‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales Volume 91Chapitre 63 sur 145 · SUCCIN (CIII.MIE · texte numérisé non relu

SUCCIN (CIII.MIE

sicns au calomel on aux drastiques, tels que la gomme-gutte ou la coloquinte.

En un mot, on rencontrera toujours aisement des substances me'dicamenteuses jouissant de proprietes communes, mais toujours aussi ces substances auront des proprietes particulieres qui Ics differencieront les unes des autres et troubleront, si Ton me passe le mot, la succedaneite, ou \' equivalence.

Je prends ici, on le voit, la question exclusivement par son cote' clinique. Je ne reviens pas sur la question generale des substitutions de medicaments, qui a ete longuement traitee a 1'articie BOTANIQUK avec toute competence et toute autorite. 11 est bien avere aujourd'hui, et cela avail ete dit deja dans TLMRODCCTION de ce Dictionnaire, qu'une ressemblance entre les caracteres des groupes vegetaux n'en suppose pas autant qu'on 1'a cru longtemps une correspondante entre leurs proprietes medicinales; que des groupes semblables renferment des sub stances eotierement differentes et que la meme substance active se rencontre dans les groupes eloignes les uns des autres. Mais 1'ancienne theorie botanicocliimique n'apas ete, il s'en faut debeaucoup, entierement ruinee par ces fails d' observation, et une ressemblance de cnracteres botaniques entraine toujours, d'une maniere generale, la presomption d'une analogie de proprietes medici nales. Voici des exemples. Ainsi les Aurantiacees presentent, et presentent doublement, une communaute de proprietes chimiques, d'ou derive celle des actions medicamenteuses : d'une part, dans les feuilles, les fleurs et le zeste du fruit. qui renferment une buile volatile antispasmodique ; d'autre part, dans le fruit, qui renferme un acide rafraichissant. Ainsi encore, dans les Labiees abondent les builes volatiles excitantes avec quelques principes amers; la serencontrentla sauge, la menthe, lalavande, le thym, le romarin, etc. D.

SUCCENTURIAUX (succenturiare, ajouter [autrefois pour completer une centurie]). On a donue ce nom aux capsules surrenales. D.

SUCCEXTtRiE. Estomac succenturie: le duodenum; ventricule succen turie : le second estomac des oiseaux. D.

§ I. Chimie. Le succin ou ambre jaune est une resine fossile qu'on trouve en grande quantite sur les bords de la mer Baltique, de Memel a Dantzig. On le retire des mines qui sont etablies le long de la cote, et bien souvent on le retire directemenl de la mer a 1'aide de filets. On le rencontre encore en beaucoup d'autres lieux en Allemagne, en France, en Angleterre, en Sibe'ne dans les lignites des terrains tertiaires ; on en a trouve e'galement dans le gres vert, dans les marnes et dans les gypses.

Le succin se prt'sente en masses arrondies, offrant les formes qu'affecte une resine en coulant, et renfermant souvent des insectes et des debris de vege'taux ; il est solide, dur, cassant, maispeu fragile, cassure concho'ide, tantot translucide et d'un jaune dore, tantot opaque et blanchatre. II acquiert par le frottement une electricite negative Ires-marquee. II est sanssaveur ni odeur, mais, lorsqu'on le fait fondre, il repand une odeur aromatique particuliere.

Le succin est forme principalement d'une resine insoluble dans lous les vehicules, de deux resines solubles 1'une dans 1'alcool, 1'autre dans Tether, et constituant de 10 a 12 pour 100 de la masse, de tres-petites quantite's d'une huile volatile et d'acide succinique. La composition des resines, identique pour tous les trois, est celle du camphre C20HI50*.

SUCCIN (EMPI.OI MKDICAL). C01

Soumis a 1'action progressive du feu dans une cornue de verre, le succin se ramollit, entre en fusion, se boursoufleconsiderablemenl ellaissedegager de 1'eau, de 1'acide succinique, unehuile empyreumalique et des gaz combustibles. Bientot le boursouflement s'arrete; si alors on laisse refroidir le residu, on trouve qu'il a une cassure vitreuse et un aspect resineux (colopbane du succin ; sous cette forme il sert a fabriquer des vernis), mais si au contraire on continue le feu, il ne tarde pas a bouillir vivement, mais, sans se lumefier, et il passe alors une grande quanlite d'huile de succin. Enfin, lorsque la matiere parait completement charbonneuse, qu'il ne passe presque plus d'huile et qu'on augmenle le feu jusqu'aramollir la cornue, il se sublime une matiere jauue de la consislance de la cire. LUTZ.

§ II. Emploi medical. PHARMACOGRAPHIE. Cette substance appelee ambre jaune par opposition avec 1'ambre gris (voy. ce mot), fournie par le Macrocephalus physeter, a ete longtemps considered comme d'origine incertaine. Onpeut lire dans le Dictionnaire de James (Dictionnaire universel de medecine de James, trad. Diderot. Paris, MDGGXLVI, t. I, p. 983) une erudite dissertation sur la nature reelle de ce produit. Tournefort, Gallaud, Bartholin, Hoffmann, etc., se sont successivement offerees de percer Je mystere de 1'origine du succin, et leurs opinions se trouvent consignees dans le travail etendu que 1'Academie des sciences redigea a ce sujet, snr la demande de notre ambassadeur en Suede, M. de Bonnat, dont la curiosile avail ete vivement excitee par les discussions ouvertes a propos dela nature cle 1'ambre jaune, dans les pays ou la recherche de ce produit alimente une brancbe assez importante de commerce. Ce rapport battait en brecbe 1'opinion qni faisait sourdre le succiu des rocbes et lui attribuait une origine minerale ; il constatait que, les masses de succin englobant tres-souvent des animaux terrestres, en particulier des mouclies et des fourmis, il fallait en conclure qu'il n'etait pas un produit de la mer et que primitivement il avait eu une consistance liquide ; que d'un autre cote, si c'etait une simple exsudation d'un vegetal, on la verrait encore, aux points de recolte, se produire sous les yeux; les rapporteurs avaient d'ailleurs ecarte formellement la theorie de la fossilisation d'un sue propre elabore par certains vegetaux enfouis depuis longtemps dans le sol, combattant avec raison I'opiiiion qui a longtemps prevalu et suivant laquelle le succin e&t encore elabore par des vege taux vivantau voisinage de la mervers laquelle, apres concretion, il est entraine par des causes fortuites, et qui le rend apres lui avoir fait subir des modifications speciales. « On peut, dit ce rapport, mettre a juste litre ce bitume au nombre des mineraux, puisquec'est la terre qui le produit et qu'on le trouve dans des mines particulieres (lisez gisements), de meme que le cbarbon de terre et les autres mineraux. On decouvril ces veines, il y a quelques annees, par ordre de Frederic, roi de Prusse, de la maniere suivanle : apres qu'on eut enleve le sable qu'on rencontra en creusant, la premiere chose qui se presenta ful une couche d argile blanche sous laquelle on Irouva une autre couche ligueuse qui paraissait composee de vieux bois inflammable, et sous celle-ci une mine de vitriol qui, etant exposee a 1'air, se changea en fleurs, sans la moindre apparence de cuivre, de meme nalure que celle qu'on lire des mines de fer qui sonl dans la Hesse. Comme on eut creuse de plus en plus, on parvint enfin a une couche de sable de laquelle on lira dans plusieurs endroits, avec le secours d'instruments convenables, une grande quanlile d'ambre excellenl. Car il esl a remarquer que

le sable est, pour 1'ordinaire, la matrice de I'ambre, et que Ton doit toujours s'attendre a en trouver toutes les fois que Ton rencontre im lit de sable consi derable dans le sein de la terre... Voici la maniere dont ce bitume parait se former. Les feux qui sont enfermes dans les entrailles de la terre venant a a<nr sur ce bois fossile bitumineux dont nous avons parle, il en sort une huile pareille a la uaphte ou au petrole, laquelle venant a penetrer les couches qui sont au-dessous passe a travers des mines de vitriol ou, venant a se meler avec ses parties acides, elle se coagule en une substance de forme resineuse » (Rapp. cite, p. 989).

Nous ne savons rien de plus encore aujourd'hui sur 1'origine du succin, re'sine fossile qui provient, a n'en pas douter, des plantes de la famille des Coniferes ou des Terebinthacees et a laquelle le temps, et peut-etre aussi la pression, ont fait subir une alteration profonde. Les fleurs qu'on a trouvees englobees dans sa masse indiquent assez son origine vegetale, mais 1'espece qui le fournit, a supposer qu'il n'y en ait qu'une, n'a pu etre encore determined; elle le sera peut-etre plus tard a la faveur d'un hasard heureux qui fera rencontrer dans un morceau de succin des restes vegetaux dont la nature botanique pourra etre specifiee rigoureusement. II est a remarquer que les Coniferes abondent dans les regions ou se rencontrent surtoutle succin, que des forets epaisses s'y constataienl jadisetque la mer, changeant delit, a du les submerger. On s'explique ainsi comment le succin peut se rencontrer en masses sur le bord de la mer, detacbe qu'il est des gisements sous-marins des Coniferes par 1'erosion progressive du fond. Quoi qu'il en soil, c'est surtout sur les bords de la Baltique et principalement aux environs de Dantzig que le succin se recolte, mais on en rencontre des gisements plus ou moins riches dans des points plus ou moins eloignes de la mer : c'est ainsi que Cassini et Meraldi ont trouve de I'ambre jaune dans des fissures de rochers aux environs d'Aix, en Provence, et ils out constate que dans un point des Cevennes, distant de 55 kilo metres de la mer, les paysans se servaient, a cette epoque, d'ambre jaune comme moyen d'eclairage. La ressemblance du succin avec les resines elemi et copal est encore une analogie de plus qui ne permet pas de douter que le succin est une resine fossilise'e.

THERAPEDTIQUE. L'ambre jaune etait dote jadis de proprie'tes energiques : on le considerait comme un cordial, susceptible de relever les forces, de tonifier le systeme cardio-vasculaire, de regulariser les fonctions nerveuses quand elles sont troublees. G'est dire le champ etendu de ses applications ; aujourd'hui on 1'a reduit au groupe des troubles hysteriformes et aux accidents d'ataxie qui compliquent certaines fievres essentielles ou certaines inflammations viscerales telles que la pneumonic. G'est en realite une substance dont 1'interet est plutot industriel que medical. Pline avail attribue aux colliers d'ambre lapropriete de prevenir 1'eclarepsie infantile. Un medecin de notre temps, le docteur Gerard, a eu le courage d'exhumer cette ide'e, et il a fait une serie d'observations qui 1'ont convaincu qu'elle n'etait pas chimerique. Des colliers d'ambre jaune pesant de 60 a 70 grammes auraient suffi pour faire disparaitre instantanement des acces d'hysterie convulsive, des crampes (Journal des Conn, me'dicochirurg., 1841, p. 14). On aurait oppose 1'ordre du jour naguere encore aux conclusions qu'il a tirees de ces essais ; les effets bien constates de la metallotherapie doivent moderer notre scepticisme a cet egard. L'innocuite de ce moyen rend d'ailleurs sonemploi inoffensif..., a la condition qu'il ne fasse p as

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perdre un temps qu'on aurait pu mieux employer. D'ailleurs Trousseau a relate 1' observation d'un nevropatlie, en proie a des troubles nerveux tres-divers et tres-effrayants, et d'une dame asthmatique, qui virent, sous 1'action locale de 1'ambre, leurs accidents s'amoindrir d'une maniere tres-marquee (Trousseau et Pidoux, Traite'de the'rap. et de matiere medic., 7e edition, 4862, t. II, p. 291). Le succin ne s'cmploie pas en substance, autrefois on 1'administrait pul verise et melange a du sucre a litre d'antispasmodique et d'aphrodisiaque, on bien sous forme de fumigations obtenues en brulant du succin et dirigeant la fumee sur la partie malade. Quant a 1'usage interne, le succin est unisite et on lui substitue les produits retires de sa distillation seche : a savoir Yacide succinique hmpur, V esprit volatil de succin el Yhuile volatile de succin. La premiere de ces substances est appelee aussi sel volatil de succin ; la seconde contient de 1'acide succinique, de 1'acide acetique et des produits pyrogenes ; la troisieme, d'aspect buileux, est une essence analogue a 1'essence de terebenthine. L'huile de succin se donne a I'interieur comme cordial et antispasmodique aux doses de 10 a 40 gouttes dans 1'hysterie, les convulsions. Elle entre dans la composition de I'eau de Luce (huile de succin rectifie 15 : savon blanc 2 ; baume de La Mecque. 2 ; alcool a 90 degres, 375 ; on fait macerer pendant huit jours, on liltre eton ajoute 16 d'ammoniaque) ; de la liqueur de corne de cerfsuccine'e, ou succinate d'ammoniaque impur obtenu par 1'action, jusqu'a saturation, de 1'acide succinique sur 1'esprit volatil de corne de cerf, qui n'est que du carbonate d'ammoniaque melange a des produits pyrogenes. Ce sont des medicaments aujourd'huioublies. Cependant on ajoute quelquefois encore de 15 a 20 gouttes de liqueur de corne de cerf succine dans une potion pectorale. Quant a 1'acide succinique, si Ton voulait le prescrire, ce devrait etre a la dose de 20 a 50 centigrammes dans une potion ou en poudre. FONSSAGRIVES.

SUCCINAMIDE. H2 Az2. C'est une diamide primaire. Ce corps

s'obtient sous forme d'un depot blanc, lorsqu'on agite le succinate neutre d'ethyle avec une solution aqueuse et concentree d'ammoniaque. Ce sont des aiguilles incolores solubles dans 220 parties d'eau froide et dans 9 d'eau bouillante. M.

SUCCINATES. L'acide succinique est bibasique et peut donner en conse quence deux sortesde sels, a savoir: des succinates neutres C8H*06,2(MO) etdes succinates acides C8H*06,(MO,HO).

Les succinates alcalins et celui de magnesie sont tres-solubles dans I'eau, les autres le sont bien moins. Le succinate ferrique est insoluble. Cette propriete a etc mise a profit en analyse pour separer 1'oxyde ferrique des oxydes ferreux et manganeux. Plusieurs succinates contiennent de I'eau de cristallisation qui ne se degage qu'au dela de 200 degres, tempe'rature a laquelle resistent les suc cinates. Les succinates dissous dans l'eau ne laissent pas precipiter 1'acide quand on y verse de 1'acide chlorhydrique. Cela les di^lerencie des benzoates. Verses dans un sel ferrique ils produisent un precipite rouge brun gelatineux de suc cinate basique. Les uns s'obtiennent en satnrant 1'acide par la base ou le car bonate. Ceux qui sont peu solubles se preparent par double decomposition.

SCCCINATE NEUTRE D'AMMONIAQUE. C8Hl06,2(AzHvO). II s'obtient en saturant

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1'acide succinique par de 1'ammoniaque concentree ; en abandonnant le melange sur de la chaux vive disposee sous une cloche, il cristallise en prismes. Us perdent dc 1'ammoniaque a 1'air. Autrefois en medecine on employait un succinate d'ammoniaque impur obtenu en saturant 1'acide succinique avecJe car bonate d'ammoniaque contenu dans 1'esprit volatilde corne clecerf (voy. SDCCLN). SUCCINATE ACIDE DE PoiASSE. C8fl*06(KO.HO). Ce sel serait, parait-il, con tenu dans les feuilles et tiges d'absinthe, mais cette opinion est contredite.

MALAGDTI.

SUCCINEE (Snccinea Drap.). Genre deMollusques-Gasteropodes-Pulmones, etabli en 1801 par Draparnaud dans son Histoire naturelle des Mollusques terrestres et flnviatiles de la France, et redecrit en 1805 par Lamark, sous le nom d'Amphibulina.

Les Succinees sont connues sous le nom vulgaire d'Ambrettes. Elles se rapprochent beaucoup des Bulimes. Leur coquille, tres-mince et transparente, est ovale ou ovale-oblongue, spirale'e, a spire conique, aigue, et forme'e d'un petit nombre de tours. L'ouverture est oblique, tres-grande, plus longue que large; son bord droit, trancbant et jamais reflechi, s'unit infe'rieurement avec une columelle droite, lisse, amincie, egalement tranchante. L'animal, a peu pres semblable a celui des Helices et des Bulimes, mais pouvant a peine etre contenu dans la coquille, est pourvu de quatre tentacules, clont les deux inferieurs sort tres courts ou presque nuls, et dont les deux supe'rieurs sont cylindriques et ocules a leur sommet. La radula est formee de plaques carrees ; la machoire est tres-forte et en forme de croissant.

Ces Mollusques vivent sur les plantes aquatiques au bord des rivieres et dans les marais. Quand ils vont a 1'eau, ce qui parait arriver tres-rarement, ils nagent sur le dos a la maniere des Limnees. L'especetype, S. putrisL. (S. amphi bia Drap.), est commune en Europe, dans la mousse, au bord des ruisseaux. Sa coquille est tres-mince, diaphane, et d'un jaune pale avec des stries longitudinales tres-fines et tres-serre'es. Une autre espece, le S. oblonga Drap., se renconlre dans les Alpes jusqu'a 1000 metres d'altitude. Le S. longiscapaNor., au contraire, parait special a la region mediterrane'enne. ED. LEFEVRE.

sii< « i M;I ISOM ; ou i;« I»IOM: DE succ W. Voy. Muse ARTIFICIEL.

SI«IM<>I;I; (ACIDE). C8H608. Le succin ou ambre jaune renferme cet acide tout forme ; on le rencontre aussi dans certains lignites, dans les bois fossiles, dans les strobiles fossiles des comferes des cotes de la mer Baltique et dans les resinesdes coniferes actuels. On en a trouve dans certains liqnides de l'organisme animal, dans les kystes bydatiques du foie, dans le thymus du veau, dans la glande thyroide et la rate du boeuf. L'urine de certains animaux en renferme aussi de notables quantites ; celle des lapins nourris exclusivement avec des carottes en renferme jusqu'a 2«r, 50 par litre, 1'urine des chiens nourris degraisse et de viande en renferme egalement de notables quantites. Lesacides benzdique et quinique introduits dans 1'economie sont elimine's dans 1'urine en grande partie a 1'etat d'acide succinique.

Beaucoup de reactions cbimiques donnent naissance a cet acide, nous citerons les suivantes : 1'action de 1'acide azotique sur les corps gras et les acides gras, tels que les acides ste'arique, margarique et oleique, le blanc de baleine, la cire

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du Japon, 1'acide butyrique, etc. La fermentation change I'asparagine en succinate d'ammoniaque. Le malate de chaux qu'on fait fermenter avec du fromage pourri se transforme en succinate de chaux, il en est de meme du maleate, du tumarate et de 1'aconitate de chaux; dans la fermentation alcoolique, 1'acide succinique prend egalement naissance en petite quantite.

Preparation. On soumct le succin reduit en poudre a la distillation seche (vmj. SDCCIN). On arrete 1'operation quand le boursouflement de la matiere dans la cornue s'est afl'aisse. Le produit de la distillation est forme d'un liquide aqueux, d'huile empyreumatique et de croutes cristallines d'acide succinique impregnees d'huile. On fait dissoudre, a 1'aide de la chaleur, le produit sublime dans la liqueur aqueuse, et on separe 1'huile a 1'aide d'un filtre prealablement mouille qui la retient. On evapore le liquide filtre a cristallisation. L'acide encore impur que 1'on obtient ainsi est purifie en le traitant par 1'acide azotique a chaud qui detruit les matieres etrangeres, sans attaquer 1'acide succinique ; on le fait ensuite cristalliser dans 1'eau pure.

Le rendement en acide succinique est plus grand, si, avant de soumettre le succin a la distillation seche, on y mele un peu d'acide sulfurique.

Lorsqu'on fait bouillir dans une cornue le succin avec de 1'acide azotique, il fond d'abord et finit par se dissoudre. La liqueur ainsi obtenue, evaporee, laisse deposer, par le reiroidissement, des cristaux d'acide succinique environ le douzieme du poids du succin employe. Si on a eu soin de condenser les vapeurs acides qui se sont degagees pendant la reaction, on obtient un liquide renfermant une matiere blanche qui a la composition et toutes les proprietcs physiques du camphre ordinaire.

Proprietes. L'acide succinique cristalliseenprismesrhomboi'dauxappartenant au systeme monoclinique ; il se presente ordinairement en tables rhomles ou hexagones, ces cristaux sont incolores, transparents, inodores et d'une saveur acide tres-desagreable. II est soluble d;ms 1'eau : 100 parties d'eau bouillante en dissolvent 120 parties, et a 15 degre's 100 parties d'eau en dissolvent 5 parties. II fond a 180 degre's et bout a 235 degres.

On obtient 1'acide succinique anhydre en masses cristallines d'une grande blancheur, en distillant 1'acide succinique soit avec de 1'acide phosphorique anhydre, soit avec du perchlorure de phosphore.

L'acide succinique n'est attaque ni par le chlore, ni par 1'acide azotique bouillant, ni par 1'eau regale, mais il se combine avec les vapeurs d'acide sulfu rique anhydre et forme 1'acide sulfo-succinique.

L'acide succinique est un acide bibasique appartenant a la serie C2nH2n~208 dont 1'acide oxalique G4H208 est le premier terme et a laquelle appartiennent les acides adipique, suberique, azelaique et sebacique ; il peut donner deux especes de sels : les succinates neutres et les succinates acides.

Les succinates alcalins, ainsi que ceux de magnesie, de protoxyde de fer et de manganese, sont solubles dans 1'eau, les autres y sont insolublesou peu solubjes, les sels solubles sont caracterises par un precipite rouge brun qu'ils produisent dans les sels du peroxyde de fer.

Les succinates ne se decomposent pas a une temperature de 200 degres. Lorsqu'on les distille avec du phosphate acide ou du bisulfate de soude, on obtient un sublime d'acide succinique anhydre. LUTZ.

SUCCINONE. Liquide brun, d'une odeur empyreumatique, obtenu par la

distillation seche du succinate de calcium. Ce n'est sans doute qu'un melange mal defini. D.

SUCCION. La suction est 1'un des modes de prehension des liquides \voij. DIGESTION). Dans cet acte, les levres s'appliquent exactement sur la surface d'oii doit sortir le liquide et le voile du palais est abaisse, de facon a intei rompre toute communication de la bouche avec le pharynx. Alors la langue effectue des mouvements de va-et-vient, attirant le liquide, a la facon d'un piston qui se meut dans un corps de pompe represente ici par la bouche. Pendant la succion, la respiration peut continuer a s'effectuer.

C'est par ce precede que 1'enfant et les jeunes Mammiferes tetent le lait de leur mere, a 1'exception toulefois des Monotremes (Ornithorynque et Echidne), car leurs mamelles n'ont pas de mamelon et les jeunes se bornent a lecher le lait qui s'ecoule de la mamelle. 11 est probable que le jeune Getace ne tele pas de la meme maniere que les Mammiferes terrestres. Les mamelles de la mere sont, en effet, enveloppees de fibres musculaires puissantes, qui doivent servir a projeter une grande quantite de lait dans la bouche du nourrisson.

La succion ne doit pas etre confondue avec Yaspiration. Dans ce der nier acte, le voile du palais est releve et le vide qui attire le liquide dans la bouche est produit par 1'inspiration thoracique, la langue restant immo bile. L'elephant boit avec sa trompe en aspirant une colonne d'eau qu'il rejette ensuite dans la cavite buccale par une forle expiration, mais il tete avec sa bouche.

La succion est une operation qu'on ne saurait trop -conseiller dans les cas de morsure de vipere. Le danger parait presquenul pour celui qui exerce la succion, et jamais on n'a vu succomber les sujets sur lesquels la succion avail etc pratiquce.

On trouvera au mot DIGESTION des details sur la conformation des organes de succion dans la serie animale, mais nous donnerons ici le resultat de nos recherches personnelles sur la maniere dont s'effectue la succion chez 1'aniraal suceur, par exemple, la sangsue, qui doit meme son nom a cette proprie'te. Nous completerons ainsi ce qui a ete ecrit par nous-meme aux mots DIGESTION et SANGSUE.

Precede ope'ratoire de la sangsue. Tout d'abord voyons comment la sangsue arrive a se fixer sur la surface d'oii elle doit faire sortir le sang. A coup sur, la theorie qui a re"gne jusqu'a ce jour, sur ce sujet, est uniquement 1'oeuvre du raisonnement. A ne considerer que la forme en cupule de la ventouse, on s'est dit : « Pour qu'une semblable surface contracte adhe'rence avec un plan, il faut que le fond fasse d'abord saillie, se fixe, et qu'ensuite le reste de la ventouse se rabatte de dedans en dehors, afin d'expulser la plus petite bulle d'air qui pourrait rester entre les deux surfaces » .

Telle etait, en effet, 1'opinion generale, devenue classique, sur le mode de fixation des ventouses de la sangsue. G'est certainementavec cette idee preconcue qu'on a examine, a travers une lame de verre, le moment de 1'application de ces organes. Or le phe'nomene se passe avec une telle rapidite qu'il est impos sible de le suivre et que Ton croit naturellement avoir sous les yeux la repro duction fidele du mecanisme que 1'ou a imagine'.

Cependant, si les observateurs avaient attendu que la sangsue eut perdu un

SUL1.1UIN.

peu de laviscosite qui recouvre ses ventouses, ils auraient vu, au travers de la lame transparente, qu'une ou plusieurs bulles d'air rcstaient au centre de ces ventouses apres leur fixation, ce qui, assurement, ne pourrait avoir lieu, si le centre se fixait avant les bords.

Nous avons employe la methode graphique pour etudier la question. Enfaisant progresser une sangsue sur une feuille de papier prealablcment recouverte d'une couche de noir de fumee, 1'animal laisse de son passage des traces que Ton peut analyser.

Les traces de la ventouse poslerieure sont de deux sortes. Les unes sont des anneaux blancs a centre noir, qu'on obtient en detachant la sangsue au moment meme ou elle vient de se fixer; les autres sont des cercles entierement blancs que laisse sur le papier la sangsue qui se detache naturellement.

Ces deux traces prouvcnt surabondamment que la fixation de la ventouse posterieure se fait d'abord par le contact de la peripherie qui dessine 1'anneau blanc, ensuite par 1'abaissement du fond qui vient adherer au papier et fait disparaitre la tache noire du centre.

La fixation de la ventouse anterieure se fait d'une facon beaucoup plus compliquee et moins rapide.

Dans un premier temps, la sangsue commence a explorer le lieu ou elle va se fixer, avec les deux bords de la levre superieure qui s'impriment en blanc sur le papier noirci, de fagon a figurer deux lignes convergentes.

Fig. 1. — Traces de la ventouse posterieure d'une sangsue.

Dans un deuxieme temps, la partie anterieure de la levre superieure s'abaisse a son tour, et Ton voit alors se dessiner un angle forme par la reunion [des deux lignes precedentes.

Dans un troisieme temps, la levre inferieure vient toucher le papier, et cette fois la figure produite est un triangle.

Fig. 2. — Traces de la ventouse anterieure d'une sangsue.

Dans un quatrieme temps, le pharynx, qui n'a pas encore bouge, commence a s'abaisser, et le contour triangulaire de la ventouse preud, sur son passage, la forme circulaire. On observe alors, sur le papier, un cercle blanc dont le centre

est reste noir, ce qui prouve que le fond de la ventouse n'a pas encore touche la surface enfnmee.

Dans un cinquieme et dernier temps, 1'adherence devient complete et se decele par le trace d'un cercle entierement blanc.

Ainsi, la sangsue ne fixe pas d'abord le centre de sa ventouse, comme on 1'admettait jusqu'a present sans preuves suffisantes. En operant de la sorte, elle arriverait certainement a se fixer d'une maniere fres-rationnelle, mais 1'experimentation demontre que le mecanisme de la fixation est tout 1'oppose de ce que Ton supposait, puisque ce sont les bords de la ventouse qui s'abaissent en premier lieu, le centre venant adherer le dernier.

Aussitot apres la fixation de la ventouse anterieure sur la peau, la sangsue se redresse, de fagon a simuler un sabot de cheval. Si Ton souleve alors, au raoyen d'un petit crochet, un point du pourtour de la ventouse, on voit que son fond s'est releve, sans toutefois que cet organe ait repris sa forme primitive. Un mamelon de peau a suivi ce leger mouvement de retrait, mais il n'a subi encore aucune atteinte. Cette phase, qu'on peut appeler pe'riode preliminaire de la morsure, n'a aucun rapport avec la fixation, car, si Ton fait progresser une sangsue sur une feuille de papier tres-mince, on n'apergoit jamais, par-dessous, de depression correspondant a la fixation des ventouses.

On sail (voij. SANGSUE) que trois machoires e'gales, 1'une anterieure, les deux autres laterales, munies chacune d'un grand nomhre de dentictiles, constituent les armes de la sangsue. Ces machoires ont une base musculaire qui devient rigide quand elles entrent en action. A cet instant, des mouvements se produisent dans la region pharyngienne : ce sont les muscles des machoires qui se contractent et se relachent alternativement avec un synchronisme parfait. Ces mouvements peuvent etre percus directement par la compression digitale; nous avons meme pu les enregistrer au moyen d'un levier long et leger qui, place sur la region pharyngienne, tracait ses indications sur un cylindre tournant. Nous avons pu constater ainsi que, pendant la morsure, ces mouvements se succedent, sans repos interme'diaire, a raison de deux par seconde.

Pour etudier la facon dont s'effectue la morsure, nous avons applique des sangsues sur la peau rasee d'un lapin maintenu par un appareil contentif.

Si Ton detache une sangsue sur laquelle les mouvements du pharynx viennent de donner le signal de 1'action des machoires, on trouve sur la peau trois inci sions lineaires dont chacune correspond a une machoire. II y a done une inci sion anterieure et deux posterieures, disposees comme les medianes d'un triangle equilate'ral, avec cette difference toutefois que ces trois lignes ne se prolongent pas jusqu'a leur point de rencontre.

Si Ton detache une sangsue un peu plus avancee dans son travail mecanique, on trouve, mm plus trois incisions lineaires, mais bien trois dechirures figurant ensemble un trefle dont les folioles ne se rencontrent encore pas au centre.

Ce n'est qu'un peu plus tard que les trois folioles se reuniront pour former par le retrait des lambeaux de la peau une blessure triangulaire.

Ici encore nous avons employe la methode graphique, mais, au lieu d'une feuille de papier noirci, c'est la peau d'un animal vivant qui recoil les inscrip tions tracees par les machoires en caracteres ineffacables.

La sangsue, pour mordre, agit done a plusieurs reprises. En soulevant legerement 1'un des bords de la ventouse d'une sangsue en train de mordre, on peut s'assurer que les machoires s'ecartent 1'une de 1'autre, en meme temps qu'elles

SUCCOTRIN. 609

s'enfonceut dans la peau, tandis qu'au contraire elles se rapprochent et reviennent sur elles-memes en se relevant.

Que Ton imagine un scarificateur triangulaire portant une lame a chacun de ses sommets : si ces trois lames s'ecartent 1'une de 1'autre, en meme temps qu'elles s'enfoncent dans la peau, elles reproduisent exactement le mecanisme de la morsure de la sangsue.

Apres la morsure vient la succion. Pourcomprendrc comment celle-ci s'opere, examinons, sur une sangsue morte, quelle est la situation des machoires. Elles sont repliees a 1'entrec de 1'oesophage dont elles obturent 1'orifice a la facon d'un bouchon. Quand, au lieu d'etre au repos, les machoires entrent en action, nous savons deja qu'elles s'abaissent en s'ecartant 1'une de 1'autrc. Si, stir la sangsue morte, on produit cet effet, facile a rcaliser, on voit qu'en meme temps on dilate 1'cesophage, dont 1'orifice prend aussitot la forme d'un triangle, ou chaque cole correspond a la base d'une machoire, 1'oesophage devcnant luimeme un entonnoir triangulaire. Sur la sangsue en train de mordre, le meme effet se produit et, quand la morsure est accomplie, le sang s'elance pour remplir le vide de 1'oesophage beant. C'est ainsi que s'accomplit la succion.

Yoyons maintenant comment le sang qui a etc succ est ensuite avale par la sangsue ou, en d'autres termes, comment s'effectue la deglutition. Ce n'est pas, comme on le support anciennement, par un phenomene d'aspiration qui se produirait en arricre de I'oesojjhage. En effet, si, sur une sangsue en train de se gorger, on tranche d'un coup de ciseaux la region cosophagienne, presque toujours le troncon ante'rieur reste fixe a la peau el continue a sucer. Si Ton examine la iagon dont s'ecoule le sang, on voit que 1'ecoulement est intermit* tent et non continu. D'un autre cote, le troncon de 1'oesophage ne reste pas immobile au milieu de la section; il monte et descend tour a tour, entraine par le mouvemcnt des machoires. Or 1'ecoulement de sang coincide avec la remonte des machoires, ce qui indique que le bouchon forme par la reunion de celles-ci agit a la facon d'un piston qui poussele sang dans 1'oesophage. Cela est tellement vrai que, si la section de la sangsue est faite assez pres de la ventouse, on assisle a la manoeuvre de ce piston.

En resume, pour laire une saignee, la sangsue commence par fixer sur la penu les bords, puis le fond de sa ventouse orale, de facon a produire une adhe rence complete. Apres s'etre ainsi etalee, la ventouse releve un peu sa partie centrale et Ja morsure se fait, a plusieurs reprises, par 1'enfoncement des ma choires dans le mamelon de peau qui a suivi ce leger mouvement de retrait. En meme lemps qu'elles s'abaissent, les machoires s'ecartent et dilatent 1'entree de 1'oesophage, qui prend la forme d'un entonnoir oil le sang s'elance pour rem plir le vide produit. Quand la succion s'est effcctuee de la sorte, les machoires se rapprochent en se relevant et, a la facon d'un piston, lancent le sang derriere elles dans la direction de 1'estomac. G. GARLKT.

SUCCISTERENE. Dans la distillation seche du succin, on obtient une matiere cireuse qui renferme des cristaux blancs. Ces cristaux sont la succisterene, qu:on separe de la masse a 1'aide d'un traitement par 1'alcool et Tether.

SUC€OTRI1\ ou SOCCOTRIN. Un des noms donnes a 1'Aloes, qui represente la meilleure sorte de 1'Afrique orientule (voy. ALOES). PL.

DICT. ENC. y s. XII. 39

610 SUCGUSSION.

succour (GEORG-ADOLPII). Ne a lena, le 28 Janvier 1751, fit ses etudes a 1'Universite de cette ville, ou il fut recu docteur en 1772. II passa ensuite a Heidelberg en qualite de professeur d'histoire naturelle et de chiraie. II est mort dans cette ville en 1813. De ses ouvrages nous citerons seulement:

I. Analysis chemica aquarum Jenensium. lena, 1772, in-4°. — II. Anfangsgrunde der theoretischen und angewandten Naturgeschichle der Thiere. Leipzig, 1797-1799, t. I a IV, in-8". A. D.

SUCCUBE. Voy. I>ciBE.

SUCCUSSIOX. Methode d'exploration medicale qui consiste a imprimer au tronc du malade des secousses brusques, dans le but de provoquer la fluctuation du liquide anormalement contenu dans la plevre, ou dans une autre eavite viscerale.

Par extension, on designe sous le nom de bruit de succussion le phenomeue sonore que cette manoeuvre determine en certains cas et qui est du, comme nous le vcrrons, a la brusque oscillation d'une masse liquide dans uue cavite rriifcriiHint de iair.

La succussion peut s'appliquer soil a la cavite llioracique, soil a la cavite abdominale; son importance et sa signification diagnostique different beauooup dans les deux cas. 11 semble done necessaire de trailer separement de la succus sion thoracique et de la succussion abdominale.

A. Succussion thoracique. Nous n'apprendrons rien a personne en rappelant ici que cette methode d'investigation etail de'ja connue au temps d'llippocrate et que le pere de la medecine en I'aisait un frequent usage dans le diagnostic des epanchements pleuraux. Les passages des livres hippocratiques ou il est fait mention du bruit de flot sont assez nombreux et tous le signalent comme un phe'iiomene parfaitement connu et frequemment observe. Us indiquent nettement comment il faut s'y prendre pour I'obtenir : « On assied le malade sur un siege qui ne bouge pas ; un aide lui tient les bras, ct vous, le secouant par les epaules, vous ecoutez de quel cote le bruit se fait entendre » illippocrate, Des maladies, liv. II, § 47).

Dans un autre endroit 1'auteur grec, enume'rant les plus grandes preuves d'incapacite que puisse donner un medecin, mentionne la suivante : « A'e pas s'apercevoir, pratiquantla succussion, de 1'existence d'un empyeme » (Hippocrate, Des maladies, liv. I, g 6). Ailleurs encore, nous voyons qu'on se fondait parfois sur ce seul signe pour decider 1'incision de la paroi tboracique : « Parfois uii gonflement se manifesto au cote et montre ou il faut inciser. S'il n'y a point de signe de ce genre, lavez le patient avec beaucoup d'eau chaude, prenez-le par les epaules et secouez-le, puis ecoutez de quel cote il y a le plus de fluctua tion » (Hippocrate, Des affections internes, § 25).

On voit par ces citations, qu'il serait facile de multiplier, mais qui ne varient pas beaucoup dans les termes, que la fluctuation tboracique passait, du temps d'Hippocrate, pour un bon signe d'epanchement liquide dans la poitriue, facile a reconnaitre, et d'une precision sufiisante pour etablir le diagnostic et decider meme 1'intervention chirurgicale. Aussi le phenomene en question a-t-il conserve a travers les siecles le nom de succussion bippocratique, par lequel beaucoup de medecins le designent encore aujourd'hui.

Et cependant, chose singuliere, ce signe auquel 1'ecole de Cos avail paru

SUCCUSSION. 611

attribuer tant d'importance, les successeurs d'Hippocrate le laisserent rapidemcnt tomber dans 1'oubli : Galien, les Arabes, en font a peine mention, le moyen age parait 1'ignorer completement, et si plus tard quelques auteurs le signalent dans leurs ecrits, ce n'est qu'incidemment et avec des reserves qui prouvent qu'ils n'y attachent guere de foi.

« On connoist, dit Ambroise Pare, de quel cote est 1'enfleure au mouvement du Hot, et y a un son, comme d'une bouteille a demy remplie » (Ambroise Pare, liv. VI, Des tumeurs en particulier, chap, x, de la pleure'sie, edit. Malgaigne, t. I, p. 394).

Morgagni (De sedibus et causis morborum, epist. xvi, cap. 36) rapporte en quelques lignes 1'histoire d'une femme de cinquanle ans qui respirait difficilement et avec bruit, et qui disait que, lors des mouvements de la poitrine, elle sentait une fluctuation interieure, de telle sorte qu'il ne semblait pas douteux qu'il y eut de 1'eau dans celte cavite. En effet, 1'autopsie montra que les plevres renfermaient beaucoup d'eau verdatre.

Malgre I'apparente nettete du fait, 1'illustre anatomiste ue semble pas lui attribuer grande valeur, non plus qu'aux observations analogues de Fantoni le pere, de Willis et Lower, de Mauchart et de Wolff.

11 nous explique lui-meme la raison de son scepticisme, c'est 1'excessive rarete du phenomeue en question : « On pourrait aisement se passer de tous les autres symptomes, si un seul, celui du sentiment d'un liquide ilottant dans la poitrine, etait constant. Gar quelquefois celle fluctuation non-seulement est sentie par les malades, mais encore est entendue par d'autres, comma l'a suflisamment enseigne autrelbis Hippocrate... Mais ce symptome ne peut pas etre constant, car il ne saurait exister, si 1'eau est en Ires-petite quantite, ou assez abondante pour remplir entitlement la poitrine; d'aillcurs certains sujets cbez lesquels la fluctuation se produit ne la sentent pas; d'autres n'y font pas attention, d'autres ne le disent pas au medecin. Enfm, il n'est certainement pas possible de saisir tous les malades par les epaules et de les secouer » (Morgagni, ibid., cap. 37).

On le voit, la methode de la succussion est entitlement abandonnee, et si 1'opinion d'Hippocrate est encore citee de loin en loin, c'est par deference pure : les medecins, s'appuyant sur leur experience personnelle, n'hesitent pas a rayer la fluctuation du nombre des signes cliniques de 1'hydropisie de poitrine.

Un tel revirement etait inevitable, car a 1'origine. de la question il y avail un malentendu : les livres bippocratiques indiquaient la fluctuation comme un signe ordinaire de Vempyeme, c'est-a-dire de la pleuresie purulente, et semblaient donner a entendre que ce pbenomene appartenait a tous les epancbements pleuraux, sans distinction d'espece. Les successeurs et les commentateurs d'Hippocrate avaient done fait de loyaux efforts pour reconnaitre la pleuresie par la succussion; ils n'y avaient jamais ou presque jamais reussi. liien d'etonnant a ce qu'ils aient fini par rejeter un signe trop inlidele et par mettre en doute 1'autbenticite d'une observation que la pratique ne confirmait pas.

Chose singuliere! la contradiction a dure jusqu'au siecle actuel, et nul avant Laennec n'a su donner le mot de l'enigme. 11 a fallu que 1'inventeuF de 1'auscultation vint reprendre sur nouveaux frais toutes les donnees relatives a 1'examen physique des malades, pour que la veritable valeur du phenomena que nous eiudions fut definitivement fixee et pour qu'on lui assignat enfin sa vraie place dans la semeiologie. Le chapitre que Laennec dans son Auscultation

612 SUCCUSSION.

mediate a consacre a In fluctuation hippocratique est un veritable chef-d'oeuvre de raisonnement et d'observation, et sur ce sujet, comme sur la plupart de ceux qu'il a traites, le grand homme n'a presque rien laisse a faire a ses successeurs. Nous ne pouvons mieux faire que de lui emprunter presque textuellement une grande partie de ce qui va suivre.

Au debut de ses recherches sur 1'auscultation, Laennec avait espere trouver dans la fluctuation du liquide (an moment de la toux, par exemple) un signe caracteristique des epanchements pleuraux : de nombreuses experiences lui monlrerent bientot qu'il n'en etait rien et que dans les pleuresies simples aucun bruit impulable au mouvement du liquide ne pouvait etre pergu. En rr\anchc, Unites lesfois qu'a une collection liquide etait associe un epanchement de gaz, en un mot, quand il y avait uu hydropneumothorax, le bouillonnement du liquide se faisait entendre non-seulement pendant la toux, mais parfois meme dans les mouvements du malade on lorsqu'on imprimait une secousse a sa poitrinc. Cctte decouverte lui remit naturellement en memoire les passages des livres hippocratiques relatifs a la fluctuation dans I'empyeme et lui donna en meme temps 1'explication de la divergence qui regnait a ce sujet depuis de longs siecles. Les Asch'piades avaient evidemment attribue a un fait, d'ailleurs re'el et bien observe, une valeur beaucoup trop generate. 11s avaient cru que tout epancbement tboracique pouvait se reveler par la fluctuation. Or il n'eu est rien : pour que le bruit puisse se produire, il est absolument indispensable que la cavite contienne a la Ibis du liijiiide et de Fair; c'est dans ce cas seulement, c'est-a-dire quand il y a hydropneumothorax, que la fluctuation peut etre percue; les epanchements simples, au contraire, quelle que soil leurnalure, n'ont jamais pu etre reconnus par ce moyen. Ce fait explique la contradiction apparente des medecins hippocraliques et de leurs successeurs dans tous les temps; il nous fait comprendre comment les observaleurs, cherchant sur la foi d'Hippocrate a reconnaitre les epanchements pleuretiques par un signe qui n'existe jamais, et ne peut exister dans cette maladie, out fini par refuser toute importance a ce symptome et par en nier meme la possibilite.

Chose remarquable et que Laennec ne manque pas de mettre en lumiere, les Asclepiades, qui ne connaissaient pas le pneumothorax, avaient pourlant soupconne que le bruit de fluctuation ne se produisait pas dans toutes les especes d'epanchements pleuretiques, et ils avaient presque devine la condition essenticlle qui lui donne naissance.

Dans un des livres de la collection bippocratique, les prenotioris coaques, 1'auteur a meme cherche a etablir un diagnostic differentiel : « Les empye'matiques chez qui, quand on les secoue par les epaules, il se produit beaucoup de bruit, out moins de pus que ceux chez qui il se produit pen de bruit, lesquels aussi ont plus de dyspnee et la face plus colore'e; enfin ceux chez lesquels il ne se produit absolument aucun bruit, et qui ont une grande dyspne'e et les ongles livides, ceux-la sont pleins de pus et dans un etat funeste » (Hippocrate, pre'notions coaques, % -426).

Ce passage souvent cite presente un grand interet; il permet de penser que les Asclepiades entrevoyaient comment, pour qu'un liquide con ten u dans la poitrine put faire du bruit, il fallait un vide quelconque permettant le mouve ment de fluctuation et le choc de ce liquide. C'est ainsi qu'une bouteille, suivant la comparaison d'Ambroise Pare, produit d'autant plus de bruit lorsqu'on 1'agile qu'elle est moins exactement pleine. Mais cette idee etait chez eux

SUCCUSSION. <515

confuse et en quelque sorle incomplete; elle serablait impliquer la vacnite d'une partie du thorax a 1'etat normal ; elle n'enoncait pas clairement la con dition necessaire et suffisante a la fois : 1'epanchement simultane de gaz et de liquide.

Cette condition, mise en lumiere par Laennec, permet de se rendre compte de toutes les particularites qui distinguent le phenomena en question, et la succussion hippocratique, apres plus de vingt siecles d'oubli, est aujourd'hui regardee comme le meilleur, sinon le seul moyen de diagnostic de 1'hydropneumothorax.

Pour obtenir la fluctuation Iboracique, il n'est souvent pas besoin de se livrer a des manoeuvres particulieres ; certains malades pour la fuire naitre n'ont qu'a se remuer un peu brusquement dans leur lit, ou a se mettre rapidement sur leur scant. Dans d'autres cas, il est necessaire d'avoir recours au precede indique par Hippocrate : on fait asseoir le malade, on applique 1'oreille sur sa poitrine ct, le prenant par les epaules, on imprime au tronc une oscil lation brusque. Lorsque le malade est tres-affaibli, on peut encore faire naitre le phenomena en balancant doucement le tronc quatre ou cinq fois de suite et arrelant court le mouvement.

Quelque soitle procede employe, le bruit morbide est toujours remarquablement semblable a lui-meme et 1'observatenr tjui 1'a entendu, ne fut-ce qu'une fois, le reconnait toujours avec facilite : c'est une sorte de cliquetis sonore, clair et musical, manifestement produit par le choc des ondes liquides; il se fait entendre aussi longtemps que dure la succussion et cesse des que le malade est de nouveau immobile; suivant la comparison tres-exacte d'Ambroise Pare il est pavfaitement semblable au bruit que Ton determine en secouant brusque ment une bouteille a demi remplie. Son siege le plus ordinaire est a la base du thorax, en arriere, de 1'un ou de 1'autre cote. Son timbre et son intensite varient suivant les cas, et ces varietes de'pendent surtout des proportions respectives de liquide et d'air contenues dans la cavite ou il se produit, et des dimensions de cette cavite elle-meme. Dans les cas d'hydropneumothorax circonscrit, le bruit est faible, argentin, difficile a entendre autrement qu'en appliquan 1'oreille sur la paroi thoracique ; au contraire, dans les grands pneumothorax oil le poumon est entierement affaisse centre la colonne vertebrale, le bruit est sonore, plus grave et tres-facile a produire; il est perceptible a distance et peut. etre senti par le malade lui-meme : temoin ce jeune homme observe par Boyer qui, lorsqu'il descendait un escalier, entendait distinctement danssapoilrine un bruit de flot. Les cas de ce genre ne sont pas fort rares.

Le mecanisme de ce bruit est parfaitement aise a comprendre, et ici encore la comparaison vulgaire, mais exacte, de la bouteille a moitie pleine, dispense de tout developpement ; le bruit de fluctuation est essentiellement le resultat de 1'agitation d'un liquide dans dc 1'air; il faut, pour qn'il se produise ; un mouvement, une collision du fluide dont , les ondes se soulevent et retombent alternativement. Le bruit de succussion ne peut done se montrer dans les cas ou la cavite est entierement remplie de liquide : les oscillations de ce liquide restent latentes et ne peuvent se transformer en bruits : tel est le cas chez les individus atteints de pleuresie simple. D'un autre cote, il faut, pour que le bruit se produise, que la cavite soil vaste, afin de permettre les mouvements du liquide; il ne saurait se manifester dans une cavite circonscrite ou cloisonnee par des adherences. II faut encore que la quantite du liquide soil suffisante, et

614 SUCCUSSION.

qu'il presente une certaine fluidite : on oblient difficilement la fluctuation dans les vomiques qui vicnnent de se vider, parce que le pus qui reste en petite quantite n'a pas de tendance a quitter le fond de la cavite, meme quand on imprime au tronc du malade des secousses energiques.

Le bruit de fluctuation thoracique, nous 1'avons dit, est tres-facile a reconnaitre, et 1'observateur le moins exerce ne s'y trompe guere. Cependant il faut se mettre en garde contre la possibilite de confondre avec ce bruit les gargonillements metalliques parfois produits dans 1'estomac dilate; cette confusion suppose une grande negligence, car 1'application de 1'oreille sur la paroi thoracique suffit a faire reconnaitre le lieu exact ou se produit le bruit morbide.

Dans la tres-grande majorite' des cas, la fluctuation hippocratique revele 1'existence d'un e'pancliement liquide et gazeux dans la plevre, d'un hydropneumotborax. Exceptionnellement elle peut etre due a une vaste excavation tuberculeuse du poumon, mainterme beante par 1'induration de ses parois et 1'adherence etendue des plevres : Laennec en a vu un exemple, et les auteurs qui 1'ont suivi en ont cite deux ou trois autres; mais les cas de ce genre sont fort rares, car le pus des cavernes tuberculeuses sejourne rarement en quantite' notable, et sa viscosite, sa consistance epaisse, ne lui permettent guere les mouvements necessaires a la production du bruit de fluctuation. Done dix-ncuf fois sur vingt le bruit bippocratique signifie hydropneumothorax, et il peut etre conside're comme patbognomonique de cette affection.

B. Succussion abdominale. Parmi les moyens d'exploration physique applicables a 1'examen des organesabdominaux, la succussion n'a jamais tenu qu'une place extremement restreinte : en raison de la nature des parois de la cavite du veutre, la palpation simple ou associee a la percussion fournit en ge'ne'ral des resultats tellement precis que tout autre procede d'investigation devient supcrflu. Cependant il peut se presenter des circonstances ou la constatation de la fluctuation bippocratique peut fournir quelques renseignements utiles. Nous les passerons rapidement en revue.

II n'est pas rare de rencontrer des individus, parfaitement bien portants du reste, dont les parois abdominales sont flasques et chez lesquels la succussion du ventre produit, surtout au moment de la digestion, un gargouillement, un bruit hydroaerique Ires-analogue a celui qui se manifesto dans la cavite pleurale en cas d'hydropneumothorax. La chose n'a rien d'extraordinaire, et me'rite a peine d'etre signalee, car lo tube intestinal avec son contenu a la fois liquide et gazeux presente les conditions les plus favorables a la production d'un bruit de ce genre. Mais il est des cas oil le bruit de fluctuation prend un caractere beaucoup plus net et plus accentue", et se presente au milieu d'un ensemble de sytnptomes qui revelent un etat pathologique. Ce sont ces cas dont nous devons dire quelques mots.

Le plus ordinairement, c'est 1'estomac dilate qui est le'siege de la fluctuation abdominale. Quand, a la suite d'une gastrite chroniqne ou d'un retrecissement du pylore, la poche stomacale s'est laissee distendre, elle finit par constituer une sorte de reservoir a parois flasques oil s'accumulent les matieres alimentaires et les secretions glaireuses, toujours accompagnees d'une notable quan tite de gaz. 11 suffit alors de palper un peu brusquement la region epigastrique pour obtenir un clapolement sonore souvent assez fort pour etre entendu a distance.

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