‹ Dictionnaire et grammaire de la langue crise [microforme]Chapitre 5 sur 8 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

En Cris, comme dans tous les autres dialectes sauvages, le verbe joue un grand rôle, puisque tout se conjugue, les substantifs, les adverbes, etc., v.g. Kijemanito, Dieu, Kijemanitowiw, il est Dieu, kisiwak, proche ; kisiwakiwiw, c’est proche. (Il n’y a pas les auxiliaires étre et avoir, comme en français, mais ils sont remplacés par un postfire, qui a la même valeur, en en faisant un verbe. Comme on peut le voir dans la grammaire, la conjugaison du verbe diffère beaucoup de celle des langues modernes, en ce que les régimes directs et indirects ne s'expriment pas par un pronom, mais par la désinence du verbe même. Cette manière de parler en augmente le nombre de voix, régulières dans tous leurs temps. L'objet animé ou inanimé change aussi la forme du verbe, le doute s'exprime aussi par une désinence propre pour chacun de ces cas, et vous avez bientôt un tableau de désinences bien compliquées et capables d’effrayer au premier abord un courage plus qu’ordinaire.

Il y a dans ces langues une foule d'expressions qui ne changent pas et qui ont une force admirable par l'emploi qu’on en fait; c’est toute une étude que d’en saisir le sens et la manière de s’en servir. Toutes les fois qu’elles se présenteront, nous les expliquerons de notre mieux.

Il y a de plus un certain nombre de particules préfites et postfites, qui tiennent au génie de la langue, et qui ont pour effet de donner aux expressions une énergie tout à fait caractéristique à cette langue. Ces particules sont au discours ce que le vernis est à la peinture.

En Cris, il n’y a pas de prononciation difficile, comme dans certains autres idiomes. La prononcia-

tion en est douce et facile. Quant à l'alphabet ou au nombre de nos lettres requises pour exprimer tous les sons de cette langue, voir à la grammaire.

Nous observerons cependant ici que toutes les lettres | se prononcent, c’est-à-dire qu’il n’y en a pas de muettes | ni de quiescentes ; d’un autre côté, leur pr'noncia- | tion n’est pas flottante ni mobile, mais elles conservent partout la même valeur, avec la différence que les | voyelles sont tantôt longues et tantôt brèves, chose | qu'il est important de toujours bien remarquer, vu que cette différence peut changer tout le sens de la | phrase. |

Nous devons faire observer de plus qu’il y a en i Cris deux prononciations, auxquelles il faut faire at- | tention : 1o la terminaison du verbe actif animé en hwew, dont l’h est un peu aspirée, v.g. nâtahwew, il va vers lui, ou, il va le quérir, par eau, ou, sur l’eau ; 2la troisième personne du subjonctif du verbe passif, dont j'écris la désinence avec une h, pour faire la différence d'avec la première personne du singulier subjonctif de 3ème en 1ère, v.g. e sâkihith, vu qu'il est aimé; e sâkihit, vu qu’il m'aime ; e wâbamith, de ce qu'il est vu ; e wâbamit, de ce qu’il me voit. Contrairement à la manière d'écrire le sauvage des anciens missionnaires du Canada, nous avons cru devoir nous servir du w, au lieu de ou, ou 8. Sans vouloir prétendre m'ériger le maître de ces savants indianologues, j'ai cru devoir adopter cette lettre de l’alphabet anglais, vu que tous les missionnaires du Nord-Ouest se sont toujours servi et aujourd’hui encore, se servent continuellement de ce signe, en écrivant le sauvage.

Dans la langue Crise, quoique les mots et expressions puissent se multiplier à l'infini, cependant tout se réduit à quelques racines, ou radicaux, d’où se forment les verbes, les noms, les adjectifs, etc., etc. |

ot mme

mn ou mu nn. assé hérriétitititiitititirititittitt tt +

rm met

PR

Les mots racines sont en petit nombre en comparaison des autres. J'appelle racine la partie du mot qui ne change pas, v.g. dans sâkihew, il l'aime, sdk est la racine, parce que cette partie est toujours la même, dans toutes les différentes acceptions du mot aimer.

Pour avoir le génie ou l’accent de la langue Crise, il n’est pas suffisant d’être familier avec le Dictionnaire Cris et de connaître la grammaire, mais il faut de plus demeurer avec les Cris et les entendre parler, en tâchant de saisir les différentes tournures de phrases. Sans cela on nourra peut-être parler Cris et se faire comprendre, mais on ne parviendra pas à avoir ce qu’on pourrait appeler le tour de touche. La manière de s'exprimer est bien différente dans les harangues, supplications, &c., de la conversation ordinaire. Il y a une phraséologie différente dans les narrations de choses passées et anciennes d’avec ce qui se passe présentement, pareillement quand il s'agit de songes et d'idées superstitieuses. Il n’y a qu'une longue habitude parmi les sauvages, avec une longue application qui puissent rendre quelqu'un un vrai indianologue.

Avant de terminer ces observations, je dois dire que j'en ajouterai d’autres qui seront comme la clef de ce Dictionnaire, en indiquant la marche qui a été suivie pour le composer. $

Page 1