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(1:) Quoique Louis le-Débonnaire sût proscrit, cett épreuve en 29, ,on ne laissa pas de l’emiployer plusieurs siècles en. 9» 10: de:
core, malgré son absurdité. C'était inénie’ , dans bien es églises, un droit séigneurial que d'avoir un à Bassin destiné &cet usage.
* (2) Saint-Foix. Essais. Brique tome I". 54
6 JUG vient l'affirmation populaire : J'en mettrais ma niain au feu ! :!: . , am 50
— Souventaussi ; depuis leurconversion , les: Français décidèrent les causes par leserment. Is ñe:troyriant pas qu'un chrétien pt prendre ca qu'il y a-de:plus sacré à témoin d’une imposture ; etils se persuadaient.que Dieu punirait le parjure, d'une mort soudaine, comme il arrivdit quelquefois. Lone ro
Ceux’ .qui:-juratent devaient être :à jeun; et c'était. prdinainement dans quelque hèu saint qu'onreneyait leurserment. Ils étaient à genoux, et touchaïint l'Évangile, la croix ou les reliques. . ur desquels ils juraient. Cette manière s’appelaït jarer sur les choses saintes. Les ecclésiastiques croïéaientles mains sur leur pôitrine, et n'étaient point tenus de toueher:les' reliques ; leur épreuve se nommait jurer en présence des choïes saintes: C'est de là, dit-on ;. que nous est resté l’usage de lever la main en faisant un serment, et pour les prêtres de la tenir sur leur cœur.
"'Plus le crime était grave, plus on faisait ; jurer de personnes avec l'accusé. C’est ce qu'on appelait jurer par.frois, sept ; douze mains , selon le nombre de ceux qui juraient avec le prévenu, et qui devaient être de sa condition :
JUG T ‘an noble faisait jurer des nobles, un prètve faisait jurer des prêtres. L'accusé. prononcait seul la formule deson serment; ceux qui répondaient de lui , juraient seulement qu'ils ne le croyaient point parjure.
Les rois de’ France faisaient communément jurer sur la chape de saint Martin, que l'on conservait dans l’oratoire de leur palais: quelquefois, pour une plus grande assurance de fidélité , ils exigeaient le serment de la même personne, sur les reliques de saint Martin, de saint Denis, de saint Germain, de saint Medard, etc. ; et si le prévenu n'était pas tué par la foudre, ou emporté par le diable, son innocence était solidement prouvée.
Quand l'accusateur , peu satisfait des sermens de l’accusé , jurait dans un sens contraire, fallait se battre , avec le bâton et le bouclier, où. par des champions, ou personnellement (1).
Le vaincu était réputé parjure et avait la main coupée. Les témoins de son parti payaient une amende pour racheter leur main.
Quelquefois on admettait en preuve le ser ment de personnes qui ne pouvaient avait une.
(1) On permit dans la suite aux : gentilshomnes dl de se bat | tre à l'épée. .,
connaissance"exacté du fait dant il s'agissait. Par éxemple, un père faisait serment que sa file | . était fidele à son mari (1).
On faisait subir l'épreuve de la communion, particulièrement aux évêques et ‘aux prêtres accusés de quelque crime. On leur ordônnait de célébrer la messe, et de dire tout haut, avant de communier : Que le corps du. Seigneur me serve aujourd'hui d’épreuve. On. regerdait.éette épreuve comrne la meilleure :et la plus:teirible de toutes (2). Grégoire de Fours, étant accusé d'avoir médit de F rédégonde » fut obhgé de s’en
(1) Sous le règne de Chilpéric, une dame de la cour froissa assez fort la fidélité conjugale , pour qu'il en courut de mauvais bruits. Les parens du mari méprisé accusérent Ja femme d’adultère ; mais le père de cette dame protesta de l’honneur detsa fille, et se disposa à jurer sur -le temibeau de saint Dénis , qu'elle était chaste et pudique. Gomme il lexais déjà: l4-tnain , quelques coprtisais qui cppnaisaïent particulière menf,le cas de la dame soupgonnée, s’écrièrent que le papa allait faire un parjure , qu'ils savaient bien ce qu'ils disaient , ctc. Là-dessus on se battit : le tombeau du saint fut ensanglanté.… ‘On ne dit pas ce qu'il advint au pére, au mari, dux parens ; oh dit Seulement que la pauvre femme accusée d’adnltère fut réduite à en mourir. On aurait-été moins sévère de nos jours.
(2) L'abbé Bertou. Anecdotes françaises. :
purger par le serment, à trois messes solennelles, qu’il célébra sur.trois autels différens.
— Les jugemens de Dieu furent trés-fréquemment employés, depuis le cinquième jusqu’au.
treizième siècle. Il fallnt dans la suite surmonter une foule d’obstacles , pour en abolir peu à peu l'usage. Un décret du quatrième concile de: * Latran, tenu par le pape Innocent HE, joint aux efforts de Philippe Auguste, supprima,en grande parte , les épreuves judiciaires. Cependant on’ en trouve encore des traces jusqe’au commencemont du dix-sgptième siècle; et, qûoïqu'on les’
art souvent éludées par artifice , le nombre des innocens qui ônt été sacrifiés à ces pratiques supérsiitiouses. est incakculable.…. .
:Bildsbert, évêque du Mans ; ‘étant abcusé de haute trahison par Guillaume ilp-Roux, -roi.
d'Angleterre, se disposait à se.justifier par ‘le: jhgement de Dieu , lorsque le célèbre Ives de: Chartres lui démontra que ce.boutumes étaient inopies, et que cKéfendre son ihmocrrite par de) tels moyens , c'était s'avouer coupakles * ‘et,
.æn: Âu commencement du treizièrnersiècte , um accusé refasait dé -subir : l'éprbuve. du ‘fer chaud, et disait, pour raisgn de son refus, qu'il: n'était pas un Charlatan. Le juge lui faisant quelque instance :pour l’enpattérà"sé soumettre
à laloi: « Je prendrai volontiers le fer ardent, « répondit-il, pourvu que je le reçoive de votre » main. » Le juge décida qu'il ne fallait pas tenter Dieu.
— En 1066, un abbé de St-An bin d'Angers, ayant refusé d'offrir au vicomte de Thouars un cheval que ce seigneur exigeait de cette ab-. baye, à titre de redevance, toutes les fois qu'on nommait un nouvel abbé, quelqu'un proposa.
de terminer cette dispute ; par les épreuves de l'ordalie ou par un duel. Les-deux parties y consentirent ; et l'abbé choisit pour défendre sa cause, un Champion aguerri et vigoureux.
Mais le vicomte de Thousrs ayant réfléchi qui pouvait être battu, et perdre honteusementses: prétentions, aïma mieux se prêter à un accommodement , qui caractérise les mœurs d'alors 11 renonca formellement à ses droits sur l’ab+. baye, à condition que l'abbé, avec qui il était. en querelle, n'aublierait pas de le nommer’ dans ses prières, lui, sa femme et ses enfans : ce. qui fut accepté.
— Au dixième siècle, les droits de suceession n'étaient pas encore bien déterminés. On était incertain si les petits-enfans devaient faire nombre dans la famille , et partager avec leurs. oncles la succession de leur grand-père, quand
JUG 12 leur père était mort avant leur aïeul. Ce point litigieux fut décidé par un:combat judiciaire. Le champion chargé de défendre les droits des petits-enfans remporta la victoires et ïl fut établi, par un décret perpétuel, qu’ils seraient admis à partager désormais avec leurs oncles.
— En Allemagne , on observait üne cérémo-
nie imposante dans les combats judiciaires. On faisait apporter an cercueil au milieu de l’a- rêne; l’accusateur et l'accusé se placaient, Fun à la tête et l’autre au pied de ce cercueil, et le considéraient, pendant un certain espace de temps, dans le plus profond silence , avant de coramencer le combat.
- — Les poëtes dn treizième et du quatorzième siècle plaçaient presque toujours dans leurs poèmes les coutumes et les cérémonies de leur terñps; parce que, s ilsavaient quelquefois du génie, ils étaient en général trop ignorans pout connaître d'autres. mœurs que celles de lenx pays et des siècles peu éloignés. Ainsi M: Ellis, dans la préface qu’il mit en tête des Fabliaux de Waÿ , ‘parle d'un -poëte qui représentait Pilate défiant Jésus-Christ à un combat singulier.
Un autre pote dépeint le. coup de lance. qui perca le côté de Jésus-Christ ; comme les suites
d’une joute que Jésus avait soutenue contre-un chevaligr. infidèle... .….
— Il paraît que.les combats cudiciaires ontété " employés par les Juifs, dans. des :teinps trèsreculés. Toutes les fois que les rahbins avaient à prononcer sur une Cause embrpuillée, ils:la faisaient décider par le combat. Hs étaient persuadés que la conviction de son bou droit dori-. nait plus de forçe et procurait le victoire à ce- Jui qui avait raison. 11 semble cependant que de pareils combats devaient être plus communément favorables au crime qu'a l'innocence, parce que les méchaïs sont pour l'ordinaire plus hardis et plus féroces que l'homme paisible dont ils troublent le repos, et qu’ ils s pren” . nent pour leur victime.
— À ces époques éloignées de nous, on éprouvait celui qui était accusé de larcin, eù lui faisant manger un morceau de pain d'orge, sur lequel le prêtre avait dit la messe; «il ne pouvait le digérer, il était déclaré coupabla, Cette épreuve se perfectionna dans la suite, Om ajouta au-pain un imorceau de fromage : le pain devait être d'orge non bluté et.'sans. lee vain ; le fromage de lait de brebis, et fait dans le mois de mai, le lait de tgut autre mois n'ayant pas la propriété de découvrir és ‘cris
JUG 15 minels. — C'est de là que vient, selon Ducange , cette imprécation : Que ce morceau de pain m'étouffel
Les historiens de l'Angléterre disent que le comte de Godwin , faisant ce serment dans uti diner, pour appuyer une assertion douteuse, s'étrangla en avalant la croûte de pain sur la- . quelle il jurait..…
— Les Siamois, si l'on en croit l'Histoire des Voyages, avaient des épreuves judiciaires qui n'étaient pas moins bizarres : parmi plusieurs autres pratiques, lorsqu'ils voulaient s2voir de quel côté était la justice, dans les affaires civiles et criminelles , ils se servaient surtout de certaines pillules purgatives qu'ils faisaient avaler aux deux parties : celle qui les gardait le plus long-temps dans son estomac, sans les rendre, gagnait son procès...
— Quelques années après la mort de Chilpéric, comme Gontran , le frère de ce monarque, soupconnait de quelque légèreté la fidélité conjugale de Frédégonde, et avait peine à croire que le jeune Clotaire II fût véritablement fils de Chilpéric , trois cents évêques répondirent de Frédégonde, et jurèrent formellement que Chilpéric était le seul et vrai père de ClotaireIl. Cestrois cents jureurs rassurèrent Gontran, qui
voulut bien dès lors être le parrain et l'oncle du
| jeune prince... Mais on aurait pu demander à
ces trois cents évêques où ils s'étaient convain-
cùs que la. conception de Frédégonde füt: sans reproche, et la paternité de Chilpéric indubi-
table ?.… |
On a recueilli encore une foule de sermens remarquables par leur absurdité. Ainsi Chramnus, fils deClotaire I‘. promit à Childebert [”., roi de Paris, d’être à jamais l’implacable ennemi de Clotaire,'son père, et lui jura , sur les reliques des saints , qu'il mourrait dans ces bons sentimens.
Lorsqu'Ebroïn, maire du palais sous Thierri |“. , voulut se défaire de Martin, son compétiteur , sans danger pour son salut, il lui jura, sur des châsses vides, qu'il pouvait venir à la cour en toute sûreté. Dans ces temps de barbarie, on craignait plus quelques ossemens que la présence de Dieu même.
Pendant la ligue, apres la mort du duc et du cardinal de Guise , le fameux Lincestre, prédi- ‘cateur aussi séditieux que fanatique, interrompit son sermon, dans l’église de Saint-Barthélemi, pour faire jurer à tous ses auditeurs, qu'ils n'épargneraient ni leurs biens, ni leur vie pour l’extermination des huguenots. Cette
JUG "15 motion fut si bien reçue, que le premier président de Harlai, qui se trouvait présent, fut obligé de lever deux fois la main, pour donner à croire qu'il prétait le même serment.
. Alors, comme aujourd'hui , les ministres de l'Évangile oubliaient leur mission de paix, pour se méler dans les querelles politiques ; alors, comme aujourdhui, ils voulaient la mort du pécheur ; alors , comme aujourd’hui, ils élevaient du scandale, des troubles, ils préchaient lahame et lemeurtre.
La même année, dans la plupart des églises de Paris, des troupes de laïques et de prêtres juraient, sur les saintes hosties, de s’exposer à tout pour tuer Henri IV (x).
H est bon de remarquer que, jusqu'au seizième siècle, on se fiait beaucoup plus aux sermens faits sur des croix et des châsses d'or pur, que sur des instrumens de tout autre métal.
Les gens d'église n’avaient entretenu cette idée superstitieuse, comme beaucoup d'autres du mème genre , que pour attirer dans leurs chapelles une foule d'objets précieux.
—Les anciens employaient aussi quelques-unes
(1) Sauval. Livre X. — Saint-Foix, tome II. — Curiosités de La littérature , tome I". — Anecdotes françaises de l'abbé Bertou. — Histoire de Paris, etc.
16 * JUG de nos épreuves judiciaires : ddns l’#ntigone de Sophocle ,. des. gardes. offrent de prouver leur innocence , en maniant te-{er chaud , et en marchant à travers les flammes (1). Straban parle des prètres de Diane, qui marchaient sur des charhons ardens, sans se brüler. Saint Épiphahe rapporte que. des prêtres d'Égypte :se frottaient le visage avec certaines drogues, et le plongeaient ensuite dans des chaudières bouillantes, sans paraître ressentir la moindre douleur. Il n’est pas rare de trouver, dans l’Orient, des derviches qui tiennent avee sécurité une barre de fer rouge à la main. Voltaire observe avec beaucoup de raison que, dans les temps anciens , on possédait des secrets pour . . passer impunément par ces singulieres épreuves, outre les arrangemens que l'on pouvait prendre, dans les opérations préparatoires.
Les accusés avaient la facilité de se rendre
. (1) « Il protesta que du reste tous les gardes étaient près » de s’exposer à manier le fer brülant, et à soutenir ’é » preuve du Jeu, en marchant à travers les flammes, pour » montrer leur innocence. » Ce sont les termes de Sophocle (il s'agissait de quelques honneurs funèbres rendus à’ Polynice, malgré l’ordre de Créon ). Voyez la traduction du P. Brumoy , acte 1. de PAntigone, tome III > page 421, de l'édition in 12. 1763.
JUG 17 à l'église, et de faire un accommodement avec le prètre. Les spectateurs qui assistaient à ces jugemens se tenaient fort éloignés. On pouvait substituer un fer froid et peint, au fer rougi au feu; on pouvait encore éteindre le fourneau , au moment de l'épreuve. Les fers et les autres iustrumens, qui servaient à ces céremonies, étaient bénis et gardés dansles églises privilégiées à cet effet. Dès prètres seuls en avaient soin; et il est incontestable quils se prétaient à une foule de subterfuges, pour que des accusés sortissent sans brülure de ces épreuves.
Quand Charles-le-Chauve se disposait à passer le Rhin, pour s'emparer de la Bavière , que les trois fils de Louis -le-Germanique s'étaient partagée , Louis, le second de ces princes, voulant inspirer une grande confiance à son armée , fit subir l'épreuve de l’eau froide à dix de ses gens , celle de l’eau chaude à dix autres, et celle du fer chaud à dix autres encore. Ces trentes personnes étant sorties saines et sauv2s de ces épreuves, l’armée bavaroise fut si persuadée de la protection du ciel, qu'elle remporta une victoire complète.
— D'ailleurs , tous les secrets que l’on em-