ESTOMAC
DES MIYK-.
Hydro gene et
composes liy-
drogenes com-
liuslibles. . . .
Azote ....
Acide carboni-
Oxygene
0/Ji
TOTACX . . .
On remarquera la grande variabilite de ces melanges : les produits hydroge'nes combustibles ont presente leur maximum dans le scrotum et dans le coeur, leur minimum dans 1'estomac. L'acide carbonique a eu son maximum dans le peritoine et dans 1'estomac, son minimum dans le coeur; c'est aussi dans 1'cstomac qu'on a rencontre les plus forts cbiffres pour 1'azote et pour 1'oxygene.
Comme signe de duree de la submersion, la putrefaction gazeuse appartient en ete a une periode absolument recente, qui s'etend de trente-six a qmrantehuit heures jusqu'a deux ou trois semaines. On en controle la date par 1'etat de 1'epiderme et des visceres; elle est rarement d'un mois, ayant amene plutotla decouverte du corps. Plus tard, les gaz s'e'chappent par des fissures et des erosions et le corps se degonfle. En liiver, la putrefaction gazeuse se developpe beaucoup plus tard et elle est moins considerable. Quand le corps est distendu par des gaz, ce n'est pas un noye ancien.
La pression des gaz a pour effet de faire sortir le sang par les plaies recentes,
SUBMERSION. b6.1
par les ouverlures dc saigne'e, par loules les solutions de contiuuite anterieure a 1;> destruction du sang; elle vide 1'estomae, faisant remonter les matieres alimentaires vers la bouche; elle vide aussi le gros inteslin, elle pent determiner la sortie d'un produit de conception. Le tissu ccllulaire sous-cutane ren forme alors uu liquide sero-sanguinolent, plus on moins spumeux, qui ressemble a de la gelee de groseille, et qu'il faut distinguer dcs traces d'une cccliymose. Cette infiltration dans le tissu cellulaire du cou, coincidant avec la couleur noiratre de cette region, peut donner une idee d'clranglcment bientot dementie par la dissection. Cette putrefaction a aussi pour ei'fet d'etendre unc eccbymose traumatique et de la faire paraitre plus considerable qu'elle ne 1'etait recllement. Le sang dans cette periode perd rapidement ses globules rouges, il conserve uu peu plus longtetnps les blancs; il devient graisseux avec dcs cristaux, mais en bien peu de jours il est entierement detruit.
La coloration brnndtre avec ramollissement et corrosion des parlies coloree indique un degre plus avance de la decomposition; elle commence sur les regions ou s'est montree d'abord la teinte verte, a la faceetau sternum. Suivant la remarque de Devergie, elle envabit moins rapidement les parties voisines ; des plaques jaunes, verdatres, violettes, noiratres, semontrent en divers points. II faut environ deux mois en hiver pour que ces effets se produisent; on les a vus au bout de vingt jours en ete. Bientot ces parties brunes et vertes tombent en putrilage, et des erosions plus ou moins larges mettent a nu certains os : le front, le nez, le sternum, sont d'abord depouilles des teguments. Orfila a vu de ces corrosions indistinctenient sur toutes les parties du corps ; c'est entre deux et trois mois que ces destructions des parties molles commcncent; en ete on les a vues a trois semaines. La fonte putride a quatre mois s'accompagne de 1'ouverture des cavites. Les bords de ces erosions out ete compares a ceux d'un 'foyer gangreneux. L'odeur fetide a son maximum pendant la putrefaction gazeuse; elle accompagne encore cette phase. II est difficile de tirer des signes du ramollissement, de la coloration verdalre et rougeatre des visceres. Les corrosions sur les parties saillantes des os, par leur forme, par 1'etat des bords, different notab'ement des lesions traumaliqucs.
A quclle epoque la saponifieation peut-elle se produire? Cette question a de 1'importance pour fixer la date d'une submersion deja ancienne. Jamais chez L'bomme, dit Orfila, elle ne commence avant la fin du troisieme mois en hiver, et c'est par la face qu'elle debute; mais il ajoute : « II u'y a rien a preciser sur 1'epoque dc son apparition, tant il y a de varietes v . Devergie a reconnu a deux mois et demi des traces de saponifieation. Cette alteration se produit plus rapidement dans 1'eau que dans la terre, mais, quand elle est arrivee a un degre complet d'evidence, on peut cons'dererqu'elleatteste une submersion au moins de quatre mois et peut-etre plus ancienne. La saponifieation une fois produite ralentit la destruction du corps et il devient difficile d'assigner une date a sa duree. On en juge par son etendue; ce n'est plus seulement la peau dense, grasse, opaline, avec le tissu graisseux sous-cutane, qui est le siege de cette lesion ; elle penetre dans les visceres qu'elle transforme et dont elle diminue le volume; les muscles roses s'alterent, les os sont d'un rouge vif. A une periode plus avancee paraissent les corrosions qui resultent de la chute des parties saponifiees; ces ouvertures a bords durs, volumineux, cassants, au fond jaunatre et brunatre, avec des saillies irregulieres de matiere savonneuse, ne peuvent etre confondues avec des lesions traumatiques. Assigner a ces lesions une date precise est impos- DICT. EKC. 3e s. XII. 56
sible ; on affirme seulcment une longue submersion, d'autant plus prolonged que ces alterations sont plus generates et plus profondes. A une epoque plus reculee, la dessiccalion se produit; Orfila a vu, non sans etonnement, dit-il, quelques membres desseches et durcis comme du parchemin, il fixe enlretrois et cinq mois 1'epoque de cette transformation.
Les incrustations calcaires semblent paraitrc encore plus tard; suivant M. Devergie, c'est vers quatre mois et demi qu'elles eommenceraient a se former chez 1'homme. M. Devergie les attribue au depot de matiere calcaire sur les papilles de la peau, 1'etat de chair de poule etant ainsi conserve et prolonge. La chaux contenue dans 1'ean des rivieres se substitue a rammoniaque des oleates et margarates du gras de cadavre et caracterise ainsi une periode plus avancee de la saponification. Nous avons vu, retire du Rhin le 17 Janvier 1856, Ic corps d'un noye presque semblable a un squelctte, les os denudes pour la plupart, et ce qui restait des teguments sec et d'un gris jaunatre, resonnant comme un carton, quand on le frappc. Ces te'guments etaient couverts de granu lations grisatres, qui au premier abord donnaient 1'idee d'une incrustation cal caire des eminences papillaires de la peau, mais un examen attentif faisait bientot reconnaHre que ces saillies resultaient de la saponification et de 1'incrustation calcaire des lobules graisseux sous-dermiques; quelques-unes de ces saillies e'taient recouvertes de debris du derme reconnaissable a ses fibres. Ce corps desseche, qui n'exhalait plus aucune odeur fetide, a etc depose au musee de Strasbourg ; la photographie en a ete faite, la duree de la submersion avait ele evaluee a plusieurs mois.
Les influences les plus variees modifient la date et 1'ordre des phenomenes putrides : les unessont individuelles, les autres tiennent a la temperature et aux conditions du milieu. 11 est certain que les corps d'enfants et de femmes se decomposent plus rapidement; un nouveau-ne peut presenter au bout d'un mois une alteration qui correspond a six ou sept mois pour 1'adulte. L'obesite est une cause de putrefaction plus rapide; elle fait flotter les corps et les ramencplus totet plus frequemment au contact de 1'air. Les vetements denses et serres, tels qu'un corset, peuvent ralentir la decomposition des parties qu'ils compriment. Mais 1'influence predominante est celle de la temperature; nous avons indique les differences caracteristiques que la putrefaction presenle en hiver et en ete, et 1'impulsion que lui donne 1'action de 1'air, des que le cadavre est retire de 1'eau. La nature du liquide modifie la marche de la putrefaction. Orfila avait remarque qu'elle etait plus rapide dans 1'eau renouvelee que dans 1'eau stagnante. L'air humide est 1'agent qui favorise le plus la decomposition des matieres animates. L'eau bien plus que la terre bate cette decomposition. L'eau courante d'abord, puis 1'eau stagnante, etplus lentement les matieres des fosses d'aisance, tel est 1'ordre admis, avec cette difference cependant que dans ce dernier milieu la saponification parait plus prompte.
Combien de temps faut-il pour amener la destruction d'un cadavre de noye? o:1 admet dix-huit mois ou deux ans, au lieu des cinq a six annees qu'exige la destruction dans la terre ; il est evident que ces durees ne s'appliquent pas au systeme osseux. Ces modifications ne sont qu'approximatives et sujettes a restric tion; une saponification complete peut avoir, meme dans 1'eau, une duree imprevue. La destruction atteint successivement tous les organes, le sang s'est transforme en gaz; les parties molles s'en vont par lambeaux et se reduisent en putrilage; les parties saponifiees se de'tachent, les ligaments sont delimits, les
os se separent. Une des premieres disjonctions parait etre celle des os du carpe et du tarse. L'unite du corps est rompue et ces debris disperses ne tardent pas a disparaitre; les 70 ou 80 pour 100 d'eau que renferme le corps se sont meles au liquide.
Parmi les causes de destruction, il faut noter dans 1'eau comme dans la terre de nombreux organismes qui y concourent et qui peuvent laisser sur le corps du noye des traces caracteristiques. Les uns en separent des parties plus ou moins considerables et les devorent, d'autres vivant aux depens de la matiere organisee la transforment sur place. Les rats dans les egouts et sur les bords des rivieres attaquent les corps des noyes et rongent les parties chargees de tissu graisseux. La loutre et le rat d'eau ont les memes instincts. Nous ne sommes pas dans les pays ou Ton ait a compter avec 1'action des grands enlaces, des reptiles et des poissons gigantesques, du crocodile et des requins, mais dans nos rivieres memes des representants de ces diverses classes d'animaux laissent sur les tissus des traces particulieres et concourent a leur destruction. Les eaux douces, comme les mers, renferment de nombreux poissons carnassiers. Les plongeurs ont a s'en defendre. Dans un fait rapporte par Tardieu (affaire Lavainville), le nez et les levres d'une des victimes, tombees a la mer, avaient ete attaqu6s par les poissons. On n'a pas a rappeler les celebres murenes des viviers remains, si redoutees des esclaves, mais les brochets de nos Clangs laissent aussi sur le corps humain des traces de morsure. Les poissons carnassiers sont nombreux. On pourrait d'apres la forme et la disposition des morsures reconnaitre 1'espece qui les a produites, et avoir un indice sur 1'epoque de la submersion. Certains poissons marins remontent dans les eaux douces a une epoque determinee, et la trace de leur morsure sur le corps indiquerait que la submersion a eu lieu a cette epoque. La sangsue peut s'attaquer a des corps humains recemment submerges; 1'ecrevisse de meme, ainsi que les crabes. Certains mollusques se nourrissent d'animaux morts. Mais 1'oeuvre de la de struction est surtout opereepar les bacteries et les champignons de diverses especesqui se developpent dans les corps en putre'faction. Des plantes aquatiques, des algues, peuvent s'implanter sur les tissus, penetrer dans les cavites, disjoindre et ecarter les fissures. Les os eux-memes peuvent etre perfores par certains mollusques; dans la mer, ils se recouvrent d'animalcules divers, comme les anciennes coquilles, et 1'action de ces parasites concourt a leur destruction. Une notice que nous devons a M. Vuillemin enumere tous ces elres qui s'attachent au corps des noyes et qui offrent un interet plutot scientifique que pratique, mais dontlapre'sence cependant peut donner lieu a diverses inductions. La putrefaction fait disparaitre les signes caracteristiques de 1'asphyxie, en 15 ou 20 jours en hiver, en 3 ou 4 jours, 6 ou 8 au plus en ete. L'ecume la plus tardive a ete rencontrec le 35e jour par Devergie, le 30e par Bergeron ; nous avons eu un cas de 4 semaines et un autre bien douteux au dela. Les poumons cessent de presenter 1'etat d'emphyseme aqueux, le sang s'y decom pose, 1'ecume s'y detruit, 1'eau en est exprimee par les gaz putrides et, suivant la remarque de M. Brouardel, ces organes n'etant plus tumefies, les vesicules aplaties reprennent 1'aspect de 1'etat foetal. Mais, si les caracteres pathognomoniques s'effacent, les signes accessoires et indirects persistent et, joints a 1'absence d'une autre cause dc mort, ils permettent de prolonger, jusqu'a une epoque assez eloignee du moment de la submersion, le diagnostic medico-legal. L'influence de la submersion sur les traces de blessures consiste a leur enlever peu
a pen les caracteres d'une lesion faite pendant la vie. Le sang devenu plus liquide transsude facilement, colore les gaines vasculaires, et le tissu cellulaire penetre a 1'etat de serositc rougeatre dans les cavites se'reuses ; il s'ecoule avec facilitc de toutes les solutions de continuite et peut faire croire a des plaies rccentes et encore sanglantes. Les lesions traumatiques profondes ou attcignant les os conservent des caracteres qui les distinguent des destructions de tissus produites par la putrefaction.
Uidenlite d'un noije est souvent difficile a reconnaitre en ete, par suite des modifications profondes qu'eprouve le visage dans un court espace de temps. Celte tete volumineuse, ce visage noir et boursoufle, avec les levres saillantes et rouges, echappent a toute ressemblance ; il faut des signes particuliers pour reconnaitre la personne, et, si les vetements nianquent, 1'embarras peut etre ^rand. Richardson (de Londres) a eu 1'idee de modifier cet etat par une action chimique. II est parvenu a faire disparaitre la tumefaction et a rendre assez distincte la physionomie d'un individu noye depuis quelques semaines en le mettant dans un bain additionne de 10 kilogrammes de sel marin et de 500 grammes d'acide hydrochlorique, et en injectant en outre dans Jes veines une sol ul inn do dilorures de zinc et de fer dans de 1'eau chloree. Nous avons fail la iiK-me experience en mars 1869, sur le cadavre d'un inconnu retire de rill, et dont la putrefaction avancee, avec chute complete de 1'epiderme des mains et des pieds et de la plnpart des ongles, annoncait une submersion de deux a trois mois. On placa le corps dans le bain indique pendant environ vingt-quatre heures, la face nettoyee et lavee avec de 1'eau chloruree ; une injec tion de chlorure de zinc et de sesquioxyde de fer dissous dans 1'eau fut faite dans une des carotides. La couleur nohatre et rougeatre de la face disparut, elle fut remplacee par une teinte gene'rale d'un jaune bistre, et cette operation aurait certainement facilite la reconnaissance du sujet, bien qu'elle n'eut eu pour resultat que de substituer une teinte etrange a une autre.
VII. LES SECOCRS AOX NOYES. La frequence de-la submersion, les suites si
rapidement mortelles de cet accident, ont toujours attire 1' attention; 1'autorite
s'en est occupee comme les medecins et les secours aux noyes sont devenus
une institution publique. Moyens de sauvetage, primes, locaux pour le traite-
ment, boites de secours, instructions officielles pour le public et pour les
medecins, association de secouristes ou de sauveteurs, rien n'a ete neglige
pour prevenir ou combattre les effets de la submersion ; a differentes epoques,
un engouement fort louable a donne une vive impulsion a 1'organisation de ces
secours. M. Guerard a retrace avec details 1'historique des secours donnes aux
noyes. C'est en France, dit-il, qu'on s'est occupe d'abord de populariser les
melhodes de traitement que reclame ce genre d'aspbyxie. Reaumur, en 1740,
redigea par ordre du gouvernement un « avis pour donner des secours a ceux
qu'on croit noyes. » Cet avis imprime au Louvre fut repandu dans tout le
royaume, et on en fit de nouvelles editions en 1758 et 1769. A Hambourg en
1762, en Suisse et en Hollande en 1767, on repand des instructions de ce
genre. Une societe se forme a Amsterdam en 1767 pour etendre et regulariser
ces secours ; de 1768 a 1775, elle public les resultats obtenus. Cet exemple est
suivi dans d'autres pays : Pia, e'chevin de Paris, fonde en 1772 un etablisse-
ment en faveur des uoyes; il cree les boites-entrepots qui contiennent les
remedes et les instruments necessaires a l'administration des secours, et il en
fait disposer un certain nombre sur les deux rives de la Seine ; il forme aussi un corps de secouristes exerces au manuel operatoire. Les re'sultats des secours sont publics pendant dix ans, de 1772 a 1781. A son exemple, des etablissements du meme genre se forment sur divers points de la France ; ils sont au nombre de 95 a la fin de!773, et 150 villes ou bourgs, en 1790, avaient des boites-entrepots. En Angleterre, sous 1'impulsion de Johnson, des secours de ce genre s'organiserent. La societe humaine de Londres, de 1774 a 1787, presente un total de 897 personnes rappelees a la vie. Une meme societe s'etait etablie en Ecosse en 1776. G'est de 1772 a 1790 que ces societes se repandent et qu'elles ont surtout la faveur publique. A dater de cette epoque, le developpement de ces institutions se ralentit.
L'autorite, par dil'ierentes ordonnances, te'moigne de 1'interet qu'elle attache a cette partie de 1'hygiene publique. Le 9 floreal an VIII, le Prefet de police de la Seine prend un arrete concernant les secours a administrer aux noye's pour les rappeler a la vie, et les moyens de se servir des boites fumigatoires. Le 26 avril 1806, cet arrete est renouvele, et une instruction y est jointe. A Stras bourg, en 1782, une ordoimance de 1'ancien magistral etablit des boites de secours sur le modele de celles de Paris. Un arrete du maire de Strasbourg, du 2t> mai 1808, portant reglement sur les secours a donner aux noyes, place la pompe a aspiration parmi les appareils conseilles, et etablit des primes de sauvetage. Les ordonnances ont ete renouvelees a Paris en 1822, 1856, 1842, et notammentle 17 juillet 1850 et le 7 mai 1872, avec des instructions detaillees du conseil de salubrite.
A cote de cette organisation des secours publics se placent les travaux ties medecins qui ont multi|>lie et perfectionne les moyeus de traitement et dont les noms se rattachent a 1'etude des principales medications.
Au bout de combien de temps peut-on rappeler les noyes a la vie? Cette question est d'une grande importance pour apprecier 1'efticacite des moyens de traitement et 1'urgence de leur application. On peut etablir d'une maniere generate que cinq ou six minutes de submersion complete sulfisent pour causer la mort d'un noye, mais en pratique on n'a pas la connaissance precise du temps qui s'est ecoule. La submersion a pu etre d'abord incomplete, 1'iudividu etant venu plusieurs fois respirer a la surface de 1'eau, et tant qu'on n'a pas les signes certains de la mort, une submersion meme longue n'exclut pas 1' application du traitement. 11 faut distinguer les cas dans lesquels on retire les personnes en danger de perdre la vie, luttant encore et au debut de 1'asphyxie, et ceux ou le noye est en etat de mort apparente. G'est aux premiers sans doute que s'appliquent en grande partie les statistiques donnees autrefois, et qui presentaient des resultats si favorables. Sur 954 noyes de 1762 a 1788, Pia en compte 712 qui ont eterappeles a la vie ; ils n'etaient pas tous asphyxies, mais tous avaient besoin de soins.- Une autre statistique donne 55 insucces sur 560 cas. Une statistique anglaise, de 1772 a 1788, indique que sur 954 noyes 812 ont ete sauves. A Strasbourg, de 1805 a 1818, on trouve mentionnes dans un rapport 225 noyes, 124 retires vivants, 5 sauves par les ressources de 1'art. On lit dans le travail de M. Voisin snr le service des secours publics n Paris que nos sauvetenrs ne rappellent guere a la vie plus d'un tiers de noyes, tanclis qu'en Angleterre la societe humaine ne perd guere plus de 1 sur 45 ou 50 des asphyxies qu'elle a a soigner chaque annee. Un point important a etablir, c'est la duree reelle de la submersion chez les
individus qu'on esl parvenu a rappeler a la vie. Pia, dans le rapport de 1773, indique 5 succes apres un quart d'heure, 4 apres une demi-heure, 1 apres trois quarts d'heure. La Societe humaine de Londres avail eu des cas de 20, 40 et 43 minutes. Fodere considerail les rappels a la vie apres une demi-heure comme tres-communs. Orfila parle aussi d'individus sauves apres une demi-heure de submersion, apres trois quarts d'heure, et meme apres trois heures, si Ton en croit Frank, Boerhaave et Tissot. D'apres Pouteau, en 1749, un noye serait reste trois heures sous 1'eau dans une riviere debordee et couverte de glacons; un chirurgien de village ranima ce noye apres plusieurs heures de soins. D'apres Plater, une femme condamnee pour infanticide a etre noyee tombe en syncope au moment ou on la plonge dans 1'eau; un quart d'heure apres on la retire, elle reprend ses sens. Dans un cas publie a Gottingue en 1748, on indique la duree d'une demi-journee, et les mentions fabuleuses ne s'arretenl pas la. Dcrvergie admet la guerison probable apres 5 minutes de submersion,, rare apres un quart d'heure, les cas de 20 minutes a une demi-heure etant desesperes. Bourgeois, dans les Archives generales de medecine, rapporte une -iic'rison apres 20 minutes. Nous connaissons 5 cas de noyes rappeles a la vie; (rois avaient ete sauves par des personnes qui etaient avec eux au bain: c'etait done uu sauvetage immediat ; pour les deux autres, la submersion avail dure le temps necessaire pour etre retires d'un canal par les lemoins de 1'accident. Sur 29 aulres cas ou la submersion avail cause la mort, malgre un prompt sau vetage, il en esl 10 au moins ou, d'apres les temoins oculaires, elle n'avait pas dure plus de 5 a 10 minutes. Bloomiield cite un cas de 5 minutes, Smethurst, un autre de 10 sur une jeune fille, sans avoir la certitude que la tele eut plonge tout le temps. La Gazette medicate de Paris (1. XXIX el XXXI) publie un fail de 6 el un aulre de 14 minutes : il faul done admetlre, en presence de ces temoignages, des exceplions a la limile falale des 4 ou 5 minutes. Cela tient, dit Faure, a n'en pas douter, a ce que 1'homme s'evanouit et reste dans un etal de mort apparente pendanl lequel les besoins de la respiration sout a peu pi es nuls, tandis que les animaux cherchenl a respirer avec force, s'agitent, se debattent et determinent dans leurs poumons de profondes lesions. La syn cope plus ou moins complete fournil 1'explicalion hypolhetique de ces dure'es exceptionnelles. « II est difficile, dit Tardieu, de trouvcr une autre maniere d'expliquer les exemples Ires-reels de succes obtenus par 1'emploi perseverant de secours bien diriges chez des noyes qui e'taienl restes sous 1'eau beaucoup plus longtemps qu'il ne le faul pour que la mort se produise dans les condi tions ordinaires. » La contraclure des machoires esl a prendre en conside ration. Les noyes que Ton sauve, dit M. Yoisin, out les machoires serrees, leur abaissement comple en effel parmi les signes de mort. Quelle que soil d'ailleurs oelle duree plus ou moins vraisemblable de la submersion, le traitement est instilue, des qu'il n'existe pas une certitude absolue de la mort, et est con tinue jusqu'a ce que cette cerlitude soil acquise.
Ges resurrections tardives sont le plus souvent momentanees ; les progres de 1'asphyxie continuent hors de 1'eau. Taylor cite le cas du colonel Mackensie emporte avec son compagnon par le couranl d'une riviere qu'ils traversaienl; apres de longs efforts, epuise's, ils atteignenl la rive, le compagnon quitte le colonel pour chercher du secours, et a son retour il le trouve mort sur le rivage. Quelquefois la vie reparail pour quelques minules, quelques heures, un ou deux jours meme, et elle s'eleinl. Taylor rapporle encore le fail d'un enfant
de deux ans, flottant sur 1'eau, retire insensible, la respiration convulsive, les battementsdu coeur irreguliers, ranime par 1'insufflation pulmonairc et succombant au bout de sept heures. Nous avons vu un homme de cinquante-six ans tombe dans le canal du Rbin, retire au bout d'un temps evalue a quclques minutes, refuse dans un cabaret, porte a I'hopital militaire ou de premiers soins le raniment, transporte de la a 1'hopital civil ou il succombe en arrivant. II avail survecu une heure. La trachee et les bronches contenaient beaucoup d'eau et d'ecume; avait-il respire a travers celte eau, ou avait-elle transsude apres lamort?Le sang tres-liquide renfermait des caillots dont quelques-uns decolores se prolongeaient dans les veines caves. « On ne peut esperer de sauver un noye', s'il a sejourne dans 1'eau plus de trois minutes et quelques secondes », a dit "Wolley, me'decin de la Societe humaine de Londres. Si ce pronostic est trop absolu, il est bien souvent 1'expression de la ve'rite.
Bien des causes s'opposent a ce que la respiration se retablisse : I'oedeme aqueuxdes poumons qui, malgre une absorption rapide, restenl infiltres d'eau; 1'emphyseme de ces organes dont 1'air refoule dilate les vesicules qui ne penvent plus s'affaisser, et surtout la presence de 1'eau et de 1'ecume qui encombrent les voies respiratoires ; a ces causes M. Brouardel ajoute une modifica tion de 1'epithe'lium des vesicules pulmonaires, et 1'alteration des globules sanguins dilues dans un serum trop aqueux. Une cause exceptionnelle a noter, c'est 1'entree des aliments dans les voies respiratoires, qui sc produit dans la seconde periode de la submersion, et meme par suite de vomissements quand 1'individu est retire de 1'eau. On a encore indique 1'etouffement produit par la chute de la langue en arriere. Si I'asphyxie s'est prolongee, le sang noir a trop penelre le systeme nerveux pour qu'on puisse ranimer son action. Le refroidissement conse'culif amene rapidement la temperature a un degre incompa tible avec la vie. On n'admet plus comme obstacle 1'occlusion spasmodique de la glotte. Deux conditions restent favorables, c'est 1'absence de caillots encombrant le coeur, et la survie de cet organe qui bat encore pendant trois ou quatre minutes apres que la respiration a cesse. Si Ton parvient alors a ranimer les mouvcments respiratoires, 1'action du sang arterialise ne tarde pas a se produire.
Quund 1'individu est rappele a la vie, les accidents conse'cutifs sont 1'oppression qui resulte de 1'etat du poumon. Peu de temps apres la sortie de 1'eau, chez un noyeranitne et place sur son lit, nous avons entendu les rales muqueux et humiiles qui se produisaient dans les deux poumons. Dans un autre cas, 1'oppression dura trois jours et fut combattue par deux saignees et par une appliatiou de ventouses scarifiees ; la perte de connaissance peut se prolonger, et Ton a a lutter contre le refroidissement progressif.
Les moyens de sauvetage ne concernent le me'decin qu'au point de vue des effets qu'ils peuvent produire et des traces materielles qu'ils laissent. Le bateau de sauvetage est pret a chaque station ; en 1878, des gaffes de sauvetage ont etc disposees de distance en distance sur les bords de la Seine. La recherche des corps sous 1'eau est faite avec precaution au moyen de gaffes particulieres ; on a conseille 1'explorateur de Braasch, 1'explorateur a pince, la drague de Miller, les cordes a sanglcs, des scaphandres en liege ou en toile impermeable, des echelles, et plus recemment les bouees de sauvetage et les gaffes Legrand. Les chiens de Terre-Neuve, proposes par Marc et qui devaient se trouver a chaque station, n'ont pas reussi. Le local est pret pour recevoir le noye avec le lit,
1'nppareil a douches, une baignoire, des moyens de chauft'age qui permettront d'entretcnir dans Je local une temperature de 17 degres recommande'e par les instructions. On a decide en 1874 I'etablissement de pavilions speciaux sur les bords de la Seine. La boite de secours est dans tous ces locaux. Lesproprietaires drs bains cbauds et des bains froids etablis sur la riviere, les proprietaires des liateaux a vapeur, sont tenus d'avoir a leurs frais et d'entietenir en bonetatune hoite de secours. Une inspection est faite a cet egard. Le modele des boites de secours a varie suivant les epoques, il tend a se simplifier. La boite de secours pn-scrite par roi'donnance du 17 juillet 1850 contient trente et un ohjets auxquols on a ajoutc un thermometre. On y introduit, en 1867, le speculum laryni^icn. Un autre modele contient vingt-sept objels parmi lesquels plusieurs se nittachent a 1'exploration de la boucbe et des narines et a 1'extraction des muco- Mles. Lacaisse de 187"2 renferme trente-troisobjets classes suivanll'ordre de leur emploi. L'ordonnance du 7 mai 1872 sur les secours aux noyes etaux asphyxies marque un progress dans la therapeutique de la submersion. M. Voisin analyse avec details les ameliorations introduites par cette nouvelle instruction ; elle presente sous quatorze numeros d'ordre la serie des soins qui doivent etre sucrrssivement donnes a 1'individu retire de 1'eau ; la methode Sylvestreest adoptee par cette instruction.
Le retablissement de la respiration est 1'indication principale, 1'objeclif des premiers soins. II faut d'abord debarrasser les voies respiratoires de 1'eau et de I'ecume qui les encombrenl et s'opposent a 1'entree de 1'air. C'est aujourd'hui par la position qu'on cherche a ^carter ce premier obstacle. Des que lenoye est retire de 1'eau, on doit 1'incliner legerement sur le cote droit, tourner un peu h face contre terre, en tenant la tel.e un peu plus haul que le corps. On mainlienl cette position pendant quelques secondes, et un peu plus, si du liquide s'ecoule. On peut meme en faciliter 1'ecoulement par une legere pression sur le dos. L'instinct populaire avait outre cette pratique et on suspendait lenoye par les pieds ; nous avons fait deux autopsies de noyes qui avaient ete traites de cette f.icon; chez 1'un d'eux, 1'eau s'etait ecoulee des bronches et on ne decouvrit que tres-peu d'ecume. On ecartera en meme temps les machoires avec un levier en buis. On retirera la langue en avant, on nettoiera la bouclie; le speculum laryngien permellra d'observer et de de^ager 1'entree des voies respi ratoires.
La methode d 'aspiration, ayant pour but d'enlever 1'eau et I'ecume, a tenu une grancle place autrefois dans le traitement de 1'asphyxie par submersion. La seringue aspirante de Desgranges en J786, 1'appareil de Courtois en 1789, le souftlet a deux cavites de Colleman, la pompe aspirante de Gorcy, 1'appareil de Mcunicr recommande en juillet 1807 par la Faculte de Strasbourg, ont eu tour a tour des partisans. Ce dernier appareil a ete augmente plus tard d'un tube qui faisait passer dans de 1'eau de chaux 1'air qui sortait de la poitrine, afin d'y reconnaltre 1'acide carbonique, si la respiration se retablissait. Tous ces apparcils ingenieux sont tombes en desuetude et n'ont plus de place dans les boites de secours. Si 1'entree des voies etaient mal fermee sur le tube, 1'aspiration elait illusoire; si la cloture etait hermetique, 1'aspiration violente devenait un danger. On cite a cet e'gard une experience de Troja qui fit perir un chien par le seul effet de cette aspiration exercee par une pompe adaptee a la tracbe'e artere. Les experiences d'Albert au moyen d'un soufflet a double ouverture ont ete cepondant plus favorables a 1'aspiration qu'a ['insufflation. L'aspiration de
bouche a bouche on a travcrs une sonde munie d'une emboucliure n'aurait pas les inconvenients de ces appareils mecaniques ; elle a ete considered comme pouvant etre utile; un des meilleurs sauveteurs, dit M. Voisin, affirmait 1'efficacite de ce moyen.
La bouche degagee, les bronchos videes, c'est aussitot a I'l'mitation des mouvements respiratoires qu'il faut avoir recours, pour introduire 1'air dans le thorax. La methode Sylvestre a ici la preference. Le precede operatoire est le suivant : On donne a la personne une situation convenable ; elle esl etendue sar une surface un peu inclinee, sur un matelas, les epaules un pen soulevees et soutenues par un vetement replie. On eleve les bras des deux cotes de la tele, en les tenant etendus en haul pendant deux secondes, afin d'imiter une inspi ration profonde; on les ramene ensuitedes deux cote's du tronc, en comprimant laleralement la poitrine, en meme temps qu'une autre personne la cornprime un peu d'avant en arriere. On repete les mouvements alternatifs environ quinze fois par minute. Cette methode a 1'avantage de commencer par une inspiration; ragrandissement du thorax est assure, et Ks experiences de la Sociele medico-chirnrgicale de Londres montrent que la quantite d'air qui s'introduit ainsi dans le thorax peut s'elever de 9 a 44 pouces cubes, quantite tres-superieure a celle que donne la melhode de Marshall-Mall. Le spirophore de M. Woillez est un moyen mecaniquc de dilater le thorax, le corps etant place dans un cylindre en tole, mais ce meme but est atteint par des pratiques plus simples. Les manoeuvres de la methode Sylvestre sont d'une execution facile et elles ne peiu'ent nuire; c'cst de 1'air pur qui penetre ainsi dans les poumons. 11 faut bien s'assurer que les pressions exercees sur 1'estomac ne font pas remonter dans les bronches des parcelles d'alimonls, qui seraient entrainees dans les bronches par le mouvement d'inspiration.
L' insufflation directe de 1'air dans les poumons est aujourd'hui d'une applica tion beaucoup plus restreinte, depuis que 1'imitation des mouvements respira toires e^t la premiere manoeuvre prescritc. Elle a eu des 1'origine de nombreux partisans : Lecaf, Louis, Tissot, Johiisohn, qui 1'a vue reussir apres une heure d'insucces d'antres moyens, Reaumur, Lecat, Fontana, Louis, Portal, Chaussier, Kigal, Marc, Marchant, recommandent 1'insufttatioii pulmonaire. Une statislique de M. Guerard constate que sur 185 noyes rappeles a la vie 54 avaient ete traites par 1'insufflation, ce qui prouve au moias que cette pratique n'avait pas eu d'inconvenients. D'autres autorites au contraire se prononcent centre 1'insufflation. Leroy d'Etiolles, en 1829, a fail des experiences desquelles il resulte qu'une brusque insufflation peut tuer un animal sain, et que cette introduction violente de 1'air determine la rupture des vesicules pulmonaires; il est vrai que la plupart de ses experiences elaient faites au moyen de la tracheotomie. Bichat a aussi exprime la crainte de ces ruptures, si le souftle est tres-fort. Albert a indique les inconvenients des insufflations violentes; il faisait sur les animaux 1'aspiration de 1'air au moyen d'un soufflet, cette aspiration reussissait, mais 1'insufflation presque toujours restait inutile. Magendie, Dumeril, etaient defavorables a cette methode. On peut s'assurer par des experiences, soil sur les animaux, soil sur le cadavre, qu'il faut une insufflation bien violente pour dechirer le poumon. On produit bien difficilement ces rup tures en n'opcrant qu'avec la bouche. Les instructions officielles out tour a tour cons,eille ou omis cette operation; elle est recommandee dans les ordonnances de 1808, 1816, 1822, 1850; elle n'cst pas mentionnee dans celles de
1856, 1842, 1872. G'est une ressource derniere, a laquelle il est legilime de recourir.
L'insufflalion se pratique, soil a 1'aide d'un soufflet, soit au moyen de la bouche, avec ou sans tube laryngien. Le souilet a 1'avantage de donner un air pur, mais 011 redoute son action violente qui expose a 1'emphyseme. Le tube du soufflet est introduit dans la bouche ou dans une narine, les autres orifices etant fermes, et on fait alternativement les mouvements qui retirent 1'air et qui I'insuiflent, en ayant soin de n'introduire quede 1'air pur; differents modeles de pompes a air ont ete proposes. L'air distend le pouraon, et sa penetration dans 1'estomac n'a pas lieu, a moins d'efforts violents, qui poussent une trop grande quanlite d'air. L'insufflation directe par la bouche a le grand avantage d'etre d'une execution facile, de mieux menager les efforts, et d'introduire une quantite d'air limitee par la capacite thoracique de 1'operateur. L'air introduit est moius pur, mais la proportion de 4 pour 100 environ d'acide caibonique qu'il renferme n'est pas suffisante pour nuire; 1'operateur fait lui-meme une inspi ration profonde pour obtenir uue masse d'air aussi peu altere'e que possible. Inlroduire une sonde dans la bouche, fermer exactement la bouche sur la sonde et les narines, aspirer d'abord, souffler ensuite, repeter cette operation une quinzaine de fois en une minute, tel est le procede qui peut etre suivi. En operant ainsi sur le cadavre, on entend le bruit de 1'expansion vesiculaire et, si on ouvre le thorax, on voit le poumon alternativement se dilater et revenir sur lui-meme, pendant et apres chaque inspiration. On constate aussi, lorsque 1'insufflation a ete menagee, 1'absence de toute rupture du tissu. Cetle opera tion ne doit elre tentee que dans les cas ou la respiration est absolument :-uspendue. On s'avrete au premier retour des mouvements respiratoires. Le tube laryngien etait conseille pour eviter de pousser 1'air dans 1'estomac, mais il ne semble pas superieur a 1'insufflation par la bouche. Marquez avail conseille les insufflations d'oxygene, avec 1'appareil de Chaussier. Detharding avail propose 1'insufflation par la Irachee pour eviter 1'obstacle de 1'occlusion de la glotte; la tracheotornie etait en meme temps considered comme un moyen de debarrasser les bronches de 1'eau et de 1'ecume. M. Voisin, d'apres quelques experiences, recommande aussi la tracheotomie comme ressource extreme. En general, 1'in sufflation peut etre executee aussi completement sans cette complication d'une operation grave.
L'e'leclricite a ete conseillee dans un double but, pour exciter les muscles inspiraleurs et pour reveillcr les battements du coaur. On cite a cet egard les experiences de Colleman, en 1790, de Thillaye, deLeroyd'Etiolles. L' action electrique etait portee soit sur la peau, soit directement sur les muscles, au moyen d'une aiguille implantee entre la huitieme et la neuvieme cote, vers les attaches du diaphragme. Les poles de la pile sont aussi places sur la region du coeur. Beaucoup de medecins redoutent Fepuisement de la contractilite musculaire qui se produit rapidement sous 1'influence des courants electriques, et ce mode de traitement ne vient plus qu'en derniere ligne, dans les cas desesperes. On a meme propose de rammer directement le coeur au moyen d'un stylet mousse introduit par la jugulaire externe jusque dans 1'oreillette droite. Cette operation a ete faite sans succes par J. Berard sur un jeune liomme retire de 1'eau apres quelques minutes de submersion.
Toute une serie de moyens s'adresse a la peau et aux muqueuses, pour ranimer la sensibilite et developper des mouvements reflexes qui coutribuent au
retablissement de la respiration. Les frictions viennentici en premiere ligne, on les exerce au moyen de frottoirs en laine, on de gants de crins, sur les cotes de 1'epine du dos, sur les membres, et avec management snr la poitrine et sur la region du coeur. Les empreintes parcheminees que Ton voit sur la poitrine des noyes decedes temoignent du zele excessif avec lequel cette operation est faite. L'excitation portee sur les muqueuses, le flacon d'ammoniaque place un instant sous les narines, 1'irritation de I'arriere-bouche avec les barbes d'une plume qui se trouve dans chaque boite, peuvent etre utiles. On a aussi recommande les lavements d'eau sale'e.
On s'attache a combattre le refroidissement progressif qui pent devenir par lui-meme une cause de mort. Le corps est revetu d'un peignoir de laine, et on promene sur la poitrine, sur le bas-ventre, le long du dos, au creux de 1'estomac, a la plante des pieds, une bassinoire remplie d'eau chaude; 1'instruction recom mande que le corps ne soit pas expose a une temperature de plus de 55 degres. Les bains a 30 degre's, pendant cinq minutes, conseilles dans les nouvelles instructions des postes de secours, peuvent donner des resultats utiles, suivant la remarque de M. Lebon, mais a 50 degres, temperature a peine supportable, ils auraient rapidement des eifets desastreux. Le meilleur moyen de rechauffer le noye, et celte indication est urgente, est de le placer devant un feu tres-vif. Lorsqu'il est ranime, il faut s'assurcr de temps en tnnps, a 1 aide du thermometre, que la temperature ne continue pas a baisser. Essuyer lenoye, le rechauffer, pratiquer la respiration artificielle par simple elevation ct abaissement des bras, telle est la pratique la plus simple et la plus sure. Une applica tion rapide du marteau de Mayor, au niveau des dernieres cotes, est aussi conseillee.
Les fumigations de tabac, dont la pratique nous vient de 1'Amerique du Nord, ont ete preconisees comme un des moyens les plus surs de rappeler les noyes a la vie. Re'aumur recommande deja ces fumigations dans son instruction de 1740. « Ce qu'il y a de mieux, dit-il, c'est peut-etre de soufiler dans les intestins la fumee de tabac d'une pipe ». Louis vantait ce moyen en ces termes : « De tous les secours que Ton peut donner aux noyes, il n'y en a point dont on doive faire plus de cas que de leur souftler de la fumee de tabac dans les inleslins. Ce moyen a produit dans differentes occasions les effets les plus heureux; je 1'ai experimente sur beaucoup d'animaux que j'avais noyes, et j'ai presque toujours re'ussi a les rappeler a la vie, lorsque je n'ai pas trop differe a leur donner ce secours ». Parmi les partisans de cetle methode, on cite Cullen, Lecat, Gardanne, Tissot, Buchan, Audry, Stoll, Desgranges, Fodere. M. Guerard ajoute a ces opinions les avis emanes des societes humaines de Paris, d'Amsterdam, de Londres et aulres, et il en conclut que les fumigations de tabac ont frequemment sauve la vie aux noyes et qu'elles n'ont jama is cause d'accidents. Sur 185 cas de noyes rappele's a la vie, il constate qu'on a employe 22 fois les fumigations de tabac. Cette pratique a rencontre aussi des opposants : Hunter, Brodie, Chaussier fils, Portal, la repoussent comme dangereuse, a cause de la distension des intestins, du refoulement du diaphragme et des proprietes acres et stupefiantes de cette vapeur. Les instructions officielles out maintenu les fumigations de tabac parmi les moyens recomrnandes, celle de 1850 dit au numero 13 : « Dans le cas oil apres une demi-beure d'administration assidue les secours indiquesplus haut auraient ete inutiles, et ou ie noye ne donnerait aucun signe de vie, si le medecin n'etait pas encore nrrive, on
pourrait recourir a 1'insufflation de la fume'e de tabac dans le fondement ». L'instruction de 1872 donne encore ce conscil en le modifiant ainsi : « Apres une demi-heure d'administration assidue, mais inutile, des soins indiques plus haul, on pourra recourir, sous la direction d'un medecin, a 1'insufflation de la fumee de tabac par 1'anus ». M. Voisin dit avoir vu employer ces fumigations ct avoir su par les rapports des sauveleurs qu'elles avaient ete raises en usage qnelquefois avec succes et que jamais elles n'avaient produit d'intoxication. L'appareil fumigatoire est reste dans les boites de secours ; il se compose du fourneau que Ton charge de tabac, du soufllet qui cbasse la fumee et de la mimic qu'on introduit dans le rectum. A defaut de cet appareil, on se sert de d"ii\ pipes, appliquees fourneau centre fourneau, 1'un des tubes servant a si MI Her, 1'aulre conduisant la fumee dans 1'anus. Chaque injection ne dure pas plus d'une on deux minutes, et elle ne doit pas etre assez prolonge'e pour determiner le ballonnement du ventre.
Le noye revcnant a lui, on lui introduit dans la boucbe quelques gouttes d'une boisson stimulante. de l'eau-de-vie, de 1'eau de melisse; on continue 1'action de la cbaleur pour prevenir le retour du refroidissement ; s'il relombe dans la somnolence, on lui applique des sinapismes; des ventouses seches ou scarifiees peuvent etrc necessaires pour combattre 1'oppression. Dans les cas de rougeur dr la lace, destupeur persistante, de cephalalgie, on pent appliquer des sangnes derriere les oreilles. La saignee tenait autrefois une plus large place dans le traitement de 1'asphyxie par submersion. Onpratiquait surtout l;i saignee de la jugulaire ; jusqu'en 1780, dit Fodere, celle pratique fut recommandee par 1'Academie des sciences, mais alors cette compagnie changea d'avis. Sur les 185 cas de gue'rison analyses par Guerard, lu saigne'e n'a ete employee que quatre fois. Le traitement des complications et des accidents conse'cutifs, qui varie suivant les cas, rcntre dans la the'rapeutique generate et n'appartient plus a 1'bistoire speciale de la submersion. G. TOURDES.
BIBUOGRAPHIE. — La frequence des observations, la facilite des experiences, aussi bien que 1'importance du sujet, ont donne un developpement considerable a la bibliographie de la submersion ; on ne peut que faire un choix parmi ces publications nombreuses qui ?e rapportent a la medecine legale, a 1'hygiene publique, a 1'etude speciale du genre de mort.
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SUBSISTANCES. Mirabeau, I' ami des hommes, Malthus etd'autres economistes, designent sous le nom de subsistences ce que J.-B. Say et Bastiat ont designe plus clairement du nom de moyens d" existence.
Mais tous font depasser a ce terme le sens de subsistances alimentaires. Dans
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ses Elements de statistique humaine ou de demographic compare'e, A. Guillard dit (p. 55) : « II ne faut pas seulement entendre par subsistances les seals aliments : Non de solo panevivit homo, sed deomniverbo qnod procedit ex ore Dei, On doit prendre ce mot plus an large et 1'appliquer a toutes les conditions au moyen desquelles 1'homme subsiste, ce qui comprend, outre {'alimentation et les boissons, le vetement, le convert et 1'air meme qu'on respire. Et i'on ne doit pas en exclure les conditions morales qui, elles aussi, concourent a sustenter 1'homme et au premier rang desquelles il faut compter la vertu, la joie des bonnes actions, la securite" que donne 1'ordre public appuye sur la liberte. »
Nous acceptons pleinement 1'ample definition de Guillard, tout en nous demandant s'il n'y a pas interet a dissocier pour 1'etude des moyens d'existence d'ordre et d'importance si divers. Sans aucun doute la musique est, par exemple, une subsistance ; quantite de gens vivent par et pour la musique; ils mourraient a la fois de chagrin et de faim, si Ton brisait clavecins, violes et trompeltes ; il n'y aurait plus de couvert pour eux au « banquet de la nature ». Mais le nombre de ces cas speciaux est si restreint aupres de celui des humains qui vivent pour et par le pain et la viande, qu'ils ne tiennent dans 1'etude qu'une place accessoire. II n'en est pas moins vrai que toute Industrie creee cre'e aussi des subsistances. On voit par la la difference qui separe la question des subsistauces de la ques tion des aliments.
L'inte'ret que prend cette question pour les sciences biologiques est surtout dans 1'etude des rapports des subsistances avec la POPULATION, la MORTALITE et la NATALITE. La ou il y a un pain, dit un proverbe discutable, nait un homme. Nous renvoyons a ces divers articles pour eviter de trop nombreuses repetitions ; toutefois, nous devons signaler ici d'une fagon sommaire les opinions qui ont cours sur la question des subsistances au point de vue de la population et de la prosperite' des nations. Quoique bien avant Malthus (Essai sur le principe de la population, etc., 1798) un grand nombre d'economisles, y compris Aristote, selon Bastiat, aient indique 1'equalion des subsistences et de la population, c'est de lui que date veritablement I'inlt'ret qu'a souleve cette question qui, posee hativement, resolue trop facilement, me'rite un examen plus serre a 1'aide des donnees nouvelles de la statistique.
F. Bastiat est avec J. Gamier 1'ecrivain qui a le mieux compris et analyse Malthus, sans toutefois admettre completement ses theses. Frappe de I'inegalite entre la multiplication du genre humain et de la production des subsistances, Malthus a tout d'abord cherche, dit Bastiat, en combien de temps une population pouvait doubler dans la supposition que la satisfaction de tons ces besoms ne rencontrdt jamais d 'obstacle, et il a fixe cette periode a 25 ans ; il 1'a ainsi de'termine'e parce qu'il avail sous les yeux 1'exemple des populations de 1'Amerique du Nord. Telle est reellement, de nos jours meme, le taux des Etats-Unis, parfois depasse au Canada, tandis que selon Moreau de Jonnes le dedoublement exigerait en Turquie 255 ans, en Suede 227, en France 138, 106 en Espagne, 100 en Hollande, 76 en Allemagne, 45 en Russie et en Angleterre.
Malthus a done trouve la tendance the'orique a raugmentation,mais il a ajoule que cette tendance etait contenue par 1'obstacle preventif qui est le defaut de subsistances et par 1'obstacle re'pressif. Ce sont la d'inconlestables fails. Bien plus, Bastial acalcule que ce n'esl pas en 25 ans, maisen 12 ans, que les populations doubleraient, si les subsistances elaient indefinies. Les lois de limitation de Bastiat sont au fond du meme ordre que celles de Malthus : la volontede ne pas procreer
d'une part et le vice, la misere, le crime, la guerre d'autre part. Ce sont la des fails et non des preceptes ou une doctrine. Si 1'on veut voir la doctrine, il f^ut lire Lamennais : « II y a place pour tous sur la terre, s'ecrie ce philosophe, et Dieu 1'a rend ue assez feconde pour pourvoir aux besoins de tous. L'auteur de 1'univers n'a pas fait 1'honime de pire condition que les animaux, tous ne sont-ils pas convies au riche banquet de la nature? Un seul d'entre eux est-il exclu? » Autant de mots, autant d'erreurs, et les travaux de Darwin sur les lois de multiplication des animaux, sur la concurrence vilale, sur le Struggle for Life, montrent que les animaux n'echappent pas plus que 1'homme aux lois de limitation.
Que la population tende a se meltre au niveau des subsistances et que ces deux fails soienl fonction 1'un dc 1'autre, tantot au profit de celui-ci, tanlot a I'avanlage de cclui-la, voila ce qui se dt'gage, sans preuves suffisantes, de la lecture attentive de tous les e'conomisles de Mirabeau a Joseph Gamier en pas sant par J.-B. Say, Mallhus, Bastiat et Guillard. Leurs discussions portent bien plutot sur les intentions qu'ils se supposent mutuellement et sur les doc trines religieuses ou politiques qu'ils professaient, sur leur facon de dire, que sur le fond meme de la question. C'est ainsi que Hans la premiere edition de son /•,'.s.sv/f s»r li- /irincipe de la population, qui n'etait alors, selon Bastiat, qu'une brochure (1798), et qui depuis cst deveim un ouvrage en 4 volumes, on lit la phrase suivante :
« Un homme qui nait dans un monde dcja occupe, si sa famille n'a pas les moyens de le nourrir, ousi la societe n'a pas besoin de son travail, cet homme, dis-je, n'a pas le moindre droit a reclamer une portion quclconque de nourriture et il est reellement de trop sur la terre. Au grand banquet de la nature il n'y a point de couvert mis pour lui. La nature lui commande de s'en aller et elle ne tardi ra pas a mettre elle-meme cet ordre a execution. »
Cette phraseologie.declamatoire, qui vaut au rebours celle de Lamennais, a servi de texte a nombre d'ecrivains pour imprimer a Malthus et a ses doctrines une epouvantable fletrissure. De Sismondi, Pierre Leroux, 1'roudhon, doiveut une partie de leur cele'brite a la critique d'une phrase qui dans la pense'e de son auteur n'etait que 1'expression d'un fait qued'ailleurs il deplorait, puisque par ses doctrines memes et ses.conseils ilcherchait a 1'attenuer; chose singuliere au surplus, Malthus a echoue en Angleterre, mais il a reussi en France. L'Angleterre est par excellence avec 1'Irlande le pays du no restrain en matiere de proge'niture, et la France s'est faite peut-etre sans le savoir malthusienne. Elle s'applique les lois de la limitation de maniere a donner un dementi aux lois de progression arithmetique et geometrique de 1'e'conomiste anglais et meme a 1'equation des subsistances, elle augmente la quantite disponible alimentaire sans augmenter notablement sa population.
Au fatalisme providentiel de Malthus s'ajoutent deux elements dont cet auteur n'a pas tenu compte : la colonisation pour 1'Angleterre, la volonte raisonnee pour la France. II est vrai que 1'on peut considerer la colonisation comme une augmentation des subsistances par le fait de 1'emigration meme sur les lieux d'une production preparee de longue main, qui devient disponible. Mais, d'un autre cote, ce que Bastiat appelle V empire moral de la volonte me parait de'ranger 1'equation des e'conomistes, car la France de'passe par 1'ensemble des subsistances la moyenne des pays europe'ens, et sa population s'est trouvee en moins de cent ans reduite du 5e ou 13e de la population totale de 1'Europe.
« En voulant donner a cette equation une precision qu'elle ne comporte pas, les economistes ontplus divise que rapproche les esprits, parce qu'il n'estaucun des termes de leurs formules qui ne prete le flanc a une multitude d'objections de raisonnement defait » (Harmonies economiques, p. 446).
Les circonstanees qui s'opposent a cette catastrophe ont ete divises par Malthus en obstacles pre'ventifs (preventive check, expression souvent, mais inexactement, traduite par privatifs) et en obstacles destructifs qui sont la misere, la guerre, la maladie, etc. Quant aux obstacles preventifs, ilssont tellement puissants pour limiter les populations qu'ils donnent un dementi formel a Tune des propositions de 1'auteur adoptees par plusieurs economistes, a savoir : La popu lation croit pariout oil croissent les moyens de subsistence, a mains que des obstacles puissants et manifestes ne Varretent. Ces obstacles, Maltlms les indique lui-meme dans une page qui senible avoir ete ecrite pour la France contemporaine. « L'homme en regardant aulour de lui ne pent manquer d'etre irappe du spectacle que lui offrtnt souvent les i'amilles nombreuscs. En comparant ses moyens de subsistance qui n'excedent guere la mesure de ses besoins avec le nombre des individus entre lesqucls il en faudra fa ire le partage, il eprouve une juste crainte de nc pouvoir faire subsister les enfants qu'il aura lait naitre. Tel doit etre 1'objet de son inquietude, dans une societc fondee sur un systerne d'egalite, s'il enpeut exister de pareilles. Dans 1'e'tat actuel, d'autres considerations se presenlent. Ne conc.oit-il point le risque de perdre son rang, et d'etre force de renonccr a des habitudes qui lui sont cheres? Quelle occu pation ou quel emploi sera a sa portee? i\e faudra-t-ii point qu'il s'impose un travail plus penible, ou qu'il se jette dans des entreprises plus difticilcs que ne 1'exige sa situation presente? Ne sera-t-il pas dans rimpossibilite de procurer a son enfant les avantages d'e'ducation dont il a pu jouir lui-meme? Est-il assure que, si le nombre s'accroit, tous ses efforts pourront sul'fire pour le mettre a 1'abri de la misere et du mepris qui I'accompagne ? Ne faudra-t-il point enfin pour derniere ressource renoncer a I'independance dont il s'honore et avoir recours aux dons tonjours insultisants de la charite? De telles reflexions sont faites pour prevenir et previennent en effet dans toute societe civilisee beaucoup d'etablissements. Elles empechent un grand nombre de manages precoces et s'opposent sur ce point au penchant de la nature » (op. cit., p. 15).
Quoi qu'il en soit, nous devons donner ici les deux lois principales de Malthus, tout en reconnaissant qu'elles lepresentent de pures abstractions sans aucun lien necessaire ni entre elles, ni avec les fails, car elles subissent de si nombreuses perturbations par les contingences que. s'il est possible d'en trouver la demonstration une a une, il est impossible d'en montrer la solidarite.
I. Lorsque la population nest arrete'e par aucun obstacle, elle va doublant tous les vingt-cinq ans et crott, de periods en periode, selon une pro gression geome'trique.
II. Les moyens de subsistance, dans les conditions les plus favorables a lindustrie, ne peuvent jamais auymenter plus rapidement que selon une pro gression arithmetique.
D'ou il suit, selon les chiffres memes de 1'auteur, que la race humaine croitrait comme les nombres 1, 2, 4, 8, 16, 32, 64, 128, 256, tandis que les subsistances croitraient comme 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, et qu'au bout de deux siecles la population serait aux moyens de subsistance comme 256 est a 9 ; au bout de trois siecles comme 4096 est a lo, etc. (op. cit., edit. Gamier, p. 11).
DICT. ENC. 3" S. XII. 57
Dans une etude extremement interessanle sur 1'accroissement de la population franchise (Revue ties Deux Mondes, 1882) M. Charles Richet a vigoureusement combattu 1'opinion perimalthusienne qui veut, tout au contraire, que ce soil a cause meme de leur richesse que les nations voient leur population se restreindre ; 1'extension de la richesse publique serait la consequence d'un arcroissement modere de la population. M. Riehet a montreavec une incontestable force que, s'il parait en etre ainsi dans les families considerees isolement, il n'en est plus de meme quand il s'agit de la nation, de la palrie, et que 1'apparente prosperite familiale est troublee a un moment donne par un de ces redoutables coups de tonnerre, la guerre, 1'invasion, le pillage, 1'impot du vaincu. « C'est un mauvais calcul pour un pays que d'avoir peu d'enfants, dit-il. II croit par la assurer sa richesse, maisil n'y a qu une seule garantie de sa richesse, c'est sa force. Or la force depend de la population. Les nations tres-peuplees sont trespuissantes ; les peuplcs faibles sont destines a etre tot ou tard asservis par les ibrts. Yoila le danger de laisser croitre enormement la masse numerique des nations voisines, alors que notre population no s'accroit qu'en proportions minimes. »
C'est a 1'article POPULATION que les questions seront etudiees a fond. On lira d'ailleurs dans le compte rendu du Congres international d'hyyiene tenu a Paris en 1878 une tres-interessante discussion qui cut lieu sur cette ques tion entreMM. Drysdale, Rertillon, Lagneau, Felix, Delaunay et Chapmann. Mais nous ne resistons pas au de'sir d'emprunter au travail de M. Richel un certain nombre de tableaux qui montrent que, malgre 1'accroissement enorme de notre production agricole et industrielle comparative, 1'accroissement annuel moyen pour 10 mitle habitants s'est trouve comme il suit :
France 26
Royaume Uni ^ 101
Allemagne 115
Elats-Unis 260
Eii 1876 on a compte une naissance en France sur 57 habitants, en Russie sur 20, en Allemagne sur 25, en Autriche-Hongrie sur 26, en Angleterre sur 27. En chiffres ronds I'Allemagne produit 5 enfants par manage, 1'Angleterre 5, la France 3.
Et, en resume, au taux actuel de 1'accroissement de la population, voici quel sera dans cinquante ans (1932) la proportion relative dans differents pays :
Etats-Unis 190 millions.
Russie 158
Allemagne 85 —
Royaume Uni 65
Autriche-Hongrie 51 —
France 44 —
Italic , 4i —
Or, vers la fin du dix-huitieme siecle, la France, avec 26 millions d'habitants, occupait le premier rang (Levasseur, Sur la situation faite a la France parmi les grandes puissances, 1879).
Pour montrer que la population n'est pas soumise au meme accroissement que les subsistances, il suffira de signaler ici quelques faits numeriques saisissants relatifs aux subsistances.