DICTIONNAIRE ÉTYMOLOGIQUE [V
vivum a produit : vivipare, v. parent i ; vivifier et revivifier, V. faire''; vivisection, de formation récente, v. scier. Reviviscence, fait sur le verbe reviviscere, revenir à la vie.
— On rattache aussi à vivum le mot viole, qui aurait d'abord signifié « instrument vif ». Le dérivé violon, d'origine italienne, signifie proprt grosse viole, contre-basse, instrument dont le violoncelle est une forme diminuée; c'est en comparant les barreaux de la fenêtre aux cordes de l'instrument, qu'on a pu donner le nom de violon à une prison. Vielle semble être une autre forme de viole.
3. Au supin viciam se rattache le latin victaalia^ victuailles, vieux français vitaille, d'où ravitailler.
4. Le substantif latin vita, qui est devenu le français vie, a produit vitalem, français vital, d^où ; vitalité, et vitalisme, syslème philosophique relatif à la vie physiologique. Sur vie ont été faits : viable, qui peut vivre, d'où viabilité, et le vieux mot viagej temps de la vie (cf. âge^ pour le suffixe), d'où viager.
5. A la forme grecque signalée plus haut se rattachent : cénobite {koinon, commun, et bion, vie), celui qui vit en commun avec d'autres religieux, par opposition À VctnackorèlCy voy. ce mot; microbe, qui a une petite vie, v. microscope ; amphibie, qui vit dans deux éléments, v. amb-. ; biologie, étude de la vie, v. logique^; biographie (d'où biographe), récit de la vie de quelqu'un, v. graphie *.
Vîcir, d'un mot arabe qui est d'origine persane; le même mot arabe, précédé de l'article, a produit alguazilet argousin, tous les deux venus d'Espagne, çiais le second en passant par l'Italie.
Vocable, vocabulaire, vo- tif, vooation, vocifération, cal, vocalise, vocaliser, voca- vociférer, v.voix.
Vœu est le latin votam; il se rattache au verbe latin vovere, supin votumy qui signifie : 1° promettre ou consacrer aux dieux; 2" demander aux dieux, exprimer un souhait. La locution ex veto, proprt « d'après un vœu », se compose de la préposition ex, v. ^-, et de l'ablatif de votam. Votif signifie «( conforme à un vœu ». Au supiiTdu composé devovere sq rattachent : dévot, devotum, proprt consacré h Dieu ; dévotion, devolionem, dévoùment à Dieu, et, par extension (ou par retour à un sens latin), même à un homme, dans la locution (( être à la dévotion de quelqu'un ».
Voir] DU FRANÇAIS. 675
— Sur volum a été fait le verbe *votare, devenu le français vouer, faire un vœu et consacrer h Dieu ou à un homme, d'où dévouer et dévouement dans le second sens. -^ Avouer, d'où aveu, qui a la même racine que vouer^ mais qui s'est formé indépendamment, a signifié : mettre à la discrétion du seigneur féodal, d'où : reconnaître quelqu'un pour son seigneur, et, d'une façon générale, pour sien, faire siens les actes de quelqu'un, en prendre la responsabilité (à ces dernières acceptions se rattachent les significations de désavouer et de désaveu), enfin reconnaître comme siens ses propres actes. Dérivés : avouable et inavouable. Tous ces mots sont d'origine populaire. Notre mot vote, d'où voter, vient aussi de votum, mais par l'intermédiaire de l'anglais, et avec une acception toute spéciale.
Voguer, italien vogare, d'origine germanique, cf. vague; le substantif verbal vogue s'emploie au figuré en parlant d'une personne ou d'une mode qui « vogue » bien, qui a du succès.
Voici, u. voir^.
Voie est le latin via, qui a été rattaché au verbe vehere (v. voiture), rapprochement d'ailleurs contesté. Via, devant un nom de lieu, équivaut à « par la voie de, par ».
Dérivés du latin via ou du français voie : viabilité d'un chemin (sur un autre viabilité, voy. vivre *); viatique, viaticum, proprt provisions de route, et son doublet populaire voyage, déplacement sur une route, d'où voyager, voyageur ; peut-être aussi le mot d'argot voyou, coureur de rues. Sur voyer et voirie, voy. fois, — Composés : convoyer, proprt faire route avec, d'où convoi et convoyeur; dévier, du bas 1., d'où déviation, et dévoyer, formé sur voie, d'où dévoiement; envoyer, proprt mettre en route, d'où envoi et envoyeur; se fourvoyer, se mettre hors de la route; obvier, *obviare, aller au-devant (d'une difficulté) ; entrevoie ; viaduc, V. duire^; le latin trivium, jonction de trois routes (cf. bifurcation), d'où trivial, trivialem, (qu'on peut rencontrer dans les carrefours, qui court les rues), et trivialité.
Voilà, V, voir^. Voile, voiler, voilette, voi-
lier, voilure, u. voiture^.
Voir est le latin videre^ supin visum (cf. allemand wissen, anglais wit^ connaître).
676 DICTIONNAIRE ETYMOLOGIQUE [Voir
i. Les prépoBitions voici, TOilà, contiennent l'impératif de ce verbe. Substantif tiré du participe passé : sous la forme
^f^ançaise, me (et bévue avec le préfixe péjoratif bé-, sur lequel voy. bii 2); sous une forme diminutive italienne, vedette, sentinelle et place en vue. L'infinitif sous la forme italienne se trouve dans belvédère, proprt beau-Voir, endroit
J disposé pour avoir une belle vue. Adjectif participial : voyant, au sens de « qui voit » dans c)|iirvoyant, d'où clairvoyance, au sens de « qui se voit bien » dans cçuleur voyante; cet adjectif s'emploie aussi substantivement au sens de visionnaire. Clairevoie, espèce de clôture qui permet de voir clairement à travers. Visa est le participe passé latin au neutre pluriel, et signifie proprt choses vues; on appelle ainsi une signature précédée de la mention « vu >> ; c'est de visa que dérive un de nos deux verbes viser, celui qui signifie « mettre son visa à ».
2. Sur le supin a été fait le substantif devenu le v.fr. vis, vue (cf. la locution toute latine de visu, d'après la vue) et aussi siège de la vue, face humaine. Le sens de « face » s'est conservé dans la locution vis-à-vis, face à face, et dans le dérivé visage, d'où envisager, regarder en face, au propre ou au figuré; sur envisager ^ en substituant au préfixe en- le préfixe dé'y qui indique un regard de haut en bas, on a fait dévisager. Au vieux mot vu, au sens de vue de l'esprit, se rattache la vieille locution « il m'est à vis, il lui est à vis », d'où, par la soudure de la préposition et du nom, on a tiré le nouveau substantif avis, opinion, qui a produit à son tour un verbe aviser (distinct du composé de viser signalé § 3), aux sens de se faire un avis et donner un avis, d'où : l'adjectif avisé, « qui a de bons avis », et malavisé ; ftd raviser, revenir sur son avis. Un aviso (le mot est espagnol) est un bateau pour porter des avis, des dépêches. Préavis, avis préalable.
3. Autres dérivés du supin visam ; visuel (bas latin) ; vision, visionem, d'où visionnaire; visière, qui permet de voir et qui abrite les yeux ; visible, d'où visibilité, invisible, invisibilité ; le verbe viser, qui est *visarej il a été un synonyme de voir (acception conservée dans aviser au sens vieilli d'apercevoir), et il a pris la signification de « diriger son regard ou son attention », d'où le substantif participial visée. Visiter, d'où visite, Visitation et visiteur, est tiré du fréquentatif latin visitare, qui signifiait voir souvent et aller voir.