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dans les lois de Manu (Manoa) (voy. MANAVADIIARMACASTRA [Lois de Manou, II, 175)]. L'eleve s'efforcait ensuite de retenir dans sa memoire les textes exposes, et les repetait plusieurs fois dans ce but. Sa diction devait elrc nette, suivie, claire, sans accompagnemeiit de gestes, ni de mouvemenls inutiles des levres et des sourcils ; sa voix agreable, ni trop elevee, ni trop basse. Ces minuties innombrables, dont nous epargnons une partie au lecteur, tendaient toujours au meme but: 1' assimilation de 1'Ayurveda aux Vedas, dont les formules, si puissantes dans la bouche des Brahmanes, pendant les sacrifices, etaient reputees |n'nlre toule action, par la moindre faute d 'accentuation dans la maniere dont elles etaient re'citees. Ce mode d'enseignement par les brahmanes date de toute antiquite ; il est signale par Strabon d'apres Megasthene (1. XV).
L'etude machinale du texte n'etait que la premiere partie de 1'enseignement, la partie rituelle proprement dite et preliminaire ; elle etait completee par des explications detaillees, des discussions contradictoires dont Sucruta reconnait formellement la necessite'. Sanscela, dit-il, 1'elevc endosse simplement un fardeau; il devient semblable a un ane charge d'un poids de bois de santal, et qui sent le poids de sa charge, sans avoir conscience du piecieux parfum qu'elle degoge. Dans certains cas, il etait meme regard e comme necessaire de recourir, pour 1'elucidation de passages difficiles, aux lumieres founiies par d'autres sciences, etde s'iidresser a 1'obligeance de ceux quiy etaient verses; dans une assez large mesure, le medecin devait lui-meme acquerir des notions dans les branches du savoir qui continent a la medecine, sans y etre comprises. Caraka va meme plus loin que Sugruta dans cette voie:il conseille aux me'decinsde tenirdeveritables reunions scientifiques, ou devront etre discutes lous les points douteux de la theorie et de la pratique ; il consacre a cette question un chapitre de son livre (Vimanasthana, c. via) ou sont exposees des regies de logique et toute une methode d'argumentation (voy. A. Moreshvar Kunte, op. cit., p. 55, note}.
L'instruction pratique des disciples etait le complement naturel de 1'ensei gnement theorique. La necessite en est proclamee, en toute occasion, dans 1'Ayurveda. « Gelui, dit Sucruta, qui a simplement appris les principes de la « medecine, mais n'a pas recu d'instruction pratique, manquera de sang-froid « en presence d'un malade, comme un poltion qui perd toute contenance dans <i une balaille. D'un autre cole, celui qui par precipitation se lance dans la pra- « tique sans prendre le temps d'etiidier les principes de 1'art est indigne de « 1'appui des gens instruits, et merite d'etre puni par le prince. Tous deux sont « insul'fisants et aussi incapables de devenir des praticiens que Test uu oiseau « de voler avec une seule aile. » Entre les mains de semblables gens, les remedes deviennent des poisons et les instruments des armes dangereuses, etc. (Sugruta, Sutrasthana, c. in).
L'enseignement pratique etait double ; ily avait d'abord les etudes (technique, ou plus exactement de ce qu'on a appele la policlinique. Les medecins indous etaient essentiellement periodeutes. 11s voyageaient, nous apprendledocteurMise (Commentary on the Hindu System of Medicine, p. 12), de tous cotes, soignant les malades, accompagnes de leurs disciples, auxquels ils fournissaient ainsi 1'occasion d'etudier les maladies, les effets des remedes, Tinlluence des elimats, et les formes pathologiques diverses.
Puis, il y avait les exercices de laboratoire, diriges par le precepteur luimeme. Quand 1'eleve, dit encore Sucrut;), aura appris la doctrine entiere, son maitre devra encore lui enseigner les exercices pratiques ; il lui montrera 1 art
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de faire les incisions, les frictions, lespansements, etc. II donne ensuite a 1'etudiant une serie de conseils speciaux qui doivent lui servir de guide. Les Indous, comme nous savons, evitaient autant que possible de faire souffrir ou mourir les animaux : ils n'osaient done recourir aux vivisections. D'un autre cote, s'ils pouvaient dans des circonstances exceptionnelles et rares se livrer a quelques etudes d'anatomie humaine, ils n'avaientcertainement pas 1'occasion de s'exercer sur les cadavres suffisamment pour etudier ainsi la medecine operatoire. 11 leur restait la seule voie que Sucruta indique : le simulacre des operations. Ainsi, les incisions se pratiquaient sur lY'corce des gros fruits, a consistance un pen ferme, comme les courges, les melons, etc., les scarifications sur une peau tendue, les saignees sur les tiges creuses, les ponctions sur les fruits vides ctremplis d'eau, les sutures sur les marges des feuilles, les extractions de dents sur les maclioires d'animaux morts, etc. Le me'decin prudent, desircux de devenir habile, nc devait manquer aucune occasion de s'exercer ainsi. Le disciple recevait, de cette maniere, toule I 'instruction compatible avec les connaissances et les moeurs de son epoque et de son pays, apres quoi il obtenait du souveraiu, ou Raja, 1'autorisation d'exercer son art.
b. Exercice de lamedecine ; deontologie professionnelle. « Le veritable praticien, scul digne dece nom, dit Sugruta, t'est celui qui, apres s'etre instruit aux lecons d'un precepteur, continue de mediter sans cesse sur les rlonnees de la science, en meme temps qu'il s'habitue a la pratique de son art. Tons les autres sont des fripons. » Ces quelques lignes suflisent pour niontrer que, d'apres I'Aynrveda, toutes Jes qualites requises cliez le disciple doivent se retrouver chez le mcdecin.dansses rapports avecsesmalades. Nous rencontrons, en effet, a plusieurs reprises, les memes prescriptions concernant la tenue, le costume, la toilette, en un mot, toutes les qualites physiques. Mais il insiste surtout sur les qualite's morales. Le medecin indou se montrera toujours d'humeur aimable, en meme temps que serieux sans prevention. II sera lionucte, sobre, chaste, esclave de la verite. Mais la qualite predominante chez lui sera une inepuisable bienveillance ; son malaJe ne devra en aucun cas attendre sa visite avec crainte ou inquietude; il devra se niontrer pour cela plus doux et plus attentif qu'un frere, qu'un maHre, qu'une mere meme, puisque ceux-ci doivent a 1'occasion savoir se faire craindre. Mais il evitera avec soin les familiarites inutiles, surtout avec les t'emmes, et n'acceptera d'elles, dans ses visites, d'autres presents que l,i nourriture dont il pourra avoir besoin. Ces preceptes, on le voit, rappellent presque textuellement ceux qui abondent dans certains livres de la collection hippocratique (voy. des Preceptes, de la Bienseance, du Medecin, etc.). Nous aurons encore 1'occasion de faire d'autres rapprochements du meme genre.
Le nuage de superstition qui enveloppait tousles instants de la vie de 1'Indou d'autrefois, et qui n'est pas dissipe aujourd'hui, influait singulierenjent sur les allures du medecin. Gonvaincu que presque tous les evenements, en apparence les plus insiguitiants, qui se passent en dehors de la volonte d'un hommer peuvent avoir pour lui la valeur d'un presage, et par consequent doivent etre observes et recueillis dans 1'interet du malade, parce qu'ils pourront aider a fixer le proiiostic, il lui faul appliquer son attention non-seulement a tous les phenomenes de la maladie, etudiee dans ses causes et ses manifestations, mais aussi a toutes ces conditions concomitantes desquellesuneinterpi'e'tation est possible. Les traces des preoccupations imposees aux medecins par de semblables croyances se rencontrent a chaque page; en outre, tout un longchapitre del'Ayurvedacontient
une enumeration singulierement detaillee des presages favorables et defavorables, qui peuvent fixer sur le sort probable d'un malade (voy. Sucrula, Sutrasthana, c. xxix ; des presages favorables ou defavorables aux malades, qu on pent tira des tnessagers, des auspices et dessonges). Les premieres remarques que faisait un medecin mande pres d'un malade portaient sur le messager qui lui ctait envoye. Son nom est-il malsonnant, c'est deja d'un mauvais augure; de meme s'il s'exprime sans deference, s'il est mal vetu, s'il secoue ses vetements en parlant, etc. Quelques-uns de ces auspices etaient le resultat d'idees des plus etranges, repondant a ce que Ton a appele la medecine des signatures. Ainsi, le messager abordait-il le medecin dans le voisinage d'un cours d'eau, c'etait d'un tres-bon augure, si le malade etait atteint de diarrhee ou d'incontinence d'uriue. Les observations conlinuaient pendant le trajet pour se rendre cbez le malade, portant sur tous les objets qui se trouvaient sur la route, puis dans la maison meme du client, dont toutl'entourage, les gens et les choses, etaient 1'objet de ses investigations interessees.
Un autre resultat de cet etat d'esprit du medecin indou fut de lui donner dans bcaucoup de circonstances les allures d'un thaumaturge. II devait en effet se preoccuper des moyens propres a eloigner les puissances malfaisantes qui menacaient son malade, et aussi de contre-balancer ou de de'truire les effets de leur intervention, quand il croyait en decouvrir les traces. De laces formules conjuraloires, ces invocations dont nous avons deja dit quelques mots a propos des restrictions apportees an droit d'excrcice de la medecine par les honimes de la derniere caste ou Qudras. Le medecin devait y recourir dans certaines circonstances delcrminecs, soil pour eloigner lesmalefices, soil pour sauver les malades empoisonnes, soit pour aider a la guerison de diverses maladies, etc. Nous trouvons, par exemple (Qarirasthana, c. x), une invocation pour procurer unlait excellent et abondant a une nourrice. Ailleurs, dans unchapitre fort interessant (Sutrasthana, c. v) concernant les precautions preliminaires qui doivent preceder une opera tion chirurgicale, nous voyons indiquee la necessite de reciter les mantras favo rables, lesquels pouvaient etre d'autant plus complexes, que les Indous etaienl arrives a se figurer chaque membre et chaque partie du corps sous la protection d'une divinite speciale. L'Ayurveda contient douze ou quinze invocations de ce genre ; nous avons deja dit qu'elles doivent etre des interpolations plus ou moins tardives. Le medecin dans ces conditions arrivait pres de son client 1'esprit un peu prevenu, et ces impressions regreltables ont du plus d'une fois fausser son jugcment. Lesproce'des de diagnostic etaient pourtant tres-rationnels et meritent d'etre signales ; nous les trouvons sommairement indiques dans un curieux chapitre (Sutrasthana, c. x) intitule : ViciklianupraveQaniyam, De I'arrivee dans la chambre du malade1. Le medecin, introduit pres d'un malade, au milieu des signes et des presages favorables, 1'examine, le touche et 1'interroge. « A « 1'aide de ces trois moyens de diagnostic, on peut reconnaitre la plupart des v maladies ; c'est ce que quelques-uns disent ; mais ce n'est pas tout a fait exact, « car il y a, en realite, six voies pour arriver au diagnostic, les cinq sens et 1'in- « terrogation. » Par le toucher, on constate la temperature, la consistance, la dimension, etc., des parties malades ou du corps, dans les cas de fievres, de tumeurs, etc. Par la vue, on reconnail les changements de volume, les blessures,
1 De vigikha, chambre de malade, et anuppraveganyam, qui signifie le fait d'etre intro duit. Le docteur Ilessler, cherchant une difficuke la ou il n'y en avait pas, a mal interprets ce titre.
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les traces de 1'age, les variations de coloration, etc. Le gout sert a appreeier la saveur del'urine, etc. L'odorat sert a percevoir les emanations des plaies, oudes malades eux-memes ; parfois les odeurs aident a etablir un pronostic. Enfin, par rinterrogatoire du malade, on sc renseigne sur les questions de lieu, de temps, d'origine, de causes; on apprend Tintensite des douleurs, 1'etat des forces, la marche de la digestion, des gaz, des secretions et excretions, des menstrues, et lout ce qui concerne revolution de la maladie.
C'etait settlement apres avoir examine attentivement son malade, conformement a ces regies, que le medecin instituait un traitement. Et encore, en cas de diagnostic douteux, la plus grande prudence lui etait-elle conseillee; il devait reserver son action, en meme temps que son jugement, et ne jamais administrer des remedes a 1'avenlure. « Un tel medecin, dit Sugruta, ce serait 1'ange de Yama (dieu de la mort). »
Nous avons vu deja combien la plus grande bonte, le plus complet devoucment, devaient earacteriser le medecin digne de ce nom. Neanmoins ce louable et genereux empressement pouvait faire defaut parfois, ou etre tout au moins fort attiedi, dans certaines circonstances que nous allons inaiquer. II y avait deux categories de malades auxquels le medecin indou devait refuser ses soins. Les uns devaient etre repousses par lui pour cause d'indignite. C'etaient d'abord, comme nous 1'avons vu dans les paroles adresse'es par le bralunane au disciple qui recevait le cordon d'mvestiture , les chasseurs et les oiseleurs, c'est-a-dire ceux qui, par metier, versaient sans scrupules le sang des animaux, ce qui aux yeux des brahmanes est une cause de deshonneur, puis les criminels et les gens sans aveu. C'etaient ensuile tous les ennemis du roi. Si dans le premier cas nous voyons la conscience du pretre etouffer celle du medecin, nous nous trouvons ici en presence de faiblesses morales d'un autrc ordre, aidees souvent sans doute par la crainte de deplaire a une puissance souveraine et qui n'eut pas pai donne.
La deuxieme categorie de malades que le medecin devait delai^ser, c'etaient ceux chez lesquels il avait reconnu des signes evidents d'incurabilile. II devait en agir ainsi, dit 1'Ayurveda, sous peine de s'exposer a perdre sa reputation et a subir 1'abandon de ses propres amis. Des que quelque malade considerable ou simplement bien connu venait a mourir, dans le cours d'un traitement, il en resultait toujours des chances de deconsideration pour le medecin ; le public ne manquait pas de proclamer qu'il n'avait pas su reconnaitre le caractere d'incu rabilite de la maladie, puisqu'il avait tente de la guerir. De la, pour le medecin, la necessite d'une grande circonspection, dictee parle souci de sa consideration. G'est pour ce motif que le medecin, apres avoir pose son diagnostic et e'tudic son malade, devait immediatement et avant d'entreprendre le traitement songer m pronostic et se demander a quelle categorie appartenait 1'affection en face de laquelle il se trouvait, c'est-a-dire si elle etait facile a gnerir, susceptible d'etre soulagee ou incurable. Dans ce dernier cas, sa conduite etait tonte tracee : il devait s'abstenir. Sucruta insiste sur cette pratique dans de nombreux passages; de plus, 1'Ayurveda traite, avec details, des symplomes qui doivent entrainer 1'abstention du medecin et 1'aider a reconnaitre qu'une maladie appartient a la classe des pralyakhyeya, c'est-a-dire quit faut refuser (to be given up, dit Anna Moreshvar Kunte) ; il consacre a cette question deschapitres entiers (Sutrasthana, c. xxvin, Du pronostic favorable ou de'favorable des affections chirurgicales, id., c. XXXIH, De T incur abilite). De telles habitudes professionnelles sont diffi-
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ciles a concevoir de nos jours, et plus difficiles encore a faire concorder avec les preceptes de devouement et de bienveillance dont le medecin devait donner les prcuves. II faut, pour les comprendre, tenir compte des milieux sociaux, des temps et des mo3urs, et rieu ne peut mieux de'montrer comment la morale pratique est chose contingente, variable en soi et indefmiment perfectible.
11 ne faudrait pas croire d'ailleurs que cette particularity des moeurs medicales de 1'antiquite fut speciale a Sucruta, ni meme aux Indous, car les autres auteurs, et particulierement Yagbhata dans sa Sutrasthana (voy. c. s. ; A. M. Kunte, op. cit., p. 57, note), professent les memes idees. II en etait de meme chez les Grecs et chez les hippocratistes en particulier, aussi bien ceux de 1'ecole de Cos que ceux de Guide. II est question de ces habitudes, a plusieurs reprises, dans la collection bippocratique; 1'auteur du livre de I' Art en parle meme sur un ton qui indique quelque passion et la necessite de repondre a des adversaires, sinon a 1'opinion publique defavorable. « D'autres, dit-il, enraison desmedecins « qui refusent de se charger des maladies desespere'es, attaquent la medecine et « disent que les cas qu'elle entreprend de trailer gueriraient d'eux-memes, mais « qu'elle deserle justement ceux ou il est besoin de secours et que, s'il y avail « un art, il faudrait guerir tout egalement. Ceux qui tiennent ces discours, s'ils « blamaicnt les medecins de ne pas les soigner, eux qui parlent ainsi, comme « gens en de'lire, leur adresseraient un reproche plus vraisemblable que celui « qu'ils leur adressent. En effet, demander a 1'art ce qui n'est pas de 1'art, ou « a la nature ce qui n'est pas de la nature, c'est etre ignorant, et 1'etre d'une « ignorance qui tient plus de la folie quedu defaut d'instruction, etc. ». II n'y avail la, en definitive, qu'un acte de grossierete de moeurs, qui concordait avec IVpoque et le defaut d'un bienveillant sentiment d'humanite et de devouement, lequel d'ailleurs n'eut ete ni compris, ni favorablement interprete. Infiniment plus reprehensible a nos yeux etait la conduite que Platon attribue a Esculape, lorsqu'il fait dire a Socrate, repondant a Glaucon (Rep. HI, trad. Cousin, t. IX, p. 171), que ce medecin ne vou'ait pas se charger de prolongerla vie des sujets radicalement malsains, pour eviter de les mettre a meme de produire des etres destines a leur ressembler. Esculape, pretendait Socrate, estimait « qu'il ne faul « pas trailer ceux qui ne peuvent remplir la carriere marquee par la nature, a parce que cela n'est avantageux ni a eux-memes, ni a 1'Etat », ce qui legitimail parlaitement la reponse de Glaucon : « Tu fais d'Esculape un politique. » Dans son Histoire de La medecine, Renouard, qui cite ce passage, le fait suivre de cette sage reflexion, que le medecin ne doit pas s'eriger en juge de son maiade, mais doit se conlentcr d'etre sa providence.
Le medecin qui agissait dans sa pratique conformement aux preceptes de 1'Ayurveda faisait usage d'une polypharmacie considerable dans le traitement des maladies et pratiquait couramment un grand nombi'e d'operations cliirurgicales, ayant a sa disposition un arsenal complet. Autrefois, comme aujourd'hui encore, il preparait lui-meme les medicaments. Dans certaines parties de 1'Inde, le medecin, qui se rend chez son client, porteur d'une petite cassette ou il puise les remedes qu'il veut lui administrer, nous represente sans doute assez bien encore 1'adepte des vieilles ecoles.
L'Ayurveda nous dit quelques mots de la question des honoraires, qui necessairement devaient etre tres-variables et proportionnes a la position du client. De la part des riches, le medecin devait reclamer une indemnite pe'cuniaire suffisante; les soins qu'il donnail aux pauvres avaienl pour recompense la recon-
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naissance et 1'affection de ceux-ci, lc benefice d'une bonne renomme'e et d'uu progres dans la voie de la vertu. Les brahmanes et les maitres devaient etre traites comme les parents et les amis intimes, c'est-a-dire gratuitement, en vue de hire le bien, et dc preparer au medecin, apres celte vie, 1'affranchissement de Tame, but supreme des existences terrestres.
Nous ne pouvons mieux terminer ce qui a trait a la profession medicale qu'en donnant la traduction d'une partie du chapitre xxxiv de la Sutrastbana de Sucruta, lequel contient un resume des bonnes conditions de la pratique medi cale. Nous possedons de ce chapitre non-seulement la traduction de Hessler, quelque peu fautive, mais celle du docteur Haas dans son memoire (Z. D. M. G., t. XXXI, p. 660) et la traduction d'unejs interpretation persane (id., t. XXX, p. 640).
« Tout 1'art de guerir va sur quatre pieds. Ce sont : 1° le medecin; 2° le malade; 3° le remede; 4° le garde-malade. Deces quatre, le medecin est le plus serieux et son aide est inappreciable parce que, quand le medecin est luibile, il pent, avec 1'aide de Dieu, guerir de graves maladies dans un court espace de temps. Les trois autres « pieds » , bien qu'ils soient comme ils doivent etre, restent, sans le medecin, completement inuliles, comme dans le sacrifice, quand on a I'udgatri, le liotri et le brahmane sans 1'adhvaryu (ce sont les qualre pretres) ; lorsque, au contrairc, le medecin est seul et que les trois autres conditions ne sont pas ce qu'elles devraient etre, alors pourtant il pourra encore faire des clioses utiles, comme un pilote, meme seul (c'est \-dire sans la voile), pourra aussi arriver parfois a guider un bateau. (Je vais mamtenant donner, des quatre pieds de la medecine pratique, unc explication ou il sera dit cc que chacuu doit etre.) Sacbe qu'il fautque le praticien intelligent dans 1'art medical ait ete instruit par d'excellents maitres, de sorte qu'il ait appris d'eux les moyens de guerir et qu'il en ait decouverl lui-meme. II faut qu'il ait la main legere, qu'il soil pur, qu'il ait de la decision ; ilfaut qu'il ait toujours a sa portee ses instru ments et des remedes pour toutes sortes de maladies; il doit etre en etatd'agir d'apres les inspirations de son propre esprit, qu'il ait deja, ou non, rencontre des cas semblables; il apportera dans. 1'exercice de ses Ibnctions la sagesse, 1'amour de la verite et la pratique de la justice. Un tel medecin est un des quatre pieds de la medecine. Le malade doit etre tel que sa maladie soil ayant tout curable et qu'il puisse supporter la douleur. II doit etre maitre de luimeme et capable de se priver de plaisirs nuisibles en meme temps que dispose a executer fidelement les prescriptions du medecin. l*n tel malade est aussi un des pieds de la medecine. Le remede doit avoir cru sur un bon sol, avoir etc reeolteen temps propice, etetre donne en proportion exactc; il doit repondre au desir du patient et du medecin, par sa couleur, son gout et son odeur. Doue de proprietes calmantes, il ne doit provoquer ni evanouissement, ni degout, et, quand il est prescrit pour un but determine, il ne doit pas, meme si 1'effet est oppose a celui qui etait desire, pouvoir causer un dommage serieux. De plus, il doit etre donne dans un moment favorable. Un tel medicament est aussi un des pieds de 1'art de guerir. Le garde-malade doit etre sur, gracieux; il ne doit pas etre inutilement timide dans 1'exercice de ses fonctions et dans les soins destines au malade; il doit se mettre a 1'oeuvre avec reflexion. II ne doit pas se detourner avec degout des dejections du malade. Qu'il s'ecrive derriere les oreilles la parole du medecin et qu'il ne s'adonne pas a la paresse. Un tel gardemalade est aussi un des qualre pieds sur lesquels marche la medecine. « s. XII. 42
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III. DOCTRINE MEDICALE DE L'AYURVEDA. LA SIEDECIJVE DES LXDOUS ET LA MEDECINE GRECQUE. Nous terminerons ce travail par line etude concise de la doctrine medicale contenue dans 1'Ayurveda. Sans nous bqrner a un examen intrinseque dcs idees et des theories qui en sont la base, nous etablirons les relations que cette doctrine peut avoir avec les doctrines pbilosojjbiques, nous lie disons pas de la meme epoque, car ici toute chronologic fait defaut, mais du meme pays. Nous aurons a voir aussi si un lien visible la rattache aux notions physiologiques qui marquerent les debuts de la pensee medicale dans 1'Inde vedique et que nous avons examinees ailleurs (voy. DHANVANTARI) . Nous aborderons ensuite line question connexe, difficile et se'rieuse ; nous aurons a nous demander dans quellemesure la medecine de 1'Inde, et notamment la doctrine et la science de 1'Ayurveda de Sucruta, sont des produits indiens, et quelles sont notamment leurs relations avec les connaissances medicales des anciens medecins grecs; nous n'aurons pas la prevention de trancher definitivement le debat ni d'e'lucider completement une question sur laquelle on est encore actuellement fort divise, mais nous ne desespe'rons pas d'arriver a jeter un pen de lumiere sur ce sujet. a. Doctrine medicale de 1'Ayurveda. On pourrait justement dire de la medecine de Sucruta ce que les Anciens eux-memes disaient de celle d'llippocrate, qu'elle etait essentiellement dogmatique. La part que 1'A'yurve'da fait a la theorie est incontestablement considerable et excessive; et cette exageration nous frappe d'autant plus que les efforts qu'ont coutes ces systematisations a outrance nous apparaissent trop souvent comme ste'riles. Neanmoins, on ne peut s'empecher de reconnaitre dans ces conceptions hatives, si deraisonnables qu'elles soient, les marques d'une grande force intellectuelle. On pourrait, non sans justice, appliquer aux medecins indous ce que Littre' disait des doctrinaires de la science grecque : « Ce que je signale comme un trait de genie dans 1'ancienne « medecine des Hellenes, c'est qu'ils aient eu une puissance de generalisation « assez grande pour edifier, avec les donnees qu'ils avaient, un systeme qui « continl ces donnees, qui en fut le lien logique et qui constituat une science » (Littre, OEuvres completes d'Hippocrate, t. I, p. 459). Le raisonnement, chez les Indous comme chez les Grecs, etait trop souvent en avance sur 1'observation et sur 1'experience; mais, dans Flnde comme en Grece, on avait compris que la voie scientifique veritable est une : « celle du raisonnement fondti sur 1'experience » («/., p. 464).
La doctrine medicale de Sugruta est completement humorale; elle repose sur la conception de 1'existence dans le corps humain, auquel elles serventde substratum, qu'elles contribuent a constituer et a faire durer, de trois humeurs radicales, qui portent en Sanscrit les noms de vdta, pitta et cleshman, c'esta-dire 1'air, la bile et le phlegme ou pituite; cleshman signifie a proprement parler ce qui adhere, ce qui est gluant (Cfr. clesha, cohesion). L'etat de parfaite sante a pour conditions : une exacte repartition proportionnelle de chacune des trois humeurs elementaires dans les differentes parties du corps, une activite moderee et normale dans les mouvements et les deplacements de ces humeurs, c'est-a-dire dans le jeu physiologique des phenomenes de la vie; 1'etat de sante, c'est done ce que, dans le langage hippocratique, on appelait la erase des humeurs. L'air, la bile et le phlegme, qui sont pour le corps ce que le soleil, la lime et 1'air, sont pour 1'univers, sont aussi denommes souvent les trois colonnes qui soutiennent le corps. Leur activite meme est celle de la vie; viennent-elles a etre frappees d'inertie, le corps marche a sa dissolution imme-
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diatement. « Avec leur aide, au contraire, et celui d'un quatrieme principe, le sang, le corps nail, dure etjse dissout suivant une marche normale. » (Sutrasth., c. xxi). C'est dans les proprietes des humeurs que le corps de 1'homme trouve les sources des mouvements dont il est le siege, de la chaleur vitale qui 1'anime, ainsi que de I'affinite qui relie ses differentes parties. Les humeurs radicales out chacune un siege de predilection; 1'air se trouve plus specialement au-dessous du nombril, la bile entre le nombril et le coeur, le phlegme au-dessus du coeur; c'est ainsi, comme le dit 1'auteur, que ces trois humeurs occupent le corps en haut, en bas et au milieu.
En dehors de ces trois principes primitifs et avec un degre d'organisation superieure, qui resulte du travail physiologique intime, sont les organes elementaires. Le premier d'entre eux, celui dont les autres sortent successivement, est appele rasa, expression que le docteur Hessler a traduite avec raison par le mot chyle. Le chyle, qui est le produit immediat de la nutrition, et procede directement des aliments et des boissons, est le veritable nourricier des elements du corps; c'est a lui que le corps doit son developpement. En effet, c'est le chyle qui, naturellement aqueux, produit le' sang; c'est dans le foie et dans la rate que le chyle acquiert la couleur rouge ; le sang produit la chair; celle-ci donne naissance au tissu cellulaire, qui sert a fournir et a consolider les os, auxquels le corps doit sa solidite; les os produisent eux-memes la moelle qu'ils renferment et qui est 1'origine de la semence virile. Le sang menstruel differe du sang ordinaire, en ce qu'il est impregne du feu generateur, qui a son siege dans 1'uterus. Le sang menstruel est considere par Sucruta plutot comme un produit de secretion ; il le nomme souvent, en meme temps que 1'urine, les feces, la sueur, le lait, etc. Telle est, en resume, la composition du corps humain a 1'etat normal, considere dans ses elements, ses principes immediats, comme nous dirions aujourd'hui. Ces notions se trouvent a chaque pas dans 1'Ayurveda ; on en rencontre un resume' suffisamment clair, au debut du chapitre xiv de la Sutrasthana (Cfr. Hessler, Ayurvedas, t. I, p. 28).
Telestl'elatnormal : les humeurs sont en proportions regulierementequilibrees, le circulus des organes elementaires fonctionne sans obstacle, les secretions se produisent suivant lesbesoins, la chaleur animale se maintient, les fonctions du corps s'accomplissent sans peine, I'intelligence est nette, les sens precis, 1'esprit libre; 1'activite vitale ou tejas est a son maximum d'intensite.
Comment c'et etat satisfaisant, dont le calme fonctionnel est le signe, peut-il etre trouble; par quel mecanisme a lieu la rupture de 1'equilibre physiologique; comment rhomme dev.ient-il malade?
L'origine des maladies est dans la corruption des humeurs. Avant d'aller plus loin, remarquons-le en passant, 1'Ayurveda admet que, dans certains cas particuliers, rhomme peut etre frappe dans sa sante, par d'autres voies, comme par 1'intervention des dieux ou des mauvais esprits, par 1'action de la foudre, les accidents traumatiques, les influences hereditaires, etc. ; mais on voit que, dans 1'esprit de 1'auteur, ces maladies, veritables cas de force majeure, echappent a toute theorie et a toute interpretation, etant en realite le resultat de caprices ou, plus respectueusement, de volonte's puissantes^ defiant toute resistance et n' observant dans leur marche aucun processus saisissable.
L'alteration des humeurs est done la cause fondamentale de toute maladie susceptible d'interpretation; elle est le point de depart essentiel de la manifes tation pathologique, 1'acte pathogenique primordial. Les humeurs peuvent etre
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alterees dans leur composition, puis dans leurs proportions reciproques, ce qui enlraine leur displacement et 1'envaliissement par 1'une d'elles dune region ou elle ne se trouve pas normalement, au moins en si grande quantite. Mais 1'origine des humeurs alterees ou saines, il i'aut la chercher, comme 1'origine de tout cc qui constitue la nature ct le monde, dans les cinq elements cosmiques, 1'air, la teire, le feu, 1'eau, Tether (akaca). C'est de la combinaison de ces cinq elements, qui correspondent en re'alite a nos corps simples, et de leurs agencements en proportions diverses, que tout nait. Brahma lui-meme n'a pas employe' un autre moyen pour creer 1'univcrs. Les elements consideres en eux-memes sont absolus et immuables; leurs combinaisons sont contingentes et variables; cc qui explique que la meme substance, on plutot une substance restee la uieme en apparence, peut etre modifie'een realite et, de bienfaisante qu'elle etait, devenir nuisible. C'est ce qui arrive pour les humeurs du corps; 1'aclion nocive d'une ou de plusieurs humeurs, resultat d'une modification d.ms leur nature ou d'une disproportion dans leurs quantites relatives, voila 1'origine de la maladie.
tl n'est pas necessaire d'etre profondement verse dans 1'histoire des theories dc riiumorisme grec pour s'apercevoir de 1'analogie qu'elles ont avec celles de Sucruta; et si, en ce moment, je m'absliens de toute reflexion a ce sujet, c'est que je veux 1'examiner a part, afin de ne pas nuire a la elartc dc mon exposition, qui u'esl qu'un court resume des doctrines exposees dans 1'Ayurveda (voy. surtout : Snlraslhana, c. xv, DP 1 'augmentation et de la diminution des humeurs f/ui constituent les parties du corps et les secretions; id., c. xx, Des substances salubres et inxalubres; id. c. xxi, Du meilleur traitement desmaux; id. c. xxiv, De la nature des maladies: Nidanaslhana, c. i, Causes et symptomes des maladies cause'es par 1'air).
Ainsi la maladie est due immediatement a un derangement dans 1'etat normal lies humeurs, lequel se manifesto par 1'intermediaire des elements simples dont elles sont formees, de sorte que. si la pathologic est suboraonnee entierement a 1 action des humeurs nuisibles, 1'etiologie repose sur le jeu d'agenls exterieurs. Ces influences extcrnes sont de plusieurs ordres; elles comprennent tout particulierement les actions climatologiques et saisonnieres et le role duregin e. Les influences des climats sont celles qui ont le moins preoccupe I'auteur de 1'Ayurveda, sans cependant qu'il Jes ait completement negligees, car il en traite plusieurs fois, mais cc qu'il en dit se confond en partie avec ce qui a trait aux saisons.
Aprcs avoir expose en detail la division du temps, Ja classification des douze TOO'IS en six saisons, etc., 1'Ayurveda etudie (Sutrasth., c. vi, Des saisons et de leur influence) lour effet non-seulement sur 1'homme et sur les humeurs du corps, mais encore sur les plantes, lesquelles, touchees par les actions nuisibles, .peuvent devenir dangereuses elles-memes, lorsqu'elies sont utilise'es comme medicaments. L'auteur explique comment telle saison agit plutot sur telle humeur que sur telle autre et engendre les maladies qui en dependent ou donne aux al'fections courantes uue physionomie speciale, c'est-a-dire cree une veritable constitution medicale. On trouve ailleurs (Sutrasth., c. >:x) une etuJe des dillcrents vents, au point de vue de Jeur influence sur la sante, adaptee necessairement a la region ou I'auteur se trouvait. Lc vent du Nord y est -represeute comme le plus salubre ; cloux, agreable, rafralchissant, doue de qualites sliniulantes moderees, ii n'irrite pas les humeurs et ne trouble pas la
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sante; le vent du Sud, Icger, doux egalemcut, salutairc aux affections oculaires, exerce sur 1'air uac legere excitation sans exces ; il modere les flux bilieux; le yentd'Ouest au contraire, acre et rude, delruit 1'onctuosite des tissus, desscche le phlegme et le tissu adipeux ; il altaque et deprime la vitalite; le vent d'Est, a la fois chaud et debilitant, est defavorable aux affections phlegmatiques et aux malades atteints d'ulcercs; il a pour effet d'augmenter dans le corps la proportion du phlegme.
Mais c'est surtout aux ecarts de regime que Sucruta attribue la faculle d'alterer les humeurs : aussi ses prescriptions et ses indications sur ce point sontelles des plus explicites. Son chapitre Des substances salubres etdes substances insalubres est tres-curieux a etudier sous ce rapport. L'auteur rappelle tout d'abord un axiome, qu'il regarde comme contestablc, et qu'il repete a plusieurs reprises dans le texte, comme pour mieux 1'rapper 1'attention : « Ce qui est « utile a 1'air est inutile a la bile : par consequent, aucunc substance n'est « absolument salubre ni absolument insalubre; » puis il enumere les substances qu'il regarde comme incapables de nuire, et divise les autres en plusieurs categories, celles qui deviennent insalubres par leurs melanges avec des sub stances qu'il faut regarder comme incompatibles; celles qui peuvcnt revetir des qualites nuisibles par certains modes de preparation; celles pour lesquelles on ne peut depasser certaines doses, etc.
Ailleurs (Sutraslhana, c. XLVI, Des .aliments et des boissons} les malieres alimentaires, en nombre tres-considerable, methodiquement classees, sont etudiees et appreciecs successivemeut daus toutes leurs qualites bonnes ou mauvaises; c'est tout un petit traite de dietetique et d'hygiene culinaire.
Sucruta divise les aliments et les boissons en onze classes, que nous allons indiquer sommairement. La premiere ne comprend que les diflerenles varietes de riz. Le role tout a fait predominant que le riz joue dans I'alimentation des ludous et des peuples orientaux en general justifie parlaitement 1'importance que 1'Ayurveda lui donne dans sa classification. D'apres Hessler (Comment, in Ayurvedam, fasc. II, p. 50), ces diflerentes varietes de riz ne seraient plus connues de nos jours. Yiennent ensuite les cereales alimentaires, les graines des plantes legumineuses, oleagiueuses, etc. La troisieme classe comprend les viandes alimentaires ; 1'auteur entend par la, comme nous 1'indique le texte, non-seulement la chair des animaux terrestres, mais celle des animaux aquatiques, oiseaux d'eau, animaux marins, poissons de mer et d'eau douce, mollusques, etc. La quatrieme classe est celle des fruits, tres-nombreux. La cinquieme renfermc les legumes, concombres, pasteques, etc. La sixieme les fleurs; la seplieme les racines; la huilieme traite des condiments et en particulier du sel. Les trois dernieres sont consacrees aux aliments prepares, complexes, ainsi qu'aux boissons et aux aliments liquides, tant naturels, comme 1'eau, le lait, que factices, comme les liqueurs iermentees; le chapitre se termine par des notions de cuisine.
Les autres branches de 1'hygiene n'etaient pas negligees dans 1'Inde, et Sucruta traite accidentellement, dans un certain nombre de passages de son livre, des vetements, des habitations, des habitudes de vie, etc.
Les limites de ce travail ne nous permettraient guere d'aborder toutes les autres questions que le sujet comporterait; mais ce qui precede suffit pour montrer que nous nous trouvons en presence d'une veritable doctrine medicale, complete en soi, comprenant une etiologie, une semeiologie, une prognose, une
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nosologie, une therapeutique, etc., liees entre clles par des enchainements logiques et formant corps. Gette unite si remarquable de conception doctrinale repose sur unetheorie anatomo-physiologiqucde 1'organisation des corps vivants, elle a sa raison derniere dans une theorie dogmatique des elements de la nature et du monde. G'est ce dernier point que nous avons a examiner maintenant.
b. Relations avec la philosophic de Vecole Sankhya. Nous avons vu plus haul que, d'apres Sucruta, les perturbations humorales qui amenent les mala dies pnt pour causes profondes les elements cosmiques, au nombre de cinq : 1'air, 1'eau, la terre, le feu et Tether, dont les combinaisons inde'finiment variables sont les corps materiels, par consequent les agents d'action sur les humeurs du corps. Doit-on regarder cette allusion de I'auteur comme une citation sans importance, indiquant qu'il connaissait le langage philosophique de son temps, ou au contraire y voir la prouve d'une affiliation a une doctrine mctapbysique qui regnait autour de lui? Le doute en cela n'est pas possible. Sucruta, a plusieurs reprises, fait profession d'affiliation a la philosophie, et 1'expose de ses idees fondamentales montre qu'il appartenait a la secte rationaliste par excellence, connue comme 1'une des six grandes ecoles philosopbiques de 1'Inde, 1'ecole du systcme Sankhya, attribue a Kapila. La comparaison des opinions pbilosopbiques exprime'es par Sucruta dans son livre, avec les principes assez Lien connus, depuis les travaux de Colebrooke, des doctrines indoues et particulierement des doctrines Sankhya, ayant rendu evident a mes yeux le lien qui les unissait, j'avais expose le fait dans un travail public il y a deja vingt ans (voy. Lietard, Lettres historiques sur la nie'decine dies les Indoiis, p. 67-sqq). J'ai eu la satisfaction de voir cette opinion confirmee par le savant pandit Anna Moreshvar Kunte qui dit (op. cit., p. 12, note) en parlant dusysteme cosmogonique resume dans 1'Ayurveda par Sucruta, an nom de Dhanvantari : « Lacosmogonie « de Dhanvantari... semble bien etre au fond celle du Sankhya, quoique de « temps en temps il fasse allusion aux autres systemes, pour developper et « appuyer les dogmes scientiliques de la medecine. » Cette meme doctrine a ete adoptee cornpletement par le code des lois de Manou, ou elle est exposee.
Dans le chapitre premier de la Siitrasthana, c'est-a-dire tout au debut de 1'Ayurveda, il est fait allusion plusieurs fois aux axiomes philosophiques dans lesquels I'auteur a foi; mais un resume complet des principes de la doctrine se trouve place, avec beaucoup de raison d'ailleurs, en tete de la Carirasthana, qui traite, comme nous le savons, de 1'anatomie.
Rappelons sommairement les principes de cette philosophie celebre. La cause primordiale de 1'univers entier et de toutes les cre'atures, c'est YAvyaktam, .c'est-a-dire 1'insaisissable, 1'invisible, propremcnt Yindeveloppe, par opposition au monde saisissable, vyaktam. VAvyaktam s'identifie avec Brahma (subst. neutre, different de Brahma, subst. masc., et premiere personne de la trinite indoue). De YAvyaktam nait Bouddhi, 1'intelligence, appelee aussi Prajna, la sagesse, ou Mahan, le grand principe. L'intelligence, ou Bouddhi, conside'ree dans son objectif, est le lingam, auquel nous reviendrons tout a 1'heure. Du Mahan procede VAhankdra, la conscience, le moi conscient, qui est une sorte d'individualisation du principe precedent, possedant par excellence la puissance creatrice. De lui naissent les cinq essences des elements, que M. Barthelemy Saint-Hilaire nomme ele'ments subtils et M. Pauthier particules subtiles, en Sanscrit tanmatra, deja perceptibles pour les intelligences d'ordre superieur, naais encore insaisissables et incomprehensibles pour leshommes.
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Chacun des elements subtilsdonnenaissance a un element reel correspondant, 1'element du son a Tether, celui du toucher a 1'air, celui de la forme (vue) a la lumiere ou feu, celui du gout a la terre, celui de 1'odorat al'eau. L'ether, vehicule du son, a la propriete d'audibilite, 1'air possede 1'audibilite et la tangibilite, le feu, 1'audibilite, la tangibilite et la couleur, 1'eau, ces trois qualites, plus la saveur, la terre reunit les proprietes d'audibilite, de tangilite, de saveur, de couleur et d'odeur.
Du grand principe ou Bouddhi naissent aussi : 1° les cinq organes des sens : 1'oreille, 1'oeil, la peau, la langue, le nez; 2° les cinq organes d'aclion : 1'organe vocal, les pieds, les mains, les appareils digestifs et excreteurs, 1'appareil generateur; ces dix organes sont dits externes; 5° le manas (/«vo;, mens), organe interne, a la fois de sensation et d'action, ou le sentiment. Le vingtcinquieme et dernier principe, admis par le Sankhya, est 1'atma ou purusha, c'est-a-diie 1'ame, qui n'est ni productive ni produite; elle est a la fois sensible, individuelle, eternelle et immaterielle.
Le line/am que nous n'avons fait que signaler au debut est une des conceptions les plus etranges de ce systeme philosophique, qui a exerce une si grande influence sur 1'esprit de 1'Inde et sur ses institutions.
L'aine, avant de s'associer definitivemeut au corps perissable, est tout d'abord, et primordialement, investie d'une personne subtile, composee de 1 'intelligence, de la conscience, du manas et des elements subtils, ou essences des organes vitaux. C'est cette personne subtile qu'on nommele linyam. Get c-tre, essentiellement depourvu de limites et dc contours, ne peut ctre fixe; il accompagne 1'ame, comme 1'ombre suit le poteau; bien qu'affecte dans une certaine mesure par les sentiments, c'est un etre neutre et indifferent, jusqu'au moment ou il penetre clans un corps grossier, pour constituer 1'homme.
Sucruta, comme pour affirmer immediatement ses opinions philosophiques, et leur association a ses doctrines scientifiques, fait des le debut, ou plutot placf dans la bouche de Dhanvantari, une sorte de de'claration de principes, ou il esf precisement question du lingam, et cleson role dans la constitution de 1'homme. « Moi, le grand dieu Dhanvantari, je suis le seul qui ait preserve les immortels « de la vieillesse, de la maladie et de la mort. Je suis venu sur la terre pour « enseigner aux hommes la chirurgie et les autres branches de 1'art de guerir. « Dans cette science, 1'association du corps grossier, compose des cinq elements, « avec la personne subtile, estappelee 1'homme. A 1'homme appartient Faction. « G'est lui qui dirige tout... a lui revient la preeminence, et toutes les autres « creatures vivantes lui sont subordonnees. 11 est done leur surintendant. Mais « il est afflige par les maladies, etc. » (Sutrasthana, c. i ; Anna Moreshvar Kunte, op. cit., p. 11-12).
Ainsi, 1'Ayurveda de Sucrula, loin de representer un assemblage plus ou moins coherent de notions scientifiques sur la medecine, repose au contraire sur une doctrine reelle, serieuse, qui fait de 1'ensemble du livre un faisceau serre. II regne d'un bout a 1'autre de 1'oeuvre une unite de vue et de tendance incontestable; non-seulement 1'auteur reste fidele a sa doctrine, mais il la defend a 1 'occasion contre les doctrines dissidentes ; il cite des opinions differentes des siennes, qu'il discute avant de les rejeter. Les principes dogmatiques de 1'Ayurvcda lui sont si intimement incorpores, que les remaniements et les interpolations considerables dont elle porte les marques evidentes n'ont pas suffi pour les obscurcir.
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Mais ce n'est pas foul. Cetle doctrine scientifique, quandon 1'etudie de pres, nous offre des points d'attache avec 1'un des grands systemcs philosophiques de 1'Inde, le plus important de tous, celui qui a exerce sur les institutions et la vie du pays la plus profonde et la plus durable influence, et en meme temps celui qui semble presenter \e caractere le plus marque d'originalite.
Cette parente philosophique entre les idees fondamentales des doctrines Sankhya et les theories me'dicalesde 1'Ayurveda, parente dont 1'esprit est saisi par les nombreuses allusions plus ou moins e'videntes qni y sont faites dans le cours de 1'ouvrage, et aussi par Timpression ti'ensemble qui re'sulte de sa lecture, nous venons de dire que 1'aulenr a pris soin de la faire connaitre, en placant en •• tete de la section qui traite de I'anatomie, et tout d'abord de l'embryologie, un tableau resume des principes sur lesquels reposent la philosopbie de Kapila et la cosmogonie qui en est le fondement.
11 y a entrc ces deux systemes, Tun philosopbique, 1'autre medical, une union intime, que nous aurions pu mieux faire ressortir encore, si nous n'avions du nous bonier. La medecine, produit d'une bienveillante revelation, remonte a travers les verites philosophiques jusqu'a la cause primordiale universelle; ce qui a i'ait dire a noire auteur : 1'Ayurveda et le monde materiel out une meme
ongine.
lUcn, apres cela, ne semblerait done plus naturel que de regarder la medecine de rAyurveda, telle que nous la trouvons dans le livre de Sucruta, comme un produit indigene, ne et developpe sur place, renfermant, sous sa ibrme actuelle et definitive, le produit de 1'experience des siecles qui ont precede sa derniere recension. Le traite encyclopedique de Sucruta, comme les ceuvres similaires et probablement presque contemporaines de Caraka, de Vagbhata, peut-etre encore de Carngadiiara, nous apparaissent, il est vrai, comme des monuments isoles dans la tradition. En effet. malgre le manque de toutc chronologic, il est facile de se convaincre que parmi les monuments scientifiques qui nous sont parvenus, et dont beaucoup commencent a etre connus. nous ne possedons pas ceux qui les ont precedes, et ont servi a fournir les materiaux dont ils sont composes. II est arrive dans 1'Inde ce qui est arrive dans la Grece; les grandes ceuvres de Sucruta, de Caraka, etc., ont fait tomber dans 1'onbli et disparaitie celles qui leur etaient anterieures. De meme qu'apres la mort d'Hippocrate le progres s'arreta momentanement, parce que ses successeurs n'avaient pas la force necessaire pour soutenir et continuer son oeuvre, de meme aussi Sucruta caracterise la periode la plus brillante de la science indienne; apres lui vient la foule des commenlateurs et des ecrivains secondaires, qui compileront, remanieront, abregeront, altereront souvent les textes, mais n'y introduiront guere d'idees nouvelles. Un des iacheux resultats de cet isolement des monuments priucipaux de 1'art, c'est 1'extreme difficulte qui en resulte, pour le rapprochement des theories qu'ils renferment avec les idees rudimenlaires de doctrines medicales, que nous rencontrons dans les vedas eux-memes, et que Ton trouvera indique'es ailleurs (voij. DHANVANTARI).
Mais les analogies entre les destinees scientifiques des Grecs et des Indous s'arretent-elles la, et ne se cache-t-il pas la-dessons un probleme historique plus grave, souvent aborde, jamais resolu? c'est ce que nous allons examiner.
c. Les doctrines indiennes et les doctrines grecques. Si nous avons evite jusqu'ici, dans le cours de notre exposition, de signaler, autrement qu'en quelques mots, les rapprochements qui pouvaient etre faits entre la medecine
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des Grecs et celle des Indous, et d'elablir ainsi des points de cqmparaison, c'est que nous ne pensions pas qu'une question de cette importance put etre traite'e incidemment, et que nous nous reservions de 1'examiner separement.
Tous les auteurs qui, jusqu'ici, se sont occupes de la meclecine de 1'Inde, ont etc forcemeat frappe's d'y renconlrer de nombreuses et profondes analogies avec les traditions de cet art dans la Grece. Ces analogies sont de diverses sortes; les unes portent surles theories et les doctrines elles-memes; les autres s'appliquent aux details de la science et de la pratique de 1'art, elles permettraient d'etablir facilement les plus nombreux et les plus curieux rapprochemenls.
II ne faut jamais perdre de vue d'ailleurs, quand on cberche a mettre en parallels ces deux medecines, que les documents coucernant la tradition scienlifique de 1'lmle nous sont encore en grande partie inconnus, ou ont ete a peine signales; que pas un seul d'entre eux n'a ete, par une tradiiction suffisante, mis a la disposition des personnes qui ne sont pas versees a la fois dans 1'histoire et dans 1'orientalisme. La traduction du docteur Messier est mallieureusement defoctueuse autant que possible, et le savant professeur Weber (de Berlin) , tout en rendant hommage a la somme enorme de labeur quo ce travail lui a coulee, a du qualifier son livre d'oeuvre mort-ne'e. Ces textes presentent, en realite, des difficultes tres-grandes a ceux>qui entreprennent de les interpreter, et une connaissance meme profonde de la langue dans laquelle ils sout ecrits qui servirait a fa ire apercevoir ces difficultes, pourrait ne pas suffire pour les resoudre. S'il nous etait possible aujourd'hui d'etudier, non pas les principaux ouvrages de la litterature medicale de 1'Inde, mais Tun d'entre eux seulement, leSucruta, par exemple, comme nous pouvons le faire pour les livres de la collection hippocratique, le probleme que nous etudions ferait un grand pas vers une solu tion definitive. Des maintenant, il pent etre regulierement pose, cequin'aguere ete tente. Mais revenons a notre sujet.
La doctrine humorale que nous avons esquissee plus haul, en indiquant ses traits les plus importants, cette doctrine sur laquelle sont basees 1'etiologie et la pathogenie de 1'Ayurve'da, dont 1'Ayurveda est penetre au point que sans elle il ne serait plus qu'une oeuvre incoherente et denuee de toute consistance, ressemble tellement a la theorie des humeurs de la collection hippocra tique, dont elle ne differe que par des nuances, qu'on ne peut songer un instant a lesseparer 1'une de 1'autre, ni a les regarder comme deux produits paralleles, nes loin 1'un de 1'autre, sous I'influence de preoccupations que les circonstances ont failes identiques dans les deux pays. II ne i'aut pas hesiter a le dire, il n'y a la qu'une seule et meme doctrine. La theorie indienne, il est vrai, donne a 1'air, dans la categoric des humeurs, un role et une importance qui ne se retrouvent pas dans la theorie grecque; celle-ci distingue presque toujours la bile noire de la bile jaune, et cette distinction, du moins que nous sachions, n'existe pas dans 1'Ayurveda. On pourrait signaler beaucoup d'autres diffe rences de ce genre, ou de moindre importance encore; mais ce sont la des details qui ont pour cause la difference des temps et des lieux, et qui meme trouveraient souvent leur explication dans le de'faut d'unite de doctrine de la collection hippocratique, ou trois ou quatre systemes differents se juxtaposent et s'entre-croisent.
Les analogies fondamen tales et decisives persistent. Des deux cotes, les humeurs sont considerees comme les principes constitutifs du corps humain, et les maladies comme les consequences des alterations qui peuvent les atteindre,
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soit dans leur nature intime, soit dans leurs proportions reciproques, ce qui amene leur accumulation, leur deplacement, c'est-a-dire les congestions, les inllammations, les flux exageres, etc.
En Grece, eomme dans 1'Inde, on i'ait jouer, dans la viciation des humeurs, un role a peu pres exclusif aux agents exterieurs, et notamment aux climats, aux saisons et aux ecarts de regime. Un collationnement detaille de certains livres comme L'ancienne me'decine, La nature de I'homme, etc., avec tels ou tels chapitres de Sucrula, ferait e'clater Tevidencc. Les pages de Sucruta ou est decrite 1' action de chaque saison en particulier sur la proportion ou la qualite de 1'une ou 1'autre des humeurs rappellent tout a fait et presque en memes termes plusieurs passages deLa nature de I'homme (voy. notamment les paragraphes 7 et 8). II en est de meme, par exemple, et pour ne chercher d'arguments que dans ce qui a ete cite ici, de ce que nous avons dit de 1'influence des vents; on croirait avoir sous les yeux le resume du debut du livre celebre, De$ airs, des eaux et des lieux. II est remarquable d'ailleurs que les livres de la collection hippocratique, dont les concordances sont les plus nombreuses avec 1'Ayurveda, paraissent etre plus particulieiement ceux qui ont servi a la consti tution des doctrines de Galien.
Nous avons vu que, dans la doctrine etiologique et pathogenique de Sucruta, les humeurs radicales constitutives du corps, dont les variations et les alterations donnent lieu aux maladies, recoivent l'influence des causes morbifiques, par Tintermediaire des elements cosmiques, verilables corps simples, immuables, inalterables dans leur essence, inde'finiment variables dans les proportions de leurs associations, pour constituer les corps. La doctrine des elements cosmiques, e^entiellement philosophique et neanmoins intimement unie a la doctrine medicale de 1'Ayurveda, nous avons a peine besoin de le dire, ne peul etre separee de la doctrine identique de 1'ancienne philosophic grecque. Les philosophes de 1'Inde, etapres eux Sucruta, admettent les cinq elements : Fair, 1'eau, la terre, le feu, Tether (en Sanscrit, dkaca}. Le cinquieme element, Tether, n'elait pas accepte par Empedocle, qui passe aux yeux des meilleurs liistoriens de la philosophic et du plus celebre de tous, le professeur Zeller, pour avoir intronise la doctrine des quatre elements,, celle que nous rencontrons a chaque page des livres de la collection hippocratique. La philosophic grecque avail depuis Thales admis successivement 1'existence d'un seule, puis de deux, trois et enfin quatre elements constitutifs de 1'univers. Mais Tether, comme cinquieme element, n'etait pas inconnu des Grecs ; il fut introduit dans la doctrine cosmologique pour des raisons empruntees surtout a la geometric, par le p\ thagoricien Philolaiis qui etait a peu pres, sinon tout a fait contemporain d'Empedocle; le cinquieme element passa cnsuite dans la doctrine d'Aristote.
D'un autre cote, dans 1'Inde, la doctrine des cinq elements, admise par TAyurveda, n'etait pas nee d'une piece, sans essais preparatoires ni antecedents d'aucun genre, elle n'avait pas non plus ete empruntee d'un bloc a Tetat parfait et defmitif, attendu que le cinquieme element, Tether, n'etait pas admis sans hesitation par tous les philosophes, et etait rejete par quelques-uns (voy. Colebrooke, Essais sur la philosophic des Indons, trad, franc, par Pauthier, p. 26).
Nous voila done encore ici en presence d'un grand systeme philosophique, identique pour le fond, dans les deux pays, et incorpore dans chacun d'eux aux .doctrines medicales. Ici, la question historique se complique d'un serieux
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probleme d'histoire philosophique, et nous pouvons sans hesiter employer cette expression de probleme, car ladifficulte n'estpas resolue d'une maniere definitive, comme nous le verrons tout a I'heure. La doctrine des cinq elements fait corps avec les principes de 1'ecole Sankhya, au point qu'elle ne pourrait en etre distraite, sans detruire toute 1'economie du systeme; la doctrine des ele'ments, depuis celle de 1'element unique des philosophes ioniens jusqu'a la theorie des cinq elements de Philolaiis, n'est pas moins intimement associee au developpement de la philosophie grecque.
Nous pouvons, par consequent, ou plus exactement nous devons dire de la theorie cosmologique des elements ce que nous avons dit de la doctrine pathoge'nique des humeurs; dans 1'Inde et dans la Grece les donuees fondamentales sont les memes, il n'y a pas deux doctrines des elements cosmiqucs, il n'y en aqu'une, la memedes deux parts, commune a lafois aux traditions philosophiques des deux pays et adoptee a la fois dans chacun d'eux par la tradition medicale.
Nous ne nous sommes adresse jusqu'ici qu'aux grandes idees theoriques, fondamentales et dominantes dans les systemes medicaux de la Grece et de 1'Inde. Si noustentions d'elablir des rapprochements de details, des collationnements detextes concernant les diverses parties de 1'art, les operations, ies remedes, les instru ments, etc., etc., nous pourrions fairc une ample recolte; mais diverses raisons s'y opposent, en dehors des limites qu'il est convenable d'imposer a notre travail. D'abord, les recherches de ce genre, pour conserver toute leur valeur, nccessitent une interpretation tout a fait exacte des textes invoques, car elles portent souvent .sur les nuances de signification d'un mot decisif, et nous ne serions pas a me me d'eviter 1'erreur, lorsqu'il s'agirait de donner le sens des textes sanscrits. Ensuile ces series de rapprochements, pour mener a des conclusions gein'rales, doivent se presenter en masse, car une ressemblance isolee, un detail identique, etc., peuvent toujours s'expliquer par un emprunt de hasard, une interpolation tardive. Mais il est certain que le collationnement simultane du livre de Sucruta et de la collection hippocratique, ou des oeuvres de Galien, fournirait une utile moisson, et que c'est un travail qu'il faudra entreprendre. Des maintenant il pourrait etre tente, a la condition de proceder avec une grancle prudence, et donner deja des resultats fort curieux. Puisque 1'occasiou s'en presente, citons-en un seul comme exemple. Nous avons insere plus baut un curieux cbapitre de Sucruta concernant les bonnes conditions dans lesquelles doit se pratiquer la medecine; c'est le commentaire d'une sorte d'aphorisme place en tete du paragraphe, et ainsi concu : « Tout 1'art de guerir repose sur « quatre pieds : le medecin, le malade, le remede et le garde-malade ». Puis 1'auteur developpe son idee en examinant les conditions que chacun doit pre senter. II est impossible, en lisant cela, de ne pas songer a ce fragment du premier livre des fipide'mies, ainsi concu: la medecine est constitute par trois termes : la maladie, le malade et le medecin. Le malade doit aider le medecin -a guerir la maladie, etc. (Epidemics, I, 5). Ge fragment, isole dans le livre hippocratique, a ete, par Galien, commente d'une maniere qui rappelle le chapit're de Sucruta.
Mais nous n'avons pas besoin, pour le moment, de descendre a cet ordre de
considerations, et nous pouvons sans cela affirmer que la medecine de 1'Inde
et la medecine de la Grece ne sont pas deux produits de la civilisation et de
, la science , ne's et developpes separement, que les grands principes qui les
COS SUQRUTA.
dominant, nolammeni ceux qui expliquent 1'origine des maladies et ceux qui les relient a 1'ensemble des autres branches de savoir, par L'intermediaire des principes philosophiques, leur sont communs, et que 1'histoire de 1'une est inevitablement solidaire de 1'histoire de 1'autre; elles ne peuvent etre separees sans violenler la tradition et la verite.
Ce premier point une fois ainsi pose et admis, trois hypotheses sont possibles : on bien la medecine grecque est nee de la medecine orientale, ou bien la medecine de 1'Inde est une derivation de la medecine grecque, ou bien enfin deux systemes scientifiques, originairement differents, se sont, a une on plusieurs reprises, mais, en tous cas, avant d'avoir revetu des formes dogmatiques defi nitives, rencontres, penetres et completes reciproquement. Examinons ces trois questions, et voyons s'il est possible de leur donner aujourd'hui une solution satisfaisante. Gomme elles n'appartiennent qu'accessoirement au sujet que nous traitons, nous ne pouvons songer a leur donner tout le developpement qu'elles meriteraient, mais seulement a les resumer sommairement.
Les ancieus historiens de la medecine, et par la il faut entendre meme une partie de ceux du dix-neuvieme siecle, etant absolument ignorants de tout ce qui se rapporte a la medecine des Orientaux, n'avaient pas meme la pensee qu'il y eut la un sujet d'etudes; il faut arriver a ces dernieres annees pour trouver le probleme pose. 11 a ete etudic avec ardeur, je pourrais presque dire avec pas sion, par un tres-savant erudit, le docteur Daremberg. II professait sur ce sujet des opinions raiiicales, qu'il est facile de resumer, en empruntant quelques lignes de ses etudes medicales sur Homere. « La medecine orientale, dit-il, n'est 1'origine de rien,... conline'e et, pour ainsi dire, momifiee dans des castes, elle n'a exerce aucune espece d'influence sur le developpement de la science; elle-meme n'a faitaucnn progres notable en vertu de ses propres forces... Tout pour la medecine^occidentale, je veux dire pour notre medecine, precede de la Grece comme d'une source inepuisable. La puissance civilisatrice, personnifiee dans le mythe de Prome'thee, commence chez les Hellenes aux extremes limites de I'liistoire, et couvre success! vement le monde entier des produits les plus vivaces et les plus feconds. »
La litte'rature medicale anterienre a 1'epoque d'Hippocrate et a la redaction de la collection hippocratique est completement perdue; il ne nous en reste que quelques noms propres et des fragments sans importance. Ce n'est done pas en compulsant les textes medicaux que Daremberg pouvait soutenir sa these. II eut reeours a un moyen detourne; il s'adressa aux poetes, aux histoiiens, aux philosophes meme, malgre 1'antipathie tout a fait passionnee qu'il professait pour leur inge'rence dans les sciences medicales. Recherchant dans leurs oeuvres tout ce qui concernait 1'art de guerir, il reunit ces documents, les rapprocha et fmalement reconslitua, avec ces debris, nne tradition scientifique qui remontait a Homere, des oeuvres duquel il lira des notions nombreuses, qui sont les pre mieres assises de son edifice. Son but fut de montrer ainsi que, pendant la serie de siecles qui separent Homere d'Hippocrate, Tart medical, pauvre et informe au debut, s'e'levait peu a peu par la seule force du genie grec, et preparait sans secours elranger d'aucune sorte « les voies pour la manifest ation d'un grand evenement scientifique ». II a certainement donne a ce genre de preuves tout le developpement qu'il comporlait, et son osuvre est de celles qui ne seront plus a refaire. Son argument, nous 1'avons vu il y a un instant, peut se traduireaiiisi : La me'decine grecque n'est pas de provenance exotique ; la collection hippocra-
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tique represente le point culminant d'ime science des longtemps cultivee dans les ecoles.
II n'est pas possible de considerer, malgre tout le talent que 1'auteur a tleploye dans la recherclic de ses preuves, la question comme completement resolue. 11 monlre, il est vrai, que la Grece possedait, dans ses propres ressources, <le quoi suflire au developpement de la science, ce qui est un des cotes dn probleme , mais il neglige 1'autre face, qui est tout aussi importante. II prouve que la medecine a pu se passer d'emprunls etrangers, mais il ne prouve pas qu'elle s'cn soit passee. II laisse ainsi la voie ouverte aux objections qu'on pourrait appeler reconventionnelles, pour se servir d'une expression empruntee au langage du droit. Supposons en effet que, la lillerature medicale de 1'Inde etant 1'acilement abordable el son classement chronologiijue opere, le meme travail soit applique a Su(;ruta et aux temps qui le separent de 1'epoque du Veda. La richesse el 1'etendue considerables de la litterature de 1'Inde permettraient certainement d'y fa ire line recolte considerable de fragments, de citations, d'allusions, elc., et de reconstruire une tradition par voie delournee, a defaut de tradition directe, comme cello que Daremberg a etablie pour la Grece, etl'on se trouverait purement et simplement ramene au point de depart, c'est-a-dire entre deux temoignages qui s'annuleraient reciproquement. Ce n'est pas une question qui se puisse trancher en bloc et d'ua seul coup que celle qui nous occupe; elle renferme en re'alite une serie de problemes secondaires qu'il faut allaquer ct resoudre separement, si Ton vent entreprendre de demoutrer la complete indepcndance de la medecine des Grecs. Si Daremberg avait prouve, par exemple, que la doctrine pathogenique des iiumeurs viciees est incontestablement grecque, il eut rendu un vrai service a 1'histoire.
Puisque cette theorie se lie des deux cotes, dans 1'Inde com me en Grece, a une donnee cosmologique et pliilosopiiique tres-imporlante, celle des elements cosmiques, voyons si nous serous plus heureux en nous adressant aux bistoriens de la pbilosophie. Un bon nombre d'eutre eux admettent, se ralliant ainsi a 1'opinion qui fut celle des Grecs eux-memes, Torigine orientale de la philosophic grecque. Gette these est combattue par le savant Zeller, dont L'aulorile est si grande en cctte maticre. Le premier paragraplie du deuxieme chapitre de 1'introduction de son grand ouvrage sur la philosophic des Grecs, intitule : La phi losophic grecque derive-t elle de la speculation orientale? (voy. trad, franc., p. Houtroux, t. I, p. 2447), contient tous les arguments qu'il se croil en droit d'opposer a ses adversaires. II regarde comme insuffisants les lemoignages des Grecs eux-memes et des Orientaux, parce qu'ils manquent de base serieuse, ou qu'ils sont trop recents, ou qu'ils se contredisent entire eux. II ne neglige pas, comme Daremberg, les preuves d'un autre ordre resultant de la comparaison des systemes, et a 1'aide d'une argumentation savante il met en opposition les adversaires les uns avec les autres, et montre que leur maniere de voir a tenu souvent a une interpretation insuffisante ou outree des doctrines coniparees. Puis, se renfermant dans 1'examen des produits du genie grec, il donne les preuves positives de I'originalite de la speculation grecque : independance reciproque des premiers systemes, absence de caractere theologique, insuftlsance des sources orientales, difficulte du passage des doctrines d'un pays dansl'aulre et enfiti universalite du getiie grec. Ge dernier ordre de preuves nous ramene aux arguments de Daremberg. Mais, de la part du savant Zeller, les conclusions sont moius radicales. Ce qu'il n'admet pas, et avec raison, c'est que la philo-
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sopbie greeque vienne tout enliere d'Orient; mais il rcgarde comme possibles les importations partielles; il admet quo les Grecs se sont inspires de 1'Orient dans un certain nombre de ras isoles. Quant a la mesure dans laquelle 1'Orient a exerce de 1'influence sur 1'origine de la philosophic greeque, e'est pour lui une question encore incompletement resolue aujourd'hui. Ces reserves que 1'illuslre auteur de 1'histoire de la philosophic greeque a su s'imposer et qui apparaitront comme trop restreintes encore a beaucoup de ses lecteurs, les historiens de la medecine ont de plus graves raisons encore de ne pas s'en departir, et surtout ils se trompent etrangement lorsque, se renfermant dans 1'etude de la tradition medicale hellenique, ils pre'tendent la considerer comme isolee, et supprimer, sans plus de formes, lout point d'attache et de derivation avec les connaissances orien tales.
Quant a la prevention des historiens de la medecine orientale et de ceux qui se sont occupes de son etude, de regarder la medecine de 1'Inde comme la source originelle de la science greeque, il faut bien le dire, elle re resiste guere a un examen sorieux. Leurs arguments tires, soit des relations anciennes entre les deux contrees, relations commercials et peregrinations de savants a la recherchede la sagesse exotique, soit des te'moignages historiques rapporte's par les anciens auteurs , ne peuvent contenir ce qu'ils veulent en faire sortir ; ils suffisent incontestablemeut pour montrer qu'entre les deux contrees dut regner des une haute anliquite un commerce inteilectuel et un echange suivi de notions et d'idees. Quant aux temoignages historiques indous, concernant 1'age des auteurs medicaux, Torigine reelle des coimaissances scientifiques, 1'ordre clironologique dans lequel elles sont nees, ou les conditions dans lesquelles s'est faite la redac tion des textes, dans leurs recensions actuelles, etc., ils font aujourd'hui completement defaut.
Toutefois, la connaissance que nous possedons, bien que sommaire, de la science medicale indienne, nous permet de dire qu'il n'est guere plus raisounable de la regarder comme une simple et pale copie de la medecine greeque. Nous avons suffisamment montre plus haut que la question, prise en bloc, est plus complexe qu'on ne le croirait tout d'abord. Mais, si de 1'ensemble on passe anx diverses parties de la science et aux details, il est facile de re'unir des preuves nombreuses qui reprennent toute leur valeur des qu'on abandonne la pensee de faire deliver completement soit la medecine indienne de la medecine greeque, soit celle-ci de la premiere, soit meme de chercher dans Tune des deux 1'origine de 1'autre.
Le livre de Sueruta, tout comme celui de Cartaka et la grande ceuvre de Yagbhata, est le point ou vient aboutir unelongue tradition; ilindique derriere lui des efforts prolonges de speculation theorique, et une serie de siecles d'experiences cliniques, d'etudes et d'observalions. II ne me semblepas douteux qu'a 1'epoque d'Alexandre il existait deja un corps de doctrines, un Ayurveda. La mention qui est faite, des cette e'poque, de la connaissance que les Indous possedaient des moyens de trailer les morsures des serpents (voy. Arrian. Hist. ind., c. xv), n'a, consideree en elle-meme, que la valeur d'une anecdote ; mais, si on la rapproche de ce fait qu'un traite des poisons ou Kalpasthana est le plus ancien ouvrage medical Sanscrit qui ait ete connu des autres peuples orientaux, que cette science a toujours ete cultive'e par les Indiens, que le Kalpasthana est encore aujourd'hui le titre d'un des six livres de 1'Ayurveda de -Sucruta, que ce livre contient toute une etude sur les serpents, leurs varietes,
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leur classification, ainst que sur leur venin, et les moyens de le combattre, il est bien permis de voir la le developpement d'une science, vraie ou fausse, pen importe, qui avail deja commence a se constituer plusieurs siecles avant 1'ere chretienne. Nous pouvons faire la meme reflexion au sujet du fragment de Megasthenes conserve parStrabon (Strabon, xv, LX. Trad. A. Tardieu, t. Ill, p. 252), aux termes duquel les medecins indiens auraient connu 1'art de rendre les femmes fecondes et de leur faire procreer a volonte des garcons ou des filles, a 1'aide de cer tains remedes. Ces pretendues notions scientifiques et les pratiques qui en etaient la consequence, se retrouvent detaillees amplement dans les ouvrages encyclopediques qui nous sont parvenus, et indiquent egalement sur ce point une tradition non interrompue depuis plus de vingt siecles.
La chirurgie que les Indous pratiquaient si hardiment et, semble-t-il, avec une reelle habilete, ne les avait-elle pas mis en possession de precedes operatoires qui ont toujours etc inconnus des Grecs, comme la rhinoplastie, par exemple, decrite avec une si graude precision par Sugruta ?
La palhologie medicale, a son tour, ne se montrc-t-elle pas sur certains points absolnment independante de la pathologic grecque, ne fut-ce que dans la descrip tion et le traitement du diabete sucre, maladie restec inconnue des Anciens, et a laquelle Sucruta consacre un curieux chapitre ?
Notre conclusion definitive se peut prevoir, d'apres tout ce qui vient d'etre dit : ce sera la troisieme des alternatives que nous avons indiquees plus haut. Nous croyons que la Grece et 1'Inde ont eu chacune primitivement leur science et leur art, ncs et developpes dans une certaine mesure, avant que des relations internationales aient rendu possibles entre les deux pays des echanges aussi serieux et aussi dil'ficiles que des communications de doctrines philosophiques ou scientifiques; que neanmoins ces echanges ont commence de tres-bonne beure et en tous cas deja tres-probablement des le temps d'Hippocrate, et que ces communications, a partir du debut, se sont frequemment renouvelees. II en est resulte une penetration reciproque des doctrines et des connaissances scien tifiques; dans cette fusion, dont les livres de Sucruta et de Caraka indiquent 1'etat de'finitif, le plus riche a necessairement beaucoup plus donne qu'il n'a recu, et nous n'hesitons pas a admettre que le plus riche etait 1'Hellene. En e'mettant cet avis, nous croyons etre plus se'rieusement dans la voie de la verite et de la raison qu'en essayant d'expliquer, comme on ne 1'a que trop souvent tente, les analogies de connaissances scientifiques des autres peuples avec celles de la Peninsule, par 1'universalite et les ressources inepuisables du genie grec.
L'histoire, un jour certainement, nous permettra aussi de dire dans quelle mesure les autres peuples de 1'Orient, Egyptiens, Assyriens, Chinois, etc., ont concouru a ce commerce intellectuel ; les premiers jalons pourraient etre plantes deja dans, ce champ nouveau.
II en est de meme de 1'histoire medicale de 1'lnde; le parallele des connais sances medicales des Indous avec celles des Grecs peut etre des aujourd'hui partiellement entrepris, et nous avons la conviction qu'il ne fera que confirmer 1'opinion que nous venons d'emettre. G. LIETARD.
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SUDAMINA. 675
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SUDA.MEN. ISpux (Liltre)1, hydroa sudamen, sudorum papulce, miliaire cristalliue, miliaire blanche de quelques auleurs, olophlyctidc hydfo'ique (Alibert), etc.
§ I. Nosographle. Vesicules ou phlycteiiules translucides, ayant leur siege
1 Je ne conleste pas que les aiiciens autears aient denomme hydroa les vesicules sudaminales, mais je ne puis admettre que lemot ISpux ait eu dans Hippocrate cette signi fication. Malgre tout le respect qui est du a une interpretation de Littre (aph. 21), il es manifesto que i§po>x, employe par Hippocrate pour designer l'une des maladies de 1'ete, doit etre traduit par miliaire sudorale et non par sudamina.
DICT. ENC. 5e s. XII.' ^5
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dans la couche cornee de 1'epiderme au niveau de la zone granuleuse, theoriquemcnt formees par le liquide sudoral, emergeant de la peau saine, conservant leur transparence pendant toute leur duree, et se terminant par resolution simple ou par rupture, en ne laissant a leur place qu'une trace desquamative superficielle et ephemere. Ordinairement du volume d'un grain de millet, quelquefois regulierement arrondies comme des perles de cristal ou des gouttes de sueur perlee, elles peuvent varier de forme dans des limites assez etendues, et de dimensions au point de constituer de petites bulles de 5 a 10 millimetres de diametre, voire meme des lacs phlyctenoides plus larges encore; c'est en general dans le cas ou 1'eruption est Ires-abondante que Ton rencontre aussi les bulles et les phlyctenes sudorales.
Au niveau des vesicules, la peau conserve la coloration normale a toutes les periodes de 1'eruption ; que le liquide soit resorbe, ou evacue au dehors par rupture spontanee ou accidentelle, il ne donne lieu a aucune concretion, a aucune irritation secondaire de 1'epiderme ni du derme, et le dernier terme de revolution n'est jamais auti'e que la dcsquamation epidermique superficielle proportionnee en etendue a I'etendue de 1'eruption. Ces caracteres distinguent essentiellement, des 1'abord, les sudamina des vesicules de la dysidrose (dyshydrosis de T. Fox, clieiro-pompholyx de UutchinsoD, pompholix de Robinson) des vesicules de la miliaire proprement dite, et des varie'tes meme les plus frustes de 1'eczema.
A aucun moment de 1'eruption mil phenomene subjeetif; le plus ordinairement le malade ignore qu'il existe des sudamina sur son tegument, et trescommunement le medecin ne les decouvre que par basard (comme le malade) par le toucher, la palpation; il est alors souvent necessaire pour les voir d'examiner la peau a un bon eclairage et obliquement. Si le medecin ne recherche pas les efflorescences aux lieuxd'election, elles lui echappent, et c'estr en fait, ce qui a lieu Ires-frequemment.
Tous les points du tegument, a peu pres, peuvent etre le siege des efflores cences sudaminales ; il y a cependant des lieux d'election tout speciaux ou elles doivent etre particulierement recherchees : ce sont les regions temporales, cervico-claviculaires, prestemal.es, periaxillaires, antibrachiales, periombilicales, inguinales et iuguino-crurales. Tantot discrets et developpes parlicalierement dans une region isolee, les sudamina peuvent au contraire etre coherents ou confluents, repaudus a profusion sur tous les points indiques plus haul.
Le contenu des vesicules sudaminales a etc envisage par les auteurs sous les aspects les plus divers et les plus opposes ; la plupart ont disserte sur ce point avec plus de talent que de precision, les uns le declarant constamment alcalin, les autres constamment acide. Ce contenu est normalement acide, et Griesinger a proteste avec raison centre 1'assertion de Hebra qui, avec son absolutisme aussi ardent pour 1'erreur que pour la verite, affirme qu'il est toujours alcalin. Comme Griesinger et beaucoup d'autres, nous avons jusqu'a satiete, et publiquement, demoiitre que la reaction normale du liquide des sudamina etait acide, mais qu'elle pouvait aussi etre neutre, et devenir alcaline, alors meme que le liquide avail conserve sa transparence. L'acidite constante n'appartient qu'aux sudamina recents, aux premieres pe'riodes de la poussee, le liquide pouvant devenir ulterieurement alcalia ou neutre, comme si, initialement sudoral, il avait e'te secondairement adultere. D'ailleurs, nos propres observations, et toutes
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les observations purement cliniques laissees de cote, les analyses chimiques les plus precises demontrent nettement cette acidite propre au liquide sudaminal. H. Lehmann, assistant de chimie a la clinique de Griesinger, dans deux cas oil 1'ef florescence etait si abondante que Ton put recueillir plusieurs centimetres cubes de liquide, en moiilra nettement l'acidite.
Tout recemment (juillet 1882), notre savant collegue dans les hopitaux Albert Robin (voy. Gazette medicate, n° 2G, p. 325) a public une analyse du liquide cle sudamina bulleux, observes par lui dans un cas de fievre typhoide, a 1'hopital Neckcr. Ce liquide incolore, transparent, d'odeur forte et desagreable, etait de reaction fortement acide; il contenait une grande quanlite de fines gouttelcttes de graisse et quelques cellules epidermiques. Dans le residu evapore a consistance sirupeuse, on constata des cristaux d'uree et de chlorure de sodium, etc.
Les gouttelettes graisseuses, en quelque abondance .qu'elles existent dans le liquide du sudamina, n'alterent pas sa transparence; elles constituent un. element normal de la secretion sudorale, et ne doivent pas etre confondues avec le produit de la degenerescence des cellules migratrices qui rend rapidement lactescentes les vesicules de la miliaire.
II faudrait encore de longs developpements pour mener plus avant 1'e'tude de la composition du liquide sudaminal, mais ce serait devancer la production de donnees precises qui ne peuvent etre fournies que par des rechercbes ulterieures de 1'ordre de celles qui out ete indiquees par Unna, dans un recent et tresinteressant travail (Krit. und Hislor. iiber die Lehre von der Schwitzsecretion. In Schmidt's Jahrbr.Ed. CXCIV, H. 1, 1882. Anal, in Annales de Dermal, par Merklen. Paris, 1882). Ces recherches tendcnt a etablir que le canal sudorifere ne sert pas seulement de voie d'excretion aux produits de la glande sudoripare elle-meme, mais encore de porte de sortie au liquide e'mane directement sous des influences diverses des reseaux sanguins du corps papillaire. Dans cette hypothese, tres-plausible, le canal gyroi'de serait un veritable collecteur, et ne donnerait pas uniquernent passage au liquide sudoral. On entrevoit ainsi com ment, dans le passe, des observateurs egalement exacts, mais egalement oublieux de 1'imperfection de leurs connaissances pbysiologiques, ont pu emettre sur les memes points des assertions contradictoires.
§ 2. Physiologie pathologique. La composition chimique du liquide suda minal, la coincidence commune de 1'apparition des sudamina avec 1'hyperidrose, devaient porter les auteurs a hie'rarcbiser les deux phenomenes et a rapporter 1'eruption a 1'hypersecretion. La question est loin cependant d'etre aussi simple. On n'a pas manque de faire observer, en effet, Andral notamment, que des sueurs abondantes existaient frequemment sans efflorescence cristalline, et d'autre part que 1'e'ruption pouvait apparaitre alors meme que les sueurs n'avaient presente rien de remarquable. Griesinger insibte sur ce point encore plus forte ment qu 'Andral.
Dans les pays chauds, ainsi que nous i'avons de'ja expose ailleurs dans cet ouvrage (voy. art. MILIAIRE), les sudamina sont plus rares qu'en Europe (Rufz de Lavison et Saint- Vel) . II est extremement rare, dit Saint- Vel, d'y rencontrer des sudamina, comme on en observe dans les pays temperes, dans les exanthemes febriles, le rbumatisme articulaire aigu, la fievre typhoide, la phthisic. On les constate exceptionnellement dans la fievre jaune, et dans les fievres
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paluslres pseudo-continues. Cet auteur distingue a bien voulu me confirmer par ecrit et de vive voix tous ces points, et me repeter que les sudamina types, jtransparents, sans rougeur, s'observent moins souvent dans les pays tropicaux qu'en France; malgre 1 'extreme abondancedes sueurs, il ne se souvient pas d'v avoir jamais rencontre les sudamina comme eruption sudorale simple, exceptionnellement en meme temps que les bourbouilles.
Sur 1'inlluence des saisons, nul document de quelque valeur ; sur les differences regionales, peu de chose, quelques opinions seulement. Telle 1'appreciation de Ilutcliinson, qui pense que les sudamina de la fievre typhoi'de (1/5 des cas) sont plus rares en Angleterre qu'en France, par exemple.
Les hyperidroses excessives de la phtliisie pulmonaire ne s'accompagnent de sudamina que dans une proportion tres-restreinte, et chacun peut controler l,i remarque de Louis sur ce point ; nous avons deja fait remarquer qu'il en est dc meme pour les sueurs profuses de la fin de 1'acces paludeen, et nous ajouterons que les sudations provoquees par le bain de vapeur, 1'eluve seche, le jaborandi et la pilocarpine, ne produisent pas communement de sudamina.
Les sudamina ne sont done pas regis seulement par I'hyperidrose ; celle-ci pent se produirc excessive sans amener de sudamina; bien plus, dans les pays ou la temperature elevee rend la secretion sudorale incessamment excessive, les sudamina sont moins communs que dans les pays temperes et froids!
Une observation absolument analogue doit etre faite a 1'occasion del'hyperthermie, laquelle n'implique pas 1'etat sudoral, et coincide an contraire, dans ses plus hauls degres, avcc la secheresse et 1'aridite de la peau. Cependant, lorsque ces deux conditions coincident (hyperthermie et hyperidrose), les erup tions sudaminales semontrent plusordinaires, mais avec cette restriction encore que les deux phenomenes aient simultanement quelque tenue et quelque duree; les etats lebriles continus prolonges les favorisent, la remittance permet encore leur production, mais on ne les relrouve plus guere dans 1'jntermittence vraie. Voyez, par exemple, la rarete relative des sudamina dans la phthisie lente, ct leur grande frequence dans la phthisie aigue ; leur abondance dans la fievre typhoi'de, comparee a leur rarete dans les fievres periodiques.
L'hyperidrose et 1'hyperthermie, conditions ordinairement favorables au developpement des sudamina, etant rune et 1'autre reglees directement par des troubles du systeme nerveux, faut-il faire remonter jusque-la la cause de la production des vesicules sudorales, et peut-on faire de 1'eruption sudaminale une lesion d'origine nervense, une lesion trophique ou nevrotique? C'est la une question digne d'interet qui merite 1'attention. Observant dans un casde pyemie chirurgicale une belle eruption de sudamina sur le tronc, Jon. Ilutcliinson fit cclte remarque delicate que la sueur et 1'eruption etaient beaucoup plus marquees sur le cote droit, paralyse, que sur le cote gauche, sain ; le savant cliirurgien de London Hospital n'en veut toutefois tirer aucune conclusion directe, et declare simplement qu'il lui semble tres-probable que le systeme nerveux a pris une part (took a share) a la production de cette eruption. Dai.s ses belles etudes sur les dermopathies d'origine nerveuse, le professeur Sch-wimmer a fait sagement ses reserves sur ce point, au sujet duquel il n'y a •encore, en realite, rien de demontre.
Mais alors, si Ton ne peut trouver dans les conditions pathologiques diverses au milieu desquelles se rencontrent la suda'.nina rien d'assez constant pour pouvoir etre pathogeniquement gene'ralise, faut-il supposer quelque condition
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particuliere du tegument propre aux individus qui en sont aUeints sous ces influences variees? Cette supposition logiquement deduite a etc formulec par divers observateurs et nolamment par Andral et Griesinger, mais a litre vague et sans tentative de determination. Pour Jon. Hutchinson, il est permis de supposer que chez certains sujets le systeme sudoripare est incompletement developpe, ou bien encore a snbi des alterations qui en aient, de fait, supprime une plus ou moins grande part : de la chez ces sujets une predisposition parti culiere a etre atteints de sudamina, s'i! se presente des conditions de diaphorese qui soient hors de proportion avec 1'etat materiel, ou avec la faculte excretoire de 1'appareil sudoral. Cette opinion aurait. il est inutile de le dire, besoin d'etre etayee sur des constalations materielles de 1'etat de la peau chez de tels sujets, et d'autre part sur des consultations retrospectives ou actuelles de leur pouvoir sudoral normal ; dans cette voie, les precedes d'e'tude du systeme sudoral si inge'meusement institues par noire savant collegue et ami Aubert (de Lyon) pourraient etre utilises. Ce que nous voulons dire seulement, c'est que 1'hypothese de Jon. Hutchinson concorde avec 1'observation faite dans les pays chauds, ou 1'abondance habituelle et la facilite de la sudation consti tuent un obstacle au developpement des sudamina, contrairemeut a ce que Ton aurait pu penser a priori. Mais il ne faut encore attachcr a toutes ces conside rations que leur valeur relative, puisque, toutes choses individuelles admises, il resterait encore a etublir pourquoi les sudamina se developpcnt plus particulierement dans certaines affections que dans d'autres, a hyperthermie et a byperidrose egales.
Peut-on trouver enfin, dans une alteration particuliere du sang, la raison plus constante du developpement des sudamina? Quelques auteurs ont adopte cette idee, et Hebra, par exemple, a voulu les rattacher constamment a la pyemie. Cette p retention, a titre absolu et general, est inadmissible, et Griesinger a e'te fonde a la rejeter en termes energiques. Toutefois, il faut reconnaitre que, si la pyemie u'est pas la cause unique ni meme la cause la plus ordinaire a laquelle se rattachent les efflorescences sudaminales, la condition dans laquelle se trouvent les sujets pyemiques, ou plus generalement, si Ton veut, septicemiques, estuue des plus favorables a leur developpement. Jon. Hut chinson a insiste sur ce rapport, et en a deduit des indications cliniques que nous rappellerons tout a 1'lieure.
Quant au mode instrumental de la formation des vesicules, il est encore plu& necessaire de n'en parler que brievement et avec reserve :
Les sudamina sont-ils produits par le fait d'une hypersecretion brusque de la sueur realisant une effraction sur un point du canal gyro'ide, soil le pore sudoral etant oblitere, soit seulement par insuffisance de la voie d'ecoulement normale? Ou bien, la condition instrumental est-elle, sous 1'action nevrotrophique, la preformation d'une lacune dans laquelle s'infiltrerait et s'accumulerait le liquide sudoral? Nous ne pouvons donner a ces questions aucune reponse precise.
^o.Nosologie. Valeur semeiologique. Nousavonsdejasommairement indique les'caracteres objectifs qui distingucnt les sudamina de differentes autres erup tions, et particulierement decellequi 1'avoisine leplus etroitement, lamiliaire, Quelle que soit 1'analogie histologique ou nosologique qui existe entre les deux, efflorescences, il n'en est pas moins vrai qu'elles sont 1'une et 1'autre objective-
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ment particularisees, qu'elles n'ont, pas une signification toujours semblable, une origine identique, et que, partant, elles doivent etre en medecine clinique denommees par les designations qui lenr sont propres. Rien ne jnstifie I'assimilation absolue et la contusion de mots et do choses proposees par quelques auteurs et mises en pratique par la majorite des medecins.
Jusqu'a sa disparition par resorption ou rupture, le sudamen reste transpa rent; avant son apparition ct pendant tout son cours, aucun soulevement erythemateux de sa base ou de sa peripherie ne se produit; la miliaire vraie, au contraire, est precedee ou s'aceompagne d'une sorte de rash erythematopapuleux, aussi bien dans la miliaire sudorale simple des pays chauds (bourbouilles) que dans la miliaire pathologique ou clinique. La est la distinction. Que les deux eruptions puissent coi'ncider ; que la miliaire puisse succeder a 1'eruption sudaminale, et que, par conse'quent, les deux processus aient des affinites de voisinage, cela n'est pas a contester, mais cela n'empeche en aucune facon la legiliniite de la separation de types clitiiques meme peu eloignes 1'un de 1'aulre, quand la distinction existe.
I) rider autrement serait revenir en arriere et perpetuer la confusion inextri cable dans laquelle se plaisent encore, ou an moins se complaisaient naguere, des auteurs de premier ordre qui, imbus des premieres et grossieres erreurs :ur 1 'essentialite de la miliaire, se servaient indifferemment des mots de miliaire, de sudamina, et meme de suette ! Toutes les fois que nous trouverons sur la peau ayant conserve sa coloration normale, ou sur une peau speciflquement coloree (par exemple, par lascarlatine), une eruption de vesicules transparentes, sans atmosphere papuleuse propre, conservant leur transparence pendant toute leur duree, nous dirons qu'il existe des sudamina. Siau contraire il s'agit d'une eruption erythemato-vesiculeuse, a ve'sicules momentanement transparentes, ou deja troubles, nous dirons sans hesiter qu'il y a une miliaire. Si enfm les deux eruptions coincident ou se succedent, nous en ferons la constatation pure el simple, sans avoir la prevention d'exiger ici cette precision ideale et constante que Ton poursuit souvent en vain dans les choses de la medecine.
Semeioiogie. Envisages nosologiquement, les sudamina, pas plus que la miliaire, ne constituent une affection propre ; leur importance materielle est presque nulle, et jamais ils ne representent un fait patliologique de premiere serie. Leur etude elementaire, ainsi que nous 1'avons montre avec soin, n'est pas sans valeur au point de vue de la dermatophysiologie normale et patliolo gique, de la circulation capillaire de la peau, de la fonction epidermiqne et de I'excretion sudorale. Mais, en clinique, leur interet derive exclusivement des conditions pathologiques diverses au milieu desquelles ils apparaissent, et de la signification diagnostique ou pronostique qu'ils peuvent comporter dans des circonstances determinees.
Non-seulement les sudamina ne constituent jamais une affection propre, mais encore ils ne font partie integrante ni constante d 'aucune affection propre, d'aucun etat morbide de'termine; ils peuvent etre rencontres dans un tresgrand nombre de conditions pathologiques diverses que reunissent seulement les liens communs que nous avons indiques en traitant des the'ories pathogeniques, c'est-a-dire Thyperidrose, I'liyperthermie continue, le trouble d'innervation, la pye'mie, etc. Leur absence n'implique jamais le manque de 1'une ou de
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1'autre dcsdites conditions, et leur presence ne releve necessairement d'aucune d'elles prise en particulier. Cependant 1'observation cliniqne attentive permet d'utiliser leur presence dansune certaine mesure, soitparfois pour le diagnostic, soit moins certainement pour le pronostic.
Peut-etre plus frequents a certaines epoques epidemiques qu'a d'autres, les sudamina ne subissent de 1'action des saisons aucune influence demontree par des faits precis ; compares, au point de vue de la frequence, dans les contrees :voisines, les degres differeutiels nous semblcnt impossibles a preciser. C'est un •simple apercu, sans preuve, qu'a formule Ilutchinson en disant que les suda mina de la ticvre typhoi'de etaient plus rares en Angleterre qu'en France. Tout cela •est a revoir avec des faits nouveaux.
II n'eu est pas de meme, ainsi que nous 1'avons dit plus haut, des climats proprement dits ; leur action est manifeste dans Fordre oppose a celui que Ton a ura it etc, a priori, dispose a adopter.
Envisages dans les differentes affections auxquelles ils peuvent ressortir, les sudamina represented, pour quelques-unes, un element symptomatique plus ou moins frequent, quelquefois prcsquc habituel, quoique toujours accessoire (fievre typhoidc, recurrente, typhus cxanthematique, suelte, fievres eruptives, tuberculisation aigue, septice'mies chirurgicale et puerperalc, pc'citonites secondaires el infeoticuses, phlegmons de 1'abdomen, etc ) ; dans d'autres circonstances on ne les rencontre plus qu'a titre exceptionnel (phlegmasies franches de tout ordre ; ai'fections du poumon ou des bronches, etc.). Le lecteur trouvera dans les divers articles relatifs a ces differents etats morbides les details des particularites propres a chacun d'eux, et c'est un apercu gene'ral et sommaire que nous allons donner.
Dans la fievre typhoi'de, les sudamina sont si ordinaires que quelques auteurs ont etc portes a penser qu'ils constituaient un phenomene propre a la typliemie, •et 1'un de ses meilleurs indices. C'est dans cette affection que leur etude a ete le mieux faite. Leur valeur diagnostique i>eut etre quelquefois reelle dans cer tains cas assez legers pour etre douteux ; quant a leur valeur pronostique, elle est absolument nulle, les vesicules cristallines pouvant apparaitre dans les formes les plus legeres et les plus benignes, aussibien que dans les plus graves. Moins commune clans le typhus exanthematique, ou elle se presente d'aiileurs iivec les memes caracteres, 1'eruption sudaminale n'y a pas d'autre signification ni d'autre valeur ; mais on 1'observerait plus frequente dans la lievre recurrente. Dans la fievre jaune, au contraire, les sudamina ne sont que tres-exceptionnel- 'lement signales.
De toutes les fievres eruptives la scarlatine des jeunes sujets et des adultes est celle dans laquelle on trouve le plus eommunement les sudamina veritables, et quelquefois avec une intensite assez grande pour former des phlyctenes sudorales remplies d'un liquide qui reste transparent. Les vesicules peuvent apparaitre sur les points envahis par 1'eruption, ou surla peau encore normalement coloree ou meme sur des points epargnes par 1'eruption, aux regions temporales, par «xemple. Si 1 'efflorescence apparaitdans les premiers jours dela maladie, qu'elle ait les caracteres des sudamina veritables ou de la miliaire, elle a une valeur diagnostijue de premiere importance; sa signification pronostique est nulle. II faudrait etre plus reserve pour une eruption de meme ordre apparaissant pendant le deuxieme septenaire, ainsi que cela arrive assez eommunement encore.
CSO SUDOR1FIQUES.
Dans la rougcole et dans la variole, 1'eruption sudaminale devient plus rare et tout a fait aucessoire ; abondante au debut d'une eruption indeterminee qui pourrait etre une scarlatine, ou un rash variolique, elle constituerait un tresbon signe diagnostique de la scarlaline.
Dans la suette, les sudamina comme la miliaire peuvent faire defaut, et leur valeur est a etudier a nouveau, ainsi que 1'affection elle-meme, qui pretea con testation.
La septicemie puerperale, alors surtout qu'elle a pour foyers principaux les veines ou le peritoine, s'accompagne commune'ment de sudamina ve'ritables; c'est plutot la miliaire dans les autres formes; valeur indicative peut-etre, valeur semeiologique et pronostique tres-relatives.
Dans la septicemie chirurgicale les sudamina, alors surtout qu'ils se produisent par pousseessuccessives, auraient, selonl'observationdeJon. Hutchinson, une valeur diagnostique ct pronostique assez grande, puisqu'ils annonceraient la formation d'abces visceraux alors meme que les frissons auraient manque', ou auraient echappe a l'observateur.
Dans le rhumatisme articulaire ou abarticulaire aigu, on observe assez fre'quemment des sudamina, en dehors de toute eruption miliaire proprement dite, quand on les recherche assidumcnt par le toucher et par la vue. Nous les avons observes presque regulierement dans les cas graves d'aortite, d'endopericardite, a longue evolution, et cela a plusieurs reprises, an milieu de la s ;rie interminable des accidents propres a certaines formes d'endarte'rite des gros vaisseaux et du coeur encore mal connues, mais qui constituent une des manifestations les plus graves du rhumatisme abarticulaire.
Dans ses belles Etudes de medecine militaire, Leon Colin a attire 1'attention sur la frequence des sudamina dans la tuberculisation aigue, ou ils coincident nvec riiyperthermie prolongee (59 a 41°5 pendant plus d'un mois) et avec 1'hyperidrose. Nous avons deja signale 1'opposition qui existe, de ce chef, entre la phlhisie lente et la tuberculisation aigue.
Les phlegmasies tranches, quelles qu'elles soient, s'accompagnent assez rarement de sudamina : telle, par exemple, la pneumonic dans laquelle, malgre I 'elevation de la temperature et 1'abondance des sueurs, Louis et Grisolle declaraient n'avoir jamais rencontre' de sudamina. On les y peut observer cependant, mais a la verite rarement, ct a condition de les chercher. Plus frequents peuttMre sont-ils dans la pleuro-pneumonie. La bronchitc elle-meme, dans certaines 1'ormes prolongees, n'echappe pas a la banalite de celte efflorescence, mais rien ne justifie 1'opinion des auteurs qui y ont vu un phenomene critique.
Les phlegmasies de 1'abdomen, enfin, alors surtout qu'elles sont suppuratives, I'accompagnent beaucoup plus souvent que les pre'ce'dentes de sudamina ; nous avons de'ja parle des phlegmasies puerperales, nous parlons ici des phlegmasies du foie, de la re'gion periuterine ou pe'rica3cale.
Dans toutes ces affections, sans exception, la recherche des oscillations thermiques prime absolument tons les autres signes que 1'on peut retirer de la pre sence ou de I'absence de phenomenes analogues aux efflorescences sudaminales. Leur etude ne doit etre ni abandonne'e, ni meme negligee, mais il faut savoir les classer dans leur ordre et a leur rang. ERNEST BESNIER.
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SUDORIFIQUES. Les sudorifiques sont les agents capables d'augmenter la secretion de la sueur. Autrefois on les divisait en diaphoretiques et sudorifiques proprement dits, les premiers agissant seulement sur la transpiration insensible, les seconds activant la production de la sueur. G'est la une division inutile, ne reposant que sur une question de degre. En eft'et, 1 'excretion de la sueur est continue comme la secretion elle-meme; produit dans les glandes sudoripares, le liquide sudoral arrive peu a peu dans le segment du canal qui, depourvu de parois propres, traverse la couche epithelialc; il parvient ainsi par imbibition dans les interstices des cellules epidermiques superficielles, sorte de couche poreuse, suivant 1'expressiori de Kiiss, dans laquelle il se perd comme un fleuve duns les sables, en donnant a la peau sa moileur normale, et disparait par evaporation en constituant la perspiration insensible; si, pour une cause quelconque, la quantite de sueur devient plus considerable et depasse la capacite d'imbibition de la couche poreuse superticielle, le liquide apparait alors en gouttelettes a 1'orifice des glandes sudoripares et constitue la sueur propre ment dite. Les memes moyens peuvent done, suivant leur mode d'emploi, exagc'rer la transpiration insensible ou la sueur.
Les nombreuses analogies que presenle le follicule sudoi ipare entoure de son riche reseau vasculaire avec les elements constitutifs de la glande renale, celles non moins frappantes qui existent entre la sueur et 1'urine, analogies que les limites de cet article ne nous permettent pas de developper, out suffi pendant longtemps pour faire admeltrc que la fonction sudorale s'accomplissait par un mecanisme analogue a celui de la fonction renale. Les travaux de Heidenhain ont fait abandonner la theorie de la filtration renale de Ludwig pour revenir en partie a la theorie de Bowman ; la pression intra-glomerulaire, 1'influence nerveuse et le role actif des epitheliums, tels sont les agents qui interviennent dans cette secretion. II en est de meme pour la secretion de la sueur, qui ne peut plus etre consideree comme un simple phenomene de filtration.
Deja un certain nombre de fails d'observation vulgaire avaient montre 1'inflnence directe du systeme nerveux sur la production de la sueur, et Tindepcndance de la secretion sudorale et de la vascularisation de la peau. Ainsi les sueurs emotives, au lieude s'accompagner constamment derougeur de la peau, coincident souvent au contraire avec une gramle paleur des teguments, d'ou le nom de sueur froide. D'autre part les experiences de Luchsinger, de Nawrocki, d'Adamkiewitz, ont nettement etabli 1'existence des nerfs excito-sudoraux indepeudants des nerfs vaso-moteurs. La sueur se produit le plus souvent par une influence nerveuse directe. Enfin les recents travaux de Renaut (de Lyon) ont montre les modifications des epitheliums de la glande sudoripare sous 1'influence de la secretion, modifications analogues a celles decrites par Heidenhain dans les epitheliums des glandes salivaires.
682 SUDORIFJQUES.
Trois agents interviennent done dans la secretion sudorale : la circulation de la glande, son appareil nerveux, son epithelium. Tout moyen qui pourra agir pour exciter le fonctionnement d'un de ces agents pourra etre considere comme sudorifique.
D'apres cet apercu general, on pcut diviser les sudorifiques en trois classes :
1° Ceux qui agissent directement sur la circulation cutanee ;
2° Ceux qui agissent directement sur le systeme nerveux excito-sudoral ;
3° Ceux qui agissent directement sur I'element glandulaire en s'eliminant par son epithelium.
Telle eft la division peut-etre un peu theorique, mais en tous cas physiologique, des sudorifiques. Nous allons essayer de la justifier ou de la critiquer par des exemples.
D'une maniere generale, on peut dire que, chaque fois que la circulation capillaire peripherique est augmentee, la temperature peripherique s'eleve, et en meme temps pour retablir I'equilibrc de tempe'rature la deperdition aqueuse par la peau augmenle tantot sous forme de transpiration insensible ou d'evaporation, tantot sous forme de sueur.
Or la clialeur employee sous des formes variees est certainement 1'un des moyens le plus actif et pourtant le plus employe pour obtenir ce resultat. En elfet elle active 1'afflux sanguin dans les capillaires de la peau et surtout dans les ricbes re'seaux qui entourent les glandes sudoripares.
11 est, de notion vulgaire que pour se faire suer il faut s'echauffer, suivant 1' expression consacree, par tous les moyens possibles. La sudation s'obtient tantot en se livrant a un exercice musculaire actif, a une marche ou une course prolongee, le corps couvert ou non, suivant la temperature exterieure, de vetements chauds. D'autres fois on place le sujet dans un lit bien chauffe, on le couvre d'edredons et de couvertures, on lui donue des boissons chaudes et abondantes. Tels sont encore les procedes des hydropatbes, les etuves seches ou humides, les bains de sable cbaud, employes seuls ou combines au massage, aux frictions, aux douches, etc. Tel est encore I'enveloppement d'un membre dans une epaisse coucbe de colon et de flanelle, dans une toile de caoutchouc, etc.
Que sc passe-t-il dans ces circonstances? la circulation capillaire cutanee est forlement accrue, le corps est place dans un milieu tres-chaud ou ('evaporation se fait mal ; la sueur s'e'chappe done en abondance. L'explication physiologique serait simple: tandis que le froid contracte les fibres lisses, la cbaleur les relache; les capillaires cutanes sont done dans un etat de relachement qui favorise la sudation. 11 semble que dans ce cas la chaleur agit directement sur les fibres lisses des vaisseaux.
Deja nous avons signale 1'independance physiologique de la vascularisation de la peau et de la sueur. La peau peut etre tres-congestionnee sans qu'il y ait de sucur, et reciproquement certaines sueurs, emotives ou medicamenleuses, peuvent apparaitre avecun etat de paleur de la peau; elles peuvent meme apparaitre a distance, sur des points eloignes du point d'application de 1'excitant. Ainsi ra|ipelons-nous 1'experience suivante de Adamkiewilz : un vaste plat en zinc, alternativement rempli d'eau chaude (40 a 49 degres centigrades) et d'eau froide (10 a 12 degres centigrades), est place sur la peau d'une des cuisses d'un sujet suant facilement, et en meme temps on examine a la loupe les modiii-
cations de la sueur de la plante des pieds sous I'influence reflexe de cette sollicitation de la peau de la cuisse ; on connate que 1'eau froide ou la glace ne provoque pas et meme suspend la sudation a la plantedes deux pieds; au contraire, des qu'on se sert d'eau chaude, on voit la sueur perler a grosses gouttes siir les deux plantes.
Que conclure de cette interessante experience, sinon que la chaleur est 1'excitant reflexe par excellence de la se'cretion sudorale?
Le systeme nerveux joue done un role important dans la sueur, analogue a celui qui lui est devolu dans les autres secretions. L'experience fondamentale de Luchsinger et Ostroumow (1876) montre que 1'excitation du bout peripherique du sciatique d'un chat provoque une sueur abondante au niveau des pulpes sous-digitales, meme apres la ligature des vaisseaux du membrc correspondantet meme sur la patte amputee depuis vingt minutes. L'existence de ces nerfs excito-sudoraux n'est point restee localisee au nerf sciatique : \7ulpian, Luchsinger, Nawrocki, Adamkiewitz, ont montre la realite d'un systeme complet de fibres excito-sudorales, independant du systeme vaso-moteur, relie a des centres sudoraux medullairesmultiples[(Vulpian, Nawrocki), peut-etre meme a des centres corticaux (Adamkiewitz). La sueur peut done etre prodnite par une excitation directe ou reflexe des nerfs excito-sudoraux ; le point de depart de ['irritation est la peau, et la chaleur est 1'excitant habituel. Ellc agit par 1'intermediaire des centres medullaires sudoraux. Luchsinger 1'a prouvc par 1'experience suivante : il coupe un nerf sciatique et place 1'animal dans une etuve seche, et la sudation qui apparail sur les membres sains manque sur celui dont le sciatique a ete coupe.
Mais, dans certains cas surtout pathologiques, le point de depart du*reflexe peut etre ailleurs : ainsi dans les plexus abdominaux, comme dans la colique abdominale, hepatique ou nephretique, dans les plexus cardiaques, comme dans 1'angine de poilrine, dans les centres corticaux, dans les cas de sueur emotive. On sail que la douleur intense qui accompagne ces etats morbides determine souvent une sueur abondante alors que le tegument externe reste pale et la temperature peripherique peu elevee.
Voila done des cas dans lesquels la sueur est produite directement ou par voie reflexe par 1'intertnediaire du systeme nerveux excito-sudoral, independamment de la circy.lation peripherique.
Un medicament, le jaborandi (voy. article JABORANDI) et son alcalo'ide la pilocarpine, semblent agir surtout a la peripherie et sur les organesglandulaires, et independamment de 1'action des centres sudoraux. Si en effet on coupe a un jeune chat un nerf sciatique, nerf qui, comme on le sail, contient la totalite des nerfs sudoraux de la patte, puis qu'on injecte sous la peau une solution de chlorhydrate de pilocarpine, on provoque une sudation generalisee aussi bien sur la patte enervee que sur les autres. Nous ne pouvons nous etendre flavantage ici sur les nombreux travaux physiologiques auxquels le jaborandi a donne lieu. Disons seulement qu'il semble admis que le jaborandi et la pilocarpine agissent surtout en excitant les extremites terminales des nerfs excito-sudoraux.
La chaleur, 1'eau chaude en abondance et le jaborandi, constituent les seuls sudorifiques vraiment actifs ; ils agissent soit sur les fibres musculaires lisses des vaisseaux en les relachant, soit sur le systeme nerveux excito-sudoral, tantot sur les centres sudoraux, tantot sur les extremites peripheriques.
Beaucoup d'autres substances, telles que la feve de Calabar, le curare, la digitalc, les antimoniaux, 1'aconitine provoquent egalement la sueur, niais seulement lorsqu'elles sont employees a doses toxiques; elles paralysent alors les fibres musculaires des vaisseaux, d'ou resulte un afflux sanguin plus considerable dans le reseau cutane et par suite une exageration de la sueur; ces moyens ne sont pas employes comme sudorifiques, nous ne nous en occuperons pas.
Enfin il nous reste a mentionner les substances qui en s'eliminant par la peau paraissent exciter les fonctions des glandes sudorales. Nous placerons dans ce groupe :
Les quatre bois sudorifiques, c'est-a-dire le bois de gaiac, la racine de sassafras, les rhizomes de salsepareille et de squine. Les infusions et les decoctions de ces substances reputees sudorifiques n'agissent guere que par 1'eau chaude qui leur sert de vehicule : aussi sont-elles tombees dans un juste oubli.
Gertaines plantes telles que la bourrache, la buglosse, la pulmonaire, le cynoglosse, le sureau, le chevrefeuille, la bardane, la patience, la fumeterre, le the, les labiees fetides, le marrube noir, le marrube blanc, 1'herbe aux chats, la valeriane, 1'asa foatida. A cote nous citerons encore la gomme ammoniaque ou mieux armeniaque ; diverses especes animales, le muse, le castoreum, la civette du Cap et I'ambre.
A cote de ces substances peu employees comme sudorifiques, se placent les stimulants diffusibles parmi lesquels nous trouvons 1'alcool, l'ammoniaquer 1'opium (Gubler).
L'alcool en effet a petites doses et dans des infusions chaudes est un moyen sudorifique actif et tres-employe ; un verre de punch ou de vin chaud, le the au rhum, sont journellement presents pour ramener la diaphorese. L'ammoniaque, 1'acetate d'ammoniaque, les ammoniaques composees, 1'aniline, le toluene et les autres agents qui se trouvent dans les goudrons, la propylamine, la trimethylamineet toutes les amines paraissent agirdela merne facon (Gubler), et c'est probablement grace a ses proprietes diaphoretiques que la propylamine a paru a quelques observaleurs donner de bons effets dans le rhumatisme articulaire aigu.
L'opium est encore un moyen d'exciter la sueur ; il agit en favorisant la dila tation des capillaires cutanes, il excite les glandes sudoripares par lesquelles il s'elimine en communiquant a la sueur une odeur vireuse particuliere ; 1'exantheme qu'il produit parfois ne reconnait pas d'autre cause que son elimination par la peau.
Enfin, parmi les substances capables d'augmenter la sueur en s'eliminant par la peau, nous trouvons le soufre et les composes sulfureux. Quelle que soil la forme sous laqnelle il est introduit dans 1'organisme, soufre en nature, acide sulfliydrique, sulfures alcalins, 1'elimination se fait par les muqueuses et par la peau a 1'etat d'hydrogene sulfure. Apres son administration continuee pen dant quelque temps a doses moyennes, on ne tarde pas a voir paraitre uue legere elevation de la temperature exterieure, et une augmentation de la sueur par suite de la stimulation des glandes sudoripares. Parfois on observe des phe*nomenes d'irritation cutanee avec production de vesicules et de vesico-pustules. C'est cet etat qui est designe sous le nom de pousse'e par les medecins des stations thermales sulfureuses.
INDICATIONS DES suDOP.iFiQUEs. La sueui1 a 1'etat normal elimine, outre 1'eau, ties sels neutres, ceux a peu pres du serum sanguin avec predominance du chlorure de sodium, des matieres azotees, de 1'uree, cle 1'acide urique, des acides volatils, acides carbonique, acelique, lactique, sudorique, des acides grasvolatils : acide butyrique, caproique et caprique, valerique, etc., des traces de matieres grasses venant par entrainement des glandes sebacees, de 1'hydrogene sulfure, de rammoniaque qui parait due seulement a la fermentation qui se produit a la surface de la peau. Elle peut accidentellement eliminer de I'uree, de 1'acide urique eu plus grande quantite,du sucre, des substances introduites dans 1'organisme, telles que 1'iodure de potassium, le bromure, 1'arsenic, le plomb, le mercure.
On voitdonc que lafonction sudorale est synergique des functions renale, hepatique et pulmonaire. Une sorte de suppleance fonctionnelle peut s'etablir entre ces differentes voies d'elimination de produits qui nornialeuient doivent etre rejetes de Torganisnie. Les conditions pathologiques peuvent modifier singulierement ces balancements fonctiounels des vives secretions, et meme en creer d'autres. Ainsila polyurie due au froid exterieur supplee a la sueur, de meme la sudation exageree par le fait d'une temperature exte'rieureelevee diminuc notablement 1'urine; une diarrhee profuse supprime babituellement du meme coup la sueur et 1'urine. G'est la un grand principe de pathologic generate que le therapeutiste doit savoir mettre a profit. Son role consi.ite a ramener les sueurs par les divers moyens que nous avons passes en revue, la ou leur retour peut provoquer un effet, une crise salulaire.
D'une facon generale, les sudorifiques servent done, ou a provoquer une sudation salutaire, a ramener une sudation supprimee, ou enfin a chercher a eliminer par cette voie des principes nuisibles a 1'organisme. La medication diaphoretique est done excitante ou stimulante, derivative et revulsive, spolialrice ou eliminatrice.
Voyons ses principales indications :
L'une des plus efiicaces et partant des plus employees s'adresseaux affections a frigore, telles (jue le coryza, la bronchite, la pneumonic, et a ces etats de catarrhe laryngo-bronchique avec fievre intense, oppression extreme, appeles a tort grippe. Le froid a produit ces inflammations, la chaleur poussaut a la peau, raniraant la circulation peripherique, produit sou vent d'excellents effets. Nul ne contestera qu'une sudation energique provoquee dans un lit bien chaud, par des boissons chaudes additionnees ou non d'alcool, puisse faire avorter 1111 coryza ou une bronchite. Peut-on par des moyens analogues arreter une pneumonie dans son evolution ? le fait est douteux, s'il s'agit d'une pneumonic franche, fibrineuse. Mais dans certains cas de pneumonie catarrhale, alors que tout le cortege symptomatique faisait craindre une pneumonie bien caracterisee, j'ai vu tous les accidents s'arreter en un ou deux jours, sous 1' in fluence d'une forte sudation provoquee; on appliquait en outre un large cataplasme aussi chaud que possible sur le cote menace, ou des sinapismes. Certaines pneumonies peuvent avorter en quelque sorte spontanement, mais neanmoins dans ces formes et dans la broncho-pneumonie des vieillards et des enfants on peut par ce moyeu empecher parfois ['inflammation pulmonaire de
s'etendre.
La defervescence de certaines pneumonies, surtout chez des sujets affaiblis, ou chez des arthritiques, s'accompagne souvent de sueurs abondantes, critiques ;
il faut les favoriser, sans toutefois Jes pousser a 1'exces par un abus de boissons chaudes.
On a cherche depuis longtemps a provoquer des sueurs dans le cas d'epanchement pleuretique, aiindefaire resorberle liquids pleural. Le jaborandi nous a laisse quelque temps des illusions. Dans un cas de pleuresie aigne abondante,. j'avais (ait donner une infusion de 4 grammes de jaborandi; le lendemain apres une sudation energique toute trace de liquide pleural avait diparu ; mais maliieureusement les sueces n'ont point continue dans d'autres cas.
Un des meilleurs moyens egalement d'arreter une diarrhee simple survenue a la suite d'un refroidissement consiste dans 1'usage de boissons aromatiques chaudes, legerement excitantes, capables de produire une sudation intense.
Les etats mal definis sous les noms de fievre catarrhale, de grippe, de fievre rhumatismale, se jugent souvent par des crises sudorales pins ou moins abondanles : il y a done la une indication dont le clinicien peut profiler.
Dans certaines pyrexies les diaphoretiques peuvent trouver une application utile. Ainsi dans les lievres eruptives, la rougeole, la scarlatine, la variole, lorsque, avec une fievre intense, une agitation souvent tres-grande, parfois une oppression menacante et des accidents nerveux imminents, 1'e'ruption ne se fait pas, ou qnand, apres une premiere tentative d'e'ruption, celle-ci rentre, suivant 1'expression vnlgaire, c'est-a-diie s'arrete dans son evolution, les diaphoretiques peuvent rendre de grands services ; souvent des infusions chaudes, une potion avec 2 a 4 grammes d'acetate d'ammoniaque administree par cuilleree a cafe toutes les demi-henres, des frictions seches el un lit bien chaud, suffisent pour ramener une transpiralion plus ou moins abondante a la suite de laquelle 1'eruplion reprend son cours normal. 11 ne faut point cependant tomber dans 1'exces oppose, qui consiste a faire suer quand meme en les gorgeant de boissons chaudes et en les couvrant d'eclredons el de couverlures les enfants a la periode d'eruption de [a rougeole ou de la scarlatine : on risquerait ainsi de favoriser 1' explosion d'accidents nerveux tels que le delire ou les convulsions. Dans la variole inlense dont 1'eruption ne se fait pas, la temperature etant a 40 ou 41 degres et la peau seche, lorsqu'il y a des congestions viscerales imminenles, Sydenham faisail une saignee ; il est preferable d'adminislrer un vomilif, soil de 1'emetique, soil surtout de 1'ipeca, qui de'prime moins les forces; sons son influence on voit la sueur apparaitre, la fievre tombe et I'eruption se fait.
Dans les pyrexies infectieuses, la fievre typho'ide, le typhus, la fievre paludeenne, le cholera, 1'enterite cholerifornae des enfants, toutes les fois qu'il y a une tendance a 1'algidite, on doit chercher par tous les moyens a rechauffer les malades ; les boissons chaudes, les frictions seches, les bains d'etuve seche ou humide meme, peuvent rendre des services ; on cherche a ranimer la circulation p^ripherique eta provoquer une diaphorese salutaire.
Dans certaines affections diathesiques on cherche en provoquant des sueurs abondantes a eliminer de rorganisme un principe morbide. Dans le traitement de la syphilis les sudorifiques, notamment le ga'iac, la salsepareille, ont joui longlemps d'une faveur immeritee ; il est vrai pourtant que les sudations abon dantes rendent parfois des services dans certains cas de syphilides tenaces. On sail que dans les pays chauds ce moyen est communement employe et suffit avec la temperaturee levee pour guerir la syphilis. Plus habituellement les sudations,
surlout par 1'usnge des bains sulfureux, servant a faciliter ['.elimination du mercure ou a reveler, comme une pierre de touche, une diathese syphilitique latente.
Le rhumatisme articulaire aigu cede souvent a la suite de sueurs profuscs qu'il faut respecter : on est done en droit de cliercher a les provoquer pour amener une crise favorable; la propylamine parait avoir donne quelques resullats favorabies. Nous avons dans ces cas essaye le jaborandi ct la pilocarpine sans en retirer un avantage serieux.
Dans le rhumatisme chronique fibreux, les bains de vapeur sont souvent fort uliles ; dans le rhumatisme noueux, ils ne reussissent guere qu'a ramener des poussees subaigues. Dans la goutteles sudorifiques paraissent quelquefois utilc.s mais leur action nous a toujours paru fort contestable et meme dangereuse, surtout dans les formes de goutte atonique.
Dans les intoxications chrouiques par le plomb, le mercure, 1'arsenic, les sudorifiques favorisent incontestablement I'elimination du metal. Les bains sul fureux surtout sont employes dans ce cas. Le jaborandi dans 1'intoxication saturnine nous a toujours paru peu efficace.
Enfin les sudations abondantes sont encore un moyen employe centre la rage et les morsures de serpents venimeux. Au Bresil 1'usage du jaborandi est bien connu dans ce dernier cas.
Dans les hydropisies on a eu souvent recours aux sudorifiques avec desresultats divers et en general peu favorables.
Dans 1'hydropisie cardiaquelesmoyens cxternes tels queles fumigations sechcs, les bains de vapeur, peuvent etre dangereux chez les malades atteints d'uiie affection organiquedu co3ur ; ils peuvent determiner des syncopes ou augmenter 1'asystolie : on doit done les proscrire. Les sudorifiques internes sont inef/icaces ; le jaborandi et son alcaloide exercent une action paralysante sur le coeur : leur usage est done dangereux.
Dans 1'hydropisie renale, il semble que les relations etroites qui existent entre la fonction des reins et celle de la peau aient du fournir un moyen de traitement efficace. Depuis longtemps on avail eu recours aux sudations soit dans les bains de vapeur, soit dans les etuves a airchaud. L'enveloppement a etepreconise par Ziemssen, Uosenstein, Liebermeister. Les resultats sont en general peu favorables, et parfois ce mode de traitement entraine des accidents. Le jaborandi a etc'egalement experiment*? sans, plus de sueces.
Les sudations locales determine'es par 1'enveloppement soit dans une couche epaisse de coton, soit dans une enveloppe impermeable, constituent un moyen therapeutique qui rend les plus grands services dans certains cas de nevralgie inveteree, dans la sciatique chronique notamment. Dans diverses maladies de peau, telles que 1'eczema, le psoriasis, le lichen, le prurigo, 1'enveloppement avec le caoutchouc determine une sorte de bain de vapeur local et permanent sous 1'influence duquel 1'etat de la peau se modifie assez rapidement. Dans 1'eczema notamment les effets sont excellents, et bien des fois nous avons vu ceder ace traitement d'anciens eczemas des jambes rebelles a tout autre traite ment. La calotte ou le masque en caoutchouc dans 1'impetigo du cuir chevelu et de la face, dans la croute de lait des nouveau-ne's, donne des effets re'ellement remarquables, si elle est appliquee avec soin et persistance.
Telles sont les indications generates des sudorifiques; on comprendra que nous nepuissions nous etendre davantage sur les indications et le mode d'emploi
pour chaque cas particulier : nous renvoyons done le lecteur a chaque article special concernant soit le medicament, soil le cas ou il doit etre employe.
E. DEMASGE.
SUDORIP.YRES (FoLLicuLEs ET APPAREL). Les follicules sudoripares 'sont de nombreux organes sous-cutanes, non intra-dermiques, annexes de la peau (voy. p. 692); chacun represente un pelit parenchyme d'origine ectodermique a propos duquel son minime volume et ses connexions anatorniques ont empeche jusqu'a present de determiner avec une cerlitude complete la question de savoir : lu s'ils ne sont que des parenehymes non glandulaires, n'agissant comme le rein que par excrementition sur des principes deja. formes par desassimilation des autres tissus, comme cela est tres-probable pour les folli cules de la suenr, ou, propremeut dits, de la peau en general; 2° si au contrairc tous, ou quelques-uns seulement, sont des glandes, ont leur epithelium pour lieu de formation de principes immediats speciaux n'existant que la et dans le liquide qui en vient, comme le fait est supposable pour les poches anales des carnassiers, inguinales et genito-urinaires de divers ruminants et rongeur* (voy. PARENCHYMES).
§ I. DEVELOPPEMENT. Les follicules sudoripares commencent a apparaitre a la fin du troisieme mois ou au commencement du quatrieme a la main et au pied chez 1'homnie. Us se montrent au cuir chevelu d'abord et graduellement sur le reste du corps dans le cours du quatrieme mois ou au commencement du cinquieme. La et sur les ruminants leur apparition est plus ou moins posterieure de quelques jours a celle des follicules pileux (fig. 1); elle survieiit un peu avant que rien ne soit visible de la glande ou de la paire de glandes sebacees de ces derniers, deux ou trois jours, autant qu'il est possible d'en juger. Mais le follicule sudoripare devient rapidement aussi long que le pileux, puisle depasse, sauf aux regions des cheveux et de la barbe. lei en effet c'est vers le milieu de la longueur du follicule pileux, ou plus ou moins pres de son fond, que se produit 1'enroulement sudoripare, mais non plus profondement, bien que, s'il res tail recliligne en s'allongeant, il depasserait certainement ce fond.
Dans les parties des membres et au cuir chevelu oil il y a deux follicules sudoripares a cote de chaque follicule pileux, on voit qu'au debut Tun des deux est toujours plus long que 1'autre (fig. J, h, h) ; partout ils s'allongent parallelement au follicule pileux et presque accoles a lui sur le mouton et autres vertebres, en conservant dans toute leur longueur la meme epaisseur, avec souvent un tres-leger renflement de 1'extremite profonde en doigt de gant.
Rien de plus net que la maniere dont, par segmentation des cellules claires et cubiques de la couche basilaire (a) de I'epiderme fcetal, se produisent du cote du derme, sous forme de petits mamelons d'abord, les introrsions ou involutions qui deviendront autant de follicules sudoripares; elles s'allongent graduelle ment, sans changer de forme, ni de volume, en restant rectilignes ou devenant un peu onduleuses. Dans toute 1'epaisseur du derme se delimitant deja ou a peu pres, 1' epithelium, qui constitue ce bourgeon, conserve les caracteres qu'il a dans la couche basilaire, plus profondement et dans le reste de la longueur; a mesure qu'il grandit, les cellules epitheliales deviennent plus
petites, a noyaux relativement plus gros, paraissant contigus, tellement est petit
leur corps cellulaire; a mesure que s'allonge le cylindre folliculaire, il devient
un peu onduleux et meme sensible-
nient spiro'ide a la paume des mains
et des pieds, puis meme au bras, tou-
jours termine en doigt de gant sans
renflement notable alors.
Gette disposition merite d'etre not.ee parce que, sur nombre de mammiferes, elle cst persi^tante pour la generalite de ces follicules et particulierement chez 1'homme pour le bord des paupieres.
Partout ailleurs, des le cours du cinquieme mois, les follicules, restes epais de 2 a 5 centiemes de millime tre, atteignant une longueur de 5 a 4 dixiemes (dont le quart ou environ dans 1'epaisscur du derme), commencent a recourber leur extremite profonde.
De 1'etat d'inclinaison, puis de cro chet, cette courbure simple passe graduellement par tons les etats d'un ele gant enroulement sur soi-memedu fond du follicule. L'euroulement va graduellement en augmentant sans allongement vers la profondeur a mesure qu'avec les progres du developpement et de I'age le tube augmente de longueur, lies la tin de la premiere annc'e le glomerule oupeloton d'enroulement a, sauf le vo lume, 1'aspect qu'il aura toujours. A la naissance la longueur totale du fol licule de son orifice a son fond, apres deroulement, est d'au moins un milli metre. Des cette epoque on distingue un leger ecartement des cellules dans
Fig. i. — Suclon'pares et follicule pileux d'un foetus humaiu de vingt semaines.
h,h, paire de follieules sudoripares pr^s de In sortie epidermique du follicule pileux. — a, la couche de Malpigln epidermiquf. — b, la couche cornec de 1'opiderme. — n, noyaux des cellules de ceite couchu devenus vesiculeux. — o, la coiuhe basilaire de 1'epidenne ou de la couehe de Malpighi d'oQ parteni les follicules sudoripares. — c,d, paroi mesodermkjue du follicvile pileux. — g, s, paroi propre interne hyaline exocellulaire. — e, fond du follicule avec sa papille. — f, bourgeon epithelial d'un follicule lateral de remplacement. — s, dtbut de la production de la glande sebacee du follicule pileux.
1'axe du cylindre, limitant un etroit canal plein d'utie matiere hyaline, a peine grenue, solidifiee par les agents durcissants. Comme 1'a indique Kolliker, ce canal s'avance par ecarte ment cellulaire de la profondeur vers la surface jusqu'au travers de 1'epiderme ou il s'ouvre durant le septieme mois, au moins pour les mains et les pieds.
Un des fails les plus importants a noler ici est le suivant : Des le moment oil 1'involution on bourgeon en doigt de gant, origine d'un follicule sudoripare, a depasse de quelques centiemes de millimetre la face profonde du derme, on PICT. ENC. 5" s. XII 44
trouve autour de lf epithelium, etle separant du mesodcrme, du lissu cellulaire, en un mot, une paroi propre hyaline. A cette epoque on la suit jusqu'au soubassement hyalin du derme (basement membrane). Elle est epaisse d'abord de Omm,001 au plus et acquiert peu a peu une epaisseur double, triple, qua druple meme ; elle est presque aussi facilement isolable du tissu cellulaire ambiant que de 1'epithelium meme qui la remplit. Bieu que sa surface externe entrame parfois des noyaux de tissu cellulaire qui lui adherent, il est facile de voir que le fait n'est pas constant, qu'elle n'en contient aucun dans son epais seur, qu'elle est inattaquable par 1'acide acetique; qu'elle est exocellulaire et eccellulaire. Sous ce rapport et au point de vue do sa neltete et de la facilite de son isolement, jusque dans 1'age adulte, elle n'est comparable a cet egard qu'a la paroi propre des tubes du rein (Ch. Robin, Programme du cours d'histologie, 1864, in-8°). Des cette epoque on remarque que cette paroi, dircctement plongee dans le tissu cellulaire, n'a de ce tissu vasculaire aucune enveloppe spe*ciale, comparable a la tunique papillifere continue avec le derme dont le rudiment existe dejasur le foetus autour des follicules pileux (fig. \, d). Toutefois sur 1'adulte quelques cellules et fibres du tissu cellulaire et quelques fibres elastiques fines restent presque toujours adherentes a la face externe de la paroi propre.
Des avant la naissance, les follicules pileux sont aussi nombreux qu'ils seront jamais ; seulement, comme aussi les follicules pileux, ils sont plus rapproches qu'il ne le deviendront au fur et a mesure que se fait 1'accroissement (voy. PEAU).
§ II. ANATOMIE DES FOLLICULES SUDORIPARES. Ces follicules sont des organes sous-cutanes, tres-generalement, dont le canal excreteur, pour une portion, traverse le derme pour s'ouvrir a la surface du corps, sans evasement du moins comparable a celui de beaucoup de follicules pileux. Cliaque i'ollicule sudoripare est en effet compose d'une partie glomerulee ou pelotonnee (fig. 2, f) et du canal excreteur qui fait suite a celle-ci ou reciproquement (o) ; pour la gene*ralite des follicules le canal est epais de Omm,04 a Omm,05. Dans les sudoripares proprement dits, je ne 1'ai jamais vu depasser ce diametre et atteindre celui de Omm,09 comme 1'indiquent quelques auteurs, meme dans la derniere partie de son trajet dermo-epidermique.
Le peloton soit globuleux, soit ovoide plus ou moins allonge et meme aplati d'une region a 1'autre du corps, est epais en moyenne de Omm,05 avec variations d'une region du corps a 1'autre entre O'm,2 et Omm,8 environ. La loupe ou le microscope sont done indispensables a leur etude.
Ils sont dans le tissu adipeux sous-cutane depuis la face adherente du derme jusqu'a 4 millimetres de profondeur pour les faces palmaire et plantaire des extremites de 1'adulte; la plupart sont entre I et 2 millimetres. Partout on en voit ca et la qui sont centre la face profonde du derme, aplaties en quelque sorte au fond de quelqu'une de ses areoles, entoure de quelques cellules adipeuses.
Au cuir chevelu avec 1'epaisseur connue du derme, on constate qu'il est des glomerules qui restent intra-dermiques, a 1 ou 2 millimetres de profondeur ou environ de la surface de 1'epiderme. Beaucoup sonl a la face profonde du cuir chevelu, entoures de tissu adipeux. Geux qui sont plus profonde'ment siegent vers le milieu de la longueur du follicule pileux, depasses en profondeur de 1 a
'2 millimetres encore par le fond de ce dernier. II en est de meme a des degres divers dans les regions pourvues de barbe (fig. 2, fk).
Dans ces regions les sudoripares sont partout plus ou moins voisins, comme satellites, du follicule pileux (voy. PILEUX), et le canal excreteur, plus ou moins onduleux, cst parallele a ce dernier dans tout son trajet. Ge fait du restc n'a pas d'exception pres la generalite des follicules pileux sur les autres mammiferes. Au cuir chevelu beaucoup de glomerules allonges, peu serres, comme partiellement deroules, sont appliques au follicule, entre lui et la portion du derme meme qu'il traverse, vers la partic profonde des alveoles de celui-ci, ou dans le tissu adipeux meme.
L'etude de la distribution des follicules sudoripares est importante. Pendant la vie foetale plus facilement que sur 1'adulte on peut eonslater, chez I'homme et les autres mammiferes, que partout ou il y a des follicules pileux ces derniers ont pour satellite un follicule sudoripare generalement. Les sudoripares du restc manquent aux six poils des mnchoires de chaque cote sur le dauphin, etc., comme pour le reste de son corps. D'un developpement un peu plus tardif que celui du follicule pileux, le follicule sudoripare est exactemenl parallele au premier, -4 ou 5 fois plus grele que lui. Le mode de groupement des sudo ripares est subordonne a celui des pileux et non au nombre des papilles, etc. II y a un follicule sudoripare pour chaque follicule pileux ; il y en a deux aux bras, aux jambes et au cuir chevelu de rhomme, non pour lous exactement, mais pour la plupart, et exactement places 1'un a droite, 1'autre a gauche, du follicule pileux (fig. 1, h, h). Ici de plus, dans les portions des membres ou les poils sont epars, il y a entre les follicules pileux des follicules sudoripares independants, ecartes les uns des autres et des pileux de Omm,2 ou environ, assez uniformement. A la nuque et sur le dos, sur la partie posterieure des membres, il n'y en a qu'un sur le cote de chaque poil, ce qui les rend la un peu moins nombreux qu'aux regions citees plus haul; sans compter qu'ici, comme partout, les follicules pileux a poils du duvet proprement dits manquent de ces satellites.
Cliaque canal excreteur sudoripare s'ouvre pres de 1'orifice pileux a environ Omm,l et Omm,2 au plus; sur I'homme c'est une distance cgale a 1'epaisseur de la base d'une papille; c'est sur la levre epidermique meme du pourtour de 1'orifice pileux chez le mouton, le taureau, etc. II s'ouvre sans evasement, a propre ment parler; jamais je n'en ai vu aller dans le follicule pileux meme, sur rhomme ni sur les animaux domestiques, contrairement a ce qu'indiquent Henle et Kolliker (Histologie, trad, franc., p. 180).
Dans les regions sans poils, comme les faces palmaire et plantaire des extremites, les follicules sudoripares s'ouvrent regulierement a Omm,2 les uns des autres dans tons les sens, a peu de centiemes de millimetre pres. Us sont toutefois un peu plus rapproches sur toute la bordure de jonction de la peau proprement dite des doigts avec le derme de la matrice ongueale. La, les glo merules sont presque contigus en rangee sous le derme, alors que du cote de 1'ongle il n'y en a plus du tout. Dans le repli sus-ongueal il y en a de petits immediatem.ent sous le derme, aussi loin qu'il reste des tissus cellulaire et adipetix interposes entre le feuillct dorsal cutane et le feuillet ongueal de
ce repli.
Outre le dessous des ongles, les petites levres, le bas des grandes levres, le pourtour de la vulve et de 1'anus sur une etendue de 2 centimetres au plus
(voij. MUQUEUSE, p. 428 et 456), la face interne du prepuce et le gland, la bordure rosee des levres, manquent de follicules sudoripares. La face auriculaire du pavilion de 1'oreille a ete donnee comme manquant de follicules sudoripares, mais j'ai sous les yeux des preparations qui en montrent, bien qu'ils y soient plus rares que sur la face cephalique ou dorsale du pavilion. Ces follicules sont peu nombreux, sans relation avec les follicules pileux, mais constants, bien que reduits a un diametre de Omui,l pour le glomerule, de Omm,02 pour 1'epaisseur du conduit excreteur. II en est de meme sur les paupieres, a la peau de la verge, ou le diametre des glomerules ne depasse guere O^01,^. Nous avons deja vu qu'au bord ciliaire meme de ces organes le follicule reste a 1'etat de tube court dont le fond ne s'est pas allonge ni enroule en peloton, comme cela est du reste sur le mouton, le chien, Jes rongeurs, etc.
Aux grandes levres, bien que les follicules sudoripares n'aient pas de rapports avec les follicules pileux, non plus qu'au scrotum, et soient ecartes de un quart de millimetre a 2 millimetres les uns des autres d'une portion a 1'autre de ces teguments, on ne les voit se montrer en partant des petites levres qu'en arrivant a la region des poils.
M. Ficatier (Des glandes sudoripares. Paris, 1881, these in-4°, n° 113, p. 25) note leur absence dans les sourcils. Je n'ai pu non plus en trouver la, ni dans les points de la peau du front, des joues et des ailes du nez, qui sont le lieu d'insertion des muscles peauciers.
Notons aussi leur absence sous la peau, qui est regeneree sur le bois reproduit des cervides, bien qu'il y ait la regeneration des follicules pileux, de leurs glandes sebacees et des poils.
Au nez, sur lequel les follicules pileux sont en series assez regulieres, distantes de Omm,5, series dans lesquelles chaque follicule est loin de ses honiologues de Omm,2 a Omm,5, Jes follicules sudoripares sont ecartes les uns des autres de 3 millimetres. Us s'ouvrent isolement, non par paires, soil sur la levre epidermique de 1'orifice d'une des grosses glandes sebacees de la region, soil loin d'elles, sans relation avec les follicules du duvet. Leur glomerule mince, comma deroule, forme d'un petit nombre de tours, est place au niveau ou audessous du fond des glandes sebaces. II y en a entre les vibrisses, mais plus petits et plus ecartes encore.
Aux deux levres ils sont un peu moins ecartes qu'au nez, ouverts pres des follicules pileux, et ils cessent d'exister avec la peau qui est traversee par le duvet ou les poils.
II y en a jusque dans la caroncule lacrymale, ainsi que le montrent des pieces de M. Desfosses; bien que peu nombreux, ils y sont glomerules.
En prenant en consideration le volume de chacun des glomerules sudoripares et de plus leur nombre d'apres le degre d'ecartement de leur orifice excreteur d'une region a 1'autre du corp?, on arrive a reconnaitre approximativement que reunis en un seul amas tous ces pelotons formeraient une masse d'un volume egal a celui du poing ou uu peu plus.
§ III. STRUCTURE GENERALE DES FOLLICUI.ES SUDORIPARES. Distributes comme il vient d'etre dit, avec des varietes de configuration, de diametre total et de celui de leur tube, d'ordre secondaire correspondant a leur situation, etc. (fails sur lesquels il n'y a pas a revenir), les follicules sudoripares presentent les particularites de structure qui suivent. Leur tube est regulierement, sinon uniformement, calibre du fond jusqu'a son ouverture. Ce fond est un cul-de-sac arrondi (fig. 2, f) quel-
SUDORIPAKES.
quefois legerement renfle en massue, rcnflement dont 1'e'paisseur, hors des cas pathologiques, ne va pas au double du diametre normal.
Pig. 2. — Follicules sudoripares et pileux de 1'arriere de la region de la barbe d'un homme adulte.
•o, orifice epiilermique sudoripare. — f, glomerule sudoripare dont le tube onduleux gagne 1'orifice
'precedent. — a, couche de Malpighi. — t, couche cornee de 1'epiderme. — a, b, le derme. — c,d, tissu
adipeux sous-cntane. — e, grosse glande sebacee se jetant dans le follicule d'un poil du duvet (u).—
v, follicule de ce poil. — p, poil de la barbe. — g,n, muscle a fibres-cellules du follicule de ce poil.
qt insertion folliculaire de ce muscle. — n, insertion intra-dermique de ce muscle. — k, paroi
mesodermique propre du follicule pileux. — y, couche de Malpighi, de la paroi epitheliale du follicule
.pileux. 3> couche hyaline de I'epithelium folliculaire, homologue de la couche cornee de 1'epiderme
et se continuant avec elle au-dessus de I'abouchement des glandes sebacees pileuses. — s, abouche- •ment d'uue de ces glandes.
Lorsqu'on suit d'age en age la formation du glomerule, on voit qu'apres Tin-
clinaison en crochet (p. 688-689) du fond du follicule ce fond finit paretredirige vers la peau, puis de nouveau vers la profondeur et ainsi de suite; ceci toujours du a I'allongement du follicule qui se courbe a une profondeur donneeau lieu de s'enfoncer continuellement, si bien qu'il finit par y avoir ce que donnerait la formation d'un peloton dans lequel on roulerait une ficelle sur elle-meme a partir d'un de ses bouts. Aussi le fond du cul-de-sac folliculaire est-il generalement cache sous les tours exterieurs. Dans cette sorte d'enroulement il n'est pas tres-rare de trouver des entrelacements qui rendent le deroulement impossible et des glomerules qui ont le cul-de-sac a leur surface sur un cote ou vers la profondeur (fig. 2, /").
Plus souvent apres un debut d'enroulement ou de pelotonnemcnt le glomerule se forme d'une accumulation de fk-xuosites a la maniere de ce que donnerait un fil descendu de haul en has sur un plan. Les glomerules d'aspect de'roule des ailes du nez, de quelques points du cuir chevelu, des grandes levres, du scro tum, etc., sont de ceux-la, dont les fluxuosites ne sont pas contigues ni entrelacees et restent plus ou moins ecartees les unes des autres par du tissu cellulaire. Ge sont ces glomerules dont on peut isoler et derouler le tube, le cul-de-sac, apres sejour des pieces dans les solutions tartrique, acetique, chlorhydrique, etc.
Ni sur les foetus ni dans ces deroulements je n'ai trouve des follicules bifurques vers la profondeur. Jamais non plus un tube folliculaire se rendant a la peau u'est bifurque pour s'ouvrir par deux orifices ; jamais deux ou plusieurs follicules ne se reunissent pour gagner un orifice cutane unique.
La portion du follicule qui s'etend du glomerule a la peau, comme tube excreteur, presente des flexuosite's, quelquefois une ou deux anses sur son trajet dans le tissu cellulaire et dans le derme. Elles sont plus prononcees pres du glomerule qu'ailleurs, tres-diverses, comme etendue et regularite, d'un glomerule et d'une region ; du corps a 1'autre, tres-prononcees aux grandes levres, etc. La direction generate du tube est perpendiculaire au derme, parallele aux follicules pileux dans les re'gions poilues, parfois un peu obliques vers le pourlour des ongles, a la face cranienne du pavilion de 1'oreille, etc., et la sans flexuosites ou a peu pres.
La plante des mains et la plante des pieds exceptees, les follicules sudoripares traversent 1'epiderme sans tracer des flexuosites et spires. Quelques-uns s'elargissent legerement en infundibulum regulier ; presque tous font ainsi : ajux grandes levres, au scrotum, etc., et deja dans le derme, avec ou sans flexuositej ou ondulation pre'cedant 1'elargissement. Ceux qui ne s'elargissent pas ainsi s'inclinent parfois un peu dans le mince epiderme de la region au moment de s'ouvrir, mais ils sont en petit nombre.
Partout du reste c'est dans 1'mtervalle de deux bases papillaires que le canal' passe de 1'etat de conduit dermique propre a 1'etat de trajet epidermique et non au travers d'une papille suivant sa longueur.
Aux pieds et aux mains, des que 1'epiderme commence a prendre 1'epaisseur qu'il a aux faces palmaire et plantaire, des que le canal sudoripare passe a 1'etat de trajet epidermique, ses ondulations, s'il en avail, prennent dans toute 1'epaisseur de 1'epiderme le caractere de spires autour d'un axe fictif rectiligne. Cesspires sont ecarte'es, laches, au nombre de 1 a 5 dans le passage au travers dela couche de Malpighi, qui est epaisse pourtant entre les papilles. Au con- Iraire, des qu'on arrive a la lame cornee de 1'epiderme, les tours de spires sont
sciTcs, au nombre de 10 a 30 ou environ, suivant I'epaisseur de 1'epiderme, et toujours d'une admirable regularite.
Ces trajots spiraux inlra-epidermiques viennent s'ouvrir a 2 ou 3 dixiemes de millimetre ou environ les uns des autres dans tous les senssur le milieu de la crete des lignes courbes saillantes des mains et des pieds, nondans les sillons qui les separent. Cette ouverture a lieu par evasement circulaire brusque, peu profond, visible a la loupe; elle n'a rien de comparable a 1'evasement infundibuliforme deja inlra-dermique, dans lequelon suitle prolongement de la couche cornee de 1'epiderme sur les regions de la peau ou ce dernier est mince (p. 693).
$ IV. STRUCTURE PROPRE DES FOLLICULES SUDORIPARES. II cst inutile de revenir sur ce qui a ete dit de la paroi propre des follicules sudoripares, delatenacite, de sa resistance a nombre de reactifs, de la possibilite de son isolement relativement facile (p. 689).
Notons seulement que dans cet isolement elle entraine avec elle des cellules fibroplastiques qui lui adherent et quelques fibres du tissu ccllulaire dirigees parallelement a 1'axe du tube. II s'y trouve en outre des fibres elastiques tresfines ayant la meme direction, anastomosees ou non, formant parfois sur les plus grosses de ces glandes un veritable reseau ou filet elastique.
D'autre part, Meynold (1854) a montre que le tube folliculaire qui a les dimensions indique'es plus haut (p. 689) dans sa portion non enroulee est plus large dans sa portion pelotonnee, ce qui peut etre considere comme une sepa ration de 1'organe en partie parenchymatcuse et en tube excreteur. Cette dif ference de calibre entre les deux parties commence plus ou moins profondement dans le glomerule meme, comme si le tube excreteur prenait part a la consti tution du jieloton.
G'est avec les fibres des tissus elastique et cellulaire ci-dessus que rampent les vaisseaux sanguins de ces orgaues. Partout ou se trouvent des follicules enroules sudoripares, ce sont des vaisseaux qu'on ne distingue d'abord pas de ceux du tissu cellulaire ambiant, qui se distnbuent sur eux. Ce n'est pas, a proprement parler, du derme qu'ils viennent. Us entourent les pelotons d'un reseau de capillaires qui fait distinguer ceux-ci de suite par sa richesse des tissus soil cellulaire, soit adipeux, dans lesquels se trouve le glomerule. Ces capillaires sont fins, d'un diametrepresqueuniforme, onduleux, anastomoses en mailles poly^onales a angles arrondis. Celles-ci descendent a une largeur de Omm,02 sur une largeur atteignant Omm,04. On suit de plus des capillaires qui contournent le cylindre ou tube folliculaire pour former des mailles semblables en s'enfoncant dans la profondeur du glomerule. On peut dire que pi esque rien n'a eHe ajoute a 1'exactitude des figures et des descriptions de ce reseau, depuis Todd et Bowman (1845).
Notons ici que, ainsi que 1'indique M. Ficatier, il est reellement impossible de voir d'autres fibres nerveuses se rendre aux glomerules sudoripares que des fibres des vaso-moteurs se perdant sur les plus gros des capillaires ci-dessus. II est impossible de suivre centre la paroi propre du tube autre chose que les fibres des tissus cellulaire et elastique et de rien voir qui passe au travers de cette paroi pour gagner I'epithelium qu'elle contient.
Quant a cet epithelium, comme 1'ont bien de'crit et figure MM. Hermann (Comptes rendus et Me'moire de la Societe de biologie, 1881) et Ficatier
(These, 1881, p. 57 et pi. I a III), il se compose partout de deux couches distinctes.
La premiere est appliquee a la face interne de la paroi propre et lui adhere ibrtement. C'est elle qui cst dite couche basilaire. Elle est mince, mesurant au plus 0"im,01 ou environ.
Les cellules de cette couche torment une rangee unique de cellules, par euchevetrement reciproque de leurs extremiles, car ellessont fusiformes, longues de Omm,025a Omm,045, larges de Omm,006 a Omm,007, epaisses au niveau de Jeur noyau ovoide de O'um,005 a 0"'m,006. Elles ne sont pas partoul lateralement contigues et dans les interstices laisses entre elles les cellules decrites plus loin, dites secretaires, touchent directement la paroi propre. Elles sont claires, pen granuleuses comparativement aux autres; la face qui est adherente a la paroi propre est marquee de fines eretes ou dentelures engrenees avec d'autres en sens inverse de la face interne de cette paroi piopre et loagitudinales.
Leur noyau regulierernent ovoide, generalement sans nucleole, est court, non allonge en balonnet. M. Hermann et M. Ficatier ont Lien demontre la nature epitheliale de ces cellules, malgre leurs differences de formes avec les autres cellules folliculaires, leur resistance aux actions cadaveriques et autres, partout plus grande que celle des elements mesodermiques et meme que celle des cellules epitheliales folliculaires qui leur sont superposees.
Par une conlusion dont 1'histoire de 1'anatomie generate offre pen d'exemples aussi singuliers, ces cellules epitheliales ont ete prises pour des fibres muscu- I a ires viscerales, qui eussent ete d'origine ectodermique, pour ceux qui ne voient dans 1'anatomie que 1'etudc des lormes et des dispositions mecaniques, microscopiques ou non, ignorant qu'on u'arrive a la determination de la nature des unites anatomiques que par la determination des caracteres qui indiquent, autant que possible, leur composition immediate.
Sur la couche epitheliale precedente, dite basilaire, et a cellules fusifoz'mes, reposent les cellules qui, par leur juxtaposition, limitent la paroi memedu canal folliculaire. Ces cellules sout prismatiqnes surtout, parfois cuhiques, plates ou pavimenteuses par place, elles forment la portion la plus epaisse de repithelium sudoripare. La partie libre ou superficielle de ces cellules du cote du canal est comme une bande hyaline, dite portion cuticulaire, bombee, parfois plus ou moins saillante en forme de goutte. Vers sa profondeur, le corps cellulaire est plus ou moins grenu, avec ou sans gouttelettes jaunatres, etc., ci presente de \ a 5 noyaux ovoides courts, ou spheriques.
Cette portion de la cellule se colore plus ou moins fortement au contact des reactifs, tandis que la portion saillante hyaline reste incolore. Seul, Tacide osmique la teinte parfois de brun.
Ce que ces cellules offrent surtout de frappant, ce sont les dispositions de celle de leurs faces qui repose et adhere sur la couche basilaire meme de cel lules fusiformes. Cette face dechaque cellule presente de un a trois prolongements environ, en forme de lames, denticule'es ou non, qui s'enfoncent, s'engrenent entre les interstices laisses par les cellules e'pitheliales sous-jacentes.
Ces cellules plus ou moins pyramidales a 5 ou 6 pans, d'un volume assez uniforme, sont hautes de Omm,0'25 a Omm,028. Leur base pourvue des prolongements d'engrenements est large de Omm,010 environ, 1'extremite libre opposee de Omm,005 a Omm,005 seulement. Le noyau est long de 0,006.
SUDORIPiRES. 697
Dans la portion retrecie ou excretrice du tube folliculaire, ces cellules epitheliales montrent leur bande ou sail lie, hyaline, dite cuticulaire, plusrefringenteet plus colorable que dans ie glomerule. Ces cellules devenant cubiques, puis un peu aplaties, sont graduellement surdcux, puis sur trois rangees; sans compter la couclie basilaire de cellules fusiformes qui disparait au-dessus seulement du glomerule, plus ou moins haul (Ficatier). Elles deviennent de plus en plus finement grenues a mesure qu'on approche de la peau.
Sur les coupes et ea arracbant 1'epiderme des foetus, qui entraine des prolongements lubuleux venus des tubes excreteurs sudoripares, on peut suivre toutes les couches de 1'epiderme cutane, y compris la couche cornee jusque vers le milieu ou la profohdeur du derme, surtout lorsqu'il y a un legerelargissement infundibuliforme de 1'abouchement sudoripare (p. 695). En arrivant au niveau de la face profonde du dcrme, on voit que ['epithelium du conduit excreteur sudoripare continue la couche de Malpighi et particulierement sa rangee basilaire de cellules claires, sans les cellules homologues de la couche cornee epidermique, qu'on trouve au contraire dans les follicules pileux.
Gomme 1'a iiidique et figure M. Remy (Journ. d'anat. et de physiol., 1880, p. 120), il est certain que dans 1'atrophie senile du cuir chcvelu, les glandes sudoripares s'atrophient plus ou moins, que leurs cellules se gontlent et leur noyau devient plus petit. Dans les cas, au contraire, de calvitie, suite de maladie, les follicules ne s'atrophient pas.
L'atrophie precedente n'est, du reste, jamais complete; le follicule un peu plus petit reste a sa place ; le conduit, une paire generalement pour chaque follicule pileux (non du duvet), s'ouvre comme a 1'ordinaire, mais il est plus eloigne de 1'orifice pileux, celui-ci etant devenu plus petit sans diminution de 1'etendue en surface du cuir chevelu.
§ Y. FOLLICULES AXILLAIRES. Les follicules volumineux de 1'aisselle et leurs analogues chez les animaux se distinguent des sudoripares ordinaires par leur structure et par leurs caracteres exterieurs, quoique construits sur le meme type.
Sur les coupes, on voit tout d'abord que le calibre de leur tube est beaucoup plus considerable en meme temps que beaucoup moins regulier que celui des follicules precedents. 11 est large de O'mu,l a Omill,2. La lumiere du canal est tres-large, limilee par une rangee de cellules epitheliales, parmi lesquelles on peut distinguer trois formes : 1° les cellules epilheliales sont prismatiques, allongees, mesurant Omm,024aOmm,036, sur une largeur extremement variable; 2° dans d'autres points elles sont aplaties, ne depassant pasO'nia,72 en hauteur; 3° enfin, la forme la plus ordinaire est celle d'elements cubiques dont la hau teur est d'environ Omm,018 a Omm,025.
Dans chacune de ces cellules, on peut distinguer deux zones : 1° une zone granuleuse, renfermant un noyau arrondi, dont le diametre varie de Omm,010 a Ooim?oi5; 30 une zone superficielle hyaline, ne se colorant nullement par les reactifs, tandis que la partie profonde, granuleuse et opaque, acquiert une teinte rosee sous 1'influence du carmin. Ces cellules vues de champ ont une forme assez regulierement polyedrique a cinq ou six pans. A cole de cellules ayant Omm,015 a Omm,020 de large, avee un noyau de Omm,008 a Omm,010, sont de gros e'pitheliums ayant Omm,035 a Omm,040 de largeur avec des noyaux ovoides, mesurant jusqu'a 0(am,020 de long, sur O''"",012 a O'»m,015 de large.
Les noyaux presentent generalcment de un a trois nucleoles arrondis, tresnets. Sur les plus volumineux, on ne distingue plus de nucleole, mais une charpente reticulee tres-deliee. Un grand nombre de ces cellules renferment deux ou trois noyaux, le corps cellulaire pent presenter dans sa partie granuleuse des grains jaunatres plus ou moins nombreux se reunissant parfois en gros globes legerement brunis par 1'acide osmique. On peut trouver en outre des gouttes spheriques hyalines, moins refringentes que les precedents et prenant une teinte un peu rosee par le carmin. Ces globes sont generalement situes a la partie superieure de la cellule, immediatement au-dessous de la bande transparente superficielle.
Dans les points ou les cellules ont une forme prismatique, la partie superfi cielle, transparente, arrive frequemment a faire dans la lumiere du tube une saillie plus ou moins prononcee; parfois on la voit se pediculiser et s'etirer en forme d'une larme qui parait sur le point de se detacher. Enfin on voit flotter dans I'interieur du canal des goutles arrondies completement libres qui ont ete ainsi produites aux depens des cellules.
Dans les points ou repithelium est compose de cellules cubiques, la partie transparente ne forme pas de saillies de ce genre ; elle a la forme d'une petite plaque hyaline mesurant jusqu'a Omm,004 d'epaisseur. Ces plaques sont adherentes les unes aux autres par leurs bords, de sorte qu'en dilacerant les pelotons on tombe sur des lambeaux d'epithelium dont la portion basilaire s'est trouve'e enlevee mecaniquement, et dont les parties superficielles persistent seules sous forme d'une mince lamelle divisee en champs polygonaux qui correspondent aux cellules dont elles derivent. C'est cette apparence observee sur les coupes qui repond a ce qui est dit de la cuticule, decrite dans les follicules axillaires par Reynold et d'autres auteurs.
Sur ces organes, les prolongements basilaires des cellules (p. 695-696) epitheliales sont tres-marques et leur etude y est plus facile a cause du volume considerable des elements (Ficatier).
Les follicules precedents sont ceux dont les glome'rules forment par leur rapprochement une couche rougeutre, dissecable, d'aspect parenchymateux dans le tissu adipeux sous le derme de toute la partie de la peau de 1'aisselle qui est garnie de poils, tout en restant moles a un nombre un peu moins grand de glomerules sudoripares ordinaires. Des 1845 (Sur une espece particuliere de glandes de la peau de I'homme [Comptes rend, de I'Acad. des sc., t. XXI, et Ann. des sc. natur., Zoologie, 1845, t. IV, p. 380]), j'avais decrit ces dispo sitions et niontre que les glomerules axillaires non-seulement out un diametre qui peut atteindre 1 millimetre et plus, mais que surtout leur canal propre est au moins de 2 a 4 fois plus large, pourvu d'epithelium polyedrique et d'un, contenu demi-liquide jaunatre.
J'avais de plus indique la presence de follicules semblables en moindre nombre dans la region pileuse de 1'aine. Depuis, j'ai montre que sur les cotes de la face et au cou dans les regions de la barbe on trouve aussi de ces gros follicules a cote des sudoripares ordinaires, dans la proportion de 1 sur 10 parfois (Gh. Robin, dans Remy, Sur la peau de I'homme, These, 1878, p. 86, pi. Ill, fig. 15, i, et Journal de lanatomie et de la physiologic, 1878, p. 552, pi. XXII). D'apres M. Ficatier (These, p. 50), dans 1'aureole du mamelon les follicules sudoripares seraient aussi semblables a ceux de 1'aisselle.
SUDORJPARES. 699
Nous avons deja vu (p. 691) que, contrairement aux indications de quelques-uns, les follicules enroules manquent aux regions circumanale et vulvaire.
§ VI. FOLLICULES CERUMINEUX. Par leur configuration generate, les follicules cerumineux s'ecartent des precedents par une tres-grande irregularite du calibre de leur lissu. Sur des coupes transversales du glome'rule on peut voir, en beaucoup de points, des tubes 8 a 10 fois plus larges que leurs voisins; leur diametrc peut varierde Omm,030 a O'"™,250. La forme de 1'epitlielium est prismatique; dans ce cas, les cellules sont tres-allongees; il est generalement polyedrique et meme presque aplati en certains points; on trouve d'ailleurs des cellules polyedriques representant tous les intermediaires entre ces deux formes extremes.
Get epithelium est remarquable a premiere vue par 1'abondance et le volume des grains jaunatres de ses cellules. Les cellules prismatiques presentent presque toutes des expansions en forme de bulles ou de gouttelettes, ainsi que 1'a decrit Heynold. La couche basilaire est tres-nette et s'engrene comme pour les glandes precedentes avec les prolongements de I'epithdlium superficial. Duns tous les points ou 1'epithe'lium est pavimenteux, la partie superficielle des cellules est tres-refringenle, se colore vivement en jaune par 1'acide picrique et simule une sorte decuticule bien differente de celle qui existe pour les cellules polygonales des glandes axillaires.
La couche basilaire et la paroi propre ne different en rien de ce qui a ete decrit dans 1'aisselle, si ce n'est que cette derniere est encore plus mince ; autour d'un certain nombre de tubes, on peut constater la presence d'un reseau elastique a fibres tres-fines. Le conduit excreteur ne presente rien de particulier.
Le diametre des tubes des glandes cerumineuses varie entre les trois dimen sions suivantes : Omm,025, Omm,125 et 0"'m,250. Les cellules epitheliales prismatiques ont de Omm,020 a Omm,055 de long sur Omm,015 a Omm,20 de large; les cubiques ont de Omm,015 de hauteur sur Omm,020 de largeur. La paroi presente une epaisseur de Omm,002 a Omm,003 (Ficatier).
§ VII. FOLLICULES SUDORIPARES DU BORD LIBRE DES PA.UPIERES ou FOLLICULES DE MOLL. Une autre variete de follicules sudoripares, decrits pour la premiere fois par Moll (Utrecht, 1857), existe encore sur le bord libre des paupieres. Hubert Satller a decrit en detail ces organes, qui sont remarquables en ce qu'ils ne sont pas glomerules comme les sudoripares ordinaires, mais simplement contournes en forme d'S. Leur nombre parait assez considerable; il en existerait un en moyenne entre deux cils. La longueur de ces follicules est environ deOmm,450; 1'epithelium de la partie profonde est prismatique, mesurant, en hauteur, de Oium,012 a Omm,018. Get epithelium, comme dans les sudoripares, devient stratifie dans le conduit excreteur. Sattler aurait vu ces organes s'ouvrir a la partie exterieure des follicules pileux. Us representent une sorte d'arret de developpement des sudoiipares ordinaires, comme 1'indique exactement cet auteur (Ficatier). M. le docteur Desfosses y a constate la pre sence d'une couche basilaire a cellules fusiformes comme dans les autres sudo ripares.
Je terminerai ces indications par la reproduction du tableau suivant,
emprunte an remarquable travail deja cite de M. Ficatier (p. 74), qui resume les caracteres desfollicules glomerules de 1'homme.
FOLLICULES ORDIMIRES
OD SUDORIPARES PROPllEMENT DITS.
Lumiere tres-etroite.
Contenu finement granuleux.
Paroi proprc epaisse.
Couches concentriques de cel lules plates delissu cellulaire.
Cellules basilaires petites et distanlos les unes des autres.
Cellules pa renchymateusespyramidales tres-allongees sans cuticule.
Corps cellulaire grenu. Granu- Intions pigmentaires on graisseuses petites et rares.
I'rolongetnents basilaires courts.
FOLUCULES AXILLAIUES.
Calibre Ires-large.
Contenu granuleux, avec grains et globes pigmentaires elgouttes azolees.
Paroi propre mince.
Pas de couche concentrique de cellules plates.
Cellules basilaires volumineuses disposees en couches senses.
Cellules secr£tantes a deux for mes :
1° Cubique avec une cuticule hyaline epaisse.
2° Prismalique. La portion hya line du sommet faisant une saillie plus on moins marque'e.
Dans ces deux formes, la portion basilaire esl formee d'un protoplasma granuleux presentant des grains jaunatres et des gouttes azotees.
Prolongemunts longs.
basilaires tres-