PREFACE VII
prononce il pluma, avec ii français et en appuyant sur la dernière syllabe, on profère un mot barbare, qui n'a jamais appartenu à aucune langue; si on dit louna en appuyant sur la première syllabe comme dans le français lune, et en donnant à Va sa valeur latine, on a l'avantage de prononcer comme faisaient les Latins, à très peu de chose près, et comme les Espagnols et les Italiens prononcent encore le même mot.
Bien que les mots français viennent souvent de formes latines altérées par le langage populaire, nous donnons toujours aux mots latins la forme classique, c'est celle qui importe pour la généralité des lecteurs; d'ailleurs ceux qui s'intéressent à la phonétique sauront bien par exemple que, si naître « se rattache » au classique nasci, il ne peut dériver que d'une forme populaire *nascere.
Il ne faul pas chercher dans ce livre des définitions, mais seulement, sauf exception, des éléments historiques de définitions. S'il est utilisé pour l'enseignement, comme nous le souhaitons, nous concevons très bien un exercice qui consisterait à faire établir par les élèves la définition d'un mot, en parlant de l'étymologie, et en précisant les modifications diverses que l'usage a introduites dans la signification première. On apprendra vite à connaître les conditions générales du développement des sens des mots. En les étudiant de près, on a pu réduire à quatre les procédés logiques de transformation '. Ce sont d'abord 1' « extension » et la « restriction », qui, en supprimant ou en ajoutant une particularité, créent des acceptions s'appliquant à un plus grand nombre ou à un moins grand nombre d'objets; c'est par restriction que, du sens général de plume (d'oiseau) on a tiré l'acception de « plume d'oie, taillée pour écrire », c'est par extension que, du sens de « instrument pour écrira » fait avec une plume d'oie, on a passé au sens de (v instrument quelconque pour
1. Bévue de philologie française, t. IX, 1895, p. 49, et, doux ans après. M. Michel Bréal dans son Essai de sémantique (librairie Hachette).