‹ Dictionnaire féodal (volume 2)Chapitre 16 sur 62 · OBI · texte numérisé non relu

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que leur maître. Ce droit s'appelait droit de Noçages; et, comme il n'avait rien de contraire aux bonnes mœurs, les arrêts des cours souveraines l’ont maintenu jusqu'au dernier siècle, pour les seigneurs qui se plaisaient à l’exiger (1).

OBIT. (2) — On donne ce nom, dans plusieurs églises, aux messes anniversaires qui se disent pour les morts.

Louis XI avait fondé à Notre-Dame un certain obit qui se célébrait le jour et le lendemain .de Sainte-Geneviève, avec une circonstance assez remarquable : c’est que tout chanoine qui s'y trouvait recevait deux minots desel; pas un n'avait garde d'y manquer, ajoute Sauval; les malades , les goutteux , les impotens, tous s'y faisaient porter, lorsqu'ils ne pouvaient s'y rendre eux-mêmes. On appelait cet obit l’obit salé.

— Îl ÿ avait quelque chose de semblable à St.

(1) Laplace, Dictiannaire des fiefs.

(2) Du laun obitus , mort , décès.

OBS 107 Gervais ( à Paris). Les marchands de vin faisaient chanter tous les ans les O de Noël (1) en grande pompe, quelques jours avant la fête; et, si le prévôt des marchands, les échevins, le procureur du roi, le greffier et les autres officiers de la ville y assistajent, on leur donnait des confitures, des pains de sucre et des dragées. Ces O se nommajent les O sucrés. Comme dans la suite on ne donna plus de dragées, mais seulement quelques livres de cire , On les appela les O cirés (2).

— Un chanoine d'Évreux , nommé Jenn Bouteille , fonda en mourant un obit assez sim gulier : pendant la messe, on étendait au milieu du chœur un drap mortuaire, aux quatre coins duquel on mettait quatre houteilles pleines du metlleur vin, avec une cinquième au milieu, le tout au profit des chautres qui assisteraient à cet ohit ou à ca service (3).

OBSÈQUES. — Les premiers chrétiens avaient

(1) On appelle O de Noël, certaines antiennes , au nombre de neuf, qui commencent toutes par Q, et qui se chantent gp 14 au 23 décembre.

(2) Sauval, Antiquités de Paris, liv. XI, IIT et IF

(3) Dutilliot, Mémoires pour servir à la féke des fous.

grand soin des sépultures et y faisaient des dépenses considérables. On voit, dans le chap. 3: de la Vie de saint Antoine, que, jusqu’au commencement du quatrième siècle , ils brülaient les morts et conservaient leurs cendres, comme les Rômainset les Grecs, ou les gardaient embaumés comme les Égyptiens.

Saint Antoine combattit ces coutumes, de tout son pouvoir; d'autres pères de l’église secondérent ses efforts, et bientôt les chrétiens enterrèrent généralement leurs morts, comme faisaient les Juifs; mais avant de les enterrer, lis les lavaient, les embaumaient, et priaïient autour d'eux pendant trois jours. Aptès cela, on eniveloppait le corps mort, dans des étoffes de soie, ou bien on le revétait d’habits précieux, afin qu'il pût se montrer hanorablement au jour de la résurrection.

On enterrait aussi avec le défunt diverses choses qui pouvaient lui être utiles dans l’autre monde, comme les marques de sa dignité, son nom, son épitaphe, des croix, des évangiles (1). On observait de le poser sur le dos, et

(1) Dans le mih de la France , on enterre encore les morts tout habillés , avec leurs livres de prières, leursghapellets, etc. ; et partout , je crois , on enterre les militaires avec leurs armes.

OBS 109 de lui tourner le visage vers l’orient. On donnait ensuite le repas funèbre, où l’on invitait tout ceux qui avaient assisté aux obsèques.

L'usage de ces festins se soutint long-temps, puisque, dansle neuvième siècle, il était encore généralement répandu. Mais alors , au lien d’un festin, on en faisait quatre pour le moins; le premier, après les funérailles; le second, au septième jour ; le troisième, au bout du mois; le quatrième, au bout de l'an.

Outre le repas, on donnait à chaque fête. un spectacle y comme les païens donnaient des jeux; c'était ordinairement, au neuvième siècle, un ballet burlesque, où figuraient un ours, un singe, des danseuses publiques et des talamasques. (On appelait ainsi des hommes travestis en démons , ou déguisés sous des formes hideuses; dela, dit-on, nous est resté le nom de masque). Après la farce, on se mettait à boire; et chacun s’enivrait de son mieux, pour l'amour des saints, des anges et de l'âme du défunt (1).

Toutes ces facéties furent défendues sous le règne de Charles-le-Chauve; mais il fallut bien des peines pour les supprimer, et on en trouve

(r) L'abbé Bertou. Anecdotes françaises.

110 OBS encore un reste dans l’église : le lendernain du service d'un mort, on dit une messe basse pour le repos de son âme, à laquelle messe les parens du défunt offrent au prêtre deux bouteilles de vin et une miche de pain blanc.

— Chardin rapporte qu'en Mingrélie , les che-

vaux, les habits, les armes et toute l’argenterie

da mort appartiennent à l’évêque qui a dit la messe. Les cébémonies des enterrémens, ajoutetil, ruinent les familles ; mais on y est obligé.

Aûtrefois en France, on offrait pareïllement des chevaux et des armes aux services fanébres.

Dans une transaction de l'an 1320, entre Îes

curés de Paris et l’église du Saint-Sépulchre, il est dit qu'un mourant sera libre de choisir sa sépulture dans cette église ; mais que son corps sera d’abord porté à la paroisse sar laquelle il sera mort , et que le curé dé cette paroisse aura

la moitié du luminaïre «et des hardes et che-

vaux qui seront présentés à d'offrande.

Le continuatéur de Nangis rapporte que le roi Jean étant mort à Londres, Édouard HI }ui fit faire un magmifique service, et qu'il présenta à l'offtande plusieurs chevaux de prix, cxparaconnés de noir ; -avéé l’écusson de Frañce (1).

(1) T'évêque ou le prêtre, qui faisait le service’ funèbre,

OBS | it

Il n'est pas douteux que ces cérémonies, trèsrépandues dans l’église chrétienne, étaient de tradition. Césaret Taciterapporte queles Gaulois et les Germains brülaient, avec lé mort, ses armes et son cheval. Les druides auraient pu sauver la vie à tous ces pauvres chevaux, et en faire leur profit. Était-ce les ténèbres du paganisme qui les empéchaïent de voir clair à leurs intérêts (1) ? | — À la: mort du eardinal de Bourbon (Louis, archevêque de Sens), comme il était mort dans la paroisse de Saint-Germain , les chanoines de cette église voulurent tenir la queue du convoi, mais le chantre et les bédeaux de Notre-Dame contraignirent, à coups de poing et à coups de ‘pied, lés chanoines de Saint-Germain, à marcher devant, et à laisser la place d'honneur au chapitre de la cathédrale (2).

— Les funérailles sont toujours sanglantes

recevait les chevaux et les autres présens , à la porte du chœur. Au service de Daguesclin, l’évêque d'Auxerre reçut des chevaux , des armes , des cierges, etc. ( Voyez Félibien, Hist. de l'Abbaye de Saint-Denis , liv. 6 , pages 404 et 405.)

(x) Saint-Foix, tome II.

(2) Sauval, tome ET, liv. VIT.

au royaume de Benin. On y enterre, avec les grands, trente ou quarante esclaves, qu'on égorge sur leurs tombeaux. Ces sacrifices horribles sont plus considérables et plus meurtriers encore, lorsqu'il s’agit des rois. Dès que le roi de Benin a rendu le dernier soupir, on creuse une fosse large et profonde , auprès du palais ; l'ouverture, qui en est très-étroite, rend ce travail dangereux aux ouvriers qui y sont employés; une pierre , longue de cinq pieds et large de trois, suffit pour la fermer. La première chose qu’on y déscend, , c’est le corps du roi; la foule de ses domestiques des deux sexes entoure ce tombeau, et se dispute l'honneur cruel d'y être enterré. On y précipite ceux qui ont mérité cette funeste préférence. Le tombeau est fermé ; et le lendemain on vient l'ouvrir, et demander aux victimes si elles ont vu le roi? Le temps qu’elles ont passé. dans cette sombre demeure leur donne sans doute du regret de s'être ainsi sacrifiées. On peut en juger par leurs plaintes et par leurs cris, que l'on n'écoute point, puisqu'on réplace la pierre. On ouvre et on referme ainsi le tombeau tous

les matins, jusqu’à ce qu’on n’entende plus au- -

cun gémissement. Alors on ne doute plus que les personnes enterrées vivantes ne soient mortes, ou, pour nous exprimer suivant les idées

des Africains, qu’elles n'aient trouvé le roi, et qu’elles ne l’accompagnent dans son voyage.

On se livré à la joie, que l'on ne sait guère manifester qu'en buvant. Les ivrognes échauffés parcourent la ville, égorgeant tout ce qu'ils rencontrent , hommes et animaux, et vont en jeter les corps dans le tombeau du roi (1).

—Cheztous. les peuplesbarbares ,et cheg nos ancètrés, on ensanglantait pareillement les funérailles. Lorsqu'on découvrit auprès de Tournai le tombeau de Chi1ldéric , on y trouva, avec le corps du roï, les restes de ceux de ses domestiques que l'on avait égorgés sur son tembeau, suivant l'usage (2). ..

— Dans tous nos siècles de barbarie , et même encore au commencément du dix-septième siècle, les prètres ne voulaient point mettre en terre sainte ceux qui ne leur avaient pas laissé une partie de leur bien par testament. On raconte même qu'une pauvre femme, qui n’avait absohnment rien, et qui se sentait près de mourir, offrit son chat au curé, -en disant

(1) Anecdotes du royaume de Bern.

(2) Vovez le Dictionnaire infernal, aux mots Funérailles, Deuil, Mort. . ne.

114 OBS qu’il était de bonne race, qu'il chasserait bien les souris de la sacristie, et que c'était tout ce qu’elle pouvait donner, pour être enterrée avec les chrétiens. |

Mais , touten escroquant ainsi une partié des héritages, le clergé n’en faisait pas moins sonner bien haut ses manières charitables, comme l'inquisition proclame son désintéressement et sa douceur. Les lumières de la philosophie vinrent enfin supprimer ces abus. On n’était plus habitué à les voir publiquement en usage; et aujourd'hui, dans le siècle le plus éclairé et le plus grand de la nation française, on les voit renaître sous une multitude de formes. Des prêtres de Jisus-Cunisr refusent une poignée de terre à leurs frères, chrétiens comme eux, parce qu’ils n'ont pas déshérité leur famille, pour rendre à léglise des biens qui ont jadis appartenu à l’église. Mais ces biens ont-ils tou jours été dans les mains des ecclésiastiques ? Non;et, puisqu'ils chérssent les temps féodaux, on: leur répondra par les coutumes féodales : « Ces biens vous ont été donnés en fief, sous 5 les règnes des donations pieuses; vous les » avez abandonnés : qui délaisse son fief, le » perd... D'ailleurs en abjurant le système féo- » dal, la nation change de conduite envers

» vous. Prétendez-vous être pensionnés de l'é-

» tat, et avoir encore les bénéfices ?.... » Le

siècle où nous vivons serait pire.qnue les sièeles passés.

— Jly a aussi des choses que tout le monde sart trop, pour qu'on soit obligé de les dire : ainsi celui, qui n’a point fait un auto-da-fé des œuvres de Rousseau et de Voltaire (1), celui qui lira la Minerve , les Lettres normandes , le Constitutionnel, et. quelque autre feuille libérale, celui qui mourra sans sacrement, celui qui bénira la liberté et la Charte, celui qui n'aura pas eu le pieux courage de lire la Quotidienne et le Journal des. Débats, celui qui médira des dimes et des missionnaires, etc. ; tous ceux-là, quoique gens de bien, seront réputés indignes de la terre saihte, et n'auront le plaisir d’être enterrés, que : si les autorités dé heu savent faire leur dévoir.

— On sait encôfe que chez les Tres quel

° ’ ° Le ‘ à \ ” * .

(1) M. Simonnet, dans sa Réalité de la magie et des àpparitions, ou Contrepoison du Dictionnäire infernal excommunie bien ceux qui liront et né brülerent ‘pas ce pauvre | Dictionnaire , et qui ne souhaitéront ps de voir 4 job l’auteur sur Je bâcher. Jnger pari da; ce qu'il faut fre deVoltaire et.de Rasa. à Li:

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la famille d'un mort ne peut ou ne veut pas faire les frais de ses funérailles, lés imans portent le corps dans les cimetières , et l’enterrent aussi-bien que s'ils étaient payés. Cés prêtres ne s’informént pas de la conduite qu'a tenue le défunt, n1 de ses opinions, ni de sa bibliothéque, n1 de son téstamentt; Ils sont persuadés - que refuser la sépulture aux morts, c’est un âcte de bärbarie que toutes les lois un peu Sages ont réprimé. Quant x ceüx qui se conduisent dans leur ministère par des motifs purément humains , ‘ils n ‘ignorent pas que , s'ils refusaient de! faire leur devoir, le cadi et la bastonnade.les y forceraient bien. ( Yoyez Han-

ROUGTS , ‘Testamens, etc. ):

., | ORDRES DE. CHEVALERIE. — Après qu'un chevalier. était: chaussé , béni et agrégé parmi les autres chevaliers ,. on .donnait, un repas, Pendpnt: laqüel ]b-nouveau.reçu ne devait ni manger, ni boire, ni se remuer » nl regarder ca et là, nor plus qu'une rouvelte-mariée, selon les anciennes ordonnances.

— Il y.ayait en Angleterre uh ordre de chevaliers du bain. ,Le nouveau chevalier dinait avec le‘rot: le jour de sa réception. Lorsqu'on sortant de'table , le chef de cuisine entrait, et, lui montrant son grand couteau, le: menacçait

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