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si KM IIMOI F (ACIDE). En traitant la strychnine parun melange de chlo rate de potasse et d'acide sulfurique, onobtient, d'apres M. Housseau, un acide qui a recu le nom d'acide strychnique. Get acide, qui ne serait que le produit d'une action oxydante sur la strychnine, se presente sous la 1'orme d'aiguilles cristallines, minces, incolorcs, a la fois acides et ameres ; il est fort soluble dans 1'eau etpeu soluble dans 1'alcool, il n'est pas volatil, et forme des sels cristallises en se combinant avec ccrtaines bases (Rousseau, Journ. de chim. medic. (3), t. X, p. 1). MALA.GUTI.
STRICHXOS. VOIJ. VoMIQUIER.
Rapaces nocturnes (voy. OISEAUX, p. 719).
STUART (ALEXANDER). Medecin anglais; vivait a Londres dans la premiere moitie du dix-huitieme siecle. II est 1'auteur de plusieurs memoires sur la struc ture des muscles, 1'action musculaire et 1'existence d'uu fluide nerveux. 11 etait membre de la Societe royale. Nous citerons de lui :
I. Account of some Water-spouts observed in the Mediterranean. In Philosoph. Transact., t. IV, p. 647, 1702. - - II. Disserlatio de structura et molu musculorum. Leyde, 171 1, in-4"; Bordeaux, 1737, in-12°; Londres, 1758, in-4". — III. On the Use of the Bile in the Animal Oeconomy from an Observation on a Wound in the Gall Bladder. In Philosoph. Transact., Abridg. Vlt, p. 407, 1730. — IV. Experiments to prove the Existence of a Fluid
452 STUPAN (LEs).
in the Nerves. Ibid., p. 550. — V. On t/ie Use of the Bile in the Animal Oeconomy. Ibid., p. 577. — VI- Of a While Liquor like Milk separating from Blood instead of Ordinary Seru?n. Ibid., 1756, Abridg. VIII, p. 79. — VII. On an Obstruction of the Biliary Ducts. Ibid., 1738, p. 23'2. — VHI. Discoveries and Improvements in Anatomy and Surgery. Londres, 1758, in-8". — IX. Three Croonian Lectures on Muscular Motion, read before the Royal Society. Londres, 1739, in-4°. A. D.
STt'BBES (HENRY). Medecin anglais, ne a Partney, dans le Lincolnshire, le 28 fevrier 1631, devint membre du College du Christ, dans 1'Universite d'Oxford, et en 1657 sous-bibliolhecaire de Bodley. Trois ans apres, il fut declare dechu de tous ses litres et alia exercer son art a Staford, mais peu apres, lors de la restauration de Charles II, il se sauvaa la Jamaique, ou il pratiqua avec succes. De re tour en Angletcrre, il se fixa a Warwick, mais 1'intemperance de son langage et de ses ecrits I'empecha d'arriver aux honneurs qu'il briguait. II mournt le 12 juillet 1676, laissant divers ouvrages parrai lesquels celui sur la saignee est le plus remarquable. En voici les litres :
I. ilf Chocolate. London, [6G1, in-8°. — II. Miraculous Conformist, or an Account of Several Marvelous (hires performed by the Stroaking of lite Hands of V. Greatrake. London, 1666, in-4°. — III. Specimen of Animadversions upon the History of the Royal Society. London, 1010, in-4°. - - IV. Campanella revived, or an Inquiry into t/ie History of the i:»ii/i> Society. London, 1670, in-4". — V. Plus ultra reduced to non plus, etc. London, UiTO, in-4°. — VI. A Reply to the Letter written to H. Stubbes in Defence of the History of the Royal Society. Lonchn, 1671, in-4°. — VII. Preface against Eubulus. London, 1671, jn-4«. — Mil. Epistolary Discourse concerning Phlebotomy. London, 1671, in-4°.
STl'PAX (LES). De leur nom latinise STCPANCS. Famille de medeciiis suisses. iNous citerons :
Stupan (BEUNADI.N). Exercait la medecine a la fiu du quinzieme et au commencement du seizieme siecle, a Coire, dans le pays des Grisons. A celte epoque, c'e'taient des raarchands juifs ambulants qui faisaient le metier de 'Tuerisseurs dans ce pays montagneux et deshe'rite. D'apres Meyer-Ahrens, Stupan est le seul medecin Chretien qui soil menliomie comme ayant pratique alors dans cette contre'e. Ardiiser, dans sa Biographic de la Confederation suisse (1598), en parle comme d'uu « philosophe et docteur en medecine des plus remarquables ». Sa science, celebree au loin, et les cures heureuses qu'onlui atlribuait, lui firent accorder paries trois Elats confe'de're's un salaire annuel « magnitique ». Slupaii mourut en 1527.
Stupan (ANTON). Ne dans le pays des Grisons, mort a Bale en 1551, a fait des additions au Dispensaire de Mirepsus.
Stupan (JoHANN-NicoiAUs) . Vint au monde a Pontrasin, dans les Grisons, le 11 decembre 1542. 11 lut de bonne heure envoye aux ecoles de Bale, ouil etudia avec ardeur la medecine et soutint sa dissertation inaugurale sous la presidence de Zwinger, en 1569. L'Lniversite, qui avail parfaitement apprecie ses talents, le retint par la promcsse de lui dormer la premiere chaire vacante. et lui contia en effet celle de logique en 1575; en 1589, il succeda a sonmaitre Zwinger dans la chaire de medecine. 11 se distingua par son enseignement et succomb.i le 11 aout 1621. Ses ouvrages out pour litres :
I. Ora'iode Cceln Secindi Curionis vila]et obitio. Basileae, 1570, in-4°. —II. De /i"/>'metri jabrica et usu. Basileae, 1577, in-iol. — III. Theses de morbo cjnsque differentiis
STUPEFIANTS.
in genere. Basileae, 1592, in-4°. — IV. Theses de vera et genuina cei-ebri structiira. Basileae, 1594, in-4°. — V. Theses de variolis et morbillis. Basileae, 1596, in-4°. — VI. Medicina theorica in theses contracta. Basileae, 1614, in-4°. L- "N-
Stupan (EMMANUEL). Fils du precedent, naquit a Bale, en 1587, et comme son pere pratiqua et enseigna la medecine dans cette ville. II mourut a Bale en 1664.
Stupan a publie, avec des annotations ou des additions, le Dictionnaire de Caslelli, le Systema art is medicinalis de Riolan, et les Institutions de medecine de Fuchs. On connait encore de lui :
I. Aphorixmorum Hippocratis enrtrrationes ct commentaria. Basileae, 1615, in-8°. — II. Prcelnquium in professionem medicam pro Hippocratis ntedicina. Basileae, 1615, in-4°. — III. Oratio de vita et obitu Gasp. Bauhini. Basileae, 1625, in-4°. L. 11s.
Stupan (JoHANN-BoDOLPii). Medecin et membre du Grand Conseil de Bale, est connu par les ouvrages suivants :
I. Diss. de sublimi dicendi genere. Basileae, 1741, in-4°. — II. Observationespliilosophicae de oratione. Basileae, 1 743, iri-4°. — III. Diss. de lardialgia spasmodica cum ictero altcrnante. Basileae, 1748, in-4°. — IV. Specimen miscellaneum anatomico-botanicitiii. Basileae, 1749, in-4°. — V. Diss. de vena portarum. Basileae, 1752, iu-4°. L. UN.
On donne ce nom a un groupe tres-heterog&ne de medi caments et de poisons (ce qui est tout un) que reunit la propriete commune, quand leur action est poussee suffisamment loin, de produire la narcose cerebrale, c'est-a-dire de suspendre plus ou moins completement 1'activite du cerveau. Est-il bien utile de maintenir ce faisceau pharmacologique qui contient sous un lien commun des choses aussi disparates? Quelle lumiere utile peuton retirer d'un groupement qui place sous une memo etiquette 1'opium, les solanees vireuses, les cigues, les cyaniques, les others, les alcools, etc. ? Je ne vois pas, pour mon compte, qu'il y ait a tirer beaucoup de fruit de ces gene ralisations forcees qui sont habituellement conduites a meltre dans un relief exagere les similitudes, et a emousser les dissemblances, jeu d'esprit un peu pueril dont le profit n'apparait pas. En dehors, du reste, de la stupefaction anesthesique par les insensibilisants, la narcose medicamenteuse n'a jamais un but therapeutique, c'est 1'expression d'un empoisonnement par des doses exagerees, etil importe beaucoup moins de la faire naitre que de la combattre. On n'a qu'a lire 1'article NARCOTIQUES que Ilirtz a ecrit dans le Dictionnaire de medecine et de chirurgie pratiques (1877, t. XXIII, p. 392) pour so, convaincre, par la gene qu'un pareil sujet imposait a cet excellent esprit, qu'il s'agit la d'un groupement artificiel et qui n'a vraiment pas sa raison d'etre. J'ai montre a 1'article ANTISPASMODIQUES que ces substances si diverses peuvent etre distraites de la medication stupefiante et constituent un groupe tres-naturel que j'ai propose d'appeler le groupe des stupe'fiants diffusibles (Me'moire sur la consti tution du groupe therapeutique des stupefiants diffusibles et sur la ne'cessite d1 y faire entrer toutes les substances dites antispasmodiques. Archives ge'ne'r. de me'd., 1857. — Voy. aussi 1'article ANTISPASMODIQUES de ce Dictionnaire, 1866, lre serie, t. V, p. 412). Ce demembrement opere, que reste-t-il ? Des individualites pharmacologiques telles que 1'opium, les cigues, 1'aconit, les solanees vireuses, etc., qui different certainement plus entre elles qu'eiles ne se ressemblent, qui out leur action physiologique propre et leur cercle particulier d'indications, et qui, de meme que les mots dont parle Boileau, hurlent un peu de se
45i STUPEUR. STUPIDITE.
voir accouplees. Ce n'est pas un signe de toxicite, si ce n'est d'agonie, la stupefac tion cerebrale, qui peut etablir entre tous ces medicaments le lien d'une parente therapeutique; d'ailleurs il est loin d'apparaitre comme le terme constant de 1'action exage'ree de chacun d'eux. Nous avons traite des antispasmodiques; les hypnotiques ou somniferes viendront a leur place ; les anesthesiques ont fait 1'objet d'un article etendu ; le narcotisme toxique a ete etudie a 1'article OPIUM (2C serie, t. XVI, p. 156): aussi, renvoyant le lecteur aces divers articles, nous nous dispenserons d'insister davantage sur ce groupe pharmacologique qui est tres-discordant et tres-artificiel.
Quant au traitement de la stupefaction narcotique, nous 1'avons etudie dans la partie toxicologique de 1'article OPIUM (voy. ce mot), et il nous suffira d& rappeler ici que le cafe a hautes doses, 1'excitation de la peau par les affusions froides, la flagellation, 1'urtication, les courants faradiques et, par-dessus tout, 1'etablissement de la respiration artificielle paries precedes mecaniques que Ton oppose a 1'asphyxie par submersion, constituent la serie des moyens que reclame 1'action toxique des stupefiants. Le cerveau une fois soustraita cette absorption qnine peut se prolonger sans amener 1'encbainement des fonclions indispeusables a la vie, de la respiration et circulation, reste la maladie toxique dontla forme est en rapport avec la nature du narcotique qui a enchaine la vie cere brale et avec les aptitudes reactives du sujet et qui peut, a ce double litre,, faire surgir les indications les plus variees. F.
STUPEIR. STUPIDITY. En patbologie mentale, on entend par stupeur ou stupidite un etat de concentration, d'immobiliteet de mutisme avec absence, reelle ou apparente, d'activite mentale.
HISTORIQUE. L'etat pathologique que nous venons de detinir par ses caractercs principaux etait connu des la plus haute antiquite et a ete decrit par les medecins sous des noms divers. Mais les Grecs, par le terme de uuowi;, les Latins et les medecins des seizieme, dix-septieme et dix-huitieme siecles, par ceux de mentis consternatio, d' hebetude, de stupiditas, etc., entendaient des etats tres-divers, clans lesquels se confondaient la stupeur propremeut dite, la melancolie sombre, rimbe'cillite, etc. Meme les grands alie'nistes du commen cement de ce siecle n'avaient que des notions vagues et incompletes sur la nature de la stupeur et les conditions dans lesquelles elle se produit. Ainsi Pinel, dans son Traite medico-philosophique de I' alienation ttientale (1809), ne la distingue pas de 1'idiotisme, et cependant il en donne une description dont nous devons reconnaitre 1'exactilude. Dans un paragraphe intitule : Sorte d'idiotisme produit par des affections vives et inattendues, il indique les causes de la stupidite. « Certaines personnes, doue'es d'une sensibilite extreme, peuvent, dit-il, recevoir une commotion si profonde par une affection vive et brusque, que toutes les fonctions morales en sont comme suspendues ou obliterees : une joie excessive, comme une forte frayeur, peut produire ce pbenomene si inexplicable ». Et plus loin : « Les alfections vives et inattendues produisent aussi quelquefois sur de jeunes personnes du sexe un etat d'idio tisme, surtout lorsqu'elles ont lieu a 1'epoque de Tecoulenient periodique, et qu'il enresulte line suppression brusque ». A 1'appui de ces assertions, Pinel cite plusieurs exemples qu'il n'est pas sans interet de reproduire : « Un artilleur, Tan II de la Republique, propose au Comite de salut public le projet d'un canon de nouvelle invention, dont les effets doivent etre terribles ; on en ordonne
pour un certain jour 1'essai a Meudon, et Robespierre ecrit a son inventeur une leltre si encourageante, que celui-ci reste comme immobile a cette lecture, et qu'il est bientot envoyc a Bicetre dans un etat complet d'idiotisme. A la meme epoque, deux jeunes re'quisitionnaires partent pour 1'armee, et dans une action sanglante un d'entre eux est tue d'un coup de feu a cote de son frere, 1'autre reste immobile et comme une statue a ce spectacle. Quelques jours apres on le fait ramener dans cet etat a la maison paternelle; son arrivee fait la meme impression sur un troisieme fils de la meme famille ; la nouvelle de la mort d'un de ses freres, et 1'alienation de 1'autre, le jettent dans une telle conster nation et une telle stupeur, que rien ne realisait mieux cette immobilile glacee d'elfroi qu'ont peinte tant de poetes anciens et modernes » (loc. cit., p. 184).
Outre les causes morales violentes, Pincl admettait comme produisant frequemment la stupeur 1'affaiblissement physique consecutif au traitement tres-actif par les saignees, Jes bains et les douches, qu'on faisait suivre de son temps a tous les alienes, quels qu'ils fussent, avant de les envoyera Bicetre. « Un grand nombre, dit-il, arrivait dans un etat de faiblesse, d'atonie et de stupeur, au point que plusieurs succombaient quelques jours apres leur arrivee; certains reprenaient leurs facultes intellecluelles par le retablissement gradue des forces; d'autres eprouvaient desrechutes dans lasaison deschaleurs; quelquesuns, surtout dans la jeunesse, apres avoir reste plusieurs mois, on meme des annees entieres, dans un idiotisme absolu, tombaient dans une sorte d'acces de manie qui durait vingt, vingt-cinq ou trente jours, et auquel succedait le reta blissement de la raison, par une sorte de reaction interne » (ib.t p. 186).
Sur cette question, Esquirol se separa de son maitre. II donna d'abord au mot idiotic sa veritable signification, puis, separant neltement de cet etat mental tous les faits de stupeur que Pinel avail confondus avec lui, il crut devoir les faire entrer dans la demence et crea meme pour eux une varie'te speciale de cette espece morbide : la demence aigue. Voici comment il s'exprime sur ce point dans son article DEMENCE du Dictionnaire en GO vol. (Paris, 1814, p. 292) :
a Demence aigue. Cette demence vient a la suite d'ecarts passagers de regime, d'une tievre, d'une hemorrhagie, d'une metastase, de la suppression d'une evacuation habituelle, du traitement debilitant de la manie.
« On la guerit facilement a 1'aide du regime, des toniques : les frictions, 1'exercice du cheval, les bains de riviere, le quinquina, le muse, la valeriane, sont generalement utiles.
« On la guerit en retablissant 1'evacuation supprimee, en rappelant a son premier siege 1'affection primitive deplacee. Quelquefois elle se termine heureusementpar une explosion de manie aigue, qui alors devient critique ».
Lorsqu'en 1838 Esquirol publia son ouvrage sur les maladies mentales, il se contenta de reproduire les quelques lignes precedentes en les faisant suivre de 1'hisloire d'une malade atteinte de ce qu'il appelle la demence aigue et qu'il guerit par 1'application du cautere actuel a la nuque. Et cependant des auteurs distingues, eleves d'Esquirol, avaient dans 1'intervalle etudie tout particulierement la stupeur et place la question a son veritable point de vue.
Le premier de ces auteurs est Georget qui, en 1820, dans son ouvrage sur la Folie, separe nettement la stupidite des autres formes d'alie'nation mentale et la definit une « absence accidentelle de la manifestation de la pensee, soil que le malade n'ait pas d'ide'es, ou qu'il ne puisse les exprimer ». II cite les observations de deux malades qui, toutes deux, ont rendu compte apres gue-
rison de ce qu'ellos avaient ressenti : la premiere « ne pensait a rien ; quand on lui parlait, elle ne retenait que le premier mot de la phrase et n'avait pas la force de repondre » ; 1'autre « entendait bien les questions qu'on lui adressait, mais ses idees venaient en si grand nombre et si confusement qu'il lui etait impossible d'en rendre aucune » (De la folie. Paris, 1820, p. 115).
Etoc-Demazy, dans son travail sur la Stupidite conside're'e chez les alienes, publie en 1833, se range a 1'avis de Georget pour ce qui concerne la nature de cet etal mental. Comme lui, il pense que la stupeur est caracterisee par la suspension ou 1'embarras de 1'intelligence, mais il se separe de lui en ce qu'il ne la considere pas comme un genre particulier d'alienation mentale, mais comme une complication de la manie et de la monomanie.
Etoc-Demazy, dans son memoire, n'etudie pas seulement la question au point de vue clinique : il recherche aussi quelles sont les lesions anatomiques de la stupidite, et il croit les trouver dans I'cedeme des hemispheres cerebraux, 1'aplatissement des circonvolutions et la tension de la dure-mere, Ces conclusions, basees sur quatre observations avec autopsic, ont etc acceptees par plusieurs auteurs, enlre autres Guislain et Ferrus.
Ferrus, dans son cours sur les maladies mentales publie en 1858 dans la Gazette des hopitau.r, suit 1'opinion de Georget et d'Etoc-Demazy sur 1'etat intellectuel des alienes atteints de stupeur. 11 definit celle-ci : « I'abolition, on plutot la suspension rapide, apyretique et curable, de toutes les facultes cerebrales «. 11 admet deux sortes de stupeur : 1'une, complete, se rattache a la definition preee'dente ; 1'autre, incomplete, cst caracterisee par une simple obtusion des iacultes iulellectuelles, instinctives et morales.
Avec les travaux de M. Baillarger, la question de la stupidite entre dans une nouvelle phase. Jusqu'ici nous avons vu tons les observaleurs considerer cet e'tat comme du a la suspension de 1'intelligcnce, ou bien a 1'embarras, a la confu sion dans les idees ; de nouveaux faits vont amener une nouvelle interpretation. Dans son memoire sur la stupidite publie dans Je premier volume des Annale* me'dico-psychologiques (1843), M. Baillarger, se basant sur 9 observations, arrive aux conclusions suivanles :
« 1° Les aliene's qu'on a designes sons le nom de stupides n'ont, dans beaucoup de cas, que les apparences de la stupidite, et il y a chez ces maladcs un delire tout intei ieur dont ils peuvent rendre compte apres leur auerison ;
« 2° Ce delire parait etre de nature exclusivement triste ; il est souvent accompagne d'idees de suicide ;
« 5° L'etat des alienes stupides est principalement caracterisc par un trouble des sensations et des illusions nombreuses qui jcttent les malades dans un monde
imagmaire :
« 4° La stupidite n'est, le plus souvent, que le plus haut degre d'une variete de la melancolie ;
« 5° L'etat des alienes stupides offre beaucoup d'analogie avec 1'etat de reve. »
Les opinions emises par M. Baillarger dans son memoire furent tres-discutees. M. Delasiauve, le premier, Jes soumit a la critique dans son travail sur le Diagnostic cliff e'rentiel de la lype'manie, publie en 1851 dans les Annales medico-psychologiques. Se rangeant a 1'avis de Georget, Ferrus et Etoc-Demazy, il s' applique a distinguer nettement la stupidite et la lypemanie qui, pour lui, sont deux etats differents qui ne peuvent se trouver reunis, ainsi que 1'enseigne
STUPEIJR. STUPIDITE. 457
M. Baillarger. D'apres M. Delasiauve, « la lypemanie consiste dans 1'exageration et dans la fixite d'un sentiment depressif. En proie a un chagrin amer, a un desespoir profond, a une terreur excessive, 1'aliene reflechit dans 1'expression de sa physionomie, dans son attitude, dans son langage, dans ses resistances, cette situation de son ame. Les facultes generates ne sont pas detruites, la concentration energique des sentiments en modifie ou en suspend seulement 1'exercice ». Quant a la stupidite, il faut entendre par la « une torpeur intellectuelle, une absence plus ou moins absolue d'idees, 1'exercice de la pense'e aboli ou entrave, une disposition enfm pareille a celle dont chacun de nous peut se surprendre atteint dans certains moments ou les fonctions cerebrates sont inertes, comme paralysees » (id., ibid., p. 584). Cependant cet eminent alieniste, apres avoir rapporte des cas de lypemanie ct d'autres de stupidite, est force par la realite des choses d'en accepter de mixtes, c'est-a-dire des cas ou se presentent a la fois et des symptomes de melancolie et des symptomes de stupidite. Ne sont-ce pas la des faits de melancolie avec stupeur, lels que les a decritsM. Baillarger ?M. Delasiauve reconnaitvolonliers qu'il y alaquelquechose de special, mais il en donne une interpretation differente. Pour lui, la stupidite n'est pas le resultat des preoccupations melancoliques. « C'est le conlraire qui a lieu : les ballucinations, les terreurs involontaires, etc., sont une consequence
de la stupidite, des tenebres dans lesquelles est plongee 1 'intelligence »
(ib., p. 441). Quelle que soit la theorie admise, que ce soil la stupidite qui amene le delire melancolique, ou bien que ce soit 1'exageration des pre'occupations melancoliques qui produise la slupeur, il n'en est pas moins certain que les faits cites par M. Baillarger constituent une categoric distincte de melancoliqnes.
Cette maniere de voir n'a pas ete adoptee par tous les manigrapbes ; et cela tient a ce qu'on a conslamment confondu la melancolie avec stupeur ou la stupidite proprement dite avec ces etats de stupeur plus ou moins prolonges qu'on observe dans la plupart des formes de folie. C'est ainsi que Sauze, Morel et autres, se rangeant a 1'opinion exprimee par Ferrus, Etoc-Demazy et M. Dela siauve, considerent la stupidite comme une abolition accidentelle, subite et complete, des facultes intellcctuelles et affectives, ainsi que des mouvements, sans rejeter toutefois des cas mixtes.
Marce (1862) place la stupidite dans la melancolie et donne une description de la melancolie avec stupeur telle que 1'a creee M. Baillarger.
M. Dagonet, dans un travail public en 1872 dans les Annales me'dico-psychologiques (De la stupeur dans les maladies mentales et de V affection mentale de'signe'e sous le nom de stupidite) et dans son Traite des maladies mentales publie en 1876, fait de la stupidite un type special de folie qui, an point de vue de 1'etat mental, se presente sous trois formes principales: dans Tune, 1'affection s'accompagne d'un delire sensoriel des plus manifestos (c'est la melancolie avec stupeur de M. Baillarger) ; dans 1'autre, le delire n'existe pas, ou les idees delirantes, si elles existent, sont fugitives et ne paraissent exercer aucune influence sur 1'individu ; dans la troisieme enfin, la stupeur vient se confondre avec 1'extase et la catalepsie ; on constate alors des hallucinations affectant souvent un caractere religieux.
Krafft-Ebing considere la stupeur (stupor) comme un trouble elementaire de la conscience, qui s'observe dans un grand nombre de formes morbides, mais il admet une melancolie avec stupeur ou melancolia attonita et un autre type
morbide qu'il appelle stupidite ou demence curable (Stupiditat s. heilbare Dementia).
M. Luys, dans son recent Traite clinique et pratique des maladies mentaks (Paris, 1881), docrit une stupeur simple et une stupeur hallucinatoire ou stu pidite. Cette derniere n'est autre que la melancolie avec stupeur de M. Baillarger; quant a la stupeur simple, elle constitue comme la phase extreme de developpement du « processus lype'maniaque. »
Apresce court hislorique, nous allons entrer dans le domaine de la clinique ; mais il est important de bien diviser le sujet et d'etablir des distinctions indispensables.
DIVISION. On a vu plus haul qu'au milieu des nombreux fails de stupidite M. Baillarger en avail distingue un certain nombre se presentant avec des caracteres communs, et principalement 1'associalion du delire melancolique avec la stupeur. De la une varie'te de melancolie qu'il a appelee melancolie avec stupeur. Nous aurons done a decrire tout d'abord cetle forme dislincle de folie. Puis, etudiant les autres stupides, nous verrons que la stupidite chez eux n'est que symptomatique d'une aulre affeclion. Ainsi, descriplion de la melan colie avec stupeur et etude de la stupeur symptomatique, telles sont les deux parties de cc Ira vail.
I. MELANCOLIE AVEC STUPEUR. La melancolie avec slupeur esl une maladie caracterisee par de I'immobilite, du mutisme, une sorte de concenlraliou de tout 1'individu vers une serie de conceptions delirantes de nature trisle, avec accompagnement d'idees de suicide.
Etiologie. La melancolie avec stupeur peut etre primitive ou secondaire.
Dans le premier cas, elle se produit surtout a la suite d'une grande et violente emotion morale (emotiver Shok, suivant 1'expression de Kraffl-Ebing) . Qu'il s'agisse d'une frayeur subile ou d'une joie excessive, de grands revers de fortune ou de craintes de la misere, elc., toutes ces causes venanl ebranler un systeme nerveux predispose peuvent amener la stupidite avec tous les symptomes qui raccompagnent. Mais, pour que ces causes agissent, il faut, avonsnous dit, un systeme nerveux predispose. Cette predisposition se rencontre surtout chez les etres debilites, soil par de frequentes hemorrhagies (aulrefois par les saignces trop repetees), soit par un etat anemique, ou bien a la suite de maladies telles que la fievre typhoide, la pneumonie; eniin, il faut ranger, parmi ces causes predisposantes, la puerperalite.
Lorsque la melancolie avec stupeur est secondaire, elle succede parfois a un acces de manie, mais le plus souvent elle se manifeste apres une periode plus ou moins longue de melancolie. G'est surtout dans ce dernier cas qu'on peut considerer la stupidite comme le degre le plus intense du delire melancolique.
Si Ton etudie cette maladie au point de vue du degre de frequence selon 1'age, le sexe, ou bien par comparaison avec les autres affections mentales, on ne trouve dans les auteurs que des renseignements peu precises et merne contradictoires.
Au point de vue du sexe, certains auteurs affirment, et M. Sauze est de ce nombre, que la stupidite est plus frequente chez les homines que chez les femmes. D'autres, au contraire, tels que M. Cullerre (Etude clini/jue de la lypemanie stupide, inAnnales me'dico-psychologiqties, 1873. t. X, p. 223), trouveut que la proportion des femmes atteintes de stupeur est plus considerable que
celle des hommes. Gette derniere opinion semble avoir pour elle un grand degre de vraisemblance : en effet, etant donne' la delicatesse plus grande du systeme nerveux chez la femme, on peut aisement admeltre que les causes que nous avons enumerees plus haul y kouvent un terrain plus prepare. Neanmoins, la statistique ne donne pas raison a cette hypothese. Ainsi, dans le tableau des diffe'rentes formes de folie traitees en 1872 a la maison nationale de Charenton, M. Ach. Foville trouve 9 cas de lypemanie stupide chez les hommes et 4 seulement chez les femmes. Ces chiffres se rapportent a 559 malades, dont 288 hommes et 271 femmes; ce qui donne 3, 12 pour 100 d'une part, et 1,48 pour 100 d'autre part.
Quant a l'age auquel on observe surtout cette 'affection, presque tous les auteurs s'accordent a admettre qu'elle se produit surtout pendant la periode de vingt a trente ans. II n'est pas rare cependant de rencontrer la melaneolie avec stupeur chez des sujets d'un age plus avance.
Pour ce qui concerne la frequence de cette maladie, comparee a celle des autres formes de folie, on ne possede que des renseignements insuffisants. La plupart des medecins alienistes, faisant rentrer la melancolie avec stupeur dans la lypemanie en general, ne lui consacrent pas une colonne dislincte dans leurs statistiques. II nous est done difficile d'arriver a un chifl're approvimatif en comparant un certain nombrc de resultats. Contentons-nous d'indiquer la proportion obtenue par M. Foville dans le tableau deja cite. Ce savant observateur a trouve pour 559 malades 13 lypemaniaques stupidcs, ce qui donne le chiffre de 2,52 pour 100 (art. FOLIE du Nouveau Dictionnaire de me'decine et de chirurgie pratiques, t. XV, p. 261).
Symptomatologie. La melancolie avec stupeur presente a etudier deux ordres de symptomes, les uns physiques ou somatiques, les autres psychiques ou intellectuels et moraux.
Dans la categoric des symptomes physiques, il y a lieu de decrire la physionomie et 1'attitude exte'rieure, 1'etat de la sensibilite generale et speciale, les fonctions de nutrition, la respiration, la circulation, la temperature et enfin la menstruation.
La physionomie du melancolique stupide a quelque chose de caracteristique. Les traits sont contracted, sombres; le front est plisse; le regard profondement triste, parfois anxieux; les yeux sont fixes, les pupilles dilatees; tout 1'cnsemble de la figure de'note des preoccupations vives de nature douloureuse et penible. Le malade reste immobile; souvent il se trouve clans 1'attitude d'une personne qui cherche a echapper a un danger qu'elle voit devant elle : aussi les muscles sont tcndus et legerement contractures dans le sens de la flexion. Parfois, les muscles n'ont pas cette rigidite et n'opposent aucun obstacle aux mouvements qu'on imprimeauxmembres; maisil arrive dans ces cas, que ceux-ci conservent pendant un certain temps les attitudes qu'on leur impose (etat catalepti forme).
L'etat de la sensibilite generale et speciale est d'une etude difficile chez les melancoliques stupides, a cause de leur mutisme et surtout parce qu'ils ne reagissent plus centre les excitants exterieurs. Le plus souvent cependant la sensibilite est conservee, mais il n'y a plus aucune manifestation de la douleur sentie. Onpince, on pique, on brule memele malade, on lui place des setons, etc., il ne reagit aucunement, sa figure ne change pas, il ne fait aucun mouvement; cependant, comme il 1'avouera plus tard, il a senti tout ce qu'on lui faisait. Dans certains cas, on a observe de 1'hyperesthesie temporaire ; enfin, dans d'autres,
et surtout dans ceux ou la stupcur est tres-profonde, il existe veritablement une anesthesie complete.
II existe egalement un certain degre d'anesthesie des differents sens : ces malades, en effet, absorbes par les preoccupations delirantes, ne voient plus ce qui se passe autour d'eux ; ils n'entendent rien de ce qu'on leur dit, et ce n'est qu'en les secouant, pour ainsi dire, qu'on arrive parfois a eveiller leur attention.
Lesfonctions de nutrition sontralenties. Les malades mangent peu, ou meme, soit qu'ils n'aient pas d'appetit, soil qu'ils agissent sous 1'influence de convic tions delirantes, ils refusent toute espece de nourriture. De la un amaigrissement considerable, et parfois un aspect cachectique. La constipation est presque constante, et souvent tres-opiniatre. Le gatisme est presque de regie.
Le pouls est d'ordinaire petit, frequent, filiforme; la respiration est ralentie, superficielle et par consequent insuffisante; la temperature est au-dessous de la normulc; les secretions sont diminuees, sauf toutefois celle de la salive, car on observe chez un grand nombre de malades de la sialorrhee.
La menstruation est supprimee d'une maniere a peu pres constante, pendant tout le cours de la maladie; « le retour de cette fonction, comme le dit avec raison M. Dagonet, est ordinairement 1'indice d'une guerison procbaine. »
Quant aux symptumes psychiques, il est difficile, sinon impossible, de s'en rendre un compte exact, pendant la duree do la slupeur. La physionomie du malade et son attitude exterieure indiquent bien des preoccupations delirantes de nature triste : mais quel est leur objet ? Interroge, il garde le plus souvent le mutisme le plus complet; ou bien, il ne re-pond que par monosyllabes. Souvent, il est vrai, le melancolique stupide dit quelques paroles sans suite, fait des gestes ; mais ce ne sont que des episodes passagers, car il retombe aussitot dans le mutisme et dans 1'immobilite. Mais ces gestes, ces paroles, suffisent a nous prouver que rintelligence n'est pas abolie et que sous cette apparence exterieure d'inertie des facultes existe en realite uneactivite mentale assez prononcee. Qu'on interroge, en effet, le malade, lorsque 1'etat de stupeur a disparu, il ne manquera pas de raconter qu'il vivait dans un monde imaginaire et que sa pensee n'a pas cesse d'etre active.
M. Baillarger a donne de 1'etat mental du stupide un tableau tres-saisissant, que nous ne saurions mieux faire que de reproduire.
« Tout s'etait transforme aulour de lui. 11 n'a cesse d'etre en proie a des illusions et a des hallucinations terribles. II etait dans un desert ou aux galeres, dans une maison de prostitution, dans un pays etranger et en prison ; une salle de bain elait pour lui 1'enfer.
« II prenait des baignoires pour des barques, un vcsicatoire pour la marque des forcats, des alienes pour des morts ressuscites, pour des prisonniers, des lilies publiques, des soldats deguises.
« Les figures qu'il voyait etaient hideuses et mcnacantes; il lui semblait que tout le monde etait ivre.
« 11 apercevait autour de lui des voitures cbargees de cercueils, son f'rere an milieu des supplices, une ombre aupres de son lit, des crateres de volcans, des abimes sans fond qui allaient 1'engloutir, les trappes d'un souterrain.
« De tout ce qu'il enlendait, il ne ressortait pour lui que ces mots : il faut le tuer, le bruler, etc. On lui disait des injures; sa tele etait remplie de bruits de cloche, de tambours; des detonations d'armes a feu dclataient pres de lui;
STUPEUR. STIPIDITE.
ses parents, en lutte avec des assassins, imploraient son secours ; on 1'interrogeait sur toutes les actions de sa vie et il repondait ; il entendait une mecanique avec laquelle on torturait ses enf'ants, etc. Son corps e'tait traverse par des balles, son sang coulait dans la terre; il avail quclqu'un sur la poilrine qui 1'etouffait.
« Le malade s'accusait de tousles malheurs; il avail sans cesse a Tesprit 1'idee d'une sorte d'aneantissement general ; il ne pensait qu'a mourir pour etre delivre de ses souffranccs. II croyait qu'on lui avail tout vole, que Paris etait, a feu et a sang. 11 s'attendait a chaque instant a etre tue, a voir eclatcr un vaste incendie, la maison s'ecrouler, etc.
« Parfois 1'aliene entendait confinement ce qu'on lui disait, a cause des bruils qui remplissaient sa tete; le plus souvent il comprenait les questions, mais il ne peut dire pourquoi il ne repondait pas, pourquoi il ne criait pas au milieu des dangers imaginaires qui le menacaient. Qu'est-ce qui retenait sa volonte, qu'est-ce qui paralysait sa voix et ses membres? il n'en sail rien; quelquefois il aurait voulu crier, se lever, il ne le pouvait pas. Quand cet etat a cesse, le malade a sernble sortir d'un long assoupissement ; il a demande oil il etait et depuis quand ; il ne peut, dit-il, mieux comparer ce qu'il a eprouve qu'a un mauvais reve » (De I'etat designe chez les aliene's sous le nom de stvpidite', in Annales me'dico-psycholoyifjues, 1845, t. 1, p. 100).
Si on analyse les diffe'rents elements composant le tableau pre'ce'dent, on trouve que les symptomes psycbiques du melancolique stupide sont :
1° Un de'lire de nature exclusivement triste, meme terrifiant, entretenu ou meme provoque par des illusions et des hallucinations des divers sens;
2° Des illusions et des hallucinations de la vue, de Tome et de la sensibilite generale ;
3° La perte de conscience du temps, des lieux et des personnes; 4° Une sorte de paralysie de la volonte qui empeche le malade de se soustraire aux maux imaginaires qu'il souffre, qui le cloue, pour ainsi dire, sur place, et I'cmpeche de crier et de se defendre;
5° Des ide'es de suicide. Souvent, en elfet, les me'lancoliques stupides, soil pour ecliapper aux maux qui les tourmentent, soil pour toute autre cause, sont obsede's d'idees de suicide ; malgre cette paralysie de la volonte, qui semble etre un symptome predominant, ils sont pris d'impulsions subites a se de'lruire : alors ils seprecipitent d'une fenetre ou d'un autre endroit eleve, ou bien se saisissent d'un instrument quelconque qui se trouve sous leurs mains et s'en frappent avec rage. Les exemples de tentatives de suicide commis par les alienes atteints de melancolie avec stupeur sont frequents, et M Baillarger en donne plusieurs exemples dans le memoire cite plus haul.
Marche et dure'e. La melancolie avec stupeur debute brusquement, ou bien ne se produit qu'apres quelques heures, quelques jours de de'lire. Une fois la stupeur etablie, elle peul durer plusieurs mois, et meme au dela d'un an, sans que le malade presente d'autres modifications dans son t'tat de concen tration et de mutisme que ces quelques mots prononces de temps a autre, ces gestes violents accompagnant les paroles, dont nous avons parle plus haul. Certains malades presentent parfois des moments d'agitation d'une duree plus ou moins prolongee, mais ils ne tardent pas a retomber dans la stupeur.
Cet elat de torpeur cesse d'ordinaire brusquement. « Tout a coup, dit M. Baillarger, cette physionomie stupide s'anime, la vie reparait dans ces traits
STUPEUR. STUPIDTTK.
qu'elle semblait avoir abandonnes. Le malade commence a repondre; sa tenue est meilleure; il mange seul, et bientot il consent a s'occuper. Mais il est comme etonne ; il ne se rend pas bien compte de ce qui se fait autour de lui ; il regarde avec une sorte de surprise le lieu qu'il babite depuis plusieurs mois, les personnes qui ne 1'ont pas quitte. II semble que tout est nouveau pour lui. 11 demande ou il est, depuis quand il s'y trouve, pourquoi on 1'y a amene. Peu a peu ses souvenirs reviennent, il se reconnak, il rentre dans le monde reel, sa guerison est complete » (id, ibid., p. 99).
La melancolie avec stupeur peut se terminer par la guerison, par la de'mence ou par la mort.
La terminaison par la gue'rison est tres-frequente, et nous venons de voir combien elle peut etre prompte et rapidc. Quand la maladie doit se terminer par la demence, la stupeur se prolonge, les idees delirantes de terreur et d'anxiete penlent de leur intcnsite; a 1'activite intellectuelle succede 1'obtusion des facultes, (jui, avec le temps, devient persistante et irremediable.
A 1'epoque ou la stupeur (-tail considered comme le resultat d'un oedeme du cerveau, on elait porte a admettre que la mort pouvait survenir par suite de I'augmentalion des phenomenes de compression cerebrale. Mais les faits ne sont pas venus coniirmer cette hypothese. La mort, chez les melancoliques avec stupeur, est due plutot au marasme intense et progressif, produit par le refus d'alimentation et par une alimentation insuffisante. Dans certains cas, les malades arrivent a meltre a execution leurs idees de suicide et se tuent, soil en se pre'cipitant d'un lieu e'leve, soil on se frappant avec un instrument tranchant qui s'est trouve a porte'e de leurs mains, soil en s'etranglant avec leur moucboir, etc.
Pronostic. D'apres ce que nous venons de dire, on peut conclure que la melancolie avec stupeur est une des formes de la melancolie qui se gue'rit le plus facilement et le plus promptement. L'etude des faits publies semble d'ailleurs donner raison a celte assertion. Les buit observations personnelles inserees par M. Baillarger dans son memoire sur la stupidite porlent toutes la mention guerison; et les malades qui en sont 1'objet out gueri, les unes apres treize ou dix-huit jours de maladie, les autres apres trois, cinq ou buit mois, etc. On pourrait croire, au premier abord, a une se'rie de cas exceptionnellement favorable, mais, si Ton consulte d'autres auleurs, on trouve des resultats non moins satisfaisants. Ainsi M. Cullerre, dans son Etude clinique de la lypemanie stupide, publie 12 cas de melancolie avec stupeur, sur lesquels 6 out gueri apres un temps allant de quinze jours a six mois, 5 se sont ameliores ; des trois derniers enfm, 1'un est mort, et les deux autres sont reste's dans le meme etat.
Neanmoins, le pronostic pourrait devenir grave, si la stupeur se prolongeait au dela d'un an, ou si elle prenait la marcbe intermittente.
Diagnostic. La melancolie avec stupeur ne peut etre confondue qu'avec les periodes de stupeur qui se manifestent dans certaines autres maladies delerminees. Existe-t-il des moyens de distinguer la melancolie avec stupeur proprement dite de la stupeur symplomatique? Les elements de diagnostic les plus certains sont : la brusque apparition de la maladie, 1'etude de la pbysionomie et de 1'attitude exterieure, qui indiquent un de'lire interieur, les paroles ou phrases entrecoupees et les gestes qui confirment cette activite mentale, la dure'e limile'e de la maladie. Ces faits, bien etablis, nous semblent suflisants
pour poser un diagnostic exact, que viendra confirmer encore le re'cit du delire fait par le malade apres la guerison.
Certains paralytiques generaux et quelques aliene's, pendant la periode de depression de la folie a double forme, peuvent presenter 1'ensemble symptomatique de la melancolie avec stupeur ; mais on pourra aise'ment faire la distinction en tenant compte, pour les premiers, des symptomes somatiques, et, pour les seconds, en s'aidant des renseignements fournis sur la marche de la maladie.
Traitement. Le premier remede a appliquer aux melancoliques stupides, c'est 1'isolement. Ges malades devront en outre etre soumis a une surveillance constante et de tous les instants, a cause des idees de suicide dont ils sont presque toujours obsedes et qu'ils sont poile's a mettre a execution d'une maniere en quelque sorte impulsive.
Quant au traitemcnt proprement dit, il devra tHre hygienique et medical.
Les moyens hygieniques auront pour objet d'entretenir 1'activito des differentes fonclions de 1'economie. Afin d'eviter les infiltrations, la cyanose des extre'mites produites par la diminution de la circulation, pour combatlre 1'inertie des fonctions respiratoires, il sera bon de forcer les malades a se donner du mouvement, de les empecher de rester des heures entieres immobile a la meme place. II est de la plus haute importance de surveiller 1'alimentation de ces malades, et, s'ils refusent de prendre les aliments, de ne pas hesiler a les nourrir a 1'aide de la sonde cesophagienne immediatement.
Le traitement medical comporte 1'usage des revulsifs, des dc'rivatifs et des toniques.
Les revulsifs les plus employes sont les vesicatoires a la nuque ct les setons. Les purgatifs laxatifs, drastiques, ou autres, devront etre souvent presents, autant pour combattre la constipation que comme derivatifs. Comme medica ments toniques, on donnera le quinquina, les amers, etc.
Si les malades ont de 1'insomnie, il faut prescrire les opiaces, le chloral, le bromure de potassium, etc,
Enfin, le moyen therapeutique qui rend le plus de service dans la melancolie avec stupeur, c'est 1'hydrothe'rapie sous toutes ses formes : bains, douches, affusions froides, enveloppement dans le drap mouille, etc.
Quant au traitement moral, il ne pent guere en etre question qu'au moment de la convalescence. On pourra alors par des distractions, par des occupations ou par d'autres moyens, aider au retablissement de 1'equilibre moral. Un point important, c'est d'eviter au malade toute emotion vive, pouvant ebranler le systeme nerveux.
II. STUPEUR SYMPTOMATIQUE. La stupeur, avons-nous dit, pent se manifester dans le cours de maladies tres-diverses. Ces maladies sont principalement les nevroses, les vesanies, les fievres graves, certaines affections organiques du cerveau, etc. Get etat symptomatique se presente sous des degres differenls, qui se distinguent nettement les uns des autres, comme on peut le voir par la description suivante.
Description. La description dela stupeur doit etre consideree sous deux points de Tue : il y a d'abord a rechercher quel est 1'etat de 1'activite ce'rebrale durant cette concentration, cette immobiliteetcemutismeplus ou moins prolonges ; ensuite, il faut etudier les symptomes physiques qui accompagnent ce trouble mental.
Au point de vue psychique, la stupeur presente divers degre's, depuis
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1'obliteration complete des sens exterieurs et, des fonclions cerebrales jusqu'a 1'activite delirante telle qu'on 1'observe dans la melancolie avec stupeur. Ges degres, croyons-nous, sont au nombre de quatre :
1° Au plus profond degre de la stupeur, le malade est comme mort a la vie exterieure ; les sens exterieurs ne pergoivent plus aucune impression; les Ibnctions cerebrales n'ont plus aucune activite. II y a la quelque chose d'analogue nu coma. Lorsque le malade revient a lui, il ne se souvieut de rien de ce qui s'est passe autour de lui ;
2° A un degre moins prononce, il y a perception de certaines sensations et surtout des sensations visuelles; parfois il existe des illusions de la vue; les objets qui sont autour du malade paraissent se mouvoir de long en large ou de haul en bas. En dehors de ces perceptions, il n'existe pas d'autre signe d'activitc psycbique : aussi le malade ne se souvient-il pas d'autre chose que des sensations bizarres qu'il apercues;
5° Dans certains cas, les malades, quoiqueaneantis, sans volonte, incapables de penser, voient et entendent tout ce qui se passe autour d'eux. Les fails .m 1 1 Hauls semblent s'impregner dans leur cerveau, si 1'on peut s'exprimer ainsi; mais celui-ci ne possede plus la faculte de reagir ni par la pensee ni par Faction. 11 se trouve a peupres dans le cas de la plaque sensible du photographe sur laquelle viennent s'imprimeret se fixer les images produites par la lumiere. Les malades, dans cet etat, se souviennent de tout ce qui s'est passe autour d'eux et peuvent en rendre compte, une Ibis la stupeur passee;
4° Enfm, il est des malades qui, sous leur apparence de stupeur, presentent an contraire une surexcitation morbide des facultes. Us sont tourmentes par des hallucinations de la vue et de 1'oui'e, des preoccupations delirantes de nature terrifiante.
Les symplomes physiques qui accompagnent ces differents degre's de la stupeur symptomatique sont a peu de chose pres ceux qui s'observent dans la melancolie avec stupeur. Nous allons les passer rapidement en revue, en indiquant les quelques differences qui peuvent se presenter.
La physionomie et 1'attitude exterieure, chez les alienes qui reutreut daus la quatrieme categorie decrite plus haul, sont les memes que dans la melaucolie avec stupeur. Les preoccupations douloureuses et les hallucinations terriflantes dont ils sont obsedes donnent a leur facies quelque chose de caracteristique. 11 n'en est pas de meme chez les malades des autres categories. Ceux-ci denotent dans leur physionomie 1'inertie de 1'intelligence et la penurie des idees; les yeux sont ouverls, sans expression; le regard est vague, incertain, et se porle sur les objets environnants sans qu'il soit possible de conclure s'ils sont percus.
L'attitude exterieure de tous les stupides est la meme : tous, ils restent immobiles a la meme place; les uns debout, les bras pendants, les mains bleues et froides, les autres assis, la tete penchee et les bras croises. Us n'opposenl aucune resistance aux changements de position qu'on imprime a leurs membres, qui conservent durant un certain temps la situation ou ils ont e'.e places (etats cataleptiformes).
Les symptomes relatifs a la sensibilite generale ou speciale, les troubles des fonctions de la nutrition, sont les memes, qu'il s'agisse de la melancolie avec stupeur ou de la stupeur symplomatique.
Le pouls, qui est d'ordinaire petit, fre'quent, filiforme, dans la melancolie avec stupeur, presente les memes caracteres chez les stupides de notre qua-
trieme categorie. Chez les autres, au contraire, on trouvc un ralentissement tres-marque du pouls. C'est a ee ralentissement de la circulation, autant qu'a la station debout, qu'il faut attribuer ces troubles circulatoires peripheriques qu'on observe chez ccs malades : tels que le refroidissemenl des extremites, I'oedeme des pieds, la cyanose et 1'asjihyxie locale des extremites, etc. La tem perature est aussi tliminuee et parfois descend de 1 et meme 2 degres audessous de la normale.
En certains cas, on voit s'etablir une sialorrhec abondante; la salive s'ecoule de la bouche entr'ouverte des malades en un mince filet continu.
La menstruation est parfois supprimee pendant tout le cours de la stupeur ; dans d'autres cas, au contraire, elle ne presents aucune irregularite.
La dure'e de cet etat varie beaucoup suivant les affections dans lesquelles il se manifeste. Ainsi il y a des malades qui ne restent dans la stupeur que durant quelques jours, d'autres durant des mois et des annees. II est impossible, dans 1'etat actuel de la science, d'indiquer toujours les causes de ces variations dans la duree de la stupeur. Dans quelques cas, ce symptome se presente a 1'etat intermittent ; certains malades restent plusieurs jours, plusieurs semaines et meme plusieurs mois sans parler, immobiles et concentres en eux-memes, puis semblent se reveiller pour tomber dans une periode d'agitation, comme dans la folie a double forme.
YALEUR DIAGNOSTIQCE DE LA STUPEUR. La stupeur n'est pas un symptome exclusivement observe dans {'alienation mentale, car il se produit aussi dans des affections autres que les vesanies, telles que la fievre typhoide, les traumatismes, les affections organiques du cerveau, etc.
Dans la fievre typhoide, qui tient justement son nom de ce symptome si f rappant de la stupeur (^090?, stupeur), on constate, des le debut, cette indifference pour les personnes et les cboses, cette apatliie intellectuelle, cette lenteur des reponses, qui caracterisent la stupidite'. Cet etat fait des progres au fur et a mesure que la maladie se developpe, pour s'attenuer, progrcssivement aussi, avec la marche retrograde de la (ievre. Cette sorte de stupeur, comme le fait remarquer avec raison Dagonet, a etc confondue dans quelques cas avec la stupidite dcs alienes. On a vu plus d'une Ibis se commettre, sous ce rapport, des errcurs de diagnostic qu'on evitera aisement en examinant plus attentivement les malades et en tenant compte des signes caracteristiques de la fievre typhoide, tels que 1'etat febrile, les fuliginosites de la langue, le ballonnement et la sensibilite du ventre, les taches rosees lenticulaircs, etc.
Pendant la convalescence de cette maladie, par suite de I'ebranlement subi par le systeme nerveux, de 1'epuisement des forces et de 1'anemie profonde, on voit souvent survenir la stupeur; la memoire s'affaiblit, les perceptions deviennent plus lentes, 1'intelligence devient obtuse. Ces phenomenes disparaissent au bout d'un temps plus ou moins prolonge, grace au regime eta un tiaitement tonique; mais quelquefois, surtout chez les enfants et les jeunes gens, cet etat d'obnubiation mentale persiste et devient definitif (demence precoce).
On a accepte une stupeur traumatiqm, survenant a la suite d'accidents graves, d'operations importantes. « Cet etat se rencontrerait, suivant M. Dagonet, apres les lesions de certaines parties du corps, ecrasement du thorax, de 1'abdomen, des doigts, des testicules, luxations ; apres des hemorrhagies subites et abondantes, des brulures. Certains individus y sont plus predisposes, les o-ens nerveux ou epuises, les soldats qui ont perdu une bataille » (De la stupeur DICT. ENC. y s. XII. 50
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dans les maladies mentales, in Annales me'dico-psychologiques, 5e serie, 1872, t. VII, p. oGi). Le meme auteur cite, a ce sujet, 1'liistoire d'un ouvrier carrier, qui fut ampule a 1'hospice Cochin de la jambe droite a la suite de la chute d'une pierre qui lui avait ecrase le pied. Pris de stupeur aussilot apres 1'operation, il est envoye peu de temps apres a 1'asile Sainte-Anne. La, il reste immobile, les yeux toujours fixes vcrs le meme point, ne repondanl a aucune des questions qu'on lui adresse; cet elat dure pendant quatre a cinq inois, puis le malade revient peu a peu a la sanle. II raconte alors qu'il souffrait de maux de lete, et qu'il ressentait des douleurs dans diverses parties du corps. 11 avait constamment des hallucinations de la vue et de 1'ou'ie, il entendait des menaces et voyait sortir toutes series d'individus du mur pres duquel il couchait.
La stupeur s'observe aussi a la suite de certaines lesions du cerveau, telles ([lie, par exemple, les congestions cerebrates, les chutes et les coups sur la lete, I'insolation, les meningites, elc.
L'e'pilepsie determine aussi la slupeur. Cet etat se produit surtout apres lesattaques. Ainsi « les individus qui viennent d'avoir un acces d'epilepsie sont habituellement, pendant un espace de temps qui varie de quelques minutes a> quelquesheures, dans un elat d'engourdissement moral, de demi-hebetude, plus ou moins prononce selon les individus, mais qui existe chez tous a un certain degre. Us eprouvent de la difiiculte a coordonner leurs idees et a se rendre (ompte des choses et des personnes qui les entourenl ; ils onl la comprehension leate et difficile, la me'moire incertaine. Souvent meme, pendant plusieurs heures, ils sont tristes, abattus, et dans un etal de demi-slupeur on d'oblusion des idees » (J. Falret, De I 'etat mental des epilepti<jues. Paris, 1861, p. 9).
Dans certains cas, cette lenteur dans les conceptions, cet affaiblissement de la memoire, celte obtusion dans les idees, cette sorte d'hebelude ou de prostration phvsique el morale, precedenl 1'attaque et peuvent meme etre considerescomiue un presage certain de 1'approche de 1'acces.
Enlin, les acces de mauie epileplique se lerminenl parfois par une courtepeiiode de torpeur physique el intellecluelle, d'ou les malades sortenl comme d'un reve, ne conservanl qu'un souvenir vague et confus des fails qui se sont passes pendant la duree de leur delire furieux.
Le delire alcoolique prend parfois la forme de la slupidite. Ce sont alors les, caracleres de la me'lancolie avec stupeur qui s'observent. Le malade va subir UD ;ilJreux supplice, il voil etendus devanl lui les cadavres de ses enfanls; lout autour de lui esl en i'eu ; 1'eau envahit 1'endroit ou il se trouve, il va etre englouli, elc. Toutes ces hallucinalions le plongent dans la terreur et l'epou vante; il reste immobile dans un elat complet d'angoisse et de stupeur.
La stupeur n'est pas rare dans la paralysis generate. Chez certains paralyliques, elle se produit des le debut de leur maladie et peut durer plusieurs •nois. On les voil alors muets, immobiles, iiicapables d'agir, refusant tout ali ment, se laissant tomber des qu'on les souleve ou qu'on essaye de les faire marcher. Gel etat d'affaissement physique et moral peul provenir de preoccu pations hypochondriaques, maisil cst du souvenl aussi a des idees et a des hal lucinations terrifiantes qui immobilisent pour ainsi dire les malades.
Quels sonl les moyens permettanl de reconnaitre que de tels malades sonl alteints de paralysie generale, et de distinguer par consequent cette derniere affection de la melancolie avec slupeur? Les elements du diagnostic difference!
STUPEUR. STUPIDITE. 4o7
sont : 1'etude des antecedents, 1'examen de 1'etat intellectuel et les troubles de la
motilite. Mais que faire, lorsquele mutisme prosque absolu d'un malade dont on
ignore les antecedents enleve au medecin la possibilite d'explorer deux points
d'une importance capitale: d'un cote, le mode d'articulation des mots ; de
1'autre, la nature des idees delirantes? A cette question, void la reponse que
faitMarce: « C'est alors qu'il faut recueilliravecsoin lesmoindres paroles, saisir
a la volee les mots capables de mettre sur la trace du delire. Au milieu des
apparences de la depression la plus complete, on voit quelquefois s'echapper des
qualifications ambitieuses, des mots isoles de millions et de diamants. Chez un
jeune homme que j'ai observe et qui resta muet pendant trois mois, ces mots :
« Je suislefils de 1'empereur », qui lui ecbapperent un jour, mirent sur la voie
d'un diagnostic qui fut confirme par revolution ulterieure de la maladie. Chez
un aliene de Bicetre qui vecut cinq mois dans un mutisme complet sans qu'il tut
possible de preciser la nature de la maladie, j'observai avec etonnement, au
moment du reveil, un embarras tres-notable de la parole, qui ne laissait aucun
doule sur 1'existence d'une paralysie generate et sur les progres que la maladie
avait fails pendant cette periode d'inertie absolue » (Traite pratique des
maladies mentales. Paris, 1862, p. 479).
M. Baillarger s'est preoccupe a son tour de ce point delicat de diagnostic; il s'exprime ainsi sur ce sujet: « Get etat de stupeur, accompagne de congestion de la face chez des malades de trente a cinquante ans, et qui n'ont pas eu anlerieurement d'acces de melancolie, peut faire soupconner 1'invasion de la para lysie generale. Si Ton surprend alors des conceptions delirantes, de nature hypochondriaque, si les pupilles sont inegales, les presomptions deviendront plus fortes » (Des symptomes de la paralysie generale et des rapports de cette maladie avec la folie. Appendice au Traite des maladies mentales de Griesinger. Traduction par Douinic. Paris, 1865, p. 628).
La periode de depression de la folie a double forme prend souvent les caracteres de la stupeur. Les malades, dans ce cas, presentenl cet etat d'inertie, d'immobilite et de mutisme sans activite mentale bien definie ; mais ils voient et entendent tout ce qui se passe et se dit autour d'eux, et repetent tout ce qu'ils out entendu et vu, lorsqu'ils reviennent a eux et qu'ils entrent dans la peiiode d'excitation.
Certains de ces malades cachent neanmoins sous cet etat de stupeur des idees delirantes de nature triste, ils se tourmentent, se font des reproches, se croient coupables ; quelques-uns ont des idees et des hallucinations terrifiantes ; enfm, il en est meme qui tombent dans un etat de stupidite complete avec obtusion des faculle's mentales et anesthesie de tous les sens.
On voit parfois la stupeur succeder a de violents acces de manie. Cet etat de torpeur pbysique et mentale, d'une duree plus ou moins prolongee, semble etre alors comme la reaction de celle surexcitation portee au plus baut degre. Enfm, la stupidite vient compliquer et meme terminer les diffe'rentes formes de la melancolie. Qu'il s'agisse de malades atteints de melancolie anxieuse, de melancolie religieuse, de melancolie-suicide,etc., il arrive souvent qu'apres une periode indeterminee de leur maladie ils finissent par tomber dans un elal complet de stupidite. Cet etat doit-il elre considere alors comme le degre le plus intense du delire lypemaniaque, ou comme la periode ultime de la maladie qui lui donne naissance?0n ne saurait raffirmer; mais ce qui est d'observalion pour ainsi dire journaliere, c'est que ces malades restent alors des mois, meme
des annees, dans cet etat de mutisme. d'immobilite et d'inertie ; qu'on en a vu se reveiller, pour ainsi dire, apres cinq, huit et meme dix ans, sans pouvoir dire ce qui s'est passe en eu\ pendant ce long sommeil, et reprendre toutes les habitudes de la vie normale, sans presenter d'autres alterations psychiques que quelques modifications du caractere et quelques symptomes de diminution des facultes mentales ; que d'autres, enfin, terminent leur existence dans cc triste aneantissement de tout leur etre, sans manifester d'autres signes d'aciivite psvchique que certains mouvements automatiques ou quelques moments d'excitation avcc impulsions violentes.
VALEUR PROMISTIOCE DE LA STCPEUR. Le phenomene de la stupeur, lorsqu'il se prcsente dans le cours d'une affection quelconque, doit-il etre considere comme d'un pronostic defavorable? Absolument, non, car ce symptome varie en importance selon les maladies dans lesquelles il se manileste.
Ainsi, certaines de ces maladies, chroniques de leur nature, ne sont en rien modifiees dans leur marclie parce que I'on observera des signes de stupeur: telles sont la folie a double forme et 1'epilepsie. Au contraire, si on observe ces signes dans la paralysie generale, des la periode de debut de cette affection, on devra considerer celle-ci comme ties-grave et d'une marclie beaucoup plus rapide. Gotte forme stupide de la paralysie generale partage d'ailleurs la gravite du pronostic avec toute la variete melancolique de cette maladie, ainsi que le fait observer Marce (Traite pratique des maladies mentales. Paris, 1862, p. 428).
La stupeur qu'on observe des le debut de la fievre typho'ide ne pre'sente de gravite que si clle devient tres-intense ou qu'elle se prolonqe au dela de la premiere periode de la maladie. La stupeur des convalescents de cetle affection pent devenir definitive ; ce resultal est surtout a craindre chez les enfants et chez les jeuncs gens.
La forme stupide du deli re alcoolique est peut-etre de guerison plus lente et de convalescence moins rapide que les autres formes du meme de'lire.
Les etats de stupidite consecutifs aux differentes formes de la lypemanie sont ordiuairement d'un pronostic grave ; neanmoins, ainsi que nous 1'avonsfait rernarquer plus haut, il n'est pas rare de voir certains malades atteints de cette forme speciale de la stupeur en sortir apres de longues annees, et presenter alors toutes les apparences de la raison. On ne possede jusqu'ici aucun signe pemieltant de distinguer ces cas curables de ceux qui ne le sont pas.
Trailcment. Le traitmient de la stupeur symptomatique se confond le plus souvent avec celui de la maladie dans le cours de hiquelle elle se produit; il en est ainsi pour la stupeur epileplique, la stupeur alcoolique, celle de la fievre typhoi'de, par evemple. II existe neanmoins certaines indications ge'nerales, hygieniques ou tberapeuti(|ues, qu'il est important de suivre a 1'egard de tous les malades atleints de stupeur. Nous les avons enumc'Tees plus haut, a propos du tiaitcmcnt de la me'lancolie avec stupeur; nous ne pouvons que les rappeler ici sommairement.
Au point de vue hygienique, employer tous les stimulants d'ordre physique et moral pour faire sortir les malades de leur engourdissement; surveiller leur alimentation et les nourrir a 1'aide de la sonde oesophagienne des qu'ils refusent de manger ; combattre la constipation.
Au point de vue therapeutique, prescrire les toniques, les stimulants, les derivatifs, les rcvulsifs, 1'eleclricite ; entin, employer 1'hydrotherapie sous toutes ses formes: bains, douches, affusions, etc.