I. En ce qui concerne I'eau de lavage des betteraves
1° Cette eau limoneuse, contenantdes radicules, sera recue dans un bassinen maconnej-ie de capacite double de celle du lavoir d'ou elle s'e'coule; ce bassin sera cure d'une maniere permanente;
2° L'eau sortira de ce bassin par un re'servoir de superficie pour s'ecouler dans un aqueduc a ciel ouvert ou, s'il est couvert en pailie, avec regards espaces de maniere a permettre un nettoiemeut facile. Dans 1'aqueduc seront placees a demeure fixe des grilles de fer a barreaux verticaux, espaces de 1 centimetre pour la premiere, et de 3 millimetres pour la seconde, afin que les radicules des belteraves et les fragments de racines soient arretes au passage;
5° L'eau arrivera ensuite dans des bassins de depot ou de decantation au nombre de quatre, divise's en deux series paralleles, une premiere serie fonction-
nant pendant qu'on nettoie 1'autre. Les premiers bassins de chaque serie communiqucront avec les seconds au moyen d'un deversoir de superficie etabli sur la crete parfaitement horizontals du mur de separation. Un semblable deversoir sera etabli sur le mur d'aval des seconds bassins. En amont de chaque deversoir et a une distance de 10 centimetres, on placera de champ, sur toute la largeur des bassins, un madrier de 20 centimetres de hauteur, plongeant de moitie dans 1'eau, aHn d'arreter les ecumes et les corps flottants.
Dans le mur dc separation des bassins de chaque serie on etablira une ouverture dont le radier sera a 70 ou 80 centimetres en contre-haut du fond, afin de pouvoir deverser alternativement dans un bassin cure 1'eau surnageant le depot dans le bassin continu en fonction. Ghaque ouverture sera fermee par une vanne.
Le curage alternatif des bassins se fera aussi frequemment que le necessitera leur etal d'envasement;
4° L'eau ainsi eparee pourra etre deversee directement a la riviere, ou dans un fosse intermediate, mais en etat de la retenir completement avec un ecoulement facile et rapide, et d'empecher son deversement sur les chcmins.
11. En ce qui concerne les autres eaux residualres, il faut, avons-nous dit, s'arranger de fagon a pouvoir les deverser en totalite ou en partie sur des surfaces en culture.
Mais, en cas d'impossibilite pour une telle utilisation immediate, il est indispensable de proscrire tout melange de ces eaux avec 1'eau de lavage des betteraves, 1'ecoulement des premieres vcrs les cours d'eau ou fosses ne devant jamais etre autorise qu'apres un traitement pre'alable ayant pour objet de les debarrasser de leur cause speciale d'insalubrite.
Lorsqu'on fait passer ces eaux par les bassins de depot destines a 1'eau de lavage des betteraves, des depots de matieres organiques ne tardent pas a se former au fond de ces bassins ; ces depots entrent en fermentation au bout de quelques jours, surtout pendant les clialcursdel'ete, et chargent 1'eau elle-meme de matieres organiques solubles. Celles-ci suftiraient pour corrompre les cours d'eau, alors meme que les deversoirs des bassins n'y verseraient aucun detritus organique soluble.
Un pareil melange ne saurait non plus etre autorise apres clarification par une pre'cipitation prealable a la chaux. L'experience a demontre, en effet, que cette precipitation n'est pas complete et que les eaux ainsi clarifiees ne tardent pas a se corrompre.
Ce qu'il faut done prescrire, c'est la conservation de toutes les eaux, autres que celle provenant du lavage des betteraves, sur le terrain des industriels.
L'eau dc lavage des sacs, 1'eau de lavage des chaudieres a defecation, 1'eau de lavage des ateliers, sont les plus chargees de matieres organiques et par conse quent les plus dangereuses. Elles seront recues dans des reservoirs ou bassins, cimenles, cures frequemment, ou on pourra les trailer prealablement par la chaux, avant de les enlever pour les utiliser pour 1'agriculture.
L'eau de lavage des noirs sera recue dans des bassins speciaux en maconnerie jusqu'a decantation et de la dans un dernier bassin pour y etre saturee par de la chaux, et pourra alors etre ecoulee hors de la fabrique sans passer par les bassins de depot.
Quant aux eaux chaudes de la machine ou de la condensation, elles ne pourrout sorlir de la fabrique qu'apres avoir ete refroidies prealablement et reoxy-
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genees en circulant dans une rigole longue, large et peu profonde, dont le plafond sera parseme d'obstacles ou chicanes. ALEXANDRE LAYET.
SUCRIER DE HIONTAGNE. Norn vulgaire donne, dit-on, aux Antilles franchises, bVHedwigia balsamifera Sw. (Bursera balsamifera PERS. — Tetragastris ossea [part.] GJERTN.), ou Bois-cochon des Creoles. Cependant plusieurs auteurs affirment que le veritable Bois-cochon de Saint-Domingue est une Clusiacee, le Symphonia globulifera L. f., le Hog-gum-lree de Bancroft.
H. BN.
SUCRUTA. Le nom de Sucruta, qui a, dans 1'liisloire de la litterature medicale de 1'Inde et, on pent le dire aussi, dans 1'histoire generale de la litlerature de la Peninsulc, une veritable renommee, est celui de 1'auteur, reel ou suppose, auquel on attribue 1'ouvrage considerable intitule 1'Ayurveda. Ainsi que nous 1'avons deja expose ailleurs, cette expression dont le sens propre est science de la vie, biologic, n'est pas exclusivement appliquee a 1'Ayurveda de Sucruta. L'extension considerable du sens du mot n'etait guere compatible avec une restriction aussi etroite de son emploi. L'Ayurveda, c'est a proprement parler 1'ensemble des sciences se rattachant a 1'art de guerir, y compris une partie des connaissances auxquelles nous appliquons aujourd'hui la denomination, assez mal choisie d'ailleurs, de sciences accessoires. L'Ayurveda comprend l'anatoraie, la physiologie, la pathologic medicale et chirurgicale, la toxicologie, la matiere medicale, etc. Sous ce rapport, le traite attribue^ a Sucruta est un traite complet et d'un caractere encyclopedique.
Nous avons fait connaitre deja (voy. AYDRVEDA) que 1'Ayurveda, conside're dans ses rapports avec 1'ensemble de la litterature indienne, est range au nombre des appendices a la litterature vedique, comme un Upaveda, c'est-a-dire unvedasecondaire, et a ce titre est annexe a 1'Atharvaveda, qui est le quatrieme veda, avec trois autres Upave'das, qui sont le Dhanurveda, ou science de la guerre, le Gandharvaveda, ou science de la musique, et 1'Arthagastram, ou technologie. C'est done avec juste raison que Weber, dans son histoire de la litterature indienne, dit que les Indous eux-memes ne designent pas sous ce nom un traite plutot qu'un autre, comme cela a ete plusieurs fois cent. L'erreur tenait sans doute a cette particularite, que nous retrouverons dans 1'histoire bibliographique du Sucruta, que pendant quelque temps son ouvrage a ete a peu pres le seul connu des orientalistes.
C'est done sans etonnement que nous rencontrons dans la litterature medicale de 1'Inde d'autres ouvrages que celui qui est attribue a Sucruta, portant comme lui le titre d'Ayurveda, soil qu'il s'agisse d'ceuvres d'importance mediocre, comme 1'Ayurveda Prakaca, attribue a Madhava, qui n'est qu'un court manuel de pathologic me'dicale, comme 1'Ayurveda Siddhanta Sambhodhani, ou exposition des priucipes de 1'art medical, dont le manuscrit indique Kamecvara comme le nom de 1'auteur, ou meme de nulle importance, comme 1'Ayurveda signale dans les Notices de manuscrits sanscrits publiees par ordre du gouvernement de 1'Inde (Notices ofscr. mss., etc., par Rajendralala Mitra, t. I, p. 220, n° 390), soit enfin qu'il s'agisse d'osuvres plutot pseudo-historiques que scientifiques, comme I'Ayurvedagamana, Revelation de FAyurve'da, ceuvre unique en son genre, sans doute, qui ne semble connue jusqu'alors que par le seul manuscrit decrit dans les memes notices (op. cit. , t. II, p. 59, n" t>18) et
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consacree a une histoire quelque peu fabuleuse de la medecine indienne, depuis le jour ou Brahma daignala reveler aux hommes, jusqu'apres {'apparition de Dhanvantari et de Tecole qu'il fonda a Benares (voy. DHANVANTARI).
L'Ayurveda de Sucrula est aussi designe parfois sous le nom de Siifrutasamhitd, de Samhita, qui signifie proprement collection, compilation : ce mot correspond ainsi assez exactement au litre frequemmenl employe de nos jours ftceuvres completes de tel ou tel auteur. II est done tout naturel qu'on rencontre dans la lilterature medicale de 1'Inde d'autres ouvrages indiques de meme, commela Garaka Samhita, oeuvre de Garaka, I'Atreya Samhita, oeuvre d'Atre'ya, etc. Cette expression de Samhita est meme beaucoup plus frequemment usitee encore dans la bibliographie litteraire, et surtout vedique.
Enfin le nom meme de Sucruta, ordinairement attribue a 1'auteur, sert aussi couramment pour designer 1'ouvrage lui-meme. Nous ferons remarquer, a cette occasion que, dans la bibliographie indienne, les oeuvres de toutes sortes sont designees plus specialement par les litres des ouvrages, tandis que les noms des auteurs ne passent qu'en seconde ligne. Cela tient a 1'incertitude dans laquelle on reste continuellement a 1'egard de ces noms. Cette remarque est tout particulierement exacte pour ce qui louche a la litterature medicale, a tel point qu'il ne serail pas difficile de trouver un meme livre altribue a deux ou trois auteurs differents. L'absence absolue d'une chronologic quelconque ajoute a cet inconvenient un degre de gravite exceptionnel.
Les causes de ce fait sont diverses. Cela tient d'abord a ce que, de tres-bonne heure, certains ouvrages considerables, comme celui dont nous nous occupons, et qui constituent essentiellement la partie fondamentale de la lilterature medicale, ayant ete annexes a la litte'rature vedique, el revelus par la meme, comme d'ailleurs 1'indique ordinairement le debut des livres, d'un certain cachet d'oeuvres revelees, ont ete considered comme renfermanl les principes incontestables de la science. A 1'aide de ces grandes compositions, qui sont les Samhitas donl il vienl d'etre question, onl ete elaborees de nombreuses compi lations, sous formes d'abreges, de manuels, de commentaires, etc., dont beaucoup sonlreste'esanonymes. Dans d'autres circonstances, ces travaux secondaires, malgre un certain caraclere d'originalite, sont attribues non pas a Icurs auteurs, mais aux princes ou Rajas qui, desireux d'un certain renom litteraire, ou amis et protecleurs des lettres, les ont palronnes el en ont fail les frais. Telesl le cas d'un interessant ouvrage, dont les manuscrits sont assez repandus dans 1'Inde et en Europe, et qui a ete imprime ou lithographic plusieurs fois, le Madanavinoda, dictionnaire de matiere medicale el d'hygiene, compose en 1374, attribue a Madanapala, patron de I'osuvre, appartenanl a la famille des princes Pala, qui rcgnerent dans une petite ville siluee au nord de Dehli, el a la cour desquels la litte'rature et la science furent 1'objet d'atlentions speciales; ce qui, dans 1 espril de Tepoque, consislait surlout a eludier el a collectionner les anciens traite's (voy. Roth. Madanapala, in Weber, Indische Studien, t. XIV, p. 398-401, et Zeitschr. der deut. morgenldndisch. Gesellschaft, 1877, t. XXXI, p. 159-160).
Dans d'autres cas encore, des oeuvres parfois depourvues de toute importance, onl ete niises sur le compte el au nom de personnages appartenanl a la periode mylhologique, cornme si, aumoyen age, on avail public, sous le nom d'Esculape, des compilalions d'anciens auleurs. Tels sonl les livres assez nombreux qui porlenl le nom de Dhanvantari, sans qu'il soil possible de disceraer si quelque membre
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de la caste des medecins, ou Yaidyas, a porte reellement le nom de ce personnage, dont la legende est inseree dans le Mahabharata, et remonte plus haul encore.
1. IIlSTORIQUE DES TRAVAUX DONT SUgROTA A ETE I/OBJET; AGE, DIVISIONS ET CON TEND DU LIVRE. a. Travaux cT etude et de critique. Le livre de Sucruta a eu cette bonne fortune d'etre connu, et dans une certaine mesure, re'pandu en Europe avant tous les autres. C'est par lui que la litterature medicale de 1'Inde nous a ele, a proprement parler, revelee. Le texte en a ete imprime a Calcutta des 1855-1836; apres quoi il se passa bien des annees avant qu'aucun autre texte medical put etre etudie autrement que dans les manuscrits. Mais, avant d'etre communiquee aux orientalistes, par la voie de la presse, 1'oeuvre de Sucruta avail ete signalee par un homme qui a joue le plus grand role dans le developpement des etudes sanscrites, H.-H. Wilson, 1'auteur d'un grand dictionnaire Sanscrit et medecin lui-meme, et qui, par deux articles inseres dans le journal anglais Oriental Magazine, de Calcutta, en 1823, donna un apercu general des connaissances medicales et chirurgicales des Indous. Ces articles fireut une grande sensation dans le monde savant. Presque immediatement reproduits par le Morgenblatt, sous le litre : Ueber die medic inischen und chirurgischen ht'inilii/sfc tier Hindus im allgemeinen , ils furent de toutes parts 1'objet d'une attention specials que justifiait surabondamment lenom illustre de leurauteur. (Cfr. Transact. Physical and Medical of the Soc. of Calcutta, t. I; Asiatic Journal, 1825, p. 241 et suiv.).
Avant les premiers travaux de Wilson, on n'etait pas en Europe, absolument ignorant de ce qui concernait la medecine de 1'Inde. Des la premiere moitie du dix-septieme siecle, Bontius, dans son Traile de Medicina Indorum, tant de fois imprime et dont la premiere edition est, croyons-nous, celle qui fut publiee a Leycle en 1642, avait donne sur ce sujet d'assez vagues notions. On trouve deja quelque chose de plus precis dans le travail de J.-E. Grundler, Medicus malabaricus, insere dans le t. I des Acta de I'Academie des Curieux de la nature. L'auteur avait recu, dans 1'lnde meme, de la part d'un brahmane, une sorte d'initiation aux connaissances medicales des Indous, d'apres un traite qu'il nomme Wagadasastir, et quietait evidemment, d'apres les renseignements donnes sur son contenu, une de ces nombreuses compilations faites, a 1'aide des livres reputes classiques, et analogues a ces elucubrations dont Hippocrate et Galien ont fourni le sujet pendant une serie de siecles. On y reconnait aisement la theorie hu morale, dont nous aurons a nous occuper plus loin, et qui fait le fond des doctrines de Sucruta, de Caraka, de Vagbhata, 'etc. Nous y signalerons un court passage sur les signes pronostiques a tirer des circonstances exterieures, de 1'attitude du malade, des rencontres faites en chemin, etc., qui semble extrait d'un chapitre de I'Ayurveda de Sucruta, ou de quelque resume de cet ouvrage, depuis longtemps invoquecomme autorite. Le Spicileyiutii observationum de Indorum morbis et medicina, de J.-H. Furstenau et J.-Ph. Paxmann, public en 1755, ne conlient rien de plus au point de vue historique, mais d'interessantes notions sur quelques points de la ge'ographie des maladies dans 1'Inde, tandis que le travail d'erudition, insere au tome XIII de la Bibliotheca grceca du vieil erudit Fabricius, sous le titre Elenchus medicince retenim (Hambg., 1746), nous fournira, au point de vue meme de notre auteur, quelques notions utiles. II faut ensuitc arriver presque jusqu'au livre du docteurHeyne: Tracts Historical and Statistical on India, etc., publie a Londreg
en 1814, pour trouver de no'iveaux renseignerhents sur la science medicale propre aux Indous. Comme GrundJer, il expose la thu'orie des trois hunieurs, d'apres les brahmanes, avec lesquels il a ete en relation, puis donne 1'analyse et la traduction partielle d'uri Kalpasthdna, ou traite de toxico'ogie. Cette partie de la science medicale a, de tons temps, ete 1'objet d'une attenlioa speciale de la part des savants indigenes, comme elle le fut aussi de la part des Arabes. C'est un sujet qui sera traite plus loin.
Deja pourtant, en 1811, Ward, dans son ouvrage justement renomme, qui a eu recemment, en 1863, une cinquieme edition : A Wiew of the History, Literature and Mythology of the Hindoos, etc., et qui avait ete primitivement imprime a Serampoore, sous un titre un peu different : Account of the History, etc., consacre de nombreuses pages a la science medicale indigene. On trouve dans son livre une liste des ouvrages dont il avait pu avoir connaissance ; clle ne comprend guere que des ceuvres de date recente, presque toutes connues aujourd'hui sommairement par les manuscrits et par les catalogues et notices descriptives qui en font mention. L'auteur donne des details sur 1'etat de la medecine, la caste des medecins, leurs moaurs professionnelles, etc., ainsi que des fragments de traductions des auteurs ciles.
Mais les deux memoires de Wilson que nous avons indiqucs plus haul, uiusi que quelques publications du meme auteur, sur la connaissance que les Indous eurent de la lepre, sur leur mode de traitement du cholera, des maladies de la rate, etc., vinrent donner aux etudes une direction nouvelle. En faisunt connaitre le contenu sommaire des (Euvres considerables de Garaka, de Sugruta et tout particulierement de ce dernier, dont il donne une notice importante, il detourna i'attention des compilations et des abreges de date recente, e'crits souvent dans des dialectes modernes, pour I'attirer vers les oeuvres reellement classiques. G'est a ce mouvement que se raltacbent les travaux contemporains, comme ceux de Richmond sur 1'oculistique des Indous, la dissertation dellessler sur lesconuaissances medicales de 1'Inde antique, etc. 11 faut signaler aussi, comme coincidence heureuse, la publication du livre tres-important d'Ainslie, Materia indica, etc., qui, avec une autorite et un developpement qui manquaient aux travaux analogues a celui de Flemmings, A Catalogue of Indian Medicinal Plants and Drugs, etc., mettait aux mains des travailleurs une synonymie etendue, precieuse, malgre des incorrections incontestables, s'etendant non-seulement aux plantes et a la matiere medicale, mais aux maladies elles-memes. Ces notions nouvelles furent utilisees pour les publications bibliograpbiques d'Adelung ; elles trouverent tout naturellement place dans les travaux historiques de Bohlen et un peu plus tard de Benfey (art. INDIEN de 1'Encyclopedie d'Ersch et Gruber), dans les Analecta medico, de Dietz; on leur dut le petit travail de Henschel sur la litterature medicale de 1'Inde antique, etc.
G'est a la suite de ces travaux, en grande partie inspires par la connaissance sommaire qu'on avait deja de lui, que parut le Sugruta. II fut imprime a Calcutta en 1835 et 1856; les exemplaires s'en repandirent lentement en Europe ; neanmoins diverses parties de 1'iraportant ouvrage de Royle, An Essay on the Antiquity of Hindoo Medicine, paru en 1857, sont re'digees d'apres le Sucruta; ce livre renferme meme la traduction litterale de quelques courts pas sages. Get ouvrage fut traduit en allemand par Wallach en 1859. La traduction est annotee etprecedee d'une introduction, par Heusinger, auleur de divers articles sur le meme sujet, publics a peu pres au meme moment. Us avaient ete
precedes par 1'interessant memoire de Glehn (de Saint-Pe'tersbourg), Ueber Sucruta, inse're dans la Fricke und Oppenheim's Zeitschrift. Ce fut presque immediatement que le docteur Hessler entreprit sa traduction de 1'Ayurveda dont le premier volume parut en 1844 et qui fut terminee en 1850. A la suite de cette traduction, il publia plusieurs fascicules de commentaires. Malbeureusement ce travail, qui a du couter a son auteur une somme considerable de peines, est extremement defectueux. II fut fait, semble-t-il, a 1'aide du texte seul, sans le secours d'aucun commentaire indigene; ceux-ci, a cette epoque il faut bien le dire, eussent pu tres-difficilement etre mis a la disposition du traducteur. Ces commentaires ne se trouvent encore aujourd'hui qu'a 1'etat de manuscrits dans quelques bibliotheques d'Europe ; plusieurs d'entre eux ne s'appliqueut qu'a une faible portion de 1'ouvrage. L'insuflisance absolue de cette traduction est un fait extremement regrettable, d'autant plus que, comme leremarque avecgrande raison 1'illustre Weber (Indische Streifen, t. II, p. 87sqq), elle eut pu etre evitee dans une certaine mesure, si 1'auteur avail eu le soin, avant de publier son travail, de le soumettre au controle et a 1'examen bienveillant, qui ne lui eut pas etc refuse, de quelque orienlaliste rompu aux difficulles sans nombre inherentes a ce genre d'etudes, ou meme s'il avait pris le soin d'utiliser serieusement les travaux anterieurs et tout specialement le livre de Wise : Commentary on the Hindu System of Medicine, qui parut en 1845, apres 1'impression du premier volume, et qui etait a la disposition de tous depuis dix ans, lorsque Hessler fit imprimer son deuxieme fascicule de com mentaires. Ajoutons enfin mie la suite annoncee des commentaires n'a pas pam, non plus que la table analytique dont 1'ouvrage est absolument depourvu; il ne s'y trouve pas meme une table des cbapitres, et 1'auteur s'est dispense de traduire celle qui esl contenue dans le livre meme, t. I, c. HI.
En resume, apres la publication du travail de Hessler, et en depit de toute la peine que 1'auteur s'est imposee, la traduction du Sucruta restait a faire. En 1877, a Bombay, a paru le premier fascicule d'une publication considerable, entreprise par un pandit instruit, Anna Moresbvar Kunte, professeur d'anatomie au Grant medical College de Bombay, sous le titre de Purdratnavaidyakagranthasangraha. A Collection of Sanscrit Medical Works. Char oka edited and Sucruta translated. Cette publication doit avoir pour re'sultat, comme 1'indique le tilre meme, de mettre au jour sinmltanemenl, par fragments, le texte du livre de Caraka, dont 1'e'dition avec commentaires, commenced a Calcutta en 1868, marche avec une extreme lenteur, et une traduction du Sucruta faite a 1'aide des commentaires indigenes. Cette traduction a recu tout d'abord les e'loges des orientalistes les plus estimes, mais, comme c'est trop souvent le cas pour les publications qui sont entreprises dans 1'Inde, 1'impression semble en etre momentanement suspendue, ou du nioins les fascicules ne parviennent pas en Europe, et nous ne possedons que neuf livraisons renfermant seulement les premiers cbapitres de la premiere section. Si nous signalons encore 1'interessant memoire de Wullers sur 1'art des accouchements dans 1'Inde antique, publie en 1846 dans le lanus, et contenant logiquement coordonnes et en grande partie traduits textuellement quatre chapitres empruntes a diverses sections du Sucruta, ainsi que les citations disseminees dans le livre de Wise, mais avec des indications bibliographiques trop souvent insuffisantes, comme le remarque avec justesse Hceser, le savant historien de la medecine (Lehrb. d. Gesch. der Medicin, t. I, p. 16, 5e edition), nous aurons indique a peu pres completement
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toutes Ics sources a 1'aide desquelles on peut aujourd'hui, entrer en relation immediate avec le contenu de 1'Ayurveda.
b. De I'dye de Sugruta. G'est un fait Lien connu de tous les orientalistes et des historiens que 1'Inde ne nous a pas laisse", malgre la vaste etendue de sa litterature, un seul document d'histoire proprement dite, au sens ou ce mot est entendu en Occident. Aujourd'hui encore les sources les plus importantes pour 1'histoire du pays pendant la periode brahmanique sont le Mahdbhdrata et le Ramayana, deux immenses poemes epiques. C'est comme si un historien de nos jours ne disposait pour entreprendre de faire 1'histoire de France du moyen age que des romans de chevalerie et des chansons de geste.
Un inconvenient plus grave encore resulte de 1'absence complete de toute chronologic, non-seulement dans la serie des evenements de 1'histoire generale, mais egalement dans tous les faits de la tradition litteraire et scientifique. Souvent meme, lorsqu'on etudie quelquelivre de 1'Inde, on est tentede se demander si 1'auteur n'a pas intentionnellement voulu derouter toule espece d'investigation concernant son origine. II y a la un fait de psychologic ethnographique tout a fait caracteristique. II en resulte que la veritable date d'un manuscrit, c'est reellement celle de 1'annee ou 1'exemplaire que 1'on a en mains a ete transcrit; celte date se rencontre frequemment a la fin des livres.
Knfin, le caractere anonyme de beaucoup d'ouvrages, 1'attribution aux principaux d'entre eux d'une origine revelee, ainsi que les causes que nous venous d'indiquer, ont fait que la compilation banale s'est exercee, dans ces dernieies periodes surtout, sans aucun frein et sans aucun scrupule, et a donne lieu a la production d'oeuvres sans nombre et sans noms, dont le classement ne sera pas possible de longtemps.
II resulte de tout cela, dans 1'appreciation des dates auxquelles doivent etre reportes certains ouvrages, des difficultes enormes qui se traduisent paries plus grandes dissidences, Icsquelles sont souvent encore aggravees par les travaux de remaniements, a cause des nombreuses interpolations dont les livres sont sur charges et qui font varier dans les plus serieuses proportions les divers exeinplaires d'un meme ouvrage.
II va de soi que les textes medicaux, etudies au point de vue de leur age, ne sont pas plus que les autres exempts de ces causes d'embarras. Cela est tout particulierement exact pour 1'Ayurveda de Sucruta. Les opinions les plus diverses ont ete emises a son sujet, mais ce ne sera pas sans quelque surprise que le lecteur apprendra qu'un intervalle de plus de deux mille ans est necessaire pour contenir les dates des appreciations extremes. Ce qui serait vrai de ce Llivre le serait necessairement aussi des autres grandes Samhitds comme celles de Caraka, de Yagbhata, etc. En realite, c'est 1'histoire medicale de 1'Inde antique tout entiere qui est en jeu dans ces discussions; c'est pour ce motif que nous nous y arreterons un instant. Nous laisserons de cote, pour le moment, toute la question des interpolations, des retouches, des additions, etc., c'est-adire de la contexture meme du livre.
Lorsque parurent les premiers travaux de Wilson sur la medecine indienne, iJ regnait generalement, au sujet de la prodigieuse antiquite de la litterature de cette vaste contree,des idees qui ne trouveraient plus aujourd'hui de defenseurs. La litterature des Vedas est restee, comme le dit Weber, la plus ancienne parmi celles dont nous possedons des documents ecrits, a 1'exception sans doute des monuments et des papyrus egyptiens, et des documents assyrieiis recemment
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deeouverts; mais sou antiquite est moins haute qu'on ne 1'avait cru pendant quelque temps, et a plus forte raison cela est-il vrai de la litterature brahmanique, a laquelle appartiennent les anciens textes medicaux restes classiques.
Le plus ardent partisan de 1'anciennete du Sucruta est incontestablemeut son traducteur, le docteur Hessler. 11 a expose et defendu son opinion dans le pre mier fascicule de ses Gommentarii in Ayurvedam; il est revcnu sur le meme sujet dans la preface du deuxieme fascicule. Sa conclusion est que 1'epoqne de Sucruta coincide avec le dixieme siecle avant notre ere. Nous n'examinerons pas, un a un, tous ses arguments, mais nous les passerons sommaireinent en revue, d'abord a cause de la parfaite bonne foi de 1'auteur, ensuite parce que, a pre miere vue, ils seraient de nature a induire en erreur les personnes etrangeres aux chotes de 1'Inde. Le systeme du docteur Hessler consiste, en resume, a prendre au piedde la lettretoutes les indications fournies par le texte lui-meme. 11 les accepte avec une naivete et une sincerite qui rendraient jaloux le brahmaue le plus etruitement orthodoxe. Ainsi, Sucruta est appele, dans divers passages, le Ills de Vicvamitra. Celui-ci appartient aux temps vediques; son nom est consigne dans I'Anukramani on index du Rig-Veda : done Sucrula est le contemporain de la redaction des hymnes du Rig-\7eda attdbues a son pere Yicvamitra. D'autre part, Sucruta est dit le disciple de Dlianvantari, dont le nom remonte au dela des temps des grancles epope'es : Sucruta doit forcement appartenir a la meme epoque. 11 suiiit de se rappeler les motifs qui font de Dhanvantari un persounage a tons les points de vue legendaire (voy. DHA.NVANTA.RI) pour comprendre combien est puerile une telle assertion. L'Ayurveda, dit encore Hessler, fait partie integrante de I'Atliai vaveda, qui est le quatrieme veda, a litre d'annexe (Upanga) : or, dans le Mahabharata, il est question des quatre vedas, avec leurs angas et leurs upangas, ce qui fait remonter 1'Ayurveda, comme osuvre parfaite, au moins a 1'epoque ou fut composee la grande epopee indienne. Et d'abord, rien n'etablit 1'age ou fut compose 1'episode de Nala, ou se trouve le passage cite, il est en tous cas beaucoup moins ancien que ne le croyait Hessler, ensuite il s'agit ici de 1'Ayurveda, au sens abstrait du mot, la science medicate, puis eniin, rien n'indique que 1'Ayurveda soil un des upangas auxquels le passage cite fait allusion. Nous ne voulons pas nous arreler plus longtemps a des arguments qui n'en sont reellement pas, aux yeux des orientalistes.
Ajoutons sculement un mot sur le parallels que Hessler etablit entre Carjka et Sugruta, pour demon trer la priorite du dernier. C'est un fait reellement curieux que les deux plus grandes et les deux plus celebres Samhitas medicales, celle de Caraka et celle de Sucruta, ne se citent pus reciproquement. Mais, dit le docteur Hessler, Caraka parle de Dhanvanturi : si celui-ci est anterieur a Caraka, il doit en etre de meme de son eleve. i\ous venous de voir ce que vaut un tel argument applique au nom essentiellement mythologique de Dlianvantari. Nous ferons remarquer enlin que, actuellement, on s'accorde pour regardei le livre de Caraka comme quelque peu anterieur, tres-probablement, a i'Ayurveda de Sucruta. Nous ne nous arrelerons pas aux autres preuves puisees par Hessler dans les donne'es fournies par la geographic, la matiere medicale, etc. Weber en a faitspirituellement justice dans un court article de ses Indische Slreifen (t. II, p. 89-90) . Les illusions de Hessler furent partage'es par Wullers et, dans une certaine mesure, par I'illnstre Lassen, qui donne le sixieme siecle avant notre ere comme 1'epoque probable a laquelle il faut reporter les portions versifiees de 1'Ayurveda, lesquelles a son avis seraient probablement plus receiites que les passages en
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prose. Wise, a plusicurs reprises, et tout recemment encore, dans les Transac tions of the Second Session of the Internal. Congr. of Oriental., a persiste dans son opinion exprimee depuis longtemps dans son Commentary on the hindu System, etc. II place entre le troisieme et le neuvieme siecle avant J.-G. 1'epoque ou vecurent Caraka et Sucruta; son principal argument est la citation qui est faite de ces deux noms dans le Mahabharata. Mais ce poeme est une oeuvre formee elle-meme par 1'assemblage de fragments divers, composes a des epoques fort eloignees 1'une de 1'autre, et il est impossible d'attribuer a 1'ensemble une date fixe.
Gependant Wilson, depuis longtemps, avait emis et soutenu une opinion tresdifferente , qui fut admise apres lui par beauconp d'orientalistes. Tout en reconnaissant d'ailleurs la finesse d'intelligence des Indous, tout en rendant hommage a leur patient esprit d'observation, qui les nicttait a memo de creer, par eux-memes, et de tres-bonne heure, une science medicale systematique, il ne pensait pas qu'il y cut des motifs suffisamment serieux pour reporter au dela du commencement de 1'ere cbreticnne la redaction d'ouvrages speciaux concernant 1'art medical, comme ceux de Garaka et de Suci'uta. II pensait qne ces ouvrages appartienuent a 1'ere moderne, sans d'ailleurs indiquer d'autredate que le neuvieme ou le dixieme siecle, pour la limite la plus tardive de la redac tion du Sucruta dans sa forme actuelle. Stenzler emet une opinion a peu pres semblable. Gette indication de Wilson, qui ne fait pas connaitre s'il entendait par la le neuvieme ou le dixieme siecle avant ou apres J.-C., mais qui se rapporte evidemment a 1'ere moderne, fut de la part de Wullers 1'objet d'une meprise etrange. II comprit qu'il s'agissait du neuvieme siecle avant J.-G., et son erreur cut pour resultat de faire attribuer ailleurs a Wilson une opinion qu'il n'eut jamais. Allan Webb, dans un opuscule qui fut remarque, The Histo rical Relations of Ancient Hindu ivith Greek Medicin, fixe, sans 1'appuyer sur des preuves serieuses, 1'epoque ou vecut Sucruta, au sixieme siecle de 1'ere actuelle ; mais son opinion elait trop faiblement etayee pour etre aceepte'e ct faire autorite (Cfr. The Calcutta Review , t. XIV, miscellaneous Notices, pp. i-vi, et Janus, II, p. 493, ainsique Hceser, Geschichte d. Medicin, 5eed., t. I, p. 18). Malgre ces divergences considerables et la penurie des arguments serieux en faveur de telle ou telle opinion, il est un point sur lequel, jusque dans ces derniers temps, les orientalisles , sanscritistes et arabisants, etaient a peu pres d'accord ; ils regardaient tous que la redaction en corps de doctrines de 1'Ayurveda de Sucruta, son ado[>tion comme reuvre classique faisant autorite, 1'extension de sa reputation dans le monde lettre de 1'Inde, devaient etre sensiblemenf; anterieures au commencement du neuvieme siecle, puisque deja a ce momeni il avait penetre jusqu'a Bagdad, a la faveur d'une traduction persane qui fut elle-meme retraduite en arybe sous le kbalife Mamoun-al-Raschid, par 1'ordre du Barmecide, qui moui'ut 1'an 190 de 1'hegire, c'est-a-dire en 805. II y avait la comme un jalon lixe, pouvant servir de point de repere, et que ne pouvaient pas perdre de vue, sans crainte de s'egarer , les explorateurs de cet obscur domaine de 1'histoire medicale antique. Mais voici que I'ecemment cet unique point de ralliement a ete lui-meme remis en question, energiquement discute et enfii\ absolument nie par le savant orientaliste Haas, dans deux memoires qui ont fait grande sensation, inseres en 1876 et 1877 dans la Zeitschrift der deutschen morgenldnd. Gesellsch. , sous les litres suivants : Des origines de la medecine indienne, avec des considerations particulieres sur Sucruta, et Hip-
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pocrate et la me'decine indienne au moyen age. Les conclusions tout a fait radicales de Haas n'ont pas e'te admises sans resistance; elles out provoque une savante dissertation de A. Miiller sur les Sources arabes pour I'hisloire de la me'decine indienne, qui a paru en 1880 dans le meme recueil. Les limites dece travail ne nous permettront pas de suivre ces deux savants dans les details de leur argumentation : nous serous obliges de nous contenter d'exposer sommairement leurs travaux. Mais, auparavant, il est ne'cessaire de faire connaitre le sujet lui-meme.
La notion precieuse, a laquelle nous avons fait allusion tout a I'heure, concernant le nom et la reputation scientifique de Sucruta, ainsi que la mention d'une traduction d'un livre a lui attribue, se trouvent dans un ouvrage arabe de pre miere importance, le recueil de biographies des medecins illustres, par Osa'ibiah, dont le nom complet est Mowaffik-Eddin-Abu-Labbas-Abmed-Ibn-Abi-Osaibiah, et le livre intitule exaclement : Sources d' informations concernant les classes des medecins. Le douzieme cbapilre de 1'ouvrage traite : Des classes des medecins originates de I'lnde. Ce chapitre fut des 1855 presque entierement publie et traduit par Dietz, dans ses Analecta medico,; en 1858, Gildemeister en donna une analyse (voy. Script, arab. de rebus Indicis, etc., p. 94-97). Un peu plus tard, dans le Journal of the Royal Asiat. Society of Great Brit, and Ireland, de 1841 , Cureton en reprit 1'etude el en publia une bonne traduction anglaise, accompagnee dc notes dues au savant Wilson. IN7eanmoins, en raison de son importance |>our la question qui nous occupe, A. Miiller vient de faire la colla tion des manuscrits que Ton possede d'Osaibiah (1'ouvrage n'a jamais eteimprime) et d'inserer une traduction allemande du douzieme chapitre dans son memoire en reponse a ceux de Haas.
C'est au memoire de A. Miiller que nous emprunterons le passage, concernant le Sugruta, qui est le point de mire de toutes les argumentations de la pole'mique de ces dernieres unnees. L'auteur arabe, apres avoir parle de deux medecins indiens, qu'il designe sous les noms de Kanka et Sanjahal, et enumere d'autres medecins qui vinrent apres eux, continue ainsi : « Je trouve aussi que El-Razi « (Razes) dans son livre Le Continental dans plnsieurs autres (de ses ouvrages) « a fait maiutsempruutsaux ouvrages d'un certain nombre d Indiens, par exemple, « au livre de Sirek 1'Indien » (nomme ailleurs Sharak, son identiGcation avec Caraka ne semble guere douteuse). « Abdallah-Ibn-Ali a traduit ce livre (de Sirek) « du persan en arabe, alors que dejail avait ete traduit de 1'indien en persan, — a (il a fait aussi des emprunts) au livre deSusrud; dans ce livre (sont consignes) « les symptomes des maladies, ainsi que la connaissance de leurs traitements et « des medicaments a leur opposer; il comprend dix sections; la tra luction en a d cte laite sur 1'ordre de Jahja-Ibn-Chalid, etc. ». Cette identification des noms de Sirek et de Susrud avec Caraka et Sucruta, Haas la rejelte absolument. A 1'aide de considerations surtout philologiques, d'ailleurs tres-savantes et tres-interessantes, il entreprend dedemontrer que ni ces noms ni les autres enumeres dans le meme chapitre ne peuvent se rapporter aux medecins de I'lnde antique, et que c'est peiue perdue que de chercher a forcer des rapprochements. De 1'avis de Haas, ces noms appartiendraient plutot aux regions du Sind (Indus), avec iesquelles seulemeat les Arabes furent en rapport; il en resulterait que ceux-ci ne puieut jamais rien connaitre des medecins de I'lnde gangetique ancienne, ni de leurs oeuvies, s'il y en eut. En admellant que les Arabes n'aienl pas simplement fabrique des recits imaginaires, il faudrait chercher ailleurs la solution
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•des enigmes renfermees dans ces noms. Haas, afm d'arriver a determiner par une date approximative 1'epoque ou les connaissances medicales des Indous furent fixees et repandues au dehors, cile ensuite un cbapitre curieux, auquel nous ferons un emprunt plus loin, extrait d'un ouvrage manuscrit appartenant au British Museum et intitule Tibb-i-Sikanddri, el renfermant des chapitres entiers du Sucruta dans sa forme actuelle. L'auteur du livre se nomme Bliavah- Ibn-Kawass-Khan. Ce livrc se trouve encore, bien que quelque peu incomplet, dans la bibliotbeque de Hambourg. Nous 1'avons vu mentionne aussi dans le Catalogue de la bibl. roy. de Copenhayue (part. Ill, p. 10-11, cod. xxi). L'ouvrage est du qvinzieme siecle de noire ere : Haas en conclut que le Sucruta qui, d'apres lui, n'etait pas connu de 1'auteur du Fihrist, celebre compihuion bibliographique arabe du dixieme siecle, a du etre redige entre ces deux dates. 11 re'sulterail neeessairement de la, et c'est bien ainsi que 1'entend 1'auteur, la possibilite d'admettre pour toules les connaissances medicales attributes aux Indous une origine etrangere par voie d'importation. Le docteur Haas, poussant dans ce sens les choses a 1'extreme, pretend que, la science indienne n'ayant jamais depasse ce que les Arabes avaient pu emprunler aux doctrines de Galien, et ce qu'ils savaient de la cbirurgie soil par les Grecs, soil par eux-memes, les Arabes sont les vrais precepteurs des Indous, et que leur Ayurveda n'est qu'un pale i-eflet des oeuvres de Galien et d'Hippocrate. 11 va jusqu'a nier 1'existence meme non-seulement de Sucruta, ce qui n'aurait rien de subversif, mais meme de son nom, en tant que relevant d'une etymologic sanscrite. II y voit une alte ration du mot Socrate qui, en transcriplion arabe, ne differe qu'a peine du nom d'Hippocrate et a ete souvent confondu avec lui. La ville de Kaci (Benares) devient Cos, etc. Cette hypothese gagne en vraisemblance par les concordances que la tradition fournit au sujet d'Hippocrate et de Sucruta, ainsi que par des confron tations de textcs que 1'auteur etablit ingenieusement.
Dans un tres-savant memoire, ecrit en re'ponse au docteur Haas, a contre-coeur, mais par devoir, dil 1'auteur, M. A. Miiller passe en revue toutce que les Arabes nous ont laisse d' important pouvant servir a 1'histoire de la medecine indienne, et refute de la maniere la plus brillante les assertions du docteur Haas. II etudie et traduit avec soin le fameux chapitre d'Qssiiblah, Sur les biographies de medecins indiens, dont le texte est le point de depart de toule discussion. Ayanl a sa disposilion un bon manuscrit du fameux livre de Shanak : Sur les poisons, livre altribue par Osai'biali a un medecin indien, il en donne une traduction complete, puis, apres une etude approfondie, arrive a cette conclusion que ce livre n'a jamais pu etre ecrit dans 1'Inde, que loutes les assertions contraires des Arabes doivent etre rejetees, mais que le texte porte les marques certaines de 1'utilisation par 1'auteur d'un des chapilres du Sucruta actuel, ce qui reporte, avec certitude, la composition de ce chapitre jusqu'au commencement du dixieme siecle. Enfin, par un examen attentif des citations que les Arabes fonl des Indiens, il arrive a prouver surabondamment que des concordances decisives existent entre les livres invoques ou cites par Rhazes, etc., etlesouvrages sanscrits acluels. L'histoire de la medecine de 1'Inde aura gagne a cetle polemique, independammenl des eclaircissements obtenus, la possession de documents extremement precieux, dus a la plume de deux savants, dont 1'un , le docteur Haas, vient malheui easement d'etre prematurement enleve a la science.
De tout ce qui precede il resulte que le seul point certain, celui qui resiste a toutes les attaques, c'est que le Sucrula, non sans doute dans sa redaction
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actuelle, mais, ce qui est bien plus probable, sous une forme plusouraoins differente, etait dcja au huitieme siccle un onvrage repandu. auquel on faisait des emprunts, dans leqnel on puisait largement et sans scrupules, pour en tirer des abreges et des compilations dc toutes sortes, et que parmi ces compilations, dont quelques-unes existaient en persan, plusieurs furent traduites du persan en arabe, avec la mention du nom de Sucrula.Le fameux livrede Susrud ou Sasrad (1'arabe sans points-voyelles donne simplement s-s-r-d), dont la traduction fut faite sur 1'ordre de Jahja-Ibn-Clmlid, seraitune de ces compilations.
C'est au meme ordre de production qu'il faut rattacher, sans doute, le livre de medecine tilietain, signale des 1855, par A. Csoma de Koros (voy. Journal of the Asiatic Society, n°37, janv. 1855). Get ouvragc qui, jnsqu'ici, n'est counu encore que par une sorte de table analytique des chapitres inseree dans le travail de Csoma de Koros, pourrait peut-elre, dans une certaine mesure, venir consolider 1'opinion relative a la diffusion du livre de Sucruta vers le neuvieme siecle. On appmul,en efi'et, par les indications donnees dans le livre lui-meme, et tra duites, pour G. de Koros, par un lama quilui servait de professeur, que 1'ouvrage fut imporle dans le Tibet au liuilieme ou au neuvieme siecle, et trad nit dans la languc dn pays. A en juger par le sommaire des chapitres, c'est un abrege d'un ouvrage completement analogue a ceux de Caraka et de Sucruta. Le debut, consaciv ;i IVxposition de la revelation de la doctrine, rappelle tout a fait les premieres link's du Sucruta ; dans ce passage le nom du Bouddha Qakya-Mouni remplace celui du medecin divin Dhanvanlari, a titre de revelateur de la science. I'n document curieux, encore inedit en partie. et dont nous devons la connaissance a 1'obligeance de Mk Bergaigne, professeur de Sanscrit a la Sorbonne, va nous montrer le nom de Sucruta repandu et vulgarise, au neuvieme siecle, dans un autre pays, qui fut Ini aussi conquis par le bouddhisme. Je veux parler du Cambodge. II y eut la jadis une civilisation d'origine indone, sans qu'on puisse trop dire aujourd'hui, ni par quelle voie, ni par qui elle y i'ut importee. Les monuments en mine, qui sont nombreux au Cambodge, sont couverts d'in- M/riptions dont beaucoup sont en langue sanscrite et en caracteres cambodgiens. L'une d'entre elles, recueillie pres de la fameuse Angkor, contient dans une stance une allusion evidente a Sucruta et a son babilete comme medecin. II en a etc donne une analyse sommaire dans le journal asiatique (1881, t. II, p. 176), le texte en sera prochainement public. Cette inscription met en relief un roi de 1'epoque, nomme YaQOvarman, dont elle fixe 1'avenement en 811 de 1'ere indienne dite (Jaka, ce qui correspond a 889 de notre ere. D'apres une autre inscription (id., p. 154) ce roi elait mort en 910. C'est done entre ces deux dates que I'inscription fut redigee. Le roi, par un jeu de mots, y est compare a Sucruta, medecin, a cause du traitement moral qu'il applique a ses sujets par la parole sacree. Voici la traduction de la stance, la quarante-neuvieme de 1'inscription, telle que M. Bergaigne a bien voulu nous la communiquer : « Avec la parole prononcee par Sucruta (ou, sans le jeu de mots : « avec la parole bien prononcee par la Veda) et qui a pour essence la vertu, medecin unique, il (le joi) a gueri ses sujets, meme pour 1'autre monde. » Ainsi, a la fin du neu vieme siecle, en dehors de 1'Inde, le nom <]e Sucruta etait assez connu, sa repu tation medicale assez repandue, pour que dans un document public, une pro clamation adresse'e a tous, il put y etre fait allusion, meme par un jeu de mots, sans crainte de rester incompris. Est-il teme'raire d'en conclure que ce nom, qui u'arrivait certes pas la pour la premiere fois a la connaissance du vulgaire,
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derail au contraire y avoir ete dcpuis longtemps invoque, comaie celui de 1'autorite scieatifique par excellence, et qu'au Carnbodge comme dans 1'Inde il jouil d'un renom qui rappelle celui d'llippocrale chez les decs ?
Mais de 1'age reel de 1'Ayurveda attribue a Sucruta, de 1'epoque de sa redac tion dans la forme actuelle, des travaux anterieurs dont il est sorti, de la personnalite memo de 1'auteur a qui nous devons cette derniere recension, nous nc savons rien en realite. Pour quece probleme pui etre en partieelucide, il faudrail tout d'abord qu'une edition du texte fut publiee, avec addition des commenlaires indigenes ; et que ce texte fut ensuite 1'objet d'une etude critique, au point dc vue de la langue, et d'un travail d'exegese scientifique, parallelcment avec ceux. des principales oeuvres classiques, comme celles de Vagbbata, de Caraka, (Jic. Puis, pour que ce livre put sortir du domaine etroit des sanscritistes de profes sion et etre livre avec utilite aux bistoriens, 'il en faudrait une bonne traduction, execulee avec 1'aide des commentaires. Gclle qui a ete entreprise a Bombay, en 1877, par M. Anna Moreshvar Kunte, etqui malheureusement a ete presque immediatement suspendue, car elle s'arrele, comme je 1'ai dit, au 8e cbapitre du lor livre, etait tres-satisfaisaate.
Une fois muni d'un semblablc moyen de travail, il deviendrait facile d'ealreprendre un collationnement de tout le contenu du Sucruta avec les ceuvres que nous ont laissees les Grecs, ce qui permettrait d'elucider le probleme encore si obscur et si ardu, comme nous 1'avons deja vu et comme nous le verrons encore plus loin, des relations de la medecine de 1'Inde avec la medecine grecque, el par consequent des veritables origines de la science medicale indienae represented, non pus seulement pas Sucruta, mais par Atreya, Caraka, Qarngadara, Vag bbata, etc.
b. DivisionsetcontenuderAyurveda.de Supruta, Le livre de Sucruta, rAyurveda, est contenu, dans 1'edilion de Calcutta de 1835, en deux volumes faisant ensemble 940 pages de texle, sans aucun commentaire. Le texte de 1'Ayurveda de Sucruta, comme celui de Caraka , dont la celebri te dans 1'Inde est egale a la sienae, et comme d'ailleurs celui de beaucoup d'autres livres sanscrits, est forme par une alternance continuelle de passages en prose et en vers. A premiere vue, il sembk'. naturel d'admettre que 1'une des parties du texte doit elre regardee comme fondamentale et primitive, tandis que 1'aulre n'en est qu'un commentaire, ou un complement. Cette opinion fut celle de 1'illustre Lassen, qui s'est prononce sur ce point dans 1'interessant appendice ajoute au dernier volume de son histoire de 1'Inde antique (voy. Anhang zurlndischen Alterthumzknnde, Bd. Ill,u. IV, p. 74) ; £lle a ete admise par Haeser, 1'historien de la medecine (Lehrbuch der Geschichte der Median, etc., t. I, 3ped., p. 17), mais combattue recemment, *t avecraison, a notre avis, par ledocteur Haas (Zeitschr. d. dent, morgenldnd . Gesellschaft, t. XXX, p. 642), qui fait remarquer (jue frequemment le sens sc continue, pour ainsi dire, sans interruption, de la prose aux vers, ou reciproquement, et que dans beaucoup d'autres cas la portion de chapitre ecrile en vers semble etre le resume de ce qui precede, bien plutot que de servir de theme fi des commentaires qui viendraient ensuite. Ajoutons encore que, frequemment, on rencontre des cbapitres completement ecrits en un seul style, tanlot en vers, tantot en prose.
De ce qai vient d'etre dit il faudrait bien se garder de conclure que 1'Ayur veda produit sur le lecteur 1'effet d'un ouvrage coordonne regulierement, congu avec esprit de suite, et d'une seule venue. C'est exactement le contraire,
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comme cela ressort d'ailleurs de toute la premiere partie de ce travail : le texte appartient certainement a plusieurs epoques, 1'ouvrage actuel est le produit de remaniements multiples, a 1'occasion desqnels des parties tres-anciennes ont ete accolees a des interpolations modernes, plus ou moinscompletement fondues avec elles. Ce livre nous apparait en realite comme une vaste compilation, serieusementet soigneusement faite, avec la preoccupation de reunir en un seul faisceau une veritable encyclopedic des connaissances necessaires aux medecins, et comprenant non-seulement la pathologic et latherapeutique,mais encore, comme nous 1'avons dit au debut, les sciences accessoires de la medecine.
L'Ayurveda de Sucruta se compose de six parties, ou livres (en Sanscrit Sthana), dont les litres sont: 1° Sutrasthdna, livre des principes; 2° Niddnasthdna, pathologie ; 3° Qarirasthdna, analomie ; 4° Cikitsitaslhana, therapeutique; 5° Kalpasthdna, loxicologie; 6° Vttaratantra, dernier traile, ou traile par excellence. A premiere vue, cette division semble assez rationnelle; malheureusement elle est beaucoup plus apparente que reelle, en ce sens qu'on ren contre, cT chaque pas, des chapitres qui appartiendraient plus legitimement a d'autres livres que ceux ou ils sont place's, et plus frequemment encore, dans le cours des chapitres, des paragraphes dont le contenu ne correspond plus da tout au litre.
La premiere partie, intitulee Sutrasthana (de Siitra, guide, fil conducteur, regie), diviseeen 46 chapitres, est une sorte de pathologie generale et d'introduction, renfermant, en outre des principes generaux, des documents sur I'intronisation des disciples, sur la maniere de procederpour etudieravec fruit, sur la pratique de 1'art, sur le role du medecin pendant la guerre, sur les soins IV donuer aux malades, sur les pansements, sur 1'emploi des instruments en chirurgie, etc., en meme temps que des notions sommaires sur la tlierapeutiquev le regime, les alterations des sens, etc.
La seconde partie, ou Nidanasthana, mot dont le sens propre serait assez exactement traduit par etiologie, est en realite un traite partiel de pathologie medico-chirurgicale. Elle ne comprend que 16 chapitres, dans lesquels les maladies sont etudiees, non-seulement dans leurs causes, mais aussi dans leurs symptomes, leur marche, leur terminaison, etc. Cette seconde partie est, pour la disposition des matieres et 1'ordre des chapitres, en concordance syste*matique avec la 4e partie, consacree a la therapeutique ; les 16 chapitres de la Nidanasthima correspondent a pen pres exactement aux 22 premiers chapitres de la 4° partie, qui comprend 40 chapitres. Le docteur Hessler, dans ses commentaires sur le Suc.ruta, en conclut qu'une portion de la Nidanasthana a ete perdue ; on est tenle d'etre de son avis ; neanmoins, en y regardant de pres et en etudiant le contenu des derniers chapitres de la quatrieme partie, on constate qu'il est tout aussi legitime d'admettre que celle-ci a reQu des additions ulterieures, qui sont venues completer une premiere redaction. Notons encore que dans la Nida nasthana la pathologie chirurgicale est traitee avec beaucoup plus de soius et plus de details que la pathologie medicale.
La troisieme partie de 1'Ayurveda est la moins e'tendue ;elle ne comprend que 10 chapitres, consacres, comme J'indique le litre de la section (Cariraslhana, de Qarira, corps), a la description du corps humain. II faul entendre par la nonseulement 1'anatomie et la physiologic, mais aussi 1'embryologie, qui fait 1'objet de deux chapitres speciaux ; un autre traite des conditions de la generation humaine. Le premier chapitre de la section contient un resume de cosmogonifr
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et de philosophic gene'rale, sur lequel nous aurons 1'occasion de revenir plus loin, lorsque nous exposerons la doctrine medicale de Sucruta. La Carirasthana manque a quelques-uns des manuscrits de 1'Ayurveda.
La quatrieme parti eest tres-considerable ; elle renfenne dans ses 40 chapitres non-seulement la therapeutique proprement dite, c'est-a-dire 1'application des medicaments au traitement des maladies, mais aussi la therapeutique chirurgicale, exposee avec les plusgramls details. De nombreux chapitres, epars dans 1'Ayurveda tout entier, contiennent remuneration et la description d'une quantite enorme de medicaments, et completent la maliere medicale partiellement comprise dans la Cikitsitasthana.
La cinquieme partie, ouKalpasthana, correspond a notre toxicologie, concue dans le sens leplus large. II y est methodiquement traite, dans 8 chapitres, des poisons vegetaux et des veninsdesanimaux, ainsi quedes moyens d'en combat tre les effets. Nous avons vu plus haul comment cette partie de la science fut, des les premiers temps, etudiee avec predilection par les Indous, et comment leurs connaissances sur les questions qui s'y rattachent se repandirent de bonne heure dans tous les pays d'Orient. La reputation d'habilete qu avaient acquisc les medecins de I'lnde dans 1'art de combattre les poisons et tout specialement les morsures de serpents fut connue des 1'opoque d'Alexandre le Grand, com me nous 1'apprend Arrien. La mention qu'en fait Ctesias est la seule notion serieuse qu'il nous ait fournie concernant la medecine indienne de son temps.
Les cinq premieres parties, formant un ensemble de 120 chapitres, constituent en realite un ouvrage complet; telles furent, a une epoque sans doute encore assez recente, les limites de 1'Ayurveda de Sucruta. Cela resulte des indications fournies par le texte lui-me'me. On lit en eflet a la fin du premier chapitre de la Sutrasthana: « Telle est 1'origine de la science medicale; 1'exposition de la <( doctrine sera faite en 120 chapitres. Us out ele reparlis en cinq divisions: la « premiere traite des principes generaux de la medeciue, etc. Ce qui reste en « dehors de ces divisions fera 1'objet d'une division supplementaire. » La derniere phrase est evidemment une interpolation plus recente. Uu autre passage de la meme section rend la chose tout a fait evidente. L'auteur, indiquant minutieusement le mode d'enseignement que le maitre doit employer, s'ex[irinie ainsi : « Les 120 chapitres devront etre frequemment entendus (par les e'leves) et « interpreles (par le maitre). » Ici, il n'est pas question de la partie supple mentaire (Sutrasthana, c. iv). Nous trouverions encore lacilement une preuve du meme fait dans le chapitre place f>resque au debut de 1 'ouvrage et contenant le tableau general, chapitre par chapitre, de tout 1'Ayurveda. Apres remuneration de toutes les matieres renfermees dans les cinq premieres divisions, on lit : « Nous « venous de donner ainsi une vue d'ensemble des 120 chapitres (de TAyurveda) ; « ce qui suit concerne la division qui a recu la denomination de supplementaire. »
Gette sixieme section, qui a pour tifre Uttaratantra, expression qui peut se traduire par dernier traite, traite complementaire, ou traite par excellence, est tres-considerable. Elle contient 66 chapitres, et forme plus du quart de i'ouvrage entier; elle estconsidereepar les pandits ou savants indigenes comme formant, pour ainsi dire, une oeuvre distincte du reste, non-seulement par les matieres qui y sont exposees, mais aussi par sa valeur scientifique. Gette derniere section, dit 1'Ayurveda, « en raison de la superiorite qu'elle a sur les autres, a ete qua- « lifiee d'excellente. Ce traite donne de nombreux enseignements sur des sujets « tres-varies : aussi Ta-t-on denomme le meilleur, le dernier, le definitif. » On