PRODUCTION DU YIN
Hectares. Hectolitres.
COMBUSTIBLES MI.NEUAUX
1811 773,691 tonnes.
D'apres M. Maurice Bloch (Statistique de la France, 1874), la recolle tie 1'avoine, qui avail donneen moyenne en France, de 1851 a 1859, 67 millions d'hectolitres, en afourni, de 1861 a 1869, 74 millions; la recolte annuelle de pommes de terre est montee de 82 a 111 millions ; la population chevaline, qui etait de 2 904 000 tetes en 1 862, etait en 1866 de 3 316 UOO.
Si 1'on compare le taux de 1'augmentation de la population dans les rnemcs periodes, le dogme de 1'equation des subsistances et de la population sera singulierement compromis.
D'ailleurs 1'extreme variabilitc selon les temps et les lieux, selon les races, selon les climats desbesoins individuelsoucollectifs, montre qu'il est impossible d'etablir une ration moyenne de subsistance pour avoir une idee de la quotite alimentaire ou autre d'un groupe humain quclconque. Avecquel groupe humain pst-il possible de comparer sous ce rapport les populations de la Polynesie, qui se nourrissent sans labeur et sans autres besoins des fruits du cocotier (cocos nu /era), de 1'arbre a pain (jaquier a feuilles decoupe'es}, des bananiers du taro (chou cara'ibe) et de 1'igname, qui croissent sans culture, qui dedaignent meme, ou peu s'en faut, la peche si fructueuse, tant leurs besoins alimentaires sont faibles, pour s'en tenir aux coquillages et aux tortucs que 1'on ramasse sur le rivage? Ce n'est certes pas avec cet Anglais qui reclame en moyenne 100 kilogrammes de viande fraiche par an sans compter d'aulres aliments, d'autres moyens d'existence, le charbon, la biere, la locomotion, le vetemenf chaud, etc... Et cependant la population polynesienne, constitute par Tune des, plus belles races de la terre, la plus grande tout au moins, se fut accrue comme celle de 1'Angleterre, doublant en vingt-cinq aas, si a 1'aide d'institutions nationales et avouees de debaucbes, de vices et de crimes, on ue leur avail pas applique cette loi de limitation calculee dont parle Bastiat.
Champion, dans son bel ouvrage sur les Industries de V Empire chinois (1869), nous a donne les renseignements les plus precis sur rahmentation des ouvriers manuels. En general, dit-il, le riz est la base de la nourriture du Chinois, qui en consomme par mois environ 24kil,160 grammes, au prix de 5f',50; 6 kilo grammes de poisson au prix de 3 francs, 4 kilogrammes de pore, 2 poulets (environ 2 kilogrammes), et approximativement pour 5 francs de legumes, plus du the et du tabac, represenlenl une dose alimentaire sensiblement egale a celle de la meme categoric d'ouvriers. Mais c'est la un maximum. On peul direqu'en general le Chinois de basse condition ne se nourrit que de riz, de poisson sec et de Ihe, donl la valeur, selon Champion, varie entre 40 el 50 cenlimes de notre monnaie.
1 Voy. I'Annuaire statistique de la France pour 1881 (Ministere de 1'agriculture).
Mais, si une grande partie de Thumanite asiatique a leriz pour base alimentaire essentielle, une autre partie a le lait et le fromage pour alimentation a pen pres unique. Tels sont les Kirghises, les Kalmouques, les Bouriates. G. Le Bon nous a donne, dans ses curieuses et patientes etudes sur les races des monts Tatras situes entre la Gahcie et la Hongrie, 1'histoire d'une population de bergers qui vivent pendant plusieurs mois consecutifs uniquement de zentica on petit-lait de brebis. Us en consomment environ 4 litres par jour, et Le Bon les a trouves en parfait etat de sante, « gras et vigoureux ».
SUBSISTANCES ALIMENTAIRES EN ASIE. Au uord, la Siberie possede des cultures de seigle, orge, avoine, millet, sarrazin, des fruits et des legumes ; le regne animal fournit le renne, 1'elan, le belier sauvage, le mouton, la brebis, Tours, le morse, le veau marin, la baleine, et surtout une grande quantite de poissons; des cygncs, des canards.
Les Kamtschadales out le poisson pour base de I'alimentation, en y comprenant les veaux marins et la baleine ; ils mangent aussi leurs cbiens ; quelques racines, des baies, Tecorce du jeune bouleau et du saule, un champignon venencux dont ils font une liqueur enivrante, parfois le lait et la chair du renne, complement les ressources que la nature met a leur disposition ; ils y ajoutent le caviar dont ils sont tres-lriands.
Les Tchouktches se nourrissent principalement de la viande de leurs rennes, apprecient fort celle de Tours et regardent comme uu mets tout a fait exceptionnel la graisse de baleine qu'ils consomment telle quelle. Leur territoire ne produisant aucun vegetal, c'est dans Testomac du renne qu'ils viennent d'abattre qu'ils vont chercher un supplement a leurs repas.
Les Yakoutes ont la viande du cheval ou celle du boeuf, quelques rares fruits de la terre. Leurs mets de predilection sont la graisse et le fromage.
L'Ostyak chasse, peche,eleve des troupeaux de rennes ; Telan et le renne sont sa principale ressource.
Le Kalmouk, le Kirghis, le Mongol, pasteur et parfois agriculteur, eleve d'immenses troupeaux, se nourrit surtout du lait et de la chair de ses bestiaux; le lait fermente de la jument ou koumis, dont ils savent tirer des liqueurs enivrantes, est une de leurs boissons preferees.
Pans la zone centrale, le regne vegetal presents de nombreuses ressources ; mais le type, la base de I'alimentation est ici le riz que nous allons trouver dans toutes les autres parties du continent. La Chine procluit en abondance : le riz, le ble, le sorgho, le mais, la canne a sucre, des fruits de toute sorte, une assez ^rande quantite de legumes, le the. La montagne de Kin-Shan qui domine le lac Toun°--ting a le privilege special de produire le the destine a Tusage exclusif de Tempereur.
Dans le regne animal, nous citerons le buffie, le yack, le mouton, le bo?uf, le pore, la volaille, le poisson. Le Chinois peut done etre facilement omnivore, mais il est surtout friand de substances gelatineuses, et c'est pour cela que les gourmands, chez eux, affectionnent les nageoires de requins et les nids de salangane ; ce dernier mets est servi comme potage a la facon du tapioca et conslitue une nourriture legere que les Chinois considerent comme reconfortante.
La viande de pore et le poisson sont surtout employes en Chine, mais nous ne pensons pas qu'il y ait lieu de leur reprocher Temploi culinaire des rats et des souris ou autres animaux de cet ordre, en dehors des cas de famine, car, dans les grands centres de population de TEmpire du Milieu, les voyageurs ont
pu se demander comment Ics approvisionnements arrivaient et se distribuaient regulierement. alors qu'en Europe les difficiles problemes de 1'ordre des subsistances, de 1'hygiene, ne sont resolusqu'au moyen d'une police toujours en eveil, par les efforts d'une administration tres-active, sous le coup de regiemen Is, d'ordonnances, etc..., qui prevoient et dirigent les moindres mouvements de la population. Dans une ville chinoise, rien de tout cela n'apparait. Poinl de conseil municipal, point de services organises, a peine quelques agents de police, et cependant les marches sont abondamment pourvus sans que 1'autorite s'avise de reglementer 1'arrivage des denrees, ni d'en controler la qualile.
Voici de quoi se compose le diner d'un mandarin : on sert d'abord des petits pains chauds et des gateaux de toute espece; ensuite des confitures, des ceufs diversement colores, des osa moelle confits, du canard, dupoulet, du boauf, du chevreau ou du pore, du poisson. Le repas se termine invariablement par une soupe au riz. Souvent un plat couvert apparait sur la table ; il renferme de petits crabes que Ton vient de plonger dans du vinaigre. Des que le couvercle est leve, les crustaces s'echappent, et chaque convive prend ceux qui se trouvent a sa portee, les fourre dans sa bouche, les ecrase avec les dents et les avale. Dans toutes les villes, on trouve des maisons de theou des boutiques Ires-vasles ou Ton donne avec le the des gateaux, des fruits sees, pour la modique somme de deux centimes et demi. Les homines de peine et les passants y trouvent constamment des bassins d'eau chaude et des serviettes pour se laver la figure et les mains. Le thenoir estcelui genera lement employe, le veriest 1'exception. II est d'usage de le prendre sans lait et, sans sucre. Le lait de vache ou de chevre n'est pas utilise en Chine. Le lait de femmeest d'un usage assez frequent pour les enfants et les vieillards. Les nourrices vendent leur lait de 10 a 15 centimes la tasse.
Dans les campagnes, le paysan agriculteur fait peu usage de viande, du poisson quelquefois, un pain de feves et le riz constituent sa nourriture habituelle.
Dans nombre de parties de la Chine, on trouve des cerises, des prunes, des oranges, des citrons, grenades, figues et d'excellentes peches.
Le Japon produit le riz, le ble, 1'orge, lesagou, 1'igname, la patate, la canne a sucre, de nombreux legumes, le raisin, des fruits abondants et des algues marines qui servent d'aliment aux classes pauvres. La volaille est abondante, mais on ne mange le boeuf qu'exceptionnellemcnt, et il en est de meme du mouton. Le lait de vache n'est pas estime.
Le fond de 1'alimentation du Japonais est vegetale. Le riz est consomme en grande quantite, ainsi que le the. Grand mangeur de poissons, il estime la charcuterie de poisson cru.
Un repas japonais se compose d'reufs durs, de homard, de poissons cms ou bouillis, de riz, de fruits, de sucreries, de vin doux, d'osakka, de .-akki et de the.
Les Ainos consomrnent beaucoup de riz et de poisson. Dans la zone meridionale, nous trouvons le riz, le sorgho, le froment, le ble, le ma'is, 1'orge, le millet, les pntates douces, 1'igname, les arachides, les Cannes a sucre, le cocotier, la datte, le the, tous les fruits d'Europe a cote des oranges, des citrons, desmangues, des bananes, des ananas, etc. Le melon est originaire des parties tropicales de 1'Asie. Ici nous trouvons toutes les varieles des palmiers, parmi lesquelles le Sagoutier, dont la tige fournit un chou palmiste qui constilue une nourriture agreable. Ces tiges coupees laissent couler une liqueur sucree que
Ton peut boire naturelle ou fermentee. La moelle, sorte de fecule, devient le sagou qui, prepare sous differentes formes, fournit un aliment leger et tresnourrissant. Le jaequier, ou arbre a pain, donne des fruits d'une saveur sucree, qui se mangent au naturel, cults au four ou bouillis comme des pommes de tcrre. Ces fruits sont tellement farineux et nourrissants qu'ils peuvent facilemetit remplacer le pain de froment. Les graines sont comestibles et ressemblent a des chataignes. Le cycas, arbre qui abonde au Japon, aux Moluijues et dans 1'Indo-Chine, et dont le tissu cellulaire contient une grande quantite de fecule, sorte de sagou. Le citronnier est aussi originaire de celte partie de 1'Asie.
Le regne animal est represente par le zebre, le cerf axis, I'ele'phant, le rhino ceros, 1'antilope Nilgau, le lapin, le yak, 1'ours aux longues levres, la volaille, le paon, le dindon, le culao, etc., et di verses especes de poissons.
Les Malais sc nourrissent principalement de ve'ge'taux et de poissons ; ils ont la passion des liqueurs fortes. A Singapour, ils mangent de la chair de tigre pour acqiu'rir la ierocite de ce fauve.
L'Andamanite Irouve sa subsistance dans le cochon sauvage, les tortues, les coquillages, le miel.
Les Veddahs ont le produit de leur chasse et recherchent particulierement ie le/ard ot le singe; ils y ajoutent les raciues et le miel.
La zone occidentale de 1'Asie comprend le nord de 1'Inde, 1'Afghanistan, la IVrse, 1'Arabio, la Syrie, le Kourdistan, 1'Armenie, 1'Asie Mineure. Ici, nous iclrouvons a |>eu pros les ressources alimentaires de 1'Europe, melees dans une certaine proportion aux productions de la zone meridionale : le ble, 1'orge, le ma'is, le millet, le dourah, le riz, melon, figues, dattes, oranges, pistaches, citrons, oignons, concombres, cannes a sucre, cafe, bananes, raisins, noisettes, cerises, abricots, etc. Dans le regne animal : boeuf, buffle, mouton, chevre, zebre, antilope, gazelle, et la sauterelle, ce tle'au de I'agriculture, dont on ne dedaigne pas de faire un aliment que Ton obtient en les broyant et en les coraprimant de facon a en faire une pate seche qui rappelle assez par le gout notre crevette des cotes de 1'Ocean.
SUDSISTAKCES ALiMEKTAiRES DE i/ApniQUE. L'Afrique forme aujourd'hui une ile immense d'une etendue de 7500 kilometres de longueur, sur 7000 de largeur dans sa plus grande dimension. Elle est a peu pres coupe'e en deux parties egales par 1'Equateur, traversee par les deux tropiques, et baigne'e par trois mers : la Mediterrranee, 1'Atlantique et la mer des Indes. Trois fois plus grande que 1'Europe, sa situation geographique lui donna une diversite tres-grande dans la nature et la quantite de ses ressources alimentaires. Par son voisinage de 1'Asie, avec laquelle elle se trouvait rcliee par 1'isthme de Suez, cette situa tion a necessairement fait sentir son intluence dans la region est, nord et nordouest du grand continent mysterieux, puisque c'est la que nous retrouvons le plus grand nombre de plantes et d'animaux domestiques, evidemment venus d'Asie.
Ici, 1' aliment type, c'est le sorgho, puis la banane et 1' arbre a beurre. Sauf dans les regions brulantes et de'solees de ses deserts, partout la vegeta tion est si active qu'au bout de deux ans elle recouvre de iourres e'pais les clairieres ou les indigenes mettent le feu pour obtenir quelques recoltes. De tous cotes des arbres immenses : boababs, palmiers, figuiers, cocotiers. La nature ne se repose jamais : le soleil au zenith et 1'eau toujours abondante
permettent aux plantes de croitre sans cesse et de dormer des fleurs et des fruits en toute saison.
I/altitude du plateau central permet les cultures des pays chauds en meme temps que celles des pays temperes. Oil y obtient les ce'reales d'Europe, aussi bien que la canne a sucre, le dourah, le millet et le riz, les epices de toutes sortes, les huiles, le cafe; les fruits les plus divers: ananas, figues, dattes, oranges et meme la vigne.
Le regne animal est non moins abondant, et les grandes especes : girafes, elephants, hippopotames, gnon, buffles, zebres, se melangent aux varietes infmies de 1'Antilope. Les troupeaux sont nombreux, le laitage abondant, surtout an centre et au midi. On eleve de nombreuses especes de volailles, le pore; le poisson des nombreux cours d'eau fournit aussi son appoint alimentaire. Le cheval, le chameau, 1'ane, le mulct, vivent dans la partie septentrionale du continent. Le chien est repandu daus toutes les regions, mais on ne le mange point.
L'Egypte, cette region agricole qui produit presque sans labour, donne en aboudance ble, orge, ma'is, dourah, riz, feves, lentilles, haricots, pois, oignons, pasteques, melons, concombres ; des dattes excellentes, des fruits varies, des olives, du raisin.
Dans la region mediterraneenne, toute la (lore et la faune de 1'Europe meridionale sont representees.
Yers les grands lacs, la nature fonrnil sans travail cette substance alimentaire si precieuse, la bananc, avec une abondance merveilleuse.
Et cependant, au milieu de ces richesses accumulees, que de peuplades reduites aux plus dures extre'mites dans le combat pour la vie !
Partout on demande a la ciiasse un appoint aux ressources oJTertes par la nature. Mais dans nombre de cas 1'etat primitif de civilisation, le earaclere imprevoyant du negre, quelquefois aussi la pauvrete du sol, 1 'absence complete d'agriculture et de bestiaux, plongent des malheureux indigenes dans la plus cruelle misere.
C'est ainsi que le Boschiman, l'homme des buissons, erre sur les rives du fleuve Orange et au sud du desert de Kalahari, mangeant pour se nourrir tout ce qui peut etre broye par des dents en 'fait de vegetaux : racines, oignons, ails, tiges d'aloes, etc. Ils devorent avec avidile toutes sortes d'insectes et de reptiles, des sauterelles, des larves de fourmis, les termites blanches, ce riz du Bochiman ; parfois le hasard leur procure 1'occasion d'atteindre une piece de gibier avec leurs Heches empoisonnees, ou bien de pousser quelques animaux dans les fosses ou hocos, creuses comme piege. Alors ces pauvres affame's se livrent, avec une voracite sans pareille, a un festin qui ne se termine que par la disparition absolue de tout ce qui ressemble a la chair.
Non loin d'eux, le Hottentot colonial, pasteur, mais dedaignant 1'agriculture, vit surtout du laitage de ses Iroupeaux, n'empruntant au regne vegetal -que ce que la nature doit bien lui fournir et ne mangeant qu'assez rarement les animaux de son troupeau et seulement lorsque la chasse n'a pu lui fournir aucun animal.
Ici, nous sommes loin des rives fortunees du Nil, dans ce beau pays des Schillouk, auxquels Schweinfruth assigne une population invraisemblable. Malgre leur misere, ces peuplades desheritees n'ont jamais pratique ouvertement l'anthropophagie.
Pour la grande majorite des peuplades negres de 1'inte'rieur ou des cotes, la nourriture vegetale forme la base de I'alimeutation : sorgho, mai's, riz, pois, legumes divers, fruits. Tantot ces vegetaux sont consommes en bouillie, tantot ils accompagnmt la viande, tantot on -les melange a du lait fermente; 1'usage du pain est inconnu. Generalemcnt aussi ils ne mangent pas la chair crue, mais cuite : rotie ou bouillie, sans que le degre de cuisson soit bien complet. La nature du gibier qu'ils poursuivent leur est indifferente ; ils mangent volon tiers des animaux pour lesquels nous aurions la plus invincible repugnance. La ou les peuples sont pasteurs, le gros be'tail, sauf en cas de disette, n'est presque jamais abatlu volontairement pour 1 'alimentation; c'est pour le laitage surtout qu'on entretient la vache, mais il n'en est pas de meme du mouton, de la chevre, du pore; la volaille est commune, le poisson frais ou seche assez abondantdans tons les pays arroses par les cours d'eau. Dans certaines peuplades, 1'art culinaire a su creer une certaine varie'te dans l'alimentation, particulierement dans la region des grands lacs, le haul cours du Nil, certaines parties du Soudan, chez les Gafres, etc.
Chez les Bantous, le fond de la nourriture est le laitage, auquel ilsassocient le sorgho, le mais et differentes racines, preferant ce regime a la nourriture animale, qu'ils ne dedaignent cependant pas. La viande de ('elephant et celle du pore lui repugnent, mais, en cas de disette, il ne recule devant aucun Lutin et devient alors d'une voracite extraordinaire. Delagorgue, dans son voyage de 1'Afrique australe, nous clonne le recit d'un festin d'elephant : « Bepresentezvous quinze Cafres nns, au corps reluisant de graisse ; dix mangeaient accroupis, entoures de fusils, d'assagaies et de boucliers; qiiatre taillaient avec un art admirable des beefteaks de 5 pieds de largeur sur 4 de longueur et 1 pouce d'e'paisseur. Ils etaient, ces malheureux, jusqu'a mi-jambe dans un bane de larves, de mouches, pullulant, remuant toutes ensemble, garniture ignoble, infecte, qui suffirait seule a faire sauter le corps du plus vieux des grognards. Un seul e'tait au brasier, qu'il altisait souvent, car 1'abondance de chair et de graisse 1'e'teignait. On taillait, on grillait, on mangeait, est-ce croyable? « Plus loin, il nous montre des Cafres autour du cadavre d'un hippopotame dont les chairs blanches et roses sont tres-prisees par les sud-Africains : « Le feu pres duquel etait Om. Kapo semblait 's'eteindre sous une ample couverture de viande que le Cafre se destinait a lui-meme, et ce dejeuner-la passait pour son quatrietne. Je n'exagere pas en assurant que cette journee le vit incorporer plus de quinze livres de viande. »
Bruce a rapporte que devant lui les Abyssins taillaient des lanieres dans la chair d'un boeuf vivant et s'en regalaient jusqu'a 1'ivresse. Aux manages des riches on egorge des milliers de boeufs dont on abandonne les chairs sanglantes a la populace.
Burchell a vu des Boschimans se ruer sur le cadavre d'un hippopotame, lui ouvrir le ventre et en faire la curt'e des entrailles cornme des chiens. Thompson nous raconte des faits semhlables observes chez les Griqouas. Sur 1'Ogooue, le marquis de Compiegne a vu les Bangouens construire des abris de feuillages appeles Olakos, sur le lieu meme ou ils out tue un elephant ou meme un bo3uf, et y demeurer tant qu'il restait un os a ronger dans le gibier abattu. Plus loin, il a vu des Okanda se Jeter a 1'eau pour alter chercher un anomaralut, sorte de gros ecureuil volant, noye depuis dix ou douze jours, tout vert, horriblement gonfle, et dont 1'epiderme etait entitlement de'tache. La socie'te' a fait rotir
cette charogne et 1'a mangee sans meme la vider, avec 1'air de faire un repas exquis. Dans nombre de peuplades on retrouve la coulume tlu Tabon polynesien. Lc chef ou le fetuhem interdit a un ou plusieurs individus 1'usage de certains aliments, soit temporairement, soit pour plusieurs generations, soit a perpetuite. Ainsi, chez les Okanda, il est interdit aux femmes de jamais manger de la chair autre que celle de tortue ou de poisson. Aussi leur nourriture est-elle presque exclusivement composee de bananes et de mais. Mais, quand elles trouvent une tortue, elles en proiitent pour la devorcr a belles dents. Certaines tribus dedaignent le laitage, sous le prelexte qu'ils en out suffjsamment fait usage dans les annees de leur enfance.
Presque partout le sel est estime a haul prix, souvent il devient une friandise; de Compiegne cite le fait de cette femme okanda, devant laquelle il avail mis un chaudron plein de sel et qui, en une heure et demie, avail absorbe environ une livre et demie. Malheureusement un fait pour nous monstrueux : I'anthropophagie, regne dans presque toutes les regions de 1'Afrique. Le Cafre cliasse son voisin le Boschiman, le soigne et le mange. Quelques tribus devenues anthropophages par besoin le sont restees par gourmandise.
Sur le Zambeze, autour du lac Tanganyika, sur le haut Congo, au sud du lac Tchad, sur les rives du Bcnoue et le cours moyen du Niger, sur les rives du haut Ogooue, vivent de nombreuses tribus anthropophages, entretenant avec leurs voisins des relations culinaires. II y a evidemment au centre meme de 1'Afrique un grand foyer de populations anthropophages qui rayonne a la fois sur 1'occident et sur 1'orient et dont les types les plus connus sont les Niams- Niams, les Monbouttous pour 1'orient ; les Fans ou Pabouins et les Osyebas pour 1'occident.
Les Niams-Niams avouent que chez eux tous les cadavres, excepte ccux des gens atteints d'une maladie de peau, sont bons pour la table. Les Monbouttous preparent la graisse humaine et 1'emploient regulierement a leur cuisine. Les Pahouins et les Osyebas trafiquent de leurs morts et deterrent les cadavres pour en faire leur palure.
Et, chose singuliere, a 1'ouest comme a 1'occident, ces mangeurs d'hommes ont pour eux la bravoure, la force physique, 1'intelligence, 1'adresse, 1'industrie, qui leur donuent une supe'riorite incontestable sur les peuplades qui les entourent. II est vrai que Galien nous dit qu'au temps de 1'empereur Commode les Remains mangerent de la chair humaine par goul!
SUBSISTANCES ALIMENTAIRES DE L'AMERIQUE. L'Ame'rique septentrionale presente dans sa partie nord une terre nue, sterile, si ce n'est dans plusieurs parlies meridionales ou il y a un peu de vegetation. C'est la region des Esqui maux et des Groenlandais. Les animaux forment la base exclusive de 1'alimentation indigene. Le saumon, la morue, la baleine franche, le narval, le phoque, le veau marin, sont 1'objet de la chasse, qui esll'unique occupation des indi genes. La chair de ces animaux fournit 1'huile et la viande ; la peau, le vetement; les tendons, le fil et les cordes. Le pingouin est si abondant dans ces regions glacees que les ceufs ramasses par milliers forment un appoint salutaire a ce regime alimentaire. Sur le continent le boeuf musque, qui, comme les chevres, grimpe sur les rochers pour brouter les plantes et les jeunes pousses, est un gibier Ires-recherche par 1'indigene.
La voracite de 1'Esquimau est proverbiale, et tous les voyageurs citent des fails de leur etonnante gloutonnerie : Ross les a vus decoupant dans un boeuf
musquc, fraicbement abattu, dc longues aiguillettes, puis se les fourrer dans la bouclie, coupant le morceau a hauteur dn nez, bumant avidement d'enormes bouchees, et de temps en temps, quand ils n'en pouvaient plus, s'arretant pour respirer, en se plaignant de ne pouvoir continuer, mais sans lacher le couteau et le morceau inacheve qu'ils recommencaient a englontir des qu'ils en avaient la force. 11 a vu d'anlres Esquimaux devorer cbncun 14 livres de saumon cm.
Parry raconte comnie ils avalaient, gloutonnaient de la graisse crue et sucaient rimile corrompue qui restait sur la peau de veaux marins. Selon Etzel, une tres-jeune fille pent consommer quotidiennement, pendant plusieurs mois, 10 a 12 livres de viande et une grande quantite de biscuits. Dans son Journal de voyage, Lyon donne ainsi qu'il suit le recit d'une orgie stomacale : « Koulliterck me fit connaitre un nouveau genre d'orgie des Esquimaux. II avail mange jusqu'a en etre ivre, et a chaque mouvement il s'endormait, le visage rouge et brulant, la bouclie ouverte. A cote de lui etait assise Arnalona, sa i'cmme, qui surveillait son epoux, pour lui enfoncer, autant que faire se pouvait, un gros morceau de viande a moitie bouillie dans la bouclie, en s'aidaut de son index; quand la bouche etait pleine, elle rognail ce qui depassait les levivs. Lui macbait lentement, et a peine un petit vide s'etait-il fait senlir, qu'il etait rempli par un morceau de graisse crue. Durant cette operation, 1'heureux homme restait immobile, ne remuant que les machoires et n'ouvrant meme pas les yeux; mais il temoignait de temps a autre son extreme satisfaction par un grognement tres-expressif, cbaque ibis que la nourriture laissait le passage libre au son. La graisse de ce savoureux repas ruisselait en telle abonilance sur son visage et sur son cou, que je pus me convaincre qu'un horame se rapproche plus de la brute en mangeant trop qu'en buvant avec exces » (Cite par Le tour neau in Sociologie, p. 55 et paxxiut).
Les autres parties de cette region septentrionale, c'est-a-dire le bassin des grands lacs et du Saint-Laurent, la region des prairies centrales, celle des montagnes Rocbeuses, de la cote du Pacifique, en un mot, ce qui constitue le territoire des Etats-Unis et les possessions anglaises, est aujourcThui envahi par les cultures des colons qui ont transforme les productions du sol, et, dans les parties meridionales, a cote des produits de 1'Europe en cereales, fruits, legumes, etc., on trouve le cacao, le ma'is, la canne a sucre, le cafe, etc.
Le regue animal est important: le bison, le caribou (espece de renne), 1'original (espece d'elan), le chevreuil, le daim, la sarigue, 1'ecureuil noir, 1'urson, Tours noir dont la cliair est tres-estime'e, 1'antilope fourchue. Les oiseaux sont uombreux, et parmi eux il taut citer le pigeon voyageur et le Telras Cupidon. Les golfes, les lacs, les rivieres, sont pourvus de nombreux poissons. Mais, au milieu de cette abondance, 1'Indigene, le peau-rouge, vivait presque exclusivement de la cliair d'un seul animal, le bison, dedaignant les produits vegetaux ou ue prenant que ceux que la nature lui fournit sans travail. L'existence du peau-rouge etait liee absolument a celle du bison.
L'Ame'rique centrale. Ici apparait 1'aliment typique du continent, le mais et le cacao. C'est dans cette region ou la vie vegelale atteignait, comme en Afrique, le developpement le plus complet, qu'ont pu etre fondes les deux grands empires mexicains et peruviens.
L'alimentation etait surtout vegetale ; mais au mais et au cacao venaient s'ajouter les produits de la peche et de la chasse. Parmi les animaux particuliers a cette -region, il faut citer divers lamas qui, avant 1'introduction des
animaux domestiques de 1'Europe, etaient les plus grands ruminants du pays et servaient de beles de somme en meme temps que de viande de boucherie. L'agouti, qui remplace notrc lievre, le pecari, sortede petit sanglier, le cochon d'Inde, le dindon, originaire de ccs contrees, la lamantris, mammifere aquatiqne conuu sous le nom de sirene ou femme de mer, qui remontent les fleuves et sont essenliellemenl herbivores. La chair rcssemble a celle du pore. L'igname tuberculeux, le guano, le lievre des pampas.
Parmi les fruits : 1'arbre a la vache, qui t'ournit une sorte dc lait, la farine cannelle, 1'avocat, la sapatille, la coyasse, le palmier vivifere et le palmier a huile, 1'ananas, la figue, la mangue, le topinambour, la patulc, etc. Parmi les tribus indicnnes non soumises aux gouvcrnements etablis, quelques-unes sont encore a 1'etat lout a fait rudimentaire comme les Botocudos et les Aymores, qui passent pour etre anthropophages ; les Charuas, qui non-seulement ne connaissent ni I'agriculture, ni la navigation, mais ignorent meme la peche.
Mais, eutr£ les deux civilisations mexicaines et peruviennes qui paraissent n'avoir eu aucun point de contact, il y avail des differences notables sous le rapport alimentaire.
Le Mexicain avail le mais et le cacao; le Perou avail surtoul la pomme de terre et le quinoa, de nombreux troupeaux de lamas etaient domestiques par eux ; le Mexicain n'avait qu'un seul animal domestique, le chien, represente par Irois especes, dont 1'une etait comestible. Ajoutons que les sacrifices sanglanls de la religion mexicaine etaient suivisde scenes d'anthropophagie.
Dans I'Amerique meridionale, nous trouvons les Puelches, les Araucans, les Patagons et les Fuegiens.
Les trois premieres peuplades, nomades, se livrant exclusivement a la chasse de la vigogne qui ici remplace le bison du peau-rouge, le regne vegetal ne i'oiirnissait pas a leur alimentation et plus rarement encore rechcrchaient-ils les coquillages, lorsque la chasse les conduisaient sur les rives de 1'Ocean. Le guanaco domeslique et le naudou ou autruche americaine completaient 1'alimenlalion de ces nomades habituels des vastes pampas.
Aujourd'hui, dans toute I'Amerique, le cheval et les animaux de race bovine imporles d Europe out a ce point multiplie, que dans certaines regions on les retrouve a 1'etat sauvage.
Tout a fait a 1'extremite meridionale du continent, 1'archipel de la Terre de Feu est habitee par les Pecherais ou Fuegiens. Ici, la nature inclemente a fail moins encore peut-etre pour 1'indigene que sur la terre glacee de la baie d'Hudson. Lors de son voyage dans cette region, AVallis dit avoir vu les Fue giens devorer toul crus, sorlant de 1'eau, des poissons qu'ils tuaienl d'abord d'un coup de denl pres des oui'es-. Due baleine e'choue'e sur ces cotes inhospitalieres etait aussitol decoupee avec les dents, quel que fut 1'etal de decom position de 1' animal, el leslambeaux arraches elaient passes de main en main a tous les individus presents an festin. Une Fuegienne et ses enfants depecaient des oiseaux crus, donl le sang ruisselail sur leurs corps.
Cette enumeration fort incomplete nous ramene a 1'e'tude du tres-interessant chapitre de Malthus sur les obslacles a la population dans 1'etat le moins eleve de la societe humaine. En presence de 1'inegalite saisissante des subsistances et de la population, noire conclusion est que bien des facteurs jouent un role plus important que les subsistances dans le developpement de la population. Mais c'est une queslion qui sortdu cadre de cet article. E. DALLY.
588 SUBSTITUTIFS.
SUBSTANCE (de sub, et stare). La substance est ce qui existe sous les phenomenes que nous conslatons, ce qui est permanent dans la varialion de ces phenomenes. La division la plus large des substances est celle qui a cours dans la philosopbie spiritualisle : 1° substances dont nous conslatons 1'existence par la manifestation de phenomenes physiques ; 2° substances qui ne se revelent a nous que par des phenomenes d'ordre metaphysique. Ainsi, il y a, scion cette philosophie, des substances materielles et des substances inmaterielles : les premieres seules sont de notre sujet.
La conception de la matiere a presente, a travers les siecles, des phases assez distinctes. Les corps sont d'abord constitues par des elements diversement associe's, irreductibles suivant les uns, divisibles suivant les autres; puis on atliibue aux particules dont ils sont forme's des proprie'tes electives eu vertu desquelles elles se groupent dans 1'univers suivant les analogies ou les diversites de leur nature. Plus tard, entrant plus avant dans cet ordre d'idees, on attribue aux corps des sympathies et des antipathies presidant ^ leurs corabinaisons reciproques, et Ton Unit par s'apercevoir que ces combinaisons ne se font pas arbitrairement, en toutes proportions. Un pas de plus, et Ton arrive avec ballon et ses successeurs a la theorie des proportions defmies. Aujourd'hui, comme 1'expose M. Berlhelot dans la preface de son Essai tie mecanique chiinique (Paris, 1879), on se represente la matiere de la maniere suivante. Sous le rapport physique, assemblage de particules plus ou moins rapprochees ou separees les unes des autres par des actions attractives ou repulsives, les pre mieres actions etant moindres dans 1'etat liquide que dans 1'etat solide, et insensibles dans 1'etat gazeux. Sous le rapport chimique, assemblage de particules indecomposables, indivisibles par les precedes de la chimie, appelees atonies ou elements, sans qu'on puisse en inferer logiquement leur indivisibilite absolue.
La distinction capitale a faire entre les corps est celle des corps bruts et des corps vivants, et ceux-ci se partagent a leur tour en ve'ge'taux et animaux. Cette distinction a ete 1'objet de considerations etendues a 1' article ORGASE (pp. 591, 415 a 424, 454, 469 a 477). On y reviendra necessairement en traitant de la vie (voy. ce mot). D.
SI'BSTITL'TIFS. On donne ce nom aux agents de la medication substitutive, c'est-a-dire a des medicamenls doues d'ei'fets pathogenetiques semblables aux symptomes morbides que Ton veut combattre, mais capables neanmoins de dominer le mal, de le fiire disparaitre au moment meme ou va s'epuiser lent' action speciale et s'effacer la maladie artificielle qu'ils ont creee.
Les therapeulistes ne soul pas toujours d'accord sur la portee de lamedicalion substitutive.
Les uns la limilent a quelques actions me'dicamenteuses, topiques, sur la peau ou certaines muqueuses enflammees; les autres lui assignent uue place beaucoup plus large et la font intervenir dans une foule de traitements medicaux.
Dans le premier groupe, je rangerai d'abord les eminents auteurs du Traile de the'rapeutique, Trousseau et Pidoux, auxquels nous devons une bonne etude de la medication substitutive, puis Fonssagrives, qui fait simplement des substitutifs un petit genre de sa grande classe des nosopoe'tiques, sous le nom de medicaments phlogoge'ne'tiques, medicaments, dit-il, « a 1'aide desquels nous pouvons realiser des inflammations a siege choisi, a limites mesurables, a
SUBSTITUTIFS. 589
tendances favorables » . On les applique, ajoute-t-il, sur les plaies et les muqueuses enflammees.
Dans le second groupe, je placerai Armand de Fleury, qui voit 1'aclion .substitutive se produire « tantot par les irritants, tantot par les fondants, d'autres fois par les spoliatifs ou les transpositifs », et definit les substitutifs ainsi qu'il suit :
« Tous les agents de medication dont faction therapeutique dominante reside dans une intervention directe du medicament ou de la medication employes cette intervention sc traduisant par un displacement ou une substi tution morbide, en dehors de toute predominance hyper- ou hyposthenisante ».
Le cadre ici s'agrandit beaucoup, comme on le voit, et renferme plusieurs medications, la revulsive entre autres, qu'on distingue d'ordinaire de la substitutive.
Mais nous allons voir le champ de la substitution s'etendre encore davantage dans la conception Hahnemannienne, puisqu'il comprendra toute la therapeu tique, et c'est meme la, a vrai dire, le veritable terrain de la substitution, au moins dans le sens rigoureux de la definition de ce mot.
Aussi bien dois-jc m'arreter un instant sur 1'expose dc cette doctrine thera peutique deHahnemann, qui est devenuelabase fondamentale de I'homoaopathie (je devrais dire son argument specieux), car, en somme, 1'idee du grand re'I'ormateur, la dominante de tout son systeme, est tout entiere contenue dans ces trois rnots : Simitia similibus curantur.
Jusqu'a 1'epoque ou Ilahnemann concut sa methode therapeutique, les medecins, dans leur tactique therapeutique, suivaient I'aphorisme hippocratique, Contraria contrariis curantur, et cherchaientlesalut de leurs malades dans les traitements allopathiques.
Hahnemann vint et, nouveau Galien, alors qu'Hippocrate avail dit oui, il dit non. Apres avoir demontre par des exemples, souvent bien choisis, que certains agents medicamenteux dont se louaient beaucoup les medecins, et Ires-vante's contre certaines maladies, que ces agents, loin d'operer dans un sens contraire aux symptomes que Ton voulait combattre, produisaient des effets plus ou moins analogues a ces memes symptomes morbidcs, il en vint a croire qu'il en e'tait toujours ainsi et que, par consequent, le semblable devait guerir le semblable. Hahnemann pensa des lors que la medecine traditionnelle etait dans une fausse voie; qu'il fallait tout changer etchercher la vraie methode curative des maladies dans cette bien simple reaction de deux mots : similia similibus, et il ima^ina la therapeutique homoeopathique.
Voici, d'ailleurs, quelques citations tirees de son ouvrage principal : L'eocposiiion de la doctrine homoeopathique, ouorganon de I' art de guerir, qui suffiront a faire connaitre la pensee intime du createur de 1'homcfcopathie.
11 etablit tout d'abord que « des symptomes morbides continus, loin de pouvoiretre effaces et aneantis par des symptomes medicinaux opposes, comme ceux qu'excite la methode antipathique ou enantiopathique, ou palliative, reparaissent au contraire, plus intenses qu'ils n'avaient jamais ete, et a°^raves d'une maniere bien manifeste, apres avoir semble pendant quelque temps se calmer et s'amender ».
Puis, apres avoir cite des exemples d'action substitutive, il a ajoute § XLIII :
« Tous les exemples rapportes precedemment font voir que jamais, ni les efforts de la nature, ni 1'art du medecin, ne peuvent guerir un mal quelconque
590 SDBSTITUTIFS.
par une puissance morbifique dissemblable, quelque energique qu'elle soil, et que la cure n'est executable qu'au moyen d'une puissance morbifique apte a produire des symptomes semblables et un peu plus forts. La cause en est dans les lois eternelles et irrevocables de la nature, qu'on a meconnues jusqu'a present.
Ces lois meconnues, Hahnemann les promulgue dans son aphorisme 22, dont voici le texte :
« La puissance curative <les medicaments est done fondee sur la propriele qu'ils out de faire naitre des symptomes semblabJcs a ceux de la maladie et surpassant en force ces derniers. D'ou il suit que la maladie ne peat elre aneantie et guerie d'une maniere certaine, radicate, rapide et durable, qu'au moyen d'un medicament capable de provoquer 1'ensemble de symptomes le plus semblable a la tetalite des siens, et doue en meme temps d'une energie superieure a celle qu'elle possede ».
Le role du medccin homosopathe devient bien simple, des lors, en presence d'une maladie a trailer : il n'a plus qu'a rechercher dans son arsenal therapeutique le medicament dont les effets pharmacodynamiques se rapproclient leplus des symptomes propres a cette maladie : le remede est trouve quand la simili tude est ou complete, ou la plus grande possible entre les accidents morbides spontanes et les effets pathogeneliques du medicament. Voici d'ailleurs ses propres paroles :
« Plus la contre-image, dit Hahnemann, formee avec la serie des symptomes du medicament qui parait meriter la preference, en renfermera de semblables a ces symptomes extraordinaires, marquants et caracteristiques de la maladie naturelle, plus la ressemblance sera grande de part et d'autre, et plus aussi le medicament sera convenable, homceopathique et specifique dans la circonstance dont il s'agit. Une maladie qui n'existe pas de tres-longue date cede ordinairement, sans de graves incommodites, a la premiere dose dece rernede ».
J'ai tenu a reproduire ici ces citations, bienqu'un peu longues, parce qu'elles me paraissent resumer d'une facon complete toute la partie fondamentale de la doctrine de Ilabnemann, celle qui est vraiment digne d'un examen serieux, car elle s'appuie, ou s'appuyait plutot, sur un certain nombre de donnees justes, en apparenceau moins.
II n'y a rien de plus, en effet, dans 1'organon, en dehors de ces quelques idees maitresses, que de simples variations, mais fort nombreuses, sur un theme toujours le meme, celui de la substitution.
Dans la seconde partie de cet ouvrage, Hahnemann etablil la ridicule posologie que Ton connait et ces principes de dynamisation des medicaments qui ont fait tomber riiomceopathie en dehors du sens commun. Je n'ai pas, heureusement, a m'occuper de ces billevesees, et je rentre au plus vite dans 1'etude de mon sujet.
Les quelques considerations historiques qui precedent nous demontrent, en somme, que deux opinions extremes sont surtout en presence quand il s'agit d'assigner a la substitution sa veritable place dans 1'art de guerir : 1° celle de Trousseau et Pidoux, qui restreignent 1'usage des substitutifs a quelques fails pathologiques, a certaines phlegmasies des muqueuses et de la peau ; 2° celle de Hahnemann, le createur de 1'homoeopathie, c'est-a-dire de la therapeulique substitulive par excellence, la seule ralionnelle, et en dehors de laquelle il n'y aurait plus qu'erreur ou illusion, suivant ce medecin et ses adeptes.
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La science medicule, et il n'y en a qu'une, celle du bon sens, a fait justice depuis longtemps des errements Iiomoeopatliiques : je n'ai done plus, pour conclure sur cette question, qu'a examiner ici quelle valeur il faut accorder a la forrnule de Trousseau ct Picloux. G'est ee que je ferai seulement apres etre entre un peu plus avant dans cette etude.
Mode d 'action des substitutifs. On n'etait guere embarrasse autrefois pour expliquer les effets curatifs obtenus a 1'aide de ces medicaments. Ce sont des irritants pour la plupart, produisant tous les degres de 1'irritation, depuis la plus simple jusqu'a la plus violente : on admettait done qu'ils substituaicnt une inflammation de bonne nature, fugace et resolulive, a line inflammation morbide de mauvaise nature sans tendance vers la guerison. Exemple : unsujet est atteint d'une ophthalmie purulente; il vaperdre 1'oeil, si la maladie estlivree a elle-meme, car 1'inflammation marchera sans repit jusqu'a la destruction de 1'organe; au contraire, il guerira avec integrite de la vision, si on cauterise energiquement ses paupieres avec le nitrate d'argent. Qu'est-ce a dire? Ehbien, le sel d'argent a tout bonnement fait oeuvre de substitution et resolu 1'inflammation pathologique a 1'aide d'une action de meme ordre, puisque, commc chacun sait, depose sur la conjonctive saine, il 1'enflamme violemment.
Le meme raisonnement s'appliqueraita lablennorrhagie guerie parl'injection, dite abortive, de nitrate d'argent, et a bien d'autres faits cites comme des exemples d'heureuse application des substitutifs.
J'avoue que cette explication ne me satisfait guere, bien qu'elle paraisse ingeaieuse et simple, car elle ne penetre nullement dims 1'intimite des phenomenes observes; ce n'est en definitive qu'une hypothese.
Aujourd'hui qu'on connait mieux les effets topiques des irritants, cette grande classe de medicaments dans laquelle le medecin recherche surtout les subslitutifs, on pent envisager tout autrement la theorie de la substitution et reconnaitre qu'en realite elle provoque surtout des phenomenes vasculaires absolument opposes a ceux de I'mOammation. Je m'explique.
Tous les medicaments dits substitutifs ne sont employes que localement, ce sont, comme Ton dit, des topiques, je n'en connais pas d'autres au moins, et pour se rendre un compte exact de leurs effets, il faut simplement etudier ce qui se passe quand on les met en contact avec des tissus sains. Eh bien, ils se conduisent comme des astringents : ils resserrent les tissus, les rendent plus denses et ralentissent sur la region d'application le cours du sang en diminuant le calibre des capillaires. Voila le premier acte; il en est un second que voici : c'est la reaction qui suit toute stimulation. Les tissus reprennent leurs dimensions nor males, les capillaires plus on moins paresies se laissent distendre par le sang, en un mot, les tissus se congestionnent et, quand le me'dicament est energique, s'enflamment.
Dans la pratique, ce n'est pas le moins du monde celte derniere reaction violente que cherche le medecin en prescrivant un substitutif ; il consacre au contraire toute son habilete a ne pas depasser cet effet primordial dont je viens de parler. De sorte que le substitutif n'est en definitive qu'un astringent, qu'un contraire, et non plusunsemblable; 1'aphorisme : Contraria contrariis curantur, reste done absolument vrai, meme dans la medication substitutive, puisqu'en definitive c'est le strictum qu'on oppose au laxum.
Sur les tissus enflammes, les substitutifs agissent beaucoup plus energique ment encore que sur les tissus sains, de meme que les antithermiques abaissent
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plus facilement la temperature exalte'e par la ficvre que la chaleur physiologique. Leur action astringente a beau jeu pour s'exercer en face de cettc turgescence des elements cellulaires et de la dilatation excessive des capillaires devenus de veritables tubes inertes, laissant transsuder a la maniere de filtres les elements liquides et meme figures du sang, les globules blancs, suivant Fingenieuse theorie de Finflammation imaginee par Colinbeim.
Les liquides infiltres, sous 1'effort des agents substitutifs, transsudent an dehors, les elements cellulaires boursoufle's se reduisent en dimension, les capillaires se resserrent, la region se de'congestionne, loin de s'enflammer, et, pour peu qu'on soutienne, c'est la 1'objectif de la me'thode, par des applications successives leur action, on voit rinflammation cecler de plus en plus et clisparaitre.
lime semblc que cette theorie de la substitution, telle que je viens de la proposer, est plus d 'accord avec les fails et qu'elle a 1'avantage au moins de retruncher de notre systeme allopathique une exception, un veritable paradoxe; en tout cas, je la donne pour ce qu'elle vaut.
Done, si le nitrate d'argent, dans les exemples que je cilais toul a 1'heure, combat 1'ophthalmie purulente ct la blennorrhagie aigue, ce n'est pas precisement parce qu'il enllamme 1'oeil ou la muqueuse urethrale, mais plutot en raison d'une action violemment astrictive sur les vaisseaux et les elements cellulaires de ces muqueu-ses.
Quant a la question de savoir si les substitutifs excitent directement les vaisseaux enflammes, ou bien s'ils retrecissent leur calibre en agissant sur le systeme nerveux, en un mot, ?i 1'actionest immediate ou mediate, elle n'esl pas resolue.
A Fappuidema maniere de voir sur Faction substitutive, telle que je viens de 1'exposer, je citerai quelques arguments settlement.
Tout d'abord, Faction astrictive sur les capillaires est prouve'e directement, en examinant au microscope les effets topiques des principaux substitutifs sur la membrane interdigitale de la patte d'une grenouille. Au contact d'une solution de nitrate d'argent, par exemple, on voit le calibre de ces capillaires dimiiuier, au point que le passage des globules sanguins devient souvent difficile. Puis, Faction etant epuisee, ces vaisseaux reprennent leurs dimensions normales ou se dilatent.
Voici maintenant d'autres faits qui viennent a Fappui de cet effet mecanique, que j'invoque pour expliquer Faction substitutive. Nous sommes, je suppose, en face d'une iritis; on instille de Fatropine en solution entre les paupieres, et F inflammation disparait sous Finfluence seule de ce traitement. Invoquera-t-on ici la substitution? Pas le moins du monde. On dira simplement que la pupille s'est dilatee, que Firis s'est condense, et qu'il y a eu, du fait de Fatropine, une action mecanique astrictive sur les capillaires de 1'oeil, laquelle a determine la resolution de Firitis.
Cette action mecanique, la voici encore plus inde'niable. Ne voyons-nous pas tous les jours les applications d'eau froide ou de glace prevenir ou refre'uer une inflammation de tissu, et les couches de collodion agir de meme? Ne voyonsnous pas la compression par une bande simple ou mieux par la bande elastique faire avorter un panaris ou un phlegmon menacant, etc., etc.?
Ces exemples meparaissent suffisants, et je n'ai pas meme a faire intervenir ici les effets bien connus des medicaments d'usage interne, dits toniques vas-
SUBST1TUTIFS. 593
culaires, dans les plilegmasies, qui plaident encore en favour de ma maniere de voir. La simple mention de ce grand fait snffit.
Aussi bien dois-je abreger et conclure enfin. Voici mes conclusions : 1° Si les donnees cliniques invoquees en faveur de la medication par les substitutes sont incontestables, Interpretation qu'on a admise generalement de leur mode d' action n'est sans doute pas exacte.
2° Dans la classification des medicaments, ils ne forment pas un groupe a part et devraient etre confondus avec les astringents et les caustiques superficiels.
3° Ils me paraissent agir en condensant les tissus enflamme's, resserrant les capillaires dilates et ramenant au niveau physiologique les actes vitaux modifies par un etat inflammatoire.
Usages. Quelle que soit la facou dont on envisage leur mode d'action et leur place dans le groupement des medicaments, les substilutifs ont, a titre d'agents topiques, un certain nombre d'applications que ,je dois examiner en terminant cet article.
Cc sont les remedes ordinaires dans toutes les maladies inflammatoires des membranes.
Ainsi nous les voyons d'usage banal dans la plupart des dermatoses et, pnis dans les plilegmasies des muqueuses et de quelques sercuses.
a. Maladies de la peau. Qu'il s'agisse d'une dermutose proprement ditr, d'une de ces mille especes appartenant aux grands groupes des al'fections squameuses, pustuleuses, vesiculeuses, papuleuses, tuberculeuses, etc., c'esttoujours aux astringents, aux irritants, aux caustiques superficiels, aux substitutifs, en un mot, qu'a recours le medecin pour composer tous ses topiques : glyceres, pommades, poudres resolutives, onguents, etc. Ici nous voyons, en effet, intervenir en premiere ligne les sels de mercure : sublime, calomel, precipite blanc, iodure, etc., puis les preparations tanniques /tannin ordinaire, ratanbia, quinquina, cachou, etc., etc. ;
Les goudrons de bois, de bouille, et 1'huile de cade;
Les poudres miner ales astringentes : sous-nitrate de bismuth, fleursde zinc, alun, talc, soufre, etc.
Enfin, parmi les catheretiques : le nitrate d'argent, 1'alun calcine, le perchlorure de fer, la teinture d'iode, 1'acide nitrique, etc. ;
D'autres lesions inflammatoires de la peau necessitent egalement 1'emploi des substitutifs,
G'est ainsi qu'on fait avorter parfois 1'erysipele a 1'aide de lotions astringentes ou legerement caustiques ; les pustules de variole, par de petites cauterisations a la pierre infernale; les furoncles, par les memes cauterisations au nitrate d'argent ou avec 1'acide phenique, etc.
b. Phlegmasies des muqueuses. Les substitutifs triomphent ici dans bien des cas d' inflammation simple de ces membranes. Tantot on les applique directement sur la region malade; tantot on recherche leurs effets topiques lors de 1'elimination desdits agents a travers la muqueuse.
Ges medicaments entrent dans toutes nos formules : 1° de colly res, applicables au traitement des ophthalmies; 2° d'injections, destinees a combattre les intlammations des muqueuses nasale, pharyngienne, buccale, laryngienne, vaginale, urethrale, vesicale et meme stomacale, puisque, aussi bien par les lavages de l'estomac, on panse aujourd'hui sa muqueuse comme on panserait
DICT. ENC. 3° S. XII. 38
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1'interieur de la bouche; 5° de lavements medic amenteux, propres a modifier les inflammations du rectum et meme du gros intestin ; 4° de gargarismes ou de collutoires, si utiles dans les angines ou les stomatites.
Ces preparations : collyres, injections, lavements, gargarismes, collutoires, etc., sont a base de medicaments astringents ou legerement caustiques.
En somme, toutes les fois que la muqueuse malade est facilement accessible, nous portons directement le remede sur le mal : et quand au contraire nous ne pouvons 1'atteindre facilement, nous avons recours a 1'action topique par elimi nation de certains substitutifs ingeres par 1'estomac ou le rectum.
G'est ainsi que nous prescrivons a 1'interieur les balsamiques, si pre'cieux dans les affections catarrbales (baumes de tolu et du Perou, goudrons, etc.), et certains sels, tels que le chlorate de potasse, le borate de soude, pour atteindre les muqueuses buccale, pharyngienne, bronchique, enflammees, lors de 1'elimination de ces agents medicamenteux a travers les voies aeriennes. Pareillement, nous donnons les memes balsamiques, plus particulierement le copahu, le cubebe, 1'essence de santal, la terebenthine, etc., contre les maladies des voies urinaires, parce qu'ils s'echappent avec 1'urine, laquelle agit alors comme une veritable solution medicamenteuse et combat directement 1'etat inflammatoire de la muqueuse qui tapisse les organes genito-urinaires.
Enfin les substitutifs sont aussi employe's contre certaines inflammations de la muqueuse intestinale. Dans les cas simples, on fait prendre aux malades des astringents (sous-nitrate de bismuth, medicaments tanniques, etc.), ou bien des purgatifs salins, veritables collyres de I'intestin, et, dans les cas plus serieux, le nitrate d'argent, le calomel, 1'ipecacuanha.
Ce dernier est presque un specifique dans la dysenteric. 11 est probable qu'il n'agit pas ici directement sur la muqueuse rectale malade, mais plutot par voie indirecte, en vertu de I'elLviination de son principe actif, 1'emetine, a travers les glandes intestinales, ainsi que je 1'ai demontre dans mes experiences faites avec le docteur d'Ornellas (voy. Mem. de la Soc. de the'rapeutique, 1872).
Phleymasies des se'reuses. Le champ d'application des substitutifs est ici plus etroit. Yoici les principaux cas. On fait acte de substitution quand on injecte apres la ponction de 1'hydrocele de 1'alcool, de la teinture d'iode, une solution argentique, etc., sur la tunique vaginale, ou qu'on introduit ces memes liquides apres la thoracentese dans la cavite pleurale; qu'on les injecte enfin dans 1'articulation du genou atteinte d'hydarthrose chronique, et dans la cavite peritoneale affecte'e d'hydropisie. Tel les sont les applications les plus sures de la methode substitutive dans les maladies inflammatoires des sereuses.
Les quelques essais tentes a 1'aide des substitutifs dans les cas d'hydropisie du pericarde, d'hydrocephalie chronique, de spina bitida, ne sont nullement encourageants et ne meritent guere d'etre renouveles. On cite toutefois quelques cas de guerison de spina bifida apres ponction et injection irritante.
Indications. Les substitutifs sont toujours indiques, a quelques exceptions pres, que je vais signaler, quand les phlegmasies sont arrivees a la periode subaigue ou chronique. II faut attendre, en somme, si Ton veut beneficier de leurs vertus curatives, et ne pas aggraver le mal, que 1'etat inflammatoire aigu soit passe : voila la regie.
Mais il est des cas, je le repete, ou la temporisation aurait les plus graves inconvenients : dans 1'ophthalmie purulente aigue, par exemple, c'est pourquoi on n'hesite pas a attaquer vivement la maladie a 1'aide des substitutifs les plus
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energiques (le nitrate d'argent estle meilleur) pour la juguler aussi rapidement que possible. Les angines graves, certaines laryngites, I'oedemedela glotte, entre autres, doivent etre combattus de vive force, sous peine d'accidents serieux, et reclament les cauterisations a la pierre infernale ou bien au perchlorure dc fer, etc.
Le choix du substitutif variera avec la nature de la maladie, son intensite, sa dure'e et souvent la constitution et la susceptibilite particuliere des sujets. J'insiste sur ce dernier point : la tolerance des sujets vis-a-vis cles substitutifs. C'est qu'elle est individuelle et tout a fait comparable a cette idiosyncrasie specials des malades pour les medicaments pris a 1'interieur, fait qu'on ne manque pas de signaler dans les traites de therapeutique et dont on tient grand compte dans les prescriptions. Tel sujet, en effet, supportera fort bien un astringent d'origine minerale, et un autrene le tolerera pas dans des conditions identiques, un troisieme enfin ne supportera que des doses tres-faibles d'un substitutif.
Geci est plus particulierement exact pour les topiques qu'on applique sur les muqueuses.
En somme, le choix du medicament dans la medecine substitutive demande generalement beaucoup de tact medical. Mais aussi que de merveilleux re'sultats on peut obtenir a 1'aide d'une pratique habile, en maniant avec discernement toutes ces armes si parfaites que nous fournit 1'arsenal si bien pourvu de la medication substitutive !
Done il faut faire un choix raisonne de 1'agent substitutif, 1'appliquer en temps opportun, regler cette application, la soutenir suivant le resultat obtenu, modifier, quand c'est necessaire, la substitution: ainsi on arrivera a des resultats re'ellement surprenants dans toutes ces irritations de la peau et des muqueuses enumerees precedemment.
11 va de soi que la medication generale s'impose parallelement a la substitutive, toutes les fois qu'on se trouve en presence d'une manifestation diathesique, ce qui est la regie surtout dans les cas de dermatoses et de phlegmasies des mu queuses. ERNEST LABBEE.
BIBLIOGRAPHIE. — HiHNEMANX. Exposition de la doctrine me'dicale homceopathique ou Organon de I art de guerir. Traduction de Jourdan. Paris, 1832. — MEIUT et DE LENS. Supple ment au Diet, universel de matiere me'dicale, 1846. — TROUSSEAU et PIDOUX. Traile de therapeutique, t. I, p. 528, 1862. — ARMAND DE FLEURY. Lefons de therapeutique generate et de pharmacodynamie, 1875. — FONSSAGRIVES. Principes de therapeutique generale, 1875.
SUBSTITUTION. 1° En chimie, substitution d'un element a un autre ele'raent, atome pour atome. C'est M. J. B. Dumas qui a pose, dans une com munication a 1 Academic des sciences, le 15 Janvier 1834, les premieres bases de la theorie chimique de la substitution, etcela en etudiant 1'action du chlore sur 1'alcool, bien que le chloral ne soil pas en re'alite un produit de substitution. Les regies posees alors par M. Dumas sont les suivantes :
« a. Quand un corps hydrogene est soumis a 1'action deshydrogenante du chlore, dubrome, de 1'iode, de 1'oxygene, pour chaque atome d'hydrogene qu'il perd il gagne un atome de chlore, de brome ou d'iode, ou un demi-atome d'oxygene ;
*« b. Quand le corps hydrogene renferme de L'oxygene, la meme regie s'observe sans modification.
506 SUBULA1RE.
« c. Quand le corps hydrogene renferme de 1'eau, celle-ci perd son hydrogene sans que rien le remplace et, a partir de ce point, si on lui enleve line nouvelle quantite d'hydrogene, celle-ci est remplacee comme prece'demment. »
Ces vues furent agrandies par Laurent, qui au simple enonce d'un fait de remplacement d'un ele'ment par un autre ajouta cette hypothese que relement remplacant 1'hydrogene dans la nouvelle corabinaison y joue le merae role, c'est-a-dire y acquiert les proprietes de I'hydrogene. Exemple : En substituant dans 1'acide acetique 3 atonies d'hydrogene a 3 atonies de chlore, on obtient 1'acide trichloracetique. Or, dit M. Dumas (qui s'est bientot range a la theorie de Laurent), le « vinaigre chlore » est toujours un acide comme le vinam-e ordinaire. « Voila, ajoute-t-il, un nouvel acide dans lequel ilentre une quautite de chlore tres-considerable et qui n'olfre aucune des reactions du chlore; dans lequel 1'hydrogene a disparu, remplace par du chlore, et qui n'a eprouve de cette substitution si etrange qu'un leger changement de ses proprietes phy siques. Tous les caracteres essentiels de la substance sont demeure's intacts. »
Ces theories, qui tendaient a ruiner les theories eleclro-chimiques de Berzelius, donnerent lieu, de la part de ce grand savant, a des contradictions vives et persistantes : mais la theorie de la substitution a triomphe.
2° En pathologic, la substitution est le remplacement d'un element anatomique par un autre. Cette question est etudiee aux mots DEVELOPPEMENT et METAMORPHOSE. D.
SUBSTITUTION DSi PART. Les medecins qui, par une complaisance coupable, se pretcraient volontairement a une substitution de part, lomberaient sous le coup de 1'article 345 du code penal, dont les trois premiers paragraphes sont ainsi concus :
« Les coupables d'enlevement, de recele..., de la substitution d'un enfant a un autre..., seront punis de la inclusion.
« S'il n'est pas etabli que 1 'enfant (disparu) ait vecu, la peine sera d'un mois a cinq ans d'emprisonnement.
« S'il est etabli que 1'enlant n'a pas ve'cu, la pcine sera de six jours a six mois d'emprisonnement. »
De fausses declarations sur un fait de substitution, dans un acte de notorie'te dresse devant un officier public, conslitueraient un faux en ecriture authentique et publique. D.
SUBULAIRE (Subidaria L., Gen., n. 799). Genre de Cruciferes, constituant a lui seul une serie de la famille, celle des Subularie'es, caraeterisee par une fleur a receptacle en forme de coupe profonde et, par suite, s. insertion perigynique du calice et de la corolle tetrameres et de 1'androcee tetradyname. La surface concave du receptacle est tapissee d'une couche mince de tissu glandulaire qui s'epaissit circulairement vers le bord de la coupe receptaculaire; et la, de plus, le disque se prolonge en dedans de chaque petale en un lobe saillant et tronque. Le gynecee est celui des Cruciferes en general et devient a la maturite une silicule. II y a deux Subidaria : 1'un d'eux est d'Abyssinie; c'est le S. monticola A. BR. L'autre, qui croit dans les amas d'eau des montagnes de 1'Europe, de 1'Asie et de TAmerique du Nord, est le S. aquatica L. ; il a e'te trouve dans les lacs du nord-est de la France. C'est une petite herbe a feuilles basilaires, subulees, analogues a celles des Monocotyledones. Elle passe pour