SUICIDES
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TOTAL
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TOTAL
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-2: IDS
Si Ton compare le nombre des submersions par accident au nombre tolal des morts accidentelles, on voit qu'elles en forment un peu moins du tiers, un peu plus du quart. Ainsi de 1875 a 1880 le nombre des morts par accident a varie de 15 016 a 15 787. En 1875, sur 15 089 morts accidentelles, ily aeu 4206 sub mersions, soil 32 surlOO;en 1780, 5781 sur 13 787, soil 27 sur 100 du nombre total d'accidents. La submersion tientaussi une place notable parmi les suicides. En 1875, sur 5472 cas de suicides, il y en a eu 1610 par submersion, c'est une proportion cle 29 sur 100 ; en 1880, pour 6658 suicides, les submersions au nombre de 1941 se sont elevees a la proportion d'environ 50 pour 100. Cette proportion en realite doit etrc plus considerable encore, car pour bien des motifs on range parmi les accidents des suicides qui ne sont pas averes. Les derniers chit'fres publics par le compte rendu de la justice criminelle sont pour 1881 : 5842 submersions sur un total de 15670 accidents, soit 29 pour 100. Les sui cides par submersion sont au nombre de 1954 sur un total de 6741 suicides, soit 28 pour 100; pour la pendaison, la proportion est de 44 pour 100.
Pour les femmes la submersion est en premiere ligne parmi les moyens de suicide ; la pendaison vient ensuite. Pour les bommes c'est au contraire la pen daison qui est lemode de suicide le plus frequent, la submersion est en seconde ligne. En 1881, sur un total de 1455 suicides feminins, 659, soit 45 pour 100, ont eu lieu par submersion, et 428, soit 29 pour 100, par suspension. Pour les hommes, pendant la meme annee, sur 5286 suicides les proportions ont ele
1295 submersions, soil 24 pour 100, et 2450 suspensions, soil 47 pour 100. En ce qui concerne la ville de Paris, la statistique de Trebuchet, de 1859 a 1850, place la submersion au second rang, avec 1229 deces ; au premier rang, 1'asphyxie par la vapeur de charbon, 1152 deces; au troisieme, la pendaison, 817, avec cette diffe'rence que pour les femmes 1'asphyxie par la vapeur de charbon reste en premiere ligne, 561 cas ; la submersion occupe le second rang, 287, et )a pendaison le troisieme, 141; la precipitation d'un lieu eleve vieiit ensuite avec 122 cas. Pour les hommes, la submersion est en premiere ligne, 942, puis viennent, presque avec les memes chiffres, Jes deux autres genres de mort, 1'asphyxie par la vapeur de charbon, 097, la pendaison, 686; on classe ensuite les suicides par armes a feu, par precipitation et par les instruments t ran chants. Des resultals analogues sont constates pour la statistique de la mor gue, de 1856 a 1846, par Devergie; de 1851 a 1879 par M. Foley. En Angleterre et dans le pays de Galles, la statistique donnee par Taylor, pour 1'annce 1877, presente un total dc 2662 submersions, 2140 hommes et 522 femmes, 1 425 dans Jes rivieres et eaux courantes, 637 dans les cananx, 602 dans les lacs et etangs. Le recueil de Maschka indique la proportion des submersions dans le nombre total des suicides pour differenls pays; cette proportion varie de Jo a 15 pour 100, comme minimum, de 18 a 21 pour 100 en moyenne, jusqu'au maximum de 27 et 58 pour 100. Une statistique des suicides dans 1'armee, etablis pour treize ans, de 1864 a 1878, par M. Lacassagne, assigne le premier rang aux suicides par armes a feu, 1026 cas, 49 pour 100; le second a la pendaison, 588 cas, 28 pour 100; le troisieme a la submersion, 297, 14 pour 100. Les resultats out ete les memes en 1881. La frequence des exper tises se deduit de ces cbilfres.
La submersion, a toutes les epoques, a particulierement appele 1'attentiou des me'decins. A. Pare a indique plusieurs signes de ce genre de mort, il montre comment le chirurgien appele pour faire rapport d'un corps mort, tire' hors de 1'eau, pourra dire s'il a ete noye vif ou jete' dans 1'eau mort : « Les signes qu'il aura ele jete vif sont qu'on trouvera 1'estomac et le ventre remplis d'eau, et sort du nez quelque excrement morveux, et par la bouche e'cumeuse et baveuse, ct le plus souvent saignera du nez d'abondance ; il aura 1'extremile des doigts et le front ecorches, a raison qu'en mourant il gratte le sable au fond de 1'eau, pensant prendre quelque chose pour se sauver, et qu'il meurt comme en furie et rage. » Foi tunatus Fidelis reproduit ce tableau : « Insolens quidam <( tumor universi corporis ac madida mollities; alvus etiam intumescit ; e « naribus mucosa quaedam instrumenta prodeunt, ab ore defluunt spumosa; « extremi digiti detriti sunt. » 11 signale la putrefaction gazeuse : Le gonflement des corps ne vient pas de 1'eau qui a ete bue, mais de la vapeur qu'une cbaleur putride a produite : « A vapore, in quern humores a putrido calore « conversi sunt ; ideoque hie tumor non nisi post aliquod tempus se attollit. » Zacchias indique trois signes : « Primum est quod qui submersus visus est ven- « trem totum aqua plenum ac tumentem habet; secondum est quod illi mucosa « quaedam excrementa e naribus, spumosa vero ex ore prodeunt; tertium « signum quod is qui vivus in aquis submersus est extremes digitos attritos et « excoriatos habet. » La theorie est deja juste: « moriuntur enim qui aqua suffo- « cantur, ob cohibitam potius respirationem quam ob aqua? copiam qua? ab illis « ingesta luerit. »
A partir du dix-septieme siecle, des travaux nombreux, exposant les vues les
plus diverses, se rattachent a 1'histoire de la submersion. Certains signes appellent plus particuHercmentl'attenlion, et ce ne sont pas toujours ceux qui oat le plus d'importance. On s'occupe de la presence de 1'eau dans 1'estomac, elle cst considered comme un des signes les plus surs et comme une des causes de la mort. Bohn, Plater, Waldschmidt, Becker, discutent cette question, et la Faculte de Leipsick, en 1689, declare ce signe suspect et meme faux, [/importance dc ce signe, si singulierement exageree, discule'e encore par Belloc, interpreted dans de nombreuses experiences, cst reduite pen a peu a sa juste valeur. Le point capital etait la presence de 1'ecume et 1'introcluction dc 1'eau dans les voies respiratoires. Ici nous retrouvons les noms les plus nombreux dont plusieurs sont illustres : Morgagni, Boerhaave, Ilaller, Senac, Wepfcr, Littre, Goodwin, Frank, Cullen, Portal, Gardanne, Colleman, Sprengel, Petit, Desgranges, Kite, Fothergill, Fine, Viborg, Walter, Guntlier, Evers, Menzies, d'autres encore, expriment, en sens divers, leur opinion sur ce point aujourd'bui inconteste. Louis, en 1748, par la clarteetla solidite dc ses preuves, etablit le fait general de la presence de 1'eau et de 1'ecume dans les voies respiratoires.
Les autopsies sont nombreuses, Morgagni, Becker, Louis, Littre, Senac, Petit, Detharding, Wepfer, Waldschmidt, Becker, Faissollc ct Champeaux, publicnt des fails a cet egard. Les experiences sur les animaux sont plus multipliers encore: que demedecins peuvent, comme Dehaen, prirr le lecteur de ne pas les accuser, a cause de tant de sacrifices d'animaux, d'avoir une humeur impitoyable et cruelle! Ces experiences ont conduit a apprecier la valeur de cer tains signes et a determiner le genre de mort. On peut s'etonner du temps qui a ete necessaire pour faire prevaloir la theorie de 1'asphyxie. L'abaissement de 1'epiglotte, fermantles voies respiratoires, 1'affaissement du poumon, la viciation de 1'air dans la poitrine par suite de 1'arret de la respiration, 1'introduction de 1'eau dans 1'estomac et dans les ramifications bronchiques, 1'asphyxie avec ou sans matiere, la syncope, la congestion cerebrale et 1'asphyxie, sont tour a tour invoque's. Marc resume ces opinions, en admeltant quatre formes dans ce genre de mort, 1'asphyxie pure, la syncope, la congestion cerebrale et 1'asphyxie mixte.
Plusieurs proces crimincls out appele 1'attention sur ce genre de mort : la cause de Maiziere, avec une consultation de Louis, dont Foclere donne 1'analyse, etnotamment le proces de Sirven, qui doit sa celebrite a Voltaire, et qui represente dans 1'histoire de la submersion 1' affaire de Galas dans celle de la sus pension. En 1764, la fille de Sirven, protestant, esttrouvee morte dans un puits ; le pere est accuse d'avoir assassine sa fille, parce qu'elle avait change de religion. Le medecin et le chirurgien du village, charges d'examiner le cadavre, decidcnt que la fille avait eternise a mort, avant d'etre jetee dans le puits, parce qu'elle n'avait point d'eau dans 1'estomac. Sirven est condamne au dernier supplice. Plus heureux que Galas, il n'cst pas exe'cute, et le parlement de Toulouse, eclaire par une consultation de Louis, declare son innocence. La question de survie est agitee a 1'occasion de la submersion ; Lorry, en 1751, public une consultation relative a la mort de trois personnes, dans le meme naufrage, an bac d'Argenteuil. L'affaire Riviere, discutee par MM. Lacassagne, Brouardel, de Beauvaisseux, Combalat, presente, en 1881, un fait analogue.
Ce sont les travaux modernes qui ont etabli 1'histoire de la submersion sur les bases solidcs de 1'observation et de 1 'experimentation. En 1808, Marc public un memoire sur les moyens de constaterlamort par submersion. Les recherches de Devergie en 1829 et en 1851 , fondees sur de nombreuses autopsies, font faire
un progres reel a celte etude, pour le diagnostic du genre de mort ct pour la determination des signes qui caracterisent les differentes epoques de la submer sion. Orfila fait d'interessantes experiences sur la putrefaction dans 1'eau. En 1863, Tardieu pubhe une nouvellc etude medico-legale sur la submersion et la suffocation, a 1'occasion des experiences institutes par la Societe medico-chirurgicale de Londres. L'bisloire de la submersion lient une place importante dans tous les traites generaux; les ouviagesde Fodere, Devergie, Orfila, renferment a cet egard les details les plus circonstancies et ont pose les bases decette etude; les tmites qui suivent retracent les progres accomplis, et y contribuent comme ceux de Taylor, de Gasper-Liman, d'Hoffmann. Nous indiquerons les recherches speciales de Faure,de MM. Bergeron etMontano, Vibert et Brouardel et d'autres observateurs. Le mecanisme de la mort et les signes caracteristiques de la sub mersion ont ete 1'objet de monograpbies qui ont cu pour resultat d'augmenter la pirci^ion du diagnostic. Ces travaux appartiennent a I'liistoire detaillee de la question et la bibliographic montrera toute 1'etendue de ce mouvement scientifique. Une autre partie de 1'historique est relative a 1'hygiene publique; 1'activite medicale s'exerce ici dans un sens professionnel, elle concourt a fonder des institutions qui assurent des secours aux noyes ; elle perfectionue les moyens de traitement. lei encore la liderature medicale est riche en travaux utileb qui seronl indiques dans la parlie de cet article relative au traitement de i'aspbyxie par submersion.
II. DIVISION. L'bistoire de la submersion comprend les divisions suivantes : 1° Le genre de mort des noyes, mecanisme, symptomes, marche et periodes, duree; 2° les caracteres analomiques, les preuves de la submersion pendant la vie; 3° les causes de la submersion, 1'accident, le suicide, I'homicicie; 4° les questions de survie ; 5° la duree de la submersion, la putrefaction dans 1'eau, son influence sur les signes du genre de mort; 6° les secours aux noyes; 7° la bibliographic.
Les questions medico-legales relatives a ce genre sont les suivantes : 1° La mort est-clle le resultat de la submersion ? L'individu etait-il vivant quand il est tombe ou a ete projete dans le liquide? 2° La submersion a-t-elle ete la con<cquence d'un accident, d'un suicide ou d'un bomicide? 5° Quelles ont ete les circonstances du fait : repas recent, ivresse, blessures ayant precede ou suivi la submersion? 4° Plusieurs personnes ayant succombe a la fois par submersion, resoudre la question de survie. 5° Quelle a ete la duree du sejour dans 1'eau? Modification des signes; diagnostic differentiel des lesions traumatiques et putrides. 6° L'appreciation des secours donnes aux noyes.
III. GENRE DE MORT DES NOY.ES. Les observations et les experiences ne laissent aucun doute a cet egard : les noyes meurent par asphyxie ; les fonctions s'eteignent dans cet ordre, la respiration, I'inneivalion, la circulation.
Bien des tbeories ont ete emises sur les causes de la mort des noyes; on s'etonne qu'on ait pu si longtemps discuter t;int d'opinions pen judicieuses. Une des plus populaires, celle de Sylvius et des Anciens, atlribuait la mort a 1'm^roduclion de 1'eau dans 1'estomac, gonllantle corps et etouffant le noye; Zacchias la refute : Que peuvent faire quelques decililres d'eau, un litre et demi an plus, avales pendant la submersion! Supposaut 1'eau chargee cl'liydrogene sulfure, c'est le poison introduit par les broncbes et non par 1'estomac qui batera la mort. L'abaissement de I'e'piglotte, fermant le larynx et empechant la sortie de
1'air et la sortie cle 1'eau, a ete considere comme la cause de la mort et comme un obstacle au retablissement des noye"s ; Detharding en concluait la necessite de la tracheotomie pour retablir la respiration et rendre 1'msufflation pulraonaire possible. On admettait un affaissement des poumons, prives d'air, refusant le passage au sang qui s'accumulait dans les cavites droitcs du coeur. Une action speciale de 1'eau sur les ramifications bronchiques etait supposee mettre obstacle a la respiration.
L'idee de causes multiples dans le mecanisme de la mort prcdomine ensuite parmi les observateurs. Marc propose sa division en six classes : asphyzie avec matiere par suffocation et engouement; asphyxie sans matiere, syncopale ou nerveuse ; la mort par congestion cerebrale ; 1' asphyxie mixte, la commotion cerebrale, 1'action toxique de 1'eau corrompue. Devergie admet cinq genres de mort dont il indique meme les proportions relatives : asphyxie par eau et. par ecume, 1/4 des cas; asphyxie avec congestion cerebrale ou syncope 5/8 ; par ces causes isolees 1/8. L'asphyxie pure, la syncope, la congestion cerebrale, la commotion, 1'asphyxie mixte, forment ses cinq divisions, plus tard reduites a ces trois genres de mort : asphyxie, syncope et congestion du cerveau.
L'unite de cause avail ete reconnue par Louis, c'est une asphyxie avec matiere, disait-il, produite par la presence de 1'ecume et de 1'eau dans les voies respiratoires. Ce sont les experiences sur les animaux qui ont etabli la conviction it cet egard; on ne voit point d'animal perir par syncope ou par congestion cerebrale. Us s'asphyxient tous de la meme maniere, et chez le chien, lechat, le lapin, on trouve 1'eau et 1'ecumc dans les bronches. Par une bien rare exception, cette ecume a pu manquer lorsque 1'animal a ete maintenu dans 1'eau la tete en has, sans pouvoir venir respirer a la surface, mais meme dans cette condition 1'ecume se produit presque constamment ; il a suffi de dissoudre dans 1'eau une sub stance coloree pour prouver qu'elle penetre dans 1'intimite du poumon. Les autopsies faites a temps demonlrent Tasphyxie comme fait general. On compte les cas dans lesquels manque 1'ecume caracteristique, lorsque 1'autopsie n'a pas ete tardive. A ce caraclere dont nous appreeierons I'importance decisive s'ajoutent les autres signes de 1'asphyxie. Deja Sedillot avail dit en 1850: « Nous considerons 1'immersion comme determinant toujours la mort par asphyxie. » La meme opinion se trouve dans nos auteurs modernes, plus ou moins explicitement. Dans la part meme qui est faite a la syncope, on voit dominer celle qui appartient a 1'asphyxie. MM. Bergeron el Monlano constatent « qu'il y a toujours de 1'ecume dans les voies respiratoires, que la mort ait eu lieu par syncope ou par asphyxie; » 1'ecume se presente avec les congestions cerebrales les plus prononcees. II est bien difficile qu'une mort par apoplexie soil assez subile pour eteindre immediatement toul mouvement respiratoire. L'asphyxie fait perir en quatre ou cinq minutes et ne laisse guere le lemps aux aulres causes d'agir. L'asphyxie esl d'ailleurs constatee par des signes caracteristiques qui ne permeltent aucun doute sur ce genre de mort.
G'est 1'obstacle a 1'entree de 1'air qui determine 1'asphyxie; Veau n'agit que comme un milieu irrespirable. L'eau n'est pas seulement un obstacle exterieur, elle penetre dans les voies respiratoires ou elle remplace en partie 1'air residual. On avail suppose que celte eau, par son action meme sur la muqueuse, contribuail a determiner la mort. Mais de nombreuses experiences ont demontre que de notables quantites d'eau introduites dans les bronches sont rapidement absorbees sans produire d'effets faclieux. Gohier a injecte de 1'eau dans la t achee
de chevaux, le liquide elait absorbe et 1'animal se remettait vile. Gardanue, Gamier, Goodwin, apres avoir introduit par une incision faite a la trache'e de chiens et de lapins quatre fois plusd'eauque Ton n'en trouve apres la submer sion, out vu que ces animaux d'abord incommodes et abattus ne tardaient pas a sc retablir. Un cbien est pendu jusqu'a perte de connaissance, la tracbeotomie le ranime ; on veut le noyer sur place, plus de deux litres et demi d'eau sont injecles dans 1'ouverture de la tracbee, sans aucun effet, nous dumes recourir a un autre genre de mort. L'eau agit sur le larynx et 1'irrite, elle est alors rejetee avec violence, mais, quaiid elle a penetre dans la tracbee, elle est supportee et ellr est absorbee rapidement. La penetration decette grande quantite d'eau dans le sang ne peut en ellc-meme etre nuisible. P. Bert a injecte dans les vaisseaux un tiers du poids de 1'animal, avant de determiner dcs pbe'nomenes graves. Si 1'eau est impure, cbargee de vase, elle inlroduit alors des corps etrangers qui doivent bater 1'asphyxie et en trainer tous les dangers qui re'sultent delape'netration de corps solides dans les voies respiratoires. Ainsi, pour les malades alTaiblis, la penetration par accident d'une boisson alimenlaire ou medicamentense dans les bronclics determine des accidents de suffocation que nc produit pas 1'eau pure.
L'introduction des aliments dans les broncbes pent etre une cause de mort, soil immediate, soit consecutive. Un noye avail survecu pendant dix minutes apirs avoir <ie retire de 1'eau; des vomissements avaient eu lieu; a 1'autopsie nous trouvons des matieres alimentaires dans les broncbes, et notamment un boucbon de viande qui obstruait une des divisions dc la broncbe gauche; la mort etait sans aucun doute le resultat de cet accident. M. Devergie rapporte le cas d'une fcmme retire'e vivante et saignee, cbcz laquelle de 1'eau et du pain avaient envabi les principales divisions des broncbes.
L'eau cause la mort en empecbant 1'entree de 1'air et en se substituant au restant d'air qui pouvait encore servir. L'epuisement de 1'oxygene dans Yair residual devient la cause immediate de la mort. Berger a repete les experiences de Goodwin et en a fait de nouvelles pour apprecier 1'alte'ration de 1'air qui forme la derniere ressource du noye ; il a recueilli les gaz expires ; presque tous les animaux rejetaient, au bout d'une minute ou d'une minute et demie, une parlie de 1'air que contiennent leurs poumons ; cct air etait notablement alte're ; au lieu de contenir 21 pour 100 d'oxygene, il en renfermait 4 ou 5 pour 100, comme 1'air des cloches ou les animaux s'asphyxient faute de renouvellement. 11 est certain que les animaux ne laissent 1'air s'echapper que lorsqu'il est trop vicie pour entretenir la vie. La capacite pulmonaire d'un adiilte etant de quatre ou cinq litres, c'est la quantite d'air qui lui reste pour prolonger sa vie, quand la communication avec 1'air exterieur est interrompue. II est utile de retenir le plus longtemps possible son baleine, lorsqu'on se noie, les animaux le font instinctivement. Toute expiration peut diminuer cette reserve d'un demi-litre a trois litres et accelcrer la mort. L'eau se substitue a cet air qui formait une der niere ressource, et on pent s'assurer par des experiences qu'il en est toujours ainsi dans la submersion. La mort est d'autant plus rapide que cette substitution de 1'eau a 1'air est plus prompte et plus complete. Surun animal trache'otomise, la submersion entraine une mort bien plus rapide. Nous avons troupe dans ces cas une minute et demie a trois de resistance, au lieu de quatre ou cinq. II manque a 1'animal une ou deux minutes de vie que lui assurait 1'occlusion du larynx. Ainsi la ropidite de la mort varie suivant qu'on lie la tracbee avant ou
SUBMERSION. til
•apres 1'expiration. Chaque respiration foil perdre a 1'air environ 4 pour 100 d'oxygene, 4,78, en y ajoutant une proportion correspondante d'acide carbonique, 4,54. II faut peu de temps pour que 1'air residual, non renouvele, devienne incapable d'entretenir la vie. S'il reste 15 pour 100 d'oxygene au lieu de21 , on respire sans difficulte; cetteproportion peuts'abaisser a 9 ou 1 0 pour 1 00, mais alors le danger commence; de meme, 10 pour 100 d'acide carbonique se supportent sans accident, et jusqu'a 20 pour 100 la vie de 1'animal n'est pas immediatement menace'e. Mais la combustion de cet air residual s'opere vile. P. Bert a constate que, pour rimmersion dans 1'eau a 14 degres, au debut la quantite d'acide carbonique expire depasse la normale, par suite de 1'activite des combustions determinees par la lutte de rorganisme ; que le contraire a lieu ensuite, la respiration devenant plus lente. L'alteration de cet air residual est done rapide. II a pu suflire pendant une ou deux minutes ; au dela il devient insuffisant et nuisible, et 1'asphyxie se produit.
Le role du larynx est a noter dans 1'asphyxie par submersion; sa sensibilile spe'ciale surexcitee par le contact de 1'eau determine la contraction des muscles constricteurs de la glotte ; Torgane se ferme et s'oppose a 1'entree du liquide ; c'est un fait a la fois volontaire et d'instinct ; la glotte reste fermee aussi longtemps que 1'individu resiste et a sa connaissance. Toute cause qui aflaiblit cette resistance du larynx ou qui le rend plus permeable fucilite rentree du liquide et bate la mort. II vient uu moment ou le besoin de faire une inspiration 1'emporte, le larynx s'ouvre et 1'eau penetre dans les voies respiratoires. L'anesthesie fait des progres, les muscles constricteurs se paralysent, et des inspi rations prolongees et convulsives font passer 1'eau librement a travers le larynx. Au moment de la mort, le reluchement est complet, comme pour les autres sphincters. On discutait autrefois la question de savoir si le noye mourait en inspiration ou en expiration. « Qui demerguntur in aqtiis inspirando moriuntur », disait llebenstreit. II est de toute evidence qu'ici comme toujours c'est 1'expi ration qui termine la vie, mais elle doit etre peu prononcee pour un poumon emphyse'mateux et penetre d'eau ; elle modifie peu 1'e'tat de cet organe. Le role de Yepiglotte est peu considerable; elle s'abaisse au moment ou le larynx se contracte et resiste ; elle se releve ensuite, et c'est dans cet etat qu'on la trouve a 1'autopsie, sauf dans les cas de putrefaction. La chute de la langue en arriere a ete considered comme pouvant exceptionnellement contribuer a 1'aspliyxie et empecher au moins le retour a la vie, quand le noye a etc retire de 1'eau; on doit sans aucun dmite s'assurer de 1'etat de la langue, mais c'est en avant qu'elle est leplus souvent projetee.
La congestion cerebrale n'a qu'un role accessoire : primitive, elle facilite la submersion, en diminuant la resistance ; secondaire et passive, elle est le resultat du trouble de la circulation et de 1'arret du sang dans le systeme veineux ; elle est loin d'ailleurs d'etre un fait habituol dans ce genre de mort, ainsi que le demontrent a la fois les experiences sur les animaux et 1'analyse des observa tions. C'est 1'arrivee du sang noir qui paralyse le cerveau ; Orfila faisait deja remarquer que la mort par apoplexie n'est presque jamais aussi prompte que celle par submersion. Si par coincidence 1'apoplexie se mele a la submersion, on ne peut guere admettre qu'elle sera assez foudroyante pour eteindre instantanement tout mouvement respiratoire. A moins d'un enorme epancbement peripherique ou ventriculaire, ou d'une lesion du noeud vital, 1'asphyxie viendra ^p!er son action a cette mort par le cerveau, pour fpeu que la respiration n'ait
pas ete instantanement abolie, ce qui est le cas ordinaire. On pent encoreremarquer que chez les noyes rappeles a la vie les accidents consecutifs ne se presenlent pas du cote du cerveau, a moins d'une lesion primitive decet orgaiie co'incidant avec la submersion.
La syncope a ete considerce comme jouant un grand role dans la mort par submersion, mais deux considerations en restreignent de beaucoup 1'importauce : les animaux, tons les experimentateurs Font constate, ne perissent point par syncope pendant la submersion; la circulation est laderniere fonctionquis'e'teint; le coeur continue a battre pendant deux ou trois minutes, et meme plus, apres que 1'aiiimal a succombe. Dans les autopsies recentes, on retrouve, a peu pres constamment, la preuve de 1'aspbyxie, mais rien evidemment n'empeche que la syncope qui se produit a Fair survienne aussi chez un individu plonge dans un liquide.
La syncope peut etre initiale, occasionnee au moment meme de la submersion par la terreur, par 1'aclion du I'roid; elle paralyse toute resistance et fait tomber immediatement au fond de 1'eau. On peut mourir de syncope dans 1'eau comme dans 1'air, mais, pour qu'aucun signc d'asphyxie ne se produise, il taut que la respiration ait oesse de prime abord d'une maniere absolue et qu'elle ne se soil pas un instant retablie, fait qui doit etre bicn exceptionnel. On suppose que dans un etat de ce genre 1'individu continue a vivre, sans subir les effets de 1'aspbyxie, et c'est aiusi que Ton explique de longs sejours sous 1'eau compatibles avec la vie. Les observations sutlisamment precises manquent au double point de vue de cette tongue duree de la submersion et de 1'absence de signes d'asphyxie. La syncope initiale aurait pour effets, soil une mort imme diate, empechant les signes d'asphyxie de se produire, soil un retard apporte au moment oil 1'asphyxie commence; elle serait a la fois consideree comrae pouvant accele'rer ou ralcntir les effets de la submersion.
La syncope concomitante ou consecutive, provenant de la perturbation profonde de 1'organisme, s'ajoute aux effets de 1'asphyxie. elle 1'abrege et la termine ; le coeur qui ne recoit plus que du sang veineux finit par cesser de battre. Diminuant ou arretant les mouvements respiratoires, la syncope met un terme a 1'asphyxie; c'est une fin brusque comme celle qui survient pendant 1'anesthesic produite par le chloroforme. II est legitime de penser que de faibles signes d'asphyxie indiquent vine mort plus prompte, tandis que des signes plus prononces correspondent a une resistance plus prolongee et a une mort plus lente. Quand une syncope se prolonge, le plus souvent une respiration plus ou moins sensible entretient la ue; dans 1'eau, cet etat suffit pour que des phenomenes d'asphyxie se produisent; la regie, c'est que 1'asphyxie commence et que la cessation des battements du creur n'est que consecutive. L'intervention plus ou moins prompte de cette syncope finale peut etre indiquee par la difference de coloration des sangs arteriel et veineux.
Comme causes accessoires, on a mentionne la commotion cerebrale, produite par une chute ou par un coup, et les blessures diverses ; il est difficile, quand elles ont lieu au moment meme de la submersion, qu'elles ne laissent pas le temps aux signes de 1'asphyxie de se produire; nous avons vu la mousse e'cumeuse et sanglante chez un individu qui s'elait coupe la gorge dans la riviere d'lll, avec taut d'intensite que le rasoir, divisant une des arteres carotides et la tracliJe, avail laisse sa trace sur le rachis. Un milieu toxique peut aussi ajouter ses effets a ceux de 1'asphyxie.
Symptomes et periodes. Les symptomes de 1'asphyxie par submersion peuvent etre rattaches a trois periodes.
La premiere est celle de resistance, qui se termine par 1'apparition subite des phenomenes initiaux de 1'asphyxie. L'individu qui se noie retient son haleine, et mieux il y reussit, plus il prolonge sa resistance. Parfois une inspi ration de surprise diminue au debut sa provision d'air. Le noye plonge, remonte a la surface, nage ou se debat, s'accroche a tous les objels qu'il peut saisir; ses doigts crispes laboureut le fond de la riviere. Le besoin de respirer, imperieux et douloureux, devient bientot intolerable. Dans cette pe riode dyspneique, la conscience et les mouvements reflexes sont conserves. Parfois une inspiration instinctive laisse pe'netrer 1'cau dans le larynx; le noye tousse et avale, rejette 1'air et 1'eau, et cette scene se prolonge, s'il parvient a venir respirer a la surface. La sensation si penible causee par la penetration de 1'eau peut diminucr un moment le besoin de respirer, mais bienlot la volonte s'affaiblit, le besoin instinctif de respirer prend le dessus; c'est au moment ou commencent les phenomenes nerveux de 1'asphyxie que de profondes inspirations font penetrer 1'eau dans les voies respiratoires, chassant 1'air de reserve qui, sous forme de petites bulles, vient se repandre a la surface de 1'eau. Un peu d'air s'est echappe d'abord pendant que 1'animal re'sistait avec violence, mais tout a coup, au moment ou cette resistance faiblit, un nuage d'ecume apparait a la surface du liquide, et montre que 1'eau vient de remplacer brusquement une grande parlie de 1'air dans les poumons. Chez les lupins, c'est entre une et deux minutes, a une minute et demie, que sort cette boufiee caracteristique ; pour le pigeon, c'est vers quarante-cinq secondes; Berger avail de'ja constate qu'a une minute et demie les animaux rendent cette derniere et grande expiration d'air. Pour 1'homme, on peut assigner la meme duree a cette periode, deux minutes auplus, et cette opinion est confirmee par les observations faites sur les plongeurs.
C'est a cette periode que se rapportent les observations faites sur 1'etat mental des noye's. La connaissance est d'abord parfaitcment conserve'e, et le noye se comporte suivant sa force morale et sa presence d'esprit. Un etudiant en medecinc retire de 1'eau au moment de perir disait n'avoir execute aucun mouvement respiratoire, dans la crainle d'inspirer de 1'eau. La resistance a ses formes plus ou moins desespere'es, il est des cas ou ellc est a peu pres nulle et le noye tombe au fond de 1'eau. Si quelques-uns disent avoir eprouve des tourments inexprimables, un plus grand nombre ne parlent que de courtes angoisses. Bientot des phenomenes nerveux se produisent, du bruit d;ms les oreilles, la vue de lumieres, le tapage cerebral qui precede la perte de connais sance. C'est au commencement de 1'asphyxie que se place cet etat mental des noyes qui a ete signale par tous les observateurs. Chacun a u rccevoir les confidences de personnes qui ont echappe a ce genre de mort Presque toules racontent qu'au moment ou 1'asphyxie commence 1'activite ce'rebrale prend une singuliere activite ; tout le passe se de'roule sous leurs yeux avec une rapidite et une precision incroyables. Un medecin me rapportait qu'avant de perdre con naissance il avail eu le sentiment le plus complet de sa situation et de ses consequences pour sa lamille. Une jeune fille entendail dans le loinlain le bruit des cloches, et se disait qu'elles sonnaient pour son enterrement. Dans ce court espace de temps, plusieurs repassaient les principaux evenements de leur vie. Cette lucidite particuliere, vaticinatio morientium, a ete signalee dans I»ICT. EMC. 3° s. XII. 36
divers genres de mort; on 1'a attribute a 1'action de 1'acide carbonique. Cette surexcitation cerebrale est loin d'exister toujours; certaines personnes disent avoir promptement perdu connaissance et avoir peu souffert. Un de nos anciens collegues, excellent nageur, se baignant avec des amis, plonge et ne reparait pas; on est inquiet de cette immersion plus longue que d'habitude, on le recherche, il est retire de 1'eau sans connaissance. II se remet peu a peu et declare qu'il n'a eprouve ni souffrance, ni oppression, etqu'il ne conserve aucun souvenir de ce qui s'est passe.
La seconde pe'riode est marquee au debut par cette perte de connaissance, par des inspirations profondes qui introduisent 1'eaudans les voies respiratoires. C'est 1'asphyxie aigue accompagnee de mouvements convulsifs et instinctifs. On voit chez les animaux des secousses violeiitcs des membre?, avec renversement de la tete en arriere; ces secousses sont accompagnees de mouvements respi ratoires presses et repetes, avec des inspirations profondes, convulsives, mctlant en mouvement tous les muscles inspirateurs. Par moments le tronc est en arc, la tete en arriere, les extremiles dans 1'extension, les orteils ecarte's. Mais bientot les convulsions cessent, les secousses s'espacent, les inspirations convulsives deviennent plus lentes, cette periode a dure comme la premiere une ou deux minutes.
La troisieme pe'riode est caracterisee par une anesthesie qui devient bientot la mort apparentc. Les secousses convulsives sont rares; les inspirations profoiules s'espacent de plus en plus; la sensibilite est absolument abolie, on ne determine aucun mouvement reflexe. Les muscles sont dans le relachement, les pupilles se sont dilatees des le commencement de cette periode, les sphincters se relachent ; il y a diverses evacuations ; nous avons constate celle du sperme chez des no^es. Bientot c'est la mort apparente qu'untressaillement vientparfois interrompre, et cette troisieme periode a dure a peine une ou deux minutes.
La vie etant eteinte, on voit chez les animaux le coeur continuer a battre, pendant deux ou trois minutes, presque toujours avec des mouvements trop faibles pour etre percus a 1'auscultation. L'asphyxie par submersion determine assez rapidement chez les animaux un abaissement de temperature de 4 a 5 dcgres qui devient bientot incompatible avec la vie. Chez les individus rappeles a la vie, la tempe'rature continue quelquefois a baisser et ce refroidissement progressif amene la mort en quelques heures.
Dnre'e. L'asphyxie par submersion est un des genres de mort les plus rapides, et la question peut se poser sous ces deux points de vue : quel est le temps necessaire pour causer la mort, au bout de combien de temps peut-on encore rappeler un noye a la vie?
Pour 1'espece humaine, on n'a certes pas d' observation faite montre en mainr et, si Ton assiste a une scene de ce genre, on se trompe facilement sur sa duree. Chacun sait combien il est difficile de rappeler un noye a la vie quand il est entre dans la periode asphyxique et avec quelle rapidite cette periode commence. On a vu des individus se jeter a 1'eau, en etre retires presque immediatement, et la vie e'tait deja e'teinte. On ne peut compter pour cette appre'ciation de temps les cas ou 1'individu qui se debat revient plusieurs fois respirer a la surface de 1'eau, et est retire avant qu'il ait perdu connaissance, ou au moment ou 1'asphyxie commencait. La question de duree s'applique a la submersion complete sans renouvellement de la provision d'air. Quatre ou cinq minutes et meme moins suffisent pour amener la mort d'un noye: une
minute et demie ou deux, jusqu'au moment cm 1'ou perd connaissance, le meme temps pour chacune des deux autres periodes, forment un total de quatre minutes et demie a six minutes pour la duree de cette asphyxie. On peut souscrire a cette opinion de Taylor : « II est de regie qu'un etre humain meure, s'il est submerge pendant une periode de quatre ou cinq minutes ». Le docteur Woolley, medecin de laSociete humaine, s'exprime ainsi : « On ne peut esperer sauver un noye, s'il a sejourne dans 1'eau plus de trois minutes et quelques secondes. » 11 cite deux cas apres cinq minutes, rnais la submersion, dit-il, etait-elle complete? Les cas exceptionnels et contestables seront discutes a 1' occasion des secours aux noyes. Mais 1'evidence est acquise pour la regie generate, qui fixe dans ces etroites limites de quatre a six minutes le temps necessaire pour causer la mort. C'est la penetration de 1'eau dans les voies respiratoires et ajoutons-y la presence de 1'ecume, qui sont, dit Tardieu, 1'element essentiel, sinon exclusif, de la mort par submersion, et qui rendent compte de la rapidite avec laquelle elle s'accomplit, et de la difficulte excessive qu'on eprouve a rappeler les noyes a la vie, difficulte que ne presenlent au meme degre, ni la simple privation d'air, ni la strangulation, ni la pendaison, ni 1'asphyxie par la vapeur de charbon.
On avail cru trouver dans 1'observation des plongeurs 1'exemple d'une plus longue tolerance pour les effets de la submersion. On avail dit qu'avant 1'invention des scaphandres les pecheurs de corail et de perles pouvaient rester un quart d'heure et une demi-beure sous 1'eau, en retenant leur haleine. Une observation reguliere a completement dementi ces assertions. Deja Fodere avail remarque que pour les pecheurs de moules a Martigues la submersion durait beaucoup moins d'une minute; ils repetaient eel exercice de 15 a 17 fois par heure, et ils en sortaient brises, mous, flasques, plus fatigues que par quelques jours de marche, la tete lourde, avec propensiou au sommeil ; ils etaient disposes a la surdite el leurs facultes intellectuelles etaient moindres que celles des autres pecheurs. Les pecheurs d'eponge, de nacre et d'huitres perlieres, ne restenl pas sous 1'eau plus de deux minutes. Marshall dit qu'a Geylan ils depasserit rarement cinquante secondes. A Spithead, un plongeur habile etait deja malade restant quatre-vingt-dix secondes sous 80 pieds d'eau. Lefebvre (de Rochefort), etudiant la queslion avec precision, a reconnu que jamais les deux minules pleines n'etaient alteintes el que la moyenne etait de soixanteseize secondes, pour des plongeurs exerces. Jamais, montre en main, la sub mersion volontaire n'a atteint Irois minutes; une minute et une minute et demie etaient des durees qui semblaient deja bien longues. « J'ai connu des plongeurs de profession et j'ai travaille avec eux, dit Alphonse Karr : celui qui restait le plus longlemps sous 1'eau y restait deux minutes et demie. Pour mon compte, je n'ai jamais pu atteindre deux minutes et, quand je depassais une minute et demie, c'etait a la fin de la saison, quand j'etais entraine. » LesGrecs de Navarin, qui en 1827 restaient de cinq a dix minules sous 1'eau, appartiennent a la legende. Le metier de plongeur, suivanl la remarque de Lefebvre, esl penible el dangereux. En sorlanl de 1'eau, ces hommes reslenl immobiles, la face congeslionne'e, les yeux injecle's, parfois le sang sort par la bouche, ils sont comme menaces d'apoplexie, ils ne vivent pas vieux, el quelquesuns perdent la vue, par suite de la congestion habituelle des vaisseaux de 1'oeil. Les acrobates plongeurs dans les foires, hommes poissons et femmes sirenes, onl permis de faire a cet egard des observations interessanles ; ils courent beau-
coup moins de risques que les pecheurs, ne supportant qu'une faible pression d'eau et ne se livrant pas a des efforts qui epuisent leur oxygene. Si 1'on n'a pas la montre a la rmin, ces immersions paraissent bien longues. On expliquait ces tolerances par 1' usage de la digitale et de la morphine, ralentissant la respiration et le coeur, par une nourriture vegetale rendant le sang moins avide d'oxygene. Les conditions reelles sont des poumons volumineux et sains, une grande capacite pulmonaire, naturelle, hereditaire, acquise, comme celle des coureurs et des chanteurs. La reine des eaux fait plusieurs inspirations profondes, puis elle se laisse couler au fond de raquarium; elle s'y agenouille, s'y couche, mange, y iaisant divers exercices dent la duree semble interminable; si Ton regarde sa montre, quarante-cinq secondes, c'est deja beaucoup; une minute, bien peu y atteignent, une minute et quiuze secondes forment une rare exception. La saute s'altererait bientot, si Ton se rapprochait souvent de ce maximum de deux minutes et quelques secondes, maximum possible, mais avant lequel presque constamment 1'asphyxie commencerait.
Les experiences sur les animaux conslatent les limites precises dans lesquelles est compris le temps necessaire pour causer la mort; ces limites sont etroites et varientun peu pour cbaque espece. Pour le chien, c'est quatre ou cinq minutes, la duree constatee pour 1'espece liumaine. La commission de Lomlres indique quatre minutes cinq secondes en moycnne, trois minutes trente secondes comme minimum, quatre mimilesquarante secondes comme maximum, le cocur continuant a battre trois minutes (rente secondes apres la mort, et dans les cas ordinaires apres deux minutes on ne pouvait plus rappeler 1'animal a la vie. MM. Bergeron et Montano ont trouve les memes moyennes de quatre a cinq minutes. Pour le lapin, apres bien des experiences, je fixcrais la limite cntre quatre et cinq minutes et demie; entre deux et trois minutes, etparfois nicme au-dessous, 1'animal n'est plus rappele a la vie. Pour le cabiais la duree est u n peu moindre, avec un maximum de quatre minutes.
On constate egalement chez les animaux que cette asphyxie est plus prompte qiie les auties. La ligature de la trachee chez le lapin ne cause la mort qu'en cinq ou six minutes, au lieu de quatre ou cinq minutes qui sont un maximum pour la submersion. Les chiens resistent a 1'occlusion de la trachee un peu plus lonrrteui|>s qu'a la submersion. Dans les experiences de la Societe royale de Londres, deux chiens lies a une planche sont plonges dans 1'eau, 1'un avec la trachee bouchee, 1'autre dans les conditions ordinaires: au bout de deux minutes on les retire. Le chien au tube bouche se retablit, 1'autre non. Dans trois autres experiences citees par Taylor, le retablissement a pu se faire apres quatre mi nutes chez les chiens dont la trachee etait bouchee, tandis qu'un pareil re'sultat n'etait jamais acquis dans la submersion. 11 nous a paru que dans 1'acide carbonique, dans 1'hydrogene, dans 1'azote, la limite des quatre minutes etait souvent depassee.
Les difftrontes especes animates presentent un degre de resistance qui varie suivant la temperature et la proportion du sang qu'ils renferment. Les aniniaux a sang froid supporlent une longue submersion, ainsi des grenouilles ont pu vivre six scmaines au fond d'une eau courantc. On a distingue parmi les animaux a sang chaud ceux qui naissent Jes yeux formes et qui presenteraient une plus longue resistance, pouvant atteindre une demi-heure, et ceux qui naissent les yeux ouverls, et qui pcrissent plus promptement. Celte diffe rence se borne a la pe'riode qui suit la naissance; quand les yeux sont ouverts,
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ils se trouvent dans les memes conditions. On cite a cet egard 1'expericnce de Buffon : une chienne ayant mis has dans un baquet d'eau chaude, les trois petits y resterent vivants pendant une demi-heure et deux d'entre eux ve'curent encore une nouvclle demi-heure dans du lait. Edward conserva dans ces con ditions un chien nouveau-ne pendant cinquahte-quatre minutes, et Legallois observa la survie d'une demi-heure chez un lapin naissant. Pour les cabiais nouveau-nes, la mort est tres-prompte. Pour les animaux plongeurs cette re sistance est toujours tres-longue ; d'apres Blanchard, elle depassait seize minutes chez le phoque. La capacite pulmonaire et la quantite de sang que renferrne 1'animal out une grande influence. Dans une experience de Paul Bert, un canard a pu register a seize minutes de submersion, inais, quand on cut saigne 1'animal de maniere a reduire son sang a peu pres a la proportion de celui d'un poulet, il continua a vivre sans accident, mais sous 1'eau il ne re'sista pas plus que le ' poulet. On considere le sang comme un magasin el un vehicule d'oxygene; plus 1'animal a de sang, mieux il resiste. Le poulet est noye en deux ou trois mi nutes, tandis que le canard, qui a un demi ou un tiers de sang en plus, supporte une submersion de sept a huit minutes, qui a pu meme aller jusqu'a seize. Pour 1'oie, la resistance est de huit a seize minutes ; elle est de moins d'une minute pour le pigeon. On a remarque que les animaux hibernants resistaient mieux a 1'aspliyxie en hiver qu'en ete; Spallanzani a pu conserver une mannotte pendant qualre heures dans un recipient d'acide earbonique. Plus les combus tions sont actives, plus la provision d'oxygene s'epuise vite et plus la mort est prompte. On expliquerait ainsi la resistance plus grande des animaux nou veau-nes; leurs tissus sont le siege de combustions moins actives; leurs muscles consomment moins d'oxygene que ceux des adultes. L'immunite aUribuee a la persistance du trou de Botal et du canal arte'riel ne s'applique qu'aux animaux submerges avant la respiration aerienne.
Diverses influences peuvent fliirc varier la marche de 1'asphyxie et modifier sa dure'e; une des plus imporlantes resulte de 1'etat du larynx. Chez les jeunes animaux, la partie interarythenoidienne de la glotte est a peine formee7 et les levres de la glotte presque entierement membraneuse font soupape et tendent a se fermer. Pendant la premiere partie de la vie, 1'organe est cartilagineux, il en resulte une fermeture plus hermetique de la glotte et par conse quent une i'aeilite plus grande a empecher 1'irruption de 1'eau dans les voies respiratoires. Mieux cet organe est clos, et plus longue est la premiere periode pendant laquelle les noyes retiennent leur haleine. Chez les individus plus ages, les cartilages s'ossifient et se pretent moins a cette complete cloture. La glotte interarythenoidienne peut rester en partie beante, et 1'air de reserve est ainsi plus rapidement perdu. Quand la glotte ne peut plus etre exactement fermee la mort est plus prompte. Les experiences suivantes en donnent la preuve : on noie un lapin tracheotomise, avec excision de trois anneaux de sa trachee artere; il est plonge dans 1'eau, la tete en bas, 1 'air sort tout de suite et apparait en bulles nombreuses a la surface; 1'animal se debat comme les aulres et il parait autant souffrir, mais sa resistance est moins longue et en moins de deux minutes il meurt; 1'ecumenousaparu moins abondante dans ces cas. Nous noyons un lapin, apres excision des deux pneumogastriques, au milieu du cou, au-dessus du recurrent, au-dessous du larynge superieur, ope'ration faite par M. le professeur Michel. L'haleine n'est retenue qu'uue minute, mais la mort n'a lieu qu'en quatre minutes et demie, comme pour les cas moyens. On coupe
le larynge supeneur des deux cotes, et le pnemnogaslrique au-dessus, 1' animal eprouve aussitot une grande dyspnce et a line respiration sifflante ; tenu sous 1'eau, 1'air s'echappe aussitot, la lutte est vive, mais la mort a lieu en deux minutes et demie, plus promptcmcnt que dans les cas ordinaires; 1'e'cume est abondante. Ainsi pour les questions de survie 1'etat du larynx doit etre pris en consideration. On a encore admis une difference dans la rapidite de la mort suivant que 1'immersion a lieu pendant 1'inspiration ou 1'expiration. Faissole et Champeaux avaient dit dans leur lettre a Louis, en 1767 : « Si 1'animal est dans un etat d'expiration, il perira plus tot; s'il est dans un etat d'inspiration, il vivra quelques moments de plus. » On expliquait ce lait par une inlluence sur la circulation du sang dans le poumon ; sa cause evidente est la diminution de 1'air de reserve.
Deux etats sont a considercr dans leur influence sur la rapidite de 1'asphyxie: 1'inanitionet la repletion de 1'estomac par des aliments.
L' inanition nous a paru avoir pour effet de ralentir la mort plutot que de 1'accelerer. Des lapins prives de nourriture pendant plusieurs jours et ayant ainsi notablement perdu de leur poids depassaient en resistance la moyenne habituelle de quatre minutes et demie. Un des caracteres de la mort par inani tion est la rougeur du sang; on admet qu'il contient plus d'oxygene, et cette circon.-tance pent rendre 1'asphyxie moins prompte.
La digestion en plcine activite et la repletion de Pestomac sont au contraire conside'rees par tous les auteurs comme une des causes qui rendent la submersion plus rapidement mortelle. On a de nombreuses observations de ces morls soudaines pendant un bain imprudemment pris a la suite d'un repas copieux. Aucun douten'est possible sur 1'influence de cette cause; c'est tres-frequeniment qu'on trouve cbez les noyes 1'estomac rempli de malieres alimentaires. On a pense que la congestion cerebrale etait alors plus facile, et que des etourdissements avaient ete provoques par un repas copieux; 1'appel du sang vers 1'estomac faciliterait la syncope. Une autre explication, c'est que, la quantite d'oxygene diminuant dans le sang pendant le travail de la digestion, 1'asphyxie devient plus facile et plus prompte.
Uivresse a ete considered comme hatant 1'asphyxie; il est vrai qu'elle accompagne frequemment un repas copieux et que les deux actions coincident. En paralysant la resistance, en enlevant la presence d'esprit, cet etat ne peut que rendre la' mort plus inevitable et sans doute aussi plus prompte. Mais est-il bien certain qu'un homme completement ivre, jete ou tombe dans 1'eau, y succombe plus vite que celui qui n'est pas sous 1' action de 1'alcooDf 11 nous a paru qu'un lapin chloroforme resistait un peu plus longtemps que dans les conditions ordinaires, c'est par secondes que cet avantage se compte, mais certainement la mort n'etait pas acceleree. Injectant lsr,50 de chloral, en dix minutes on a un sommeil profond, 1'animal immerge ne re'siste qu'au bout de quarante-cinq secondes; a une minute et demie, les bulles s'ecliappent; a quatre minutes et demie, il y a encore quelques spasmes et la vie ne s'etemt que vers six minutes, ce qui est une duree exceptionnelle. C'est dans des cas d'ivresse que nous avons trouve des caillots dans le coeur que nous croyons etre les indices d'une mort moins prompte. MM. Bergeron et Montano out constate la presence de caillots chez des chiens noye's apres avoir ete soumis a 1'action du chloroforme et de 1'opium. Pour un chien endormi par le chlorhydrate de morphine, les memes observateurs out constate que la mort avail eu lieu en
six minutes, ce qui de'passe la moyenne ordinaire. Ces observations tendraient a faire croire que les substances enivranles et narcotiques ralentissent plutot qu'elles n'accelerent la mort par submersion.
La temperature du milieu exerce sur la marche et sur les signes de 1'asphyxie une notable influence. Des lapins et des cabiais noyes comparativement dans de 1'eau a 5 degres et a 50 degres presentent les differences suivantes : la mort est beaucoup plus rapide dans 1'eaucbaude; nous avons constate qu'elle pouvait avoir lieu en deux et trois minutes, tandis qu'elle s'effectuait en quatre et cinq minutes dans 1'eau froide. L'ecume etait plus abondante, le poumon plus pate dans 1'eau a 5 degres que dans celle a 50 degres ; les petechies, rares dans les deux cas, etaient plus prononcees dans le second; le creur elait dur d;ui- 1'eau chaude, mou dans 1'eau froide; le sang etait liquide dans les deux c;is, mais prcsentant quelques caillots plus parliculierement dans 1'eau chaude. La difference entre les cerveaux n'etait pas bien sensible, peu injectes dans les deux cas, un peu plus pour le second; la pupille elait plus dilatee dans 1'eau froide; mais, au point de vue de la rigidite cadaverii]ue, le contraste etait remarquable : quarante minutes apres la mort dans 1'eau froide, les muscles reagissaient vivement a 1'electricitc ; au bout dc quelques minutes dans 1'cau chaude, les contractions ne se produisaient plus. Nous avons constate que la rigidite et;iit presque immediate cbez les animaux noyes dans de 1'eau a 50 degres, tandis qu'elle etait lente a se produire, au bout de deux ou trois heures environ, a la suite de 1'immersion dans 1'eau froide. Edwards a observe que de jeunes chats et chiens presentaient leur maximum de resistance a la submersion dans 1'eau a 20 degres, que cette resistance diminuait au-dessus et au-dessous de cette limite, qu'elle etait faible a 40 degres. Paul Bert, dans ses Jecons sur la respiration, constate que les jeunes animaux sont d'autant plus vite' noyes que 1'eau est plus chaude et que plus on eleve la temperature, plus on augmente les causes de mort. M. Lebon, conseillant les bains a 50 degirs pour le traitement de la mort apparente des nouveau-nes, declare qu'on ne doit pas les y laisser plus de cinq minutes, qu'au dela on s'expose a les voir entrcr en rigidite cadave'rique ; dans le traitement de 1'asphyxie par submersion, les bains a 50 degres ont un effet desastreux. Des observations de cc genre peuvent etre faites sur des individus qui tombent dans des cbaudieres, mais le plus souvent on les retire avant que 1'asphyxie ait eu le temps de se produire; on est alors en presence de la brulure elendue a toute la surface du corps et nous avons vu dans trois cas de ce genre, chez des individus tombes dans une •chaudiere de brasserie, 1'asphyxie conse'cutive sc produire avec 1'insensibilite et le refroidissement progressif, jusqu'au moment de la mort, qui arrivait on quelques heures.
L'asphyxie pent etre compliquee de circonstances qui la rendent plus surement et plus promptement mortelle, telle est 1'impurete de 1'eau. Les effets ne sont pas les memes dans une eau limpide et courante et dans une mare bourbeuse, d'ou s'exhalent des gaz fetides, les marais, les etangs, les egouts. On disait autrefois que dans Jes canaux d'Amsterdam 1'eau corrompue empoisonnait celui qui y tombait avant de le noyer. Fodere attribue a cette cause la niort de deux etudiants a Strasbourg, dans la riviere d'lll, pendant les chaleurs de 1'ete, et dans la Seine, celle du docteur Hebrard, collaborates du Dictionnaire des sciences me'dicales; cette circonstance, dit-il, rendit tous les secours inutiles, malgre une sortie de 1'eau presque immediate. La submersion est ici
compliquee ou precedee d'un empoisonnement. Noyant un lapin dans line solution d'hydrogene sulfure, nous avons vu la mort se produire en deux mi nutes, avec une resistance moins longue; 1'ecume etait abondante, le poumon grisatre avec ecchymoses, le sang noiratre et liquide; plus prompte que dan* la submersion ordinaire, la mort n'avait pas e"te presque instantanee comme par 1'action du gaz pur. Ces remarques s'appliquent a la submersion dans le liquide des egouts. La chute dans les tosses d'aisances presents des fails de ce genre, notamment pour les nouveau-nes dont la mort est certainement acceleree par 1'action des gaz sulfures et ammoniacaux ; les malieres se retrouvent alors dans 1'estomac et dans les voies respiratoires. L'aspltyxie peut encore se produire dans de la vase, dans du sable mouille, dans de la ncige fondue; Taylor cileun cas de ce genre. Al'occasion de 1'infanticide on a a rechercher les signes de 1'aspliyxie, dans 1'eau de 1'amnios, dans le sang, dans 1'urine et les matieres fe'cales.
L'eau peut etre chargee de divers principes, qui sans doute iniluent peu suv la rapidile du genre de mort. On n'a pas dit que 1'aspliyxie eut des caracleres diffe'rents dans 1'eau de mer et dans 1'eau douce; pour les noyes dans lamer on a un caractere de plus, c'est la presence de 1'eau de mer dans 1'estomac, indiquant que la deglutition s'est foite pendant la submersion. Nous avons vu une fern me noyee par suicide, la tele en bas, le corps releve, dans une cuve qui contenait une solution de sulfate de fer, preparee pour la disinfection d'une fosse d'aisance; les signes d'aspbyxie etaient les memes avec 1'ecume caracteristique, et les reactions permettaient de suivre 1'eau dans 1'intimite du poumon, dans les voies digestives et diverses autres regions, completant ainsi le diagnostic du genre de mort. La submersion dans diverses solutions salines ne modifiepas le genre de mort; dans des solutions de cyanure jaune et d'iodure de potassium les effets etaient les memes que dans 1'eau pure. Dans les teintureries, les blanchisseries, 1'asphyxie peut se produire dans des liquides colores qui laisseraient sur les organes des traces caracteristiques, sans modifier tresprobablement les signes de 1'asphyxie.
La submersion peut avoir lieu dans d'autres liquides, dans une cuve de vin, de biere en fermentation. On ne peut pas omettre la legende du due Georges de Clarence, 1'rere d'Edouard IV, roi d'Angleterre, choisissant comme genre de inort la submersion dans un tonneau de Malvoisie. « On le plongea la tete en bas dans un tonneau de Malvoisie, et il finit ses jours comme il 1'avait desire. On lui trancha ensuite la tete. » D'autres disent qu'il fut etoui'ie dans un tonneau de biere (1478). Pendant le sac de )'H6tel-de-Yille, a Strasbourg, en juillet 1789, les caves ne furent pas menagees; les tonneaux furent defences et 1'imiption du vin fut telle que plusieuvs des assaillants fureut noyes dans celte liqueur. La submersion dans 1'alcool laisse des traces caracteristiques. Un lapin est noye en trois minutes dans un liquide qui contient 1/0 d'alcool; avec ui.e proportion plus forte, c'est deux minutes; dans 1'alcool du commerce, une minute un quart; les cornees sont troubles, 1'ecume est jaunatre ou rougeatre^ blanche, si la dose est faible; les poumons sont jauncs, plus denses, imbibes d'alcool, ayant 1'apparence d'une piece anatomique conservee; dans le coaur des caillols noiratres ou rougeatres se melent an sang liquide; on a trouve de 1'alcool dans 1'urine. Les submersions dans le lait et dans I'huile ont aussi ete 1'objet d'experiences : Piollet a toujours trouve 50 a 60 grammes d'huile dans les voies aeriennes des chiens, chats et lapins qu'il noyait dans cette liqueur. On a plonge des animaux dans de 1'eau coloree par de 1'encre, de la boue, du
noir de fume'e, pour demontrer la presence du liquide dans les poumons. La submersion dans le mereure a aussi ete effectuee ; elle met en evidence 1'introduction du liquide dans 1'estomac et dans le poumon. Noyant an lapin, la tete en bas, dans la cuve a mereure, nous avons constate qu'il nc mourait qu'en cinq minutes et demie, un peu plus lentement que dans 1'eau. L'estomac contenait 59 grammes de mereure avale; 28r,50 du metal s'ecoulaient des bronclies sous la forme de nombreuses gouttelettcs; les poumons etaient Iresemphysemateux par places, etcomme dans une insufflation forcee, le microscope 1'aisait reconnaitre la dechirure de quelqut-s vesieules ; des globules se trouvaient dans les plus petites bronches, sans qu'on put affirmer qu'ils eussent penetre dans les vesicules. Les poumons etaient plutot |>ales, il n'y avail pas d'injection du cerveau. Les experimentations de ce genre ont quelque interet pour 1'etude du mecanisme de la mort et de la valeur de quelques-uns des signes de 1'asphyxie par submersion.
Des causes accessoires, internes ou externes, peuvcnt intervenir, mais il est bicn rare queleur action soil assez prorapte pourempecher les signes d'aspbyxie de se produire. Un homme saute dans 1'eau pour sauver un enfant, il est aussitot Irappe d'apoplexie, on le retire a demi asphyxie, il est rappele a la vie, on decouvre alors une hemiplegie, et trois heures apres il succombe. L'autopsie constate une extravasation de sang a la surface du cerveau. C'est 1'asphyxie qui aurait cause sa mort, si elle s'etait prolongee. Une chute, uncoup, occasionnent une commotion cerebrale, avec ou sans fracture du crane; il est bien probable que dans la plupart de ces cas, la respiration n'etant pas immediatement eteinte, 1'asphyxie aura pu s'effectuer. Ces complications peuvcnt rendre la mort plus prompte, en empecbant loute resistance, et en abregeaut la periode pendant laquelle le noye retient son haleine.
III. CARACTERES ANATOMIQUES. PREUVES DE LA SUBMERSION PENDANT LA VIE. La mort est-elle le resultat de la submersion? Telle est la premiere question a resoudre; les caracteres exlerieurs et les lesions internes fournissent les elements necessaires pour y repondre.
L'ezamen exterieur du corps peut snffire; la justice, dans beaucoup de cas, ne nous demande qu'une levee de cadavre. Avec les circonstances connues du fiut, 1'absence de toute trace de violence et la preuve du sejour dans 1'eau etant constatees, 1'expert a fourni les renseignements necessaires pour deter miner le caractere de 1'evenement.
Le corps est-il nu ou vein? Le premier cas est le plus frequent dans la saison chaude et fait pre'sumer 1'accident. On rechercbera s'il y a des traces de desordre, de decliirure dans les vetements, leur disposition singuliere, accidentelle ou voulue, pour rendre la submersion plus facile, la pression des liens, les teintures qui ont pu se dissouclre et colorer la peau, la vase qui couvre les vetements, les herbes accrocbe'es, les produits vegetaux qui y adherent, jusqu'a la vermine qui peut fournir un indice sur la dure'e de la submersion. Les suicides deposent souvent une partie de leurs vetements sur la rive, une montre qui n'a pas encore cesse de battre ; on recberchera si les poches ne contiennent pas des objels plus ou moins lourds qui ont facilite la submersion.
L'aspect exterieur est souvent caracteristique; en juin 1875, a la suite des inondations de Toulouse, M. Montano, examinant a l'I16tel-Dieu les 95 cadavres d'individus qui avaient peri pendant Ja nuit precedente, constata des differences
assez considerables dans la coloration des teguments et dans 1'attitude, mais ces differences de details ne voilaient pas « le cachet special et tout a fait carjcteristique qui leur etait commun. » Get aspect exterieur varie d'ailleurs suivant la duree du sejour dans 1'eau, et suivant que 1'examen a etci plus ou moins immediat; au bout de quelques beures en ete, le meme noye se reconnait a peine, il change pour ainsi dire a vue d'oeil.
L' attitude et 1'expression soul plutot cclles du sommeil; mais 1'attitude peut offrir des circonstances caracteristiques; Tun tient une corde, un aviron, des herbes arrachees, 1'autre a les bras places en rond comme s'il embrassait un objet; dans un suicide mutuel, 1'homme et la femme sont enlaces Tun a 1'autre. Un eludianl retire de J'lll aprcs une submersion assez longue avail encore ses lunettes sur le nez.
Chacun a note le froid immediat du corps, meme chez ceux qu'on retire vivants; 1'equilibre tend a s'etablir avec la temperature du milieu; ce genre de morl amene un refroidissement rapide; les animaux tombent vite a une temperature incompatible avec la vie. [/evaporation du liquids concourt a produire cette fraicheur du cadavre, remarquee par tous les observateurs. La temperature sera prise au thermometre, notamment a la region du foie, afln d'avoir un indice de plus pour 1'epoque de la mort; il faut plusieurs heures pour que 1'equilibre s'etablisse avec la temperature du milieu, ce fait est plus prompt dans I'eau que dans 1'air, ou il ne se produitguere, suivant lessaisons, qu'apres une vingtaine d'heures.
Au sortir de I'eau, la face est le plus souvent pale, avec une teinte bleuatre des oreilles et des levres; elle peut etre aussi congestionnee et violacee; on a note les teintes plombee et grisatre. Pour peu que la submersion se prolonge, la face a une teiute rosee qui contraste avec la paleur du reste du corps. Le poids specifique de la tete plus considerable fait plonger cette region et y attire le sang reste liquide. Si Tcxamen est differe', bientot la face passe par toutes ces phases de coloration verle et noiratre et de gonQement qui appartiennent a la putrefaction.
Sur ie noye' recemment retire de I'eau, le globe de I'ceil est lisse, clair, lave, sans aucune trace de toile glaireuse. Les yeux sont cntr'ouverts, fait habituel, quel que soit le genre de mort; ils sont fermes plus tard quand les paupieres se gonflent; ce qui explique la dissidence des auteurs a cet cgard. Plouquet, en 1788, declarait qu'ils etaient ouverts; Klose, en 1811. souteuait 1'opinion coutraire. Taylor affirme que les yeux sont a demi ouverts ; c'est 1'e'tat que nous avons constate pour les cas recents. La pupille est le plus souveut dilate'e jusqu'a 6 et 8 millimetres; nous avons aussi note des cas de contraction, ce qui peut se produire pendant la rigidite cadaverique. L'inegale dilatation des pupilles est parfois observee. L'injection de la conjonclive a aussi ele remar quee, et tres-exceptionnellemeut on a signale les ecchymoses de cette membrane.
La boucbe est entr'ouverle, et tres-habituellement 1'ecume cai acte'ristique est sur les levres; c'est la qu'on peut en retronver les dernieres traces, lorsque la putrefaction 1'a expulsee des bronches. Dans la collection de Maschka on indique que cetle ecume a la bouche se presente chez 20 pour 100 des noyes. Cette ecume est blanche dans les cadavres frais, mais bientot elle devient rougeatre, brunalre, melee a un liquide sanguinolent. Les memes malieres s'ecoulent par les naiines ; assez rarement c'est du sang pur. On a aussi indique la sortie du sang par 1'oreille, fait absolument exceptionnel. La bouche contient de I'eau,
dela vase, des traces d'aliments; plus tard, elle est fermee par le gonflenient des levres. Si les machoires sont serrees chez un noye recent, c'est plutot un signe de vie. La rigidite cadaverique, tout en rapprochant un peu les machoires, les maintient dans leur etat d'ecartement, sauf dans des cas bicn exceptionnels.
La situation de la langue a aussi appcle 1'attcntion ; elle est le plus souvent projetee en avant, c'est 1'avis a peu pres unanime de tous les observateurs ; Taylor, Wald, 1'affirment; cette situalionexiste dans la proportion de 17 pour 100, d'apres Maschka. La langue fait parfois saillie entre les dents, dont elle porte 1'empreinte; la morsure, mais bien rarement, pent etre sanglante. Voici a cet egard la statistique de nos autopsies dans lesquelles nous avons releve cette particularile : dans 35 cas, la langue etait engagee entre les arcades dentaires; 12 fois elle portal t 1'impression des dents, mais sans morsure sanglante; 16 fois elle etait en avant, pressee centre les arcades; 16 fois elle etait retiree en arriere. La projection en avant a done etc reconnue dans 63 cas sur 79; 16 fois seulement c'etait la disposition contraire; ce qui donne une proportion des quatre cinquiemes pour la projection de la langue en avant. La base de la langue est tres-souvent le siege d'une injection marquee, bornee a l;i iniujueiise ; 1'incision du tissu fait voir q if elle ne s'etend pas au muscle. Cette injection occupe en meme temps 1'epiglotte. Sur 42 cas oil nous avons recherche ce signe, nous 1'avons trouve 34 fois et 8 fois il faisait defaut.
La peau est generalement pale, avec quelques laches rosees, a la face interne des cuisses et sur diverses regions du corps, taches formees par des injections partiellcs et qu'on a appelces taches asphyxiques ; on remarque aussi des tactics plus foncees de cyanose et qui ne sont pas en rapport avec la declivite du corps. Hoffmann explique les taches rosees par la penetration de 1'eau qui apporte an sang de 1'oxygene et le rougit. Quand on les incise, on constate 1'injcction des petits vaisseaux et 1'existence de congestions partielles. Bientot cette paleur tranche avec la couleur plus vive d'autres regions, de la face surtout, du ster num et du cou, teintes qui precedent les colorations putrides. Les veines des epaulesetdes brasne tardentpas a se dessiner ensillons rougeatres. Les livid ite's cadaveriques po.cterieures n'cxistentpas ouapeine chez lesnoyesqui ontlongtemps sejourne dans 1'eau; la position n'a pas ete assez stable pour les produire. C'est plutot vers la partie superieure du corps que le sang liquide s'est porte, par suite de la position declive qu'a donnee a la tete son poids specifique plus grand. Quand le sejour dans 1'eau n'a ele que de quelques heures, les lividites cadaveriques se forment a la partie posterieure du corps, comme dans les cas ordinaires. De 1'apparition de ces lividites on peut conclure que la mort ne date pas de plus de quatre ou cinq heures, quand elles sont considerables. La liquidite du sang dans 1'asphyxie rend leur formalion plus facile. Dans les cas de mort, en dehors de la submersion, nous avons constate qu'en rctournant le cadavre, dans les douze ou quinze premieres heures, on pouvait encore modifier le siege de ces lividites ou du moins attenuer leur couleur. Ainsi, quand le decubitus doisal reste sans effet a cet egard, il est probable que la mort date au moins de quinze a vingt heures.
La chair de poule, peau anserine (cutis anserina), est frequente chez les noyes. Casper, Hoffmann, appellent 1'attention sur ce signe. Elle est le resultat de la contraction des fibres musculaires lisses de la peau, faisant saillir les follicules pileux el les glandes; le froid, 1'emotion, la produisent, et elle
persiste apres la mort. On observe surtout cette peau anserine aux epaules, aux bras, a la face externe des euisses, an scrotum, a la verge, aux mamelons, parlbis aux jambes, bornee a telle ou lelle region plutot que generale. Les bulbes des poils peuvent etre saillants; une chevre noye'e avail les poils herisses sur le dos. Nous n'avoiis rencontre d'une maniere bien evidente ce signe que dans le quart de nos cas, 1 sur 4- en hiver ; 1 sur 5 en ete ; difference insignifianle. La proportion indiquee par les auteurs est plus considerable. Ce caractere existe dans d'autres genres de mort; on 1'a merae vu, dit M. Laugier, se produire apres la mort : il n'a done pas pour la submersion de valeur decisive, mais, s'il manque, dit Gasper, c'est un motif pour regarder de plus pres aux aulres signes.
La retraction du penis et du scrotum, celle du mamelon, sont des etats frequents ; on est frappe dans certains cas de la petitesse des organes ge'nitaux delerminee par cette retraction; mais il n'en est pas toujours ainsi. La verge peut mesurer des dimensions notables; elle peut meme etre le siege d'un certain degre de congestion. Le meat urinaire presente quelquefois des tpermatozoi'des. Cbez un homme de cinquante ans, qui avait sejourne au moins douze beures dans 1'eau et dont 1'autopsie elait faite trente heures apres la sortie de 1'cau, le 9 Janvier 1878, nous avons rencontre des sperniatozo'ides vivants a 1'enlree du meat urinaire : ainsi plus de quarante heures apres la mort. L'homme elait en pleine rigidile cadaverique ; la chair de poule etail prononce'e, 1'ecume abondanle, il y avail des caillols dans le coaur, beaucoup d'urine dans la vessie; 1'alcool a ete conslale dans le sang et dans les matieres de l'eslomac.
Un des signes les plus anciens et les plus vantes auquel se rallachent les noms d'Ambroise Pare, de Fortunalus Fidelis, Uodericus a Castro, Bohn, Hebeustreil, etc., est V erosion des doigts, soil a la pulpe, quand le noye s'est eraraponne a des corps saillanls et durs, soil a leur face dorsale, quand ils ont traine et frollecontre le fond rocailleux d'une riviere. Le nez, le front, le genou, presentent des e'corchures analogues. Si elles ont les caracteres de blessures faites pendanl la vie, on a la preuve de la vie pendant la submersion et de la lutte qui a precede la mort. Mais ce signe esl bien plulot 1'exception que la regie. II faut ties conditions particulieres pour qu'il se produise, telles que les bords en maconnerie d'un canal, ceux d'une falaise, des pierres et autres objets saillants au fond de la riviere. Ce qui est autrement constant, c'est la vase qui se depose sur le corps et notamment sous les ongles et autour ; ce signe, il est vrai, ne prouve que le sejour dans 1'eau. On attachera plus de valeur aux grains de sable qui penetrent sous I'ongle et qui s'y incrustent, trace des efforts qui ont ete fails pour se cramponner soil aux bords, soit au fond de la riviere sablonneuse. Le blanchiment de I'epiderme, si prompt a se produlre, n'est qu'une preuve de la dure'e de la submersion.
Les lesions internes sont celles qui caraclerisent le genre de mort ; les plus importantes sont presentees par les organes de la respiration.
L'e'cume est le signe par excellence de I'asphyxie par submersion; plus on fait d'autopsies, plus on acquiert la conviclion de la conslance el de 1'imporlance de ce signe. Les experiences sur les animaux ne laissent aucun doute a cet egard. El cependant quelques medecins ont contesle autrefois la valeur de ce caractere. Senac, en 1752, Leonardi, Kite, Walther, Klein, Waldschmidt, Becker, Detharding, Desgranges, qui ne 1'a pas rencontre chez un noye e'pileptique, Evers, qui 1'a vu manquer chez deux hommes ivres, Piorry, qui pensait
que 1'ecume ne se formait pas quand le corps etait maintenu sous 1'eau, ne voyaient dans cette ecume qu'un signe variable et douteux. Mais Louis avail deja elabli par ses observations et par ses experiences la Constance et la valenr de ce caraclere. Faissolle et Champeaux, Haller, Poutaux, Goodwyn, Viborq, Dehaen, Kopp, Larrey, Schoele, Berger, Viollet, sont dans le meme sens des autorites concluantes. Tous les observateurs attestent aujourd'hui la Constance de ce signe. Marc avail dit, elle esl presque conslante, pour ne pas dire qu'elle 1'esl loujours. M. Faure s'exprime en ces lermes : « Les bronches conliennenl toujours de 1'ecume, quand 1'individu a ele noye vivanl, lors meme qu'il n'a pas respire hors de 1'eau, si 1'aulopsie a ete iaite immedialemenl ». M. Toulmonche constale que : « Le signe palhognomonique prouvanl que 1'individu elail vivanl lorsqu'il esl tombe ou qu'il a ele jete a 1'eau esl cellc mousse composee de bulles d'air infiniment peliles, formees aux depens de beaucoup d'eau el de peu de mucus, blanche ou legerement rosee, qu'on trouvc dans la trachee arlere el dans les bronches ». MM. Bergeron el Montano deduisenl de leurs observalions el de leurs experiences la conclusion suivante : « L'existence d'une ecume mousseuse, non-seulemenl dans 1'arriere-bouche et le larynx, mais dans les bronches, est le signe constant de la mort par submersion, qu'il y ait eu syncope predominante ou asphyxie, que 1'individu ait ete libre de ses mouvements ou qu'il ait ele jele a 1'eau apres avoir ele endormi par le chloroforme ou par 1'opium, a moitie suffoque ou entrave dans ses mouvements ». Nous ne pouvons que souscrire a cetle conclusion absolue, sauf 1'inlerpretation des cas rares dans lesquels 1'ecume a manque. Tous nos auleurs modernes de medecine legale metlent en premiere ligne ce signe de la submersion.
L'ecume des noyes a sa forme caracteristique : c'esl une mousse fine, legere, blanchatre, qui nage a la surlace de 1'eau ou qui adhere a la muqueuse des voies aeriennes ; ses bulles sont tres-petites, innombrables, mobiles, egales entre elles ; elles ne sont pas siluees sur du mucus, mais direclement sur la muqueuse ; elles ne sont pas melees a des malieres epaisses, mais a de 1'eau ; elles flottent sur un liquide a peine visqueux. G'esl comme une eau savonneuse qu'on a longlemps baltue pour en faire disparaitre les grosses bulles ; les pelites bulles d'ailleursne creveril pas facilement. II a fallu pour les produire de 1'eau, du mucus el de 1'air ballus par les mouvemenls respiraloires. La proportion du mucus esl faible ; ce mucus est lenu, il n'a poinl la viscosite ni la consistance de celui de la bronchile.
II faut bien peu de temps pour que cette ecume se produise : en une minute onl'a avec abondance chez les animaux. La quantite d'air conlenue normalement dans le poumon, meme non renouvelee par une nouvelle inspiralion, suffit a la formation d'une ecume abondante. Piorry avail declare que 1'ecume ne se produisait pas, lorsque 1'animal etait tenu au fond de 1'eau, jusqu'a complete asphyxie, sans venir respirer a la surface ; mais des experiences multiplies ont monlre que 1'ecume se formail aussi et avec abondance dans ces condilions; Piorry a du renconlrer des cas exceptionnels, et en effet dans une de nos obser vations nous n'avons pas trouve d'ecume sur un lapin submerge dans ces con dilions; mais habituellement la quanlite d'ecume est considerable chez les animaux submerges, meme la tete en bas, avec obslacle absolu a respiralion nouvelle.
L'ecume se produil sans doute dans les pelites bronches ou 1'air esl baltu avec force avec 1'eau chargee de mucus. M. Brouardel pease qu'elle a son ori-
gine dans les vesicules memes du poumon. II est certain que cette ecume se retrouve dans le parenchyme meme ; quand on le comprime, elle suinte a la surface et elle descend en plus grande quantite dans les grosses brooches. L'ecume a son siege dans toutes les parties des voies respiratoires ; on constate au microscope, avcc un faible grossissement, que le tissn pulmonaire est penetre de cette mousse ecumeuse. Les bronches les plus pelites en renferment; le faible diametre de ces vaisseaux est une condition favorable a la production de cette mousse. Quand les grosses bronches sont remplies d'eau, 1'air qui traverse le liquidey developpe aussi quelques grosses bulles, a cotede cette fine mousse. On retrouve de l'ecume dans toutes les parties des voies respiratoires depuis le poumon meme jusqu'au larynx, dans la bouche et aux narines. Le maximum est dans les bronches memes, a leur bifurcation et dans la trachee. M. Devergie attribue une grande valeur a la presence de 1'ecume dans la partie superieure de la trachee. L'ecume se forme d'autant plus facilement, dit-il, que le melange d'air et de liquide a lieu dans des tubes plus divises et plus plus petits : done l'ecume a la partie superieure de la Irachee a plus d'importance que celle qui est en has et dans les rameaux bronchiques. Pour etre la, elle a exige de plus fortes secousses et des efforts plus grands d'expectoration. II nous a paru que cette ecume y remontait, plutot qu'clle n'etait formee sur place. Un commence ment de putrefaction repousse l'ecume vers la partie superieure du tube aerien ; nous en avons rencontre les dernieres traces, une mousse rougeatre et fine, sur les levres d'un noye qui n'cn presentait plus dans la trachee et dans les bronches. II faut aussi la rechercher dans le larynx et sous la langue, dans le repli qui s'etend vers 1'epiglotte.
La couleur de l'ecume doit etre prise en consideration. Le plus souvent elle est blanche, quelquefois elle est jaunatre, rosee, rougeatre, sanguinolente. Taylor considere cette ecume rosee comme etant assez frequente. La meme con clusion resulterait de nos autopsies : sur 78 cas ou la couleur de l'ecume a ete notee, j'ai trouve 63 fois l'ecume blanche et 15 fois l'ecume rosee, soil un cinquieme des cas pour cette derniere. Cette ecume sanguinolente est rare chez le lapin ; elle se produit chez les chiens noyes lentement ; nous 1'avons vue tresabondante chez le chat, apres deviolents efforts. L'ecume est rosee par places et non dans sa totalite; cette teinte semble venir la derniere et se former dans les plus petites bronches. Casper 1'attribue a la dechirure de petits vaisseaux dans les bronches ; M. Brouardel la rattache a des foyers apoplectiques existant a 1'extremite des bronches et dans les alveoles pulmonaires; c'est le sang epanche dans le parenchyme qui donnerait a cette ecume une teinte rosee. An microscope on y trouve des globules de sang, quelques-uns intacts, la plupart alteres. II nous a paru que la putrefaction n'etait pas sans influence sur cette coloration de l'ecume, qui prend alors, d'une maniere plus generale, cette teinte jaunatre ou roussatre. Distinguant les cas observes pendant les tempe ratures extremes en hiver et en ete, en omettant les saisons intermediates, nous avons trouve 5 ecumes roseespour21 ecumes blanches en hiver; 7 rosees contre 11 blanches en ete. L'eaudans les bronches prend alorfc la meme teinte.
La quantite de l'ecume est variable suivant la rapidite de la mort et le degre de resistance, suivant les individus aussi. Elle est modifiee par I'attitude du corps, par la maniere dont il a ete retire de 1'eau ; elle varie surtout suivant 1'epoque de 1'autopsie. MM. Bergeron et Montano ont recueilli et pese cette ecume ; ilsont retire jusqu'a 30sr,50 d'e'cume sur un chieade 19 kilogrammes;
leur minimum a ete 9^,50 sur un chien cle 22 kilogrammes ; la moyenne etait de 17 grammes pour 384 grammes de poumon, soil 0,045 pour 1'homme adulte ; ils evaluent a 52 grammes, en moyenne, le poids du liquids ecumeux. En examinant le poids du poumon chez les noyes, nous avons recherche 1' aug mentation qu'il eprouve par suite de 1'afflux du sang, de 1'eau et de 1'ecume, et nous verrons qu'on peut en deduire quelques conclusions, pour le diagnostic.
Pendant comhien de temps peut-on trouver de 1'ecume dans les voies respiratoires? Y a-t-il des cas de mort par submersion sans ecume?Telles sont les deux questions importantes qui doivent etrc examinees.
La dure'e possible de Ve'cume est renfermee dans des limites assez etroites. Orfila disait : « Jamais je n'ai trouve d'ecume ni de liquide ecumeux chez les noyes qui etaient restes 12 a 15 jours, 1, 4 a 6 mois dans 1'eau, et qui n'avaient ete ouverts qu 'apres 1, 2 ou 5 jours d'exposition a la Morgue. » Ogston, sur 90 autopsies, n'a jamais vu de 1'ecume au dela de 55 heures 1/2 en ete et de 4 jours en hiver. MM. Bergeron et Montano ont retrouve de 1'ecume en hiversur des cadavres dont la submersion avail dure plus d'un mois. Sur 77 cas ou la duree de la submersion a pu etre constate'e, en hiver, nous avons toujours trouve de 1'ecume dans les 8 premiers jours ; en ete jamais apres le 5e. En hiver, elle existait encore 7 fois du lle au 15e jour. A 4 semaines, elle etait manifeste une fois ; une ecume bien douteuse, putridc sans doute, existait a 6 semaines. Ces indications n'ont evidemment rien d'absolu. Bien des circonstances peuvent modifier ces limites, mais il reste infinimcnt probable qu'apivs 12 ou 15 jours en hiver et 5 jours en ete on ne trouvera plus d'ecume. Ce liquide albumineux se putrefie avec facilite', les gaz et un suintement se'ro-sanguinolent detriment rapidement cette mousse. L'ecume qui adhere aux parois est celle qui resiste le mieux. Une autre cause, beaucoup plus rare, de la de struction de 1'ecume, c'est la congelation. Orfila dit avoir vu de petits glacons et pas d'e'cume dans le larynx, sur quelques noyes retire's de 1'eau en hiver, et peu de temps apres la submersion. Je n'ai plus rencontre d'ecume chez un homme qui, retire de 1'eau au mois de fe'vrier, apres 4 heures de submersion, avait ete congele par un froid rigoureux, puis degele pour 1'autopsie ; cette alter native de congelation et de degel avait sans aucun doute detruit 1'ecume.
^absence d'ecume a ete constatee dans des cas recents, mais comme un fait absolument exceptionnel. Ces cas etaient tenus autrefois comme n'etant pas rares, et on emettait 1'explication facile d'une syncope eteignant tout a coup la respiration. Tous les observateurs s'accordent aujourd'hui a reconnaitre la constance de ce signe, lorsque 1'autopsie est recente; Taylor exprime la meme opinion ; Biedel et Faure dans leurs experiences 1'ont toujours rencontree. On a trouve de 1'ecume chez des hommes qui ont ete immediatement entraines au fond de 1'eau par des poids attaches a leur corps, ou qui ont trouve une mort prompte sous des bateaux. « Nous avons toujours observe de 1'ecume chez les noyes que nous avons ouverts a la Morgue, disent MM. Bergeron et Montano, memequand le poumon etait peu congestionne. Quand on n'en trouve pas, c'est qu'elle a ete detruite; il faut rechercher les autres signes et, s'ils font defaut, il y a un soupcon vehement que la mort est due a une autre cause. » On doit cependant admettre qu'il existe des cas exceptionnels ou 1'e'cume manque, ou est tellement peu prononcee que Ton conserve des doutes sur son existence. Ce fait s'est presente dans quatre de nos observations. L'ecume n'a pas ete reconnue chez deux hommes dont la trachee et les bronches etaient remplies de matieres
alimentaires ; 1'un d'eux, retire presque aussitot de 1'eau et pris de vomissements, avail rapidement succombe par suite de 1'introduction de ces matieres dans les voies respiratoires. Chez un autre qui etait reste douze heures dans 1'eau, les voies respiratoires avaient etc comme lavees par le liquide qui remontait presque jusqu'au larynx, et cette eau n'etait pas melee d'ecume. Orfila a remarque que 1'ecume pouvait etre entraine'e par le reflux de 1'eau qui va et vient dans les voies respiratoires. Sur un homme de soixante-dix-sept ans qu'on avait entendu crier dans 1'eau et qui en avail ete aussitot retire, donnant des signes d'une vie qui s'etait presque aussitot eteinte, nous n'avons pas trouve d'ecume. On n'en voyait que quelques traces dans les bronches, sur un jeune homme de vingt-cinq ans qui, relire promptement de 1'eau, avait ete pendu par les pieds ; cette pratique diminue beaucoup plus 1'eau que 1'ecume. En noyant les animaux la tete en has et en la retirant dans cette attitude, on n'en trouve pas moins les bronches encombrees d'ecume. Si les mouvements respira toires sont tres-faibles, 1'ecume peut etre peu abondante. Sur unchien curarise, MM. Bergeron et Montano n'ont trouve que quelques bulles humides, ce n'etait pas une reelle ecume. line observation attentive s'exercant sur toute 1'etendue des voies respiratoires fait reconnaitre sur quelques points les traces d'ecume qui d'abord semblait manquer; une pression legere au niveau des premieres bronches y fait refluer le liquide spumeux, avec ses bulles caracteristiques. Ce signe, dans ces limites de temps, reste le plus decisif de ceux qui caracterisent la mort par submersion.
II y a aussi pour 1'ecume des noyes un diagnostic diffe'rentiel ; quelques maladies produisent une ecume qui, au premier abord, presente de 1'analogie avec'celle des noyes. L'epilepsie a cet egard vient en premiere ligne, mais, au lieu d'etre une mousse fine, egale, Tecnine de 1'epileptique est melee de grosses bulles. MM. Montano et Bergeron font d'ailleurs remarquer que 1'ecume de 'epileptique ne depasse pas le larynx. Nousavons 1'observalion d'un epilectique mort dans une baignoire ; ici 1'ecume des noyes occupant la trache'e et les bronches etait tellement abondante et caracteristique, qu'on ne put determiner s'il s'y melait celle de 1'epilepsie. La rage produit une ecume de ce genre, et qui penetre bien plus loin dans les voies respiratoires ; nous avons vu dans un cas de ce genre une bave sanguinolente, remplissant labouche,le larynx, la trachee ariere et une partie des bronches, avec une vive rougeur de tout 1'arbre aerien; les cavites gauches du coeur etant vides, les cavites droites etaient remplies de sang noiratre, liquide, sans caillots. L'occasion de ce diagnostic differentiel ne se presentera guere, a moins que le prejuge populaire ne veuille, comme autrefois, trouver un remede a la rage dans la submersion. L'ecume des pendus ne peut etre confondue avec celle des noyes ; la difference est moins absolue pour la strangulation; on peut y trouver une ecume abondante et liquide qui, au premier moment, embarrasserait ; mais la difference est toujours notable entre 1'ecume qui ne provient que du mucus et celle qui est formee avec le concours de 1'eau. Dans le catarrhe pulmonaire chronique, le mucus peut etre tres-abondant et spumeux et, chez les gens affaiblis, determiner la mort subite par asphyxie bronchique ; il y a ici quelque analogic avec la mort par submersion, puisque 1'etouffementresulte de 1'occlusion des bronches par un liquide ; 1'e'cume dans ce cas est a larges bulles. Chez les noyes atteints de bronchite, le mucus plus ou moins adherent et spumeux coexiste avec la mousse fine et flottante. Les circonstances du fait dans ces diverses circonstances viennent a 1'appui du
SUBMERSION. r>2',>
diagnostic. Onand le sejour clans 1'eau s'est prolonge, il faut distinguerTecume putride de la mousse des noyes; les larges bulles a la surface du liquide ne peuvent gnere donner lieu a erreur; la putrefaction detiuit bientot lout signe de ce genre, et le tissu pulmonaire cesse d'etre spumeux.
La presence de Teau dans les voies respiratoires est un des signes de la inorl par submersion. Cette introduction est constante ; die est plus ou moins facile a reconnaitre suivant le siege du liquide et suivant sou abondance. 11 taut distiugucr 1'eau qui se trouve dans les voies aeriennes, et cellequi penelre dans 1'intimite du poumon. La trachee et les bronches peuvent etre remplics jusqu'a une certaine hauteur; 1'eau peut ne pas depasser la division des bronches, on suinter seulement de ses divisions. Le liquide est plus ou moins abondant, suivant la position imprimee an corps; il s'ecouie avec facilile pour pen que cette position soil de'clive. La trachee et les bronches peuvent etre vides, mais lavees et humides, elles portent la trace de 1'action de 1'eau qui a pu en s'ecoulant enlever une partie notable de Tecume. L'eau sans ecume dans les bronches constitue une grave preemption, mais seule ellc n'est pas un signe decisil'. L'entree mecanique de 1'cau dans les bronches avail ete niee par Haller, Evers, Louis, qui ne cvoyaient pas cette penetration possible aprcs la mort. Louis concluait de ses experiences que 1'eau penetrait par aspiration, ce qui etait exact, mais il ajoutait qu'elle n'entrait pas dans la poitrine des sujcts submerges apres lour mort, parce que les mouvements mecaniques m'cessaires pour rintroduiiv ne se faisaient plus. De nombreuses experiences, celles de Dehaen snr des pendus, celles d'Orfila en 1818 et en 1820, de Piorry en 1826, sur des chiens elrangles et jetesdans 1'eau, ont montre que le liquide penetrait plus ou moins loin suivant la position du corps; ii s'arretait a la trachee et aux premieres bronches, si cette position etait horizontale; il arrivait dans les premieres bronches, sil'animal etait tenu verticalement la tete en haul. Pour des cadavres humains, places sur le dos, 1'eau descendait jusque dans les bronches ; elle s'ar retait a la trachee, lorsque le corps etait sur le ventre. Un cadavre etant depuis quelque temps dans 1'eau, le liquide peut penetrer dans le larynx et dans la trachee, avec les particuies de vase et les corps etrangers qu'il tient en suspen sion, mais cette quanlite d'eau n'est pas considerable, elle ne penetre pas ou a peine dans le tissu pulmonaire, elle ne contient pas d'e'cume, et Ton reconnaitra sans difficulte que cette introduction n'est pas due a uue aspiration. On peut avoir un interet tres-reel a reconnaitre ce mode d'introduction. Le cadavre d'un enfant nouveau-ne est envoye a Strasbourg pour une autopsie medico-legale ; nous trouvons de 1'eau dans la trachee et dans les bronches ; ce fait est absolument en disaccord avec les autres resultats de 1'autopsie et avec les circonstances connues ; on demande des explications au medecin qui avait fait 1'envoi du corps, il repond que, voulant le debarrasser des matieres qui le souillaient, il 1'avait lave en le plongeant dans une cuve. La meprise n'avait pas ete un instant possible. C'est 1'introduction de 1'eau dans le parenchyme meme pene tre', mouille, impregne de liquide, qui donne a ce signe toute sa valeur. Cc phenomene est constant, nous 1'avons constate en indiquant les experiences faites avec des liquides colores ou offrant des reactions speciales, avec 1'jmile et le mercure, et chez une femme noyee dans une solution de sulfate de fer. La penetration constante de 1'eau dans le lissu meme ne laisse aucun doute, mais il faut la reconnaitre comme signe pratique. Si 1'eaua etepeu abondante, si la personne a survecu quelque temps a la submersion, cette constatation
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pcut etre impossible, Tabsorption faisant rapidement disparaitre une partie notable du liquide. bans les circonstances ordinaires, 1'aspect du poumon, le liquide abondant qui en ruisselle, les modillcalions de couleur, de consistance et de poids de cet organe, atlestcnt la penetration du liquide dans 1'intimite du tissu.
La presence de matieres alimentaires dans les voies reapiratoires n'est pas uu fait rare ; elle pent dependre d'un vomissement qui a eu lieu pendant les derniers moments de la vie ou etre un effet de la putrefaction. Dans le premier cas, elle a une grande valeur eomme signe de submersion pendant la vie, dans le second elle n'indique qu'un sejour plus on raoins prolonge dans I'eau. Orfila a vu deux cas d'aliments dans les broaches, en debars de toute putrefaction; Deverine a trouve des matieres de ce cenre cbez une femme qui avail survecu
quelques moments. Nous avons indique un fait analogue ou la mort a ete certainement le resultat de cetle introduction. L'aspi ration des matieres alimentaires n'est pas un fait absolument exceptionnel ; sur 15 cas de penetration de ces matieres dans les bronches, nous en avons rencontre 6 sur des noyes dont la mort etait recentc, et 9 avec uue putrefaction plus ou moins avancee. Le mecanisme de cette penetration cliez les individus vivants montre toute la valeur du signe. Des efforts sont fails pour expulser I'eau qui penetre dans les bronches; la toux provoque le vomissement ; les matieres arrivant dans le pharynx sont brusquement inspirees et penetrent dans les voies respiratoires ; en dehors de toute submersion, c'est une cause connue de mort subite. La presence de ces matieres dans les cas recents e-t une preuve de vie pendant la submersion. La putrefaction gazeuse determine un effet analogue par la compression del'estomae qui fait refiner les matieres dans la bouche ; elles sont alors entrafinees dans les bronches par le va-et-vient de I'eau. 11 nous a paru que dans ce cas I'introductioii etail moins abondante, moins profonde aussi, plus ou moins bornee a la trauhee et aux grosses bronches. La compression pent se faire soil du cote de 1'abdonien, soil par le refoulement du diaphragme abaisse. Presque tous les cudavres des noyes, dit Orfila, qui avaient sejourne quclque temps dans I'eau, out pre'sente de ces pareelles alimentaires semblables a celles que Ton retrouvait dans 1'estomac. Le microscope en fait reconnaitre la nature, ce qui peut founiir des indi cations utiles. Cette sortie des aliments est d'ailleurs facile; Engel (de Vienne) a uinntre qu'une compression moderee exercee sur le bas du thorax pouvait la produire et que les aliments demi-liquides pousses ainsi dans la bouche etaient comme aspires, quand le thorax se dilatait apres cette pression.
D'aiitres substances s'introduisenl encore dans les voies respiratoires, de la vase, des debris dc vegelaux, de pailles, de plautes diverse-. On fait ici une distinction: les substances qui sont en suspension dans I'eau peuvent penetrer mecaniquement dans les bronches et se deposer sur les parois des voies aeriennes ; la vase se depose pai tout oil I'eau penetre. Les malieres lourdes et solidcs out du etre detachees, soulevees avec un certain effort, introduces dans la bouche, puis aspirees. Le gravier, le sable plus ou moins grosser, ont ele remues pai les mains, par les pieds, par la figure, inlroduits dans la bouche pendant que I'a^onisant se debat, et ensuite violemment inspires avec I'eau. Ce sont aloi> des preuves certaines de submersion pendant la vie. Orfila cite un cas de pre sence de boue et de gravier dans les bronches; Devergie a un fait analogue; Blumhard faisant 1'aulopsie d'un epileptique mort la face contre lerre, dans un ruisseau pen profond, trouva un sable gris, schisteux, et du gravier de differentes
grosseurs, analogue a celui du fond du ruisseau, dans la trachee au-dessus de la bifurcation des bronches. Si la substance introduite est pen consistante, sa penetration profonde dans le poumon donne une reelle valeur a sa presence : ainsi les matieres fecales, dans lesquelles la submersion a eu lieu, peuvent se retrouver dans le tissu meme du poumon. Une substance pourrait se solidiiier dans les poumons, un animal noye dans du platre liquide presente des tuyaux solides dans les ramifications bronchiques.
L'aspect du poumon est caracteristique chez les noyes. L'augmentation de volume de ces corps est considerable. Lorsqu'on ouvre le thorax, ils font saillfc et ils semblent trop grands pour cette cavite. On ne met pas la main, sans le comprimer, entre le poumon et les cotes, qui en conservent parfois 1'em prelate ; souvent les poumons recouvrent le perirarde, et leurs bords anterieurs se touchent. On peut remarquer le contraste qui existe entre le poumon dilate du noye etaffaisse du pendu. M. Devergie caraeterise ainsi cet aspect : « 11 scmble qu'ils aicnt ete comprimes dans la cavite de la poitrine, de sorte qu'a I'ouverture du thorax les poumons font saillieaudehors; ils recouvrent lortementle pericarde. et quelquefois ils sont tellement developpes que leurs bords chevauchent 1'un sur 1'autre apres la section du mediastin anterieur. » Valcntini avait (lit en 1722 : « Pulmones in omnes dimensiones extensi; » Ilebenslreit : « pulmones turgidos « habent. » Taylor constate que les poumons sont plutot distendus, Cusper que 1'augmentation de volume est la regie. 11 nous a paru que cette regie offrait cependant d'assez notables exceptions; le developpement du poumon est d'ailleurs empeche dans les cas ou il existe des adlie'rcnces pleuraies ; dans ccux ou les adherences n'existent que d'un seul cote, on peut voir un contraste entre 1'etat des deux poumons. Nous avons note dans 115 autopsies le developpement du poumon : dans 71 cas le volume de ces organes etait considerable; dans 4i autres, c'etait le volume ordinaire ou qui n'appelait pas 1'atteution, et par exception un affaissement a ete constate ; 1'impression qui restc de 1'cnsemble des observations aurait fait supposer une proportion beaucoup plus considerable de poumons dilate's.
Les poumons sont emphysemateux, tres-crepitants, penetres d'air et d'eau, laissant s'e'couler un liquide spumeux, quand on les incise. Leur surface presente frequcmment des vesicules pales, qui s'effaceut quand on les comprime ou qu'on les incise ; les bulles d'air se voient a 1'oeil nu dans ces plaques emphysemateuses. L'emphyseme aigu est atlribue au refoulement do 1'air par 1'eau et a la violence des mouvements respiratoires. On peut admettre encore que la presence de 1'eau dans les bronches retient 1'air et empeche le poumon de s'affaisser. Le fissu est le siege d"un emphyseme huinide, d'un engouement aqueux, il resiste a la main; on 1'a compare, avec une certainc exageration, a une eponge imbibee d'eau. II est certainement des cas ou ces caracteres sontpeu prononces.
Le poids du poumon. est notablement augmente par 1'afflux de 1'eau et du sang. En comprimant ces organes, on a une diminution du poids bien autrement considerable que cclle qu'on determine a la suite d'autres genres de mort. Sur des poumons de noyes, comprimes entre deux planches par le poids du corps et pcsaut 1695, 1520, 1150 grammes (homines), 1010, 860 grammes (ferames), nous avons constate des pertes de poids de 166, 180, 150, 90 et 95 grammes; la diminution etait tres-faible pour des poumons provenant d'autres cas. Chez un noye, un fragment de 110 grammes a ete reduit a 75
par la compression. MM. Bergeron et Montano ont directement determine la pesanteur specifiqne des poumons d'un certain nombre de noye's. Au lieu de 0,5 de densite normale, ils ont trouve pour les poumons de noye's 0,6 en moyenne avec un maximum de 0,672 et un minimum de 0,595. Nos observa tions donnent les resultats suivants : densite du poumon chez le lapin apres la ligature de la trachee 0,642, apres 1'asphyxie par le chlorolbrme 0,773, apres la submersion 0,805 et 0,861 ; sur un poumon de noye, 0,762. Le developpement de I'emphyseme pent contrebalancer les effets de 1'eau et amener de notables variations dans le poids speciiique; mais ce signe, quand le poumon est sain, n'en a pas moins une valeur pratique.
La congestion {millionaire est-elle constante dans 1'asphyxie par submersion et quel est son degre d'intensile? Les opinions ont varie a 1'e'gard de sa frequence, sur 98 cas nous avons note 38 fois la congestion de ces organes et 60 fois 1'absence de celte congestion. II y a evidemment un certain arbitraire dans ces determinaisons. MM. Bergeron et Montano ont constate qu'il existe toujours une congestion plus ou moins intense dans le poumon, mais non unit'orme, a la base, aux i'aces inferieures et posterieures, avec une teinle du tissu qui varie du rouge brique au rouge violet ibnce. line distinction sera faite entre la congestion passive, resultat de la stase du sang dans le sysleme veineux, et 1 'injection active de la mnqncuse et du parenchyme. II est cerlainement un tres-graini iminlire de cas ou cette stase du sang est le phenomene principal, avec des phenomenes d'hypostase, el une teinte bleuatre et foncee du poumon; a rincision, ii peut s'ecouler beaucoup de sang et d'ecume. Des colorations plus vives sont aussi constatees sans qu'il y ait rien de caracteristique ni de constant a cet egard.
Les eccliymose* .«>ns-pleurales sont dans la submersion plus rares, plus pales, moins regulieres que dans la sutTocation ; elles ont une faible importance comme caiactere de ce genre de mort. Tardieu avail dit enparlant de 1'asphyxie par submersion : « On n'y remarque jamais les eccbymoses sous-pleurales, pas plus qu'on n'y trouve les epanchements pericraniens et pe'ricardiqnes ; si 1'ou trouvait ces lesions sur des corps retires de 1'eau, on serait autorise a conclure avec assurance quo la suffocation a precede la submersion. » II y a sans doute trop d'absolu dans cette opinion qui repond cependant a la majorite des cas et qui s'applique surtout aux ecchymoses rouge?, ponctuees, leuticulaires, se delachant par leur forme et par leur couleur de la surface du poumon. Les autorites nc manquent pas en favour de 1'existence des ecchymoses sous-pleurales. Casper et Liman ont note deux fois des ecchymoses ponctue'es. M. Lacassagne a rencontre cette lesion; M. Gerard a vu des ecchymoses sous-pleurales, pericardiqnes et pe'ricraniennes. MM. Bergeron et Montano constatent qu'il y a toujours, clans 1'asphyxie par submersion, un certain degre de congestion et quelquefois des ecchymoses sous-pleurales, mais que, tout en dormant an poumon un aspect tigre, elles n'ont jamais 1'apparence des ecchymoses ponctuees de la suffocation : « Le signe donne par Tardieu, pour caracte'iiser ce genre de mort, conserve done toute sa valeur, et nos experiences viennent le confirmer. » M. Brouardel de'crit deux formes d'ecchymoses : les petites petechies, nettes et ponctuees, les plus rares, correspondant aux morts les plus rapides; les ecchymoses larges, e'tale'es, irregulieres, ou le sang est plus liquide, corres pondent aux asphyxies lentes. Dans les ecchymoses on constate I'extravasation des globules sanguins. Ces ecchymoses tiennent plutot a I'mtensite qu'a la
duree de la lutte. Faure constate que « les ecchymoses sont d'autant moins rouges que 1'animal aurait lutte plus longtemps, la longueur de la lutte ayant amene plus d'cau dans les vaisseaux. » Nous n'avons point reconnu chez les noyes ces ecchymoses nettes et regulieres, sej detachant comme un point rouge a la surface du poumon; ce sont evidemment des faits rares; mais nous yavons rencontre de ces taches brunatres et noiratres, plus ou moins larges ct e'talees sur le 1'ond rougeatre du tissu, qui peuvent facilement passer inapercues ou etre confondues avec des stases et des congestions partielles. Une experience comparative met en evidence ces deux formes d'ecchymoses; un lapin mcurt en cinq minutes et demie par la ligature de latrachee, le poumon est tigre d'ecchy moses dont quelques-unes sont rondes et rouges ; sur le noye qui succombe en quatre minutes, on a le contraste des taches larges et diffuses. La liquidite du sang cliez les noyes concourt sans doute a cette diffusion, de meme que sa teinte noiratre en determine la couleur. L'extravasation des globules est souvent difficile a constater dans ce tissu dont les vaisseaux sont remplis de sang. L'aspect tachete donne au poumon par 1'accumulation de matieres pigmeutaires et charbonneuses, qui penetrent aussi dans le tissu cellulaire interieur, pour rait au premier abord donner I'idee de suffusions ecchymotiques, mais le moindre examen, aide ou non du microscope, fera connaitre la nature de ces taches.
Le poumon presente-t-il dans 1'interieur de son tissu des noyaux apoplectiques? Nous n'avons pas observe de trace d'apoplcxie pulmonaire. MM. Ber geron etMoutano diseut : « On n'y rencontre jamais de noyaux apoplectiques ». M. Brouardel a appele 1'attention sur de petits foyers hemorrhagiques nombreux et du volume d'une tete d'e'pingle situes a 1'extremite terminale des bronches et dans les alveoles pulmonaires, traces d'hemorrhagies capillaires, qui rappelaient les ecchymoses petechiales sous-pleurales.
L'examen microscopique du poumon fournit des signes qui ne sont pas sans interet. Quand on examine une parcelle du poumon a un faible grossissement de 50 a 80 fois, on voit le tissu penetre de bulles d'ecume, et ces bulles innombrables s'echappent des deux cotes de la preparation pressee entre deux verres ; rien de pareil ne s'observe sur le poumon qui est dans des conditions ordinaires. On peut ainsi obtenir la pieuve de 1'existence de 1'ecume, lorsqu'elle a cesse d'etre evidente dans les tuyaux bronchiques. Ce signe est utile comme comple ment de preuves. 11 y a lieu ici a un diagnostic differentiel ; dans un cas d'oedeme pulmonaire, chez un phthisique, les bulles etaient a peu pres les memes, mais moins nombreuses. Si Ton porte son attention sur les plaques emphysemateuses, avec un grossissement plus fort, on voit les vesicules dilate'es, quelques-unes alterees dans leur forme et dechire'es, avec un espace irregulier ou s'est epanche 1'air. M. Brouardel a observe que les cellules epitheliales des ve'sicules pulmonaires ont augmente de volume et deviennent spliero'idales, il pense qu'apres avoir ete traversees par 1'eau elles subissent une degeneration granulo-graisseuse tres-prononcee ; ces cellules degenerees se detacheraient facilement. II nous a paru que chez un noye on distinguait mieux les noyaux des cellules epitheliales des vesicules pulmonaires. M. Brouardel a constate chez des animaux noyes de petits foyers hemorrhagiques capillaires, a 1'extremite des bronches, notamment sur des fragments de poumon durcis pour 1'examen microscopique. On remarque dans 1'ecume rosee des globules de sang augmentes de volume et decolores ; le liquide dans lequel ils nagent est uniformement •
5o4 SUBMERSION.
rougi par I'liemoglobine dissoute (Brouardel). Pour peu quecette e'cume s'altere, les globules disparaissent; chez mi noye de trois jours, au mois de juillet, nous avons constate 1'absence de ces globules ; des cellules epilheliales nombreuses, quelques gouttes brillantesdegraisse, et des cristaux en aiguille, se remarquaient dans la mousse brunatre qui conservait encore sur les levres sa forme caracteristique.
La vacuite des cavites gaudies, la plenitude des cavites droites, telle etait la iormule ge'neralement admise pour Yetat (In ccenr. Cette regie est cxacte, en trrmcs moins absolus; elle signifie que les cavites droites du coeur cnntiennent bcaucoup plus de sang que les gaudies. Casper, Guy, Ferrier, constatent la vacuite du coeur gaudie ; Dergeravaitreconnudans ses experiences la ple'nitude du coaur droit, mais il avail toujours rencontre un peu de sang dans les cavite's aortiijues. Portal, Mabon, Petil-Radel, Kite, AValther, constatent la plenitude du fii'ur droit; Taylor considere comme uu type que les cavites droites soient gorgees de sang et que le coeur gaudie soit vide, mais il cite deux cas de vacuite a droite; MM. Bergeron et Montano out vu du sang des deux cotes, dans une ou deux des cavites indifferemment ; quand la syncope predominait, le coeur elait presque vide et le peu de sang qu'il contenait, noir et fluide, ne se trouvait que dans les oreillettes. Riedel a vu dans la moitie des cas le sang plus abondant a droite, dans 1'aulrc moitie il etait en quantite egale des deux cotes; une seule fois, la vacuite du coeur gaudie etait complete. Ogston sur 54 cas a trouve 14 fois les cavites gaudies vides et 2 fois les droites. Sur 7(3 cas oil la repartition du sang dans le coeur a ete notee, nous avons constate oil fois la predominance du sang a droite, 1 fois a gauche, 20 fois son egale repartition entre les deux moities du coeur, et T> fois la vacuite du coeur gauche, 15 fois tout le coeur etait vide ; ce qui etait sans aucun doute un effet de putrefaction. On signale la plenitude du systeme veineux, la vacuite du systeme arteriel ; celte derniere n'est pas absolue, en comprimant 1'aorte de bas en haut, on fait refluer du sang dans le coeur. Les sillons veineux se montrent sur la partie superieure du corps, des que la putrefaction commence; celle-ci a pour effet, en ete, de vider promptement le coeur. On trouve alors sur la paroi interne des deux cotes du coeur une difference de couleur caracteristique, brunatre a gauche, noiratre a droite, empreinte qui indic/ue que les cavites renfermaient des quanliles inegales de sang, les cavites droites etant beaucoup plus colore'es par 1'imbibition que celles de gauche. La difference de couleur des deux sangs, arteriel et veineux, a peut-etre ici quelque influence. Nous avons trouve 10 fois sur 76 cas cette difference de coloration bien tranchee entre les parois des deux moities du coeur.
Le sang doit etre examine au point de vue de sa couleur, de sa liquidite et des modifications que presentent sa composition chimique et son histologie.
La couleur du sang appaitient generalement aux teintes foncees; il est noiratre, d'un rouge obscur; il a parfois une teinte cerise. Un point qui nous a paru important, c'est la difference de couleur qu'il presente quelquefois dans ies deux moities du coeur, a tel point qu'on peut etablir a premiere vue une distinction entre le sang arteriel et le sang veineux, le premier etant moins liquide, plus poisseux, d'une teinte moins fonce'e que le second. On peut en conclure que la mort dans ces cas a ete tres-rapide, puisque 1'asphyxie n'a pas eu le temps d'eftacer les differences qui existent entre les deux sangs et dc transformer le tout en sang noir. La syncope ou I'asphyxie aigue aurait brus-
quement eteint la vie. Nous avons note dans six cas cette difference enlre les deux sangs, la teinte rouge etant prononcee a gauche, land is que le snng etait plus fonce a droite. Dans deux de ces cas, nous avons recueilli sepanrewent les deux sangs et 1'analyse en a ete faite par M. Ritter. Dans l'un des cas le spec troscope donnait faiblement les deux raies normules, le sang veineux ne presentait plus que la bande de Stokes; le contact de I'airareproduit les raies. Sur une femme de trente-six ans, le sang arteriel conteitait pour 1000 gram mes 580 centimetres cubes de gaz, le sang veineux 400, avec la compo sition euivante : sang arteriel, oxvgene 77, acide carbonique 275; sang veineux, oxygene 62, acide carbonique 519. Sur un horn me de soixantc-dix-sept ans, mort tres-promptement, les differences elaient les suivantcs : 51)0 centi metres cubes de gaz sur 1000 grammes dans le sang arteriel, 420 dans le sang veineux, avec les differences ainsi de'terminees pour les deux sangs : oxygene 90 et 54, acide carbonique 282 et 560. La proportion indiquec pour 1'etat normal est 18 et 8 pour 1'oxygene, 58 et 48 pour 1'acide carbonique. La com position du sang arteriel ct du sang veineux dans ces deux cas se rapprocliait de ces proportions. Dans 1'asphyxie experimentale 1'oxygene s'abaisse jmsqu'a 1,5 pour 100 et sa proportion peut devenir plus faible encore dans le sang veineux. Le maintien de 1'oxygene dans des proportions encore elevues et la difference de couleur et de composition entre les deux sangs peuvent etre consideres comme les indices d'une mort plus promple.
La Hquidite du sang est indiquee par tous les observateurs comme un di-s caracteres de la mort par submersion. Ce sang a une fluidite remarquable, il s'ecoule comme de 1'eau du coeur et des vaisseaux incises. Le meme fait se remarque dans les saignees que 1'on fait aux noyes pour les rappeler a la vie. Ce sang Jiquide rcmplit les cavites droites du coeur; moins abondant, il est lluide aussi dans les cavites gauches ; aucun caillotne se prolonge dans les yros vaisseaux, aucune concretion ne s'engagc entre les tendons des valvules et les colonnes cbarnues. A cette regie, sur 150 cas, Marc, Orfila, Devergie, ne signalaient que trois exceptions. De nombreux observateurs ont constate', mais comme un fait rare, la possibilite de cette coagulation du sang. Lafosse, Pyl, Iloose, Klose, Klein, Hencke, Osiander, Gasper, Liman, Avizard, encitent des examples. M.\I. Bergeron et Montano ont aussi constate ces coagulations. Dans le recueil do Maschka, une statistique indique que sur 91 cas le sang etait coagule 5 fuis, et 5 fois demi-coagule et demi-liquide. Nous avons rencontre la coagu lation du sang dans des proportions bien plus considerables: sur 115 autopsies o\i 1'eiat du sang a ete note, 89 fois il etait absolument liquids, 24 Ibis il pre sentait des caillots, ce qui donne pour 1'existence des caillots une proportion de 52 pour 100; mais une distinction doit etre faite entre la consistance et la couleur de ces co;igulum : si les caillots rougeatres et noiratres, plus ou moins diflluents, sont assez communs, il n'en est pas ainsi des caillots fibrineux, jaunatrcs et solides, qui sepvolongent dans les gros vaisseaux, ceux-ci sontextremement rares ; nous avons vu deux fois au plus dc ces longues concretions polypeuses. La liqtiidite du sang appartient a Tasphyxie, comme aux mort? suLites en general. Sous quelles influences se sont formes ces caillots? Faure dit que Ton voit des caillots chez les animaux qui ne sont restes que quelques moments sous 1'eau, ou chez ceux qui ont ete retires de 1'eau avant d'avoir cesse de vivie. Quand 1'individu se noie plus lentement, il absorbe beaucoup d'eau et le sang devient plus liquide. M. Brouardel constate ce fait et en conclut que la
grande liquidite du sang serait un indice de plus longue resistance. Une mort rapide, par commotion, par ivresse, le corps restant plonge au fond do 1'eau, s'accompagne d'une moindre absorption d'eau, le cceur peut alors contenir des caillots. En presence de ce fait que la liquidite du sang appartient a la mort subite el que la formation des caillols dans le cceur et dans les gros vaisseaux est en general 1'indice d'une agonie lente et que ces caillots scat d'autant plus (lenses et plus decolores que celte agonie a ete plus longue, nous n'oserions interpreter la presence des caillots dans le cceur chez les noye's comme la preuve d'une moil rapide; nous inclinons plulot pour 1'opinion opposee. Chez les animaux cndormis par le cbloroforme avant la submersion on a trouve des caillots vermeils et volumineux. Dans trois de nos cas ou les caillots etaienl prouonces, 1'ivresse avail ete reconnue par des temoignages ou par la presence de 1'alcool dans le sang et dans les matieres alimentaires. Si le noye a surve'cu un certain temps, on a constate que des caillots se formaient. Des causes accessoires peuvent aussi produire ces coagulations; des caillols out ete trouves sur un homme qui s'ctait noye apres avoir avale de 1'eau-forte. On avail pense' que la putrefaction pouvait liquelier les caillots, ce fait parait peu probable; I'effet rapide de la putrefaction est de detruire le sang, remplace par des gaz.
MM. Hmuardel et Vibert ont cherclie a determiner par la proportion des globules la quanlile d'eau qui enlre dans le sang des noyes. Complant les glo bules avant et apres la submersion, il les ont vus cbez le chieu s'abaisser de (1718 ODD -i 1847)000 en une heure, de 6 000 000 a -1 1>50 000 en vin-t minutes, de 7550000 a 5 700 000 en neuf minutes desubmersion.il ressort de leurs experiences quo « le nombre de globules contenus dans un meme volume de sang est diminue d'un tiers a un quart, lorsque la mort par submersion se fait lentement, et que Fabaissement du cbiffre des hematics est proportionnel a la duree de submersion. » La voie d'introduction de 1'eau est evidemment 1'appareil respiratoire; sur un cbien noye apres la ligature de 1'cesophage, 1'abaissement des globules restait le meme. Nous avons penscqu'il pourrait etre ulile de determiner directement par I'e'vaporation la proportion du liquide que le sang contient apres la submersion comparee a d'autres genres de mort, M. Gamier, professeur agrege a la faculte de Nancy, a precede a ces analyses qui ont donne les resultats suivanls : proportion d'eau dans le sang de lapins asphyxies par le gaz de 1'eclairage 0,82 sur 100, par le cbloroforme 81 el 83 ; par la submersion 85 el 91, celle-ci n'ayanl dure que cinq minules.
L'examen des globules du sang a fail reconnaitre pour un certain nombre une augmentation de volume et une forme plus spherique, avec une teiute plus pale. M. Brouardel a constate ce fait sur divers animaux, notammenl sur des rats et des cobayes. Cette augmentation de volume et cette forme sont manifestes, lorsqu'on examine comparativeraent du sang de lapins asphyxies dans 1'eau et par le chloroforme. Cliez les noyes, le sang s'altere rapidement, les globules rouges disparaissenl ; les globules blancs insistent plus longtemps, ils deviennent comme granuleux et leurs bords se dechircnt. On distingue ensuile dans le sang decompose des globules de graisse et bientot des cristaux de mar garine.
L'injection du cerveau est rarement assez considerable, dil Taylor, pour meriter une attention particuliere ; Casper considere 1'hyperemie cerebrale comme rare, mais comme possible. Les sinus de la dure-mere conliennent du sang, la pie-mere est plus ou moins injectee et infiltree de serosite, le paren-
chyme cerebral est plus ou moins sable avec une quantite variable de scrosite dans les ventriculcs. 11 y a la des differences sur lesquelles I'attitude du corps, la position declive de la tete, influent beaucoup, et, comrne on Fa dit, il y a pour determiner ces fails un vague dans 1'expression qui laisse beaucoup a 1'arbitraire de I'observateur, Fun pouvant voir une congestion la ou elle est faiblc ou nulle pour 1'autre. Devergie constate que le cerveau contieut un peu de sang, qu'il est piquele, d'autres fois que la congestion est considerable. Oifila s'exprime en ces termes : « On ne trouve sur la plupart des submerges qu'une faible conges tion des \aisseaux du cerveau. » Une statistique du recueil de Matschka se resume ainsi : sur 56cas, 5 congestions notables, 18 assez prononcees, 53 tresfaibles ou cerveaux auemiques. Nos autopsies out prcsente les resullats suivants : 22 congestions prononcees, 14 mediocres, 54 nulles sur 90 cas. Un [ eut done conclure de 1'ensemble de ces faits que la congestion cerebrale n'est pas un phenomene habiluel dans la submersion et, quand elle existe, qu'elle est en general d'une intensite mediocre. Lesepanchements sont absolumeut exceptionnels, nous enavonstrou\e trois cas cites par les auteurs; ce sont sans doutedes coincidences qui s'expliquent par une alteration prealable des vaisseaux; dans un de ces cas un foyer apoplectiforrne ancien etait a cote du foyer no nveau.
L'examen de la cavite du ttjmpan, suivant la melhode de Grellet. Wendt, Wreden, peut y faire decouvrir du liquide avec les matieres qu'il y a entramees. Nous avons ete a meme de trouver, dit Hoffmann, dans l;i cavile du tympan d'enfants noyes dans le liquide des fosses d'aisance, des parlies consfitutives de ce liquide, fibres vegetales, musculaires slriees, matiere colorante de la bile, grains d'amidon. L'auteur ajoute : on ne pent pas adraettre, vu 1'etroitesse de la trompe d'Eustache, que ces liquides et surtout les substances qui y sont suspendues y penetrent apres la mort. Cette exploration de 1'oreille moyenne n'est guere utile que dans 1'autopsie des nouveau-nes, pour prouver la vie en meme temps que la cause de la mort; elle peut cependant avoir quelque interet cbez 1'adulte, en constatant la presence dc 1'eau dans celle cavite. 11 est evident que, pour que ce signe ait de la valeur, il faut que la membrane du tympan soit intacte.
La presence de Yeau dans lestomac est un fait assez ordinaire dans 1'aspbyxie par submersion et qui peut etre utilise comma un des signes de ce genre de mort. II y a de 1'eau dans la majorite des cas, disait Riedel; Devergie declare que presque toujours 1'estomac contient un liquide analogue a celui de la submer sion. On en rencontre aussi chez les anim.iux, comme on peut s'en assurer au moyen de liquides a re'action coloree. L'estomac d'un lapin noye la tete en bas dans le mercure contenait 59 grammes de ce metal. La presence de 1'eau dans 1'estomac des noyes n'est pas constants, elle peut manquer ou etre inapercue, melee aux aliments. Dans nos autopsies, nous avons note les resultats suivants : beaucoup d'eau 57 fois, peu d'eau 54 fois, pas de liquide 22, sur 95 cas ou ce signe a ete recherche. La quantite d'eau est d'ailleurs assez peu conside'rable ; un quart de litre, un demi-litre, forment deja une ((uantite notable; Tardieu admettait meme ce dernier chiffre, comme un maximum. On a ren contre jusqu'a 1 litre et meme 2 litres d'eau. Le noye avale cette eau par un mouvement instinctif pour 1'empeclier de tomber dans le larynx, il en avale d'autant plus que la lutte est plus longue et qu'il est revenu respirer plusieurs fois a la surface. L'absence de liquide appartiendrait aux asphyxies trespromptes; la resistance volontaire a la deglutition doit avoir le meme effet. La
sensibilite une fois eteinte, il semble que cet effet ne se produit plus. Sur 1'unimal, a cette periode, onne voit pas que les inspirations convulsives s'accompagnent de deglutition instinctive. La presence de 1'eau dans 1'estomac est 1'elTet d'un phenomena vital; mais, pour que ce signe ait toute sa valeur, il faut prouver Fidentite du liquidequecontient 1'ejtomacavec celui de la submersion, et demontrer subsidiairement que le noye n'a pas bu de cette e&u avant 1'accident ; c'est pousser loin 1'exigence en matiere de preuvs. On a meme ete jusqu'a dire qu'un meurtrier habile a manier la sonde oesophagienne, et connaissant la medecine leg.de, aurait pu injecler de 1'eau dans 1'estomac pour tromper IVxprrt. Cette eau peut contenir en suspension des matieres etrangeres el caracteristiques qui prouvent son identity, de la vase, de la paille, des lentilles d'enu, tlu sable, du gravier, des matieres lecales et, comme nous l'avonsvu,du sul fate de fer. Chez les noyes dans la mer, la presence de 1'eau salee dans 1'estomac est absolument caracterislique; si 1'estomac contient au contraire de 1'eau douce, le signe a une valeur negative qui pent inspirer un doute. Pour les nouveau-nes cette deglutition de malieres fecales est a la fois une preuve de la vie et du genie de morL Un des signes les plus surs est fourui par 1'eau ecumcnse qui remonle du larynx et qui ensuite est deglutie. \Yydler (d'Aarau) a appele 1'attentionsur cette ecume que peut presenter 1'eau dans 1'estomac des nines; si elle a les caracteres de la mousse des noyes, elle constitue une preuve decisive.
L'eau pcut-elle s'introduire dans 1'estomac apres la mort? Cette question avail ete longtemps resolue par la negative, Orfila n'en a pas rencontre sur des cadavres, meme apres un sejour prolonge dans un bain; Riedel, Kantzler, ont constate le meme fait pour des animaux. On supposait que Fapplication des parois de 1'oesophage mettait un obstarle a Feiilree de 1'eau. Mais des observa tions nouvelles ont modifie' celte opinion. Taylor pense que cette introduction mecanique apres la mort est difficile, mais qu'elle n'est pas impossible. On a fait remarquer que, si la rigidite caclaverique de 1'oesophage et du cardia constituait d'abord un obstacle, cet obstacle cessait bientol, et qu'il suffisait de la pression d'une faible colonne d'eau pour ouvrir 1'oesophage et faire penetrer le liquide dans 1'estomac. La capillarite peut aussi y contribuer. Une des condi tions, c'est que le liquide ne soit pas visqueux et que les parois de Toesophage soient humides et lisses, sans mucosites. La putrefaction est la cause princi ple, sinon exclusive, de cette penetration. Liman, dans des experiences sur des nouveau-nes, plonges quelques jours apres la mort dans un marais artificiel, a vu 7 fois sur !6 les malieres penetrer dans 1'estomac, et plus souvent s'arreter dans 1'oesophage. On doit admellre par conlre que 1'eau peul etre cbassee de 1'estomac, comme les malieres alimentaires, par la putrefaction gazeuse.
La mit-j/tciise de 1'estomac est le plus souvent rougeatre, coloree, puis fonce'e et brune, sans que cette coloration soit constante. Ces coloralions tiennent soil au Iravail de hi digestion, soit a la putrefaction, mais elles peuvent aussi provenir de cong^slioas actives. On y observe des laches, des plaques qui semblent ecchymotiques; M. Brouardel a constate sur des animaux des plaques de ce genre, larges el pales, avec du sang epanche et au«si de petites ecchymoses ponctuees. Le mucus stomacal a ete trouve rose avec des globules sangnins faisant supposer de petiles hemorrhagies. II n'est pas impossible qu'un pen de Feeume rougeatre des bronches soit avalee. L'estomac est tres-lrequemment rempli de matieres alimentaires, ce qui explique en partie Finjeclion fre'quente
de la muqueuse; sur 89 cas nous avons rencontre 65 fois sa plenitude notable, 4 fois peu de matieres et 22 fois la vacuite. Chez un noye ancien les aliments etaient maintenus dans un e'tat remarquable de conservation par une quantite notable d'alcool.
L'etat de la vessie a ete 1'objet de discussions; on supposait qu'elle se vidait d'abord, puis qu'elle se remplissait par la continuation de la secretion, activee par 1 'absorption de 1'eau. La rigidite cadaverique avail ete considered comme pouvant en determiner 1'expulsion. Piorry avail pen^-e que, si 1'urine manquait dans la vessie, c'elait une raison pour suspecter un autre genre de mort. Orfila a vu beaucoup d'urine dans la vessie, apres que la rigidite avail depuis longtemps disparu. Devergie declare avoir trouve souvent de 1'urine dans la vessie, parfois sanguinolcnte ; frequemment aussi il n'en a pas rencontre. Casper admet que la vessie est vide dans la moitie des cas. Voici a cet egard les resullats de nos autopsies : sur 84 cas, vessie pleine 28 fois, un peu d'urine 16, vacuite complete -40 fois. Ce dernier cas serait done le plus frequent. I! esl probable que 1'ivresse est une dcs causes de sa plenitude. Cette urine est ordinairemenl claire; elle a ete parfois albumineuse. La congestion des reins a »'l(' note'e; rien de particulier ne peut etre dit sur le foie et sur la rale, quoique dans 1'asphyxie on ail indique' la diminution de volume dc ce dernier viscere.
Appreciation des signes. Conclusions. Les difiicultes du diagnostic ont e'le de beaucoup exagerees en ce qui concerne ce genre de mort. En prenant les signes un a un, et en contestant la valeur isolee de chacun d'eux, on en elait arrive a un scepticisme theorique qui contraslait avec 1'evidence acquise dans la pratique. Dans les neuf dixiemes des cas le diagnostic est facile et on peut de'cider en conscience, avec un ensemble de pieuves suflisamment caracterisliques, que la mort esl le resultat de la submersion ou que 1'individu a ete jele dans 1'eau apres la mort. Devergie a filmic cetle facilite du diagnostic ; Casper et Liman expriment la meme opinion, et cette conclusion est celle de tons ceux qui ont fait de frequentes autopsies de noyes. II faut bien peu de lenips pour que les signes de 1'asphyxie se produisenl, el ils onl assez de duree pour que le diagnostic certain s'exerce dans des limites qui comprennent la majorile des cas. Lorsque le temps a fait disparaitre les signes les plus certains, il reste des indices negatifs et positifs qui donnent a nos conclusions la plus grande vraisemblance et qui dans la plupart des cas suffisent a la justice.
La presence de 1'ecume et de 1'eau dans les voies aei iennes est le signe pathognomonique de la mort par submersion. Taylor s'exprime en ces termes • « La presence dans les voies aeriennes d'une ecume muqueuse, frequemment teintee de sang, peut etre regardee comme caracteristique de la mort par sub mersion. Quand on la decouvre dans les poumons associee a un etat aqueux de ces organes, elle tournil une preuve satisfaisante de ce genre de mort. » L'ecume avec sa forme caracteristique, remphyseme aqueux du ponnion, ne laissent aucun doute sur le genre de mort; aces signes s'ajoute I'ensemble des autres caracteres qui appartiennent a ce mode d'asphyxie. Lorsque la submersion n'a pas depasse trois ou quatre jours en ete, douze a quinze jours en hiver, l'e\idence est acquise par ces deux premieres preuves. L'ecume n'a pas besoin d'etre abondante pour elre caracteristique, quelques traces bien determinees suffi sent; 1'examen microscopique du poumon montre qu'il est penetre de cel'e mousse. L'etat aqueux de 1'organe complete cette preuve.
Quand 1'ecume a ete de'truite, 1'asphyxie se demontre par les autres signes.
L'emphyseme nqueux du poumon persiste plus longtemps, et il reste le prin cipal element de conviction. Alors on a pour signes I'emphyseme et le volume considerable de ces organes, la liquidite du sang, la plenitude des cavites droites du cceur, 1'eau dans 1'estomac, la projection de la laugue en avant et 1'injection de sa base. II y a la une serie de fails auxquels on peut faire individnellement des objections plus ou moins plausibles, mais dont 1'ensemble constitue une demonstration concluante. Ainsi qu'on 1'a fait remarquer, la preuve n'est pas toujours donnee par un seul signe, mais par une reunion de caracteres qui sont aussi demonslratifs qu'un seul signe.
Au point de vue des signes isoles et speciaux, le diagnostic a souvent d'importantes ressources. Les corps etrangers dans les bronches, 1'eau ecumeuse dans 1'estomac, le sable incruste sous les ongles, les excoriations des doigts, sont des signes d'une grande valeur. La coloration de la face et de la peau, 1'attitude du corps;, la peau anserine, sont des indices utiles; des circonstances particulieres, des berbes arracbees, tenues encore entre les mains, fournissent aussi des preuves.
Si nous classions les signes d'apres leur degre d'importance, nous mettrions en premiere ligne reVume et 1'ctat aqueux du poumon; viendraient ensuite la li(|uidih: du song, la plenitude des cavites droites du coeur, 1'eau et les corps etrangers dans les broaches, le gonflement et 1'emphyseme du poumon, 1'eau ecumeuse dans 1'estomac, 1'e'tat de la langue, le sable et les corps etrangers sous les ongles, les excoriations des doigts, la peau anserine, 1'e'tat exterieur du corps, et les signes generaux d'asphyxie. ['our qu'un caractere ait une valeur absolue, il faut qu'il soit le resultat d'une action vitale, et, s'il peut se presenter dans un autre cas, que la negation de cet autre cas soit acquise. Les preuves negatives tierment toujours une place importante dans le diagnostic medicolegal. En meme temps que nous reunissons tous les indices qui attestent 1'asphyxie par submersion, nous recherchons les preuves qui excluent un autre genre de mort. De'montrer qu'il n'existe aucune trace d'un autre genre de mort, c'cst donner une plus grande probabilite a tous les indices qui appartiennent a la submersion.
Les signes d'un sejour dans 1'eau qui font supposer que la submersion a coincide avec 1'epoque de la mort sont une preuve indirecte qui doit etre notee: ain>i quelques traces de maceration de 1'e'piderme avec la rigidite cadaverique indiquent que la submersion et la mort out eu lieu en meme temps, ou qu'un faible intervalle les a separe'es.
Pour le diagnostic il y a deux periodes, la premiere qui suit de pres le de'ces, ou la certitude est e'tablie par 1'ecume et par I'emphyseme aqueux du poumon ; la seconde qui commence du cinquieme au quinzieme jour, suivant les saisons, ou la preuve est donnee, ou la probabilite est acquise, par 1'ensemble des antres signes, joints a la demonstration de 1'absence d'une autre cause de mort. Si cette periode se prolonge au dela de six semaines, on n'a plus que les signes qui e'tablissent la longue dure'e du sejour dans 1'eau, mais on peut encore trouver des indices qui se rapportent au caractere de 1'evenement.
L'etat des organes peut-il faire supposer une mort plus ou moins rapide? L'unite du genre de mort et sa rapidite constante ne laissent qu'une base assez incertaine a cette appreciation. Beaucoup d'ecume, une vive injection de la muqueuse et du parenchyme, des ecchymoses ponctuees, sont les traces d'une mort plus violente et plus prompte. De 1'anemie, peu d'e'cume, le sang tres-
liquide, le poumon plus imbibe d'eau, des suffusions sanguines larges et pales, indiqueraient une mort plus lente. La syncope a ete considered comme ralontissant les effeis de 1'asphyxie et par consequent comme une cause de prolon gation de la vie. Une syncope au contraire pent brusqueraent meltre un terme a 1'asphyxie qui commence. La plenitude a peu pres egale et la difference de coloration du sang dans les deux cuvites du coaur sont un indice de la brusque interruption de la vie. Les caillots, decolores surtout, nous paraissent correspondre a une agonie plus longue. Les dispositions individuelles out certainement une notable influence sur la rapidite de la mort, c'est une difference de quelques secondes, d'une ou deux minutes au plus, pour une asphyxie dont la dure'e ne depasse pas quatre ou cinq minutes. Quelques presomptions stir la dure'e de la resistance resultent cependaut des signcs qui precedent.
IV. CARACTERES DE L'EVENEMENT. Accident, suicide, homicide. On Irouve chez les noyes, comme causes de I'evenement, 1'accident, le suicide, et rarement 1'homicide. Pour les pendus, c'est le suicide, 1'homicide fort rare et 1'accident tout a fait exceptionnel. Les fails medicaux fournissent d'importants indices pour determiner le caractere de I'evenement.
1° L1 accident. Aucun genre d'accident n'est plus facile, plus commun, plus rapidement mortel que la submersion. La statistique nous a fait connaitre la frequence de ce genre de mort : quatre ou cinq mille cas chaquc aniu'e ol'liciellement reconnus, le tiers environ du total de toutes les morts accidcntelles. Les circonstances les plus diverses mettent en presence de ce danger : navigation et nauirage, pouts ecroules, lavoir qui se detache, promenades sur le bord de 1'eau, distraction du pecbeur, bains en ete, patinage sur la glace qui sc brise, accidents varies qui doivent etre examines avec details dans leurs rapports avec le genre de mort et avec les lesions concomitantes. Une simple orniere, un fosse, une mare, sont 1'occasion d'accidents de ce genre aussi bien que les cours d'eau les plus considerables. Dans cette enumeration iigurent, avec la mer et les rivieres, les marais, les et.angs, lespuits, les egouts, jusqu'aux baignoires et aux cuveaux ou Ton a trouve une mort bien imprevue. Certaines professions, telles que celles de bateliers, pecheurs, laveuses, tanneurs, teinturiers, exposent plus particulierement a ces accidents.
L'eTcamen des localites fournit des renseignements qui peuvent etre utilises par le medecin. Le corps a etc" retrouve sous un bateau, dans le canal d'un moulin, pres d'un barrage et d'une chute d'eau ; la maree a surpris le baigneur au pied d'une falaise, le reflux 1'a entraine; les bordsde la riviere etaienl escarpeset rocailleux, les parapets manquent; des pieux, des pierres saillantes ou a peine recouvertes par 1'eau, se trouvent a 1'endroit de la chute.
La mort accidentelle par submersion pent avoir lieu dans une bien faible quantite de liquide. Des individus out ete trouves noyes dans une orniere, dans une mare, dans un ruisseau sans profondeur, la face seuie engagee dans le liquide, le corps allonge', couche sur le ventre, le dos hors de 1'eau qui n'atteignait meme pas 1'occiput et les oreilles. Une syncope, un etourdissement, 1'ivresse, une attaque d'epilepsie, la commotion produite par une chute, suffisent pour que 1'accident se consomme dans des conditions aussi invraisemblables. Dans un cas cite par Ghaussier, la face etait engagee dans 1'etroite orniere d'une route, les oreilles dehors; ecume, poumons volumineux, sang liquide, molecules terreuses de 1'orniere ayant penetre dans la bouche et dans
les narines, vien ne manquait aux signes de 1'asphyxie. Un homme est trouve la tete plongee dans un petit cours d'eau qui u'a pas un pied de profondeur : Devergie constate la presence de gravier et de sable dans les bronclies; la face etait dans le gravier, le men ton etait ecorche. Taylor rapporte un cas d'a£phyxie, la face etant engagee dans de la neige fondue. Dans ces cas, c'etait I'ivresse qui avait empeche ces hommes de se relever. La commotion determinee par une cliute peut avoir le meme effet. Une femme portant sur la tete une lourde charge de foin roule dans un ravin de o metres de profondeur; la face plonge dans une orniere qui n'avait pas plus tie 15 centimetres de profondeur, et 1'asphyxie se produit (docteur Kuntz). Nous avons constate le fait suivant : Un militaire, en etat d'ivrcsse, tombe du haul du vempart, a Strasbourg, d'une hauteur d'environ 11 metres; il est trouve couche sur le venire, la face engagee dans une petite mare glacee, d'une profondeur a peine de 10 centimetres. La J.ice s'est brisee, elle cncadre le visage, la nuque est hors de 1'eau, ainsi i]ue toute la partie posterieure du corps; quelques excoriations au front, aueune trace de fiarlure, ecume nui-fj'itre remplissant les voies aeriennes, sang liquide, asphyxie par submersion. Si cet homme avait pu relever la tete, il elait >auve', inais la commotion jointe a I'ivresse avait eteint toute connaissanue. La sub mersion accidentelle dans une baignoire a etc observee, nous 1' avons vue pour un e|iileptii|ue; une congestion cerebrale, provoquee par 1'excessive chuleur de 1'eau, une ^\iicn|ie, out pu produire ces accidents. Les submersions dans une Lres-faible quant ite d'eau ne sont pas des accidents rares pour I'enfance; nous cilerons 1'obsei'vation d'un enfant de dix-sept mois noye accidentellement dans un baquet contenant quinze litres de liquide.
Au point de vue de 1'accident, les antecedents de la personne doivent etre pris en consideration. Dans une ecole de natation a Strasbourg, une trenlaine de jeunes gens sereunissenl le soir; le bain tirmine, on se rhabille, un paquet dc velemenls reste sans maitre: on fait des recherches, le corps du noye est decouvert ; on apprend que ce jeune homme etait sujet a des attaques d'epi- Jepsie La disposition aux syncopes, aux etourdissements, auxcrampes, peut etre un fait notoire. C'est un affaiblissement de la vue qui cause 1'accident ; sur uu noye de soixante-dix sept ans, nous avons trouve une double cataracte calcaire. L'etat des vetements fournit aussi des indices, ils n'offrent pas ces dispositions particulieres qu'on peut Irouver chez les suicides; la nudite est complete dans la plunail des accidents d'ete. L'attitude est parfois caracteristique. Taylor cite 1'exemple d'un homme trouve noye dans nn etang, il avait encore son lorgnon ouvet t a la main ; on a suppose qu'il etait lombe en regardant le poisson. Sur un enfant de sept ans, retire du Rhin, nous avons trouve une corde en bandouliere, de 1'epaule au has de la poitrine et brisee a un bout ; il etait tombe dans 1'eau, en aidant a tirer un bateau. On recherchera s'il n'existe pas des lesions internes se rapportant a une mort subite, apoplexie cerebrale, thrombus de 1'arlcre pulmonaire. L'insolation a pu faire perdre connaissance ; on a meme observe la fulguration dans 1'eau. Mais parmi les faits qui causent en premiere ligne ces submersions accidentelles il faut noter un repas recent et I'ivresse, 'constates par la plenitude de 1'estomac et par la presence de 1'alcool.
Les lesions traumatiques que presente le corps des noyes meritent une atten tion parliculiere, elles sont nombreuses et d'origine diverse. On distingue celles qui precedent la submersion, celles qui ont lieu au moment de i'entree dans 1'eau, pendant le cours de la submersion, an moment ou on retire le corps, et
cellesqui peuvent se produire apres qu'il a ete retire. Ge sont des excoriations, des contusions, des plaies, des fractures, dcs dechirures et arrachemenls d'organes, des lesions d'apparences variees qui peuvent faire croire a un meurtre. Tous les observateurs ont constate la frequence de ces lesions d'une importance d'ailleurs Ires-variable. Sur 152 cas, nous avons rencontre 5-4 fois des lesions de ce genre. M. Delens a attire 1'attention sur la frequence des fracture set des lesions osseuses que Ton rencontre sur les cadavres retires de la Seine.
Les lesions qui precedent la submersion sont parfo'is le resultat de rixes elrangeres a ce fait, elles peuvent etre les indices d'un meurtre, et sont interprele'es a ce point de vue, comme toute autre blessure. L'action dc 1'eau donne une apparence rccente a une plaie deja ancienne; la fluidile memo du sang chez les noyes peut aussi influer sur les caracteres de ces plaies qui paraissent encore sanglantcs pendant plusieurs jours ; si le corps a roule sur des bords rocailleux avant d'arriver a la riviere, on a a reconnailre si ces blessures mul tiples proviennent de la cbute on de coups. Une consultation de Louis sur un casde ce genre, le fait Maiziens en 1780, a substitue le doute a une affirmation positive qui avail entraine une condamnation.
C'est au moment ou 1'individu saute ou est precipile dans 1'cau que se font les plus graves lesions. En premier lieu se presentent cellos que le choc conlre 1'eau peut produire. Le corps tombant a plat d'une grande hauteur sur la poitrine, la violence du choc peut determiner un an el subit de la respiration ; on a meme pense que des ruptures internes etaient possibles dans ce cas. Un homme saute du pont de Londres dans la Tamise, les deux bras ecartes au lieu de les avoir le long du corps, on le retire avec les deux bras luxes (Smith). L'n cas analogue observe sur une I'emme est rapporle par Taylor, qui ajoule qu'une cbute de ce genre ne peut produire ni une fracture du crane, ni toute autre lesion analogue a celle qui resulte de la chute d'un lieu eleve. On mentionne aussi les accidents qui resultent de 1'action de sauter dans 1'eau, les jambes ecartees.
Mais c'est le choc direct sur le fond de la riviere dont la profondeur a ete mal appreciee qui cause les lesions les plus graves, lorsque la tete a porte sur ce plan solide. Les lesions qui se produisent dans ce cas sont des fractures des verlebres cervicales qui le plus souvent occasionnent la mort. Taylor rapporte quelques fails de ce genre. En 1858, un homme saute d'une voilure de bains, la tele la premiere, dans une eau moins profonde qu'il ne le croyait; il se produisit uuc fracture de la coloime cervicale avec deplacement qui causa la mort. Dans un cas sembluble, 1'homme revienl sur 1'eau, 1'ecume a la bouche, il plouge de nouveau, on le retire sans connaissance ; revenu a lui, il est paralyse des membies superieurs et iuferieurs, il meurt pcu apres. On constate la frac ture des vertebres cervicales ; la tele avail porte cuntre le fond en brique du bain. Un individu qui s'etail aussi jete d'un lieu eleve dans une riviere peu profonde declare que, senlant le fond, il avail brusquement reporte la lete en arriere, puis qu'il avail perdu connaissance. 11 meurl en dix heures : profondes ecchymoses a la nuque et fracture de la cinquieme vertebre cervicale qui esl divisee en deux morceaux ; la lele nepresente aucune contusion. Reveillon, qui discute ce fait, suppose une fracture par effort musculaire. Un marin saute a la mer, tombe sur une voile etendue a Irois pieds sous 1'eau ; il perd loul mouvement et meurt en quarante-huit heures, la quatrieme et la cinquieme vertebres cervicales sont fracturees. La chule centre une pierre, contre un pieu cache sous
1'eau, est une cause frequente de contusions ou de fractures du crane ou d'autres regions. Dans les explosions de bateaux a vapeur, dans les incendies sur mer, des brulures, des plaies diverses, caracterisent 1'evenemcnt. Les ero sions qui indiquent la lulte out leur siege connu aux doigts, aux genoux, aux coudes, clles doivent offrir le caractere de lesions faites pendant la vie.
Le noye a cesse de vivre, le corps flottant est expose a des chocs divers. II est pousse contre ties poteaux, des pierres, contre les piles d'unpont; il est heurte par des corps flottants, des pieces de bois, des glacons, des bateaux; joignez-y le choc des rames, des roues de bateaux a vapeur ou de moulins, des helices, des machines diverses que 1'industrie a placees sur les cours d'eau. Ce sont autant de causes de contusions, de fractures, de dechirures, d'arrachements, de lesions do formes diverses dont il est parfois difficile d'apprecier la cause. M. Delens a constate pour la Seine les singulieres lesions que tant de causes mecaniques peuvent produire, les os entames, luxes, fractures, uses, perforees par les pieces metalliqnes mues par la vapeur, par les helices, par les chaines de touage, par le choc des baleaux. Une ouverture arrondie a la partie ('caillcuse du temporal, ressemblant a un trou de balle, avait ete faite par une machine. Un larynx emporte, deux vcrtebres cervicales detruites, des jambes separees des cuisses, etaient les effets de ces causes puissantes; la putrefaction rendait ces arrachements plus faciles. Lefait important pour la mcdecine legale, c'est que ces lesions ne presentaient pas le caractere de blessures faitos pendant la vie. On pent rencontrer des lesions anciennes qui au premier abord font naitre un doule; un noye, reste quatre semaines dans Till, pre'sentait uu trou rond, en avaut du parietal droit, pres de la suture coronale. Ua peau etait le siege d'une cicatrice en T, et le trou osseux etait ferme par un bouchon fibreux, avec adherence de la dure-mere epaissie ; c'etait une ouverture de trepan, indice d'une ancienne lesion cerebrale dont 1'influence peut-etre avait deter mine le suicide.
La maniere dont on retire le cadavre avec des crocs, avec un aviron garni de fer, produit aussi de graves lesions. Nous avons vu la poi trine perforee, la bouche et la langue dechirees par des manoeuvres de ce genre ; on recommit que la blessure n'apas ete faite pendant la vie, mais, quand la constatation a lieu longtemps apres la mort, il faut un examen attentif pour en determiner la cause.
Certaines apparences peuvent faire croire an meurtre, ce sont celles que presente la region du cou : une cravate, un col de chemise, trop serres et gonfles par 1'eau, laissent sur le cou une empreinte qui donne 1'idee d'une strangu lation. La ressemblance augmente, si la putrefaction a gonfle les tissus audessus et au-dessous du lien. Une dame se noie en presence de temoins; le cordon de son manteau entraine et tire par un courant rapide laisse au cou une profonde empreinte. Peu de temps apres la mort, le cou ayant porte avec force contre un arbre ou tout autre obstacle, situe dans la riviere, ce choc pent produii e une lesion qui donne 1'idee d'une strangulation a 1'aicle des mains (Taylor). Une personne tombe dans un puits, on la retire par lachaine qui s'est enroulee autour du cou, et on a les caracteres du sillon d'un pendu. Une grande circonspection est necessaire dans l';ippreciation de ces lesions. Ajoutons-y les teintes diverses que laissent sur diverses regions du corps, sur le cou, sur les epaules, sur les jambes, les portions de vetements fortement appliquees coutre ces par ties, et dont la matiere colorante imbibe la peau et penelre meme jusqu'a la couche supeificielle des muscles.
Le.s animaux aquatiques peuvent s'atlaqner aux tissus humains pour en faire leur pature, et laisser sur le corps des traces caracteristiques ; nous verrons, en examitiaut la putrefaction dans 1'eau, de quelle manierc ils concourent a la destruction de 1'organisme.
Quand le corps est retire de 1'eau et qu'on cherclie a y rappeler des restes de vie, le mode de Iraitement, les frictions su/tout, laissent sur la peau des traces qu'on ne pcut meconnaitre. Nous avons vu ces empreintes parcheminees, seches et jaunatres, couvrant le thorax et attestant les frictions trop energiques qui 1'avaient depouille d'epiilerme. On se rappellera que le sang coule aqueux de la veine ouverte par une saignee, et qu'il importe, rneme apresla mort, de fermer avec soin cette ouverture, car plus tard la putrefaction gazeuse cliassant le sang par cette plaie, 1'ecoulement qui sc produit pent etre considere eomme une preuve de la negligence du medecin.
2° Le suicide. La statislique nous a montre la frequence de ce genre tie suicide, d'une execution si facile, d'un effet si prompt et si certain, II est en premiere ligne pour les femmes, en seconde ligne pour les homines, apres la pendaison. Tons les ages y sont represented. Sur nos cas, le minimum est dc douze ans, puis treize ans ; 1'enfant avait ecrit sur son caliicr d'ecole comment ilallait se donner la mort. On cite 1'exemple d'un enfant de cinq ans retire dc 1'Elbe ou il s'etait jete pour echapper aux mauvais traitements dc ses parents. Durand-Fardel rapporte le suicide d'une petite fdle de dix ans. Ollivier d'Angers a reuni cinq cas de submersion volontaire de onze a treize ans, deux garcons et trois filles. Wa!d rappoi Le le fait d'un enfant de onze ans qui se noya pour n'avoir pas obtenn de passer d'une classe a 1'autre. Dans le recueil dc Maschka on cite 1'observation de deux filles de onze et de quinze ans. Dans la periods de quinze a vingt ans, les suicides de filles sont plus nombreux que ceux des garcons. Entre vingt et trente ans, chez les femmes, tous nos cas appartenaient au suicide, tandis que pour la meme periode on comptait pour les hommes un tiers d'accidents. De trente a trente-cinq ans, les cas sont encore nombreux, mais ils vont en diminuant. Au dela de soixante-dix ans, tous les noyes, au nombre de onze, quatre accidents et sept suicides, appar tenaient au sexe masculin. Le maximum pour les suicides averes etait soixantequinze ans, dans deux cas 1'age de soixante-dix sept ans se rapporlait a une mort accidentelle. Nous avons trouve mentionne pour Je suicide par submersion 1'age de soixante-dix-neuf ans. Pour les suicides en general, pendant 1'annee 1881, les cas au-dessus de qualre-vingts ans ont ete au nombre de 181.
La saison a une influence notable sur le nombre de ces suicides. D'apres la statistique ge'nerale, le maximum se rencontre en mai, juin, juillet et aout; le minimum en biver, avec un cbiffre un peu plus eleve pour les saisons intermediaires. Pour la France entiere pendant 1'annee 1881, les maxima pour les suicides par submersion ont ete avril 225, mai 225, juillet 205; venaient ensuilejuin 185, aout 183, mars 115; en troisieme ligne, septembre 151. fevrier 151, octobre 127. Les minima appartenaient aux mois de novembre 115, decembre 109, Janvier 107. Ce n'est pas settlement la temperature de 1'eau qui ici a indue, car pour la pendaison la repartition par mois est ana logue : maxima, juin 555 cas, juillet 525, mai 514; minima, novembre 195, decembre 195, Janvier 182. La statistique de la morgue a Paris de 1851 a 1879, sur 7085 cas, donne les maxima pour les mois de mars, avril, juillet, juin, mai, et les minima pour Janvier, cctobre, decembre, novembre. Les chiffres de DICT. ENC. y s. XII. 35
Maschka constatent la predominance de mai et d'avril; dans les noye's de Pra gue, on indique la repartition suivante : retire de 1'eau 56 pour 100 au printemps, 16 en autonme, 15 en hiver; pour les suicides seuls, ces proportions etaient 51, 29, 21, 18, suivant le meme ordre des saisons.
La pi-euve du suicide a une gnmde importance au point de vue de hi justice pour ecarter toule idee de meurtre. D'un autre cote on cherche a repousser I'idee du suicide dans le cas d'assurances sur la vie, dans I'inleret moral des i'amilles, et pour la sepulture ecclesiastique.
Des influences speciales peuvent pousser a ce mode de suicide, 1'imitation et t'heredite. Nous avons 1'observation d'un noye dontle pere s'etait donne la mort par le meme moyen.'La vue de 1'eau, dit Foley, produit sur cenx que 1'heredite voue au suicide une fascination partieuliere : a C'etait 1'eau surtout qui m'atti-
niit, dit G. Sand dans ses Memoires Je ne me promenais qu'ati bord de la
riviere, jusqu'a ce que j'eusse trouve un endroit profond; alors, arrelee sur les bords: Comme c'est aise! je n'aurais qu'un pas a faire. Ce pas fut fait une fois; elle ccda en passant un gue a cette iatale impulsion, et ne fut sauvee que par 1'intervention d'un medecin qui 1'accompagnait. » Nous citerons encore cet I'xemple : un homme qui avail fait une tentative pour se pendre evitait de passer le long d'un canal, qui etait sur sa route, parce que cliaque Ibis qu'il s'approchait de celtc eau il avail la lentalion de s'y jeter. « Ne va pas j usquela, on esl tente par ces eaux sombres qui baltent tonjours lefond du rocher » ill.imlel). Les antecedents de la personne eclairent ici le diagnostic.
Nous avons constate la frequence de ces suicides a 1'epoque de la menstrua tion. Sur vingt-trois suicides averes de femmes jeunes encore, nous avons conslate buit fois ['existence de la periode menstruelle, caracterisee par le mucus sanguinolent dans 1'uterus et par le kyste hemorrhagique de 1'ovaire. La con servation des globules du sang, meles a 1'epithelium de 1'nlerus, nous a paru, ainsi qu'on 1'a dt'ja reconnu, se prolonger plus longtemps dans ce mucus que dans les vaisseaux. La grossesse n'est pas un fait rare comme mobile de ce suicide; nous avons constate une grossesse double au huitieme mois, deux foelus, 1'un male, 1'autre du sexe feminin, avec deux placentas, chez une lemme de trente-quatre ans, dontle corps avail sejourne douze ou quinze jours dans 1'eau.
Dans les suicides, le corps est babille, il est nu dans la plupart des accidents qui ont lieu en ete; 1'homme qui se donne la mort de'pose quelquefois une parlie de ses vetements sur la rive. La disposition des vetements pent indiquer une intention tres-formelle de se detruire : un homme avait son bras engage dans sa blouse ramene'e au-dessus de sa tele, un autre s'etait fait une espece de capuchon avec sa veste et son gilet, un troisieme avait mis deux tabliers sur sa tete en se les liant au cou. D'autres fois les vetements sont a peine deranges, on n'y trouve pas les traces de desordre ou de dechirure qui indiqueut une rixe.
La presence de ligatures sur les membres ayant pour but de rendre la mort plus certiiine n'est pas un fait rare dansle suicide par submersion : sur 105 sui cides hommes, nous avons observe 9 examples de ces ligatures ; nous n'avons vu qu'un fait de ce genre chez une femme, et dans un suicide double; elle etait attachee par un morceau de linge a 1'homme qui se noyait avec elle. Un habile nageur s'etait lie les jambes avec une courroie, fortement serree par une boucle; il avait prevenu qu'il prendrait cette precaution. Un militaire qui s'etait jete
dans la Meurthe s'elait lie les jambes avec une corde et les mains avcc son mouchoir. Un homme de soixaule-douze ans se deshabille en parlie, so lie les pieds avec une era vale de laine qui fait deux tours peu serres, et se jetle dans la riviere, on le retire encore cbaud ct 1'ecuine a la bouclie ; la peau reste pale sous le lien. Un homme est reUre d'un fosse, pros de la montagne Vertc, a Strasbourg, les pieds et les mains lies par une bande Je laine rouge, la constric tion esl forte aux pieds, Ires-laehe aux mains. Sur le corps d'un homme en parlie saponifie, une branche d 'osier avec un nceud coulunt attache les pieds; la couleur brune de 1'c'corce a deteint Mir la jarnbe. Des brandies de saule encore vertes avaient servi de Jigalurc sur un caJavre retire du Illiin ; 1'etal de la vegetation a permis d'apprecier IVpoque probable tie la mort. Une brancbe de saule est autour du cou pour maintenir le capuchon forme sur la tele par la chemise; une seconde branche entoure le poiguet d-roit, une troisieme la cuisse gauche. Gesont des branches du Salix alba, nous examinons le fait avec M. Hepp. Les feuilles sont encore fraiches et vertes ; on est au 16 mai, elles ont 2 a 5 cen timetres de longueur, 6 a 8 millimetres de large ; les feuilles actuellcs du meme arbuste out 4 a 5 centimetres sur 8 a 10 millimetres. L'examen histolugique uionlre un cambium encore noiratrs au lieu d'etre vert. La difference des dimensions entre les feuilles, le developpemenl moindre des parties vertes dans les couches corticales, indiquent une vegetation qui remonlerait du 10 au 20 avril ; 1'alteration de 1'epiderme concordait assess bien avec cette duree d'un mois que faisait supposer 1'etat de la vegetation, dans cette branche dc saule. D'autres circonstances altestent encore J'intention suicide et rcmleiit la mort inevitable etprompte. Nous avons 1'exemple d'uneludiant age de vingt-sixans, qui s'elail attache au cou avec sa cravate une pierre pesant 25 livres; le corps resta dix-sept jours dans 1'eau ; les lunettes etaienl encore sur le ncz. Un jeune homme saute dans le lac de Lucerne, et ne reparait plus, il avail laisse un ecril ou il dedarail qu'il portait une ceinture contenaiit 20 livres de plomb (Masclika). Les cas oil les poches sont remplies de pierres ne sont pas absolument rares. Cerlains individus multiplient les precautions pour que la mort soil infaillible. Fodere avail deja remarque qu'il est plus difficile de sauver un noye par suicide que par accidenl.
Les suicides muluels mcritenl une atlention parliculiere : si 1'une des deux personnes survit, la question de meurtre peut se poser. Nous en avons vu deux exemples, 1'un double, 1'aulre triple. Un ruilitaire et une femme sont attaches 1'un a 1'aulre; dans celte masse lloltante, 1'honune est submerge, la femme est au-dessus ; ils sont relires apres huit heures de submersion, en pleiue rigidite ; la femme etait dans la periode menstruelle. Le suicide Iriple esl celui d:une femme qui se precipile dans le canal, a Nancy, avec ses deux enfauts, 1'un age de douze ans, 1'aulre de quatre; la mere et le dernier enfant sont retires d'une mauiere immediate, le garcon de douze ans, apres cinq jours ; I'ecume existe chez les deux premiers, elle manque chez le troisieme, on estau mois de mai. Le mobile du suicide etait lamisere; 1'inanition etailabsolue chez les Irois per sonnes, aucune trace d'alcool. Si la malheureuse avail survecu, la question de meurtre, au moins pour 1'enfant de qualre ans, se serait posee. Maschka rapporte deux exemples de ces suicides mutuels, 1 'homme et la femme etant lies dans un cas par une corde, dans 1'aulre, au moyen d'une courroie ; les deux femmes etaient en^etat de grossesse de cinq et de six mois. Hencke indique le cas de trois sceurs,Jiees au moyen d'un chale, qui s'etaient noyees dans 1'Aar,
parce que la quatrieme sceur avail etc seduite. Le docteur Metsch cite 1'obser tion d'une femme qui a essaye de se noyer avec ses qualre enfants daus u flaque d'eau profonde de deux pieds ; elle survecul avec Tun des enfants.
La possibilite de la submersion par suicide dans une eau d'une faible pi fondeur est mise hors de doute par des fails assez nombieux. Une person peut se noyer volontairement dans une eau peu profonde, dans un bain, plongeant la tele dans 1'eau; il sufiil que la face resle pendant un cert; temps au-dessous du liquide. On a objecte que le besoin invincible de respii obligerait bienlol a relever la lete, mais avec une resolution bien ferme arrive vite au moment ou la conna^sance se perd ; une ou deux minutes s fisent pour qu'on n'ail plus le pouvoir de se soustraire au peril. La straugul tion volontaire, la syncope produite par des efforts d'expiration, la poitrineeU pleinc d'air cl la glotte fermee, soul des exemples de la volonle qui 1'empor dans des cas analogues, sur un instinct imperieux. Nous avons recueilli le 1' d'un officier enrctraite, Agede soixante-dix ans, Irouve dans un fosse de.60 c< timetres de profondeur, le corps en arc, la lete et les pieds dans 1'eau, le c sorlant; les pieds etaient lies avec sa cravale. Le peintre Gros, d'apres Maxii Du Camp, lul trouve noye dans la Seine, coucbe dans deux pieds d'eau a peir la face dans le sable, les deux mains croisees sur la lete. Taylor cite un cas d'ir mersion parlielle, volontaire, la face lournee en bas, dans un petit cours d'eau six pouces de profondeur; 1'eau ne recouvrait ni la lete ui le corps. Unefemi casse la glace d'une mare, iutroduit sa tete dans cetle ouverlure, le corps n tant en deliors, elle meurl asphyxiee (Smilb). Une persoune se noie dans fosse d'une prairie, lous les signes du genre de morl s'y trouvent comme da une eau profonde (Wald). Des alienes se sont ainsi noyes dans le bain, quoiu on ne les eut perdus de vue que depuis quelques moments. Taylor cite le c d'un sieur Stung de Birmingham, en 1872, noye, la tele en bas, da un grand vase plein d'eau ; en 1877, une femme esl trouvee couchee a ten la lace dans un seau d'eau d'un pied de large. Le suicide, comme 1'accidei €st done possible dans ces conditions exceptionnelles ; elles excluenl plui 1'idee de menrlre, car ici la resistance serait des plus faciles.
Le suicide p;ir submersion peut se compliqucr d'un autre genre de raoi avec la ferme volonte de se delruire, 1'individu qui a recours aux armes a fe aux armes blanches, a la strangulation, se place dans un milieu qui rendra mort cerlaine, si par hasard il echappe a ces premiers moyens. Un homi descend dans la riviere d'lll ; lorsqu'il a de 1'eau jusqu'a la ceinlure, il se cou la gorge avec un rasoir, et 1'asphyxie se mele aux effets de cetle blessure, 1'e el le sang penetrenl dans les bronches. Un homme esl Irouve le corps en I] vers, sur le parapet d'un pout, la tele brisee par un coup de pistolet, qi s'esl lire dans la bouche; le haul du corps esl incline vers la riviere, 1'inle tion manifesle avail ele d'y tomber. Pyl cite deux cas de suicide ou les indivic se coupenl la gorge en se precipitant dans 1'eau. Unindividu se fail une blessi au cou el saule d'un baleau dans la mer (Hencke). Un aulre se porle six coi d'un instrument tranchant dans le venire, el se noie, les poches sont rempl de pierres (Friedberg). Un homme, surle parapel d'un pout, se tireun coup feu. dans la region du coaur, la morl esl immediate, on enlend le bruil, le coi tombe dans la riviere. Trois cas de plaies d'armes a feu coincidant avec la si mersion sont cites par Belohrasky : Une femme coupe la gorge a ses tr cnfanls, S3 la coupe a elle-meme, mais sans ouvrir de gros vaisseaux ; elle i
SUBMERSION. 54ft
ensnite un long trajet pour aller se precipiter dans une mare (Taylor). La coin cidence des plaies par instrument tranchant avec la submersion fait en general supposer nn suicide. Dans les circonstances de ce genre on apprecie la blessure en elle-meme et on recherche si elle prescntc des caractcres qui appartiennent plulot a 1'homicide on au suicide.
S'est-on fait la blessure dans la riviere meme,ou sur les bords, a une cerlaine distance, dans ce dernier cas on doit recliercher si 1'individu a encore pu marcher, apres la blessure faite, ou si la morl a etc immediate. La presomption du meurtre sera grave, si pour une plaie dn coeur, par exemple, ou pour une lesion de la moelle epiniere, il est constate qne c'est a une distance notable dn cours d'eau que la blessure a ete faite. Des circonstances parliculieres peuvent faire reconnaitre le suicide. Un homme age de soixantc-quinze ans, le 15 mai 1885, est retire du canal pres de Nancy, et porte aucou une plaie toute recente, snperficielle, avec hachures nombreuscs, ouvertes de gauche a droile ; on trouve sur la rive son habit qn'il avait quitle avant de se jeter dans 1'eau, la manche droite de cet habit est tachee de sang, un couteau est dans la poche. Hodann, en 1852, a constate' la complication de trois causes de mort, la gorge coupe'e, une plaie par arme a feu et la submersion. La strangulation peut aussi accompagner la submersion. Hoffmann, en 1878, cite le fait d'une iille de vingt ans, trouvee duns un bain public, la face dans 1'eau, la tele en has ; un lien serre autour dn cou avait laisse un fort sillon. La complication d'un coup dc feu, de la pendaison ct de la submersion, a ele observe'e par Tallavania : Un homme sous un pont s'assujettit une corde autour du cou, se tire un coup de pistolet, et lombe dans 1'eau, assurant son suicide par ce triple genre de mort. La submersion et rempoisonuement out coincide : un individu se jetlc a 1'eau, les pieds lie's, apres s'etre empoisonne avec de 1'arsenic. Dans le recucil de Maschka, on cite des exemples de submersion apres I'empoisonnement par 1'eau forte et par 1'aciiie sulfurique.
Le suicide dans les conditions ordinaires n'cst pas accompagne de lesions traumatiques, si ce n'est de celles que la chute peul produire. Les caracteres sont les memes que dans 1'accident, en ce qui concerne 1'asphyxie et 1'etat exterieur da corps. Des circonstances parliculieres, comme nous 1'avons vu, peuvent etre les indices de 1'intention. Le> traces d'anciennes tentatives de suicide doivent etre prises en consideration. Ainsi nous avons constate, chez un homme retire de la riviere d'lll, une cicatrice ancienne a la region du coeur, se rapportant a une tentative de suicide par instrument tranchant; cet homme avait contracte une assurance sur la vie, et on put etablir le fait de Falienation mentale. Comme chez tousles suicides, on recherchera les traces de lesions orgnniques indiquant des maladies qui out pu porler au suicide. Les affections du coeur et du cerveau, les alterations produites par 1'alcoolisme, sont surlout a noter.
o° Homicide. La submersion est rarcment le resultat d'un meurtre, si ce n'est pour les nouveau-nes et les tres-jeunes enfants; pour les adultes, elle est le plus souvent unmoyen de donner le change, ou de faire disparailre la victime d'un autre genre de mort.
En ce qui concerne les nouveau-nes memes, la submersion a frequcmment aussi pour but de cacher le crime accompli par d'autres moyens. Sur 44 nou veau-nes retires de 1'eau a Prague, 8 seulement avaicnt etc noyes (Maschka). On a cependant des exemples assez nombreux d'iufanticides commis par submer sion, soit dans une eau courante, soit le plus souvent dans une fosse d'aisance,
dans uiie mare, dans toute autre piece d'cau voisine du lieu de I'accouchement. Les signcs de 1'aspliyxie ont ici la meme evidence que chez 1'aJulte. Le meurtre des en fan Is en bus i*ge s'accomplit assez fre'quemment par submersion; on alleguc IVxcuse de 1'accideht. Ce sont des parents qui par misere desespoir ou folie, noient leurs enfants. Un mallieureux ouvrier noic son fils age de dix ans; d'autres fois ce sont des meurtres multiples ; trois ou quatre enfants a la fois qui sont victimes de ccs actcs de de'sespoir. Nos recueils de medecine le^ale presenlenl quelques faits de ce genre. Des violences, des traces de strangulation, accompagnent ccs submersions d'eni'ants. L'excuse qu'il etait mort quand on 1'a jete a 1'eau a pour controle les traces de 1'aspbyxie et les signes d'un autre genre de mort.
L'hornicide par submersion, chez 1'adulte, pent etre le resultat d'une surprise; on poussc a 1'improviste une personne qui se promene sur les bords d'une eau profonde Un mari est assis avec sa femmc, sur le bord d'une riviere, le dos du cote de 1'oau, il la pousse tout a coup, elle tombe et se noie; peu de temps avant il lui avail fait prendre dc 1'arsenic, dont les effets tardaient a se produire (Casper-Liman). Un bomme enivre est jete dans un etang par le seducteur de sa fille (Hencke). D'autres fois la victimcest saisiepar plusienrs personnes, elle reste passive, paralysee par la frayeur, on la jette dans 1'eau. Le corps ne presentera, comme dans le cas precedent, aucune trace de lutte, puisque la resistance a ete nulle. La preuve medicale du meurtre fait ici defaut, on nc demontre que le fait de 1'aspbyxie, c'est a 1'enquete a faire decouvrir le caractore de I'evenement, mais, si la moindre resistance a eu lieu, nous pouvons en interpreter les traces. Les vclements sont dachires, des eccbymoscs, des excoriations, des contusions, sont disseminees sur diverses parties du corps. Les bords dc- la riviere sont plats, le fond est vaseux, sans pierres, ni pieux ou antics corps saillanls; ce n'est pas la chute dans 1'eau qui a pu produire les lesions observees.
Quand le corps pivsente des blessures graves, on a a determiner, comme dans les cas ordinaires, si la blessure est le resultat d'un suicide ou d'un homi cide; son siege, sa direction, sa nature, 1'ensemble de ses cancteres, etablissent le diagnostic, qui reste indepsndant du fait de la submersion. DCS coups portes sur la tete sont souvent. le preliminaire d'une submersion homicide. Un garcon de dix ans jette dans 1'eau sa soeur infirme, agec de quatre ans, et la maintienl au fond avec un baton dont les coups ont laisse des traces. Une femme en tue mi" autre agee de soixante el onze ans, et la jette a 1'eau, apres lui avoir brise la tele. On distinguera ces blessures de celles que produil une chute. Les plaies par instruments trancbants sont plutotun indice de suicide; il en est de meme pour les armes a feu, surtout lorsqu'on trouve en meme lemps les signcs de 1'asphyxie. On a observe la coincidence de la submersion et de la strangulation homicides, celle-ci etant operee avec un lien ou avec les mains. Hoffmann cite le cas d'un garcon de douze ans, retire de 1'eau avec des traces de strangulation; sur un autre age de trois ans et demi, on reconnut a la fois les sigues de la strangulation et de la submersion; le lien etait encore autour du cou. La suffo cation aura pu preceder la submersion ; Tardieu 1'a suppose dans un cas d'apres le caractere et 1'intensite des ecchymoses sous-pleurales. On a trouve des traces de suffocation et de viol sur une jeune fille de treize ans, donl le corps retire de 1'eau presentait des ligatures d'une disposition particulierc.
La submersion suite de meurtre a ele parfois effectuee dans une faible
quantitc d'eau. On a dit : quand 1'eau est assez pea profonde pour qu'on puissc y rester a genoux, il y a un soupcon d'assassinat, mais nous avons vu la part qu'il faut faire a 1'accidcnt et a la force de volonte dans les asphyxies dc cc genre. Noyer quelqu'un par violence dans tres-pcu d'eau suppose une grande superiorite de force cbez le meurtrier, ou un ctat de la victime qui paralyse toute resistance. L'age ou 1'ivresse peuvent placer dans ces conditions. Un enfant a la lete plongee pendant trois ou qtiatre minutes dans un baquet d'eau sale, il est retire vivant, mais des convulsions se produisent ct il ineurt : il avail ete noye sans que le corps eul ete mouille (Taylor). Un autre estsuspendu par les picds dans un puits, la bouche scale etant dans 1'eau. Bien que la faible quantite de liquide rende pour un adulte le meurtre bien pnu probable, on ne peut en nier la possibilite, mais dans un cas de ce genre les traces dc la luttc, et tres-probablement la coincidence de blessures graves, permellront de preciser le caractere de 1'evenement. On y joindra la recberche des causes qui ont pu paralyser la resistance.
Le plus souvent, la submersion a eu pour but de dissimuler un crime. Le mcurlre est accompli par un moyen quelconque, strangulation, suffocation, blcssure, empoisonnement, et le cadavre est jete dans 1'eau pour donner Ic cbange ou pour le fa ire disparaitre. Ainsi Fualdes en 1817, saigne jiiM[u7i epuisement, est ensuite jete clans la riviere; le meme moyen de relarder ou d'empecher la drcouverte du crime a etc employe dans des causes resides celebres. On a ici a recbercber s'il existe des signes de submersion pendant la vie et a determiner la nature des lesions qui ont pu occasionner la moil. Des precautions sout prises par les meurtriers pour cmpecher que le corps revienne a la surface de 1'eau : dans le crime du Pecq, en 1882, 8 metres de tuyaux de plomb, tels qu'on les emploie pour le gaz, aplutis au marteau par le meurtrier et transformes en bandes larges, avaient ete torn-lie's trois Ibis autour du cou et autour de la jambe droite ramenee contre le bas-ventre, pour assurer la submersion; mais le onzieme jour, le 29 mai, par suite de la putrefaction gazeuse, le corps avait surnage et etait flottant. D'autres fois, ou attache au corps des poids, on place des pierres dans les pocbes, mais ces dernieres precautions appartienncnt surtout au suicide. Les exemples ne sont pas rares de corps coupes en morceaux ct jetes sur divers points d'une riviere. L'expert reunit ces debris pour reconstituer 1'identile, il recbercbe les causes de mort sur les organes qui restent, il determine le mecanisme et la dale de ces mutilations, et 1'epoque probable ou le corps a ete projete dans 1'eau.
V. SDRVIE. La submersion est un des genres de mort ou se presente Itplus souvent la question de survie, les accidents sur 1'eau atteignant frequemment un grand nombre de personnes a la fois. Les naufrages, les combats sur mer, les parties de bateaux, les ruptures de ponts, les inondalions, sont les occasions de ces morts simullanees qui donnent lieu a des questions de trans missions d 'heritage.
Dans les cas de ce genre, la presomplion de survie est determined par les circonstanccs du fail, et a leur defaut par la force de 1'age et du sexe (code civil, 720) ; on peul recbercber si les presomptions legales etablies par les articles 721 et 722 sont en rapport avec la physiologic de la submersion. Au-dessous de quinze ans, c'est le plus age qui est presume avoir survecu; au point de vue du sauvetage, 1'avantage esl cerlainement aux plus ages, mais les
experiences ont montre pour les tres-jeuncs sujets une dure'e notable de resis tance a 1'asphyxie. Entre quinze et seize ans, c'est le plus jeune qui survit, suivant 1'ordre de la nature; vers la fin de cette periode, le larynx, cessant d'etre entierement cartilagineux, presente une disposition qui rend la fermeture do la glotte moins hermetique ; a ce point de vue la disposition qui admet la survie du moins age, au-dessus de soixante ans, et celle de la premiere periode sur la troisieme, est evidemment rationnelle, mais la difierence d'un an et moins dans I'age moyen de la vie, qui peut etre compensee par d'autres conditions, est bien insignifiante, pour entrainer de pareilles consequences. 11 n'est pas certain que 1'avantage accorde au sexe masculin, bien qu'il ne soit que d'une annee, entre quinze et soixante ans, corrosponde a la realile des fails; par son poids specifique moindre, par ses vetements memes, la femme surnage plus longtemps que 1'homme, et on a alle'gue que la syncope plus facile chez elle pouvait retarder les effets de 1'asphyxie. Deux categories d'age ne sont d'ailleurs pas comparees, la deuxiemeet la premu-ro, la deuxieme et la troisieme periode. Ces presomplions tout a fait subsidiaires doivent, aux termes memes de la loi, s'effacer completement devant les re'sultats de 1'expertise, les temoignages et les donne'es de I'induction.
Quelques cas historiques montrent comment les connaissances medicates ont ete appliquees a la solution de ce probleme. Lorry et Parent, en 1751, ont discutc I'affaire du bac d'Argenteuil. Un bonune de cinquante-huit ans, une It-mine de cinquante ans, une lille de vingt-sept ans, avaient peri dans le meme naufrage. Les medecins declarent que la jeune lille est morte la premiere, et ils s'appuient sur trois raisons : la frayeur qui a du faire plus d'effet sur les deux femmes et sur la plus jeune que sur la plus age'e ; le froid de 1'eau plus .-onsible a ceux qui produisent le plus de chaleur et par consequent aux personnes les plus jeunos, la periode menslruelle on se trouvait la jeune fille et qui rendait plus active Faction des causes. Ils pensent en outre, par desraisons theoriques tire'es de la coagulation du sang, que la jeune fille a du passer plus promptement que les autres de la mort apparente a la mort reelle. Les medeeins font remarquer que, dans le meme accident, une autre femme de cinquante ans, retiree de 1'eau la derniere, a cependant puetre rappelee a la vie. Aucune autopsie a'avait ete faite. Dans un passage du Havre a Honfleur, Je bateau sombre pendant un oragc ; c'e'tait au retour d'un mariage qui avail eu lieu le matin; sur les 21 personnes noye'es, plusieurs avaient entre elles d os rapports d'heiedile complexes. Les corps furent examines avec soin, sans qu'on indique cependant que les autopsies aient ete faites; diverses hypotheses furent emises sur le role qu'avaient joue 1'asphyxie et la syncope.
Le 10 octobre 1870, 5 personnes s'avancent jusqu'a 1'ex.tremite d'une roche tjui domine la mer, vers la poiute de Penmarch ; lout a coup, une lame de fond balaye la roclie et enleve les 5 victimes. Parmi clles se trouvaient la femme de 1'ancien prefet du Finistere et sa fille, age'e de neuf ans. Si la mere a succombe la premiere, sa succession passe a sa fille qui transmet a son pere ses droits successoraux pour moitie; si le predeces de la fille est reconnu, la succession dc la mere revient a ses heri tiers naturels. Au bout de trois jours, les corps sont retrouves. Le tribunal de Quimper, le 19 aout 1872, ne voyant pas dans la cause d'indices suffisants, declara qu'aux termes des articles 720 et 721 du code civil la mere, agee de trente ans, avail du survivre a sa filJe, agee de ueuf ans. L'appel eut lieu, en 1875, devant la cour de Rennes, qui ordonna
une enquete. II fut reconnu que la mere et la fille, faisant parlie cle deux groupes differenls, n'avaient pas ete simultanement entrainees dans Tabime, que la premiere avail ele lancee violemment centre le rocher et que son corps offrait dcs traces de contusion qui n'existaient pas chez la seconde ; les vetements dechires chez 1'une etaient intacts chez 1'autre. M. Tardieu, dans une consultation, fit ressortir ces differences. L'arret de la Cour dc Rennes du 20 aoilt 1875 dit et juge qu'il y apresomption, determined paries circonstances du fait, que la fille a survecu a la mere.
M. Lacassagne rend compte tie 1'affaire Rivoire, ou des opinions opposees out ete emises par les medecins. Au barrage d'Isigny, au confluent de la Lone et du Rhone, le 12 juin 1881, Je remous d'un bateau a vapeur fait chavirer un canot dans lequel se trouvaient le sieur Rivoire et sa femme, ils se noient tous les deux; la femme, qui laisse une grande fortune, avait inslitue par testament son mari comme legataire universel. M. le docteur Beauvais, premier expert, a pense que la femme etait deja en syncope au moment ou 1' intervention desesperee du mari 1'a entraince de nouveau au fond de 1'eau ; que lui-meme, par suite de ses violenls elforts ct de ses cris, qui facilitaient 1'entree de 1'eau dans la trachee, a du succomber rapidement a 1'asphyxie, tandis que la femme lombee au fond de 1'eau el n'eprouvant pas, vu son etat syncopal, le besoin de respirer, a du resister plus longtemps. La paleur du corps de la femme et 1'expression de ses traits semhlaient se rapporter a cet etat. M. Brouardel consulte declara que les circonstances de I'evenement portees a sa connaissance, et surtout 1'absence d'autopsie des deux cadavres, ne permeltaient pas de decider en fait lequel des deux conjoints avaient survecu. M. Lacassagne, dans sa consultation qui presente 1 'expose detaille des fails, constate que les deux submersions n'ont pas ete simultandes; il s'est ecoulc cinq ou huit minutes entre le moment ou la femme est tombee dans 1'eau el celui oiiramene'e deja sans connaissance elle a plonge de nouveau par suile de 1'intervention du mari : or, comme la mort des noyes survient en general en cinq minutes, il est probable que la femme etait deja morte, quand le mari a cherche a la sauver. M. Lacassagne fait en outre remarquer que cetle femme etait d'une constitution debile, qu'elle avait la taille deviee, et des organes respiratoires delicats, ayant necessile des Iraitements par les eaux sulfureuses. II conclut en faveur de la survic du mari. Une transaction est intervcnue entre les deux families.
Les elements dc conviction que ie me'decin peul fournir dans ces queslions de survie onl une grande importance; ils se rapportenl a trois ordres de fails : aux anlecedenls det> personnes, aux circonstances de la submersion, aux caracleres du genre de morl.
Les conditions physiologiques el pathologiques des personnes seronl prises en consideralion, l'age, le sexe, la constitution, la vigueur physique, 1'energie morale, 1'etat de sante et certaines alteraiions organiques. On examinera Fetal du larynx, plus ou moins carlilagineux, el notamment laglotte a sa partieposterieure, afin de conslater jusqu'a quel point sa fermeturc a pu etre hennetique. Les ulcerations du larynx et de 1'epiglotle sontici a prcndrc en consideration La persistance du trou de Botal et du canal arteriel elail consideree autrefois comme favorisanl la survie. II esl certain que, si le nouveau-ne est submerge avant que la respiralion aerienne soil etablie, il a en sa faveur les chances d'une vie plus longue. Mais cetle persistance chez 1'adulte, moins exceptionnelle
qu'on nc le supposail autrefois, ne peut avoir d'influence sur la resistance a 1'asphyxie. La valvule, sans etre soudee, est appliquee de maniere a empecher le melange des deux sangs, et eut-il lieu, ce serait toujours du sang veineui qui se repandrait dans le systeme arlunel. Pour le,s cas de persistance du trou de Botal, avec cyanose, on peut supposer que 1'asphyxie serait plus prompte. La largeurel le developpemcnt du thorax constituent des conditions 1'avorables, en augmentant la provision d'air et en diminuant le poids specifique du corps. Les maladies de poitrine qui re'trecissent le champ de la respiration, les adherencesdes plevres, les lubercules, les deformations du thorax, rendent sans aucun doute 1'asphyxie plus facile. Une maladie du cceur, insulfisance on relrecissement des orifices, ctat graisseux des fihres, pent avoir le nieme effet. La plenitude de 1'estomac, une digestion en activite', compliquee d'ivresse, de'terminent une mort plus prompte; 1'inanition senihle plutot retarder Tissue fatale.
Pour los I (.'mines, unc pesanteur specifique moindre, resultat de la predomi nance du tissu graisseux, peut diminuer la rapidite de la submersion et permellre de venir respircr a la surface de 1'eau, ce qui prolonge notablement la vie. Les vetements, plus amples et emprisonnant de 1'air, s'opposent aussi a line submersion rapide, et peuvent mainlenir quelques moments a la surface de 1'eau. I'ne femme, sur le pont tl'un bateau, tenant son parapluie ouvert, est preeipilee dans la Moselle, pur un choc imprevu : elle a la presence d'esprit de nc pas ahamlninier celte espece de parachute, qui ralentit la submersion et facilite le sauvelage. Le fait de la menstruation, qui a ete considere comme pouvant. favoriscrune syncope qui prolongerait la vie, semble plutot devoir etre interprete d'une maniere defavorable.
On examinera si les vetements n'ont pas preseute un arrangement particulier qui a pu gener la resistance, s'ils sont en desordre ou de'chires ; si les poclies ne renferment pas des objets plus ou moins lourds qui ont rendu la surnatation impossible ; le poids des chaussures sera compare.
Au moment ou la submersion s'opere, bien des circonstances vont influcr. ><>s anciens auteurs tenaient un grand compte du courage et de la presence d'esprit qui profitent de tous les moyens de prolonger la lutte, et de la terreur qui paralyse la resistance. Zacchias disait : « Facilius et citius interire pavidos « et timentes quam qui sunt animo fortiore ; nam ipsemet timor per se causa « efficacissima mortis aliquando est. » Fodere classait au contraire ainsi qu'il suit les noyes dans un naufrage : les nageurs mouraient les derniers, et parmi les non-nageurs, les courageux les premiers, s'epuisant en efforts inutiles, les faibles et les poltrons les derniers, proteges par la syncope que determinait chez eux la terreur. On recherchera si les personnes ne sont pas munies d'un appareil de sauvetage, circonstance qui peut faire presumer leur survie.
Tombant dans 1'eau sur des corps durs, pousses par les vagues conlre des rochers, e'crases par la chute de divers objets dans une inondalion ou dans un naufrage, certains individus sont atteints de blessures qui attestent une mort immediate, ou qui ont empeche toute resistance. Tel corps a pu etre enirame par un tourbillon, ou arrete sous un bateau. Dans la lutte derniere, celui qui se debat en poussant de grands cris augmente son poiils speciOque en sortant ses membres de 1'eau, et en vidant son thorax, en meme temps qu'il perd son air de reserve ; il y a la des causes d'une mort plus rapide. Une des conditions les plus importantes est celle de savoir si le corps a ete immedialement au fond de 1'eau, ou si la personne a pu venir pendant la lutte
respirer a la surface; ch;icunc dc ces inspirations ajonte quelques moments aux cinq ou six minutes qui constituent la duree ordinaire de 1'asphyxie. Des lemoignages peuvent exister sur toutes ces circonstarices de la submersion et ils sont interpretes par le medccin.
Les signes fournis par I'autopsie s'appliquent a un genre de mort remarquablc par son unite et qni s'accomplit en quelques inslants. Quand on admetlait Ics trois mecanismes, 1'echelle des dure'es etait facile a etablir : 1'apoplexie d'abord, puis la congestion ccrebrale jointe a 1'asphyxie, causaient les morts les plus rapides ; puis 1'aspliyxie pure et enfin la syncope qui pouvait prolongcr indefininient le sejour dans 1'eau. Mais la syncope pent aussi bien etre interprelee comme ayant brusquement fait cesser la vie que comme ayant ralenti les eil'els de la submersion ; nous ne la voyons pas se produire cbez les animaux. Quant a la congestion cerebrale, elle manque dans beaucoup d'aspbyxies rapides, et elle n'est souvent qu'un phenomene consecutif. C'est dans les caracteres de I'asphyxie, dans les nuances qu'ils presentent, que nous recbercberons les inlices d'nne ruort plus ou moins prompte. L'abondance et la coloration de 1'ecume sont en rapport avcc la duree et 1'inlensite de la lulte. Une ecumc abondante et rougealre, occupant toute 1'etendue des voies respiratoires, a mis uncertain temps pour sc produire. L'empbyseme aqucux des poumons, lu gonflement de cos oraanes, infiltres d'eau, dilate's par 1'air, sont les indices d'une mort moins soudaine; tres-peu d'eeume, despouinons affaisses, contenant pen d'eau, font supposer une lutte plus courte. Les ecchymoses ponctuees, qui sont d'ailleurs fort rares, sont rapporlees a une aspbyxie plus brusque, tandis que les ecchymoses larges, etaleesetbleuatrcs, correspondraient a une aspbyxie plus lente. M. Brouardel a considere la proportion plus considerable d'eau dans le sang comme la preuve d'une asphyxie prolongee, pendant laquelle on a eu le temps d'absorber une quantite plus considerable d'eau. Li liquidile du sang appartient d'une maniere spticiale a ce genre de mort. La presence de caillots, surtout s'ils sont decolores, nous parail indiquer une agonie plus longue. Du sang liquide, en quantite a peu pres egale dans les deux moilies du coeur, et de nuance differente, se rapporterait a une aspbyxie rapide qui n'aurait pas entieremcnt efface la difference des sangs arleriels et veineux. C'est dans un espace de temps fort court que ces nuances de signes doivent se produire. Ils peuvent faire defaut da'.s les cas ou la simullaneite dc la submersion est nbsolument dcmontree. Tardieu cite a cet egard le fait suivant : une dame et sa fille tombent dans 1'Oise, avec leur voiture ; elles sont noyees sans revenir a la surface de 1'eau; c'e'tait la simultaneite dans 1'accident et dans 1'action de la cause, on nc trouva pas de differences dans 1'e'tat des cadavres. Un examen attentif peut cependant utiliser des nuances, en les mettant en rapport avec les autres preuves, notamment avec celles qui resultent des circonstances de 1'accident.
VI. DCREE DK LA SUBMERSION. PUTREFACTION DANS I/EAU. Cette etude a pour
but de determiner 1'e'poqu? de la mort, 1'influence de la putrefaction sur les signes de I'asphyxie et sur les lesions diverses pathologiques ou traumatiques, de dUlinguer ces lesions des alterations putrides, d'indiquer les modifications que la putrefaction imprime aux caracteres dc 1'identite.
Malgre 1'unile de milieu et celle du genre de mort, la putrefaction chez les noyes presente des differences notables par suite de 1'action de la temperature
et du contact de 1'air qui vient rapidement meler les deux putrefactions dans 1'air et dans 1'eau, des que le corps a ete retire du liquide.
Ladnree de la submersion Be determine par les signes immediats de la mort, par les effets de la maceration sur 1'epiderme, par la marche de la decomposition putride, et par des caracleres accessoires et eventuels.
Le noye mort enfonce par suite de son poids specifique un peu superieur a celui de 1'eau; le poiJs, evalue en moyenne a 1,07, varie entre 1,05 et 1,10. Mais ce poids, qui est de 1,60 a 2 pour les os, de 1,085 pour les muscles, 1,05 pour les parties molles en general, 1,04 pour le cerveau, n'est plus que de 0,92 pour la graisse, de 0,07 a 0,08 pour les poumons. Le poids des os et la proportion de la graisse auront ici une influence preponderante. II en resulte que le corps des lemmes, dont le squelelte est plus greleetou la giaisse predomine, flottera plus facilement a la surJ'ace ; il en est de memc du corps des enfant*. Dans 1'eau de mer, dont le poids specifiquc est 1,026, rimmersion sera moins complete. C'est la tele qui plongera a cause du poids de la boite cranienne; nous avons constate que la voute du crane avail pour poids moyen I, Mi clu1/ les enfants. 1,665 chez les femmes, 1,672 chez les hommes, 1,726 a 1'age moyen de la vie. C'est cette immersion de la tele qui y fait alfluer le sang liquide et qui determine 1'alteration plus prompte de la face. La poitrine se prcsente plus habituellement a la surface de 1'eau; les cadavres gras sont plutot couches sur le dos que sur le ventrc. On explique par 1'action de 1'air la tache brunalre qui commence par le sternum. Le corps nu va au fond ou flotte entre deux eaux, on veil aussi des noyes recents surnager. Ues que les gaz se developpent, le corps remonte a la surface, descendant de nouveau, si ces gaz s'echappent par uue ouverture. Les vetements et ce qu'ils contiennent rendent cette immersion plus ou moins complete. Si un obstacle retient le corps au foud de 1'eau, on a Je type de cette putrefaction, que n'a pas modifiee 1'air exterieur. Apres la putrefaction gazeuse, les chances de surnatation sont moindres; la saponification diminuerait plutot le poids specifique, mais la .proportion du squelette devient preponderante.
Si la mort est rccente, la date de la submersion se deduit de la persistance de la chaleur et de la souplesse des membres. Le retroidissement est rapide chez les noyes; peu apres la mort, ils perdent promptement quelques degres; 1'equilibre avec le milieu s'etablit ensuite avec une certaine lenteur, mais plus vitc que dans 1'air. Les membres encore souples et dont les muscles se contractent par le pincement ou par un courant electrique ne laissent aucun doute sur 1'epoque recenle de la mort qui date au plus d'un petit nombre d'heures. La rigidite nous a paru se comporter comme dans 1'air; Taylor la considere conime prompte. On remarquera surlout qn'elle a une longue duree. D'apres un tableau de Maschka, sur un total de 44 cas elle aurait ete lorte encore dans 5 cas, apres trois jours, mais deuv Ibis apres un jour elle etait deja tres-faible. Xous avons observe des rigidites prononcees apres dix et onze heures de submersion; 7 cas de rigidite tres-fortc apres vingt-quatre heures. Chez un homme de soixante-douze ans, la rigidile e'tait generate apres trente-six heures ; dans 4 cas, entre quarante-quatre et soixante heures; trois fois elle etait encore generate de soixante-douze a quatre-vingt-deux heures. Les cas les plustardifsont ete deux rigidites au cinquieme jour, I'un chez une femme, 1'autre chez un homme de vingt-quatre ans; chez ce dernier dont le corps elait reste cinq jours dans 1'eau, sous un bateau, on distinguait encore le neuvieme jour quelques
traces de rigidite aux extremites. La formation des lividiles cadave'riques apres que le corps a ete retire de 1'eau indique qu'il n'y a pas sejourne plus de douze a quinze heures.
On peut trouver dans les vetements ou sur le corps des parasites dont la survie pout fournir un indice sur la duree de la submersion. Nous n'avons pas le droit de dire : De minimis non curat prsotor. Dans le recueil de Maschka, on cite le cas ou des puces encore animees avaient fait croiie a nne submer sion toule recente, mais une experience fit voir que ces animaux pouvaient survivre a une submersion de seize heures. On sail en effet combien la duree de la mort apparente est longue cbez les insectes; on les ranime en les chauffant un peu et en les couvrant de cendre de tabac.
La maceration de I 'epidemic, dans les endroits ou il a de 1'epaisseur, est un des signes les plus surs du se'jour dans 1'eau. Get effet peut se produire sur le vivant, apres un bain prolonge; certaines professions, celles de laveuses et de debardeurs, presentent les traces dc cette action prolongte dc 1'eau sur 1'epiderme. Des cataplasmes, une forte transpiration des pieds, agissent de meme, sans qu'on puisse voir dans ces fails une chance d'erreur. Ces phenomenes de maceration varient suivant la duree de la submersion, la temperature et 1'etat prealable de 1'epiderme C'est par le bout des doigts que la blancheur commence, elle se produit en peu d'heures; les pieds n'ont rien d'abord, meme sans chaussure. La teinte blanche s'etend a la face paimaire des doigts et a la paume des mains, a la face inlerieure des orteils, au dos des mains et du pied. Presque en meme temps, cet epidemic presente de legeres rides qui peu a peu se prononcent. La membrane s'epaissit, bientot elle se souleve, elle se detache par places, d'abord a la face dorsale des mains et des pieds; ce soulevement devient general, de larges lambeaux d'epiderme epaissi tombeut et laissent voir le derme rougi, puis les ongles s'ebranlent et 1'epiderme tout entier, emportant les ongles, sc detache comme un gant. Ce travail est moins rapide aux pieds, mais il est identiqne, 1'epiderme s'epaissit moins sur le cou-de-pied, il s'eraille plus qu'il ne se souleve en masse, mais a la plante du pied il finit par tomber comme une semelle et les ongles accompagnent 1'epiderme qui se detache des orteils. Ce ne sont pas seulement les mains et les pieds qui presentent ces modifications caracleristiques, ou les observe partout ou 1'epiderme a une certaine epaisseur, notamment sur les durillons qui appartiennent a certaines professions. Sur un cordonnier, 1'epaississement epidermique qui occupe la face exterieure de la cuisse gauche etait blanchi, ride, avec une epaisseur considerable, et cette alteration etait en rappoit avec celle des doigls. Aux autres regions du corps, a la face, au thorax, sur le cuir chevelu, 1'epiderme se detache par plaques minces, sans autres modifica tions caracteristiques. Les cheveux s'arrachent avec facihte et plus tot que les ongles.
M. Devergie a cherche adonnera chacuue de ces alterations une date precise : epiderme commencant a blanchir, trois a cinq jours hiver, cinq a huit heures ete; tres-blanc a la paume des mains, quatie a huit jours hiver, vingt-quatre heures ete; a la face dorsale des mains, a la plante des pieds, huit a douze jours hiver, quarante-huit heures etc; ride aux mains et aux pieds, quinze jours et qualre jours; plisse, epaissi, souleve, un mois hiver; en grande partie detache, les ongles tiennent, deux mois ; epiderme et ongles detaches des mains, ongle encore aux orteils, deux mois et dcmi; epiderme et ongles eutierement
detaches, deux mois ct demi a trois mois. Les saisons intermediaires presenlent des moyennes approximatives entre ces chiffivs.
Piien u'est absolu dans ccs determinations, mais ce sont toujours des rcnseignements uliles. Nous avons recueilli a cet egard les observations suivantes : En hiver, sur 2i cas dans les premieres vingt-quatre lieures, deux fois settlement 1'epiderine e'lait nolablement blanchi; en ete, rien dans les premieres six heures, a trente-six heures, il est toujours blanchi; en hiver, sur 7 cas, de quarantehuit heures a cinq jours, 1'epiderme cst ride en meme temps que blanchi; eu cte, de douze a quarante-huit heures, 8 fois sur 9, les pliss'observent; en hiver, de sept jours a dix, sur 5 cas, il est blanchi, ride et souleve, il se detaclir chez un nouveau-ne; en ete, meme etat de trois a six jours, sur 11 cas, deux Ibis 1'epiderme est detaclie particllement; en hiver an dela de douze jours, jusqu'a trois semaines, 1'epiderme est toujours detache partiellement, sur 7 cas, et les ongles commencent a s'ebranier; meme resultat plus prononce en etc, pour la meme periode. La chute complete de 1'epiderme, puis le detachement des ongles, se font d'un mois a trois mois, sur 20 cas en hiver; de trois^ a sept semaines en ete; dans cettc saison, nous avons vu deux fois, notamment sur un enfant de sept ans, les ongles tombes a dix-neuf jours. En hiver enlre deux et trois mois les ongles sont detaches. Pour les saisons intermediaires, les moyennes se rappruchent de celles de 1'hiver. En resume, le signe fourni par 1'epiderme a sa valeur pendant les trois premiers mois de la submersion : blanchi pendant la premiere semaine, blanc et ride dans la seconde, souleve dans latroi.ieme, commencantase detacher de la troisieme a la sixieme semaine, tombant avcc les ongles entre deux et trois mois, chute complete a trois ou quatre mois; alteration plus rapide aux mains qu'anx pieds. Quand les mains et les pieds sont entierement depouilles de 1'epiderme et des ongles, on peut supposer une submersion qui date de trois a quatre mois, mais la meme alte'ration a pu aussi se prodnire plus tot et les variations dans sa marche sont tellement considerables qu'une erreur d'une ou deux semaines est possible et que la plus granile circonspection doit elre raise dans 1'appreciation de ce
signe.
La marche de la putrefaction dans 1'eau a des caracteies particuliers qui attestent le fait de la submersion. Un fait general qui appartient a la putrefac tion des noyes, c'est que Ja decomposition commence par la parlie superieure du corps. La difference est telle entre la face, le thorax et les membres superieurs, 1'abdomen et les membres inferieurs, que, si Ton separait le corps en deux moities, 1'une superieure, 1'autre inferieure, elles ne sembleraient pas appartenir au meme sujet. Une difference semblable peut cependant exister, mais exceptionnellement pour d'autres genres de mort; nous 1'avons vue a uu haul degre chez un asphyxie par la vapeur de charbon, qui ne fut decouvert en ete qu'apres une huilaine de jours. Hoffmann a observe cette marche de la decomposition coincidant avec un c'tat cyauotique et bouffi de la partie supe rieure du corps. Ordla cependant dit avoir vu chez des noyes Ja putrefaction tellement uniforme qu'on ne pouvait dire par ou elle avail commence.
La putrefaction peut se diviser en six pe'riodes caracterisees par un fuit dominant : coloration verte, putrefaction gazeuse, teintes brunes et fonteputride, erosions, saponification et incrustations calcaires, destruction.
La putrefaction verte envahit le corps dans cet ordre : face, cou, haul du sternum, thorax, epaules, membres superieurs, abdomen, membres inferieurs.
11 suffit de regarder les flancs du cadavre pour voir que ce n'cst pas a 1'air libre que la putrefaction a commence.
La face presente la succession des alterations suivantes : naturelle d'abord, avec une legere cyanose qui lend a augrncnter, e!le devient bientot grisalre, comme plombee, d'uu rouge sombre, puis apparaissent les teintes vertes et bleuatres avec le gonllement des tissus; cette teinte passe rapidement an noir qui contraste avec la couleur rouge des levres turnefiees, c'est comme une tele de negre noire et bouffie. En biver, pendant cinq on six jours et meme plus la face pent conserver son etat naturel. En ete, il suffit de quelques beures pour que lous ces phenomenes se produisent, lorsque le cadavre est expose a 1'air, et Ton ne reconnait plus le soir le noye qu'ou a vu le matin.
La seconde region a considerer, c'est le baut du sternum, ou se forme tresrapidement une plaque rouge qui passe au vert sombre; puis le Iborax et les epaules, qui sont promptement sillounes par de larges veines rougeatres et brunatres. Les teintes vertes envahissent successivement de baut en bas le reste du corps. II taut bien peu de temps en etc, trois ou quatre jours, pour que cet etat arrive a son maximum. En biver la marcbe est lente, un mois de cette saison correspond au plus a six ou liuit jours d'etc. On tiendra compte de 1'etat de 1'epideime sur le troiic et sur la face qui en se detachant par places ou en totalite assigne une duree plus longue a ces pbenomenes de coloration. Cette teinte verte s'etend a la couciie superficielle des muscles, aux muqueuses, rou geatres d'abord, puis verdatres, et aux visceres, ce qui fournit aussi des indices sur la date dc la submersion.
La putrefaction yazeuse, generate et rapide, caracterise le cadavre des noyes; ce developpement de gaz prend tout a coup une intensite considerable, lorsque le corps, pendant les cbaleurs de 1'ete, est expose au contact de 1'air; deux a buit jours d'ete font plus pour son developpement qu'un a deux mois d'biver. Le corps distendu par ces gaz surnage promptement en ete, tandis qu'en hiver on a bien plus d'exemples de submersion prolongee. La formation de ces gaz n'est pas lente et continue comme dans la putrefaction dans la terre ; elle est [ilus rapide que daus 1'air ou ce phenomene atteint aussi une notable intensite. C'est par le sang que cette putrefaction commence; les gaz se developpent dans le coeur et dans les vaisseaux, ils poussent vers les capillaires le sang non encore decompose; ils le font sourdre a 1 etat de serosite rougeatre, dans les cavites sereuses et dans le tissu cellulaire. Les gaz distendent le tissu cellulaire sous-cutane et donnent au corps des dimensions considerables; certaines regions se pretent sur tout a ce developpement, le scrotum, les paupieres, la peau du thorax. Les membres deviennent enormes ; le haul de la poilrine et les bras sont sillonnes de larges lignes rougealres, produites par la transsudation de la serosite rougeatre que renferment encore les veines. La peau distendue retentit sous le choc et, quand on 1'incise, les gaz comprimes s'echappent en sifllaiit. Ces gaz formes par des carbures hydrogenes sont tous inflammables et brulent avec une flamme bleue dont la nuance n'est pas la meme dans toutes les regions. Nous 1'avons experimente pour les cavites interieures comme pour le tissu cellulaire sous-cutane. Un jet de flamme sort des plevres, du peritoine, du pericarde, des cavites du coeur ; plus bleu dans ces dernieres, plus pale au scrotum et sous la peau. Le poumon lui-meme finit par etre penetre par ces gaz qui out remplace 1'air etcbasse 1'eau et qu'on peut aussi enflammer, lorsque la putrefaction gazeuse est tres-avancee. Ces gaz distendaient la capsule sus-
rotulienne dans un hygroma du genou. On pent aussi enflammer les gaz qui sent dans 1'estomac, dans le caecum, dans les intestins greles, aussi bicn que dans les veines fortement distendues. Les pblyctenes putrides, souvent treslarges, determinees sous 1'epiderme, contiennent dc ces gaz et de la serosite
rougeatre.
Unc analyse de Quntz, cilee par Orfila, indique que ces gaz contiennent de 1'acicle carbonique, de I'liydrogene carbone, de 1'hydrogene sulfure et de 1'bydrogene pbospbore. MM. Brouardel et Boutmy ont fait 1'analyse de ces gaz retires du scrotum et de 1'abdomen d'un noye qui entrait en putrefaction, Le gazdu?crotumrenfermaithy(]rogenel2,2;hydrogene sulfure 1,2; carbone 15,4; oxygene 7,8; acide carbonique 53,5; azote 51,9. Pour 1'abdomen a une epoque un peu plus avancee, les proportions ont ete : hydrogene 11,5; hydrogene sulfure 1,4; bydrogene carbone 6 ; oxygene, traces; acide carbonique 64, 7; azote 7,4. Nous avons- fait recueillir ces g;iz, dans trois cas, en juillet 1878, juillet 18812 ct juin 1883, snr des noyes distendus par une enorme quontite de gaz. M. Gamier, professeur agrege dc cliimie a notre Faculte de medecine, a precede a ces analyses. Voici quelle a ete la composition de ces gaz, suivant les
regions