seulement que le mot stro phulus merite d'etre conserve.
SYMPTOMES. Les elements locaux de plusienrs maladies cutanees, telles que le lichen, le prurigo, 1'erytheme, se retrouvent dans le strophulus; mais la place la plus importante esttenue, sans contredit, par le lichen, souvent attenue', il est vrai, mais si commun, que le strophulus a pu etre considere comme une affection lichenoide de la peau. Telle est 1'opinion adoptee par Cazenave et par Bazin (Lefons sur les affections generiques de la peau, p. 321).
Dans les cas les plus simples et les plus habituels, le strophulus est constitue par une eruption de papules rouges, roses ou blanches, mais surtout d'un blanc rose, entourees a leur base d'un cercle erythemateux, distinctes les unes des autres, et pen conlluentes. Ge'neralement arrondies, elles sont leyerement saillantes, avec tendance a devenir acuminees. Leurs dimensions sont pelites; elles ne depassent pas le plus souvent celles d'une tele d'epingle ou d'un gros grain de millet; elles sonl parfois assez grosses; elles sont le siege d'un prurit, assez vif pour que les enfants cherchent a se soidager en se grattant, d'ou resultent des ecorchures et des croutes blanchatres au niveau des boutons. QueJquefois ce prurit est tres-intense ; il augmente le soir, surtout par 1'effet de la chaleur du lit, et rend le sommeil rare ou agite.
Le strophulus siege tantot sur la face, tantot surle tronc etsur les membres. Rarement il envahit d'emblee ces differentes regions ; il progresse plus volon
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tiers par poussees successives et commence soil par la face, soil par une autre partie du corps.
L'eruption de ces papules se fait souvent sans accompagnement de fievre ou d'autrcs phenomenes generaux qui lui soient propres. Quand elle survient a 1'epoque de la dentition, elle apparait le plus fre'quemment au milieu des symptomes qui correspondent a cette periode. Ces accidents sont tres-varies, et ce n'est pas a cette place qu'ils doivent etre passes en revue ; neanmoins, les troubles digestifs peuvent etre donnes comme ceux qui coexistent le plus habituellement avec le strophulus. II n'est pas rare qu'ils alternent avec 1'eruption ; on les voit alors cesser quand viennent sourdre les papules et reciproquetiient.
Lorsque 1'affection cutanee atteint les enfants un peu plus ages, elle coincide souvent avec un embarras gastrique.
Le stropbulus evolue rapidement; c'est une maladie essentiellement aigue. Les papules subsistent pendant un ou plusieurs. jours, mais elles se renouvellent assez souvent pour que 1'cruplion dure plusieurs jours et meme plusieurs septenaires ; dans ces circonstances memes elle peut etre continue, mais plus souvent elle marche par poussees qui affectent tantot une region, tantot 1'autre. II n'est pas rare de la voir disparaitre le malin pour se reveiller le soir.
Ouoi qu'il en soit, le strophulus se termine par resolution; dans quelques cas, il laisse apres lui une legere desquamation furfuracee.
Cette affection est tres-sujette aux recidives ; apres une serie de ces reprises, elle peut se convertiren un veritable lichen (Bazin).
VARIETES. Le strophulus se comporte ainsi qu'il vient d'etre dit dans le plus grand nombre des cas, mais il est sujet a des variations assez nombreuses dans les dimensions, dans la couleur, dans le nombre et dans le groupement des papules; de la resultent des aspects assez differents. Parfois les papules semblent surmontees de vesicules demi-transparentes ; en y regardant de pres, oa reconnait qu'il s'agit de pseudo- vesicules.
Plusieurs autres varietes ont ete decrites par Willan. Ce sont :
Le strophulus interstinctus, dont les boutons sont rouges, saillants, dissemines sur les joues, surlesepaules, sur les avant-bras, sur le thorax et sur la facedorsale des mains, et de plus repandus sur des taches erythemateuses plus ou moins etendues. La duree est de quelques jours a un ou deux septenaires, souvent avec disparition le matin et reproduction le soir. Dans les cas ou les papules ont persisle assez longtemps, elles s'al'faissent en conservant a leur surface une legere teinte jaune, et se doublenl d'une desquamation furfuracee.
Le strophulus albidus, dont les papules sont petites, blanches, assez proeminentes et entourees d'une legere aureole inllammatoire. Elles occupent principalement la face, le cou et la poitrine.
Le strophulus candidus, dont les papules blanches tres-discretes et reparties sur les lombes, les epuules et la partie superieure des bras, sont larges, unies, d'un blanc plus mat que la peau environnante, et sans rougeur a leur base.
Le strophulus confertus, caraeterise par des papules nombreuses, confluentes, envahissant presque toute 1'e'tendue de la surface cutanee et pre'sentant des caracteres differents suivant les regions. Sur la face, elles sont mediocrement rouges, mais petites, serrees et tres-saillantes ; elles s'affaissent au bout d'un ou de deux septenaires en laissant une desquamation furfuracee.
Sur le tronc, elles sont plus larges, plus e'cartees. D'apres Willan, si on vient
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a les piquer avec une aiguille, enfoncee assez loin, on peut en exprimer quelcjuefois une gouttelette de liquide sereux transparent provenant des couches profondes et qui se resorbe quand vient la resolution.
Au niveau des membres superieurs, du cou et des epaules, les boutons se repartissent en groupes irreguliers, et se revetent, en se fletrissant, d'une desquamation furfuracee sous laquelle elles gardent, pendant quelque temps, une teinte d'un grisjaunatre.
Les membres inferieurs et specialement les lombes, les fesses, les cuisses et les mollets, se recouvrent de papules vivement prurigineuses, dont les poussees successives se repetent parfois pendant plusieurs mois.
Le strophulus volaticus presente de graudes analogies avec le lichen circumscripius des adultes; il se developpe successivement sur la face, sur le tronc et sur les membres, par groupes circulaires de six a dix papules tres-rouges ainsi que leurs interstices et qui, au bout de quatre ou cinq jours, se fletrissent et se terminent par une exfoliation epidermique furfuracee. Celte variete du strophulus se fait remarquer par la rapidite avec laquelle les papules se developpcnt, passent et apparaissent sur d'autres parties du corps.
Dans certains cas, les papules du strophulus se melent de papules de prurigo qu'on reconnait aux croutes noiratres qu'y laissent les ecorchur.es.
Les varietes qui viennent d'etre decrites se pre'sentent isolement ou melangees ; cette derniere modalite est la plus commune, lei, I'emiption est confluente, la elle est discrete ou agminee ; dans tel endroit les papules sont petites et rouges, dans tel autre elles sont larges et blanches ; dans ccrtaines regions, les papules rouges s'enclavent au milieu des blanches.
ETIOLOGIE. Les premiers mois de la vie, jusqu'a la terminaison de 1'allaitement et de la dentition, sont les plus favorables au strophulus; plus tard il devient de plus en plus rare. Sa limite extreme peut etre fixee a 1'age de ciuq ans. En somme, son maximum de frequence correspond aux deux premieres annees.
Suivant Bateman, la grande vascularite et 1'extreme irritabilite de la peau chez les jeunes sujets, sont les conditions les plus favorables au developpement du strophulus. Ces causes sont communes, il est vrai, a beaucoup de maladies cutanees, mais on reconnaitra peut-etre a la seconde plus d importance lorsqu'il s'agit du strophulus, en considenmt la coincidence habituelle de cette dermatose avec le travail de la dentition, periodc de la vie infantile pendant laquelle le systeme nerveux est souvent influence avec une energie si remarquable.
C'est en effet, a 1'epoque de la premiere dentition que le strophulus se montre avec le plus de frequence. Chez certains eiifants, 1'eruption de chaque dent est accompagnee d'une pousseevers la peau.
Les troubles digestifs, qu'ils soient le fait de la dentition ou d'une alimenta tion mal dirigee, trop abondante, grossiere ou de mauvaise qualite, viennent au second rang des causes les plus importantes. Lorsque le strophulus survient apres un sevrage regulier et en dehors de la dentition, on le voit toujours suivre 1'indigestion ou accompagner 1'embarras gastrique. La malproprete, la misere, la mauvaise hygiene, 1'habitation de locaux sombres, humides, etroits, mal acres et encombres, le contact de la peau avec des vetements de laine trop rudes, et 1 'exposition du corps au soleil, out aussi leur influence dans la produc tion de cette eruption. II en est de meme des variations de temperature qui sont
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le partage du printemps et des clialeurs de 1'etc; 1'affection papuleuse devient, en effet, beaucoup plus rare des qu'arrivent les premier froids. Mais ces causes sont communes a tant d'autres maladies cutanees qu'il est difficile de les rattacher directement a celle qui nous occupe actuellement.
II est a remarquer aussi que 1'air de la mer excite Ires-vivement le strophulus et rend les papules tres-rouges et tres-prurigineuses. Chez les enfants qui y sont sujets on le voit revenir dans ces conditions.
Le temperament parait aussi devoir entrer en ligne de compte. Bazin considere le strophulus comme de nature sorofuleuse, il le classe parmi les scrolulides benignes et lui confere le nom de lichen scrofuleux. L'opinion de 1'illustre dermatologiste est ceilainenient tres-acceptable dans la grande majorite des cas. Dans ceux ou la scrofule ne peut etre prouvee d'une maniere absolue. on constate 1'influence de la mauvaise constitution, de 1'anemie, de 1'etat lymphatique, qui est bien voisin de la scrofule et de la chlorose, quand il s'agit de petites filles.
Le strophulus n'est pas contagieux. De sa presence sur plusieurs membres de la meme famille on n'est pas en droit de conclure a sa contagiosite. La parite de constitution et de structure de la peau, la communaute des habitudes hygieniques, donnent, dans ces circonstances, line explication suffisante de cette extensivite.
DIAGNOSTIC. On e'prouve peu de difficulte a reconnaitre le strophulus; quelques maladies cutanees peuvent avoir avec lui certains points de ressemblance, mais on arrive faci lenient aetablir ses caracteres distinctifs.
L'age, 1'etat d'allaitement et de dentition, sont deja des signes precieux. car, si d'autres eruptions que le strophulus s'observent au meme age et dans les memes conditions de sante, ce sont sur tout les affections vesiculeuses ou pustuleuses connues sous le nom de gourmes et que ces caracteres separent absolument du strophulus.
L'eczema rubrum, le prurigo, le lichen proprement dit, I'erytheme papuleux, la gale, pourraient, a la rigueur, etre confondus avec lui.
L'eczema rubrum est forme de plaques rouges pointillees, prurigineuses et surmontees de vesicules qui envahissent la face, et les membres surtout au niveau des plis articulaires. Ces vesicules pourraient etre prises pour les pseudovesicules qu'on observe parfois dans le strophulus, mais un examen attentif qui etablira J'liumidite des surfaces dans le cas d'eczema dissipera facileraent les doutes.
Le prurigo, outre qu'il existe independamment du strophulus, coexiste avec lui dans quelques cas, mais alors les croutes noires dont le prurigo se couvre au niveau des ecorchures tranchent sur les croutes jaunes qui surmontent, dans les memes circonstances, les papules plus larges, d'ailleurs, du stro phulus.
Bien que le strophulus appartienne a la meme famille que le lichen, il doit etre considere plutot comme une affection lichenoide que comme un lichen proprement dit. A force de recidiver, il prend quelquefois, suivant Bazin, les caracteres du lichen, mais il s'en distingue, dans les cas ordinaires, par I'absence des principaux caraeteres de cette dermatose : epaississement et rudesse de la peau, exageratiou des rides.
L'erytheme papuleux donne lieu a des taches plus volumineuses, non pruri gineuses ; il siege surtout aux mains, aux avant-bras, a la nuque, plus rare-
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ment a la lace ; il se developpe souvent au milieu d'un etat febrile assez marque.
La gale offre aussi unecertaine ressemblance avec le stropbulus : papules repandues sur tout le corps, demangeaisons redoublant le soil'. Cependantlagale, surtout cbez les enfants, est beaucoup plus rare a la face que le stropbulus; de plus, la marcbe de la premiere est chronique, celle du second est aigue. Mais c'est surtout la recherche des sillons qui donnera la solution du probleme. La gale les montre dans les interstices des doigts et des orteils, ou,a leur defaut, au niveau de la verge ou du mamelon.
PROJNOSTIC. Le stropbulus est sans gravite. Tout au plus la privation de sommeil cause-t-elle uu peu d'amaigrissement dans les cas ou le pruritest tresvif. Sa facilite a recidiver en fait seulement une affection plus ou moins im portune.
TRAITEMENT. Souvent le strophulus guerit spontanement au bout de quelques jours. Le iraitement curatif a done peu d'importance. Cependant, des bains amidonnes alcalinises, des applications de poudre de lycopode, d'amidon, ou d'un melange a parties egales d'amidon et d'oxyde de zinc, sont d'une grande utilite pour calmer le prurit. Les bains froiils paraissent avoir une influence facheuse.
Mais le traitement hygienique est d'une grande importance ; c'est en effet la cause qu'il importe de moderer ou de faire disparaitre.
Lorsqu'il s'agit d'enfants ages de peu de mois, le strophulus est presque toujours sym|ttomatique de troubles digestifs dus soil a un mauvais regime, soit au Iravail de la tlentition. Dans le premier cas, on doit supprimer tout autie aliment que le lait et meme, autant que possible, donner exclusivement le lait de la mereoudela nourrice. Si 1'allaitement artiticiel doit etre continue, il est souvent indispensable de couper le lait avec de 1'eau ordinaire ou de IVau de chaux dont les proportions varieront avec 1'age. L'emploi du bismuth et du bicarbonate de soude peut encore etre adjoint a ces moyens. Si 1'enfant est nourri au sein, il se peut que le lait de sa nourrice ne lui convienne pas ; il y a lieu dans ce cas de changer la nourrice, apres avoir essaye toutefois des potions dans lesquelles on i'ait entrer du bismuth ou du bicarbonate de soude. Desvomitifs a I'ipecacuanha, des purgatifs legers a 1'huile de ricin ou a la magne'sie, sont souvent necessaires dans ces circonstances, ainsi que dans celles ou il s'agit d'enfants plus grands et chez lesquels le stropbulus peut etre attribue a 1'embarras gastrique. S'il y a lieu d'incriminer la scrofule, ct que 1'age du malade le permette, 1'huile de foie de morue, lefer, le quinquina, les amers, sont indiques.
Les conditions hygieniques defectueuses, en ce qui concerne 1'habillement et le logement, devront etre modifiees aussi. On evitera de conduire au bord de la mer les enfants qui ont deja subi les atteintes du strophulus. A. SAJVNE.
BIBLIOGRAPHIE. — Voy. les auteurs qui ont ecrit sur les maladies de la peau .-WILLAN, BATE- MAS, BIETT, RUSSEL, SAUVAGES, LORRY, RAIER, BAZIN, HARDY, CAZESAVE, etc., et plusieurs tlieses, entre autres, celle de FRANQUEBALME, Pads, 1858. A. S.
STROTHER (EDWARD). Medecin dequelque reputation, qui vecut a Londres dans la premiere moitie du dix-huitieme siecle. II est le premier qui, dans un traite des fievres, ait fait un genre a part de la fievre puerperale et qui lui ait donne ce nom. Le titre du dernier de ses ouvrages prouve qu'il se livra a
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1'enseignement. L'epoque de sa mort ne nous est pas connue (Dezeim.). On a de lui :
I. A Critical Essrty on Fevers. London, 1716, 1718, in-8°. — II. Evodia, or a Discourse of Causes and Cures. London, 1718, iu-8°. — III. Pharmacopoeia praclica. Londini, 1719, in-8°. — IV. An Essay on Sickness and Health. London, 1735, in-8°. — V. Materia medica, or a New Description of the Virtues and Effects of All Drugs or Simple Medicines now in Use. Translated from ..... P. Herman. London, 1727, 2 vol. in-8°. — VI. Syllabus prcelectionum medicarum. Londini, 1724, in-4°. — VII. Practical Observations on the Epidemical Fever which lias raged for these two Years Past. London, 1729, in-8°. — VIII. Pr&lectiones jiharniaco-mathematicae et medico-pructicae, or Lectures on the Rationals of Medicine. London, 1731-17o2, 2 vol. in-8°. L. HK.
STROIEA (HERBA). Nom d'une plante que les Anciens employaient centre les scrophules ou les ecrouelles el qu'on rapporte a une Renoncule. D'apres les uns, ce serait le Ranunculus sceleratus L. ou Renoncule des marais (Lemery, Dictionnaire des drogues, 734) ; d'apres d'autres, ce serait la Ficaire, Ficaria ranunculoides, Ranunculus Ficaria L. (Merat et De Lens, Dictionnaire, VI, 543). PL.
STR*"!WPFIA (JACQUIN). Genre de plantes Dicotyledones, appartenant a la famillc des Rubiacees, qui ne contient qu'une seule espece, le Strumpfia maritima Jacq.
C'est un sous-arbrisseau, a tige courte, garnie de feuilles charnues, lineaires, obtuses, verticillees par trois, munies de stipules. Les fleurs blanches, trespetites, disposees en courtes grappes axillaires, ont un calice quinquefide ; une corolle subcampanulee, quinquepartite, a lobes dresses, lanceoles, refle'chis a la pointe; des etamines a antheres rapproche'es en un tube pentagonal; un ovaire biloculaire, surmonte d'un style bifide au sommet. Le fruit est un drupe pisiforme, ombilique. La plante croit dans les Antilles.
Les fleurs sont regardees dans le pays comme utiles contre les blessures venimeuses, la fievre ataxique, etc. On emploie aussi les feuilles en poudre.
PL
BIBLIOGRAPHIC. — JACQUIN. Amenc., 218. — LAJIARCK. Illustrations des genres, Encyclopedic, Jab. 731. — DE CANDOLLE. Prodromus, IV, 469. — DESCOURTILZ. Flore medicale des Antilles, III, 260. PL.
Dans tous les ouvrages modernes consacres a 1'ornithologie, les oiseaux generalemcnt de grande taille, qui sont construits sur le type de 1'Autruche et qui sont pourvus seulement d'ailes rudimentaires, completement impropres au vol, ne se trouvent plus, comme cela avait lieu jadis, confondus avec les Echassiers, mais forment un ordre parfaitement tranche. Get ordre arccu des noms divers ton 1'appelle leplus souvent ordre des Coureurs (voy. ce mot), parfois auss'i ordre des Brevipennes, ou bien encore ordre des Ratitae (c'est-a-dire des oiseaux a sternum depourvu de brechef, par oppo sition aux Carinatae), ou enfin ordre des Struthioniens. Mais ce dernier terme est assez impropre. En effet, dans le groupe dont nous parlons prennent place non-seulement les Autruches, constituant le genre Struthio, mais les Nandous (voij. cemot), les Casoars (voy. ce mot), les Emeus d 'Australia, differant des Casoars par 1'absence du casque et par la nature du plumage, les Apteryx, propres a la Nouvelle-Ze'lande et rappelant un peu les Becasses par leur bee
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allonge et leur livre'e brune, les Dinornis, qui vivaient autrefois dons le meme pays que les Apteryx et qui atteignaient une taille considerable, et les Mpyornis de Madagascar, veritables geants dont la destruction date d'une epoque relativement recente.
Outre ces divers types dont les uns sont eteints, tandis que les autres sont encore represents dans la faune actuelle, il existc des liens de parente incon testable, mais il y a aussi des differences dans la structure de la charpente osseuse, dans les dimensions, dans la nature du plumage, dans le genre de vie et dans la distribution geographique, qui permettent d'etablir dans 1'ordre des Brevipennes plusieurs families : Mpyornithidae, Dinornithidae, Apterygidae, Casuaridae, S truth ionid ae . A ces cinq groupes M.G.-R. Gray en joignait meme un sixieme, Tinamidae, comprenant les Tinamous de 1'Amerique centrale et de 1'Amerique meridionale, oiseaux que Ton a rapproches d'autres fois soit des Gallinaces, soil des Echassiers, mais qui meritentprobablement d'occuper une place a part dans les classifications.
Ici nous n'avons a nous occuper que des Struthionidae que nous partagerons en deux tribus, Struthioninae et Rheinae, on plutot en deux genres, Aulrucbe ou Slruthio et Nandou ou Rhca, le second exclusivement americain, le premier confine maintenant dans le continent africain apres s'etre e'tendu jadis jusque dans le nord de 1'Asie, comme le montrent les ossements fossiles decouverts dans les monts Sewalik.
.Les Autruches sont de tres-grands oiseaux, mesurant souventplus de 2 metres et demide haut sur 2 metres de long et pesant jusqu'a 150 livres. Elles ont le corps volumineux, la tete au contraire tres-petite, portee sur un long con, en rapport avec des pattes tres-hautes qui leur donnent de faux airs d'Echassiers. Ces pattes sont en meme temps tres-robustes, depourvues de plumes dans la portion correspondant a la jambe, garnies sur le tarse de larges c'cailles et terminees par deux doigts seulement dont un seul est pourvu d'un ongle emousse. Leur bee droit, obtus, arrondi a la pointe, est a peu pros de la lon gueur de la tete et fendu jusqu'au-dessous de 1'oeil ; ses mandibules sont un peu flexibles et la superieure estpercee de narines oblongues. Chez les individus adultes, la tete et la partie superieure du cou sont couverts seulement de plumes greles, decomposees, semblables a des poils, qui laissent apercevoir la peau coloree en rouge vif chez le male au printemps. La partie infericure des jambes est egalement degarnie et de coulcur rose'e, et un espace de'nude.calleux, existe sur le milieu de la poitrine. Sur le reste du corps sont implantees des plumes laches et crepelees, et les pennes des ailes et de la queue, au lieu d'etre rigides comme chez la plupart des oiseaux, sont ici molles et retombantes. Ces pennes sont d'un blanc pur chez le male, d'un blanc sale chez la femelle, qui porte constamment une livree plus terne que 1'autre sexe et qui n'a pas comme le male le corps d'un noir intense.
La nature floconneuse des pennes rendrait deja les ailes impropres au vol, lors meme que les membres anterieurs n'auraient pas subi une sorte de degenerescence. Mais chez les Autruches on constate en outre une extreme faiblesse de 1'hume'rus qui donne attache a des muscles peu puissants et une brievete relative du cubitus et du radius qui egalent a peine le tiers de 1'os du bras; d'autre part on voit le sternum affecter la iorme d'un bouclier quadrilatere, sans carene saillante, sans brechet le long cluquel puissent s'inserer les muscles pectoraux; on observe que ce bouclier ne recouvre qu'incompletement la cavile
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thoracique; enfin on voitles clavicules raster independantes 1'une de 1'autreau lieu de se reunir sur la ligne mediane pour constituer un os lombaire, et les os caracoidiens, recus d'un cote dans des rainures du sternum, se souder en arriere avec les omoplates.
Les os des membres inferieurs et les pieces sur lesquelles ils s'appuient sont au contraire tres-developpes. Le bassin est tres-ample, de maniere a fournir de larges surfaces d 'attaches aux muscles des pattes; de longues branches, representant les pubis des iMammiferes, se rejoignent de maniere a constituer une symphyse; les lames iliaques se soudcnt superieurement en recouvrant les apophyses epiueuses de quelques vertebres et les ischions se confondent avec les pubis. Le femur est court, massif et en meme temps tres-leger, grace a 1'air qui peut penetrer dans son interieur; le tibia et le tarso-metatarsien s'allongent considerablement et le pied se termine par deux doigts seulement, par suite de 1'atrophie complete du pouce ct de la suppression des phalanges du doigt interne. Celui-ci n'est represente que par une tige grele, accolee le long du canon forme par la fusion des deux autres metatarsi ens. En un mot, par suite d'un balancement organique, 1'inferiorite que presente 1'oiseau dans la structure de ses membres ante'rieurs qui peuvent seulement servir de balanciers se trouve largement compensee par le developpement des membres posteriuurs, constiluant des supports tres-robustes et des organes de locomotion rapide.
Les Autruches out les yeux grands et bien fendus, et sont doues d'une vue tres-percante; en revanche, elles manquent presque entierement d'odorat, elles ont I'ouie iaible et le gout si imparfait qu'elles mangent indifferemment tout ce qui leur tombc sousle bee et absorbent meme des substances nuisibles a leur sante. Leur langue est courte et susceptible de se recourber en cuiller a 1'extremite' et leur sert principal ement a lapper le liqnide necessaire a leur organisme: elle precede 1'entre'e d'un long tube cesophagien qui debouche par 1'autre extremite dans un ventricule succenturie' dont les parois sont crible'es de pertuis correspondanta des plandes d'aspect framboise. Immediatement apres vient le ge'sier muni de muscles puissants et capable de triturer ou tout au moius d'user les substances les plus resistantes, des graines dessechees, des eclats de bois, du fer, des cailloux ou meme des morceaux de verre. En dedans, cet organe est garni d'un revetement come au-dessous duquel gisent de veritables glandules stomacales, de telle sorte qu'on peut admettre que la digestion, commencee dans le ventricule succentarie, se continue dans le gesier.
Le tube intestinal est tres-allonge et porte a la jonction de ses deux portions deux caecums volumineux dont 1'interieur offre une valvule spirale rappelantun peu celle des Squales. 11 vient se terminer dans un cloaque qui presente une disposition speciale. En effet, on remarque dans ce ventricule un compartiment assez vaste dans lequel debouchent les ureteres et les canaux defe'rents et qui est ferme par le penis replie en dessus, de maniere a constituer un reservoir urinaire. Ceite soiie de vessie est separee par un retrecissement de la chambre rectale ou aboutit 1'intestin.
Les Autruches sont polygames et vivent en petites troupes composees d'un male et de deux ou trois femelles. Celles-ci pondent de 10 a do ceufs en une saison et les deposent toutes dans le meme nid, nid grossier consistant en une simple excavation, creusee dans le sable et entouree d'un leger bourrelet. Les oeufs, d'un blanc pur et polis comme 1'ivoire, sont trcs-volumineux et equivalent
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en moyenne a 24 oeufs de Poule; ils ne sont pas tout a fait abandonees, ainsi <ju'on 1'a pretendu souvent, a 1'action vivifiante des rayons solaires, mais sont couves, au moins pendant certaines heures du jour et durant la unit par Tun ou 1'autre des parents. C'est seulement dans I'Alrique equatoriale, ou regne une chaleur torride, que les Autruches s'affrancliissent de temps en temps des soins de 1'incubation et quittent le nid pour aller paitre aux environs, apres avoir eu bien soin de recouvrir les ccul's avec du sable et d'en conlier la garde a un membre de la colonie. Ailleurs, dans 1'Afrique australe, par exemple, les femelles et les males couvent presque sans relache, ce dernier se chargcant en outre de defendre le nid contre les attaques des carnassiers et des reptiles.
Au bout de quatre a six semaines les petits eclosent et sont presque immediatement capables de chercher eux-memes leur nourriture et de suivre leurs parents dans leur fuile en caa de danger pressant. 11s sont d'abord couverts sur la tele et le cou d'un duvet jaunatre ou fonce, macule de brun ou raye longitudinalement et sur le dos d'un enchevetrement d'appendices epidermiques d'une structure fort singuliere. D'une couclie de duvet emergent en effel des tuyaux courts portant chacun trois sortes de lames elargies au sommet en forme de spatules et accompagnes d'un faisceau de barbes et de barbules. A IVige de deux mois les jeunes prennent une livree grise qu'ils conservent pendant longtemps, car c'est seulement au bout de trois ans qu'ils out atteint Unite leur taille et qu'ils se trouvent revetus du plumage de 1'adulte.
Les Autruches ne possedent pas de larynx infe'rieur et n'ont qu'un larynx superieur rudimentaire : aussi ne peuvent-elles emettre que des sons gutturaux ou une sorte de rugissement en fermant 1'entree de leur glotte, en gonflant leur cou, en baissant la tete et en faisant resonner 1'air contenu dans leur tube respiratoire. Elles sifflent aussi a la maniere des Oies quand elles sont irritees, ce qui leur arrive souvent et sans motif bien appreciable. Les males surtout se monlrent fort mediants a 1'epoque de I'accouplement et d'un coup de pied peuvent blesser grievement ou meme tuer les personnes qui les approchent. Dans nos jardins zoologiques les Autruches ne perdent pas toujours ce naturel irascible, mais cela provient peut-etre de ce que leur education n'a pas ete poursuivie pendant assez longtemps, car on assure qu'en Egypte et au Cap ces oiseaux, pris jeunes, deviennent aussi dociles que des chiens.
En liberte, les Autruches se nourrissent principalement de substances vegetales, mais a 1'occasion elles avalent aussi des insectes, des mollusques, de petits reptiles et meme une foule de materiaux indigestes ou qui ne peuvent servir a leur alimentation. Elles recherchent le voisinage des sources, et quand survient une de ces secheresses si communes dans 1'Afrique centrale, elles n'hesitent pas a changer de canton. Les migrations leur sont du reste extremement faciles, grace aux puissants moyens de locomotion dont la nature les a douees. Quand rien neles presse, elles font deja des pas de 1 metre a 1 metre et demi, et quand elles veulent echapper a un danger leurs enjambees atteignent, dit-on, 5 a 4 metres. Elles luttent de vitesse avec le meilleur cheval et franchissent un mille anglais en trente secondes. Quand elles courent, elles etendent obliquement leur long cou, agitent leurs ailes rudimentaires, et semblent a peine toucher le sol. On concoit done que la chasse a courre de l'Autruche, telle qu'elle se pratique actuellement dans le Sahara, est un genre de sport des plus emouvanls et en meme temps des plus penibles. Plusieurs Arabes monies sur des coursiers de choix sont obliges de se relayer pour venir a bout de la DICT. ENC. 3 s. XII. 25
386 STRUTHIONIDES.
bete, qu'ils assomment et qu'ils depouillent immediutement. Ailleurs, pour tuer des Autruclies, les chasseurs ont recours a divers subterfuges qui leur permettent de tromper la vigilance de 1'oiseau et de 1'approcher a portee du fusil. Enfin c'est avec des pieges ou en les rabattant sur une enceinte forme'e de filets que Ton s'empare des Autruches vivantes. Ce dernier precede etait sans doute celui auquel on avail deja recours dans I'antiquite pour obteuir ces enormes troupeaux d' Autruches que les Remains aimaient a voir figurer dans les jeux du cirque.
Dans plusieurs contrees de 1'Afrique, les negres font grand cas de la chair des jeunes Autruches et des osul's, qui cependant sont loin d'avoir aussi bon gout que ceux de la Poule. Ces ceuls, soigneusement vides, sont aussi transformed en des vases elegants on servent a confectionner divers ornements. La graisse des Autruclies adultes remplace le beurre dans la cuisine de certaines tribus arabes qui la considerent aussi comme un remede excellent centre la morsure des serpents venimeux. On 1'emploie encore en guise d'onguent, concurremment avec la moelle des os, dans les maladies nerveuses et les affections rhumatismales, et on I'administre a I'interieur, fondue ef salee, pour combattre les maladies de foie. Au contraire, d'apres M. Brehm, la cervelle de 1'oiseau passe aux yeux des Arabes pour avoir des proprietes malfaisantes et pour rendre fous ou hydrophobes ceux qui ont 1'imprudence d'en manger : aussi les chasseurs qui ont tue une Autruche ont-ils bien soin d'enfouir la cervelle, a moins qu'ils ne preferent la garder pour se venger d'un de leurs ennemis.
Toulefois ce n'est pas seulement a cause des proprietes alimentaires ou des pretendues vertus curatives de telle ou telle partie du corps des Autruches que Ton fait depuis un temps immemorial une guerre acharne'e a ces grands Brevipennes, c'est encore et surtout pour obtenir la depouille des individus adultes et notamment les grandes et belles plumes blanches qui ornent les ailes et la queue des males. Pour avoir ces plumes, on ne connaissait jusqu'a ces derniers temps d'autre moyen que d'abattre 1'oiseau, mais depuis quelques annees, a ce procede barbare qui eut infailliblement amene, a bref de'lai, la destruction totale de 1'cspece, tend a se subslituer en autre systeme. En effet, un industriel des environs du Cap a eu 1'heureuse idee d'elever de grands troupeaux d'Autruches dans de vastes enclos pour les soumettre a une exploita tion metliodique, a un arrachage de plumes analogue a celui que Ton fait subir aux Oies dans notre pays, et son exemple a etc bientot suivi par plusieurs de sescompalriotes, de sorte qu'il y a maintenant dans 1'Afrique australe de norabreuses fermes pour 1'elevage des Autruches, fermes qui alimentent pour une large part nos marches d'Europe. Des etablissements analogues existent aussi ou sout en voie de formation en Alge'rie, ou la reproduction de 1'Autruche en captivite a ete obtenue des 1858 par M. Hardy, de telle sorte que bientot sans doute notre colonie sera dotee d'une nouvelle source dc richesse.
E. OCSTALET.
BIBLIOGRAPHIE. — LiNNE. Systema nature, 1735. — BDFFON. Planches enluminees, pi. 457. — G.-R. Giuvet D.-W. MITCHELL. The Genera of Birds. Londres, 1844-1849, in-4°, t. Ill, p. 526. et pi. 158. — PH. L. SCLATER. Proc. Zool. Soc., 1860, et Trans. Zool. Soc., t. IV, 1862. - A. MJJ-NE- EDWARDS. Recherches pour servir a Vhistoire des Oiseaux fossiles, 1867-1872, t. II, p. 587. — G.-li. GRAY. Handlist of Genera and Species of Birds, 1871, t. III.- BREIIM. Vie des Aniinaux, edit, frang., trad, de Z. Gerbe, Oiseaux, t. IV. — J. DE MOSENTHAL et J.-E. HARTING. Ostriches and Ostrich Farming. Londres, 1876, iu-8°. — ODIOT. Fermage des Autruches en Algerie. Paris, 18. ., in-8°. — II. GADOW. Zur vergl. Anatomic des Beckcus
und der hinleren Gliedmasse der Ratitae. Londres, 1879. — W. DAHRLIS. On some fossil Birds Remains from the Siwalik Hills. In Geol. Mayaz., New Series, Dec. II, t. VII. — Dr D. HOLUB. Beitrilge zur Qrnithologie SudafrikcCs. Yienne, 1881, in-8°. E. 0.
Ce mot a ete applique a diverses especes. Dans Hippocrate, Dioscoride, nous trouvons le terme grec ZrpoOOiov, qui se rapporte tres-probablement au Gypsophila Struthium L., ou Saponaire d'Orient, d'apres quelques auteurs, peut-etre a notrc Saponaire , Saponaria officinalis L. Dans Tlieophraste, ce meme mot s'applique a une varielc du Cognassier a fruits oblongs, tandis que la variete a fruits arrondis s'appelle xvcJwviov. Enfm, le mot lalm Struthium, applique par Linnc comme speeifique au Gypsopliila, indique plus haul, est donne par Valerius Gordus a la place d'O Struthium, comme s'appliquant a Ylmperaloire, Imperatoria Oslruthium L. PL.
HIE. — HIPPOCRATE. Nalur. muler., 571. — TUEOPHRASTE. Ilistoria plantarum, III, 3. — DiosconiDE. Materia medica, II, 193. PL.
STRUTHIUS (JOSEPH). Ne a Posen, en Pologne, en 1510, se fit recevoir docteur a Padoue et occupa pendant plusieurs annees avec distinction l'une des chaires de cette Universite. A son retour en Pologne, le roi Sigismond II le clioisit pour son medecin. II mourut en 1568, laissant diverses traductions latines d'auteurs anciens et un traite sur le pouls qui oblint un grand succes, quoiqu'il soil rempli de subtilites ; 1'auteur y indique, entre autres, la nature du pouls dans les maladies de chaque viscere. II y divise les variete's du pouls en cinq classes et en admet quinze simples et dix-sept composes. Voici le litre de cet ouvrage :
Ars sphyginica seu pulsuum doctrina super 1200 annos perdita et desiderata, omnibus tamen medicinam cum nominis cclebritate maximaquc utilitate. facere volentibus summe necessaria, libi-is quinque conscripta. Basileae, 1540, 1562, in-8°. L. HN.
Struve (FRIEDRICH-CHRISTIAN), Medecin allemand, ne a Prenzlow, en 1717 , fut professeur de medecine a Kiel et conseiller de justice du roi de Danemark. II mourut a Kiel, le 21 juillet 1780, laissant :
I. Oratio de vanilate remediorum pt'etiosorum. Kiliae, 1748, in-4°. — II. Diss. de acido hypochondriaco. Kiliae, 1750, in-4°. — III. Diss. de eoquodjustum est circa abusumrerum corporalium licitum et illicitum. Kiliae, 1752, in-4". IV. Diss. de matutina alvi excrefione, sanitatis prcesidio. Kiliae, 1756, in-4°. — V Progr. de opporlunitate in mcdendo. Kiliae, 1774, in-4°. L. HN.
Struve (KARL-WILHELM-FRIEDRICH). Autre medecin allemand, vint au monde a Hildbuvghausen vers 1720, se fit recevoir docteur a Erford, en 1751, puis devint privat- docent a le'na, en 1752.11 passa ensuite a Holzminden, sur le Weser, et y fut nomme medecin de la ville et du territoire. Struve mourut a Holzminden en 1781, laissant entrc autres :
I. Diss. despiritu carminative. Erfordiae, 1751, in-4°. — II. Exercitationcs academicae, quorum prima matericm medicam novam condendam tradit, secunda ideam acidi itniversalis cxkibct. Erfordiae, 1752, in-8°. — III. Oratio philosoptrica de motlerando studio rei litlcrariae. Erfordiae, 1752, in-8°. — IV. Diss. de medicamentorum effectuum siniilitiidine et cequalitnte. lenae, 1752, in-4°. — V. T/ieoria fermentationis naturahs. lenae, 1755, in-4°. — VI. Idea syncretismi medici ex influxu ideali syslematice evoluta. Erfordiae, 1753, in-4°. —VII. Gesundheits- und Schdnheitsp/lichlen. Dresden, 1754, in-8°. — VIII. An-
thropologia naturalis sublimior. lenae, 1754, in-4°. — IX. Idcea cemulatioms inscholis et academiis colendcB. Hildeburgh., 1754, in-4°. — X. Locus Hippocratis Epid. V. exposilus. Nordbausen, 1700, in-4°. L. Hx
Strove (ERNST-FRIEDRICH). Ne a Kiel, le 17 Janvier 1739, fut regu docteur dans 1'Universite de cette ville en 1776, et exerca la medccine a Neustadt. Struve mourut dans cette ville en octobre 1806. II est 1'auteur d'un ouvrage sur le danger d'etre enterre vivant :
I. Dissert, inaug. de ovorum gallinaceorum usu medico. Kiliae, 1776, in-4°. — II. Das grosse Ungliick einer zu fruhzeitigen Eeerdigung. Leipzig, 1785, ia-8°. L. HN.
Struve (KARL-FRIEDRICH). Vint au mondc a Borna, dans le ccrcle de Leipzig, le 27 juillct 1750, etudia la medecine a Leipzig, et y prit le bonnet de docteur en 1774. 11 fut nommemedecin pensionne a Borna, oil il mourut le 24avril 1807. Nous citerons de lui :
I. De addilamcntis cerevisiac vegetabilibus. Lipsiae, 1774, in-4°. — II. Diss. inaug. de rabiei caninae thrrapia. Lipsiae, 1774, in-4°. — III. Von inldndischen Gewiirzen nach ihren teutschen und luteiniscken Linneischen Namen. Leipzig, 1801 (1800), 1803, in-8°. — IV. Vom Scharlaclifieber. Vom Reichischen Fiebermittel. Leipzig, 1802, in-S°. — V. Versueh einer Physiognotnik der Erdc, etc. Leipzig, 1802, in-8°. — VI. Kurzer Unterricht fiir Taube und Taubstunime. Leipzig, 1804, in-8°. — VII. Kurzer Unterricht fur Eltcru und Lehrer der Blinden. Leipzig, 1810, in-8°. L. HN.
Struve (CHRISTIAN-AUGUST). « L'un des auteurs les plus judicieux qui aient ecrit sur la medecine populaire » (Dezeim.), naquit a Goerlitz, en 1767. II etudia la medecine a Leipzig, et y prit le grade de docteur en 1790, apres avoir soutenu, sous la presidence do Ludwig, une these remarquable. II s'e'tablit ensuite dans sa ville natale, ou il exerca 1'art de guerir avec reputation, et mourut le 6 novembre 1807.
Struve a publie un grand nombre d'ouvrages interessants centre les prejuges qui regnent dans le peuple vis-a-vis de la medecine, sur les soins a donner aux asphyxies et aux noyes, sur 1'education des enfants, sur les mesures prophylactiques a prendre dans lescas d'epidemies,enfin sur une ibule d'aulres points de la medecine populaire. Nous citerons seulement :
I. Diss. inaug. de lerroris in corpus humanum vi. Lipsiae, 1790, in-4°. — II. Noth- uiid Hiilfslafel fur Ertrunkne, Erfrorne, Erhenkte. Leipzig, 1790, in-4". — III. Rebammen- Tafel, etc. Goerlitz, 1795, 1798, in-fol. — IV. Miscellaneen fur Freunde der Heilkunde. Breslau, 1790-1797, 2 vol. in-8°. — V. Uebersicht der Rettungsmittel in plotzlichen Lebensgefaliren. Gorlitz, 1796, 1798, in-fol. — VI. Noth- und Hulfstafel zur Verminderung des Pockenelends. Gorlitz, 1797, 1798, in-fol. — VII. Neues Handbuch der Kinderkrankheiten. Breslau, 1797, in-8". — VIII. Ueber Gesundheitswohl und Volksvorurtheile. Breslau, 1797- 1798, 2 vol. in-8°. — IX. Versuch iiber die Kunst Scheintodtc zu beleben. Hannover, 1797,
in-8°. — X. Ueber die Erziehung der Kinder. Hannover, 1798, 1803, in-8". —
XI. Krankenbuck, etc. Breslau, 1798, in-8°. — XII. Die Kunst das schwache Leben zu erhalten. Hannover, 1799-1800, 3 vol. in-8". — XIII. Gesundheitslehre. Braunschweig, 1799, in-8". — XIV. Tabellar. Uebersicht zum Behuf des Krankenexamens. Hannover, 1800, in-fol. — XV. Wie konnen Schwangere sicfi gesund erhallent Hannover, 1800, 1807, in-8°. — XVI. Triumph der Heilkunst. Breslau, 1800, 180i, 5 vol. in-8". — XYII. Die Wissensch. des menschlichen Lebens. Hannover, 1801-1804, 2 vol. in-8°. — XVIII. Anleitung
zur Impfung der Kuhpocken. Breslau, 1802, in-8°. — XIX. System der med. Eleklri-
citdts-Lehre. Breslau, 1802, 2 vol. in-8°. — XX. Unters iiber die Scharlachkrankheit.
Hannover, 1803, in-8°. —XXI. Der Gesundheitsfreund der Jugend. Hannover, 1803, in-8°. — XXII. Der Gesundheitsfreund des Alters. Hannover, 1804, in-8°. — XXIII. Galvanodesmus . . .
Hannover, 1804, in-8°. — XXIV. Ueber Kinder und Kmdererziehung Hannover, 1806,
in-8°. L. Hx.
STRYCHNINE (CHIHIE). 389
Strove (FRIEDKICH-ADOLPH-AUGUST). Ne a Neustadt, pres de Stolpen, le 9 mai 1781, etait le fils unique d'Ernst-Friedrich Struve. II commenca 1'e'tude de la medecine a Leipzig en 1799, puis en 1800 etudia a Halle, ecouta en 1802 les leQons de clinique de Pierre Frank a Vienne, puis, en 1802, se fit recevoir docteur a Halle. En 1803, il se fixa a Neustadt et il accepta en meme temps de gerer la pharmacie de la localite ; en 1805, il passa a Dresde et renonca a la pratique medicale pour se donner entierement a la pharmacie. Pendant une cure qu'il fit aux eaux de Carlsbad et de Marienbad, en 1803, 1'idee lui vint de preparer artificiellement les eaux minerales. II y reussit apres beaucoup de peines, et en 1820 fonda a Dresde un etablissemcnt special d'eaux minerales artificiellcs; il crea immediatement apres des etablissements analogues a Leipzig et a Berlin (1808), puis a Brighton, en Angleterre (1825), sous le nom de Royal German Spaa. D'autres etablissements du meme genre ne tardercnt pas a etre fondes par ses eleves a Konigsberg, a Varsovie, a Moscou, a Petersbourg et a Kiev. Struve mourut a Berlin d'une maladie de la vessie, le 29 septembre 1840. Nous citerons de lui .
I. Diss. inaug. dc quibusdam theoriae respirationis capilibus prodromns, sistens docimasiam pulmonum Ploucquetianam. Halae, 1802. — II. Ueber die Nachb/ldung der natiirlichen Heilquellen ..... Mit einer Vorrede von Dr. F. L. Kreysig. Dresden u. Leipzig, 1824-1826, pet. in-8°. — III. Remarks on an Institutim for the Preparation and Use of Artificial Mineral Waters in Great Britain. London, 1823, in-8°. — IV. Bcschreibung zweier Verrichtungen zu Dampfbadern. Dresden, 1841, in-4°. — V. Divers articles dans les journaux de medecine. L. Hi*.
Struve (LuDviG-AuGusr). Ne a Altona, le 18 aout 1795, a lait ses etudes medicalcs a Dorpat, puis fut attache comme me'deciu volontaire aux hopitaux militaires de Riga, et, apres la paix de 1815, se fit recevoir docteur a Kiel. II pratiqua quelque temps la medecine a Elmshorn, dans le Holstein, puis fut appele, en 1823, a Dorpat, comme professeur de clinique et de therapeutique. II est rnort dans cette ville, le 15 avril 1828. On cite de lui :
I. Dissertatio inauguralis exhibens insiynem casum ruplurte uteri, pout mortem puerperce, demum ex sectione cognitce. Kiel, 1815, in-l". — II. Ueber die ausxatiartige Krankheit Holsteins, allgemein daselbst die Marskranftheit genannt. Ein Beytrag t-wr Kenntniss der pseudosyphilitischen Uebel. Altona, 1820, ia-8°. — III. Ueber die Entziehungs- und Hungercur in eingcwurzelten chronischen, namentlich sijphilitischen und pseudosyphilitischen Krankheiten. Ein Beytrag zur Therapie der chronisclien Krankheilen. Altona, 1822, in-4°. — IV. Commentatio dephlegmasia alba dolente, quindecim observationes practicas continens. Tubingue, 1826, in-4°. — V. Ueber die Erkenntniss und Cur acuter und chronischer Krankheiten. Riga et Dorpat, 1827, in-8°. — VI. Historischer Bericht iiber die Leistungen des medicinischen Klinikums der Kaiserl. Universitcet su Dorpat. Denkschrift der Medicinischen Facultcet zur funf und zwanzigjcehrlichcn Stiflungsfeier. Dorpat, 1827, in-8°. — VII. Beobachtungen iiber die amsatzartige Krankheit Holsleins. In Rust's Magaz. fur die gesammte Hei/kunde, Bd. VIII, p. 377. — VIII. Beschreibung der vorzuglichsten von ihm beobachteten Formen des Aussatzes: Ibid., Bd. XXI, p. 320. — IX. Synopsis morborum cutaneorum secundum classes, genera, species et varietates. Uebersicht der Haulkrankheilen nach ihren Classen. Berlin, 1829, in-fol. A. D.
Nom donne a 1'une des tribus de la famille des Loganiacees, et parfois a la famille entiere (voy. LOGANIACEES). PL.
STRYCH\Ti^E. C*2H22Az204. §. I. Cliimie. Alcaloide decouvert en 1818 par Pelletier et Caventou dans la feve de Saint-Ignace (Ignatia amara) et dans lanoix vomique (Strychnos nuxvomica), deux plantesdelatribudesStrychnees
390 STRYCHNINE (CIIIMTE).
et de la famille dcs Loganiacees. La strychnine est toujours accompagnee par un autre alcaloide, la brucine, si bien que la preparation de 1'un d'eux implique celle de 1'autre.
On a propose plusieurs precedes pour obtenir la strycbnine. Le plus suivi est celui qu' Henry a indique et que nous allons decrire sommairement.
Apres avoir epuise la noix vomique pulverise'e par plusieurs decoctions dans 1'eau bouillante, on evapore celles-ci jusqu'a consistance de sirop tres-epais, et on y ajoute peu a peu un leger exces de chaux delaye'e dans 1'eau (120 grammes de chaux vive par kilogramme de noix vomique). 11 se forme un depot qu'on lave, qu'on seche et qu'on reprend par del'alcool a 85°, qui dissout la strychnine et la brucine. L'alcool reduit par la distillation laisse deposer des cristaux de strychnine que Ton convertit en nitrate et que Ton purifie par plusieurs cristallisations successives. La brucine reste dans les eaux meres. Le nitrate de strychnine est dissous dans 1'eau et traite par de 1'ammoniaque qui determine un depot de strychnine. On recueille ce depot sur un filtre, et apres 1'avoir fait secher on le dissout dans 1'alcool bouillant. La strychnine cristallise par le refroidissement.
La strychnine du commerce est souvent melee de brucine ; suivant Robiquet, pour les separer on delaye la strychnine soupconnee dans un peu d'eau chaude et Ton ajoute un peu d'acide. On fait bouillir et on traite le liquide bouillant par 1'ammoniaque. Si la strychnine est pure, il se forme un precipite pulverulent; si elle contient de la brucine, le precipite est poisseux. Dans ce dernier cas, 1'alcool a 58 degres dissoudra la brucine sans toucher a la strychnine.
La strychnine cristallise en octaedres a base rectangle ou en prismesa 4 pans, termines par des pyramides a 4 faces. Elle est incolore et inodore, sa saveur est metallique et extremement amere. Malgre 1'intensite de sa saveur, cet alcalo'ide esl a peine soluble dans 1'eau. En effet, 1 gramme de strychnine exige, pour se dissoudre, 6667 grammes d'eau a 10 degres, et 2500 grammes d'eau bouillante. Son veritable dissolvant est 1'alcool a 90 degres. Sa dissolution alcoolique est levogyre. La strychnine est auhydre, inalterable a 1'air et infusible. A 315 degres ellese decompose.
Peu de substances sont aussi sensibles a certains reactifs chimiques que la strychnine. Ainsi, par exemple, 1'iodure de potassium iodure donne lieu, quand on en verse quelques gouttes dans les solutions de cet alcalo'ide, a un precipite jaune floconneux, meme si la solution est a 1/80 000e.
Voici la reaction caracteristique de la strychnine et quisert a la distinguer des autres alcaloi'des. On triture une tres-faible quantite de I'alcaloide que 1'onveut reconnaitre avec une trace de bioxyde de plomb et Ton ajoute au melange une goutte d'acide sulfurique. Si la substance essayee est de la strychnine, il se produit aussitot une magnifique couleur bleue, qui passe plus ou moins rapidement an violet, puis au rouge, et apres quelques heures an jaune serin.
Le chlore, le brome et 1'iode, en agissant sur la strychnine, se substituent en des mesures diverses a de 1'hydrogene de I'alcaloide.
Quelquefois 1'alcaloi'de se combine directemcnt avec 1'halogene, sans aucun phe'nomene de substitution. Les hydracideset les oxacides,en se combinant avec la strychnine, produisent des sels presque toujours cristallise's et, s'ils sont solu bles, tous le'vogyres. La constitution de ces sels est la meme que celle des sels ammoniacaux.
De tous les sels strychniques, le sulfate neutre etant le seul qui soil employe*
STRYCHNINE (EMPIOI MEDICAL). 591
en medecine, nous croyons utile d'en faire connaitre ici le precede de prepara tions et les proprietes.
Sulfate neutre de strychnine. C4JII22Az202,IIO,S03 -h 7Aq. On delaye dans 1'eau bouillante de la strychnine finement pulverisee, et on ajoute au liquide la quantite d'acide sulfurique etendu d'eau qui est necessaire pour dissoudre 1'alcaloide. Par le refroidissement, le sulfate neutre se deposera sous la forme de petits prismes rectangulaires, solubles dans moiiis de 10 parties d'eau et doues d'une excessive amertume. Ces cristaux perdent leur eau de cristallisation par la chaleur ou dans le vide.
Ne pouvant ni decrire ni meme resumer les nombreuses recherches que les chimistes ont faites sur la strychnine, nous indiquerons les sources principales auxquelles pourront puiser ceux qui voudraient connaitre a fond Fhistoire chimique de cet alcaloide. MALAGUTI.
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§. II. Applications mt-dicaic*. Hislorique. G'est en 1818, comme on vient de le voir, que Pelletier et Caventou, analysant la noix vomique, decouvrirent la strychnine. Le 14 decembre, ils annoncaient a 1'Academie des sciences cette decouverte dans une communication qui est devenue un document historique important.
On doit a ces chimistes les premieres experiences qui firent connaitre les principales proprietes physiologiques de cet alcaloide, tout d'abord norarae Vauqueline, en 1'honneur de 1'illustre Yauquelin. 11s furent frappes de la puis sance toxique du nouveau corps, Fun de nos plus redoutables poisons, et reconnurent en meme temps a la morphine le merite d'attenuer ou de combattre dans une certaine mesure 1'empoisonnement strychnique.
L'annee suivante (1819), Magendie s'assura experimentalement que la strychnine possedaitbien tous les effets deleteres de la noix vomique et rechercha si, conime celle-ci, elle ne serait pas douee, en revanche, d'utiles proprie'tes therapeutiques. II la donna a un vieillard de soixante-sept ans, affecte de debilite musculaire, qui s'en trouva bien. Notre matiere medicale etait desormais en possession d'un nouveau medicament et d'un agent des plus energiques.
Apres ces premiers essais, il ne fut plus guere question pendant quelques annees de cet alcaloide, dont la puissance sans doute eifrayait les medecins, que de temps a autre, et comme succedane de la noix vomique, jusqu'au jour ou les physiologistes s'appliquerent a etudier ses importantes proprieles sur le systeme nerveux et multipliereut leurs experiences pour e'tablir son veritable mode d'action.
Nous resumerons plus tard ces importants travaux, auxquels se rattachent les noms de M;igendie, Cl. Bernard, Martin-Magron et Buisson, Brown-Sequard et Bonnefin, Marshall-Hall, Schroeder van derKolk, Harley, Vulpian, etc.
Alors les medecins, mieux au fait des proprietes de la strychnine et, d' autre part, guides par les observations cliniques de Fouquier relatives a 1'emploi de la noix vomique (voy. ce mot) dans les paralysies, repeterent avec la strychnine, son principe le plus actif, les experiences therapeutiques du distingue professeur ou de ses imitateurs et chercherent en outre a etendre le champ d'applications du medicament.
D'ou une deuxieme phase dans 1'histoire de 1'alcalo'ide, la phase des applica tions therapeutiques, paralleles, en somme, a celles de la noix vomique, mais dont les resultats furent varies, ainsi que nous le verrons. Les noms de ces observateurs sont trop nombreux pour pouvoir etre cites ici ; je les indiquerai plus tard, a 1'occasion des applications medicales.
Enfin un proces celebre, celui du docteur Palmer, accuse d'avoir empoisonne son ami Cook, a 1'aide de la strychnine, surgit en Angleterre, ou il passionna a 1'exces le monde medical. Aussi bien 1'etude medico-legale du nouveau poison, jusque-la (1855) assez negligee, fut-elle reprise avec activite, et elle donna lieu en Angleterre, en France, en Allemagne et jusqu'en Amerique, a plusieurs publications, parmi lesquelles quelques-unes sont des plus remarquables, sur 1'empoisonnement par 1'alcaloide des strychnos au point de vue judiciaire.
Ges memoires sont signes de noms dont je n'ai pas besoin de dire la valeur : Christison, Nunneley, Taylor, Stevenson Mac Adam, etc., pour 1'Angleterre; Casper, Ranke, pour 1'Allemagne; Tardieu, Roussin, Gallard, etc., pour la France.
C'est pourquoi, a 1'beure actuelle, 1'histoire complete de la strychnine est bien avancee, au triple point de vue de sa pharmacodynamie, de ses usages medicaux et de sa toxicologie.
Tout n'est pas dit encore ccpendant sur cette histoire, et bien des divergences d'opinion subsistent encore, que 1'avenir sans doute fera disparaitre.
I. Eflets physiologiques. G'est une question fort difficile que j'aborde ici, en raison des details infinis qu'elle comporte. Jevais done multiplier les divisions pour faeiliter au lecteur ses recherches et 1'empecher de s'egarer au milieu des fails si nombreux que je vais lui exposer.
Les effets de la strychnine ont ete etudies sur les animaux a sang froid, sur les animaux a sang chaud, sur 1'homme, et Marcet a meme constate qu'elle est un poison pour les plantes.
En somrne, tous les etres vivants subiraient ses effets toxiques, a des degres divers, et je ne crois pas qu'on puisse admeltre que cerfains animaux echappent ou soient refractaires a son action.
Si les Gasteropodes resistent a des doses qui paraissent excessives, eu egard a leur volume, il n'en est pas moins vrai, comme 1'ont demontre les interessantes experiences de Fleckel, en 1879, qu'il arrive un instant ou le Mollusque est atteint ; il a des convulsions et succombe.
Par exemple, YHelix aspersa, du poids de 6 a 7 grammes, est tuee en cinq et six minutes par 25 milligrammes de strychine, mais YHelix pomatia tient bon jusqu'a la dose de 52 milligrammes.
Le singe, le coq, le herisson, offrent egalemcnt une immunite relative contre le strychnisme ou empoisonnement par la strychnine, mais il est certain qu'ils ne resistent jamais a une dosesuffisantede raloaloide bien administree.
Pour montrer la variabilite d'action toxique de ce poison, je reproduis, d'apres Nothnagel et Rossbach, les chiffres indiquant les doses mortelles les plus faibles pour diverses especes animates :
Poids de 1'animal Dose mortelle
en grammes. minima.
Grenouille.. . 25 0,00005 (Falck).
Souris 25 0,00003 —
Lapin 1000 0,0006 —
Coq 380 0,00076
Ablette 80 0,001
Chat 2080 0,0016 -
Chien 5000 0,0025 —
Pigeon 270 0,004
Herisson 5000 0,0013 —
Homme 70000 0,030 (Husemann).
Si Ton tient compte du poids, c'est I'homme qui est le plus sensible a Faction de la strychnine. Au contraire, le coq et le herisson la supportent beaucoup mieux. Le premier de ces animaux resiste a des doses enormes introduces par les voies digestives ; toutefois, il suffit de 2 milligrammes en injection sous la peau pour le tuer. II en est de merne pour les Mollusques, d'apres Heckel, des genres Helix, ou bien des especes Zonites algira, Stenoygra decollata,qui, fort peu influences par la poudremise sur leur corps, succombentrapidementlorsqu'on injecte une solution de strychnine dans 1'epaisseur de leur pied.
A. ACTION LOCALE. Sur la peau de 1'homme ou des Mammiferes encore revetue de son epiderme, Faction topique de la strychnine est absolument nulle. Au contraire, cette substance manifesto de reelles proprietes irritantes quand on 1'applique a la surface dufZerme.EHe determine alors de la douleur plus ou moins forte avec sensation de brulure, puis une exsudation de serosite epaisse qui se concrete pour former une sorte de fausse membrane opaque et jaunatre, assez adherente. Ceci s'observe bien quand on e'tale 1'alcaloide a la surface d'un vesicatoire (me'thode endermique), pour faeiliter son absorption.
Etendue sur une sereme, sur une muqueuse, elle s'absorbe fort bien. Ainsi Ch. Schuler a vu un cas d'empoisonnement grave a la suite de 1'instillation d'un collyre a la strychnine dans 1'oeil d'un malade.
Puis Gorocliozeff a observe quelecbien est plus rapidement tue' par ce poison simplement insuffle dans sa gueule que quand il est ingere par 1'estomac.
Place toutefois sur la moelle epiniere, il ne determine aucun effet gene'ral (Ilarley), a la condition que 1'organe ait ete bien denude.
Cbez les Batracicns, la grenouille particulierement, le poison penetre a travers la peau et determine les effets caracteristiques que nous allons decrire.
B. ACTION DIFFDSEE. Elle est a peu pres la meme cbez tous les animaux vertebres, avec quelques nuances que j'indiquerai soigneusement. Mais pour la bien etablir il est necessaire de 1'etudier successivement chez les animaux a sang froid, chez les Mammiferes et chez I'liomme.
a. Animaux a sang froid. La grenouille est 1'animal par excellence pour observer les effets de la strychnine; elle est d'une sensibilite extreme a son action, qu'elle subit facilement a la dose insignifiante d'un quarantieme de milligramme.
J'ai souvent vu dans mes recherches sur I'antagonisme du chloral et de la strychnine se developper chez ce Batracien un strychnisme manifeste, apres une injection de quelques gouttes d'eau chloralee, pratiquee a Taide d'une seringue de Pravaz qui avail contenu une solution faible de I'alcaloide et mal lave'e. La dose ne pouvait etre dans ce cas quinfinitesimale.
Vulpian, auquel nous devons un ouvrage tres-remarquable sur la strychnine, public recemment (1882) et que j'aurai souvent 1'occasion de citer dans le cours de cet article, Vulpian, dis-je, decrit comme il suit les effets principaux de la strychnine, 1'aspect du strychnisme plus exactement, chez la grenouille, a la suite de 1'introduction sous la peau d'un vinytieme de milligramme de chlorhydrate de strychnine, dose faible.
En moins de deux minutes 1'action se manifeste.
L'animal s'agite un peu, pousse un petit cri, et ses membres s'etendent spasmodiquement : c'est le debut de la periode de convulsions.
Aussitot la tete se flechit un peu sur le cou, les paupieres se relevent, les globes oculaires s'enfoncent dans les orbites, les membres posterieurs s'etendent et les orteils s'ecartent lesuns des autres.
Quant aux membres anterieurs, ils s'etendent le long du corps chez la femelle, se croisent sur le sternum chez le male ; ceci est constant et caracteris tique du sexe.
L'animal est alors pour ainsi dire rigide : c'est le spasme tonique. Mais cette rigidite ne dure qu'une seconde a peine, il y a relachement, puis aussilot un redoublement spasmodique, une sorte de vibration de toute la bete : c'est le spasme clonique. Spasmes toniques et secousses convulsives se succedent a court intervalle, diminuant peu a peu d'intensite, et la crise se termine comrae si la grenouille etait e"puisee.
Elle reste alors immobile et flasque ; ses yeux s'ouvrent et les mouvements respiratoires de 1'appareil hyoi'dien, supprimes lors des convulsions, reparaissent.
Bientot, cependant, une crise nouvelle, semblable a celle que je viens de decrire, commence, spontanee ou quelquefoisprovoquee par le moindre attouchement, suivie e'galement d'une periode de calme.
On peut noter plusieurs successions de ces crises et temps derepos. Toutefois, les convulsions finissent par etre moins energiques, et au bout dc six a sept heures 1'animal est a peu prcs libere ; il n'a plus cle secousses convulsive?, mais il reste affaibli et ne se remet completement qu'apres une journee.
D'autres fois il reste immobile, flasquc, incapable de reagir sous I'influence d'une excitation meme vive, ne respirant plus, et, si le coeur ne continuait de battre, on le croirait mort.
Ceci s'observe quand la dose a etc un peu forte. Alors il arrive parfois qu'il succombe parce que le coeur s'arrete, ou bien il survit, etbientot commence une periode fort curieuse, dite de retour, pendant laquclle il aura de nouvelles crises convulsives, analogues a celles que nous venons de decrire, suivies de temps de repos plus ou moins longs. Longtemps il gardera une grande excitabilite, a ce point qu'au moindre choc il s'agitera comme sous 1'inlluence d'une decbarge electrique. Enfin apres quinze jours, un mois souvent, il sera retabli (Vulpian).
b. Animaux a sang chaud. Voici ce qu'une dose non mortelle produit, au simple examen, chez le cliicn. Apres 1'injection de 5 milligrammes de chlorhydrate de strychnine, dose assez forte, 1'animal s'agite, devient inquiet, va, vient, se couche et a le regard anxieux, puis il frissonne, respire plus vile, semble baletant, ecarte ses membres comme pour se donner plus d'assiette, reuverse sa tete en arriere et tombc sur le flanc, en raideur te'tanique.
Les muscles contracted a 1'exces, et qui font saillie sous la peau, sont agites convulsivement.
La respiration est difficile, lente, rare, et quelquefois elle se suspend.
L'aspect de 1'animal est navrant, avec ses paupieres largement ouvertes, ses yeux saillants, ses machoires ecartees, ses levres agitees convulsivement ct ses membres rigides.
Ici encore on peut voir une courte periode de repos, apres une crise qui dure une demi -minute ou plus. Alors 1'animal se releve et ne bouge pas, puis il frissonne a nouveau et tombe sur le flanc en proieaune seconde attaque tctaniforme. Celle-ci est encore suivie d'un repos relatif et bientot commence une troisieme crise comparable aux deux autres, moins forte quand 1'animal doit vivre. La periode de calme est plus longue egalement; finalement les crises se succedent de moins en moins fortes, et la malheureuse bete se retablit a\i bout d'une heure. Comme la grenouillc, il offre alors une excitabilite telle, qu'au moindre choc il a une attaque de convulsions.
Avec une dose forte, le chien peut succomber lors du premier acces par suite d'un trouble considerable de la respiration, qui arrive a se suspendre. Le coeur cesse de battre aussitot et « 1'etat convulsif fait place a une resolution musculaire generalised ». L'animal est mort.
Effets des doses massives chez les animanx. Ces effets fort curieux pour ceux qui se livrent aux recherclies physiologiques out etc observes par Ch. Richet, en 1880. II a vu qu'on pouvait injector dans la saphene d'un cbien 1 decigramme de chlorhydrate de strychnine sans tuer aussitot 1'animal, mais a la condition de pratiquer la respiration artificielle tres-largement. Les convul sions se produisent rapidement, avec des caracteres speciaux et suivant trois phases successives que 1'auteur designe par les noms de te'tanique, convulsive, choreique.
Puis survient une periode de resolution musculaire, durant laquelle il est
tout a fait impossible de provoquer le moindre mouvement reflexe. Les mouvements du coeur sont reguliers, plutot frequents, et la faiadisation du pneumogastrique est impuissante a les arreter. II semble que 1'animal ait eteempoisonne par le curare ou 1'alcool. Ai-je besoin de dire qu'il ne se retablit jamais?
Au point de vue pbysiologique pur, 1'experience de Ch. Kichel est importante, car elle montre que le curare et la strychnine ont des effets communs, ce que pouvait faire presagerleur origine botanique commune, la famille des Strychnees (Crevaux).
c. Chez I'homme. J'omets a dessein de decrire ici les effets physiologiques produils par les doses faibles. Je les considere alors comme tres-voisins de ceux de la noix vomique (voy. ce mot), et d'ailleurs plusieiirs fois dans le cours de cet article j'aurai 1'occasion de les rappeler, particulierement en parlant du traitement de la choree, etc. \7oici, resumes succinctement, quelques fails d'empoisonnement destines a montrer la succession des phenomenes morbides qui se deroulent apres 1'ingestion d'une dose toxique de strychnine. Voyons d'abord 1'action d'une dose non mortelle, mais forte.
Le cas suivant a ete observe en Angleterre par le docteur James Part, le leroctobre I860.
Une jeune fille de trente et un ans, domestique, ayant re'solu de se tuer, avala une certaine quantile de cette mort aux rats, specialement connue sous le nom de Battle's vermin killer, a base de strychnine, laquelle a malheureusement deja fait dans ce pays beaucoup de victimes humaines.
Elle ne tarda pas a ressentir les effets du poison, et tels qu'elle tomba aterre, poussant des cris desesperes. Part la vit a la fin de la premiere crise convulsive, assise sur une chaise, les deux jambes tres-etendues, les pieds fortement ecartes et renverses, les orteils flechis. Egalemenl les bras etaient elendus et les mains convulsivement accrochees aux bras de deux homines qui la soutenaient sur la chaise.
Le corps elait rigide, courbe en arriere, en opisthotonos.
Le facies etail anxieux, rappelant celui d'un cholerique; il y avail de la cyanose et nne sueur froide, profuse, sur tout le visage. Mais les yeux etaient fixes et suillants, ce qui est anormal dans le cholera, ou ils sont eteinls et enfonccs dans 1'orbite.
La respiration etail irreguliere et convulsive ; le pouls excessivemenl rapide el petit.
Au moindre attouchement, la malade elail aussilot en proie a une agitalion spasmodique violente.
II y avail alors trois quarts d'heure que le poison etail avale. A ce moment cette femme demanda qu'on 1'etendit par lerre, complelemenl impuissante a faire le moindre mouvement. Elle fut prise aussitol d'une altaquc convulsive formidable, rappelant le tetanos Je plus violent. Les quatre membres furent brusquement etendus, les muscles du dos entrerent en contraction et il en r^sulta un opistholonos des plus marques.
En meme lemps 1'air elait hagard, la face fortemenl cyanosee, les yeux etaient grands ouveols, saillants, el les pupillesdemesurement dilatees.
Puis il y eiil une sorle de tremblement general el une detente complete des muscles, avec resolution absolue, comme si la mort venait d'avoir lieu. Cependanl la respiralion un inslant suspendue se retablil el la malade, qui avail recu un vomitif, fut prise de vomissements abondants.
STRYCHNINE (EMPLOI MEDJCAL). 397
Les spasmes reparurent, mais diminuerenl progressivement de violence; il y eut de la prostration; toutefois au bout de onze beures on pouvait considerer cette malheureuse comme hors de danger. Ge ne fut, cependant, qu'apres soixante heures qu'elle se retablit absolument. L'intelligence n'avait pas ete atteinte pendant la duree de 1'intoxication.
Voici maintenant le recit, fort succinct, d'un empoisonnement rapidement mortel observe par George Hurley. 11 s'agissait d'une jeune lille de onze ans, dont le pere etait droguiste, et qui ingera une dose de strychnine non specifiee.
Apres une premiere crise lelanique qui lui laissa 1'intelligence absolument libre, elle eut une courte remission et une nouvelle attaque qu'elle sentit venir formidable, car elle s'ecria au moment ou les spasmes commencerent : « Tenez mes jambes, tenez mesjambes! je vais mourir, je le sens ». Le visage devint livide, les pupilles se dilaterent, puis les crises convulsives se succetlerent, augmentant rapidement de frequence et d'intensite. Enfin, au moment de la derniere convulsion, la face devint noire, la respiration ne put s'executer, le coeur cessa de battre, 1'enfant etait morle. A cet instant, tous les muscles se relacherent un peu, mais tres-rapidement la rigidite cadaverique commenca.
Lecas suivant, qui est de Blumliardt (Journ. de chim. medic., 1857), donne une idee encore plus complete de 1'intoxication strychnique mortelle cbez 1'homme.
II s'agit d'un adolescent de dix-sept ans, qui ingera 26r,60 environ de strychnine pour se donner la mort.
Apres avoir bu un verre de vin et d'eau acidulee, ce qui facilita evidemment 1'absorption du poison, il fut pris au bout d'un quart d'heure d'agitation et de terreur telle qu'il appela a son secours. Un medecin arriva presque immediatement, qui le trouva couche sur le dos, immobile, roide, la tete renversee en arriere. La face etait pale, decompose'e, la peau naturelle, le pouls frequent, serce, 1'intelligence enliere, la parole breve, saccadee, car les machoires etaient serrees fortement 1'une contre 1'autre.
La respiration deja difficile devint irreguliere, intermittente ; le corps fut pris de tremblement convulsif, se courba en opisthotonos, puis fut souleve brusquement au-dessus du lit, comme mu par un ressort qui se serait detendu.
Aussitot les membres superieurs, rigides, se croisent convulsivement sur la poitrine; les inferieurs se raidissent violemment aussi, les pieds se contractent, la plante tournee en dedans.
La respiration devient alors plus difficile, s'arrete un instant, et le coeur bat irregulierement.
Puis la face se cyanose; les yeux deviennent saillants, les pupilles se dilatent et restent immobiles ; la connaissance se perd; le malheureux parait mort.
La mort n'est cependant qu'apparente, car 1'infortune fait bientot une inspi ration lente et profonde et semble se reveiller. Toutefois, les convulsions n'ont cesse qu'aux membres superieurs et le visage reste cyanose. Au bout d'un quart d'beure commence une nouvelle crise convulsive, avec perte de connaissance et apparence de mort, puis une courte remission. Enfin la quatrieme crise survient qui tue en un instant ce jeune homme, une heure et quart apres 1'ingestion du poison.
II me parait inutile de citer de nouveaux fails; tons se ressemblent plus ou moins, et un auteur a pu dire avec raison que, lorsqu'on avail ete temoin une
seule fois (Tun empoisonnement par la strychnine, 1'hesitation devant un cas nouveau etait impossible : le strychnisme devait etre reconnu d'emblee a la plus simple inspection.
En resume, 1'intoxication strychnique chez 1'homme se caracterise par la symptomatologie que voici :
Apres un temps assez variable : dix, quinze, trente minutes et plus, Irs sujcts qui viennent d'avaler le poison eprouvent du malaise general, de 1'anxiete; ils s'agitent, marchent a grands pas, s'inquietent et, terrifies, troubles a 1'exces, conscients de la gravite de leur situation, appellent a leur secours alors meme qu'ils out volontairement cherche la mort. La periode convulsive va commence!1, s'annoncant par quelques secousses ge'nerales et do 1'impuissance molrice. Quelques-uns restent assis, le plus souvcnt ils sont etendus, dans 1'impossibilite de se mouvoir, et atteints de contractions tetaniques plus ou moins marquees qui les immobilisent, se plaiguaut de douleurs musculaires et de fourmillements.
L'intelligence est nette, et ceux qui se sont empoisonnes peuvent rendre compte de leur tentative criminelle; mais la parole est saccadee, et tous craignenl Je bruit, la lumiere vive, et redoutent le moindre mouvement.
La tote est renversee en arriere comme dans 1'opistbotonos, les membres assez rigides sont agite's de secousses plus ou moins fortes, bruyantes parfois et iaisant un bruit de castagnettes (Tardieu).
Puis les machoires se resserrent, les dents claquent, la face devient anxieuse, gonfiee et livide, la respiration est difficile et tout le corps se convulse : nous sommes en pleine crise tetaniforme.
Bientot les muscles se dependent et le patient enlre dans la periode de calme relatif.
Ou'on 1'approche, qu'un ebranlement ait lieu autour de lui, qu'on le touche, et aussitot il reagira comme sous 1'inQucnce d'un courant electrique. Habituellement il est tourmeute par la soif et peut etre atteint directions douloureuses (Trousseau et Pidoux).
La deuxieme attaque est generalement plus forte que la premiere. C'est alors qu'oa voil le malheureux patient torclu pour ainsi dire par les contractions, courbe en arc a conca\ile posterieure et parfois soulevede 1'endroitou il repose, et meme projete en 1'air par les secousses convulsives.
Le trismus rempechede parler et la contraction spasmodique des muscles du thorax arrete sa respiration. Parfois il urine involontairement et rend des matieres fecales.
Le ccEur meme fonctionne irregulierement et ses battemenls sont intermittents.
On congoit que le visage convulse, cyanose, couvert de sueurs, prenne un aspect special caracte'ristique, .comme grimacani, mais sans le rire sardonique des malades atteints de tetanos, et d'autant plus etrange que les yeux out une grande fixite eL font saillie hors des orbites, les pupilles generalement dilatees a Texces.
Ddiis ces conditions, la sensibilite generate et 1'intelligencc disparaissent a peu pros completemeat et, quand le paroxysme est a son summum d'iutensite, la mort parait imminente ou acquise.
Cependant les spasmes s'apaisent, les muscles entrent en resolution, le sujet fait une profonde inspiration, le coeur recommence a battre, les sens retrouvent
STRYCHNINE (EJIPLOI MEDICAL). 599
leur fonctionnement, la connaissance revient, les mouvements volontaires sont possibles; e'est la une nouvelle remission.
Celle-ci est encore suivie d'un troisieme acces, qui peut se tcrminer brusquement par la mort quand la dose du poison a ete forte, ou bien conduit a une remission courte et incomplete; surviennent alors rapidement de nouveaux acces qui se terminent par la mort, au sixieme ou bien au scptieme, dans les cas tres-graves, et meme plus tot, si la dose du poison a ete excessive.
Si, au contraire, le malade doit resister a 1'empoisonnement, les crises diminuent de violence, les periodes de remission sont plus longues et, apres un temps variable de quelques heures a un jour, il se retablit, ne gardant qu'une fatigue extreme ou une excitabilite excessive qui ira s'attenuant assez rapidement.
Telle est dans son ensemble la physionomie du stryclmisme. Mais on concoit que ce type general peut singulierement se modifier suivant les sujets, leur age, leur susceptibilite, la dose de strychnine ingeree, etc. Malgre tout 1'etat convulsif, la dominante dans cette situation pathologique est toujours la meme et suffit le plus souvent a caracteriser 1'empoisonnement par la strychnine et a le differencier aux yeux d'un homme de Tart d'autres intoxications ou affections convulsives qui s'en rapprochent. J'indique plus loin ne'anmoins ce diagnostic differentiel.
ACTION DE LA STRYCHNINE SUR LES ORGANES ET LES FOXCTIONS. L'etude Cjui Va
suivre est le complement dc la precedente ; elle a pour but, maintenant que le lecteur connait 1'ensemble de 1'intoxication par cet alcaloide, de le faire penetrer dans le detail meme de cette intoxication.
1° Systeme nerveux. G'est le premier touche, tres-vraisemblablement, par le poison, qni concentre sur lui son action et developpc par son intermediaire cet etat convulsif si particulier que nous vcnons de decrire. Comment done agit la strychnine sur ce systeme V Cette question a ete ctudie'e avec passion, dirai-je volontiers, par les physiologistes, et les travaux produils sont conside rables. Je vais m'efforcer de les resumer avec le plus de clarte possible et de precision.
L'alcalo'ide agit-il sur le cerveau? Spitzka attribue aux doses fortes la propricte d'exciler des spasmes epileptiformes d'origine corticale. Cependant la majorite des physiologistes n'admettent pas cette action. La physionomie de 1'empoisonnement n'est en effet nullement modifiec quand, chez une grenouille, on enleve les hemispheres avant d'injecler le poison. Rossbach rapporte encore une experience plus significative. 11 coupe lamoelle d'un lapin au-dessous du bulbe et empoisonne ranimal : or, tandis que tout le train posterieur sursaute convul sivement, le lapin peut manger tranquillement la nourrilure qu'on lui offre. Enfin, dans les cas d'empoisonnement chez 1'homme, on signale toujours la conservation de la connaissance et de I'intelligence. Celle-ci ne disparait que lors de 1'etat asphyxique produit par 1'arret de la respiration et des battements du coeur.
C'est bien d'ailleurs sur le bulbe et la moelle epiniere que la strychnine agit, car, en detruisant ces centres chez la grenouille strychnisee, les convulsions s'arretent immediatement. D'autre part, chez ce meme animal, dont on a prealablement detruit le bulbe et la moelle, la strychnine ne determine aucune convulsion. Enfin, d'apres Brown-Sequard, en sectionnant toutes les arteres qui vont a la moelle on preserve celle-ci evidemment du contact du poison : or il ne
se manifeste aucune convulsion apres son introduction dans 1'organisme de la grenouille ainsi preparee.
Cette substance toxique atteint la moelle dans toute son etendue, car on a beau la couper a diverses hauteurs pendant la periode convulsive, les spasmes ne sont nullemeut modifies.
Elle atteint encore le bulbe, comme le prouvent les modifications de la respiration, la retraction des globes oculaires et les mouvements de flexion de la tete chez les grenouilles (Vulpian).
Quelles sont maintenant les parties de la moelle epiniere et du bulbe qui subissent 1'action de la strychnine?
Cette question est controversee. Magendie ne faisait aucune distinction et admettait simplement que cet alcaloide excite la moelle epiniere comme le ferait un simple irritant mecanique ou 1'electricite.
On a objecle a 1'illustre physiologiste qu'il n'en pouvait etre ainsi, parce que les convulsions oi'friraient alors un tout autre caractere : il y aurait plutot de la contracture et non pas des spasmes et des secousses; c'est d'ailleurs ce qu'ont bien monlre* les experiences de Marshall-Hall (Comptes rendns del'Acad. des sciences., juin 1847). La moelle etant electrisee, ou en etat e'lectroge'nique, il se produit de la contracture permanente par excitation. Et puis comment comprendre avec cette theorie le cas de la grenouille strychnisee qui n'a pas de convulsions lorsqu'on la met a 1'abri de toute excitation?
On a done invoque un autre mode d'action, et Van Deen, Meyer, Marshall-Hall, Brown-Sequard, Vulpian, Edward C. Spitzka, etc., ont pense que la strychnine determine une exaltation de 1'excitabilite reflexe de la moelle et du bulbe et qu'elle agit, par suite, sur la substance grise de ces centres. Dans cette theorie la substance blanche ne jouerait qu'un role passif, celui de conducteur.
Peut-on maintenant, poussant plus avant la localisation de son action, dire que 1'alcaloide inQuence plus particulierement les elements anatomiques devolus a la sensibilite, laissant intacts ceux qui agissent comme elements moleurs?
Vulpian repond justement que, dans 1'etat actuel de la science, la preuve d'une pareille specialite d'action est impossible a iaire.
La strychnine agit-elle sur les nerfs ? Certainement, le fait n'est pas douteux; mais Jes physiologistes discutent toujours sur son mode d'action et soutiennent, les uns qu'elle affecte les nerfs moteurs, les autres qu'elle atteint surtout les nerfs sensitifs. Dans le premier camp, il taut placer Matteucci, A. Moreau, Martin-Magron et Buisson, Vulpian, Carville, etc. ; dans le second, Claude Bernard, Dupuy, son eleve, etc. J'ajoute meme que, pour Cl. Bernard, si la strychnine paralyse surtout et d'abord le nerf sensitif, elle atteint aussi le nerf moteur et finit par lui faire perdre sa motricite. Voici d'ailleurs ses propres paroles : « La strychnine empoisonne d'une facon inverse du curare. Le curare tue le nerf moteur en engourdissant et en deprimant ses proprietes. La strychnine, au contraire, empoisonne le nerf sensitif en excitant ses pro prietes et en les exagerant, de sorte qu'elle amene la mort de 1'element sensitif par 1'epuisement qui resulte de son exces d'activite. Or, comme par la relation naturelle des elements 1'element nerveux sensitif reagit sur le nerf moteur et celui-ci sur le muscle, il s'ensuit que 1'irritation du nerf sensilif excite le nerf moteur, qui agit a sou tour sur le muscle. C'est pourquoi la strychnine finit par e'puiser a des degres divers, suivant la dose du poison, les trois
elements, mais en detruisant d'abord les proprietes de 1'element sensitif, puis celles de 1'element nerveux moteur et enfin celles du muscle. »
Quoi qu'il en soit de cette maniere de voir, on ne saurait nicr 1'aclion de la strychnine sur les nerfs moteurs, tous les experimentateurs sont d 'accord sur ce fait qui me semble bien demontre par Pexperience suivante. Que Ton soumette, en effet,- une grenouille a 1'action d'une dose massive de strychnine, on que Ton injecte cette meme dose massive chez un mammifere suivant la mcthode de Gh. Richet, on constate manifestement que les nerfs moteurs ont perdu leur motricite. C'est aussi net que dans 1'empoisonnement par le curare.
En revanche, est-il exact de dire avec Stannius, avec Cl. Bernard, que la strychnine paralyse les nerfs sensitifs? La question ne me semble pas resolue et prete toujours a la controvcrse. Toutefois voyons les fails invoques, ce sont toujours choses utiles a connaitre.
Pour Stannius (Midler's Archiv., 1857), la strychnine agit primitivement sur les fibres sensitives, plus particulieremcnt sur les racines des nerfs sensitifs et les racines postcrieures des nerfs mixtes. Si, en effet, apres avoir coupe ces racines posterieures chez la grenouille, on empoisonne 1'animal, il n'a plus dc convulsions.
Van Been, a laverite, conteste la realite de ce fait. Si, dit-il, dans rcxpcrienec de Stannius, on apporte cetle modification : qu'on jelte la grenouille a terre, elle aura aussitot une secousse convulsive (1841). Mais j'avoue que cette objection ne me satisfait guere; je voudrais de la part de la grenouille une reaction plus vive.
Yulpian dit encore que la section des racines isole la moelle et 1'empeche de recevoir les excitations centripetes, causes habituelles des convulsions. Mais ce n'est la qu'unc explication.
J 'arrive a 1'interpretation de Cl. Bernard, lequel admet, comme on le sait, que la strychnine abolit les proprietes physiologiques des fibres nerveuses sensitives, par exces (T excitation. Que faut-il en penser? Martin-Magron, Buisson et Vulpian, ont tenle de refuter cette maniere de voir, mais ils nesont pas arrives a ruiner I'hypothese de Cl. Bernard, de sortc que la theorie de 1'illustre physiologiste est encore tres-d^.feiidable actuellement : asavoirque la strychnine doit etre le poison du nerf sensible. Celui-ci serai t louche non pas a son extremite peripherique ou sur son trajet, mais, dit Cl. Bernard, « 1'action porterait peut-etre sur sa cellule terminale dans la moelle qui serait sous ce rapporl, et jusqu'a un certain point, 1'aiialogue de la plaque nerveuse du nerfmoieur. »
En 1875, Cl. Bernard, dans une seance de la Societe de biologic (27 fevrier), soutenait encore sa theorie contre Vulpian. Ce distingue physiologiste lui objectait alors que chez la grenouille ligaturee a la taille, en exccptant de cette ligature les nerfs seuls qui vont aux membres posterieurs, chez cet animal, empoisonne par la strychnine apres une parcille" ope'ration, la sensibilite est conserve'ey a telle enseigne qu'au moment de la periode de resolution, si Ton pince son train anterieur, il y a des secousses dans les pattes posterieures.
A cela Cl. Bernard repondait que ces mouvemenls de la grenouille etaient insignifiants, qu'elle n'avait pas les mouvements francs de defense qu'on nole chez cet animal empoisonne par le curare, lequel n'affecte pas, comme on le sait, la sensibilite du batracien. II maintenait done quand meme sa maniere de voir.
Action sur les nerfs de sensibilite spe'ciale. La strychnine, ainsi quo DICT. ENC. 3" s. XII. 26
nous 1'avons indique, exalte cerlains sens : le toucher, 1'odorat, 1'oii'ie, la vue. Les sujets empoisonnes ressentent plus vivcment les impressions tactiles; les moindres odeurs leur paraissent insupportables on sont modifiees; enfin 1'ouie et la vue ont cliez eux beaucoup plus de finesse.
Binz assure que 1'cxaltation de fonctionnement du nerf olfactif peut etre obtenue directement en badigeonnant simpleinent 1'interieur des fosses nasales a I'aide d'une solution de strychnine. Je reviendrai plus lard sur ces faits d'oii decoulent quelques applications the'rapeutiques importantes.
Action sur le ymn<l sijmjxilhfqtie. Elle n'est pas douteuse et sa realite s'appuic sur plusieurs faits. J'ai signale, lors des convulsions, la dilatation pupillaire souvent excessive; j'ajouterai que la pression vasculaire augmente considerablement dans le strychnisme, du simple au double, comrae il resulte des interessantes experiences de Sigmund Mayer, verifiees par Yulpian. Quelle (|iie soit Implication a donner de cotte augmentation de pression : qu'elle rrsulte d'une excitation du centre vaso-moteur directe (Sigmund Mayer), ou reflexe (Yul])ian), elle ne survient evidemmcnt que par 1'intermediaire du grand sympathique.
M;iis voici encore d'autres preuves de 1'action de la strychnine sur ce systeme.
Magendie a vu pendant le strychnisme la rate se contractor energiquement chez le chien, et cette contraction ne se produit plus apres la section des nerfs splanchniques.
Enfin on peut constater immediatement apres 1'empoisonnement d'une grenouille par la strychnine que les vaisseaux capillaircs de sa membrane interdigitale se resserrent, ce qui indique encore une stimulation des nerfs vasomoteurs. Cette stimulation part du centre vaso-moteur bulbaire, car apres la section de la moelle dans la region cervicale on n'observe plus 1'augmentation de la tension vasculaire.
La strychnine agit encore sur le systeme nerveux cardiaque : en effet, au debut de 1 'intoxication, le cojur accelere ses battemenls et a la fin il les ralenlit.
Lauder-Brunton et Th. Cash admettent qu'elle excite les ganglions intracardiaques, parce que chcz la grenouille strychnisee le coeur continue de battre apres son arrachement de la poitrine (1880).
Celte excitation pourrait meine aboutir a la paralysie ou bien a une modification de ces ganglions, car Joseph Jones a montre, dans une serie d'experiences interessantes et peu connues en France, qne chez 1'animal qui vient de mourir de strychnisme il est impossible de retablir Faction cardiaque soit par la respi ration artificielle, soit par les excitations mecaniques ou electriques (1876).
Pour resumer 1'action de la strychnine sur le systeme nerveux je dirai qu'il est generaleinent admis :
1° Qu'elle n'atteint pas le cerveau, primitivement au moins. Toutefois 1'opinion a e'te quelquefois soutenue qu'elle agissait sur 1'encephale d'emble'e, pour exciter les spasmes musculaires, et que, un peu plus tard, elle frappait 1'appareil reflexe de la moelle : d'ou association d'excitations reflexes venues du cerveau et de la moelle. Falck a surtout developpe cette these en 1874, et Vulpian pense que dans le strychnisme (experience sur la grenouille) « il doit y avoir alors un certain degre d'impuissance du mecanisme des incitatioiis ceutrales motrices » (Lemons sur V action physiol. des substances toxiques, 1882. p. 500, 2efasc.);
STRYCHNINE (EMPIOI MEDICAL). 403
2° En revanche, tons les physiologistes admettent 1'action dc 1'alcaloide sur le systeme bulbo-me'dullaire et localisent volontiers cette action sur la substance grise de ces centres;
3° Tout le monde est e'galement d 'accord sur la stimulation du systems du grand sympathique;
4° Mais les opinions sont partagees au sujet de 1'iniluence de la strychnine suv les nerfs raoteurs et sensitifs. II parait cependant prouve aujourd'hui qu'a dose suffisamment forte elle paralyse les nerfs moteurs com me le fait le curare. La strychnine, ainsi que 1'ecrit Vinay, agirait sur les fibres nerveuses motrices « en abolissant 1'action qu'elles exercent normalement sur la substance contrac tile des faisceaux musculaires primitifs. »
Quant a 1'elTet paralysant sur les fibres nerveuses sensitives, suivant les theories de Stannius et de Cl. Bernard, il est possible, mais il n'est pas demontre rigoureusement. Toutefois ces deux theories restent debout, malgre les critiques qu'on leur a faites;
5° Le mode d'action intime de la strychnine sur 1'element nerveux reste a trouver. II est probable qu'il s'agit d'un effet dynamique, puisque Ton n'a jamais apres la mort, ainsi que nous le verrons plus loin, observe' de modi fications anatomiques du systeme nerveux. D'ailleurs, quand la dose de poi son n'est pas excessive, les sujets peuvent se retablir assez vite et complelement, ce qui laisse a presumer que la fonction seule est troublee, 1'organe restant intact;
6° Certains nerfs de sensibilite' speeiale sont enfin stimules par 1'alcaloide • ceux qui president a la sensibilite tactile, a 1'odorat, a la vue, a 1'ouie.
2° Action sur I'appareil cardio-pulmonaire, stir la circulation et la respiration. Les doses faibles de strychnine influencent mediocrement la circulation et la respiration. Le coeur est un peu plus anime, voila tout, probablement par suite d'une stimulation des nerfs vaso-moteurs et de 1'excitation directe de ses ganglions nerveux ou de sa fibre musculaire.
Mais, a doses fortes ou toxiques, la fonction de circulation est profondement troublee chez tons les animaux, comme nous le savons. Generalement le coeur accelere ses battements au debut de 1'empoisonnement et, pen a peu, au fur et a mesure que 1'intoxication devient plus manifeste, il les ralentit et finit par s'arreter.
Lorsqu'on etudie 1'action de la strychnine sur le crcur mis a nu, chez les animaux qui se pretent a celte operation, on constate que la systole est plus active et la diastole plus prolongee ; parfois meme on a vu 1'organe subir la rigidite letanique (G. Spitzka).
Chez les animaux a sang froid le coeur est toujours ralenti, surtout dans la periode dite de resolution (Vulpian), par les hautes doses du poison, soit pendant 1'action diffusee, soit apres qu'on 1'a depose directcment sur For^ane. Tons les physiologistes out vu ce fait chez la grenouille et Joseph Jones 1'a verifie chess d'autres animaux a sang froid (1861) : Alligator Mississipiensis, Emmys serrata, Emys reticulata, Sternothaerus odoratus, etc. Yoici, par exemple, le resume d'une de ses observations sur un serpent, le Coronella Getula : quatre minutes apres 1'injection d'une forte solution d'acetate de strychnine dans le pericarde, les battements du cceur tombent de 72 par minute a 48. Le ventricule se contracte avec energie, mais les oreillettes ont des mouvements a peine perceptibles. Au bout de dix-huit minutes le coeur avait cesse
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de baltre; il etait fortement letanise et ses mouvements ne purent etre excites par un courant d'induction ou par le courant electrique continu.
La strychnine agit, sur le coeur de Ihomme comme sur celui des animaux a sang chaud. A dose faible elle accelere un peu ses battements; a dose toxique elle excite violemment 1'organe, arrete ses contractions lors des crises et les ralentit au fur et a mesure des progres de I'empoisonnement.
J'ai deja parle de 1'excitation vaso-motrice qui resserre les arteres et les capillaires,je ne reviens plus sur ces points bien acquis a la science.
Quant a ses effets sur la respiration, ils sont aussides plus marques et faciles a constater. Oncomprend qu'au milieu des crises tetaniques les mouvements respiratoires ne penvent s'execulcr facilement, pardii'flculte meeaniqueevidemment; mais il est probable qu'en outre le poison trouble directement la fonction. D'autrc part la circulation ne sefait plus normalement, le sang est mal oxygene: autant de causes secondaires qui s'ajoutent aux precedentes pour modiiier considerablement 1'acte rcspiratoire.
Au debut de 1'intoxication, chez les animaux, la respiration est courte, precipilee, haietante (Marshall-Hall); puis elle se suspend lors des acces teta niques, pour recommencer par une profonde inspiration au moment de la detente. Quand l'animal doit succomber elle devient de plus en plus dif ficile et se ralentit. Pari'ois il survient tout a coup un spasme laryngien qui 1'arrete net.
11 en est ainsi chez I'liomme. A dose faible la strychnine rend sa respiration penible; a dose convulsivante elle la precipite d'abord, 1'arrete au moment des acces telaniques, la ralentit et la rend irreguliere.
Lorsque le sujet doit succomber, les mouvements respiratoires deviennent de plus en plus rares ct s'arretent tout a coup pour ne plus se retablir. Je n'ai pas vu signaler par les auteurs le spasme laryngien produisant 1'inspiration sil'tlante si bien connue de la laryngite striduleuse. Toutefois les patients sc plaignent generalement de constriction a la gorge et de mauquer d'air; ils demandent souvent qu'on ouvre les fenetres de leur cliambre.
Qne devient le sang au milieu de ces troubles si prolonds de la circulation et de la respiration ? 11 cesse evidemmeut de s'oxygener suffisamment et ne se debarrasse que tre-s-incompletement de son acide carbonique, comme 1'indiquent la cyanose et 1'etat asphyxique des sujets ou des animaux empoisonne's par la strychnine.
A priori, on pourrait croire que 1'anoxhemie resulte simplement de I'arret de la respiration et des troubles circulatoires, circonstances tres-suffisantes pour empecher le sang de s'oxygener; mais il parait cepcndant qu'il faut encore invoquer daiis 1'espece une action speciale de la strychnine sur cette hunieur.
D'apres Charles Bland Radcliffe (Lectures on Epilepsy, Pain, Paralysis, and certain other Disorders of the Nervous System), elle empeche le sang de s'arterialiser et place le sujet empoisonne dans les memes conditions que s'il avail une hemorrhagie arterielle.
Ilarley a, en cffet, montre (the Lancet, juin et juillet 1856) par diverses analyses que le sang renfermant de la strychnine perd la faculte d'absorber I'air vital. Par exemple: en analysant deux volumes egaux d'air restes, 1'un au contact d'un sang normal , 1'autre au contact de sang renfermant de la strychnine, on trouve que le premier contient moins d'oxygene et plus d'acide carbonique que le second, comme le montre le tableau suivant :
Normal. Strychnine.
Sang n° 1.
Oiygene 11,33
Acide carbonique 5.96
Azote 82,71
II semble clone que les hematics sonl paralysees par Ic poison. Chez les animaux empoisonnes par la strychnine, le sang ne tarde pas a se charger d'une certaine quantite de cet alcaloide , au point que, si I 'on fait communiquer ensemble les circulations arterielles et veineuses de deux chiens, donl 1'un a re§u une dose toxique d'alcalo'ide, ils oni bientot 1'un et 1'autre des convulsions caracteristiqu.es el meurent empoisonnes.
En 1827, Yernierc avail deja montie que le sang d'nn animal strychnise, transfuse a un autre sujet de meme especc, tuait ce dernier. Mais celte expe'rience n'a pas la portee de la precedente, puisque la transfusion peut etre par elle-memc une cause de mort.
5° Action sur I'appareil digestif et la digestion. La strychnine ne produit aucun cffet bien marque sur les organes digestifs ou sur la function digestive, a dose faible, chez 1'homme.
Introduite par la bouche, en solution, elle donne la sensation d'amertume extreme, stimule la secretion salivaire et atissi parfois 1'appetit. II n'est pas prouve qu'elle excite vivement 1'exoneration intestinale en agissant sur la fibre de 1'intestin. Dans les empoisonnements graves les patients peuvent avoir, il est vrai, des selles involontaires, mais c'est vraieemblablement en raison de 1'eflort convulsif general plutot qne par une action directe, energique, sur 1'intestin lui-meme.
A dose tres-forte, on 1'a vue determiner chez les animaux de la salivation, de la stimulation du foie, d'ou resulterait sans doute la glycosurie observee seulement chez la grenouille par Schiff en 1859. Mais la secretion de la bile est moins considerable, ainsi que 1'out demontre les experiences de Rohrig. En somme, les renseignements nous font delaut pour eclairer completement cette action.
4° Action sur les secretions. La strychnine augmente manifestement la secretion salivaire, soil par suite de la tension vasculaire plus grande, soil en raison d'une stimulation directe des glandes de la salive, du fait meme de son elimination.
En ce qui touche la secretion sudorale je dirai que les hommcs empoisonnes par cette substance deletere sont generalement converts de sueur. Mais on peut se demander s'il s'agit la reellement d'un effet sudorifique; et ne serait-ce pas plutot 1'agitation convulsive qui developperait cette sudation excessive? Les malades affectes de tetanos suent beaucoup. Nous verrons meme plus loin que la strychnine niodere ou supprime les sueurs si abondantes des phthisiques, cequi ne plaide pas en faveur d'une action sudorifique.
Les autres secretions ne paraissent aucunement modifiees ; 1'urine n'est pas plus abondante et la secretion intestinale n'est nullement augmentee.
Pas davantage enfin la secretion pancreatique n'est excitee.
5° Action sur les muscles et sur la temperature. Tous les muscles sont stimules par la strychnine, qu'ils apparliennent au systeme de la vie animale ou a celui de la vie vegetative ; qu'ils soient stries ou formes de fibres-cellules.
Les contractions violentes, tetaniques, les convulsions, en un mot, des muscles volontuires ou devolus auxmouvements volontaires, caracterisenl le stryclmisme. Tout d'abord ce sont des tressaillements, des tremblements fibrillaires, puis le muscle se clurcit, se gonfle, enfm redevient flexible et mou jusqu'a la crise nouvelle.
En examinant sa reaction on la trouvc acide.
Apres la mort ces muscles sont tres-vite afiectes de rigidite cadaveiique et peuvent conserver assez longtemps une durete considerable. Us respondent aux excitations eleclriques, mais moins bien que chez I'auimal tue' par une section du bulbe.
La strychnine agit encore sur les muscles non soumis a 1'empire de la volonte et sur les fibres lisses , comme 1'indiquent 1'excretion involontaire d'urine, les spasmes de la gorge et du larynx, le resserrcment de la rate et des vaisseaux, elc. Elle ne parait pas avoir d'action abortive chez les femelles pleines ou chez la femme.
Toutes ces contractions musculaires sont d'ordre secondaire et inspirees par le systeme nerveux.
Elles out pour effet, considerable, d'e'lever la temperature chez les animaux a sang chaud comme chez l'honime, dans des proportions cxcessives. Ainsi on a note chez Je chien jusqu'a 44 degres. C'est la e'videmment un re'sultat du aux convulsions, car en empechant celles-ci de se produire, a 1'aide du curare, 1'hyperthermie n'a plus lieu (Muron, Vulpian).
li" Voiex d' elimination. La strychnine passe en nature par les reins et les glandes salivaires, et on pent quelquefois la retrouver dans 1'urine et la salive. Elle apparait assez rapidement dans cette derniere, car Moller parle de deux a trois minutes, apres une injection de 7 milligrammes chez 1'homrae. D'autre part, Kratter 1'a vue passer dans 1'urine au bout d'une heure. Les analyses chimiques ont montre qu'on retrouve le plus habituellement le poison dans le foie, assez rarement dans les reins, et parfois dans la substance grise de la moelle et du bulbe.
On a dit que 1'elimination de la strychnine etait lente, comparee a celle des atitres alcaloides; qu'elle s'accumulait en quelque sorte dans 1'organisme au point de donner lieu a des accidents lors de la saturation de 1'economie.
Cette opinion, qui a cours en France et qu'on trouve signalee dans plusieiuv traites de therapeutiquc, est combattue par Leube et Rosenthal, avec raison suivant moi.
En effet, lorsque 1'oncompulseles periodiques medicaux de 1850-1840, aceltc epoque ou Ton essayait activement la strychnine dans la choree, dans les paralysies, etc., on est etonne des doses excessives que les malades supportaieut sans danger, [/observation suivante appuie surabondamment cette assertion : Tue femme de vingt-neuf ans (Gaz. me'il., mai 184o), paralytique, pritpour commencer -i milligrammes de strychnine, puis on augmenta successivement la dose du medicament jusqu'a six centigrammes par jour, ce qui determina simplement un stryclmisme mode're. En deux mois elle inge'ra de la sorte 48r,20 d'alcaloide !
D'autre part, Chisolm put injecter regulierement sous la peau d'un inalade un centigramme de sulfate de strychnine durant trois mois sans compromettre la sante du patient (Amer. J. of. Med. Science, octobre 1872).
II me parait done demontre qu'on tolere la strychnine assez facilement, a la
condition de 1'administrer a doses regulierernent progressives, donne'es d'une facon suivie. Je dirai plus tard que, lorsqu'on inlerrompt In cure pour vine cause ou pour une autre, il faut toujours recommencer 1'usage du medicament par une dose faible.
On doit tenir compte encore de certaines susceptibilites idiosyncrasiques qui apportent des degres dans la tolerance. On cite souvent le cas du docteur Warner qui fut tue net par o centigrammes de strychnine avales par megarde.
Miit'che, duree de Vempoisonnement. La marche du strychnisme, ainsiqu'il resulte des considerations que je viens de presenter, comprend trois periodcs bien caracterisees : les prodromes; la periode convulsive, composee d'acces tetaniformcs separes par des moments de calme relatif ; enfin la periode d'c'puisement ou de resolution.
Leur duree est variable avec une Ibule de conditions : la dose du poison, la rapidite d'absorption, la susceptibilite du sujet, son age, sa force, etc., etc.
A propos de 1'age, je signalerai un fait assez curieux observe par P. Bert, c'est que les animaux nouveau-nes resistent a des doses dc strychnine qui pourraient facilement tuer 1'animal adulte.
Maintenant la forme du medicament, sa solubilite, son mode d'administration, modifient beaucoup 1'aspect du strychnisme. Tandis que la pilule de strychnine agira lentement, 1'injection veineuse aura des effets foudroyants.
Ainsi, d'apres Blake, on developpe le tetanos strychnique chez le cheval en seize secondes apres 1'injection veineuse ; en douze secondes clicz le chien ; en six et demie chez le poulet, et quatre et demie chez le lapin.
L'etude de I'empoisonnemeut cliez Thomme montre t'galeinent que les acci dents surviennent rapidement, souvent dans 1'espace de quelques minutes. Telle est la regie; mais celle-ci comporte des exceptions, et le debut du strychnisme n'a etc constate parfois qu'une heure et menie deux heurcs et demie (Anderson) apres 1'ingestion de la dose toxiquc.
La duree de la periode initiale n'est generalement pas longue quand la dose de poison a ete forte: elle varie de quelques secondes a dix minutes, un quart d'heure.
Alors la scene change et, au lieu de quelques ebauches de convulsions, survient brusquement un acces tetaniforme violent, d'une duree moyenne dc deux a trois minutes, suivi d'une remission et d'un nouvel acces plus terrible que le premier. Puis nouvelle remission, troisieme acces, remission et ainsi de suite. La duree de celte deuxieme pbase est encore variable avec la dose et le mode d'administration. Quelques animaux succombenl au premier, au second ou au troisieme acces, d'autres resistent plus longtemps.
L'homme egalement pent etre tue des la troisieme altaque; des la seconde meme, cela s'est vu.
La troisieme periode du strychnisme ne s'observe gene'ralement qu'autant que 1'intoxication n'est pas mortelle. Elle est caracterisee, comme nous le savons, par un affaissement extreme, durant Jequel les sujets ont encore une certaine excitabilite convulsive.
L'organisnie se retrempe dans ce repos force et, apres un temps qui n'est pas tres-long pour les animaux a sang chaud, tandis qu'il peut durer un mois pour les animaux a sang froid tels que les grenouilles (Vulpian), il retrouve son fonctionnement normal. Certains animaux peuvent alors, toutefois, niourir epuises.
408 STRYCHNINE (EMPLOI MKDICAL).
L'homme qui survit a 1'empoisonnement esl generalement completement retabli dans un espace de temps variable de quelques heures a un jour. A la verite on a cite doscas ou les accidents morbides out persiste plusieurs semaines, mais il s'a^it la d'exceptions rares et probablement de cas compliques.
Quant a la (hires totale de I ' empoisonnement par la strychnine, elle varie suivant les conditions de doses, d'administration, d'age, etc., que j'ai enumerees deja.
Certains animaux sont tues sur place par les ingredients a base de strychnine vend us pour leur destruction. Les souris, les rats, les renards et autres animaux nuisibles, meurent souvent pres du piege qu'on leur a tendu a 1'aide de ces substances d'nsage banal en Angleterre : Battle's vermin killer, composees de bleu de Prusse, de farine et de strychnine ; Butler's vermin killer, de meme composition, sauf que la suie remplace le bleu de Prusse.
In chien peut etre tue en moins de deux minutes avec 1 centigramme de strychnine qu'on lui fait avaler; un sanglier en dix minutes (Christison).
L'homme resiste davantage. Au dire de Taylor, un sujet serait mort dix minutes •;pres avoir pris GO centigrammes de strychnine; mais ce cas est positivement exceptionnel.
ftaies encore sont les cas de mort an bout d'une demi-heure. L'infortune docteur Warner, dont j'ai dcja parle, cmpoisonne accidentellement par 5 centi grammes de strychnine, ne resista guere plus de vingt minutes (British. Amer. «/., aoiit 1847).
Lesions, anatomo-patlioloyifjues. Elles out etc recherchees avec le plus grand soin par les toxicologistes, et elles offrcnt un certain interet au point de vue medico-legal, bien qn'elles ne soient d'aucun secours au medecin legiste pour determiner la nature de 1'empoisonnement. Jc veux dire que de toutes les lesions signale'cs dans le strychnisme il n'en est aucune ayant un caractere spe'cifique.
Les lesions cadaveriques observees chez les animaux a sang chaud, les chiens entre autres, n'ol'tVent rien de special. Si la mort a ete tres-rapide, Taspect des organes est presque normal.
Sur deux chiens tues en six ou sept minutes par des doses de 6 a 10 centi grammes d'acetate de. strychnine, Joseph Jones observe ce qui suit :
Presque tous les visceres sont sains; il n'y a aucune congestion du cerveau et de la moelle, pas plus que de leurs enveloppes.
Le foie seul, chez 1'uu d'eux, est gorge de sang noir, et chez 1'autre cette meme congestion s'obscrve aux poumons uniquement.
L'examen microscopique du sang permit de constater des de' formations des globules, dont quelques-uns semblaient gonfles et d'autres avaient un aspect e'toile.
Le meme examen microscopique de la moelle et du cerveau resta absolument negatif.
Cependant, SchroRder van der Kolk a decrit quelques lesions curieuses. observees dans la moelle des chiens qu'il empoisonnait avec la strychnine. La substance grise etait manifestement hyperemiee. Dans un cas, les vaisseaux capillaires, au niveau de la region lombaire seulement, offraient de petites dilatations ane'vrysmatiqnes dont quelques-unes etaient sur le point de se rompre.
Et, dans un autre, la rupture s'etait effectue'e, car il y avait une serie de
STRYCHNINE (BMPLOI MEDICAL). 409
petits foyers apoplectiques, toujours dans ce meme rcnllement lombaire de la moelle, mais uniquement dans la substance grise.
C'est principalement chez Vhomme que les lesions anatomo-pathologiques out ete tres-etudiees. Yoici ce que Ton decrit generalement.
Aspect du cadavre. II a une certaine importance. Nous savons que chez les sujets empoisonnes par la strychnine la rigidite cadaverique est prompte a se produire, car on 1'a notee avant meme que le corps fut refroidi completement; qu'elle est tres-aceentuee et dure plus longtemps qu'a la suite d'uu autre genre de mort. Dans le cas de Cook, I'infortunee victime de Palmer, on trouva encore une rigidite marquee deux mois apres la mort (Taylor) ! ! ! Toutefois le professeur Casper, de Berlin, examinant le cadavre d'un individu qui s'etait empoisonne a I'aide de la strychnine, ne decouvrit rien d'anormal. Lc sujet avail 1'aspect d'un liomme endormi, et il etait absolument impossible de soupconncr le genre dc mort subi par lui.
Dans d'autres cas le cadavre est courbe en arc de cercle, reposant sur la nuque et les talons. Ou bien il a une durete lignee (Guys llosp. Reports, octobre 57).
Chose curieuse, les traits du visage ne sont pas alteres, comme on pourrail le croire, et 1'expression dela i'ace peut etre celle de la placidile. Enfm, il n'est pas rare encore d'observer des taches livides a la peau et, en 1877, Chevallercau et II. Martin ont vu sur un cadavre de nombreuses ecchymoses et taches rose'es.
Lesions anatomit/ues. Elles sont de nature congestive et tons les organes a peu pres peuvent offrir une hyperemie plus ou moins marquee. Le cerveau, la moelle epiniereet leursenveloppes, les poumons, le loie, la rate, la muqueuse des voies digestives, les reins, sont plus ou moins gorges de sang, non pas chez le meme sujel, bien entendu, mais dans les divers cas observes.
Parfois 1'hyperemiea ete lelle que Ton constatait des extravasations sanguines, des taches ecchymotiques, de Yapoplexie.
C'est surtout dans le crane, dans les poumons et la plevie, et du cote de la muqueuse des voies digestives, que se montrent les foyers hemorrhagiques.
Le coeur est le plus souvent vide, contracte; dans d'autres cas, ses caviU's droites sont distendues par du sang noir.
La vessie est cgalement vide le plus ordinairement et retractee.
Tous ces fails se comprennent fort bien, quand on songe a la violence des spasmes musculaires et a 1'augmentation excessive de la pression sanguine dans les vaisseaux.
Ce ne sont pas la, dit Tartlieu avec sa grande autorite, des lesions d'asphyxie; tout au plus pourrait-on les comparer a celles de la suffocation.
Je reviens maintenant sur quelques faits speciaux que je n'ai pas etudies sul'iisamment dans les considerations generales qui precedent.
Lesions du systeme nerveux. Elles ont excite vivement la curiosite des physiologistes et des medecins, qui les ont recherchees avec beauconp de soin.
L'hy[ieremie domine, ainsi que je viens de le dire, du cote des centres et de leurs enveloppes, et, de plus, il n'est pas rare d'observer de veritables hemorrhagies meningees ou des suffusions sereuses ou sanguines dans les ventricules cerebraux ou bien encore dans la cavite arachno'idienne. On a vu le sang epanche en nappe entre la pie-mere et I'arachnoiide cerebrales, ou remplir le canal rachidien. Parfois les lesions sont moins accusees ; Startin a note simplement des taches hemorrhagiques dans les enveloppes du cerveau ou de la moelle.
On a signale encore des ramollissements de la moelle, mais je n'attache aucune importance a ce fait anatomo-palhologique qui resulte uniqueraent d'observations assez snperficielles. L'organe se reduit facilement en bouillie sous 1'influeuce de la decomposition eadaverique ou par suite d'une simple pression lorsqu'on 1'enleve de son canal osseux, ce qui peut simuler un ramollisseraent.
II est plus certain que de petits foyers hemorrhagiques peuvent s 'observer dans la moelle, surtont a la region lombaire.
Ouant aux recberches microscopiques, elles u'ont doune jusqu'a present que des resultats conteste's. Beaucoup d'experimentateurs affirment queles elements nerveux de la moelle n'ont subi aucune alteration ; d'autres, particulierement Rondauowsky rt Jacubowilch, parlent de lesions des cellules de la substance grise dont Irs prolongements seraient rompns. mais on les a recherchees \ainement depuis chez les animaux. Dans le cas, signale par Gasper, de cet bomme de trente aus tiii' par 2T> ou 50 centigrammes de strychnine, il est dit que 1'examen des racines des nerfs spinaux et de la moelle n'a montre aucune alte ration de ces elements. Joseph Jones, dans ses autopsies d'animaux empoisonnes :i I'anlc de fortes lion's de strychnine, n'a constate du cote de la moelle aucune alteration appreciable a 1'ocil nu ou an microscope.
Al'jmrcil d/ii/'xiif. En outre de 1'hvpereuiie. des taches ecchymotiques ou des extravasations sanguines dont j'ai parl • deja, en dehors d'une coloration d'nn violet fonce' des muscles du pharynx et de 1'oesophage, toute difierente de celle des autivs muscles, a laquelle Casper attachait une certaine importance, je dois signaler queljues particularites interessantes obseivees chez 1'homme.
Tout d'abord je dirai que parfois labouche, 1'oesophage, 1'estomac ou 1'hitestin, contiennent encore des parcelles du poison, lesquelles peuvent renseigner imraediatement lepraticien ou le medecin legiste sur la nature de rempoisounemeiit. Ln examen au microscope des matieres suspectes, un examen par quelques reactil's chimiques que j'enumere plus loin, peuvent assurer le diagnostic (Dublin Hosp. Gaz., 1S57. p. 227).
La muqueuse stomacale pent etre congestionnee , pale dans d'autres cas, rugueuse, suivant 1'etat de la digestion au moment de la mort. Plus rarement elle est enflammee ou eccbymose'e. Duriau attache une certaine importance a 1'etat inflammatoire qui, selon lui, pourrait resulter de 1'action topique du poison.
Main tenant il faut prendre garde que le plus souvent les sujets empoisonue's ont inge're de 1'ipeca, de I'emetiqueou d'autres substances irritantes qui ontpu lescr superficiellement 1'orgaiic.
Pouinon* et plcvre. Les premiers sont parfois tout a fait sains, et, dans d'autres cas, congestionne's, ou bien ils reuferment quelques pelits foyers apoplectiques.
Quant a la plevre, elle n'est pas alteree.
Certains observateurs ont signale des ecchymoses sous-pleurales. mais je crois que ce sont la des raretes anatomo-pathologiques.
Ai-je besoin de faire remarquer, apres cette description des lesions cadaveriques chez les animaux et chez Fhomme, que 1'anatomie pathologique du strychnisme n'eclaire ni le physiologiste, ni le medecin legiste?
MODE D'ACTION DE LA STRYCHNINE. COMMEM EI.I.F: TUE. J'ai jusqu'icievite avec le plus grand soin d'esposer les diverses theories propose'es pour expliquer ce
mode d'action. II m'a paru, en effet, logique de rassembler les fails physiologiques et anatomo-pathplogiques, et de montrer la physionomie du strychnisme, c'est-a-dire d'indiquer ses acles morbides, ses consequences, son evolution, iivant de rechercher 1'interpretation de ses effets.
Le lecteur, bien an courant mainlcnant dcs donnees fournies par 1'observation on par les experiences, abordera avec plus de facilite 1'examen des theories diverses imaginees par les auteurs qui out cherche a eclairer des lumieres de leur esprit ce cote delicat de 1'histoire de la strychnine.
Pour expliquer 1'actioii convulsivante de cette substance, Mi'iller, Segalas et Magendie, admirent qu'elle excitaitla moelle a la facon de I'electricite ct provoquait deveritables decharges nerveuses qui aboutissaient a la convulsion.
Mais, on 1'a fait, justemcnt remarquer: si reellement il y a surexcilatiou dc la moelle, on s'explique mal pourquoi les convulsions ne se produisent pas chez lagrenouille placee dans 1'isolement absolu etal'abri des excitations exterieures.
Les convulsions du strychnisme sont provoquees,et non spontanees, -- provoquecs par une cause qui met en jcu la sensibilite generale ou speciale, c'est-adire qu'il faut une excitation percue par 1'organisme pour les developper.
On a done pense que la strychnine exaltait simplcment rcxcitubilid1 ivllexe des centres bulbo-medullaires, etantdonne que toute excitation centripele aboutit a 1'etat convulsif. Cette opinion a ete soutcnuc principalement par Yan-Deen, Meyer, Marshall-Hall, Brown-Sequard et, plus recemmentavecbeaucoup de talent, par le professeur Vulpian.
L'une des premieres preuvcs invoque'es a 1'appui dc cette maniere de voir est celle-ci. Lesanesthesiques ordinaires, a-t-on dit : Tether, le chloroforme, etc., abolissent la sensibilite et respectent 1'excitabilite molrice de la moelle et du bulbe : or ils empecheut les convulsions strychniques de se produiiv, ou les lout disparaitre lorsqu'elles existent : c'esl done qu'ils barrent la route aux excitations centripetes et supprimcnt Tun des elements de la reilectivite.
On ne saurait, d'ailleurs, en face de eette experience, arguer que les ancslhesiques peuvent alterer 1'excitabilite motrice de la moelle. Cette excitabilitc n'est atteinte ni par Tether, ni par le chloroforme, car, dit Vulpian, « les excitations experimentales, appliquees immediatement sur la moelle d'un animal ainsi ^nesthesie, provoquent de violents mouvements dans les parties en relation par leurs nerfs avec la region de lamolle excitee. » En definitive, si la strychnine ne modifie ni la sensibilite, ni 1'excitabilite motrice de la moelle, il faut par exclu sion admettre qu'elle atteint sa reilectivite et 1'exaltc. Cette tbeorie explique enfin 1'intermittence des crises convulsives par 1'epuisement nerveux. Mais est-il exact de supposer que la sensibilite generale n'est pas modifiee par ce poison? Non; ct Cl. Bernard soutient lecontraire.
Yoici maintenant 1'opinion de 1'illustre physiologiste que j'ai nomine. Cl. Bernard interprete le strychnisme d' une autre facon quej'ai deja indiquc'e sommairement; il admet que la strychnine surexcite les nerfs de sentiment et que son action porte sur 1'extremite centralemedullairedela fibre nervense sensitive.
En realite sa maniere de voir tendrait en quclque sorte a se confondre avec celle de Marshall-Hall, Vulpian, etc., a un mot pres, c'est-a-dire que Cl. Bernard ne parle pas d'une augmentation de 1'cxcitabilite reilexe de la substance grise. 11 limite sa conception du strychnisme au fait physiologique qui demontre une action elective de la strychnine sur la substance grise de la moelle. Parlantdes convulsions il dit: « Ces convulsions, que peuvent faire naitre un grand nombre
de causes agissant sur la sensibilite, se presentent sous 1'influence de la strychnine avec tous les caracteres dcs actions reflexes. »
Jc ne saurais insister plus longtemps sur ccs interpretations. II s'agit, en somme, ici, de vues hypothetiques, de theories toujours discutables et discutees et impossihles a mettre a 1'abri d'une objection. Pour expliquer la forme speciale des convulsions, V extension forcee dans le strychnisme qui a sa represen tation la plus typique dans 1'opisthotonos, Cayrade invoque une stimulation par le poison dc certains centres medullaires proposes, suivant quelques auteurs, aux mouvements de developpement du corps. Vulpian fait avecraison remarqner que 1'existence de ces centres est encore a prouver, et il ajoute que 1'extension forceedu telanos strychnique resulte simplement de la predominance des extenseurs sur les ilechisseurs, ce qui nous parait juste.
Quelques physiologistes out encore pense que le cerveau n'est pas epargne par I'alcalo'ide. La preuve est dillicile a 1'aire d'une pareillc inlluence. S'agit-il d une action dirccte on d'un effet secondaire derive des troubles vasculaires? Toujours est-il qu'au moment des remissions les sujets conservent toute leur connaissance, tandis que 1'intelligence est aneantie lors des crises au moment on les troubles de la respiration et de la circulation sont a leur summum d'intensite.
FaleU, Kduard Spitzka, admettent 1'aclion de la strychnine sur le cerveau, primitive. Mais comment justifier une pareille hypothese?
Lbmortdansleslnjchnixine resulte sans doute de plusieurs conditions.
On ne saurait dire d'une facon generale qu'elle derive de 1'asphyxie; ce ne serait pas exact, tout au moins en ce qui concerne les animaux a sang froid.
II me semble plus sage d'invoquer diverses causes. Parmi les principals je citerai, en premiere ligne, les troubles de la circulation, la suspension de 1'liematose, le ralenlissement ou 1'arretdes battements cardiaques. En second lien, j'indiquerai encore le choc violent, 1'ebranlement nerveux cause par la strychnine.
Enlin, quand les sujets eehappent a ces effets si souvent mortels, ils peuvent succomber par suite de lesions hemorrhagiques graves survenues du cote des centres nerveux ou dans d'autres visceres, et encore par epuisement general.
II. Toxicologie. L'empoisonnement par la strychnine est devenu depuis quelques annees assez frequent, aussi frequent, dirai-je, qu'il etait rare il y a trenle ou quarante ans. Casper et Oiiila n'enparlent presque que theoriquement, et cependant la carriere scientifique d-e ces medecins legistes a ete bien longue.
Aujourd'hui, grace aux fails nombreux epars dans les recueils scientiiiques, periodiques ou autres, et qui depassent de beaucoup la centaine, il devient facile de fournir de donnees curieuses ce chapitre important de I'liistoirc de la strych nine.
D'autre part, les procedes d'analyse chimique se sont beaucoup perfectionnes, de sorte que le medecin legisle est actuellement bien arme pour proceder a ses expertises.
La toxicologiede la strychnine comprend plusieurs etudes qui sont: la symptomatologie de rempoisonnement;rexamen ducadavre etla recherche du poison.
J'ai deja traite, avec force details, de la symptomatologic et des lesions du strychnisme ; il ne me resle plus a exposer ici qu'uii certain nombre de consi derations sur la recherche du poison.
Mais, avantdese livrer a cette recherche dans un cas d'expertise medico-le'gals,
le medecin doit tenir compte d'un Ires-grand nombre d'elemcnts pour resoudre le difficile probleme qui lui est pose.
Quand il a assiste au drame, il lui est bien facile d'etre mis snr la voie du diagnostic, surtout s'il a vudeja un empoisonnement par la strychnine, si caracteristique dans sa symptomatologie, ainsi que je 1'ai dit deja. Au contraire, les difficultes sont grandes lorsqu'il ne peut s'appuyer que sur des renseignements de personnes etrangeres a Tart. La mort n'est-elle pas le resultat d'un tetanos ordinaire, d'une apoplexie, d'une intoxication alcoolique, d'une attaque d'epilepsie ou d'eclampsie, etc., etc. ? On a invoque bien d'autres maladies dans Ta(faire Palmer : ce sont la autant de questions a bien examiner.
Pari'ois, lorsque les renseignements recueillis, 1'anatomie pathologique, 1'aspcct du cadavre si caracteristique, revelent la possibilite de 1'empoisonnement, la decision de 1'expert devient plus simple. Mais on peut n'avoir que des rensei gnements incomplets ou faux, ne rencontrer aucune lesion, aucune alteration speciale dans cet empoisonnement. Ou bien c'est 1'inverse : les lesions sont graves et suffisent a elles seules a expliquer la mort. G'est pre'cisement ce qui a eu lieu dans 1'alfaire Toulza, bien etudiee par Causse et G. Bergeron (voy. Ann. d' hygiene publiqne, 1878). 11 y avail epanchement de sang dans le cerveau et la contre-expertise faisant valoir cet epanchcrnent arguait d'une apo plexie pour expliquer la mort. Et cependant il s'agissait d'un empoisonnement strychnique non douteux, comme on le sut plus tard.
Enfm, il est malheureusement demontre que la strychnine peut absolument disparaitre d'un cadavre et echapper a 1'analyse chimique la mieux condiiile.
Je parle ici d'exceptions et dans le but de montrer combieu grandes sont souvent les difficultes a vaincre pour 1'expert, puisque ni les symptomes, ni les resultats de 1'autopsie, ni 1'analyse cliimique, ne peuvent lui pcrmettre dans certains cas de formuler un jugement absolu, alors qu'il a la certitude morale de I'empoisonnement. De sorte que cette saillie du professeur Stevenson Mac Adam est plus spirituelle que juste: « Si je devenais, dit-il, un chimiste malhonnele, et si un empoisonneur me demandait quelle substance il pourrait employer avec plus de surete afin de se debarrasser de sa viclime et d'echapper en meme temps a la justice, je lui dirais: « Prenez ce poison-ci ou ce poisonla, ou encore tel autre; mais, si vous tenez a votrc vie, n'essayez pas de la strychnine » (Pharmaceutical J., 1856, etB. dethe'rapeutique, t. LXXX, 1871).
Jene puis m'etendre longuement sur le diagnostic differentiel du strychnisme et des diverses affections clont les symptomes s'en rapprochent, sous peine d'allonger beaucoup trop cet article ; je me borne a quelques indications. Le lecteur desireux d'approfondir ce sujet trouvera dans 1'ouvrage classique de Tardieu et Roussin tous les renseignements necessaires pour 1'edifier (Etude me'dico-le'gale et dinique sur T empoisonnement, 21' edition. Paris, 1875).
De toutes les maladies convulsives connue>, le tetanos est certainement celle qui se rapproche le plus du strychnisme. Mais la confusion est-elle reellement possible entre la nevrose et I'empoisonnement? Je ne le crois pas. J'ecarte immediatement le tdtanos traumatique qui ne prete pas a 1'erreur en raison de son allure speciale et de la plaie qui a ete son point de depart, facile a retrouver. II reste le tetanos idiopathique, ires-rare dans noire pays, comme je 1'ai dit ailleurs (Archives gene'rales de me'decine, 1872). Mais, pas plus que le pre cedent, il n'a la marche foudroyante ou rapide de 1'inloxication strychnique. Toujours il est precede de prodromes: frissons, fievre, malaise general, etc.,
414 STRYCHNINE (EMPI.OI JIKDICAL).
qn'on no relrouve jamais dans le slrychnisme, et lorsque les sujets succombent on trouve dcs lesions microscopiques de la moelle et du bulbe speciales a celt* maladic, indiquees clans in on article des Archives.
Valcoolisme aigu, le delirium tremens, Ye'jtilcpsie, n'ont que des rapports eloignes avec le strychnisme, et les accidents qu'ils produisent sont relativement li'iils par rapport a ceux qu'on observe lors de cet empoisonnement.
Toutefois, uu aovs dYpilepsie peut tuer net; mais alors cette rapidite meme dans la terminaison, viaiment anormalc dans le strychnisme, qui cause la moit apivs plusieurs aeces, deux au moins, cette rapidite pourra faciliter le diagnostic, ipicconlirmera encore 1'examen necroscopique. Quant a Yapoplexie, elleagenei aleniriit sun anatomic pathologique speciale et diffe rente decelle du strychnisme. a sec ses lesions vasculaires, ses anciens foyers, etc., et une symptomatolo^ie vrainifiit particuliere, eloignee aussi de celle du strychnisme (voy. le Me'moire il<- Ctinxxi- el Bergeron, loc. qil.).
Lorsque la prohabilite de t'empoisonnement aura ete etablie par exclusion; loivqne les signes Iburnis par 1'etude du cadavre, negatifs parfois, ce qui a sa grande valour dans 1'espece ; lorsqu'on sera en possession de matieres suspectes trouvees pres de la victime ou dans son organisme, le moment sera venu de rechercher le poison par 1'analyse chimique.
Analyse chimique. La strychnine se caracterise au point de vue chimique par ses formes cristallines etses metamorphoses en presence de certains reactifs. Ces questions ont ele traitees precedemment dans la partie chimique de cet article, je n'ai done pas a m'en occuper ici.
Le medecin legiste retiendra seulcment ce qui suit:
La strychnine est blanche, crystalline, d'une mnertume excessive, meme en solution au trente-millieme. Elle est peu soluble dans 1'eau froide (1/7000), mais se dissout facilement dans 1'alcool ordinaire, 1'etlier, le chloroforme et les acidcs dilues.
Elle est precipit.ee de ses solutions par la potasse et I'ammoniaque.
Au contact de 1'acide sulfurique il ne se produit rien d'apparent, mais, si Ton ajoule un ciistal de bichromate de potasse, de 1'oxyde noir de manganese, du peroxyde de plomb, etc., on developpera aussitot une belle coloration bleu saphir, (jui passe rapidemcnt au violet, au pourpre et au rouge ambre.
Les sels de strychnine sont tres-solubles dans 1'eau et precipitent par 1'iodochlorure de potassium et de mercure; par 1'iodure iodure de potassium et le tannin. Us ne se dissolvent ni dans Tether, ni dans le chloroforme.
Pour caracteriser la strychnine ou ses sels dans une poudre suspecte, il suftit, apres avoir fineineiit pulverise celle-ci, d'en etaler une parcelle au fond d'une soucoupe apres 1'avoir melanges a deux gouttes d'acide sulfurique pur et con centre, et d'y ajouter 1'un des reaclil's oxydants dont j'ai fait 1'enumeration tout a 1'heure, particulierement le bicliromale de potasse ou 1'oxyde puce de plomb. Aussitot la coloration bleue caracteristiquc apparaitra. Dragendorif a indique recemment un procede plus sensible encore qui permet de deceler la presence de 0,000001 de strychnine. II consiste a employer 1'acide sulfurique irihydrate et le bioxyde de potasse au lieu des reactifs que je viens de nommer.
Aucun autre alcaioide organique ne pioduisant cette reaction, il s'ensuit qu'elle caracterise la strychnine. La brucine, I'igasurine, ces principes convulsivants de quelques strychnos, qui ont des eifets analogues a ceux de la strychnine, mais qui s'en eloignent par une intensite d'action beaucoup
moindre: trente-huit fois, dit-on, pour la brucine, ccs principes ne produisent d'abord rien de semblable et de plus, au contact de 1'acide nitrique ordinaire a 56 degres, ils developpent une coloration rouge fonce qui leur est speciale.
Precedes (^extraction du poison. On en connait plusieurs, qni out tous unc
grande valcur; je me bornerai a rcsumer ici les plus surset les plus commodes.
Methode de Stas. Pour 1'appliquer, on commence pnr diviser les tissus
suspects jusqu'a les reduire en pulpe, on les Iraite par 1'alcool et un pen d'acide
acetique, eton lescbauffe doucement dans un ballon.
Jc n'indique que 1'ensemble des operations ; le detail se retrouvera tout a 1'beure dans la description du precede Roussin.
Done, apres avoir chauffe doucement lesdites matieres suspectes, on les me! dans un linge pour les exprimer et on lave soigneusement le residu avec de 1'alcool, lequel est alors ajoute au liquided'expression. On concentre le melange au bain-marie a basse temperature, on filtre le liquide ainsi concentre; on le neutralise avec un exces d'ammoniaque; on ajoute quatre volumes d'ether ou de chloroforme et on agite le tout dans un tube pour dissoudre la strychnine mise en liberte par I'ammoniaque. L'ether ou le chloroforme sont enleves avec une pipette pour etre abandonnes a I'evaporation spontanee. Le residu de cette evaporation qui conlient des matieres organiques est traite, cbauffe au bainmarie, par 1'acide sulfurique, lequel detruit preciseraent ces matieres sans alterer la strychnine. On njoute alors de 1'cau, puis on filtre le liquide acide sur un papier impregne d'ammoniaque. De nouveau on traite par Tether, et la strychnine s'obtient cristallisee par evaporation de ce dernier.
On s' assure a 1'aide des reactions que j'ai indiquees qu'il s'agit bien de eel alcaloide.
Voici maintenant \eprocedede Roussin, tres-surpour decelerla presence de la strychnine, ou meme de tout autre alcalo'ide organique. II s'appuie surce'fait, decouverl autrefois par Pcllctier et bien Jludie par Bouchardat, que lebiiodnre de potassium ajoute a une solution d'alcaloi'de organique acidifiee y produit un pivcipite brun qui entraine a 1'etat insoluble la totalite de 1'alcaloide. Done, apres avoir suffisamment divise les matieres a analyser, on les met dans un ballon avec le double de leur volume d'alcool a 95 degres et on laisse digerer plusieurs beures au bain-marie chauffe a 50-60 degres, remuant la masse de temps a autre.
On met ensuite le contenu du ballon a exprimer dans une serviette de cbanvre lavee a 1'eau acidulee d'acide chlorhydrique et rincee a 1'eau distillee.
Le liquide d'expression est recueilli dans une capsule de porcelaine et le residu laisse sur la serviette est lave a 1'alcool. Apres avoir melange et filtre sur du papier Berzelius les deux sortes de liquide (d'expression et de lavage), on evapore au bain-marie ordinaire jusqu'a consistance d'extrait mou. Get extrait est repris par six a huit Ibis sou volume d'aleool a 85 degres ; on filtre, on evapore une seconde fois a consistance d'extrait mou, puis on traite celui-ci par de 1'eau distillee tiede (7 a 10 volumes) et i'on filtre.
Jusqu'ici nous sommes a peu pres dans la metbocle de Stas ; mais maintenant uous aliens nous en eloigner completement.
On ajoute au dernier liquide la solution de biiodure de potassium preparee dans un flacon d'apres la for mule : .
grammes.
lodure de potassium ' 5
lode 1
Eau 20
mais goutte a goutte, et Ton s'arrete au moment ou cette solution ne determine plus aucun pre'cipite.
On laisse le precipite se tasser au fond du verre a experience dans lequel on a opere; on enleve la partie liquide, et le depot est lave plusienrs fois a 1'eau legerement acidulee avec de 1'acide sulfurique.
Alors on le traite par quelques gouttes d'eau acidulee (au 10e) avec de 1'acide sulfurique et Ton ajoute une pincee de limaille de fer parfaitement pure. II y a degagement d'hydrogene et dissolution de tout le precipite.
Un exces d'arnmoniaque ajoute a cette solution precipite l'alcaloi'de organique et 1'oxyde metallique.
On lillre, et le residu laisse sur le papier cst soigneusement lave a 1'eau dislillee, puis le filtre place sur plusieurs doubles de papier buvard est portc a 1'etuve pour y secher.
Une fois bien sec, on le coupe en petits morceaux qu'on met dans un ballon pour les epuiser chacun separement a chaud par 1'alcool a 80 degres.
Enfm on reunit dans une capsule de verre toutes les liqueurs alcooliques et on evapore doucement a chaud. Le residu contient la strychnine a 1'etat crislallin. On s'assure de sa presence au moyen des reactions quenous connaissons. On pent encore transformer ce residu en sulfate neutre par 1'addition d'un pen d'eau dislillee acidulee avec de 1'acide sulfurique. La solution ainsi obtenue est evaporee doucement pour avoir le sel a 1'etat cristallin.
Celui-ci doit etre etudie chimiquement d'abord et physiologiquement quand il cst en suffisante quantite. Je dirai tout a Theure quelques mots de ces essais physiologiques.
Dialijse. Taylor est d'avis que par la dialyse il est facile de separer d'emblee la strychnine contenue dans le sang, le mucus, les liquides organiques, les matieres de 1'cstomac, etc.
On peut alors sur le liquide dialyse rechercher qualitativement la strychnine et, si sa presence y est demontree, on dissout ledit liquide dans 1'eau, on acidifie avec de 1'acide acetique, et le tout est laisse a digerer quelques heures a une temperature moderee. Au bout de six, huit heures, 1'alcaloide sera transforme en acetate. On concentre un peu par evaporation, on agile le residu liquide additionne de deux volumes de chloroforme pour enlever les matieres grasses et 1'on separe du chloroforme, a 1'aide d'une pipette ou par de'cantation, la solution saline ainsi purifiee. Celle-ci est alcalinisee avec de l'ammoniaque, puis traitee par trois volumes de chloroforme, qui dissout la strychnine mise en liberte par 1'alcali volatil. La simple evaporation du chloroforme laisse deposer 1'alcaloicle a 1'etat cristallin.
On peut encore operer egalement sur les tissus et en extraire l'alcaloi'de a 1'aide de la dialyse. Pour cela il faut les reduire en pulpe et les faire macerer pendant vingt-quatre heures dans de 1'eau acidulee avec de 1'acide acetique. Le liquide de digestion est soumis ensuite a la dialyse et traite comme precedemment. Ce precede decrit par Taylor est celui de Saint-Glair Gray (de Glasgow), qui 1'a fait connaitre en 1872.
Je pourrais indiquer encore d'autres methodes de recherches, mais je ne vois pas la necessite de comjiliquer cette etude deja si ardue. D'ailleurs il ne s'agit que de nuances. Selmi, par exemple, opere comme Roussin, mais au lieu de 1'iodure de potassium il se sert d'hydrate de baryte en pate et de baryte caustique pour precipiter 1'alcaloide (Bulletino delle sc. med., juin 1875, p. 444).
Horsley (de Cheltenham) adopte, lui, le chromate acide de potasse. Sa ithode est recommandee par Mohr (Chemische Tozicol., 1874). En resume, 1'analyse chimkjue pennet au meJecin legiste de retrouver Ic ison dans des produils suspects et dans le corps de la viclime. Et, bien souit, il pourra le montrer en nature devant ua jury, pour peu que la dose iployee ait ete forte.
Direction des recherches. Pour trouver le poison le medecin legiste se a remettrc, afin de les analyser, toutes les substances suspectes qiti ont pu ijliter son administration. En outre, ses recherches porterontsurles principaux ceres dans lesquels on le decouvre generalement. La muqueuse buccale, jsophage, 1'estomac et 1'intestin, seront particulierement examines. J.-B. Edwards, chez un sujet qui avala 50 centigrammes de strychnine et ssitot apres du sue d'orange pour se debarrasser de 1'amertume excessive du ison, ce qui facilita sa dissolution dans les voies digestives et par suite son >sorption, Edwards retrouva 1'alcaloide sur la langue et il put en extraire centigrammes de 1'estomac. Le sujet n'avait survecu qu'une demi-heure. •nc, dans ce court espace de temps, plus des trois quarts de la dose avaienl i absorbes.
Dans le cas de Gasper, la dose avalee avail ete de 50 a 55 centigrammes et survie de trois heures et demie. Or Sonnenschein retrouva dix-huit centiammes de strychnine dans 1'estomac : pres de la moitie de la dose avale'e, ce li indique une certaine lenteur d'absorption.
Apres Je tube digestif c'est le foie et la rate qui reclament le ,plus d'attention : la part du medecin legiste, car ils contienncnt souvent une assez forte pro- •rtion relative de poison.
On 1'a trouve encore dans les reins, dans 1' urine, dans les muscles et dans sang, mais en faibles, tres-faibles proportions.
Ce dernier, fait assez etrange, n'en renferme que des traces insignifuntes, i meme n'en contient pas du tout dans bien des cas. Je citerai a ce propos les cherches negatives de Harley, de Horsley, chez des cliiens empoisonnes par le injection veineuse de strychnine.
En revanche, Mc Adam a facilemient retrouve 1'alcaloide dans les muscles, irine et le sang d'un cheval tue en deux heures par pres de 2 grammes de rychnine, doscenorme.
Malheureusement quelques fails sembleraient demontrer, ainsi que je 1'ai dit ija, que la strychnine peut etre absolument de'truite dans l'organisme animal, i point qu'on n'en trouve aucnne trace dans les organes ou tissus. C'est deja s qu'indiquait Wilkins (de Newport) en 1857. En outre De Vrij (de Rotterdam), rawcour (de la Nouvelle Orleans), citent quelques experiences sur les animaux 1'appui de celte maniere de voir (Pharmaceutical Journ., mars 1857, et ew-0/ieans Med. Gaz., 1856). Enfin le cas medico-legal rapporte par le scteur Reese, 1'observation et les experiences de Horsley, confirmeraient encore is assertioiis un peu decourageantes. Je dois dire cependant que Reese (de b-iladelphie) fit son examen seulement au bout de six semaines dans le cadavre 'une fern me empoisonnee bien cerlainement par la strychnine. D'autre part, Horsley ne parle que de recherches dans le tube digestif et le foie 1869).
En definitive, les cas sont rares ou la science du chimiste reste impuissante decouvrir le poison sur le cadavre; et, il faut le dire a rhonncur de noire art,
DICT. ENC. 5* S. XII. 27
ce n'est pas alors par insuffisance des methodes d'analyse, puisqu'on a pu faire descendre la limite de la dose trouvable a un demi-milligramme (H. Letheby et Ilerepath), et moins peut-etre, mais bien par suite de la destruction de la strychnine dans I'organisme, lorsque la dose toxique etait faible et que le patient a longtemps resiste a son influence funeste.
On pent meme retrouver cette substance dans les cadavres putrefies, non pas toujours par 1'analyse chimique, mais bien par 1'analyse physiologique, si ']& puis ainsi dire. Ainsi, lorsque Ton empoisonne un chien avec 1 decigramme de strychnine, il est possible de retirer de son cadavre enfoui depuis pres d'un aof (trois cent cinquante jours exactemeut) un extrait capable d'agir sur les grenouilles et de les telaniser!
Par centre, Ranke, Biichner, M'islicenus et Gorup-Besanez, auxquels nous dfcvons ces experiences, n'ont pu caracte'riser chimiqitement 1'empoisonnement de ce chien au bout de cent, cent trente, deux cents, trois cent cinquante jours. Ges auteurs sont touteiois en disaccord avec Herepath, qui aftirme la possibilite de retrouver le poison aussi longtemps que le corps n'est pas absolument re'dnit en poussiere; avec Flandin, qui a pu extraire un sel de strychnine de debris organiques en pleine putrefaction, plusieurs mois apres V avoir a joule a une maceration de fragments d'intestin.
J'admels parfaitement la possibilite d'isoler d'un cadavre putrefie'la strychnine fjvti ria pas etc absorbe'e au moment de 1'intoxication, mais je crois aussi qu'il fa tit faire des reserves au sujct de la fraction du poison qui a penetre dans I'ovganisme. Celle-ci esl sans doute beaucoup plus difficile a mettre en evidence par 1'analyse chimique dans le cadavre putrelie, si tanl est meme qu'un pareil resullat puisse etre obtenu. Mais alors le medecin legiste n'est pas encore deearme ct ['experimentation sur les petits animaux, dont je vais dire un mot, lui viendra en aide et assurera le succes de son expertise. Si Ton songe qu'il ne faat pas plus d'un ou deux centiemes de milligramme de strychnine et peut-etre moins encore pour agir sur la grenouille (Brown-Sequard), on comprendra la sensibilite extreme de ce reactif, qui defie les plus sensibles de la chimie, si ce n'est peut-etre celui de Dragendori'f dont j'ai deja parle, assez puissant pour deceler 0,000001 de strychnine, tandis qu'il faudrait 0,000004 de cette base pour agir sur la grenouille.
-' ti, * L O Li. i. J. W. — I
Experimentation physiologique. J'ai dit deja 1'excessive sensibilite des grenouilles a la strychnine. Quelques atomes de cette substance suffisent, en eifet, a determiner 1'empoisonnement typique que j'ai decrit. On pourra done choisir ce batracien a litre de reactif physiologique et lui inoculer les produits de 1'analyse chimique que Ton suppose contenir le poison. On pourrait comme terme de comparaison empoisonner en meme temps une autre grenouille avec de la strychnine. D'apres Rossbach, cependant, les infusoires seraient encore plus sensibles, a ce point qu'ils sont imprcssionnes par une dose de 0,00000006 de strychnine (600 milliemes de milligramme). L'operation est simple. On prend une goutte de maceration aqueuse de viande ou de pain et on la met sous le champ du microscope. On y ajoute une autre goutte du liquide suspect et, s'il y a un alcaloide organique dans cette derniere, les infusoires sont reduits en une masse informe ou gonfles et prives de vie. Mais 1'alcaloide n'est pas caracterise le moins du monde par cette curieuse experience.
Les souris ont la meme sensibilite que les grenouilles; elles peuvent etre tuees par une dose de 5 cenliemes de milligrammes (Falck).
STRYCHNINE (EMPLOI MKDICAL). 419
Le lapin egalement est encore un excellent reactif physiologique de la strychnine, car un animal du poids de 1000 grammes ne re'siste pas a 6 dixiemes de milligramme dc cet agent. Quant aux moineaux, cobayes, pigeons, ils sont beaucoup moins sensibles a son action deletere.
Si 1'on opere sur des grenouilles, c'est par injection sous-cutanee qu'il faut leur administrer le poison suppose. On trouvera a ce sujet d'exccllentes indica tions pratiques dans le travail de Boutmy (Annales d'hygiene publique, 1880), qui traitederexpe'rimenlation physiologique comme preuve de l'empoisonnement par les alcaloides organiques. Et s'il s'agit du lapin, on le lui fera ingerer par 1'estomac, car d'apres Leube, Jocbelson et Rossbach, 1'effet obtenu sera plus grand que par 1'injection hypodermique. Cette precision de I'analyse physiolo gique est malheureiisement un peu amoindrie par les ptomaines, ces alcaloides toxiques des cadavres; toutefois, en operant avec des extraitsde foie ou de rate, on eviterait peut-etre cet inconvenient.
Je n'ai pas a revenir sur le U'lanos strychnique, deja decrit chez la grenouille et d'autres animaux, et j'abordc maintenant I'examen d'une question souvent posee aux medecins legistes, cclle de la dose to.riqne pour I'homme. Quclle est cette dose?
Elle est variable, on le comprend sans peine, avec beaucoup de conditions : 1'age, le sexe, 1'idiosyncrasie, le mode d'administration; toutefois on pent dire que 4 centigrammes et plus de strychnine et surtout d'un de ses sels solubles, adminislres d'emble'e a un enfant et meme a un adulte, causeraient infailliblenient leur mort. Je souligne d'emble'e, car nous savons qu'on acquiert facilement la tolerance par 1'usage habituel et les doses progressivement augmentees du poison.
Contre-poisens. Antidotes de la strychnine. Traitement de rernjx*/sonnement. Cette question des antidotes de la strychnine exerce depuis longtemps la sagacite des physiologistes et des medecins. Beaucoup d'entre eux ont cru trouver le medicament propre a neutralise!' 1'action funeste de ce redoutable alcaloi'de; mais malheureusement leurs assertions n'ont pas etc verifiees par des observateurs moins prevenus, de sorte que, malgre le grand nombre d'antidotes proposes, nous sommes encore actuellement a peu pres dcsarmes devant le strychnisme grave.
Les premieres recherches d'un antidote de la strychnine sont dues a Pelletier et Caventou. Ils indiquerent la morphine, qui leur avait donne quelques resultats avantageux chez les animaux.
Je dois dire qu'ils ne reussirent qu'une seule fois a empecher la mort d'un des lapins sur lesquels ils operaient. Les autres n'eurent a la verite que peu de convulsions, mais ils succomberent.
Depuis cette epoque, deja lointaiue, on a propose successivement des agents capables de neutraliser sur place le poison, que j'appellerai les contre-poisons de la strychnine, et des medicaments, dits antagonistes physiologiques, propres a combattre ses effets generaux, que je nomme ses antidotes.
Sous ces deux chefs vont se grouper tous les agents ou medicaments proposes contre le strychnisme.
1° Contre-poisons. Parmi les principaux, je citerai le charbon, le tannin, Tiodure iodure de potassium, les graisses fluides, etc.
a. Charbon.- Garrod a demontre que le noir animal absorbe certains alcaloides organiques et masque complelement leur action. Geci est parfaitement
exact pour la strychnine, comme je 1'ai indique a 1'article CHARBO.N (voy. ce mot), d'apres mes experiences. II suflit de filtrer sur du noir animal une solution de strychnine pour la priver entierement de cet alcaloide ; en effet la grenouille n'est plus du tout influencee par le poison.
On pourrait done esperer qu'une action semblablc se passerait dans 1'estomac lors d'un empoisonnement par la strychnine, si Ton inlroduisait une suffisante quantite de charbon et a temps. Malheureusement 1'estomac n'est pas, il me scmble, un vase inerte ou Ton puisse meler et agiter convenablement deux substances reagissant 1'une sur 1'autre; de sorteque le moyen preconise par Garrod laisserait a desirer, meme s'il etait possible de 1'appliquer en temps opportnn, ce qui esl a peu pres impraticable.
b. Tannin. Cette substance precipitela strychnine deses solutions et forme avec elle une combinaison insoluble, done dil'ficilement absorbable par 1'estomac.
G'est Guibourt (voy. //is/, dcs drogues, 1849, t. II, p. 516) qui a propose le premier ce contre-poison, associe au lait et a la manne. D'apres le professeur Kursak, il taut 25 parties de tannin pour neutralise!* 1 partie de strychnine, ct former un tannate d'alcaloide insoluble dans les sues digestifs. Mayet indique une proportion moindre : 20 centigrammes de tannin neutralisent bien 5 centi grammes d'alcaloide.
On a cite quelques fails favorables a 1'omploi de ce contre-poison; celui de Sudicke (British and Forciyn. Med.-Chir. Review, juillet 1842), un autre r,i|i|iiirli; dans la Preuss. Med. Zcituny de 1851, on il s'agissait de doses therapeutiques un peu cxcessives, etc. ; mais malgre tout il ne faut accorder qu'une me'diocre confiance au tannin, qui ne sanrait agir dans 1'eslomac comme dans un verre a reactif ; et, d'ailleurs, ainsi que 1'a demontre Gallard, le tannate de strychnine est actif, car il a pu tuer un chien en vingt minutes.
Du tannin on peut rapprocher le cafe, qui retarde 1'intoxication strychnique chez les lapins, suivant Altilo Lelli.
c. lode. Brome. Chlore. J'ai deja indique, d'apres Bouchardat (il serait plus exact de dire d'apres Donne. 1'auteur reel de la de'couverte dans le cas particulier de la strychnine), la remurquable propriete que possede I'iodure de potassium iodure, ou biiodure, de precipiter les alcalis organiques de leur solution pour former avec eux un compose insoluble ou fort peu soluble.
La strychnine n'echappe pas a cette action. Elle y est meme si sensible qu'une solution a 1/80 QUO precipite encore en jaune quand on y ajoute le biiudure de potassium.
Aussi bien Ton pourrait tenter dans un cas d'empoisonnement d'administrer la solution suivante, proposee par Bouchardat et Donne :
grammes.
Eau bOO.OO
loile t',-20
Iodure de potassium O.Ui'
Quant au succes, il serait tout a fait problematique, pour cette raison d'abord, sur laquelle je ne saurais trop insister, que 1'estomac n'est pas un verre a experience oil les doubles decompositions s'operent au gre du cliimiste ; en second lieu, parce que I'iodure d'iodhydrate de strychnine n'est nullement un corps inerte, mais un compose veneneux encore, ainsi qu'il resulte desessais de Gallard : il peut agir plus lentement que d'autres composes de strychnine, mais il est parfaitement actif. Je n'attache done qu'une importance tres-
STRYCHNINE (EMPLOI HKDICAL). '^1
mediocre a trois experiences citees par Donne, montrant les effets curatifs de a teinture d'iode dans le strychnisme des chiens.
Quant au brome, sa teinture aurait, toujours d'apres Donne egalement, les memes vertus quela teinture d'iode. J'ajoute : vertus douteuses, maisau point de vue chimique seulement.
Chlore. Orfila avail autrefois propose 1'eau chloree comme contre-poison de la strychnine, qu'elle decompose ou precipite. Plus recemment, Raneri Bellini et Biirdet, confirmant cetle assertion de 1'illustre chimiste, ont beaucoup vante ses excellents effets.
Ainsi Bardet pretend avoir gueri a 1'aide du chlore 16 chiens sur 20 qu'il avait empoisonnes par 1'alcalo'ide, mais, comme il employait I'emetique concurremment, il me semblerait juste de partagcr au moins 1'honneur du succes.
Quant a Raneri Bellini, il vent, en outre de son action chimique, que le chlore soit encore 1'antidote de la strychnine et neutralise ses effets meme apres qu'elle a ete absorbee (Annali di chimica, 1863) ! ! Et, pour lui egalement, le brome jouirait de semblables proprietcs-. Je reviendrai sur ces fails en trailant de 1'antidotisme des bromures.
Chlorure de sodium. II a ete preconisc, en 1868, "par Bautlctt, qui 1'a trouve tres-puissant contrele slrychnisme des chiens. II fautattendre de nouveanx faits pour juger ce contre-poison, employe, il me semble, empiriquement.
d. Corps gras. D'apres quelques experiences sur les lapins et les chiens, Rienderhoff conclutque 1'huile, le heurre, 1'axonge, le lard fondu, retardant 1'absorption de la strychnine, permetlraient de gagner du temps dans un cas d'empoisonnement chez 1'homme. Je comprends bien qu'un de ces corps gras puisse, a la rigueur, invisquer une pilule ou de la poudre de strychnine, mais a coup sur une solution de cet alcaloide ou d'un de ses sels e'chapperait a une pareille aclion. Le moyen n'est done rien moins que certain.
En de'finitive, ce groupede medicaments n'offre au medecin aucune ressource serieuse ou sure, pour celte unique raison que 1'estomac ne se prete pas a des experiences chimiques.
2° Antidotes. On a propose beaucoup de medicaments; malheureusemeiit ici encore les agents vraiment efficaces ou puissanls fonl a pen pres defaul.
Toutes les substances qui peuvent produire la resolution musculaire onl ete essayees. Je citerai particulierement et au hasard le curare, les opiaces, certaines solanees vireuses, I'aconit, la conicinc, le camphre, le bromure de potassium, les vomitifs, 1'eserine ou la feve du Calabar, le chanvre indien, et nos principaux anesthesiqucs. Les moyens ne tnanquent pas, comme on voit, mais nous verrons qu'ils laissent presque tons a desirer.
Curare. Personne ne songera serieusement a employer cette substance dans un cas d'empoisomiement par la strychnine. Sans doute, elle empecherait It s convulsions de se manifsster, si on 1'employait a dose suffisante, toufcfois ellc haterait certainemenl la terminaison fa tale. On a dil d'ailleurs avec raison (Martin-Magron et Buisson), qu'a doses determine'es, le curare el la strychnine ont une action analogue sur le systeme nerveux : ils impressionnent la moelle et les nerfs moteurs, ou plutot leurs plaques (erminales, de la meme fac,on. L'antagonisme n'est done, en realite, qu'apparent entre les deux redoutables poisons, et cette opinion de Harley ne me parait pas cxacte : « Le curare a la propriete de neutraliser Faction de la strychnine sur 1'organisme animal, et les deux poisons agissent positivement comme antidotes 1'un de 1'autre... » Non,
422 STRYCHNINE (EMPLOI MKDICAL).
le curare n'est pas 1'antidote de la strychnine; il masque simplcment ses effets, comme le feraitune section nerveuse, et ne sauraitsoustraire le sujet empoisonne a la mort, ainsi que 1'affinne d'autre part Vella (de Turin).
Je suis absolument de 1'avis de Taylor, lorsqu'il dit a propos de ce pretendu antidotisme :
« Le malade sera expose a mourir par 1'antidote, s'il echappe au poison ».
Opium et derives. J'ai indique deja que les premiers 1'elletier et Cavenlou avaienl observe un certain degre d'antidolisme entre la strychnine et la morphine. Celle-ci, a dose suffisante, arrete les convulsions, 1'animal parait se retablir, mais il ne tarde pas a succomber. Une seule fois ces savants chimistes ne constaterent aucun accident chez un lapin auquel ils avaient aclministre un melange de 12 milligrammes de strychnine et 50 centigrammes de morphine. Pareils resultats ont ete vus par Rofoldo-Rololdi.
Ces experiences ont malheureusement ete repete'es sans le moindre succes par Stevenson Mac Adam et par Gallard. Ce dernier a cependant varie les conditions experimeutales de plusieurs facons, mais sans succes aucun : il n'admet done pas que la morphine « soit capable de neutralise!' en aucune facon 1'action de la strychnine ».
Chez 1'honime, il en a ete de merne ; la morphine a pu quelquefois moderer les spasmcs, mais elle n'a pas empeche la mort. A la verite, Pusey rapporte avoir gueri un jeune homme, qui avail avale 18 centigrammes de strychnine, a 1'aide de trois injections sous-cutanees de 1 centigramme de morphine; mais le sujet avait pris un vomitif, qui avait bien agi, et de 1'alcool. 11 me parait par consequent bien difficile de juger cette cause en faveur de la morphine. King (E.-W.) malgre tout a encore soutenu recemment (Louisville Med. Xeivs, 1880) Tantidotisme de la morphine vis-a-vis de la strychnine.
Solanecs vireuses. Le tabac et la belladone, ou plutot leurs principes, la nicotine et 1'atropine, ont ete ranges parmi les antidotes actifs de la strychnine.
Le tabac a ete preconise par Haughton, vers 1856. Depuis, quelques fails favorables ont ete rapportes, qui plaideraient en faveur de son efticacite centre le strychnisme. C'est en raison du collapsus qu'il determine qu'on a tenle de 1'utiliser.
Haughton rapporte qu'un jeune garcon, ayant avale environ '25 centigrammes de strychnine, ressentit hientot les effets du poison avec une excessive violence. On lui fit prendre une infusion de tabac (28 grammes pour 5/4 de litre d'eau), et il vomit aussitot abondamment. Le calme apparut imme'diatement. Mais, de nouveaux spasmes etant survenus, on rendit la pre'paration pre'cedente, qui determina encore deviolents vomissements. Une transpiration profuse survint, le malade s'endormit el il gue'rit rapidement.
In fait egalement favorable a ete publie par Clievers. II s'agissait d'une jeune fillette de onze ans, qui avala 18 centigrammes de strychnine et fut sauvee (?) par une infusion de tabac (5sr,5 dans 5/4 de litre d'eau). L'enfant vomit beaucoup egalement. Avant cette infusion, on lui avait administre un eme'tique, du noir animal et du lard fondu.
Ces deux observations prouvent si aip lenient qne le tabac en infusion peut. par ses proprietes emetiques, guerirle stryclmisme ; toutefois elles ne demontrent aucunement 1'action antidotique de cette substance vis-a-vis de la strychnine.
Nicotine. Mais, physiologiquement, 1'aotidotisme est-il possible entre Je
tabac ou la nicotine et la strychnine? En 1874, dans un article que je publiais en collaboration avec le professeur Gubler, nous rejetions tout a iait .cet
antagonisme.
Or, en 1877, Francis L. Haynes arrivait a une conclusion identique. Pour lui, la nicotine augmente 1'action convulsivante de la strychnine et les deux poisons ajoutentj leurs effets paralysants sur 1'appareil respiratoire. C'est pourquoi on tue des animaux en leur injectant a la fois des doses des deux alcaloides qui ne seraient pas mortelles, si elles etaient administrees isolement. Enfin, d'apres Amagat, 1'antagonisme est imparfait et sans efficacite. Que penser des lors du cas rapporte par Johnston, signalant la guerison d'un strychnisme grave par la nicotine? Qu'il n'a pas de valeur. Un garcon de dix- *ept ans s'empoisonne avec une quantite inconnue de strychnine. On lui donne 2 gouttes de nicotine dans du punch, puis de 1'espvit de chloroforme, et il guerit. Je repete que cette observation ne prouve rien.
Belladone. Atr opine. Jusquiame. Je ne connaispasnn seul fait probant montrant 1'efficacite de ces trois substances dans rempoisonnement par la strychnine. Rofoldo-Rofoldi experimental^ sur des chiens observe qu'elles modifient beaucoup la physionomie du strychnisme, retardent la mort on 1'empechent. Mais ces fails ont besoin d'etre confirmes. En tout cas, Galhurd n'a pu verifier dans ses experiences 1'assertion de Rofoldi en ce qui conccrne 1'alropine.
Quant au cas publie, en 1873, par Samuel Buckley, il ne prouve nullement 1'antidotisme de 1'atropine et de la strychnine, en raison de la diversite des moyens employes. II s'agit d'une femme qui avala une forte dose de poison. On la traita successivement par le lavage de 1'estomac, les injections sous-cutanees d'atropine et les inhalations de chloroforme. La malheureuse guerit. Elle avait recu en injection 7 centigrammes d'atropine ! ! Ne serait-il pas plus exact de dire que la strychnine a empeche ici la mort par 1'atropine?
Aconit. Un medecin anglais, le docteur Wookes, avait pense' qu'on pourrait sans doute traiter avec avantage le tetanos par les preparations d'aconit et, dans le but de controler ses idees theoriques, il avait recherche les proprietes de 1'aconit centre le strychnisme. Ses experiences sur les animaux lui demontrerent que la teinture d'aconit fait ceder les spasmes toxiques et empeche la mort.
D'autre part, Hanson, medecin ame'ricain, ayant combattu avantageusement un empoisonnement par 1'aconit a 1'aide de la teintnre de noix vomique, en concluait qu'il y a un antidotisme complet entre les deux substances (1861).
Les faits produits n'etaient malheureusement pas suffisants pour une pareille conclusion et Gallard a ete bien inspire en instituant de nouvelles recherches.
II a eu recours a 1'aconitine de Hottot et n'a plus observe 1'antidotisme annonce par Wookes et Hanson. Ses experiences ont ete toutefois peu nombreuses, de sorte que la question doit etre remise a I'etude.
Conic ine et cigue. Ces substances ont ete essayees contre le strychnisme par Stevenson Mac Adam, qui leur attribue quelques proprietes pour attenuer I'empoisonnement et retarder sa terminaison fatale. Gallard a vu au contraire, sous leur influence, les accidents se precipiter.
Cannabis indica. Stacy Hemenway 1'aprescrit dans un cas d'empoisonnement par la noix vomique. Ce fait est insuffisant pour prouver 1'antidotisme du haschich et de la strychnine.
424 STRYCHNINE (E.MPLOI MKHICAL).
Feve du Calabar, fcse'rine. Ebcn Watson, qui a etudie avec grand soin Faction physiologique de la feve du Calabar, conclut dc scs recherches qu'elle fail perdre a la moelle sa sensibilile reflexe. Elle serait done, aussi bien d'ailleurs que ton principe actif Ve'se'rine, 1'antidote de la strychnine.
D'aulre part, Blatin declare que cet antidotisme est probable et dans lc:> meilleures conditions, parce que la feve du Calabar «... developpe 1'activite des nerfs qui president aux fonctions de la vie vegetative, dontla moelle est normalement le regulateur et le frein; proprietes veritablement antagonistes de celles de la strychnine ».
M. W. Smilh est le seul medecin, je crois, qui ait recherche cet antidotisme chez I'homme (Ohio Med. Recorder, Columbus, 1879-1880). Dans le cas cite par Jobn AAhite, a la verite, 1'extrait de feve fut donne, mais concurremment avec le chloro forme.
D'autre part, dans 1'observation de G. Ashmead, il ne s'agissait que d'un strychnisme therapeutique simple.
Acidc cyanhydrinue. On a rechercbe quelquetois dans les laboratoires 1'action de cet autre poison violent dans l'empoisonnement strychnique. II est arrive qu'il a empeche les convulsions, mais la terminaison fatale a ete plus prompte, ce qui n'a rien de surprenant a priori (Lauder-Brunton, Adell et Oulwaite).
Camphre- Bromure de camphre. C'est en 1857- 1858 qu'on a preconise le camphre pour combaltre les elfets toxiques de la strychnine. Rochester, de Buffalo, lui altribua deux succes chez I'homme, et Pritchard et Arnett citerent encore deux autres observations favorables de meme ordre. Malheureusement il faut une singuliere bonne volonte pour attribuer au camphre le merite de la guerison dans deux au moins de ces quatre observations, en raison du traitement complete qui fut mis en oeuvre. Qu'on en juge par le cas de Pritchard. Une jeune fille de dix-sept ans avale cette fameuse poudre dite Battle s vermin killer, en usage en Anglelerre comme mort aux rats, a base de strychnine, et ne tarde gnere a etre aux prises avec un strychnisme grave. On la fait vomir, on lave son estomac au moyen de la pompe stomacale, on etablit la respiration artificielle suivant la metliode de Marshall-Hall, enfm on lui administre de 1'opium et du camphre. Je n'insiste pas et conclus que I'antidotisme de ce medicament, s'il existe, ne ressortpas toujours des fails publies.
Le bromure de camphre a pour lui, au contraire, 1'appui d'experiences rigoureuses faites en 1875 par Valenti y Vivo. Le monobromure possede, dit cet experimentateur, une action rapide contre les convulsions strychniques dont il change le caractere : de toniques elles deviennent cloniques. Douze chiens empoisonnes gue'rirenl grace ace medicament, et V experience cniciale demontra que cette guerison etait bien le fait du monobromure de camphre, car cette fois tous les animaux perirent. Le me'dicament doit etre administre par I'estomao et non pas en injection sous-culanee, a haule dose, si 1'on veut reussir.
Bromure de potassium. Theoriquement ce sel est un antagoniste de la strychnine, puisqu'il diminue notablement la reflectivite de la moelle et du bulbe, tandis que, au contraire, 1'alcalo'ide 1'augmente.
Mais il est bien evident que la rapidile d'action des deux antagonistes est completement diffe'rente. ce qui ne permct pas toujours a I'antidotisme de s'exercer en temps opportun. C'est a quoi n'ont pas songe les medecins qui, comme Saison, affirmcnt theoriquement cet antagonisme.
STRYCHNINE (KMPLOI MEDICAL). 425
On a cependant cite quelques cas favorables a 1'emploi du hromure dc potas sium dans le strychnisme de 1'homme.
Gillespie, chez un individu qui avail pris 12 centigrammes de strychnine, triompha de rempoisonnement avec 30 grammes de bromure de potassium.
Hewlett, ayant a trailer un homme de trente ans, qui avail pris par megarde 50 centigrammes de strychnine, lui fit avaler de 1'eau en attendance, de 1 'opium el 4 grammes de bromure toutes les demi-heures. La guerison fut oblenue en trente-six heures (Neiv-York Med. Journ^mmrs 1881).
W.-H. Smith, deux annees auparavant, avail obtenu un succes beaucnup plus rapide (Chicago Med. Journ. et Examiner, 1879).
Engledue Prideaux, appele pres d'une femme de cinquante ans, empoisonnce par 4 centigrammes de strychnine, lui prescrivit4 grammes d 'hydrate de chloral et 45 grammes de bromure de potassium dans 1'espace de quelques heures. Les symptomes toxiques disparurenl assez vite, mais la patiente eut de 1'incontinence d'urine et de malieres iecales, sans doute causee par la dose excessive de bromure, et ne fut completemenl guerie qu'au bout de cinq jours (voy. Lancet, 1881).
Dans cette observation 1'hydrate de chloral pourrait peut-etre revendiquer sa part du succes obtenu; ou bien est-ce 1'association chloral et bromure qui a reussi ?
Bivine, qui a propose celte association comme tres-eflicace dans le strychnisme, repondrail sans doute par 1'affirmative : toutefois les experiences institutes par Hessling rapportent au chloral seul le merite des effets antidotiques observes dans rempoisonnement par la strychnine. Get observateur est absolument contraire a la methods de Bivine, car il a vu dans ses essais de laboratoire que les animaux empoisonnes par la strychnine se retablissaient d'autant mieux qu'il y avail plus de chloral et moins de bromure dans la mixture des deux anti dotes (Deutsche med. Wochenscrift, 1878).
En resume, je crois qu'il faut reserver 1'administration du bromure de potas sium aux seuls cas de strychnisme leger par prescription de doses therapeuliques un peu trop fortes.
Alcool. L'antagonisme physiologique en Ire celte substance et les principcs actifs de la noix vomique a ete mis en avanl par quelques medecins italiens. C'est apres avoir lu Rognetta que Lamare-Picquol, ayanl a trailer un cas de strychnine, prescrivit 1'alcool et guerit son malade. Le cas n'etail pas grave ct le patient aurait pu se retablir spontanemenl, ce qui n'etait pas precisemenl en faveur de 1'anlidole.
Mais les experiences assez recenles (1876) d'Amagat me paraissenl plaider plus serieusement en faveur des idees italiennes.
Pour ce laborieux et distingue experimentateur 1'alcool est bien recllement un antagoniste de la strychnine et, a ce propos, il ecrit ceci : « Une dose toxique de slrychnine est constamment neutralised par une dose non toxique d'alcool, pourvu que la quantile de strychnine ne depasse pas certaines limites. »
Comparanl 1'alcool et le chloral sous le rapport de leur action anlidotique vis-a-vis de 1'alcaloide, il ajoute que, si le premier est moins actif, il est aussi beaucoup moins dangereux. En 1877, Slacchini esl arrive a des resultats analo gues dans ses experiences de laboratoire. Pour lui, 1'alcool diminue ou empeche 1'action de la strychnine. Dans les cas graves, il conseille I'injection veineuse d'alcool, tres-bien supporlee par les animaux.
Anesthe'siqiies. Dans cette grande classe de medicaments puissants nous trouvons des antagonistes vraimeut utiles de la strychnine. L'ether, le chloroforme, 1'hydrate de chloral, combattent avec succes ses effets toxiques et peuvent parfois conjurer Tissue fatale d'uu empoisonnement mortel.
Voyons d'ailleurs les faits deja nombreux qui demontrent jusqu'ou peut aller cet antidotisme.
1° Chloro forme. Les experiences de laboratoire ne sont generalement pas favorables au chloroforme. Si elles prouvent qu'il fait cesser promptement les convulsions strychniques, ellcs montrent aussi que sous 1'influence combinee des deux poisons les animaux succombent plus rapidement. G'est la 1'impression generate qui m'est reside d'essais assez nombreux que j'ai tentes sur des grenouilles, et d'autres observateurs ont fait, je crois, avant moi la meme remarque.
Au contraire, les observations cliniques font pencher la balance du cote du chloroforme et le recommandent a 1'attention des medecins.
II faudrait, je pense, rementer presquc a la decouverte des anesthesiques pour retrouver les premieres tentatives relatives a leuremploi dans 1'empoisonnement sirychnique.
En tout cas, des 1850, deja cette application etait signalee (voy. Med. Times and Gas.).
A cette epoque, en effet, Maunson traita un homme qui s'etait empoisonne a 1'aide d'une dose de 6 a 1'2 centigrammes de strychnine, en lui faisant inhaler le chloroforme : 1'effet fut heroi'que.
Depuis, plusieurs faits du meme ordre ont etc recueillis, et je ne crois pas exagerer en disant qu'on en trouverait facilement une quinzaine dans les publications medicates periodiques.
Le plus souvent 1'anesthesique a ete administre en inhalations; rarement on 1'a donne par la bouclie. Ouelques sujets ont ete tenus plusieurs heures sous 1'influence du medicament et n'ont du lenr salut qu'a cette perseverance dans le traitement. Tel est le cas du malade soigne par Folker (the Lancet, 1867), qui fut maintenu pendant sept heures sous 1'action de l'anesthesique. II guerit, bien qu'il eut iiigere 20 centigrammes de poison.
En definitive, s'il n'est pas absolument demontre que le chloroforme soit 1'antidote physiologique de la strychnine, il resteavere que le medecin pent s'en servir utilement dans un cas d'empoisonnement. Les observations publiees par Gobrecht, de 1'Ohio, Brown Sims, Allee. Copland, etc., etc., me paraissent prouver surabondamment cette assertion.
2° Ether. Dans 1'empoisonnement par la strychnine il est necessaire d'agir vite et d'obtenir une forte resolution musculaire, c'est pourquoi Ton s'adresse au chloroforme, agent puissant et actif, de preference a I'ether dont 1'intensite et la rapidile d'action sont moindres. Mais il est bien certain que les deux anesthesiques ont par rapport a la strychnine des proprietes antidotiques comparables.
Delioux de Savignac reserve done 1'emploi de I'ether pour les cas d'intoxication legere, lorsque, par exemple, les doses therapeutiques de strychnine ont un peu depasse le but et fatiguent les malades.
5° Hydrate de chloral. On sail avec quelle facilite ce medicament peut produire la resolution musculaire; en outre, il s'administre facilement par I'estomac et en lavement, ou en injection sous la peau ; il se dose mathemati-
quement. Anssi bien on pouvait fonder de grandes esperances sur son emploi centre le stryehnisme.
Les physiologistes ont done recherche avec soin s'il jouit recllement de bonnes proprietes antidotiques vis-a-vis de la strychnine.
Deja 1'auteur de la decouverte des proprietes du chloral hydrate, 0. Liebreich, avait annonce, fait conteste d'ailleurs, que la strychnine combat avec succes le chloralisme.
II restait a rechercher si la re'ciproque est vraie, si le chloral peut intervenir ulilement dans rempoisonnement par la strychnine, ou plutot s'il cst 1'antidote de ce poison.
Les avis sont partages commc dans presquc toutes les questions the'rapeutiques; mais il r a cependant plus de voix pour que contre.
La Commission anylaise presidee par Hughes Bennett, qui a fait de remarquables travaux sur I'antagonisme des medicaments, a suivant moi donne la mesure exacte de cct antidotisme.
D'apres ses conclusions, rantagonisme entre le chloral et la strychnine est si limite qu'une forte dose de cet alcaloi'de tue avant meme que le chloral ait en le temps d'agir.
D'autre part, pour enrayer 1'action d'une dose toxique de strychnine assez pen forte, il faut administrer 1'antidote a dose dangereuse (voy. British Med. Joiirn., 1874).
Neanmoins, on arrive a sauver a 1'aide du chloral un animal empoisonne par la strychnine.
Les recherches de Vulpian 1'ont conduit a formuler des conclusions du meme ordre. Suivant cet eminent physiologiste, les doses fortes dc strychnine tuent les animaux malgre le chloral ; mais la periode convulsive est supprimee et la mort survient pendant le sommeil chloralique, ou bien apres le reveil, en raison des alterations causees par le poison tetanisant dans les centres nerveux.
En revanche, lorsque la dose de strychnine ne depasse pas de beaucoup la quantite strictement mortelle de cet alcaloi'de, 1'liydrate de chloral empeche les convulsions ct permct a 1'animal de se retablir : ainsi il evite, grace a cet antidote, d'abord la mort immediate et ensuite celle qui est consecutive et resulte des modifications anatomiques produites par la strychnine dans 1'organisme.
{^'experience cruciale, celle qui consiste a donner a 1'animal gueri du stryehnisme par le chloral la meme quantite de strychnine qu'on avait administree avec 1'antidote, mais sans lui, cette experience demontre parfaitement la valeur du chloral, car les animaux succombent invariablement. En 1880, Nusemann et Kriiger, tout en n'admettantpas I'antagonisme entre le chloral et la strychnine, declarent cependant quo les animaux empoisonnes par 1'alcaloide a dose cinq a six fois plus forte que la dose mortelle peuvent etre sauves par le chloral, ce qui est fort beau.
Le chloral doit etre administre chez les animaux en injection intra-veineuse quand la dose de strychnine est un peu forte. Yulpian se sert d'une solution au quart.
Cet antidote a fait e'galement ses preuves chez 1'homme. Dans un cas cite par Ogilvie \Yill (Etlinhury Med. Journ., 1875), administre par la bouche et en injection sous-cutanee, le chloral a pu sauver la vie a un jeune garcon de
dix-huit ans empoisonne par une dose de strychnine estimee a 20 ou 30 centi grammes.
La meme anne'e (voy. the Lancet, avril), Charteris publiait un autre cas de guerison due egalement a 1'hydrate de chloral. Et depuis cette epoque on a cite d'autres fails J'avorables en Angleterre et en Amerique : Worthington, G. Gray (British Med. Journ., 1880), W.-G. Wilson (Med. and. Surg. Repor ter, Philadelphia, 1880), W.-J. Bull (Boston Med. et Surg. Journ., 1881), Diekmann (1882), etc.
On pourrait, je le crois, facilement constituer une petite statistique de dixcas favorables.
En resume, les anesthesiques d'usage ordinaire : Pother, le chloroforme et le chloral, peuvent rendre de grands services dans l'empoisonnement par la strychnine. Grace a la proprie'te qu'ils possedent de reduire la re'flectivite des parties excilo-motrices des centres nerveux a son minimum, ils empechent on suppriment les convulsions, cause premiere de mort; ils s'opposent a Phyperthermie derives des acces tetaniques et mettent obstacle a la production de ces lesions secondaires graves du strychnisme qui entrainent par elles-raeraes la mort.
Les anesthesiques enfin, supprimant les acces convulsifs, suppriment ipso facto une cause d'alleration profonde du sang par de'faut d'hematose et troubles circulatoires.
Parmi les Irois anesthesiques nommes, je donnerais volontiers la premiere place a 1'hydrate de chloral, en raison des preuves de'ja assez nombreuses qu'il a donnees de son energie antidotiquc.
Traitement de Vem.poisonnem.ent par la strychnine. Apres cette etude minulieuse des contre-poisons et des antidotes, nous sommes en mesure d'aborder avec fruit cette grave question des soins a donner aux personnes cmpoisonnees par la strychnine.
11 ressort, ce me semble, de ce qui precede, qu'on ne saurait compter aucunement sur les contre-poisons, c'est-a-dire sur les medicaments proposes pour neutraliser sur place la strychnine et empecher son absorption. C'est, a mon avis, perdre un temps precieux que de recourir au charbon, a 1'iodure iodure de potassium, au tannin, a 1'eau chlore'e, a Phuile, a 1'essence de tere'benthine, etc.
Tout au plus recommanderai-je de faire ingerer Tune de ces substances avant Parrivee de secours medicaux. Une infusion concentre'e de cafe ou de 1'eau salee, qu'on a toujours sous la main, viendrait a point en attendant la presence du medecin.
Quel est le role de celui-ci? G'est ce que je vais examiner. Si le poison a etc pris par la bouche, ce qui est le cas le plus frequent, et s'il y a lieu d'esperer qu'il est encore dans 1'estomac, 1'indication formelle est de faire vomir au plus vite le patient.
Vomitifs. Avant tout, on essayera des excitants mecaniques qui provoquent ge neralement le vomissement : titillation de la luette et abaissement brusque avec le doigt de la base de la langue.
Puis on fera agir la substance emedque. Mais laquelle? II y acertainement un choix a faire, et je pense qu'on s'adressera avec avantage a 1'ipeca ou au tartre stibie, plutot qu'aux sulfates de cuivre et de zinc. Leur action rapide, violente, sur 1'estomac, leurs effets souvent simultanes sur le tube digestif parviendront.
sans doule a debarrasser les voies digestives du poison qu'elles conliennenl encore.
D'ailleurs ces vomitifs, ainsi que le fait remarqucr le docteur Part, grace au collapsus qu'ils produisent, exercent un certain degre d'antidotisme centre le strychnisme, puisque cet auteur a observe que sur 18 cas de guerison de cet empoisonnement qu'il a recueillis 3 etaient dus aux vomitifs employes seuls (the Lancet, 1861).
Delioux deSavignac a conseille de prescrire 1'association suivante :
grammes.
Poudre d'ipeca 2,00
Tarlre slibie 0,10
ilont 1'action tres-rapide comme evacuant n'est pas moins efficace pour rompre le spasme tetanique.
« Les emetiques, dit-il, doivent entrer en ligne avec les antagonistes physiologiques de la strychnine, et etre comptes, dans 1'intoxication parcel alcalo'ide, aulant comme des modincateurs du systeme uerveux que comme des I'vacuants ».
Le kermes, propose aulrement autrefois par un pharmacien d'Avallon, esl absolument insuffisant.
Quant a Vapomorphine, elle pourrait devenir efficace, si son action etait moins infidele. Ce serait, en tout cas, une ressource extreme, si le patient etait dans rimpossibilite d'avaler, en raison de la dysphagie cause'e par les spasmes. Mais incme alors, comme 1'indique G. Paul, on aurait la faculte d'introduire le vomitif par la narine, suivant le procede de Morel (de Bruxelles), qui consiste a faire dissoudre de 1'emetique dans un demi-verre d'eau et a 1'introtluire par la Marine au moyen d'un cornet de papier servant d'entonnoir. A coup sur, le liquide passe dans le pharynx, 1'cesophage et 1'estomac.
Malheureusemenl, les vomitifs n'agissent pas toujours, quoi qu'on fasse, et 1'estomac ne peut etre vide.
Dans ce cas, il est necessaire de recourir a 1' usage de la pompe stomacale, qui permet de remplir deux excellentes indications : 1'evacuation des matieres contenues dans 1'estomac et le lavage de cet organe.
II est bien evident qu'on emploierait avec profit pour ces lavages une solution neutralisante : tannique, chloruree, ioduree, etc.
Mais 1'absorption du poison s'est faite, le strychnisme est en pleiue evolution : que faut-il faire ?
G'est ici le moment de recourir aux antidotes que j'aienumeres precedemment et dont le choix a une grande importance.
J'ai signale surtout les anesthusiques et, parmi eux, le chloroforme et le chloral, comme les antidotes les plus surs de la strychnine, ceux dont les experiences de laboratoire et la clinique out demontre 1'efficacite.Dans la petite statistique du docteur Part, ils comptentS succes sur 18 cas,et dans la mienne uu plus grand nombre encore.
On les administre largement, graduant les doses suivant 1'intensite des convulsions et continuant leur usage jusqu'a epuisement manifeste deseffets du poison.
L'alcool, le bromure de camphre, le bromure de potassium, meritent egale-
ment 1'attention du medecin, mais jusqu'a nouvel ordre je n'en recommande 1'administration que dans les cas peu graves.
Enfin je ne place qu'en troisieme ligne les opiaces, 1'atropine, le tabac et la feve du Calabar.
Moyens divers. Parmi les moyens medicaux indiques centre le strychnisme, il en est quelques-uns qui ne rentrent pas dans le cadre des contre-poisons ou des antidotes et que le medecin doit connailre : ce sont la saignee, la respiration artificielle et 1'electricite.
Saignee. Yierordt a indique autrefois (1855) que les emissions sanguines retardent les acces du strychnisme, et ses experiences ont ete verifiees recemraent par Delaunay.
Faut-il done compter sur la saignee pour favoriser la soustraction du poison a 1'organisme ; faut-il croire encore que son action depressive s'opposera utilement aux spasmes stryclmiques ?
Non, la saignee ne peut avoir aucune action efiicace contre rempoisonnement strychnique; elle n'eliminerait que des fractions infinitesimales du poison ct favoriserait plutok son absorption ; d'autre part, elle if a qu'une mediocre influence resolutive contre les acces tetaniques, et toute passagere.
Respiration artificielle. Lorsqu'on introduit dans le sang d'un animal, a 1'aide de la respiration artificielle ou par les inhalations d'oxygene, un exces de cet air vital, le nombre des inspirations diminue, la respiration peut meme se suspendre pendant une minute et plus, il semble alors que le besoin de respirer n'existe plus aussi imperieux.
Cet etat particulier, si mal designe sous le nom A'apne'e par Rosenthal, aurait la propriete de diminuer la reflectivile des centres nerveux et, par suite, de s'opposer au developpement des acces convulsifs lors du strychnisme.
Leube et Rosenthal ont, en effet, observe que, lorsqu'on pratique la respira tion artificielle chez un animal empoisonne par la strychnine, les convulsions ne se produisent plus, ou bieu cedent quand elles se sont deja manifestoes.
Les inhalations d'oxygene agiraient de meme, d'apres AnanolT.
Mais ces resultats ont ete contestes par d'autres observateurs : Rossbach et Jochelsobn, enAllemagne, qui refusenta la respiration artificielle toute influence sur les symptomes ou sur la marche de 1'empoisonnement strychnique. Jor.hclsohn a simplement vu parfois la mort plus tardive.
Pas davantage Yulpian n'a pu verifier les observations de Leube et Rosenlhal, mais il admet que la respiration artificielle prolonge la vie des sujets dans certains cas.
J'ai dit deja que, dans ses interessantes experiences avec des doses massives de strychnine, Ch. Richct prolongeait ou entretenait la vie des animaux au moyen de la respiration artificielle, et qu'alors il n'y avail aucune convulsion.
En definitive, il faut admettre que la respiration artificielle met obstacle dans une certaine mesure a 1 'intoxication par la strychnine, et retarde la terminaison fatale ou contribue a 1'empecher.
Telle est 1'opinion generalement admise. On a donne de ce fait de physiologic experimentale une interpretation assez etrange. Suivant Buchheim, 1'apnee n'a d'autre influence sur la marche du strychnisme que celle de 1'ebranlement imprime au sujet. De simples secousses produisent le meme effet, chez les animaux empoisonnes, que la respiration artificielle la mieux conduite (1875).
La \vrie avail fait une remarque analogue des 1856 (Report on the Strychnia, Philadelphia).
Quoi qu'il en soil de son mode d'action, la respiration artiiicielle me parait etre un utile adjuvant dans le traitement de 1'empoisonnement strychnique, et on pourrait 1'employer conciirremment avec les inhalations d'oxygene, si utiles dans les asphyxies. Je conseillerai de la faire aussi doucement que possible, car toute cause d'excitation est nuisible dans le strychnisme. Marshall-Hall voyait ses chiens se retablir plus vite quand il les isolait completement et les preservait de tout ebranlement.
Tracheotomie. Marshall-Hall attribuait au spasme du larynx la mort dans le strychnisme, et il conseillait pour obvier a cet inconvenient d'ouvrir la trachee (1853).
Bernstein doit a cette pratique un succes, public en 1875 (Bohm. Corresp.- Blatt, III).
11 me parait beaucoup plus simple de faire ceder le laryngisme a 1'aide d'un anesthesique. Et puis du reste, quand le danger de 1'asphyxie est conjure, il est d'autres accidents morbides que la tracheotomie est impuissante a ecarter, lesquels sont encore accessibies a 1'action de ces memes anesthesiques.
Electricite. II est de remarque deja ancienne que les courants continus font disparailre les spasmes strychniques, principalcment les courants descendants (Eckhard, Legros et Onimus).
Et d'apres van Deen, Valentin, Plliiger, les decharges d'un appareil niagnetoeleetrique produiraient egalement cet effet.
Toutes ces observations n'ont pas encore recu d'applicalions, et cependant elles sont assez importantes pour encourager de nouvelles recherches.
Voici comment Vulpian decrit les effets des courants continus chez la grenouille strychnisee : si Ton applique 1'electrode negative d'un appareil de GailTe dans la region du bulbe, et qu'on place 1'electrode positive au niveau du renflement crural de la moelle, une convulsion brusque a lieu au moment du contact, puis aussitot une resolution musculaire complete. Lorsqu'on ouvre le courant, il y a de nouveau une brusque convulsion et le tetanos strychnique se reproduit.
111. Usages en medecine et en chirurgie. C'est Magendie qui, le premier, rcchercha les proprietes therapeutiques de la strychnine.
Des 1819, il faisait prendre ce medicament a un vieillard de soixante-sept ans, atteint de debilite musculaire, et notait une certaine amelioration apres quelques jours d'usage.
Bientot 1'alcaloide fut substitue a la noix vomique dans le traitement des paralysies, et employe assez couramment centre cet etat morbide, Les essais onl etc nombreux, et c'est a les resumer dans leurs parties importantes que nous consacrerons les pages qui vont suivre.
A. USAGES EN MEDECINE. MALADIES DU SYSTEME NERVEUX. Paralysies. En commen^ant cette etude des applications therapeutiques de la strychnine par ses usages dans les paralysies, je reste dans 1'ordre historique, tout en m'etablissant sur le terrain des applications rationnelles.
La strychnine, par son action si franche et violente sur le systeme nerveux, peut passer pour un nervin; elle devait a ce titre entrer dans le champ de la pathologic nerveuse, et nous vcnir en aide dans ce denument profond de
remedes appropries aux maladies du cerveau et de la moelle ou se trouvent encore les medecins.
Une foule d'affeclions paralytiques ont ete traitees par la strychnine. Pomplus de facilite dans la description, je diviserai les observations en deux groupes : dans le premier se trouveront les paralysies symplomatiques de lesions des centres nerveux; dans le second les paralysies dites essentielles.
1° Paralysies symplomatiques. Je m'etendrai peu sur le traitement de ces
series de paralysies par la strychnine. Les considerations dans lesquelles je suis
'entre a 1'article Noix VOMIQUE pourraient etre reproduites ici dans des tennes
analogues : j'abregerai done. Aussi bien le medicament n'a-t-il dans 1'espece
qu'une tres-mediocre importance.
Quand le cerveau et la moelle sont leses, quand il y a perte de substance dans ces organes, la strychnine ne saurait evidemment guerir la lesion ou combler une lacunc irreparable. La guerison de la paralysie dans de pareilles conditions est fort problematique. Tout au plus est-on en droit d'altendre une simple amelioration, c'est-a-dirc que la motihte encore existante deviendra meilleure.
Les he'miple'giques par alteration de la substance cerebrale et les paraple'giques qui out une maladie organique de la moelle epiniere ne peuvent done compter beaucoup sur 1'emploi de la strychnine pour recuperer les mouvements perdus. Leur situation s'ameliorera quelquefois, mais la guerison me parait ehez eux impossible.
Des le debut de rexperimealation de la strychnine dans les paralysies symp!omatiques, Andral s'etait convaincu de son impuissance ou meme de sa nocuite. Les observations ulterieures ont confirme cetle maniere de voir.
Je citerai parliculierement celles de Bardsley, de Manchester (1850), 1'auteur d'unbon travail sur ce sujet ; deGendrin (1852), Martin-Solon, Bally (1855), de Koeliler, medecin de laCharite de Berlin (1856), de Petrequin (1840), etc., etc.
A la verite, on a public (Sandras, 1850) quelques cas d'amelioration, mais ils sont rares. Voici, d'ailleurs, divers exemples de ces cas favorables au medicament.
Moreau a rapporte les plus remarquables. Chez trois hemiplegiques atteints dcpuis deux, quatre et liuit ans, il vit le traitement par la strychnine, a la dose quotidienne de 2 a 12 milligrammes, rendre aux mouvemeuts perdus une liberle relative au bout de plusieurs mois (1850).
Fallot a observe un fait du meme ordre, en 1861. Iladministrait la strychnine par la methode endei iniqtie, a la dose de 2 a 5 centigrammes par jour.
Enfin Boullay a obtenu un succes manifeste chez une femme devenue hemiplegique lors d'uue grossesse.
Miquel a de son cole cite (Bull, de therap., t. I, 1851) trois exemples de guerison de paraplegic par la strychnine, et sans autre indication que cette designation generale. Enfin Gourty a gueri par les injections de slryclmine un paraplegique malade depuis un an (Ac. de me'il., oclobre 1865). Ce sont la de bien pauvres arguments en faveur de la methode, d'autant plusqu'a cole deccs resultats favorables, on pourrait citer bien des insucces oumeme des cas d'aggravation de 1'etat paralytique.
Lorsqu'on voudra cependant tenter l'administration de la strychnine dans 1'hemiplegie ou la paraplegic, il faudra choisir les cas anciens plutot que les cas recents, car ceux-ci se trouvent fort mal de Faction du medicament.
On se rappellera encore qu'il prodnit de 1'hyperemie des centres nerveux, el que des lors il est conlre-indique quand les sujets ont naturellemcnt de la stase sanguine dans ces cenlres.
Enfin la strychnine doit etre donnee a dose suffisante pour produire des effets physiologiques marques : secousses musculaires dans les membres et jusque dans les parties paralysees, constriction legere des maehoires, cephalalgie, impressionnabilite, etc. Je reviendrai sui1 cette action speciale un pen plus loin.
Paralijsie infantile. Le cas suivant, que je resume succinctement, serait 1'origine d'une decpuverte importante, s'il venait a s'appuyer stir d'autres observations aussi favorables. Malbeureusement il est a craindre qu'il reslc unique.
II s'agit d'une fillette, agee de six ans, qui avail eu son attaque de paralysie a I'age de neuf mois. Au moment ou commence le traitement, la jambe para lyses est emaciee, raccourcie, et ses muscles ne repondent plus au courant electrique.
Heuberger present simplement les pilules suivantes :
grammes.
Strychnine 0,03
Poudre et extrait de reglisse 2,00
F. s. a. 40 pilules.
a la dose de deux par jour. Au bout de six semaines, le raccourcissement avail diminue de moitie et 1'enfant pouvait marcher (Corresp.-Bl. ('. Schweiz. Aertze, septembre 1878) ! ! J. Simon, Hammond, conseillent eux aussi la medication strychnique centre cette paralysie.
2° Paralyses pe'riphe'riques ou essentielles. G'est dans ce groupe que nous trouvons les cas les plus favorables a 1'emploi dela strychnine; et la remarque d'Andral me semble encore exacle apres plus de soixante annees d'experimentation, a savoir que « les alcaloides de lanoixvomiquc et de la fausse angusture semblent surtout efficaces centre les paralysies dont la cause ne parait pas resider dans une lesion inflammatoire des centres nerveux ».
Paralijsie faciale. L'emploi de la strychnine en injection sous-cutanee a donne quelques bons resullats dans cetle paralysie, alors qu'elle avail une origine rlmmalismale. En dehors de ce cas special, il n'y a pas a compter sur le medicament. La guerison est rapidement obtenue, generalement en quelques jours (Malcorps, de Louvain, 1847 ; Thibeaud, deNanles, \ 857), mais 1'electricite donne des resultats tout aussi satisfaisants et se manie avec plus de securite
Paralijsie diphtheritique. L'emploi de la strychnine me parait ici devoir etre avanlageux. Je recommande done volontiers, comme bonne a imiter, la pratique de Tillier de Sainte-Hermine, qui a prescrit ce medicament a trois malades affeeles de diverses formes de cetle paralysie et les a promplement retablis. D'autres cas favorables ont encore ete publics dans V Union me'dicale de 1860.
Le medicament se prescrit a 1'inlerieur, a la dose croissanlede 5 milligrammes a 1 cenligramme.
Paralysie saturnine. Andral, 1'un des premiers, traita cetle affeclion par les preparations de strychnine, et il constata qu'elles 1'amelioraient ou la guerissaient facilement (1825). Puis vinrent les essais cliniques de Rayer et Lemberl, resumes dans la meilleure etude que nous ayons sur ce sujet, celle
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434 STRYCHNINE (EMI-I.OI MBDICAL).
de Tanquerel des Planches, parue en 1834. Cette etude demontra la reelle efficacite du medicament. Les observations contemporaines ou ulterieures de Bretonneau, Koehler (1836), de Lembert, Raver, Bouillaud, Petrequin, etc., ne firent que confirmer les faits publics par Andral et Tanquerel des Planches; de sorte qu'il devinl avere que c'etait la line des meilleures applications me'dicales de la strychnine. Son action curative est « sure, prompte, puissante », conclut Tanquerel.
On administre le medicament tantot par la bouche, tantot par la methode endermique.
Tanquerel des Planches commencait par donner 6 a 7 milligrammes de strychnine et, augmentant progressivement, atteignit les doses de huit a di>' centigrammes par jour !
On concoit facilement que, sous 1'influence de ces quantities d'alcaloide qui nous paraissent excessives, les effets physiologiques du medicament ne se faisaient guere attendre.
Bientot apres les premieres doses, les sujets ressentaient des contractions spasmodiques dans tout leur etre, puis des secousses musculaires plus ou moms fortes, mais non pas spe'cialement, comme on 1'a dit a tort, dans les parties paralysees (Tanquerel des Planches).
11s eprouvaient de 1'engourdissement et de la constriction dans les machoires, de la raidciir ;i la nuque et a la partie posterieure du con, de la cephalalgie. Quelques-uns avaient de 1'oppression incommode, avec point de cote, puis accusaient une sensation de chaleur vive, de douleur dans les parties malades ; des fourmillements, des picotements douloureux, battements, elancements, tiraillements, crampes, bouillonnement ; d'autres se disaient affectes de co'iques, baillements, pandiculations, somnolence, ivresse legere, transpira tion, etc.
Mais 1'appetit etait augmente et les digestions devenaient meilleures. Lembert et Raver, qui prescrivaient 1'emploi de la strychnine par la methode endermique, augmentaient egalement ses doses jusqu'a production des effets suivants : spasmes legers, tressaillements, mouvements de projection et reiraclion des membres, soubresauls, contractions partielles involontaires ; commo tions brusques et passageres, pre'cedees d'engourdissement, de douleurs, d'elancements, picotements et mouvements vermiculaires dans les membres paralyses.
Au bout de queSques jours de pareils cffets, la volonte avait plus de prise sur les parties paralysees; la sensibilite, la chaleur, augmentaient, et les mouve ments devenaient moins penibles, moins incertains.
Quand 1'excilation medicamenteuse est trop faible, les re'sultats sont nuls : d'oii 1'indicatiou des doses fortes.
Le traitement est malheureusement un peu long et, si la paralysie est eteiidue, il faut compter sur une duree de quatre a six mois et plus.
Je reconnais la puissance de la strychnine centre la paralysie saturnine, mais je n'hesiterais pas a lui prefe'rer 1'electricite, qui m'a plusieurs Ibis admirablement re'ussi dans les cas simples, alors que seuls les extenseurs des doigts etaient atteints. En moins de trois mois, je rendais aux muscles paralyses leur complete motricite, a 1'aide de la faradisation. Je n'ai pas d'experience pour les paralysies plus etendues, mais elles me paraissent a priori justiciables de 1'electricite et du traitement sulfureux, comme les pre'cedeutes.
STRYCHNINE (EJIPLOI MKDICAL). 455
Paralysie de la vessie. Quand cette affection est essentielle, la strychnine reussit bien. II est assez etrange, cependant, que le succes resulte, d'apivs certains auteurs, non pas de 1'administration du medicament a 1'interieur, mais de son injection dans Ja vessie. Ceci ne se comprend plus, car les expe riences de Segalas out niontre que la muqueuse vesicale absorbe fort bien 1'alcaloide. D'ailleurs, le chirurgien Robert, ayant precisement injecte dans un cas de paralysie vesicale une solution de 20 centigrammes de strychnine dans 200 grammes d'eau, determina un empoisonnement des plus serieux, qui le fit renoncer a ses experiences.
Quoi qu'il en soil, Lecluyse s'est bien trouve de cette injection chez un malade, et Jose del Olmo rapporte que cinq injections, avec 0,02 centigrammes de strychnine, rendirent a la vessie d'un vieillard de soixante-treize ans assez d'energie pour qu'il ait pu se passer de sonde.
Ces faits ne sont pas suffisants pour montrer la puissance du medicament dans la paralysie vesicale ; ce ne sont la evidemment que des cas particuliers, et la valeur de la methode reste a demontrer par des faits nouveaux.
Paralysies sensorielles. Nous savons que la strychnine stimule les nerfs de sensibilite speciale : le nerf optique principalement, puis les nerfs olfactifs et le nerf auditif.
Quelques medecins ont pense que cette action excitante pourrait etre utilise'e dans les paralysies essentielles de ces nerfs, et la clinique est venue prouver que leur idee e'tait juste.
C'est ainsi que Ilagen (1875) a traite avec succes la surdite nerveuse par les injections sous-cutanees d'azotate de strychnine re'petees deux fois par semaine, et pratiquees au niveau de 1'apophyse mastoide, et que Molier a gueri un malade affecte' d'anosmie par le badigeonnage des narines avec une solution de strychnine.
D'autre part cette substance est reellernent efficace, ainsi que je le ferai voir bientot dans une etude speciale, centre certaines amblyopies paralytiques.
Paralysies diverges. La strychnine a ete encore appliquee quelquefois au traitement de la Paralysie de la paupiere superieure (Saint-Martin, 1848; Cruveillhier, 1846), et dans les cas de pare'sie des membres infe'rieurs consecutives aux sciatiques rebelles (Rougier. 1842); ces applications n'ont qu'une valeur restreinte.
Mais Vulpian me semble avoir saisi une excellente indication en la conseillant contre Y affaiblissement qui suit le bromisme.
11 a de plus observe que la strychnine avait ameliore 1'etat d'un sujet aftect^ de Paralysie agitante. Ceci me parait important, etant clonne que nous restons a peu pres desarmes devant cette grave maladie.
Deja Trousseau avail eu 1'idee, en 1855, d'appliquer la strychnine au traite ment d'une autre variete de tremblement, celui qui resulte de I'intoxication mercurielle.
Chez un sujet affecte de tremblement mercuriel, il donna progressivemeiU jusqu'a 0,05 centigrammes de strychnine, determina une violente attaque tetanique et guerit son malade en une dizaine de jours, J'avoue que je prefererais a ce moyen violent 1'emploi des bains galvaniques, preconises par C. Paul, tres-efficaces, d'apres les belles recherches denotre savant ami, contre cet accident penible de I'intoxication hydrargyrique.
Choree. L'idee devait naturellement venir a tout medecin d'admioistrer la
456 STRYCHNINE (EMI'LOI MEDICVL).
strychnine aux sujets alfectes de cette nevrose, puisque, deja avant la decouverte de Pelleticr et Gavenlou, la noix vomique etait, ainsi que je 1'ai indique, classee parmi les bons medicaments guerissant la danse de Saint-Guy. Aussi bienle meiite de la priorite n'a-t-il ici aucune importance.
C'est, jc crois, Rollande, medecin a Chateau-Renard, qui publia, en 1831, 1'un des premiers fails de guerison de la choree par la strychnine qu'il administra progressivement a hautcs doses, et jusqu'a 7 centigrammes et demi chez un enfant de douze ans.
Puis vinrent les essais de Trousseau, en 1841, et ceux de Rougier, medecin de Lyon, a la memo epoque.
Les observations de Trousseau se font remarquer par une hardiesse therapcutique etonnantc, car il arriva peu a peu, chez une jcnnefille de dix-septans, a la dose et'l'rayante de 10 centigrammes de strychnine par jour.
Rouuirr allamoins loin,et cependant ses succes furent des plus satisfaisants.
En el'l'i't, dans dix cas de choree, chez de jeunes garcons de six a seize ans, il obtint facilement la guerison dans un espace de temps qui varia de six jours a deux mois. Les plus hautes doses administrees par ce medecin furent de 25 milligrammes.
Elles suffirenl neanmoins pour donner parfois aux jeunes malades un tetanos assez violent. La conclusion generale du medecin lyonnais est que la strychnine « exerce stir cettc maladie une action en quelque sorte specifique; il faut qu'elle soit porlee au point de produire une espeee de tetanos, on du moins d'aug-
menter d'une manic-re sensible 1'energie des mouvements involontaires .»
Apres 1'aggravation des symptomes, constante des les premieies doses, survient une sedation manifeste, et la guerison arrive ensuite rapidemenl.
D'autres observations ont ete rapportees par Lafargue, de Saint-Emilion, 1'auteur trop pen cite des inoculations d'alcaloi'des; par Forget (de Strasbourg) en 1852; par Chevandier, de Die, la meme annee, puis par Bernard (deSaint- Lo), etc., etc.
Movnier a resume dans sa these inaugurate de 1855 les opinions regnantes alors, particuliercment celles de Trousseau, dans le service duquel il observait, et montre quels avantages presente la strychnine dans le traitement de la choree.
Et d'abord quel est le but poursuivi lors de 1'administration du medicament? Pour Movnier, la choree est une nevrose caracterisee par un affaiblissement plus ou moins marque de la faculte reflexe dc la moelle, laquelle aurait de plus ses proprietes vitales amoindries.
Done ellc est justiciable en quelque sorte de la strychnine, qui augmente la reflectivile de la moelle et accroit son energie vitale.
En outre, suivant Movnier, celte substance est stomachique et peut stimuler J'atonie generale de 1'organisme, conslante dans la choree.
Aussi bien la strychnine a-t-elle montre une valeur therapeutique superieure a celle des autres traitements en usage, particulierement la gymnastiquc et les bains sulfurenx.
Tanclis, en effet, qu'i! fallait une moyenne de traitement evaluee a 55 jours pour les lilies, 87 pour les garcons par I'emploi combine de la gymnastique et des bains sulfureux, la strychnine guerissait les filles en 35 et les garcons en 74 jours.
C'est le sirop de strychnine qui etait present aux malades, dose a 5 milli-
par cuilleree a soupe. La regie indiquee par Moynier pour son admi nistration e»t la suivante : « II Unit donncr ce medicament a doses non pas ne'cessairement elevees, mais assez elevees pour produire des roideurs, et il faut y arriver des les premiers jours, car la duree du traitement cst plus grande quand les cnl'ants n'ont pas eu de ces roideurs; la guerison s'obtient encore, mais plus lentement. »
Quant aux doses susceptibles de produire ces roideurs, elles sont en rapport avec 1'idiosyncrasie des sujets.
Je resume mainlenant 1'etat de la question.
La strychnine est certainement un medicament ulile centre la danse de Saint-Guy; elle 1'emporte peut-etre sur les meilleurs modes de trailement connus. Toutefois les benefices qu'elle procure aux malades ne sont pas assez considerables pour qu'on les recherche malgre les dangers de son administra tion. Qu'est-ce, en somme, que cette difference de trois ou quatre jours en moins, alors que Ton compte la duree du traitement par mois?
Vent-on voir maintenant le tableau des accidents a determiner pour avoir gain de cause? Le voici :
Les enfants commencent par eprouver de legeres douleurs dans le cou, dont les muscles sc contractent convulsivement ; les machoires sont un peu serrees et il y a aussi de la constriction du pharynx. Puis les muscles du venire se tendent, les jambes se plient difficilement, les articulations sont comme ankylosees, de sorte que la marche devient impossible, ce qui oblige les sujets a rester etendus.
Alors surviennent les secousses tetaniques, le trismus et un certain degre d'opisthotonos. Les membres thoraciques se fendent dans une pronation forcee, les membres inferieurs sont rigides et 1'excitabilile reflexe est telle qu'au moindre bruit, au plus petit attouchement, il y a des secousses violentes, des soubresauts convulsifs.
La respiration est geriee, difficile, et les levres bleuissent.
Mais 1'intelligence reste nette.
En definitive, nous sommes en plein strychnisme : therapeutique soil, mais voisin de 1'empoisonnement mortel. Un scul pas separe les deux intoxications, et ce pas peut etre franchi. Moynier cite dans sa these un exemple manifeste de mort par la strychnine, qu'il veut bien attribuer complaisamment a la choree elle-meme. L'enfant avail cinq ans; elle prit un jour 25 milligrammes de strychnine en 5 doses espacees et elle fut saisie brusquement par les convulsions apres la derniere dose. Je cite textuellement la iin de 1' observation. « Les machoires sont violemment fermees, la face est pale, les levres cyanose'es et tachees par le sang qui s'ecoule de la langue coupee dans les convulsions. On peut cependant, dans un moment de calme, faire avaler un peu de lait. » Puis elle est reprise de convulsion et meurt brusquement. G'est la, a mon avis, un exemple de strychnisme mortel. En pre'sence de pareils accidents les commentaires me paraissent superflus.
Hammond continue neanmoins d'user de cette methode et assure qu'elle raccourcit la duree du traitement.
Epilepsie. G'est a litre de renseignement historique que j'indique cette application, el non pas pour recommander la strychnine centre la nevrose. Brofferio est sans doute le seul medecin qui ait observe une action curative ou plutot therapeutique de 1'alcaloide dans cette redoutable maladie. 11 empecha,
438 STRYCHNINE (EMPLOI MEDICAI,).
ft la verite, les crises chez un malade pendant six semaines ; mais une attaque survint alors, tellemcnt violente qu'elle causa la mort du sujet.
Ataxie locomotrice. La strychnine ici encore s'est montree impuissanle et dangereuse; je n'insiste pas sur ces fails qui annoncent simplement deux centre-indications du medicament.
Atrophie musculaire. Lorsque cette maladie est symptomatique d'une nevrite, de Cerenville pratique des injections hypodermiques de 1 a 6 milli grammes de chlorhydrate de strychnine, mais seulement apres que la phase irritative est passee, et se loue beaucoup de cette pratique.
Maladies de I'appareil digestif. Comme lous les amers la strychnine passe pour exciter 1'appetit et faciliter la digestion, a dose faible. Celte propriete, sans importance du reste, est contestable.
Mais il est mieux prouve qu'elle stiinule les fibres musculaires de 1'estomac et de 1'intestin, a haute dose au moins ; ces qualites ont ete quclquefois mises a profit centre la constipation (Fort Vidal), la diarrhe'e chronique (Bardsley, 1850) ct la dyspepsie atonique. Toutefois les preparations de noix vomique meritent de lui etre preferees ; elles sont moins dangereuses et tout aussi cfficaccs.
Dans un cas de vomissements habituels chez un alcoolique, Van Drome a present avec succes 1/2 centigramme de strychnine matin et soir. La maladie qui remontait a vingt-cinq ans ceda tres-vite. Get heureux resultat viendrait a 1'appui des idees de Luton sur 1'efficacite de cet actif medicament centre 1'alcoolisme.
D'un autre cote, Garcia Lopes pretend avoir facilite la reduction d'une hernie e'trangle'e au moyen d'un lavement de strychnine dose a 25 milligrammes pour 250 grammes d'eau. Cetle observation est restee jusqu'ici a 1'etat de fait curicux.
Enfin Girard a pense qu'on pourrait moderer ou empecher le gdtisme chex les alienes, ainsi qu'il resulte d'une communication a 1'Academie de medecine, en 1851. Je passe rapidement sur ces usages qui n'ont aucune valeur rigoureusement demontree, pour arriver a une application beaucoup plus importante, appuyee cette fois sur des temoignages irrecusables et multiples.
Chute du rectum. C'est a Foucher que nous devons la vulgarisation de cette utile methode, deduite peut-etre des essaisde Schwartz, lequel considerait la noix vomique comme un spe'cifique contre la chute du rectum. Des 1860, il conseillait de pratiquer des injections de strychnine au niveau de 1'anus pour reme'dier a cette degoutante et facheuse infirmite. Chez une enfant de quatre ans affectee depuis plusieurs mois d'une chute du rectum, deux injections, 1'une de 5 et 1'autre de 7 milligrammes, pratiquees a vingt-quatre heures d'intervalle, suflirent a amener une guerison radicale.
Dolbeau suivit 1'exemple de son collegue et n'eut qu'a s'en louer. 11 obtint meme la reduction definitive a la suite d'une seule injection de 5 milligrammes.
Plus recemment Lorigiola a confirme la valeur des injections de strychnine contre la chute du rectum (1875).
II injecte, suivant la methode de Foucher et Dolbeau, de 44 20 gouttes de la solution suivante, d'apres 1'age :
grammes.
Eau distillee 12,00
Sulfute de strychnine 0,10
Voila, en somme, une bonne et utile application de la strychnine, et cctte fois inoffensive.
La methode est des plus simples. On enfonce la canule de la seringue de Pravaz a 1 centimetre en dehors de 1'orifice anal, a une profondeur d'un 1/2 centimetre environ, et Ton pousse Tinjection. L'operalion est plutot desagreable que douloureuse et se recommande par sa grande innocuite.
Duchaussoy a preconise 1'emploi de la strychnine par la methode endermique. II etablit deux petits vesicatoires a la partie inferieure du sillon interfessier et couvre leur surface mise a nu de 1 a 2 centigrammes de strychnine.
Maladies diverses. Les applications que je vais enumerer brievement sont empiriqucs et manquent a peu pres completement de valenr.
Ame'norrhe'e. Au dire de Bardsley, la strychnine stimule les vaisseaux de 1'uterus et modifie heureusement cet etat assez peu defini.
Ascite. Mac Kie rapporte qu'une negresse affectee d'ascite necessitanl la ponction toutes les deux semaines, e'tant devenue hemiplegique, il lui fit prendre contre cette paralysie de la strychnine a dose croissante. L'hydropisie disparut. Dans un autre cas d'ascite ce remede eut Ic meme succes.
QEsophagisme. Vomissemenls incoerdbles. 11 s'agit ici d'accidents hysteriques, qui cederent a 1'emploi de la strychnine a doses assez elevees (Mathieu, Debauge), administrees par la bouche ou par la methode endermique.
Incontinence d'urine. G'est une maladie difficile a classer que 1'incontinence nocturne d'urine; mais, comme il ne s'agit pas ici de pathologie, je la range ou je peux dans cette etude, pour dire simplement que Kelp la traite par les injections de strychnine a la region sacree et croit a I'efficacite de cetle pratique.
Affections pulmonaires ou cardiaques. Emphyseme pulmonaire. Asthme. Ilomolle a preconise 1'emploi de la poudre de strychnine dans le premier de ces etats morbides, sans doute afin de stimuler les fibres musculaires des bronches et de leur rendre une certaine energie. Deja la noix vomique avail ete donnee dans ce but. Enfin Milner-Fothergill, Lauder-Rrunton, pensent que la strychnine stimule le centre nerveux respiratoire et qu'a ce titre elle peut •devenir ulile dans Yasthme ; dans la bronchite avec expectoration difficile et meme dans la phthisie. L. Brunton conseille particulierement ce medicament aux phthisiques qui suent beaucoup et ont une toux fatigante. Les sueurs disparaissent et la toux est calmee. Enfin M. Fothergill 1'a vue donner de bons effets dans la dilatation du cceur droit.
Alcoolisme. Morey a signale le fait assez singulier d'un ivrogne qui avait pris 1'habitude de prendre de la strychnine a haute dose des qu'il se sentait menace par les accidents de 1'alcoolisme. II parait qu'il resistait tres-bien aux effets toxiques de l'un et 1'autre poison. Gette observation, qui manque malheureusement de details precis, d'une part viendrait a 1'appui des idees de Luton, quiconsidere la strychnine comme le specifique de 1'alcoolisme, et d'autre part •confirmerait 1'antidotisme que nous avons admis de 1'alcool vis-a-vis de la strychnine. Toutefois les experiences de laboratoire n'ont pas demontre que la strychnine conjurait 1'intoxication alcoolique aigue, ce qui prouverait que 1'an tidotisme n'est pas mutuel. Les observations cliniques recueillies par Luton restent seules pour etablir 1'utilite de la strychnine dans 1'alcoolisme chronique, non pas a titre d'antidote, mais comme medicament propre a dissiper les trou bles suscites par 1'alcool.
440 STRYCHNINE (EMPLOI MKUICAI.).
Maladifs iit/'i-ciiciixt'*. Fievre inter miltente. Grimaud (d'Angers) signalail cu 1851 al'Academie des sciences les proprietes febrifuges de la jslrychnine. Et Pearson Nash, mcdecin anglais exercant aux Indes Orientales, confirmait plus tard cette observation. 11 vit ce medicament reussir souvent dans les cas rebelles au quinquina et a 1'arsenic, a la dose de 5 a 4 milligrammes repetee quatre fois par jour.
La strychnine est nn antriputride puissant, comme 1'ont prouve les recherches de Ch. Robin, elle peut a ce litre agir centre la fievre intermiltente, car tous les febrifuges sont antipulrides. D'autre part nous avons vu qu'elle a des effets conslrictifs sur la rate, dont le volume diminue sous son influence, ce qui ajoute encore a ses vertus febrifuges une qualite, puisque cet organe est necessairement hypertrophie dans la fievre intermittente vulgaire de forme chronique.
Cholera. J'ai dit ailleurs que les Hindous se servent de la noix vomique comme remede centre le cholera et lui reconnaissent dc reels avantages curatifs. On comprend done facilement que ce fait d'observation empirique ait amene quelques medecins curopecns a essayer la strychnine contre le terrible mal indien. Elle jouit meme pendant res experiences un instant d'une cerlaine vogue, car on vanta beaucoup trop sa puissance; mais des observations plus rigourcuses firent coder promptemeut cet enthousiusme fort peu scienlifique, de sortc que la strychnine alia bientot rejoindre dans 1'oubli la longue serie des remedes speeifiques anticholeriques, toujours d'une celebrite epliemere.
Lors de la premiere epidemie de cholera en Europe, vers 1851-1852, ce medicament fut employe timidement, bien que Dreyfus eut vante ses bons effets (Acad. de med.}. En 1855, Bonnafont reprit les experiences commencees, s'altaquant aux cas desesperes qu'il avail a soigner en Algeria. II donnait aux maladesde 10 a 25 milligrammes de medicament. Le tiers de cesmalheureuxfut sauve : 5 sur 15.
.Mais c'est surtout pendant les epidemies de 18-49 et 1854 que la strychnine fut largement prescrite aux chole'riques.
Eh bien, il resulte des observations 1'ort nombreuses, recueillies a ces deux epoques, qu'elle n'a d'utilite que contre certains symptomes du cholera, tandis que son influence sur la maladie elle-meme reste tout a fait problemalique.
Kile calme les nausees, les vomissements (Grimaud d'Angers, Potton, etc., 1852), arretc ou modere la diarrhee et facilite dans une certaine mesure la reaction ; mais elle n'est rien moins qu'un specifiifue contre le cholera.
Abeille, qui avail essaye ce medicament dans un assez grand nombre de cas, le recommandait avec beaucoup trop d'enthousiasme au moment de 1 'epidemie de 1854. II s'exprimait devant 1'Academie des sciences en ces termes :
« Au point de vue de la reaction prompte qu'elle entraine dans la periode algide-cyanique, )a strychnine possede done nne valeur qui nous a etonne et qu'aucun autre moyen ne peut egaler. »
Une pareille conclusion ne saurait resulter que d'observations nombreuses et comparatives. Or les lines et les autres fonl defaul dans le Iravail d' Abeille, de sorte que sa maniere de voir n'est nullement justifiee.
D'ailleurs les medecins qui observaient pendant la meme periode avec un esprit moins prevenu n'ont pas ete le moins du monde seduits par les proprietes curatives de la strychnine et declaraient alors qu'elle u'est pas plus efficace contre le cholera que d'autres medicaments moins vantes.
STIiVCIlMKE (EMPLOI MKIUCAL). 441
Sur 31 cas graves traites par la strychnine, G. See a obtenu 12 guerisons; Herard, 5 guerisons seulement sur 15 cas; et d'autres medecins n'ont pas ete mieux favor ises.
Si bien que 1'emploi de la strychnine n'a pas ete repris lors de 1'epidemie
Cette substance ne peut etre en realite qu'un adjuvant dans ie traitement du cholera. Lors de la periode algide, dans les formes graves, elle n'est pas absorbce et n'agit pas plus qu'une poudre inerte.
Les doses formulees dans le traitement du cholera sont de 5 a 50 milli grammes et plus, qu'on administre par la bouche on bien en injections sous la peau. Vernois a essaye sans le moindre resultat 1'injection veineuse chez des choleriques dans le collapsus de la periode algide.
Dyscrasies. La strychnine a ete quelquefois conseillee dans 1'anemie et le diabete.
Anemic. C'est plus particulierement a litre de stomachique, de stimulant de 1'appareil digestif, que ce medicament a ete prescrit chez les anemiques. 11 n'agirait done que secondairement centre 1'hypoglobulie, en excitant 1'appelit et favorisant les digestions.
Diabete. La strychnine a etc preconisee, en 1853, par un medecin ame'ricain, Fricke (de Baltimore), centre cette maladie, et experimentee plus tard par Smart (d'Edimbourg), qui lui atiribuait d'utiles vertus. En cfiet, c'est un excellent medicament antidiabetique, agissant a merveille centre certains symptomes facheux de la dyscrasie : il fait disparaitre la soif, la boulimie et 1'affaiblissement des forces. Bouchardat le prescrit aux sujets debilites et a ceux qui ont de 1'atonie digestive. Jaccoud, qui est tres-partisan aussi de la strych nine dans le diabete, la recommantle egalement comme toni-digestif. Les doses a donner sont de 1 a 3 centigrammes progressivement.
B. USAGES EN OCULISTIQUE. L'application de la strychnine au traitement de certaines affections paralytiques des yeux est des plus heureuses, et bien propre a rehabiliter dans 1'esprit des medecins ce medicament considere generalement comme inutile ou dangereux.
L'emploi de la strychnine en oculistique remonte presque a sa decouverte. Un medecin anglais, Stocker, revendique pour lui la priorite de cette application: loutefois je pense que Bretonneau s'en servil le premier sous forme d'extrait de noix vomique contre I'amblyopie saturnine en 1825; que Shortt, 1'auteur d'un excellent travail clinique paru en 1850 (voy. Edinburgh .lied. Journ., t., XXX IV), prit 1'initiative d'une pratique qui est devenue fort en honneur depuis quelques annees. Liston (1829), Henderson, Middlemore (1850), vinrent apres.
II serait toutefois injuste d'oublier les noms de deux des plus ardents promoteurs de ce medicament : Miquel, le fondateur du Bulletin de therapeittique, qui des 1854 1'appliquait au traitement de I'amaurose et publiait 1'annee suivante les interessants resultals de ses observations, et Petrequin (1858), qui a ecrit un bou article sur ce sujet dans ce memo recueil (voy. t. XV, p. 28 et 286).
Depuis cette epoquejusqu'en 1871, 1'emploi de la strychnine dans lesamblyopies subit diverges fluctuations. Ce medicament etait non pas oublie ou ecarte, mais fort peu employe.
A partir de 1871 ^attention des specialistes fut de nouveau attiree sur lui. et le nombre de ses partisans augmenta beaucoup. C'est aux experiences physio-
442 STRYCHNINE (EMPLOJ MKIUC.VL)
Ingiques qui demontrerent son action stimulante sur 1'ceil sain ou sur 1'ceil malade qu'il faut attribuer ce retour vers la pratique de Stocker et de Miquel.
Cette nouvelle periods est inauguree par les etudes de Nagel, de Chisolms Hull, etc., qui devinrent le point de depart de travaux non moins importants uixquels sc rattachent les noms de Hippel, Haltenhoff, etc., fort bien resumes dims les theses francaises de Paul Coumetou (Paris, 1878) et Veron (1881).
J'ai deja decrit les effcts physiologiques observes du cote des yeux sous I'influence de la strychnine a dose moyenne et je me borne done a les rappeler ici sommairement.
Tout d'abord ce sont des oscillations de 1'iris, puis une dilatation parfois considerable de la pupille au moment des crises tetaniformes.
Suivant Hippel, qui a minutieusement etudie ce sujet, I'acuite visuelle est [>lus grande et le champ de la vision grandit, grace a la stimulation des parties pe'ripkeriques de la retine. Les couleurs rouges et bleues sont rues plus distinctement.
Coumetou a verifie les experiences de Hippel et s'est assure qu'apres 1'injection Miiis-eutanee dequelques milligrammes de strychnine 1'augmentation de 1'acuite visuelle ne dure que quelques minutes, tandis que 1 agrandissement du champ \ isuel et 1'acuite de la vision peripherique persistent encore apres plusieurs jours.
[/accommodation conserve son degre normal et n'est pas influenced par le poison.
Verou a pousse plus avant 1'observalion ; il a eu 1'excellente idee d'examiner le fond de 1'oeil a I'oplithalmoscope pour etudier les effets du strychnisme sur la circulation retinienne.
11 a vu que les faibles doses n'ont aucune action, tandis que les doses fortes •contractent les vaisseaux et produisent 1'anemie papillaire.
Contrairement a Coumetou, qui avaitdu reste pousse moins Join ses recherches, il affirme que 1'acuite visuelle persiste augmentee assez longtemps, et se maintient meme dans ces conditions apres qu'on a cesse les injections de strychnine. Mais une seule injection ne suffit pas a produire cet effet: il en faut plnsieurs.
Des experiences qui precedent il resulte que la strychnine augmente la vision directe, ameliore la vision indirecte et accroitrait meme la faculte d 'accommo dation (Veron).
On pourrait se demander maintenant par quel mecanisme se procluit cette action de la strychnine. Est-ce par action directe sur la retine, ou bien faut-il invoquer un effet plus profond sur les origines du nerf optique, jusque dans la substance cerebrate?
Cette question n'est pas resolue, mais la plupart des auteurs opinent pour 1'action directe sur la retine (Hippel. Haltenhoff, Coumetou, etc.). Je me range volontiers parmi les partisans de cette opinion, tenant compte des effets si remarquables de la strychnine dans les amblyopies fonctionnelles ; mais je conviens qu'il s'agit ici d'une pure hypothese.
Dex indications de la strychnine en oculistique. Puisque cette substance excite 1'acuite visuelle et agrandit le champ de la vision, il est clair qu'elle est surtout indiquee dans les cas d'amblyopie nerveuse ou d'amaurose idiopaihique. En dehors de ce champ pathologique dont les limites sont deja tresetendues, en dehors des paralysies motrices qu'elle ameliore ou guerit, elle ne peut produire aucun effet therapentique bien sur dans les maladies des yeux.
STRYCHNINE (EMPLOI MKDICAL). -i*5
Amblyopies. La strychnine ne s'adresse evidemment pas aux nombreuses affections de ce groupe considerable qui comprend toutes les maladies genant la vision; elle ne doit etre prescrite, je ne saurais trop insister sur ce point, que dans les amblyopies de'rivant d'un trouble fonctionnel ou autre, simple, clu nerf optique et de la retine, c'est-a-dire dans ces cas denommes autrefois •amaurose idiopathique,paratysie du nerf optique on de la retine (Shortt).
La science moilerne reeonnait a merveillc aujourd'hui les lesions importances dunerf optique et de la retine, mais il est des cas ou I'habilete la plus grande de 1'ophthalmologiste ne parvient pas a saisir chez les arablyopiques une lesion de ces parties sensibles de 1'oeil. De la deux subdivisions dans le groupe des amblyopies d'origine nerveuse, comprenant 1'une les maladies avec lesions, 1' autre les affections essentielles.
a. Amblijopies symptomatiques. J'ai rope to deja bien des fois que la strychnine n'cst qu'un agent stimulant. Elle est done impuissante centre les lesions profondes du nerf optique ou de la retine; tout au plus peut-on esperer en pareil cas qu'elle rendra plus puissante 1'action des elements restes sains.
Je crois done fort peu a la guerison de 1'amblyopie resultant d'une alrophie du nerf optique, alors meme que cette atrophie n'a pas son origine dans le cerveau, et je n'admets pas davantage que la strychnine ait pu modifier favorablement une re'tinite atrophique, quelle qu'en ait ete 1'origine, et encore moins la nevrite optique. Plusieurs ophthalmologistes cependantpreconisent la strych nine meme dans ces cas graves et admetlent la possibilite d'une guerison ou d'amelioration tres-grande. Je citerai particulierement Nagel, Haltenhoff, Hippel.
Ce dernier a presents une statistique de 26 ameliorations d'atrophie optique, sur 35 cas, et considere la strychnine comme le remede de cette affection incu rable. Elle empecherait son evolution ulterieure et stimulerait 1'activite fonctionnelle des elements epargnes par la dcgenerescence.
Le medicament, suivant Manhardt, n'est indique qu'apres la disparition de 1'etat aigu, lorsque 1'affection est devenue chronique et que la degenerescence •des elements anatomiques menace.
Les observations faites en France ne sont pas, jusqu'a present, tres-favorables a 1'emploi de la strychnine dans les atrophies optiques. Le plus souvent faction de ce medicament a ete douteuse. Veron ecrit meme qu'elle serait plutot pernicieuse dans 1'atrophie optique progressive.
b. Amblijopies par trouble fonctionnel. Ici la strychnine triomphe veritablement et montre dans toute leur energie ses qualites stimulantes de 1'acuite visuelle. Nagel a done eu raison de dire que c'est « un medicament de grande importance et qu'on ne saurait remplacer ».
On peut, par consequent, 1'administrer avec confiance toutes les fois que 1'amblyopie ne s'accompagne d'aucune lesion du fond de 1'oeil, apparente a rophthalmoscope.
Les cas sont tres-nombreux de cette amblyopie fonctionnelle, qui reeonnait d'ailleurs des causes multiples : les maladies aigues communes, les empoisonnements divers par le plomb, le tabac, 1'alcool, etc. ; 1'anemie, 1'hysterie, les pertes de sang, certains traumatismes de 1'ceil qui ont ebranle violemment 1'organe, etc. II me parait inutile dc citer des fails de guerison: on les trouve partout dans les publications me'dicales periodiques, et j'aborde 1'expose du mode d'emploi de la strychnine en ophthalmologie.
iii STRYCHNINE (EMI-LOI MKIMCAI.).
Tout d'abord on I'administra par la methode endermique. Le derme etait mis a nu, dans la region de la tempe ou du front, et saupoudre de strychnine, a dose variable de 5 milligrammes a -4 centigrammes (Middlemore). Shortt donnait concurremment du mercure a Tinterieur et trouvait a cette association de [tins grands avantages qu'a la strychnine employee seule.
Miquc'l usait de la meme methode endermiqne, mais il mettait sur le derme la pommade suivante, destinee a favoriser 1'ahsorption de la morphine :
grammes.
Pommade epispastique ou au garou 15,00
Cerat de Gulieu 15,00
Strychnine dissoule dans 1'alcool 0,25
soixante centigrammes de ce melange etaient appliques sur une feuille de papier hrouillard pour chaque pansement, et on repetait ce pansement matin et soir.
La proportion de strychnine etait generalement augmentee jusqu'a 50 centi grammes, dans la pommade.
Beaucoup de malades, sous 1'influence du traitement, voyaient eles (Hincelles devant les deux yeux, blanches ou rouges. II i'allait moderer le traitement lorsqu'elles e'laient trop eclalantes.
Ouelques mcdecins ont aussi mis a profit la methode des inoculations imaginee par Lafargue (de Sainl-Emilion). Elle a bien reussi entre les mains de Verlegh, de Breda. Apres avoir fait plusieurs piqures avec une lancette le loiiii du trajet du nerf sus-orbitaire, il introduisait la poudre rnedicamenteuse dans ces piqures. Dans uu cas trente inoculations en cinq seances suffirent a amener la guerison d'une amaurose.
D'autres specialistes ont administre la strychnine par 1'estomac : Griffin, Harlan de Philadelphie, etc., a doses suffisantes pour produire des effets physiologiques.
Gori indique un precede assez simple, mais peu precis, qui consiste a badigeonner la region periorbitaire avec une solution d'azotate de strychnine dans la teinlure d'iode.
Mais la pratique courante, aujourd'hui, est celle des injections sous-cutanees, qu'on fait a la tempe. On commence par 1/2 milligramme pour atteindre successivement 5 a 10 milligrammes. Ges injections peuvent etre prescrites tous les jours et poursuivies une ou plusieurs semaines, suivant la gravite du nial ou la susceptibilite des sujets.
Spaeth etSeamann userent de cettc methode des 1865-1866, reprise ensuite, comme je 1'ai dit, par Nagel, Hippel, Chisolm, Colin, Haltenhoff, Chauvel. Galezowski, de Wecker, Guaita, Maur. Perrin.
Les centre-indications de la strychnine sont ici comme toujours 1'etat plethorique, les affections cerebrales, 1'etat inflammatoire.
Paralysie des nerfs moteurs de Vceil. La strychnine agit puissamment sur les nerfs moteurs de 1'ceil, car on observe les memes secousses ou spasmes convulsifs dans les muscles extrinseques des yeux que dans les muscles des membres. On pouvait done esperer un certain succes de 1'emploi de cet alcaloide dans les paralysies essentielles des nerfs moteurs oculaires.
En effet, la medication strychnique a reussi dans quelques cas. J'en ai dit un mot deja a propos de la chute de la paupiere superieure. J'ajoute que chez un sujet affecte d'une paralysis des troisieme, quatrieme et sixieme paire, sur-
venue a la suite d'un coup de fleuret, Cade, en 1864, obtint la guerison au bout de vingt-cinq jours, grace a 1'emploi combine de 1'electrisation et de la strychnine administree par la methode endermique.
Earth, dans un cas de paralysie du muscle moteur oculaire-externe, survenue a frigore, fit ceder rapidement 1'affection en « instillant », sur le cote externe de 1'oeil malade une solution de strychnine.
Je recommande, a ce propos, d'instiller les solutions de strychnine au cote externe plutot qu'au cote interne de 1'oeil, pour eviter de faire passer le hqnide toxique a travers les points lacrymaux dans les fosses nasules, ou il serait inevitablcment absorbe. Schuler a signale, en effct, un exemple remarquable de cette absorption, d'ou resulta un slrychnisme assez grave.
En definitive, la strychnine pent avoir une certaine efticacite dans les paralysies motrices de 1'ceil; cependant, suivant llaltenhoff, elle serait inlerieure comme action curative a 1'electricite.
Emploi contre la mydriase. Cette application, sans la moindre portee, a ete proposee par Frommiiller et Rulogez, d'apres cette rcmarque que dans le strychnisme on note des secousses comme tetaniques de I'iris. L'escrine et la pilocarpine surtout sont des agents beaucoup plus surs et moins dangereux, qui retrecissent a merveille le champ pupillaire.
IV. Matiere medicale et posologie- On utilise en medecine la strychnine et quelques-uns de ses sels.
Je rappelle ici que cet alcalo'ide de quelques stryclmos, assez abondant dans la feve de Saint-Ignace, moins abondant dans la noix vomique, se presente sous forme d'une poiulre blanche, en cristaux octaedriques a base rectangle, ou prismatiques, quadrilateres, termines par des pyramides a quatre faces (Pelletier et Gaventou), d'une amertume excessive et sans aucune odeur.
Les auteurs de sa decouverte affirment que 1'eau froide la dissout a pcine : 15 milligrammes pour 100 grammes d'eau a 10 degres, mais que 1'eau chaude la dissout mieux : 4 centigrammes pour 1 00 grammes d'eau bouillante.
Le Codex dit au contraire qu'elle est insoluble dans ce vehicule et dans 1'alcool absolu, mais qu'elle se dissout bien dans 1'alcool ordinaire : 1 : 24.
La strychnine se combine avec les acides sulfurique, chlorhydrique, acetique, azotique, phosphorique, oxalique, etc., pour former des sels parfaitement defmis, solubles dans 1'eau et qu'on pourrait utiliseren medecine; avec 1'acide camphorique pour former un camphorate de strychnine, propose par Pavesi pour les usages medicaux, mais inusite encore. Toutefois c'est presque uniquement le sulfate de strychnine que Ton prescrit ; c'est le sel officinal en France. II est neutre, cristallise, soluble dans 10 parties d'eau froide, et renferme plus de 90 pour 100 de strychnine, suivant Pelletier et Cavenfou, 75,9 d'apres le Codex. Les chlorhydrate et nitrate sont neutres egalement et plus solubles encore, ce qui pourrait les faire rechercher pour les injections hypodermiques; ils renferment aussi plus de strychnine que le sulfate.
La strychnine s'administre a I'interieur en poudre, pilules, granules, potion, sirop, solution alcoolique, et ses sels en sirop ou surtout en injection souscutanee.
Pour les usages externes, on la prescrit en collyres, pommades, liniment.
Poudre. On 1'associe a une poudre inerte : sucre ordinaire, sucre de
lait, etc. Cetle preparation n'est pas satisfaisante, vu 1'insolubilite considerable do 1'alealoide. On ne sail jamais au juste ce que le maladc peut absorber d'une parcille poudre.
Pilules. Magendie recoramandait les suivantes a la dose de 1-2 matin et soir :
grammes.
Strychnine bien pure (2 grains). 0,10
Conserve do cynorrhodon (1/2 gros). 2,00
F. s. a. 21 pilules argenlee?
Furnari prescrivait centre 1'amaurose :
centigr.
Strychnine , 10
I'Atrait cle valeriaue Q. S.
Pour 3:2 pilules.
I ne d'aliord le matin, puts matin et soir.
Granules. On les prepare com me ceux de digitaline et d'apres I£ formule qui suit, donnee par le Cude.r .-
grammes.
Sinchnine 0,10
Sucre ile lait pulverise 4,00
i.nMiine araliique pulverisee 0,90
Sirop de miel Q.S.
Ges substances sont bien melangees et triture'es, puis on divise la masse en cent granules qui seront argentes. Chaque granule renferme 1; milligramme de substance active.
Les pilules et granules n'ont qu'une action lente et incertaine parce que les sues digestifs ne les attaquent pas toujours; mais ces preparations protegent le patient centre 1'amertume abominable de la strychnine : voila leur seul merite.
Potion. La formule suivante est donnee par Magendie ; mais je dois dire que ce mode d'administration est inusite :
gramme?.
Eaudistillee 30,00
Strychnine pure 0,05
Suere blanc 12,00
Aci Jo aeetique II gouttes.
A prendre par cuilleree a cafe, en plusieurs jours.
Sirop. Autrefois tres-employe, il a servi a toutes les recherches cliniques de Trousseau. La strychnine etant insoluble, on emploie son sulfate. La formule de cet eminent therapeutiste est la suivante :
grammes.
Sulfate de strychnine 0,05
Sirop de sucre 96,00
Eau distillee 4,00
Faire dissoudre le sel dans 1'eau et ajouter cette solution au sirop de sucre. Chaque cuilleree de ce sirop renferme 1 centigramme de principe actif, dose forte, — trop forte suivant Reveil, qui proposait 500 grammes de v^hicule pour la meme dose de strychnine.
Alcoole. La strychnine est assez soluble dans 1'alcool ordinaire : on peut done preparer facilement la teinture suivante, qui s'administre a la dose de 6 a 20 gouttes par jour :
STRYCHNINE (KMPLOI MKDICAL). 447
grammes.
Alcool a 56° ' . . . 32,00
Strychnine 0,15
Injection hypodennique . Elle remplace avec avanlage les inoculations tie •ychnine, d'apres la methode imaginee par Lafargue (de Saint-Emilion).
strych
grammes.
Eau distillce 10,00
Sulfate neutre de strychnine 0,10
Cette solution, au 1001', permet de doser facilemcnt Ic medicament a 1'aule de la seringue de Pravaz. Celle-ci ayant gene'ralement une capacite dc i centi metre cube on de 1 gramme d'eau contiendra done 1 centigramme de sulfate de strychnine.
Les physiologistes emploient generalement pour leurs experiences les chlorhydrate, acetate ou nitrate de strychnine, en injection sous-cutanee, lesquels contiennent 83 et 84- pour 100 de strychnine.
Preparations pour lusage externe. Elles consistent en collyres, pommados, liniment.
Collyre. Henderson s'est servi de cette formule dans 1'amaurose :
grammes.
Strychnine 0,10
Acide acetique etendu 4,00
Eau distillee 3:2,00
Pommades. Voici quelques formules :
grammes.
1° Slrychnine 1
Axonge 50
Sandras preconise, a tort suivant moi, celte pommade en frictions sur ie> membres paralyses. Elle est evidemment inactive ou peu active.
grammes.
2° Nitrate de strychnine 0,10
Axonge 8,00
Cette derniere preparation serait excellente, en frictions sur la colonne vertebrale, contre la goutte anomale, suivant \Vendt : assertion toute gratuite.
Liniment. La formule suivante a etc preconisee par Furnari dans 1'amaurose torpide :
grammes.
Huile d'olive 120,00
Ammoniaque liquide 8,00
Baume de Fioravanti 15,00
Strychnine 0,50
On frictionne le front et les tempes avec ce melange.
Toutes ces preparations, pour 1'usage externe, n'ont que des effets ineertains sur lesquels il ne faut guere compter : aussi bien sont-elles fort peu utiliseespar les therapeutistes aujourd'hui.
Substances incompatibles. II est indique de ne jamais associer dans une potion la strychnine ou ses sels a I'ioclure ou au bromure de potassium, au chlorure de sodium, au tannin, a 1'acide gallique, etc., car il pent se former
448 STRYCHNINE (EMPLOI MKDICAL).
par double decomposition un sel de strychnine insoluble qui tombe au fond du ilacon, de soite que le malade risque ou de ne pas prendre son medicament, s'il respccte le depot, ou bien de 1'avaler tout d'un coup, s'il acheve sa potion (Lyons), auquel cas il pent en re'sulter des accidents toxiques.
Synergiques. La noix vomique, la fausse anguslure on ecorce du voraiquier, la feve de Saint-Ignacs, 1'upas tieute, le bois decouleuvre, le Hoang-nan. sont evidemment les vrais synergiques de la strychnine. Get alcaloide se trouve du reste en quantite notable dans ces produits des Strychnos mix vomica, S. Ignalii, S. Tieute, Str. Colubrina, S. Javanica.
D'autre part la Brucine et Vlgasurine, les deux autres alcalo'ides de la noix vomique, out une action pharmacodynamique absolument semblable a celle de la strychnine, mais beaucoup moins energique. La similitude serait complete pour la brucine chez les animaux a sang chaud, avec celte difference que sa toxicite serait 50-38 fois plus f'aible, mais moins absolue, a-l-on dit, chez la grenouille (von \Vittich et Wintzenried), ce qui ne me parait pas demontre. .le ne parlerai pas autrement de 1'igasurine, dont 1'existence est conlestee.
Doses. Voies d' introduction. Jenepuisici, apres les details qui precedent, qu'indiquer les doses en general. Celles-ci different suivant 1'affection, 1'age, 1'idiosyncrasie ; suivant 1'etat atmospherique (Tanquerel des Planches affirme une action plus intense du medicament quand le temps est chaud et sec que par le froid et I'humidite), etc. Quand done j 'aura i dit qu'elles varient de quelques milligrammes a quelques centigrammes : !-5-i ct plus quand il y a tolerance, je n'aurai exprime qu'une banalite. Tous les observateurs sont d'accord stir ce fait que les effets tlierapeutiques de la strychnine ne s'obtiennent qu'a la condition de determiner un leger strychnisme : on devra done s'attacher a atteindre cette limite par 1'administration de doses progressivement augmentees, lesquelles produisent re'ellement la tolerance. II est d'ailleurs une condition qui fait varier beaucoup le dosage, c'est la voie d'introduction du medicament. Je m'arrete un instant sur cette question interessante.
Les voies d'introduction de la strychnine sont chex 1'homme 1'estomac, le rectum, le tissu cellulaire sous-cutane et la surface du derme.
Chez les animaux, il faudrait y ajouter la bouche, les voies pulmonaires, les sereuses et le sysleme vasculaire, mais je n'ai pas a m'occuper d'eux ici.
Or 1' absorption est variable suivant chacune de ces voies. Lenle par 1'estomac, elle est plus rapide par le rectum et la surface du derme, et tres-rapide enfin apres 1'injection sous-cutanee, quoique Kennard ait soutenu le contraire, c'est-a-dire que 1'injection sous-cutaneV, n'agissait que faiblement (the Medical Press and Circul., octobre 1872). Ceci peutetre vrai chez les lapins, comme 1'a observe Jochelsolm, mais n'est plus exact chez 1'homme.
En resume, on commencera 1'usage de la stiychnine par des doses faibles chez 1'adulte, tres-faibles chez Fenlant, quelques milligrammes de part et d'autre, car on a vu la mort resuller d'une dose de 7> centigrammes donuee d'emblee, et Ton augmentera progressivement jusqu'a production d'effets toxiques legers : cephalalgie, acceleration du pouls. constriction legere de la gorge et des machoires, tressaillements musculaires, etc. Alors il faudra s'arreter, ne pas aller plus loin, a moins d'accoutumance.
Je ne crois pas beaucoup a 1'action dite cumulative de la strychnine, a la condition de la donner en solution ou bien en injection hypodcrmique ; je ne crois pas davantage a cette explosion brusque d'un strychnisme intense, a la
STRYCHNINE (BIBI.IOSRAPHIE). 449
condition d'augmenter les doses graduellement et quand les votes d'elimination sont permeables.
Lorsqu'on a depasse le but, quand les sujets sont trop ibrtement impressionnes, alors il est indique de recourir a quelque medicament anlagoniste. .le recommande pariiculierement 1'alcool et DOS anesthesiques ordinaires : 1'ether, le chloroforms ou le chloral. ERNEST LADBKE.
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