‹ Dictionnaire et grammaire de la langue crise [microforme]Chapitre 2 sur 8 · LES LANGUES SAUVAGES · texte numérisé non relu

LES LANGUES SAUVAGES

On a beaucoup parlé et écrit sur les langues sauvaces de l'Amérique du Nord. Certains esprits, qui se croient capables de juger sur tout, en décidant des ques-

tions qui ne sont pas de leur compétence, ont bien mal

apprécié les langues sauvages. Ce nouveau genre

d'Indianologues, après quelque temps passé au milieu

des Indiens et après avoir recueilli un certain nombre ae mots, squvani très-maléorits;sont,après cela, venus soutenir que.ces diaiectes ne 50nt,que Gés sons inarticulés, que des:débris tronqués et, inintelligibles, et que ce ne,s0at:pas ces langues véritables. D'autres, au contraire, meilleurs appréciäteurs et plus en état de juger, et nous mettons au premier rang les missionnaires, après de longues études et plusieurs années passées au milieu des tribus sauvages, ont reconnu que le pauvre enfant des Prairies et des Bois a sa langue régulière, intelligible et avec ses beautés, avec laquelle il peut transmettre à son sembiable tout ce qui se passe dans son âme. Bien plus que cela, le sauvage, en parlant sa langue, la parle correctement

dès le bas âge, et c'est inouï d'entendre quelqu'un faire la moindre faute contre les règles grammaticales ; et cela, sans avoir de dictionnaire ni de grammaire, ni quoi que ce soit d'étude, pour lui montrer ce que naturellement, il a appris sur les genoux de sa mère. Les langues sauvages en général sont riches en inots et en formes grammaticales. Dans leur structure complexe, on trouve le plus grand ordre et la méthode la plus régulière.

De toutes les parties de l’enseignement, l'étude des langues doit sans doute occuper une des premières places. Exprimer sa pensée et conmuniquer ses idées, est toujours le premier besoin qui se fait sentir; c’est cette connaissance des langues qui étend et multiplie ces relations si utiles et si nécessaires au bonheur s0cial, etqui, en fait d'histoire, donne l'aperçu le plus vrai de tous les peuples. On y remarque la diversité de génie, de mœurs et de caractère de chaque peuple. En comparant ainsi l’homme avec l'homme, dans ses différents rapports, non-seulement on apprend à le connaitre, mais aussi à admirer son caractère. (Chez les peuples civilisés, l'étude des langues se développe sous un jour très- sensible, à raison de Jeurs monuments et de leurs histoviebs: maïs: éheë Les: tribus sauvages, on est dépotivu de: ces’ ‘réséourées. ‘Le principal ou plutôt, l'unique monutnent: qut :phisée aider, dans la rechéiche dé Jemr. histbire.: dést sarfs Contredit la connaissance de leur langue. C’est pour rencontrer ce but, tout en croyant faire plaisir à ceux qui s'appliquent à l'étude des langues sauvages, qu'avec l’aide de bons amis, nous publions aujourd’hui ce Dictionnaire et cette Grammaire de la langue des Cris. Avec l'encouragement et l'appui des Evêques du Ca nada et d’autres personnes, qui ont daigné s'intéresser à mon œuvre, j'ai cru devoir entreprendre un

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ouvrage, il est vrai au-dessus de mes forces et de ma capacité, mais que je continuerai tout imparfait qu'il sera, en pensant qu’on sera indulgent envers moi.

Depuis plus de vingt ans, travaillant dans les mis sions de la Saskatchiwan, qu'il me soit permis aujourd'hui d'offrir aux amis de nos frères les sauvages, ce travail sur la langue Crise. Dès mes premières années de missionnaire, j'ai compris que pour évangéliser il était absolument nécessaire de comprendre la langue de ceux qu’on veut christianiser. Tout d’abord j'ai donc commencé à compiler tout ce que je pouvais recueillir des mots et des règles grammaticales. Sans avoir la prétention de penser que j'ai fait un ouvrage complet, cependant je me regarderai comme grandement récompensé de mes veilles et de mes recherches, si par là je puis être utile à ceux qui veulent étudier la langue Crise, surtout si je puis adoucir et faciliter aux Missionnaires les premiers éléments d'une étude si nécessaire pour l'instruction des peuplades d’une grande partie du Nord-Ouest.

Il n’est pas nécessaire de réclamer la charité et l'indulgence, pour tout ce qui pourrait être défectueux dans ce que je prends la liberté d'appeler un Dictionnaire et une Grammaire de la langue Crise. Je pense que mon intention est assez connue. Le premier compilateur d’un semblable ouvrage a une grande tâche devant lui, et je pense qu’on ne doit pas s'étonner si la première cbauche renferme bien des imperfections. Il faut l'avoir éprouvé pour savoir combien il est difficile d’être bon linguiste Indien. Les langues sauvages sont si différentes de nos langues civilisées, qu’il est impossible de suivre la même marche pour en tracer les règles. Vouloir bâtir une grammaire Crise ou de toute autre langue sauvage sur le plan d’une grammaire latine, française, anglaise, etc., serait une entreprise inutile ou plutôt impossible.

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Comme l’a si bien dit le savant et infatigable M. Cuoq, ‘il n’y a que les hommes compétents en ma- ‘“‘tière de linguistique, qui pourront concevoir la “ longueur et la difficulté du travail qui va paraître “ sous leurs yeux ; eux seuls pourront se faire une ‘ juste idée des perquisitions de tout genre et des di- “ verses combinaisons que nous avons dû faire pour ‘“ démèler la trame si merveilleuse de ces langues, ‘trouver des termes convenables, qui en exprimas- ‘‘ sent les étonnants phénomènes, distinguer bien les ‘“ mots, en pénétrer le sens et toutes les nuances et ‘© donner à chacun d’eux sa juste valeur, discerner ‘ partout le radicai d’avec les préfixes et les termi- ‘ naisons, poser des règles soit générales, soit particu- “ Tières, sur les différentes parties du discours, sur la ‘* dérivation et la composition des mots, et enfin dé. “ couvrir les exceptions aux règles et les anomalies.” Ce que ce fameux Indianologue a dit avec tant de justesse par rapport à ses études philologiques sur les langues Iroquoise et Algonquine, qu’ilme soit permis de le dire pour la langue Crise. Toute langue barbare est extrêmement difficile à apprendre pour quelqu'un qui en parle une autre dont l’économie est toute différente. Il ne saurait en venir à bout sans une extrême application et un usage de plusieurs années. Comme les langues sauvages, malgré leur beauté intrinsèque, manquent d’une infinité de termes pour exprimer les connaissances que les arts nous ont données, ils ont encore une bien plus grande disette d'expressions pour parler des choses de la Religion. Il a donc fallu un grand travail aux premiers missionuaires, pour tirer du fonds de ces langues mêmes, comme un nouveau langage, pour parler de Dieu, des mystères de la Foi et des vérités abstraites. Il est facile de se faire dire par un sauvage comment

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