LES CRIS
Les Cris, dans la langue desquels nous publions ce Dictionnaire, appartiennent, comme on le prouve par l'identité du langage, à la grande famille Algique, qui s'étend depuis le Labrador jusqu'aux Montagnes Rocheuses et jusques sur les bords de la Rivière Athabaskaw, et forment les tribus des Montagnais du Labrador, les Têtes de Boule du St-Maurice, les Abénaquis, les Ottawas, les Algonquins, les Sauteux, les Maskégons et enfin les Cris. Les différents dialectes de ces tribus semblent avoir la même origine par l’analogie de leur langage.Connaissant un de ces Idiomes,il ne suffit que d’en entendre un congénère, pour se convaincre que le radical est à peu près le même, et que les principales règles de la grammaire se forment de la même façon. Le mot Cris (en anglais Cree) vient probablement de Kinistinok, nom qui est donné à cette nation par les Sauteux. Les premiers voyageurs, en entendant dire
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Kinistinok auront bientôt, comme toujours, formé un nom plus court et plus facile à prononcer.
De tous les Idiomes Algiques, c’est le Cris et le Maskégon qui offrent le plus de ressemblance. On peut dire même, que c’est la même langue, excepté pour l'accent et la manière d’appeier certaines choses. Le Sauteux, l’Algonquin et leurs congénères different beaucoup du Cris par la prononciation, la désinence des pluriels et lesdifférentes terminaisons du verbe. En Sauteux et Algonquin, la forme négative se double, comme en français, v.g. je ne vois pas, en Sauteux, on dit Kawin ni wabamassi ; mais en Cris, elle est simple, comme en anglais, v.g. I do not see,en Cris, namawiga ni wabamaw.
Les Pieds-Noirs, dont pourtant la langue est si différente, ont la même forme pour la phrase négative. Les Cris s'appellent dans leur langue Nehiyawok, mot dont on n’est pas certain de la signification, cependant il paraîtrait que ça veut dire la même chose que iyiniwok, les vrais hommes, les êtres de première race. Ils se divisent en plusieurs bandes. D'abord les deux grandes familles, les Cris des Prairies (Paskwawiyiniwok) et ceux des bois ou de la forêt (Sakawiyiniwok). Ces deux familles se subdivisent comme suit: pour les Cris de la prairie, il y a les gens de la Rivière, (Sipiwiyiniwok) et les gens d’en bas (mamikiyiniwok). Pour ceux du bois, il yales Gens de l’Ile à la Crosse (Sakittawawiyiniwok) et les Gens du Rabaskaw (Ayabaskawiyiniwok).
Les Cris des Prairies sont plus nombreux que ceux des Bois. Ils peuvent à peu près former une population de 15 à 16 mille âmes. Les Cris des Prairies demeurent en gros camps, sans cesse à la suite de leurs ineffables buffalos, ne vivant que de chasse et du hbénéfice du hasard. Les Cris des Bois, humbles chas-
seurs ou pècheurs, vivent isolés par trois ou quatre familles, parce qu’une plus grande agglomération ne pourrait trouver assez de chasse pour subvenir à ses besoins. Les sauvages de la Grande Plaine sont bien plus fiers et guerriers que ceux de la Forêt. Les premiers ne le cèdent pas en hardiesse, audace et effronterie aux fameux Pieds-Noirs, leurs voisins et leurs ennemis. Les Cris des Prairies habitent des loges ou tentes faites avec le cuir du buffle, tandis que ceux des Bois le plus souvent n’ont pour abri que des cabanes d’écorces ou de branches d’épinette. Les premiers parlent leur langue avec beaucoup de pureté et d'élégance ; les seconds perdent de cette pureté, en empruntant quelque chose aux Maskégons, et surtout en se servant de l’r à la place de l’y, pourtant si euphonique.
La langue des Cris est belle, riche et peut-être la plus facile de toutes les langues sauvages de l’Amérique du Nord. Enfin on peut dire que le Cris est pour le Nord-Ouest, ce que le français est pour les pays civilisés.
La langue Crise est la plus parlée dans le Nord- Ouest. Avec cet idiome, dans un besoin, on peut se mettre en rapport avec n'importe quelle tribu de ce pays. Ayant les mêmes règles grammaticales à peu près que la langue Sauteuse, une partie des mots ve nant des mêmes racines et ayant souvent la même prononciation, en parlant la langue Crise, on peut se faire comprenure en grande partie par un Sauteux. Seulement l'accent est bien plus déterminé en Sauteux qu’en Cris. Les Assinibaines, dont la langue est la même que celle des Sioux, et qui sont les amis et alliés des Cris, par les mariages, comprennent presque tous un peu le Cris, et quelques-uns le parlent très-bien.
Mème les Pieds-Noirs et les Sarcis peuvent parler un peu aussi eux le Cris, ayant souvent campé ensemble avec cetie nation, dans les temps de paix. Grand nombre de Montagnais dont la langue est si difficile comprennent le Cris, ainsi que leurs confrères, les Castors de la Rivière La Paix.
À A un temps non très-reculé, les Cris habitaient aux environs de laRivière Rouge, d’après ce que disent les vieillards et étaient mêlés aux Sauteux et aux Maské. gons. Ces sauvages, ainsi que les autres peuplades de ce pays, n’ont aucune tradition sur leur origineni surleur transmigration première. Tout ce qu’on connaît, c’est qu'en se séparant de leurs alliés, à cause de l’éloigne. ment du buffalo, ils se sont avancés vers les plaines de la branche nord de la rivière Saskatchiwan;,* et petit à petit ont repoussé les intrépides Pieds-Noirs, qui anciennement plantaient leurs loges sur la rive nord de cette rivière. Aujourd’hui les Cris, à force d’audace et de persévérance, se sont conquis toute la vallée de la Saskatchiwan nord, et les Pieds-Noirs avec les autres nations du large habitent sur la branche sud et les environs de la rivière Labiche.
Les Cris se sont toujours montrés les amis des blancs, et c’est pour cela probablement que les anciens pionniers du nord-ouest, en se mariant à des sauvagesses, ont pris de préférence des femmes Crises, plutôt que des autres nations, à cause de l’hospitalière réception qui leur était faite. C’est alors qu’on s'explique pour- |
quoi tous les Métis de Manitoban et de la Saskatchi-
wan parlent le Cris et le préfèrent aux autres dialectes, qu'ils connaissent cependant.
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* Ce mot est défiguré par les Anglais et ne veut rien dire en Cris, on devrait dire Xisiskalchiwan, courant rapide.
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