‹ Dictionnaire étymologique de la langue française (volume 2)Chapitre 43 sur 169 · Crâne, adjectif, d'où crânerie, origine douteuse · texte numérisé non relu

Crâne, adjectif, d'où crânerie, origine douteuse

Crapaud a été rattaché à divers radicaux germaniques. La crapaudine est une façon d'accommoder le pigeon en l'aplatissant comme un crapaud.

Crapule, du latin crapula, ivresse, emprunté au grec. Dérivé : crapuleux.

Craquer, onomatopée. Dérivés : craquement; craquelé, fendillé; craquelin, gâteau craquant.

Crase, v. cratère. Crasse, crasseux, v. gras.

Crêpe] DU FRANÇAIS. 153

Cratère, du grec kratêr, grande coupe où Ton mélangeait Teau et le vin. Le sens de grande coupe doù sort un mélange explique la signification française.

— Lidée de mélange, exprimée par la racine de cratère, se retrouve dans le terme grammatical crase. Idiosyncrasie, tempérament (proprt mélange) particulier, v. idiome. On a la même racine dans sincère, latin sincerum, d'où sincérité, proprt sans mélange, v. sans. Sur hypocras, v. ce mot. Cravache, doù cravacher, ail. karbatsche.

Cravate, v. noms propres Gréatine, v. chair.

(Mots tirés de). Créateur, création, créa-

Grayeux, crayon, crayon- ture, v. créer. ner, i'. craie. Crécelle, origine incertaine.

Créance, créancier, v.

croire.

Crèche, origine germanique.

Crédence, crédit, créditer, credo, crédule, crédulité, u.

croire.

Créer, latin creare. Dérivés : créateur, création, créature. Composé récréer, proprt redonner la vie, puis sauver de lennui, doù récréation, récréatif. Autre composé : procréer, doù procréation. Creare a engendré le verbe crescere, croître, la croissance étant une conséquence de la création.

Crémaillère, origine dou- Crémation, v. brûler.

teuse.

Crème se dit en latin cremorem. Dérivés : crémeux, crémier, crémerie, crémer. Composé écrémer, d'où écrémage.

Crémone désigne un système de fermeture dont on usait à Crémone et aussi en Espagne, d'où le double nom de crémone et d'espagnolette.

Créneau, crénelage, crénelé, v. cran.

Créole, espagnol criollo.

Créosote, v. chair.

Crêpe, du latin crispum, qui a produit aussi le verbe savant crisper, d'où crispation. Crêpe désigne à la fois une étoffe et une pâle ondulée, et s'emploie au masculin dans un sens, au féminin dans l'autre. Dérivés : crépu, crépon, crépine, crépinette; crêper, doublet de crisper; crépir auquel se rattachent le substantif participial crépi, le nom d'action crépissage et le composé décrépir. Sur décrépit, v. crever.

154 DICTIONNAIRE ÉTYMOLOGIQUE [CrîSSCr

Crêper, crépi, crépine, cré- Crépitation, crépiter, v.

pinette, crépir, crépissage, crever. V. crêpe. Crépu, v. crêpe.

Crépuscule, d'où crépusculaire, latin crepusculam. Crescendo, v. croître.

Cresson, d'où cressonnière, cf. allemand kresse. Crétacé, v. craie.

Crête, latin crista.

Crétin, forme dialectale (avec sens péjoratif) de chrétien; dérivés : crétinisme, crétiniser.

Cretonne, v. noms propres (Mots tirés de).

Creux, d'où creuser, origine inconnue; creuset, jadis croiset, a été rapproché de creux par fausse étymologie.

Crever, du latin crepare, supin crepitum, éclater. Dérivé français crevasse, d'où crevassé. L'adjectif participial composé decrepitum a produit décrépit, lézardé, d'où décrépitude. Dérivé latin de crepare : crepitare, français savant crépiter, d'où crépitation.

Crevette, v. chèvre. Crible, cribler, v. certain *.

Cri, criailler, criaillerie. Cric, origine douteuse.

criard, u. crier.

Cricri, onomatopée.

Crier, du latin quiritare, proprt appeler à son aide les « quirites », les citoyens. Substantif verbal cri, substantif participial criée. Dérivés : criéur, criard, criailler, d'où criaillerie. Composés : décrier, d'où décri, proprt crier la déchéance de quelqu'un ou de quelque chose; s'écrier; se récrier, réagir en s'écriant.

Crime, latin crimen, génitif criminis. Dérivés : criminel, criminalité, criminaliser, criminaliste. Composés : incriminer, accuser; récriminer, proprt retourner une accusation, se plaindre de son côté, doù récrimination.

Crin, latin crinem, dérivé crinière; composé crinoline, proprt jupe faite avec un tissu de crin et lin.

Crique, mot d'origine Scandinave, anglais creek.

Criquet, onomatopée.

Crise, v. critérium. Crispation, crisper, u.

crêpe.

Crisser, onomatopée.

Croître] du français. 1-J5

Cristal, grec kriistallon, proprt glace. Dérivés : cristallin (transparent ou sonore comme le cristal), cristallerie, cristalliser. Cf. croûte.

Critérium oa critère, crise et critique se rattachent au verbe grec krinein, apparenté au latin cernere [v. certain), qui signifie distinguer et décider. Cne crise est un moment critique, décisif. Un critérium permet de « distinguer » le vrai du faux. La critique « décide » de la valeur des œuvres, en fait ressortir les défauts, d'où le sens habituel de critiquer et de critiquable. Un signe diacritique sert à distinguer. Dans hypocrite (proprt acteur), hypocrisie (jeu d'un rôle), toute la valeur de lexpression réside dans le préfixe hypo = sous ; cf. les locutions : être en dessous, se cacher sous un masque.

Croasser, onomatopée.

Croc, origine douteuse. Dérivés : croche, crochu, crochet, d'où crocheter, crocheteur, crochetable, crochetage; et crosse, proprt bâton recourbé, doù crosse et crosser. Composés : accrocher, raccrocher, d'où accroc, raccroc; décrocher; anicroche, mot dont la première partie reste obscure; et le composé italien escroquer (d'où escroc, escroquerie), qu'on pourrait aussi rattacher à croquer.

Crocodile, grec krokodilon.

Croire, du latin credere [v. cœur), supin creditum. Le sens primitif de ce verbe est : avoir confiance. La forme credo, « je crois ». est entrée en français comme nom d'une prière, et, au figuré, avec le sens de profession de foi. Substantif participial crédit (et discrédit), doù créditer, discréditer et accréditer. Le dérivé latin credentia a donné une triple forme : crédence (emprunté à l'italien), nom de la table sur laquelle se faisait l'essai des mets pour donner confiance au seigneur, créance, d'où créancier, et croyance. A rapprocher de créance, au point de vue de la forme, le composé mécréant. Autres dérivés : croyable et incroyable ; crédule, latin credulum, d'où crédulité, incrédule, incrédulité. L'ancienne langue avait le composé se recroire, se rendre à merci, d'où recru, épuisé de fatigue, et récréance, proprt remise.

Croisade, croisée, croise- ment, croiseur, croisière,

croisillon, v. croix.

Croître, du latin crescere {v. créer), supin cretum. Le gérondif de ce verbe, crescendo (en augmentant), et son com-

456 DICTIONNAIRE ÉTYMOLOGIQUE [CrottC

posé decrescendo sont entrés tels quels dans la langue musicale, d'abord en italien. Dérivé : croissance.

— Substantif verbal croît, dont nous employons surtout le composé surcroît. — Substantifs participiaux : croissant, forme de la lune pendant qu'elle croît; cru, terroir où croit la vigne (les bouilleurs de cru distillent les produits de leur propre cru); crue, augmentation d'une rivière.

— Composés : accroître, d'où accroissement; décroître, d'où décroissance; recroître, d'où recrue, proprt augmentation nouvelle (d'une troupe), et recruter, recruteur, recrutement. Nous n'avons pas * concroîlre, mais nous avons l'adjectif concret, fait sur le supin, dont le sens propre est : formé par agrégation, d'où consistant, réel. A défaut d'*eœ croître, nous avons excroissance. Le t de croître s'explique comme le d de coudre, v. ce mot.

Croix vient du latin cracem, d'où crucifère {v. offrir''^), crucial, en forme de croix, et crucifix, crucifier {v. ficher). Dérivés : croisillon, croiser. Substantif participial : croisée, fenêtre en croix et croisement de chemins, dont le doublet croisade se rattache à un sens spécial de « se croiser ». Dérivés de croiser : croisement; croiseur, bâtiment qui circule en croix, et croisière, expédition d'un ou de plusieurs croiseurs. Composé : entre-croiser.

Croquer, onomatopée, se dit, particulièrement au participe présent, de ce qui fait un bruit sec sous la dent, et signifie surtout manger une chose croquante, opération dont la rapidité explique l'emploi figuré du verbe au sens de prendre un paysage ou une figure en quelques traits de crayon ou quelques coups de pinceau, d'où le dérivé croquis. « Joli à croquer )> signifie proprt appétissant, joli à manger de caresses, et non pas, comme on l'a dit, joli à peindre. Un croque-mort vit des morts, et un croque-note de la musique ; on ne sait pas quel est le second élément de croquemitaine. Les paysans révoltés qui se battaient au cri de « sus aux croquants », c'est-à-dire sus aux mangeurs du peuple, auraient été appelés eux-mêmes croquants par allusion plaisante à leur cri de ralliement, et telle serait l'origine de notre substantif croquant, homme de rien. Une croquette est une boulette croquante. Sur escroquer, v. croc. Croquignole, origine incon- Croquis, v. croquer.

nue. Grosse, crosser, v. croc.

Crotte, origine inconnue. Dérivés et composés : crottin,

Crypte] du français. 157

crotter; décrotter, doù décrotteur. décrottoir et indécrottable.

Crouler, v. roue 3.

Croup, origine écossaise.

Croupe, origine germanique, cf. ail. kropf. Dérivés : croupion; croupière; croupier, proprt celui qui monte en (Toupe, d'où : celui qui assiste ou remplace le banquier dans une maison de jeu; croupir, proprt se tenir sur sa croupe d'où s'accroupir), puis rester accroupi dans la saleté, se corrompre faute de mouvement. Le radical germanique, qui signifie proprt masse arrondie, a produit aussi l'italien groppo, d'où vient notre mot groupe, dérivé grouper, doù groupement.

Croustade, croustillant, v. le suivant.

Croûte, du latin crasta, qui signifie proprt glace (comparez cristal), la glace formant comme une croûte au-dessus de l'eau. Dérivés savants : crustacé; incruster, d'où incrustation, proprt mettre comme dans une croûte, ou garnir comme d'une croûte. Le doublet populaire d'incruster est encroûter. Dérivés populaires : croûton, et les mots d'origine méridionale croustade, croustillant (croquant comme une croûte, appétissant, comparez/ria/id).

Croyable , croyance , v. 1. Cru, « lerroir », u. croître,

croire.

2. Cru, adjectif, latin crudum, d'où nos mots savants : crudité; recrudescence, retour à l'état cru, vif, Crudiim est apparenté au grec kreas, v. chair. Dérivé d'origine populaire : cruel, proprt d'une nature crue, qui n'a pas subi d'atténuation, barbare, d'où cruauté. Composé : écru, qui est dans son état naturel.

Cruche, origine germanique, ail. krug; dérivé : cruchon.

Crucial, crucifère, cruci- Crue, u. croître.

fiement, crucifier, crucifix. Cruel, u. cru 2.

crucifixion, v. croix. Crural, v. jambe.

Crudité, v. cru 2. Crustacé, v. croûte.

Crypte se rattache à l'adjectif grec krupton, caché, d'où cryptogame {v. bigame), cryptographie, écriture cachée [v. graphie^). Grotte, doublet de crypte, nous vient de l'Italie, comme grotesque, dont le sens primitif est : bizarre comme certains ornements trouvés dans les grottes

158 DICTIONNAIRE ÉTYMOLOGIQUE [Cuivre

(on appelait ainsi les ruines enfouies des monuments antiques, notamment le palais de Titus à Rome). Apocryphe signifie proprt caché, éloigné des regards. Cube, grec kubon, dérivés : cubique et cuber.

Cubital, cubitus, v. coude. Cueillette, cueillir, v. lire^.

Cucurbitacées, v. courge. Cuider, v. agir^.

Cuiller, cuillère, latin cochleare, proprt instrument à coquille, se rattache au grec kokhlon, qui signifie escargot et coquille (cf. coque). Dérivé : cuillerée.

Cuir, latin coriam, d'où excorier, excoriation. L'adjectif coriace et le substantif cuirasse sont faits l'un sur la forme latine, l'autre sur la forme française du mot cuir, avec le même suffixe diversement orthographié. Une cuirasse (dérivés : cuirasser, cuirassier) est proprt un objet en cuir, d'où, par spécialisation, une arme de protection en cuir; puis ridée amenée par la spécialisation persiste seule et l'idée primitive de cuir disparait dans l'acception extensive actuelle. La cuirée, aujourd'hui curée, est proprt le contenu du cuir de la bête, de sa dépouille, dans laquelle on abandonnait aux chiens leur part de la chasse.

Cuirasse, cuirasser, cuirassier, v. cuir.

Cuire, du latin coquere, supin coctum (d'où les mots savants coction et décoction). Substantif participial cuite. Le substantif verbal latin coquus, cuisinier, a donné queux en français, et nous l'avons aussi emprunté sous la forme germanique coq : maître-queux ou maître-coq. Le mot latin culina, cuisine, où la racine est moins facile à reconnaître, a produit notre adjectif culinaire. Dérivés : cuisson; cuisine, d'où cuisinier et cuisiner. Composés : le mot savant précoce, d'où précocité, qui signifie proprt cuit ou mûr avant le temps (au latin prœcocem se rattache abricot, proprt fruit précoce, par l'intermédiaire du bas grec, de l'arabe et du portugais) ; charcutier, marchand de chair cuite {v. chair) ; biscuit, proprt cuit deux fois.

Cuisse vient du latin coxa, d'où coxalgie, mot hybride où entre le grec algos, douleur. Dérivés de caisse : cuissot, cuissard, et aussi coussin, — iadis coissin, — d'où coussinet.

Cuistre, origine incertaine. Cuite, subst., v. cuire.

Cuivre, latin cupreum^ « de Chypre ». Dérivés : cuivré et,

Cure] DU FRANÇAIS. 159

aussi, semble-t-il, couperose, par Tintermédiaire de la forme anglaise copper.

Cul, latin culiim. Dérivés : culot; culotte, culotter, culottier; culier (dans boyau culier) : culée, pilier contre lequel une arche est acculée; culasse; le vieux verbe culer, buter du derrière. Composés : acculer; reculer, d'où recul, reculement, reculade et à reculons : éculé, dont le talon est emporté; culbuter, dpù culbute; bousculer, d'où bousculade, altération de bouteciiler, faire buter le derrière; basculer, d'où bascule, altération de bacaler, faire battre le derrière contre le sol.

Culasse, culbute, culbuter, Culpabilité, v. coupable.

culée, culier, v. cul. Culte, cultivable, cultiva-

Culinaire, v. cuire. teur, cultiver, culture, v.

Culminant, v. colline. colon.

Culot , culotte , culotter, culottier, v. c\jl.

Cumin, grec kiiminon.

Cumul, cumulard, cumu- Curaçao, v. noms propres

latif, cumuler, v. comble. (Mots lires de).

Cunéiforme, v. coin. Curage, u. cure'^.

Cupide, cupidité, Cupidon,

Page 1