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y trouve d'abord une serie de chapitres sur la pathologie medicale et chirurgicale de 1'organe de la vue, et quelques-uns sur les affections du ncz, de 1'oreilleet du crane; puis une serie de douze chapitres qui rappellent les fragments de 1'Atharvaveda (4e Veda) consacres a la medecine des conjurations. Ces douze chapitres, contenant la description ct le traitement des maladies dues a 1 'action des demons ou mauvais esprits, nous jettent tout a fait en dehors des conceptions qui font la matiere du restede 1'Ayurveda, bien qu'il y soit fait allusion dans divers passages du livre. La demonopathie et les moyens d en trailer les diverses manifestations portent en Sanscrit le nom de Bhutavidya (de Bhuta, vampire, esprit malin). C'est dans cette section speciale de la pathologie que Sucruta range I'epilepsie, 1'hysterie, la i'olie, etc. Les autres chapitres de 1'Uttaratantra sont consacres a 1'etude d'un certain nombre de maladies diverses, sans grand lien entre elles ; cequi laisse manifestement devinerla preoccupation d'inserer, en appendice, les questions negligees dans le corps de 1'ouvrage.
II. CARACTERE DU MEDECI.N. EJSSEIGNEMENT ET PRATIQUE DE L'ART. DEOJJTO- IXDGIE PROFESSIONNELLE. Avant d'exposer sommairement le tableau des doctrines et des connaissances des Indous, dans les differences branches de la science medicale, telles que nous les trouvons dans 1'Ayurveda, il nous a semble ulile de dire quelqucs mots du caractere du medecin, d'apres le Sucruta, puis de faire connaitre dans quelles conditions se faisaient 1'etude et 1'exercice de 1'art, ct enfin de montrer comment etaient compris dans 1'lnde les droits et les devoirs du praticien.
De uombreux passages de 1'Ayurveda de Sugruta sont consacres a 1'exposition
de ces questions; ils sont tres-dignes d'etre remarques; partoutils sont empreints
d'un reel et profond sentiment de la dignite professionnelle. G'est avec
une veritable recherche et la plus minutieuse delicatesse que 1'Ayurveda nous
fait le tableau des qualites physiques, morales, intellectuelles, qui doivent
caracteriser 1'homme de 1'art, et lui meriter le respect et 1'affection de ses
clients. Dans le livre de Sucruta, la redaction de tous ces preceptes, auxquels
ne manquent jamais ni 1'elevation des idees, ni la noblesse des sentiments, est
evidemment due a une meme inspiration et a une seule main. II est impossible
de les lire sans se trouver iorcement reporte par la pensee a ces admirables
pages d'Hippocrate, dans lesquelles il a si brillamment montre que chez lui
1'amour de la profession reposait surtout sur la conscience qu'il avait de son
honorabilite. L'analogie entre les deux auteurs est meme frequemment assez
marquee pour amener des rapprochements de texte curieux, dont nous citerons
quelques exemples, et sur lesquels nous reviendrons plus loin.
Ce nVst pas seulement au praticien que Sucruta trace les regies de son devoir: c'est au jeune eleve, des son debut dans 1'e'tude, au Brahmacari, que s'adressent tout d'abord ses conseils.
a. Initiation des disciples. Ne s'adonnait pas qui voulait a 1'etude et a la pratique de la medecine. La premiere condition etait d'appartenir a 1'une des trois castes superieures, c'est-a-dire a celle des Brahmanes ou des Kshattriyas (c:istedes guerners), ou des Vaicyas (caste des cultivateurs et des commerQants). La caste meprisee des ^ludras etait exclue formellement. Neanmoins, dans certaines conditions exceptionnelles, c'est-a-dire lorsque le candidat presentait des garanties incontcstables d'honoi abilite et de moralite, tant par lui-meme que par la famille a laquelle il appartenait, 1'interdit pouvait etre leve, et 1'autorisa-
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tion accordee. L'instruction donnee aux disciples appartenant a la classe des (Judras, dans ce cas, ne difierait qu'en un point de 1'education professionnelle des autres eleves; on ne leur enseignait pas, ce qui eut ete un veritable sacrilege, 1'usage des mantras, c'est-a-dire des prieres conjuratoires. Ces mantras etaient a peu pres etrangers aux textes medicaux ; on en rencontre dans le Sucruta quelques exemples certainement interpoles ; c'elaient des fragments extraits des Vedas ou des livres vediques. On les trouve surtout en grande abondance dans 1'Atharveda, ou ils constituent des chapitres entiers. C'etaient des appels a la puissance surnaturelle, des sortes d'exorcismes, qu'on mettait en usage specialementcontre les symptomes dependant du systeme nerveux : convulsions, spasmes, etc.
L'initiation des disciples etait une ceremonie d'un caractere essentiellement religieux et solennel. Elle avait lieu conformement a des rites qui etaient observes avec la plus grande ponctualite. Un Brahmane pouvait initier un disciple appartenant a une classe quelconque de la societe, en tenant compLe des restrictions indiquees tout a 1'heure pour les personnes appartenant a la caste inferieure des Qudras, lesquels representaient plus specialement, dans la popula tion, la race conquise. Un medecin appartenant a la caste guerriere, c'est-a-dire Kshattriya, ne pouvait donner 1'initiation a un jeune brahmane,mais settlement aux disciples appartenant aux deux autres castes; quant au Vaicya, representant de la troisieme caste qui comprcnait les commcrcants et les cultivateurs, il ne pouvait initier qu'un disciple du meme rang que lui.
Avant de proceder a la ceremonie, le maitrc s'etait assure que son candidat possedait bien toutes les qualites requiscs, pbysiques et morales, indiquees par les rites, et qui paraissent avoir ete tout a fait obligatoires. Le candidat devait jouir d'une bonne sante, avoir le corps sain, etre fort, vigoureux, actif, capable de supporter la fatigue. II devait avoir un physique agreable, les levres minces, la bouche, le nez et les yeux bien reguliers, etc. Mais il etait en meme temps indispensable qu'il eut fait preuve d'un caractere aimable et bienveillant, d'un esprit vifet actif, d'un jugement droit et sur, d'une memoire suffisamment developpe'e.
Le nombre des personnes qui pouvaient assister a la ceremonie d'initiationou d'invesliture (en Sanscrit Upanayana) etait tres-limite et fixe par des regies scrupuleusement observees; c'etaient, ainsi que nous 1'apprend une note de 1'edilion de M. Anna Moreshvar Kunte (voy. A Collection of Sanskrit Medical Works, fasc. 1, p. 17), le pere, le grand-pere et 1'oncle maternel du candidat, les homines de la proche parente et quelques autres personnes designees.
Lorsque toutes ces conditions etaient remplies, il pouvait etre precede a 1'admission du disciple. La ceremonie durait quatre jours; elle necessitait pour le sacrifice, qui en etait la partie essenlielle, un materiel special de vases consacre's, d'ornements et de vetements, de cordons d'investiture, etc.
II fallait ensuite choisir pour la ceremonie le moment le plus propice d'une journee de bon augure, et reunissant les'meilleures conditions astrologiques, resultant de 1'action combinee des mansions lunaires, de la marche des constel lations, etc.
Apres le choix de la journee venait celui du lieu, car 1'initiation avait lieu en plein air. II fallait un emplacement uni, propre, non contamine par la presence d'une femme etant dans la periode menstruelle, etc.
Ces precautions, quelques minutieuses qu'elles paraisssent, etaient strictement observees, et Caraka, dont le livre, aussi important que celui
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de Sucruta, porte davantagc les marques d'une influence religieuse, les present avec beaucoup plus de details encore. TJn autel special, temporaire, de forme carree, etait construit, avec une orientation calculee, dans un espace circonscrit par des lignes tracees sur le sol, recouvert comme 1'autel, deplantes el de (leurs choisies, et prealablement arrose de liquides parfumes, destines a le garantir centre les malefices. Le feu etait allume sur 1'aulel, et entrctenu par des bois d'essences specifiers exactement. Alors, le jeune disciple, apres avoir honore les divinites, les brahmanes et les medecins pre'sents, par des ofl'randes de fleurs, de pierres pre'cieuses et de riz grille, prenait dans I'enceints la place qui lui etait designee. Puis venait un certain ceremonial, execute successivement par le maitre et par 1'eleve; le brahmane faisait troisfoisle tour du feu sacre; enlinr amenant pres de 1'autel son jeune disciple, il lui adressait ces graves paroles, qui ne sont pas deplacees a cote du serment d'Hippocrate :
« Tu rest eras eti anger a la concupiscence et a la haine, a 1'avarice et a la « fourberie, a 1'orgueil et a 1'ostentation, a la ruse et a 1'envie; tu eviteras le « mensonge ; tu ne seras jamais ni lache, ni paresseux. Toujours soigneux de « ta personne, sois vetu convenablement, porte les chevcux et les ongles courts, « et liens, en toute maniere, le genre de vie d'un brahmacari reelleruent « sericux. Regie ton attitude, ton action et ton repos, tes repas et ton travail, « suivant mes indications, et mets tous tes actes en conformite avec mes desirs. « Si tu agis autrement, tu commettras des fautes, tes connaissancesneporteront « aucun fruit et tu n'arriveras jamais a la celebrite. Et moi-meme, d'un autre « cote, si j'agis irregulierement, si je te laisse t'egarer, je ferai des fautes, et « ma science restera sterile.
« Tu soigneras les brahmanes, les maitres, les pauvres, les biemeillants « ascetes, les humbles, les religieux, les abandonnes et les holes, comme s'ils « etaient tes freres, et tu leur donneras, a tes frais, les medicaments :c'est ainsi « qu'on arrive a 1'estime. Tu refuseras tes soins aux chasseurs, aux oiseleurs, « aux criminels et a ceux que la societe a rejetes. C'est ainsi que tu feras « honneur a ta science, et cela te procurera des amis, des succes, de la gloire « et de la richesse, et la satisfaclion de tes desirs ».
On trouve ici, formellement exprimee, la prescription que 1'on a parfois regrette de ne pas rencontrer dans le serment d'Hippocrate, celle de soigner gratuitement les pauvres; le medecin indou s'engageait meme a leur fournir gratnitement les medicaments necessaires. Hippocrale, nous le savous, dans d'autres ecrits, plus authentiques, peut-etre, que le serment, fait allusion a la necessile de soigner les pauvres, dans des termes qui ne laissent aucun doute sur sa maniere d'agir, laquelle n'e'tait pas moins honorable que celle que Sucruta prescrivait a ses disciples. Nous aurons 1'occasion de revenir sur les questions de cet ordre, en trailant de la pratique de 1'art, selon Sucruta.
b. Enseignement de la medecine. Les renseignemenls concernant 1'initiation des disciples sont concentres dans un chapitre special (Sutrasthana, c. n), ceux qui ont trait a 1'enseignement viennent a la suite (id., c. in et iv); nous avons la bonne fortune, pour les uns etpour les autres, de pouvoir prendre pour guide le Iravail du professeur Anna MoreshrarKunle (op. cit., p. 17-25), quiles a enrichis de notes et de commeiitaires, d'autant plus interessanls etprecieux, qu'ils viennent d'un indigene e'rudit.
Rien dans TAyurveda n'indique qu'il y ait eu dans 1'Inde de veritables ecoles, au sens moderne du mot; 1'enseignement, comme celaavait lieu autrefois
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dans les ecoles grecques, y etait donne tout particulierement par un maitre en renom, dont la reputation attirait les eleves dans son voisinage. Ce maitre, nous le savons par le texte meme, admettait un uombre restraint d'eleves, et, muui lui-meme de connaissances encyclopediques, au point de vue medical, tout au raoins, se chargeait de leur instruction entiere. Le livre de Sucruta nous en fournit la preuve : ne voyons-nous pas que d'un bout a 1'autre il est dicte par Dhanvantari a une reunion d'auditeurs? Le c-iractere fictif de cette indication ne Jui ote rien de sa signification, puisqu'elle est donnee par 1'auteur justement pour augmenter le credit et 1'importance de 1'ouvrage.
L 'initiation supposait une instruction pre'paratoiredejaacquise par le disciple. Les termes memes dans lesquels 1'Ayurveda parle de cette investiture nionlrent que les medecins y attachaient une tres-grande importance. Cela tient, enlre autres motifs, a ce qu'elle etait la marque eclatanle de I'assimilaliou de 1'Ayurveda, ou Veda de la sanle, aux autres Vedas. II constitue, comme nous le savons, un des quatre appendices, connus sous le nom d'Upavcdas ou veda, inferieurs, specialement annexes a 1'Alharvaveda.
Cette assimilation de 1'Ayurveda au Veda proprement dit, qui donnait a la si-'ience medicale le caraclere de la parole revelee, entrainait forcement ['observa tion des memes regies, relativement au mode d'enseignement; c'est en effet ce que nous allons voir.
Mais, avant de dire comment se passait la journe'e de 1'etudiant, remarquons (out d'abord que Jes leconsdu maitre ne pouvaientetre donnees sans interruption. II y avail des jours de chomage re'guliers et prevus, et d'autres plus accidentels. Les Indous, comme nos populations du moyen age, et comme c'est encore un peu le cas aujourd'hui dans 1'Inde el ailleurs, se ci'oyaient constamment enveloppes de puissances malfaisantes, d'esprils malins, contre lesquels il n'existail d'autre garantie souveraine que 1'observation scrupuleuse de certains rites. II y avail dans le mois six ou huit jours, fixes par le cours de la lune, pendant lesquels 1'eleve devait regulierement suspendre s'es etudes. 11 agissait de meme pendant les jours marque's par de violents orages, avec eclats de la foudre, les jours d'emeule, ou de letes publiques et de rassemblements populaires; en un mot, dit le texte, ce qui vient confirmer 1'opinion indiquee tout a 1'heure, chaque fois que les brahmanes devaient suspendre 1'etude des Yedas. D'autres molils encore plus puerils devaient iaire interrompre la lecon commencee;cela arrivait, par exemple, si, pendanl que le mailre parlail a son eleve place en face de lui, un animal quelconque, chien, dial, rat, etc., venait a passer entre eux deux; 1'etude etait suspenaue pendant vingt-quatre heures (A. Moreshvar Kunte, op. cit., p. 34, note).
L'enseignement de la medecine devait etre a la fois theorique et pratique, d'apres les prescriptions de 1'Ayurveda. L'enseignement tbeorique consistait tout d'abord dans 1'etude des textes, je dirais volontiers, officiels. Le maitre les exposait a 1'eleve dans un ordre determine, mot par mot, pbrase par pbrase, verspar vers;puis les mots et les mem bresde phrases d'un meme passage elaient ensuite rapproches et exposes ensemble, de maniere a en bien faire ressortir le sens. Pendant ce temps 1'eleve, qui devait toujours arriver convenablement vetu, recueillait les jiaroles du precepteur, dans une attitude attentive el serieuse, 1'esprit calme. Tout etait prevu pour les rites, jusqu'a la maniere dont il devait s'asseoir. On trouve dans le livre de Caraka de minutieuses indications du meme genre, conformes d'ailleurs a celles que nous rencontrons, avec de grands delails,